Preface
L'ouvrage dont je publie aujourd'hui la traduction n'est connu en France que des Orientalistes , et du petit nombre de personnes qui se livrent à l'étude comparative de la législation ; on n'a pu jusqu'à présent lire les Lois de Manou que dans la traduction anglaise donnée par William Jones, il y a environ quarante ans , sous le titre de : Instituies of Hindu Law ; or the ordinances of Menu , according to the gloss of Cullûca y comprising the Indian system of duties religious and civil. Je crois donc nécessaire de faire précéder ma traduction de quelques détails sur le Livre de Manou, et sur le législateur auquel est attribué ce code, qui forme encore aujourd'hui la base du droit indien.
Les mots Mânava-Dharma-Sâstra signifient littéralement le Livre de la Loi de Manou ; ce n'est donc pas un code dans le sens ordinaire de ce mot , lequel s'applique communément à un recueil renfermant uniquement des règles pour déterminer les relations des hommes entre eux, et les peines que méritent \gs divers délits. C'est véritablement , comme l'entendaient les anciens peuples , le Livre de la Loi, comprenant tout ce qui regarde la conduite civile et religieuse de l'homme. En effet, outre les matières dont traite ordinairement un code, on trouve réunis, dans les Lois de Manou , un système de cosmogonie ; des idées de métaphysique ; des préceptes qui déterminent la conduite de l'homme
a ij PRÉFACE.
dans les diverses périodes de son existence ; des règles nombreuses relatives aux devoirs religieux, aux cérémonies du culte , aux observances pieuses et aux expiations ; des règles de purification et d'abstinence ; des maximes de morale ; des notions de politique, d'art militaire et de commerce; un exposé des peines et des récompenses après la mort , ainsi que des diverses transmigrations de l'àme, et des moyens de parvenir à la béatitude.
On verra , dans le premier Livre du Manava- Dharma-Sastra , que le nom de Manou , rapproché par William Jones de ceux de Menés et de Minos, appartient à chacun des sept personnages divins qui , suivant les idées des Indiens , ont successivement gouverné le inonde. C'est au premier Manou , surnommé Swâyambhouva , c'est-à-dire issu de l'Être existant par lui-même, que le Livre de la Loi est censé avoir été révélé par Brahmà lui-même, et le Richi Bhrigou est supposé l'avoir fait connaître. Ce code, en admettant qu'on doive l'attribuer à un antique législateur nommé Manou, que les Indiens ont ensuite divinisé et confondu avec l'un des saints personnages qui , dans leur croyance , régissent le monde, ce code se sera conservé d'âge en âge par la tradition jusqu'au moment où il aura été rédigé en vers dans la forme qu'il a maintenant ; car il est bon de dire , pour les personnes qui ne savent pas le sanscrit , que les lois de Manou sont écrites en slocas ou stances de deux vers, dans wa. mètre dont les Indiens attribuent l'invention à un saint ermite nommé Vâlmiki, que l'on croit avoir vécu quinze cents ans avant notre ère.
William Jones cite, dans la préface de sa traduc-
PRÉFACE. iij
tion , un passage eiiiprunlé à la préface d'un Iraité de Lois de Nârada , où il est dit : « Manou ayant écrit les Lois de Brahmâ en cent raille slocas ou distiques, arrangés sous vingt- quatre chefs en mille chapitres, donna l'ouvrage à Nârada, le sage parmi les Dieux , qui l'abrégea, pour l'usage du genre humain, en douze mille vers , qu'il donna à un fils de Bhrigou, noniiiié Soumali, lequel, pour la plus grande facilité de la race humaine , les réduisit à quatre mille ; les mortels ne lisent que le second abrégé fait par Soumati , tandis que les Dieux du ciel inférieur et les musiciens célestes étudient le code primitif commençant avec le cinquième vers un peu modifié de l'ouvrage qui existe actuellement sur la terre ; il ne reste rien de l'abrégé de Nârada, qu'un élégant épitome d'un neuvième titre original sur l'administration de la justice. » Maintenant, ajoute William Jones , puisque les Lois de Manou , comme nous les avons, ne comprennent que deux mille six cent quatre-vingt-cinq slocas, elles ne peuvent pas être l'ouvrage entier attribué à Soumati , qui est probablement celui qu'on désigne sous le nom de Vriddha-Mânava^ ou ancien code de Manou, et qu'on ne trouve plus entier, quoique plusieurs passages de ce code , qui ont été conservés par tradition , soient cités dans le nouveau Digeste.
L'époque où le Mânava-Dharma-Sâstra a été rédigé ne nous est guère mieux connue que le nom du véritable rédacteur , et l'on est forcé à cet égard de s'en tenir à des conjectures. Les calculs sur lesquels William Jones s'était fondé pour placer la rédaction du texte actuel vers l'an 1280, ou vers l'année 880 avant notre ère, ont paru généralement iv PRÉFACE.
reposer sur des bases si faibles , qu'il serait inutile d'en reproduire ici le détail. Les meilleures conjectures , dans l'état de nos connaissances , sont probablement celles que l'on peut tirer du code lui-même. Les dogmes religieux y présentent toute la simplicité antique : un Dieu unique , éternel , infini, principe et essence du monde, Brahme ou Paramâtmâ ( la grande Ame ) , sous le nom de Brahmâ, régit l'univers , dont il est tour à tour le créateur et le destructeur. On ne voit aucune trace , dans le code de Manou, de cette triade ou trinité (Trimoûrti) si fameuse dans des systèmes mythologiques sans doute postérieurs. Yichnou et Siva , que les recueils de légendes appelés Pourânas présentent comme deux Divinités égales , et même supérieures à Brahmâ, ne sont nommés qu'une seule fois en passant, et ne jouent aucun rôle, même secondaire, dans le système de créations et de destructions du monde exposé par le législateur. Les neuf Incarnations de Vichnou n'y sont pas mentionnées, et tous les Dieux nommés dans les Lois de Manou ne sont que des personnifications du ciel , des astres , des élémens , et d'autres objets pris dans la nature. Ce système mythologique paraît avoir les plus grands rapports avec celui des Védas, dont la haute antiquité est incontestable ; c'est d'ailleurs un ouvrage éminemment orthodoxe, l'autorité des Védas y est sans cesse invoquée , et le législateur Vrihaspati a dit : et Manou tient le premier rang panni les législateurs , parce qu'il a exprimé dans son code le sens entier du Véda : aucun code n'est approuvé lorsqu'il contredit le sens d'une loi promulguée par Manou. » Cette simplicité des dogmes religieux est
PREFACE. V
peut-être une des preuves à alléguer en faveur de l'antiquité du code de Manou ; ajoutons que , parmi les personnages historiques que l'on y trouve cités , aucun ne paraît appartenir à une époque postérieure au douzième siècle avant notre ère, et que le célèbre réformateur de la religion Brahmanique, Bouddha, qui, suivant l'opinion généralement adoptée, vivait environ mille ans avant Jésus- Christ , n'est pas mentionné une seule fois , ce dont on peut conclure que cette réforme n'avait pas encore eu lieu. Ce n'est donc pas établir une hypothèse dénuée de fondement que de faire remonter la rédaction du code de Manou au treizième siècle avant notre ère, comme l'a fait M. Chézy dans un article très intéressant inséré dans le Journal des Savans, en i83i.
La partie métaphysique de la cosmogonie , qui ouvre le premier Livre du code de Manou , a été expliquée par le célèbre commentateur CouUoûca- Bhatta, suivant des idées empruntées au système philosophique Sânkhya , et le savant Colebrooke , dans les préliminaires de son Mémoire sur ce système , sans entrer dans aucun détail , parait adopter l'opinion du scholiaste Indien. Il faut convenir toutefois que CouUoûca-Bhatta , pour ramener le texte de Manou à son interprétation , est forcé de le torturer singulièrement, et il serait sans doute possible d'expliquer la cosmogonie métaphysique de Manou d'une manière toute différente. Telle est l'opinion que M. Lassen a énoncée dans la préface de son édition de la Sânkhya - Câricâ j et qu'il se réserve de développer plus tard. La connaissance parfaite que M. Lassen possède de la langue sanscrite, les rey] PRÉFACE.
cherches profondes auxquelles il s'est livré sur la philosophie indienne, le mettent à même, sans aucun doute , d'aborder cette question difficile , et de la résoudre à la grande satisfaction des Indianistes : pour moi , j'ai dû adopter simplement l'interprétation de CouUoûca-Bhatta sans la discuter j c'était le seul parti que j'eusse à prendre.
L'extrême concision du Texte de Manou était, pour les scholiastes Indiens , une belle occasion d'exercer leur sagacité ; aussi ce code ne manque-t-il pas de commentateurs. Parmi eux, on cite, comme les plus habiles, Médhâtithi , fils de Birasw^àmî-Bhatta , Govindarâdja , Dharanidhara et Goulloûca-Bhatta. Ce dernier est le plus estimé. « Son commentaire, dit William Jones , est peut-être le plus précis , le plus lumineux , le moins fastueux , le plus savant , le plus profond, et encore le plus agréable qui ait été composé sur aucun auteur ancien ou moderne, européen ou asiatique. » On ignore à quelle époque vivait Coulloûca ; il nous apprend lui-même qu'il appartenait à une famille honorable du district de Gaur dans le Bengale , mais qu'il avait fixé sa résidence parmi les savans sur les bords du Gange à Càsi (Bénarès). J'ai presque toujours pris pour guide son commentaire , qui se trouve joint au Texte de Manou dans les deux éditions du Mânava-Dharma- Sàstra , publiées à Calcutta ; mais je me suis aussi aidé d'un autre commentaire fort clair et fort précis en général , qui accompagne le Texte de Manou dans un des deux manuscrits de la Bibliothèque du Roi , et dont l'auteur est appelé Ràghavânanda. A l'exemple du traducteur anglais, j'ai fait imprimer en italique la partie du commentaire que j'ai intro-
PRÉFACE. vij
duite dans le texte, de sorte que l'on peut du premier coup d'œil distinguer le texte des explications et des développemens donnés par le scholiaste.
Quant à la prononciation des mots indiens, je dois, pour les personnes étrangères à la langue sanscrite , expliquer ce qui pourrait fournir matière à quelque erreur. Les lettres ch doivent toujours être prononcées d'une manière douce, comme dans char, cheval. Ainsi, pour le mot Vasichiha, prononcez Vasichetha, et non vasiktha. Le g doit toujours avoir un son dur, comme s'il était suivi d'un u. Ainsi , pour Angiras, prononcez Anguiras, et non Anjiras. Us même entre deux voyelles, ne doit jamais avoir le son du z. Ainsi , pour Vaisya , prononcez Vaicya , et non Kaizya.
L'excellente traduction de Jones a réuni les suffrages des Indianistes, entre autres celui du savant Colebrooke, qui a presque toujours adopté cette traduction pour les passages de Manou cités dans le Digeste des lois indiennes relatives aux contrats et aux successions. Dernièrement encore le mérite de ce précieux travail a été dignement apprécié par l'illustre Sclilegel, dans son intéressant et curieux ouvrage sur l'étude des langues asiatiques. « La traduction de Jones, dit M. de Schlegel, est en général d'une grande fidélité ; elle tombe quelquefois dans la paraphrase , mais c'était presque inévitable , vu la brièveté des stances mesurées de l'original. Le coloris du style est surtout admirable; il respire en même temps la majesté législative et je ne sais quelle simplicité sainte et patriarchale. Nous sommes transportés comme par enchantement dans les siècles, les mœurs et la sphère d'idées qui ont concouru à mettre viij PRÉFACE.
en vigueur ces lois religieuses et sociales, lesquelles à leur tour ont dominé une grande nation pendant des milliers d'années. » Le travail de Jones mérite entièrement les éloges que lui a donnés M. de Schlegel, et il m'a été d'un très grand secours; cependant mon admiration pour le talent de mon devancier ne m'a pas empêché de discuter avec soin les passages de sa traduction qui me paraissaient douteux , ce qui m'a conduit quelquefois à adopter un sens différent. Enfin , j'ai fait tous mes efforts pour rendre le texte sanscrit avec le plus de fidélité et de précision possible.
Je me proposais de soumettre ma traduction à l'illustre maître dont j'ai suivi les leçons, mais le cruel fléau qui a enlevé aux sciences plusieurs personnes distinguées a compris M. Chézy au nombre de ses victirnes. Qu'il me soit permis d'exprimer les regrets que m'a causés une perte aussi douloureuse , et d'adresser à la mémoire de l'homme excellent qui m'aidait de ses conseils et m'honorait de son amitié, le tribut de gratitude que je lui dois.
EXPOSÉES
PAR BHRIGOU.
LIVRE PREMIER. CRÉATIO]>r
I. J\1a.]YOU était assis, ayant sa pensée dirigée vers un seul objet; les Maharchis ' l'abordèrent, et, après l'avoir salué avec respect , lui adressèrent ces paroles :
2. » Seigneur, daigne nous déclarer, avec exactitude et en suivant l'ordre, les lois qui concernent toutes les classes primitives ' , et les classes nées du mélange des premières. ^
3. » Toi seul, ô maître, connais les actes, le principe et le véritable sens de cette règle universelle, existant par
' Les Maharchis ou grands Ri- ou celle des Kchatriyas, la classe
chis , sont de saints personnages commerçante et agricole ou celle
d'un ordre supérieur. On distin- des Vaisyas, et la classe servile ou
gue plusieurs classes de Richis. celle des Soûdras. Voyez plus loin,
' Les classes primitives sont au dans le même Livre, stance 3i et
nombre de quatre, savoir : la classe st. 87 et suivantes,
sacerdotale ou celle des Brâhma- ' Ces classes sont énumérées
nés, la classe militaire et royale dans le dixième Livre.
elle-même, inconcevable, dont la raison Immaine ne peut pas apprécier l'étendue, et qui est le Féda. » '
4. Ainsi interrogé par ces êtres magnanimes, celui dont le pouvoir était immense, après les avoir tous salués, leur fît cette sage réponse : «Écoutez », leur dit-il.
5. » Ce monde éi^àt plongé dans l'obscurité •; imperceptible, dépourvu de tout attribut distinctif, ne pouvant ni être découvert par le raisonnement, ni être révélé, il semblait entièrement livré au sommeil.
' Le Yéda est la Sainte Écriture des Indiens. Les principaux Yédas sont au nombre de trois : le Ritch, le Yadjous et le Sâma; les Lois de Manoules citent fréquemment, tandis que le quatrième Véda, l'Atliarva, n'y est mentionné qu'une fois ( Liv. XI, st. 55). Quelques savans ont pensé que ce dernier Yéda était plus moderne ; mais cette opinion n'est point celle de l'illustre Colebrooke, qui a donné, dans le huitième volume dos Recherches Asiatiques , un mémoire très important sur les Livres sacrés des Indiens , et qui pense que l'Atharva est au moins en partie aussi ancien que les autres Yédas.
Chaque Yéda renferme des prières (Mantras) et des préceptes (Brâhmanas).
' Suivant le commentateur, par l'obscurité (Tamas) il faut entendre la nature (Praci-iti). Le monde, dans le temps de la dissolution (Pralaya), à cause de son imperceptibilité, était dissous dans la nature, et la natuFC elle-même n'avait pas été développée par l'Ame divine (Brahmâtmâ). — La Pracriti, le premier des vingt-cinq principes admis par le système philosophique appelé Sânkhya, est la matière première, la cause matérielle universelle. Le système Sânkhya, avec lequel la partie métaphysique de la cosmogonie qu'on va lire paraît avoir de grands rapports , a été exposé par M. Colebrooke, dans un de ses mémoires sur la Philosophie Indienne , insérés dans les Transactions de la Société Asiatique de Londres. Ces admirables mémoires seront bientôt à la portée de tout le monde , grâce à la traduction française que M. Pauthier en a composée , et qu'il imjirime dans ce moment. Cette utile publication est un vrai service rendu à la science. Les indianistes trouveront aussi un exposé du système Sânkhya dans l'excellente édition de la Sânkhja-Câricà que M. Lassen vient de publier.
Livre Premier. 3
6. » Quand la durée de la dissolution (^Pralaya) ^ fut h son terme, alors le Seigneur existant par lui-même, et qui n'est pas à la portée des sens externes, rendant perceptible ce monde avec les cinq élémens et les autres principes, resplendissant de, l'éclat le plus pur, parut et dissipa l'obscurité , c'est-à-dire développa la nature (^Pracriti).
7. » Celui que l'esprit seul peut percevoir, qui échappe aux organes des sens, qui est sans parties visibles, éternel, l'âme de tous les êtres, que nul ne peut comprendre, déploya sa propre splendeur.
8. » Ayant résolu, dans sa pensée, de faire émaner de sa substance les diverses créatures, il produisit d'abord les eaux, dans lesquelles il déposa un germe.
9. » Ce germe devint un œuf brillant comme l'or, aussi éclatant que l'astre aux mille rayons, et dans lequel l'Etre suprême naquit lui-même sous la forme de Brahmâ " , l'aïeul de tous les êtres.
10. » Les eaux ont été appelées nârâs, parce qu'elles étaient la production de Nara (l'Esprit divin); ces eaux ayant été le premier lieu de mouvement ( ayana ) de Nara, il a , en conséquence , été nommé Nârâyana ' (celui qui se meut sur les eaux).
' Le Pralaja est la dissolution Siva lui sont adjoints, et forment
ou destruction du monde qui a avec lui la triade ( Trimoûrti ).
lieu à la fin du jour de Brahmâ. Brahmâ est aussi nommé Hiranya-
» Brahmâ est ici le Dieu unique, garbha (sorti de la matrice dorée),
créateur du monde. Dans la my- par allusion à l'œuf d'or, tholôgie indienne , Yichnou et ' C'est Brahmâ qui est ici dési-
II.» Par ce qui est , par la cause imperceptible , éternelle, qui existe réellemeîit et n'existe ipas pour les organes j a été produit ce divin mâle (Pourouclia), célèbre dans le monde sous le nom de Brahmâ.
12. » Après avoir demeuré dans cet œuf une année de Brahtnd \ le Seigneur, par sa seule pensée, sépara cet œuf en deux parts ;
i3. » Et, de ces deux parts, il forma le ciel et la terre; au milieu il plaça l'atmosphère*, les huit régions célestes ^, et le réservoir permanent des eaux.
i4- » 11 exprima de l'Ame suprême "î, le sentiment (Manas) qui existe par sa nature, et n'existe pas pour les sens; et avant la production du sentiment, l'Ahancâra ^ (le moi), moniteur et souverain maître;
i5. » Et , avant le sentiment et la conscience , il produisith grand principe intellectuel (Mahat) ^ , et tout ce
gné sous le nom de Nârâyana ; " Par atmosphère , il faut endans les Pourânas (antiques légen- tendre ici l'espace entre la terre des), Nârâyana est ordinairement et le soleil.
un des noms du dieu Yichnou. ' Ces huit régions sont les qua-
' Lejourde Brahmâ, ainsi qu'on tre points cardinaux et les quatre
le verra plus loin ( st. 72 du même points intermédiaires; huit dieux
Livre), équivaut à 4,52o,ooo,ooo y président.
d'années humaines de 56o jours; ''C'est l'âme de l'univers, le la nuit a une durée pareille. Le Paramâtmâ. jour de Brahmâ est appelé calpa. ' L'Ahancâra est la conscience, Trente de ces calpas forment un ou, plus exactement, ce qui promois de Bralimâ; douze de ces duit le moi, ou le sentiment du mois une année ; l'année de Brahmâ moi.
équivaut donc à 3, II 0,400, 000, 000 ** Le Mahat est aussi appelé
d'années humaines. Bouddhi (V'mteiligence).
Livre Premier. 5
qui reçoit les tix)ls qualités ' , et les cinq organes de l'intelligence destinés à percevoir les objets extérieurs, et les cinq organes de V action ' , et les rudiinens ( Tanmâtras^ ^ des cinq élémens.
16. » Ayant uni des molécules imperceptibles de ces six principes doués d'une grande énergie, savoir, les rudiinens subtils des cinq élémens et la conscience , à des particules de ces mêmes principes , transformés et devenus les élémens et les sens ^ , alors il forma tous les êtres.
17- » Et parce que les six molécules imperceptibles émanées de la substance de cet Être suprême, savoir , les rudimens subtils des cinq élémens et la conscience , pour prendre une forme, se joignent à ces élémens et a ces organes des sens ; à cause de cela, les sages ont désigné la forme visible de ce Dieu sous le nom de Sarira (qui reçoit les six molécules).
' Ce sont les qualités de bonté zième organe, l'interne, est le
(Sattwa), de passion (Radjas) sentiment (Manas), qui participe
et d'obscurité (Tamas). Voyez de l'intelligence et de l'action.
Liv. XII, st. 24, Yoyez plus loin, Liv. II, st. 89
' Les philosophes indiens dis- et suiv. tinguent onze organes des sens , ^ cinq Tanmâtras , particules
dix externes, et un interne. Parmi subtiles, rudimens ou atomes,
les dix externes, les cinq pre- produisent les cinq grands élé-
miers, dits organes de l'intelli- mens, l'éther, l'air, le feu, l'eau,
gence , sont l'œil , l'oreille , le nez , et la terre.
la langue et la peau; les cinq < Les Tanmâtras ou rudimens
autres, appelés organes de l'ac- subtils des cinq élémens, en se
tion, sont l'organe de la parole, transformant, produisent les élé-
les mains, les pieds, l'orifice in- mens, et la conscience produit les
férieur du tube intestinal, et les ^ens. {Commentaire.) organes de la génération. Le on-
Ç LOIS DE MANOU.
i8. » Les élémens y pénètrent avec des fonctions qui leur sont propres, ainsi que le sentiment (Manas), source inépuisable des êtres, avec des attributs infiniment subtils.
ig. » Au moyen de particules subtiles et pourvues d'une forme, de ces sept principes (Pourouchas) doués d'une grande énergie, V intelligence , la conscience ^ et les rudimens subtils des cinq élémens , a été formé ce périssable univers , émanation de l'impérissable source,
20. » Chacun de ces élémens ' acquiert la qualité de celui qui le précède , de sorte que , plus un élément est éloigné dans la série, plus il a de qualités.
21.» L'Être suprême assigna aussi , dès le principe , à chaque créature en particulier, un nom , des actes , et une manière de vivre , d'après les paroles du Véda.
22. » Le souverain Maître produisit une multitude de Dieux (Dévas) essentiellement agissans , doués d'une âme , et une troupe invisible * de Génies (Sâdhyas) , et le sacrifice institué dès le commencement.
23. » Du feu, de l'air et du soleil, il exprima^, pour l'accomplissement du sacrifice, les trois Védas éternels, nommés Ritch, Yadjous et Sâma.
■ Les cinq élémens sont l'éther, couleur et la saveur ; la terre en a
l'air, le feu, l'eau et la terre, cinq, qui sont les quatre qui vien-
L'éther n'a qu'une qualité , le son ; nent d'être énoncées, plus l'odeur,
l'air en a deux, le son et la tangi- ( Commentaire. )
bilité ; le feu en a trois , le son , la ' Soukchma , subtile , impcr-
tangibilité et la couleur ; l'eau en a ccptible.
quatre , le son , la tangibilité , la ^ Littéralement , mulsit.
Livre Premier. 7
i[\. » Il créa le temps et les divisions du temps, les constellations, les planètes , les fleuves , les mers, les montagnes, les plaines, les terrains inégaux,
25. » La dévotion austère, la parole, la volupté, le désir, la colère, et cette création, car il voulait donner l'existence à tous les êtres.
26. » Pour établir une différence entre les actions, il distingua le juste et l'injuste, et soumit ces créatures sensibles au plaisir et à la peine , et aux autres conditions opposées. *
27. » Avec des particules (mâtrâs). ténues des cinq élèmeiîs subtils y et qui sont périssables à l'état d'élémens gwssier's * , tout ce qui existe a été formé successivement.
28. » Lorsque le souverain Maître a destiné d'abord tel ou tel être animé à une occupation quelconque, cet être l'accomplit de lui-même toutes les fois qu'il revient au monde.
29. » Quelle que soit la qualité qu'il lui ait donnée en partage au moment de la création , la méchanceté ou la bonté , la douceur ou la rudesse , la vertu ou le vice , la véracité ou la fausseté, cette qualité vient le retrouver spontanément dans les naissances qui suivent.
30. » De même que les saisons, dans leur retour pério-
' Ces conditions sont : le désii' » Ou bien , et qui sont suscepti-
et la colère, l'amour passionné et blés de se transformer en e'ic'mens la haine , la faim et la soif, le cha- grossiers. grin et l'infatuation , etc. {Commentaire. )
dique, reprennent naturellement leurs attributs spéciaux, de même les créatures animées reprennent les occupations qui leur sont propres.
3i. » Cependant, pour la propagation de la race humaine, de sa bouche, de son bras, de sa cuisse et de son pied , il produisit le Brahmane , le Kchatriya , le Vaisya et le Soûdra.
32. » Ayant divisé son corps en deux parties, le souverain Maître devint moitié mâle et moitié femelle, et, en s'unissant à cette partie femelle, il engendra Virâdj.
33. » Apprenez, nobles Brahmanes, que celui que le divin mâle (Pouroucha), appelé Virâdj, a produit de lui-même, en se livrant à une dévotion austère, c'est moi, Manou j le créateur de tout cet univers.
34- «C'est moi qui, désirant donner naissance au genre humain, après avoir pratiqué les plus pénibles austérités, ai produit d'abord dix Saints éminens (Maharchis), seigneurs des créatures (Pradjâpatis), savoir :
35. wMarîtchi, Atri , Angiras, Poulastya, Poulaha, Cratou, Pratchétas ou Dakcha, Vasichtha, Bhrigou et Nârada.
36. « Ces êtres tout-puissans créèrent sept autres Manous % les Dieux (Dévas)' et leurs demeures, et des Maharchis doués d'un immense pouvoir;
' On verra plus loin (st. 79, sept auti-es Manous. C'est proba-
note) que la période appelée blement d'eux qu'il est question
Calpa embrasse les règnes de qua- dans cette stance ; le commentaire
torze Manous. Suivant les idées semble l'indiquer,
des Indiens , le Manou actuel est * Les Dévas sont des génies qui
le septième, et il sera suivi de ont pour chef Indra, roi du ciel;
LIVRE PREMIER. 9 37. «Ils créèrent les Gnomes (Yakclias) % les Géans
(Râkchasas)', les Vampires (Pisâtchas) % les Musiciens
célestes (Gandharbas) '^, les Nymphes (Apsarâs)^, les
Titans (Asouras)^, les Dragons (Nâgas)', les Serpens ils sont aussi nommés Souras (voyez le Râmâyana, Liv. I, c. XLV) et Adityas, de leur mère Aditi, femme de Casyapa.
' Yakchas, servi œurs de Couvera, Dieu des richesses, et gardiens de ses jardins et de ses trésors.
* Râkchasas, génies malfaisans qui paraissent être de plusieurs sortes : les uns sont des géans ennemis des Dieux , comme Ravana dans le poëme épique du Râmâyana ; les autres sont des espèces d'ogres ou de vampires avides de sang et de cliair humaine, hantant les foi'êts et les cimetières, comme Hidimhha dans le curieux épisode du Mahâbhârata, publié par M. Bopp. Les Râkchasas viennent sans cesse troubler les sacrifices des pieux ermites , qui sont forcés d'appeler à leur secours des princes célèbres par leur valeur.
Ainsi, dans le Râmâyana (Liv. I", c. XX), le Mouni Viswâmitra vient l'éclamer l'assistance de Rama , fils du roi Dasai'atha , et dans le drame de Sacountalâ (acte II et acte III), les ermites appellent à leur secouis le roi Douchmanta. Le nombre des Râkchasas est incalculable et ne cesse de se renouveler , les âmes criminelles étant souvent condamnées à entrer dans le corps d'un Râkchasa, et à y être logées plus ou moins long-temps , suivant la gravité de leur faute. (Voyez plus loin, Liv. XII, st. 44-)
' Pisâtchas, esprits médians altérés de sang, et qui tiennent de la nature des Râkchasas , mais paraissent leur être inférieurs.
'* Gandharbas , musiciens célestes qui font partie de la cour d'Indra , roi du firmament.
' Apsarâs, courtisanes ou bayadères du ciel d'Indra. Suivant les poètes, elles sortirent de la mer pendant que les Dévas et les Asouras la barattaient dans l'espérance d'obtenir l'ambroisie (Amrita).
® Asouras, génies en hostilité pei-pétuelle avec les Dévas. Parmi ces Asouras, les uns sont appelés Daityas, de leur mère Diti, femme de Casyapa , fils de Marîtchi ; les autres sont nommés Dânavas, de leur mère Danou, femme du même personnage. Les Asouras sont repi'ésentés dans les poëmes indiens comme les ennemis des Dieux (Dévas) , avec lesquels ils sont sans cesse en querelle, et , chose singulière, les Dieux appellent quelquefois à leur secours un roi célèbre par sa valeur (Voyez le drame de Sacountalâ, acte sixièlo LOIS DE MANOU.
(Sarpas) ^ , les Oiseaux ( Souparnas) 9, et les différentes tribus des Ancêtres divins (Pitris); "*
38. » Les éclairs, les foudres, les nuages, les arcs colorés d'Indra, les météores, les trombes", les comètes, et les étoiles de diverse grandeur ;
39. «Les Kinnaras'% les singes, les poissons, les différentes espèces d'oiseaux, le bétail, les bêtes sauvages, les hommes, les animaux carnassiers pourvus d'une double rangée de dents ;
40. » Les vermisseaux , les vers , les sauterelles , les poux , les mouches, les punaises, et toute espèce de mousquite piquante ; enfin , les différens corps privés du mouvement.
4i. » Ce fut ainsi que, d'après mon ordre, ces magname). Les Asouras sont d'un ordre fort supérieur aux Râkchasas, comme eux ennemis des Dévas. ( Voyez plus loin , Liv. XII , st. 48. )
7 JVâgas, demi-dieux ayant une face humaine avec une queue de serpent, et le cou étendu du coluber nâga. Leur roi est Vâsouki ; ils habitent les régions infernales.
' Sarpas, serpens d'un ordre inférieur aux Kâgas.
9 Souparnas , oiseaux divins dont le chef est Garouda, qui est considéré dans la mythologie comme l'oiseau et la monture de Vichnou. — Les Dévas , les Asouras, les Gandharbas, les Nâgas, les Sarpas et les Souparnas , sont ordinairement considérés , dans la mytliologie indienne, comme nés de Casyapa, par diverses femmes. Ce Casyapa est un Saint ( Richi ) , fds de Marîtchi , l'un des Pradjâpatis.
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The end
You’ve reached the end of Manava-dharma-sastra. Lois de Manou, comprenant les institutions religieuses et civiles des Indiens; tr. du sanscrit et accompagnées de notes explicatives.
