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Recherches historiques et statistiques sur les communes et les écoles de la Haute-Marne

P. Fayet · 1879 · Scanned text

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Author
P. Fayet
Language
French
Published
1879
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370.9443

F29r

Volume

Introduction

Commencées vers la fin de 1854, ces recherches, en raison des résultats carieux et importants, et alors presque complètement nouveaux, ont été plusieurs fois signalées aux hommes studieux et compétents, qu’elles paraissaient devoir intéresser; de nombreux extraits en ont été publiés (1). La lecture de ces extraits a fait désirer une publication, sinon complète, qui demanderait plusieurs volumes (2), du moins un résumé exact des principaux résultats authenti-

(L Pour ces extraits, voyez ; Gomple-rendu de l’Académie des sciences morales et politiques, tome xxxiv, octobre 1855, et tome xLv, juillet et août 1858, p. 66 ; Congrès international de statistique, 2® session, tenue à Paris en septembre 1855, p. 469. Congrès scientifique de France, 25® session, tenue à Auxerre en septembre 1858, tome ii, p.ll3; Gomple-rendu de l’Académie des sciences, séance publique du lundi 25 mars 1861, p. 44 ; YUnivers du 27 avril, 4 juin 1868, etc. ; Bulletin de la société générale d’éducation et d’enseignement, 1872, n® 4, p. 42, et 1873, n°s 4 et 5, p. 447 ; la Vérité pratique sur l’instruction gratuite et obligatoire, 1872, chez Douniol, p. 91 et suivantes; Asserabléegénéraledes comités catholiques, tenue à Paris en mai 1873, p. 99; Revue de l’enseignement chrétien, juin 1873, p. 118 ; le Contemporain, janvier et février 1874, p. 54 et 199 ; mars 1877, p. 519, etc. Les Hautes Œuvres de la Révolution en matière d’enseignement, Langres, chez Firmin Dangien ; les Ecoles de la Bourgogne sous l'ancien régime, chez le meme, 1875, etc.

(2) Les notices sur l’histoire de l’instruction dans les communes, au nombre de plus de 500, ne contiennent pas moins de 6,840 pages grand in-4“. Nousavons, en outre, deux volumes du même formai, comptant plus de 350 pages, un sur le collège de Langres, et l’autre sur le collège de Chaumont, depuis leur origine jusqu’à 1860.

— VI — quement constatés. Nous sommes d'autant plus à notre aise pour parler de ces résultats, que les plus curieux et les plus importants, sont dus aux collaborateurs volontaires et nombreux que nous avons trouvés dans le corps des instituteurs en exercice dans les écoles de la Haute-Marne, durant la période de nos recherches, de 1854 à 1863 inclusivement.

Sur 530 instituteurs publics que nous avons invités à collaborer à ces recherches, mais d'une manière entièrement facultative et purement volontaire, 461 ont successivement répondu à notre appel et nous ont adressé, sur l’histoire de l’enseignement dans 503 communes, des notices plus ou moins intéressantes suivant leurs capacités et leurs aptitudes pour ces espèces de travaux, et aussi suivant la richesse ou la pauvreté des archives de ces communes et des autres sources locales d’information. (1)

Pendant que nos instituteurs se livraient à cet intéressant et curieux travail, de notre côté, autant que nous le permettaient nos fonctions, nous consultions, dans les archives et les bibliothèques, tous les documents, manuscrits ou imprimés, que nous pensions devoir contenir des faits ou des observations sur la situation des écoles et des maîtres soit avant, soit pendant, soit depuis la révolution de 1790. (2)

(1) On trouvera, p. 361 et suivantes, avec la liste totale des communes, les noms de ces Aêi historiens improvisés et des indications sur la valeur et l'étendue de leurs notices, la durée de la période comprise dans leurs recherches et le nombre des anciens maîtres dont ils ont pu retrouver les noms.

(2) Dans les archives départementales de la Haute- Marne, nous avons recueilli d’importants et curieux documents sur l’histoire des collèges de Chaumont et de Langres, sur les écoles de latinité de Joinville, de Wassy, de St-Dizier, de Château-

— VII —

D’un autre côté, nous avions depuis longtemps déjà, commencé à relever, dans tous les livres et documents qui nous tombaient sous la main ou que nous pouvions nous procurer, des renseignements curieux et importants sur Thistoire de nos villain, etc. ; sur le gouvernement et radministralion des petites écoles sous l’autorité des évêques diocésains, sur les opérations des divers jurys d’instruction institués par les lois de la première république, sur les faits et gestes des administrations révolutionnaires à l’égard des écoles et des maîtres qui les dirigeaient, sur les premiers actes des administrations qui, au commencement du XIX® siècle, ont essayé de réparer les ruines laissées par la Révolution, etc.

Les archives de Dijon nous ont fourni, entre autres documents intéressants, un règlement complet sur les grandes et les petites écoles de la ville, revu, corrigé, augmenté sur certains points et réduit sur d’autres, en -1445, par des délégués de Pierre de Prenne, chantre et chanoine de l’église de Langres, collateur, proviseur et directeur de ces écoles.

Dans les bibliothèques de Chaumont, de Dijon, de Langres et deTroyes, et dans quelques autres bibliothèques particulière-, nous avons pu consulter, d’abord plusieurs grands recueils qui contiennent des données précises et authentiques sur l’existence, le gouvernement, la législation des écoles de tous les degrés ; Tels sont l’Histoire générale des conciles, les Acta sanctorum des Bollandistes, Vitce sanctorum deSurius; Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence actuelle par I>ENiSA.RT; Répertoire universel et raisonné de jurisprudences par Guyot, aux mots écolâtres, écoles, écoliers, etc. ; Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, par Jean Legentil et autres ; ITiistoire des ordres religieux par le père Helyot, autre par Hermant ; Comptes-rendus aux chambres assemblées du parlement, des différents collèges du ressort, par les commissaires Rolland, de L’Averdy, etc. de 1762 à 1765 ; Historia societütis Jésus, 5 vol. in-folio ; Histoire littéraire de la France, par les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, continuée par des membres de l’académie des insciiptions et belles-lettres ; les Statuts synodaux et diocésains, dont .un grand nombre donnent des règlements complets pour les maîtres d’école : tels sont ceux d’Aire (1611), d’Aîet (1610-1670), d’Angers (1507-1678), d’Aulun (1706\ de Besançon (1573-1687), de Bordeaux (1610), de Châlons-sur-Marne |l616-1685), de Dijon (1744), de Poitiers (1641), de Saint-Malo (1620), de St- Pol-de-Léon (1630), de Toul (1712), de Troyes (1436-1785), etc ; un grand nombre d’ouvrages particuliers, clans lesquels tes auteurs ont exposé soit l’histoire, soit la situation des écoles de certaines localités, les droits au les prétentions de certains personnages sur une certaine classe d’écoles et de maîtres, tels sont ;

VIII — écoles en général, sur la valeur moralisatrice de notre enseignement, sur rinfluence des diverses dispositions législatives ou réglementaires de notre instruction publique (1). Ces divers rensei-

un ANONYME SUT los écolos ct les collèges de Dijon depuis le XIPsiècle jusqu’en -1760 (bibl. de Dijon, M N“ 422ji Courtalon, Topographie historique de la ville et du diocèse de Troyes, -1783; Goürtépée, Description du Duché de Bourgogne, -1775-1777; Bégat, professeur à l’école centrale de Troyes, Méthode générale d’enseignement^ (Mémoires du Lycée de l’Aube, l. -l^'-, p.86); Vallet DE Viriyille, les Archiveshistoriques du département de l’Aube, 1841 ; d’Arbois de Jübainville, Voyage poléographique dans le département de l’Aube, 18G5; Forneron, Notice historique sur le collège de Troyes, -1840; Claude Joly, Traité hdstO' rique des écoles épiscopales et ecclésiastiques, 1578 ; Léopold Delisle, sur la condition de la classe agricole en Normandie au moyen ûge, 1851 ; V. de Beauvillé, Histoire de la ville de Montdidier, 1857 ; Landriot, chanoine d’Autun, mort archevêque de Reims, Recherches historiques sur les écoles littéraires du christianisme, 1851 ; Dinouard, Manuel des pasteurs, 1768 ; Kilian, Tableau de rinstruclion secondaire eiêFrance, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, 1841 ; Théry, Histoire de l’éducation en France, 1858 ; PI. deRiangey, Histoire critique et législative de l’instruction publique, 1844 ; Le Baron de (4é- RANDO, Traité de la Bienfaisance publique, 1839 ; Ambr. Rendu, de l’Instruction secondaire, spécialement des petits séminaires, 1842, et de l’association charitable des Parères des Ecoles chrétiennes, 1815; Ph. Pompée, Rapport historique sur les écoles primaires de la ville de Paris, 1839; Guizot, plusieurs rapports officiels et Histoire de la civilisation en France ; Villemain, Rapport sur la situation de l’inslruclion secondaire de 1809 à 1812 ; etc., etc.

(1) Les principaux dans lesquels nous avons puisé sont : les comptes-rendus et rapport sur l’instruction primaire, parle ministère de l’Instruction publique, en 1829,1832, 1834,1837,1840, 1843 et 1848; le compte général annuel de l'administration de la justice criminelle, depuis 1825; les publications du bureau de la slatitique de la France au ministère do l’agriculture et du commerce; le compte-rendu annuel sur le recrutement de l'armée depuis 1825, même depuis 1816 ; le bulletin de la société pour l’instruction élémentaire; le journal général de l’instruction publique, et les autres recueils annalogues ; et parmi les ouvrages particuliers :h's Forces productives de la France par le Baron Ch. Dupin, 1826; la Statistique morale de la l^rancc par Guéry, 1833 ; la Statistique de la population française par le comte (I'Angeville etc. ; mais surtout les procès-verbaux des délibérations des conseils généraux de 1840 à 1848, que nous avons pu consulter, à la bibliotbèque administrative du ministère do l’intérieur, de 1843 à 1849.

— IX gnements avaient donné lieu de notre part à d’assez nombreuses communications à l’Académie des sciences, et surtout à l’Académie des sciences morales et politiques, plusieurs fois suivies de discussions intéressantes entre les membres de cette dernière Académie (1). Après la révolution de 1848, nous nous sommes fait un devoir de communiquer, dans une quinzaine de lettres, les plus importants des renseignements recueillis jusqu’alors à l’éloquent défenseur de la cause catholique, au comte de Montalembert, qui a jugé ce travail assez utile pour le faire immédiatement publier aux frais du comité pour la défense de la liberté religieuse, sous le titre de Lettres à un représentant du peuple sur V instruction primaire (2).

Enfin nous avions pu, d’abord comme professeur et comme membre des commissions d’instruction primaire, chargées d’examiner les aspirants au brevet de capacité, et ensuite comme inspecteur ou recteur d’Académie départementale, et enfin, comme inspecteur de l’Académie de Dijon en résidence à Chaumont, étudier sur le vif, d’abord les résultats produits par la législation de 1833, ensuite et surtout les résultats produits

(1) Académie des sciences, 5 octobre -1840 ; 48 mars et 20 mai 4844 etc. Académie des sciences morales et politiques, 28 septembre 4839; 20 septembre et 40 octobre 4840; 9 octobre 4841 ; 25 septembre 4843 ; 6, 43 et 27 septembre 1845 ; 20 juin, 5 et 42 septembre 4846; 4 4 septembre 1847 ; 23 septembre 4848; 22 et 29 septembre, 13 octobre et 40 novembre 4849 ; les deux dernières séances ont été employées à discuter les conclusions de notre travail, lu dans les séances des 22 et 29 septembre. JNotre mémoire et notre réponse aux opinions émises et aux chiflres produits dans cette discussion, ont été publiés par le Correspondant, dans les n“s du 40 février 4850, 25 février, 25 mai, 25 octobre 4854 et 40 janvier 4852.

(2) Chez Jacques LecolTre, 29, rue du Vieux Colombier, Paris, 4849, un vol. in-48 de 388 pages.

X — par la loi du 15 mars 1850, et enfin par les diverses modifications et altérations qu’on lui a fait subir en 1852 et 1854. Nous étions donc bien préparé et bien muni pour le travail que nous nous proposions de publier immédiatement après notre admission à la retraite, dans l’espoir que nous avions de l’obtenir dans la Haute-Marne, alors que nos collabateurs seraient encore pour la plupart en fonctions.

Malheureusement notre espoir, qui pourtant n’avait rien de bien exagéré, n’a pas été réalisé; quatre ans avant notre admission à la retraite, nous avons été transféré, sans l’avoir demandé, dans le département de l’Indre et notre travail a dû être ajourné, d’abord par la nécessité où nous nous sommes trouvé d’étudier une nouvelle circonscription, et aussi par l’espèce de découragement qui s’est en quelque sorte emparé de nous à la suite d’une disgrâce d’autant plus pénible qu’elle nous frappait presqu’à la fin de notre carrière, et alors que nous croyions avoir, par notre activité et notre dévouement à tous les devoirs de notre charge, acquis des droits à un notable avancement.

Cependant, au moment où j’ai enfin obtenu mon admission à la retraite, je me proposais de revenir dans la Haute-Marne, pour y reprendre mon travail, y continuer mes recherches et enfin en publier les résultats les plus intéressants. Mais alors sont venus les malheurs de la guerre, et un grand malheur de famille : j’étais donc encore une fois bien décidé à renoncer à la publication de tout travail d’ensemble sur les résultats de mes recherches dans la Haute-Marne, lorsque l’insistance de quelques amis très-compétents en ces matières, m’ont en quelque sorte fait une obligation de conscience de revenir sur ma décision, et de publier moi-même des résultats très-intéres-

— XI sants à faire connaître, et que probablement personne ne voudrait ou ne pourrait retrouver dans le fouillis plus ou moins informe de mes notes.

Telles sont les vicissitudes qu’a successivement subies le projet que j’essaie de réaliser aujourd’hui. Mon travail se ressentira sans doute de ces vicissitudes, et aussi de l’âge auquel je l’ai entrepris. Il a encore, dans certaines parties du moins, un autre défaut : on y remarquera certaines vivacités de langage, qui, sans doute, sentent un peu trop la rude éducation première que j’ai reçue dans les montagnes du Cantal. Mais, quand je vois la révolution de 1792 supprimer les écoles, en expulser les maîtres, en confisquer les ressources, ‘SOUS prétexte d’établir une instruction nationale gratuite, obligatoire et civique, je ne puis rester calme et ne pas crier anathème aux corrupteurs de l’enfance, et aux apologistes qu’ils trouvent encore parmi nous.

Mon indignation est peut-être encore plus grande, en présence d’un haut dignitaire de l’université, établi et largement rétribué pour travailler efficacement aux progrès de l’instruction primaire , employer l’influence prépondérante que lui donnent ses hautes fonctions, à mettre et à maintenir hors de l’école un nombre plus ou moins considérable d’enfants, en faisant surélever les taux de la rétribution scolaire et réduire la liste des admissions gratuites au-delà de toute proportion avec les ressources des familles; qui ailleurs, pour réaliser quelques économies mesquines et vraiment scandaleuses, n’hésite pas à proposer la suppression d’un nombre considérable d’écoles, de temps immémorial existantes et fréquentées, sous le honteux et ridicule prétexte que les communes étant petites et très-pauvres, l’entretien de ces écoles exige une subvention

— XII — trop forte sur les fonds du département ou de TEtat!

Ce sont là peut-être de graves défauts, surtout dans un ouvrage historique sur les écoles; j’en demande bien pardon au lecteur, mais je n’oserais lui promettre de ne pas recommencer, en présence de semblables circonstances. Je le prie seulement de ne pas être trop sévère sur ces vivacités, qui encore une fois peuvent tenir à mon éducation tardive et montagnarde, et de vouloir examiner avec une sévère et scrupuleuse attention les vérités historiques qui me paraissent démontrées d'une manière irréfutable par les résultats de nos recherches, communes à l’inspecteur et aux instituteurs, du moins en ce qui concerne la Haute-Marne et les anciens diocèses de Langres, de Besançon, de Châlons-sur-Marne, de Toul et de Troyes, vérités qui peuvent être ainsi formulées :

L’Eglise, tant qu’elle a conservé la liberté d’accomplir la mission qu’elle a reçue de son divin fondateur d’iNSTRuiRE toutes les nations^ n’a cessé de travailler efficacement, de concert avec les rois de France, aux progrès des sciences et des lettres, à fonder des écoles épiscopales, conventuelles, des universités et des collèges, et de munir chaque paroisse d’une école et d’un maître;

2° La Révolution de 1790, que nos révolutionnaires et, à leur exemple, une foule d’honnêtes conservateurs et même de chrétiens sincères, posent comme le point de départ de tout enseignement en France, a, au contraire, brutalement supprimé toutes les écoles, depuis les écoles de villages jusqu’aux universités les plus prospères, confisqué les ressources qui servaient à les

— XIII entretenir, persécuté, proscrit, massacré les maîtres qui y donnaient l’enseignement;

3° Depuis la Révolution, le clergé le premier^ secondé par les fidèles qui, malgré la Révolution, étaient restés fils soumis de l’Eglise, a recommencé l’œuvre si difficile alors, de la Restauration des écoles; et, malgré les difficultés créées par les décrets de 1809 à 1813, il a continué d’apporter à l’œuvre de l’éducation populaire, l’action la plus large et la plus généreuse; la centralisation entre les mains de l’Etat, même en matière d’enseignement primaire depuis 1833, est devenue trop souvent, quoi que puissent en dire les partisans de l’omnipotence de l’Etat, un obstacle réel et sérieux aux véritables progrès de l’instruction, spécialement de l’instruction primaire.

Ces trois vérités historiques, malgré la rigueur de notre démonstration, n’en continuent pas moins d’ètre contredites par les assertions sans preuves de nos révolutionnaires de toutes nuances et par les ennemis de l’Eglise; seulement, à mesure que se multiplieront les recherches locales, les hommes sérieux, qui ne se paient pas de phrases quelque retentissantes qu’elles soient, seront de plus en plus édifiés sur les grandes œuvres de l’Eglise et sur les hautes œuvres de la Révolution en matière d’enseignement.

Nous avons déjà sous ce rapport de remarquables travaux. La question qu’avait posée le congrès scientifique de France, dans sa 25® session tenue à Auxerre, en septembre 1858 : « de L'enseignement primaire au temps passé , notamment dans les deux derniers siècles; ses modes divers d' organisation , l'étendue de son action et ses résultats^ » a été sérieusement étudiée et complètement élucidée dans plusieurs régions, et partout on a constaté l’action salutaire et féconde de l’Eglise^ du clergé et des fidèles pour les progrès de rinstruction à tous les degrés, pour la création et l’entretien des écoles populaires, aussi bien que des collèges et des universités. Parmi ces travaux, qu’il nous soit permis de signaler ici, ceux de M. Quantin sur les diocèses de Sens et d'Auxerre (1), de M. Anatole de Charmasse sur le diocèse d’Autun (2), de M. Ch. de Rohiliard de Beaurepaire sur le diocèse de Rouen (3), de M. Albert Babeau sur le diocèse de Troyes (4), de M. Armand sur le diocèse du Mans (5), de

M. le comte de Fontaine de Reshecq^ sur les diocèses de Cambray, de St-Omer, d’Arras, de Tournai, d’Yprès, de Boulogne (6), de M. l’abbé Allain^ sur divers diocèses (7), de M. Mordacq sur l’ar-

(1) De l’enseignement primaire au temps passé dans les diocèses de Sens et d’Auxerre, réponse à la question de 1858, compte-rendu, tome ii, p. 130 ; — Histoire de l’Instruction primaire avant '1789, dans les pays formant le département de l’Yonne, in-S^, '142 p. '1874; — Histoire do l’enseignement secondaire et supérieur avant 1790, dans la même région, 1877, in-8o, '121 p.

(2) Etat de l’Instruction primaire dans l’ancien diocèse d’Autun pendant les xvii° et xviii° siècles, 1871, in-8“, 106 p. ; 2« édition revue et considérablement augmentée, 1878, 210 p.

(3) Recherches sur l’instruction publique dans le diocèse de Rouen, avant 1789 : 3 vol. in-8o, 1872.

(4) L’instruction primaire dans les campagnes avant 1789, d’après des documents inédits, tirés des archives communales et départementales de l’Aube, 1875, in-8^ 86 p.

(5) Recherches sur l’instruction publique dans le département de la Sarlhe, avant et pendant la Révolution, in-12 de 298 p. 1875.

(6) Histoire de l’enseignement primaire avant 1789 dans les communes qui ont formé le département du Nord, 428 p. in- 8'», 1878.

(7) L’instruction primaire en France avant 1789 d’après les travaux récents, dans la Revue des questions historiques, l®"^ janvier 1875, p. 114-152.

— XV — rondissement de Dankerque (1), de M. Maggiolo, sur diverses contrées (2), etc.

De sorte que la première de ces vérités qui, dans nos premières publications avait paru à beaucoup d'esprits sérieux et instruits presqu’un plaisant paradoxe, tend à devenir une espèce d’axiome historique, contesté par les seuls ennemis de l’Eglise, dont aucun n’entreprend d’en discuter les preuves, tant elles deviennent irréfutables. La ruine des écoles, des collèges et des

(1) Notes pour servir à l'histoire de l'instruction primaire dans le département du Nord, in-8°, 32 p. 4873.

(2) Pièces d’archives et documents inédits pour servir à l’histoire de l’instruction publique en Lorraine (4789-1802), in-8°, 30 p., 4875 ; l’Instruction publique dans le district de Lunéville (4 789-1802), in-8®, 60 p., 4876 ; les archives scolaires de la Beauce et du Galinais (1560-4808), in-8o, 55 p., 4877 ; communication au congrès des Sociétés savantes, avril 1879.

Outre ces auteurs que nous avons sous les yeux, nous savons qu’il y en a un grand nombre d’autres qui ont fait de curieuses et savantes recherches sur l’existence et l’organisation des écoles avant 4789. On cite Merlet, Etat de l’instruction primaire dans Eure-et-Loire, avant 4789 ; Duval, Etat de l’instruction primaire dans la Creuse, avant 4789 ; André, nos Maîtres d’hier, etc. éQüANTiN, p. 4.) Diipré de Loire, l’Enseignement primaire dans la Drôme avant 1789 ; Devais, Les Ecoles publiques à Mautauban, du X» au XVD siècle ; Boutiot, Histoire de l’instruction publique et populaire à Troyes pendant les 4 derniers siècles ; Serrurier, l’Instruction primaire dans la région des Pyrénées- Orientales ; H. Batault, Essai historique sur les écoles de Ghâlons-sur-Saône ; Léon Maître, l’Instruction primaire dans le comté Nantais avant 4789; Houdoy, l’Instruction primaire obligatoire à Lille depuis le XVI® siècle ; Leleu, Notice historique sur les écoles de Semur en Auxois ; Dubord, Recherche sur l’enseignement primaire dans nos contrées avant 4789 ; Ed. de Barthélémy, l’Instruction publique avant 4789 ; Tanière, l’Instruction publique dans les Landes avant la Révolution : Audiat, sur les Ecoles de la Charente-Inférieure, etc. (Allain p. 9, 10, 4 4, 42, 15, 17, 20). Lebon, Histoire de l’enseignement populaire en Belgique ; Mangeonjean, les Ecoles primaires avant 1789 dans les Vosges ; Simon Luce, Duguesclin et son époque, etc. (de F. DE Resbegq, p. 59, 49, 75, etc.).

Nous devons ajouter .* M. Ernest Bouchard, Histoire du collège de Moulins, où se trouvent d’intéressantes recherches sur les écoles de Moulins et de quelques autres localités de l’Ailier.

— XVI universités par nos révolutionnaires de 1792, les pères et les modèles de nos révolutionnaires d’aujourd’hui, n’est pas moins évidente. Tous ceux qui ont étudié avec quelque soin les errements de la première république, sont amenés à la même conclusion. Tous les jours nous en trouvons de nouvelles preuves. « Que devons-nous à l’Eglise « et à la Révolution en fait d’éducation publique, (( spécialement dans le Maine et les provinces « voisines? » se demande le P. Charles Clair, de la Compagnie de Jésus. Et voici en résumé sa double réponse:

« C’est à l’action prépondérante de l’Eglise, au « concours généreux mais dévoué du pouvoir, à « la charité privée libre de toute entrave, que la « France dut pendant des siècles, la prospérité « de ses écoles. La gratuité était alors un don « spontané, et non le prélèvement d’un impôt sur « les contribuables. La Révolution avait mérité « dans le Maine, comme dans le pays entier, le « terrible reproche que dès l’an III, lui adressait « un des siens, A. Chénier, « d'avoir tout corn- « biné pour anéantir V instruction publique. » Les « plus illustres écrivains, les membres les plus « célèbres de l’Université ont, tour à tour, ratifié « ce jugement, qui restera celui de l’histoire (1). (( Où en serions-nous donc à cette heure, si l’E- « glise, malgré les entraves légales et les oppo- « sitions brutales, n’avait repris son œuvre « interrompue, si sa main n’avait çà et là « recueilli, au sein de ces lamentables ruines, « quelques pierres dispersées, pour réédifier, en

(t) A l’appui de celte affirmation l’auteur cite des passages concluants de Joubert, de V. Cousin, de Salvandj, de Thiers ; il aurait pu ajouter Villemain, Kilian, etc.

— XVII —

« partie du. moins, le monument séculaire dont a nous avons admiré les splendeurs (1).

Nous pouvons indiquer également deux discours prononcés à la distribution des prix du Petit-Séminaire de Bourges, par le supérieur M. Mingasson, en 1874, « sur le développement « de Téducation cléricale dans le diocèse, » et en 1875, « sur la renaissance du Petit-Séminaire de Bourges (détruit par la Révolution). » Mais ces documents, quoique très-sérieux, émanant de membres du clergé, pourraient être suspectés de partialité.

Nous allons tirer quelques indications d’un livre en cours de publication, contre lequel un semblable soupçon ne sera pas possible, c’est le dictionnaire de pédagogie, publié par la maison Hachette, sous la direction de M. Buisson, aujourd’hui directeur de l’enseignement primaire au ministère de l’Instruction publique. Nous suivons l’ordre alphabétique des articles.

Abbatiales (Ecoles). « Il ne faut pas la contt fondre avec l’école claustrale ou monacale, qui « à l’intérieur ou à l’extérieur du monastère, don- « liait à tous les degrés une instruction gratuite « aux enfants destinés soit à la cléricature, soit (( aux carrières civiles. »

Adultes (Instruction primaire des adultes). « En France le premier essai connu d’organisatt tion de cours ou d’écoles d’adultes, est celui tt que firent de concert en 1709, le vénérable J. -B. tt de la Salle et le curé de Saint-Sulpice, M. de la « Chétardie. » P. 24.

Agathon (Frère). Bel éloge du F. Agathon, incarcéré avec d’autres frères en 1792.

(^) Discours prononcé à la distribution dès prix au collège de N. D. de Sainte-Croix du Mont, -iSTG.

““ XVIII

Ain (Département de 1’), « Avant la Révolution, « on comptait 15 collèges, 63 professeurs et 1820 « élèves, et beaucoup d’écoles particulières de « lectures et d’écritures répandues dans les vil- « lages. Dans tous les bourgs, on trouvait des « instituteurs qui enseignaient à lire, à écrire et « à chiffrer. » « Les effets de l’orage révolution- « naire furent de rendre les écoles primaires pres- « que milles, » tout était donc à réorganiser après la Révolution.

Aisne. Dès 880, Riculfe, évêque de Soissons, dans ses statuts^ exige de ses prêtres qu’ils aient un soin particulier de leurs écoles. On sait quel éclat jeta au moyen âge l’école de Laon. Au XVI® siècle, les collèges créés à Reims, à Soissons, à Laon, se peuplent aux dépens des écoles cathédrales et conventuelles, et, comme ils ne donnent l’instruction qu’à partir de la 6®, leur prospérité numérique suppose l’existence d’un certain nombre d’écoles élémentaires, existence d’ailleurs démontrée par plusieurs textes authentiques. Il est pourvu aussi à l’instruction des filles.

Au lendemain de la Révolution, le citoyen comte d’Auchy, préfet du département, constate qu’en 1790, il y avait dans le pays, 3 collèges de plein exercice; 3 autres enseignaient les humanités; plusieurs pensionnats dans une douzaine de villes ou bourgs, « pour l’instruction gratuite des « jeunes gens du lieu qui montraient quelques « dispositions, un instituteur sous le nom de « régent ou principal qui leur enseignait les pre- « miers éléments de la latinité. Les biens attachés « à ces établissements ont été en grande partie tt aliénés. Il en a été de même de ceux des dif- « férentes communautés, qui procuraient l’ins- « truction gratuite aux jeunes filles. L’instruction « a été singulièrement négligée dans ce départe-

— XIX

« ment depuis la Révolution. L’ignorance etl’im- « moralité s’en sont emparée dans beaucoup « d’endroits. »

On trouve dans beaucoup d’autres articles du même dictionnaire, des indications analogues tout aussi authentiques, et aussi décisives que celles que nous venons de citer (1).

Partout en effet où l’histoire des écoles est consciencieusement interrogée, elle répond uniformément que l’Eglise, tant qu’elle a conservé l’autorité sur les écoles, a, de concert avec le pouvoir civil, fait les efforts les plus louables, les plus persévérants et les plus efficaces pour propager l’enseignement à tous les degrés. Un des doctes membres de l’Académie des sciences morales et politiques est obligé de le proclamer lui-même : « En 1800, les écoles (primaires) étaient, « en France, moins nombreuses et moins bonnes « qu’en 1788. » (2)

Nous disons l’histoire consciencieusement interrogée. Il paraît qu’il y a plusieurs manières de l’interroger, et par conséquent d’en tirer le oui et le non sur la même question : écoutez plutôt, nous citons textuellement : la scène se passe à l’Assemblée nationale, séance du 5 juin 1875, c’est M. Edouard Laboulaye, professeur au collège de France, membre de l’Institut, et, en matière de législation, l’un des membres les plus compétents de l’Assemblée, qui est à la tribune : « De quel droit « l’Etat peut-il prétendre qu’il sera le maître de l’en-

(2) M. Levasseur, séance du 8 mars 1873, Compte-rendu. Tome XCIX*, p. 914, et tome C«, p. 242.

Il

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(( seigiiement, qu’il pourra ne l’accorder que d’une « main avare, qu’il pourra le refuserai! plus grand (( nombre? Cela se comprenait autre/ ois, dlovsc{\jiQ « le roi était considéré comme le père de ses sujets : <( il les traitait paternellement en les maintenant

« DANS UNE BIENHEUREUSE IGNORANCE. (RirCS Ct

« applaudissements sur divers bancs à gauche. — (c Vives rumeurs et réclamations à droite et sur <c plusieurs bancs au centre)...

« Je suis très contrarié si la phrase que j’ai « prononcée a pu blesser quelqu’un. Elle m’était <( inspirée par des souvenirs historiques; mais

« NOUS NE LISONS PAS TOUS l’hISTOIRE DE LA MÊME Cf MANIÈRE : il ne faut donc pas s'étonner de ces <( divergences. L’histoire est moins simple qu’on « ne pense : c’est un miroir où chacun se recon- « naît (1). »

Voilà tout le mystère : s’il y a des divergences, c’est parce que nous ne lisons pas l’histoire de la même manière. Ainsi nous proclamons, et tous les écrivains que nous avons nommés plus haut proclament comme nous, après avoir étudié les canons des conciles généraux ou particuliers, les prescriptions des synodes provinciaux ou diocésains, les ordonnances royales de 1560, de 1606. de 1695, de 1724, et les nombreux arrêts du conseil, lettres patentes et autres documents émanant soit de l’Eglise, soit de l’autorité royale, que sous l’ancien régime l’Eglise et la monarchie s’étaient efforcées de multiplier les écoles à tous les degrés, depuis les plus florissantes universités jusqu’aux plus modestes écoles rurales; et après avoir compulsé les archives locales des

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