Front matter
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover.
Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the publisher to a library and finally to y ou.
We also ask that y ou:
Chapitre premier. Lois de coordination et lois de subordination . 111
Chapitre 11. Des relations existant entre les modes de la sensibilité et ceux de l'intelligence 124
C-hapitre ni. Des relations existant entre les modes de la sensibilité et de l'intelligence et ceux de l'activité . 153
f'HAPiTRE IV. Les classifications des caractères ^'8
TROISIEME PARTIE LA FORMATION DU CARACTÈRE
Chapitre premier. L'évolution du caractère "^^
Chapitre II. La création du caractère parla volonté 2oi
Préface
DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Je n'ai introduit dans cette nouvelle édition aucune modification essentielle; je me suis borné à faire un assez grand nombre de corrections de détail et à compléter sur certains points mon exposition.
Mais je voudrais profiter de l'occasion qui m'est ainsi offerte, pour préciser et défendre contre certaines objections qui y ont été faites les thèses principales que j'ai soutenues dans cet essai. Elles se peuvent, au reste, ramènera deux.
La première c'est que, si l'on veut déterminer les principales variations que présentent les éléments essentiels de ce tout singulièrement complexe qu'on nomme l'individualité psychologique ou le caractère, il ne suffît pas de tenir compte des inégalités que manifestent dans leur intensité, dans leur ampleur, dans le développement de leur activité, les grandes fonctions de la vie mentale ; il faut surtout envisager leurs formes ou modes. Ce point de vue n'est certes pas absolument original ; il n'a pas échappé à des psychologues comme M. Fouillée ou Hôffding. Je ne crois pas cependant qu'ils l'aient suffisamment précisé, dégagé, utilisé. Le premier, par exemple, critiquant la théorie de M. Paulhan, lï LES ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE
écrit : « Entre les fprmes générales de l'association systématique et les objets particuliers des tendances ou des passions, il nous semble qu'il doit exister un intermédiaire ; et cet intermédiaire, c'est précisément le caractère même, c'est-à-dire la nature propre de la sensibilité, de la volonté, de l'intelligence, ainsi que leur relation mutuelle. L'application à tels ou tels « objets » est ultérieure et dérivée ; ce qui est primordial, c'est le mode individuel de développement et de fonctionnement du processus psychique, sentir^ penser^ vouloir,.. Ce n'est donc pas la passion dominante qui fait le caractère, c'est la prédominance de la sensibilité, ou de l'intelligence, ou de la volonté, puis de telle sensibilité, de tel mode d'intelligence, etc. * » Malheureusement, M. Fouillée, dans sa propre théorie, ne semble pas tirer parti de la distinction indiquée dans le passage que je viens de rappeler; dans sa détermination des divers types de caractère il ne tient compte que de la quantité, de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté, non de 4eurs modalités, (Cf. m/ra. Partie II, ch. iv, p. 190). Hôffding, de son côté, s'exprime ainsi : « L'individualité générale et abstraite dont parle la psychologie, n'est qu'un schéma diversement rempli en chaque cas donné. La psychologie générale ne saurait épuiser cette multiplicité ; c'est l'affaire de l'expérience de la vie, de l'art, surtout de la poésie et de l'histoire. Tout ce qu'on peut demander à la psychologie, c'est d'indiquer certaines divei'sités typiques^ conditionnées par le rapport qui existe entre les divers éléments psychiques et les diverses formes d'activité. Une première différence caractéris-
1. Fouillée. Tempérame7il et Caractère, pp. 127-128. Paris, Félix Alcan.
PREFACE in
tique résultera de la prédominance qu'ont dans Tindividu soit les éléments intellectuels, soit les éléments affectifs, soit les éléments volitionnels. Il pourra se faire que, dans chacune de ces espèces d'éléments, une direction particulière l'emporte sur les autres. Ainsi, dans le domaine de la connaissance, il y a opposition entre la perception sensible et la pensée ; dans la perception sensible elle-même, entre les différents sens (cf. par exemple la diSérence qui existe entre le don de la peinture et celui de la musique), et dans la pensée, entre les associations par ressemblance et celles par contiguïté. Dans le domaine affectif, l'opposition des sentiments élémentaires et idéaux a une grande importance ; de même celles du plaisir et de la douleur, de Tégoïsme et de la sympathie. Enfin, pour ce qui est de la volonté, il y a des individus qui sont dirigés surtout par la tendance et l'instinct, tandis que d'autres ne cessent de faire des efforts pénibles par toute une suite de résolutions. Il y en a chez qui la volonté se manifeste surtout comme un pouvoir d'arrêt, et d'autres chez qui apparaît surtout l'activité positive qui choisit et produit. A toutes ces diversités s'ajoutent encore, dans chaque division, des différences de force, de rapidité et d'étendue \ » Hôffding, on le voit, s'efforce ici de distinguer trois genres de diversités ;. le premier tient à la prédominance d'une fonction psychologique, le deuxième à ce qu'il appelle la direction particulière prépondérante de chaque fonction, le troisième enfin à des différences dans « la force, la rapidité, l'étendue » de ces divers processus. Et ces observations me
4. HôfTding. Esquisse d'une psychologie fondée sur l'expérience, VII, G, 1 ; trad. fr., p. 454. Paris, Félix Alcan.
Malapert. b
IV LES ELEMENTS OU CARACTERE
semblent confirmer le point de vue que j'ai soutenu. Cependant, outre que Hôffding ne nous donne que des indications trop brèves sur ces diversités de direction, je ne puis m'empêcher de penser qu'il y a quelque confusion entre la considération de la modalité particulière des fonctions mentales et celle de leurs, points d'application : la différence qui existe entre le développement de l'association par ressemblance et de l'association par contiguïté n'est pas de même nature que celle qui existe entre l'aptitude à la musique et l'aptitude à la peinture ; l'opposition de l'égoïsme et de la sympathie est bien une opposition de direction^ mais celle du plaisir et de la douleur est plutôt une différence de tonalité, ' D'autre part, les déterminations du troisième genre sont bien vagues ; force, rapidité, étendue, Me semblent pas désigner des qualités de même ordre. Par exemple, dans le domaine de la sensibilité, je comprends bien que l'opposition des sentiments élémentaires et idéaux, de l'égoïsme et de la sympathie, est autre chose que les différences qu'on peut noter dans la force ou intensité des émotions, dans la rapidité de leur succession ; mais je vois moins nettement ce qu'il faut entendre par ré tendue de la sensibilité.
Ce que j'ai appelé modes ou formes des fonctions psychologiques ce sont les aspects caractéristiques qu'elles revêtent et qui tiennent beaucoup moins en somme à leur intensité, à leur développement ou à leurs objets, qu'à leur façon de jouer, si l'on peut ainsi parler. Ce qui me paraît important ce n'est pas seulement de savoir d'un homme s'il sent plus ou moins, ni même quelles sont les circonstances, les objets qui sollicitent de préférence sa sensibilité, c'est encore et surtout de connaître sa
PRKFACE manière individuelle de sentir, je veux dire la brusquerie ou la lenteur avec lesquelles naissent chez lui les émotions, leur stabilité ou leur fugacité, leur aptitude à revivre et à se diffuser, à s'éveiller en quelque sorte sympathiquement, leur puissance de retentissement, leur énergie ou leur indépendance ou leur discordance réciproque, leur tonalité habituelle, etc. Cet aspect me parait tout à fait essentiel et j'ai tenté de le dégager avec autant de netteté que possible. Peut-être même ai-je été trop loin en ce sens ; peut-être y aurait-il lieu de tenir plus expressément compte de Tobjet même des tendances, qui a manifestement une grande part dans la constitution du caractère. Le développement remarquable de telle ou telle tendance (appétit sexuel, aptitudes esthétiques, passion du jeu, etc.) donne ou peut donner au caractère tout entier une physionomie, une allure, une tournure originales, toutes particulières. A cet égard, je juge moi-même légèrement exagérées quelques-unes des critiques que j'ai adressées à M. Paulhan. Mais je persiste à croire que la détermination des principaux modes de la vie psychologique, tels que je viens d'essayer de les définir, c'est le point de départ d'une étude à la fois analytique et synthétique du caractère, et qu'il valait la peine de la tenter.
Le second point sur lequel je voudrais insister, c'est la question des lois de combinaison des éléments du caractère. L'idée que de telles lois doivent exister n'est pas nouvelle. Elle a été formulée avec une rigueur absolue par Taine\ Elle a été exprimée d'une façon très explicite aussi par M. G. Le Bon : « Tout se tient dans
i. Cf. infra, II» partie, chap. i.
VI LES fILEMENTS DU CARACTÈRE
l'organisme, et de même que, par suite de corrélations physiologiques existant entre les diverses parties d'un animal, un naturaliste peut, par Texamen d'une seule partie, telle qu'une dent, reconstituer non seulement l'aspect extérieur, mais encore le genre de vie et les habitudes de l'animal d'où elle provient, de même aussi il est fréquemment possible, quand on connaît certaines particularités d'un caractère, d'en déduire toutes les autres \ » Dans le même sens Marion écrivait : ce II est à croire que toutes les combinaisons psychologiques imaginables ne sont pas également possibles, et qu'il existe certaines lois de composition des caractères ^ » Il serait aisé de trouver chez d'autres psychologues des formules tout analogues. Cependant, à ma connaissance, personne ne s'est expressément proposé de déterminer ces lois. J'ai cherché à le faire; c'était, à coup sûr, la partie la plus délicate de la tâche que je m'étais assignée ; c'est celle aussi qui a été le plus contestée. Parmi les objections qui m'ont été opposées, il est nécessaire de distinguer. Je laisse évidemment de côté celles qui portent sur les lois particulières que j'ai cru pouvoir noter ; il se peut que toutes ou presque toutes les corrélations que j'ai signalées soient inexactes ou insignifiantes. Là n'est pas, à mon sens, l'essentiel.
D'autres difficultés ont trait à l'interprétation qu'il convient d'en donner. Marillier m'a reproché de n'avoir pas cherché cette explication dans les dispositions biologiques congénitales. « 11 est fort probable que certaines corrélations que Malapert cherche à mettre en
1. G. Le Bon. Étude du Caractère y in Revue Philosophique, t. IV, p. 509.
2. Marion. De la Solidarité morale, 3» édit., p. 58 note. Paris, Félix Alcan.
. t»RÉFACÈ Vli
évidence entre telle forme de sensibilité et tel mode d'activité résultent de ce qu'ils sont la double expression d'un même organisme et plus précisément d'un même système nerveux; le lien qui existe entre ces formes mentales est un lien indirect, elles ne se déterminent pas l'une l'autre, mais sont déterminées par. une condition commune ou plutôt par un ensemble de conditions communes. Et c'est là ce qui permet de comprendre que la corrélation ne soit pas rigoureuse : si l'état du système nerveux varie, il se peut que ses variations entraînent l'altération de l'un des groupes de fonctions, et qu'elles ne soient pas de nature à faire subir à l'autre une altération de même qualité ni surtout de même étendue. S'il y avait en ces cas action directe d'un groupe de phénomènes psychiques sur l'autre, leurs variations seraient beaucoup plus rigoureusement coordonnées que l'expérience ne paraît le révéler*. » Sur le fond, je suis à peu près complètement d'accord avec Marinier, sauf quelques réserves en faveur de. l'influence directe des fonctions mentales leâ unes sur les autres. Il me suffit qu'on admette la réalité de ces corrélations et qu'on convienne, d'autre part, « que nous connaissons mieux à l'heure présente le fonctionnement de l'esprit que celui des centres nerveux, et que si la logique commande d'aller, dans Texposé des faits, de la condition au conditionné, du phénomène cérébral à la manifestation psychique, toute saine méthode de recherche devra suivre la marche inverse ».
Mais c'est M. Paulhan^ qui a critiqué le plus expres-
1. Marinier. A7mée biologique, 4« année. 1898, p. 748.
2. Dans un compte rendu d'ailleurs bienveillant de mon livre [Revue philosophique, juillet 1898) et dans la Préface de la 2» édition de son ouvrage :
VIII LES ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE
sèment le principe même de Texistence des lois de coordination des éléments du caractère. Son argumentation mérite qu'on s'y arrête; en voici les points principaux. Il reconnaît volontiers que « dans chaque individu il y a des relations étroites entre divers éléments du caractère et qu'une dépendance plus ou moins étroite les relie les unes aux autres ». « Nous admettrons, dit-il encore, que chaque élément du caractère exerce quelque influence sur les autres et qu'il est à son tour influencé par eux. Il y a un ajustement indéniable et une dépendance réciproque des qualités du caractère chez un individu donné. » Seulement, on le voit, ces corrélations seraient purement individuelles : « elles sont très réelles dans chaque esprit, mais dans chacun, les conditions étant difi'érentes, les résultats difiéreront aussi ». Le déterminisme mental n'implique nullement l'existence de lois de corrélation ; il n'est ni nécessaire à priori, ni exact en fait que ce déterminisme prenne des formes régulières dans l'association des qualités psychologiques ; « les éléments de la personnalité sont si nombreux et si complexes, leur influence peut s'exercer de tant de façons différentes, que le déterminisme de leur action ne peut donner lieu à des produits réguliers et toujours semblables. Ces éléments eux-mêmes ou leurs qualités, même quand nous les appelons du même nom, diffèrent toujours d'un individu à l'autre. , L'ambition de l'un n'est pas l'ambition de l'autre, ni la vivacité de celui-ci celle de son compagnon. Cette diversité des éléments pris en eux-mêmes, des voisins qu'ils rencontrent, des conditions de leur activité, entraîne les Ca/ractères, C'est à cette préface que j'emprunte les citations qui vont suivre.
PRÉFACE IX
d'innombrables combinaisons mentales qui font de chaque individu concret un être à part. . . De là le caractère instable et peu réfjulier des associations de qualités ».
Cependant M. Paulhan est amené à faire des concessions dont l'importance ne saurait échapper. Il reconnaît que parmi ces liaisons il en est qui sont « plus constantes et plus stables ». «On voit même s'ébaucher quelques associations habituelles de traits de caractère... Ça et là, on peut voir s'ébaucher certaines associations plus fréquentes que d'autres. Il est hors de doute que l'existence de certains traits de caractère aide à la formation et au développement de certaines qualités, tandis qu'elle nuit à d'autres. Il arrive aussi qu'on relève des associations assez fréquentes de qualités. y> De ces connexions, l'auteur nous fournit même une expHcation : elles sont dues soit à l'unité de cause (un môme caractère dominateur suscite et développe plusieurs qualités) , soit à l'unité de fin (tout élément psychique tend à faire naître, à conserver, à développer les éléments qui peuvent s'associer à lui en vue d'une fin commune).
Mais tout cela admis, M. Paulhan estime « qu'il n'existe pas de lois régulières et concrètes de corrélation entre les différentes qualités du caractère ». ce Je ne pense pas que cette influence [des éléments du caractère les uns sur les autres] prenne généralement dans l'humanité des formes régulières, forme des groupes constants de types complexes où une des qualités détermine toujours un groupement semblable des autres, de manière à fournir une base possible à la classification des caractères. » En un mot, « ces associations n'ant
X LES ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE
ni la fréquence, ni la régularité voulues pour constituer de véritables lois » .
Tels sont les arguments essentiels qu'invoque M. Paulhan. Il me faut maintenant les examiner. — Et d'abord on n'a pas été sans remarquer que M. Paulhan admet, d'une part, l'existence de relations et de dépendances mutuelles entre les divers éléments du caractère dans un individu donnée et, d'autre part, que certaines associations sont plus fréquentes que d'autres, qu'il en est d'assez fréquentes, dliabituelles : ces dernières auraient donc uneportée, non plus purement individuelle, mais d'une généralité relative. Dans un récent et curieux ouvrage «sur les mensonges du caractère^ on trouve à cet égard des passages très significatifs. Je n'en cite qu'un : (( La fausse impassibilité s'associe en général avec certains traits de caractère sans que les corrélations qui s'établissent ainsi aient rien d'absolu. Les résultantes mentales s'obtiennent, au moins dans bien des cas, par des combinaisons diverses d'éléments assez variées, et l'équilibre moral peut résulter d'oppositions et d'associations bien différentes. Toutefois, quelques rencontres de traits de caractère se réalisent assez souvent, et nous trouvons ainsi que certaines qualités, certains défauts, certaines manières de sentir ou de penser se joignent assez communément à la fausse impassibilité. Elles tendent à la produire ou sont produites par elle, ou bien elles la renforcent et sont fortifiées par elle et la modifient en se transformant d'une manière appréciable et plus ou moins régulière ^ » Mais, s'il en est ainsi, n'y aurait-il pas un intérêt de premier ordre pour
1. Paulhan. Les Mensonges du Caractère, Paris, Félix Alcau, 1905, p. 15.
PREFACE XI
Téthologie à rechercher quelles sont les plus régulières, les plus communes, les plus stables de toutes ces corrélations, celles qui tranchent le plus fortement sur le caractère accidentel ou du moins purement individuel des autres ?
Mais, dit-on, elles n'ont rien d'absolu, elles ne présentent jamais le degré de généralité, de constance qui serait nécessaire pour leur mériter le nom de lois. — Ici la question change un peu d'aspect. La discussion porte sur le sens qu'il convient de donner en psychologie au mot loi. Je dis : en psychologie ; car les lois qu'énoncent les diverses sciences n'ont pas toutes une. égale rigueur. Celles de la biologie ne sont pas universelles et paraissent peu rigoureures comparées à celles de la mécanique ; ce sont des lois néanmoins. Peut-être faut-il convenir avec M. Ribot que « la psychologie se contente de lois empiriques qui embrassent la généralité, jamais la totalité des cas », Si même, avec St. Mill, on distingue des lois empiriques, qui ne sont que « des généralisations approximatives », les lois causales, qui expliquent les premières et seules sont proprement scientifiques, encore faut-il, comme il le dit, reconnaître que ces dernières, dans tous les cas où il s'agit de phénomènes complexes, « ne sont exactes qu'à la condition de n'affirmer^que des tendances, non des faits ; elles ne doivent pas affirmer que telle chose se produira toujours ni sûrement, mais seulement que tels et tels seront les effets d'une cause donnée, dans la mesure ou elle agit sans être contrariée* ». Or, quand il s'agit du caractère, la complexité des éléments
4. St. Mill. Système de Logique ind active et déductive, livre VI, cliap. v, tiad. fr., Paris, Félix Alcan.
XII LES ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE
et des facteurs en présence est telle qu'on ne peut jamais affirmer que telle modalité s'accompagnera certainement et constamment de telle autre, mais qu'elle tend à la produire, qu'elle la produira à moins qu'un ensemble de circonstances ne vienne contrarier ou modifier le résultat. C'est en ce sens, et j'y ai insisté à plusieurs reprises, que j'ai entendu parler de lois de corrélation. Aussi bien une distinction me semble ici nécessaire. Parmi les divers traits de caractère, il en est de très composés et dérivés. Or, comme le remarque très justement M. Paulhan, a une qualité mentale complexe peut être obtenue par des associations d'éléments très divers » ; et plus la propriété considérée est composée, plus il y a de chances pour qu'elle soit susceptible d'être la résultante de plusieurs systèmes de conditions. Mais n'est-ce pas surtout de ces qualités mentales très complexes que Ton tire argument contre les lois de corrélation? C'est « la disposition à la jalousie », (( l'ambition », « la tendance au mensonge », « la susceptibilité », ou ce quelque chose d'étrangement dérivé et composé encore, « un tempérament de poète ». N'y a-t'il donc pas des traits de caractère, des propriétés psychologiques plus simples, plus élémentaires, entre lesquels les corrélations seraient alors plus constantes et plus stables ? C'est là une vérité d'une portée très générale, presque universelle, en psychologie, comme dans toutes les sciences au surplus. Les émotions primitives se présentent sous des formes beaucoup plus réguHères, beaucoup plus homogènes que les émotions dérivées. Les lois des sensations sont beaucoup plus fixes que celles qui régissent les images et les combinaisons d'images.
PRÉFACE XIII
Au fond, le désaccord entre M. Pàalhan et moi me semble consister surtout en ce que nous n'entendons pas exactement la même chose par cette expression : les éléments du caractère. Pour lui il s'agit, outre les formes générales d'organisation des phénomènes psychologiques, des « tendances » et des « produits secondaires de l'activité des tendances », — ces tendances étant surtout définies par leur objet (gloutonnerie, goût des odeurs, des couleurs, amour du beau, de l'humanité, de Dieu, etc.), et ces produits de l'activité des tendances étant précisément ces qualités complexes, de caractère moral et social autant et plus que proprement psychologique, dont nous parlions tout à l'heure et qui ne sont jamais identiques chez les divers individus en qui elles se rencontrent. Et, sans revenir sur ce que j'ai dit déjà sur ce dernier point, il me semble bien qu'en effet il n'y a pas de relations constantes entre les formes générales de l'activité mentale et les diverses tendances ; on peut être inquiet ou équilibré, unifié ou étourdi et en même temps gourmand on sobre, avare ou économe, bon ou mauvais père de famille, architecte ou musicien. Mais en va-t-il nécessairement de même si par éléments du caractère on entend autre chose, à savoir ce que j'ai appelé les modes ou formes spécifiques des diverses fonctions psychiques. A cette conception est liée intimement la question de l'existence et de la portée des lois de combinaison.
De là également dérive tout naturellement la méthode de classification que j'ai employée, méthode synthétique de détermination de types concrets. La méthode analytique à laquelle tient M. Paulhan consiste à préciser le caractère d'un individu en le rangeant
XIV LES ELEMENTS DU CARACTERE
dans un nombre toujours assez considérable de groupes, dont chacun exprime un certain ordre de qualités. Nous avons affaire à une classification des qualités ou traits de caractère^ rangés sous quatre chefs principaux, mais non à une classification des caractères^ ni à une distribution méthodique des divers types en genres et en espèces. Une table des catégories n'est pas une classification des objets ou des êtres : c'est une table des catégories qu'a dressée M. Paulhan. Et ces catégories ne se combinent pas entre elles selon des modes fixes, ou, comme le lui objectait M. Georges Dumas, les différents cercles qu'il trace « peuvent s'entrecouper et non s'engendrer ».
« Musset, écrit M. Paulhan, est un sensitif. Mais si nous nous bornons à le considérer et à le classer comme tel, nous ne le connaissons pas assez. Nous pourrions aussi bien dire qu'il est un type de contraste, ou qu'il est un amoureux, ou encore qu'il est un poète, et nous l'aurions chaque fois caractérisé aussi bien ou presque aussi bien. » — Presque aussi bien ! Mais n'est-ce pas là toute la question ? Musset, par son caractère^ ressemble-t-il plus à un prosateur comme J.-J. Rousseau, à un musicien comme Mozart, qui sont aussi des sensitifs, ou à d'autres poètes qui ne seraient pas des sensitifs, comme Goethe par exemple ? Sans aucun doute on n'a pas suffisamment caractérisé un homme quand on a dit de lui qu'il est un sensitif, comme on n'a pas suffisamment caractérisé un chien quand on a dit qu'il est un Carnivore : il faudra indiquer encore la famille, le genre, l'espèce, la variété, la race auxquels il appartient, et bien d'autres caractères encore. Mais enfin on aura dit de lui quelque chose de plus important que si on
PREFACE XV
avait noté qu'il est blanc, ou qu'il est fidèle. Quand j'ai classé Musset je Tai placé dans la famille des Affectifs^ dans le genre des émotifs^ dans l'espèce des émotifs-impulsifs. Et je n'ai pas cru ni prétendu le définir^ par ce qu'on ne définit pas l'individu, ni épuiser tous les traits de son caractère, par ce que cela va à l'infini ; mais j'ai pensé indiquer un ensemble de traits coordonnés qui constituent ce qu'il y a de plus important et de plus caractéristique en lui, et de plus une certaine hiérarchie de ces différents traits.
Nous touchons ici à un dernier point dont l'importance est considérable aussi. L'existence de lois de corrélations rend possible la détermination de types; pour classer ceux-ci il faut de plus rechercher en quoi ils se ressemblent et quelles ressemblances ont la plus réelle importance. Il y a lieu de se demander si, parmi les divers éléments constituant un type de caractère, il n'en est pas quelqu'un qui conditionne en quelque sorte les autres, qui les tient sous sa dépendance. Et si cela est, deux types qui présenteront ce même caractère prépondérant devront être rapprochés l'un de l'autre, leur similitude sur ce point étant plus significative que leur similitude ou même leur dissemblance sur d'autres points. C'est pourquoi j'ai parlé, avec toutes sortes de réserves d'ailleurs, de lois de subordination. Mais il est nécessaire de s'entendre sur la signification exacte du mot « prédominance » .
Dans un article * très aimable sur mon livre, — après avoir observé que ce que l'on entend dans la langue ordinaire par un « homme d'action », c'est un
1. Jirind, avril 1898.
XVI LES ÉLÉÎttENTS DU CARACTÈRE
homme qui, comparé à d'autres^ déploie un degré inusité d'activité, sans qu'il soit ici question du rapport de l'activité avec les autres fonctions psychiques en lui-même, et qu'inversement, en supposant que Tactivité fût « prédominante » dans un individu donné, il ne s'ensuivrait nullement qu'il fût, dans le sens populaire, un homme d'action, — M. Alex. F. Shand écrit : « Quant à l'emploi de ce terme « prédominance » en élhologie, j'ai, dans des revues antérieures, parié de son sens vague. Aucun terme n'est plus frappant dans les ouvrages français et anglais sur la théorie du caractère. Il est suffisamment intelligible, appliqué dans son usage populaire, pour signifier la force supérieure d'une émotion ou d'un sentiment l'emportant sur d'autres émotions et d'autres sentiments dans le même individu. Mais personne n'a pensé qu'il valait la peine de chercher quelle signification juste, précise et uniforme on peut attacher à la prépondérance d'une des fonctions mentales universelles sur les autres. » Et, après avoir cité un passage dans lequel je disais que la question est de savoir, non pas si un homme a beaucoup de sensibilité ou d'intelligence, plus de sensibilité ou d'intelligence, mais bien quelle forme déterminée de sensibilité coïncide avec telle forme déterminée d'intelligence, il ajoute : « Je crois que si M. Malapert avait suivi son propre conseil, excellent, il aurait substitué à la conception d une relation quantitative entre les fonctions mentales inséparables, la conception d'une relation qualitative, et son ouvrage y aurait gagné en précision et en clarté. » — Il est bien possible que mon exposition ait manqué de clarté ; mais je suis tout à fait d'accord avec M. Shand pour estimer qu'il faut se placer au
PRÉFACE XVII
point de vue qualitatif, je veux dire examiner si la qualité spéciale, la modalité caractéristique de Tune des fonctions psychiques (quel que soit au reste son degré de développement) n'entraîne pas avec soi telle ou telle modalité ou qualité des autres (quel que soit également leur degré de développement) , C'est exactement cela ce que j'ai voulu dire.
Mais voici le point sur lequel je me séparerais de M- Shand. A coup sûr, comme il le dit excellemment, les diverses fonctions mentales ne ressemblent nullement à des unités individuelles agissant extérieurement Tune sur l'autre ; ma,is il estime qu'on ne saurait en somme donner aucun sens intelligible à « la prédominance d'un aspect d'un fait mental sur ses autres aspects ». C'est la question de rinfluence que peut exercer une fonction psychologique sur une autre. Et je pense que Ton peut, sans en revenir le moins du monde à l'antique théorie des facultés, donner un sens positif à cette idée d'influence ou de prédominance. Par exemple, lorsque les aliénistes et les psychologues qui étudient la mélancolie se demandent quel est le phénomène primitif, de l'idée ou de la tristesse, des états intellectuels ou de l'état affectif, la question qu'ils posent n'est sans doute pas susceptible d'une solution facile et simple, mais elle n'est pas dépourvue d'une signification précise. Et si, avec Schiile et bien d'autres, on distingue des mélancolies dans lesquelles le fait primitif c'est l'état affectif (mélancolies d'origine organique) et des mélancolies dans lesquelles c'est l'idée (mélancolies d'origine intellectuelle), n'est-il pas légitime de parler ici de dépendance et d'influence, quelle que soit au demeurant la façon dont on en conçoit le mécanisme prgfond.
XVIII LES ELEMENTS DU CARACTÈRE
Telles sont quelques-unes des considérations principales qui me paraissent légitimer la méthode synthétique dont je ne me flatte pas d'avoir fait un emploi irréprochable ni d'avoir tiré tout ce qu'elle peut donner, dont j'ai même ailleurs * indiqué toutes les recherches qu'elle supposerait et qui sont loin d'être achevées, mais que je continue à considérer comme la seule qui soit susceptible de conduire à une détermination systématique et à une classification de moins en moins artificielle des divers types de caractères.
1. Le Caractère y Vds\%, 0. Doin, 1902. Conclusion.
Paris, novembre 1905.
Introduction
« L'Ethologie, écrivait Stuart Mill il y a plus d'un demisiècle, est encore à créer. Mais sa création est à la fin devenue possible. » D'importantes contributions à la science du caractère, ont été apportées depuis ^ En ces dernières années notamment, les travaux de MM Pérez, Ribot, Paulhan, Fouillée^ peuvent être considérés comme apportant plus que des matériaux pour la constitution d'une théorie solide. Toutefois, et la diversité môme de ces œuvres, la différence des points de vue auxquels se placent ces auteurs, suffirait à le prouver, la question n'est pas épuisée, et il semble qu'on peut avoir encore le droit de Taborder. En un problème si difficile, d'une si déconcertante complexité, et en mênie temps d une importance psychologique, morale et sociale, si vraiment capitale, il est permis d'apporter le
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Les éléments du caractère et leurs lois de combinaison.
