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Cacaïne, ses propriétés toxiques et thérapeutiques; aperçu général sur l'anesthésie

E Maurel · 1895 · Scanned text · Free in the US

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Author
E Maurel
Language
French
Published
1895
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Contents (36)

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Ce .n’est pas une étude complète de la cocaïne que je veux faire ici. Toutes les expériences que je vais exposer, au contraire, ne portent que sur un point de cette étude, celui qui a trait à son mode d’action.

Conduit par mes ^recherches sur les leucocytes à faire jouer un certain rôle à ces éléments, j’ai essayé, en partant de cette idée, de pénétrer ce mode d’action et d’en saisir le mécanisme intime. J’ai tenté d’expliquer ainsi d’abord les deux genres de mort par la cocaïne, puis sa propriété thérapeutique la mieux établie, sa propriété anesthésique ; et exposer ce mode d’action, tel est, en ce qui concerne la cocaïne, l’unique but de ce travail.

Mais, de plus, ces expériences ayant établi le rôle important que le leucocyte peut acquérir dans certaines actions toxiques et médicamenteuses, j’ai tenu à appeler l’attention du monde médical sur cet élément à ce nouveau point de vue. Il est très probable, en effet, que si réellement la cocaïne exerce ces diverses actions, surtout par l'intermédiaire du leucocyte, cet agent thérapeutique ne doit pas être le seul ayant une action sur cet élément ; et ainsi une voie nouvelle se trouve ouverte à la thérapeutique et à la toxicologie. C'est là un fait dont je crois inutile de faire ressortir l'importance. Le leucocyte, qui joue déjà un rôle si considérable dans le groupe nombreux des maladies microbiennes , qui probablement intervient également dans l'origine de l'hématie, verrait ainsi son importance encore augmentée, s'il était démontré qu'un certain nombre d'agents physiques et chimiques non seulement ont une action sur lui, mais même une action élective à ce point que c'est par cette action élective que doivent être expliquées la plupart de leurs propriétés toxiques et médicamenteuses. Or, cette action élective me semble dès maintenant démontrée, au moins pour les hautes ainsi que pour les basses températures; et je pense qu'en ce qui concerne la cocaïne, elle ressortira évidente de ce travail.

Chapitre Premier

Caractères principaux des éléments figurés du sang dans leur sérum et à leur température normale.

Je ne suis nullement dans Pintention de faire ici l’étude complète des éléments figurés du sang. Je veux seulement rappeler ceux de leurs caractères dont la connaissance est nécessaire pour l’intelligence des recherches que je vais exposer. Je le ferai, du reste, le plus brièvement possible, et en insistant plus spécialement sur les dimensions qui, par leur comparaison avec celles des capillaires, acquerront ici l’importance la plus grande. De plus, je ne m’occuperai, bien entendu, que des éléments figurés du sang de l’homme, et de ceux des animaux qui ont servi à mes expériences, c’est-à-dire de ceux de la grenouille, du cobaye et du lapin.

Enfin, je crois devoir faire remarquer, surtout relativement aux dimensions, que celles que je donne ont été prises sur des éléments placés dans des con ■ ditions qui se rapprochent le plus possible de l’état vivant, c’est-à-dire dans leur sérum et à leur température normale, comme permet de le faire le procédé

18 CRTACTÈRES DES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG de l’immersion (1). Je pense, en effet, que quand il s’agit d’étudier les caractères extérieurs des éléments figurés du sang, ce procédé doit être préféré à tout autre.

Pour les leucocytes d’abord, surtout pour ceux des animaux supérieurs, il est évident qu’on ne peut bien les étudier que par un procédé qui assure les deux conditions précédentes, celles du sérum normal et de la température. Mais, même pour les hématies, j’ai pu me convaincre que, mieux que tout antre, le procédé de l’immersion permet d’apprécier leurs caractères extérieurs, tels que leur forme, leur élasticité, leur tendance à revenir à cette forme et enfin leurs dimensions. Or, ce qui est vrai pour l’hématie adulte, l’est encore davantage pour Phématoblaste.

Je ne saurais vraiment trop le conseiller à ceux qui veulent prendre une idée aussi exacte que possible de tous ces éléments.

Si donc, au point de vue de la structure, de la composition chimique et peut-être à d’autres points de vue, les procédés de la dessication et des colorations conservent toute leur utilité, je pense qu’au moins, quand il s’agit des caractères extérieurs, ces procédés doivent céder le pas à celui de l’immersion, qui vient ainsi les compléter et d’une manière indispensable.

(1) Archives de médecine expérimentale , mars 1895.

ÉLÉMENTS FIGURÉS DU S\NG DE LÀ GRENOUILLE

Éléments figurés du sang de la Grenouille.

Hématies. — Examinées dans leur sérum et à la température de 25° à 30°, les globules rouges de la grenouille sont elliptiques et parfois ovalaires (fig. 6 et 7). Mais je crois que cette dernière forme doit être le résultat d’une déformation. Ils sont aplatis, mais sensiblement plus épais au centre que sur leur pourtour. Ils contiennent tous un noyau qui paraît granuleux.

Ces éléments sont de couleur jaune et le noyau est plus blanc, se rapprochant sensiblement de la couleur et de l’aspect des leucocytes de même dimension.

Au sortir de l’organisme ils sont unis. Mais, plus tard, leur surface paraît ondulée, ce qui se traduit à l’examen microscopique par des parties claires et des parties plus obscures. Ces ondulations rayonnent du centre à la périphérie.

Les dimensions des hématies que l’on peut considérer comme ayant atteint tout leur développement, ont rarement moins de 25p et rarement plus de 30p dans leur grand diamètre. Leur petit diamètre, l’hématie ayant sa forme normale, est de 12 à 15p. Il peut atteindre 20p; mais, dans ce cas son grand diamètre est diminué. Il s’agit donc là probablement d’une déformation. Le petit diamètre descend rarement au-dessous de 12p. Quand il paraît moindre, c’est que l’hématie est comprimée ou vue de côté.

Son épaisseur est environ de 4pau niveau du noyau.

Mais elle tombe rapidement à 3^ en dehors de ce dernier, et ne dépasse pas au niveau de la zone marginale.

Les hématies jouissent d’une certaine élasticité, et elles ont une grande tendance à revenir à leur forme normale quand une cause quelconque la leur a fait perdre. C’est ce que Ton peut voir facilement soit en étudiant la circulation sur le vivant, soit en produisant des courants dans le procédé de l’immersion.

Dans ces cas, on voit manifestement les hématies s'allonger, s’aplatir, en un mot se déformer dans divers sens, sous l’influence des pressions exercées les unes contre les autres ou contre la paroi des vaisseaux. Mais elles reviennent à leur forme normale dès que ces pressions cessent. Dans ces déformations, les noyaux sont proportionnellement moins modifiés que le protoplasma.

Enfin, je dois ajouter que lorsque l’hématie de la grenouille subit une pression dans le sens de la largeur, cette pression n’augmente que peu son épaisseur, si toutefois elle l’augmente. Elle a plutôt pour résultat de replier ses bords (fig. 2).

Leucocytes. — Certains de leurs caractères leur sont communs avec les mêmes éléments de la plupart des vertébrés. Il en est ainsi surtout de l’aspect et de la couleur.

Leur protoplasma est transparent ou granuleux, et, dans ce dernier cas, les granulations, sont d’autant plus nombreuses que le leucocyte est plus avancé dans son évolution.

DE LA GRENOUILLE

Les formes qui ne sont pas encore douées de mouvements sont subglobuleuses ou discoïdes biconvexes (fig. 5 et 7). A partir du moment où le leucocyte a des déformations surplace, et, h plus forte raison des déplacements, il peut affecter les formes les plus variées. Mais dès qu’il est menacé de mort, el après sa mort, tous les éléments mobiles présentent une forme discoïde bi-convexe qui les rapproche beaucoup de la forme sphérique (fig. 5, 6 et 9).

C’est du moins ce qui a lieu sous l’influence de la chaleur, du froid et de nombreux toxiques. En même temps, leur protoplasma acquiert plus de consistance. Cette consistance devient même supérieure à celle des hématies, si bien que lorsque ces éléments sont tassés les uns contre les autres au moment de la mort du leucocyte, celui-ci prend sa forme sphérique en déformant les hématies voisines (fig. 5, 6 et 8). Il en est de même lorsque des hématies sont poussées par le courant conti e le cadavre d’un leucocyte (fig. 6 et 8) C’est l’hématie qui se déforme.

Quant aux dimensions de ces éléments, elles sont des plus variables. Beaucoup n’ont pas 10^-, descendent même à 5p. et parfois au-dessous (fig 7). Mais d’autres, moins nombreux, il est vrai, atteignent 15, 18 et même 20 p (Fig. 5-6).

Il est rare de voir des éléments ayant moins de 10p. se déplacer. Ceux qui jouissent de celte propriété, ramenés à la forme circulaire, ont des dimensions qui sont comprises entre 10 et 20p. Les dimensions au-dessus ne sont atteintes que momentanément sous l’influence des déformations et au détriment des autres dimensions.

L’épaisseur des leucocytes est proportionnellement d’autant plus grande que l’élément est plus petit. J1 est, en effet, presque sphérique dans les dimensions de 5p, et, au contraire, fortement aplati dèsqu’il atteint 15p..

L’épaisseurdes éléments mobiles varie, bien entendu, à chaque instant et pour chacune de ces parties.

Éléments figurés du sang du Cobaye.

V Hématie du cobaye, comme celle du lapin et celle de l’homme, est discoïde biconcave, et elle possède la même élasticité ainsi que la même tendance à revenir à sa forme normale.

Elle mesure en moyenne 7p. (fig. 3). Il est vrai qu’il en existe beaucoup ayant des dimensions moindres; mais on peut se convaincre facilement qu’il s’agit alors d’éléments qui n’ont pas encore acquis 'tout leur développement.

Les leucocytes varient beaucoup de dimension. Nous retrouvons'ici la même variété et dans les mêmes proportions que chez les autres mammifères. Parmi ces éléments, les uns n’ont que 4p., et même, pour quelques-uns, peut-être moins.

Les formes qui commencent à avoir des déformations sur place ont à peu près les dimensions des hématies,

DU COBAYE

7p. Celles qui sont mobiles ont toutes des dimensions supérieures à ces éléments. Ramenées à la forme sphérique, elles ont souvent 8, 9 et même 10p (fig. 2).

De sorte que, de même que pour la grenouille, si certains leucocytes ont des dimensions sensiblement au-dessous de celles des hématies, d’autres, au contraire, en ont de supérieures.

Le même fait, du reste, nous le savons, existe pour l’homme, et nous allons le retrouver chez le lapin.

Éléments figurés du sang du Lapin.

Les hématies du lapin sont discoïdes biconcaves. Par leur forme, leur couleur et leur aspect, elles sont en tout semblables à celles de l’homme et du cobaye. Il en est de même de leur élasticité et de leur tendance à revenir à leur forme primitive. Mais leurs dimensions sont sensiblement inférieures à celles de l’homme, et peut-être même à celles du cobaye. Le diamètre de la plupart des hématies, que l’on peut considérer comme adultes, est compris entre 6 et 7p. Les dimensions au-dessus et au-dessous sont rares. Elles n’ont guère plus de 2p sur les points de leur plus grande épaisseur, et, au niveau de la dépression centrale, cette épaisseur ne dépasse guère 1p.

Les hématoblastes sont subglobuleux, habituellement plus pâles, et mesurent de 3 à 5p; ceux de 3p sont les plus rares.

ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG DU LAPIN

Les leucocytes ont également le même aspect et la même structure que ceux du cobaye. Ils sont essentiellement constitués par un protoplasma clair, se détachant assez difficilement par sa couleur sur le fond de la préparation/ et, de plus, par des granulations dont le nombre , toutes conditions égales d’ailleurs, augmente au fur et à mesure que le leucocyte avance dans son évolution. En outre, nous le savons, il contient également des noyaux dont le nombre varie en moyenne de 4 à 5^. Ce sont les éléments les plus avancés dans leur évolution qui en contiennent le plus. Dans leur période de mobilité, ils couvrent souvent une surface plus grande que les hématies; et il en est de même pour les formes les plus âgées, quand elles prennent la forme sphérique ou subglobuleuse. Dans ces dernières conditions, elles apparaissent souvent avec des diamètres de 8p et parfois même au-dessus. Cependant, ces éléments n’atteignent pas fiéquemment 9p.

Il est rare que les formes mobiles aient moins de 6p. Quant aux formes moins avancées, beaucoup n’ont que 5p, d’autres, moins nombreuses, 4p, et enfin, quelques autres, 3p. Certains autres éléments figurés, ayant tous les caractères des leucocytes, et se colorant comme eux, n’ont que 2p et peut-être moins. Mais, je ne puis encore dire si ces corps doivent être considérés comme de simples granulations ou comme des leucocytes tout à fait jeunes. Je pencherais cependant pour cette dernière opinion.

ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG DE L’HOMME

Éléments figurés du sang de l’Homme.

Hématies. — Nos hématies adultes sont discoïdes biconcaves. Leurs contours sont arrondis, et leur concavité appartient à une courbe régulière. C’est là leur forme normale. Toutes les autres présentent des altérations, et je crois le plus souvent, sinon toujours, seulement cadavériques.

Sur les hématies jeunes, la forme biconcave est moins accentuée. On le sait, les hématoblastes sont subglobuleux. Cette forme s’observe facilement, malgré le peu de consistance de ces éléments, dans le procédé de l’immersion.

Mesurées dans leur sérum et à la température de 37°, nos hématies m’ont paru avoir un diamètre un peu supérieur à celui qu’on leur attribue le plus souvent. Dans leur complet développement, elles mesurent souvent 8 à %.

Leur épaisseur ne dépasse pas 3p pour la partie la plus épaisse; elle doit descendre à 1p5 au centre.

Certains hématoblastes ne dépassent pas 3p*, mais le plus souvent ils atteignent 5 et 6p, et même davantage.

Comme les hématies des animaux précédents, les nôtres sont élastiques, et ont une grande tendance à revenir à leur forme normale. Je ne crois pas qu’au moins, à l’état normal, elles aient des mouvements propres ; mais elles se déforment facilement sous l’influence des pressions et des courants. On peut s’en convaincre facilement dans le procédé de l’immersion. Les hématoblastes se déforment comme les hématies, et se prêtent même à des déformations plus étendues; mais ils reviennent moins vivement à leur ferme primitive.

Leucocytes — Ce sont des sphères aplaties, et, tout en conservant cette forme, ils se rapprochent d’autant plus de la forme sphérique qu’ils sont plus petits.

Ils sont constitués par un protoplasma, par un ou plusieurs noyaux et par des granulations plus ou moins nombreuses.

Lesleucocytesmobilesetles plus volumineux sont des éléments arrivés à une période plus avancée de leur évolution. Il en est de même du nombre de noyaux et de granulations. Tontes conditions égales, d’ailleurs, ce s'ont les leucocytes les plus anciens qui ont le plus de noyaux et qui sont le plus granuleux.

Dimensions. Tandis que les dimensions des hématies ne varient que de 6 à 9p., celles des leucocytes présentent des écarts deux ou trois fois plus grands.

Quelques-uns de ces éléments n’ont guère que 4p, et peut-être quelques-uns sont-ils encore plus petits. Une proportion notable, environ quatre dixièmes de ceux qui circulent avec les hématies, ont de 5 à 7p, c’est-à-dire des dimensions inférieures à celles de ces derniers éléments. Tous ces éléments sont encore immobiles. Deux

DE L’HOMME dixièmes ont de 7 à %, c’est-à-dire la dimension des hématies et possédentdes déformations surplace. Enfin, les autres quatre dixièmes jouissent de déplacements, et ont des dimensions supérieures aux hématies. Il est fréquent, en effet, lorsqu’ils ont été ramenés à la forme sphérique, de leur trouver un diamètre de 1 0 à 1 2p., et parfois même au-dessus.

Enfin, nos leucocytes comme ceux des animaux précédents, une fois ramenés à la forme sphérique, acquièrent une consistance supérieure à celle de l’hématie, et, dans leur pression réciproque, c’est cette dernière qui se déforme.

Résumé. — Des quelques notions précédentes sur les éléments figurés du sang, il résulte donc :

1° Qu’au moins pour l’homme et pour les animaux dont j’ai parlé, les hématies sont susceptibles de certaines modifications de forme sous l’influence des pressions; mais que ces pressions disparues, ces éléments ont une grande tendance à revenir à leur forme normale ;

2° Que toutefois, malgré cette possibilité de s’étirer , les hématies ne sauraient parcourir pendant longtemps un vaisseau dont le calibre serait inférieur à leurs propres dimensions. Ce fait ne peut avoir lieu que lorsque le passage étroit ne dépasse guère quelques p de longueur;

3° Que les dimensions des hématies sont en somme peu variables pour une même espèce animale; mais qu’elles varient beaucoup d’une espèce animale à une autre, comme nous l’avons vu pour la grenouille et le cobaye ;

4° Qu’au contraire, les dimensions des leucocytes varient dans une bien plus grande étendue, puisque ces éléments peuvent être plus petits ou plus volumineux que les hématies ;

5° Que les éléments les plus volumineux susceptibles de traverser les vaisseaux sont donc certains leucocytes;

6° Mais que pour toutes les espèces animales étudiées, ce ne sont guère que les leucocytes arrivés à leur période de mobilité qui ont des dimensions supérieures aux hématies. Or, ces éléments, nous le savons, ne circulent que rarement avec le sang; ils sont le plus souvent adhérents à la paroi interne des vaisseaux d’un certain calibre. On les voit rarement dans les capillaires. Ces faits sont mis hors de doute par l’examen direct de la circulation sur le vivant. On voit alors, en effet, que les leucocytes mêlés aux hématies n’ont que très rarement des dimensions qui dépassent celles de ces derniers éléments (fig. 7). 11 en résulte donc qu’à l’état normal, les éléments les plus volumineux entraînés par le torrent sanguin et traversant les capillaires et les petits vaisseaux, ne dépassent, jamais les dimensions des hématies. Les leucocytes plus volumineux , je le répète, vivent bien dans le sang, mais ne sont pas entraînés dans la partie circulante de ce liquide.

DE L’HOMME

Ce qui précède résume ce qui a trait aux éléments figurés du sang et à la circulation à l’état normal; mais ces conditions peuvent changer sous l’influence de certains agents physiques, chimiques ou microbiens. Ces divers agents peuvent modifier tout aussi bien les propriétés des hématies et des leucocytes, que les dimensions des petits vaisseaux. Mais celles de ces modifica • tions qui nous intéressent le plus pour l’intelligence des recherches actuelles, sont celles qui portent sur les leucocytes et plus particulièrement sur ceux de ces éléments qui sont arrivés à leur période de mobilité.

Ces derniers éléments, et je rappelle que ce sont ceux dont les dimensions sont supérieures aux hématies, peuvent , sous l’influence de certains de ces agents, perdre leur adhérence à la paroi des vaisseaux, et, dès-lors, être entraînés par le torrent sanguin. Le froid, la chaleur, et certaines substances toxiques, en effet, peuvent tuer ces leucocytes. Certains de ces agents ont même une action élective sur ces éléments, c’est-à-dire qu’ils agissent sur eux à des doses plus faibles que sur tout autre organe ou tissu. Or, le plus souvent, lorsqu’un de ces éléments est menacé par un de ces agents, il prend d’abord une forme subglobuleuse, perd ses mouvements, devient plus rigide, et enfin, il finit par perdre son adhérence. Dès lors, je l’ai dit, il est entraîné par le courant auquel il résistait jusque-là ; et si l’on examine la circulation chez un animal soumis à l’influence d’un de ces agents, tel que la chaleur (fig. 5), le chloroforme (fig. 6), la cocaïne (fig. 9), on constate que le nombre des leucocytes contenus dans ce liquide est augmenté, et qu’il en contient de plus volumineux qu’avant.

Toutefois, le leucocyte, même après avoir ainsi perdu son adhérence, quoique très menacé, n’est pas fatalement voué à la mort; et si l’influence sous laquelle il a perdu son adhérence vient à cesser ou à diminuer, le leucocyte pourra retrouver ses mouvements, et de nouveau disparaître de la partie circulante du sang en redevenant adhérent. Bien entendu , il peut en être de même, et, à plus forte raison, pour les modifications antérieures à la perte de l’adhérence subies par le leucocyte, telles que la diminution de la mobilité et la forme subglobuleuse.

On peut se convaincre facilement de ce qui précède soit par le procédé de l’immersion, soit sur le vivant.

Par le procédé de l’immersion, sous l’influence de la chaleur, on peut voir les leucocytes de tous les animaux supérieurs et même les nôtres, perdre leurs mouvements, devenir sphériques et même perdre leur adhérence. Si, en effet, dès qu’ils ont pris la forme sphérique, on produit des courants dans la préparation, on voit les leucocytes, qui auparavant résistaient à ces courants, être maintenant entraînés. Or, si l’on fait baisser rapidement la température du bain, on peut voir ces mêmes leucocytes reprendre leur adhérence et leurs déplacements. Cette expérience peut même être faite plusieurs fois sur le même élément.

On peut également la faire, et encore plus facile-

DË L HOMME ment, par le procédé de l’immersion sous l’influence du froid. Sur le vivant, au contraire, il faut avoir recours à la chaleur.

L’expérience est facile sur la grenouille. En observant la circulation de cet animal d’abord à des températures normales, et ensuite à des températures assez élevées pour menacer son existence, on voit manifestement, sous l’influence de ces dernières, les leucocytes devenir plus nombreux dans le sang, et même quelques-uns de ces éléments, plus volumineux, jeter un certain trouble dans le courant sanguin.

Ce fait, du reste, devient d’une constatation encore plus facile lorsqu’on maintient l’animal dans cette température élevée jusqu’à sa mort, et que Ton observe son mésentère après l’avoir fixé par l’acide osmique (fîg. 5).

Ainsi donc, de ce qui précède, il doit ressortir :

1° Que sous l'influence du froid, de la chaleur , ainsi que sous l’influence de certains agents chimiques , et la cocaïne est de ce nombre , les leucocytes qui à 'l'état normal rampent et s'étalent sur là paroi interne des vaisseaux , peuvent devenir subglobuleux, et, en prenant cette forme , acquérir des dimensions qui dépassent sensiblement celles des hématies ;

2° Que les mêmes influences , en continuant , leur font perdre leur adhérence en même temps qu'elles les rendent plus résistants ;

3° Que. dès lors ils sont entraînés dans le couiant sanguin ;

4° Enfin , que si la cause qui leur' a fait perdre leur adhérence cesse, ils peuvent reprendre leurs mouvements , leur souplesse, leur forme étalée et leur adhérence ; mais que s'ils meurent , ils conservent , jusqu'à leur désagrégation, leur forme subglobuleuse , leur rigidité et des dimensions qui dépassent sensiblement celles des hématies.

Ces indications données, j’arrive à l’étude des capil laires chez les mêmes animaux.

DE L HOMME

CHAPITRE II Dimensions des capillaires chez les animaux précédents

Des recherches récentes m’ont convaincu que rien n’est difficile comme d’apprécier par des mensurations directes les dimensions des capillaires, même en les prenant, bien entendu, sur chaque espèce animale séparément.

D'abord le calibre de ces vaisseaux varie d’un instant à l’autre, et, ensuite le calibre change avec le genre de mort. Enfin, à ces causes d'erreurs, il faut joindre celles provenant des diverses préparations que l’on fait subir aux tissus avant de les examiner.

Relativement aux différences dues aux espèces animales, il y a lieu d’être frappé, par exemple, parcelles qui existent entre les dimensions des capillaires de la grenouille (fig. 2) et celles des capillaires du cobaye (fîg. I ) et du lapin. Les capillaires de la grenouille sont à peu près le double de ceux des deux autres animaux. On peut s’en convaincre facilement en comparant les vaisseaux du même organe, ceux du mésentère.

Relativement à leur pouvoir contractile, il suffit d’examiner la circulation pour constater l'extrême variabilité des dimensions de ces vaisseaux, (fig. 2 et 4). J'ai pu l’observer sur l’oreille du lapin ainsi que sur la mem-

DIMENSIONS DES CAPILLAIRES brane interdigitale et le mésentère de la grenouille. On voit, à quelques minutes d’intervalle, un capillaire laisser passer facilement des hématies, puis se rétrécir à un point qu’il se vide et qu’il échappe presque à la. vue; et, enfin, de nouveau, être traversé par les mêmes éléments. Cette variabilité de dimensions, qui s'observe déjà sur les capillaires, est encore plus marquée sur les petits vaisseaux. Sous l'influence de ces variations, il est même fréquent de voir, ces vaisseaux devenant imperméables, le sens du courant de ceux qui le restent, être changé. On peut donc dire que l’état des petits vaisseaux aussi bien au point de vue du calibre que du sens du courant est en voie incessante de modification.

Enfin, relativement aux genres demort, les variations sont encore extrêmes Sous l’influence de certains d’entre eux, les capillaires peuvent acquérir des dimensions doubles de celles qu’ils présentent Fig. 1. Capillaire sous l’influence de quelques autres. On

du mésentère du , , ,

cobaye sacrifié par peut s en rendre compte pai les exemples iasectiondu bulbe. sujvants . gous pjnfluence de la section du bulbe, qui tout d’abord semblerait devoir laisser aux capillaires leurs dimensions normales, ces vaisseaux, au contraire, sont fortement contractés, ils le sont àce point que, parfois ils sont vides de tout élément,

(1) Tous ces dessins ont été faits avec le même grossissement.: oculaire n° 1 et objectif 9 à immersion à eau de Nachet.

CHEZ LES ANIMAUX PRÉCÉDENTS et que lorsqu’ils en contiennent, ils les compriment jusqu’au point de les déformer. C’est ce que nous pou-

Fig. 2. Capillaire du mésentère de la grenouille sacrifiée par la section du bulbe.

Fig. 3.. Capillaire du mésentère du cobaye tué par la cocaïne donnée par la voie stomacale.

vons voir dans la figure 1, prise sur le mésentère d’un cobaye, et dans la figure 2, prise sur le mésentère d’une grenouille.

Il en est de même sous l’influence de la cocaïne. Cet agent contracte fortement les petits vaisseaux. Cette action, du reste , a déjà été reconnue depuis longtemps par la clinique. C’est ainsi, en effet, qu’il faut s’expliquer la pâleur des tissus soumis à son influence, et, au moins en partie, son action hémostatique (fig. 3).

Par contre, j’ai trouvé les capillaires for- tère «l’une gretement dilatés dans quelques autres genres de par lecuraremort. Je puis citer le curare (fig. 4), la chaleur(fig. 5) et

Fig. 4. Capillaire du mésen-

DIMENSIONS DES CAPILLAIRES le chloroforme (fig. 6.) Dans ces divers genres de mort, les capillaires sont assez dilatés pour contenir plusieurs éléments figurés du sang au même niveau.

Enfin, dans certains autres cas, les capillaires ont des dimensions intermédiaires, et semblent par consé-

Fig. 5. Capillaire du mésentère d’une grenouille sacrifiée par la chaleur.

quent se rapprocher de leur état normal. C’est ce qui a lieu après la mort par les embolies pulmonaires inertes (poudre de lycopode), par arrêt brusque de la circulation en comprimant le cœur (fig. 7), ainsi que par les gaz, oxyde de carbone, azote et acide carbonique. t

Ainsi, on le voit, on ne saurait se baser sur l’anatomie pathologiqne pour apprécier d’une manière exacte

les dimensions de ces éléments. L’on est donc forcément conduit à s’adresser à d’autres pro-

Fiff 6. CaniHaire du mésentère d’une , , . , • •

grenouille sacrifiée par le chloroforme. Cédés d appréciation ,

et celui qui me paraît susceptible de donner les résultats les plus exacts est encore l’étude attentive de la circulation sur le vivant.

J’ai observé dans ce but la circulation sur l’oreille du lapin ainsi que sur la membrane digitale et le

CHEZ LES ANIMAUX PUÉCÈüENTS mésentère de la grenouille. Or, ces observations m’ont fait constater les faits suivants :

A l’état normal, les dimensions les plus grandes

Fig. 7. Capillaire de la circulation pulmonaire de la grenouille sacrifiée en pinçant, brusquement le cœur et en arrêtant ainsi les deux circulations.

qu’atteignent les capillaires d’un animal correspondent sensiblement à celles des hématies de ce même animal. On peut voir, en effet, je l’ai dit, des capillaires se rétrécir à ce point qu’ils restent vides. Mais cet état est toujours passager, et on les voit peu après se dilater de nouveau. Or, si cette dilatation est variable, si les hématies passent plus ou moins librement, celte dilatation va rarement jusqu’à recevoir plusieurs hématies à la fois. Je parle, bien entendu, de ce qui a lieu à l’état normal.

C’est là un fait sur lequel mes observations ne me

DIMENSIONS DES CAPILLAIRES laissent pas de doute. Or, étant donné d’une part que les dimensions des capillaires ne dépassent guère celles des hématies, et, d’autre part, qu’à un moment donné tous ces capillaires peuvent laisser passer ces éléments, iî me semble qne Tou peut avoir une idée suffisamment approximative des dimensions des capillaires en ayant celles des hématies qui les traversent. C’est là, je crois, le meilleur mode d’appréciation et peut-être le seul. Nous sommes donc conduits à cette conclusion : que le s dimensions des capillaires d'un animal sont données d'une manière approximative par celles de ses hématies.

Mais, je l’ai dit, si à l’état normal les leucocytes qui circulent avec les hématies ne sont pas plus volumineux qu’elles, il n’en est plus de même sous l’influence des agents qui font perdre leur adhérence aux leucocytes

L'

L

Fig. 8. Capillaire du mésentère d’une grenouille sacrifiée par la cocaïne donnée par la voie stomacale.

qui rampent à la face interne des vaisseaux. Ceux-ci, au contraire, sont plus volumineux, et même plus rigides; de sorte que l’on comprend fort bien qu’ils ne s’engagent pas dans les capillaires ou qu’ils les obstruent lorsqu’ils s’y sont engagés (fig. 8).

CHEZ LES ANIMAUX PRÉCÉDENTS

On comprendra aussi que soit isolément, soit en se réunissant plusieurs, ils puissent obstruer des vaisseaux d’un calibre plus grand (fig. 9). Enfin , on

comprendra ^

que sous leur influencelacirculation de ces vaisseaux soit diminuée ou même complè- >

Fig. 9. Petit vaisseau du mésentère d’une gretement suppri- nouille sacrifiée par la cocaïne donnée par la voie , . stomacale.

mée; et que,

par suite, dans les régions dépendant des vaisseaux, on observe, à des degrés divers, les phénomènes consécutifs à la suppression des échanges, et, notamment, des oxydations, telles que la perte de la sensibilité et de la motricité.

Comme on peut en juger, celle comparaison des dimensions des capillaires et des divers éléments figurés du sang, vient déjà de nous conduire à des vues dignes d’intérêt. Nous allons voir dans la suite l’importance que les faits vont lui donner.

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