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Histoire de l'art monumental dans l'antiquité et au moyen âge, suivie d'un traité de la peinture sur verre

Louis Batissier · 1845 · Scanned text

348,765 words · about 24 h 25 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Louis Batissier
Language
French
Published
1845
Length
348,765 words · about 24 h 25 min
Sections
9 reader sections
Text
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Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (9)

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Avant-propos

’éïude des monuments est sans contredit un des chapitres les plus variés et les plus riches en enseignements qu’offre l’histoire du génie humain. Elle n’a pas pour unique but de dire l'àge et les mérites des productions de l’architecture; elle nous instruit encore des moeurs, des usages, des institutions civiles et religieuses des peuples qui ont laissé quelque trace de leur séjour sur la terre. Qu’il s’agisse de l'Antiquité ou du Moyen Age, de l’Orient ou de l’Occident, cette élude est un flambeau qui souvent suffit pour éclairer les proofndeurs et les secrets de l’histoire des nations.

Si l’on manque de documents certains pour dire ce qu’étaient les édifices érigés aux âges les plus reculés de l’histoire, il est possible cependant de s’en faire une idée approximative, en comparant entre elles les dispositions élémentaires des plus anciens monuments.

Il n’est pas douteux que les premières sociétés humaines, avant d’élever des temples à leurs divinités et de bâtir des palais pour leurs rois, n'aient dû songer tout d’abord à s’assurer un abri contre les intempéries des saisons. Or, on fait remarquer avec raison qu’elles étaient composées ou de pasteurs, ou d’agriculteurs, ou de chasseurs. Les pasteurs menaient une existence nomade et conduisaient leurs troupeaux dans les vallées les plus fertiles. Il importait donc qu’ils se fissent des demeures mobiles qu’ils pouvaient emporter dans leurs fréquentes pérégrinations. On leur attribue par conséquent l’invention de la lente. Les familles livrées à la culture de la terre habitaient les plaines et les bords des fleuves; elles se sont sans doute construit des cabanes. Quant aux chasseurs, jetés dans les pays de forêts et de montagnes, ou, comme les Ichthyophages, postés sur les rivages de la mer, il est probable qu’ils se réfugièrent dans les cavernes, et se creusèrent des grottes dans les flancs des rochers.

Cette variété d’habitations a donné elle-même naissance à plusieurs systèmes de constructions. Les fabriques chinoises et japonaises sont une imitation exacte de la tente , les

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AVANT-PROPOS.

temples de l’Inde et de la Nubie ont les plus grands rapports avec les antres des peuples troglodytes; enfin la cabane est le prototype de l’architecture grecque et romaine.

Il existe une classe de monuments attribués aux nalions celtiques, les dolmens, qui peuvent aussi être considérés comme des édifices rudimentaires. Le vieux sanctuaire égyptien, en effet, diffère à peine du dolmen. Quant aux pyramides, elles semblent tirer leur origine des tumulus, amas de terre factices que l’on a recouverts de maçonnerie. Une foule d’édifices anciens, les pagodes de l’Inde, les léocallis mexicains, la tour de Bélus, les plus vastes tombeaux de l’Égypte, rappellent celte forme primitive.

Les diverses constructions que nous venons d'indiquer portaient en germe tous ces temples et ces palais que l’on rencontre dans les diverses contrées du monde, et qui, simples et grossiers dans l’enfance des civilisations, se sont modifiés peu à peu sous l’influence des causes physiques, des besoins moraux, du progrès des sciences, et ont fini par s’éloigner tellement de leur origine que l’on ne peut les y ramener que par des conjectures plus ou moins probables. Aussi sommes-nous loin d’attacher une importance trop absolue à ces idées toutes spéculatives, et ne les avons-nous consignées ici que parce qu’elles ont été adoptées par la grande majorité des écrivains. Les quelques faits, d’ailleurs, qui viennent à l’appui de ce système, seront développés et discutés dans le cours de notre ouvrage, au fur et à mesure qu'ils se présenteront.

Si nous sommes condamnés à d’aussi vagues généralités sur ce point intéressant de l’histoire de l’industrie humaine, c’est que la science qui a pour but la connaissance des monuments est une science toute moderne. En effet, ce n’est qu’à partir de la Renaissance qu’on a recherché les antiquités échappées aux dévastations du temps et des hommes. L’architecture trouva d’habiles praticiens et des théoriciens ingénieux dans Alberti, Piranesi, Serlio, Scamozzi, Vignole et Palladio, qui commencèrent à exhumer avec éclat les monuments de la magnificence romaine.

La Ilellade, qui a marché à la tête de la civilisation de l’ancien monde, ne pouvait dès lors être oubliée ; ses antiquités, d’un goût si fin, d’une élégance si exquise, furent aussi l'objet de nombreux travaux. Les ruines helléniques de la Sicile, de l’Asie Mineure et de la Grande Grèce n’étaient pas moins importantes pour l’histoire de l’art; cependant ce n’est guère que depuis le commencement de ce siècle qu’elles ont été explorées avec tout le soin qu’elles méritent.

Mais il n’y avait pas que l’Italie et la Grèce qui offrissent de l’intérêt aux investigations des antiquaires. Ne devait-on pas, en effet, réveiller l'Égypte, endormie depuis tant de siècles dans la nuit de ses hypogées et sous le poids de ses pyramides? Tyr, Sidon et Carthage, ces célèbres comptoirs de l’industrie et du commerce antiques ; Jérusalem, Persépolis_, Babylone, Ninive, Palmyre et Tioie, toutes ces anciennes cités, tour à tour reines de l’Orient, ne présentaient-elles pas un vaste champ à l’érudition? L’Inde, cette terre regardée comme le berceau du genre humain, avait conservé sa religion, ses vieux édifices, ses livres sacrés et ses mœurs d’autrefois : n’était-ce pas là un pays qui devait appeler l’attention des savants ? Aussi, de tous les points, des voyageurs sont partis sans cesse pour visiter ces contrées lointaines. Depuis un siècle, il n'y a plus eu de montagnes inaccessibles, de déserts sans fin, plus d’obstacles ni de périls que l’amour de la science n’ait donné le courage de braver. Plusieurs générations d’archéologues ont remonté la source des grands fleuves de l’Asie et de l’Afrique, ont dessiné et mesuré les monuments des villes détruites, disputé aux hordes barbares les ruines des vastes cités de l’Afghanistan, de la Nubie, de la Perse et de l’Assyrie, et sont revenus riches de découvertes.

Une autre nalion, qui le dispute à l’Inde en ancienneté, qui, comme cette dernière contrée, n’a rompu aucun anneau de la chaîne traditionnelle, la Chine, ne pouvait manquer d’offrir aux érudits une mine inépuisable de recherches et d’observations.

AVANT- P ROPOS.

m

L'Amérique est aussi une vieille terre que la science pouvait défricher avec fruit. Maintenant, avec les ouvrages de Ilumboldt, Alex. Lenoir, lord Kingsborough et Stephens, on peut apprendre tout ce qu’il importe de savoir sur l’architecture du Mexique, de l’Yucatan et du Pérou.

C’était peu que d’explorer les ruines de l’antiquité païenne ; il y avait un autre ordre de monuments qui nous touchait de bien plus près, et qui nous offrait un intérêt bien plus vif; nous voulons parler des monuments qui couvrent le sol de la France. Par malheur, ce n’est que lorsque les tempêtes révolutionnaires et l'action irrésistible du temps les renversaient de fond en comble qu’on s’est occupé de les étudier et de les raffermir sur leur base. Une justice que l’on doit rendre aux savants de notre époque, c’est qu’ils se sont sentis entraînés par un véritable enthousiasme, du moment qu’ils se sont pris à considérer la diversité de ces constructions, et à rechercher la cause et la portée des révolutions qu’a subies notre architect ire nationale.

En attendant que quelque savant élève à l’histoire de l’art monumental le vaste édifice qu’il comporte, nous avons essayé de résumer, sous une forme méthodique, les notions acquises à l’étude des antiquités. Grâce à l'aide que nous a prêtée M. de Salvandy, ministre de l’instruction publique, nous avons pu aller visiter les principales constructions de l’Italie, de la Grèce, de la Turquie, de la Syrie et de l’Égypte. En réimprimant ce volume en majeure partie, il nous a été facile d’en améliorerla rédaction d’une manière sensible.

Nous avons divisé cet ouvrage en deux sections principales : l’une comprenant l’Antiquité, l’autre le Moyen Age. Pour les divisions secondaires, nous avons suivi, autant que possible, les données géographiques. Dans la première partie on trouvera restitués, d’après les récits des voyageurs modernes et d’après les textes des historiens et des poètes, les monuments appartenant aux diverses contrées de l’Asie, à l’ Indoustan, Y Afghanistan, Ceylan, la Chine, le Japon, la Syrie, la Perse, Y Assyrie, Y Arménie, la Palestine, la Phénicie et Y Asie Mineure. Les constructions de YÉgyple occupent également une large place dans notre livre. Nous entrons ensuite dans des développements non moins étendus sur l’architecture grecque, étrusque et romaine, dont la connaissance est si nécessaire pour l’interprétation parfaite des écrivains classiques que l’on met entre les mains de la jeunesse. Nous passons en revue les divers genres d’édifices, les temples, les palais, les maisons, les tombeaux, les théâtres, les cirques, les ponts, les fortifications, les gymnases, les thermes, les places publiques, les routes, les aqueducs, les tombeaux, dont il nous reste de si curieux et de si magnifiques débris.

Puis viennent des notions sur les monuments appelées celtiques, sur les nur-hags de la Sardaigne et les lalayols des îles Baléares; nolions auxquelles nous avons ajouté, sous forme d’appendice, un aperçu sur les anciennes constructions Au Mexique, du Pérou, de YYucalan et de quelques autres contrées de l’Amérique.

Le christianisme et les invasions des barbares amenèrent peu à peu d’importantes modifications dans le style et la disposition des édifices privés et publics. Nous suivons pas à pas ces modifications successives, en Asie, en Afrique et dans notre Occident. Ainsi nous montrons les premiers essais de l’art chrétien dans les catacombes romaines, et nous décrivons les basiliques latines, les plus anciens monuments consacrés au nouveau culte. Après que Constantin eut transféré le siège du pouvoir impérial à Constantinople, les arts furent cultivés avec succès par les Grecs. Le style d’architecture que l’on a désigné par l’épithète de byzantin mérite d’être étudié avec détail, car il a exercé une influence considérable sur le goût dans lequel ont été conçus une grande partie des édifices du Moyen Age. Nous montrons son développement en Grèce, en Italie, en Sicile, en Perse, chez les Arabes de l'Égypte et de l'Espagne ; et à ce propos nous faisons connaître autant que possible l’architecture musulmane dans les diverses contrées où a régné la loi de l’islam.

IV

AVANT-PROPOS.

Après avoir ainsi étudié le Moyen Age en Asie et en Afrique, nous arrivons au Moyen Age en Occident, où nous voyons resplendir un ai t complètement renouvelé. Les monuments de la France font le sujet de la plus grande partie de notre travail. Nous commençons par donner les caractères les plus certains qui distinguent chaque style d'architecture : 1 0 le latin ; 2° le roman ; 3° le style de transition , et 4° le style ogival, qui se subdivise en pri - maire, secondaire et tertiaire. Ces divers styles étant bien connus, nous passons en revue trois genres de constructions : religieuses , civiles et militaires ; nous indiquons le plan et la décoration de chaque espèce d’édifice, depuis la cathédrale jusqu’aux petites églises de campagne, depuis les résidences princières jusqu’aux plus modestes castels, depuis les forteresses jusqu’aux humbles maisons de la bourgeoisie, sans oublier les hôtels de ville , les beffrois, les monastères , les maladreries, etc.

Pour compléter les notions que nous donnons sur l'architecture religieuse, nous ajoutons à ce travail un chapitre traitant des sépultures, des autels , des crédences , des jubés , des fonts baptismaux, des lampiers, etc., et une histoire complète duverreel des vitraux peints ; enfin, nous jetons un coup d’œil sur l’architecture du Moyen Age en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique et en Espagne, et nous donnons la date de construction des principaux monuments édifiés dans ces divers pays.

Comme notre ouvrage doit être un livre essentiellement élémentaire, nous disposons à la fin du volume, outre une table générale des matières et une table analytique, deux tables: une pour les mots techniques grecs, et l’autre pour les mots latins. Au moyen de ces tables, qui suppléent aux dictionnaires d’architecture, il sera facile d'apprendre la définition des termes généralement adoptés pour l’étude des monuments.

Nous avons pensé que les descriptions, même les plus exactes, des divers genres d’édifices, ne pouvaient pas en donner toujours une idée bien nette : c’est pourquoi nous avons intercalé dans notre texte un grand nombre de dessins qui représentent les principales antiquités dont nous traitons. Ces dessins ont été exécutés par M. Sagot, qui a déjà attaché son nom à la publication de plusieurs ouvrages importants. Nous les avons surtout multipliés dans les chapitres qui traitent du Moyen Age, afin que cette partie de notre travail fût comprise sûrement des personnes qui sont étrangères à l’élude de l’architecture.

Tel est le plan du livre que nous espérons voir accueillir avec bienveillance par tous les hommes studieux, et les nombreux admirateurs de l’antiquité et de notre art national.

Paris, 1er février 1847.

DK

L'A RI' MONUMENTAL

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