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Histoire Militaire de la Révolution Française, du Consulat et de l'Empire, etc

F. Ladimir · 1864 · Scanned text

292,503 words · about 20 h 29 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
F. Ladimir
Language
French
Published
1864
Length
292,503 words · about 20 h 29 min
Sections
19 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (19)
  1. Front matter about 1 min
  2. Introduction about 12 min
  3. Chapitre I about 45 min
  4. Chapitre II about 1 h 52 min
  5. Chapitre IV about 46 min
  6. Chapitre V about 39 min
  7. Chapitre VI about 1 h 4 min
  8. Chapitre VII about 1 h 17 min
  9. Chapitre VIII about 1 h 6 min
  10. Chapitre IX about 1 h 46 min
  11. Chapitre X about 1 h 7 min
  12. Chapitre I about 2 h 15 min
  13. Chapitre II about 1 h 59 min
  14. Chapitre IV about 1 h 3 min
  15. Chapitre V about 11 min
  16. Chapitre VI about 1 h 21 min
  17. Chapitre VII about 1 h 24 min
  18. Chapitre VIII about 1 h 24 min
  19. Chapitre IX about 17 min

Continue:

Front matter

DE I A RÉVOLUTION I in\l UM nf CONSULAT ET DE L'EMPIRE l'Ui F. LA DM11 K ET Ë. MOREAU OUVHAGIT KMtlCUl DE CARTES DRESSÉES POUR L'INTELLIGENCE DU RÉCIT ORNÉ D CN GRAND NOMBRE DE GRAVURES, ETC Ici tont est mervi ill<; Et tont c*t vt'-rit '•. TOME 1. PARIS CHEZ RENAULT ET C, L1BRA1RBS-ÉD1TRURS, 48, RUE d'ulm, 48. i^Û ■■ LA RÉVOLUTION FRANÇAISE CONSULAT ET DE L EMPIRE Paris. — I»p». WaMer, rue Bonaparte, 44. Voltigeur et Flanqueur- Grenadier. GARDE IJHPÉBlAiiE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE MI CONSULAT ET DE L'EMPIRE PAB F. LADIMIR ET E. MOREAU OUVRAGE ENRICHI DE CARTES DRESSÉES POUR L'INTELLIGEiNCE DU RÉCIT ORNÉ D UN GRAND NOMBRE SE GRAVURES, ETC Ici tont est merveille Et tout est -vérité. TOME PREMIER PARIS CHEZ RENAULT ET Cie, LIBRAIRES -ÉDITEURS, 48, rue d'ulm, 48. HE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE m* CONSULAT ET DE L'EMPIRE

Introduction

Longtemps avant 1789, uue réforme sociale existait dans les esprite comme vœu, comme besoin, comme espoir. U faudrait remonter à la fin du règne de Louis XV, pour marquer les pre miers symptômes des mécontentements publics, qui, à l'avénement de Louis XVI, amenèrent un état de choses où tout tendait á la dissolution. Louis XVI n'ignorait pas la flétrissure que l'opinion avait imprimée à la mé moire de son prédécesseur; il sentait la nécessité que son règne contrastât du moins sous quelques rapperts avec celui de Louis XV, dont le titre de Bien-Aimé avait été si violemment démenti par le scandale de ses funérailles. Les finances étaient épuisées; il songea à les rétablir, disposé à réparer les sautes qui avaient été commises : Turgot, Malesherbes, de Miromesnil, le comte de Saint-Germain et, M. de Vergennes, qui formaient son conseil sous la présidence du cauteleux et égoïste Maurepas, devaient l'aider dans l'accomplissement de cette tâche.

II fallait opérer des réformes : Maurepas, pour atteindre ce but, commença par rappeler les anciens, parlements, vieille machine qui ne pouvait fonctionner que dans le sens d'une opposition aristpcratique. Louis XVI, attendu la misère t II générale, ne peut se refuser de renoncer au droit de joyeux avènement, et la philosophie avait élevé une vue trop puissante pour qu'il osât lui refuser l'affranchissement des serfs qui se trouvaient encore dans les domaines royaux. L'abolition de la torture préalable lui fut arrachée par l'insistance de Males herbes, qui ne put obtenir de lui la tolérance religieuse, la liberté de conscience et celle de la presse. Turgot, qui appartenait à la secte des économistes, fit rendre des édits qui supprimaient la corvée pour les routes, établissaient la liberté du commerce des grains, et abolissaient les jurandes et maîtrises.

Le parlement, refusant d'en registrer, un lit de justice vainquit cette résistance. Cependant la cour, ralliée autour de la reine et soutenue en secret par Maurepas, conspirait contre Turgot et son système de réforme. Louis XVI fut entouré ; on calomnia les intentions du ministre qui, au bout de quelque temps, se vit forcé de donner sa démission. Turgot quitta le ministère, et son ami Malesherbes le suivit dans sa disgrâce. La retraite de ces deux hommes, sincèrement attachés au prince et au pays, laissa Louis XVI presque seul au milieu d'une cour enrichie par les abus et ennemie de toute amélioration. Les prodigalités de cette cour mirent les finances dans un tel état de désordre, qu'on ne sut plus comment combler le déficit qui était énorme. Necker, ban quier genevois et protestant, vint alors au secours de l'État.

II adopta le système des emprunts, que, contre l'opinion de Turgot, il jugeait indispensable dans les circonstances extraordinaires. Le gouvernement allait être forcé à une guerre maritime avec l'Angleterre, qui faisait alors d'immenses efforts pour comprimer l'élan d'indépendance des Américains du Nord. Dès qu'ils sa surent constitués en république, ce qui eut lieu en 1776, l'entraînement pour leur cause fut si grand en France, que Louis XVI, ne pouvant plus reculer devant l'entbousiasme général, conclut avec les États-Unis un traité de commerce et d'alliance; mais en faisant notifier ces dispositions au gouvernement anglais, il n'eut pas la force de déclarer qu'il voulait venger la France de l'humiliation du traité de Paris. L'Angleterre ne s'y trompa pas pourtant,, et elle prit l'initiative d'agression.

Le cabinet de Versailles parut alors décidé à pousser la guerre avec vigueur; toutefois on manquait d'argent pour la guerre. M. Necker sut trouver quinze cents millions dans un pays où l'on frémissait encore au nom de Law et de l'abbé Terray. L'Espagne venait de s'unir à la France pour prêter secours aux Américains. L'Angleterre, menacée d'une descente, s'épouvanta des armements dirigés contre elle; cependant les lenteurs des opérations rendirent presque inutile cet immense déploiement de forces. La guerre ne fut active que dans les deux Indes, Pendant quatre ans leurs rivages surent témoins de nos exploits. Si la France avait eu alors un roi doué de la moindre énergie, c'en était fait de la domination anglaise dans toutes les parties du monde ; ses vic toires sur mer lui firent . reoouvrer à cette époque plusieurs colonies importantes.

La reine, entourée des plus vils courtisans, exerçait une influence qui n« fit que s'accroître. Louis, au lieu dc s'occuper des affaires de l'État, faisait le partage de son temps entre des traductions anglaises et la serrurerie, et le loisir qui lui restait il l'employalt à boire et à dormir. Un prince si peu soucieux de ses devoirs ne devait pas demander mieux que d'être déchargé de tous les soins relatifs au gouvernement du royaume. Aussi lorsque Calonnelui fut présenté, fut-i! honoré de remettre en ses mains les rênes de l'État. Calonne, homme d'un esnrit brillant, mais d'une probité équivoque, se concilia la saveur de la cour en lui prodiguant l'argent et en creusant un déficit, qu'il lui fallut enfin avouer, quand il fut à bout des expédients pour lc combler. Mais ce déficit, il l'imputa à la mauvaise administration de Necker, son prédécesseur; celui-ci le confondit par une réponsedes plus péremptoires.

Calonne eut recours à un nouvel impôt; le parlement refusa d'enregistrer les édits, mais se vit forcé d'obéir. Le mat allait toujours en augmentant. Poussé par une impétueuse nécessité, Calonne convoque une assemblée de notables en 1787, où il expose que les emprunts se sont élevés à un milliard six cent quarante-six millions, et qu'un déficit de cent quarante-six millions existe dans le revenu. Cette révélation excite une indignation générale, devant laquelle Calonne se retire. Brienne, son successeur et son antagoniste, propose l'impòt du timbre et une subvention territoriale; il lait enregistrer ces édits dans un lit de justice tenu à Versailles; mais, dès son retour à Paris, le parlement proteste contre la violence qui lui a été faite, et déclare que les états généraux peuvent seuls consentir de nouveaux impôts.

Le parlement est exilé à Troyes, et plusieurs membres sont arrêtés. L'opinion publique appuie leur résistance au pouvoir. Le 19 novembre, le roi vient au parlement pour ordonner l'enregistrement d'un édit portant création de nouveaux impôts jusqu'à concurrence de 440 millions. Deux conseillers, vivement soutenus par le duc d'Orléans, protestent contre la présence du roi au milieu des délibérations ; on les exile, et le duc reçoit l'ordre de se retirer dans l'une de ses terres. Alors Brienne résolut d'étoufler à jamais la résistance des compagnies judiciaires, en complétant une révolution que le chancelier Maupeou n'avait que timidement essayée. Voici les principales (Mspositions du nouveau système que la cour voulut substituer à l'ancienne organisation des parlements : sup primer plusieurs des chambres des requêtes et des enquêtes, réduire le parlement à soixante-treize membres, diminuer l'étendue de son ressort, enfin créer une cour plénière exclusivement chargée d'enregistrer les édits royaux.

D uval rv d'Espréménil, le tribun de l'opposition parlementaire, évente le projet et s'en procure une épreuve à prix d'or. II en fait part aux magistrats, qu'indigne un pareil coUp d'État, et qui décrètent, séance tenante, leur inviolabilité. Le lendemain les conseillers d'Espréménil et Montsabert sont arrêtés par les gardes iu corps. La cour, foulant aux pieds toute légalité, tente de mettre son projet à exécution. Bientôt des troubles éclatent dans plusieurs provinces, et d'énergiques protestations arrivent de toutes parts contre le ministre Brienne, qui donne sa démission le K août 1788; Necker est rappelé et revient à Paris, escorté par l'en thousiasme populaire. Le 27 septembre, redit de convocation des états généraux fut porté au parlement, qui l'enregistra, en, décidant que cette convocation aurait lieu selon les anciennes formes.

Ces formes assuraient au clergé et à la noblesse une majorité numérique, qui avait toujours rendu illusoires les justes réclamations du tiers état. L'opinion publique s'éleva contre la décision du par lement, et força Louis XVI à convoquer une seconde assemblée de notables pour lui soumettre la question du mode de convocation des états généraux. La pro position de donner au tiers état le même nombre de députés qu'aux deux autres ordres fut rejetée ; mais Necker la fit adopter. L'ouv.erture des états généraux fut fixée au 5 mai 1789. Cent soixante-quinze ans s'étaient écoulés depuis leur dernière réunion. La nation, oubliant qu'ils n'avaient rien fait pour elle, les revoyait avec une ivresse entraînante. Les états s'assemblent à Versailles; dès le début, s'élève une difficulté grave : les trois ordres délibéreront-ils séparément ou en commun?

La cour, la noblesse et le clergé demandaient la séparation des ordres. Le tiers état, après avoir fait inviter plusieurs fois, et toujours inutilement, les deux ordres privilégiés à s'unir à lui, sc constitue le 17 juin en assemblée nationale. Louis XVI, effrayé de cette résolution, fait fermer la salle des délibérations, sous prétexte de préparatifs nécessaires pour la séance royale. Bailly, président de Tassemblée, se rend, à la tète de ses collègues, au Jeu de paume, où tous lurent de ne se séparer qu'après avoir donné une constitution à la France. Louis XVI, dans la séance royale du 23 juin, ordonne vainement la dissolution du -tiers état. L'assemblée persiste à siéger, et décrète l'inviolabilité de ses membres. « Nous sommes ici, dit Mirabeau, par la puissance du peuple, et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. » Ces mesures de vigueur tirent enfin venir à elle la noblesse et le clergé.

Le duc d'Orléans les avait pré cédés à la tête de quarante-sept membres du premier de ces deux ordres. Dès ce moment, la représentation nationale de la France fut complète, et commenta ses travaux législatifs. V D'imprudents conseillers entraînent Louis à tenter de dissoudre Tassemblée par la force. Paris et Versailles sont environnés de troupes et Necker renvoyé. L'assemblée, voyant le péril qui la menace, s'établit en permanence, après avoir renouvelé ses décrets pour la sûreté de ses membres. Paris vient au se cours de Tassemblée, organise une garde nationale qui prend la cocarde tricolore, et, s'armant à la hâte, s'empare de la Bastille le 14 juillet 1789. La nouvelle de cet événement populaire est portée au roi": o C'est une révolte, dit Louìb XVI. — Non, sire, c'est une révolution, » répond Larochefoucauld-Liancourt.

Alors. frappé de la gravité des circonstances, le roi annonce à Tassemblée Téloigne ment des troupes et le rappel de Necker. Quelques jours après, Louis XVI prit la cocarde tricolore à Paris, y confirma la nomination de Bailly comme maire, et celle de Lafayette en qualité de commandant de la garde nationale. La première émigration eut lieu à cette époque. Le comte d'Artois, frère du roi, le prince de Condé, le prince de Conti et les Polignac quittèrent la France. Necker, reçu avec enthousiasme, vit bientôt sa popularité ébranlée. Déjà les provinces répondaient à Tappel de Paris ; elles avaient partout orga nisé la garde nationale et nommé leurs municipalités. De toutes parts, on s'éle vait contre les privilèges de la noblesse; Tassemblée nationale les abolit tous dans la mémorable nuit du 4 août, appelée depuis la nuit des sacrifices, parce que chacun proclama hautement sa renonciation aux avantages honorifiques ou pécuniaires qu'il pessédait en vertu des cas féodaux.

L'assemblée constituante, maîtresse du gouvernement par la force des résul tats, s'empressa de pourvoir à Texercice des services publics, et adopta en mème temps la célèbre déclaration des Droits de l' Homme, qui devait précéder la con stitution. Elle décréta ensuite que la représentation nationale en France ne serait composée que d'une seule chambre. Enfin, appelée à régler le degré d'in fluence qu'aurait le roi comme pouvoir législatif, Tassemblée lui accorda le veto suspensif, dont la durée fut limitée à deux sessions seulement. Une haine profonde s'était depuis longtemps déclarée contre Tassemblée nationale, au sein de la cour. Un dîner des gardes du corps à Versailles fit éclater cette haine d'une manière imprudente. La cocarde tricolore fut insultée et foulée aux pieds, et la reine, accueillie avec transport dans la salle de réunion, parut autoriser par sa présence ces coupables démonstrations.

Le bruit de ce repas et des scènes dont il a été Toccasion arrive à Paris et excite les esprits. Une foule immense et furieuse se porte sur Versailles ; Lafayette intervient inutilement á la tète de la garde nationale ; un engagement a lieu entre le peuple et les gardes du corps, dont quelques-uns sont massacres. Le lendemain, Lafayette arrive, quoiqu'un peu tard, au château, que le peuple avait envahi, et il délivre la famille royale, qui se rend à Paris, Ví Ces troubles n'avaient pas ralenti les travaux de Tassemblée. Le 22 décembre, elle divise Ia France en quatre-vingt-trois départements, et décrète une loi élec torale, basée sur la nouvelle circonscription territoriale. Les anciens parlements sont renversés; on leur substitue un tribunal criminel par département, un tri bunal par district, et une justice de paix par canton.

La commune fut composée d'une municipalité directement nommée par le peuple. Cependant le gouffre du déficit restait toujours á combler. Mirabeau, par un mouvement sublime d'éloquence, avait fait rejeter Todieuse idée d'une banque route; mais il fallait recourir à des moyens décisifs pour Tempêcher. L'assemblée décréta la vente des biens du clergé, et en attendant qu'elle pût s'effectuer, la création d'un papier-monnaie, hypothéqué sur les propriétés territoriales. Telle fut Torigine des assignats. Le clergé ne put voir s'exécuter une pareille mesure sans vouer au nouvel ordre de choses une haine profonde. Le 14 juillet de cette mème année, eut lieu au Champ-de-Mars la fête de la fédération, où Louis XVI jura, sur Tautel de la patrie, de maintenir la nouvelle constitution décrétée par Tassemblée nationale.

Une nouvelle disposition législative fut prise à l'égard des. ministres du culte catholique; elle limitait le nombre des évêques, et décidait qu'ils seraient élus par le peuple. Les évêques ou curés qui protestèrent contre la constitution civile du clergé furent destitués. Cette constitution rencontra, dans les hauts digni taires de l'Église, la plus violente opposition, et suscita une foule d'hostilités dangereuses à la révolution. A cette époque, la France se couvrit de clubs, où toutes les questions à Tordre du jour étaient discutées avec chaleur ; le plus im portant de ces clubs fut celui qui s'établit à T ancien couvent des Jacobins. Cependant Témigration avait fait dès lors une contre-révolution. Un décret fut proposé contre les émigrés ; Mirabeau, jusqu'alors Tennemi déclaré de la cour le combattit.

Dans cette circonstance, et plus encore dans la discussion sur le droit de paix ou de guerre, il parut avoir modifié ses opinions. On Taccusa de. s'être vendu à la cour ; il avait effectivement traité avec elle. La mort, qui le surprit, Tempècha de consommer sa trahison. x Sur ces entrefaites, Louis XVI, qui concédait tout, mais avec l'intention de sc rétracter, se décida à quitter furtivement la France, où il comptait être ramené par une coalition étrangère ; mais it fut arrêté à Varennes, le 20 juin 1 79 1 . L'as semblée le suspendit provisoirement de ses fonctions, et les lui rendit plus tard, en décrétant que, du jour où il serait convaincu d'avoir favorisé la guerre étrangère, il cesserait d'être inviolable. Une pétition tendant à faire déclarer sa dé chéance fut lue au Champ-de-Mars; un rassemblement considérable s'y étant formé, la municipalité accourut, fit déployer le drapeau rouge, et Laíayette fit tirer sur le peuple.

Le 29 juillet de la même année, l'Empereur, le roi de Prusse et le comte d'Ar tois, signèrent la fameuse convention de Pilnitz, par laquelle ils sommaient Tassemblée de remettre le roi sur son trône, et de se dissoudre, sous peine d'une intervention armée., L'assemblée touchait alors au terme de ses travaux ; elle se sépara après que le roi eut accepté la constitution. L'ouverture de Tassemblée nationale eut lieu le l" octobre 1791. Ses membres prêtèrent sur la constitution le serment de vivre libres ou de mourir. Le parti girondin, composé, comme son nom Tindique, de la députation de la Gironde, et à la tête duquel étaient Vergniaud, Guadet, Gensonné, Buzot, y devint pré dominant dans les premières séances. Bientôt Témigration étant toujours plus menaçante, les princes émigrés surent décrétés d'accusation, et Monsieur déclaré déchu de ses droits à la régence.

En même temps trois armées se réu nirent sur les frontières de Test, sous le commandement de Lafayette, Rocham beau et Luckner. Louis XVI, pressé par le vœu de Tassemblée, appela au ministère le parti gi rondin, et remplaça Narbonne et Delessart par Dumouriez et Roland. Le nouveau ministère commença par faire déclarer la guerre à l'Autriche. Rocham beau reçoit également Tordre de chasser les Prussiens de la Belgique. L'armée française, saisie d'une terreur panique à la première rencontre, se dissipe d'elle-même, et Rochambeau donne sa démission. Cet échec soulève de graves soupçons contre le roi, et détermine Tassemblée à décréter sa permanence, Texil des prêtres réfractaires et Tétablissementd'un camp de vingt mille hommes sous les murs de Paris. Louis refuse sa sanction aux décrets et congédie son ministère. , La nouvelle du renvoi des ministres excite un mouvement général de mécontentement dans Paris.

Le 20 juin, le tocsin sonne dans les faubourgs ; en quel ques heures, une foule innombrable, munie de piques et de toutes sortes d'armes, marche sur le heu des séances de Tassemblée; de là cette multitude s'avance jusqu'aux Tuileries, dont le roi fait ouvrir les portes. On le somme de sanc tionner les décrets, il s'y refuse. Pétion, nouveau maire de Paris, accourt, dis sipe le rassemblement et délivre Louis XVI, qui avait été obligé de mettre sur sa tète le bonnet rouge, signe de ralliement du parti révolutionnaire. Les mouvements des armées étrangères sur nos frontières achèvent d'irriter les esprits, qui accusent la cour de favoriser Tennemi. Le a juillet, Tassemblée rend un décret solennel qui déclare la patrie en danger, et, appelle aux armes tous les citoyens actifs. HISTOIRE MILITAIRE DU CONSULAT ET DE L'EMPIRE

Chapitre I

Siluation des puissances de l'Europe au commencement de la guerre. — Première coalition continentale. — Déclaration de guerre de la France. — Enumération des forces de l'Europe. — Premières opérations militaires. — Manifeste du duc de Brunswick. — Eotrée des coalisés en France. — Prise de Longwy etde Verdun. — Siège de Thionville. — Défilés de l'Argonne — Camps de Grand Pré et de Sainte-Ménehould. — Jonction de Beurnonville, de Keiiermann et de Dumouriez. — Bataille de Valmy. — Retraite des coalisés. — Evacuation du territoire français. A peine la Révolution française eut-elle éclaté, qu'une vaste coalition de rois menaça la France. Les aristocraties sacerdotales, nobiliaires, féodales, parlementaires et ministérielles, frémirent à la vue des droits du peuple français proclamés et constitués par une Assemblée nationale ; épouvantées, vaincues et non détruites, elles se réunirent par Témigration, et, pour as servir la France, appelèrent les puissances étrangères, qui ne voyaient pas sans inquiétude un peuple renverser ses institutions, dicter des lois à son roi et donner la liberté aux autres nations.

Elles craignaient que le mot indépendance, prononcé par les Français, ne vînt retentir dans leurs Etats. C'était la cause des peuples. Les rois durent donc la combattre; ils se li guèrent contre les Français. Les plaies d'une guerre qui venait de désoler le Nord n'étaient pas fermées; un traité que la Russie et l'Empire avaient conclu avec la Porte, n'était pas même ratifié; Léopold était à peine affermi sur son trône, et n'avait pu parvenir à rétablir la paix dans ses provinces révoltées; la Suède n'éfoií qu'incomplètement remise des secousses de sa révolution intérieure et de ses guerres ; la Pologne était en feu, malgré la proclamation d'une constitu tion nouvelle où régnait la sagesse. Néanmoins, tous les souverains de l'Eu rope se concertaient pour une réconciliation générale, dans le but d'arrêter les progrès de l'esprit démocratique des Français.

Deux cabinets se déclarèrent les premiers , L'Autriche et la Prusse ; un i. traité fut conclu á Pilnitz ; le comte d'Artois s'y trouva avec Léopokl et Fré déric-Guillaume ; il leur représenta que le fanatisme révolutionnaire des Français menaçait toute l'Europe. Les déclamations des Jacobins, l'arresta tionduroi, dont les conséquences étaient exagérées par tous les émigrés. jetèrent la terreur dansl'âme des princes. Une convention s'établit entre eux pour soutenir Louis XVI ; mais leurs intérêts particuliers remportant encore sur ce qu'ils appelaient Tintérêt général, ils s'engagèrent seulement à inviter tous les princes souverains à accéder à leur ligue si les dangers con tinuaient. L'effìcacité de cette ligue paraissait déjà très-douteuse. Les princes de la maison de Rourbon sentirent que l'on retarderait autant que possible le commencement des hostilités, et, pour hâter ce moment, sur lequel se fon daient toutes leurs espérances , ils adressèrent au roi une lettre énergique par laquelle ils l'engageaient à ne point sanctionner la Constitution, lui promettantla protection de toute l'Europe, et l'assurance d'une prompte délivrance.

Louis XVI, soit qu'il fût mu alors par le désir sincère de se réunir au peuple français et d'adopter les principes de la Révolution, soit qu'il entrevît les dangers de son refus, accepta la Constitution; alors la ligue des monar ques, qui ne cherchaient qu'un prétexte pour ajourner une entreprise ha sardeuse et sans profit, se sépara, ayant borné ses démonstrations à quelques menaces et à la déclaration solennelle de ne point abandonner le roi de France dansle danger, et de soutenir les droits des princes de l'Empire, possessionnés en Alsace, pour lesquels la diète de Ratisbonne refusait d'accepter aucune indemnité. Le pape lança les foudres de l'Eglise contre les schismatiques français; Gustave de Suède offrit aux émigrés de se mettre à leur tête; mais, sauf ces vaines démonstrations, tous restèrent tranquilles, donnant à la France le temps de se préparer au combat, et d'avancer par une pente plus rapide dans la carrière des révolutions.

Deux événements imprévus arrêtèrent encore les projets hostiles des grinces coalisés. Dans le même mois de màrs, la mort frappa Léopold, em pereur et roideRohême et de Hongrie, et Gustave, roi de Suède, expira quelques jours après, victime d'un assassinat. Des changements de ministres ou d'intérêts détachèrent bientôt la Russie et l'Espagne de la coalition, et , Angleterre, se renfermant dans une neutralité hostile , entretenait eller même nos passions et nos excès, pour se venger du rôle actif que nous avions f joué lors de l'affranchissement des Etats-Unis. Restaient donc pour auxif liaires à l'Autriche la Prusse, l'Empire, et le Piémont qui n'était pas encore prêt à entrer en ligne. Tandis que la cour espérait que François I" montrerait plus de résolution que Léopold n'en avait témoigné et qu'il parviendrait à intimider les patrio tes, la grande question, la question de vie ou de mort pour le peuple fiançais, sedébattait toujours avec la mème véhémence ; les opposants à la guerre multipliaient leurs efforts pour la détourner; leurs adversaires, convaincus de la nécessité de prévenir une attaque combinée de la part des puissances, poussaient les choses aux dernières extrémités, pour amener une explosion inévitable dans toutes les hypothèses.

Bientôt le cabinet de Vienne ne laissa plus à la France aucune espérance de paix. — II exigeait, au nom de l'empereur, les clauses principales du traité de Pilnitz. C'était nous imposer le rétablissement des trois ordres, la restitution du comtat Venaissin, celle des biens du clergé déjà vendus, et, par suite, la banqueroute inévitable, eníìn la destruction d'une Constitution jurée par l' Assemblée, par le roi et la nation. L'Europe paiera bien cher cette grande faute, qui lui fitjuger de nous comme de la Pologne, de la Hollande et du Rrabant. Dumouriez, ministre des affaires étrangères, comprenant tout le parti qu'il devait tirer de cet insolent défi, s'empressa d'entraîner Louis XVI à TAssemblée, le 20 avril 1792. Au moment de l'arrivée du monarque, tous les députés se levèrent et demeurèrent dans le plus respectueux silence. « Je viens, dit Louis XVI, au milieu de TAssemblée nationale, pour un des^objets les plus importants qui doivent occuper Tattention d'une nation.

Mon ministre des affaires étrangères va vous lire le rapport qu'ii a fait dans mon conseil sur notre situation politique.» Dumouriez prit immédiatement lu parole et développa tous les griefs que la France avait contre l'Autriche depuis le traité de 1756. Après la lecture de ce rapport, le roi reprit la parole en ces termes : o Pour ne pas voir plus longtemps la dignité du peuple français outragée et la sû reté nationale menacée, je viens aujourd'hui, aux termes de la Constitution, proposer à TAssemblée nationale la guerre contre le roi de Hongrie et de Bohême. » Le roi quitta la séance après la réponse du président, qui annonçait un prochain message dans lequel le gouvernement serait instruit des résolutions de TAssemblée nationale. A cinq heures les députés se réunirent. Quelques-uns des plus modérés opinèrent pour la guerre ; d'autres parlè rent dans un sens contraire ; mais la majorité se prononça bientôt, et la question mise aux voix, la déclaration de guerre fut décrétée presque à l'u nanimité.

A peine le décret fut-il rendu, que la foule qui remplissait la saUe fit éclater les plus vifs applaudissements. Le décret fut, à onze heures du soir, •offert à la sanction du roi, qui l'accorda sur-le-champ. Ainsi fut entreprise, avec la principale des puissances confédérées, une guerre qui s'est prolongée un quart de siècle, qui a affermi la Révolution victorieuse, et qui a changé la face même de l'Europe. Honneur aux hommes d'audace et de résolution qui, après avoir entendu le peuple français répondre à leurs cris de guerre, se lancèrent au-devant des périls avec la profonde conviction de ses triomphes ! Gloire aux auteurs de cette grande témérité, source de notre salut; le génie de la liberté les fit prophètes, et un jour le monde, affranchi par elle, bénira la guerre de In Révolution comme la plus juste, la plus sainte et la plus utile de toutes les guerres ! « Voici maintenant quelles étaient les forces respectives des Etats qui allaient entrer en lice.

L'armée française, composée de 394 bataillons et de 206 escadrons, montait à 160,000 hommes d'infanterie et 35,000 de cavalerie. L'infantene était belle, mais en proie à l'indiscipline, la cavalerie admirablement montée, mais on trouvait les régiments trop faibles et son ordonnance défectueuse. L'état-major, décimé par l'émigration, offrait peu de garanties de talent et d'expérience; l'artillerie se trouvait remplie d'officiers du plus grand mérite et de soldats instruits. Mais ce que l'Europe ignorait, ce que nous ignorions nous-mêmes, c'est que nous possédions les éléments de la meilleure des armées et la matière d'une suite de triomphes inouis. Bientôt, et tandis que les émigrés s'imaginent que la fuite de tant d'officiers nous a laissés sans chefs et sans défense, les hautes inspirations de l'amour de la patrie, l'enthousiasme de la liberté, les premières merveilles de nos volontaires, les épreuves multipliées du champ de bataille, les dignités militaires accordées aux officiers et aux soldats, l'autorité dictatoriale des représentants, qui commanderont la victoire et la récompensèrent sur le théâtre de faction, feront surgir les Saint-Cyr, les Régnier, les Soult, les Jourdan, les Kléber, les Moreau, les Hoche, et toute une race de capitaines illustres, qui se renouvellera pendant la durée de la guerre.

L'armée prussienne passait pour la première du monde. Frédéric lui avait laissé une admirable discipline, une organisation forte ; rien n'égalait la beauté de la cavalerie que le général Seidlitz avait formée sous les yeux du grand homme. Les places d'officiers appartenaient de droit à la noblesse; mais Frédéric, le moins superstitieux des hommes à cet égard Comme à beaucoup d'autres, ne comptait pas les quartiers pour accorder un com mandement, et fermait les yeux sur la supercherie d'un plébéien qui nro mettait un homme de tête et de courage. Pour Frédéric, on était assez noble quand on se battait bien ; un descendant dégénéré de Turenne ou de Condé n'aurait peut-être pas obtenu un grade dans l'armée. La Prusse avait 186 bataillons et 233 escadrons; l'artillerie était nombreuse et assez instruite.

L'armée autrichienne , humiliée par de nombreuses défaites en Silésie et dans la Saxe, avait repris quelque confiance en elle-même depuis les dernières affaires de Bohême et de Turquie, sous la direction du célèbre Landon; son système de recrutement, vicieux comme celui de la Prusse, était peu propre à entretenir Tesprit militaire ; mais la Hongrie lui fournis sait onze régiments d'infanterie et huit de cavalerie, qui, avec les Wallons. formaient Télite des troupes impériales, composées de 232 bataillons et de 222 escadrons. On estimait le total de ces forces à 210,000 hommes d'infanterie, à 35,000 de cavalerie et 10,000 d'artillerie; mais ce nombre doit être réduit à cause des pertes éprouvées par Tarmée allemande dans la cam pagne contre les Turcs, et provenant de quelques maladies épitlémiques.

La Saxe comptait 60,000 hommes sous les armes; le Hanovre, 30,000; la Bavière, 20,000; le Wurtemberg, 12,000; Bade, 4,000; les Hessois étaient de bons soldats, mais peu nombreux. L'Espagne avait 116,000 fantassins et 12,000 cavaliers. Quant à Tarmée sarde, une des mieux instituées de l'Eu rope, elle offrait un effectif de 30,000 hommes d'infanterie et de 15,000 mi liciens, et de 3,600 chevaux. Le mode de recrutement était volontaire; mais un système de milices bien entendu assurait au prince d'excellents renforts dans un corps de montagnards intrépides et qui rappelaient, pour la vigueur et le courage, les paysans du Jura. A cette masse imposante s'étaient joints 20,000 émigrés français, dont 6,000 cavaliers, sous les ordres du prince de Condé et des maréchaux de Broglie et de Castries. Enfin le commandement suprême de toutes ces forces avait été confié au duc régnant de Brunswick, qui passait pour être le meil leur général de l'Europe.

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