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Les terres-cuites grecques funèbres : dans leur rapport avec les mystères de Bacchus

E. Prosper Biardot · 1872 · Scanned text · Free in the US

135,047 words · about 9 h 27 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
E. Prosper Biardot
Language
French
Published
1872
Length
135,047 words · about 9 h 27 min
Sections
2 reader sections
Text
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Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (2)
  1. Préface about 10 min
  2. Table Des Matières about 9 h 18 min

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Préface

La plupart de ceux qui ouvriront le présent livre, par hasard, ou par curiosité scientifique, ou tout simplement pour y chercher la légende des belles images qui l'accompagnent, seront peut-éire étonnés d'apprendre qu'ils ont sous les yeux une sorte de seconde édition, remaniée et complétée, d'un travail déjà ancien.

Oui, il y a huit ans bien sonnés, je publiais un mémoire dans lequel je faisais connaître le résultat de mes longues recherches sur un petit coin de l'antiquité qui m'occupe depuis près de trente ans et que j'aime. Je proposais un système d'interprétation tout nouveau, j'établissais ses lignes et ses applications principales, et je promettais les détails et les pièces justificatives que je donne aujourd'hui.

J'envoyai ma brochure à tous ceux que leur science, à tous ceux que leur savoir-faire scientifique ont établis en France les juges naturels ou obhgatoires des archéologues nouveau -venus. J'eus la simplicité de croire qu'ils m'en diraient leur avis, à tout le moins qu'ils le diraient au public. J'attends encore; j'attendrai peut-être toujouj's.

Novateur de bonne foi j'appelais une enquête sévère, et je protestais de ma respectueuse déférence pour ceux dont j'invoquais les décisions; je signalais moi-même les lacunes et les côtés encore mal éclairés de ma théorie ; il me semblait que des études laborieuses et longtemps prolongées me donnaient quelque droit à la contradiction, et je me consolais d'avance d'un échec possible pour mes idées en songeant qu'au moins j'appellerais l'attention sur un sujet injustement négUgé.

Un simple accusé de réception dans les procès-verbaux de l'Académie^ voilà tout ce que j'ai obtenu de l'impartiale justice de mon pays.

J'ai été bien autrement traité au delà des frontières, et je suis heureux Je faire connaître à mes compatriotes la bienveillante attention avec laquelle mon travail a été accueilli dans les pays étrangers. De l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Italie, de la Suède, de la Russie, des v^oix convaincues ou sympathiques m'encouragent à poursuivre et à compléter mon œuvre. Et s'il tn'est permis de citer quelques témoins dans ma cause, on verra que ces bonnes paroles ne sont pas de simple courtoisie.

Dans V Archàologischer Anzeiger de Berlin, juillet 1864, on lit une assez longue communication de M. Gerhard, qui pose la question avec justesse et justice : v( M. Biardot, y est-il dit, nous envoie gracieusement de Paris un mémoire concernant le symbolisme des terres- cuites, lequel mérite un plus proche examen. L'auteur... a mis un grand zèle à les expliquer. Quand il dit que ce n'est guère que depuis une vingtaine d'années qu'on accorde de l'importance aux monuments de cette espèce, il ne faut pas prendre cela au pied de la lettre... mais, suivant M. Biardot, la connaissance et la classification de ces objets aussi bien que leur explication étaient peu avancées au moment où s'ouvrit devant lui le chemin qui conduit à leur intelligence. En effet, il manque encore, à notre avis, un ouvrage qui pût servir de guide aussi bien pour une archéologie plus compréhensive des terres-cuites que pour leur interprétation. M. Biardot tente maintenant Tun et l'autre... (Suit l'analyse du mémoire, qui se termine ainsi) • Cette analyse sommaire peut suffire pour appeler sur l'écrit de M. Biardot l'attention de tous ceux qui comme nous accordent de l'importance au sujet qui y est traité. Cependant ce mémoire... peut nous paraître insuffisant et à demi-intelligible tant que les monuments sur lesquels M. Biardot appuie sa théorie ne nous auront pas été expliqués de plus près... et ce serait vraiment chose très-bien venue si M. Biardot commençait... sa description de chaque figure et la continuait successivement jusqu'aux magnifiques vases à reliefs de Canosa, dont les riches tableaux figurés étaient jusqu'à présent considérés comme des ornements. Au reste, M. Biardot est en possession de renseignements exacts sur le tombeau extraordinairement riche de Canosa découvert pendant les années 1843 et 1845, et devenu célèbre par le vase de Darius ; et il rendrait un vrai service s'il lui plaisait de pubher ces détails plus complètement qu'il ne nous a été possible de le faire

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quand nous fimes connaître pour la première fois le vase de Darius (Denkm. u. F. 1857, p1. Clll, p. 49). »

M. Baîier m'écrit de Berlin : « Je vous avouerai, Monsieur, que le titre de votre écrit m'a singulièrement frappé. U me parut peu conforme aux idées émises jusqu'à ce jour par les savants sur l'importance et la signification des terres-cuites grecques. Un penchant sérieux m'avait autrefois porté vers l'étude de ces monuments... Désespérant de retirer de mes recherches quelques fructueux avantages, je dirigeai mes pensées vers une branche de Tarchéologie plus connue...

Est-ce à dire que les terres-cuites n'avaient plus pour moi qu'une valeur secondaire? Non certes. 11 m'a toujours semblé, au contraire, que ces précieux restes de la céramique des Grecs pouvaient renfermer sous leurs différentes formes quelque pensée religieuse dont le secret nous restait inconnu; que ces gracieuses figurines, ces groupes sacrés, ces combinaisons en apparence si étranges devaient être les mots d'un mystérieux langage dont il ne m'était pas donné de pénétrer le sens. J'ai lu votre savant écrit. Monsieur, avec tout l'intérêt qu'inspire son titre; je Tai relu et étudié avec la plus profonc^e attention, et j'ai acquis la conviction que l'interprétation donnée par vous à ces hiéroglyphes est la seule qui leur convienne. Accomphssez, Monsieur, l'œuvre promise. Le sol que vous avez choisi pour ériger votre édifice est ferme, les bases que vous en avez posées sont solides, et, pour me servir des termes de votre brochure, élevez-en vous-même les différentes parties, soyez-en à la fois l'architecte et le maçon. . . Vous aurez bien des idées fausses à combattre, bien des opinions enracinées dans le terrain de l'erreur à extirper ; vous devrez lutter à outrance contre les préjugés de la science officielle... »

C'est avec autant de netteté que se prononce M. Bachofen, professeur à Baie. « Depuis l'arrivée de la planche du vase polychrome du tombeau de Médella, près de Canosa^, me dit ce savant, je n'ai cessé de me livrer à l'étude de son ensemble autant qu'à celle de ses détails, en m'aidant des explications données dans votre dissertation et dans la lettre du 21 novembre dont vous avez bien voulu m'honorer. Je suis heureux de pouvoir joindre à mes remerciments empressés l'expression de ma conviction inébranlable que votre système d'interprétation est le seul admissible, et que son application à d'autres monuments fmira par fournir à l'archéologie ce qui lui manque encore aujourd'hui, un vaste cercle d'idées fondamentales et intimement liées entre elles, propres à ranger autour d'un seul principe mille et mille objtts ou négligés ou mal interprétés, et inaccessibles sans le secours d'une clef générale, »

Dans une lettre du 2 avril lb65, M. R. B. Stark, de Heidelberg, me dit : « L'étude des t( rres-cuites grecques m'a inspiré un grand intérêt... Je n'ai pas omis une occasion de compléter mes connaissances sur ce sujet. Mais, Monsieur, vous avez raison, ce genre d'antiquités n'a pas encore trouvé de la part des savants cette attention scientifique qu'il mérite à un si haut degré tant au point de vue de l'art qu'à celui des idées qu'il exprime... Je ne peux que féliciter votre science si vous ne différez pas trop longtemps la publication des pièces rares et magnifiques de votre collection. Vous avez recherché au milieu de mille débris qui ont été sauvés du grand naufrage de l'antiquité une synthèse figurée, un tableau, un ordre d'idées connexes... Je ne peux le nier, je suis encore sceptique vis à vis de cette proposition faite par vous avec une érudition respectable et avec un sentiment profond des idées religieuses de la Grèce. Certainement il y a un lien, une relation intime entre ces objets trouvés aux tombeaux et le culte des divinités qui étaient connexes pour une certaine partie avec les enfers. J'espère qu'on déterminera un jour le progrès ou les vicissitudes des idées religieuses qui sont attachées aux tombeaux, aussi bien de la série des terres-cuites que des peintures de vases. Je suis convaincu qu'on trouvera dans ces objets provenant de la Fouille l'influence de ce syncrétisme religieux qui appartient au siècle d'Alexandre-le-Grand, principalement l'influence du système astral de la Syrie, dont on est à présent trop peu disposé à reconnaître la valeur dans l'hellénisme.»

M. Wieseler, de Goettingue, m'a promis delà plus obligeante façon son concours dans la presse : t( L'aimable envoi que vous avez bien voulu me faire, m'écrivait-il à la fln de 18G4, de vos explications sur le symbolisme des terres-cuites grecques, m"a fait un plaisir inexprimable... Croyez que je suis surtout heureux de saluer d'avance la lumière que le vaste travail promis par votre brochure va jeter sur une branche de l'archéologie trop négligée jus-

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qu'à ce jour. J'aurais voulu vous adresser plus tôt, non-seulement en mon nom personnel, mais encore au nom de la science, les chaleureux remercîments qu'inspire et mérite si bien la haute portée du sujet de vos consciencieuses recherches ..Je me propose l'honneur et le plaisir d'appeler par la voie de la presse l'attention de la science sur vos généreux et incessants efforts. . . »

Voici le début de la lettre que m'adressait en remercîment de ma brochure le vénérable Migliarini, directeur de la Galerie des Offices, de Florence : « Je réponds un peu tard à votre très-obhgeante lettre du 18 novembre passé et à la préface de l'ouvrage colossal que vous allez publier. Je ne donne pas ce titre, bien entendu, à la forme apparente de votre essai, mais aux fatigues incalculables que l'auteur a dù s'imposer pour arriver au résultat ; pour rassembler une si grande quantité d'images éparpillées à des distances énormes, et, j'ose le diie figurativement, masquées sous des formes si diverses. De sorte que j'aidù relire plusieurs lois quelques passages de votre exposition afin d'en mieux calculer les conséquences. Le résultat de mes observations est d'approuver complètement la conception de votre ouvrage. Je vous engage à le publier, bien que de prime abord il ne puisse être compris que par bien peu de gens. 11 est si difficile de détruire les idées préconçues, qui émanent souvent d'hommes de grand talent et de non moins grande réputation ! Mais, par la suite, non-seulement il sera étudié avec avidité, mais il deviendra le guide principal vers une voie nouvelle ... »

D'Italie encore, de Pérouse, M, le comte Gonestabile m'écrivait ceci : a J'ai lu avec le plus vif intérêt la savante brochure sur le symbolisme des terres-cuites grecques que vous avez eu la bonté de m'envoyer... Je ne saurais vous dire combien je vous suis reconnaissant de m'avoir mis au courant de vos idées et de votre système d'explication, qui renferme, à mon avis, bien des points sur lesquels devrait nécessairement s'arrêter l'attention des savants... Je ne doute pas qu'à l'Institut, à Paris ou à Naples, votre brochure soit prise en sérieuse considération... J'ai été toujours frappé surtout de ces ornements peints mis à l'extérieur de ces vases, et qui certes, comme vous le dites très-bien, au point de vue du goût et de l'esthétique ne font pas du tout un bon effet. Par conséquent, surtout en présence de vos trois vases, qui les conservent d'une manière si claire, je crois aussi qu'ils méritent d'être examinés sous le rapport du symbolisme. D'un autre côté il faut dire que trois exemples pourraient ne pas paraître suffisants pour assurer sans contestation les bases d'un système; aussi la publication plus complète que vous nous promettez est-elle une idée excellente, qui sera d'une grande utilité à la science et avec beaucoup de probabilité pourra assurer votre triomphe... »

Ces lettres, comme au reste toutes celles que j'ai reçues au sujet de ma brochure, se prononcent plus ou moins nettement sur la valeur de la théorie nouvelle ou sur la possibilité de la juger dans l'état actuel; mais tous mes correspondants reconnaissent que l'étude des terres-cuites a une véritable importance, et qu'elle a été très -négligée jusqu'à présent; ils sont unanimes à réclamer de moi la publicalion du travail que j'ai préparé. Ainsi rnis en demeure par la bienveillante curiosité des uns et par l'indifférence des autres, je ne puis re ster davantage dans la silencieuse réserve que de tristes circonstances m'ont lorcé de garder trop longtemps.

Je reprends donc ma thèse, je la développe complètement, je la fortifie cette lois d'un catalogue explicatif de ma collection. Je répète que je crois avoir trouvé la clef qui peut seule nous faire pénétrer le sens d'hiéroglyphes jusqu'à présent demeurés voilés pour nous. J'ai la conviction raisonnée et le sentiment intime que ma méthode coordonne et explique le plus grand nombre des faits individuels. Je n'ai certes pas plus aujourd'hui qu'il y a huit ans la prétention de la croire irréprochable ; quelques détails échappent, quelques contours sont mal arrêtés ; mais il me paraît évident, et je le dis avec une franche assurance, que, prise dans son ensemble;, elle peut seule nous taire arriver à la solution du problème que je me suis posé. Puisque les travailleurs de bonne volonté que j'appelais sur ce nouveau chantier me font défaut, je continuerai seul mon modeste édifice, et j'en pousserai assez haut les assises pour que le public ne passe pas à coté sans l'apercevoir.

En écrivant ceci, j'éprouve un certain bien-être de cœur à me dire que je ne fais pas acte de vandalisme, que je ne détruis rien et ne blesse aucun amour -propre ; le terrain est libre, les fondations n'ont pas même été creusées, comme je le démontrerai en son lieu. Je ne saurais donc jamais voir une revanche dans les discussions et les négalions que mon livre pourra provoquer. Je suis persuadé que ceux qui combattront ma doctrine aussi bien que mes avocats et que moi-même nous serons inspirés par le pur amour de la science et de la vérité.

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