Introduction
L’étude complète de toute société humaine est inséparable de celle du milieu habité, car souvent les conditions de l’existence, la raison des mœurs, sont fatalement subordonnées à la loi des nécessités de la nature.
Quand le milieu est une contrée exceptionnelle, comme le plateau central du Sahara, inhospitalière, même pour la plupart des végétaux et des animaux, réputée avec raison inhabitable pour l’homme, il devient indispensable de faire préalablement connaissance intime avec elle, avant de parler des peuplades qui, après de nombreuses migrations, l’ont adoptée pour patrie et s’y trouvent tellement heureuses, dans une indépendance à l’abri de toute convoitise, que, pour rien au monde, elles n’échangeraient leur sort contre celui de tout autre peuple.
Ces quelques lignes suffisent à l’exposé des motifs de la division de cet ouvrage :
Un premier Livre fait connaître le milieu habité : terre et ciel, géographie physique, hydrographie, géologie, météorologie, positions astronomiques ;
Un second donne l’inventaire de la production dans les trois règnes de la nature : minéral, végétal et animal ;
Un troisième Livre, intermédiaire entre les précédents et le suivant, consacré aux centres de rayonnement, autour desquels gravite toute société nomade, ajoute un complément à l’influence du milieu matériel, celui de deux attractions sociales : les centres commerciaux et les centres religieux ;
Enfin un quatrième et dernier Livre, exclusivement consacré aux Touâreg du Nord, traite en autant de Chapitres particuliers de leur origine, de leur division en tribus, de leur constitution sociale, de l’historique des tribus, de leurs caractères distinctifs, de leur vie intérieure et extérieure.
Un Appendice très-succinct, sous forme de simples notes, répond à un des vœux de l’Académie des inscriptions et belles-lettres : rapprocher et comparer les connaissances des anciens avec celles que les explorations modernes ajoutent aux notions, de plus en plus positives, sur la géographie du Nord de l’Afrique.
J’espère que cet ordre logique obtiendra l’approbation du lecteur, car il procède du connu à l’inconnu.
Contrairement à l’usage généralement adopté par les voyageurs, de publier d’abord les résultats de leurs explorations sous forme de Journal de voyage, j’ai préféré l’ordre méthodique des matières, pour ne pas compliquer un sujet, déjà abstrait par lui-même, de questions qui lui sont étrangères, bien qu’elles ajoutent souvent beaucoup d’intérêt au récit.
Si les circonstances le permettent, je publierai ultérieurement ce Journal ; mais, avant, j’ai à donner satisfaction aux besoins du gouvernement.
La question commerciale du Sahara et de l’Afrique centrale n’est pas traitée dans cette première partie. Elle forme la matière d’un second volume, qui paraîtra prochainement.
La transcription, en caractères romains, des lettres ou des sons des langues sémitiques et africaines est un point qui embarrasse toujours les travailleurs consciencieux. Plusieurs systèmes ont été adoptés ; je ne citerai que celui de la Commission scientifique de l’Algérie et ceux des diverses Sociétés asiatiques de l’Europe.
Malheureusement, tous ont le défaut de n’être pas applicables à l’usage général, à cause des caractères spéciaux, pointés ou accentués, que les imprimeries ne possèdent pas. D’un autre côté, les accents employés dans les transcriptions ont le défaut de dérouter le plus grand nombre des lecteurs, qui ne tiennent pas à une accentuation aussi scrupuleuse.
Voici à quoi je me suis borné :
Les voyelles longues ont été distinguées par un accent circonflexe ;
Le ث arabe est rendu par th qui a le son de la même lettre en anglais ;
Le ح et l’ه sont rendus par l’h ;
Le خ par kh ;
Le ط et le ت par t ;
Le ظ, le ض et le ذ par dh ;
Le ص presque toujours par ç ;
Le ع par ’a, ’e, ’i, ’o ;
Le غ tantôt par rh, tantôt par gh, selon que la prononciation se rapproche plus de l’r ou du g, ce qui varie suivant les dialectes ;
Le ڧ par q ;
Le و par le w anglais, quand la prononciation oblige à lui garder sa valeur comme consonne ;
Le ي tantôt par y, tantôt par ï.
Provisoirement, j’ai transcrit les noms de la langue temâhaq comme s’ils étaient écrits en arabe.
Pour les noms de lieux, d’hommes et de choses, dont l’orthographe, en français, est consacrée par un long usage, j’ai respecté, dans le texte, le fait accompli, mais, dans l’Erratum, je restitue à chacun de ces noms sa véritable orthographe.
De même, pour les noms de la nomenclature géographique, soit arabes, soit berbères, je les ai écrits tels qu’ils sont en usage dans les contrées dont je parle. Ainsi, j’ai appelé, en arabe, les rivières tantôt ouâd, tantôt ouâdi, et, en berbère, les montagnes adghagh et adrâr, suivant que les indigènes se servent eux-mêmes de ces différentes expressions.
Les gravures qui accompagnent cet ouvrage ont été dessinées par M. Bertall, soit d’après des photographies[1], soit d’après des croquis pris sur les lieux, souvent à la hâte et sans aucune prétention artistique. Dans la reproduction des types originaux par la gravure, j’ai tenu essentiellement à ce que l’art ne pût pas les modifier, quoique je reconnaisse mon infériorité comme dessinateur.
La Carte que je livre à la publicité comprend une partie positive et une partie hypothétique.
La partie positive est la réduction de mes itinéraires, avec tous les détails que la vue peut embrasser à droite et à gauche des lignes parcourues. Ces lignes sont indiquées. Les routes des autres voyageurs ont été fidèlement tracées.
La partie hypothétique est basée sur de nombreux itinéraires recueillis à diverses sources. Pour me guider au milieu de renseignements qui ne concordaient pas toujours entre eux, j’ai été assez heureux pour obtenir du Cheïkh-’Othmân qu’il me fît, sur le sable, le plan en relief des parties du territoire des Touâreg que je ne pouvais explorer, et quand j’étais bien d’accord avec mon informateur sur l’ensemble et les détails de sa composition, je la dessinais et j’en faisais ensuite la critique avec lui.
Cette manière de procéder m’a permis de contrôler d’une manière plus certaine les divergences de mes itinéraires par renseignements.
Pour la construction des routes que j’ai levées, chemin faisant, j’ai souvent vérifié les distances parcourues. J’y suis arrivé en mesurant la longueur moyenne du pas de chaque monture, et la moyenne du nombre de pas faits en une minute. Une réduction était faite ensuite pour les petits détours de la ligne droite et pour les facilités ou les difficultés de la marche, d’après la nature des terrains, dont il est impossible de tenir compte avec la boussole.
La moyenne des distances, entre une observation et une autre, est de 2,000 mètres ; dans les terrains accidentés, elles ont été multipliées, quelquefois, de 200 en 200 mètres.
Pour les itinéraires par renseignements, les distances générales sont prises par journées de marche de caravane, estimées suivant la nature des lieux, entre 24 et 32 kilomètres et subdivisées, autant que je l’ai pu, en demies et en quarts de journée. Souvent, j’ai été assez heureux pour obtenir de mes informateurs des détails de 4 en 4 kilomètres.
Je ne publie pas ces itinéraires, mais la Carte en donne le tracé fidèle, avec les corrections qu’un contrôle sévère a dû faire subir à chacun d’eux.
Partout où j’ai pu appuyer mes renseignements sur des itinéraires relevés par mes devanciers, je l’ai fait, en donnant toujours religieusement la préférence à leurs indications, sur celles fournies par les renseignements des indigènes, si précis qu’ils aient été.
Ces itinéraires sont également indiqués sur la Carte avec les noms de leurs auteurs.
Tous les travaux graphiques préparatoires de la Carte sont mon œuvre, mais le dessin définitif a été confié à M. E. Dubuisson, dont la réputation, comme cartographe, est faite depuis longtemps. L’ouvrage tout entier a été rédigé sur cette base fondamentale.
La Carte a été gravée après l’impression du texte, afin qu’il y eût harmonie parfaite dans les deux ordres de travaux.
En résumé, en publiant les nombreux matériaux recueillis pendant la durée de mon exploration, j’ai compris que le sujet était neuf pour beaucoup de personnes, et, tout en restant dans les limites d’une exposition scientifique, j’ai fait mes efforts en vue d’être clair et intelligible pour le plus grand nombre.
Puissé-je avoir atteint le but proposé !
* * * * *
[Note 1 : Quelques-unes des photographies dont je me suis servi ont été prises dans le Sahara algérien par M. Puig, pharmacien militaire. Quelques autres ont été exécutées à Paris par divers artistes, quand les marabouts Touâreg y sont venus ; enfin, d’autres ont été prises par moi, sur les lieux, malgré la difficulté de modifier l’instrument suivant l’intensité de la lumière. La plupart de mes épreuves sont brûlées, mais lisibles cependant.]
RAPPORT SUR LE PRIX ANNUEL POUR LA DÉCOUVERTE LA PLUS IMPORTANTE EN GÉOGRAPHIE AU NOM D’UNE COMMISSION DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS et composée de MM. D’AVEZAC, J. DUVAL, V. MALTE-BRUN, QUATREFAGES, et VIVIEN DE SAINT-MARTIN, Rapporteur.
[Décoration]
MESSIEURS,
Le 8 mai 1859, un jeune voyageur, un Français, débarquait à Philippeville, cette antique station maritime de l’Algérie orientale, qui est redevenue, sous son nom moderne, le port de Constantine.
Ce voyageur était M. Henri Duveyrier.
A l’âge où, parmi ceux que la fortune n’a pas astreints aux rudes nécessités du labeur quotidien, tant d’autres préludent par une oisiveté périlleuse aux devoirs sérieux de la vie, M. Henri Duveyrier avait conçu le projet d’une grande et difficile entreprise. Il voulait pénétrer dans les contrées, peu et mal connues, qui bordent au Midi nos trois provinces algériennes ; il voulait étudier, sous la tente, au milieu de leurs habitudes à demi nomades, les populations indépendantes de ces contrées incultes qui ne sont pas encore le Désert, mais qui déjà en offrent l’image ; il voulait, en poussant, aussi loin que possible, dans toutes les directions, rattacher par une série d’observations physiques et astronomiques ces plaines du Sahara algérien et leurs nombreuses Oasis aux positions extrêmes où s’arrêtait alors l’action politique et militaire de l’autorité française ; il voulait étendre par les conquêtes de la science les conquêtes du drapeau.
Telle était la tâche que le jeune voyageur n’avait pas craint de se proposer.
Il ne s’en dissimulait ni les difficultés, ni les dangers ; mais pour ceux dont une éducation virile a développé de bonne heure les forces morales, les difficultés et les dangers deviennent un stimulant de plus, quand il s’agit d’atteindre un but utile ou d’accomplir un devoir.
M. Duveyrier, d’ailleurs, s’y était fortement préparé. Il possédait les connaissances qui permettent d’étudier utilement le sol et ses productions naturelles ; il s’était rendu familier l’usage des instruments qui déterminent avec précision les phénomènes physiques et les conditions climatologiques, ou qui fixent par l’observation des astres les positions terrestres ; il avait acquis la pratique de la langue arabe ; il s’était rompu, en un mot, à ces études préalables sans lesquelles on a des touristes, mais qui, seules, font l’observateur exact, le véritable voyageur.
Il n’a pas été donné à M. Duveyrier d’accomplir, dans son immense étendue, le plan qu’il s’était tracé. L’état du pays ne lui a pas permis de pénétrer dans les parties du Sahara algérien qui prolongent au Sud notre province d’Oran[2], encore moins d’arriver jusqu’au Sahara marocain, qui jusqu’à présent est resté fermé aux chrétiens. Il n’a guère dépassé, à l’Ouest, le prolongement du méridien d’Alger. Mais s’il a dû laisser en dehors de ses courses (et peut-être faut-il nous en féliciter) une partie de son plan, la moitié occidentale, l’autre moitié, la partie orientale, celle qui embrassait les contrées situées au Sud de nos provinces d’Alger et de Constantine, en poussant plus à l’Est encore, jusqu’au Sahara tunisien et tripolitain ainsi qu’au Fezzân, toute cette partie orientale, dis-je, a été admirablement remplie, avec une intelligence, une intrépidité, une persévérance, et aussi avec un succès qui font de ce voyage une des plus belles et des plus fructueuses explorations du continent africain.
M. Duveyrier avait donc pris pied à Philippeville au mois de mai 1859. Il se dirige immédiatement au Sud, pour atteindre au plus vite le champ projeté de ses opérations. Il traverse Constantine, coupe le plateau, touche aux ruines de Lambèse que nos archéologues ont si heureusement explorées, traverse les gorges du mont Aurès, qui domine de son massif élevé toute l’Algérie orientale, et de là descend à Biskra, qui est, de ce côté, la porte du Désert. C’est là que commence pour notre voyageur le travail topographique. A partir de ce point, toutes les routes parcourues sont relevées à la boussole, les détails en sont fixés comme sur nos reconnaissances militaires, les positions sont fréquemment corrigées par des hauteurs méridiennes, et, toutes les fois que cela est possible, par des observations de longitude. Et ainsi se forme, d’heure en heure, jour par jour, presque sans interruption, pendant vingt-neuf mois, un large réseau de lignes bien étudiées, à travers des pays dont une partie considérable n’avait été vue jusque-là par aucun Européen, et dont la carte nous est maintenant parfaitement connue, au moins dans ses traits essentiels.
Je ne veux ni ne puis suivre ici M. Duveyrier dans ses courses multipliées. Il nous faudrait sillonner, à diverses reprises, une vaste étendue de plaines arides, semées d’Oasis et coupées d’Ouâdi, en nous portant alternativement : de Biskra sur El-Golêa’a par El-Guerâra et Ghardâya, en remontant de là sur Laghouât ; puis, de nouveau, de Biskra sur Ouarglâ par Tougourt ; sur Ghadâmès, par la dépression marécageuse du Melghîgh ; sur Gâbès, en Tunisie, par la longue ligne de Sebkha ou lacs temporaires que l’antiquité a connus sous le nom de lac Triton. Il nous faudrait, en outre, rayonner de tous les points principaux sur les positions intermédiaires ; il nous faudrait enfin suivre, plus à l’Orient, les longues lignes qui relient entre elles les positions de Tripoli et de Ghadâmès, de Ghadâmès et de Rhât, de Rhât et de Mourzouk, de Mourzouk et de Tripoli. C’est sur la Carte qu’il faut étudier ce vaste réseau, dont les points extrêmes laissent entre eux un intervalle de plus de deux cent cinquante lieues, soit qu’on le mesure de l’Ouest à l’Est, soit qu’on se porte du Nord au Sud. Ajoutons que, dans ce réseau, une dizaine de points des plus importants, et, parmi ceux-là, El- Golêa’a, Ghardâya, El-Ouâd et Ghadâmès, sont fixés par des observations directes de latitude et de longitude ; et que, pour une trentaine d’autres points au moins, notamment pour Ouarglâ, Tougourt, Tôzer et Rhât, le voyageur a rapporté de bonnes latitudes. Quelques-unes de ces positions, Ghadâmès, par exemple, et celles qui se rapprochent de nos frontières, ainsi que les points principaux de la grande ligne du Fezzân parcourue par la mémorable expédition de 1849, étaient déjà connus d’une manière exacte ou très-approximative ; mais d’autres, particulièrement dans l’Ouest, éprouvent un déplacement considérable. Et d’ailleurs, des observations répétées, dans une géographie qui, comme celle-ci, est encore en voie de formation, sont toujours extrêmement utiles, ne serait-ce qu’à titre de contrôle et de vérification. En résumé, les tracés de routes de M. Duveyrier constituent une véritable triangulation qui couvre de ses lignes croisées toute la partie orientale du Sahara algérien, triangulation dont la base, dans le sens des parallèles, s’étend de Ghardâya à Ghadâmès, et qui se prolonge au Sud jusqu’aux oasis d’El-Golêa’a et d’Ouarglâ, en se rattachant, vers l’Est, aux positions déjà fixées de Ghadâmès, de Mourzouk et de Tripoli.
Les détails topographiques de cette vaste reconnaissance, je veux dire les itinéraires du voyageur, relevés à la boussole et au chronomètre, et rectifiés fréquemment par des observations astronomiques dont les éléments et le calcul ont été soigneusement vérifiés, ces détails, dis- je, sont contenus dans une longue suite de feuilles tracées jour par jour sur le terrain, dont elles expriment tous les accidents. Le nombre de ces feuilles, y compris les études par renseignements qui s’y rattachent, ne s’élève pas à moins de 74. Ce sont ces minutes, ces feuilles de détail, remises à Paris entre les mains d’un habile dessinateur, qui ont servi à la construction de la Carte définitive où vient se résumer la partie la plus importante des travaux de M. Henri Duveyrier.
Le temps n’a pas permis encore d’achever la gravure de cette grande et belle Carte ; mais le dessin terminé a été communiqué à votre commission, qui a pu en apprécier la construction selon la nature des matériaux sur lesquels elle repose dans ses diverses parties.
M. Duveyrier, se prêtant au désir que nous lui avons exprimé, a mis aujourd’hui ce beau dessin à notre disposition, pour le placer ici même sous les yeux de l’assemblée.
Il faut y distinguer deux ordres de matériaux différents : ceux qui proviennent des reconnaissances directes et personnelles du voyageur, et ceux qui proviennent, soit de reconnaissances européennes antérieures, soit de renseignements reçus des indigènes.
Ces différentes sources de documents n’ont pas, on le conçoit, une valeur égale au point de vue de l’exactitude absolue. L’immense Ouâdi qui s’étend de Tougourt à Rhât sur une longueur de près de trois cents lieues, et que les Touâreg désignent sous le nom d’Igharghar (ou Igharghâren à la forme plurielle, et qui signifie les Rivières), cet Ouâdi qui, à certains moments, offre dans quelques parties l’aspect d’un grand fleuve, avec ses débordements, a été tracé, partie d’après les relevés de M. Boû-Derba en 1858, document précieux, bien qu’il n’ait pas la précision rigoureuse des levés de M. Duveyrier, partie d’après une reconnaissance personnelle de ce dernier voyageur, dans une exploration spéciale de la vallée basse, entre El-Ouâd et Ouarglâ. A l’Ouest et au Sud de l’Igharghar, à l’exception des lignes parcourues par M. Boû- Derba, M. Colonieu[3] et M. Henri Duveyrier, tout repose sur les informations indigènes. Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance de cette distinction.
Cette réserve faite, embrassons d’un coup d’œil l’ensemble de la Carte de M. Henri Duveyrier.
Ce qui nous frappe tout d’abord, c’est l’aspect du pays.
Voici une vaste région, une région presque égale en étendue à la France ou à l’Espagne, et qui était, il y a cinq ans à peine, absolument en blanc sur nos cartes ; aujourd’hui, non-seulement elle nous apparaît couverte d’une multitude de noms et de détails, mais ces détails renversent toutes les idées que l’on se formait naguère de ce qu’on nomme, d’un terme générique, le Sahara. Il n’y a pas longtemps, nous étions encore, sur l’intérieur du Nord de l’Afrique, à la notion des anciens poétiquement exprimée par un de leurs géographes : une plaine toujours unie, partout sablonneuse, « dont les vents du Midi fouillent et tourmentent les flots arides pareils aux vagues de la mer[4]. » Nos idées se sont déjà bien modifiées. Le Sahara est toujours un immense désert, sans doute, et il reste comme le type et le point de départ, à la fois, de la longue zone de pays incultes qui court à travers l’ancien continent, depuis l’Atlantique jusqu’au fond de la Tartarie ; mais ce n’est plus le désert monotone et nu que notre imagination se représentait avec terreur. Déjà, l’expédition anglo-allemande de 1849, par la découverte de la vaste oasis d’Aïr que le docteur Barth décrit comme une véritable Suisse, entre le Fezzân et la Nigritie, aussi bien que les explorations de plusieurs de nos officiers dans le pays des Maures, entre le bas Sénégal et le Maroc, nous avaient pu donner une première impression de la diversité qui se rencontre au sein de ces solitudes africaines ; cette notion est singulièrement agrandie par les informations de M. Duveyrier, et enfin par la Carte qui les résume. Là où nous n’imaginions que des sables éternellement arides, nous avons sous les yeux d’innombrables Ouâdi ou cours d’eau temporaires, et parmi ces Ouâdi, nous l’avons déjà vu, le lit tantôt à sec, tantôt rempli, d’un fleuve de trois cents lieues ; bien plus, nous voyons là des lacs nombreux, des sources et de véritables rivières, des rivières permanentes avec de vraies cascades, au rapport des indigènes, et, à l’origine de ces rivières, des massifs élevés, des groupes de hautes montagnes surmontées de pics sourcilleux, et, sur plusieurs de ces pics, des neiges qui se maintiennent durant plusieurs mois de l’année, tout comme dans les gorges de l’Aurès. Des lacs, des neiges et des rivières dans le Sahara ! il était impossible de nous apporter un tableau plus inattendu. Là où se présente cette nature alpestre, la vie est répandue à profusion. La flore et la faune ont fourni au voyageur les éléments d’une longue nomenclature, et encore n’en a-t-il pas vu les centres les plus actifs. L’observation personnelle de M. Duveyrier a confirmé ce que d’autres témoignages avaient déjà fait connaître. « J’ai vu, nous dit- il, au moment où des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, se produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille, transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les troupeaux. »
Le noyau principal, le centre où vient aboutir cette configuration si remarquable du Sahara intérieur, et qui la détermine en quelque sorte, est un massif situé à environ quinze journées vers l’Ouest de Rhât. Les informations de M. Duveyrier le représentent comme un plateau échelonné, coupé de nombreuses vallées, hérissé de sommets élevés, et d’où rayonnent, en diverses directions, de vastes Ouâdi dont le lit large et profond se remplit à certaines époques de l’année d’un volume d’eau considérable. Le principal de ces Ouâdi, ou du moins le mieux connu, est celui qui se porte droit au Nord sur Tougourt : c’est l’Igharghar que nous avons déjà nommé et dont une branche considérable vient de Rhât. Les informateurs de M. Duveyrier (car il n’a pu pénétrer jusque-là) lui désignèrent cette région montagneuse sous le nom d’Ahaggâr. Elle avait été déjà signalée par le docteur Barth, mais d’une manière moins circonstanciée, d’après ce qu’il en avait appris à Rhât et à Timbouktou. Le nom, chez M. Barth, est écrit Hogâr ou Hâgara ; mais ces formes, dit- il, sont des formes arabes, et le véritable nom indigène, c’est-à-dire le nom berbère, sera Atakôr[5]. C’est le siége d’une des quatre grandes divisions entre lesquelles se partage la nation des Touâreg. M. Barth ajoute : « Mon intelligent ami, le Cheïkh-Sîdi-Ahmed-el-Bakkây de Timbouktou, qui avait vécu quelque temps chez les Hogâr, ainsi que chez les tribus du pays d’Aïr, m’assura de la manière la plus positive que ce groupe de montagnes, et en particulier une longue chaîne qui en fait partie, est beaucoup plus élevé que les montagnes d’Aïr, et que les rochers, dont la couleur est rougeâtre, en sont très-escarpés. On voit, dans l’intérieur de ces montagnes, de très-belles vallées et des gorges pittoresques, et quelques-unes de ces vallées, où il y a de belles eaux courantes qui ne tarissent jamais, produisent des figues et du raisin[6]. »
Ces informations, on le voit, viennent complétement à l’appui de celles qu’a recueillies M. Duveyrier ; seulement ces dernières sont infiniment plus détaillées. Elles mettent hors de doute qu’au centre même du Grand Désert, sous le méridien de Sétif et vers le 25e degré de latitude, c’est-à-dire à mi-distance environ entre l’Algérie orientale et le grand fleuve de Timbouktou, il existe une région montagneuse très-abrupte, très-variée, très-pittoresque et d’une étendue considérable ; que dans cette région, habitée par une forte et belliqueuse fraction de Touâreg, il y a des montagnes assez hautes pour y conserver de la neige durant trois mois de l’année ; qu’on voit là, comme dans l’oasis d’Aïr décrite par le docteur Barth, de belles et fraîches vallées avec des sources vives et des eaux courantes ; et qu’enfin des Ouâdi larges et profonds, qui seraient de grandes rivières, si les pluies, dont le Désert est privé, leur apportaient des eaux permanentes, divergent de ce noyau montagneux en se portant vers tous les points de l’horizon, au Nord (c’est l’Igharghar), à l’Ouest et au Sud. Tel est, dans son expression générale, le résumé des informations recueillies par M. Duveyrier, et qui sont parfaitement d’accord avec celles du docteur Barth.
Si M. Duveyrier avait pu s’avancer jusque-là ; s’il avait pu examiner de près et de ses propres yeux cette curieuse région, en étudier la structure géologique et la conformation extérieure, se rendre précisément compte, par des observations directes, des conditions climatologiques particulières au pays, du régime de ses eaux permanentes et de la direction de ses vallées sèches ; si M. Duveyrier, disons-nous, avait pu faire cela, il aurait ajouté une conquête bien précieuse à toutes celles qu’il a rapportées de son beau voyage. Ce n’est pas faute d’y avoir aspiré assurément, et d’y avoir fait tous ses efforts ; c’est une tâche dont lui-même ne se tient pas quitte envers la science, car son plus vif désir est de retourner promptement sur le théâtre de ses premiers travaux, et d’y poursuivre ses explorations si bien commencées. En attendant, il a étudié et combiné avec une profonde attention la masse considérable de renseignements qu’il a pu recueillir de la bouche des Arabes et des Touâreg, et en les rapprochant du précieux itinéraire de M. Boû-Derba, il en a tiré toute la partie inférieure de sa Carte à l’Ouest de Rhât. C’est une acquisition déjà fort importante, quoique provisoire, pour cette région intérieure du Sahara. Si votre commission, messieurs, avait à faire une observation sur cette partie de la Carte qui repose, non sur les reconnaissances personnelles de M. Henri Duveyrier, mais sur la combinaison de renseignements, cette observation porterait seulement sur l’aspect net et précis que le dessin leur donne. Peut-être y pourrait-on désirer, dans l’intérêt de la vérité rigoureuse, un aspect et des contours moins arrêtés. Ce qui appartient en propre au voyageur se distinguerait mieux de ce qui n’a qu’une valeur de combinaison. Quand on sait à quel point les renseignements indigènes les plus dignes de confiance se sont, pour la plupart, profondément modifiés lorsqu’ils ont subi le contrôle direct de l’observation européenne, on éprouve le besoin d’apporter une grande réserve dans l’emploi de cette nature de documents. Notre remarque, au surplus, ne porte en aucune façon sur la valeur spéciale des informations réunies par M. Duveyrier, ni sur l’application générale qu’il en a faite : c’est une question de mesure dans l’expression du dessin, rien de plus.
En définitive, il y a un grand fait qui ressort de la vue de cette Carte, au total si remarquable, aussi bien que de l’ensemble des informations déjà nombreuses que les observateurs européens nous ont apportées dans ces derniers temps sur les diverses régions du Grand Désert : c’est la diversité d’accidents et de configuration que présente sa surface dans toutes les parties jusqu’à présent visitées. Une carte qui représenterait, dès à présent, ce qu’on en connaît au Centre, au Nord et à l’Ouest, une carte surtout, telle que la marche aujourd’hui si active des explorations permettra de la construire d’ici à moins de dix ans peut-être, présenterait, au lieu de cette immense étendue de plaines uniformes qui occupe la moitié du Nord de l’Afrique sur nos cartes actuelles, presque autant de particularités de configuration, sauf l’absence des villes et de rivières permanentes, qu’une région quelconque de l’Asie et de l’Europe. La nature ne fait rien d’inutile, rien qui n’ait sa cause. Ces Ouâdi sans nombre, ces rivières sans eau qui sillonnent le Désert comme les rivières et les ruisseaux sillonnent nos campagnes, indiquent évidemment, dans le passé sinon dans le présent, un état de choses que la pensée a peine à concilier avec la privation presque absolue d’eaux courantes qui caractérise le Désert. C’est là un sujet d’études déjà plus d’une fois touché sans doute, mais qui appellera de plus en plus l’attention des voyageurs instruits et des géologues.
De tous ces grands Ouâdi intérieurs, le plus étendu et maintenant le plus accessible, l’Igharghar, devra être, dans son immense développement, l’objet d’une investigation et d’une étude toutes spéciales. Il y aura là, sans aucun doute, des questions du plus haut intérêt à examiner et à résoudre. Cet objet seul justifierait et récompenserait pleinement une expédition spéciale.
Au point de vue physique, cette immense vallée de l’Igharghar, presque partout à sec ou qui n’a que des eaux temporaires, mais qui présente, selon l’expression de M. Duveyrier, l’aspect du lit d’un grand fleuve, offre un curieux phénomène. Partant de la région élevée de Rhât et de l’Ahaggâr, et recevant de droite et de gauche, à mesure qu’elle avance dans le Nord, un grand nombre d’Ouâdi secondaires pareils aux affluents de nos fleuves, elle vient enfin se perdre, au Nord de Tougourt, dans une large dépression marécageuse qu’on appelle le Chott-Melghîgh, où vient aussi aboutir un grand courant, une véritable rivière, le Djedî, qui a ses sources à l’Ouest, dans le Djebel-’Amoûr, et longe, depuis Laghouât, le pied des montagnes. Les premiers observateurs qui de l’Algérie descendirent au Melghîgh, il y a une dizaine d’années, reconnurent avec étonnement, aux indications concordantes de leur baromètre, que le sol où reposent ces vastes lagunes s’enfonce au- dessous du niveau de la mer. M. Paul Marès a trouvé une altitude de − 13 mètres pour le fond du Chott dans sa partie Nord-Ouest. Ces observations seront-elles confirmées par celles de M. Duveyrier[7] ? Si l’Igharghar fut autrefois un véritable fleuve, il n’a donc pu, comme le pense M. Duveyrier, aller déboucher dans le fond de la petite Syrte par le fleuve Triton, à moins d’un changement complet dans la configuration et le niveau du pays, changement qui, dans tous les cas, serait antérieur aux temps historiques.
Cette condition physique, particulière à la région orientale du Sahara algérien, de deux longues vallées parties des deux points opposés, l’une de l’Ouest, celle du Djedî, l’autre du Sud, celle de l’Igharghar, et venant l’une et l’autre aboutir à la même dépression du sol, le Melghîgh, cette particularité physique, dis-je, nous fournit l’explication d’un ancien texte géographique dont la rédaction avait dû jusqu’à présent paraître assez bizarre. Je veux parler de la description du cours du Gir dans Ptolémée. Le Gir, ou, comme le nomment les auteurs latins, le Niger, a été longtemps une pierre d’achoppement pour les critiques. Trompés par les énormes aberrations des latitudes du géographe alexandrin, on voulait retrouver très-loin dans le Sud une rivière qui appartient à la région de l’Atlas ; on allait la chercher jusque dans le Soûdân, où les anciens n’ont jamais pénétré. C’est de là qu’est venue l’application que l’on fait encore tous les jours du nom de Niger au Dhioliba ou Kouâra, c’est-à-dire au grand fleuve de Timbouktou, application qui se perpétue même après que l’erreur est reconnue ; car, en géographie, comme en bien d’autres choses, rien n’est plus difficile à déraciner qu’un abus. Habituellement, il y a dans une rivière deux choses assez distinctes, une source et une embouchure ; dans Ptolémée, le Gir n’a pas de débouché, et il a deux sources opposées, deux sources placées aux deux extrémités du fleuve, l’un au Nord-Ouest dans l’Atlas, l’autre au Sud-Est dans une vallée nommée la Gorge garamantique, c’est-à-dire au voisinage du Fezzân qui est le pays des Garamantes. Rapproché des notions actuelles, des notions fournies par M. Boû-Derba et complétées par M. Duveyrier, tout cet agencement devient parfaitement clair, et, qui plus est, parfaitement exact ; ce qui nous montre une fois de plus qu’en bien des cas le progrès de nos propres découvertes confirme, en les appliquant, celle des anciens. L’identité du Niger avec les deux vallées confluentes du Djedî et de l’Igharghar, identité que votre rapporteur a le premier nettement affirmée, même avant le voyage de M. Duveyrier, est désormais un fait hors de discussion.
Ce n’est pas seulement dans sa Carte que M. Duveyrier a condensé les résultats physiques et mathématiques de ses vingt-neuf mois d’explorations, il les a développés dans un volume d’une étendue considérable auquel s’ajoutera plus tard un complément qui sera consacré à la partie commerciale du voyage. Ce premier volume se compose tout entier de faits et d’observations. L’hydrographie, la géologie, la climatologie, les déterminations astronomiques, l’hypsométrie, l’histoire naturelle et l’ethnographie, y sont l’objet d’une suite de chapitres d’un grand intérêt scientifique, sans préjudice de l’archéologie monumentale et épigraphique, sans oublier non plus les informations utiles au commerce. Une notice très-détaillée sur les Touâreg ajoute bien des particularités importantes, bien des faits nouveaux, à ceux que d’autres investigateurs, M. Carette, M. Daumas, M. Devaux, le docteur Barth, M. Hanoteau, nous avaient déjà donnés sur ce peuple remarquable, qui garde au cœur du Sahara, où l’invasion arabe du XIe siècle l’a repoussé, la pureté du sang berbère et l’idiome inaltéré de sa race.
Dans cet aperçu encore bien restreint, malgré son étendue, du caractère de cette exploration et de l’importance extrême de ses résultats, j’ai eu surtout pour objet, messieurs, comme organe de votre commission, d’exposer les raisons qui, d’une voix unanime, nous ont fait décerner à M. Henri Duveyrier la grande médaille d’or que la Société a jusqu’à présent consacrée chaque année à la découverte la plus importante en géographie. Nous n’avons pas oublié non plus, messieurs, que les longues investigations de M. Duveyrier, en même temps qu’elles ont puissamment servi la science, ont eu aussi des résultats fort importants pour l’extension de nos rapports avec les tribus intérieures. Servir à la fois l’honneur scientifique et les intérêts de son pays est un double titre que réunit M. Duveyrier.
Je n’aurai pas à m’étendre beaucoup, messieurs, sur les voyages qui auraient pu, en dehors de celui de M. Duveyrier, balancer les suffrages de votre commission. Il est une classe de travaux et d’explorations d’une nature tellement spéciale, tellement circonscrite dans leur nationalité et dans les intérêts qu’ils représentent, les explorations australiennes, par exemple, et celles des Russes dans l’Asie centrale, qu’elles restent nécessairement en dehors de nos concours. Parmi les explorations d’un caractère plus général qui auraient pu entrer cette année en balance avec celles de notre jeune compatriote, il n’en est qu’une, une seule, sur laquelle a dû se porter l’attention de votre commission : c’est le voyage si important du capitaine Speke et de son compagnon le capitaine Grant à travers la région des sources du Nil. Les capitaines Speke et Grant ont été les intrépides pionniers de cette difficile exploration de l’Afrique équatoriale, qui attend maintenant des investigations plus approfondies. Ils ont, pour la première fois, traversé la zone inexplorée où se trouvent les sources encore inconnues du fleuve d’Égypte ; leur voyage restera toujours comme une des entreprises mémorables de notre époque, comme un des faits importants de l’histoire des découvertes. Mais, d’une part, les droits de M. Henri Duveyrier avaient été réservés l’année dernière ; d’autre part, c’est un devoir pour votre Société d’attendre, avant de prononcer ses jugements, qu’une lumière complète se soit faite sur les questions. Il est d’ailleurs permis d’espérer que les deux voyageurs anglais ne s’arrêteront pas en si brillant chemin, et qu’ils auront quelque jour de nouveaux titres à ajouter à celui que nous avons cru devoir ajourner pour cette fois.
Déterminée par ces considérations, messieurs, votre commission décerne sa grande médaille d’or de 1864 à M. Henri Duveyrier, pour ses explorations du Sahara algérien, tunisien et tripolitain, ainsi que du pays des Touâreg. Nous honorons ainsi tout à la fois et l’importance des résultats obtenus, et la rare énergie en même temps que les hautes qualités scientifiques dont le voyageur a fait preuve, à un âge où il est si rare de trouver de tels mérites développés à ce point. En décernant ce prix si bien acquis, votre commission, messieurs, a obéi à une double pensée : c’est une récompense pour le passé ; c’est une espérance pour l’avenir.
[Décoration]
[Note 2 : El-Golêa’a, Methlîli, le pays des Cha’anba explorés d’abord par M. Duveyrier, relèvent, il est vrai, de la province d’Oran.]
[Note 3 : M. le commandant Colonieu a bien voulu communiquer à M. Duveyrier la carte itinéraire inédite de son voyage de Géryville aux oasis septentrionales du Touât ; les renseignements fournis par les indigènes sur les contrées à l’Ouest de l’Igharghar, s’appuyent donc sur trois reconnaissances levées avec soin : par M. Boû-Derba, entre Ouarglâ et El-Beyyodh ; par M. Colonieu, entre Géryville et le Bâten du Tâdemâyt ; par M. Duveyrier, entre Methlîli et El-Golêa’a.]
[Note 4 : « Auster immodicus exsurgit, arenasque quasi maria agens, siccis sævit fluctibus. » (Mela, I, 8).]
[Note 5 : Atakôr signifie faîte. Atakôr-n-Ahaggâr, _faîte du Ahaggâr_.]
[Note 6 : Dr Barth, Travels in Central Africa, I, 567.]
[Note 7 : Les observations barométriques publiées par M. Duveyrier pour déterminer les altitudes des points de son exploration du pays des Touâreg du Nord, commencent à El-Ouâd. Celles faites dans l’Ouâd-Righ, sur les bords du Chott-Melghîgh, et dans le Nefzâoua, c’est-à-dire entre le point où l’Igharghar se perd dans les lagunes et le golfe de Gâbès, seront publiées ultérieurement dès que le voyageur pourra les calculer au moyen des observations correspondantes faites sur le littoral, à Alger, par M. O. Mac-Carthy.]
TECHNOLOGIE INDIGÈNE ARABE OU BERBÈRE DONT IL EST FAIT USAGE DANS CET OUVRAGE ET SUR LA CARTE QUI L’ACCOMPAGNE
[Décoration]
SOL.
Outa, Ouotia ; plaine.
Reg ; plaine aride et déserte.
Hofra ; dépression.
Hamâda, pl. Hamâd ; plateau, plaine unie.
Tasîli[8] ; plateau.
Bâten (litt. ventre) ; montagne ou colline allongée.
Koudîya ; mamelon isolé (montagne, dans l’Ouest).
Toûmia, pl. Toûmiât (litt. jumeaux) ; mamelons doubles.
Dra’ (litt. bras) ; coteau, colline allongée.
Râs (litt. tête) ; cap.
Khechem (litt. nez) ; pointe de rochers, cap dans le Désert.
Châreb (litt. lèvre) ; crête.
Kâf ; rocher.
Djebel ; montagne.
Djebîl ; petite montagne.
Adrâr, Adghâgh ; montagne.
Tadrârt ; petite montagne.
Gâra, gâret, pl. Goûr ; élévation isolée, témoin géologique du sol primitif.
Fedjdj ; col.
Thenîya ; col.
Téhé ; col.
Khenga, Kheneg ; défilé, passage étroit.
Khoneïg ; petit défilé.
Aghelâd ; défilé, passage étroit.
’Aqba ; montée.
Menzel ; descente.
SABLES.
Remel, Ramla ; sable, plaine de sable.
Ghoûrd, pl. Aghrâd ; haute dune ou montagne de sable.
Zemla, pl. Zemoûl ; dune allongée.
Sîf (litt. sabre) ; dune allongée à pente roide.
Guelb, pl. Goloûb ; dune en forme de cœur.
Guelîb ; petite dune en forme de cœur.
’Erg, ’Areg ; collection de dunes, région des dunes.
’Arîg ; petite collection de dunes.
Adehî, pl. Édeyen ; sables, collection de dunes.
Iguîdi[9], Idjîdi ; collection de dunes.
Kheït (litt. cordon) ; cordon de dunes.
Dourîya ; passage tournant autour d’une dune.
Sahan ; dépression plate.
Haoudh ; bassin entre des dunes.
Hafîr ; dépression.
EAUX.
Bîr, pl. Abiâr (mot oriental) ; puits, puits profond.
Bouîr, pl. Bouîrât ; puits petit.
Mouï, Mouïa (litt. eau) ; puits.
Hâssi (mot occidental) ; puits, puits profond.
Hessî ; puisard.
’Ogla (dans l’Ouest) ; puits. (Dans l’Est) ; puits avec un camp permanent, et silos à provisions.
Guettâr, Guettâra ; puits alimenté par des suintements.
Sânia ; puits à bascule souvent entouré d’un jardin ; jardin.
Souinîya ; petit puits à bascule.
Themed ; puisard, puits qui se dessèche.
Anou ; puits.
Tânoût, Tânit ; puits, petite source.
Mâssîn ; puits qui donne peu d’eau.
Fogâra ; puits à galeries d’écoulement horizontales.
Sâguia ; canal d’écoulement des eaux.
’Aïn (litt. œil), pl. ’Aioûn ; source.
’Aouîna, pl. ’Aouînât ; petite source.
Tâla ; source.
Tit, pl. Tittaouîn (litt. œil) ; source.
Temâssint ; petite source.
Rhedîr ; flaque d’eau persistante.
Abankôr ; flaque d’eau persistante.
Bahar (litt. mer) ; lac permanent.
Adjelmam ; lac.
Chott (litt. rive, rivage) ; lac salin desséché.
Sebkha ; lac salin desséché, quelquefois submergé en hiver.
Dhâya ; grande mare d’eau douce desséchée.
Guera’a ; grande mare d’eau douce desséchée.
Guerâra, pl. Guerâir ; bas-fond dans lequel se perd un Ouâd.
Guereyyir ; petit bas-fond dans lequel se perd un Ouâd.
Ouâdi, Ouâd, pl. Ouidiân ; rivière, lit de rivière.
Aghahar ; rivière, lit de rivière (mot ancien).
Aghezer ; rivière, lit de rivière (mot moderne.)
Cha’aba, pl. Cha’ab ; ravin.
Tâlat ; ravin.
Menkeba ; point où cesse un ravin.
Defa’a ; point où se perd un ravin.
HABITANTS.
Ouled, pl. Oulâd ; fils.
Ou, pl. Aït, At ; fils.
Ould-Sîdi, Oulâd-Sîdi ; fils de monseigneur.
Ou-Sîdi ; fils de monseigneur.
Hâdj, Hadjdji, pl. Hadjâdj ; pélerin, celui qui a fait le pèlerinage de la Mekke.
Ben, pl. Benî ; fils, descendants de.
Ahel ; gens.
Kêl ; gens.
Tédjéhé ; confédération.
Merâbot, pl. Merâbotîn ; marabout, marabouts.
Cheïkh, pl. Chioûkh ; vénérable, chef.
HABITATIONS.
Dâr, pl. Diâr ; maison.
Haouch ; ferme, maison.
Zerîba, pl. Zerâïb ; cabane en branchages.
Kheïma ; tente.
Ehen ; tente.
Hoûma ; quartier, village. (Mot de l’île de Djerba.)
Bordj ; fort, château.
Qaçar, pl. Qeçoûr ; village fortifié.
Qaçba ; citadelle.
Zâouiya ; couvent musulman, école, ville religieuse.
Belâd ; ville, village, pays.
Kherba, pl. Khoroûb ; ruine.
Kantara ; pont.
DIVERS.
Ghâba ; verger de dattiers, forêt, oasis.
Ghoût ; petite oasis.
Soûk ; marché.
Mersa, Mers ; port.
Mi’aâd ; lieu de réunion.
Hammâm ; bains d’eaux thermales.
Cherg ; Est.
Chergui, Cherguîya ; oriental.
Gharb, Ouest.
Gharbi, Gharbîya ; occidental.
Guebla ; Sud.
Guebli, Gueblîya ; méridional.
Dahra ; Nord.
Dahrâni, Dahrânîya ; septentrional.
Lefa’âya ; séjour des vipères cérastes.
Boû (litt. père) ; possesseur de.
Oumm, pl. Oummât (litt. mère) ; possesseur de.
Gober, pl. Gueboûr ; tombeau, cimetière.
Moqsem ; partage d’eaux.
Dan : fils de, issu de.
In, En, Wân, Ouân, Ouen ; celui de, c’est-à-dire, endroit de.
Tîn, Tân ; celle de, localité de.
El, Ed, Edh, Et, Eth, Es, En, Ez, représentent l’article : le, la, les, du, au, des, aux.
D, Ed ; et.
PRINCIPAUX ADJECTIFS QUALIFICATIFS
Djedîd, Djedîda ; nouveau, nouvelle.
Qedîm, Qedîma ; ancien, ancienne.
Ahmar, Hamrâ ; rouge.
Abiodh, Beïdha ; blanc, blanche.
Mellen, Mellet ; blanc, blanche.
Kahal, Kâhela ; noir, noire.
Asoued, Soûda, Sôda ; noir, noire.
Azreg, Zerga ; bleu, bleue.
Kebîr, Kebîra ; grand, grande.
Seghîr, Seghîra ; petit, petite.
Touîl, Touîla ; long, longue, profonde.
Asfer ; jaune.
* * * * *
[Note 8 : Les noms écrits en lettres italiques appartiennent à la nomenclature berbère.]
[Note 9 : Mot des Berâber du Maroc.]
ERRATA.
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CORRECTIONS GÉNÉRALES.
Au lieu de : ’Abd-el-Kader, Adrar, Afahlehlé, Azel, Cheikh, Chorfa, Fez, Golea’, In-Ezzan, In-Sâlah, Ismayl, Kadhi, Kasba, Mehyaf, Sahara, Sanhâdja, Soudan, Targui, Tittaouin, Tlemsen.
Lire : ’Abd-el-Qâder, Adrâr, Afahlêhlé, Azhel, Cheïkh, Chorfâ, Fâs, Golêa’a, In-Ezzân, In-Çâlah, Isma’yl, Qâdhi, Qaçba, Mehyâf, Çahara, Çanhâdja, Soûdân, Târgui, Tittaouîn, Tlemsân.
CORRECTIONS PARTICULIÈRES.
PAGES. Au lieu de : Lire :
III Milon, Millon.
6 Caillé, Caillié.
6 à 87 Marrès, Marès.
40 il y a retrouvé les il y a retrouvé quelques infusoires, infusoires.
43 pyrogénique, pyrogène.
58 redhîr, rhedîr.
75 Massif de Hâroûdj, Massif du Hâroûdj.
76 Freudenbourgh, Frendenburgh.
80 Gharbia, Gharbîya.
111 2 décembre, 20 décembre.
112 il y en a 325, il y en a 335.
149 Kerchoud, Kerchoûd.
161 CROTULARIA SAHARÆ, CROTALARIA SAHARÆ.
166 au Sud de Maroc, au Sud du Maroc.
183 1 mètre, 1/2 mètre.
190 Var, var.
191 ÆRVA, AERVA.
191 Abesgui, Abezgui.
192 Ouâdi-Sa’adan, Ouâdi-Sa’adâna.
194 Tîn-Fedjacuîn, Tîn-Fedjaouîn.
203 Comme le dîs du Tell, Comme le gueçob du Tell.
225 begueur, beguer.
225 ihinkad, ihinkâd.
226 meçîci, meçîçi.
227 arhâtâ, arhâta.
255 Abou l’’Abbâs, Aboû’l ’Abbâs.
262 (voir la planche ci-contre), (voir la pl. XI, fig. 1, page 252).
277 voi, voit.
290 ouasis, oasis.
339 du ménage, elle, du ménage, si elle.
388 (Pl. XXI), iod, tegherit, iod, tegherît, iar. iar,
390 (Pl. XXII), no , no 30.
403 temankart, temankaït.
404 taftak, taftaq.
405 takkaouit, takhaouit.
405 îméki, îmekî.
408 tâserhmâlt, tâserhâlt.
427 tekhôrmit, tekôrmit.
440 amadjedol, amadjedâl.
448 amârhelaî, amârhelâi.
458 passait par Telizzarhên, Anaï, passait par Anaï.
458 et conduit par, et conduits par.
463 Aiele, Alele.
496 Taibu des Ibôguelân, Tribu des Ibôguelân.
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ADDITIONS.
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Page 45 PLANORBIS DUVEYRIERI. Voir au supplément : _Mollusques fossiles_, page 25.
69 Douêssa est un point à l’Ouest de la route de M. le docteur Barth, entre El-Hesî et l’Ouâdi-ech-Chiâti, au Sud de la Hamâda-el-Homrâ, dans la Tripolitaine.
150 DIPLOTAXIS DUVEYRIERANA. Voir sa description au supplément : Plantes nouvelles, page 31.
161 CROTALARIA SAHARÆ. Voir sa description au supplément : Plantes nouvelles, page 33.
182 HYOSCYAMUS FALEZLEZ. Voir sa description au supplément : Plantes nouvelles, page 35.
229 Mollusques vivants déterminés après l’impression des Touâreg du Nord. Voir leur description au supplément, page 1 et suivantes.
458 La route garamantique qui passait par Telizzarhên était une autre voie que celle passant par Anaï.
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TOUAREG DU NORD
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LIVRE PREMIER.
DIVISIONS NATURELLES ET POLITIQUES. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — SOL ET CLIMAT.
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CHAPITRE PREMIER.
DIVISIONS ET LIMITES GÉNÉRALES DES CONFÉDÉRATIONS TOUÂREG.
Cette étude est restreinte aux Touâreg du Nord ; mais, pour la circonscrire dans les limites que je lui assigne, quelques lignes sur l’ensemble de la nationalité târguie[10], sur ses divisions territoriales et politiques, semblent un préliminaire indispensable.
Sous le nom général de Touâreg, nom d’origine arabe et adopté par les Européens, quoiqu’il soit repoussé par ceux auxquels il s’applique, on comprend quatre grandes divisions politiques correspondant à quatre grandes divisions territoriales, savoir :
La confédération des AZDJER ou Kêl-Azdjer[11], au Nord-Est, avec le plateau du Tasîli du Nord et dépendances, pour patrie ;
La confédération des AHAGGÂR ou Kêl-Ahaggâr, au Nord-Ouest, dans le mont Ahaggâr ou Hoggâr des Arabes ;
La confédération d’AÏR ou Kêl-Aïr, plus généralement connue sous le nom de KÊL-OUÏ, au Sud-Est, dans le massif d’Aïr, également appelé Azben ;
La confédération des AOUÉLIMMIDEN, au Sud-Ouest, dont le territoire comprend une portion montagneuse, l’Adghagh[12], et une portion plane, l’Ahâouagh.
Les Azdjer et les Ahaggâr constituent les Touâreg du Nord, comme les Aïr et Aouélimmiden ceux du Sud.
Ces derniers ayant été visités et étudiés avec beaucoup de soin par mon savant ami et protecteur, M. le Dr Barth[13], je n’ai pas à m’en occuper, estimant assez belle la part qui m’est dévolue, si je parviens à combler la lacune de l’exploration de mon illustre devancier.
Quoi qu’il en soit, je constate d’abord un caractère commun aux quatre confédérations des Touâreg ; c’est que chacune d’elles a adopté comme centre de sa vie politique un système isolé de montagnes, refuge de son indépendance et foyer de ses libertés.
Deux de ces massifs isolés, ceux occupés par les Touâreg du Nord, embrassent les points culminants du plateau central du Sahara et les points de partage des eaux entre le bassin de la Méditerranée et le bassin de l’Océan Atlantique ; les deux autres, à un gradin inférieur du plateau, appartiennent au bassin du Niger.
Entre les quatre massifs, s’étendent de vastes plaines, véritables déserts arides, tantôt sablonneuses, tantôt rocheuses, tantôt à sol crayeux, parfois affectant la formation alluvionnaire des bassins salins des Sebkha, le plus souvent se présentant sous la forme d’un sol caillouteux, très-dur, d’où le nom arabe de Sahara qui signifie terre dure.
S’il est permis d’assigner à chaque confédération, comme étant son patrimoine propre, le massif de montagnes qu’elle occupe, il devient impossible d’indiquer, dans les plaines, là où commence, là où finit le territoire de chacune d’elles et de préciser les limites qui les séparent de leurs voisins non Touâreg.
Le droit de premier occupant, le seul à invoquer dans ces immenses terres de parcours, n’a de valeur sérieuse que s’il est appuyé sur une force capable de le faire respecter. Néanmoins, sous la réserve d’éventualités qui souvent substituent le fait brutal de l’invasion à la pratique pacifique d’usages consacrés par le temps, on peut assigner comme limites générales aux territoires occupés par les quatre confédérations Touâreg, savoir :
Au Nord, 1o une ligne droite partant d’El-Hesî dans le Hamâda-el-Homra de la Tripolitaine et allant à Ghadâmès ; 2o une ligne, également droite, partant de Ghadâmès et aboutissant à la limite Nord de la confédération indépendante du Touât ;
A l’Ouest, les rebords oriental et méridional du plateau de Tâdemâyt et la route des caravanes d’Aqabli à Timbouktou ;
Au Sud, une ligne partant de Timbouktou et aboutissant à Oungoua- Tsammit, au Nord de Zinder ;
A l’Est, d’abord une ligne parallèle à la route de Koûka à Mourzouk, mais d’un quart de degré à l’occident, puis la route directe de Mourzouk à Tripoli jusqu’à El-Hesî, où nous retrouvons le point de départ.
La limite septentrionale, sur laquelle je devrai revenir, sépare les Touâreg du Nord des tribus algériennes, les Souâfa, les Rouâgha et les Chaánba, avec lesquelles ils sont aujourd’hui en bonnes relations après de longues luttes que l’administration française a fait cesser.
La limite occidentale sépare d’abord les Ahaggâr des oasis du Touât ainsi que des tribus nomades qui en dépendent, entre autres les Oulâd- Bâ-Hammou ; puis elle place d’immenses déserts entre les Ahaggâr, les Aouélimmiden et les tribus nomades, arabes et berbères des rives de l’Océan Atlantique. Malgré la barrière d’affreuses solitudes que la Providence a placées entre des ennemis irréconciliables, ils parviennent néanmoins à se rencontrer quelquefois les armes à la main.
La limite méridionale, telle que je l’ai indiquée, est celle qui séparait autrefois les Touâreg du Sud de l’ancien empire de Zonghay ; mais, depuis quelques années, les Aouélimmiden ayant reconquis sur les Fellâta les deux rives du Niger, jadis occupées par les Zonghay, la limite doit être reportée plus au Sud.
La limite orientale sépare les Touâreg d’Aïr du peuple Teboû, et les Azdjer du Pachalik du Fezzân. En cette dernière partie, les Azdjer occupent des territoires appartenant à la Turquie, mais sans subir sa domination.
Dans ces limites, l’ensemble des territoires des quatre grandes divisions du peuple târgui forme, entre l’Afrique septentrionale et l’Afrique centrale, un immense quadrilatère que le tropique du Cancer partage en deux moitiés à peu près égales, et que les géographes connaissent sous le nom de plateau central du Sahara.
Les Touâreg donnent à leur pays le nom général d’Adjema, synonyme de Sahara.
D’après eux, les points de Timissao sur l’Ouâdi-Tarhît, d’Asiou et d’In- Guezzam sur l’Ouâdi-Tâfasâsset sépareraient les Touâreg du Nord de ceux du Sud et les deux grandes gouttières d’écoulement des eaux de leur pays, l’Ouâdi-Igharghar et l’Ouâdi-Tâfasâsset, l’une au Nord, l’autre au Sud, seraient généralement acceptées, mais non sans quelques exceptions particulières, comme lignes de démarcation entre les confédérations orientales et les confédérations occidentales.
Ces divisions générales posées, je rentre dans l’objet spécial de ce travail : les Touâreg du Nord.
[Note 10 : Touâreg, au singulier Târgui, au féminin târguia, en français târguie.]
[Note 11 : Kêl signifie gens de ; souvent, dans le discours, on dit Azdjer, Ahaggâr, Aïr, pour dire gens d’Azdjer, gens d’Ahaggâr, gens d’Aïr. Pour simplifier, j’imiterai l’exemple des indigènes.]
[Note 12 : Forme emphatique du mot adrâr, montagne.]
[Note 13 : Voir le grand ouvrage de M. le docteur Barth, tomes I, IV et V des éditions anglaise et allemande.]
CHAPITRE II.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
La géographie physique du grand plateau central du Sahara offre à l’observation deux phénomènes caractéristiques qui appellent au même degré l’attention du voyageur et l’obligent, à son insu, à rechercher la cause d’exceptions aussi considérables : d’un côté, d’immenses plateaux dénudés, où la roche, continuellement balayée par les vents, n’est recouverte de terre végétale que dans les parties abritées ; d’un autre côté, d’immenses bas-fonds, envahis par les sables, de manière à faire disparaître le sol primitif et dans lesquels s’amoncellent, en véritables montagnes, des dunes de 100 mètres et plus de hauteur.
Quoique les dunes occupent peu d’espace dans les territoires parcourus par les Touâreg du Nord, je ne crois pas pouvoir m’abstenir, avant de pénétrer dans les régions élevées du plateau central du Sahara, de chercher à donner une idée, aussi nette que possible, de la zone qu’elles forment entre la chaîne atlantique et les massifs de l’intérieur.
Ce chapitre comprendra donc deux paragraphes : l’un spécial à la zone des dunes, l’autre exclusivement consacré aux parties surélevées des plateaux, dont les détritus jouent un si grand rôle dans la géographie physique du Sahara.
§ Ier. — ZONE DES DUNES.
Les noms suivants ont été donnés aux diverses parties de cette zone par les populations qui la traversent :
’Erg, ’Arg, ’Areg (veines), par les Arabes[14] ;
Adehî, au plur. Edeyen (dunes), par les Touâreg ;
Iguîdi, Igdia, El-Guédéa (dunes), par les Berbères marocains et sénégaliens.
Cette zone a été reconnue ou traversée, par des voyageurs européens, sur différents points de son immense étendue, savoir :
Au Sud de l’Ouâd-Noûn, entre le Sénégal et le Maroc, du 22° au 23° latitude N. par M. Panet, en 1850 ; par M. le capitaine Vincent, en 1860 ;
Au Sud du Maroc, par René Caillié, en 1828, du 22° au 28° latitude N. ;
Au Sud de l’Algérie, entre les montagnes des Oulâd-Sîdi-Cheïkh et le Touât, par MM. de Colomb, Colonieu et Marès ; entre El-Golêa’a et le plateau de Tâdemâyt, par moi, en 1859 ; entre Ouarglâ et la Zaouiya de Timâssanîn, par M. Isma’yl-Boû-Derba, en 1858 ; entre El-Ouâd et Ouarglâ, par moi, en 1860 ;
Au Sud de la Tunisie, entre El-Ouâd et Nafta, par moi, en 1860 ; entre El-Ouâd et Ghadâmès, par M. le capitaine de Bonnemain, en 1858 ; par moi, en 1860 ; par la mission placée sous la direction de M. le lieutenant-colonel Mircher, en 1862 ;
Dans la partie Sud de la Tripolitaine, entre El-Hesî et l’Ouâdi-el- Gharbi, par M. le docteur Barth, en 1850 ; entre le plateau de Tînghert et la vallée des Igharghâren, par moi, en 1860 ; entre l’Ouâdi-el-Gharbi et les lacs du Fezzân, par moi, en 1861.
De plus, j’ai recueilli, par renseignements, de nombreux itinéraires traversant l’’Erg dans toutes les directions : trente-trois, pour la zone comprise entre Ouarglâ, Gâbès, Ghadâmès et Timâssanîn ; trois entre El-Golêa’a et le Touât ; quatre entre le Beni-Mezâb et le Maroc ; trois entre Géryville et le Gourâra ; enfin des détails très-circonstanciés sur la limite des dunes au Nord et à l’Ouest des montagnes des Touâreg.
Avec ces éléments, complétant ceux fournis par les autres voyageurs, on peut aujourd’hui estimer, au moins approximativement, l’étendue et la direction générales de la zone des dunes, entre la Méditerranée et l’Océan Atlantique.
Si je ne me trompe, cette zone s’étendrait, avec ou sans interruptions, du Nord-Est au Sud-Ouest, sur une longueur de 240 myriamètres environ, du golfe de Gâbès, dans la Méditerranée, au cap Barbas, sur l’Océan Atlantique, en suivant une direction qui semble commandée par la disposition réciproque de la chaîne atlantique et du massif des montagnes des Touâreg. Le plus grande largeur de cette zone serait de 50 myriamètres ; la plus petite, de 5.
Les causes constitutives d’un phénomène géologique aussi étendu seront étudiées ultérieurement ; pour le moment je me borne à constater ce que j’ai vu et ce que j’ai appris.
Les indigènes distinguent quatre variétés de formes de dunes :
La Gâra (plur. Goûr), sorte de témoin, rocheux ou terreux, qui marque l’ancien niveau du sol primitif :
Le Ghourd, vraie montagne de sable qui atteint parfois les dimensions des montagnes ordinaires ;
La Zemla, dune allongée, régulière, affectant la forme d’un dos d’âne, avec pente normale sur ses deux principales faces ;
Le Sîf, dune comparée à la lame d’un sabre, semblable à la précédente, mais en différant par la paroi verticale de l’une de ses faces.
La Gâra n’est pas une dune proprement dite, car sa base est la roche ou une terre compacte ; le Ghourd, la Zemla, le Sîf ne sont que des masses de sables.
Ces différentes formes de dunes sont séparées entre elles par des dépressions parmi lesquelles les indigènes distinguent aussi quatre variétés : le Thenîya, l’Ouâd, le Haoudh, le Sahan.
Le Thenîya est un col oblong, étroit, resserré entre deux dunes, servant généralement de passage aux caravanes, mais dont la traversée ne s’opère pas toujours sans difficulté, car, en raison de leur étroitesse, ces défilés sont souvent barrés par des amas de sable provenant d’éboulements ou accumulés par les vents. Alors on doit parfois s’ouvrir un sentier à lacets en pratiquant à la main un plan incliné qui permette aux chameaux de prendre pied.
L’Ouâd est une vallée, plus large que le Thenîya, toujours ouverte dans la direction des vents régnants et formée par eux. Son bas-fond sert de réservoir aux eaux pluviales, d’où lui a été donné le nom d’Ouâd (lit de rivière).
Le Thenîya et l’Ouâd prennent le nom de Dourîya (tournant), quand une dune circulaire oblige la dépression à prendre la forme d’un labyrinthe.
Le Haoudh est un bassin d’une certaine étendue qui laisse quelquefois plusieurs kilomètres d’intervalle entre une dune et une autre ;
Le Sahan est une dépression plate, dont le palier est généralement composé de sable en mélange avec du plâtre cristallisé.
C’est dans les bas-fonds des Thenîya, des Ouâd, des Dourîya, des Haoudh, des Sahan, comparés par les Arabes à un réseau de veines, (’Erg, ’Areg) que se trouvent les chemins et les puits sans lesquels les dunes seraient infranchissables.
On aura une idée approximative de l’aspect général des dunes en se figurant une mer en courroux qu’un miracle aurait instantanément solidifiée. Les Goûr seraient les pointes de rochers montrant leurs têtes au milieu des eaux ; les Ghourd, les Zemla et les Sîf, les vagues que les vents auraient soulevées et dressées au-dessus du niveau général ; les Thenîya, les Ouâd, les Dourîya, les Haoudh et les Sahan, les dépressions houleuses séparant les vagues.
Mais quelle que soit la puissance de l’imagination de l’homme, elle ne peut pas plus se figurer l’émouvant spectacle du chaos des dunes que celui des mers de glaces à leur dégel. Il faut avoir vu, et, quand on a vu, renoncer à reproduire ses impressions.
Plus de détails sont nécessaires sur les dunes, les chemins et les puits de l’’Erg.
Si la pente de quelque Zemla est assez douce pour qu’un homme, s’aidant de ses mains et de ses pieds, puisse, à la rigueur, la gravir, on peut affirmer que, ni homme ni animal d’aucune espèce, n’a pu lutter contre les pentes de quelques Ghourd.
La hauteur des dunes, comme leurs formes, varie à l’infini, depuis celle d’un petit tertre de 1 à 3 mètres, jusqu’à celle du pic s’élevant à 150 et même 200 mètres.
Ici, la base d’une dune présentera un développement de 4 à 6 kilomètres ; là, elle n’aura pas une centaine de mètres.
Dans les parties de l’’Erg que j’ai parcourues, il n’y a pas une dune importante qui n’ait un nom propre que tous les bons guides connaissent.
Bien que les vents régnants déplacent continuellement les sables à la superficie des dunes et en modifient nécessairement la forme, les proportions, par rapport à la masse, dans lesquelles ont lieu ces changements sont tellement minimes et inappréciables à l’œil, qu’il faut la vie d’un homme pour constater quelque différence sensible. Cela se comprend : le vent opposé remet en place, le lendemain, le grain de sable déplacé la veille. Cependant, il est incontestable que les dunes marchent dans la direction des vents alizés, du N.-E. au S.-O.
Il est plus facile de constater le déplacement continuel des sables sur le terre-plein du sol. En marche, par exemple, lorsque le vent souffle, un voyageur ne peut suivre la trace des pas de son compagnon, si ce dernier le devance de quelques mètres seulement. Comme le navire à la mer qui ne laisse de trace de son sillage que par les résidus de l’office surnageant à la surface des eaux, de même la caravane ne marque souvent son passage sur les sables que par les crottins de ses chameaux.
L’absence de tracé de route, l’obligation de cheminer dans des dépressions sans horizons, le changement d’aspect des lieux, font que les voyages à travers l’’Erg présentent toujours des difficultés sérieuses.
Avant d’entrer dans l’’Erg, le Cheïkh-’Othmân, chargé de me conduire chez les Touâreg, me fit quatre recommandations :
« M’armer de beaucoup de patience et de résignation ;
« Ne pas intervenir dans les discussions des guides ou khebîr, relativement à la marche de la route ;
« Faire provision de beaucoup d’eau ;
« Être libéral envers les guides, envers mes serviteurs et mes compagnons de voyage. »
L’expérience avait dicté ces conseils à la sagesse du Cheïkh-’Othmân.
Mes compagnons de voyage, connaissant les dangers de la traversée, recommandèrent leur âme à Dieu, au prophète, à tous les marabouts, en réclamant leur puissante intervention pour les faire sortir sains et saufs d’un pays qu’ils qualifiaient de champ de la mort.
Des guides sont indispensables pour voyager dans l’’Erg ; quand je quittai El-Ouâd, l’autorité locale exigea que j’en eusse deux, comme garantie de sécurité.
La profession de guide est héréditaire dans certaines familles et elle constitue chez elles une sorte de sacerdoce, car de l’expérience du guide dépend souvent le salut ou la perte d’une caravane. On juge de l’importance de cette profession par le respect dont tous les khebîr sont entourés et par les honneurs qui leur sont rendus au départ et à l’arrivée de chaque caravane.
La marche à travers les sables n’est pas sans difficultés pour les chameaux eux-mêmes, et, pour les surmonter, il faut qu’ils y soient habitués dès leur enfance, si la distance à parcourir est un peu considérable. L’habitude des sables donne aux pieds de l’animal une conformation appropriée aux besoins : élargissement de la surface plantaire, à la façon des palmipèdes, pour ne pas enfoncer ; ongles aigus et longs, pour éviter les glissements aux montées et aux descentes.
Quoique les sables soient des éponges qui absorbent les eaux pluviales et les conservent à l’abri de l’action solaire, la question des puits a une importance réelle par la profondeur à atteindre pour trouver l’eau, par la nécessité de les coffrer dans la partie sablonneuse et mouvante des terrains traversés, par l’obligation d’entretenir ces coffrages et de couvrir les orifices, si l’on veut prévenir les éboulements et les ensablements, qui transforment les puits vivants en puits morts, pour me servir de l’expression caractéristique des indigènes.
Entre El-Ouâd et Ghadâmès, j’ai mesuré la profondeur des puits des stations de ma route ; elle s’élève successivement de 8m 55 à 22m 30, dernière limite que les indigènes, avec les moyens dont ils disposent, puissent atteindre.
Le coffrage est fait au moyen de poutrelles de palmier et de fascines en branchages.
Généralement, on trouve l’eau dès que la pioche du puisatier a traversé la couche de sable qui recouvre le sol primitif, et généralement aussi elle est de bonne qualité. Cependant il y a quelques puits dont l’eau est saumâtre.
L’absence de seuil à l’orifice des puits, malgré le soin de les couvrir, fait que les vents y amoncellent des sables et des crottins de chameau qui les comblent ou altèrent la qualité de leurs eaux. Quelquefois l’abondance des matières étrangères est assez considérable pour qu’à l’arrivée des caravanes il faille les nettoyer avant d’avoir de l’eau potable ; pour éviter ce travail très-fatigant et très-pénible, les khebîr ont toujours le soin d’ordonner de recouvrir les puits d’une couche de branchages ; mais jamais ce travail n’est fait avec assez de soin pour empêcher les sables d’y pénétrer. Comment le pourrait-on, quand on ne peut éviter leur introduction dans les chronomètres les mieux fermés ?
Le fascinage qui couvre l’ouverture des puits n’est réellement efficace que pour prévenir les chutes d’hommes ou d’animaux.
Pour abreuver les chameaux, on a des auges en terre argileuse pratiquées dans les déblais qui ont été tassés à cet effet au moment de l’ouverture des puits.
Dans toute la région de l’’Erg, le maximum de profondeur des puits paraît être de 22 à 25 mètres. Quand il y a lieu à creuser plus profondément, on s’abstient, sans doute à cause des difficultés de forage et de coffrage ; aussi, dans les parties que j’ai parcourues, les puits sont limités à la zone la plus rapprochée des lignes de fond des oasis algériennes. Le reste est complétement dépourvu d’eau.
Sur la carte qui accompagne ce travail, je comprends la presque totalité de la partie orientale de l’’Erg dans les limites frontières de l’Algérie. Voici les raisons sur lesquelles s’appuie cette délimitation nouvelle :
Tous les puits de cette partie de l’’Erg ont été creusés et sont entretenus par les Souâfa, les Rouâgha et les Chaánba, tribus soumises au gouvernement de l’Algérie.
Ces tribus sont les seules dont les chameaux aient la pratique de l’’Erg ; enfin, elles sont les seules chez lesquelles on trouve des khebîr pour guider les voyageurs.
Les puits de Berreçof, de Bîr-Ghardâya et de Bîr-Djedîd, ainsi que les territoires de parcours qui en dépendent, appartiennent incontestablement aux Souâfa, à l’exclusion de tous autres, car toujours les bergers et les chasseurs de cette tribu y ont leurs campements.
Ces faits, dont l’authenticité est irrécusable, portent dans l’Est la limite méridionale de l’Algérie, au delà du Sahara tunisien, jusqu’aux territoires de la Tripolitaine et des Touâreg.
Le nom d’un de ces puits rappelle celui d’un gouverneur de Constantine, Sâlah-Bey, dont le règne a laissé dans toute la province, par des institutions et des travaux remarquables, les traces évidentes d’un grand génie.
Au Sud de Methlîli, sur la ligne que j’ai reconnue en 1859, la limite est celle des terres de parcours de Chaánba d’El-Golêa’a, limite qui, à peu de distance au Sud de cette ville, vient se confondre avec celle des terres de parcours des Touâreg et des Oulâd-Bâ-Hammou, arabes nomades de la confédération indépendante du Touât.
Les chefs Touâreg, dont j’ai pris l’avis, assignent à leur territoire, comme limite Nord, les points suivants :
TIN-YAGGUIN, sur la route de Ghadâmès à In-Sâlah, par la voie d’El- Beyyodh ;
’AÏN-ET-TAÏBA, sur la route d’Ouarglâ à Timâssanîn ;
HAMÂD-EL-’ATCHÂN[15], sur l’Ouâd-Mîya, entre les Touâreg et les Chaánba d’El-Golêa’a.
La localité de Tigmi, disent-ils, est aux Touâreg.
A moins d’admettre qu’entre ces points et ceux occupés par nos tribus, il y ait une zone n’appartenant à personne, la presque totalité de l’’Erg au Sud et au Sud-Est de nos possessions fait partie de l’Algérie.
D’ailleurs, dès que les Touâreg veulent généraliser leurs déterminations, ils disent : « Les Dunes (El-’Erg) sont aux Souâfa et aux Chaánba, et les Plateaux au Sud (Hamâd) aux Touâreg. »
Ces derniers revendiquent, comme leur appartenant, le plateau de Tâdemâyt, quoique les arabes d’In-Sâlah et d’El-Golêa’a y mènent paître leurs troupeaux.
J’aurai, dans la suite de ce travail, l’occasion d’apporter un nouveau témoignage à l’appui de celui des Touâreg, en constatant que Ghadâmès faisait partie de la Numidie et que sa garnison lui était fournie par la IIIe Légion Auguste, dont le dépôt était à Lambèse.
A l’époque romaine, comme aujourd’hui, la propriété des puits entraînait celle de la contrée qu’ils pourvoyaient d’eau.
Je terminerai ce que j’ai à dire de la zone de l’’Erg en signalant au Sud-Est d’Ouarglâ et à l’Ouest de Ghadâmès les ruines d’El-Menzeha et d’Es-Sohoûd, sur l’emplacement d’une ville fort ancienne, qui, d’après la tradition, aurait eu jadis une certaine importance, mais dont les chroniques arabes ne font aucune mention.
J’ignore en quoi consistent ces ruines, à quelle civilisation elles appartiennent ; je sais seulement qu’elles sont au milieu des dunes et que l’abandon de la ville est attribué à l’invasion des sables.
§ II. — MASSIF TOUÂREG.
Vu de haut et d’ensemble, le massif Touâreg offre une série de plateaux superposés, s’élevant graduellement, par étages, de hauteurs de 500 à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu’à 2,000 mètres environ d’altitude.
Le Ahaggâr est le point culminant ; viennent ensuite, en contre-bas, le Tasîli[16] du Nord et la chaîne d’Anhef qui atteignent des altitudes de 1,500 à 1,800 mètres ; sur la circonférence de ces trois points surélevés on trouve, à un gradin inférieur, le plateau d’Eguéré, la chaîne de l’Akâkoûs, la chaîne de l’Amsâk, la Hamâda de Mourzouk, la Hamâda-el-Homra, la Hamâda de Tînghert, le plateau de Tâdemâyt, celui du Mouydîr, le Bâten Ahenet, le Tasîli du Sud et une Hamâda innomée, à l’Est du Tâfasâsset, séparative du pays des Touâreg du Nord de celui des Teboû.
Tout ce pâté constitue, sinon en totalité, du moins en partie, ce qu’on appelle, en géographie, le plateau central du Sahara.
Dans son ensemble, il présente trois versants qui forment trois grands bassins, vallées ou gouttières d’écoulement des eaux pluviales vers la mer : un versant méditerranéen qui embrasse toutes les têtes de l’Ouâdi- Igharghar ; un versant nigritien, à l’opposite du précédent, dont toutes les eaux se réunissent dans l’Ouâdi-Tâfasâsset, affluent du Niger ; enfin un versant occidental que j’appellerai atlantique, parce que, malgré l’obstacle des dunes d’Iguîdi, ses eaux doivent aboutir à l’Océan Atlantique par l’Ouâdi-Dráa.
Quelques lignes sur les principaux reliefs de ce pâté doivent compléter cette énumération.
Ahaggâr : Le Ahaggâr est le point le plus élevé du plateau central du Sahara, dont il forme la tête occidentale. D’après un plan en relief dressé dans le sable par le Cheïkh-’Othmân lui-même, ce serait un immense plateau, de forme circulaire, se prolongeant vers le Nord, sous le nom de Tîfedest, en forme de promontoire, jusqu’au mont Oudân que les indigènes qualifient de nez du Ahaggâr. Ce massif s’élève par gradins superposés, couronnés eux-mêmes par un dernier plateau, l’Atakôr-n- Ahaggâr (faîte du Ahaggâr), au centre duquel se dressent deux pics jumeaux, Ouâtellen et Hîkena, que je n’hésite pas à considérer ainsi que l’Oudân comme des puys volcaniques analogues à ceux de l’Auvergne. D’autres puys ou pics isolés, volcaniques ou non, existeraient aux étages inférieurs de la montagne, ceux d’Aheggar, d’Ilamân, de Tahât, sur le gradin intermédiaire ; ceux de Tasnao, de Téhé-n-Akeli, de Tâhela-Ohât, de Serkout, sur le gradin inférieur.
Tasîli du Nord : Ce tasîli, généralement connu sous le nom de Tasîli des Azdjer, pour le distinguer d’un autre tasîli sis au Sud du Ahaggâr, est un grand plateau, ainsi que l’indique son nom, mais très-accidenté, car de nombreuses vallées, étroites et encaissées, le découpent en caps allongés, surtout sur son rebord Nord. Son rebord Sud, plus élevé que le précédent, est comme le Ahaggâr couronné d’un plateau supérieur, l’Adrâr, dominé lui-même par le pic d’In-Esôkal, certainement un puy volcanique. Divers plateaux secondaires ou pitons isolés marquent le relief de ce massif. Je cite entre autres : Takarâhet, Asâdjen, Tâfelâmin, Atafeyfagh, Tinaorherh, Têlout, Eselî, Aderedj, Mezzerîren, Tahônt-Terohet, Eguelé, Adjer. A l’aval de ces points culminants et dans les lignes de fond des ouâdi sont de nombreux lacs persistants dont l’existence, en pareil lieu, ne s’explique que par la transformation d’anciens cratères en réservoirs d’eau.
La forme du Tasîli du Nord est celle d’un grand carré long, isolé, dont les murailles s’élèvent presque verticalement à pic au-dessus du milieu environnant.
Chaîne d’Anhef : Cette chaîne, entièrement isolée aussi, semble un coin jeté entre le Ahaggâr et le Tasîli du Nord. M. le docteur Barth, qui a traversé son faîte entre les origines du Tâfasâsset, la représente couronnée de pics, comme le Tasîli et le Ahaggâr. Sans doute, cette chaîne est aussi due à la même formation volcanique. Ce qu’on dit de la localité de Tâdent, campement renommé pour l’abondance de ses eaux et la richesse de sa végétation, l’assimile encore davantage au Tasîli et au Ahaggâr.
Plateau d’Eguéré : Plus encore que l’Anhef, le petit plateau d’Eguéré ressemble à un coin, interposé entre le Tasîli, le Mouydîr et le Ahaggâr, comme pour les séparer. On le prendrait volontiers pour un fragment détaché de l’un de ces trois massifs, au moment de la dislocation, par l’action souterraine du feu, du grand plateau central du Sahara.
Chaîne de l’Akâkoûs : Presque parallèle au rebord oriental du Tasîli dont la gorge d’Ouarâret la sépare, la chaîne de l’Akâkoûs, peu large, mais étendue du Nord au Sud, est un massif de rochers infranchissable et peu connu, même des indigènes, car ils redoutent de s’y égarer. Ils citent cependant la localité de Tâderart comme ayant dû être un ancien centre d’habitation, car on y remarque des myrtes, nécessairement introduits par la culture, et des sculptures rupestres importantes, indices d’une civilisation disparue.
Chaîne de l’Amsâk : Je donne ce nom, en cela d’accord avec les indigènes, au rebord rocheux du grand plateau de Mourzouk, parce que sa traversée, dans certaines parties, offre les difficultés d’une véritable chaîne de montagnes. L’Amsâk nous est connue dans sa partie Ouest par le voyage de M. le docteur Barth et dans sa partie Nord par mes reconnaissances, entre le désert de Tâyta et l’Ouâdi-ech-Chergui. Ses prolongements au Sud et à l’Est sont encore inconnus.
Hamâda de Mourzouk : Quoique de nombreux voyageurs aient traversé ce plateau dans toutes les directions, ses limites orientales et méridionales sont vaguement indiquées, sans doute parce qu’il se continue sans ligne de démarcation tranchée jusqu’au Hâroûdj-el-Abiodh dans l’Est, et vers le Sud jusque dans une partie du Sahara encore inexplorée.
Le caractère de ce plateau est d’être uniformément plat, sauf quelques dépressions, bas-fonds d’anciens lacs desséchés, dans lesquelles sont les oasis de l’Ouâdi-’Otba, de la Hofra et de la Cherguîya.
On pourrait à la rigueur considérer cette hamâda comme une prolongation orientale du plateau du Tasîli des Azdjer.
Hamâda-el-Homra : Partie seulement de cette hamâda, nommée le plateau rouge à cause de sa couleur, appartient aux Touâreg, mais, géographiquement, elle ne saurait en être distraite, car elle sert d’assise inférieure aux massifs du Sud et les relie aux formations volcaniques du Hâroûdj-el-Asoued, de la Sôda, de la Syrte et du Djebel- Nefoûsa.
Rien ne donne l’idée du désert, dans sa monotone nudité, comme cette hamâda : ni une goutte d’eau, ni une plante, ni un insecte ne s’y rencontrent. La puce elle-même ne peut y vivre, et la limite Nord de ce plateau est la limite méridionale de ce parasite. A la place de tout ce qui réjouit la vue du voyageur en d’autres pays, on a là la roche nue, une chaleur réfractée accablante, des vents que rien ne brise, pas même d’horizon, tant la hamâda est grande, de sorte que l’uniformité de la désolation est absolue.
Hamâda de Tînghert : Tînghert signifie pierre à chaux. Cette hamâda, sur laquelle est assise la ville de Ghadâmès, n’est, en réalité, qu’une continuation à l’Ouest de la Hamâda-el-Homra, sous un nom différent, l’un arabe, l’autre berbère, à cause de la nature différente de la roche de sa base. Au Nord-Est, ce plateau commence au pied du Djebel-Nefoûsa, pour finir au Sud à la dépression d’Ohânet, tête des eaux de Timâssanîn. Dans l’Ouest comme dans l’Est ses limites sont indéterminables, car tout indique qu’il se continue sous les sables de l’’Erg jusqu’aux plateaux de Tâdemâyt, des Cha’anba et des Benî-Mezâb, dans le Sahara algérien.
Plateau de Tâdemâyt : Ce bas plateau, compris entre l’’Erg, le Touât et les étages supérieurs du massif des Touâreg, joue un certain rôle dans l’hydrographie de cette partie du Sahara. Par son rebord occidental, qui porte le nom de Bâten, et par sa tête (Râs Tâdemâyt), sise à l’angle Sud-Ouest du vaste quadrilatère qu’il forme, il donne au Touât les eaux qui alimentent ses trois cents villages et arrosent les forêts de palmiers qui les environnent ; par l’éventail de son versant Nord-Est, il fournit à l’Ouâd-Mîya, la rivière des cent sources, les nombreuses origines qui lui ont valu ce nom.
Un rebord nettement accentué limite ce plateau sur ses quatre faces et protége la partie du Touât qu’il abrite contre l’invasion des sables de l’’Erg.
Plateau du Mouydîr : Ce plateau, qui semble former dans le Nord-Ouest le pendant de la chaîne d’Anhef dans le Sud-Ouest, est remarquable par sa forme oblongue, concave sur un de ses rebords, convexe sur l’autre, et surtout par le pic d’Ifettesen qui en occupe le centre, probablement un puy volcanique aussi[17], et d’où partent, dans trois directions opposées, l’Ouâdi-Rharîs, affluent de l’Igharghar, l’Ouâdi-Tîrhehêrt et l’Ouâdi-Akâraba, qui vont se perdre dans les sables de l’Ouest.
Bâten Ahenet : Bâten est une expression technique de géographie saharienne, comme hamâda, tasîli, adrâr ; elle indique un relief du sol, allongé et peu considérable. Celui d’Ahenet, orienté Sud-Est et Nord- Ouest, occupe le centre d’une hamâda entre le Ahaggâr, le Mouydîr, le Touât, les dunes d’Iguîdi, le Tânezroûft et le Tasîli du Sud.
Tasîli du Sud : Le Tasîli du Sud, qu’on désigne aussi sous le nom de Tasîli des Ahaggâr, pour le distinguer de celui des Azdjer, est un plateau rocheux, sans eau, sans végétation, presque inconnu des indigènes eux-mêmes, tant il est inhospitalier. Les chameaux qui s’y égarent, disent les Touâreg, ou périssent ou deviennent sauvages, car personne ne veut exposer sa vie pour aller les rechercher.
Ce tasîli sépare le Ahaggâr de l’Adghagh des Aouélimmiden.
De ces détails, je passe à l’examen de la cause qui a déterminé ces reliefs.
J’ai attribué à un soulèvement volcanique la formation isolée de chacun de ces plateaux ; mon opinion à cet égard est basée, pour les points les plus remarquables, sur des témoignages géologiques.
La présence certaine de roches pyrogènes[18] dans les massifs du Ahaggâr et du Tasîli, ainsi que dans les montagnes de la Sôda au Sud de Sôkna et du Hâroûdj à l’Est d’El-Fogha ; la situation de ces quatre massifs, sur une même ligne courbe, me portent à penser que le soulèvement de ces montagnes peut très-bien être dû au même effet volcanique, quoiqu’elles soient à de grandes distances les unes des autres. Cette appréciation, si elle était confirmée, s’accorderait parfaitement avec les nouvelles découvertes sur l’action circulaire des tremblements de terre.
La distribution géographique des roches volcaniques dans cette partie du continent africain nous montre l’action du feu souterrain commençant à la grande Syrte où l’on connaît des mines de soufre, se continuant à Ghariân où percent quelques roches de basaltes et se prolongeant jusqu’à la Sôda et au Hâroûdj, pour reparaître dans le Tasîli et le Ahaggâr chez les Touâreg.
La zone de ces formations est d’autant plus large qu’elle s’avance plus vers le Sud-Ouest.
Telle est la charpente du pays des Touâreg du Nord, je devrais dire son squelette, car les plateaux et les montagnes sont presque toujours décharnés.
Entre ces montagnes et au pied de leurs versants, se trouvent des plaines et des vallées qui complètent l’ensemble du territoire.
Ces plaines sont : Amadghôr, Admar, Ouarâret, Tâyta, Ouâdi-Lajâl, Igharghâren et Adjemôr.
Plaine d’Amadghôr : Cette plaine, connue sous le nom de Reg (la plaine), est un long couloir entre le Ahaggâr, la chaîne d’Anhef et le Tasîli du Nord ; elle appelle l’attention à plus d’un titre.
Au centre est une sebkha ou lac salin desséché qui donne, en grande abondance, un sel excellent, jadis utilisé, mais dont l’exploitation est aujourd’hui abandonnée, par suite de l’insécurité qui règne dans la contrée.
Jadis aussi une foire annuelle, remplacée depuis par celle de Rhât, se tenait sur les bords de la saline, et une grande voie de communication directe entre Ouarglâ, Agadez et le Soûdân, très-fréquentée par les caravanes, la traversait dans toute sa longueur.
Comme il n’y a, dans le Sahara occidental, que quatre salines pour alimenter de sel cinquante millions de nègres qui en ont le plus grand besoin, il y a lieu d’espérer la réouverture prochaine du marché d’Amadghôr, car, au dire des indigènes, le sel de cette contrée est aussi beau que celui de la sebkha d’Idjîl, et supérieur à ceux de Taodenni et de Bilma. C’est au gouvernement de l’Algérie, qui a le plus grand intérêt à rétablir des relations directes avec le Soûdân, à hâter le moment où la paix permettra de reprendre l’exploitation abandonnée. Les quatre confédérations des Touâreg le désirent vivement ; déjà les Kêl-Ouï de l’Aïr, dont les caravanes ont souvent été pillées à Bilma, sont entrés en pourparlers avec les Azdjer et les Ahaggâr à cet effet.
La plaine d’Amadghôr doit être très-élevée au-dessus du niveau de la mer, car elle est, avec le Ahaggâr et le Tasîli des Azdjer, un des points de partage d’eau entre le bassin du Niger et celui de la Méditerranée. La ligne séparative des deux bassins est jalonnée par une série de petits monts isolés qui semblent relier le pic ahaggârien du Serkoût au mont tasîlien d’Ounân et servir de trait d’union entre les volcans éteints du Ahaggâr, ceux du Tasîli et même de l’Anhef.
La sebkha d’Amadghôr ne paraît plus communiquer aujourd’hui avec le lit de l’Igharghar, mais, si elle ne lui fournit plus d’eau, elle donne encore à tout le bassin les principes salins qui sont un des caractères communs des puits et des chott échelonnés sur tout le parcours de l’ouâdi.
Plaine d’Admar : Resserrée entre le Tasîli et la chaîne d’Anhef, la plaine d’Admar aboutit, par son extrémité occidentale, à celle d’Amadghôr et, par son extrémité orientale, elle va se confondre avec un désert sans nom, une hamâda, qui sépare le pays des Touâreg de celui des Teboû.
Vallée d’Ouarâret : Une partie porte le nom d’Aghelad-wân-Azârif, défilé de l’alun, parce qu’on y trouve des affleurements de ce sel. Cette vallée n’est en réalité qu’une large gorge qui sépare le Tasîli de l’Akâkoûs et par laquelle passe la route de Ghadâmès à Rhât. En raison de cette grande voie de communication, elle a une importance réelle dans la géographie physique du pays.
Plaine de Tâyta : Aride, sans aucune végétation, couverte de cailloux, elle est plutôt un désert séparatif, participant de la nature des hamâd, qu’une plaine proprement dite, car les indigènes ne réservent ce nom qu’aux parties abritées de leur territoire et dans lesquelles les alluvions des plateaux environnants permettent à la végétation de s’y développer. J’ai considéré ce désert comme une plaine parce qu’il est dominé par l’Akâkoûs et l’Amsâk entre lesquels il est situé.
Vallée de l’Ouâdi-Lajâl : Cette vallée, comprise entre l’Amsâk et les dunes d’Edeyen, est couverte d’oasis, de forêts de palmiers et de gommiers. Dans sa partie occidentale, par laquelle elle communique avec la plaine de Tâyta, elle prend le nom d’Ouâdi-el-Gharbi, et, dans sa partie orientale, celui d’Ouâdi-ech-Chergui. La nature de son sol rappelle celle des terres alluvionnaires de l’Ouâd-Rîgh, terres légères, un peu salines, parfaitement propres à la culture.
Au Nord et au Sud de cette vallée principale on trouve deux petites vallées isolées, de même nature, l’Ouâdi-ech-Chiati et l’Ouâdi-’Otba.
La Hofra (dépression) de Mourzouk et les oasis de la Cherguiya rentrent aussi dans le même système de formation.
Plaine des Igharghâren : Igharghâren[19], les rivières, est le pluriel d’Igharghar, nom que porte la grande vallée d’écoulement des eaux de tout le versant méditerranéen du massif des Touâreg. On a appelé ainsi la vaste plaine qui longe le pied Nord du Tasîli, de Tîterhsîn à Timâssanîn, parce qu’elle reçoit toutes les rivières qui descendent du plateau et forment la tête orientale de l’artère principale du pays.
Cette plaine basse, abritée des vents du Sud, riche en alluvions et en eaux à peu de profondeur, est le refuge des Touâreg Azdjer dans les années calamiteuses, c’est-à-dire dans les périodes de longues sécheresses.
Sa pente générale est du Sud-Est au Nord-Ouest, mais cette pente semble ne plus être continue aujourd’hui ; dans le haut, des amas d’alluvions, arrêtés à mi-chemin de leur course, ont transformé cette vallée en plusieurs bassins ; dans le bas, des dunes de sables la barrent et l’empêchent de communiquer à ciel ouvert avec le lit de l’Igharghar, mais la communication souterraine des eaux a toujours lieu comme dans les temps anciens.
La nature de son sol est une terre sablonneuse, micacée.
Plaine d’Adjemôr : La plaine d’Adjemôr, orientée Est et Ouest, avec pente à l’Ouest, est comprise entre les plateaux de Tâdemâyt au Nord et du Mouydîr au Sud. Par son extrémité occidentale, elle aboutit au Tidîkelt, l’une des confédérations du Touât.
Cette plaine est, dans l’Ouest, pour les Ahaggâr ce que celle des Igharghâren, dans l’Est, est pour les Azdjer, c’est-à-dire un lieu de refuge dans les années de sécheresse, car l’Ouâdi-Akâraba, avec ses nombreux affluents du Sud et du Nord, est réputé pour l’abondance de ses eaux souterraines. On dirait que, dans le Sahara, la Providence ait voulu soustraire les eaux à l’action dévorante du soleil en remplaçant les rivières à ciel ouvert de nos climats par des rivières souterraines. Cette particularité, bien connue des indigènes, est appelée par eux Bahar-taht-el-Ardh, mer sous terre. Le géographe doit tenir compte de cette particularité dans la détermination des lits de ces rivières.
[Note 14 : Caillié écrit Helk, mais, par la description de la contrée à laquelle il donne ce nom, il est facile de reconnaître qu’il a mal entendu le mot ’Erg.]
[Note 15 : Hamâd-el-’Atchân est situé près de Tîn-Fedjaouîn ; c’est un point très-facile à trouver, car on y signale des peupliers blancs (safsaf), arbres exceptionnels à cette latitude.]
[Note 16 : Tasîli signifie plateau élevé et accidenté ; hamâda désigne un plateau large, plat et bas ; bâten est une expression géographique propre au Sahara, qui correspond au mot colline.]
[Note 17 : Je suis d’autant plus disposé à croire à la formation volcanique du pic d’Ifettesen, que dans la plaine d’Adjemôr, au pied du plateau, se trouve une source sulfureuse, Dhâyâ-el-Kâhela.]
[Note 18 : Le massif d’Aïr aussi renferme des roches pyrogènes.]
[Note 19 : Le radical ghar, ghor, ghir, gher, signifie eau qui ruisselle. Dans le mot Igharghar on a répété deux fois le radical pour produire le son imitatif de l’eau quand elle coule avec rapidité.]
CHAPITRE III.
HYDROGRAPHIE.
Du Ahaggâr et du Tasîli descendent trois longues vallées : l’une au Nord, l’Ouâdi-Igharghar ; l’autre au Sud, l’Ouâdi-Tâfassâset ; la troisième à l’Ouest, l’Ouâdi-Tîrhehêrt. Elles méritent une attention particulière comme principales gouttières d’écoulement des eaux de cette partie du Sahara. Les lits de ces ouâdi, aujourd’hui à sec, ont dû être autrefois des rivières importantes.
Ouâdi-Igharghar : L’Ouâdi-Igharghar, sorti d’un des points culminants du Ahaggâr, reçoit une grande partie des eaux de ce massif et de celui du Tasîli du Nord ; à son issue des montagnes, il traverse, du Nord au Sud, l’extrémité occidentale du plateau de Tînghert, la région des dunes de l’’Erg, passe un peu à l’Est d’Ouarglâ et vient se perdre à Goûg, village le plus méridional de l’Ouâd-Rîgh, après un cours de 1,000 kilomètres au moins.
A l’endroit où le lit de l’Igharghar se perd dans la dépression de l’Ouâd-Rîgh, qui, en somme, n’en est que la prolongation, il existait jadis un petit hameau, celui de Sîdi-Boû-Hânia, aujourd’hui ruiné, près duquel on trouve encore une Ghâba (forêt) de palmiers dans le bas-fond d’une sebkha et la Goubba où est enterré le marabout qui a donné son nom à la localité.
Sur tout le cours de cette longue vallée, les puits creusés dans son lit ne fournissent qu’une eau salée et amère comme celle de la sebkha de Sîdi-Boû-Hânia et d’une partie des puits artésiens de l’Ouâd-Rîgh, tandis que les puits creusés en dehors du lit, sur les berges de la vallée, en donnent de bonne qualité.
La direction générale du bassin de l’Igharghar, du Sud au Nord, la cessation de son lit à l’entrée de la dépression de l’Ouâd-Rîgh, la nature similaire des eaux des puits creusés dans son lit avec celles des eaux souterraines de Tougourt permettent de conclure que la nappe artésienne constatée dans la ligne de bas-fonds de l’Ouâd-Rîgh est alimentée par les eaux du Ahaggâr et du Tasîli.
Cette nappe artésienne, qu’on croyait, jusqu’à ce jour, limitée aux bassins des oasis de l’Ouâd-Rîgh et d’Ouarglâ, paraît se prolonger plus au Sud au delà de la zone de l’’Erg ; car, à Timâssanîn, à l’extrémité occidentale de la dépression d’El-Djoua, existe un puits artésien, aujourd’hui très-mal entretenu et à peu près comblé, mais dont M. Isma’yl-Boû-Derba a constaté l’existence en se rendant à Rhât. C’est avec les eaux de ce puits que les serviteurs de la Zaouiya de Timâssanîn arrosent leurs cultures.
Ce fait, confirmatif d’ailleurs d’autres indications, me porte à croire que des forages artésiens pourraient être tentés, non sans chance de succès, au delà de l’’Erg, notamment dans la dépression d’El-Djoua, vers Ohânet, et sur toute la ligne de la grande vallée des Igharghâren, entre Timâssanîn et Rhât, au pied des versants du Tasîli.
Dans la vallée d’Ouarâret, à Ihanâren, et au delà de l’Akâkoûs, à Serdélès, à la tête même des eaux du bassin, des puits artésiens existent ; on peut donc, sans trop de présomption, espérer le succès de semblables puits en contre-bas.
L’intérêt géographique qui s’attache au passage de l’Ouâdi-Igharghar à travers les dunes de l’’Erg m’a engagé à recueillir le plus de renseignements possibles sur le cours de cette rivière dans cette région. Voici ceux qui m’ont été fournis par le Cheïkh-’Othmân, propriétaire et chef de la Zaouiya de Timâssanîn :
A une grande journée de marche de Timâssanîn, droit au Nord, un puits a été creusé sur la rive droite de l’Igharghar, par El-hâdj-el-Bekri, père du Cheïkh-’Othmân. Ce puits porte le nom de Tânezroûft, du nom de la localité.
A six journées au Nord de ce puits, dans le lit de la rivière, se trouve la source salée d’’Aïn-El-Mokhanza.
En aval, en un point où l’ouâdi prend le nom arabe d’Ouâdi-es-Sâoudy, est un second puits, celui de Meggarîn.
A six kilomètres en descendant le cours de l’ouâdi, est le puits d’El- Khadrâya.
A trois kilomètres, dans le thalweg même, se trouve la source d’El- Khadra ; là encore, la rivière change de nom et devient l’Ouâd-Chegga.
A El-Metekki, à douze kilomètres d’’Aïn-El-Khadra, est un quatrième puits.
A égale distance, un cinquième se nomme Bey-Sâlah.
Entre ce point et Sîdi-Boû-Hânia, se trouve un dernier puits, celui de Matmata.
En allant d’El-Ouâd à Ouarglâ, j’ai traversé le bas-Igharghar, au puits de Bey-Sâlah, et je lui ai trouvé un lit large et profond, sur la nature duquel il n’est pas permis de se tromper, car on y reconnaît facilement des alluvions provenant de contrées autres que celles de l’’Erg.
Un intérêt géographique, non moins grand, s’attache à la détermination précise des origines de cet immense bassin. Ma confiance dans les renseignements que m’ont fournis les Touâreg à ce sujet est égale à celle en mes observations personnelles, car tous les Sahariens sont d’excellents hydrographes.
Voici les déterminations que je considère comme exactes :
La source la plus méridionale de l’Igharghar, celle qui fournit des eaux à la ville d’Idèles, sort de l’Atakôr-n-Ahaggâr.
Du flanc Nord-Est de cette montagne naissent d’autres affluents qui, après avoir longé ou traversé la plaine d’Amadghôr[20], viennent se réunir au lit principal.
Le Mouydîr et le rebord occidental du Tasîli, entre lesquels l’Igharghar marche dans une vallée encaissée, y déversent les eaux de leurs nombreux ravins.
A la hauteur d’El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn, on reconnaît l’amorce de la tête orientale, celle alimentée par les nombreux Igharghâren qui descendent des points les plus élevés du Tasîli et donnent leur nom à la plaine qu’ils traversent.
Cette tête se prolonge dans l’Est au delà du Tasîli, car la vallée d’Ouarâret, celle du Tânezzoûft, celle de l’Ouâdi-Serdélès et la partie occidentale du désert de Tâyta, appartiennent aussi au même bassin, bien que des barrages d’alluvions et de dunes en fassent autant de bassins secondaires fermés aujourd’hui.
Indépendamment de ces deux têtes principales, l’Igharghar reçoit : sur sa rive droite, à travers les sables, toutes les gouttières du plateau de Tînghert et de l’immense bassin de l’’Erg ; sur sa rive gauche, les eaux du Tâdemâyt par l’Ouâd-Miya, celles du plateau des Chaa’nba par de nombreux ravins, celles du plateau des Benî-Mezâb par l’Ouâd-Mezâb, celles de la chaîne atlantique même par l’Ouâd-Djedi. Il est vrai que tous ces ouâd, aujourd’hui envahis par des sables ou des alluvions, n’envoient plus leurs eaux au lit principal du bassin que par des filtrations souterraines qui ont transformé un grand fleuve en nappes artésiennes, alimentant ou des puits jaillissants ou des lacs vaseux successivement échelonnés jusqu’à la mer sur le parcours de l’ancien lit.
Nous verrons plus loin que cette situation ne date pas d’hier.
Ouâdi-Tâfasâsset : A quelques kilomètres au Sud des points où l’Igharghar prend ses nombreuses sources, on est à peu près certain de trouver autant d’origines du Tâfasâsset.
Ses affluents supérieurs partent, les uns du Ahaggâr, les autres du Tasîli, et voyagent isolément dans deux lits séparés jusqu’en un désert, au Sud-Ouest des puits d’Asiou, où ils se réunissent.
La branche orientale, après avoir reçu tous les ouâdi qui descendent du plateau de Tasîli et de la chaîne d’Anhef, en longeant le pied de cette chaîne, change de direction à partir du puits de Falezlez pour prendre celle du Sud ; à la hauteur des puits d’Asiou, elle se détourne vers le Sud-Ouest pour se joindre à la branche occidentale, l’Ouâdi-Tin-Tarâbin, dont la direction générale est Nord et Sud, et gagner l’Ahaouagh, au centre du pays des Aouélimmiden.
D’après le Cheïkh-’Othmân, l’Ouâdi-Tâfasâsset, dans son cours inférieur, recevrait sur ses deux rives de nombreux affluents venant des montagnes de l’Adghagh dans l’Ouest et de celles d’Azben dans l’Est.
Je n’ai pu savoir de mes informateurs si cette rivière atteignait le Niger, dont le pays d’Ahaouagh est limitrophe. Cela est très-probable, même dans l’état actuel, quoique, faute d’un courant d’eau qui l’entretienne, le lit des rivières sahariennes ne soit pas toujours nettement marqué. M. le docteur Barth indique au Sud et à l’Est de Saï des ouâdi dont l’un pourrait bien être le confluent du Tâfasâsset dans le Niger. Une étude spéciale du pays des Touâreg du Sud pourra seule nous apprendre si la communication existe d’une manière continue.
Quoi qu’il en soit, un fait important est désormais acquis à la géographie physique du Sahara : c’est que les massifs du Ahaggâr et du Tasîli ont formé jadis un partage d’eau entre la Méditerranée, par le golfe de Gâbès, et l’Océan Atlantique, par le Niger et le golfe de Benin.
Ouâdi-Tîrhehêrt : Selon toute probabilité, une troisième grande vallée formée à son origine des bassins de l’Ouâdi-Tîrhehêrt et de l’Ouâdi- Akâraba, partirait du Mouydîr pour aller, dans l’Ouest, aboutir au lac Debaya et, de là, déverser les eaux du versant occidental du massif du Ahaggâr dans l’Océan Atlantique par le canal de l’Ouâd-Dráa.
Mais, pour arriver à l’Ouâd-Dráa, ces eaux auraient à traverser les dunes d’Iguîdi, et le bassin même de la vallée disparaîtrait sous des masses de sables.
Dans cette hypothèse, les eaux qui descendent de l’Atlas marocain par les lits de l’Ouâd-Messaoura, de l’Ouâd-Guîr, de l’Ouâd-Tafilelt, et qui se perdent aujourd’hui dans les sables, se réuniraient souterrainement à celles de l’Akâraba et du Tîrhehêrt pour aller alimenter le grand lac du Sahara marocain, comme celles de l’Igharghar, après de nombreuses disparitions et réapparitions, se retrouvent dans le Rîgh, le Melghîgh et les chott du Sud de la Tunisie.
Malheureusement, les déserts compris entre le pays des Touâreg et le grand lac de l’Ouâd-Dráa n’ont été explorés par aucun européen et sont même très-peu connus des indigènes, et à défaut d’indications plus précises, je ne dois pas aller au delà des informations des hommes qui connaissent le mieux la géographie de cette partie du Sahara.
D’après le Cheïkh-’Othmân, « l’Ouâdi-Tîrhehêrt, que les Touâreg du Ahaggâr appellent Tîrhejîrt et les Aouélimmiden nomment Teghâzert, prendrait sa source au point culminant du Mouydîr, dans la grande montagne d’Ifettesen qui donne aussi naissance à l’Ouâdi-Akâraba et à l’Ouâdi-Rharis ; puis, dès sa sortie de la montagne, il se dirigerait droit à l’Ouest, pour aller passer entre In-Zîza et Ouâllen en coupant le Bâten Ahenet. Il entrerait dans le Tânezroûft en un endroit appelé Sedjendjânet et de là tournerait au Nord pour aller se perdre dans les dunes d’Iguîdi en se dirigeant vers le bassin de l’Ouâd-Dráa où les sables l’empêchent d’arriver.
« Au delà de Sedjendjânet, le cours de cet ouâdi est peu connu, car il traverse alors des terrains inhabités et parcourus seulement par les voleurs de grands chemins. »
Ouâdi-Akâraba : Parallèle à l’Ouâdi-Tîrhehêrt, l’Ouâdi-Akâraba naît comme lui dans le Mouydîr et comme lui se perd dans les sables d’Iguîdi.
Le point du pic d’Ifettesen, où se trouve sa source, se nomme Immahegh.
D’après les indigènes, cet ouâdi apporte souterrainement aux oasis du Tidîkelt et d’Aqabli les eaux d’alimentation de leurs puits à galeries, comme l’Igharghar fournit à l’Ouâd-Rîgh celles de ses puits artésiens.
Ainsi, quoique le nom d’ouâdi, dans le Sahara, soit à peu près synonyme de lit de rivière sans eau, les lignes de bas-fonds qui les caractérisent n’en ont pas moins d’importance, car leurs eaux d’infiltration y alimentent, ou des puits ordinaires, ou des puits à galeries, ou des puits artésiens, quelquefois des lacs temporaires, Rhedîr ou Abankôr, même des lacs permanents, Adjelmâm, et enfin des sources assez communes dans les montagnes.
L’eau ne manque donc pas d’une manière absolue sur le plateau central du Sahara, ainsi qu’on le croit généralement ; cependant elle y est rare, parce que les habitants de cette contrée, ou faute de temps ou faute de moyens industriels suffisants, n’exécutent pas les travaux qui la leur donneraient en plus grande abondance.
Quelques mots sur ces divers compléments de l’hydrographie saharienne.
Puits ordinaires : Permanents, on leur donne, suivant leur profondeur, les noms de Mouï, ’Ogla, Bîr ou Hâsi ; temporaires, ils portent celui de Themed.
Rarement, les puits sahariens atteignent une grande profondeur, car on s’abstient d’en creuser là où le forage et le puisage de l’eau demanderaient trop de travail.
On s’abstient également d’en ouvrir partout où ils pourraient devenir des points de station et de refuge pour des maraudeurs. Souvent le besoin de sécurité pour les voyageurs ou pour les tribus les a fait combler sur des routes qui en étaient abondamment pourvues.
Sur tout le plateau central, les puits sont encore moins profonds que dans les plaines et dans les hamâd : ainsi dans le bas des vallées, ils n’ont guère plus de quatre à cinq mètres, et, dans les parties supérieures, on trouve l’eau presque à fleur de terre. L’eau de ces puits est généralement bonne.
Fogâr ou puits à galeries : Près des centres d’habitation ou de culture, quand, à l’amont des terrains susceptibles d’être arrosés, on a reconnu, au moyen de puits verticaux, l’abondance d’une couche aquifère, on les réunit entre eux par des galeries horizontales, à pente réglée et inclinée vers le terrain à arroser, de manière à avoir un courant continu.
Ce procédé ingénieux pourrait recevoir plus d’une application utile en Algérie, et même dans certaines contrées de la France.
Ainsi sont arrosées la plupart des oasis du Touât, et quelques-unes de celles du Fezzân.
Puits artésiens : Des puits artésiens ont été creusés avec succès sur cinq points différents du versant méditerranéen du Sahara.
On en compte 335 dans l’Ouâd-Rîgh ; un grand nombre, dont le chiffre est inconnu, dans l’oasis d’Ouarglâ ; un à Timâssanîn ; une dizaine à Ihanâren ; deux à Serdélès.
Les indigènes donnent le nom d’’Aïn (fontaine) à ces eaux jaillissantes.
Avant l’occupation française, ces puits artésiens étaient creusés à main d’homme, comme les puits ordinaires, et, quelquefois, les puisatiers payaient de leur vie la richesse donnée à leur pays ; autrefois aussi des éboulements les comblaient et rendaient inutile un travail très- pénible ; aujourd’hui notre industrie a introduit dans le Sahara des appareils de forage et de coffrage qui simplifient beaucoup l’opération, et il ne paraît pas douteux (si les tremblements de terre ne viennent pas rompre les tuyaux en fonte dont nous nous servons) qu’avec le temps, le nombre des puits artésiens ne soit considérablement augmenté dans tout le Sahara.
Rhedîr ou Abankôr : On donne, dans le Sahara, le nom de rhedîr soit à des puits, à fleur de sol, creusés dans le lit d’un ouâdi et alimentés par des eaux d’infiltration, soit à des flaques d’eaux pluviales persistantes, ici dans les dépressions des plaines ou des plateaux, là dans les trous des lits desséchés des ouâdi.
En langue temâhaq, les rhedîr des Arabes se nomment abankôr.
Ils sont nombreux ; je me borne à signaler les importants :
Ceux de Tirhorwîn, de Toursêl, sur les sommets du Tasîli ;
Ceux de Sâghen, dans la plaine des Igharghâren ;
Celui de l’Ouâdi-Ohânet, sur le plateau de Tînghert ;
Celui de Meniyet, sur la tête de l’Ouâdi-Tîrhejîrt.
Toujours un fond d’argile est nécessaire pour la conservation des eaux.
Lacs (Adjelmâm en langue temâhaq) : De véritables lacs existent en assez grand nombre sur deux points différents de mon exploration : les uns sur le plateau du Tasîli des Azdjer, les autres dans les dunes d’Edeyen, au Nord du Fezzân.
D’après les Touâreg, il y aurait une quarantaine de lacs dans le Tasîli, sur le parcours de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, mais il est probable que, dans ce nombre, ils doivent comprendre quelques rhedîr. Les plus importants sont ceux de Mîherô, dont le principal porte le nom de Sebbarhbârhet. Un autre lac, également considérable, se trouve sur le versant Sud du Tasîli, à la tête de l’Ouâdi-Tanârh, affluent du Tâfasâsset.
Ces lacs, très-profonds, sont probablement alimentés par des sources assez fortes, car ils ne dessèchent jamais, et des crocodiles y vivent, ce qui implique que le cube de la superficie aquifère est considérable.
Les débordements de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, au moment de mon passage dans le Tasîli, m’ont empêché d’aller reconnaître ces lacs et de constater à quelles causes était due leur formation. Plus heureux, j’ai pu visiter un certain nombre de ceux du Fezzân et apprendre, de visu, ce que j’ai à en dire.
Ils sont au nombre de dix, savoir :
Le lac de Mandara,
— de Oumm-el-Mâ,
— de Tâzeroûfa,
— de Mâfou,
— de Bahar-ed-Doûd ou Gabra’oûn,
— de Bahar-et-Trounîa,
— de Oumm-el-hasan,
— de Nechnoûcha,
— de Ferêdrha,
— de Tademka.
Le Bahar-et-Trounîa ayant été visité par le docteur Vogel, qui avait dans son bagage une petite barque, je me suis abstenu de renouveler une exploration faite par un voyageur plus compétent ; mais j’ai reconnu avec soin ceux dont je vais parler.
Le lac de Mandara peut avoir environ de deux à trois cents mètres de large ; sa forme est circulaire ; il est peu profond. A l’époque où je le visitai (28 mai 1861), il était presque entièrement desséché et les riverains étaient occupés à exploiter le sel qu’il produit. Toute sa circonférence est enveloppée par une ceinture de palmiers à l’ombre desquels on cultive un sorgho appelé gueçob et quelques légumes. En hiver, il y a dans le lac de Mandara des vers comestibles comme ceux que l’on pêche dans le Bahar-ed-Doûd.
Le lac d’Oumm-el-Mâ est intarissable et ses eaux sont vives, ainsi que l’indique son nom ; il a la forme d’une nappe étroite, serpentant au fond d’une vallée ombragée par de très-grands palmiers.
Le lac de Tazeroûfa n’est guère qu’une grande mare qui se dessèche au commencement des chaleurs ; il est entouré d’une double ceinture de palmiers et de tamarix ethel.
Le lac de Mâfou est également petit, mais il ne dessèche jamais et il est très-profond. Sa nappe d’eau bleue, qui miroite à travers le feuillage des palmiers, engage au repos sur ses rives. On pêche dans ce lac des vers de qualité inférieure et des fucus comestibles.
Le Bahar-ed-Doûd est circulaire ; il a environ 300 mètres de largeur ; le sondage en a été fait par le docteur Vogel. Son eau est très-amère et très-salée, tellement saturée de sel, qu’elle a presque l’aspect du sirop. Les fiévreux de tout le Fezzân viennent demander à sa vertu la guérison de leurs maladies. Voulant apprécier par moi-même l’efficacité de cette pratique, je me suis baigné dans le lac et je m’en suis bien trouvé. A deux ou trois mètres de son bord Sud, existent de petits puisards d’eau douce dans lesquels les baigneurs se plongent pour dissoudre la couche de sel qui recouvre leur peau.
Les étoffes de coton, trempées dans l’eau de ce lac, si on ne les a pas débarrassées des matières salines qu’elles contiennent, en les lavant dans l’eau douce avant de les laisser sécher, se brisent et se déchirent sous le moindre effort ; elles ont la propriété de s’enflammer comme de l’amadou ; aussi les emploie-t-on à cet usage.
De même que les lacs précédents, le Bahar-ed-Doûd est entouré de palmiers et de dunes de sables.
Pendant que je prenais un dessin de la vue du lac, j’entendis sous l’eau, et dans la direction de l’Est, une détonation semblable à un coup de tonnerre lointain. Un des indigènes présents ayant entendu comme moi ce bruit, s’emporta en injures contre le lac. Je lui demandai ce que c’était. Il me dit que ce phénomène se reproduisait souvent et que le bruit souterrain venait presque toujours du côté Est ou Sud-Est du lac, c’est-à-dire du côté où les hautes dunes s’élèvent à pic au-dessus des eaux. Je compris alors que le roulement entendu ne pouvait provenir que de l’éboulement des dunes de sables dans le fond du lac. Pendant les détonations, il ne paraît cependant aucun signe d’ébranlement extérieur, soit à la superficie des eaux, soit dans les dunes.
On donne à ce lac le nom de Bahar-ed-Doûd (la mer des vers), et aux riverains celui de Douwâda (hommes des vers), parce qu’on y fait une pêche de vers et de fucus comestibles dont j’aurai à m’occuper dans le chapitre III du Livre suivant.
Les lacs de Nechnoûcha et de Ferêdrha, le premier au Nord-Est, le second au Nord-Ouest du Bahar-et-Trounîa, contiennent du natron comme celui qui en porte le nom.
L’eau d’Oumm-el-Hasan est amère et ne nourrit pas de vers.
Le lac de Tademka, autrefois producteur de vers, n’en donne plus depuis quelque temps.
Tous ces lacs, situés au milieu d’un dédale de dunes de sables, sont alimentés d’eaux par elles.
M. Isma’yl-Boû-Derba a constaté le même mode d’alimentation pour la mare d’’Aïn-et-Taïba, dans l’’Erg, à l’Ouest de l’Igharghar.
Sources : Les sources les plus considérables sont celles de Ghadâmès[21], de Rhât, de Ganderma, d’Idélès, de Djânet, de Temâssînt, de Tît-en-Afara, d’Aherêr, de Tânout, de Tidîdji, d’Aharhar, de Tâzeroûk, de Dhâyet-el-Kâhela, d’Ahêr, de Tadjenoût, etc.
Il est bien entendu que je néglige d’énumérer toutes celles qui n’ont pas une importance réelle.
Les abords de celles citées ci-dessus sont occupés ou par des villes, ou par des villages, ou par des campements permanents. Partout où les eaux sont abondantes, on les emploie à l’arrosage des plantations de palmiers.
Les eaux de la source de Ghadâmès sont thermales[22] ; elles ont 29° 6 dans le vaste bassin qui les reçoit (observation du 9 décembre 1860) ; celles de Sebbarhbârhet, à Mîherô, ont aussi une température élevée, du moins, l’eau sort en bouillonnant et en soulevant des sables. Cependant les Touâreg s’y baignent malgré sa chaleur.
La source de Dhâyet-el-Kâhela, au Nord de l’Ouâdi-Akâraba, est également thermale et probablement sulfureuse, ainsi que l’indique son nom. Les Ahaggâr, qui en font usage, ont reconnu son efficacité contre les fièvres intermittentes contractées au Touât.
[Note 20 : Ama, en temâhaq, indique la possession. Ghôr est synonyme de ghar, rivière. Amadghôr ne serait-il pas un mot technique équivalent de tête de la rivière ?]
[Note 21 : M. Lefranc, pharmacien militaire, a analysé 1 kilogramme de l’eau de Ghadâmès rapporté par M. le capitaine de Bonnemain. Voici le résultat de son opération (année 1858, Nouvelles Annales des Voyages) :
Gr. milligr.
Chlorure de sodium » 800
Sulfate de soude » 250
— chaux » 750
Carbonate de chaux » 200
— magnésie » 100
Chlorure de magnésium » 250 --------- 2 350]
[Note 22 : Une seconde analyse de l’eau de Ghadâmès, faite en 1863, au laboratoire des mines d’Alger (Mission de Ghadâmès, Alger, 1863, p. 260), a donné par 1000 grammes les résultats suivants :
Grammes.
Chlorure de sodium 0,6210
— potassium 0,0200
Sulfate de chaux 0,9000
— magnésie 0,3860
— soude 0,3424
Acide azotique traces »
Carbonate de chaux 0,1013
— magnésie 0,0975
Silice 0,0060
Oxyde de fer 0,0050 --------- 2gr.,4792 ]
CHAPITRE IV.
GÉOLOGIE.
Ce chapitre comprendra cinq sections :
1o Ma route d’El-Ouâd à Ghadâmès, du Nord-Ouest au Sud-Est ;
2o Ma route de Ghadâmès à Rhât, du Nord au Sud ;
3o Ma route de Tîterhsîn à Zouîla, de l’Ouest à l’Est ;
4o Ma route de Mourzouk à Bondjêm, du Sud au Nord ;
5o Divers renseignements sur le Tasîli et le Ahaggâr, de l’Est à l’Ouest.
PREMIÈRE SECTION.
D’EL-OUÂD À GHADÂMÈS.
Toute cette section, sur un parcours de trente-sept myriamètres, est un amas de dunes de sable, qui, à très-peu d’exceptions près, couvrent la surface du sol primitif et laissent peu de place à aucune observation géologique autre que celle de la formation des dunes elles-mêmes.
Le sable de ces dunes, fin, jaunâtre, varie dans ses caractères physiques, comme aussi probablement dans ses caractères chimiques, suivant les localités.
J’ai rapporté plusieurs échantillons de ces sables ; je regrette de n’avoir pu en faire l’analyse. Ils figureront dans ma collection géologique sous les numéros 1, 2, 3 et 4.
On s’est livré à beaucoup d’hypothèses pour expliquer l’accumulation d’une aussi grande masse de sables sur une aussi immense étendue ; je ne crois pas que, dans la limite des observations exactes, incontestables, faites dans les dunes sahariennes, il soit encore permis de déduire la loi générale d’un fait géologique aussi considérable.
M. le docteur Marès a vu dans l’Ouest, autour de la Dhâya-Hâbessa, des dunes qui contenaient des coquilles fossiles du terrain sur lequel elles reposaient, et, avec raison, il a conclu de son observation personnelle que ces dunes avaient été formées sur place.
M. F. Vatonne, ingénieur des mines, qui, comme moi, a traversé l’’Erg entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais à petites marches et de jour, et qui a pu étudier cette région avec plus de temps et de compétence, termine son excellent mémoire[23] en émettant l’opinion qu’il ne peut exister aucun doute sur la formation des dunes sur place, formation due à la destruction des éléments constitutifs de la roche primitive.
« Cette destruction, dit-il, est due à la dilatabilité des roches, à la présence du gypse, à l’action des agents atmosphériques, notamment de l’eau, qui a amené à l’état farineux, c’est-à-dire à un état de désagrégation complet, les roches de carbonate de chaux et de gypse ; cette désagrégation de la roche amène un foisonnement, développe une pression intérieure sous laquelle les couches dures des plateaux sont complétement brisées, etc. »
M. Vatonne, convaincu que la formation des dunes est due à cette cause unique, conclut de leur fixité, de l’absence de sables dans certaines cuvettes, de l’inégalité même de la surface des sables, que l’action des vents n’a d’autre effet que de déterminer les formes de quelques dunes, et ne peut être invoquée comme cause générale de formation.
Comme M. Vatonne, et quoique voyageant dans les dunes, à grande vitesse, nuit et jour, j’ai constaté des goûr rocheuses à côté de ghourd exclusivement composés de sables ; comme lui, j’ai aussi été frappé du grand nombre de roches à l’état de décomposition. Toutefois ce fait de désagrégation des roches n’est pas une exception limitée à la région de l’’Erg, mais l’effet d’une loi générale, commune à toutes les parties du Sahara que j’ai visitées.
Dans l’ensemble de mes études, j’ai été beaucoup plus frappé de la dénudation complète des hamâd et des montagnes à l’amont des bassins des dunes.
Pl. II. Page 35. Fig. 2, 3, 4, 5, 6.
J’ai été beaucoup plus surpris de l’élévation de ces témoins géologiques de l’ancien niveau du sol, que les indigènes appellent gâra (pl. goûr) et qu’on trouve, de distance en distance, dans chaque hamâda.
(Voir figure no 1 de la planche ci-contre.)
J’ai été non moins étonné, dans les massifs montagneux, de rencontrer, indépendamment de roches entièrement dénudées, ici, à Idînen, par exemple, une sorte de squelette décharné affectant les formes et les découpures les plus bizarres ; là, à Takarâhet dans le Tasîli, des blocs titaniens, supportés sur une base étroite et représentant l’action érosive des eaux sur les parties les plus tendres de la roche ; ailleurs, dans la presque totalité des ouâdi, des berges de soixante à cent mètres de hauteur, taillées à pic comme des murailles, tantôt assez étroites pour qu’un chameau avec sa charge y passe difficilement, tantôt larges de plusieurs kilomètres, disposition géographique que les Touâreg désignent sous le nom spécial d’aghelâd, correspondant au khanga des Arabes.
(Voir figures nos 2, 3, 4 et 5 de la planche ci-contre.)
Quand, par la pensée ou la plume à la main, j’additionne une à une la superficie des espaces dénudés autour de chaque groupe de dunes, quand j’établis le cube du vide que laissent entre eux tous les témoins géologiques du niveau de l’ancien sol et quand je compare la masse des matériaux enlevés ici et apportés là, soit par les pluies, soit par les vents, je me demande ce qu’est devenu le cube du vide, si les dunes sont formées sur place, car je ne retrouve pas le total des déblais dans l’ensemble des remblais, si considérable qu’il soit.
La carte qui accompagne le deuxième volume de cette étude comprend la totalité des divers groupes de dunes du Sahara occidental, entre le golfe de Gâbès dans la Méditerranée et le Sénégal sur la côte de l’Océan Atlantique.
Ces groupes sont au nombre de sept :
Celui d’Edeyen, du 27° au 28° latitude N. et du 6° au 12° longitude E. ;
Celui de l’’Erg, du 29° au 34° latitude N. et du 7° longitude E. au 3° longitude O. ;
Celui d’Iguîdi, du 24° au 30° latitude N. et du 3° au 5° longitude O. ;
Celui de Maghtîr, du 22° au 27° latitude N. et du 5° au 14° longitude O. ;
Celui d’Adâfer, du 20° au 23° latitude N. et du 4° au 13° longitude O. ;
Celui d’Akchar, du 19° au 23° latitude N. et du 16° au 18° longitude O. ;
Celui d’Iguîdi des Trârza, du 16° au 18° latitude N. et du 17° au 19° longitude O.
La superficie des espaces que ces groupes de dunes couvrent (superficie très-approximative, bien entendu, hypothétique même dans beaucoup de cas), est de 45,000,000 d’hectares, savoir :
Nomb. d’hect.
Édeyen 2,000,000
’Erg 12,000,000
Iguîdi 8,000,000
Maghtîr 12,000,000
Adâfer 10,000,000
Akchar 500,000
Iguîdi des Trârza 500,000 ---------- Ensemble 45,000,000
A chacun de ces groupes de dunes correspondent des plateaux alimentateurs dont la superficie est triple environ, savoir :
Nomb. d’hect.
{ Le Hâroûdj 3,000,000 { { Le plateau de Mourzouk 6,000,000 POUR EDEYEN { { Le désert de Tâyta 2,000,000 { { L’Akâkoûs 1,000,000 ---------- TOTAL 12,000,000
{ Le plateau de la Syrte 6,000,000 { { La Hamâda-el-Homra 8,000,000 { { Le plateau de Tînghert 2,000,000 { { Le Tasîli du Nord 4,000,000 { POUR L’’ERG { Les versants N. et E. du Ahaggâr 4,000,000 { { La chebka du Mezâb 2,000,000 { { Le plateau des Cha’anba 3,000,000 { { Le plateau des O.-S. Cheïkh 2,000,000 { { Le plateau de Tâdemâyt 2,000,000 ---------- TOTAL 33,000,000
{ Le plateau de Groûz 2,000,000 { { La plaine d’Adjemôr 1,000,000 { POUR IGUÎDI { Le plateau du Mouydîr 1,000,000 { { Le versant O. du Ahaggâr 8,000,000 { { Le Bâten Ahenet 6,000,000 ---------- TOTAL 18,000,000
{ Le versant S. du Ahaggâr 2,000,000 { { Le Tasîli du Sud 4,000,000 { { Le désert de Tânezroûft 4,000,000 POUR MAGHTÎR { { Le désert d’Ouarân 4,000,000 { { Le plateau des ’Arîb 2,000,000 { { Le plateau de l’Ouâd-Dráa 4,000,000 ---------- TOTAL 20,000,000
{ L’Adghagh de Kîdal 8,000,000 { POUR ADÂFER { L’Azaouad 6,000,000 { { Le désert d’Oualâta 6,000,000 ---------- TOTAL 20,000,000
{ Le plateau des O. Delîm 6,000,000 POUR AKCHAR { { L’Adrâr de Bafour 2,000,000 ---------- TOTAL 8,000,000
{ Le plateau de Tâgant 2,000,000 POUR IGUÎDI DES { TRÂRZA { Le désert d’Aftot 6,000,000 ---------- TOTAL 8,000,000
L’ensemble général de ces plateaux, dont la superficie a été plutôt diminuée qu’augmentée, donne un total de 119,000,000 d’hectares.
Bien entendu, ces chiffres ne représentent ni la superficie réelle des bassins des dunes ni celle des plateaux qui les alimentent, mais seulement les surfaces que je suppose couvertes de sable d’un côté et celles dénudées de l’autre.
L’observation de la totalité des dunes sahariennes nous les montre suivant une direction générale, du Nord-Est au Sud-Ouest : elle nous les montre sur une ligne plus étroite dans le vaste couloir entre le relief atlantique et le plateau central du Sahara, puis s’élargissant et s’étendant vers le Sud dès que les assises du Ahaggâr s’abaissent.
La disposition réciproque des montagnes du Nord et des montagnes du Sud ne permet pas d’assigner une autre direction générale aux vents, du moins à celle de leurs couches qui se rapproche le plus de terre.
De là, une première indication qui permet, sans trop sortir du domaine de l’observation scientifique, d’attribuer à l’action dominante des vents combinée avec l’action secondaire des eaux, la distribution générale des masses de sable telle que nous la constatons dans la partie occidentale du Sahara.
Examinons maintenant la question de production.
En tout pays, la source de production des sables la plus considérable, si ce n’est l’unique, est la désagrégation des roches.
Dès que cet itinéraire géologique atteindra les parties rocheuses de mon exploration, j’aurai soin de signaler les matériaux en décomposition spontanée, et on verra qu’ils sont relativement nombreux.
Toutefois, il est une cause générale et permanente de désagrégation de la partie superficielle des roches, qui me paraît avoir une grande part dans la production des sables ; je veux parler de l’action atmosphérique.
En général, la surface rocheuse des hamâd, des tasîli, des adrâr, en un mot de toutes les parties relevées du relief saharien, est à nu et n’est garantie contre les influences atmosphériques extérieures, ni par des terres, ni par des produits végétaux.
Par suite, la lumière, la chaleur, le froid, les pluies torrentielles, l’électricité agissent directement sur la surface extérieure des roches.
Il est difficile d’apprécier l’action de la lumière, mais la plaque photographique nous révèle que la lumière solaire modifie les points par elle atteints en raison de son intensité ; or, dans le Sahara la lumière est intense, et nous avons la preuve de son action directe par la coloration bronzée, noirâtre, brûlée, de la superficie de la presque totalité des roches.
La lumière lunaire, dont l’influence sur la décomposition de certaines pierres est démontrée, agit dans le Sahara encore plus qu’ailleurs, car les nuits y sont d’une pureté admirable.
Les extrêmes de la température, atteignant souvent au soleil de 65 à 70 degrés dans le jour et descendant quelquefois à 5 degrés au-dessous de zéro pendant la nuit, amènent inévitablement à la superficie des roches des dilatations et des condensations dont l’effet immédiat est la désagrégation de la partie la plus friable de leurs éléments.
L’électricité, assez abondante souvent pour que le moindre frottement dégage des étincelles des vêtements, a bien aussi sa petite action perturbatrice, action inconnue, inappréciable, mais qu’on n’oserait nier.
Adviennent, pour compléter la série de ces agents de décomposition, l’action dissolvante et la force impétueuse des pluies torrentielles, et l’on comprendra que la production quotidienne des sables dans le Sahara a dû, avec le temps, donner des masses aussi considérables que celles des dunes, quel que soit le cube qu’elles représentent.
J’ai eu l’occasion, le 30 janvier 1861, étant à Oursêl, au pied du Tasîli, d’observer le débordement d’un des nombreux torrents qui descendent de cette montagne. La rapidité du courant était d’un mètre à la seconde et les eaux charriaient des alluvions dans des proportions telles que je regrette de ne pas en avoir constaté la quantité. Toutefois, on en aura une idée par ce fait, qu’après leur dépôt les Touâreg ont pu ensemencer des céréales là où la veille il n’y avait pas de terre végétale.
Ajouterai-je que, dans les temps antérieurs à l’histoire, l’action volcanique attestée dans le Djebel-Nefoûsa, la Sôda, le Hâroûdj, le Tasîli et le Ahaggâr, a dû contribuer, dans des proportions considérables, à la dislocation des roches et à la désagrégation de leurs éléments constitutifs ?
Le Sahara, en son entier, est donc un foyer de grande production de sables, et ces sables, s’ils ne restent pas sur place, doivent se retrouver ailleurs.
De la production des sables, je passe à leur circulation.
Les deux grands moteurs de la circulation des sables sont les courants atmosphériques et les torrents.
Pour les sables charriés par les courants atmosphériques, voici ce qui est démontré :
M. Ehrenberg a eu l’occasion d’analyser des sables et des terres de divers points du bassin du lac Tsâd qui lui avaient été envoyés par les docteurs Barth et Vogel, et dans ces sables et terres il a reconnu cent trente-trois formes d’animaux infusoires qu’il a déterminés.
Le savant professeur a fait aussi recueillir sur la côte occidentale d’Afrique, en pleine mer, à bord des navires, les matières charriées par les pluies de sable qui y sont communes, et, en analysant ces matières, il y a retrouvé quelques infusoires des sables du bassin du lac Tsâd.
Or, entre le lac Tsâd et la côte occidentale d’Afrique, il n’y a pas moins de 30 degrés de longitude.
M. Ehrenberg explique ces transports de sables à de si grandes distances par la grande raréfaction de l’air échauffé dans le Sahara.
Pendant mon voyage, j’ai pu constater, plusieurs fois, des faits de circulation de grandes masses de sables par des courants atmosphériques. Je cite, entre autres, les observations suivantes extraites de mon journal :
20 FÉVRIER 1861. — Campement de Tîterhsîn. — Observations de 9 heures 15 minutes du matin : Bar. aner. 713.50. — Therm. fr. 25°8. — Ciel voilé. — Vent du Sud modéré.
Observation de 1 heure 30 du soir : A 1,500 mètres dans le N.-E. trombe de sable, haute de 50 mètres au moins, chassée par un vent du S.-E.
Observations de 3 heures du soir : Bar. aner. 704.10. — Therm. fr. 30°75. — Ciel nuageux. — Vent du Sud assez fort.
28 AVRIL 1861. — Même campement. — Observations de 6 heures du matin : Bar. aner. 704.65. — Therm. fr. 22°3. — Ciel couvert. — Vent E. faible.
Observation de 1 heure 30 du soir : Pluie par intervalle ; un immense nuage de sable, rougeâtre, semblable à l’aspect d’un vaste incendie, passe à l’E., à fleur de terre, en s’élevant vers le ciel. Sa marche, du S.-O. au N.-E., est rapide comme celle d’un vent violent.
Observations de 3 heures du soir : Bar. aner. 699.50. — Therm. fr. 31°4. — Ciel couvert. — Vent du S.-O. fort. — Pluie froide.
30 AVRIL 1861. — En route d’Iferdjan à In-Lêlen. — Observations de 6 heures 30 du matin : Bar. aner. 704.60. — Therm. fr. 21°8. — Ciel couvert. — Vent E. presque nul.
Observation de 3 heures du soir : Un coup de vent terrible du S. amène un nuage de sable, rouge, comme s’il était chargé de flammes. Il se rue sur notre caravane, accompagné de grosses gouttes qui ressemblent à de la neige fondue.
Observations de 7 heures du soir : Bar. aner. 697.10. — Therm. fr. 31°7. — Ciel couvert. — Vent du Sud modéré.
3 MAI 1861. — Campement de Serdélès. — Observation de 2 heures du soir : Coups de tonnerre prolongés, lointains, au S. magnétique.
Observations de 3 heures : Bar. aner. 694.40. — Therm. fr. 34°. — Ciel couvert. — Vent O. faible.
Observation de 3 heures 45 : Une trombe de sable importante, rouge comme les précédentes, passe au S.-E. Sa marche est vers l’E. Quelques gouttes de pluie.
Observations de 7 heures 30 : Bar. aner. 700.00. — Therm. fr. 27°5. — Ciel couvert. — Vent du S.-S.-O. modéré. — Quelques gouttes de pluie.
D’où provenaient les sables dont ces trombes étaient chargées ? où sont- ils allés se fixer ? Je l’ignore. En reproduisant ces observations, j’ai voulu constater leur fréquence et préciser les conditions dans lesquelles elles se produisent.
J’ai choisi à dessein la période de février à mai, parce qu’alors je me trouvais à la ligne de partage des bassins méditerranéen et océanien, et sous le vent des plateaux alimentateurs des dunes.
Si les vents soulèvent les sables sur les plateaux, les réunissent en trombes pour les transporter à de grandes distances, ce sont incontestablement les courants d’eau qui les fixent dans les bassins où nous les trouvons. Du moins, cela est exact pour le bassin de l’’Erg que j’ai plus particulièrement observé et étudié. L’hydrographie de cette immense cuvette nous la représente, en effet, comme l’aboutissant des eaux de toutes les montagnes environnantes.
En est-il de même ailleurs ? C’est probable, mais je ne puis l’affirmer.
On jugera de l’action des eaux par les faits suivants :
Au printemps de 1862, une pluie d’orage tombée sur le versant Ouest du Ahaggâr amena de telles quantités d’eau dans les vallées d’Idjeloûdjâl et de Tarhît qu’elles entraînèrent une partie de la montagne. L’action des eaux fut assez prompte pour qu’une nezla (tribu) entière, campée au débouché des deux vallées, pérît corps et biens. Trente-quatre personnes et un grand nombre de chameaux furent noyés. Une chamelle qui paissait tranquillement sur la portion de la montagne emportée par les eaux, fut retrouvée saine et sauve, trois jours après l’événement, à une très- grande distance, sur le terrain même où elle avait été surprise et qui, après une longue navigation, était venu échouer sur une des berges de l’ouâdi.
Avant 1856, sur la rive gauche de l’Ouâdi-Tîterhsîn, existait une ligne de dunes, du nom d’Azekka-n-Bôdelkha, assez hautes pour que les chameaux ne pussent les franchir. Advint alors une crue accidentelle dans l’ouâdi, et elle eut la puissance de faire disparaître toute la masse de sable qui composait ces dunes.
La force motrice des eaux, dans le Sahara, n’est pas seulement démontrée par les déblais qu’elles produisent sur certains points ; elle l’est aussi par les immenses barrages que leurs alluvions créent sur d’autres et qui, de siècle en siècle, modifient les cours des ouâdi.
Le bassin de l’Igharghar offre de nombreux exemples de ces barrages. Jadis il communiquait avec la mer par le golfe de Gâbès et y portait les sables qu’il charriait. Aujourd’hui une barre de terre et de sable de dix-huit kilomètres sépare le Chott du Nefzâoua de la mer. C’est à peine si on reconnaît dans la ligne de bas-fonds de l’Ouâdi-Akarît l’amorce de l’ancienne communication.
Jadis, à l’époque de Ptolémée, le Chott-el-Kebîr du Nefzâoua, sous le nom de lac Triton, le Chott-el-Djerîd, sous celui de Pallas, le Chott-Melghîgh, sous celui de Libye, communiquaient entre eux, ou ne formaient, comme à l’époque d’Hérodote, qu’un seul lac, sous le nom de Triton ; aujourd’hui ces anciens lacs, sans affluents, ne sont même plus des lacs, mais des bas-fonds de chott, submergés en hiver, desséchés en été. Toutefois, il ne serait pas prudent de s’aventurer à les parcourir sans guide, car sur certains points, notamment dans le Chott-Melghîgh, on disparaîtrait sans laisser trace de son passage.
Jadis, la tête orientale de l’Igharghar, formée de l’Ouâdi-Serdélès, de l’Ouâdi-Tânezzoûft, de l’Ouâdi-Ouarâret, de l’Ouâdi-Tîterhsîn et de l’Ouâdi-Tikhâmmalt qui les réunissait tous, communiquait avec la tête occidentale venant du Ahaggâr ; aujourd’hui, chaque affluent de la tête orientale forme un ouâdi distinct, aboutissant à des sables qui absorbent leurs eaux et les rendent souterrainement à l’ancien lit.
La fantaisie de l’Igharghar de couler, tantôt à ciel ouvert en rompant les barres qu’il s’était formées, tantôt souterrainement en se creusant un lit sous les sables, ne date ni d’aujourd’hui ni d’hier, car déjà, du temps du roi Juba, au commencement de notre ère, le grand fleuve saharien avait de pareils caprices, à ce qu’il paraît.
D’après les Libyques du roi Juba citées par Pline, le grand fleuve de la Libye, « indigné de couler à travers des sables et des lieux immondes, se cache l’espace de quelques journées. Absorbé de nouveau par les sables, il se cache encore une fois dans un espace de vingt journées de désert. »
Cette citation, que j’emprunte au grand ouvrage de M. Vivien de Saint- Martin, le Nord de l’Afrique dans l’antiquité, me permet de constater, tout d’abord, combien le savant géographe a été heureusement inspiré en assimilant le Niger de Juba et de Pline avec l’Igharghar[24] moderne des Touâreg, le Ouâdi-es-Sâoudy des Arabes.
Au fur et à mesure que cette étude se complétera, on retrouvera les poissons du Nil et les crocodiles dont l’existence faisait croire au roi Juba que le grand fleuve d’Égypte avait une de ses origines dans ses états.
Quoi qu’il en soit, par ce témoignage de Juba, confirmé par Pline et par d’autres encore, il devient évident que la partie du Sahara dont je m’occupe était déjà, il y a dix-huit cents ans, sinon sous le rapport de la quantité des eaux, du moins sous le rapport des sables et de leur circulation, telle qu’elle s’est présentée à mon observation.
Si, depuis cette époque, une partie du Sahara a pu être protégée contre les influences atmosphériques qui désagrégent les roches même les plus solides, c’est incontestablement celle qui est abritée contre le froid, la chaleur, la lumière, l’électricité, par une couche épaisse de sables.
Sans doute, dans l’’Erg, avant l’invasion des sables, quelle que soit la date éloignée du commencement, les parties solides de cette contrée avaient, comme celles de l’universalité du plateau central du Sahara, subi les influences destructives de l’atmosphère, et tout indique qu’il y avait de nombreuses goûr en décomposition comme partout ailleurs. Ces goûr, plus ou moins nombreuses, sont restées en place, devenant le noyau de dunes, à côté de ghourd exclusivement composés de sable de la base au sommet. Mais ces noyaux solides de quelques dunes, constatés par M. Vatonne, n’infirment pas la loi générale de l’amoncellement des débris des roches des plateaux supérieurs dans les bassins qui leur servent de réceptacle. Partout, sur la surface du globe, les alluvions, qu’elles soient de sables ou de terres, qu’elles soient charriées par les vents ou par les eaux, obéissent aux lois de la pesanteur.
Si les alluvions sablonneuses des dunes n’ont pas obéi à la loi ordinaire des nivellements des autres alluvions, la cause très-complexe de ce phénomène n’est pas encore sur le point de recevoir sa solution, car ce n’est pas en Afrique seulement que la circulation et la fixation des sables déjouent la sagacité des plus habiles ingénieurs.
Quoi qu’il en soit, les excellentes et minutieuses observations de M. Vatonne conservent toute leur valeur et contribueront, avec celles qui pourront être faites ultérieurement, à la solution du problème.
Dans ma collection géologique sont indiqués comme étant de la provenance de l’’Erg :
1o Un échantillon de sulfate de chaux très-pur[25] ;
2o Un échantillon de terre blanche, fine, calcaire, donnant une très- forte effervescence à l’acide chlorhydrique[26].
Cette terre, trouvée sous les sables à Ghourd-Maámmer, contient, en grande quantité, une espèce de coquille fossile nouvelle[27], que M. Deshayes a décrite et à laquelle il a bien voulu donner mon nom.
« M. Duveyrier, écrit M. Deshayes, mérite bien l’honneur d’être signalé à la reconnaissance des naturalistes, car pendant toute la durée d’un périlleux voyage dans une région de l’Afrique que personne n’avait visitée avant lui, il n’a cessé de recueillir des matériaux propres à enrichir les diverses branches de l’histoire naturelle. Il nous a donc paru équitable d’attacher le nom de l’intrépide et savant explorateur à une espèce de mollusque qui nous paraît entièrement nouvelle. »
Pl. III. Page 45. Fig. 7 et 8.
Voici la description de cette coquille, telle que M. Deshayes a bien voulu la rédiger :
PLANORBIS DUVEYRIERI. (Desh.)
Pl. testa orbiculato-discoidea, crassiuscula, utroque latere inæqualiter umbilicata, supra profundiore ; anfractibus quaternis, rapide crescentibus, convexis, involventibus, sutura profunda junctis, interne, ad peripheriam umbilici obtusissime angulatis, tenue et irregulariter striatis ; ultimo anfractu majore, cylindraceo, crasso, ad aperturam dilatato ; apertura magna, dilatata, lunari, paulo obliqua ; marginibus tenuibus, acutis disjunctis.
« Le planorbe de Duveyrier est d’une taille médiocre, discoïde assez épais et rapproché par sa taille et l’ensemble de ses caractères d’une variété petite du planorbis Dufourii de Graels. Discoïde suborbiculaire assez épaisse, elle est ombiliquée de chaque côté, mais plus profondément en dessus qu’en dessous. Elle est formée de quatre tours de spire, dont les deux premiers sont fort étroits, les deux autres s’élargissent rapidement. Ils sont en partie enveloppés les uns par les autres, mais le dernier est très-grand, épais et s’accroît rapidement, il est même un peu dilaté vers l’ouverture. Les tours sont convexes de chaque côté et réunis par une suture simple et assez profonde ; du côté inférieur, l’ombilic est circonscrit par un angle très-obtus. Toute la surface est chargée de fines stries irrégulières d’accroissement, et l’on remarque, de plus, à des distances inégales des temps d’arrêt dans l’accroissement qui ont produit des angles obtus. L’ouverture est assez grande, dilatée, peu oblique et suborbiculaire, modifiée par l’avant-dernier tour dont elle embrasse le diamètre.
« Le plus grand échantillon a 7 millimètres de diamètre et 3 d’épaisseur. » (Voir la planche ci-contre.)
IIe SECTION.
DE GHADÂMÈS À RHÂT[28].
Cette section comprendra :
A. — Le plateau de Tînghert, de Ghadâmès à Ohânet ;
B. — La traversée des dunes d’Edeyen, entre Ohânet et la Hamâda d’Eguélé ;
C. — La Hamâda d’Eguélé, des dunes d’Edeyen à la plaine des Igharghâren ;
D. — La plaine des Igharghâren, de Sâghen à Tâdjenoût ;
E. — Le Tasîli des Azdjer, de Tâdjenoût à Tîterhsîn ;
F. — La vallée d’Ouarâret, de Tîterhsîn à Rhât.
A. — Plateau de Tînghert.
Le plateau de Tînghert commence vers le Nord-Est au Djebel-Nefoûsa ; dans le Sud-Est il vient se confondre avec la grande Hamâda-el-Homra, dont il n’est séparé par aucun relief apparent ; dans le Sud, sa limite est marquée par un rebord sous lequel sont les points d’El-Hesî, de Tambalout et d’Ohânet qui le séparent des dunes d’Edeyen ; dans l’Ouest, un rebord, assez caractérisé en quelques endroits, le sépare de la région de l’’Erg. La ville de Ghadâmès est bâtie sur ce rebord.
Ce plateau a 185 kilomètres du Nord au Sud ; son étendue de l’Ouest à l’Est ne peut être précisée, car nul ne connaît le point de séparation entre la Hamâda de Tînghert et celle d’El-Homra. On sait seulement qu’entre l’’Erg à l’Ouest et le Djebel-es-Sôda à l’Est, il y a 600 kilomètres sans eau et sans végétation ; ce qui interdit à qui que ce soit d’aller faire la reconnaissance de cette immense solitude. Entre Ghadâmès et Ohânet, ce plateau s’appelle Hamâda de Tînghert ; entre Ghariân et El-Hesî, il s’appelle Hamâda-el-Homra, noms différents, l’un berbère, l’autre arabe.
Les Sahariens appellent Hamâda tout plateau élevé, uni, pierreux, sans végétation, sans eau, quelle que soit sa formation géologique.
Du Djebel-Nefoûsa aux environs de Ghadâmès, le calcaire est de couleur grise ; aux environs de Ghadâmès, la coloration, du moins à la surface du sol, devient plus uniformément sombre ; au delà de Ghadâmès, les dolomies prennent les différentes couleurs des minéraux qui se trouvent dans le voisinage.
Les environs immédiats de Ghadâmès offrent à l’observation du géologue :
Le sol même de l’oasis, léger, sablonneux et calcaire, fécondé par les nombreux engrais de sa propre végétation ;
Les eaux de la source, dont j’ai fait connaître la température et l’analyse au chapitre précédent, et sur laquelle je reviendrai au paragraphe spécial à Ghadâmès, du Livre IIIe ;
Une carrière de plâtre exploitée près du cimetière du Dhâhara et qui fournit un sulfate de chaux cristallisé, blanc, presque pur, quoique mélangé à un peu de sable[29] ;
La roche du plateau qui entoure la ville ;
Enfin la gâra (témoin) de Tîsfîn, à sept kilomètres E. de la ville.
La roche du plateau de Ghadâmès[30], est un calcaire crétacé, de formation marine, jaunâtre, avec grands fragments d’inocerames et quelques petites bivalves indéterminables, identiques comme aspect aux calcaires jaunâtres coquilliers de la Chebka du Mezâb. Ce calcaire donne une effervescence bien marquée à l’acide chlorhydrique, mais paraît contenir une quantité assez notable de magnésie, comme la plupart des roches du Mezâb.
La gâra de Tîsfîn a 90 mètres de hauteur environ.
Elle repose sur une roche siliceuse, grisâtre, homogène, ne donnant aucune trace d’effervescence à l’acide[31].
Elle est couronnée, à son sommet, par une roche superficielle, calcaire, rougeâtre, composée de fragments très-brisés de coquilles, dans lesquelles on distingue quelques petites limnées et des traces nombreuses de zoophytes. Cette roche, très-compacte, rend un son semblable à celui de la poterie cuite[32].
Entre les deux, l’intérieur de la gâra est formé d’un calcaire tendre, jaune, blanc, marneux, d’une pâte très-homogène[33].
Ce dernier calcaire apparaît aussi dans les ravins des environs de la gâra.
La gâra de Tîsfîn est entièrement isolée, mais à peu de distance on voit, dans différentes directions, des goûr d’une élévation beaucoup moindre et qui doivent appartenir à la même formation.
A 4 kilomètres au Sud de Ghadâmès, on entre dans la petite dépression de Kaboû, formée par un lit d’alluvions sablonneuses et terreuses, au milieu duquel on trouve des sables et du carbonate de chaux agrégés à la façon des grès de Fontainebleau. Ces agrégations sont évidemment une création des eaux.
Les bords de cette basse dépression sont d’un calcaire spathique, rougeâtre, très-compact[34], dans lequel on trouve accidentellement de la chaux cristallisée ; dans le lit même sont des concrétions composées d’éléments calcaires en mélange avec le sable.
A 15 kilomètres de Kaboû, on traverse l’Ouâdi-Mâreksân dont la direction est Est-Ouest. Son lit est de sable, graveleux à la surface, caillouteux au fond. Sous le sable apparaissent des couches de sable marneux, contenant de petits fragments de plâtre[35]. Les berges latérales, qui ont 8 mètres de hauteur au-dessus de l’ouâdi, sont d’un calcaire semblable à la roche du plateau de Ghadâmès.
Entre l’Ouâdi-Mâreksân et la dépression d’El-Gafgâf (48 kilom.), le plateau se présente sous forme d’un chaos monotone de pierres calcaires anguleuses, tantôt amoncelées sur le roc calcaire, tantôt enchâssées dans des filons de terre sablonneuse.
De distance en distance, apparaissent dans l’Ouest, à 16 kilomètres environ, les rebords d’un gradin plus élevé sur lequel se dressent des goûrs calcaires indiquant l’ancien niveau du sol primitif ; eu égard à leur distance, ces goûr doivent atteindre à une altitude assez grande.
Avant d’arriver à El-Gafgâf, pendant toute une journée de marche, le sol est couvert de petites pierres noires qui donnent au paysage une teinte funèbre.
Entre Mâreksân et El-Gafgâf on rencontre les lits des Ouâdi-Amâli et Imoûlay qui vont se perdre dans l’’Erg.
El-Gafgâf est une petite dépression circulaire, à fond alluvionnaire, d’un kilomètre environ. Du côté du Sud, ce bas-fond reçoit les petites ravines d’Imozzelaouen (c’est-à-dire, petites ravines étroites) qui traversent un sol calcaire à affleurements plus ou moins détériorés.
Au delà de ces ravines, la surface du plateau se nivelle et présente une formation de graviers et de petites pierres.
Entre El-Gafgâf et Tifôchayen, la distance est de 34 kilomètres ; peu avant ce dernier point, le plateau est couvert de pierres détachées.
Tifôchayen est une large vallée dont la direction générale est du Sud- Est au Nord-Ouest. Le sol de cette vallée est sablonneux ; il provient des sables de l’’Erg que les vents y ont apportés.
Entre Tifôchayen et Timelloûlen (12 kilomètres), le plateau reprend son caractère précédent. La vallée de Timelloûlen consiste en un large ouâdi dont le sol, comme celui de Tifôchayen, est formé de sables de l’’Erg apportés par les vents. On y trouve l’eau à 1m 50 de profondeur.
Le plateau reparaît sur une étendue de 12 kilomètres et se montre couvert d’affleurements de calcaire décomposé ; après quoi on arrive à la dépression circulaire de Tahâla, qui a 5 kilomètres de diamètre et est bordée de hautes berges à pic très-déchirées.
Du bas de la dépression, sur une épaisseur de 1m 50 à 2 mètres, la berge consiste en assises marneuses d’un blanc légèrement verdâtre[36], avec des veines et des noyaux de gypse blanc, pur, compact et excessivement fin[37]. Cette roche ne contient pas de fossiles.
Le sommet de la berge est un calcaire rougeâtre, identique à celui qui couronne la gâra de Tîsfîn.
Au centre de la dépression est une gâra à formes bizarres.
De Tahâla à Ahêdjren (20 kilomètres), le sol est alternativement un fond de sable ou un fond de gravier solide, recouvert de petites pierres et d’affleurements calcaires mêlés à des marnes vertes décomposées.
Avant l’arrivée à Ahêdjren, le flanc des hauteurs qui bordent la route à l’Est est d’un calcaire blanc, exactement semblable à la craie de Meudon, solide par endroits, friable dans d’autres.
Dans la partie friable, je détache facilement cinq échantillons de coquilles moyennes[38] qui ont été reconnus être l’ostrea columba (Desh) et appartenir au terrain cénomanien de d’Orbigny et aux grès verts supérieurs ainsi qu’à la craie chloritée du terrain crétacé.
Dans la partie compacte de la base de la roche sont d’autres coquilles qui, à la vue, me paraissent de la même espèce que les précédentes, mais grandes comme le creux de la main. La dureté de la gangue ne me permet pas d’en prendre de spécimens.
Quoique le fond de cette roche soit blanc, elle est teinte de taches brunes ou roussâtres en plusieurs endroits.
Sur toute la route, j’ai commencé à trouver des débris informes d’ammonites au milieu des graviers.
Ahêdjren est un ouâdi à direction Sud-Est et Nord-Ouest et à lit sablonneux. Ici, comme dans les vallées précédentes, la présence du sable s’explique par le voisinage de l’’Erg.
De Ahêdjren à Ohânet, le plateau de Tînghert continue avec ses mêmes caractères généraux sur une étendue de 25 kilomètres. Là, il finit et contribue par son flanc méridional à former, avec le rebord septentrional des dunes d’Edeyen, la longue dépression d’Ohânet dont la direction générale est Est et Ouest.
Cette dépression d’Ohânet est appelée par les Arabes El-Djoua (le fourreau), parce qu’elle ressemble à un couloir par lequel les eaux, conservées comme dans un réservoir au milieu des dunes, s’écoulent dans un lit pour aller rejoindre l’Igharghar au Sud de Timâssanîn.
La largeur de la vallée est de 12 kilomètres ; son fond est alluvionnaire : sables et graviers mêlés.
Au centre est un abankôr ou rhedîr, bassin argileux, qui, d’après les Touâreg, conserve quelquefois l’eau pendant 2 ou 3 ans après les pluies.
Entre Ahêdjren et Ohânet, sur tout le parcours du trajet, les ammonites continuent au milieu des pierres parsemées à la surface de ce désert. Elles sont nombreuses, brisées en fragments. C’est avec grande peine que je puis en trouver deux entières.
Les géologues à l’examen desquels ces ammonites ont été soumises, les ont trouvées trop frustes pour pouvoir être sûrement déterminées[39]. Ils les croiraient volontiers nouvelles, mais se rapprochant de l’ammonites Mantellii du terrain cénomanien de d’Orbigny ou des grès verts supérieurs, de la craie tuffeau ou de la craie chloritée.
La pâte de ce fossile est un calcaire d’un blanc jaunâtre, compact, légèrement saccharoïde, parsemé de quelques mouchetures de manganèse.
B. — Dunes d’Édeyen.
Entre Ohânet et Abrîha, sur un parcours de 75 kilomètres, s’étend une région de sables, continuation occidentale des dunes d’Edeyen, groupe séparé de celui de l’’Erg par un prolongement du plateau de Tînghert.
A peu près à égale distance des points extrêmes de cette zone sablonneuse, on trouve dans l’Est la ligne des goûr noires d’Ayderdjân, au Nord de laquelle est un puits comblé, tandis qu’au Sud on trouve accidentellement des flaques d’eau dans une dépression peu profonde à fond d’argile.
Sur toute l’étendue de ces 75 kilomètres, les sables recouvrent le sol qui apparaît de temps en temps, soit sous forme d’un calcaire noirâtre ou violet, compact et solide, soit sous forme de graviers quartzeux arrondis ; quelquefois ces graviers ont été cimentés avec le sable par les pluies au moyen d’une substance calcaire agrégeable, et alors ils forment un poudingue.
On rencontre aussi parfois dans ce parcours des places couvertes d’une argile violette solide et lisse, mais fendillée par l’action du soleil ; ces couches d’argile représentent les lits de mares desséchées, et expliquent jusqu’à un certain point comment les graviers et le sable ont pu se souder ensemble de manière à former la roche dont je viens de parler.
C. — Plateau d’Éguélé.
Je donne le nom de plateau d’Eguélé à une région mouvementée, partie hamâda, partie dunes, qui sépare la région des dunes d’Edeyen de la vallée des Igharghâren. Ce plateau bas a 106 kilomètres du Nord au Sud dans la partie où je l’ai traversée. Sa longueur, de l’Est à l’Ouest, est encore inconnue.
Entre Abrîha, point où les sables cessent, et Tâdjentoûrt, est une hamâda plate, couverte de petites pierres.
Tâdjentoûrt, qu’il ne faut pas confondre avec l’ouâdi de ce nom situé plus au Sud, est une dépression circulaire comme on en remarque si souvent dans les régions sahariennes.
Au delà, sur une étendue de 9 kilomètres, ma route parcourt la continuation du plateau au milieu de pierres calcaires et d’affleurements de même nature. Çà et là apparaissent des sables mêlés à du gravier et formant un terrain solide.
Eguélé est une chaîne de hauteurs de pierres calcaires noires, d’où leur nom Eguélé (le coléoptère[40]), et dont la direction générale est du Nord-Est au Sud-Ouest. Cette chaîne coupe la route et marque le point culminant de cette section ; c’est pourquoi, à défaut d’un nom indigène applicable à l’ensemble du plateau, je donne au tout le nom de sa partie la plus remarquable.
Au Sud du point où je traverse la chaîne d’Eguélé, on rencontre l’Ouâdi- Tâdjentoûrt, ravin sans eau qui a ses origines dans une ligne de hauteurs que la route suit sur une étendue de 35 kilomètres ; ligne qu’on laisse dans l’Est, et qui est la prolongation Sud de la chaîne d’Eguélé.
Le trajet s’effectue au milieu des rochers, et on arrive à la dépression d’Aseqqîfâf, réceptacle des eaux pluviales de la chaîne, mais à sec, hors les temps de pluie.
Entre Aseqqîfâf et Isaouan (35 kilomètres) est le plateau calcaire de Timozzoudjên, recouvert dans sa partie Nord, sur un parcours de 12 kilomètres, de petites dunes de sables auxquelles on donne le nom d’Isoûlan-n-Emôhagh et vis-à-vis desquelles on voit dans l’Ouest les sables de Tedjoûdjelt.
Ce plateau, dans son entier, est de même formation que celui de Tînghert ; sa pente générale est légèrement inclinée vers le Sud.
Isaouan est le nom donné à la partie de la plaine des Igharghâren dans laquelle se trouvent les grands rhedîr de Sâghen, alimentés par l’Ouâdi Tikhâmmalt.
Le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên termine la série des calcaires sur lesquels est assise la route de ce point à Ghadâmès.
D. — Plaine des Igharghâren.
La plaine des Igharghâren est une grande vallée de 320 kilomètres de l’Est à l’Ouest, et d’une largeur moyenne de 35, formée au Nord par le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên et au Sud par les versants septentrionaux des montagnes du Tasîli. Sa principale largeur est dans l’Est.
Cette grande vallée d’alluvions sablonneuses est découpée du Sud au Nord en forme de larges plates-bandes par les nombreux ouâdi du Tasîli, qui tous viennent se réunir au pied du plateau d’Eguélé en un lit unique prenant le nom de son principal affluent, l’Ouâdi-Tikhâmmalt, et qui, après avoir suivi une direction générale Sud et Nord, du sommet du Tasîli à Sâghen, tourne brusquement à l’Ouest pour aller se jeter dans l’Ouâdi-Igharghar à El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn.
Cette grande vallée, couverte d’arbres dans toutes ses lignes de bas- fonds, fait un contraste très-remarquable entre l’aspect monotone des plateaux du Nord et de ceux du Sud.
Elle pourrait être facilement transformée en une série d’oasis, avec des eaux courantes, si les forages artésiens y réussissent, ainsi que tout l’indique. Dans tous les cas, avec des puits ordinaires, on y aurait l’eau à peu de profondeur, surtout dans les lits des principaux ouâdi.
Je reviens à mon itinéraire.
Les rhedîr de Sâghen ne sont ordinairement pleins qu’après les grandes pluies, mais à environ un mètre du sol on trouve toujours l’eau nécessaire à tous les besoins.
Au milieu des alluvions qui entourent les rhedîr, on remarque des laves[41] noires, poreuses et légères, charriées, du sommet de l’Adrâr, point le plus élevé du Tasîli, par les eaux de débordement de l’Ouâdi- Tikhâmmalt.
Les Touâreg trempent quelquefois ces laves dans l’huile, qu’elles absorbent comme le ferait une éponge ; après quoi ils y mettent le feu ; l’huile brûle. Ce fait mal expliqué a fait croire à l’existence de la houille dans les montagnes des Touâreg. Lorsqu’on leur demandait : « Avez-vous dans votre pays des pierres noires qui brûlent ? » ils répondaient : « Oui, nous en avons, » mais sans ajouter : « Nous les imprégnons d’huile pour qu’elles puissent brûler. »
Déjà M. Isma’yl-Boû-Derba avait trouvé dans l’Ouâdi-Igharghar, mais provenant du Ahaggâr, des laves de même nature.
Ces deux constatations, confirmatives d’autres indications données par les Touâreg, ne laissent aucun doute sur la formation volcanique des points culminants du Ahaggâr et du Tasîli.
Plus loin, j’aurai l’occasion de constater la présence de pierres de même nature dans le Djebel-es-Sôda (la montagne noire) que j’ai pu étudier avec plus de soin, mon itinéraire traversant ce massif de montagnes.
Le fond du sol de Sâghen est un composé de sables et d’argile apportés par les eaux d’inondations ; dans les sables, on trouve une grande quantité de mica. Les pierres roulées par les eaux sont des grès ou des détritus de roches plus grossières, formés de grains de quartz agglomérés.
De Sâghen à Tâdjenoût, la route suit la vallée de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, tantôt sur une rive, tantôt sur une autre. En remontant le lit de cette rivière, on remarque sur le sol des affleurements d’un grès grisâtre, noirci à la surface.
A Tâdjenoût, pour la première fois depuis mon départ de Ghadâmès, je rencontre des sources d’eau vive et je dois faire observer que, des puits de Timelloûlen jusqu’à Tâdjenoût, sur un parcours de 310 kilomètres, l’eau ne se trouve qu’accidentellement dans les rhedîr ; ce qui rend cette route difficile en dehors des années de grandes pluies.
La route orientale, celle des caravanes, est plus riche en eau, car en tout temps on est certain d’en trouver dans les puits sur six points différents.
De Ghadâmès à Tâdjenoût, mon itinéraire avait suivi une direction générale Nord et Sud. Tout à coup, il tourne à l’Est et longe le versant Nord du Tasîli jusqu’à l’Ouâdi-Izêkra.
Entre Tâdjenoût et l’Ouâdi-Izêkra, la distance est de 46 kilomètres. Au Nord de la route, le terrain conserve les caractères généraux de la plaine des Igharghâren ; au Sud, apparaissent en affleurements les grès siliceux, fins, très-durs, gris jaunâtres du Tasîli[42].
Au point où l’Ouâdi-Izêkra sort du Tasîli pour déboucher dans la plaine, le sol est recouvert par une couche de sable, en mélange avec de la terre végétale.
Il n’y a d’eau dans cette rivière qu’après les grandes pluies. En temps ordinaire il faut aller s’abreuver au puits d’In-Hemoûl, à 4 kilomètres en aval dans le lit de l’ouâdi.
De l’Ouâdi-Izêkra à l’Ouâdi-Târat (30 kilomètres), la route continue, comme la précédente, à suivre le pied du Tasîli en conservant les mêmes caractères.
La vallée de Târat forme une large coupure dans la montagne ; à l’Est et à l’Ouest, elle est bordée de pics de grès noir. La largeur de l’ouâdi est de 800 mètres environ ; la hauteur des berges est de 90 à 100 mètres. Cette sorte de col porte le nom d’Aghelâd (passage).
Dans l’Est, sur la rive droite de l’ouâdi, apparaît le haut pic de Mârhet, qui domine le niveau moyen du plateau du Tasîli dans lequel on va entrer. Dans le bas de la vallée, est une ligne de hautes dunes de sables qui se prolongent dans l’Est jusqu’à Tânit-Mellet.
Sur la rive gauche de Târat, on trouve un énorme tamarix appelé Azhel- en-Bangou.
Près de ce point, dans le fond de la vallée, je remarque des grès ferrugineux sensibles à l’aimant[43], pierres détachées provenant de la partie supérieure de l’ouâdi. Plusieurs de ces pierres me paraissent avoir été soumises à l’action du feu ; j’en demande l’explication aux Touâreg qui me répondent avoir l’habitude de les faire rougir et de les jeter ensuite dans le lait afin d’en assurer la conservation.
Sans s’en douter, les Touâreg préparent ainsi un lait ferrugineux et devancent, sous ce rapport, les peuples civilisés qui, jusqu’à ce jour, se sont bornés à l’usage de l’eau ferrugineuse.
E. — Tasîli des Azdjer.
Le Tasîli du Nord ou des Azdjer, dont il est ici question, est un immense gradin de 500 kilomètres de longueur et de 130 kilomètres de largeur moyenne, orienté du Sud-Est au Nord-Ouest, et dont le point le plus élevé porte le nom d’Adrâr.
Ce plateau, à l’exception des vallées, est complétement dénudé ; on n’y trouve pas même d’herbe.
A partir de Târat, pendant l’ascension, ma boussole perd momentanément sa direction vers le Nord. Ne pouvant attribuer cet affolement aux grès ferrugineux d’Azhel-en-Bangou, j’interroge les Touâreg sur l’importance et l’étendue des gisements de fer dans leurs montagnes, et j’apprends que je devais en trouver sur plusieurs points de mon itinéraire jusqu’à Rhât.
Le ravin de l’Ouâdi-Alloûn me conduit sur les hauteurs du Tasîli.
Les berges de cet ouâdi constituent de chaque côté des murailles de grès, noircis à la surface, dont la hauteur augmente à mesure qu’on monte.
L’assise inférieure de ces murailles présente, au niveau du lit, un sable jaune grisâtre, légèrement concret[44], au milieu duquel je trouve des veines spathtiques[45] qui se prolongent en affleurements dans le lit. La masse, jusqu’au sommet de la berge, est un grès siliceux[46], compact, très-dur, dont la couleur varie suivant les minéraux dont il est imprégné.
Sur la rive droite de l’Ouâdi-Alloûn, au fond d’un ravin affluent, jaillit la source de Ahêr, dans un bassin à fleur de sol, d’un mètre carré à peu près, mais dont le réservoir est couvert par un rocher sous lequel résonne l’écho quand on plonge les seaux dans la source.
Sa température est de 19° 8, celle de l’air étant de 26°.
Le sol, autour de la source, porte des traces de dépôts salins.
Les rochers des environs forment des blocs anguleux détachés, des grottes ou abris sous lesquels vivent des pigeons et autres oiseaux.
Dans une de ces grottes, et sur un des rochers voisins, je trouve douze inscriptions en langue temâhaq que je copie.
A la sortie du ravin par lequel la source d’Ahêr débouche dans le lit de l’Ouâdi-Alloûn, je rencontre, sur la route, des traces de constructions régulières dont je lève le plan et qui me paraissent appartenir à la civilisation berbère. Les Touâreg, que j’interroge sur l’origine de ces constructions, me disent que ce sont les tombeaux des gens d’autrefois qu’on appelait Jabbâren ou géants. Il existe dans le pays un certain nombre de ces tombeaux.
Après le ravin desséché de l’Ouâdi-Alloûn, le plateau est hérissé de rocs énormes, séparés les uns des autres par de grandes crevasses. Ces rocs ont souvent une forme curieuse qui rappelle les pierres levées des anciens Druides ; mais, ici, l’origine de ces pierres étranges est toute géologique.
Ce sont d’immenses blocs aplatis[47] dans leur partie supérieure et tenus en équilibre sur une base étroite comme le pied d’une coupe, mais assez haute pour qu’un cheval et son cavalier puissent circuler sous le plateau supérieur. (Voir page 35.)
Ces formations bizarres sont dues à l’action des eaux diluviennes qui, en respectant la partie supérieure et la plus dure de la roche, ont rongé la partie la plus tendre du piédestal.
Le point du plateau qui supporte ces témoins géologiques, en nombre assez considérable, s’appelle Takarâhet. Plus loin, dans l’Est, le même plateau prend le nom significatif de Teroûrit (le dos), parce qu’il devient le point de partage des eaux qui se rendent du côté de l’Ouest dans le bassin de l’Igharghar, et dans l’Est, vers Tîterhsîn, d’où elles vont se perdre dans le bassin des dunes d’Edeyen.
Entre Takarâhet et Teroûrit, la route traverse successivement trois basses dépressions : celle de l’Ouâdi-Tîn-Array, de l’Ouâdi-Tîn-Têrdja, de Tîn-Tâkelît, qui portent les eaux du plateau aux sables de Tânit- Mellet, d’où elles vont rejoindre l’Ouâdi-Târat.
Les rochers nus qui séparent ces trois dépressions sont tellement hérissés et distribués sans ordre, qu’un excellent guide est nécessaire pour ne pas perdre la route. Ces rochers sont toujours de grès siliceux, dur, compact, noir à la surface, gris cendré à l’intérieur[48].
Après de nombreux détours au milieu de ces rochers, le chemin atteint la tête de l’Ouâdi-In-Ezzân, affluent du bassin de Tîterhsîn.
Le ravin assez large de cet ouâdi est bordé de chaque côté de hautes murailles formées de deux assises bien distinctes : la supérieure, composée d’un grès-quartzite[49], compact, blanchâtre à l’intérieur, avec coloration brune ferrugineuse à la surface ; l’inférieure, composée d’un grès grossier, siliceux, de couleur jaune sale[50].
Ce ravin conduit directement à Titerhsîn. Dans sa partie haute, il porte le nom d’In-Akhkh ; dans sa partie basse, celui de Timsennanîn.
Au confluent de l’Ouâdi-Tiferghasîn dans Timsennanîn, je trouve une pierre roulée[51], noire, à grain très-fin, lourde, qui, à l’examen, a été reconnue être du fer oligiste de la plus grande richesse.
Timsennanîn est séparé du bas de la vallée par une dépression du nom de Takhôba, au delà de laquelle on entre sur un terrain plus élevé, couvert de blocs de grès de formes accidentées ; après quoi on descend par une pente insensible dans le fond de la vallée.
Sur la rive gauche de l’ouâdi, à peu de distance de la route, est une petite ligne de sable, encore appelée Azekka-n-Bôdelkha, dernier vestige d’une chaîne de dunes dont j’ai déjà parlé (voir page 42) et qui tend à se reconstituer.
La vallée de Tîterhsîn, à fond alluvionnaire, est à l’extrémité orientale du Tasîli ce que la vallée des Igharghâren est à son versant Nord, c’est-à-dire le réceptacle des eaux pluviales qui, avec celles venant de l’Ouest de la plaine de Tâyta, vont se perdre dans les dunes d’Edeyen. Avant l’obstacle apporté par les sables, toutes ces eaux se réunissaient à celles des Igharghâren pour aller grossir l’Igharghar. Elles doivent s’y rendre encore, mais souterrainement.
La vallée de Tîterhsîn cesse d’avoir un bassin tracé à partir de sa sortie des montagnes ; de là jusqu’aux dunes, elle offre l’aspect d’une vaste plaine de sable.
Malgré le rôle hydraulique qu’elle joue, on n’y trouve de puits qu’à Tâdjenoût, au pied des dunes et à Tarz-Oûlli, dans la vallée. Ce dernier est comblé. Après les grandes pluies, il est vrai, il existe dans le lit de la rivière un endroit appelé Amezzien, où l’eau s’accumule et forme un rhedîr qui persiste pendant deux ans.
En tout temps, les sources de Tihôbar, dans l’Ouâdi-Taouezzak, affluent de Tîterhsîn, suffisent aux besoins des voyageurs.
Près de ces sources sont des cultures de blé.
Sur les rives desséchées du rhedîr d’Amezzien, je trouve des coquilles d’eau stagnante, mortes depuis longtemps, et qui ont été reconnues par M. Deshayes pour être la physa contorta (Michaud) et la bithinia dupotetiana (Forbes).
F. — Vallée d’Ouarâret.
Cette vallée porte communément et indistinctement les deux noms d’Ouarâret et d’Aghelâd.
Ouarâret est le nom particulier du principal ouâdi de la vallée.
Aghelâd signifie passage. En effet, la vallée est un vaste couloir entre le Tasîli et l’Idînen, par lequel passe la grande route de Ghadâmès à Rhât.
A 7 kilomètres de Tarz-Oûllî, on remarque sur le rebord rocheux du Tasîli le mont Têlout, entièrement isolé aujourd’hui, mais dont la constitution est tout à fait semblable à celle du Tasîli dont il semble détaché.
A quelques kilomètres, à gauche, en entrant dans la vallée, au sortir de Tîterhsîn, on aperçoit un petit plateau allant de l’Ouest à l’Est, du nom de Tizoûl (même racine que tazôli, fer). La couleur de la roche me paraît, de loin, noirâtre avec des nuances jaunes. Je ne tarde pas à être fixé sur la nature de sa formation.
En effet, à 20 kilomètres de Tarz-Oûllî, je trouve les puits artésiens d’Ihanâren, nouvellement curés, et, autour de ces puits, provenant des déblais, des dépôts de sables ocreux, contenant des débris végétaux, mais surtout remarquables par la quantité de fer qu’ils renferment[52].
Ces puits, au nombre d’une dizaine environ, ont été creusés à la façon de ceux de l’Ouâd-Rîgh et, comme eux, donnent des eaux jaillissantes servant à l’irrigation des terres voisines, au moyen de canaux et de réservoirs en maçonnerie.
Le 12 mars 1861, jour où je rencontrai ces puits, la température des eaux était de 24° 4 au fond des bassins, celle de l’air extérieur étant de 8°. Je dois ajouter que les outres contenant nos provisions d’eau avaient gelé dans la nuit du 11 au 12 et dans les deux précédentes.
La profondeur moyenne des puits est de 1m 50 à 2 mètres environ. Leurs orifices sont entourés de branchages pour éviter que les animaux y puissent tomber ; c’est pourquoi, sans doute, les déblais provenant du curage contiennent des matières végétales.
La vallée qui conduit à Rhât a 44 kilomètres de longueur, sur une largeur moyenne de 7. Sa direction générale est Nord et Sud.
Dans la vallée est une source, celle de Tinoûhaouen, appartenant à une dame de Rhât et exploitée pour l’irrigation.
Cette source, connue des anciens Touâreg, avait depuis longtemps disparu sous des masses de sables ; on l’avait déblayée en 1858.
Le sol de cette vallée, là où il n’est pas recouvert par des sables, est composé d’argiles roses, micacées, tantôt terreuses[53], tantôt schisteuses[54], qui se montrent sous forme de veines.
Les parties les plus basses de ces veines sont sillonnées d’affleurements d’alun qu’on exploite[55].
Sous les grès quartzites des berges de la vallée, sont des grès micacés[56], rougeâtres, très-fins et très-compacts, lamellés, se détachant en couches de 8 à 9 millimètres d’épaisseur.
Le mont Idînen, qui marque le côté oriental de la vallée d’Ouarâret, est réputé par les indigènes être le séjour mystérieux d’esprits surnaturels, Idînen, d’où lui est venu son nom.
La forme d’Idînen est celle d’un fer à cheval, du centre duquel part un ravin aboutissant au Tanezzoûft. M. le docteur Barth, qui a visité ce mont, s’exprime ainsi sur sa nature : « J’atteignis enfin la crête qui s’élève semblable à une muraille au sommet de la côte. Je constatai que ce massif se composait généralement de couches horizontales de marne reposant sur un lit de pierres calcaires ; sur le versant, je découvris un vaste chaos de blocs de rochers tombés du haut de la montagne. »
Rhât est adossée à une chaîne de collines peu importantes qui portent le nom de Koukkoûmen.
Autour de Rhât, on retrouve la terre végétale des oasis, légèrement sablonneuse et arrosée par de nombreuses sources qui sourdent de tous les points.
IIIe SECTION.
DE TÎTERHSÎN A ZOUÎLA.
Cet itinéraire géologique comprendra les divisions suivantes :
A. — Passage de l’Akâkoûs, entre Tîterhsîn et Serdélès ;
B. — Désert de Tâyta, entre Serdélès et Oubâri ;
C. — Parcours de l’Ouâdi-Lajâl, entre Oubâri et le plateau de Mourzouk ;
D. — Dunes d’Edeyen ;
E. — Hamâda de Mourzouk ;
F. — Dépression d’El-Hofra ;
G. — Cherguîya ;
H. — Massif du Hâroûdj.
A. — De Tîterhsîn à Serdélès.
La distance entre ces deux points est de 80 kilomètres.
Jusqu’à l’Ouâdi-Tanezzoûft, qui vient de Rhât et dont la vallée sépare le plateau d’Idînen de la chaîne de l’Akâkoûs, la route ne traverse guère que des sables et quelques petits plateaux pierreux entre des dunes de sables.
A Amarhîdet, je retrouve les argiles schisteuses[57] de la vallée d’Ouarâret, avec des colorations qui varient du rouge lie de vin au blanc pur en passant par les nuances intermédiaires du violet, du rose et du jaune, suivant les diverses stratifications.
Au delà du Tanezzoûft est le passage de l’Akâkoûs, d’abord par un plateau inégal, ensuite par un dédale de collines, de pitons et de ravins successivement échelonnés dans le plus grand désordre.
Sur un parcours de 4 kilomètres, la roche est nue, sans végétation et composée d’un grès fin, micacé, de couleur rosée, stratifié, très- solide[58].
La chaîne de l’Akâkoûs est tellement abrupte, dressée en forme de muraille, que c’est à peine si, une fois en dix années, il se rencontre parmi les Touâreg un homme assez adroit pour pouvoir en opérer l’ascension, par un unique escalier très-étroit, Abarqa-wân-dârren (chemin des piétons), et qui va chaque jour en se dégradant. On cite dans le pays les rares individus qui ont gravi ce rempart de roches dénudées, dont les pointes, dressées vers le ciel, présentent l’aspect le plus bizarre.
Le versant méridional de la montagne conduit, par une pente insensible, à Serdélès.
Ce point, que les Arabes appellent aussi El-’Aouïnât, est certainement l’un des plus remarquables du Sahara.
Si l’artiste peut, dans un seul coup d’œil, embrasser trois des grandes horreurs de la nature : le squelette dénudé de la chaîne de l’Akâkoûs, le désert de Tâyta, les dunes d’Edeyen ; si l’archéologue trouve dans les ruines du château d’Aghrem matière à exercer sa sagacité ; si l’attention du botaniste est appelée par un arbre gigantesque, l’acacia albida de Delille, unique de son espèce dans tout le pays d’Azdjer, celle du géologue est bien plus surexcitée encore par la constatation d’une série de faits, tous nouveaux pour lui.
D’abord, il est au point de partage des eaux entre le bassin de la Méditerranée et celui de l’Océan ; ensuite, au lieu d’une nature aride, sans eaux, comme celle des contrées environnantes, il trouve dans l’enceinte du château une source remarquable par son volume et, à côté, deux puits artésiens, alimentant de leur jet continu divers bassins aménagés pour l’irrigation des terres ; enfin, il est là sur le terrain le plus ancien connu sur tout le continent africain, le terrain dévonien, immédiatement inférieur aux dépôts houillers, et ce terrain apparaît dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur son identification.
M. de Verneuil, celui de nos professeurs le plus versé dans l’étude des terrains anciens, a bien voulu déterminer la nature des échantillons de roches que j’ai rapportés de cette contrée. Voici textuellement les notes qu’il a bien voulu rédiger à ce sujet.
« Il y a dans les échantillons de grès argileux de Serdélès soumis à mon observation deux espèces de coquilles fossiles reconnaissables : un spirifer et le chonotes crenulata.
« La plus abondante des deux espèces est un spirifer strié, à sillon lisse, appartenant au groupe des ostiolati de de Buch. C’est peut-être même le spirifer ostiolatus (Schlotheim) qu’on réunit aujourd’hui généralement au spirifer lævicosta (Valencienne).
« Il y en a deux variétés, l’une plus courte, l’autre plus transverse. Ces deux variétés s’observent dans le spirifer lævicosta tel que l’a figuré M. Schur. (Brachiopoden von der Eifel, pl. 32 bis, fig. 3 a-h.)
« Un des échantillons de Serdélès représente un area assez élevé qui pourrait le rapprocher du spirifer subcuspidatus (Schnur) de l’Eifel.
« Enfin on peut aussi comparer cette espèce au spirifer medialis (Hall), qui est abondant dans le Hamilton Group ou terrain dévonien de l’État de New-York.
« Quelle que soit l’espèce à laquelle on rattache le spirifer de Serdélès, c’est toujours avec une espèce caractéristique du terrain dévonien qu’il sera identifié, et c’est là le point capital.
« L’autre brachiopode que je distingue dans les deux échantillons qui m’ont été soumis est le chonotes crenulata (Römer). C’est une coquille exclusivement dévonienne et caractéristique surtout de l’étage moyen ainsi que la précédente. Elle a beaucoup de ressemblance avec le chonotes striatella du système silurien, mais elle a l’area un peu moins développé et sa plus grande largeur est au milieu des deux valves, ce qui lui donne une forme légèrement arrondie.
« Le terrain dévonien est aujourd’hui connu dans le Nord de l’Afrique sur trois points :
« 1o Dans le Maroc, où il a été découvert et décrit par M. Coquand, professeur à Marseille (voir le Bulletin de la Société géologique, vol. IV, page 1204) ;
« 2o Dans le Fezzân, où le docteur Overweg l’a trouvé en traversant l’Amsâk à 80 kilomètres environ à l’Est de Serdélès (voir Zeitschrift der deutschen geologischen Gesellschaft, IV Band. — Berlin, 1852) ;
« 3o Enfin, à Serdélès, d’où proviennent les deux échantillons soumis à mon examen par M. Henry Duveyrier[59].
« Dans le Sud de l’Afrique, ce même terrain dévonien se représente près du cap de Bonne-Espérance, dans la montagne de la Table.
« Le terrain silurien et le terrain carbonifère, le premier au-dessous, le second au-dessus du dévonien, n’ont pas encore été signalés en Afrique, que je sache au moins.
« Cependant, au Maroc, M. Coquand croit pouvoir rapporter au terrain silurien les calcaires à bronteus et à orthoceras qui sont au- dessous des grès dévoniens. (Voir le Bulletin, vol. IV. p. 1204.)
« Des grès argileux, assez semblables à ceux de Serdélès, se trouvent aussi à Almaden, en Espagne, dans le terrain dévonien. Ils abondent également en moules de spirifer dont quelques-uns sont voisins de l’espèce que nous venons de mentionner. »
Les échantillons soumis à l’examen de M. de Verneuil figurent dans ma collection sous les nos 37 et 38. Ils proviennent d’une roche près du château.
La même localité me fournit encore un grès ferrugineux[60] présentant quelques traces de coquilles indéterminables paraissant se rapporter aux grès précédents.
Mais, chose curieuse, près de la source, je retrouve le calcaire crétacé[61], jaunâtre, avec inocerames et bivalves, du plateau sur lequel est bâti Ghadâmès.
La source du château sort d’un bassin de 3 à 4 mètres de long, sur 1 mètre 50 de large. De là, les eaux s’écoulent, par un canal profond creusé dans la butte sur laquelle est bâti le château, pour aller arroser des cultures de céréales dans les environs.
A Serdélès, pour atteindre la nappe d’eau jaillissante, il faut creuser à la profondeur de trois hauteurs d’homme ; mais, disent les habitants, pour y arriver on a à percer une couche de roche très-dure, difficulté devant laquelle on recule pour augmenter le nombre des puits. D’ailleurs à quoi bon ? La nature du sol environnant, imprégné d’alun et de sel, n’est pas favorable à la culture, et son infertilité ne sollicite pas à entreprendre des travaux pénibles pour le féconder.
L’eau de la source, comme celle des puits, est excellente. L’une et l’autre sont employées aux irrigations. Les puits son particulièrement affectés à l’arrosage des palmiers.
A 4 kilomètres au Nord-Ouest, avant d’arriver au château de Serdélès, on trouve la source de l’alun, Tîn-Azârif, près de laquelle, en effet, de beaux affleurements d’alun blanc[62] me permettent d’en faire provision.
B. — Désert de Tâyta.
Dès la sortie du bassin de l’Ouâdi-Serdélès, on entre sur un terrain plus élevé, à gradins successifs, le tout de la plus grande aridité et recouvert de grès noirâtres. Bientôt on atteint une plaine unie, de gravier solide ; c’est le commencement du désert de Tâyta qui présente une formation géologique nouvelle ; ici, de grandes parties calcaires qui m’ont paru dolomitiques, sur et dans une pâte de grès avec laquelle elles forment corps ; là, des pierres détachées, d’un calcaire gris compact à grain très-fin[63] ; ailleurs, des rognons d’un conglomérat composé de grains quartzeux blancs réunis par une pâte rouge complétement siliceuse[64] ; à droite, du gravier pur ; à gauche, une terre rougeâtre tendre, avec ou sans gravier ; enfin, une roche composée de divers éléments : dolomies, quartz, silex, agglomérés ou plutôt fondus les uns dans les autres.
Le désert de Tâyta occupe l’espace compris entre les chaînes de l’Akâkoûs et de l’Amsâk, les oasis de l’Ouâdi-Lajâl, les dunes d’Edeyen et la plaine des Igharghâren.
Sur toute son étendue la végétation est nulle.
Sa largeur, entre l’Akâkoûs et l’Amsâk, c’est-à-dire de l’Ouest à l’Est, est de 65 kilomètres, et sa longueur, du Nord au Sud, est de 160.
Ma route coupe ce désert dans sa plus grande largeur, en me rapprochant du coude de l’Amsâk et en m’éloignant des dunes d’Edeyen.
J’aperçois de loin, dans le Sud-Est, la coupure de l’Amsâk, que M. le docteur Barth a traversée pour passer de l’Ouâdi-Aberdjoûch dans le désert de Tâyta. Elle est appelée Aghelâd par les Arabes et Alfao par les Touâreg[65].
« Des deux côtés de l’étroit passage, dit le célèbre voyageur, s’élevaient à une hauteur de cent pieds, des murailles de rochers à pic, composées d’énormes couches de marne et de grès, qui se rapprochaient quelquefois au point de ne plus laisser entre elles qu’un espace de six pieds. »
A sa sortie du défilé, M. le docteur Barth a trouvé le sol du désert aride, couvert de grès et de pierres calcaires.
Sous le même méridien, à 33 kilomètres dans le Nord, le sol se présenta à moi sous forme d’une terre rougeâtre et tendre, mais toujours recouvert de graviers et de pierres.
Plus on se rapproche de l’Amsâk, plus le plateau, tout en conservant ses caractères généraux, est jonché de pierres détachées, de grès ordinaire.
Au pied d’un des nombreux caps de l’Amsâk, apparaît une profonde caverne, avec une ouverture assez large pour donner passage à un chameau ; cette caverne est une ancienne carrière de pierres meulières, appelée Ouiderêren (les meules).
Sur un autre point, nommé Tîn-Aboûnda, surgissent des affleurements de calcaire blanc détérioré.
Avant l’arrivée à Tîn-Aboûnda, le désert perd son aspect désolé : à un sol nu, aride, sans végétation, sans eau, succède une forêt de gommiers, celle dite d’Oubâri, qui sépare le désert de Tâyta des nombreuses oasis de l’Ouâdi-Lajâl.
Deux puits, celui d’Essâniet et d’In-Tafarat, peu éloignés l’un de l’autre, témoignent aussi que la nature du sol a changé.
Le puits d’In-Tafarat, d’une profondeur de 4m 50, est creusé dans une terre ocreuse.
La pente générale du désert de Tâyta est du Sud-Est au Nord-Ouest. Toutes les eaux des versants de l’Amsâk, après avoir traversé la plaine de Tâyta dans des dépressions à peine marquées, vont se perdre dans les dunes d’Edeyen.
Le plateau sur lequel s’élève la forêt de gommiers est le point de partage des eaux entre le bassin de Tâyta et celui de l’Ouâdi-Lajâl.
C. — Ouâdi-Lajâl.
On donne le nom commun d’Ouâdi-Lajâl à une vallée de 190 kilomètres de longueur dans sa partie habitée et cultivée, et d’une largeur moyenne de 8 kilomètres.
Cette longue vallée, dont la direction et la pente générale sont de l’Ouest à l’Est, est bornée au Nord par le bourrelet méridional des dunes d’Edeyen et au Sud par la prolongation de la chaîne de l’Amsâk.
Au Nord, les dunes forment une ligne à peu près droite, tandis qu’au Sud la chaîne de l’Amsâk offre de nombreux caps et de nombreux golfes, sortants et rentrants, qui découpent inégalement ce côté de l’ouâdi.
La partie Ouest de cette vallée porte le nom de Ouâdi-el-Gharbi (vallée de l’Ouest) ; la partie Est, celui de Ouâdi-ech-Chergui (vallée de l’Est) ; elles sont séparées l’une de l’autre par deux promontoires : l’un de dunes, du côté du Nord ; l’autre de rochers, du côté du Sud. Mais géologiquement, ces deux vallées n’en font qu’une ; car elles ont la même pente à l’Est, la même nature d’eau et de sol.
Le sol, à la superficie, est un terrain de heycha, c’est-à-dire une terre alluvionnaire, légère, saturée de sel et boursouflée par l’action combinée des eaux et de la chaleur.
Ce terrain de heycha, on le retrouvera, plus au Sud, dans l’Ouâdi-’Otba, dans la Hofra ou dépression de Mourzouk, et dans la Cherguîya, autour de Zouîla.
Cette nature de terrain est aussi celle des oasis septentrionales du Nefzâoua, d’El-Faïdh, de l’Ouâd-Rîgh, du bassin de Ouarglâ et même du Touât.
Le sous-sol est un terrain d’alluvion jaunâtre, calcaire, mélangé de petits grains quartzeux très-roulés[66].
Dans cette grande vallée de l’Ouâdi-Lajâl, il n’y a pas de lit de rivière proprement dit ; mais, sur toute l’étendue de la vallée, on trouve, à une profondeur moyenne de 3m 60, une couche aquifère dont l’eau est amenée à la surface du sol au moyen de puits et d’appareils en charpente qui ne sont pas sans quelque analogie avec ceux usités en Égypte pour l’arrosage des terres. J’en donne un dessin ci-contre.
Toute la vallée est couverte de villages et de forêts de palmiers, à l’ombre desquels on cultive des plantes maraîchères et des arbres à fruits de diverses espèces.
J’ai à signaler comme dérogeant à l’uniformité générale de la vallée les objets suivants :
1o Une carrière d’argile à poterie, encore exploitée aujourd’hui, au pied du Djebel-Tîndé, l’un des caps de l’Amsâk qui dominent Oubâri ;
2o A Djerma, les grandes pierres de taille du monument romain, extraites des carrières de l’Amsâk, en grès rose, analogue à ceux des édifices de l’ancienne Égypte ;
3o Une mine de sel, de qualité inférieure à cause de son mélange avec une terre rousse, et située au milieu de l’Ouâdi-El-Gharbi, entre la chaîne de l’Amsâk et les dunes ;
Un système de puits à galeries, fogârât, creusé sur le flanc du versant Sud de l’Amsâk dans un golfe vis-à-vis l’ancienne Garama.
Me trouvant à Djerma, je ne pus m’empêcher de penser aux émeraudes garamantiques jadis si célèbres à Rome. Sur les lieux, on ne m’a donné que des renseignements négatifs ; mais les Arabes nomades de l’Ouâdi- ech-Chiati, à 120 kilomètres au Nord de Djerma, m’assurèrent que l’on trouvait chez eux de ces émeraudes enchâssées dans des bagues provenant des fouilles des anciens tombeaux. D’autre part, on sait que des émeraudes ont été découvertes dans le Touât, qui devait être compris dans le pays des Garamantes, dont la domination s’étendait dans l’Ouest jusqu’à l’oasis du Tafilelt, l’ancienne Sedjelmâssa. Il est donc possible que les émeraudes de l’antiquité aient été trouvées ailleurs qu’aux environs de Djerma.
Le nombre des villages de l’Ouâdi-El-Gharbi est de onze, savoir :
Oubâri, Ghoreyfa, Touech, Djerma, Teouîoua, Berêg, El-Fogâr, Tekertîba, El-Kharâig, Garâgara, El-Fejîj.
Je ne puis indiquer ceux de l’Ouâdi-Ech-Chergui, n’ayant pas visité cette partie de la vallée.
Pl. IV. Page 68. Fig. 9.
D. — Dunes d’Édeyen.
Edeyen, en langue temâhaq, signifie dunes. Je donne ce nom à toute une région de sables, courant de l’Ouest à l’Est, que j’ai traversée entre les plateaux de Tînghert et d’Eguélé, puis longée dans la traversée du désert de Tâyta, et que je retrouve au Nord de l’Ouâdi-el- Gharbi en visitant les lacs de Gabráoûn et de Mandara. M. le docteur Barth l’a parcourue dans sa plus grande largeur entre l’Ouâdi-ech-Chiati et l’Ouâdi-el-Gharbi, en se rendant directement de Tripoli à Mourzouk.
La longueur de cette zone de sables, de l’Est à l’Ouest, est de 800 kilomètres environ.
Sa largeur moyenne est de 80.
Dans mon itinéraire géologique de Ghadâmès à Rhât, j’ai indiqué la nature de cette zone entre Ohânet et Abrîha.
Un itinéraire de Ghadâmès à Rhât, recueilli par renseignements, me donne sa largeur entre Tâghma et Tidjedakkannin, avec un puits au milieu, celui d’El-Mîsla.
J’extrais de l’itinéraire du docteur Barth, entre l’Ouâdi-ech-Chiati et l’Ouâdi-el-Gharbi, les renseignements suivants :
« Notre route, extrêmement pénible, nous conduisit presque sans cesse entre de hautes et roides collines de sable. Il s’élevait encore dans certains endroits des groupes de palmiers. Le plus important est l’Ouâdi-ech-Chiouch, enseveli entre deux hautes dunes de sable blanc mouvant.
« Dans notre seconde journée de marche, les collines de sable étaient si escarpées qu’il nous fallait, de nos mains, en aplanir les côtés pour que nos chameaux pussent y avoir pied ; l’un de nos chameliers me dit que cette zone de sable s’étendait, du Sud-Ouest au Nord-Est, depuis Douessa jusqu’à Foukka. »
J’ignore quelle est la position de Douessa, mais je connais celle de Fogha, à l’Est de ma route de retour par Sôkna, et je crois devoir ne pas prolonger jusque-là la zone de ces dunes, bien qu’en effet les sables s’y montrent encore, mais non plus sous la forme de dunes compactes et pressées les unes sur les autres.
« Notre troisième journée de marche, ajoute M. le docteur Barth, continua à travers des collines de sable. Après avoir traversé l’Ouâdi- Djemmal, nous arrivâmes à la pente la plus escarpée de ce désert de sable.
« Nous campâmes dans l’Ouâdi-Tiguidéfa, près de deux palmiers plantés l’un à côté de l’autre et d’une source abondamment pourvue de fort bonne eau.
« Après douze heures de marche dans les dunes de sable, nous arrivâmes, le quatrième jour, dans l’Ouâdi-el-Gharbi. »
En allant visiter les lacs de Mandara, de Gabráoûn, de Bahar-ed-Doûd et autres, situés dans ces dunes, au Nord de l’Ouâdi-el-Gharbi, j’eus l’occasion de les reconnaître de nouveau. Je les trouvai dépourvues de végétation, d’un accès difficile, tantôt formant des chaînes, tantôt s’élevant, à de grandes hauteurs, en pitons isolés taillés presque à pic.
Un des caractères distinctifs de cette région est d’être abondamment pourvue d’eau, car indépendamment des dix lacs salés ou d’eau douce dont il a été question au chapitre précédent, il en est encore d’autres que je n’ai pas cru utile d’aller visiter, parce qu’ils m’ont paru tous de même nature.
M. le docteur Barth constate aussi la présence de l’eau en plusieurs points.
On dirait donc que cette immense région de sable a pour mission de conserver les eaux des hauteurs qui les bordent.
E. — Hamâda de Mourzouk.
Entre l’Ouâdi-el-Gharbi et Mourzouk s’étend un plateau que les indigènes appellent hamâda, sans le différencier par un nom particulier des autres hamâd, mais auquel je donne le nom de la capitale du Fezzân, afin de le distinguer de ses homonymes.
En sortant de l’Ouâdi-el-Gharbi, on doit traverser la chaîne de l’Amsâk par un col étroit, difficile à gravir, à cause des pierres glissantes qui obstruent le passage ; puis on entre dans la hamâda, dont le sol, dépourvu de végétation, est couvert d’un gravier mélangé de terre formant un tout solide. Cette contrée me rappelle, malgré moi, la hamâda entre Laghouât et le pays des Beni-Mezâb, avec cette différence que les pistachiers du Sahara algérien sont remplacés dans le Fezzân par des gommiers.
On me signale à peu de distance, dans l’Ouest de la route, un puits de 45 mètres de profondeur ; plus loin, je trouve dans le lit de l’Ouâdi- er-Resiou un autre puits qui n’a plus que 18 mètres ; il s’appelle Bîr-’Amrân. La hamâda conserve toujours l’aspect d’un désert sec et aride jusqu’à l’Ouâdi-’Otba.
L’Ouâdi-’Otba est une longue vallée qui prend son origine dans la chaîne de l’Amsâk et se prolonge dans l’Est jusqu’au delà de la route de Mourzouk à Sôkna. Il ne forme oasis que dans sa partie centrale, là où des alluvions sablonneuses permettent la culture des palmiers et des autres arbres.
On y compte cinq villages, savoir :
Tessâoua, Agâr, Tiggerourtîn, Marhaba, Doûjâl, tous rapprochés les uns des autres et réunis ensemble par des plantations de palmiers.
Grâce à l’altitude du plateau, on trouve dans cette oasis des végétaux des zones les plus différentes, entre autres l’olivier à côté du palmier, le pommier et le pêcher à côté du gommier et d’autres arbres de l’Afrique centrale.
L’Ouâdi-’Otba, comme l’Ouâdi-el-Gharbi, n’est alimenté d’eau que par des puits. La nature du sol est la même, mais moins saline.
Entre l’Ouâdi-’Otba et la dépression de Mourzouk, on traverse la suite de la hamâda, couverte de gravier en tout semblable à celui qu’on a rencontré dans la partie Nord ; quelques petites dunes de sable viennent de temps en temps atténuer la monotonie du paysage.
La distance entre l’Ouâdi-el-Gharbi et l’Ouâdi-’Otba est de 55 kilomètres, celle de l’Ouâdi-’Otba à Mourzouk est de 45 ; ensemble 100 kilomètres.
Ce plateau, que j’ai traversé obliquement, est limité au Nord et dans l’Ouest par la chaîne de l’Amsâk ; mais dans le Sud et dans l’Est, il se prolonge indéfiniment jusque dans le pays des Teboû ; ce qui rend les routes méridionales de ce côté si pauvres en eau.
F. — Dépression de la Hofra.
La dépression dans laquelle se trouve Mourzouk, et que les indigènes appellent Hofra (bas-fond), est une surface unie de 110 kilomètres de long sur 15 de large environ, divisée en deux parties inégales, l’une de 30 kilomètres à l’Ouest, l’autre de 80 à l’Est de la capitale du Fezzân.
Son fond est par excellence une terre de heycha, c’est-à-dire un terrain alluvionnaire salin, à couches aquifères à peu de profondeur.
Les alluvions de la Hofra sont de sable mêlé d’argile, formant un tout assez solide, mais facile à travailler.
La terre est tellement saline que les briques, avec lesquelles la ville de Mourzouk est construite, se fondent à la pluie comme le sel lui-même.
La profondeur moyenne des puits est de quelques mètres ; l’eau qu’ils fournissent est un peu saline comme le sol et d’une digestion difficile.
Aux environs de Trâghen, existe une source, celle de Ganderma, l’une des plus belles qu’on puisse trouver dans la région saharienne.
La fontaine est entourée d’une muraille d’enceinte assez vaste, mais très-mal conservée. Cette construction est défendue, sur toute sa circonférence, par un fossé qui porte le nom de gandô. Il servait autrefois de réservoir, d’où les eaux se rendaient par trois canaux aux plantations de palmiers jusqu’à Ghoddoua, à 2 kilomètres de la source. Ces canaux, dont on peut encore suivre le tracé, avaient de 0m 70 à 1 mètre de largeur ; ce qui témoigne d’un débit considérable.
Au moment de la conquête arabe, la source fut, dit-on, bouchée avec des coins en pierre ; seul moyen que trouvèrent les conquérants pour réduire à leur discrétion la ville païenne de Trâghen. Depuis cette époque, la plus grande partie des eaux se perd dans le sol.
Toute l’étendue de la dépression de la Hofra est couverte, de l’Ouest à l’Est, de villages, de plantations de palmiers et de cultures de toute nature.
Au Sud-Ouest de Trâghen, à 2 kilomètres environ, s’étend une sebkha autour de laquelle on rencontre des pierres bizarres appelées merch ou fordogh.
Ces pierres, de nature calcaire, ont subi une sorte de cristallisation, mais, au lieu de prendre des facettes régulières comme celles des cristaux, elles montrent les formes les plus étranges, cependant toujours terminées par des lignes courbes ; ce sont probablement des concrétions accidentelles des particules calcaires dont les terrains voisins des sebkha sont comme imprégnés. Les produits naturels auxquels on peut le mieux les comparer sont les stalactites.
Touîla est dans l’Est le dernier village de la Hofra ; il est bâti au pied d’un petit plateau pierreux qui forme la limite orientale du bassin. Sur l’un de ses versants, on a construit un puits à galerie ou fogâr, qui amène l’eau dans les réservoirs échelonnés servant à l’arrosage.
G. — La Cherguîya.
La Cherguîya est séparée de la Hofra par une petite hamâda, continuation probable de celle de Mourzouk et entrecoupée de dépressions alluvionnaires salines de même nature que la Hofra elle-même.
En quittant Touîla pour aller dans la Cherguîya, on gravit immédiatement le petit plateau pierreux auquel cette ville est adossée.
Ce plateau est composé d’un grès[67] quartzeux, brun lie de vin, probablement chauffé par les anciens volcans, et d’un grès grossier, très-siliceux, blanchâtre[68] dans certaines parties, jaunâtre[69] dans d’autres.
A l’extrémité orientale de ce plateau, on trouve Maghoua, petit village bâti dans une dépression saline dont l’eau a un goût de sel très- prononcé.
En continuant la route dans l’Est, le sol est recouvert de buttes de terre couronnées de tamarix ethel qui portent à croire que ces arbres auraient protégé de leurs racines la partie d’un terrain autrefois plus élevé. Une inondation formidable et récente aura probablement ravagé celles de ces terres que les tamarix ne couvraient pas.
Dès qu’on quitte ce sol végétal, on rentre dans la hamâda avec son fond pierreux. Au milieu est bâti le petit et misérable village de Tha’aleb. Au delà, la hamâda recommence, d’abord avec un sol de sable et de gravier, puis avec un sol pierreux. Enfin elle finit, et on arrive à Oumm-el-Arâneb, village encore bâti sur le plateau.
Sur la droite de la route, on a laissé une dépression légère appelée El- Guerâra, et plus loin une haute gâra ou témoin isolé.
En quittant Oumm-el-Arâneb, une longue colline rocheuse, de 20 kilomètres environ, reste dans le Nord ; le sol devient sablonneux sans être mouvant jusqu’au village d’El-Bedîr ; au delà on continue à voyager sur un fond de sable mélangé à de la chaux ; après quoi on traverse un petit plateau pour descendre dans une dépression riche de végétation dont le village d’Oumm-es-Sougouîn occupe le centre.
Après cette dépression, couverte de palmiers sur une étendue de plusieurs kilomètres, reparaît une hamâda sablonneuse plus élevée que l’oasis.
Je dois faire remarquer ici que, depuis l’entrée dans la hamâda séparative de la Hofra, des sables se montrent toujours dans le Sud, parallèlement à la route suivie. Au delà de la hamâda d’Oumm-es- Sougouîn, les dunes se prolongent à 2 kilomètres de la route avec une bordure de palmiers, puis on monte un nouvel échelon de la hamâda redevenue pierreuse, et sur ce gradin, qui permet de dominer les dunes de droite, on aperçoit une longue ligne de hauteurs bleues à 14 kilomètres environ. Je suppose que c’est le rebord du plateau sur lequel on trouve Gatrôn et Wao.
Le village de Medjdoûl, qui fait partie de la Cherguîya, est situé entre la ligne des sables et celle des hauteurs bleues.
Des points élevés de la hamâda d’où je plonge mes regards vers le Sud, on descend par une pente douce dans les terres de culture et les plantations de Zouîla.
De Touîla à Zouîla, la distance est de 70 kilomètres. Je n’ai pu ni entrer ni séjourner dans cette dernière ville, et j’ai dû la quitter quelques heures après avoir atteint ses jardins.
Tout ce que j’en sais, c’est que l’oasis de ce nom est considérable comme étendue et couvre le bas-fond d’une dépression entre une ligne de dunes de sables au Sud et une ligne de collines rocheuses au Nord. L’eau qui alimente la ville est fournie par des puits.
Ici se termine ma reconnaissance à l’Est des montagnes occupées par les Touâreg.
Je m’étais proposé, en m’avançant dans l’Est du Fezzân, d’aller jusqu’au massif du Hâroûdj, sur la route de l’Égypte, pour embrasser dans son ensemble le mouvement géologique auquel est due la formation des montagnes de cette partie du Sahara ; mais, à la résistance que je rencontrai à Zouîla, malgré l’appui du gouvernement turc, je reconnus que je ne serais pas mieux accueilli chez les fanatiques des villes de Fogha et de Zella et chez les Arabes nomades de la montagne ; je me bornai donc à recueillir des renseignements qui, complétés par ceux du voyageur Hornemann et de M. de Beurmann, ne laissent aucun doute ni sur la nature volcanique de ce massif, ni sur sa position.
H. — Massif du Hâroûdj.
Construit d’après mes renseignements combinés avec ceux du voyageur Hornemann, le massif volcanique du Hâroûdj constitue un grand système de montagnes entièrement isolé, de 224 kilomètres du Nord au Sud, sur une largeur moyenne de 170 de l’Ouest à l’Est, traversé obliquement par la route des caravanes du Fezzân en Égypte, entre Zouîla et Aoudjela, route que Hornemann a parcourue à grandes marches en 5 jours 1/4.
Sa principale altitude, de 800 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, est indiquée à l’angle Nord-Est, à peu de distance de Zella ; de ce point, la montagne s’incline graduellement vers le Sud-Ouest, de manière à venir se confondre avec les collines de la hamâda calcaire qui l’enveloppe, de Zella à Fogha, de Fogha à Temessa, de Temessa à Wao, ce qui a fait distinguer un Hâroûdj noir (el-Asoued) au Nord et un Hâroûdj blanc (el-Abiod) au Sud.
J’estime à 600 mètres l’altitude moyenne du plateau sur lequel se développe le Hâroûdj.
D’après Hornemann, la surface générale du pays présenterait des chaînes continues de collines courant dans diverses directions, de 8 à 12 pieds seulement au-dessus du niveau intermédiaire, et entre ces coteaux (sur une surface parfaitement unie) s’élèveraient des montagnes isolées à rampes extrêmement escarpées ; l’une d’elles, le Stres, était fendue depuis le haut jusqu’au milieu ; une autre, depuis le pied jusqu’au sommet, était couverte de pierres détachées de même nature que les collines.
Entre les collines basses et les pics surélevés, il y a de petites vallées couvertes de sables et de végétation, dont quelques-unes de 4 kilomètres de largeur. Au milieu de ces parties planes seraient épars des blocs de pierre, de même nature que celle des pics des montagnes.
La roche du Hâroûdj est moitié rouge, moitié noirâtre ; la partie rouge, plus poreuse, plus spongieuse, plus légère, est moins dense que la noire. Dans ces scories, Hornemann n’a pu découvrir aucune matière ou substance étrangère.
La couche de terre servant d’assise à ces masses de verrues rocheuses lui a paru des cendres sorties d’un volcan.
La stratification des pierres est horizontale, mais souvent dérangée : une partie du premier lit s’enfonçant et se mêlant avec celles du second et celles du second avec celles du troisième.
Quelquefois, ajoute le voyageur, il ne paraît pas du tout de strata et une suite de collines basses est formée d’une masse solide de rochers, avec des crevasses dans la direction du Nord.
Hornemann rencontra une caverne de 9 pieds de profondeur et de 5 pieds de largeur ; il éprouva, dit-il, des sensations telles que s’il avait vu l’entrée des enfers.
Son interprète, Frendenburgh, en vit une autre dont les escaliers étaient noirs jusqu’à une profondeur considérable et dont le stratum était de pierre blanche.
Pour Hornemann, il n’y a pas de doute, la formation du Hâroûdj est due à un soulèvement volcanique.
Dans sa partie occidentale, à une journée de marche dans l’intérieur du massif, le cheïkh de Fogha indique une source sulfureuse, nouveau témoignage de l’action volcanique.
A part cette source, impropre à l’alimentation, mes indicateurs ne me signalent aucune eau dans toute cette région.
Après les pluies, on en trouve dans des rhedîr ; c’est là que s’abreuvent les bergers et les troupeaux des tribus nomades des Riah, des Oulâd-Khérîs et de la Cherguîya, qui, seuls, dans la saison des pâturages, fréquentent cette contrée désolée.
Ce que Hornemann appelle le Hâroûdj blanc n’est qu’une partie de la hamâda de la Cherguîya soulevée, mais non atteinte par l’action du feu souterrain.
Dans les roches blanches et calcaires de cette contrée, dit-il, on trouve des squelettes entiers de gros animaux marins pétrifiés, des têtes de poissons qu’un homme pourrait à peine porter, des coquillages, des conques variées et en grand nombre.
Il est regrettable que le fanatisme des habitants de la ville de Zouîla ne permette pas à un géologue expérimenté d’aller explorer librement les deux Hâroûdj ; car on pourrait y faire une ample collection de grands fossiles. Le meilleur moyen de pénétrer avec sécurité dans cette contrée est de se placer sous la protection des Riah, Arabes nomades des environs de Sôkna, habitués aux relations avec les Européens et qui vont chaque année faire paître leurs troupeaux dans le Hâroûdj.
J’aurai l’occasion de signaler un gisement de grand fossile dans le Ahaggâr.
D’ailleurs, les fossiles ne paraissent pas rares dans certaines parties de l’Afrique centrale ; car un de mes informateurs qui a fait de fréquents voyages au Kânem m’indique de grands animaux fossiles dans les roches des ravins du Bahar-el-Ghozâl.
IVe SECTION.
DE MOURZOUK À LA MER PAR LE MASSIF VOLCANIQUE DE LA SÔDA.
Dans cet itinéraire géologique, accessoire à l’objet principal de ce travail, je me bornerai à décrire à grands traits ma route, en n’appelant l’attention que sur les points justificatifs de ma carte et sur ceux dans lesquels l’action du feu souterrain se révèle.
De Mourzouk à la Sôda, on ne quitte guère qu’accidentellement les terrains pierreux des hamâd, d’abord celle à laquelle j’ai donné le nom de Hamâda de Mourzouk, puis la grande Hamâda-el-Homra, comprise entre Ghadâmès et Sôkna de l’Ouest à l’Est, et entre El-Hesî et Gueria du Sud au Nord.
Je me limiterai donc aux constatations suivantes :
Traversée de la Hofra, au Nord de Mourzouk ;
Rencontre successive d’une petite sebkha, produisant un peu de sel, à la hauteur de Cheggoua ; d’un second bas-fond couvert de palmiers broussailles ; d’une dépression à sol de sebkha humide ; du lit de l’Ouâdi-’Otba qui se prolonge encore dans le Nord-Est ;
Entre ces bas-fonds, terrains couverts tantôt de pierres de grès- quartzite grossier[70], tantôt d’un simple gravier, alternant entre eux ;
Entre le puits de Néchoûà et le village de Delêm, un fragment roulé de lave[71] dont la couleur varie du vert au noir ;
De ces points à Ghoddoua, gravier solide, semé de pierres noirâtres ;
Au Nord de Ghoddoua, terrain sablonneux couvert de tamarix ethel et de palmiers broussailles qui indiquent la présence de l’eau à peu de profondeur ;
Dans l’Ouâdi-Néchoûà, Bîr-el-Wouchka (puits entouré de palmiers broussailles) au fond d’une petite grotte creusée dans l’argile ;
Gravier solide, avec affleurement de pierres ;
Fin des collines rocheuses signalées au Nord de ma route de Mourzouk à la Cherguîya ;
Dépression d’El-Mehyâf, à sol nu, à bords déchiquetés et hérissés de pitons ;
El-Bîbân (les portes), petit col entre le dernier contre-fort oriental de la chaîne de l’Amsâk et les hauteurs rocheuses du Nord de la Cherguîya qui n’en sont que la continuation atténuée ;
Terrain sablonneux, prolongement des dunes d’Edeyen, dans lequel des palmiers à haute tige et en broussailles se succèdent d’El-Gordha à la ville de Sebhâ ;
Au Nord de Sebhâ, continuation des sables avec palmiers ; hauteurs de 20 mètres composées de grès noir ; dépression pierreuse de Hadjâra (les pierres), avec palmiers ; plaine de Ouâsâà-Khanga (large défilé), à sol de gravier et de pierres et bordée à l’Est et à l’Ouest par des hauteurs qui se prolongent jusqu’à Hotîyet-el-Ghazi (la plaine des maraudeurs), où les sables reparaissent ;
A la sortie des sables, puits de Sâlah-ber-Rekheyyis, avec une eau puante impossible à boire ; sol de gravier avec sables, devenant argileux à l’approche des palmiers de Temenhent.
Les eaux de cette oasis sont douces ou salées, suivant les puits d’où on les tire.
En continuant la route au Nord de Temenhent : d’abord terre argileuse et palmiers avec dunes à 2 kilomètres au Nord ; ensuite sol couvert de pierres noires et d’affleurements de calcaire blanc ; puis dépression riche en végétation et dans laquelle se trouve le puits de Gourmêda.
Après Gourmêda, sol pierreux, ligne de petites montagnes coupant la route. A l’Est apparaissent les plantations de Semnou et celles de l’oasis de Zîghen.
A la sortie des palmiers de Zîghen, le sol s’élève par gradins superposés ; à 10 kilomètres au Nord, les sables réapparaissent, et plus loin, de leur milieu, se dressent des hauteurs noires ; entre les sables et le plateau est la source d’’Aouînet-Tittaouîn. Toujours le voisinage des sables donne de l’eau. On en retrouve encore au puits d’Oumm- el-’Abîd et à un fogâr, ou puits à galerie horizontale situé sur la route, et creusé dans le rebord occidental d’une petite dépression, lequel rebord est composé d’argile feuilletée, recouverte de pierres de grès noir et gris.
Entre ces puits et la montagne volcanique de la Sôda, la route est tout entière dans une hamâda qui d’abord porte le nom de Serîr-ben-’Afîn, puis celui de Boû-Hogfa.
Serîr est synonyme de hamâda.
Mais cette hamâda n’est pas un plateau uni : d’abord elle est coupée par la ligne de collines de Mehyâf, de 10 mètres de hauteur environ, composée d’une roche blanche analogue au plâtre sablonneux ; puis viennent deux petites lignes de sable et une dépression, El-Hofer ; et enfin la ligne des collines blanches du Gâf que la route traverse entre deux mamelons symétriques.
A l’Ouest de Mehyâf se dresse la gâra ou témoin d’’Ameyma qui en est détachée.
A l’Est de la route, mais entre El-Hofer et le Gâf, sont les hautes dunes de Remla-el-Kebîra.
Au delà du Gâf, on aperçoit les hauteurs de la Sôda, et le sol, composé d’un gravier rougeâtre, commence à être parsemé de pierres basaltiques que l’on trouvera en plus grandes quantités dans le ravin de Máitbât, au pied même de la Sôda.
Le Djebel-es-Sôda, ou montagne noire, est un massif volcanique comme le Hâroûdj, isolé comme lui, au milieu d’une hamâda de calcaire blanc.
Sa longueur est de 110 kilomètres environ de l’Est à l’Ouest, et de 55 environ du Sud au Nord. Une sorte de col formé par une série successive de ravins le traverse dans cette dernière direction, et le divise en deux sections, la Sôda-Gharbîya et la Sôda-Cherguîya. C’est dans ce col que passe la route.
L’altitude moyenne de la Sôda est de 736 mètres au dessus du niveau de la mer ; les sommets les plus élevés sont le Dhâharet-es-Sôda dans l’Ouest, et la Gâret-Tefîrmi dans l’Est.
A partir du ravin d’El-Máitbât, en continuant la route, on commence à gravir les pentes méridionales du massif, au milieu d’amas de grosses pierres basaltiques.
Dans l’Ouest, au loin, est une montagne importante, Gâra-el-Kohela (le témoin noir), isolée comme toutes les goûr, mais, par sa nature noire, appartenant au massif de la Sôda.
Les échantillons des roches que j’ai rapportés de cette contrée ont été déterminés par M. Des Cloizeaux, ainsi qu’il suit :
Échantillon no 50. « Roche volcanique amygdaloïde basaltique, remarquablement lourde, contenant probablement du fer et du péridot. Cette roche indique presque certainement un épanchement volcanique sous- marin. »
Échantillon no 51. « Amygdaloïde basaltique avec géodes remplies de calcaire et d’une substance brune paraissant analogue à l’hyalosidérite. Cette roche se retrouve dans les volcans éteints de l’Islande et de l’Auvergne. »
Les Arabes qui m’accompagnent, et qui sont des Riah de Sôkna, dont les troupeaux, après avoir consommé les pacages de la Sôda, vont dans le Hâroûdj, m’affirment que les pierres de ce dernier massif sont de même nature que celles de la Sôda.
Hornemann, qui traversa la Sôda après avoir reconnu le Hâroûdj, fit la même constatation.
Le point culminant de la route, celui qui forme le partage des eaux, est Dhâharet-Moûmen (le dos de Moûmen), plateau uni, très-vaste, couvert de grosses pierres.
Au centre de ce plateau est une légère dépression à sol de gravier ; elle se nomme El-Mejnah.
De Dhâharet-Moûmen, la route continue par une succession de ravins et de vallées jusqu’à Sôkna, au pied du versant Nord de la montagne.
Dans cette seconde partie de la route, la nature des roches s’est modifiée : les pierres basaltiques n’occupent plus que le haut des berges ; celles qu’on trouve dans le lit de l’ouâdi ont toutes été roulées ; le fond des roches est un calcaire coquillier, de couleur rougeâtre, qui repose lui-même sur des argiles.
Les ravins successivement suivis ou traversés sont :
Au Sud de Dhâharet-Moûmen,
L’Ouâdi-Temechchîn, très-étroit, qui se dirige vers l’Est ;
L’Ouâdi-Fonguer ;
L’Ouâdi-Ouiddegânen (les lits de ces deux ouâdi se creusent de plus en plus et ont des berges très-marquées) ;
Megrîz-es-Sâmeha ;
Megrîz-el-Ghârega ;
L’Ouâdi-Tîn-Guezzîn, assez vaste et profond ;
L’Ouâdi-Boû-l’Hâchem ;
L’Ouâdi-Boû-l’Ferêa’a ;
Au Nord de Dhâharet-Moûmen :
L’Ouâdi-Tefîrmi, profond ;
L’Ouâdi-Zeggâr, qui se dirige dans l’Est ;
L’Ouâdi-el-Wouchka ;
L’Ouâdi-Boû-Souwân ;
L’Ouâdi-el-Afenât.
Le nombre considérable d’ouâdi rencontrés ou traversés indique combien la Sôda est ravinée et accidentée, et, bien certainement, la route la parcourt dans sa partie la plus accessible.
Une argile verdâtre[72], imprégnée de sel marin, et parsemée de cristaux de gypse lamellaire, sert de base au calcaire de l’Ouâdi-el-Wouchka.
Ce calcaire, crétacé[73], gris, jaunâtre, saccharoïde, contient des moules de cardium et de turritella indéterminables.
L’Ouâdi-Tîn-Guezzîn a des puits-citernes (themed) dans le haut ; mais le seul puits réel de la route est celui de Gottefa, dans la vallée de Boû-Souwân.
Un pacha du Fezzân, Moukkeni, avait entrepris d’en faire creuser dans le ravin de l’Ouâdi-Temechchîn ; il a dû abandonner cette entreprise ; depuis, les travaux ont été continués par un riche marchand de Sôkna, Makersou, mais sans plus de succès, malgré la grande profondeur du forage.
Sur la périphérie du massif, on me signale huit puits, savoir : Wenzeref, Oumm-es-Slâg, Meguettem, ’Açîla, ’Aâfia, Zâkem, Ferdjân, Zemâmîya.
J’ignore quelle est la qualité des eaux de ces puits, mais celles de Sôkna se troublent beaucoup par l’addition du nitrate d’argent, qui ne s’y dissout pas complétement, ce que j’ai pu constater en cherchant à préparer un collyre. Celle de la petite ville de Hôn, à 12 kilomètres Est de Sôkna, est amère et encore plus désagréable au goût ; enfin celle de Zemâmîya, que j’ai eu l’occasion de goûter, en allant de Sôkna à Bondjêm, est aussi amère et mauvaise, comme celles de toute cette région.
Je ne continuerai pas cet itinéraire dans les détails qu’il comporte jusqu’à la mer. Je me bornerai à dire qu’au Nord de Zemâmîya, les sables disparaissent, le sol devient calcaire, et toutes les montagnes sont de calcaire blanc compact. La seule exception à cette loi générale est à quatre journées de marche de Tripoli, dans les berges de l’Ouâdi-Nefîd : on y retrouve la même structure géologique que sur le flanc Nord de la Sôda, notamment dans le Chaa’bt-es-Sôda, où des pierres basaltiques sont éparses sur une assez grande étendue de terrains calcaires[74].
Toutefois, je ne puis m’abstenir de parler de la grande Hamâda-el-Homra (la rouge), dont les quatre points cardinaux sont marqués par Ghadâmès à l’Ouest, Gueria-el-Gharbîya au Nord, Sôkna à l’Est et El-Hesî au Sud.
M. le docteur Barth l’a parcourue du Nord au Sud sur une étendue de 215 kilomètres. De l’Est à l’Ouest, elle en a 690. Dans cette dernière direction, aucune route ne la traverse, parce qu’aucun animal ne peut supporter la faim et la soif assez longtemps pour entreprendre un pareil voyage.
D’après le savant voyageur, l’altitude moyenne du plateau est de 451 à 486 mètres. A son point le plus élevé, Redjem-el-Erha (le tas de pierres meulières), il atteint 511 mètres.
Le caractère général de cette hamâda est d’être totalement dépourvue d’eau et presque totalement de végétation et d’animaux. Les oiseaux eux- mêmes n’entreprennent pas sa traversée sans danger ; aussi, comme en mer, leur présence signale-t-elle le voisinage d’une terre habitable.
Une tranchée, profondément creusée dans le roc, permit à MM. Barth et Overweg de constater la formation géologique de ce plateau.
« La masse générale des pierres de l’escarpement, dit le docteur Barth, se compose de grès que l’on prendrait, au premier abord, pour du basalte, à cause de la surface complétement noire qu’elles offrent, ainsi que des blocs détachés qui gisent à leur pied.
« Au dessus de cet immense lit de grès, recouvert à certains endroits d’une couche d’argile mêlée de gypse, reposait une autre couche de marne au-dessus de laquelle se trouvait une croûte supérieure de calcaire et de silice. »
Les renseignements particuliers qui m’ont été donnés par les indigènes me permettent d’ajouter que le niveau uniformément plat de la hamâda n’est interrompu que par quelques dunes, des goûr et de légères dépressions.
M. Francesco Busettil, officier de santé de la garnison de Mourzouk, qui a parcouru la hamâda, m’a remis plusieurs fossiles trouvés sur sa route, entre autres :
1o L’ostrea larva[75] (Lamk), de l’étage sénonien de d’Orbigny, de la craie blanche à silex, de la craie de Maëstricht ;
2o Une ostrea[76], du groupe de l’ostrea frons, du terrain crétacé sénonien, dont une identique a été trouvée par M. Hébert, à Aubeterre (Charente), mais qui n’est pas encore décrite ;
3o Des baguettes d’oursins[77] qui devaient être énormes ;
4o Plusieurs coquilles univalves[78] indéterminables ;
5o Enfin une concrétion curieuse[79] qui ressemble à l’agate.
Quand on constate l’état actuel de ce désert, nu, aride, sans eau, on se demande comment les armées romaines ont pu le traverser à une époque où le chameau n’était pas encore introduit dans le pays ; car l’assiette des ruines romaines sur cette route, à l’exclusion de celle par Sôkna, ne laisse aucun doute sur la voie suivie pour aller d’Œea (Tripoli) à Garama (Djerma). D’ailleurs le passage suivant de Pline ne laisse aucune incertitude sur la préférence donnée à la voie directe : « Jusqu’à ce jour, le tracé de la route des Garamantes fut inexplicable. Dans la dernière guerre que les Romains entreprirent avec le concours des Œensiens, sous les auspices de l’empereur Vespasien, le total de la route fut diminué de quatre jours. Ce chemin est appelé : par la tête de la montagne, PRÆTER CAPUT SAXI. » (Liv. V, 5.)
Aujourd’hui, avec le concours du chameau, les caravanes traversent péniblement la hamâda ; une armée, fût-elle exclusivement indigène, ne le pourrait pas.
Ve SECTION.
DE RHÂT À IN-SÂLAH.
La présence de Mohammed-ben-’Abd-Allah au Touât, avec des contingents qui devaient bientôt arborer l’étendard de la guerre sainte et envahir le Sahara algérien, m’a empêché d’aller de Rhât à In-Sâlah par les montagnes d’Azdjer et du Ahaggâr, et de prolonger dans l’Ouest, comme je l’ai fait dans l’Est, de Tîterhsîn à la Cherguîya, l’étude géologique du plateau central du Sahara, mais de nombreux renseignements me permettent de suppléer à l’exploration personnelle.
Cette section comprendra, de l’Est à l’Ouest :
A. — Le plateau du Tasîli des Azdjer ;
B. — Le plateau d’Éguéré ;
C. — Le plateau du Mouydîr ;
D. — Le massif du Ahaggâr.
A. — Plateau du Tasîli.
Je résume succinctement les indications géologiques sur le Tasîli que me fournissent mes observations et mes itinéraires par renseignements.
La masse du plateau est de grès, noir à la surface, mais semblable aux échantillons de ma collection pris entre l’Ouâdi-Târât et l’Ouâdi- Tîterhsîn. — Le nom d’Éguélé (le coléoptère), donné à un pic isolé du rebord Sud du Tasîli, indique que cette roche se retrouve dans le Sud- Ouest comme dans la partie Nord-Est du plateau que j’ai traversée.
Sur plusieurs points, des roches blanches, probablement des calcaires crayeux, sont signalées, notamment à Tâfelâmt-Tamellet et à Tiôkasîn. L’informateur qualifie ce dernier point de hamâda à sol blanc.
Après les grès, les roches de formation volcanique, semblables à celles que j’ai trouvées à Sâghen et dans la Sôda, les unes poreuses et légères, les autres compactes et pesantes, semblent être fréquentes, notamment dans l’Adrâr, dont la longueur est de quatre jours de marche et la largeur de deux.
Le point culminant d’In-Esôkal est-il le seul volcan éteint d’où sont sorties toutes ces roches volcaniques ? Je l’ignore, mais je suis tenté de lui assigner ce rôle en commun avec d’autres pics isolés qui me sont signalés sur toute l’étendue du plateau, car la dissémination des laves démontre que le feu souterrain a dû se faire jour en plus d’un endroit.
Un long ravin, tellement profond et encaissé que le soleil y pénètre à peine quelques heures par jour, coupe le Tasîli par son milieu, du Sud au Nord, du pic d’In-Esôkal à la vallée des Igharghâren. Ce ravin, qui porte le nom d’Ouâdi-Afara dans sa partie supérieure et d’Ouâdi-Sâmon dans sa partie inférieure, peut être considéré comme une fracture du plateau, contemporaine sans doute de l’action volcanique.
La force du feu épuisée pour soulever la portion orientale du Tasîli a laissé en contre-bas la portion occidentale ; de là la brisure, de là le niveau différent des deux parties du plateau, l’une surélevée, l’autre plus basse et s’inclinant en pente douce vers le bassin de l’Igharghar.
Après ces indications générales, mes renseignements me donnent comme détails les faits géologiques suivants :
Carrière de serpentine dans le ravin de Tehôdayt-tân-Hebdjân, ainsi appelé parce qu’on en tire la pierre dont on fait les anneaux de bras que portent les Touâreg ;
Débris d’un grand mammifère fossile[80] dans le ravin de Tehôdayt-tân- Tamzerdja ;
Sebkha ou saline à laquelle aboutit ce dernier ravin ;
Mine de bon alun à Tifernîn sur la route d’’Aïn-el-Hadjâdj à ’Aouînet- Tîn-Abderkeli ;
Fer oligiste semblable à l’échantillon no 29, et grès ferrugineux sur plusieurs points du plateau ;
Roches bouleversées en un grand nombre d’endroits.
D’après les remarques et les échantillons de M. Isma’yl-Boû-Derba, les grès et la craie blanche du Tasîli reposeraient sur le terrain dévonien.
Indépendamment des lacs de Mîherô, assez riches en eaux pour nourrir des poissons, mes informateurs me signalent dans Amguîd, sur le rebord occidental du Tasîli, une source du nom de Tîn-Selmakin, dont le bassin est assez grand pour que de gros poissons y vivent aussi.
B. — Plateau d’Éguéré.
Le petit plateau d’Éguéré semble être une seconde fracture du Tasîli, mais la fracture, au lieu de s’étendre sur toute sa largeur comme celle d’Afara, est restreinte à l’angle Sud-Ouest du plateau. La séparation, au lieu d’une ravine profonde et étroite, forme ici une plaine ou large vallée parcourue par l’Ouâdi-Têdjert, prolongement Nord de la plaine d’Amadghôr.
Je n’ai aucune indication sur la nature de la roche d’Éguéré, mais tout me porte à croire que la masse est de grès.
C. — Plateau du Mouydîr.
La forme particulière du Mouydîr, la situation du point dominant, l’Ifettesen, par rapport aux trois points culminants du Ahaggâr, le prolongement de ses assises caractérisé dans l’Est par des pitons isolés : Tisellêlin, Afisfés, Sakkâya, le voisinage de la source sulfureuse de Dhâyet-el-Kâhela, tout semble indiquer que la formation de ce plateau est due à l’action volcanique. Cependant, je dois le dire, aucune indication précise de mon journal de voyage ne justifie cette opinion ; j’ai négligé d’interroger les indigènes à ce sujet.
Mes notes se bornent à signaler la présence du fer à Tiwonkenîn, appelé par les Arabes Kheng-el-Hadîd.
L’abondance relative des eaux dans le Mouydîr est aussi un fait confirmé par tous les informateurs.
D. — Massif du Ahaggâr.
Le soulèvement du massif du Ahaggâr par l’action du feu souterrain n’est pas seulement attesté par la forme de son relief et par les témoignages nombreux des indigènes, il est encore affirmé par les laves roulées que M. Isma’yl-Boû-Derba a trouvées dans le lit de l’Igharghar à son débouché des montagnes, dans un endroit où les sables ne sont pas venus cacher la nature des alluvions.
Voici ce que dit ce voyageur :
5 Septembre. « Vers les quatre heures du matin, nous gagnâmes l’Ouâdi- Igharghar. Une grande vallée unie venant du Sud-Ouest et se dirigeant vers le Nord-Est forme le lit de la rivière. De gros cailloux roulés, en pierre ponce, semblent indiquer l’origine de cet ouâdi.
« Les Touâreg, en me montrant cette pierre, me dirent qu’elle est tout à fait semblable à celle dont est formé le pâté de montagnes du Ahaggâr. Elle est très-légère, celluleuse, d’une couleur noirâtre, et affecte l’apparence d’une éponge. »
M. le docteur Marès, qui a vu les échantillons de M. Isma’yl-Boû-Derba, les a trouvés identiques à ceux que j’ai rapportés de Sâghen et que M. Des Cloizeaux a reconnus être de la lave de volcan éteint.
Ces laves ne peuvent provenir du même point, car les sables de la plaine des Igharghâren empêchent aujourd’hui et depuis longtemps la communication de l’Ouâdi-Tikhâmmalt avec l’Igharghar. Ainsi la certitude scientifique est absolue.
Voici maintenant les indications particulières que me donnent mes renseignements.
Tout l’Atakôr-en-Ahaggâr est en pierres noires. Du côté du Touât, elles s’étendent jusqu’à l’Ouâdi-Idjeloûdjâl. De ce point à Menîyet, la roche est blanche, mais elle redevient noire lorsque l’on monte le Mouydîr.
Le promontoire du Tîfedest est aussi noir : tout indique qu’il a dû être couvert par les laves du puy d’Oûdân, comme l’Atakôr par celles des puys de Ouâtellen et Hîkena.
Quoi qu’il en soit, si l’identification des trois monts ci-dessus nommés avec d’anciens volcans est permise, celle des cônes des gradins inférieurs, quoique possible, est moins probable.
Le Ahaggâr doit à son altitude et à sa constitution géologique une richesse de sources d’un débit assez abondant, car elles suffisent aux besoins de l’irrigation. On y cite des ruisseaux à eaux courantes, ceux d’Idélès, de Tâzeroûk et de Tazoûlt, très-grande rareté dans le Sahara. On parle même de la cascade d’un ouâdi du nom d’Adjellal, descendant du Tîfedest ; ce serait la seule peut-être entre la vallée du Nil et l’Océan Atlantique.
CONCLUSION GÉOLOGIQUE.
J’ai donné à ce chapitre un développement considérable, sans craindre même de suppléer à l’investigation personnelle par de nombreux renseignements glanés çà et là auprès des indigènes ou dans les travaux de mes devanciers, parce qu’il m’a semblé important de fixer d’une manière plus nette l’opinion sur la constitution géologique de la partie centrale du Sahara, la moins connue jusqu’à ce jour.
Désormais des faits importants me paraissent acquis à la science :
Jusqu’au versant Nord des montagnes des Touâreg, la nature du sol reste la même, sans changements appréciables, et nous présente toujours le terrain crétacé comme au Sud de l’Algérie, de la Tunisie et dans la Tripolitaine.
Dans la montagne apparaissent des terrains paléozoïques reconnus d’abord par le docteur Overweg sous le versant occidental du plateau de Mourzouk, puis par M. Isma’yl-Boû-Derba dans le Tasîli du Nord, et enfin par moi, au pied de l’Akâkoûs, en un point intermédiaire aux gisements précédents.
Désormais, la production, la circulation, l’amoncellement des sables sont circonscrits dans les limites que la nature leur a assignées, et la comparaison du Sahara à une peau de panthère, faite par Strabon, cesse d’être le dernier mot de nos connaissances sur des oasis disséminées dans un désert de sables.
Enfin nous savons que le soulèvement du Tasîli et du Ahaggâr, et probablement des plateaux secondaires qui en dépendent, est dû à une action volcanique définie, comme le Djebel-Nefoûsa, la Sôda, le Hâroûdj et le massif d’Aïr.
Ces connaissances sommaires ont besoin d’être complétées, cela est certain ; mais en attendant, nous avons la satisfaction d’être arrivé à un résultat qui nous permet de contrôler les récits fort obscurs des anciens sur une contrée qui a excité la curiosité du monde depuis l’antiquité.
[Note 23 : Mission de Ghadâmès. Alger, 1863. — Études sur les terrains et sur les eaux des pays traversés, par M. F. Vatonne, ingénieur des mines.]
[Note 24 : Avant de posséder des notions certaines et complètes sur le désert de Libye, incomplétement connu des anciens, on ne pouvait que commettre des erreurs en cherchant à faire l’application de leurs récits. Et la plus grande erreur des géographes modernes était de leur attribuer une valeur scientifique réelle. Au contraire, en les réduisant au seul mérite qu’ils ont, celui de renseignements puisés à toutes les sources et non contrôlés, on arrive à de meilleurs résultats.]
[Note 25 : Échantillon no 5.]
[Note 26 : Échantillon no 6.]
[Note 27 : Échantillon no 7.]
[Note 28 : La route que j’ai suivie pour aller de Ghadâmès à Rhât, du moins jusqu’à Tîterhsîn, n’est pas celle que prennent les caravanes, beaucoup plus directe et sise dans l’Est. J’eus l’heureuse chance de trouver la tribu de l’émir Ikhenoûkhen près de Ghadâmès, et je la suivis dans ses pérégrinations, ce qui m’a permis de beaucoup mieux connaître le pays.]
[Note 29 : Échantillon no 8.]
[Note 30 : Échantillon no 9.]
[Note 31 : Échantillon no 10.]
[Note 32 : Échantillon no 11.]
[Note 33 : Échantillon no 12.]
[Note 34 : Échantillon no 13.]
[Note 35 : Échantillon no 14.]
[Note 36 : Échantillon no 16.]
[Note 37 : Échantillon no 17.]
[Note 38 : Échantillon no 18.]
[Note 39 : Échantillon no 19.]
[Note 40 : Presque tous les coléoptères du Sahara sont de couleur noire.]
[Note 41 : Échantillon no 20, déterminé, ainsi que tous ceux ayant une origine pyrogène, par M. Des Cloizeaux ; conséquemment on ne peut craindre d’erreur.]
[Note 42 : Échantillon no 21.]
[Note 43 : Échantillon no 22.]
[Note 44 : Échantillon no 23.]
[Note 45 : Échantillon no 24.]
[Note 46 : Échantillon no 25.]
[Note 47 : Voir la page 35.]
[Note 48 : Échantillon no 26.]
[Note 49 : Échantillon no 27.]
[Note 50 : Échantillon no 28.]
[Note 51 : Échantillon no 29.]
[Note 52 : Échantillon no 30.]
[Note 53 : Échantillon no 31.]
[Note 54 : Échantillon no 32.]
[Note 55 : Échantillon no 33.]
[Note 56 : Échantillon no 34.]
[Note 57 : Échantillon no 35.]
[Note 58 : Échantillon no 36.]
[Note 59 : M. Vatonne, dans le Mémoire géologique dont j’ai déjà parlé, nous apprend que M. Isma’yl-Boû-Derba a également trouvé le terrain dévonien, au pied du Tasîli, non loin de Timâssanîn, près de la source de Touskirin, et de nombreuses empreintes de spirifer dans les quartzites du ravin de l’Ouâdi-Ilêzi. Les échantillons de M. Boû-Derba ont été déterminés par M. le professeur Coquand.]
[Note 60 : Échantillon no 39.]
[Note 61 : Échantillon no 40.]
[Note 62 : Échantillon no 41.]
[Note 63 : Échantillon no 42.]
[Note 64 : Échantillon no 43.]
[Note 65 : Mais ces deux noms sont de la langue temâhaq.]
[Note 66 : Échantillon no 44.]
[Note 67 : Échantillon no 45.]
[Note 68 : Échantillon no 46.]
[Note 69 : Échantillon no 47.]
[Note 70 : Échantillon no 48.]
[Note 71 : Échantillon no 49. Cet échantillon, déterminé par M. Des Cloizeaux, porte la mention suivante : lave d’un volcan qui a fait irruption, mais qui peut être éteint aujourd’hui.]
[Note 72 : Échantillon no 52.]
[Note 73 : Échantillon no 53.]
[Note 74 : Échantillon no 54.]
[Note 75 : Échantillon no 55.]
[Note 76 : Échantillon no 56.]
[Note 77 : Échantillon no 57.]
[Note 78 : Échantillon no 58.]
[Note 79 : Échantillon no 59.]
[Note 80 : D’après les Touâreg, une femme peut s’asseoir à l’aise dans la cavité]
CHAPITRE V.
MÉTÉOROLOGIE.
Hérodote nous fait connaître (livre IV, §§ 173, 184 et 185) ce qu’était, il y a deux mille trois cents ans, le climat du pays qu’embrasse mon exploration. Voici ce qu’il en dit :
Température : « Les Atarantes maudissent le soleil qui passe au-dessus de leur tête et lui adressent toutes sortes d’outrages, parce que sa chaleur consume les hommes et la contrée.
Vents : « Le souffle de Notus (S.-E.) dessécha tout ce qui contenait de l’eau. D’après les Libyens, les Psylles marchèrent en armes contre Notus. Or, quand ils arrivèrent au désert de sable, Notus souffla de plus belle et les ensevelit tous.
Eaux, pluies : « Le pays est désert, sans eau, sans bêtes fauves, sans pluies, sans arbres ; on n’y trouve nulle humidité. »
Les observations que j’ai faites pendant les trois cent dix jours consacrés à l’étude de la région qu’Hérodote appelle le désert de Libye permettront d’apprécier quelles modifications le temps a apportées au climat de ce pays.
Pour ne pas abuser de la patience du lecteur, je limite le tableau ci- après au pays des Touâreg et à une observation quotidienne ou locale (total : 330 observ.), me réservant de publier dans un recueil spécial l’ensemble de toutes celles faites pendant les vingt-neuf mois de mon voyage.
Quant aux diverses séries d’observations qui n’ont pu trouver place dans ce tableau, je les résume à la suite.
Observations météorologiques[81].
[ALT : ALTITUDES DT : DATES. 1860 HEU : HEURES. BARO : BAROMÈTRE réduit à 0° et corrigé. THER : THERMOMÈTRE fronde.]
+------------------+-----+--+-----+------+----+--------------+-----------+ | LOCALITÉS. | ALT |DT| HEU | BARO |THER| ÉTAT DU CIEL.| VENTS[82].| +------------------+-----+--+-----+------+----+--------------+-----------+ | | m |Jl| | | | | | | | | | | | | | | |El-Ouâd (Soûf) | 135 |26| 7.45|749.05|35,3|Couvert, |? | | | | | s.| | |légers cumulus| | | | | | | | | | | |’Amich | 193 |27| 5.30|744.58|23,0|Pur |E. — 5. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Drá-el-Khezîn | 169 |28| 4.55|748.73|23,5|Voilé |O.-N.-O. — | | | | | m.| | | |3 | | | | | | | | | | |Choûchet-el- | 150 | »| 3.30|749.77|42,0| Id. |O.-N.-O. — | |Guedhâm | | | s.| | | |1. | | | | | | | | | | |Mouï-er-Rebaáya | 147 |29| 5.15|750.34|24,6|Couvert |E. 1/4 N. —| | | | | s.| | | |1. | | | | | | | | | | |Mâleh-ben-’Aoûn | 144 |30| 5.»|751.82|25,1|Nuageux |E. — 4. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Mouï-Rebah | 152 | »| 2.30|750.78|39,7|Pommelé |E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |El-’Ogla | 107 |31|10.55|754.57|25,0|Nuageux |E. 1/4 N. —| | | | | s.| | | |4. | | | | | | | | | | | | |At| | | | | | | | | | | | | | | |El-’Ogla | | 1| 5.10|756.75|22,2|Pommelé |E. 1/4 N. —| | | | | m.| | | |3. | | | | | | | | | | |Er-Reguíáât | 181 | »| 2.»|748.10|34,5|Couvert |E. 1/4 N. —| | | | | s.| | | |4. | | | | | | | | | | |Berreçof | 177 | 2| 3.30|740.20|36,0|Quelques |E. — 4. | | | | | s.| | |nuages | | | | | | | | |pommelés | | | | | | | | | | | | Id. | » | 3| 8.30|752.59|30,7|Légèrement |E. — 4. | | | | | m.| | |nuageux | | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 4.»|750.11|38,1|Presque |N.-N.-O. — | | | | | s.| | |serein, |3. | | | | | | | |cumulus | | | | | | | | | | | | Id. | » | 5| 3.30|756.30|36,3|Pur |E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |En route, Sieste| 168 | 6| 4.30|745.96|38,3|Légèrement |S.-S.-E. — | | | | | s.| | |voilé |3 — | | | | | | | | |sirocco. | | | | | | | | | | |Ouidiân-el-Halma | 213 | 7| 4.30|746.55|39,0|Pur |S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |3 — id. | | | | | | | | | | |Dhahar-el-’Erg | 355 | 8| 4.30|735.85|41,6|Pur |S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |3 — id. | | | | | | | | | | |Haoudh-el-hâdj- | 365 | 9| 4.30|733.43|40,0|Pur |S.-E. — 3 —| |Sa’id | | | s.| | | | Id. | | | | | | | | | | |En route, Sieste| 393 |10| 4.30|731.11|40,1|Pur |S.-E. — 3 —| | | | | s.| | | | Id. | | | | | | | | | | |Ghâba de Ghadâmès | 359 |11| 3.50|733.99|40,2|Pur |S.-E. — 6 —| | | | | s.| | | |sirocco. | | | | | | | | | | |Ghadâmès[83] | 351 |12| 8.30|733.80|35,1|Pur |S.-E. — 4 —| | | | | m.| | | | Id. | | | | | | | | | | | Id. | » |13| 8.»|731.58|34,0|Légèrement |Nul. | | | | | s.| | |couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 9.45|730.21|32.8|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |15| 8.»|734.11|32,9|Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |16| 6.»|733.45|23,8|Pur |S.-S.-E. — | | | | | m.| | | |insensible.| | | | | | | | |— 1. | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 8.»|730.49|34,2|Presque pur, |Nul. | | | | | s.| | |cumulus | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 2.»|734.41|38,1|Pur |S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |19| 2.»|741.30|36,6|Un peu voilé |S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |6. | | | | | | | | | | | Id. | » |20| 3.»|741.17|38,8|Pur |S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |21| 6.»|732.58|24,3|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |22| 2.30|734.86|38,3|Pur |S.-S.-O. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |23| 8.30|734.98|31,0|Pur |S.-E. — 1 —| | | | | s.| | | |par | | | | | | | | |bouffées. | | | | | | | | | | | Id. | » |24| 9.»|737.30|31,1|Pur |S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |1 — sirocco| | | | | | | | |par bouff. | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 2.»|743.22|38,8|Presque pur, |S. — 1. | | | | | s.| | |petits cumulus| | | | | | | | |ronds | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 8.»|733.57|31,2|Pur |S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 3.»|729.64|36,2|Pur |E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |28| 2.»|736.45|34,7|Pur |S.-S.-O. — | | | | | s.| | | |3. | | | | | | | | | | | Id. | » |29| 2.»|733.48|36,4|Pur |S. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |30| 6.»|734.18|21,0|Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |31| 2.»|736.96|38,1|Pur |S.-S.-O. — | | | | | s.| | | |1. | | | | | | | | | | | | |Se| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 1| 2.»|736.21|38,2|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 2| 6.»|730.08|23,1|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 3| 6.»|731.33|24,4|Pur |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 3.30|735.30|40,4|Quelques |E. — 2. | | | | | s.| | |cumulus | | | | | | | | | | | | Id. | » | 5| 8.30|732.42|32,2|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 6| 6.»|730.88|23,1|Pur |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 7| 6.»|737.28|20,8|Pur |E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 2.30|737.48|37,7|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 9| 6.»|730.17|25,1|Pur |N.-E. — 3. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 6.»|727.92|22,8|Cumulus |E. — 2. | | | | | m.| | |irréguliers à | | | | | | | | |l’O. | | | | | | | | | | | | Id. | » |11| 7.»|734.13|32,9|Pur |E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 2.»|731.59|36,2|Pur |E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |13| 2.30|737.90|37,1|Pur |N.-E. — 4. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 2.»|738.96|38,1|Pur |E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |15| 6.»|734.92|38,9|Pur |E. — 4. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | | |De| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 10.5|735.77|17,7|Pur |S.-O. — 4 —| | | | | m.| | | |sirocco. | | | | | | | | | | |Mâreksân | 348 |11| 7.30|735.04|9,7 |Pur |S.-O.— 3. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 8.»|727.94|10,4|Pur |S.-O. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Timîsit | 347 |13| 9.»|731.74|10,9|Pur |S.-S.-O. — | | | | | m.| | | |4. | | | | | | | | | | |Imozzelâouen | 337 |14| 9.30|727.79|12,1|Presque pur, |S.-S.-E. — | | | | | m.| | |stratus à |4. | | | | | | | |l’horizon N. | | | | | | | | | | | |Tifôchayen | 415 |15| 8.50|719.95|13,9|Presque pur, |S. — 3. | | | | | m.| | |légers nuages | | | | | | | | | | | |Timelloûlen | 421 |16| 7.15|718.68|10,5|Pur |O. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 7.15|721.46|5,9 |Nuages légers,|Nul. | | | | | s.| | |plumeux | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 8.30|721.75|2,2 |Nuages plumeux|Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |19| 9.20|727.93|10,5|Petits nuages |O.-S.-O. — | | | | | m.| | | |2. | | | | | | | | | | |Tahâla | 416 |20| 8.»|729.66|9,1 |Couvert |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Ahêdjren | 505 |21| 8.30|720.11|9,3 |Couvert. — |Nul. | | | | | m.| | |Petite pluie | | | | | | | | | | | |Adehi-n-Ouarân | 456 |22| 8.»|715.94|4,9 |Nuages à |E.-S.-E. — | | | | | m.| | |l’horizon |2. | | | | | | | | | | |Tidjedakannîn | 454 |23| 9.30|717.68|6,9 |Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |24| 8.30|721.30|6,6 |Pur. — Rosée |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 2.»|723.38|24,4|Légers nuages |Nul. | | | | | s.| | |blancs à | | | | | | | | |l’horizon | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 7.45|722.66|10,2|Légers nuages |E.-N.-E. — | | | | | m.| | |plumeux |1. | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 7.30|722.53|7,1 |Pur |N.-E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Sâghen | 534 |28| 6.45|719.53|1,9 |Pur |E.-N.-E. — | | | | | m.| | | |1. | | | | | | | | | | | Id. | » |29| 8.30|718.89|4,9 |Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |30| 8.30|721.22|8,5 |Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |31| 9.15|719.68|10,8|Pur |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | 1861 | | | | | | | | |Jr| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 1| 8.30|718.51|7,0 |Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 2| 9.»|719.05|9,5 |Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 3| 7.30|715.73|14,8|Pur. - Lueur |Nul | | | | | s.| | |blanche à | | | | | | | | |l’horizon O. | | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 8.»|716.88|16,4|Couvert |Nul. | | | | | s.| | |partout | | | | | | | | | | | |Tikhâmmalt (1er | » | 5| 10.»|716.96|18,7|Pur |Nul. | |camp) | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Afara-n- | 543 | 6|11.30|714.05|24,8|Pur |S. — 1. | |Wechcheran | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 7| 1.30|703.24|28,9|Presque |S.-E. — 3 —| | | | | s.| | |serein, petits|sirocco. | | | | | | | |nuages rares | | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 6.45|710.00|14,0|Pur |N. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 9|10.30|710.80|12,2|Presque pur, |Nul. | | | | | m.| | |quelques | | | | | | | | |petits nuages | | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 3.»|711.96|16,6|Pur |N. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |11| 3.20|712.34|19,6|Pur |N.-N.-E. — | | | | | s.| | | |2-3. | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 3.»|709.01|22,9|Presque pur, |N.-O. — 4. | | | | | s.| | |petits nuages | | | | | | | | |horiz. N. | | | | | | | | | | | | Id. | » |13| 9.»|712.01|13,1|Pur |S.-E. - | | | | | m.| | | |2-3. | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 10.»|715.78|14,7|Pur |S.-S.-E. — | | | | | m.| | | |1. | | | | | | | | | | | Id. | » |15| 11.»|715.99|18,9|Pur |S.-S.-O. — | | | | | m.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |16| 9.»|715.21|10,0|Un cinquième |S.-E. — | | | | | m.| | |nuages blancs |1-2. | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 5.30|711.79|18,9|Couvert horiz.|O. — 6. | | | | | s.| | |N. | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 3.»|711.12|17,8|Légers nuages |N.-O. — 3. | | | | | s.| | |blancs | | | | | | | | |transparents | | | | | | | | | | | | Id. | » |19|10.30|716.17|11,0|Nuages plumeux|E.-S.-E. — | | | | | m.| | |au N. |3. | | | | | | | | | | | Id. | » |20| 1.30|715.32|17,2|Pur |N.-O. — | | | | | s.| | | |2-3. | | | | | | | | | | | Id. | » |21|11.30|721.32|15,2|Pur |O.-N.-O. — | | | | | m.| | | |2-3. | | | | | | | | | | |Inghar et Asouîtar| 611 |22| 3.»|718.16|16,6|Nuages ronds |N.-E. — 1. | | | | | s.| | |blancs | | | | | | | | | | | | Id. | » |23| 3.30|717.32|19,7|Nuages blancs |N.-E. — 3. | | | | | s.| | |S.-E | | | | | | | | | | | | Id. | » |24| 9.»|718.92|9,2 |Cinq sixièmes |E.-N.-E. — | | | | | m.| | |couvert |5. | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 8.»|722.34|13,6|Pur |N.-E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 3.»|722.16|16,6|Pur |N.-E. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 9.»|719.20|10,3|Petits nuages,|E.-N.-E. — | | | | | m.| | |horiz. S. |4. | | | | | | | |voilé | | | | | | | | | | | |In-Tafersin | 627 | »| 6.30|716.50|14,1|Couvert, pluie|E. — 3. | | | | | s.| | |moitié de la | | | | | | | | |nuit | | | | | | | | | | | |Tâdjenoût | 594 |28|10.30|717.99|15,5|Couvert |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Oursêl | 624 |29| 7.»|712.33|12,9|Pur |N.-N.-E. — | | | | | s.| | | |1. | | | | | | | | | | | Id. | » |30| 7.»|716.91|12,0|Pur |N.-E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |31| 3.»|718.49|15,8|Couvert |E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | | |Fr| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 1| 3.»|727.46|17,3|Presque tout |E. — 3. | | | | | s.| | |couvert | | | | | | | | | | | |Id. (autre camp) | » | 2| 10.»|719.63|14,8|Pur |S. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 3| 10.»|718.73|14,3|Presque pur, |Nul. | | | | | m.| | |un petit nuage| | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 8.30|716.52|11,5|Pur |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Près d’In-Hemoûl | 593 | 5|11.30|714.56|20,5|Petits nuages |E.-S.-E. — | | | | | m.| | |dispersés |1. | | | | | | | | | | | Id. | » | 6| 9.»|715.96|16,7|Couvert |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Tamioutin | 553 | 7| 9.»|717.67|19,3|Voilé |S.-E. — 1. | |(Aghelâd) | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Târat (Aghelâd) | 549 | »| 8.»|714.61|21,3|Voilé |E.-S.-E. — | | | | | s.| | | |1. | | | | | | | | | | |Targhaghît | 542 | 8| 9.»|711.21|21,3|Quelques |Nul. | | | | | s.| | |nuages | | | | | | | | | | | | Id. | » | 9| 9.»|713.22|17,2|Pommelé au S. |S.-S.-E. — | | | | | m.| | | |1. | | | | | | | | | | |Près de Mârhet | 478 |10| 9.20|708.69|19,6|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Azhel-en-Bangou |655,5|11| 8.»|705.85|22,2|Pas très-pur |S. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 11.»|713.68|23,5|Légèrement |E.-S.-E. — | | | | | m.| | |voilé |1. | | | | | | | | | | | Id. | » |13| 9.»|714.82|17,6|Couvert |S.-E. — | | | | | m.| | | |0-1. | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 10.»|714.04|15,7|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |15| 8.»|713.50|12,3|Légèrement |Nul. | | | | | m.| | |voilé à | | | | | | | | |l’horizon | | | | | | | | | | | | Id. | » |16| 9.»|712.06|18,6|Petits nuages |N. — 1. | | | | | m.| | |plumeux | | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 10.»|711.59|24,5|Quelques |S.-O. — 1. | | | | | m.| | |petits nuages | | | | | | | | |plumeux | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 3.»|705.57|26,0|Pur |N. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |19| 8.45|709.97|21,7|Voilé. Halo à |S.-S.-O. — | | | | | s.| | |20° 1/2 du |1. | | | | | | | |bord de la | | | | | | | | |lune | | | | | | | | | | | | Id. | » |20| 3.»|704.98|31,2|Un tiers |S. — 5. | | | | | s.| | |nuageux | | | | | | | | | | | | Id. | » |21| 2.30|703.82|29,1|Couvert, voilé|E. — 4. | | | | | s.| | |; nuages de | | | | | | | | |poussière | | | | | | | | | | | |In-Tâfaraout | 631 |22| 2.30|708.25|24,7|Neuf dixièmes |E. — 1. | | | | | s.| | |couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » |23| 3.»|707.89|26,5|Voilé |O.-S.-O. — | | | | | s.| | | |0-1. | | | | | | | | | | | Id. | » |24| 3.»|705.96|22,8|Voilé |N.-N.-O. — | | | | | s.| | | |4. | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 7.30|710.83|16,3|Voilé |O. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 8.»|711.41|9,6 |Pur |S.-O. — | | | | | m.| | | |0-1. | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 9.»|711.56|15,3|Presque pur, |S.-O. — 2. | | | | | m.| | |nuages plumeux| | | | | | | | |rares | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Alloûn | » | »| 6.»|702.13|24,2|Pur |E.-N.-E. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | |Ahêr (source) | 745 |28| 11.»|704.80|23,9|Ciel demi- |N.-N.-O. — | | | | | m.| | |couvert, |2. | | | | | | | |nuages alignés| | | | | | | | |S.-N. | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Takarâhet | 820 | »| 6.15|698.65|20,8|Couvert au N. |N. — 2. | | | | | s.| | |à l’horizon | | | | | | | | | | | | | |Ms| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | | 1| 3.»|702.53|19,5|Petits nuages |N.-N.-O. — | | | | | s.| | |plumeux au S. |2. | | | | | | | | | | |Tîn-Arrây | 975 | 2| 6.»|689.59|15,5|Pur |N.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Tîn-Têrdja |10..2| 3| 3.»|688.17|18,2|Pur |N.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Tîn-Tâkelît | 870 | 4| 3.15|695.82|19,2|Pur |E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |In-Ezzân | 945 | 5| 9.»|697.63|14,7|Pur |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |In-Akhkh | 865 | 6| 6.»|695.41|10,0|Pur |S. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Tiferghasîn | 864 | »| 9.»|697.91|16,6|Pur |S. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Tîterhsîn | 784 | »| 6.30|703.90|19,0|Pur |N.-O. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Tarz-Oûlli | 766 | 7| 9.»|696.69|13,7|Pur |E. — 0-1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 9.»|707.71|12,6|Gris uniforme,|N.-N.-E. — | | | | | m.| | |air trouble |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 9.»|709.37|11,2|Pur |N.-E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Ouâdi- | 667 |11|midi.|710.82|19,4|Pur |N.-E. — 2. | |Tînselmadjîn | | | | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 7.30|706.67|8,5 |Pur |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Tinoûhaouen | 772 |13| 9.»|692.31|14,7|Pur |O. — 0-1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Toûnîn (Rhât) | 726 |14|11.58|702.23|29,3|Pur |S.-O. | | | | | m.| | | |violent. — | | | | | | | | |6. | | | | | | | | | | | Id. | » |15| 9.30|706.67|14,9|Pur |N.-O. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |16| 3.»|700.93|23,2|Pur |N.-O. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 9.30|703.27|16,5|Pur |S.-E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 6.»|698.68|6,8 |Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |19| 3.»|700.47|23,6|Pur |N.-O. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |20| 9.»|704.42|18,3|Pur |N. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |21|midi.|706.37|25,1|Pur |N.-E. — 1. | | | | | | | | | | | Id. | » |22| 9.»|703.86|18,5|Presque tout |Nul. | | | | | s.| | |couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » |23|midi.|700.48|33,5|Cirrho-cumulus|S.-S.-E. — | | | | | | | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |24| 3.»|696.01|32,2|Cirrho-cumulus|S.-S.-E. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 9.»|702.87|26,9|Cirrho-cumulus|S. — 3. | | | | | m.| | |et cirrho- | | | | | | | | |stratus çà et | | | | | | | | |là | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 3.»|692.05|34,5|Voilé |S.-E. et | | | | | s.| | | |S.-S.-E., | | | | | | | | |tr.-violent| | | | | | | | |dans la | | | | | | | | |soirée et | | | | | | | | |dans la | | | | | | | | |nuit. — 7. | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 3.»|692.47|28,6|Légèrement |E.-N.-E. — | | | | | s.| | |voilé |2-3. | | | | | | | | | | | Id. | » |28| 9.»|703.42|20,6|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Tinoûhaouen | 772 |29| 3.»|693.35|31,5|Pur, horizon |O. — 3. | | | | | s.| | |voilé | | | | | | | | | | | | Id. | » |30| 7.»|699.13|14,2|Bleu, |Nul. | | | | | m.| | |légèrement | | | | | | | | |voilé | | | | | | | | | | | | Id. | » |31| 3.»|697.71|26,6|Cirrho-cumulus|N.-O. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | | |Al| | | | | | | | | | | | | | | |Tarz-Oûlli | 766 | 1| 8.30|704.31|21,8|Nuageux à |E.-N.-E. — | | | | | s.| | |l’horizon E. |3. | | | | | | | | | | | Id. | » | 2| 9.»|704.05|22,3|Un tiers |E.-S.-E. — | | | | | s.| | |couvert |2. | | | | | | | | | | | Id. | » | 3| 11.»|699.53|18,5|Pur |S. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 9.»|701.36|27,5|Sept dixièmes |S. — 3. | | | | | m.| | |couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » | 5|10.30|701.30|22,3|Pur, horiz. S.|N.-O. — 1. | | | | | s.| | |voilé | | | | | | | | | | | | Id. | » | 6| 3.»|695.30|33,9|Demi-cumulus |S. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 7| 3.»|696.80|33,7|Pur |N.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 6.»|693.84|30,0|Pur, horizon |S.-E. — 2. | | | | | s.| | |O. voilé | | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 3.»|693.17|31,7|Voilé |N.-O. — 4. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |11|midi.|700.22|28,6|Pur |S.-S.-E. — | | | | | | | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 7.30|699.17|24,6|Pur |N. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |13| 6.»|693.77|28,6|Pur, horizon |N. — 2. | | | | | s.| | |N. couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 9.»|703.75|20,8|Pur |N.-E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |15| 8.15|700.37|24,6|Pur |E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |16| 3.»|702.66|31,3|Pur |N.-N.-O. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 3.45|697.22|34,5|Légèrement |O. — 4. | | | | | s.| | |voilé à | | | | | | | | |l’horizon, | | | | | | | | |poussière et | | | | | | | | |sables | | | | | | | | |soulevés | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 9.»|702.21|22,8|Pur |N.-E. — 4. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |19| 3.»|696.06|32,9|Légèrement |E. — 2. | | | | | s.| | |mais | | | | | | | | |entièrement | | | | | | | | |couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » |20| 8.»|702.23|30,3|Deux tiers |E. — 1. | | | | | s.| | |couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » |21| 7.30|700.77|32,1|Presque pur |S. chaud. —| | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » |22| 9.»|702.88|37,3|Voilé |S.-S.-O. — | | | | | m.| | | |7 — | | | | | | | | |sirocco. | | | | | | | | | | | Id. | » |23| 3.»|691.94|32,2|Un peu voilé à|N.-O. — 2. | | | | | s.| | |l’horizon | | | | | | | | | | | | Id. | » |24| 3.»|693.06|37,8|Cirrho-cumulus|S.-O. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 3.»|692.49|38,3|Quelques |S.-S.-O. — | | | | | s.| | |petits cumulus|6 — | | | | | | | | |sirocco. | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 3.»|693.87|34,3|Voilé |E. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 3.»|698.98|32,4|Cumulus aux |S.-E. — 1. | | | | | s.| | |deux tiers | | | | | | | | | | | | Id. | » |28| 3.»|699.38|31,9|Couvert, pluie|S.-O. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |29| 6.»|701.80|22,1|Presque |N. — 2. | | | | | m.| | |entièrement | | | | | | | | |couvert | | | | | | | | | | | |Iferdjân | 769 |30| 6.30|701.25|22,3|Couvert |E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | | |Mi| | | | | | | | | | | | | | | |Serdélès | 709 | 2| 9.»|708.16|29,5|Pur |N.-E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 3| 6.»|702.66|19,5|Pur |S.-S.-E. — | | | | | m.| | | |3. | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 6.»|701.88|21,4|Demi-couvert |S.-E. — 4. | | | | | m.| | |de cumulus | | | | | | | | | | | | Id. | » | 5| 9.»|702.85|29,3|Un quart |N.-O. —2. | | | | | m.| | |cumulus et | | | | | | | | |cirrho-cumulus| | | | | | | | | | | | Id. | » | 6| 9.»|701.58|33,4|Presque tout |N. — 3. | | | | | m.| | |couvert | | | | | | | | | | | | Id. | » | 7| 9.»|701.73|25,0|Légers cumulus|E. — 3. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 3.»|699.44|32,5|Cumulus |Insensible.| | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 9| 6.»|703.21|24,2|Couvert, |Insensible.| | | | | m.| | |gouttes de | | | | | | | | |pluie | | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 6.»|702.37|30,2|Pur |N. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |11| 4.50|703.89|14,2|Pur |E.-N.-E. — | | | | | m.| | | |1. | | | | | | | | | | |Eraouen | 594 |13| 5.45|712.03|29,5|Pur |O. — 4. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 4.30|717.18|15,0|Cumulus à l’O.|Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Tîn-Aboûnda | 559 |15| 4.50|718.09|14,4|Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |In-Tâfarat | 572 | »|12.30|718.97|28,6|Légèrement |N.-E. — 1. | | | | | s.| | |voilé, pur au | | | | | | | | |zénith | | | | | | | | | | | |Hotiya-Cheikh-el- | 552 | »| 7.45|719.17|23,4|Pur |Nul. | |Hoseyni. | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Oubâri | 515 |16| 2.30|717.24|34,7|Couvert |N.-O. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 6.»|718.66|25,5|Couvert |N. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 7.20|725.09|25,6|Pur |N. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Taguelelt | 517 | »| 1.20|720.21|34,4|Pur |Insensible.| | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Djerma | 485 |19| 8.45|722.20|32,6|Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Brêg | 551 |20| 4.35|719.39|36,3|Cumulus |S.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |El-Fogâr | 515 |21| 2.15|719.22|39,0|Pur |S.-E. par | | | | | s.| | | |bouffées. —| | | | | | | | |2. | | | | | | | | | | |Tekertîba | 529 |22| 6.45|719.31|31,9|Pur |S.-E. — 3. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |23| 6.50|718.43|33,2|Pur |E.-S.-E. — | | | | | m.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | 529 |24| 4.30|717.38|24,6|Pur |S.-E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 2.»|714.00|40,3|Moitié gros |O. — 1. | | | | | s.| | |cumulus | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 8.15|718.92|27,5|Pur |N.-E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 4.20|721.34|19,0|Pur |E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Lac de Mandara | 527 |28| 4.50|721.14|29,5|Petits cirrho-|N.-N.-E. — | | | | | s.| | |cumulus |2. | | | | | | | | | | |Goloûb-es-Soltân | 474 |29| 2.20|721.26|31,5|Moitié cumulus|N.-N.-E. — | | | | | s.| | |et cirrho- |1. | | | | | | | |cumulus | | | | | | | | | | | |Gabráoûn | 459 | »| 5.10|721.74|29,0|Cirrho-cumulus|N. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Gabráoûn | 542 |30| 5.40|716.76|29,7|Légers cumulus|N.-N.-E. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | |Tekertîba | 529 |31| 1.30|719.03|34,1|Pur |E. 1/8 S. —| | | | | s.| | | |5. | | | | | | | | | | | | |Jn| | | | | | | | | | | | | | | |El-Fejîj | 579 | 1| 4.»|717.81|33,9|Pur |E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Indjârren | 623 | 2| 1.30|714.66|35,1|Pur, un peu |E. — 3. | | | | | s.| | |voilé à | | | | | | | | |l’horizon | | | | | | | | | | | |Bîr-’Amrân | 569 | »| 6.35|717.50|27,5|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Tessâoua | 528 | 3| 1.30|720.40|36,7|Pur |Insensible.| | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 7.15|718.44|25,2|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Agâr | 586 | 5| 8.40|717.88|23,7|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Oumm-el-Hamâm | 543 | 6| 1.50|717.05|39,2|Pur |S. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Mourzouk | 559 | 7| 2.»|719.26|38,5|Pur |E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 1.30|720.15|39,1|Pur |N.-E. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 9| 4.15|721.57|22,7|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 1.30|719.63|41,0|Légèrement |S.-E. — 5. | | | | | s.| | |voilé | | | | | | | | | | | | Id. | » |11| 7.»|719.48|32,7|Pur |S.-E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 1.30|717.38|38,4|Voilé |O. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 1.30|720.31|35,9|Voilé |S. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |16| 2.30|719.16|36,5|Pur |E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |17| 2.30|718.61|37,8|Pur |Insensible.| | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 5.10|720.48|24,2|Pur |E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |19| 1.30|719.96|36,5|Pur |E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |20| 2.»|720.78|36,5|Pur |E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |21| 1.30|720.29|34,5|Pur |E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |22| 1.30|719.04|33,1|Pur, légers |E. — 3 par | | | | | s.| | |nuages à 45° |bouffées. | | | | | | | | | | | Id. | » |23| 2.40|718.06|34,3|Pur |E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |25| 1.30|720.39|35,6|Pur |E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 2.»|718.94|36,3|Pur |E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |27| 4.45|719.65|20,2|Pur |N.-O. — 1 | | | | | s.| | | |faible. | | | | | | | | | | | Id. | » |29| 1.30|718.10|38,3|Pur |N. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |30| 1.30|720.73|36,2|Pur |E. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | | |Jl| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 1| 3.30|720.34|37,7|Pur |E. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 2|1.» s|720.36|39,9|Un quart |E. — 1 | | | | | | | |cumulus à l’E.|faible. | | | | | | | | | | | Id. | » | 3| 1.30|718.96|40,8|Cumulus à l’E.|S.-E. — 2. | | | | | s.| | |et au N. | | | | | | | | | | | | Id. | » | 4| 2.»|717.20|40,6|Gros cumulus |N.-N.-E. — | | | | | s.| | |épars |1. | | | | | | | | | | | Id. | » | 5| 3.»|716.83|41,7|Petits cumulus|S.-S.-E. — | | | | | s.| | |blancs N. et |1. | | | | | | | |E. | | | | | | | | | | | | Id. | » | 6| 1.»|718.78|41,5|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 7| 3.»|718.89|22,7|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Mokhâten | 565 | 8| 3.10|720.37|21,9|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Trâghen | 520 | 9| 6.»|721.08|27,3|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |11| 3.45|721.35|24,4|Pur |E. — 1 | | | | | m.| | | |faible. | | | | | | | | | | | Id. | » |12| 1.30|720.88|39,9|Pur |E. ou N.-E.| | | | | s.| | | |— 5. | | | | | | | | | | | Id. | » |14| 2.30|720.01|36,5|Pur |E. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |15| 4.»|722.06|22,2|Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Touîla | 589 |16| 1.30|719.70|40,5|Pur |S.-O. — | | | | | s.| | | |Insensible.| | | | | | | | |1. | | | | | | | | | | |Maghoua | 577 |17| 1.30|719.69|40,4|Pur |N.-E. — 6. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Tha’aleb | 595 |18| 1.45|717.48|41,6|Pur |N. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Oumm-el-Arâneb | 546 |19| 4.»|718.60|38,5|Pur |N.-O. — 4. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |El-Bedîr | 546 |20| 1.30|719.58|40,0|Pur |? | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Oumm-es-Sougouîn | 506 |21| 3.»|722.24|22,3|Pur |E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Zouîla | 539 | »| 1.»|721.20|36,6|Pur |N.-O. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Hammîra | 446 |22| 1.»|728.70|37,5|Pur |N.-E. — 4. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Trâghen | 520 |23| 4.»|720.17|36,5|Pur |N.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Mourzouk | 559 |27| 9.40|711.67|38,8|Pur |? | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |29| 3.»|701.21|38,5|Pur |E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | | |At| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 5| 6.»|719.16|23,1|Pur |E.-N.-E. — | | | | | m.| | | |2. | | | | | | | | | | | Id. | » | 6| 4.»|722.10|33,5|Pur |N. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 7| 2.30|725.39|36,4|Quelques |N. — 2. | | | | | s.| | |petits cumulus| | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 3.»|726.13|37,4|Pur |N.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 9| 2.»|722.68|35,7|Pur |N. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |10| 3.30|719.32|35,9|Pur |N.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |11| 7.»|718.96|28,6|Pur |Nul. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Menzelet-el-Guefel| 545 |12| 2.30|721.12|36,6|Pur |E. — 6. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Néchoûa’ | 608 |13| 3.45|717.68|35,7|Pur |E.-N.-E. — | | | | | s.| | | |2. | | | | | | | | | | |Ghoddoua | 574 |14| 2.45|721.68|38,2|Petits cumulus|Nul. | | | | | s.| | |isolés | | | | | | | | | | | |Bîr-el-Moukkeni | 569 |15| 4. 5|719.10|23,8|Pur |N.-E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Et-Tolh | 592 | »| 2.20|717.60|36,3|Pur |N.-N.-O. — | | | | | s.| | | |4 très- | | | | | | | | |chaud. | | | | | | | | | | |Sebhâ | 501 |16| 5.25|721.63|22,8|Pur |E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Temenhent | 503 |17| 7.10|727.68|29,4|Pur |S.-E. — 4. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |18| 1.45|722.87|36,6|Pur |N. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Gourmêda (puits) | 482 |19| 4.10|724.76|20,5|Pur |S. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Zîghen | 531 | »| 7.55|720.08|26,9|Pur |S.-E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |20| 4.30|722.44|22,5|Pur |E. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Oumm-el-’Abîd | 473 | »| 3.»|724.13|37,3|Couvert de |N.-O. — 3 | | | | | s.| | |cumulus à |chaud. | | | | | | | |moitié | | | | | | | | | | | | Id. | » |21| 2.»|728.44|36,5|Petits cumulus|N.-O. — 2. | | | | | s.| | |épars | | | | | | | | | | | | Id. | » |22| 5.»|730.70|24,8|Horizon O. |E.-S.-E. | | | | | m.| | |couvert |puis S.-E. | | | | | | | | |— 5. | | | | | | | | | | |El-Hafor-el-Homer | 552 |23| 4.»|722.98|21,5|Horizon E. |N.-E. — 1. | | | | | m.| | |couvert | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Tîn-Guezzîn | 690 |25| 3.30|709.10|21,2|Deux tiers |Nul. | | | | | m.| | |cumulus | | | | | | | | | | | |El-Mejnah | 736 | »| 6.55|705.48|23,6| |? | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Gottefa | 573 | »| 3.40|719.07|25,5|Couvert, pluie|S.-E. — 2. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |26| 6.30|720.98|23,4|Pur |S. — 1 | | | | | m.| | | |faible. | | | | | | | | | | |Bir-Ferdjân | 397 |27| 5.»|735.97|20,8|Pur, nuages au|N. — 1 | | | | | m.| | |S. |faible. | | | | | | | | | | |Sokna | 352 |28| 5.»|737.52|20,6|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » |30| 5.45|738.32|18,2|Pur |E. — 1 | | | | | m.| | | |faible. | | | | | | | | | | | | |Se| | | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 1| 5.45|738.02|20,6|Cumulus à l’E.|E. — 1. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 2| 5.15|737.46|19,8|Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |O. Talha-boû-Tobol| 322 | 3| 7.»|740.49|28,0|Pur |N.-E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | 322 | 4| 4.30|741.60|20,3|Pur |S.-O. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Ouâdi Zemam | 309 | 5| 4.30|743.77|20,9|Pur |O. — 2. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Nina | 291 | 6| 4.30|743.11|18,3|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Bondjêm | 138 | 7| 2.30|756.17|32,5|Pur |N.-E. — 3. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | | Id. | » | 8| 6.30|755.50|27,7|Pur |N.-E. — 5. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |Oumm-el-Ghorbâl | 113 |10| 4.20|754.64|16,9|Pur |Insensible.| | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Mbellem | 90 |11| 4.30|756.10|16,3|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Loummouileh | 109 |12| 4.20|753.83|18,5|Pur |Nul. | | | | | m.| | | | | | | | | | | | | | |Ouâdi-Mîmoûn | 234 |13| 4.»|749.54|16,0|Quelques |Nul. | | | | | m.| | |nimbus N.-O. | | | | | | | | | | | |Plateau au Nord de| 235 |14| 6.10|740.13|22,8|Horizon N. |N.-E. — 2. | |Chaábet-el-Halma | | | m.| | |nuageux | | | | | | | | | | | |Melgha | 372 |15| 6.»|733.49|24,4|Pur |E. — 1. | | | | | s.| | | | | | | | | | | | | | |El-Menchîya | 31 |19| 1.45|766.39|26,4|Petits cirrhus|Insensible.| |(Tripoli), villa | | | | | | | | |de M. Botta | | | | | | | | | | | | | | | | | |El-Menchîya | » |20| 1.10|764.63|26,9|Petits cirrho-|N. — 2. | |(Tripoli), villa | | | | | |cumulus à | | |de M. Botta | | | | | |l’horizon | | +------------------+-----+--+-----+------+----+--------------+-----------+
NOTA. — Cette série de tableaux a été dressée principalement en vue de mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’après lesquels les altitudes ont été déterminées.
M. O. Mac Carthy, dont la précision comme météorologue est justement appréciée, a bien voulu mettre à ma disposition ses observations correspondantes au niveau de la mer à Alger. On peut donc considérer l’ensemble des altitudes comme aussi exactes que possible, au moyen d’observations barométriques.
Quant aux détails qui vont suivre sur la température, l’hygrométrie, la pression atmosphérique, les vents, la lumière, l’electricité, ils ont été empruntés à l’ensemble de mes observations météorologiques.
En général, excepté dans les marches ou dans le cas de maladie, j’ai fait quatre observations, souvent cinq, par jour : une avant le lever du soleil, une après son coucher, et deux ou trois dans la journée.
J’ai toujours veillé au bon fonctionnement de mes instruments, et toutes les observations que je livre à la publicité sont ramenées à zéro et corrigées des erreurs des instruments.
Températures.
Instruments employés : Les divers thermomètres dont j’ai fait usage sont :
Des thermomètres Baudin : no 204, no 329, no 660, no 663 ; no 665 pour les minima, et no 662 pour les maxima ;
Des thermomètres Salleron : nos 300 et 302 ;
Un thermomètre Fastré, qui m’a été envoyé par M. Mac Carthy avec la note très-bon.
En voyage, le 18 décembre 1860, à Timelloûlen, j’ai pu contrôler la marche de ces divers instruments au moyen de la glace fondante. De plus, j’ai comparé tous mes thermomètres avec l’étalon Baudin, une première fois à Tougourt, le 29 février 1860, et une seconde fois à Serdélès, le 2 mai 1861.
TEMPÉRATURE DE L’AIR : L’ensemble de mes observations sur la température de l’air donne les constatations suivantes :
Marche diurne : Dans la journée, le plus grand abaissement de la température a lieu le matin avant le lever du soleil, et la plus grande élévation entre deux et trois heures de l’après-midi.
Un tableau, ci-après (voir le § Pression atmosphérique, page 121), indique la marche des différents thermomètres, de 15 en 15 minutes, entre le lever et le coucher du soleil. Il peut être considéré comme donnant approximativement la marche diurne moyenne.
Variations suivant les saisons : Quelles que soient la latitude et l’altitude, dans tout le Sahara, du moins sur le versant Nord du plateau central, les températures les plus basses sont obtenues de décembre à mars, et les plus hautes de juin à septembre. C’est ce que démontre le journal météorologique de mon voyage, complété par celui que tient M. J. Auer à Tougourt.
Influences : L’altitude et l’éloignement de la mer, bien plus que la latitude, exercent une influence sur le thermomètre.
Si l’on compare la température du plateau du Tasîli des Azdjer, d’un degré et quart au Nord du tropique du Cancer, avec celle de Tougourt, ville située à huit degrés plus au Nord, et sous l’influence probable de la Méditerranée, on trouve rarement chez les Azdjer les fortes chaleurs de l’Ouâd-Rîgh, mais, en revanche, on constate même dans les vallées abritées du Tasîli des gelées inconnues ou exceptionnelles dans l’Ouâd- Rîgh.
Chez les Touâreg même, suivant l’altitude des lieux, il y a de grandes différences : entre la température du Ahaggâr, où les neiges persistent pendant trois mois de l’année, et celle du Tasîli, où elles durent à peine quelques jours ; entre les plateaux élevés, où l’on retrouve la végétation de la côte européenne de la Méditerranée, et les basses dépressions des plaines, en contre-bas des montagnes, où la végétation désertique s’allie à celle des tropiques.
Extrêmes de température : Ils sont fournis par les deux chiffres suivants :
Maximum + 44°,6, à Mourzouk, les 5 et 26 juillet 1861 ;
Minimum − 2°,1, à Timelloûlen, le 18 décembre 1860.
La plus grande amplitude des oscillations thermométriques constatée dans mon voyage chez les Touâreg a donc été de 46°,7.
Maxima (saison d’été) : Les observations comprises entre les dates du 7 juin au 7 juillet et du 27 juillet au 11 août 1861 ont été faites à Mourzouk, les autres en route sur divers points. (Voir, pour les stations correspondantes, le tableau général qui précède.)
1860.
8 août 42°,2
9 » 40 ,6
10 » 40 ,7
11 » 40 ,8
12 » 41 ,6
13 » 42 ,3
14 » 41 ,8
15 » 40 ,1
16 » 40 ,2
4 septembre 40 ,4
1861.
24 mai 40 ,5
25 » 40 ,3
10 juin 41 ,0
19 » 37 ,8
20 » 38 ,2
21 » 37 ,8
22 » 37 ,6
23 » 36 ,1
25 » 38 ,1
26 » 38 ,8
28 » 42 ,5
29 » 39 ,4
30 » 39 ,0
1 juillet 40 ,0
2 » 41 ,3
3 » 42 ,4
4 » 44 ,3
5 » 44 ,6
16 » 40 ,6
17 » 40 ,5
18 » 41 ,7
26 » 44 ,6
27 » 42 ,6
28 » 42 ,6
Maxima (saison d’hiver) : Je regrette de ne pas avoir de série d’observations maxima pour la saison d’hiver. Il sera facile d’y suppléer approximativement par les indications du thermomètre fronde, dans les observations générales quotidiennes.
Minima (saison d’hiver) : Je n’ai que peu d’observations de minima de la température en hiver. Je donne ci-dessous le nombre des jours où j’ai observé la congélation de l’eau.
1860.
17 décembre − 2°,0
18 » − 2 ,1
28 » + 1 ,9
1861.
11 janvier Eau gelée.
12 » Id.
13 » Id.
14 » Id.
15 » Id.
16 » Id.
20 » Id.
22 » Id.
10 mars Id.
11 » Id.
12 » Id.
Minima (saison d’été) : Ces observations appartiennent toutes à l’année 1861, savoir :
20 juin 18°,6
21 » 19 ,7
22 » 20 ,9
23 » 19 ,2
24 » 17 ,5
26 » 16 ,6
27 » 17 ,6
30 » 22 ,4
2 juillet 23 ,6
3 » 28 ,6
4 » 23 ,4
5 » 24 ,4
25 » 21 ,6
26 » 25 ,2
30 » 23 ,1
7 août 20 ,6
8 » 22 ,4
9 » 20 ,6
10 » 21 ,2
Si, pour la saison d’été, je compare le chiffre le plus bas de la température de l’air, 16°,6, obtenu le 26 juin à Mourzouk, avec le chiffre le plus élevé, 44°,6, constaté dans la même localité et dans la même année, les 5 et 26 juillet, je trouve une différence de 28° à quelques jours d’intervalle.
TEMPÉRATURE DU SOL : Les observations relatives à la température du sol ont été prises à l’ombre et au soleil, en hiver et en été.
Maxima à l’ombre : Pendant le jour, pas d’observations faute de temps, mes instants étant pris par d’autres études.
Minima à l’ombre : Toutes les observations qui suivent ont été faites, le thermomètre étant recouvert d’une légère couche de sable ou de terre.
Saison d’hiver.
1860.
14 décembre − 3°,0
28 » − 1 ,4
1861.
10 janvier − 1 ,4
11 » − 0 ,4
12 » − 0 ,4
16 » − 2 ,4
19 » − 2 ,2
22 » − 4 ,7
25 » − 3 ,2
26 » − 3 ,2
27 » + 1 ,3
30 » + 1 ,1
Saison d’été. — 1861
12 août 20°,8
13 » 18 ,3
14 » 18 ,9
15 » 23 ,3
16 » 21 ,5
19 » 19 ,6
20 » 23 ,6
21 » 20 ,6
22 » 24 ,6
24 » 18 ,6
25 » 20 ,6
26 » 18 ,1
27 » 20 ,8
28 » 19 ,6
30 » 19 ,9
1 septembre 18 ,7
2 » 19 ,1
3 » 16 ,6
4 » 19 ,8
5 » 18 ,6
7 » 14 ,2
8 » 15 ,1
9 » 21 ,6
10 » 15 ,3
11 » 14 ,0
12 » 18 ,1
13 » 16 ,3
15 » 19 ,8
Maxima au soleil : L’ombre n’existant pas dans le Sahara, ni pour le sol ni pour les plantes qu’il nourrit, ni pour les hommes ni pour les animaux qui l’habitent, il était important de déterminer, dans les différentes saisons, la température du milieu au soleil.
C’est à ce besoin que correspondent les deux séries d’observations qui suivent :
Saison d’hiver. — 1861.
18 janvier. 29°,00, la température de l’air à l’ombre étant 17°,8
19 » 26 ,05 » » » 17 ,35
22 » 30 ,15 » » » 16 ,6
31 » 19 ,8 » » » 14 ,0
14 février. 39 ,65 » » » 29 ,35
Saison d’été. — 1860 et 1861.
13 avril. 42°,55, la température de l’air à l’ombre étant 31°,85
20 juin. 58 ,22 » » » 42 ,52
28 » 65 ,12 » » » 38 ,62
20 juillet. 65 ,12 » » » 37 ,50
» » 66 ,42 » » » 38 ,32
La moyenne de la différence des températures est de 9°,89 pour la saison d’hiver et de 23°,1 pour la saison d’été.
Si, à défaut d’observations quotidiennes de la température du sol au soleil, j’ajoute la moyenne différentielle de 23°,1 aux températures de l’air pendant les journées des 5 et 26 juillet 1861, soit 44°,6, = 67°,7 ; si j’augmente ce dernier chiffre de − 4°,7, minimum du sol le 22 janvier, j’obtiens un total de 72°,4 représentant l’écart annuel entre les extrêmes de la température du sol, et cet écart ne saurait être un maximum.
On s’étonne moins alors si la flore et la faune d’un pareil climat sont limitées à des espèces créées pour lui ; on comprend comment Hérodote a pu dire que la chaleur consume les hommes et le fonds même de la contrée. Il faut, en effet, des roches très-dures et très-compactes pour résister à des dilatations de − 5° à + 67°,7. Bien certainement, les extrêmes constatés dans une seule année ne représentent pas les extrêmes absolus d’une période centenaire. Probablement l’écart est souvent de 75° et peut-être de 80°.
TEMPÉRATURE DES PUITS ORDINAIRES : J’ai apporté le plus grand soin à la constatation de la température des puits et de leur profondeur, en vue d’aider à la détermination de la moyenne de la température annuelle de chaque contrée.
Voici, pour chaque région, les résultats constatés :
Dunes de l’’Erg.
Tempé Profon -rature. -deur.
{ Bîr-es-Soûk 23°,5 12m,5 { { Bîr-el-Djâma’ 23 ,2 10 ,2 El-Ouâd (16 juin) { { Bîr-Oulâd-Khalîfa 23 ,5 12 ,1 { { Bîr-el-Azâzla 23 ,4 14 ,6
{ Bîr-djâma’-el-Gharbî 21 ,9 7 ,3 { { Bîr-djâma’-el-Akhouân 21 ,7 6 ,2 Gomâr (19 juin) { { Bîr-sîdi-’Abd-er-Rahman 22 ,2 6 ,5 { { Bîr-tâbet-Cheria’a 21 ,6 6 ,6
{ Premier puits (14 juillet) 22 ,7 3 ,9 { Mouï-el-Ferdjân { Deuxième puits (id.) 22 ,6 3 ,4 { { Premier puits (21 juin) 21 ,7 3 ,9
Mouïet-el-Kâid (15 juillet) 22 ,3 6 ,5
Choûchet-el-Guedhâm (28 juillet) 23 ,1 13 ,7
Bîr-ez-Zouâit (29 juillet) 23 ,5 14 ,8
Mâleh-ben-’Aoûn (30 juillet) 22 ,7 13 ,3
Moûï-er-Rebah (31 juillet) 21 ,8 8 ,8
El-’Ogla (id.) 22 ,8 10 ,4
Ma’atîg (1er août) 23 ,7 20 ,6
Berreçof (2 août) 23 ,2 23 ,0
Plateau de Tînghert.
{ Premier puits (16 décembre) 17 ,7 1 ,3 Timelloûlen { { Deuxième puits (20 décembre) 17 ,3 3 ,3
Vallée des Igharghâren.
Asouîtar (26 janvier) 11 ,4 4 ,0
Vallée de l’Ouâdi-el-Gharbi.
In-Tafarat (15 mai) 22 ,7 4 ,2
Oubâri (18 mai) 20 ,3 2 ,5
Brêg (20 mai) 24 ,2 1 ,2
{ 21 mai 23 ,4 } { } Takertîba { 22 mai 25 ,7 } 10 ,0 { } { 27 mai 23 ,8 }
Dunes d’Edeyen.
Mandara (28 mai) 23 ,5 ?
{ 29 mai 22 ,4 4 ,0 Gabr’aoûn { { 30 mai 22 ,5 1 ,8
Bîr-en-Nechoûa’ 22 ,4 2 ,4
Bîr-el-Wouchka 23 ,7 2 ,5
Bîr-Sâlah-ber-Rekheyyis (16 août) 25 ,5 2 ,9
Gourmêda (19 août) 22 ,0 2 ,8
Oumm-el-’Abîd (21 août) 24 ,9 1 ,2
Gottefa (26 août) 24 ,7 3 ,7
’Aïn-el-Hamâm (2 septembre) 24 ,2 1 ,5
TEMPÉRATURE DES SOURCES : Je donne comparativement la température de l’air au moment de l’observation.
Ghadâmès (9 décembre) 30°,15, la température de l’air étant 17°,7
Tâdjenoût (29 janvier) 11 ,95 » » » 13 ,1
Ahêr (23 février) 20 ,35 » » » 26 ,6
Serdélès (4 mai) 25 ,55 » » » 21 ,4
Ganderma (11 juillet) 22 ,55 » » » 24 ,4
Ayâl-Slîmân (id.) 25 ,05 » » » 24 ,4
Bel-Hasan (13 juillet) 23 ,95 » » » 37 ,0
M. Isma’yl-Boû-Derba avait antérieurement constaté les températures de trois autres sources, au pied N. du Tasîli, que je n’ai pas visitées, savoir :
’Aïn-Tabelbâlet (10 septembre) 23°,0, l’air étant 30°,0
’Aïn-el-Hadjâdj (12 id. ) 24 ,0 » 35 ,0
Tihoûbar (24 id. ) 26 ,0 » 35 ,0
La source de Ghadâmès est thermale ; il y en a d’autres d’ailleurs dans le pays.
TEMPÉRATURE DES PUITS ARTÉSIENS : Dans le voisinage des dunes les puits artésiens sont très-nombreux, car dans le seul district de l’Ouâd-Rîgh, il y en a 335 qui arrosent 600,000 palmiers ; dans l’oasis d’Ouarglâ, il y en a aussi en quantité. Pour le groupe de l’Ouâd-Rîgh, je me bornerai à donner la température de quelques puits seulement.
Tempé Profon -rature. -deur.
{ { Premier puits 24°,71 57m,0 { ’Aïn-Bâ-Mendîl { { { Deuxième puits 24 ,75 58 ,10 { { ’Aïn-el-Amîra 24 ,83 57 ,95 { { { Premier Puits 24 ,40 54 ,0 Tougourt { ’Aïn-Boû-’Alem { { { Deuxième puits 24 ,82 52 ,0 { { ’Aïn-Azaz 24 ,75 53 ,0 { { ’Aïn-el-Bîr 23 ,85 64 ,0 { { ’Aîn-es-Soûk 24 ,65 55 ,0
{ ’Aïn-Mellâha 24 ,85 39 ,0 Merhayyer { { ’Aïn-Battâh 24 ,91 39 ,0
Ouarglâ (nombreux puits, pas d’observations).
Ihanâren (l’un des puits) 24 ,95 1 ,25
{ Un puits 26 ,42 5 ,50 Serdélès { { Un autre puits 26 ,52 5 ,50
M. Isma’yl-Boû-Derba a trouvé, le 25 septembre, une température de 26° pour le puits d’Ihanâren et le même chiffre pour le puits artésien de Timâssanîn (6 septembre) ; mais j’ignore s’il a tenu compte des corrections à faire à son thermomètre.
TEMPÉRATURE DES EAUX PLUVIALES : Le 25 août 1861, à Gottefa, la pluie qui tombait me paraissant aussi chaude que celle des bains ordinaires, j’en déterminai la température, qui se trouva être à 29°,4, celle de l’air étant seulement de 25°,52.
TEMPÉRATURE DES RHEDÎR OU FLAQUES D’EAU : Le 3 juin, la température de l’air étant 29°,95, le thermomètre plongé dans l’eau du Rhedîr de Setîl marqua 21°,8.
TEMPÉRATURE MOYENNE MENSUELLE DE L’AIR A TOUGOURT. — M. le lieutenant J. Auer, commandant supérieur de la garnison indigène de Tougourt, fait des observations thermométriques depuis son installation dans la capitale de l’Ouâd-Rîgh. A mon arrivée dans le Sahara, j’ai calculé les moyennes de 42 mois de ses observations, et je crois utile de les publier pour permettre la comparaison entre un climat encore sous l’influence maritime de la Méditerranée et celui tout continental des hauts plateaux qu’habitent les Touâreg.
Le thermomètre à alcool de M. Auer était exposé au Nord, à l’ombre, dans un courant d’air. M. Renou, secrétaire de la Société météorologique, craint qu’un thermomètre à alcool, exposé dans une embrasure de fenêtre, ne donne des chiffres trop élevés de plusieurs degrés.
+-------+---------+-------+-------------+-------+---------------+ | | | Un | | | | | | | quart | | | | | | |d’heure| |SOLEIL.|ATMOSPHÉRIQUES.| | | | avant | 2 heures 30 |COUCHER| PRINCIPAUX | |ANNÉES.| MOIS. | le | m. de | du | PHÉNOMÈNES | | | | lever |l’après-midi.|SOLEIL.|ATMOSPHÉRIQUES.| | | | du | | | | | | |soleil.| | | | +-------+---------+-------+-------------+-------+---------------+ | {Septembre| 26,7 | 41,6 | 35,8 |4 siroccos, 2 | | { | | | |petites pluies.| | { | | | | | | {Octobre | 20,1 | 32,7 | 28,8 |4 siroccos. | | 1855. { | | | | | | {Novembre | 10,3 | 20,2 | 17,7 |3 pluies. | | { | | | | | | {Décembre | 7,8 | 15,6 | 12,5 |5 pluies, 1 | | | | | | |tonnerre. | | | | | | | | | {Janvier | 9,3 | 18,8 | 15,9 |1 pluie. | | { | | | | | | {Février | 10,1 | 19,4 | 16,5 |3 pluies. | | { | | | | | | {Mars | 11,8 | 23,3 | 18,9 |7 pluies, 1 | | { | | | |orage, 1 | | { | | | |sirocco. | | { | | | | | | {Avril | 16,3 | 29,6 | 25,4 |1 petite pluie,| | { | | | |6 siroccos. | | { | | | | | | {Mai | 21,7 | 36,7 | 31,9 |2 orages, 1 | | { | | | |pluie, 8 | | { | | | |siroccos. | | { | | | | | | {Juin | 25,8 | 39,3 | 33,7 |1 petite pluie,| | { | | | |7 siroccos. | | 1856. { | | | | | | {Juillet | 27,3 | 46,6 | 27,9 |1 tempête avec | | { | | | |pluie, 10 sir. | | { | | | | | | {Août | 23,3 | 41,3 | 35,5 |1 tempête, 2 | | { | | | |orages, 2 | | { | | | |petites pluies,| | { | | | |7 siroccos. | | { | | | | | | {Septembre| 24,8 | 38,2 | 34,1 |1 orage avec | | { | | | |petite pluie, 7| | { | | | |sir. | | { | | | | | | {Octobre | 16,7 | 27,1 | 23,1 |6 siroccos. | | | | | | | | | {Janvier | 8,6 | 18,2 | 13,8 |2 petites | | { | | | |pluies, 1 avec | | { | | | |orage. | | { | | | | | | {Février | 8,6 | 18,2 | 13,7 |1 orage. | | { | | | | | | {Mars | 12,5 | 21,4 | 16,0 |1 orage. | | { | | | | | | {Avril | 17,8 | 28,4 | 23,2 | | | { | | | | | | {Mai | 19,0 | 38,2 | 25,7 |3 orages, 1 | | { | | | |tempête, 1 | | { | | | |sirocco. | | { | | | | | | {Juin | 24,0 | 41,3 | 36,3 | | | 1857. { | | | | | | {Juillet | 27,8 | 45,2 | 39,2 |2 pluies, 1 | | { | | | |orage, 10 | | { | | | |siroccos. | | { | | | | | | {Août | 28,8 | 45,9 | 40,6 |18 siroccos. | | { | | | | | | {Septembre| 24,2 | 40,0 | 36,0 |1 petite pluie,| | { | | | |3 siroccos. | | { | | | | | | {Octobre | 18,5 | 32,5 | 26,1 |3 pluies. | | { | | | | | | {Novembre | 13,3 | 24,9 | 21,4 |4 pluies. | | { | | | | | | {Décembre | 7,4 | 14,6 | 11,6 |4 petites | | | | | | |pluies. | | | | | | | | | {Janvier | 4,3 | 12,3 | 9,2 |9 pluies. | | { | | | | | | {Février | 8,7 | 19,6 | 14,7 |4 pluies. | | { | | | | | | {Mars | 11,0 | 24,4 | 19,8 |1 pluie, 1 | | { | | | |orage. | | { | | | | | | {Avril | 17,7 | 32,1 | 23,7 |3 pluies, 1 | | { | | | |orage. | | { | | | | | | {Mai | 22,4 | 29,8 | 27,7 |1 sirocco. | | { | | | | | | {Juin | 26,6 | 34,8 | 32,7 |1 pluie avec | | { | | | |tempête, 3 | | 1858. { | | | |orages, 5 | | { | | | |siroccos. | | { | | | | | | {Juillet | 29,1 | 39,1 | 35,4 |1 pluie, 2 | | { | | | |orages, 4 | | { | | | |siroccos. | | { | | | | | | {Août | 29,2 | 38,2 | 35,0 |5 siroccos avec| | { | | | |4 orages. | | { | | | | | | {Septembre| 23,5 | 32,8 | 29,6 |1 petite pluie.| | { | | | | | | {Octobre | 20,2 | 29,4 | 26,5 |1 pluie. | | { | | | | | | {Novembre | 14,1 | 21,9 | 18,7 |2 pluies. | | { | | | | | | {Décembre | 8,9 | 14,7 | 12,0 |4 pluies. | | | | | | | | | {Janvier | 5,9 | 12,2 | 8,8 |6 pluies. | | { | | | | | | {Février | 8,0 | 14,5 | 14,6 |9 pluies. | | 1859. { | | | | | | {Mars | 12,3 | 20,8 | 16,1 |3 pluies. | | { | | | | | | {Avril | 18,3 | 28,3 | 23,7 |3 pluies, 6 | | | | | | |siroccos. | +-------+---------+-------+-------------+-------+---------------+
Les deux extrêmes constatés ont été : minimum + 2, maximum + 51 = 49, chiffre supérieur de 2° 3 à celui que j’ai trouvé sur le plateau central du Sahara.
Les variations, suivant les saisons, diffèrent peu : les plus basses températures, sur le plateau central, ont lieu de décembre à mars ; la même période, dans les bas fonds de l’Ouâd-Rîgh, est limitée à décembre, janvier et février. Les hautes températures, sur le plateau central, se répartissent sur quatre mois : juin, juillet, août et septembre ; dans l’Ouâd-Rîgh, juin et juillet sont les deux mois les plus chauds.
Mais quelles différences dans les extrêmes : ici + 2° 3, là − 2° pour minimum ; ici 51° 9, là 44° 6 pour maximum.
Ajoutons l’influence d’une quantité de journées de pluies, dans toutes les saisons, sur un sol alluvionnaire empreigné de divers sels, pendant que la même période ne compte pas une seule pluie sur le plateau central, et on comprendra comment les hommes de race noire peuvent seuls supporter le climat de l’Ouâd-Rîgh, pendant que les blancs jouissent d’une santé florissante dans le Sud.
Hygrométrie.
Au moment de mon arrivée chez les Touâreg, il y avait neuf années qu’aucune pluie sérieuse n’était tombée sur leur territoire ; mais à peine étais-je entré dans leur pays (décembre 1860), que les pluies commencèrent : conséquemment, la série de celles de mes observations destinées à faire apprécier la sécheresse ou l’humidité du climat peut être considérée comme représentant une période relativement humide.
Vapeur d’eau de l’atmosphère. — Les observations ont été faites au moyen de deux thermomètres stables : l’un mouillé, l’autre sec ; elles embrassent deux périodes : l’une du 16 août au 15 septembre 1860, l’autre du 26 juin au 5 juillet 1861. A mon grand regret, j’ai dû négliger ce genre d’observation en route, faute de temps suffisant.
A défaut de tables de réduction s’appliquant au climat saharien, je ne puis calculer ni la force élastique de la vapeur d’eau ni l’humidité relative pour quelques-unes de mes observations : je me borne donc à livrer les expériences elles-mêmes, en indiquant les différences entre les deux thermomètres.
PREMIÈRE PÉRIODE (GHADÂMÈS).
+----------+-----------------------------+-----------------------------+ | | OBSERVATIONS DE 6 A 7 | OBSERVATIONS DE 2 A 3 | | DATES. | HEURES DU MATIN. | HEURES DU SOIR. | | |Thermom.|Thermom.|Différence.|Thermom.|Thermom.|Différence.| | | sec. |mouillé.| | sec. |mouillé.| | +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+ | Août. | | | | | | | | | | | | | | | | 16 | 23°77 | 16°64 | 7°13 | 40°57 | 24°64 | 15°93 | | | | | | | | | | 17 | 27,47 | 19,94 | 7,43 | » | » | » | | | | | | | | | | 18 | 24,47 | 18,84 | 5,63 | 39,77 | 29,14 | 10,63 | | | | | | | | | | 19 | 23,67 | 19,04 | 4,63 | 37,97 | 24,54 | 13,43 | | | | | | | | | | 20 | 24,07 | 19,14 | 4,93 | 39,37 | 26,34 | 13,03 | | | | | | | | | | 21 | 24,07 | 19,34 | 4,73 | 39,47 | 27,14 | 12,33 | | | | | | | | | | 22 | 22,67 | 16,94 | 4,73 | 38,97 | 25,54 | 13,43 | | | | | | | | | | 23 | 23,27 | 16,94 | 6,33 | 38,07 | 25,14 | 12,93 | | | | | | | | | | 24 | 23,67 | 18,24 | 5,43 | 40,47 | 26,34 | 14,13 | | | | | | | | | | 25 | 22,87 | 17,04 | 5,83 | 37,37 | 26,04 | 11,33 | | | | | | | | | | 26 | » | » | » | 39,07 | 28,54 | 10,53 | | | | | | | | | | 27 | 22,47 | 18,64 | 3,83 | 36,87 | 28,14 | 8,73 | | | | | | | | | | 28 | » | » | » | 35,77 | 23,84 | 11,93 | | | | | | | | | | 29 | 20,17 | 15,34 | 4,73 | 36,77 | 25,74 | 11,03 | | | | | | | | | | 30 | 20,17 | 15,24 | 4,93 | 37,87 | 23,24 | 14,63 | | | | | | | | | | 31 | 22,07 | 15,44 | 6,63 | 38,37 | 22,94 | 15,43 | | | | | | | | | |Septembre.| | | | | | | | | | | | | | | | 1 | 23,97 | 17,14 | 6,83 | 39,17 | 24,84 | 14,33 | | | | | | | | | | 2 | » | » | » | 38,87 | 20,84 | 18,03 | | | | | | | | | | 3 | 24,47 | 18,94 | 5,53 | 38,77 | 21,84 | 16,93 | | | | | | | | | | 4 | 23,07 | 14,54 | 8,43 | 39,67 | 22,34 | 17,33 | | | | | | | | | | 5 | 22,87 | 14,74 | 8,13 | 37,97 | 22,14 | 15,83 | | | | | | | | | | 6 | 23,47 | 17,84 | 5,63 | 37,77 | 21,54 | 16,23 | | | | | | | | | | 7 | 20,97 | 17,14 | 3,83 | » | » | » | | | | | | | | | | 8 | » | » | » | 36,87 | 21,94 | 14,93 | | | | | | | | | | 9 | 24,57 | 15,04 | 9,53 | 38,67 | 21,34 | 17,33 | | | | | | | | | | 10 | 24,07 | 21,14 | 2,93 | 37,47 | 21,74 | 15,73 | | | | | | | | | | 11 | 23,87 | 18,74 | 5,13 | 35,17 | 24,64 | 10,53 | | | | | | | | | | 12 | 21,07 | 17,14 | 3,93 | 36,07 | 20,14 | 15,93 | | | | | | | | | | 13 | 19,37 | 13,64 | 5,73 | 37,57 | 22,14 | 15,43 | | | | | | | | | | 14 | 22,17 | 15,14 | 7,03 | 39,27 | 22,84 | 16,43 | | | | | | | | | | 15 | 22,77 | 15,44 | 7,33 | 39,07 | 22,84 | 16,23 | +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+
Je ne dois pas négliger de faire remarquer que l’oasis de Ghadâmès est une des plus riches en eaux de tout le Sahara, et qu’elles y circulent en ville et dans les jardins, la nuit et le jour, dans des conditions qui, sous une température élevée, permettent une grande évaporation.
DEUXIÈME PÉRIODE (MOURZOUK).
+----------+-----------------------------+-----------------------------+ | | OBSERVATIONS DE 6 | OBSERVATIONS DE 2 A 3 | | DATES. | HEURES DU MATIN. | HEURES DU SOIR. | | |Thermom.|Thermom.|Différence.|Thermom.|Thermom.|Différence.| | | sec. |mouillé.| | sec. |mouillé.| | +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+ | Juin. | | | | | | | | | | | | | | | | 26 | 36°32 | 16°02 | 20°30 | » | » | » | | | | | | | | | | 27 | 37,32 | 17,22 | 20,10 | 20,22 | 9,22 | 11,00 | | | | | | | | | | 29 | 38,32 | 17,52 | 20,80 | » | » | » | | | | | | | | | | 30 | 36,22 | 17,22 | 19,00 | » | » | » | | | | | | | | | | Juillet. | | | | | | | | | | | | | | | | 1 | 37,72 | 16,82 | 20,90 | » | » | » | | | | | | | | | | 2 | 39,92 | 18,52 | 21,40 | » | » | » | | | | | | | | | | 3 | 40,77 | 18,82 | 21,95 | 30,12 | 14,57 | 15,55 | | | | | | | | | | 4 | 40,62 | 17,92 | 22,70 | 28,47 | 14,52 | 13,95 | | | | | | | | | | 5 | 41,72 | 18,52 | 23,20 | » | » | » | +----------+--------+--------+-----------+--------+--------+-----------+
L’altitude et la latitude de Mourzouk expliquent seules la différence hygrométrique des observations de cette dernière station comparées à celles de Ghadâmès, car Mourzouk comme Ghadâmès est assise au milieu de plantations de palmiers arrosées deux fois par mois, au moins. Il est vrai que l’eau est moins abondante à Mourzouk.
Par comparaison, je donne les différences constatées sur d’autres points du Sahara, mais plus au Nord.
A Mouï-el-Ferdjân, près de l’Ouâd-Rîgh, par un violent vent du Sud, j’ai constaté, les 20 et 21 juin 1860, des différences de 19° 4 et 21° 5.
A Tougourt, dans l’Ouâd-Rîgh, du 22 juin au 1er juillet inclus, même année, j’ai constaté les différences suivantes : 6° 7, 6° 9, 7° 5, 7° 7, 10° 8, 10° 9, 12° 5 et 13° 15.
Antérieurement, en juillet et août 1859, j’avais obtenu sur le plateau des Benî-Mezâb des différences de 16° 20, 16° 99, 17° 68, 18° 28, 19° 05, 19° 56 et 19° 71.
Malheureusement, mes observations n’embrassent que la saison d’été et ne comprennent pas les parties les plus arides du Sahara, celles où la sécheresse de l’atmosphère est la plus grande.
Rosée. — Dans la série de 310 jours d’observations applicables au pays des Touâreg, je n’ai constaté de rosée que les jours suivants : 22 et 23 décembre 1860, 23, 24, 26 août, et 1er, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 12 septembre 1861. En tout 14 rosées sur 310 jours. Les cinq premières suivaient des journées de pluie ; les autres coïncidaient avec un abaissement notable de la température du sol, sous l’influence des vents.
Gelée blanche. — Quoique la température de l’air ou du sol, du 14 décembre au 12 mars, soit descendue 26 fois au-dessous de zéro, je n’ai jamais constaté ni gelée blanche, ni rien qui pût y ressembler, et je m’autorise de cette observation négative pour conclure que l’air atmosphérique, sur les grands plateaux sahariens, ne contient pas plus d’humidité en hiver qu’en été.
Brouillard. — Deux fois seulement j’ai vu le brouillard se produire : d’abord le 30 août 1860, dans les jardins de Ghadâmès, mais limité aux jardins ; puis dans les sables d’Eguélé, après deux jours de pluie, le matin du 30 décembre de la même année. Cette fois le brouillard était épais et paraissait embrasser tout le pays. Une heure après le lever du soleil, il était dissipé.
Pluie. — Depuis longtemps, les pluies semblent être devenues plus rares dans la partie centrale du Sahara habitée par les Touâreg. La dernière période de sécheresse, qui a cessé vers le milieu de l’été 1860, avait duré neuf ans. Elle avait été précédée de plusieurs autres de dix à douze années. A In-Sâlah, au pied du Ahaggâr, on avait même, dit-on, traversé une série de vingt années sans qu’une seule pluie y eût été constatée.
Mon journal de voyage, d’El-Ouâd à Tripoli, signale comme journées dans lesquelles il est tombé plus ou moins de pluie celles des 31 juillet, 20 et 21 décembre 1860, 27 et 30 janvier, 28 et 29 avril, 6, 7, 9 et 25 mai, 21 et 25 août 1861.
Au dire des Touâreg, la quantité d’eau tombée dans les montagnes, en 1860 et 1861, avait été considérable et, depuis mon retour, j’ai appris que les pluies avaient continué jusqu’au printemps de 1862.
Je dois faire remarquer que l’ouverture de cette période de pluies a coïncidé avec une humidité excessive en France, et avec les crues extraordinaires du Nil en 1860 ; ce qui implique que le Sahara central n’est pas complétement en dehors de l’action des grands mouvements atmosphériques qui ont lieu dans les autres contrées et particulièrement dans les régions tropicales.
La coïncidence des pluies sur le plateau central du Sahara avec les grands débordements du Nil d’Égypte a été constatée par d’autres et ne paraît pas dater de nos jours seulement, car Pline, qui vivait au commencement de l’ère chrétienne, en fait mention dans deux passages de son Histoire naturelle.
« La crue du Nigris (l’Igharghar moderne) se fait aux mêmes époques que celles du Nil : iisdem temporibus augescit. » (L. V, 8.)
« En outre, on a observé que la crue du Nil correspond à l’abondance des neiges et des pluies en Mauritanie. Præterea observatum est, prout in Mauritania nives imbresve satiaverint, ita Nilum increscere. » (L. V, 10.)
Probablement, nous ne tarderons pas à apprendre que les pluies tombées chez les Touâreg en 1860, en 1861, en 1862, se sont prolongées jusqu’en 1863 sous l’influence des pluies tropicales qui viennent de produire un nouveau grand débordement du Nil.
Les orages qui amènent les pluies, disent les indigènes, se produisent dans toutes les saisons et viennent indistinctement de tous les points de l’horizon ; mais, d’après eux, ceux qui donnent de l’eau en plus grande abondance sont toujours le résultat du choc de nuages de l’Est contre d’autres venant de l’Ouest.
D’après mes observations personnelles, la pluie du 31 juillet a été amenée par le vent du N., celles des 21 et 22 décembre par le vent d’E., celles des 27 et 30 janvier par le N.-E., celles des 28 et 29 avril, des 6, 7 et 9 mai, par une lutte entre les vents de l’E. et du N.-E. contre le S.-O., celle du 25 mai par le S.-E. et celle du 21 août par le N.-O.
Quand les pluies sont générales et abondantes, les rivières débordent, couvrant de leurs inondations les vallées dans lesquelles elles déposent leurs alluvions, seules terres de culture que les Touâreg connaissent.
Presque toutes les rivières des montagnes agissent à la façon des torrents, ravageant et dévastant tout sur leur passage. Malheur à ceux que ces avalanches liquides surprennent dans leur chute désordonnée !
Il ne m’a pas été permis d’apprécier les quantités variables d’eau que donne chaque pluie ; mais, d’après les indigènes, je dois croire que, dans certains cas, les pluies sahariennes sont de véritables déluges.
Neige. — Non-seulement il tombe de la neige chez les Touâreg, mais encore elle s’y conserve pendant trois mois de l’année, du mois de décembre au mois de mars. Les sommets du Ahaggâr, il est vrai, jouissent seuls de ce privilége. J’ignore si ce bienfait est annuel ou s’il est limité aux seules années de pluie.
J’ai estimé l’altitude de Ahaggâr à 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, amené à cette détermination par la comparaison avec l’Adrâr du Tasîli et avec l’Anhef qui ne conservent pas les neiges, bien qu’atteignant des hauteurs de 1,500 et 1,800 mètres.
Pression atmosphérique.
Observations barométriques. — Pendant les 29 mois de mon exploration dans le Sahara, j’ai fait chaque jour plusieurs observations barométriques, principalement en vue de déterminer les altitudes des points visités.
Les baromètres dont je me suis servi successivement et quelquefois concurremment, pendant toute la durée de mon voyage chez les Touâreg, sont l’anéroïde et un baromètre Fortin, qui m’a été envoyé en route par M. O. Mac Carthy.
Ces deux instruments ont été contrôlés, à mon retour à Alger, par M. O. Mac Carthy, et les observations que je publie sont corrigées de toutes les erreurs constatées.
Quoique des marches et des déplacements journaliers soient peu favorables pour tirer quelques conclusions sur les variations diurnes, mensuelles ou annuelles du baromètre dans le Sahara, je trouve cependant dans mon journal météorologique quelques détails utiles à publier.
Oscillations diurnes. — A Ghardâya, le 22 août 1859, à la suite d’un violent orage qui avait duré une partie de la nuit, j’ai consacré toute la journée, du lever au coucher du soleil, à constater les oscillations barométriques de 15 en 15 minutes.
Pour cette observation spéciale, je me suis servi du baromètre Fortin no 892, construit par M. Tonnelot.
Les résultats de cette étude sont consignés dans le tableau qui suit.
+-------+---------+----------+----------+----------+-----------------+ | |BAROMÈTRE|THERMOMÈT.|THERMOMÈT.|THERMOMÈT.|ÉTAT DU CIEL ET | |HEURES.| FORTIN à| sec. | mouillé. | fronde. | VENTS. | | | zéro. | | | | | +-------+---------+----------+----------+----------+-----------------+ | h. m. | | | | | | | | | | | | | | 6.40 | 719.38 | | | 26°,1 |Cumulus pommelés | | | | | | |au zénith | | | | | | |N.-N.-E. et au | | | | | | |N.-O. sur un | | | | | | |quart du ciel. | | | | | | | | | 7.30 | 719.43 | 29°,5 | 18°,9 | 28 ,5 |Vent N. frais | | | | | | |(force 1) ; | | 7.45 | 719.60 | | | |cumulus pommelés | | | | | | |au zénith ; bande| | 8.» | 719.62 | 30 ,2 | 18 ,8 | |de cumulus au | | | | | | |S.-S.-E ; cumulus| | 8.15 | 719.69 | | | |en bande du N. | | | | | | |(du N.-O. au | | | | | | |S.-E.). | | | | | | | | | 8.30 | 719.65 | 31 ,0 | 18 ,2 | 31 ,8 | | | | | | | | | | 8.45 | 719.66 | | | | | | | | | | | | | 9.» | 719.76 | 31 ,6 | 18 ,1 | | | | | | | | | | | 9.15 | 719.69 | | | | | | | | | | | | | 9.30 | 719.68 | 32 ,7 | 18 ,4 | 32 ,8 | | | | | | | | | | 9.45 | 719.90 | | | | | | | | | | | | | 10.» | 719.77 | 33 ,1 | 18 ,4 | | | | | | | | | | | 10.15 | 719.65 | | | | | | | | | | | | | 10.45 | 719.46 | | | | | | | | | | | | | 11.» | 719.31 | 34 ,0 | 18 ,6 | 34 ,3 | | | | | | | | | | 11.15 | 719.49 | | | | | | | | | | | | | 11.30 | 719.36 | 34 ,5 | 19 ,4 | | | | | | | | | | | 11.45 | 719.13 | | | | | | | | | | | | | 12.» | 718.84 | 35 ,1 | 19 ,2 | 35 ,3 |Vent N. faible ; | | | | | | |cumulus légers | | | | | | |sur la moitié du | | | | | | |ciel. | | | | | | | | | 12.15 | 718.92 | | | | | | | | | | | | | 12.30 | 718.93 | 35 ,9 | 19 ,8 | | | | | | | | | | | 12.45 | 718.91 | | | | | | | | | | | | | 1. s. | 718.77 | 35 ,5 | 19 ,0 | 34 ,9 | | | | | | | | | | 1.15 | 718.71 | | | | | | | | | | | | | 1.30 | 718.62 | | | | | | | | | | | | | 1.45 | 718.52 | | | | | | | | | | | | | 2.» | 718.08 | | | | | | | | | | | | | 2.30 | 717.73 | 35 ,3 | 18 ,9 | 34 ,9 |Cumulus couvrant | | | | | | |les 2/3 du ciel. | | | | | | |Vent N. toujours | | | | | | |très-faible. | | | | | | | | | 2.45 | 717.72 | | | | | | | | | | | | | 3.» | 717.69 | 35 ,8 | 18 ,9 | 35 ,0 | | | | | | | | | | 3.15 | 717.50 | | | | | | | | | | | | | 3.30 | 717.47 | 36 ,0 | 18 ,7 | | | | | | | | | | | 3.45 | 717.31 | | | | | | | | | | | | | 4.» | 717.18 | 36 ,7 | 19 ,8 | 36 ,3 | | | | | | | | | | 4.15 | 716.92 | | | | | | | | | | | | | 4.30 | 717.03 | 36 ,2 | 18 ,5 | | | | | | | | | | | 4.45 | 716.89 | | | | | | | | | | | | | 5.» | 716.87 | 36 ,3 | 18 ,7 | 36 ,0 | | | | | | | | | | 5.15 | 716.50 | | | | | | | | | | | | | 5.30 | 716.75 | 36 ,0 | 19 ,1 | | | | | | | | | | | 5.45 | 716.46 | | | | | | | | | | | | | 6.» | 716.51 | 35 ,5 | 19 ,0 | 35 ,0 |Vent très-faible,| | | | | | |toujours N. ; | | 6.15 | 716.60 | | | |horizon S. | | | | | | |nuageux ; petits | | | | | | |cumulus au N. et | | | | | | |au N.-E. | +-------+---------+----------+----------+----------+-----------------+
Dans cette journée, le baromètre atteint son maximum d’amplitude 719,90 à 9 heures 45 minutes du matin, et son minimum 716,46 à 5 heures 45 minutes du soir.
L’oscillation diurne du 22 août 1859 a donc été, à Ghardâya, de 3mm 44.
A Tougourt, une période de 21 jours d’observation, du 23 juin au 13 juillet 1860, donne pour maximum des oscillations diurnes 12m m22, le 27 juin, et une moyenne de 2mm 78.
A Ghadâmès, une seconde période de 33 jours d’observation, du 12 août au 15 septembre 1861, donne un maximum de 20mm 41, le 3 septembre, et une moyenne de 5mm 84.
Une troisième période de 16 jours, à Afara-n-Wechcheran, du 6 au 21 janvier 1861, donne un maximum d’oscillation de 12mm 19 pour la journée du 9 janvier, et une moyenne de 5mm 26.
Une quatrième période de 15 jours, à Toûnîn, faubourg de Rhât, du 14 au 28 mars, donne un maximum de 10mm 78, le 28 mars, et une moyenne de 7mm 04.
Une cinquième période de 31 jours, à Tarz-Oûlli, du 8 mars au 29 avril 1861, donne un maximum de 9mm 75, le 25 avril, et une moyenne de 4mm 87.
Enfin, une sixième période de 34 jours, à Mourzouk, du 7 juin au 11 juillet 1861, donne un maximum de 3mm 77 et une moyenne de 1mm 73.
La moyenne de ces six séries d’observations est de 4mm 59 ; mais, si on défalque de chaque série les chiffres accidentels et exceptionnels donnés par les maxima, on arrive à une moyenne d’oscillations diurnes qui se rapproche beaucoup de celle de la journée du 26 août 1859 à Ghardâya.
Extrêmes pour chaque période d’observation. — Je prends pour termes de comparaison les observations du matin, au lever du soleil ; celles du milieu de la journée, à l’heure où le thermomètre est le plus haut ; et celles du soir, au coucher du soleil.
Les plus grands abaissements de la colonne mercurielle sont indiqués, dans le tableau qui suit, pour chaque heure d’observation en regard des plus hautes élévations : la colonne de gauche représentant les minima, celle de droite les maxima.
+----------------------+-------------+-------------+-------------+ | STATIONS. | MATIN. | 2h. 1/2 SOIR| SOIR. | +----------------------+------+------+------+------+------+------+ | Période de Tougourt |753,63|761,66|749,22|765,82|750,82|761,35| | | | | | | | | | — de Ghadâmès |730,08|737,92|731,29|748,55|728,14|738,85| | | | | | | | | | — d’Afara |710,71|716,93|698,61|715,32|705,10|716,25| | | | | | | | | | — de Toûnîn |698,36|706,90|692,05|706,37|695,91|706,67| | | | | | | | | | — de Tarz-Oûlli|696,69|709,37|691,72|707,11|693,77|707,68| | | | | | | | | | — de Mourzouk |711,67|721,97|701,21|725,39|718,96|720,19| +----------------------+------+------+------+------+------+------+
Moyennes pour chaque période. — A défaut d’autres observations barométriques connues pour la région saharienne, j’ai pensé qu’il n’était peut-être pas sans intérêt d’établir la moyenne, à diverses altitudes, des 150 jours de stations que comprennent les six périodes. Voici ces moyennes :
+----------------------+---------+---------+------------+----------+ | STATIONS. |ALTITUDE.| MATIN. |2h. 1/2 SOIR| SOIR. | +----------------------+---------+---------+------------+----------+ | Période de Tougourt | 89[84] | 757,15 | 756,06 | 755,49 | | | | | | | | — de Ghadâmès | 351 | 733,13 | 737,43 | 733,53 | | | | | | | | — d’Afara | 543 | 715,04 | 710,34 | 711,36 | | | | | | | | — de Toûnîn | 726 | 702,55 | 697,70 | 702,22 | | | | | | | | — de Tarz-Oûlli| 766 | 703,18 | 696,99 | 700,94 | | | | | | | | — de Mourzouk | 559 | 720,11 | 719,36 | 719,47 | +----------------------+---------+---------+------------+----------+
Instruments. — Quoique je me sois servi le plus souvent du baromètre anéroïde exclusivement, on peut cependant avoir confiance aux chiffres qu’il a fournis, parce que j’ai pu en faire usage concurremment avec trois baromètres Fortin, et pendant assez de temps, avant que ces derniers aient été brisés, pour bien étudier les dilatations de l’anéroïde et le corriger de ses erreurs.
A dater de Serdélès jusqu’à Tripoli, je me suis servi du baromètre Fortin que j’ai reçu en route.
La marche de cet instrument avait été contrôlée avant son expédition par M. Mac Carthy, qui a eu la généreuse obligeance de me l’envoyer pour remplacer ceux que des accidents de voyage avaient mis hors de service.
Vents.
Le tableau suivant, résumé du tableau général placé en tête de ce chapitre, indique la direction principale des vents, suivant les saisons, et leur force moyenne. Quoique restreint aux observations qui ont servi à déterminer les altitudes, il n’en représente pas moins la moyenne de l’état de l’atmosphère.
DIRECTION MENSUELLE ET FORCE MOYENNE DES VENTS.
+--------+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+ | | | | | | | | | | | | | |TOTAL | | | | | | | | | | | | | | | | par | | | VENTS. |Jan|Fév|Mar|Avr|Mai|Jun|Jul|Aoû|Sep|Oct|Nov|Déc|nature|FORCE| | | | | | | | | | | | | | | de |MOYN.| | | | | | | | | | | | | | |vents.| | +--------+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+ |Calme | 8 | 6 | 4 | » | 7 | 6 | 8 | 11| » | » | » | 8 | 58 | 0,0 | | | | | | | | | | | | | | | | | |N. | 2 | 4 | » | 3 | 5 | 1 | 1 | 5 | 1 | » | » | » | 22 | 1,8 | | | | | | | | | | | | | | | | | |N.-N.-E.| 2 | » | 1 | » | 3 | » | 1 | 1 | » | » | » | » | 8 | 3,0 | | | | | | | | | | | | | | | | | |N.-E. | 5 | » | 5 | 3 | 3 | 1 | 4 | 4 | 7 | » | » | 1 | 33 | 2,7 | | | | | | | | | | | | | | | | | |E.-N.-E.| 2 | 1 | 1 | 1 | 1 | 4 | 4 | » | » | » | » | 2 | 16 | 2,4 | | | | | | | | | | | | | | | | | |E. | 2 | 4 | 4 | 4 | 3 | 13| 9 | 8 | 7 | » | » | 2 | 56 | 2,3 | | | | | | | | | | | | | | | | | |E.-S.-E.| 1 | 3 | 1 | 1 | 1 | » | » | 2 | » | » | » | 1 | 10 | 2,2 | | | | | | | | | | | | | | | | | |S.-E. | 3 | 2 | 2 | 2 | 5 | 2 | 1 | 8 | » | » | » | » | 25 | 2,7 | | | | | | | | | | | | | | | | | |S.-S.-E.| 1 | 1 | 3 | 1 | 1 | » | 1 | 9 | » | » | » | 1 | 18 | 2,6 | | | | | | | | | | | | | | | | | |S. | 1 | 3 | 3 | 4 | » | 2 | » | 4 | » | » | » | 1 | 18 | 1,7 | | | | | | | | | | | | | | | | | |S.-S.-O.| 1 | 1 | » | 2 | » | » | » | 3 | » | » | » | 1 | 8 | 3,2 | | | | | | | | | | | | | | | | | |S.-O. | » | 3 | 1 | 2 | » | » | 1 | » | 1 | » | » | 3 | 11 | 2,5 | | | | | | | | | | | | | | | | | |O.-S.-O.| » | 1 | » | » | » | » | » | » | 1 | » | » | 2 | 4 | 1,5 | | | | | | | | | | | | | | | | | |O. | 1 | 1 | 2 | 3 | 1 | 1 | » | » | » | » | » | » | 9 | 2,4 | | | | | | | | | | | | | | | | | |O.-N.-O.| 1 | » | » | » | » | » | 2 | » | » | » | » | » | 3 | 2,3 | | | | | | | | | | | | | | | | | |N.-O. | 3 | » | 5 | 3 | 2 | 1 | 2 | 2 | » | » | » | » | 18 | 2,2 | | | | | | | | | | | | | | | | | |N.-N.-O.| » | 2 | 1 | 1 | » | » | » | 2 | » | » | » | » | 6 | 2,8 | | +---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+ | TOTAUX | | | | | | | | | | | | | | | | mens. | 33| 32| 33| 30| 32| 31| 34| 59| 17| » | » | 22| 323 | | +--------+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+---+------+-----+
La période de mes observations, modifiée par des pluies exceptionnelles, ne représente peut-être pas l’année moyenne, car, d’après les Touâreg, les vents de la partie E., en temps ordinaire, souffleraient, pendant la saison d’été, avec la constance de vents alisés.
Cependant, je remarque que les observations faites par M. Boû-Derba, du 1er août au 3 octobre 1858, c’est-à-dire au milieu de la dernière période de sécheresse, ne modifient pas sensiblement le résultat de mes observations personnelles, car sur 94 observations il constate :
(Calme/46 f.) (N/8 f.) (NE/8 f.) (E/12 f.) (SE/5 f.) (S/13 f.) (O/3 f.) (NO/4 f.).
Il est vrai que ces observations s’appliquent à l’automne, et non à l’été.
Variations suivant les saisons. — D’après les indigènes, le vent d’E. serait le vent dominant de l’année. Pendant la saison des chaleurs, il inclinerait au S. ; pendant la saison tempérée, au N. Les vents du N. et de l’O., ceux qui amènent le plus souvent la pluie, ne souffleraient guère, d’une manière un peu continue, que dans la saison froide.
Variations diurnes. — En général, dans tout le Sahara, le temps est calme le matin, dans la proportion de 12 à 15 jours sur 30, et dès que le soleil baisse, le soir, le vent mollit, s’il n’arrive au calme parfait.
Par exception, à Bondjêm, dans la Tripolitaine, une brise du N.-E., venant de la mer, s’élèverait tous les soirs. J’ai constaté cette brise à mon passage, les 7 et 8 septembre 1861, mais je n’oserais affirmer qu’elle est quotidienne, ainsi que le prétendent les indigènes.
Vitesse du vent. — L’échelle que j’ai adoptée pour mesurer la vitesse du vent est celle de 0 à 10, ce dernier chiffre correspondant aux vents qui renversent tout sur leur passage.
A défaut d’anémomètre, j’ai estimé toutes les vitesses au jugé.
Sur 310 jours, 8 fois seulement la force du vent a dépassé 5, que j’assimile à la brise fraîche des marins : 2 fois en août, 2 fois en janvier, 2 fois en mars, 2 fois en avril ; 3 fois par le S.-E., 1 fois par le S.-S.-E., 1 fois par le S.-O., 2 fois par le S.-S.-O., 1 fois par le vent d’O.
Nos tentes ont toujours été renversées par les vents arrivant à la puissance de 7. C’est probablement parce que les Touâreg ont constaté la difficulté de lutter contre pareille force, qu’ils ont généralement renoncé à avoir des tentes en voyage, préférant coucher à la belle étoile, sous l’abri des ballots qui composent le chargement de leurs chameaux. D’ailleurs, dans le Sahara, on ne trouve pas toujours un sol favorable à la tenue des piquets de tente.
Quoi qu’il en soit, à part ces exceptions généralement dues au sirocco, le pays des Touâreg du Nord peut être réputé tempéré, sous le rapport des vents.
Pluies et trombes de sable. — Les trombes de sable constituent un des phénomènes caractéristiques de la climatologie saharienne.
Ces trombes sont produites par des vents venant de toutes les directions, mais principalement par le sirocco.
Le sirocco est un phénomène atmosphérique complexe, qui toujours a pour origine un vent de la partie Sud, une température élevée et un soulèvement souvent considérable des parties les plus tenues des masses de sable.
Les siroccos directs venant du Sud sont les plus fréquents, mais il y a aussi des siroccos en retour, repoussés par les vents du Nord, de l’Est et de l’Ouest, quand la force de ces derniers domine la puissance des vents du Sud.
Pendant la durée du sirocco, l’atmosphère est comme embrasée, rougeâtre, desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou siliceuses qu’elle tient en suspension.
Sous son influence, la respiration de l’homme est haletante, la peau, les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et, pour peu que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes de prostration.
Les animaux, même les mieux acclimatés, souffrent comme les hommes : quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent.
Les plantes herbacées, au lendemain d’un sirocco, sont flétries comme le sont dans nos climats des herbes coupées depuis quarante-huit heures. Beaucoup de feuilles et de jeunes tiges sont, pour jamais, privées de vie. Quant aux plantes ligneuses persistantes, organisées pour vivre sous une température élevée, elles résistent même aux siroccos les plus violents.
Les trombes de sables m’ont toujours apparu sous forme de gros nuages de couleur rouge, embrasés, d’une épaisseur de 50 à 60 mètres, marchant à la vitesse des grands coups de vent, tantôt à fleur de terre, tantôt à une certaine hauteur du sol, s’abaissant ici, s’élevant là, mais s’avançant dans l’atmosphère à la façon d’un corps étranger, entièrement isolé.
Du mois de février au mois de mai 1861, j’ai observé, à peu de distance, quatre de ces trombes, et une cinquième a enveloppé de toutes parts notre caravane sans que nous ayons pu l’éviter.
La première, celle du 19 février, chassée par un vent de S.-O., a passé à 2 kilomètres N.-E. de notre campement. Elle n’a pas même eu d’action sur la température de notre milieu, car le thermomètre est resté à 29° 95, température ordinaire à pareille heure.
La seconde, du jour suivant, 20 février, et de la même localité, s’est présentée dans la même direction, mais à 1 kilomètre 1/2 seulement et poussée par un vent du S.-E. Comme celle de la veille, elle n’a exercé aucune influence sur mes instruments.
La troisième, du 28 avril, passa à notre E. comme un immense nuage rougeâtre et tellement semblable au foyer d’un vaste incendie, qu’on aurait pu s’y tromper, s’il ne s’était successivement élevé et abaissé au-dessus de l’horizon, en suivant une marche du S.-O. au N.-O., avec la rapidité d’un ouragan.
La quatrième, du 3 mai, annoncée par des coups de tonnerre lointains dans le S. et par une baisse du baromètre, de 15mm 20 en 3 heures, passa à notre S.-E., embrassant comme la précédente un immense espace, rouge, enflammé comme elle, et se dirigeant vers l’E.
Le passage très-rapproché de cette masse de sables nous valut quelques gouttes de pluie et une élévation du thermomètre à 43°.
Le 30 avril, en route, nous avions fait connaissance plus intime avec pareille avalanche de sables arrivant du S., toujours sous la forme d’un nuage rouge, et qui se rua sur nous comme un torrent dévastateur accompagné de grosses gouttes de pluie froide que je trouvai semblables à de la neige fondue.
Le désordre qui s’était mis dans notre caravane m’empêcha de constater l’effet de cette trombe sur mes instruments qui n’étaient pas sous ma main.
Voilà ce fameux Notus d’Hérodote contre lequel marchèrent les Psylles et qui les ensevelit tous.
Inutile de dire, je crois, que, pendant la durée des grands vents, du sirocco particulièrement, la marche est très-pénible, surtout dans la région des dunes. On a parlé de caravanes englouties corps et biens sous des avalanches de sables ; je ne crois pas ce fait bien constaté. En traversant l’’Erg, dans la saison la plus chaude de l’année et pendant une période constante des vents du Sud, notre caravane, fatiguée par des tourbillons de sables qui obscurcissaient l’atmosphère et empêchaient les guides de diriger la marche, a dû s’arrêter plusieurs fois. Alors les hommes se couchaient pour dormir, tournant le dos au vent et offrant par conséquent un certain obstacle aux sables. Jamais aucun de nous, quoique enveloppé de toutes parts, n’a éprouvé, au réveil, aucune difficulté pour secouer son linceul.
Par les vents desséchants du Sud, les provisions d’eau diminuent rapidement, et quand elles sont épuisées sans pouvoir les renouveler, les caravanes périssent de soif. Les indigènes ont conservé le souvenir de pareilles catastrophes, même sur des parcours de peu d’étendue et loin des zones sablonneuses. A distance, on a imputé à l’ensevelissement des sables un sinistre qui ne devait être attribué qu’au manque d’eau.
Influence des vents sur le thermomètre et le baromètre. — Je n’ai jamais constaté, sous l’influence des vents du Sud, une élévation des thermomètres proportionnelle à l’action de la chaleur sur la peau ; de même, par les vents du Nord, l’abaissement de la température est peu sensible, parce que ces vents ont le temps de s’échauffer avant d’arriver sur le plateau central du Sahara.
Le baromètre subit davantage l’action des vents ; presque toujours il annonce l’approche du sirocco par une baisse remarquable.
Électricité.
Je n’étais muni d’aucun instrument pour mesurer l’électricité de l’atmosphère : conséquemment toutes mes observations reposent sur des faits appréciables à l’œil ou à l’oreille. Toutefois, je n’ai jamais négligé de consigner même les plus petits phénomènes que je pouvais attribuer au fluide électrique. Voici, à ce sujet, les notes que je trouve dans mon journal de voyage :
Étincelles électriques. — (13 janvier 1861. Vent violent du O.-S.-O. Température du sable — 1° le matin, celle de l’air = + 12°2 à 9 heures.) — Vers le milieu de la journée et dans la nuit, décharges d’étincelles électriques dans les vêtements de laine qu’on secoue.
(30 mars 1861. Vent nul. Température, 13°7 le matin.) — Le soir, ma jument fait jaillir des étincelles électriques de sa queue en fouettant les mouches.
(13 avril. Vent épouvantable de l’O. 1/8 S.) — Toute la journée et toute la nuit, ciel couvert, sables soulevés. Le soir, électricité dans les étoffes de soie et de coton.
Éclairs. — (31 juillet 1860. Températ. max. de la journée, 33° 8.) — Dans la nuit des nuages apportés par un vent violent du Nord lancent des éclairs non interrompus.
(7 mai 1861. Vent fort de S.-O. Pluie d’averse, ciel couvert ; température, 29°25.) — Au coucher du soleil, éclairs au S.-O. et à l’O.
(8 mai. Vent nul, ciel couvert.) — A 6 heures 10m du soir, éclairs à l’horizon S.-O., puis à l’E.
Tonnerre. — (25 avril 1861. Journée orageuse, vent fort du S.-S.-O. ; températ., 37°8.) — Vers 7 heures du soir, un coup de tonnerre très- lointain.
(2 mai. Vent O., ciel couvert ; températ., 34°.) — A 2 heures de l’après-midi, coups de tonnerre prolongés, mais lointains, au Sud magnétique.
(8 mai. Vent S.-O., orages la veille, petite pluie le soir.) — Tonnerre lointain avant le coucher du soleil.
Orages. — Si, par orage, on doit entendre un grand trouble atmosphérique, principalement dû à l’électricité et se manifestant par une grosse pluie, avec grand vent, éclairs, tonnerre, grêle, etc., je dois dire que je n’ai rien vu de semblable pendant les 230 jours consacrés à l’exploration des hauts plateaux habités par les Touâreg, et d’après mes conversations avec les indigènes, je dois croire que ces bouleversements de l’atmosphère, très-fréquents au delà du tropique, assez communs dans les parties septentrionales du Sahara encore soumises à l’action du climat de la Méditerranée, doivent être assez rares dans les parties élevées du Sahara central. Des orages secs, dus exclusivement à l’action des vents et sans le concours de l’électricité, me semblent plus caractéristiques du climat de ce pays.
Lumière.
Intensité, couleur, transparence. — La lumière, dans tout le Sahara, mais particulièrement dans les lieux élevés, est tellement intense, que son action, soit directe, soit réfléchie, ne peut être, ni pendant longtemps ni impunément, supportée par l’œil : aussi tous les habitants du plateau central, à peu près sans exception, sont obligés de porter le voile, s’ils veulent conserver la vue, et encore, malgré cette précaution, la plupart des hommes de 40 à 50 ans sont atteints d’opacité de la cornée transparente et d’une sorte de paralysie du cercle ciliaire ; beaucoup sont borgnes ou aveugles, et les vieillards atteignent difficilement le terme de leur existence sans que leur vue soit beaucoup affaiblie. Les appareils photographiques construits pour nos climats tempérés ne donnent que des épreuves brûlées.
La couleur bleue de l’air, mais d’un beau bleu indigo clair, est le fait qui frappe le plus l’Européen dans le Sahara. Cette splendide coloration s’alliant à une extrême transparence de l’atmosphère fait qu’on ne peut plus cesser de regretter le ciel du Sahara dès qu’on l’a connu.
On aura une idée de la transparence de l’air par le fait suivant : Le 28 décembre, sur le sommet du plateau de Timozzoudjên, j’ai pu distinguer nettement les découpures du Tasîli des Azdjer ; cependant le pied de ces montagnes est, en ligne droite, à 80 kilomètres de Timozzoudjên. Bien souvent, pour dresser la carte de mes itinéraires, j’ai déterminé, à la boussole et avec certitude, des points à des distances de 30 à 60 kilomètres.
Les indigènes, dont la vue a reçu l’éducation du milieu atmosphérique, distinguent les objets à de bien plus grandes distances encore, car souvent, à mon grand étonnement, ils m’ont annoncé la venue de voyageurs qu’ils avaient reconnus plusieurs heures avant leur arrivée.
Plus on s’élève dans les montagnes, plus le ciel devient bleu, plus l’atmosphère est transparente et l’air pur.
En parlant du Ahaggâr, point le plus élevé de leur pays, les Touâreg disent : « La quantité de nourriture nécessaire pour nourrir trois hommes dans la plaine suffit pour en rassasier cinq dans le Ahaggâr, tant l’air et l’eau y sont fortifiants. »
Mirage. — Le mirage est un phénomène si commun, sur les hamâd, dans les plaines et vallées, que nécessairement je ne l’ai pas mentionné dans mon journal de voyage. J’aurais dû écrire ce mot aussi souvent que le ciel était pur et la température un peu élevée. Comme tous les voyageurs en Orient, quoique prévenu, j’ai été victime de ses illusions. Comment ne pas l’être dans un pays où l’on désire toujours l’eau et où, chaque jour, une fée, fille de Tantale, vient mettre sous votre regard les lacs les plus merveilleux qu’on puisse imaginer ? Souvent le mirage ne se borne pas à tromper, il fatigue beaucoup la vue et l’esprit par l’oscillation continuelle et le changement de forme des objets bizarres qu’il représente.
Dans le Sahara, comme ailleurs, le mirage cesse dès que le sol devient accidenté ou dès que le vent entraîne l’atmosphère dans un courant continu.
Aurore et crépuscule. — Plus on avance dans le Sud et moins est grand l’intervalle qui sépare la nuit du lever et du coucher du soleil. Sous ce rapport, le Sahara obéit à la loi générale, car l’aurore et le crépuscule y ont si peu de durée qu’on n’en tient pas compte. Lever du jour et lever du soleil sont à peu près synonymes.
Au crépuscule, l’horizon O. prend une teinte rose ou rougeâtre, que l’horizon général a presque toute la journée, à un degré moindre.
Lueur crépusculaire. — Au campement de Sâghen, le 3 janvier, à 7 h. 30 m. du soir, je remarquai à gauche de la voie lactée, dans l’Ouest, environ au point où le soleil s’était couché, une lueur blanche, partant de l’horizon, et se répandant comme une colonne de fumée.
A Tarz-Oûlli, le 8 mars, à 7 h. 21 m. du soir, j’ai encore observé dans l’Ouest la même colonne de lumière, mais, cette fois, elle était séparée de l’horizon par une bande obscure.
Serait-ce la lueur crépusculaire de Humboldt ?
Arc-en-ciel. — Les arcs-en-ciel sont aussi rares que les pluies dans le Sahara ; cependant, j’ai pu en observer deux : l’un le 8 mai 1861, consécutif à deux jours de pluie ; l’autre le 20 août, précédant la pluie du lendemain. Le premier se montra vers 5 heures du soir ; ses deux bases seules furent visibles. Le second parut à 4 h. 50 m. du soir.
Halo lunaire. — Le 19 août 1859, à Ghardâya, par un ciel couvert de stratus, la lune, au moment où elle approchait du méridien, était entourée d’un superbe halo.
Le 19 février 1861, à Azhel-n-Bangou, à 8 h. 45 m. du soir, le ciel étant couvert de cirrho-stratus, je constatai un halo autour de la lune. Sa distance du bord de la lune, mesurée au sextant, s’est trouvée être de 20° 30′.
Lune rouge sang. — Le 21 août 1861, à Oumm-el-’Abîd, vers 8 h. 15 m. du soir, la lune, à son lever, se présenta avec une couleur rouge sang, tirant un peu sur le brun. Les indigènes prétendent que cet aspect de la lune présage le sirocco. En effet, le lendemain 22, le vent souffla d’abord E.-S.-E., puis S.-E.
Étoiles filantes. — On signale la nuit du 10 au 11 août comme l’une de celles dans lesquelles on observe le plus d’étoiles filantes, et parmi elles on a cru en reconnaître de périodiques.
Me trouvant le 10 août 1859 à Ghardâya, par une belle nuit, je la consacrai à observer ces météores ignés. Voici les résultats constatés dans mon journal :
Vers 8 h. 30 m., à une demi-minute d’intervalle, deux belles étoiles filantes tombent vers 10° du méridien, au-dessous de la lune, à une dizaine de degrés au-dessus de l’horizon.
A 10 h. 25 m., une grosse étoile rouge tombe de haut en bas, à l’Ouest, à peu d’élévation au-dessus de l’horizon ;
A 12 h. 22 m., une belle étoile bleue se montre dans l’Est, allant du Sud au Nord.
Je dors de minuit 30 m. à 2 h. 30 m., après quoi, jusqu’au matin, je compte de nombreuses étoiles filantes, se dirigeant pour la plupart de haut en bas dans la direction de Methlîli, c’est-à-dire au Sud.
Antérieurement, dans la nuit du 23 au 24 juillet, à Methlîli, j’avais constaté de nombreuses étoiles filantes, entre autres une superbe.
Ces météores apparaissent en si grande quantité dans les belles nuits du Sahara, qu’un voyageur ne peut les noter toutes.
Globe lumineux. — Dans le grand nombre de mes observations nocturnes, je dois une mention spéciale à un globe enflammé observé le 21 juillet 1859, vers 9 heures du soir. Ce globe, dès qu’il m’apparut, s’éleva à quelques degrés au-dessus de l’horizon et retomba en augmentant d’éclat. Je ne puis mieux comparer ce phénomène qu’à une bombe d’artifice très- brillante et très-forte.
CONCLUSION.
Le climat du pays des Touâreg du Nord est essentiellement continental et parfaitement distinct de celui du bassin de la Méditerranée, ainsi que de celui du bassin du Niger. Au Nord comme au Sud, des pluies périodiques divisent l’année en deux saisons : l’une sèche, l’autre humide. Chez les Touâreg, il y a des périodes d’années, de 6 à 12, sans aucunes pluies, et des périodes d’années, de 1 à 3, dans lesquelles il pleut en toutes saisons : conséquemment, il n’y a chez les Touâreg que des saisons chaudes et des saisons froides.
Dans les unes, comme dans les autres, mêmes vents, même sécheresse de l’air, même électricité, mêmes effets de la lumière.
En somme, le climat du Sahara est très-exceptionnel sur la surface du globe, et c’est à ce climat que le Sahara doit d’être le Sahara.
[Note 81 : Dans la suite de ce chapitre, je ferai connaître les instruments dont je me suis servi et les corrections qu’ils ont dû subir.]
[Note 82 : La force du vent est estimée sur une échelle de 0, calme parfait, à 10, ouragan.]
[Note 83 : Faute d’observations correspondantes au niveau de la mer, l’altitude de Ghadâmès n’a pu être calculée que sur une moyenne de cinq journées : celles des 12, 13, 14, 15 août et 10 décembre 1860.]
[Note 84 : Altitude donnée par M. P. Marès pour le premier étage de la Qaçba.]
CHAPITRE VI.
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES.
Le but de ce chapitre est de faire connaître les principaux éléments d’observations astronomiques d’après lesquels a été dressée la carte qui accompagne ce volume.
Je ne publie pas les observations elles-mêmes. Je me borne à les tenir à la disposition des personnes qui auraient besoin de les contrôler.
Le matériel de mon observatoire ambulant se composait de chronomètres, d’un sextant, d’une lunette astronomique, d’une boussole avec lunette, c’est-à-dire des instruments les plus simples et les plus facilement portatifs à dos de chameau.
Le plus grand nombre de mes observations a été calculé, par moi, pendant mon voyage et depuis mon retour ; d’autres, les plus compliquées, l’ont été par MM. Yvon-Villarceau, Bruhns et Radau, qui ont bien voulu me prêter le concours de leur longue pratique.
Aucune de ces observations ne donne lieu à des remarques particulières qui méritent d’être consignées ici. Le seul côté par lequel le Sahara diffère des autres points du globe pour l’étude des phénomènes célestes, est que le ciel y est presque toujours pur, d’une transparence exceptionnelle, et qu’on y peut presque continuellement suivre la marche des astres dès que l’obscurité se fait : aussi est-il à regretter qu’aucun observatoire sédentaire ne soit pas établi dans cette région.
Voici, par ordre de dates, le relevé des observations faites pendant mon voyage qui ont servi à établir la latitude et la longitude des principaux points de la carte :
+------------------+----------+-----------+----------+-----------------+ | LOCALITÉS. | DATES. | LATITUDE. |LONGITUDE | OBSERVATIONS. | | | | |ORIENTALE.| | +------------------+----------+-----------+----------+-----------------+ |Ghardâya |du 8 août |32° 28′ 36″|1° 33′ 54″|Hauteurs du | | | au 7 | | |Soleil, de la | | | octobre | | |Lune et de la | | | 1859. | | |Polaire au | | | | | |méridien. | | | | | |Hauteurs du | | | | | |Soleil et de la | | | | | |Lune, d’Arcturus,| | | | | |de Véga et d’α | | | | | |d’Ophiucus à | | | | | |l’Est ou à | | | | | |l’Ouest. | | | | | |Distances de la | | | | | |Lune au Soleil. | | | | | |Visées de | | | | | |boussole sur le | | | | | |Soleil et sur la | | | | | |Lune. | | | | | | | |Methlîli |du 28 août|32° 14′ 30″| |Hauteurs du | | | au 13 | | |Soleil, de la | | |septembre.| | |Lune et de la | | | | | |Polaire au | | | | | |méridien ; | | | | | |d’Arcturus et de | | | | | |Véga à l’Est ou à| | | | | |l’Ouest. | | | | | |Distances | | | | | |d’Antarès à la | | | | | |Lune. Apozénithes| | | | | |lunaires. Visées | | | | | |de boussole sur | | | | | |le Soleil. | | | | | | | |El-Golêa’a | 4 |30° 32′ 12″|0° 47′ 31″|Hauteur du Soleil| | |septembre.| | |au méridien, du | | | | | |Soleil à l’Ouest.| | | | | |Distances de la | | | | | |Lune au Soleil. | | | | | |Visées de | | | | | |boussole sur la | | | | | |Lune. | | | | | | | |Tougourt[85] |29 novemb.| 33° 6′ 35″| |Hauteur du Soleil| | | 1859, 7 | | |au méridien. | | |juin 1869.| | | | | | | | | | |Ouarglâ | 18 |31° 57′ 20″| |Hauteur du Soleil| | | février. | | |au méridien. | | | | | | | |Nafta | 9 mars. |33° 52′ 21″| |Hauteur du Soleil| | | | | |au méridien. | | | | | | | |Tôzer | du 11 au |33° 54′ 48″| |Hauteurs du | | | 31 mars. | | |Soleil et de la | | | | | |Polaire au | | | | | |méridien ; du | | | | | |Soleil, | | | | | |d’Arcturus et de | | | | | |Sirius à l’Est ou| | | | | |à l’Ouest. | | | | | |Distances de la | | | | | |Lune au Soleil et| | | | | |à Régulus. Visées| | | | | |de boussole. | | | | | | | |El-Bordj | 15 mars. | | |Hauteurs de | |(Nefzâoua) | | | |Régulus et | | | | | |hauteurs | | | | | |circumméridiennes| | | | | |de Sirius. | | | | | | | |Gâbès[86] | 18 et 19 | | |Hauteurs de | | | mars. | | |Régulus et de | | | | | |Procyon à l’Est | | | | | |ou à l’Ouest ; du| | | | | |Soleil au | | | | | |méridien. | | | | | | | |El-Ouâd[87] | du 10 |33° 21′ 40″|4° 57′ 20″|Hauteurs du | | |février au| | |Soleil et de la | | | 24 | | |Polaire au | | | juillet. | | |méridien ; du | | | | | |Soleil et de Véga| | | | | |à l’Est et à | | | | | |l’Ouest. | | | | | |Observation du | | | | | |dernier contact | | | | | |de l’éclipse du | | | | | |Soleil. | | | | | | | |Berreçof |du 3 au 5 |32° 31′ 51″| |Hauteurs de la | | | août. | | |Polaire et de | | | | | |Mars au méridien | | | | | |; du Soleil et | | | | | |d’Arcturus à | | | | | |l’Est et à | | | | | |l’Ouest. | | | | | |Distances de | | | | | |Mars, du Soleil | | | | | |et d’Antarès à la| | | | | |Lune. Visées de | | | | | |boussole sur | | | | | |Mars. | | | | | | | |Ghadâmès |du 15 août| 30° 7′ 48″|6° 43′ 15″|Hauteurs de Mars,| | | au 8 | | |de la Polaire et | | |décembre. | | |du Soleil au | | | | | |méridien. | | | | | |Hauteurs du | | | | | |Soleil, d’α de | | | | | |Persée et d’α du | | | | | |Cygne à l’Est et | | | | | |à l’Ouest. | | | | | |Occultations des | | | | | |étoiles 7202 (B. | | | | | |astr. Cat.) et | | | | | |1165 (B. astr. | | | | | |Cat.). Visées de | | | | | |boussole sur la | | | | | |Polaire, | | | | | |Fomalhaut, Véga | | | | | |et Rigel. | | | | | | | |Tagotta | 18 |30° 12′ 11″| |Hauteur de Mars | | |septembre.| | |au méridien. | | | | | | | |Djâdo | du 24 |31° 58′ 28″| |Hauteurs du | | |octobre au| | |Soleil, de Mars | | | 11 | | |et de la Polaire | | |novembre. | | |au méridien. | | | | | |Hauteurs du | | | | | |Soleil et de Véga| | | | | |à l’Est et à | | | | | |l’Ouest. | | | | | |Distances de la | | | | | |Lune au Soleil. | | | | | |Occultation de | | | | | |l’étoile q de | | | | | |la Vierge. Visées| | | | | |de boussole sur | | | | | |la Polaire, Mars,| | | | | |α de la Chèvre et| | | | | |Véga. | | | | | | | |Nâloût | 18 et 19 |31° 52′ 56″|8° 45′ 10″|Hauteurs du | | |novembre. | | |Soleil et de Mars| | | | | |au méridien ; du | | | | | |Soleil, d’α de | | | | | |l’Aigle, d’α de | | | | | |Pégase et de la | | | | | |Lune à l’Est et à| | | | | |l’Ouest. | | | | | | | |Sinâoun | 22 | 31° 1′ 40″| |Hauteurs de | | |novembre. | | |Fomalhaut au | | | | | |méridien, de la | | | | | |Chèvre à l’Est. | | | | | |Visées de | | | | | |boussole sur la | | | | | |Polaire, | | | | | |Fomalhaut, Véga | | | | | |et la Chèvre. | | | | | | | |Timelloûlen | 16 et 19 | | |Hauteurs de β de | | |décembre. | | |la Balance et du | | | | | |Soleil au | | | | | |méridien. | | | | | | | |Sâghen | 30 |26° 59′ 33″| |Hauteur du Soleil| | |décembre. | | |au méridien. | | | | | | | |Oursêl |30 janvier|26° 25′ 25″| |Hauteur du Soleil| | | 1861. | | |au méridien. | | | | | | | |Azhel-en-Bangou |14 février| 26° 11′ 2″| |Hauteurs du | |[88] | au 10 | | |Soleil, de Sirius| | | mars. | | |et de la Polaire | | | | | |au méridien ; du | | | | | |Soleil à l’Est et| | | | | |à l’Ouest. | | | | | |Éclipse du | | | | | |premier satellite| | | | | |de Jupiter. | | | | | | | |Tinoûhaouen | 14 et 28 |24° 58′ 38″|7° 53′ 40″|Hauteurs du | | | mars. | | |Soleil et de la | | | | | |Polaire au | | | | | |méridien. | | | | | |Hauteurs | | | | | |d’Arcturus et de | | | | | |γ Geminorum à | | | | | |l’Est et à | | | | | |l’Ouest. Éclipse | | | | | |du premier | | | | | |satellite de | | | | | |Jupiter. Visées | | | | | |avec la boussole | | | | | |sur Sirius. | | | | | | | |Toûnîn (Rhât) | 27 et 28 |24° 57′ 14”| |Hauteurs du | | | mars. | | |Soleil au | | | | | |méridien, à l’Est| | | | | |et à l’Ouest. | | | | | | | |Serdélès | 4 et 10 |25° 46′ 20″| |Hauteurs du | | | mai. | | |Soleil à l’Est, | | | | | |d’α de la grande | | | | | |Ourse au | | | | | |méridien. | | | | | | | |Oubâri | 17 mai. | | |Hauteurs du | | | | | |Soleil à l’Ouest,| | | | | |de β du Corbeau | | | | | |au méridien. | | | | | | | |Djerma[89] | 18 et 19 |26° 32′ 52″| |Hauteurs de l’Épi| | | mai. | | |de la Vierge au | | | | | |méridien ; du | | | | | |Soleil à l’est et| | | | | |à l’Ouest. | | | | | | | |El-Fogâr | 20 et 21 | | |Hauteurs de la | | | mai. | | |Lune, d’ε et d’η | | | | | |de la grande | | | | | |Ourse au méridien| | | | | |; d’Arcturus, de | | | | | |Jupiter et du | | | | | |Soleil à l’Est et| | | | | |à l’Ouest. | | | | | |Distances de la | | | | | |Lune à Antarès et| | | | | |à Jupiter. | | | | | | | |Tekertîba | du 22 au | | |Hauteurs d’ε et | | | 27 mai. | | |d’η de la grande | | | | | |Ourse, de δ du | | | | | |Corbeau, de π de | | | | | |l’Hydre femelle | | | | | |au méridien. | | | | | |Hauteurs du | | | | | |Soleil et de la | | | | | |Lune à l’Est et à| | | | | |l’Ouest. | | | | | | | |Lac Mandara | 28 mai. |26° 40′ 57″| |Hauteur d’ε de la| | | | | |grande Ourse au | | | | | |méridien. | | | | | | | |Lac Gabr’aoûn | 29 mai. | | |Hauteurs d’ε de | | | | | |la grande Ourse | | | | | |et de l’Épi de la| | | | | |Vierge au | | | | | |méridien. | | | | | | | |El-Fejîj | 31 mai. | | |Hauteur d’ε de la| | | | | |grande Ourse au | | | | | |méridien. | | | | | | | |Tessâoua | 4 juin. | 20° 5′ 50″| |Hauteurs de ζ de | | | | | |η de la grande | | | | | |Ourse et de β de | | | | | |la Balance au | | | | | |méridien. | | | | | | | |Oumm-el-Arâneb | 19 | 26° 8′ 4″ | |Hauteur du Soleil| | | juillet. | | |au méridien. | | | | | | | |Delêm | 12 août. | | |Hauteur de σ du | | | | | |Sagittaire au | | | | | |méridien. | | | | | | | |Bîr-en-Nechoûa’ | 13 août. | | |Hauteur de λ du | | | | | |Scorpion au | | | | | |méridien. | | | | | | | |Gourmêda | 18 août. | | |Hauteurs de la | | | | | |Polaire et de | | | | | |l’Épi de la | | | | | |Vierge. | | | | | | | |Zîghen | 19 août. | | |Hauteur de μ du | | | | | |Sagittaire au | | | | | |méridien. | | | | | | | |O. Tîn-Guezzîn | 21 août. | | |Hauteurs | | | | | |d’Arcturus et de | | | | | |la Polaire. | +------------------+----------+-----------+----------+-----------------+
Ne sont pas comprises dans ce tableau toutes les observations faites sur les points intermédiaires. Le détail en eût été trop long. Je me borne à indiquer les latitudes que j’ai calculées en voyage pour un certain nombre de ces points secondaires.
+--------------------------------+-----------------+ | LOCALITÉS. | LATITUDES NORD. | +--------------------------------+-----------------+ | | | | Hâssi-Djedîd | 32° 12′ 8″ | | | | | Hâssi-Dhomrân | 31° 51′ 48″ | | | | | Hâssi-Berghâoui | 31° 32′ 47″ | | | | | Hâssi-Zirâra | 31° 15′ 18″ | | | | | El-Guerâra | 32° 47′ 25″ | | | | | Chegga (puits artésien) | 34° 9′ 39″ | | | | | Gomâr | 33° 29′ 20″ | | | | | Hâssi-Sîdi-el-Bâchîr | 32° 45′ 36″ | | | | | Hâssi-Oulâd-Miloûd | 32° 29′ 56″ | | | | | Sedâda (Djérîd tunisien) | 34° 0′ 37″ | | | | | Gafça (id.) | 34° 26′ 32″ | | | | | Nemlât (id.) | 33° 58′ 33″ | | | | | Sîdi-Râched (O. Rîgh) | 33° 19′ 29″ | | | | | Mouï-er-Roba’âya-el-Gueblâoui | 33° 0′ 2″ | | | | | Mâleh-ben-’Aoûn | 32° 51′ 1″ | | | | | Mâtrès | 30° 11′ 53″ | | | | | Bîr-’Allâg | 31° 4′ 27″ | | | | | Târedié | 32° 8′ 27″ | | | | | Kherbet-Dzîra | 31° 59′ 0″ | | | | | Kaçar-Yêfren | 32° 3′ 43″ | | | | | Bîr-Terrîn | 32° 39′ 32″ | | | | | Zâouiya-el-Gharbîya (le Bordj) | 32° 46′ 35″ | | | | | Tînzeght | 31° 54′ 2″ | | | | | Kâbâo | 31° 51′ 39″ | | | | | Ch’aouâ | 30° 58′ 49″ | | | | | Tarz-Oûlli | 25° 32′ 53″ | +--------------------------------+-----------------+
Les emprunts de positions astronomiques qui ont été faits, pour la construction de la carte, aux travaux des autres explorateurs, sont :
Le tracé de la côte, d’après le capitaine Smith, de la marine anglaise ;
Les positions du docteur Vogel entre Tripoli et le Bornou ;
Les latitudes de M. de Beurmann, d’après la carte de M. le docteur Petermann, entre Ben-Ghâzi et Zouîla ;
Quelques points du Sahara algérien, antérieurement déterminés astronomiquement par M. le capitaine Vuillemot, et adoptés par le Dépôt de la Guerre ;
Enfin la position d’In-Sâlah du major Laing.
Deux mots sur l’éclipse du 18 juillet 1860 et sur une comète du 1er juillet 1861. Je copie mon journal :
J’étais au lit, atteint d’une violente fièvre contractée dans l’Ouâd- Rîgh, quand je sortis pour aller observer l’éclipse. J’avais calculé l’heure à laquelle elle devait se produire, comme si elle devait être totale à El-Ouâd ; elle ne le fut pas complétement ; aussi, quand j’arrivai à ma lunette, comptant sur dix minutes d’avance, je trouvai le disque solaire entamé. Je ne puis donc indiquer le moment exact du premier contact.
Le ciel était pur.
A l’observation, je vis la lune couvrir successivement le soleil, comme le ferait une tache ; à un moment je crus voir certaines montagnes faire éclipse totale, mais à peine mon œil avait-il quitté la lunette pour prendre l’heure, que l’éclipse commença à diminuer lentement.
Le dernier contact eut lieu à 4 h. 55 m. 18 s. de mon chronomètre, qui marquait encore le temps de Paris.
La lumière la plus faible a été celle qui, dans cette saison, succède au coucher du soleil.
Les Arabes me dirent avoir vu des étoiles.
Mieux portant, j’aurais pu apporter une plus grande attention aux détails de cette éclipse ; mais la maladie paralyse les forces de l’esprit comme celles du corps. Quand je fus me remettre au lit, la fièvre s’était aggravée et je fus pris de vomissements très-pénibles.
A 2 h. 30 m., le baromètre marquait 749,05, le thermomètre 45° 5 ; le vent soufflait du Sud.
A 5 heures, le baromètre était à 740,95 et le thermomètre à 41° 8, le vent restant le même.
Je me portais heureusement mieux quand, à Mourzouk, le 1er juillet, à 7 h. 15 m. du soir, on vint m’annoncer un phénomène astronomique qui remplissait de terreur toute la population.
C’était une comète ; on ne l’avait pas vue la veille, elle devait disparaître le surlendemain.
D’après les habitants, elle avait apparu, à leurs yeux, rouge et très- belle, un peu après le coucher du soleil, vers le méridien Nord.
Quand je l’observai à la lunette, elle était à 5 degrés environ au- dessus de l’horizon, en ligne à peu près droite sous α de la grande Ourse ; sa queue, de lumière blanchâtre, se prolongeait jusqu’à β et γ de la petite Ourse ; continuée en arc de cercle, elle eût coupé la voie lactée par son milieu. Le noyau, très-distinct à la lunette, apparaissait comme une étoile de 3e ou de 4e grandeur.
Le lendemain, à la même heure, ou un peu avant, la comète était plus haut dans le ciel, mais, probablement à cause des nuages qui le voilaient en cet endroit, elle paraissait sans queue et sous la forme de deux disques lumineux juxtaposés. Du moins, c’est l’effet qu’elle produisait à l’œil.
Depuis je n’ai plus entendu parler de cet objet d’effroi et je ne l’ai plus vu.
[Note 85 : Pour les longitudes de Tougourt et d’Ouarglâ, j’ai adopté celles du Dépôt de la Guerre établies d’après les observations de M. le capitaine Vuillemot.]
[Note 86 : Position du capitaine Smith.]
[Note 87 : Pour El-Ouâd, j’ai cru devoir donner la préférence à la longitude du capitaine Vuillemot. Malade au moment de mon observation, je ne puis y avoir une confiance absolue.]
[Note 88 : J’ai rejeté la longitude d’Azhel-en-Bangou parce qu’elle ne concordait pas avec le relevé de ma route.]
[Note 89 : Pour les points relevés astronomiquement par Vogel, qui était astronome de profession et mieux outillé que moi, j’ai toujours donné la préférence aux résultats de ses observations de longitude.]
LIVRE II.
PRODUCTION.
* * * * *
Les productions minérales, végétales et animales d’un pays aussi peu favorisé sous le double rapport de la constitution du sol et du climat, ne peuvent être qu’en petit nombre ; cependant elles ne sont pas complétement nulles, et je vais les passer successivement en revue.
* * * * *
CHAPITRE PREMIER.
MINÉRAUX.
Mon exploration n’a pas été assez complète, surtout dans la partie montagneuse du pays, pour que je puisse prétendre connaître toute sa richesse minérale ; d’un autre côté, les Touâreg ne sont pas un peuple assez industriel pour que j’aie pu suppléer à l’insuffisance de mes recherches personnelles par une enquête sur les produits minéraux qu’ils exploitent. Les besoins des peuples nomades ne sont pas ceux des nations civilisées et sédentaires : aussi n’est-on pas autorisé à conclure de l’absence d’exploitations au manque de minéraux exploitables. Au contraire, en constatant que les Touâreg ont trouvé chez eux tout ce qui est nécessaire à leur existence, on peut croire qu’il y a beaucoup plus. Quoi qu’il en soit, je signalerai ce que j’ai vu et ce qui m’a été indiqué par les indigènes.
Métaux et pierres précieuses.
Fer. (Tazhôli). — J’ai constaté la présence du fer en plusieurs endroits : notamment à Azhel-en-Bangou, dans les environs du mont Têlout, sur le rebord Nord du Tasîli, dans le ravin d’In-Akhkh, autour des puits artésiens d’Ihanâren, dans la vallée d’Ouarâret. Les renseignements des indigènes signalent aussi ce minerai sur d’autres points du Tasîli et du Ahaggâr, en massifs plus ou moins considérables. Mais à quoi bon ? Le fer fût-il plus riche et plus abondant encore, comment l’exploiterait-on sans combustible ?
Tout le fer employé par les Touâreg leur est apporté par le commerce.
Cuivre. (Dârogh). — Les Touâreg ne connaissent aucun minerai de cuivre dans leur pays. Tous les cuivres qu’ils emploient à l’ornementation de leurs armes viennent d’Europe ; jadis, quand Mourzouk entretenait encore des relations commerciales avec le Waday, ils pouvaient en recevoir de cette contrée.
Plomb. (Alloûn). — Le nom d’Ouâdi-Alloûn (rivière du plomb) donné à l’un des torrents qui descendent du versant Nord du Tasîli rappelle-t-il la découverte de minerai de plomb dans le lit de l’ouàdi ? Je l’ignore.
Les Touâreg ne faisant généralement pas usage des armes à feu, l’emploi du plomb est assez restreint chez eux pour qu’ils n’aient jamais songé à utiliser les galènes de leur pays, fussent-elles même riches.
Étain. (?) — Un gisement de ce minerai ou d’un métal analogue m’a été signalé dans l’Ouâdi-ech-Chiâti (Fezzân). Cette indication est-elle fondée ou non ? L’avenir l’apprendra.
Sulfure d’antimoine. (Tazôlt). — Le sulfure d’antimoine est récolté aux environs d’El-Barakat, près de Rhât, mais dans la proportion des besoins locaux, limités à l’application du kohel sur les cils et les sourcils.
Kohel, en Arabe, signifie tout ce qui noircit. Donc, sous ce nom, on emploie indistinctement ou le sulfure de plomb, ou le sulfure d’antimoine, suivant la facilité de se les procurer.
L’emploi du kohel est des plus anciens chez les peuples orientaux. Jérémie dit, chap. IV, vers. 30 : « Cum stibio pinxeris oculos tuos. » Le prophète Mohammed, copiant Jérémie, répète : « Employez l’antimoine, il fortifie la vue et fait pousser les cils. »
Sur la foi de ces autorités, l’habitude du kohel est passée dans les mœurs, surtout dans le Sahara, où la réverbération du soleil affaiblit si promptement la vue et cause si souvent des ophthalmies.
Le docteur Bertherand, dans son ouvrage sur la Médecine des indigènes de l’Algérie, dit que l’emploi du kohel, dans toute espèce d’ophthalmies, lui a toujours rendu les plus grands services.
Pierres précieuses. — Les Touâreg modernes font usage d’une espèce de serpentine dont ils fabriquent leurs anneaux de bras. On trouve cette pierre dans le ravin de Tahôdayt-tân-Hebdjân (rebord méridional du Tasîli), sur la route directe de Rhât à In-Sâlah, non loin du ravin de Tahôdayt-tân-Tâmzerdja, où sont les restes fossiles d’un grand mammifère antédiluvien.
Mais il est hors de doute que les peuples anciens de cette contrée connaissaient et faisaient usage d’autres pierres précieuses, car on en trouve dans tous les tombeaux des Jabbâren (géants), nom que les Touâreg donnent à la génération qui les a précédés dans le pays. Ces pierres sont enchâssées dans les bagues ou dans les boucles d’oreilles.
J’ai déjà dit qu’on avait trouvé des émeraudes dans le Touât ; moi-même j’ai rapporté de mon excursion à El-Golêa’a des cristaux qui y ressemblent. Il est probable qu’une exploration complète des montagnes des Touâreg et des bassins qui en dépendent ferait retrouver l’ancienne émeraude garamantique des musées.
Sels divers.
Sel commun. (Tîsemt.) — Une belle mine de sel, longtemps exploitée et abandonnée pour cause d’insécurité, existe dans la Sebkha d’Amadghôr, sur l’ancienne route des caravanes d’Ouarglâ à Agadez, au pied d’un des contre-forts orientaux du Ahaggâr. D’après les indigènes, cette mine serait la plus belle connue dans tout le Sahara. Elle sera ultérieurement l’objet d’une attention toute spéciale.
Une mine de sel m’est aussi signalée dans la montagne au Sud de Tikhâmmalt.
Sur beaucoup d’autres points, on trouve du sel de qualité inférieure, mélangé de terre : aux environs de Rhât et à Tekertîba, ou provenant de l’évaporation des eaux salines de sebkha desséchées, notamment sur le cours inférieur de l’Igharghar, à Menkebet-Izîman et à Sîdi-Boû-Hânia.
Les puits salés, indiquant la nature saline des terres traversées par les eaux, sont communs. Je citerai entre autres celui de Tînessedj sur la route septentrionale de Tebalbâlet à In-Sâlah ; celui de Harhé, dans une sebkha, sur la route de Tikhâmmalt à Oubâri.
Je citerai aussi, comme sources salines, celle de Tânout sur la précédente route, et d’’Aïn-el-Mokhanza (la fontaine pourrie, puante), sur l’Igharghar, sans compter celles que j’ai signalées précédemment dans mes itinéraires géologiques.
Alun. (Azârîf.) — Après le sel, l’alun est la production minérale la plus commune du pays des Touâreg. On en trouve des dépôts, entre autres, dans la vallée d’Ouarâret, au Nord du Rhât ; à Serdélès ; à In-Hâs, dans la plaine d’Adjemôr ; sur l’Ouâdi-Tetch-Oûlli, affluent de l’Ouâdi- Akâraba. Ces deux dernières mines sont situées au Nord de Mouydîr, et non loin d’In-Sâlah, marché sur lequel on vend leurs produits.
J’ai rapporté un échantillon des dépôts d’alun de la vallée de Serdelès. Il est pur et de bonne qualité.
Salpêtre. (Tîsemt-n-elbaroûd.) — Tout le salpêtre consommé par les Touâreg vient du Touât, où cette matière paraît très-abondante. Il n’est pas douteux qu’on en trouve également et en quantité importante dans les contrées similaires du pays des Touâreg, car ces derniers m’en signalent un dépôt assez important dans la vallée de Tikhâmmalt et d’autres dans les ouâdis aux environs de Rhât. N’employant pour ainsi dire pas la poudre, ne sachant pas la préparer, ils négligent ce produit et n’y font aucune attention ; mais, si le commerce français demandait du salpêtre au Touât, les Touâreg ne tarderaient probablement pas à lui faire concurrence.
Natron. (Elatroûn et Oksem.) — Le natron est récolté en assez grande abondance dans le Bahar-et-Trounîa au Nord-Ouest de Mourzouk. Il est employé par les Touâreg en mélange avec la feuille du tabac, soit pour la prise, soit pour la chique ; il est aussi d’un usage journalier comme mordant dans les préparations tinctoriales. Inutile d’ajouter qu’il entre dans la matière médicale des indigènes, car, à défaut de produits européens, ils utilisent tout ce qu’ils ont sous la main.
J’aurai l’occasion de faire connaître ultérieurement l’importance commerciale de ce sel.
Soufre (Tazzefrît et Aouodhîs). — Quoique le Ahaggâr, le Tasîli, le Hâroûdj et la Sôda, soient le produit de soulèvements volcaniques ; quoique le soufre se montre, au Nord, en assez grande quantité dans la Syrte, il est à peu près certain qu’il n’existe pas dans le pays des Touâreg, car, s’ils y connaissaient des soufrières, elles seraient exploitées pour les besoins des chameaux, atteints fréquemment de la gale, que le soufre seul guérit d’une manière radicale. Je conclus donc de ce que le soufre n’est pas exploité par les Touâreg qu’il n’y en a pas chez eux.
MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION.
Pierres et terres.
Bien que des nomades ne tirent aucun parti des matériaux de construction dont leur pays est doté, je ne crois pas devoir omettre cette partie importante de la richesse minérale du Sahara.
Pierre calcaire (Tahônt-n-Tîngher). — Tous les plateaux dits hamâd sont généralement recouverts d’une couche calcaire qui donne d’excellents moellons pour les constructions urbaines. Cette pierre domine dans celles de Ghadâmès.
Grès (Tîlellît, la pierre noble). — Le grès est la pierre la plus abondante, surtout dans le Tasîli du Nord. On trouve dans la chaîne de l’Amsâk le beau grès rose des ruines romaines de Djerma.
Gypse (Têhemaq). — Commun au Nord et autour de Ghadâmès, où on l’exploite pour les enduits de la ville, il est peut-être plus rare sur tous les autres points du pays, mais il est hors de doute qu’on n’a pas dû aller le chercher au loin pour les constructions des autres villes.
Chaux (Ezzebch). — La pierre propre à la chaux est commune partout ; autour de Ghadâmès, on ramasse les calcaires du plateau de Tînghert et, de leur grillage, on obtient une chaux excellente.
Argile (Tabâriq et Telaq). — Tous les enfants des Touâreg ont des poupées et des bonshommes en argile ; dans tous les ménages on trouve des vases en poterie qui doivent être fabriqués sur les lieux, ce qui prouve que la terre à poterie ne manque pas. Quant à l’argile propre à la préparation des tuiles et des briques, elle existe dans plusieurs ravins. J’ai déjà dit que les auges dans lesquelles on abreuvait les chameaux autour des puits étaient en argile provenant des déblais de ces puits.
Terre à ciment. — Les canaux d’irrigation de Ghadâmès sont cimentés et, d’après les renseignements qui m’ont été donnés, ce ciment était obtenu au moyen d’un mortier fait avec la chaux des ammonites et les argiles rouges ferrugineuses des goûr.
J’ai rapporté de Ghadâmès et de Djerma des ciments de l’époque garamantique ; ils sont de la plus grande solidité.
Pierre meulière (Tasîrt et Tahônt-n-Ezhîd). — L’usage du moulin à bras, ustensile obligatoire pour chaque ménage, rend la pierre meulière de première nécessité chez tous les nomades. Heureusement, les carrières qui la fournissent ne sont pas rares. J’en ai déjà cité une, abandonnée, à l’entrée de l’Ouâdi-el-Gharbî ; on en indique d’autres au Nord et au Sud du Tasîli.
Ocre (Tamâdjohît). — L’ocre est exploitée aux environs de Djânet pour les besoins de la teinturerie, mais surtout pour être employée avec l’indigo comme cosmétique tinctorial et hygiénique de la peau, en vue de la préserver, par l’interposition d’un corps étranger, des influences atmosphériques extérieures.
Combustibles minéraux.
Pendant longtemps, à Alger, on a cru à l’existence de la houille dans le Ahaggâr, par suite de réponses faites, de bonne foi, par des Touâreg venus en Algérie, qu’il y avait dans leur pays des pierres noires qui brûlaient.
J’ai déjà fait connaître comment les Touâreg, interrogés à ce sujet, avaient pu nous induire en erreur sans manquer à la vérité.
Toutefois, la découverte de terrains très-anciens dans la vallée de Rhât et du terrain dévonien, inférieur aux terrains houilliers, sur plusieurs points, permet d’espérer le succès de recherches de gisements de combustibles minéraux, dans le centre du Sahara, ou tout au moins dans les parties que mon exploration recommande à l’attention des ingénieurs.
Là se borne, à ma connaissance, la liste des produits minéraux utilisables dans le pays des Touâreg ; mais il n’est pas douteux que des recherches plus complètes en augmenteraient le nombre.
CHAPITRE II.
VÉGÉTAUX.
Le règne végétal est un peu plus riche que le règne minéral, car, quoique les sommets des montagnes, leurs versants, ainsi qu’une partie des plateaux, soient dénudés et entièrement stériles, on trouve, dans les nombreuses vallées du pays, des points plus favorisés où la végétation saharienne s’allie avec quelque représentants de celle des tropiques et du bassin de la Méditerranée.
Les végétaux domestiques sont en très-petit nombre. Si je devais ne citer que ceux cultivés par les Touâreg eux-mêmes, la liste serait close quand j’aurais nommé le dattier, le figuier, le blé, l’orge, le sorgho, le millet : en tout six végétaux.
Mais, dans le territoire même des Touâreg, sont les oasis de Ghadâmès, de Rhât, de l’Ouâdi-Lajâl, de l’Ouâdi-’Otba, de Djânet, d’Idélès, habitées par des sédentaires dont les cultures sont un peu plus variées.
Voyageur et non botaniste, j’ai recueilli à peu près toutes les plantes que j’ai vues et tous les renseignements que pouvaient me donner les indigènes sur la végétation de leur pays ; mais je n’ai pas la prétention d’avoir rapporté de mon voyage toute la richesse végétale des contrées traversées, comme eût pu le faire un explorateur exclusivement chargé d’étendre le domaine de nos connaissances en histoire naturelle au Sud de l’Algérie.
J’ai scrupuleusement recueilli les noms indigènes, en langue arabe et en langue temâhaq, parce que je crois la connaissance de cette double synonymie nécessaire aux personnes auxquelles l’avenir réserve de voyager avec les caravanes. Cette synonymie n’a pas les défauts de celle des noms vulgaires assignés aux plantes par nos paysans en Europe ; chez les peuples pasteurs, chacun connaît exactement le nom, les stations et les propriétés de chaque plante, et les noms, quand les caractères distinctifs sont bien tranchés, ne varient pas d’une localité à une autre, mais se conservent tant que la même langue est parlée. Or, comme la langue arabe est connue dans tout le monde musulman, et la langue berbère, dont le temâhaq est un des dialectes, dans tout le Nord du continent africain, il y a presque certitude d’être compris des indigènes en leur nommant une plante dans l’une de ces deux langues.
Dans la classification des plantes, objet de cet examen, j’ai adopté l’ordre naturel des familles.
Je dois à l’extrême obligeance de M. le docteur Cosson, président de la Société botanique de France et chargé par le gouvernement de la publication de la Flore de l’Algérie, la détermination exacte de toutes les plantes de mon herbier et même de quelques-unes de celles dont je me suis borné à mentionner le nom dans mon journal de voyage, sachant par les comptes-rendus des explorations du savant botaniste qu’il les avait déjà déterminées.
Je mentionne cet utile concours, autant par reconnaissance que pour assurer à cette partie de mon travail le caractère sérieux que lui donne la collaboration de M. le docteur Cosson.
RENONCULACÉES.
ADONIS MICROCARPA DC. ?
Boû-garoûna (arabe).
Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
Sans emploi connu.
RANUNCULUS MURICATUS L.
Kosberbîr (arabe).
Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
Sans emploi connu. Croît dans les terrains humides.
NIGELLA SATIVA L.
Sahnoudj, Habbet-es-soûda (arabe).
Cultivé dans quelques jardins des oasis.
« Procurez-vous de la graine noire (mot à mot, habbet-es-soûda), a dit le prophète Mohammed : c’est un préservatif contre toutes les maladies. »
En exécution de cette prescription, les bons musulmans prennent volontiers, le matin, une pincée de graine de nigelle dans une cuillerée de miel, à l’effet de préparer les voies digestives et d’ouvrir l’appétit.
FUMARIACÉES.
FUMARIA CAPREOLATA L.
Guerîn-djedey, Sibân (arabe).
Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
Cette plante est employée par les indigènes en lotion contre les démangeaisons et en fumigations contre les douleurs.
CRUCIFÈRES.
MATTHIOLA LIVIDA DC.
Guelguelân (arabe) d’après M. le docteur Cosson ; Tamadé (temâhaq).
Récolté le 2 mars 1861, à Tîn-Arrây.
Cette plante vient dans les sables.
MATTHIOLA OXYCERAS DC.
Hârra (arabe) ; Tânekfâït (temâhaq).
Récolté le 7 mars 1860, au S.-O. de Nafta, entre Guettâra-Ahmed- Ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah.
Affectionne les terres de heycha.
ANASTATICA HIEROCHUNTICA L.
Akarba (temâhaq) ; Kômecht-en-Nebî (arabe fezzanien) ; Kerchoûd (au Bergou).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
Cette plante est vulgairement connue sous le nom de rose de Jéricho.
MALCOLMIA ÆGYPTIACA Spreng.
El-Maroûdjé, El-Hamâ (arabe) ; Almaroûdjet (temâhaq).
Récolté le 2 janvier, les 8, 21 et 29 février 1861, sur l’Ouâdi-Alloûn et à Aghelâd. Reconnu en huit stations entre Ghadâmès et Rhât.
Cette plante donne un excellent fourrage que tous les animaux recherchent. Elle vient dans les sables.
SENEBIERA LEPIDIOIDES Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Harharha (arabe et temâhaq).
Récolté à Sâghen, le 1er janvier 1861.
Peu commun, comestible.
MORICANDIA SUFFRUTICOSA Coss. et DR. Brassica suffruticosa Desf.
Foûl-el-djemel, Foûl-el-ibel (arabe) ; Afarfar (temâhaq).
Récolté aux environs de Ghadâmès et sur l’Ouâdi-Tînzeght, les 12 et 13 novembre 1860. Peu commun. Plus abondant dans les montagnes du Ahaggâr, entre Rhât et In-Sâlah.
Plante recherchée par les chameaux, ainsi que l’indique son nom indigène : fève du chameau.
HENOPHYTON DESERTI Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Alga, Allegommo (arabe).
Récolté dans les dunes de l’’Erg, entre ’Erg Boû-Delîl et Medhaheb-ech- Cherguîya ; sur la route de Merhayyer à Gomâr, le 5 février 1860, et entre El-Ouâd et Ouarglâ, sur l’Ouâdi-Çîdah, le 16 février 1860.
Cette plante recherche les sables.
DIPLOTAXIS DUVEYRIERANA Coss. sp. nova.
Hârra (arabe) ; Tânekfâït (temâhaq).
Récolté les 9 et 18 février 1861, sur l’Ouâdi-Alloûn et l’Ouâdi-Târât. Rencontré en onze stations entre Ghadâmès et Rhât.
Cette espèce nouvelle, désormais destinée à rappeler le souvenir de mon voyage, grâce à l’extrême bienveillance de M. le docteur Cosson, est une de ces nombreuses plantes de la famille des Crucifères dont les Touâreg font usage pour leur alimentation. A défaut d’autres provisions, j’ai été souvent heureux de la mettre à contribution pour l’approvisionnement de ma table et de celle de mes serviteurs. Son usage délassait mon estomac fatigué des légumes secs, les seuls à la disposition des caravanes. Je ne me doutais pas alors que je mangeais un plante qui plus tard porterait mon nom.
DIPLOTAXIS PENDULA DC.
Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz.
Comestible comme la précédente.
ERUCA SATIVA Lmk. E. stenocarpa Boiss. et Reut.
Hârra (arabe) ; Tânekfâït (temâhaq).
Récolté à Sâghen et sur l’Ouâdi-Alloûn, les 1er janvier et 29 février 1861. Commun.
Cette plante est également comestible et mangée par les Touâreg.
La graine et le suc de cet Eruca, concurremment avec les mêmes parties des deux Diplotaxis ci-dessus, sont employés comme remède contre la gale des chameaux.
SCHOUWIA ARABICA DC.
Alouâs (temâhaq).
Trouvé et récolté à Tikhâmmalt, le 27 janvier, et à Tîn-Têrdja, le 2 mars 1861.
Plante rare, spéciale aux déserts d’Arabie et non encore trouvée en Berbérie.
ZILLA MACROPTERA Coss. in Bull. Soc. bot.
Chobrom, dans l’Est ; Chebreg, dans l’Ouest (arabe) ; Oftozzon (temâhaq).
Récolté à Aghelâd, le 8 février, et sur l’Ouâdi-Alloûn, les 28 et 29 février 1861, entre Ghadâmès et Rhât ; signalé sur le plateau de Tâdemâyt, entre le Touât et le pays des Benî-Mezâb.
Cette plante épineuse, qui croît en touffes larges, est avidement mangée par les chameaux.
BRASSICA NAPUS L. ?
Left (arabe) ; Afrân (temâhaq).
Le navet est cultivé dans les jardins de toutes les oasis, où il vient très-bien.
Sa racine, crue ou cuite, sert à l’alimentation.
Sa graine est employée comme médicament.
BRASSICA OLERACEA L. ?
Kronb (arabe).
Le chou ne paraît pas très-bien réussir dans les oasis, à moins que la variété qui y est cultivée ne soit inférieure à celle de nos jardins d’Europe.
CAPPARIDÉES.
CLEOME ARABICA L.
Mekhînza, Oumm-el-djelâdjel (arabe) : le premier usité à Ghadâmès, le second au Fezzân ; Ahôyyarh, Wôyyarh (temâhaq).
Récolté le 26 août 1859, dans l’Ouâd-Mezâb ; le 6 septembre 1860, aux environs de Ghadâmès ; le 7 février 1861, à Aghelâd ; le 2 mars 1861, à Tîn-Têrdja.
Cette plante croît dans les sables et dans les pierres.
MÆRUA RIGIDA R. Br.
Sarah (arabe) ; Adjâr (temâhaq).
Récolté le 1er avril 1861, à Ouarâret.
Cet arbre, assez rare, vit toujours isolé.
Son tronc a de 3 à 4 mètres de hauteur et de 0m 70 à 1m de circonférence en moyenne.
Ses branches, noueuses, peu nombreuses, ne retombent pas comme dans les autres arbres, mais se dressent verticalement vers le ciel. Elles partent de terre et donnent à l’arbre l’aspect d’une grande broussaille.
Ses feuilles sont petites.
Il était en fleur le 1er avril.
Par son port et sa taille cet arbre rappelle le Balanites Ægyptiaca, mais il n’a pas d’épines et ses feuilles sont différentes.
CAPPARIS SPINOSA L. var. CORIACEA.
Kebbâr (arabe).
Récolté le 24 août 1859, dans une ravine aride montant au Qaçar-Sîdi- Saád. Reconnu dans les vallées de l’Ouâd-Mezâb et entre Methlîli et El- Golêa’a, où il est commun.
Les belles fleurs roses de cet arbrisseau rampant et épineux distraient agréablement la vue de la monotonie des solitudes désertiques.
Les médecins arabes font un grand usage du bois de câprier dans les maladies chroniques et notamment dans la dyssenterie.
CISTINÉES.
HELIANTHEMUM SESSILIFLORUM Pers.
Semhari, Reguîg (arabe) ; Tahaouat, Tahesouet (temâhaq).
Reconnu en cinq stations dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; commun aux environs de Ghadâmès, dans les plaines au pied du Ahaggâr et entre El-Golêa’a et Methlîli.
Récolté dans la Hamâda de Tînghert, près de la Gâra de Tîsfîn, le 16 septembre 1860.
Plante de sables, mangée par les chameaux.
HELIANTHEMUM CAHIRICUM Delile.
Rega (arabe) ; Aheo (temâhaq).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb. Commun dans les environs de Ghadâmès.
Plante sans importance.
HELIANTHEMUM TUNETANUM Coss. et Kral. in Bull. Soc. bot.
Récolté le 18 mars 1860, entre El-Hâmma et Gâbès, dans un pays aride et rocheux.
Cette plante est sans importance pour l’alimentation des animaux.
RÉSÉDACÉES.
RESEDA STRICTA Pers.
Récolté dans les montagnes de Kerîz, le 12 mars 1860.
Plante sans importance.
FRANKÉNIACÉES.
FRANKENIA PULVERULENTA L.
Guenoûna, Melêfa (arabe).
Récolté autour des mares des dattiers, dans les jardins de Ghardâya, en 1859, et dans ceux de Sîdi-Khelîl, le 5 juin 1860.
Cette plante aime l’ombre et les endroits humides. Sans importance.
FRANKENIA PALLIDA Boiss. et Reut.
Melêfa (arabe).
Récolté sous les dattiers de Sîdi-Khelîl, le 5 juin 1860.
Même observation que ci-dessus.
MALVACÉES.
MALVA PARVIFLORA L.
Khoubbîz (arabe).
Récolté en 1859, dans les jardins de Ghardâya.
Plante émolliente, employée comme médicament par les indigènes.
HIBISCUS ESCULENTUS L.
Meloûkhîa (arabe).
Le meloûkhîa (gombo des Européens) est le légume favori des Orientaux, aussi le cultive-t-on dans tous les jardins potagers des oasis. C’est un fruit très-mucilagineux, sain et d’une digestion facile.
On le mange en ragoût avec la viande.
On l’emploie également cru en salade.
GOSSYPIUM VITIFOLIUM Lmk.
Koton-bernâoui (arabe) ; Tâbdoûq (temâhaq).
Récolté le 24 juin 1861, à Mourzouk, où ce cotonnier est cultivé.
Ce cotonnier, cultivé dans tout le Fezzân, a été importé du Bornou (Afrique centrale), ainsi que l’indique son nom arabe. Il est à courte soie. Dans les graines que j’en ai rapportées, M. Hardy, directeur du jardin d’acclimatation d’Alger, a reconnu deux variétés : l’une blanche et l’autre nankin.
GOSSYPIUM HERBACEUM L.
Koton-fezzâni (arabe) ; Tâbdoûq (temâhaq).
Récolté le 22 mai, à Tekertîba, oasis de l’Ouâdi-el-Gharbî, et à Mourzouk, le 24 juin 1861, où il est cultivé.
Le cotonnier du Sahara ne peut figurer ici que pour mémoire, en raison du peu d’importance de sa production. Cependant, il y est cultivé et à très-bas prix ; c’est là un point important, car le bas prix résulte de l’abondance de la main-d’œuvre et des conditions climatériques qui rendent cette culture certaine, sans exiger aucun travail sérieux autre que celui de la cueillette, conditions qui ne peuvent être modifiées.
Au Fezzân, j’ai trouvé le cotonnier en fleur au mois de juin, c’est-à- dire à l’époque où il commence à sortir de terre sur le littoral algérien.
Il en est de même au Touât.
Dans ces deux archipels d’oasis, rien ne sollicite la production, limitée aux besoins des ménages ; car on y reçoit de l’Europe et de l’Afrique centrale des étoffes qu’il est plus commode d’acheter. Mais, dans ces deux districts, il y a un excédant de population qui est forcé d’émigrer pour aller demander des moyens d’existence à d’autres contrées, et il préférerait trouver sur place l’emploi de ses bras. Il s’adonnerait donc volontiers à la culture du coton, si ce produit avait un débouché régulier et assuré.
L’espace non plus ne manque pas, car avec des puits on peut créer des oasis partout où la terre végétale recouvre la roche et les sables.
Si le Touât et le Fezzân paraissaient trop éloignés des ports de l’Algérie, ou si leur situation en dehors de notre colonie devait être un obstacle à des encouragements directs à une culture développée, il y a, dans le Sahara algérien même, la zone des puits artésiens, qui peut produire le coton courte soie dans des conditions climatériques et de main-d’œuvre analogues à celle du Fezzân et du Touât.
Là, le nègre est dans son climat de prédilection, et dès qu’il saura qu’un gouvernement capable de le faire respecter y creuse des puits pour cultiver le coton, il y viendra, et il suffira de lui donner de bonnes graines et de lui enseigner les meilleures méthodes de culture.
J’ai rapporté des graines du cotonnier fezzanien et du cotonnier soudanien, pour être ensemencées au jardin d’acclimatation d’Alger. On ne tardera pas à être fixé sur leur valeur comme semences à propager en Algérie.
Pl. V. Page 155. Fig. 10 et 11.
AURANTIACÉES.
CITRUS MEDICA L.
Chedjret-el-Lîm (arabe).
Un seul citronnier existe dans l’oasis de Ghadâmès. Je ne pense pas qu’il y en ait à Rhât. Au Fezzân, on en compte quelques-uns. Au Touât, ils doivent être rares aussi.
Si un arbre, dont le fruit est si précieux dans la saison des grandes chaleurs, n’est pas plus répandu dans les oasis, c’est que probablement il y résiste à l’acclimatation.
CITRUS AURANTIUM L.
Chemmâm (arabe).
L’oranger réussit un peu mieux que le citronnier et il y est un peu plus commun, sans cesser d’être rare cependant.
Les oranges des oasis, même celles du Zibân, sont loin de valoir celles du littoral méditerranéen.
AMPÉLIDÉES.
VITIS VINIFERA L.
Dâlia (arabe).
La vigne est cultivée dans toutes les oasis. Le 12 juillet 1861, les raisins étaient mûrs à Trâghen, au moment de mon passage.
Le raisin frais, ’aneb, qui en provient, de qualité inférieure, est mangé en fruit. Le raisin sec, zebîb, qui entre comme condiment dans le couscoussou, est tiré du Nord.
D’après les renseignements qui me sont fournis, il existerait dans les montagnes du Ahaggâr trois variétés de vignes sauvages auxquelles les Touâreg donnent les noms de tezzebibt, de tâlekat et telôkat.
Le raisin des vignes sauvages, toujours petit, est de qualité inférieure.
Le Touât paraît posséder quelques bonnes variétés de raisin.
Les musulmans ne font jamais de vin, mais ils conservent des raisins cuits et confits dans le sucre ; ils donnent à cette préparation le nom de robb-el-’aneb.
GÉRANIACÉES.
ERODIUM GLAUCOPHYLLUM Ait.
Sa’adân (arabe).
Récolté le 7 mars, entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Nafta, et le 12 mars dans les montagnes de Kerîz.
Cette petite plante affectionne les terres de heycha.
ZYGOPHYLLÉES.
TRIBULUS MEGISTOPTERUS Kral. in Ann. sc. nat. var. MACROCARPUS.
Bôriel (temâhaq).
Trouvé et récolté dans une station unique, le 5 mars 1861, à Tiferghasîn, entre Ghadâmès et Rhât.
Sans importance.
ZYGOPHYLLUM GESLINI Coss. in Bull. Soc. bot.
Bou-grîba, Agga (arabe).
Récolté le 13 mars 1860 sur les bords de la Sebkha de Sedâda.
Affectionne les terres salines des sebkha.
FAGONIA SINAICA Boiss.
Choreïka (arabe).
Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz et près de la Gâra de Tisfîn, aux environs de Ghadâmès. Abondant dans les dunes.
Malgré ses épines, les chameaux ne dédaignent pas cette plante.
FAGONIA FRUTICANS Coss. in Bull. Soc. bot.
Chega’a, Reguîg (arabe).
Récolté en septembre 1859, entre Hâssi-Dhomrân et Chaábet-Timedaqsîn, sur la route de Methlîli à El-Golêa’a, et sur la hamâda, près de la Gâra-Tîfsîn, aux environs de Ghadâmès, le 16 septembre 1860.
Assez commun, quoique rare dans le Sahara algérien.
BALANITES ÆGYPTIACA Delile.
Hadjilidj (arabe local), Heglig (arabe d’Égypte), Tebôraq (temâhaq), Tchaïchot (au Touât), Addaoua (au Haoussa).
Trouvé, chargé de fleurs et de fruits, le 3 mars à In-Ezzân, et le 4 mai 1861 à Tîterhsîn.
Sa limite Nord est au pied des montagnes du Tasîli. On le trouve aussi dans le Ahaggâr et au Touât, mais à l’état isolé, sans être rare.
Son tronc, d’une circonférence de 1m à 1m 50 environ, s’élève à 5 mètres de hauteur sous branches. Dans les pays où cet arbre est le plus commun, son bois est employé à faire des planchettes, des colliers, ce qui indique qu’il est fin et très-dur. Chez les anciens Égyptiens, on en faisait des statues. On dit aussi qu’il sert à l’éclairage à la façon du bois résineux.
Ses feuilles, persistantes, sont petites et charnues ; quand elles sont nouvelles, on les cueille pour en assaisonner les aliments, surtout dans les contrées où le sel manque. Elles sont aussi employées pour déterger les plaies de mauvaise nature.
Des épines formidables défendent les feuilles et les branches contre les attaques de la dent des animaux.
Son fruit, iborâghen, qui a la grosseur d’une forte jujube allongée, est enveloppé dans une écorce jaune, mince, qu’il faut enlever pour arriver au noyau.
Le noyau, de nature cornée, très-dense, jaunâtre, est recouvert d’une pulpe brune qui s’enlève facilement avec l’ongle et se délaye dans l’eau.
L’amande que contient le noyau, de la grosseur d’une arachide ordinaire, d’un jaune verdâtre, a un goût d’amertume légère.
Avec la pulpe, d’une amertume plus prononcée encore, on prépare une pâte à laquelle on attribue la propriété de guérir les maladies de la rate et de tuer le ver de Guinée (vena medensis).
Avec le fruit, débarrassé de son amertume par la macération, on prépare une pâte, sucrée avec du miel.
RUTACÉES.
RUTA BRACTEOSA DC.
Djell, Jell, Fîdjel (arabe) ; Issîn (temâhaq).
Récolté le 7 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tîji, près de Djâdo.
Dans les oasis, on attribue à l’odeur de cette plante la propriété d’éloigner les scorpions des habitations.
Ses feuilles et ses graines sont employées comme médicaments.
HAPLOPHYLLUM TUBERCULATUM Adr. de Juss.
Chedjret-er-rîh (arabe).
Récolté le 17 septembre 1860 sur l’Ouâdi-Aouâl, au Nord-Est de Ghadâmès.
Cette plante, ainsi que l’indique son nom arabe, l’arbre au vent, est employée contre les douleurs causées par les refroidissements.
PEGANUM HARMALA L.
Harmel (arabe) ; Bender-tifîn (temâhaq).
Très-commun dans l’Ouâd-Mezâb, où je l’ai récolté. Signalé en plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante, dont « chaque racine, chaque feuille, dit le Prophète, est gardée par un ange, en attendant qu’un homme y vienne chercher sa guérison, » est très-employée par les indigènes dans tout le Sahara.
Avec sa graine on fait une huile, zît-el-harmel, qui s’exporte au loin.
J’aurai l’occasion de revenir sur les propriétés de cette plante.
RHAMNÉES.
ZIZYPHUS SPINA-CHRISTI Willd.
Zegzeg (arabe), même racine que zizyphus ; Korna (au Fezzân) ; Abaka (temâhaq) ; Nabq (en Égypte) ; Sidr (traducteurs et commentateurs du Coran).
Cet arbre est cultivé dans le Fezzân, et particulièrement dans l’Ouâdi- el-Gharbî, près de Djerma. C’est de Tekertîba, dans la même oasis, que provient l’échantillon de mon herbier. Je l’ai également récolté à Nafta, le 9 mars 1860.
Ainsi que l’indique son nom scientifique, cet arbre passe pour avoir fourni la couronne d’épines qui ensanglanta la tête de Jésus. Pour ce motif et malgré le triste souvenir qu’il rappelle, ce jujubier est l’objet d’un certain culte chez les chrétiens d’Orient.
Chez les musulmans, il est non moins vénéré, car, d’après le prophète Mohammed, le sidr est un arbre du paradis, et il y en a même un dont la tête est assez considérable pour qu’un cavalier, en un siècle, ne puisse traverser l’ombre qu’il projette.
Au chapitre 66, verset 17 du Coran, il est dit :
« Le sidr est un arbre sous lequel les élus du paradis feront leur séjour. »
Ainsi, à des titres bien différents, cet arbre se recommande à la mémoire des hommes religieux de l’Orient et de l’Occident. Les pèlerins de Jérusalem en rapportent des branches pour orner leurs oratoires, les musulmans en récoltent les feuilles, dont ils font une décoction pour lotionner les morts, afin de donner à leurs dépouilles terrestres un avant-goût des jouissances du paradis.
Indépendamment du culte dont il est l’objet, ce jujubier forme un bel et grand arbre qui contribue à l’embellissement des oasis.
Son fruit est d’un goût assez savoureux quand il est frais. Il est recherché comme aliment.
Ses feuilles sont employées comme anthelminthiques.
Le jujubier couronne du Christ est aussi cultivé dans la Tunisie et même en Algérie, dans le Zibân. En cette dernière contrée, il atteint des proportions assez considérables pour être remarqué.
ZIZYPHUS LOTUS L.
Sedra (arabe) ; Tâbakat (temâhaq).
Ce jujubier nain, si commun dans le Tell de l’Algérie et dont les épines sont si redoutables pour les vêtements, apparaît de temps à autre, jusqu’au pied des montagnes du Tasîli. Près de Djerma, dans le Fezzân, j’en ai retrouvé un pied unique, vers la même latitude que sur la route de Ghadâmès à Rhât. Je l’avais également rencontré dans le Mezâb et entre Methlîli et El-Golêa’a.
Mes itinéraires par renseignements le signalent sur le versant Nord du Ahaggâr, mais pas au delà.
Son fruit est comestible, il a un goût sucré légèrement acidule, agréable pendant la saison des chaleurs, mais pas assez pour faire perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie, ainsi que le dit Homère.
Ce fruit est-il bien le même que celui qui a donné son nom aux Lotophages ? Il est permis d’en douter, car la description de l’arbre et du fruit que nous donnent Polybe et Hérodote se rapporte peu à la baie que les Arabes appellent nabqa et les Touâreg ibakâten.
Mohammed (le prophète), qui devait se connaître en botanique désertique, autant que les savants qui ont assimilé le nabqa au Lotus des anciens, ne se trompe pas quand il qualifie le saveur du fruit du sedra.
Les habitants de Saba s’étant rendus coupables de pacte avec l’erreur, il les punit en convertissant leurs jardins, couverts de fruits délicieux, en d’autres jardins produisant des fruits amers, et au nombre de ces fruits figure celui du sedra.
TÉRÉBINTHACÉES.
RHUS DIOICA Willd.
Djedârîa, Djedâri (arabe) ; Dezougguert (berbère-nefoûsien) ; Tehônaq (temâhaq).
Récolté le 18 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tirhît ; le 3 mars 1861, à In- Ezzân, affluent du bassin de Tîterhsîn ; trouvé en trois stations entre Ghadâmès et Rhât ; signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt, entre In-Sâlah et Methlîli.
Antérieurement, j’avais constaté la présence de cet arbuste dans les vallées du Djebel tripolitain, dans le Sud de la Tunisie et même autour de quelques rhedîr du Sahara algérien.
L’écorce des racines et de la tige de ce sumac est recherchée pour le tannage des peaux de moutons. On en fait un commerce assez important par Gâbès. Les Touâreg l’emploient aussi aux mêmes usages. Ils l’appellent aoufar.
LÉGUMINEUSES.
CROTALARIA SAHARÆ Coss. sp. nova.
Observé en une station unique, sur la Hamâda de Tînghert, près Ghadâmès, et récolté le 13 septembre 1860.
Cette espèce nouvelle, dénommée par M. le docteur Cosson, n’a encore été ni décrite ni publiée.
RETAMA RÆTAM Webb in Ann. sc. nat.
Retem (arabe) ; Telit (temâhaq).
Récolté dans le Sahara algérien ; reconnu sur onze points de ma route, entre Ghadâmès et Rhât, où, avec le Calligonum comosum, il fournit le seul bois de chauffage à l’usage des caravanes ; signalé comme étant commun dans les montagnes du Ahaggâr.
Cet arbrisseau atteint de 1 à 2 mètres de hauteur, rarement 3.
Les branches du retem, nous apprend M. le docteur Cosson, ont été utilisées à Géryville par le Génie militaire pour remplacer les lattes dans la construction des plafonds et des terrasses.
Ses feuilles recherchées par les chèvres et les chamelles communiquent à leur lait un goût d’amertume prononcé.
Ses racines sont employées en décoction comme vermifuges.
GENISTA SAHARÆ Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Merkh (arabe).
Récolté dans le Sahara algérien, le 20 février 1860.
Cet arbuste ne paraît pas s’étendre dans le Sud. Dans le Nord, il forme de gros buissons.
GENISTA ?
Hana (arabe) ; Asabay (temâhaq).
Sur ma route, de Ghadâmès à Rhât, de Rhât à Mourzouk, j’ai rencontré, en trois stations, notamment le 3 mars 1861, à In-Ezzân, un genêt très- connu des indigènes, sous ses noms arabe et temâhaq. Je ne l’ai pas récolté, parce qu’il n’avait ni fleurs ni fruits. On le signale comme étant plus commun dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
J’appelle l’attention des voyageurs sur cette espèce ligneuse, si, plus heureux que moi, ils peuvent la récolter dans des conditions qui permettent de la déterminer.
Par sa forme, cet arbuste rappelle celles du Retama Rætam et des Ephedra.
Le 3 mars, les gousses vides tenaient encore à la plante.
ONONIS ANGUSTISSIMA Lmk.
Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz.
Plante sans importance.
TRIGONELLA ANGUINA Delile.
Nefel (arabe) ; Ahazès (temâhaq).
Trouvé en sept stations, entre Ghadâmès et Rhât ; récolté le 9 février 1861, dans l’Ouâdi-Târat.
Bon fourrage. Quelquefois cette Légumineuse forme des prairies dans lesquelles les caravanes font des provisions de route.
TRIGONELLA LACINIATA L. var. ?
Handegoûg (arabe) ; Ahazès (temâhaq).
Récolté à Sâghen, en fleurs, mais sans fruits, le 3 janvier 1861 ; reconnu en dix stations, entre Ghadâmès et Rhât ; signalé sur quelques points, entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante, qui croît volontiers dans les lits des ouâdi après les pluies, est très-recherchée par les animaux.
LOTUS CRETICUS L.
Récolté les 17 et 21 mars 1860, aux environs de Gâbès.
Petite plante.
LOTUS CORNICULATUS L.
Nedjem (arabe).
Récolté dans la Ghâba de Sedâda, aux environs du Chott-el-Djérîd, le 13 mars 1860.
Petite plante fourragère.
INDIGOFERA ARGENTEA L.
Nîla (arabe) ; Bâbba (temâhaq).
Récolté le 4 juin 1861, dans les jardins de Tessâoua. Cultivé dans le Fezzân et au Touât.
La culture de l’indigotier n’est pas très-développée dans les oasis, non qu’elle n’y réussisse, mais parce que les Oasiens, se procurant facilement l’indigo par les caravanes du Soûdân, préfèrent réserver leurs terres pour des céréales.
On prépare l’indigo par la macération de la plante et par l’évaporation à l’air de sa partie aqueuse qui surnage au-dessus du résidu.
On verra plus loin quel usage particulier en font les Touâreg.
ASTRAGALUS GOMBO Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Foggoûs-el-Hamîr (arabe).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb où il est assez commun.
Sans usage.
ASTRAGALUS PROLIXUS Sieber.
Adreylal (temâhaq).
Récolté à Tîn-Têrdja, le 2 mars 1861, sur la route de Ghadâmès à Rhât, reconnu aussi sur deux autres points.
Petite plante fourragère rampante.
ASTRAGALUS HAUARENSIS Boiss.
Tâmerazraz (temâhaq).
Récolté à Tîn-Têrdja, le 3 mars 1861. Station unique.
HIPPOCREPIS ELEGANTULA Hochst. in Schimp. Pl. Arab. exsicc.
Têskart (temâhaq).
Récolté à Tîn-Têrdja, le 3 mars 1861. Station unique.
ALHAGI MAURORUM DC.
’Agoûl (arabe).
Reconnue en six stations, dans la Cherguîya, entre Mourzouk et Zouîla, où cette plante est assez abondante pour qu’elle couvre, sur plusieurs lieues d’étendue, tous les espaces que la culture ne lui dispute pas.
Elle ne figure pas dans mon herbier. J’ai cru inutile de recueillir une espèce dont les caractères sont tellement reconnaissables, qu’elle porte le même nom indigène dans toutes ses stations, de la Perse au Sénégal. Je ne crois pas, d’ailleurs, être le premier voyageur qui signale son existence dans l’Est du Fezzân, car l’’agoûl y constitue un fait de peuplement si exceptionnel, qu’il a dû appeler l’attention de tous ceux de mes devanciers qui ont reconnu, exploré ou simplement traversé la Cherguîya.
Les indigènes du Fezzân mangent les longues racines de cette plante. A cet effet, ils les font sécher ; après quoi, ils les réduisent en farine par la mouture.
Tous les ruminants domestiques et même les sauvages, chameaux, chèvres, moutons, gazelles, mangent les sommités de l’’agoûl malgré les épines qui les défendent. L’âne lui-même ne les dédaigne pas.
Il ne paraît pas que cette plante fournisse aux Fezzaniens la sécrétion qu’on a appelée dans l’Orient la manne des pèlerins ; car cette production ne m’a pas été signalée au nombre des produits utiles de cet arbuste.
Il était en fleur en juillet.
LUPINUS VARIUS L.
Djezey-Fôk, regarde soleil (temâhaq).
Récolté le 5 mars 1861 à Tîterhsîn. Reconnu seulement en deux stations entre Ghadâmès et Rhât.
ACACIA ALBIDA Delile ?
Ahadès, Ahatès (temâhaq) ; Agawô (en haoussa).
Récolté le 4 mai 1861 près des ruines du château de Serdélès, sur un arbre gigantesque, mais unique dans le pays des Touâreg Azdjer.
Signalé comme étant plus commun, mais toujours à l’état isolé, dans les montagnes du Ahaggâr.
La cime de cet acacia atteint 15 mètres au moins de hauteur. Son tronc colossal, duquel s’élèvent cinq grands rejetons remarquables par leurs énormes dimensions, semble avoir été couché par les vents depuis fort longtemps. (Voir la planche ci-contre.)
D’après la tradition, il y a un trésor enfoui là où s’arrête l’ombre de l’arbre à l’’aser (3 heures du soir) ; mais on ne l’a pas encore trouvé.
ACACIA ARABICA Willd. ; Benth.
Talha (arabe) ; Absaq (temâhaq) ; Guerodh (au Fezzân).
Récolté le 7 mars 1861 dans les jardins du Fezzân, mais il croît aussi spontanément en forêts, car j’ai constaté qu’il constitue seize massifs entre Ghadâmès et Rhât, et vingt-deux entre Rhât et Mourzouk, et j’ai déterminé sur mes cartes itinéraires l’étendue de chacun des trente-huit bois qu’il forme.
J’ai acquis aussi la certitude que le talha existe en forêts dans le Tasîli des Azdjer, dans les montagnes du Ahaggâr, sur le plateau de Tâdemâyt et dans tout le Touât, ce qui est confirmé, pour cette dernière station, par M. le commandant Colonieu, qui l’a trouvé dans les oasis du Gourâra.
Plus au Nord, M. Pélissier avait antérieurement constaté son existence au Boû-Heudma, dans le Sud de la régence de Tunis, où il constitue une forêt de plus de 30 kilomètres de longueur.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le talha est signalé dans les mêmes contrées. Voici ce qu’en disait Léon l’Africain il y a trois siècles :
« Et-talche est un grand arbre épineux, ayant les feuilles comme le genèvre, et jette une gomme semblable au mastic, lequel est pour les apothicaires africains sophistiqué avec cette gomme, pour ce qu’elle est de semblable couleur et odeur. Il s’en trouve au désert de la Numidie, de la Libye, et au pays des noirs : mais les arbres qui croissent en la Numidie estant ouverts apparaissent de telle blancheur au dedans que les autres arbres et ceux de Libye sont violets et très-noirs : mais ceux de la terre des noirs sont très-noirs, et du cœur d’iceus (que les Italiens appellent sangu) l’on fait de très-beaux et gentils instruments de musique. Le bois violet est aujourd’huy en usage entre les médecins pour guérir le mal de Naples, au moyen de quoy le bois prend son nom de l’effet : bois guérissant de la vérole. »
Pl. VI. Page 164. Fig. 12 et 13.
L’arbre de la Numidie et de la Libye auquel Jean Léon attribue tant de propriétés est bien le talha rencontré par moi dans mon voyage, mais il ne jouit plus de la même réputation qu’autrefois, car on se borne à récolter sa gomme, sans exploiter son bois.
L’Acacia Arabica des forêts du pays des Touâreg atteint les proportions des plus grands amandiers dans le Nord de l’Afrique et en Provence : 3 mètres environ d’élévation sous branches et 1 mètre de circonférence. D’après M. Pélissier, ceux de Boû-Heudma seraient non moins remarquables par leur grosseur et leur grandeur.
La gomme que j’ai récoltée à Oubâri est aussi belle que celle de la côte de l’Océan. L’échantillon de la forêt du Boû-Heudma, que M. Pélissier avait envoyé à Marseille, y a été reconnu, par le commerce de cette ville, d’aussi bonne qualité que la gomme du Sénégal.
La gomme, on le sait, est une production maladive de l’arbre, provoquée par une haute température et sous l’influence souvent renouvelée des vents du Sud. Elle sort spontanément des gerçures que la chaleur détermine sur l’écorce de l’arbre ; du moins c’est ce que j’ai constaté dans mon voyage.
On a écrit que la gomme était obtenue par incision ; il est possible que, pour avoir une plus grande production de gomme, on se livre à cette opération, mais elle est inusitée dans les contrées que j’ai parcourues. D’ailleurs, chez les Touâreg, qui manquent souvent de vivres, la gomme est presque toujours mangée dès qu’elle est produite, et on ne la récolte, pour le commerce, que dans les oasis du Fezzân, où l’homme trouve facilement une nourriture plus substantielle.
J’ai cherché à préciser d’une manière certaine les stations de l’Acacia Arabica dans les parties les plus rapprochées du Sahara algérien, parce que cet arbre est un de ceux que nous avons le plus d’intérêt à y acclimater.
Avant moi, M. le docteur Cosson, juge beaucoup plus compétent, a déjà appelé l’attention du gouvernement sur le choix à faire de cette essence pour le reboisement des solitudes sahariennes.
D’après les points où sa présence a été constatée ou signalée, il semble que l’altitude et la qualité du sol lui sont à peu près indifférentes. La seule condition que réclame cet acacia pour prospérer et produire de la gomme est d’avoir beaucoup d’air et de lumière. Dans tous les bois que j’ai parcourus, les arbres sont très-espacés, ce qui avait déjà été remarqué au Sénégal et au Sud du Maroc.
L’Acacia Arabica ne croît pas toujours en arbre : sur la circonférence des forêts et à l’exposition Nord, il ne forme guère que des buissons.
Les Fezzaniens et les Touâreg considèrent l’acacia broussaille comme constituant une espèce différente de l’acacia arbre et lui donnent des noms différents : ’Ankîch (arabe), Tamât (temâhaq) ; mais après comparaison des échantillons de l’’ankîch récoltés à Ouarâret avec ceux du guerodh de provenance fezzanienne, les deux ont été reconnus appartenir à la même espèce.
Les gousses de l’’ankîch, plus faciles à récolter, sont employées à la préparation des cuirs.
La broussaille, comme l’arbre, donne de la gomme.
Les fleurs de l’Acacia Arabica m’ont paru répandre un parfum suave qui aurait quelque succès, s’il pouvait être fixé.
Dans l’inventaire des arbres cultivés au Touât figure un acacia du nom d’aggâra dont les gousses sont aussi récoltées pour la tannerie.
Cet arbre croît spontanément dans le Ahaggâr où il est connu sous le nom de Tâdjdjart. Il m’est indiqué avec la note suivante : « Arbre épineux, à graines amères, dont les gousses sont employées comme tannin. Semblable au talha ou Acacia Arabica, mais distinct cependant. »
Est-ce, sous un nom différent, une variété de l’Acacia Arabica ? Est- ce une autre espèce ? Je l’ignore.
Je consigne ici ce détail pour mémoire et à titre de simple renseignement.
CASSIA OBOVATA Coll.
Senâ, Hachîcha, Senâ-el-Mekki (arabe) ; Adjerdjer (temâhaq).
Récolté à Oubâri le 17 mai 1861 ; trouvé sur deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât, sur quatre points différents du Fezzân, sur un point entre Methlîli et El-Golêa’a ; signalé comme couvrant de grands espaces à Wahellidjen et à Arhafra dans les montagnes du Ahaggâr ; très- commun dans le pays d’Aïr.
Le séné pullule partout où les vents portent sa graine. Jadis on le récoltait en abondance pour le vendre sur les marchés de Tripoli, mais la concurrence a tellement fait baisser les prix qu’ils ne couvrent plus les frais de transport.
Les Touâreg distinguent deux variétés de séné : l’adjerjer-afelâmi ou séné des autruches, qui est le plus commun, et l’adjerjer-ouân-Anhef, que produisent les montagnes d’Anhef et qui est le séné noble des Arabes.
Celui du Ahaggâr, qui croît en montagne, est réputé plus actif que celui des autres contrées.
Les indigènes des pays de production, sur la foi de cette parole du Prophète : « Procurez-vous du séné ; vous y trouverez des remèdes contre toutes les maladies, excepté la mort, » en font usage dès qu’ils éprouvent le moindre mal.
PISUM SATIVUM L. ?
Hammîz, Hommoz, Djeldjelân (arabe).
Cultivé dans les oasis. Près de la source de Tinoûhaouen, entre Rhât et le village de Fêouet, j’en ai trouvé un grand champ à maturité le 13 mars 1861. Le propriétaire consentit à m’en vendre. Ce pois me parut délicieux.
Les indigènes mangent toujours les pois secs et non verts. Les ménagères aiment à décorer les plats de couscoussou de guirlandes de pois.
Indépendamment du Pisum sativum, les Oasiens cultivent aussi, pour le même usage, le Cicer arietinum L., sous le nom de djelbâna.
LATHYRUS OCHRUS DC.
Garfâla (arabe).
Ce lathyrus est cultivé au Fezzân comme plante fourragère.
FABA VULGARIS Mœnch.
Foûla (arabe).
La fève de marais est également cultivée dans les oasis. On la mange crue ou cuite. Au printemps, les citadins s’en nourrissent presque exclusivement.
DOLICHOS... ?
Loûbia (arabe).
Le haricot dolichos est plus rare dans les oasis ; cependant il doit figurer au nombre des plantes potagères qui y sont cultivées.
MEDICAGO ?
Guedhob (arabe et temâhaq).
Sous ce nom, on cultive au Fezzân, comme plante fourragère, une luzerne qui croît spontanément dans le pays et que j’ai trouvée en six stations entre Oubâri et Zouîla.
Ne l’ayant rencontrée ni en fleurs, ni en fruits, elle ne figure pas dans mon herbier.
Cette plante serait-elle le Medicago pentacycla DC. que Prax a trouvée dans les cultures tunisiennes ?
TRIFOLIUM ?
Foçça (arabe).
Cultivé au Fezzân et au Touât comme plante fourragère, principalement pour l’usage des chevaux.
D’après M. le commandant Colonieu, au Touât, on faucherait cette Légumineuse tous les vingt jours pour en nourrir les moutons.
Au Fezzân, on vend également cette plante sur tous les marchés.
ROSACÉES.
NEURADA PROCUMBENS L.
Saàdân, Kofeïza (arabe) syn. Coss. ; Nefel, Anefel (ânefel) (temâhaq).
Récolté le 2 mars 1861 à Tîn-Têrdja. Reconnu en huit stations de Ghadâmès à Rhât. Indiqué comme étant commun dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
Bonne plante fourragère.
AMYGDALÉES.
AMYGDALUS COMMUNIS L.
Chedjret-el-Loûz (arabe) ; Ibaobaoen (temâhaq).
L’amandier, dans le Sahara, rencontre les conditions qui lui conviennent le mieux, bien qu’il n’existe pas dans les oasis du Nord ; on le trouve à Ghadâmès, à Tessâoua et dans les jardins du Fezzân.
Son fruit frais, frek, est très-recherché.
Son fruit sec, loûz, est quelquefois employé en boisson émulsive. On en extrait une huile, zît-el-loûz, consacrée aux mêmes usages que chez nous.
L’arbre donne une gomme, ’alk-el-loûz, qui est mangée.
AMYGDALUS PERSICA L.
Chedjret-el-Khoûkh (arabe).
Le pêcher réussit mal dans les oasis. Il est rare, ses fruits sont de qualité médiocre.
La station la plus méridionale de cet arbre est à Tessâoua.
PRUNUS ARMENIACA L.
Chedjret-el-Berkoûk (arabe).
L’abricotier atteint souvent dans les oasis, notamment à Ghadâmès, le développement des plus grands arbres, mais ses fruits perdent de leur qualité au fur et à mesure qu’on avance dans le Sud.
A Tunis et à Biskra, on prépare des abricots secs qui sont vendus dans le commerce sous le nom de mechmâch.
PRUNUS DOMESTICA L.
Chedjret-el-’Aïn (arabe).
Le prunier à fruits oblongs, cultivé dans les oasis du Nord, se retrouve encore dans les oasis du Sud, mais plus rarement.
POMACÉES.
MALUS COMMUNIS L.
Chedjret-et-Teffâh (arabe).
Le pommier, quoique rare, est aussi acclimaté dans les oasis, mais ses fruits sont sans goût et mauvais.
Les pommes étaient en pleine maturité à mon passage à Tessâoua, le 5 juin.
Tous ces arbres importés d’autres climats ne sont pas là dans leur élément. Sans l’ombre protectrice des dattiers, ils ne pourraient pas même vivre.
CYDONIA VULGARIS Pers.
Seferdjel (arabe).
Le coignassier est aussi un des arbres fruitiers cultivés dans les oasis où il acquiert un développement considérable.
LYTHRARIÉES.
LAWSONIA INERMIS L.
Henna (arabe) ; Anella (temâhaq).
Cultivé dans toutes les oasis, mais particulièrement au Touât, car on donne souvent au district qui la produit le nom de Touât-el-Henna.
Le henné affectionne les terres basses, chaudes, humides des lignes de fonds du Sahara, comme celles de Gâbès, du Nefzâoua, du Belâd-el-Djerîd, de l’Ouâd-Rîgh, d’Ouarglâ et du Touât, qui constituent une zone de même formation et de même climat, également riche en eau et en chaleur, conditions que réclame impérieusement la culture de cette plante tinctoriale pour atteindre les développements que désire l’industrie.
Si je suis bien renseigné, le henné peut être cultivé comme plante herbacée et annuelle, à la façon des plantes fourragères, semé comme elles, fauché comme elles, et séché comme elles.
S’il en était ainsi, le Sahara pourrait produire le henné en grande quantité et aux conditions de prix fixées par le commerce, qui sont en moyenne de 1 fr. par kilo.
Au Nord de la ligne des bas-fonds ci-dessus énumérés, le henné ne vient qu’exceptionnellement à maturité. Aussi, pour toutes les cultures du Tell algérien, il faut demander des graines au Sahara ; dès lors c’est dans le Sahara et non le Tell que le commerce doit aller chercher le henné dont il a besoin.
Ce que j’aurai à dire du henné dans le deuxième volume de cet ouvrage, au chapitre consacré à la matière commerciale saharienne, me dispense d’entrer ici dans de plus grands détails sur les divers emplois de cette plante.
GRANATÉES.
PUNICA GRANATUM L.
Roummâna (arabe) ; Tarroummant (temâhaq).
Le grenadier est cultivé avec succès dans toutes les oasis.
Son fruit aigrelet convient particulièrement au climat : aussi est-il très-estimé.
Les écorces du tronc et de la racine sont employées comme vermifuges et les feuilles comme hémostatiques.
CUCURBITACÉES.
CUCUMIS MELO L.
Bettîkha (arabe).
De nombreuses variétés de melons sont cultivées par les Sahariens. Celles préférées sont les melons à chair aqueuse, particulièrement les melons verts d’Espagne.
CUCUMIS SATIVUS L.
Foggoûs (arabe) ; Itekel (temâhaq).
Le concombre entre pour une part très-considérable dans l’alimentation des Oasiens. On le mange généralement avec des dattes, à l’imitation du Prophète, qui disait : « Le froid des concombres compense la chaleur des dattes, et la chaleur des dattes compense le froid des concombres. »
CUCUMIS COLOCYNTHIS L.
Handhal (arabe) ; Alkat (temâhaq) ; Tajellet (mezabite).
Récolté le 18 janvier 1859 dans l’Ouâd-Mezâb et le 24 août 1861 dans les montagnes de la Sôda.
Croît spontanément partout. Rencontré en cinq stations entre Ghadâmès et Rhât ; en deux de Tîterhsîn à la Cherguîya ; indiqué dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah. Assez commun dans le pays des Teboû pour que la vente de ses graines, aguellet, soit l’objet d’un commerce.
Les auteurs grecs et romains ont signalé, comme une très-grande aberration du goût, l’usage que les Troglodites (Teboû modernes) faisaient de la graine de la coloquinte. Cet usage s’est perpétué jusqu’à nos jours. Les graines de coloquinte, débarrassées de leur principe amer par l’ébullition et torréfiées, sont encore vendues aujourd’hui sous le nom de taberka par les Teboû sur les marchés et recherchées comme aliment de luxe.
A l’imitation de mes compagnons de route, j’ai mangé des graines de coloquinte et je n’ai pas trouvé qu’elles fussent dignes de la réprobation des anciens. J’avoue cependant qu’il faut habiter le pays de la famine pour avoir l’idée de chercher un aliment dans la graine d’une pareille plante.
La graine de coloquinte, non débarrassée de son principe amer, est donnée comme boisson, en mélange avec de l’ail, contre les morsures de vipères.
CUCURBITA MAXIMA Duch.
Guera’a (arabe) ; Takasâïm (temâhaq).
Le potiron, qui atteint dans les oasis des proportions gigantesques, est un aliment très-prisé dans le Sahara, comme tous les fruits de la famille des Cucurbitacées.
CUCURBITA PEPO Seringe.
Kâboûïa (arabe) ; Kabêoua (temâhaq).
La citrouille est cultivée concurremment avec le potiron et est recherchée comme lui.
CUCUMIS CITRULLUS Seringe.
Della’a (arabe) ; Tiledjest (temâhaq).
Dans les pays chauds, la pastèque est le sorbet le plus agréable qu’on puisse trouver. On en cultive, dans tout le Sahara, de nombreuses variétés à chair rouge, à chair blanche et à chair jaune. Toutes sont sucrées et très-rafraîchissantes.
LAGENARIA VULGARIS Seringe.
Guera’a (arabe).
Cette courge bouteille est principalement cultivée pour son écorce solide. On en fait des vases, mais surtout des instruments de musique à cordes, compagnons obligés de toutes les femmes et de tous les nègres qui se vengent de l’infériorité de leur position sociale, en chantant et en dansant, dès que leurs maîtres leur laissent un instant de liberté.
TAMARISCINÉES.
TAMARIX ARTICULATA Vahl.
Ethel (arabe) ; Tabarkat (temâhaq).
Échantillon récolté à El-Bedîr le 20 juillet 1861.
La carte itinéraire de mon voyage indique 65 bois de tamarix, dont 58 entre Ghadâmès et Rhât et 7 entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Chez les Touâreg, le tamarix éthel est l’arbre le plus important par son nombre, par les proportions qu’il atteint et par les services qu’il rend.
Sur la ligne de Rhât à Ghadâmès, la limite Nord de cet arbre est à Tahâla par le 29e degré de latitude ; à partir de ce point, on le trouve dans tous les bas-fonds des vallées, où il forme quelquefois, soit seul, soit mélangé à d’autres tamarix, d’importantes forêts qui rompent la monotonie saharienne.
Au Sud de l’Algérie, l’éthel se montre pour la première fois sur l’Ouâd- Nesâ inférieur.
Cet arbre, à moins de mutilation dans son jeune âge, pousse en un tronc unique, qui s’élève à plusieurs mètres de hauteur et porte généralement de 1m 50 à 2m de circonférence.
A Azhel-n-Bangou, un éthel, celui sous lequel le forgeron Bangou avait établi son atelier, d’où lui est venu ce nom, mesure à sa base 5m 40 de circonférence. C’est un véritable géant pour la région saharienne ; mais il n’est pas le seul, car j’en ai remarqué d’autres qui m’ont paru presque aussi gros.
Souvent cet arbre pousse en groupes de quatre à cinq pieds, mais toujours distincts les uns des autres.
Souvent aussi il se ramifie à partir de terre et projette des branches tortueuses dans toutes les directions.
Son feuillage, composé de fils articulés, retombe gracieusement comme des plumes. Il est d’un beau vert bleuâtre.
Le bois de l’éthel, de couleur jaune rosé, léger, tendre, cependant solide, fournit à l’industrie locale des planches, des poutres, mais surtout du bois de tour avec lequel on confectionne des plats, des vases et même des selles de dromadaire.
Son fruit, nommé par les Arabes adabeh, paraît jouir de propriétés astringentes et tannantes très-marquées, car on l’emploie concurremment avec la galle de cet arbre et celles des autres tamarix sahariens à la préparation des cuirs.
La galle des tamarix, nommée takaout, est un des meilleurs tannins connus. J’aurai l’occasion de revenir sur ce produit dans le deuxième volume de cet ouvrage.
L’éthel n’est pas partout apprécié comme il l’est dans le pays des Touâreg, car on lit dans le Coran, chapitre XXIV, verset 15 :
« Dieu, pour se venger des habitants de Saba, rompit les digues qui les préservaient de l’inondation, et leurs jardins furent envahis par l’éthel. »
Arbre de malédiction à Saba, l’éthel est souvent béni dans le Sahara pour l’ombre qu’il donne aux voyageurs après des marches pénibles.
TAMARIX GALLICA L.
Tarfa, Ethel (arabe) ; Tabarkat (temâhaq).
Échantillons rapportés de la Heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; d’El-Faïdh le 31 mai ; de l’Ouâdi-’l-Ethel, le 17 octobre ; de l’Ouâdi- Tirhît, le 18 novembre 1860 ; de Tekertîba, le 28 mai 1861.
Les indigènes confondent souvent cette espèce avec la précédente, parce qu’elles peuplent les mêmes forêts, donnent les mêmes produits et servent aux mêmes usages. J’ai pu constater cette confusion par le nom d’Ouâdi-’l-Ethel, qu’ils donnent à des vallées dont les lits sont couverts des deux espèces et quelquefois même du T. Gallica seul, à l’exclusion de l’articulata.
Le Tamarix Gallica, qui est l’espèce dominante dans le Tell, paraît s’étendre très-loin au Sud dans le Sahara.
Le bois de cet arbre, presque toujours atteint par la pourriture, dans le Nord, ce qui le rend impropre à tout usage, paraît conserver toutes les qualités d’un bois d’œuvre dans le Sud.
TAMARIX PAUCIOVULATA J. Gay.
Tarfa, Ethel, Azaoua (arabe) ; Tâzaouat, Tabarkat (temâhaq).
Récolté le 11 décembre 1860, sur l’Ouâdi-Sodof, et le 1er janvier 1861, à Sâghen. Paraît commun dans les vallées du Ahaggâr.
Mélangé dans les vallées avec les précédents, il est souvent confondu avec eux.
TAMARIX AFRICANA Poir ?
Tarfa (arabe).
Récolté à ’Aïn-ed-Dowîra le 4 février 1860.
TAMARIX AFRICANA var. LAXIFLORA J. Gay.
Tarfa (arabe).
Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.
Ces deux dernières espèces, communes sur le littoral, semblent affectionner des stations septentrionales, car je ne les ai pas trouvées au delà de la zone de l’’Erg.
PARONYCHIÉES.
SCLEROCEPHALUS ARABICUS Boiss.
Tasakkaroût (temâhaq).
Récolté à Tiferghasîn, entre Ghadâmès et Rhât, le 5 mars 1861.
Cette plante, ainsi que l’indiquent son nom botanique et la station dans laquelle elle a été trouvée, appartient aux régions chaudes du Sahara.
PORTULACÉES.
PORTULACA OLERACEA L.
Ridjla (arabe) ; Benderâkech (temâhaq).
Le pourpier est une des cultures des oasis et une de celles qui réussissent le mieux.
Indépendamment du ridjla, on trouve encore deux autres variétés de pourpier : le tafrîta et le boguel, ce dernier connu aussi sous le nom de bortoulâkech, probablement parce qu’il a été importé du Portugal.
FICOIDÉES.
AIZOON CANARIENSE L.
Taouit (temâhaq).
Trouvé et récolté dans une station unique, à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861.
Cette plante est mangée par les Touâreg, ce qui implique qu’elle est assez commune dans d’autres contrées de leur pays.
NITRARIA TRIDENTATA Desf.
Ghardek (arabe) ; Atarzîm (temâhaq).
Échantillon du Sahara algérien, récolté entre ’Oglat-Setîl et Merhayyer, le 3 juin 1860. Reconnu en six stations entre Tîterhsîn et le Cherguîya, principalement entre Mourzouk et Zouïla, où il dispute le sol à l’Alhagi Maurorum.
« Le fruit de cet arbrisseau, damouch, est une baie rougeâtre, dit M. le consul Pélissier, d’un goût exquis, mélange de ceux de la fraise, de la framboise et de la groseille. L’effet de ce fruit sur l’organisme, ajoute-t-il, est une fraîcheur vivifiante, disposant l’esprit à la gaieté et laissant dans la mémoire de l’estomac une forte appétence pour cet aliment suave et presque aérien. »
M. Pélissier, auquel j’emprunte cette appréciation, estime que c’est là le véritable Lotus des anciens, attendu qu’il croît en abondance dans l’île de Djerba, l’ancienne Lotophagitis.
Adhuc sub judice lis est.
OMBELLIFÈRES.
APIUM GRAVEOLENS L.
Kerâfes (arabe).
Récolté sous les palmiers de Sîdi-Khelîl.
Plante sans importance.
DEVERRA SCOPARIA Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Gouzzah (arabe).
Trouvé et récolté le 14 novembre 1860, dans l’Ouâdi-Tirhît, du plateau de Tînghert. Reconnu sur la Chebka des Benî-Mezâb. Signalé sur le plateau de Tâdemâyt.
Petite plante, très-odorante, très-commune dans les stations qu’elle affectionne.
SCANDIX PECTEN-VENERIS L.
Sennârt-el-Behâïm (arabe).
Récolté dans les environs du Chott-Melghîgh.
Plante sans importance.
DAUCUS CAROTA L.
Zeroûdïa (arabe) ; Ezzeroûdîet (temâhaq).
La carotte est cultivée dans les oasis, mais en très-petite quantité.
CUMINUM CYMINUM L.
Kerouïa (arabe).
Cultivé dans les jardins des oasis comme épice. On mêle sa graine avec le sel et le poivre pour saupoudrer les aliments.
Dans les embarras gastriques, on en avale une pincée matin et soir.
Dans quelques villes du littoral méditerranéen, on distille la graine et on en obtient une liqueur, mâ-kerouïa, qui est considérée comme un spécifique des douleurs intestinales.
CORIANDRUM SATIVUM L.
Gouzbîr (arabe).
Cette Ombellifère aromatique est cultivée dans les jardins pour sa graine connue sous le nom de tabel.
Le tabel est employé avec le sel et le poivre pour conserver les viandes sèches à l’usage des caravanes. On s’en sert aussi dans les ragoûts.
La médecine indigène préconise un sirop de graine de coriandre dans les affections chroniques de poitrine.
COMPOSÉES (CORYMBIFÈRES).
FRANCŒURIA CRISPA Cass.
Récolté le 20 septembre 1860 à la Gueráa de Ben-’Aggiou.
PULICARIA UNDULATA DC.
Ameo (temâhaq).
Trouvé et récolté en une station unique sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.
ASTERICUS GRAVEOLENS DC.
Nogued (arabe) ; Akatkat (temâhaq).
Récolté sur le sommet de la Gâra de Tisfîn le 16 septembre 1860 et à Aghelâd le 8 février 1861.
Reconnu dans les environs de Ghadâmès, en sept stations entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.
Plante sans importance, au point de vue de l’utilité.
ANVILLEA RADIATA Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Chedjret-edh-dhobb, ’Arfej (arabe) ; Tehetit (temâhaq).
Reconnu dans l’’Erg, à Tîterhsîn, et à Serdelès.
Récolté le 20 septembre entre Gueráa-ben-’Aggiou et l’Ouâdi-Gober-Sâlah.
Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante frutescente, qui croît en vastes touffes blanchâtres, couvertes de fleurs jaunes au printemps, embrasse souvent de grands espaces auxquels elle donne un aspect tout particulier.
CYRTOLEPIS ALEXANDRINA DC.
Récolté dans des lieux incultes à Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
Sans utilité.
ARTEMISIA HERBA-ALBA Asso.
Chîh (arabe) ; Azezzeré (temâhaq).
Reconnu de Methlîli à El-Golêa’a.
Signalé commun entre Rhât et In-Sâlah.
Les sommités fleuries de cette plante sont récoltées, séchées, réduites en poudre et prises comme digestives.
Quand les Touâreg sont venus en France, ils avaient leur provision de cette poudre et en faisaient souvent usage.
Une décoction de feuilles et de fleurs est donnée aux enfants atteints de vers intestinaux.
ARTEMISIA CAMPESTRIS L.
Chîh (arabe) ; Tiheredjdjelé (temâhaq).
Commun dans le Ahaggâr.
Cette espèce, plus grande que la précédente, sert aux mêmes usages.
TANACETUM CINEREUM DC.
Robîta (arabe) ; Tâkkilt (temâhaq).
Récolté le 9 février 1861 sur l’Ouâdi-Tarât. Reconnu en six stations entre Ghadâmès et Rhât.
CHLAMYDOPHORA PUBESCENS Coss. et DR. Cotula pubescens Desf.
Gartoûfa (arabe), syn. Coss.
Récolté le 7 mars 1860 entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb- Allah et le 8 février 1861 à Aghelâd.
Affectionne les terres alluvionnaires salines de heycha. Plante sans importance.
SENECIO CORONOPIFOLIUS Desf.
Beddâna (arabe) ; Temasâsoui (temâhaq).
Récolté entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah le 7 mars 1860 et à Sâghen le 1er janvier 1861.
Croît dans les terrains de heycha.
COMPOSÉES (CHICORACÉES).
SPITZELIA SAHARÆ Coss. et Kral.
Tasoûyé (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.
LOMATOLEPIS GLOMERATA Cass.
Harchâïa (arabe), syn. Coss. ; Rhardélé (temâhaq).
Récolté le 29 février 1861 sur l’Ouâdi-Alloûn.
SONCHUS MARITIMUS L.
Sîf-el-Ghorâb (arabe).
Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.
Sans importance.
TOURNEUXIA VARIIFOLIA Coss. in Bull. Soc. bot.
Récolté entre Hâssi-Dhomrân et Cháabet-Timedaqsin le 9 septembre 1859.
ZOLLIKOFERIA QUERCIFOLIA Coss. et Kral. Sonchus quercifolius Desf.
Récolté le 12 mars 1860 dans les montagnes de Kerîz.
Petite plante sans importance.
ZOLLIKOFERIA ANGUSTIFOLIA Coss. et DR. Sonchus angustifolius Desf.
Récolté sur la Hamâda de Tînghert près de la Gâra de Tîsfîn (environs de Ghadâmès), le 16 septembre 1860.
ZOLLIKOFERIA RESEDIFOLIA Coss. Sonchus chondrilloides Desf.
’Adhîdh (arabe).
Récolté sur l’Ouâd-Mezâb le 18 juillet 1859 et sur le rivage de la mer à Gâbès les 17 et 21 mars 1860. Commun dans la partie septentrionale du Sahara algérien et tunisien.
Recherché par les chameaux.
PRIMULACÉES.
ANAGALLIS ARVENSIS L.
Récolté, le 13 mars 1860, dans les terrains humides aux environs du Chott-Melghîgh.
Aime les terrains humides.
SAMOLUS VALERANDI L.
Récolté à Tânout-Tîrekîn, près de Djâdo, le 7 novembre 1860.
OLÉACÉES.
OLEA EUROPÆA L.
Zitoûna (arabe) ; Tahatimt (temâhaq).
L’olivier croît spontanément dans toutes les parties de la péninsule atlantique réputées appartenir au Tell (Tellus des Romains), mais, dans le Sahara, il est toujours une conquête de la culture.
A Tessâoua, capitale de l’Ouâdi-’Otba, ancien centre de civilisation nègre et l’une des premières villes conquises par les Arabes, on en trouve d’énormes, à gros fruits, aussi remarquables par leur développement que les plus beaux sujets de la même espèce sur le littoral méditerranéen.
Tant à Tessâoua que dans le reste du Fezzân, on en compte une vingtaine de pieds, tous cultivés pour olives de table. Que je sache, ces oliviers doivent être les plus méridionaux de ceux connus sur le continent africain.
On constate facilement, dans cette localité, qu’on est sur le terrain d’une zone de transition, car, à côté de cultures soudaniennes, coton et indigo, croissent l’olivier, le pêcher, le pommier et le citronnier, qui appartiennent aux zones plus tempérées du Nord.
ASCLÉPIADÉES.
PERIPLOCA ANGUSTIFOLIA Labill.
Hallâb (arabe).
Récolté dans les ouâdi de la Djefâra, près de Tripoli, les 18 octobre et 12 novembre 1860.
En 1859, j’avais rencontré cette plante sur l’Ouâd-Mâssek, entre Methlîli et El-Golêa’a.
Cette broussaille est mangée par les chameaux.
CALOTROPIS PROCERA R. Br.
Korounka (arabe) ; Tôreha (temâhaq).
Récolté à Methlîli en juillet et août 1859. Déjà trouvé, en 1858, sur le même point, par M. le docteur Cosson. Reconnu en quatre stations entre Ghadâmès et Rhât. Signalé au Touât.
La limite Nord de cette plante tropicale est à Methlîli, au Sud de l’Algérie, et dans la Djefâra, plaine au Sud de Tripoli.
La forme et la couleur de cet arbuste rappellent celles du chou domestique. Sa fleur est blanche à la base et violette au sommet. Sa tige atteint 2m de hauteur.
Les graines que j’avais envoyées, en 1859, au Jardin d’acclimatation d’Alger, n’ont pas levé, probablement parce qu’elles n’étaient pas en parfaite mâturité. Depuis, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer cette espèce en graine.
Les Touâreg utilisent la tige de cette plante dans la confection des selles et des cages de voyage pour les femmes. Au Touât, on l’emploie exclusivement, convertie en charbon, pour la préparation de la poudre.
Pl. VII. Page 180. Fig. 14 et 15.
Les Arabes de la Tripolitaine, dit-on, s’en servent comme purgatif.
DÆMIA CORDATA R. Br.
Oumm-el-leben (arabe) ; Tellâkh (temâhaq).
Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn dans la Sôda. Reconnu en deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât.
GENTIANÉES.
ERYTHRÆA PULCHELLA Fries var. ?
Tifechkan (temâhaq).
Récolté près de la source de Serdélès, le 3 mai 1861.
CONVOLVULACÉES.
CRESSA CRETICA L.
’Achbet-el-mâ (arabe).
Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl le 17 septembre 1860.
BORRAGINÉES.
HELIOTROPIUM EUROPÆUM L.
Dhaharet-ech-chems (arabe).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb, pendant l’été 1859.
ECHIOCHILON FRUTICOSUM Desf.
Ras-hamrâ (arabe).
Récolté le 7 mars 1860, entre El-Ouâd et Nafta.
Commun dans les terres de heycha.
Sans importance.
LITHOSPERMUM CALLOSUM Vahl.
Ralma (arabe).
Récolté dans la plaine d’El-Bâla entre Methlîli et El-Golêa’a le 8 septembre 1859.
Plante des sables, sans importance.
TRICHODESMA AFRICANUM R. Br.
Tâlkaït (temâhaq).
Récolté le 1er mars 1861 à Tîn-Arrây.
SOLANÉES.
PHYSALIS SOMNIFERA L.
Farhaorhao (temâhaq).
Récolté le 17 mai et le 24 juin à Oubâri et à Mourzouk. Commun dans toutes les oasis du Fezzân.
Grande plante ; narcotique comme les autres Solanées vireuses.
LYCIUM MEDITERRANEUM Dunal.
Aoused (arabe).
Récolté dans les rochers de Djâdo, le 28 octobre 1860, et à Qaçar-el- Hâdj, le 18 octobre 1861.
Les Arabes font avec une décoction concentrée de Lycium et le blanc d’Espagne (Biodh-el-Ouedj) une pâte dont on couvre les yeux, dans la petite-vérole, pour éviter qu’ils soient atteints.
La même pâte est employée dans les ophtalmies graves.
HYOSCYAMUS FALEZLEZ Coss. sp. nova.
Goungot (arabe tripolitain) ; Falezlez (arabe saharien) ; Afahlêhlé (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl, le 17 septembre, et sur la Gueráa- ben-’Aggiou, le 20 septembre 1860 ; commun entre Ghadâmès et Rhât, dans tout le pays des Touâreg ainsi qu’au Fezzân.
Plusieurs localités, sur le versant nigritien du plateau central du Sahara, portent le nom de cette plante, Falezlez ou In-Afahlêhlé, notamment sur les routes de Rhât à Agadez et d’In-Sâlah à Timbouktou.
Le désert de Tânezroûft en est aussi empoisonné, mais elle ne croît plus au Sud. Cette plante nouvelle paraît exclusivement saharienne.
Le falezlez est un poison très-actif pour tous les animaux autres que les ruminants. Il engraisse les chameaux, les chèvres et les moutons, et donne la mort, en quelques heures, à l’homme, au cheval, à l’âne et au chien.
J’ai apprécié les qualités vénéneuses de cette plante dans des circonstances qui doivent être relatées.
Un jour, mon cheval qui, pour la première fois dans le Sahara, rencontrait des feuilles vertes et tendres, se jeta avec avidité sur cet Hyoscyamus. Les Touâreg témoins de son inexpérience m’annoncèrent la mort très-prochaine de la pauvre bête.
Comme on exagérait toujours à mes yeux les dangers du voyage d’un chrétien dans le Sahara, je ne voulus pas m’en rapporter au pronostic de mes compagnons indigènes, et, malgré leurs prières de m’abstenir, je goûtai une feuille de cette maudite herbe et je reconnus bientôt que les Touâreg avaient raison.
Mon cheval mourut en peu de temps et je fus assez gravement indisposé.
Peu après l’expérience, je fus pris d’un engourdissement et d’un froid général, avec la vue voilée, tendance et disposition au sommeil. Je me remis d’abord en prenant quelques gouttes de rhum, mais, pendant plusieurs jours, je ressentis les effets de mon imprudence.
Mon cheval, qui avait été moins réservé que moi, commença à se coucher sur le flanc et à donner, de temps à autre, des ruades et des coups de tête convulsifs. L’œil devint terne tout de suite.
En vain je lui administrai de l’ammoniaque et de l’alcool étendu d’eau, puis, sur le conseil des Touâreg, une boisson faite avec du poivre rouge et des dattes : rien n’y fit. En quelques heures, l’animal était ballonné, il n’ouvrait plus les yeux et respirait difficilement. Dans la nuit il mourut gonflé comme une outre.
Qui le croirait ? malgré les dangers de l’usage de cette plante, les indigènes l’emploient comme aliment et comme médicament ! Ses feuilles récoltées sont transportées, vendues et recherchées sur le marché de Timbouktou.
Je ferai connaître le mode d’emploi du falezlez en passant en revue les pratiques médicales des Touâreg.
D’après les indigènes, les propriétés toxiques de cette Solanée, comme celles de beaucoup de plantes, seraient en raison directe de l’altitude des lieux où elle croît. Presque inoffensive aux environs de Tripoli, déjà dangereuse sur les plateaux du Fezzân, elle devient poison actif dans les montagnes des Touâreg. J’ignore si mes informateurs ne confondent pas des espèces voisines, mais jouissant de propriétés différentes.
Quoi qu’il en soit, dans les cas où cette plante vireuse agit avec le moins de gravité, elle détermine des accidents cérébraux qui sont qualifiés de folie par les gens du pays.
L’Hyoscyamus Falezlez s’élève à 1/2 mètre de hauteur et met deux années pour atteindre tout son développement. Il vit pendant 5 ou 6 ans, montrant ses grandes feuilles vertes au-dessus des herbes sèches de la végétation annuelle.
En attendant la description de cette plante par M. le docteur Cosson, voici comment elle est définie dans mon journal de voyage :
Racine simple, s’enfonçant verticalement à une certaine profondeur.
Feuilles larges, charnues, succulentes, d’un vert peu foncé, avec larges nervures presque blanches ;
Calice grand, vert, charnu, à cinq sépales ou échancrures au sommet ;
Fleur violette ;
SOLANUM MELONGENA L.
Badindjâl (arabe).
L’aubergine est encore un des fruits cultivés et estimés dans les oasis.
LYCOPERSICUM ESCULENTUM Dunal.
Tomâtich (arabe).
La tomate, plus encore que l’aubergine, est commune dans les jardins des oasis.
CAPSICUM ANNUUM L.
Felfel-el-ahmar (arabe) ; Chitta (temâhaq).
Le piment est le condiment de la plupart des mets africains. On en cultive plusieurs variétés et en grande quantité, non-seulement pour l’approvisionnement des citadins, mais encore pour celui des nomades.
NICOTIANA RUSTICA L.
Doukhkhân (arabe) ; Tâba, Tâberha (temâhaq).
La seule variété cultivée dans les oasis est le tabac rustique, qui est très-fort et dont l’odeur est très-piquante.
C’est au Soûf et au Touât que les cultures sont les plus étendues.
L’usage du tabac est plus général parmi les indigènes du Sahara que dans le Tell, et on le prend sous toutes les formes, per fas et nefas.
Chez les Touâreg, hommes et femmes fument, et, quoique la fumée du tabac rustique soit très-âcre, hommes et femmes la rendent par le nez.
Le tabac en poudre est pilé très-fin et mêlé à un huitième de natron pour lui donner plus de montant. En cet état on le prend par le nez et par la bouche.
Les femmes arabes, mariées à onze ans, mères à douze, vieilles à vingt, employent le tabac comme aphrodisiaque en s’en saupoudrant certain organe.
Pour l’honneur de l’humanité, je m’empresse de dire que cet usage exceptionnel et impudique, inconnu des Touâreg, est circonscrit dans le Sud-Est du Sahara algérien, de Laghouât au Soûf, particulièrement chez les arabes Nemêmcha. Là, ce mode d’emploi semble si naturel que la femme n’attend pas, dit-on, d’être hors de la vue de l’homme pour utiliser la prise qui lui a été offerte.
En raison de ces nombreux usages, le tabac est l’objet d’un grand commerce dans le Sud.
SCROFULARINÉES.
LINARIA FRUTICOSA Desf.
Tâzeret (temâhaq).
Récolté le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.
Plante presque ligneuse.
LINARIA LAXIFLORA Desf.
Récolté le 1er mars 1860 à Mouï-el-Ferdjân, entre l’Ouâd-Rîgh et le Soûf.
Commun dans les terres de heycha.
Petite plante sans importance.
OROBANCHACÉES.
PHELIPÆA VIOLACEA Desf.
Dhânoûn (arabe) ; Ahêliwen, Timzhellitîn, Fetekchên (temâhaq).
Récolté sur le littoral de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860. Signalé en plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante remarquable, à tige unique, sans branches ni feuilles, haute de 60 centimètres, n’apparaissant que dans les sables, est mangée dans les temps de disette. A cet effet, disent les indigènes, on la fait bouillir, puis sécher au soleil, afin de pouvoir la réduire en farine. La fécule ainsi obtenue est mélangée à d’autres substances alimentaires.
LABIÉES.
LAVANDULA MULTIFIDA L.
Kammoûn-el-djemel, Kerouïet-el-djemel (arabe) ; Djey (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân, près de Djâdo, le 28 octobre 1860 ; dans le pays des Harâba, le 12 novembre 1860 ; à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861. Signalé comme étant commun dans les montagnes du Ahaggâr.
Cette plante est recherchée par les chameaux à raison de ses propriétés aromatiques.
THYMUS HIRTUS Willd.
Za’ater (arabe).
Récolté entre Hâmma et Gâbès, le 18 mars 1860.
Tous les thyms auxquels les indigènes donnent le nom de za’ater sont récoltés et employés pour aromatiser les aliments. Les habitants des pays où ils croissent les échangent dans les oasis contre des dattes.
Dans la médecine arabe, les thyms sont employés comme stomachiques.
THYMUS CAPITATUS Link et Hoffm.
Za’ater (arabe).
Récolté sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.
En général, dans le Sahara, les thyms marquent les lignes des bas-fonds par lesquelles s’écoulent les eaux pluviales.
SALVIA ÆGYPTIACA L.
Récolté sur les berges de l’Ouâd-Mezâb, le 18 juillet 1859.
Les feuilles et les sommités fleuries de toutes les sauges sont employées par les indigènes en infusion théiforme, comme excitant digestif.
Beaucoup d’entre eux mettent volontiers des feuilles de sauge dans leurs fosses nasales pour y maintenir la fraîcheur.
ROSMARINUS OFFICINALIS L.
Kelîl (arabe) ; Ouzbîr (berbère).
Récolté dans le pays des Harâba, le 12, et sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.
Les feuilles de romarin, récoltées dans le Sahara, sont transportées par les caravanes dans l’Afrique centrale comme article d’échange.
On s’en sert pour aromatiser les aliments.
La médecine arabe leur attribue des propriétés vulnéraires : aussi toutes les plaies récentes sont-elles couvertes de poudre de romarin.
GLOBULARIÉES.
GLOBULARIA ALYPUM L.
Tâselrha (arabe et temâhaq).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
Dans toutes les contrées où pousse cette plante, ses branches et ses feuilles sont employées en tisane concentrée, et avec succès, contre les fièvres intermittentes et les éruptions furonculeuses.
PLOMBAGINÉES.
STATICE BONDUELLII Lestib.
Châchîet-edh-dhobb (arabe).
Récolté sur l’Ouâd-Mezâb, dans l’été 1859.
STATICE GLOBULARIÆFOLIA Desf.
Messâs (arabe).
Récolté dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 novembre 1860.
STATICE PRUINOSA L.
Guedhâm-el-ghozâl (arabe).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859.
En général, toutes les Statice sont recherchées par les animaux comme plantes salées.
LIMONIASTRUM GUYONIANUM DR.
Zeïta (arabe) ; Tafonfela (temâhaq).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; à El-Faïdh, le 31 mai 1860 ; signalé comme étant commun dans les oasis du Touât et dans les montagnes du Ahaggâr.
Cet arbuste atteint quelquefois les proportions d’un petit arbre et couvre d’assez grands espaces pour former des bosquets.
BUBANIA FEEI de Girard.
Melhafet-el-khâdem, Râs-el-khâdem (arabe).
Reconnu en 1859, entre Methlîli et El-Golêa’a.
L’herbier de cette course, ainsi que d’autres parties de mon bagage, a été confisqué par les habitants de la ville alors inhospitalière d’El- Golêa’a.
PLANTAGINÉES.
PLANTAGO OVATA Forsk.
Halma (arabe).
Reconnu en quatre stations de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès, du 26 juillet au 12 août 1860.
PLANTAGO ALBICANS L.
Inem (arabe).
Récolté le 7 mars 1860, aux environs de Nakhlet-el-Mengoûb.
Affectionne les terrains de heycha.
PLANTAGO PSYLLIUM L.
Récolté le 13 mars 1860, aux environs du Chott-Melghîgh.
La poudre de tous les plantains est employée comme astringent pour cicatriser les ulcères.
SALSOLACÉES.
BETA VULGARIS L. var. CICLA.
Selk (arabe).
Cultivé comme plante alimentaire dans les oasis.
ATRIPLEX MOLLIS Desf.
Jell, Djell (arabe).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; reconnu en six stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya.
Les Arabes attribuent au suc de cette plante la propriété d’amener la stérilité : aussi les femmes trop fécondes en font-elles souvent usage.
ATRIPLEX HALIMUS L.
Guetof (arabe) ; Aramâs (temâhaq).
Récolté en mai et en octobre 1860, à El-Faîdh et à Djâdo. Reconnu en quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.
Cette plante est recherchée par tous les animaux à cause de la saveur saline de ses jeunes pousses. L’homme lui-même ne la dédaigne pas comme aliment. De plus, les Touâreg récoltent ses graines qu’ils mangent en bouillie.
Le bois de sa racine sert de brosse à dent ; on lui attribue des vertus antiscorbutiques.
On extrait de sa tige une soude que les indigènes appellent melh-el- guetof. Cette soude, quelquefois employée en médecine, sert principalement à la saponification de l’huile.
Cette plante frutescente, qui forme d’énormes buissons, déjà commune sur les côtes de Provence, s’étend sur le continent africain du littoral aux confins les plus reculés de mon exploration. Partout où le sol est un peu salin, on est à peu près certain de la retrouver.
CHENOPODIUM MURALE L.
Lessîg (arabe) ; Tîbbi (mezabite).
Récolté à Ghardâya, en 1859, sur la lisière des jardins et sur les murs d’enceinte.
CHENOPODINA VERA Moq.-Tand. ?
Souïd (arabe) ; Tirbâr (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1860.
SUÆDA VERMICULATA Forsk.
Souïd (arabe) ; Tirbâr (temâhaq).
Récolté dans les dunes d’El-’Arefdji, près de Negoûsa, le 20 février 1860. Reconnu aux environs de Ghadâmès.
TRAGANUM NUDATUM Delile.
Dhomrân, Souïd-Ahmar (arabe) ; Tirehît (temâhaq) ; Tâsra (mezabite).
Échantillons de l’Ouâdi-Saádâna (19 août 1859), entre Methlîli et El- Golêa’a ; reconnu depuis en deux stations, autour de Ghadâmès ; en cinq, entre Ghadâmès et Rhât ; en trois, entre Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé dans le Ahaggâr, plaine et montagne, ainsi qu’au Touât.
Cette plante frutescente est recherchée avec avidité par les chameaux.
CAROXYLON ARTICULATUM Moq.-Tand.
Remeth (arabe) ; Ouân-Ihedân (temâhaq).
Récolté, en 1859 et 1860, dans le Sahara algérien et tripolitain, où il est très-commun. Reconnu en six stations, plus au Sud, entre Ghadâmès et Rhât.
SALSOLA VERMICULATA L. var. MICROPHYLLA. S. brevifolia Desf.
Guedhâm (arabe) ; Adjerwâhi (temâhaq).
Récolté dans les sables de Mouî-er-Robáâya, le 29 juillet 1860. Signalé comme étant commun dans les montagnes des Touâreg et dans l’oasis du Touât.
SALSOLA LONGIFOLIA Forsk.
Semommed (arabe).
Récolté, le 12 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tînzeght.
Par l’incinération, cette plante, comme la précédente, donne une soude employée dans la fabrication du savon.
ANABASIS ARTICULATA Moq.-Tand. var. GRACILIS.
Bâguel, Belbâl, Belbâla (arabe) ; Abelbâl, Tâza (temâhaq).
Récolté, le 20 novembre 1860, à Dhâhar-el-Djebel, et le 23 novembre 1859, à El-Mogherreb, au N.-O. d’El-’Alîya. Reconnu en cinq stations, dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès. Commun aux environs de Ghadâmès.
Cette plante ligneuse, quoique peu riche en matière alimentaire, est mangée par les chameaux.
Les Sahariens prétendent qu’on peut creuser des puits avec sécurité partout où croît le belbâl, parce qu’on est certain de trouver l’eau à peu de profondeur.
Ainsi, entre El-Ouâd et Ghadâmès, au milieu des dunes de l’’Erg, mes guides et le Cheïkh-’Othmân ont été unanimes à me signaler Haoudh-el- Belbâlât comme un point d’élection pour doter cette route de l’eau qui lui manque.
La disposition de la localité m’a paru correspondre aux indications des khebîr.
CORNULACA MONACANTHA Delile.
El-Hâdh (arabe) ; Tâhara (temâhaq).
Récolté à Chaábet-Lekkâz, le 21 novembre 1859. Reconnu en cinq stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en trois stations, de Ghadâmès à Rhât ; en deux, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Indiqué comme étant commun dans les plaines au pied du Ahaggâr.
Cette plante sous-frutescente couvre de très-grands espaces sur les versants Sud des montagnes des Touâreg. Elle constitue un des fourrages recherchés des chameaux, malgré ses épines.
AMARANTACÉES.
AERVA JAVANICA L.
Tamakerkaït, Timekerkest (temâhaq).
Récolté à Aghelâd, le 8 février 1861. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
SALVADORACÉES.
SALVADORA PERSICA L.
Siouâk (arabe vulgaire) ; Irâk (arabe littéral) ; Têhaq (temâhaq du Nord) ; Abezgui (dialecte d’Aïr) ; Teguî, Tijat (dialecte de Timbouktou).
Récolté en fleurs et en fruits à Afara-n-Wechcherân, le 1er janvier 1861. Commun partout au delà de la région de l’’Erg.
Cet arbre de la région tropicale, très-répandu dans le bassin du Niger, vient cependant en troisième ligne comme importance de la végétation ligneuse de la partie du territoire des Touâreg que j’ai visitée. Toutefois on ne l’y trouve que dans les vallées abritées et de préférence dans celles où les alluvions sablonneuses abondent.
C’est un bel arbre, de deuxième grandeur, dont le feuillage d’un beau vert tendre repose agréablement la vue fatiguée de la couleur sombre du pays.
Son fruit, d’un goût délectable, est employé comme aliment et comme médicament.
Ce fruit consiste en petites baies, semblables aux raisins de Corinthe, dit M. le docteur Barth, lesquels offrent un léger supplément au frugal menu du désert ; frais, il a un goût de poivre assez prononcé.
Comme l’illustre voyageur, j’ai mangé ce fruit, et mes impressions sur son mérite sont les mêmes.
Son bois odorant et solide, susceptible de se diviser en fibres très- fines, fournit les cure-dents et les brosses à dents si recherchés par les musulmans pour l’entretien de leur bouche. On sait que pour tous les peuples d’Orient la question du cure-dents est une grave affaire pour laquelle il est fait d’importantes recommandations dans les ouvrages de religion et de jurisprudence.
L’écorce de l’arbre, légèrement épispastique, est appliquée par les indigènes sur les blessures d’animaux venimeux.
Les chameaux mangent volontiers les feuilles fraîches de cet arbre, mais mélangées avec celles d’autres plantes à cause de leur goût d’amertume prononcé.
Dans toute la région où croît ce Salvadora, ses feuilles sont employées comme antisiphylitiques. A cet effet, on les réduit en poudre avec les épices connues sous le nom de râs-el-hânout (tête de la boutique), et chaque matin on en prend une dose en breuvage.
CALLIGONUM COMOSUM L’Hérit.
Arta, Resoû, Ezâl (arabe) ; Aresoû, Isaredj (temâhaq).
Récolté dans l’Ouâdi-Sa’adâna, le 21 août 1859 ; sur l’Ouâdi-Izêkra, le 5 février ; à Tîn-Têrdja, le 2 mars ; à Ouarâret, le 11 mars 1861. Reconnu en treize stations dans l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en onze stations, de Ghadâmès à Rhât ; en trois, de Tîterhsîn à la Cherguîya ; en plusieurs stations, de Methlîli à El-Golêa’a. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que dans tout le Touât.
Le Calligonum comosum forme d’épais buissons auxquels les chameaux donnent toujours un coup de dent en passant. Le bois de cette broussaille est souvent la seule ressource des caravanes pour cuire les aliments. Dans l’’Erg, cet arbuste devient un véritable arbre.
POLYGONÉES.
POLYGONUM EQUISETIFORME Sibth. et Sm.
Récolté dans la Djefâra, 16 octobre 1860.
RUMEX VESICARIUS L.
El-Hommîz (arabe) ; Tânesmîm (temâhaq).
Récolté au Rhedîr de Sâghen, dans l’Ouâdi-Tikhâmmalt, le 3 janvier, et dans l’Ouâdi-Alloûn, le 19 février 1861.
Plante comestible dont le goût rappelle celui de l’oseille.
THYMÉLÉACÉES.
THYMELÆA HIRSUTA Endl. Passerina hirsuta. L.
Methenân (arabe).
Récolté dans l’Ouâd-Biskra, en janvier 1860.
Croît dans les sables. Commune sur le littoral de la Syrte.
EUPHORBIACÉES.
EUPHORBIA CALYPTRATA Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.
Oumm-el-leben (arabe) ; Tellâkh (temâhaq).
Récolté le 3 janvier 1861, à Sâghen.
EUPHORBIA GUYONIANA Boiss. et Reut.
Lebbîn (arabe).
Récolté dans les sables du Soûf, entre El-Ouâd et Sahên, le 5 mars 1860.
EUPHORBIA PARALIAS L.
Lebbîn, Lebeïna (arabe).
Récolté près de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
Le suc de ces diverses Euphorbiacées est employé contre les morsures des vipères.
CANNABINÉES.
CANNABIS SATIVA L.
Kerneb, Tekroûri, Hachîcha (arabe).
Cultivé dans quelques oasis, notamment dans le Fezzân, à Trâghen.
Les sommités fleuries de ce chanvre sont fumées dans des pipes ou mangées en confitures en vue de déterminer une sorte d’extase que les amateurs de hachîch (hachchâchîn) appellent kîf.
L’hébétude résulte souvent de ces pratiques qui heureusement ne sortent guère du cercle des fainéants ou de ceux qui ont voyagé en Orient. Les Touâreg entre autres ne font jamais usage du hachîch.
MORÉES.
FICUS CARICA L.
Kerma (arabe) ; Ahar, Tâhart (temâhaq).
Après le dattier, le figuier est l’arbre le plus cultivé chez les Touâreg. Non-seulement on en trouve quelques pieds dans chaque jardin des oasis, mais encore on compte çà et là, dans les montagnes, quelques vergers exclusivement peuplés de figuiers.
Les figues provenant de ces cultures sont généralement mangées fraîches. Les figues sèches sont principalement tirées du littoral : cependant, on m’en a donné provenant de Mîherô.
SALICINÉES.
POPULUS ALBA L.
Safsaf (arabe).
Signalé sur un point du plateau de Tâdemâyt, à Hamâd-el-’Atchân, près de Tîn-Fedjaouîn.
Le peuplier blanc, très-commun dans le Tell, est une exception unique à cette latitude.
CONIFÈRES.
EPHEDRA ALATA Dcne.
’Alenda (arabe) ; Tîmatart (temâhaq).
Reconnu en douze stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès.
Les chameaux mangent ses jeunes pousses, à défaut d’autre nourriture.
Ses tiges et ses sommités, douées de propriétés astringentes, sont employées dans la matière médicale indigène.
Ses fruits sont comestibles.
Les branches de cet arbuste atteignent quelquefois trois mètres de hauteur. Près d’El-Arba-Tahtanîya, M. le docteur Cosson en a découvert « un magnifique pied dont le tronc, jusqu’aux ramifications principales, mesurait au-dessus du sol près d’un demi-mètre et dont la circonférence, prise au niveau du sol, atteignait 48 centimètres. »
Il y en a de plus grands encore sur l’Ouâd-el-’Alenda, dans le Soûf.
POTAMÉES.
POTAMOGETON PECTINATUS L.
Récolté dans la source de Tagotta.
Plante aquatique submergée.
PALMIERS.
PHŒNIX DACTYLIFERA L.
Nakhla (arabe) ; Tâzzeït (temâhaq).
Le palmier dattier est, sans contredit, le roi de la végétation saharienne, non-seulement par le nombre des ghâbâ qu’il constitue, mais encore par l’importance des services directs ou indirects qu’il rend à l’habitant de la région désertique.
On donne, dans tout le Sahara, le nom de ghâbâ ou forêt à toute plantation de dattiers, quel que soit le nombre des arbres.
Généralement, les plantations sont agglomérées, autour ou à peu de distance des habitations. Leur ensemble forme ce qu’on appelle une oasis.
Dans la partie du Sahara, objet de cette étude, quatre principaux groupes d’oasis appellent l’attention : celui de Ghadâmès, celui de Rhât, celui du Fezzân, celui du Touât.
A Ghadâmès, on compte, m’a-t-on dit, 63,000 palmiers ; à Rhât, y compris les plantations des villages voisins, le nombre de ces arbres n’est pas moins considérable ; quant à ceux innombrés et presque innombrables du Fezzân et du Touât, ils atteignent peut-être le chiffre de deux millions de pieds, car, dans ces contrées favorisées, les oasis se succèdent les unes aux autres sur d’immenses étendues : cent lieues du Nord au Sud pour le Touât, quarante lieues de l’Est à l’Ouest pour le Fezzân.
En dehors de ces massifs principaux, il y a encore une dizaine de petites oasis dans les montagnes des Touâreg : à Djânet, à Idelès, et autres points arrosés par des sources, mais elles ne peuvent pas être comparées aux premières, car toutes ces plantations ne donneraient peut- être pas un total de 6,000 palmiers.
Les produits directs du dattier sont les suivants :
La datte, themer des Arabes, teïni des Touâreg, aliment farineux et sucré, d’une conservation et d’un transport faciles, immense ressource pour des populations nomades et voyageuses ;
La palme, djerîda en arabe, taratta en temâhaq, comprenant le pétiole, ahebêr, et la feuille, takôla des Touâreg, employés, l’un sous forme de lattes, dans les constructions et les clayonnages, l’autre comme matière textile, à la fabrication de nattes, de paniers, de sacs, de cordes, en un mot, à la confection de ces mille petits riens connus sous le nom d’articles de sparterie exécutés ailleurs avec le palmier nain et le halfâ ;
La bourre, sa’af, provenant des feuilles radicales ou du tronc, et avec laquelle on fait des tissus, des rembourrages de bâts, etc. ;
Le noyau de la datte, a’lef, que l’on écrase et que l’on donne à manger aux animaux : chameaux, chèvres et moutons ;
La sève, lâgmi, obtenue par incision et de laquelle on retire :
A l’état frais, le lait de palmier, boisson fade, quoique sucrée ;
Fermentée, le vin de palmier, dont le goût rappelle celui d’une jeune bière ;
Distillée, un alcool très-inférieur ;
Les fleurs, nouâr, réputées aphrodisiaques ;
L’involucre des fleurs, kemmamîn, aussi employé en médecine ;
Enfin, la tige du palmier, khechba, débitée comme le bois des autres arbres, et qu’à raison de ses services on a appelée sapin du Sahara. On l’emploie dans les constructions, dans les coffrages des puits, sous forme de planches, de poutres ou de madriers. Dans la région saharienne, le dattier est la seule essence qui donne des bois droits et de longueur.
En présence de tant de produits fournis par le dattier, on ne peut s’empêcher de reconnaître que, si la Providence a été avare envers les Sahariens, en limitant à un petit nombre les arbres utiles de leur pays, elle a tellement prodigué ses faveurs au dattier, qu’à lui seul il peut remplacer tous les autres arbres.
Mais le dattier n’est pas seulement utile par les produits directs dont il comble l’habitant des oasis, il l’est encore, au même degré, par les produits indirects qu’il permet d’obtenir à l’ombre de sa cime parasolaire qu’on peut comparer, contre la chaleur, à l’effet des serres contre le froid.
Les extrêmes se touchent en tout : dans nos climats tempérés, les plantes tropicales ne peuvent germer, croître, fructifier, qu’à l’aide d’une chaleur factice ; dans le Sahara, les plantes des climats tempérés ne peuvent prospérer qu’à l’abri d’une chaleur excessive et d’une lumière intense ; et cet abri, le dattier le donne en permettant à l’air de circuler, à la lumière et à la chaleur de pénétrer dans les proportions réclamées par la végétation sous-palméenne.
Que, dans les oasis, les palmiers soient décapités, le sol qu’ils couvrent de leur ombre rentre dans les conditions climatériques des terres voisines frappées de mort, de juin à septembre, par l’excès de la chaleur, comme ailleurs, de novembre à mars, par l’excès du froid.
Sous l’abri protecteur des palmiers, l’Oasien peut cultiver une cinquantaine de plantes alimentaires ou industrielles dont il serait complétement privé sans l’auxiliaire que la Providence a mis si libéralement à sa disposition : j’ai donc raison de dire que le dattier rend à l’habitant du Sahara autant de services par ses produits indirects que par ses produits directs, si nombreux qu’ils soient.
On ne sera donc pas étonné d’apprendre que le dattier, dans le Sahara, soit l’objet de soins qui ne sont donnés à aucun arbre, dans aucun autre pays du monde.
J’estime à l’égal des plus grandes conquêtes de l’homme sur la nature les travaux exécutés par les Sahariens pour assurer à cet arbre les conditions nécessaires à son existence.
Dans l’Ouâd-Rîgh et le bassin d’Ouarglâ, des puits artésiens creusés à bras d’homme jusqu’à la couche d’eau jaillissante ; dans l’Ouâd-Mezâb, d’immenses barrages jetés en travers des torrents ; dans le Fezzân et dans le Touât, des puits à galeries souterraines pour créer des rivières artificielles ; dans le Soûf et dans les autres oasis de l’’Erg, la lutte de tous les instants contre les envahissements des sables, constituent des efforts de géants que tout homme impartial compare, avec la différence des moyens, aux plus beaux résultats obtenus par la science et l’industrie dans nos États civilisés.
Le dattier, disent les Sahariens, doit, pour produire de bons fruits, avoir la tête dans le feu et les pieds dans l’eau.
Le soleil africain pourvoit suffisamment aux besoins de sa cime ; l’homme doit procurer à ses racines l’eau qu’elles réclament. Ce n’est pas toujours facile, mais, partout où il y a des dattiers, on leur sert, d’une manière ou de l’autre, l’eau nécessaire.
Dans les oasis pourvues de puits artésiens, de puits à galeries, de fontaines aménagées, l’irrigation est facile et se pratique à eau courante ; mais là où il n’y a que des puits ordinaires, l’eau doit être élevée par des machines ou à bras d’hommes, et l’arrosage, dans ce cas, impose des peines considérables.
Dans l’oasis du Soûf, où l’eau se trouve au-dessous du sol à des profondeurs variables de 0m 85 à 2m 55 et 4m 10, on plante le dattier de manière à ce que ses racines plongent dans l’eau. Là, du moins, le planteur est exonéré de l’obligation d’irriguer, mais cet avantage est chèrement acheté par la nécessité de lutter continuellement contre l’envahissement des sables et de féconder ces sables par de nombreux engrais.
La charge d’engrais de crottin de chameaux (150 kilos) coûte, dans le Soûf, 10 francs, et on n’hésite pas à donner, à un seul palmier, douze charges d’engrais, d’une valeur de 120 francs, ce qui, à raison d’une fumure tous les huit ou dix ans, porte à 12 et à 15 fr. par an la dépense d’engrais de chaque palmier. Mais, il faut le dire, les dattes de cette oasis sont de qualité très-supérieure.
Généralement, dans tout le Sahara, on préfère les plantations par boutures à celles par noyaux, parce que la bouture produit le même fruit que le pied de l’arbre d’où elle a été extraite, tandis qu’avec le noyau on n’est jamais certain de la qualité du fruit.
Cependant, c’est par les semis de noyaux qu’on a obtenu les nombreuses variétés de dattes du Sahara. On n’en compte guère moins de quarante. Il est vrai de dire qu’elles ne sont pas toutes également bonnes.
Les boutures provenant d’arbres faibles et maladifs paraissent mieux reprendre ; on leur donne le nom de arhedd.
On a remarqué aussi que les boutures tirées de pays lointains acquièrent en voyage plus d’aptitude à la reprise. Il suffit, pour les conserver en bon état, de leur enlever leurs feuilles.
Certaines boutures sont obtenues du tronc mère avec des racines ; elles portent le nom de zalloûch. On se borne à éviter de blesser les racines en les détachant du tronc. De même, pour les boutures sans racines, on a soin de faire des incisions nettes, sans mâchures ni déchirures.
On plante les boutures à l’automne, et, pour cette opération, on reconnaît plusieurs procédés.
Le plus sûr est celui appelé mechtoûla : il consiste à planter les boutures auprès d’un puits qui en permet l’arrosage. Au bout de six mois, elles ont pris racine et on les transporte dans des terrains défoncés, nommés toloûa’.
Au Soûf, on emploie un procédé appelé hachchâna : à cet effet, on met de suite en place les boutures dans les trous qui leur sont destinés et qu’on a préalablement creusés jusqu’à apparition de l’eau. La bouture est plantée de manière à ce qu’elle ait le pied dans l’humidité. Quand elle a réussi, au bout de six mois, elle a poussé trois petites branches, djerîdât, et, au bout de trois ans, l’arbre est assez développé pour qu’il puisse être fécondé. Alors on creuse la terre tout autour pour mettre du fumier de chèvre sous ses racines.
Au Soûf, on a aussi, pour rajeunir les vieux dattiers, un procédé qui n’est pas usité dans les autres oasis.
Quand un sujet, atteint de vieillesse, ne produit plus, on creuse le sol sous ses racines, on supporte le tronc pendant l’opération et, sans le faire changer de place, on lui donne un nouveau lit de sable, de fumier et d’eau, qui ne tarde pas à lui faire recouvrer sa jeunesse. Les palmiers ainsi restaurés sont appelés meseggueta.
En toute plantation, on distingue les dattiers mâles, dhokkâra, des dattiers femelles, nakhla. Il suffit de quelques mâles pour féconder une plantation entière de femelles.
On distingue deux sortes de dattiers mâles : le sersâr, dont les spathes renferment une semence peu abondante, peu active et qui tombe dès qu’on la touche ; cette espèce ne féconde pas toujours et quelquefois même, après la fécondation, on ne récolte que des dattes avortées, sîch. L’autre espèce, appelée khowwâr, produit des spathes d’une farine abondante, tenace et conservant ses propriétés fécondantes pendant deux années. Cette variété est, de beaucoup, la préférée.
Inutile d’ajouter que les Oasiens aident à la fécondation de leurs dattiers par la caprification.
Dans le Fezzân, on trouve souvent des forêts de palmiers dattiers qui se sont créées spontanément de graines. Venus sans culture, ne recevant aucun soin de l’homme, au lieu de s’élever en un tronc élancé, comme le dattier cultivé, ils se développent en broussailles, à la façon des palmiers nains (Chamærops humilis) du Tell. On donne à ces palmiers le nom de hachchâna. Ils produisent des fruits maigres et peu savoureux qui sont cependant récoltés par les pauvres, quand la concurrence des gazelles laisse les régimes intacts.
CUCIFERA THEBAICA Delile.
Doûm (arabe) ; Tâgaït (temâhaq).
Ce palmier, dont la véritable région est beaucoup plus au Sud, est représenté par quelques pieds dans une des oasis méridionales du Fezzân, celle de Tedjerri.
LILIACÉES.
ASPHODELUS TENUIFOLIUS Cav.
Tâzia (arabe) ; Iziân (temâhaq).
Récolté, le 9 février 1860, dans la vallée de l’Ouâdi-Târât, seule station où je l’aie rencontré.
ALLIUM CEPA L.
Boçla (arabe) ; Efelêli (temâhaq).
Cultivé dans les oasis.
L’oignon est non moins nécessaire dans la cuisine monotone des Sahariens que dans celle plus variée des Européens. Ici, il n’est qu’un auxiliaire dont on se passe facilement ; là, il est souvent l’unique élément de la digestion.
ALLIUM SATIVUM L.
Thoûm (arabe) ; Têskart (temâhaq).
Je n’ai pas pris le soin de constater si l’ail, vendu sur tous les marchés, était cultivé dans toutes les oasis ou provenait du Nord ; cependant je crois, sans en être certain, qu’il est le produit des cultures locales. Pour l’oasis de Ghadâmès, je puis l’affirmer.
Toute la matière médicale, à l’usage du chameau, comme application interne, se résume dans l’unique emploi de l’ail.
MÉLANTHACÉES.
ERYTHROSTICTUS PUNCTATUS Schlecht.
Kaïkoût (arabe) ; Afahlêhlé-n-ehedan (temâhaq).
Récolté entre les dunes d’El-’Arefdji et Hassi-Ma’ammer, le 21 février, et dans la plaine d’Ihanâren, au pied des montagnes du Tasîli, le 1er avril 1851.
L’oignon de cette plante répand une odeur aromatique agréable. Les ânes fuient cette odeur, d’où son nom, poison des ânes, en temâhaq.
La fécule de cet oignon est quelquefois introduite dans le pain ou dans le couscoussou pour l’aromatiser.
JONCÉES.
JUNCUS MARITIMUS Link.
Semâr (arabe) ; Talegguît (temâhaq).
Récolté, le 18 septembre 1860, près la source de Tagotta, et le 8 mai 1861, près de la source de Serdélès.
Commun autour des sources, mais rare comme elles.
TYPHACÉES.
TYPHA... ?
Berdi (arabe) ; Tahelé (temâhaq).
Reconnu en beaucoup de points, à peu près partout où il y a de l’eau permanente. Commun dans les montagnes, autour des lacs et des sources.
Les chaumières des serfs des Touâreg sont presque toutes couvertes avec la feuille de cette plante.
CYPÉRACÉES.
CYPERUS CONGLOMERATUS Rottb.
Sa’ad, Se’ad (arabe).
Récolté, le 29 juillet 1860, dans les sables de l’’Erg, autour du puits de Mâleh-ben-’Aoûn, entre El-Ouâd et Berreçof ; reconnu sur d’autres points de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès et autour de Ghadâmès.
CYPERUS ROTUNDUS L.
Azejmîr (mezabite).
Récolté à Ghardâya, dans les mares d’irrigation des dattiers (août 1859).
CYPERUS LÆVIGATUS L.
Récolté autour de la source de Tagotta, le 18 septembre 1860.
CYPERUS LÆVIGATUS L. var. DISTACHYUS. Cyperus junciformis Cav.
Merga, le plongeur (arabe).
Récolté dans les sources de l’Ouâd-Nafta, le 8 mars 1861.
SCIRPUS HOLOSCHŒNUS L.
Sommîd (arabe) ; Iregga, Ilegga (temâhaq).
Récolté près de la source d’Ahêr, le 28 février, et près de celle de Serdélès, le 3 mai 1861.
SCIRPUS MARITIMUS L.
Leoulîoua (arabe et temâhaq).
Récolté, le 1er janvier 1861, autour du Rhedîr de Sâghen. Reconnu en trois autres stations, entre Ghadâmès et Rhât.
GRAMINÉES.
LYGEUM SPARTUM Lœfl.
Senrha, dans l’Ouest ; Halfâ, dans l’Est (arabe).
Récolté dans le Djebel-Nefoûsa et entre Chefî et Djâdo,le 1er novembre 1860.
Au Sud de l’Algérie, le senrha croît dans les mêmes régions que le halfâ (Stipa tenacissima), et, à première vue, quand les deux plantes n’ont pas atteint tout leur développement, on peut les confondre ; mais dès que l’épi se montre, les deux espèces apparaissent bien distinctes.
En Algérie, on préfère le halfâ au senrha pour les travaux de sparterie, parce que le chaume du premier est trois fois aussi long que celui du second. En Tunisie, le senhra est plus estimé, parce qu’on le croit plus solide.
Les chameliers, conducteurs des caravanes, qui font grand usage de cordes en sparterie pour l’arrimage de leurs chargements, ne règlent leur choix entre le halfâ et le senrha que par le prix de vente. La préférence est toujours acquise au meilleur marché.
PHALARIS MINOR Retz.
Seboûs (arabe) ; Tanâla (temâhaq).
Trouvé et récolté en une station unique à Sâghen.
PANICUM TURGIDUM Forsk.
Boû-rekoûba (arabe) ; Afezô (temâhaq).
Échantillons récoltés sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn et à Ouarâret, le 1er avril 1851. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, et en six stations, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Plante commune dans tout le Sahara central, où elle concourt à la nourriture des chameaux. Ses graines sont récoltées par les Touâreg et mangées comme celle du drîn (Arthratherum pungens).
SETARIA VERTICILLATA P.B.
Oulâffa (mezabite).
Récolté dans les jardins de Ghardâya (août 1859), autour des mares formées par les canaux d’irrigation.
PENNISETUM DICHOTOMUM Delile.
Boû-roukeba (arabe) ; Tehaoua (temâhaq).
Récolté à Sâghen, le 2 janvier 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès, entre Ghadâmès et Rhât, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Plante fourragère, mais en général peu recherchée par les animaux.
IMPERATA CYLINDRICA P.B.
Dîs (arabe) ; Bastô, Taïsest (temâhaq).
Récolté dans la plaine d’Ihanâren, le 1er avril 1861. Reconnu en quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât ; en six stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah, dans la montagne et sur le plateau de Tâdemâyt.
Comme le gueçob du Tell (Phragmites communis Trin.), celui du Sahara croît en touffes épaisses et couvre souvent de grands espaces. Ses feuilles droites, vertes, servent également à la nourriture des troupeaux.
ANDROPOGON LANIGER Desf.
Lemmâd (arabe) ; Tiberrimt (temâhaq).
Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb, et le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.
Cette Graminée a une odeur aromatique prononcée.
PIPTATHERUM MILIACEUM Coss. Agrostis miliacea L.
Récolté le 27 octobre 1860 dans les rochers de Djâdo.
STIPA TENACISSIMA L.
Halfâ, en Algérie ; Gueddîm, Bechna, en Tripolitaine (arabe).
Récolté entre Zintân et Riâyna, le 27 septembre 1860, et dans les montagnes de Guettâr, le 23 mars 1861.
La solidité des fibres de cette plante textile, avec laquelle on fait tous les travaux de sparterie dans le Sud de l’Algérie, a l’inconvénient, comme plante fourragère, de ne pas se prêter facilement à la digestion. Son usage, chez les animaux, amène des constipations qui réclament l’emploi d’eaux laxatives. Ces eaux se trouvent heureusement être assez communes dans les parties du Sahara algérien où croît le halfâ. Aussi, tous les quatre ou cinq jours, les bergers de chameaux et ceux de moutons conduisent-ils leur troupeaux à ces sources pour combattre les effets constipants du halfâ.
La limite méridionale de cette plante, qui couvre de si grands espaces dans la région des steppes, me paraît être : au Sud de l’Algérie, au point de partage des eaux du bassin de l’Ouâd-Djédi et de celui de l’Ouâd-Miya ; au Sud de la Tunisie, la limite de l’’Erg ; au Sud de la Tripolitaine, un point mitoyen entre Chefî et Djâdo.
La connaissance de cette limite a son importance, car souvent les caravanes qui doivent la franchir sont forcées de changer de relais de chameaux. La loi de la circulation dans le Sahara, subordonnée à celle de la végétation, sera l’objet d’un examen particulier dans le deuxième volume de cette étude, spécialement consacré au commerce.
ARISTIDA ADSCENSIONIS L.
Neçi-oueddân (arabe) ; Arhemmoûd-ouân-ihedân (temâhaq).
Récolté dans l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès et entre Ghadâmès et Rhât.
ARTHRATHERUM PUNGENS P.B.
Drîn, en Algérie, Sebot en Tripolitaine (arabe) ; Toûlloult (temâhaq).
Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu dix-neuf fois entre El-Ouâd et Ghadâmès, quarante-trois fois entre Ghadâmès et Rhât, deux fois entre Tîterhsîn et la Cherguîya, en de nombreuses stations entre Golêa’a et Methlîli. Signalé comme étant commun entre Rhât et In- Sâlah, ainsi qu’au Touât.
C’est incontestablement la plante la plus répandue et celle qui couvre le plus d’espace dans la partie du Sahara au Nord des montagnes des Touâreg, car dès qu’il y a un peu de terre végétale sur le sol, on est assuré de la voir paraître.
C’est incontestablement aussi la Graminée qui rend le plus de services aux Sahariens, car, si son chaume nourrit les troupeaux, son grain est souvent le seul aliment de l’homme.
Le grain de l’Arthratherum pungens se nomme loûl. Chez les Touâreg, comme dans tout le reste du Sahara, on le récolte, et après l’avoir réduit en farine, on le mange, soit en bouillie, soit en galette. Je me suis trouvé moi-même, faute d’autres provisions, dans la nécessité d’en faire usage, et je reconnais volontiers, la faim aidant, que ce n’est pas un aliment à dédaigner.
Le loûl se vend comme les autres céréales, mais son prix est toujours inférieur. Dans le Sahara algérien, trois mesures de loûl sont échangées contre une mesure d’orge.
Quand on se préoccupera d’améliorer les voies de communication dans le Sahara, en y creusant des puits et en créant autour de ces puits des pacages pour les caravanes, on fera bien certainement des semis de loûl, car on ne peut trouver une plante qui convienne mieux au climat du Sahara que l’Arthratherum pungens.
ARTHRATHERUM PLUMOSUM Nees var. FLOCCOSUM.
Neçi (arabe) ; Arhemmoûd (temâhaq).
Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn, dans les montagnes de la Sôda. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, en deux entre Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé en quelques stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Plante fourragère, basse, croissant en touffes, recherchée par les animaux.
ARTHRATHERUM OBTUSUM Nees.
Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb.
ARTHRATHERUM BRACHYATHERUM Coss. et Balansa ?
Seffâr (arabe) ; Imateli (temâhaq).
J’ai reconnu cette plante en cinq stations, dans les dunes de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais je ne l’ai pas récoltée, de sorte que sa détermination exacte reste douteuse.
Cette Graminée est mangée par les animaux comme fourrage.
AGROSTIS VERTICILLATA Vill.
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
POLYPOGON MONSPELIENSIS Desf.
Seboûl-el-fâr, Dheïl-el-fâr (arabe), syn. Coss. ; Tamatasast (temâhaq).
Récolté près de la source de Serdélès, le 4 mai 1861.
POLYPOGON MARITIMUS Willd.
Seboûl-el-fâr (arabe).
Récolté, le 5 juin 1860, sous les dattiers de Sîdi-Khelîl.
PHRAGMITES COMMUNIS Trin.
Gueçob (arabe).
Récolté à Hassi-’Arefdji, le 20 février 1861, et dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1861.
CYNODON DACTYLON Rich.
En-nedjem (arabe) ; Ajezmîr (mezabite) ; Aoukeraz (temâhaq).
Récolté à Ghardâya, autour des dattiers et des petites mares formées par les canaux d’irrigation. Commun autour des sources, dans les montagnes des Touâreg.
Cette plante toujours verte, parce qu’elle choisit toujours des endroits humides, est d’une grande ressource pour les troupeaux, quand tout le reste de la végétation est desséché par le soleil.
Plus d’une fois, les troupeaux de l’Algérie, comme ceux du Sahara, lui ont dû leur salut dans les mauvaises années.
On en fait des tisanes diurétiques.
DANTHONIA FORSKALII Trin.
Aharay (temâhaq).
Récolté à Tîterhsîn le 5 mars 1861.
HORDEUM MURINUM L.
Zer’a-el-boû-’Aoud (arabe) ; Imendi-n-boû-’Aoud (mezabite).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
HORDEUM VULGARE L.
Ch’aïr (arabe) ; Tîmzin (temâhaq).
Cultivé dans toutes les oasis, alternativement avec le blé, de manière à ne pas épuiser les terres.
HORDEUM VULGARE var.
Ch’aïr-hamra (arabe) ; Tarîda (temâhaq).
Spécialement cultivé au Fezzân.
On donne la préférence à l’orge noire parce qu’elle craint moins l’action du soleil.
TRITICUM DURUM Desf. ?
Guemh (arabe) ; Tîmzîn (temâhaq).
Le blé est cultivé dans toutes les oasis, mais sa culture exige le concours des irrigations, ce qui en restreint nécessairement l’étendue.
La récolte se fait ordinairement au mois de mai.
En 1861, le cheïkh du Ahaggâr, El-Hâdj-Ahmed, a fait entreprendre des cultures assez importantes à Tâzeroûk, au Sud-Est d’Idélès. Elles paraissent y avoir parfaitement réussi, puisque le cheïkh, pour sa part de dîme, a reçu trente-deux charges de chameaux de grains.
Cet exemple a engagé le Cheïkh-’Othmân à acheter à Alger un chargement de pioches, en vue de donner plus d’extension à la culture, car chez les Touâreg les céréales sont cultivées à la pioche.
A Rhât, où l’espace cultivable est grand, on compte quelques attelages de zébus pour les labours ; mais les Touâreg n’ont aucune bête de travail qui puisse leur venir en aide, si ce n’est l’âne, qui est heureusement de première force. On rendrait un immense service à ces peuplades en introduisant parmi elles des charrues légères avec des colliers d’ânes, le tout confectionné de manière à ce que leurs ouvriers puissent en copier les modèles.
PENICILLARIA SPICATA Willd.
Bechna (arabe) ; Abôra (temâhaq).
Cultivé dans toutes les oasis, surtout par les nègres, qui affectionnent cette céréale.
SORGHUM VULGARE Pers. Holcus sorghum L.
Gafoûli (arabe) ; Gafoûli (temâhaq).
La graine de cette plante entre pour une part considérable dans l’alimentation de ceux des Sahariens assez éloignés pour ne pas recevoir le blé du Tell méditerranéen.
On la cultive dans les oasis, mais en quantité inférieure aux besoins. On tire généralement cette graine de l’Afrique centrale.
Les Touâreg distinguent trois variétés de sorgho : le gafoûli, l’abôra, le tâbsout.
PANICUM MILIACEUM L.
Gueçob-el-abiodh, Gueçob-hamra (arabe) ; Enelî (temâhaq).
Le millet blanc et le millet noir sont également cultivés dans les oasis, mais la plus grande partie de celles de ces graines que consomme le Sahara vient du Soûdân.
Dans les oasis, on sème le gueçob en août et on le récolte en octobre et novembre.
LOLIUM ITALICUM A. Br. ?
Khortân (arabe).
Pendant mon séjour à Rhât, ma jument a été nourrie avec le chaume vert d’une Graminée cultivée dans l’oasis et que j’assimile, à raison de l’identité du nom indigène, au Lolium Italicum récolté aussi dans le Soûf.
BALANOPHORÉES.
CYNOMORIUM COCCINEUM L.
Tertoûth (arabe) ; Aoukal (temâhaq).
Reconnu, mais non récolté, en trois stations, entre Ghadâmès et Rhât.
La fécule fournie par la racine de cette plante est souvent mêlée aux aliments pour en relever le goût.
Chez les Touâreg, quand le tertoûth se dessèche et devient noir, signe de maturité, on le réduit en farine et on en fait une galette au beurre. Ce mets est considéré comme un spécifique contre les engorgements de la rate.
FOUGÈRES.
ADIANTUM CAPILLUS-VENERIS L.
Rafraf (arabe).
Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân le 28 octobre 1860. Croît sur les racines des dattiers et sur les pierres qui bordent les rigoles des canaux d’irrigation.
Les médecins arabes emploient les feuilles de cette plante en fumigations.
CHARACÉES.
CHARA GYMNOPHYLLA A. Br.
Récolté le 4 février à ’Aïn-ed-Dowwîra, et le 7 novembre 1860 à Tânout- Tirekîn.
Cette petite plante affectionne le voisinage des sources.
CHAMPIGNONS.
CHEIROMYCES LEONIS L.R. Tul. Tuber niveum Desf.
Terfâs (arabe) ; Tirfâsen (temâhaq).
Commun après les pluies dans tous les terrains sablonneux du Sahara, surtout dans les environs de Ghadâmès.
Ben-’Abd-en-Noûri-el-Hamîri-et-Toûnsi, auteur d’un traité de géographie saharienne, prétend qu’autour de Ghadâmès les terfâs deviennent assez grosses pour que des gerboises et des lièvres puissent y aller faire leurs nids.
Pline indique comme originaire de la Cyrénaïque une truffe blanche, probablement le terfâs, d’un goût et d’un parfum exquis, qui était très- renommée dans l’antiquité sous le nom indigène de misy.
J’avoue n’avoir jamais trouvé dans le Sahara des terfâs ni aussi grosses que celles de Ben-’Abd-en-Noûri, ni aussi parfumées que celles de Pline. Celles que j’ai mangées avaient un goût intermédiaire entre la truffe et le champignon, goût agréable, sans doute, mais perdant beaucoup de sa valeur par le sable qui pénètre dans la chair du tubercule et qui craque désagréablement sous la dent.
Quoi qu’il en soit, des tribus entières font une grande consommation de ce champignon, dès qu’il devient abondant.
ALGUES.
DANGA (arabe fezzanien).
Parmi les produits rencontrés dans mon voyage, je ne dois pas oublier une plante Cryptogame qui croît dans les lacs producteurs de vers comestibles du Fezzân et que les indigènes appellent danga.
On récolte ce fucus, soit seul, soit en mélange avec les vers. Quand ces derniers sont nombreux, le danga est rare, et vice versâ. Les riverains disent que les vers en font leur pâture. A l’époque de ma visite aux lacs, la plupart de ces insectes étant formés en chrysalides, le danga était plus abondant.
Le danga, pêché avec les vers, entre dans la conserve alimentaire préparée avec ces larves. Quand il est récolté seul, on en fait des petits pains qui, desséchés, ont la couleur brune de l’aloès, une cassure vitreuse, et sont employés comme condiment. (Voir page 244.)
PLANTES INDÉTERMINÉES.
Aucun échantillon des plantes suivantes n’a été rapporté : par conséquent, la détermination scientifique de ces espèces n’a pu être faite.
PLANTES DE HAMADA.
GOÇEYBA (arabe) ; TIKAMAYT (temâhaq).
Entre El-Ouâd et Ghadâmès ; indiquée aussi dans le Ahaggâr.
Cette plante fourragère est incontestablement une Graminée.
BERESMOUN (arabe).
Entre Ghadâmès et Rhât.
Probablement un Hypericum. Beresmoun est, en effet, le nom que les indigènes du Tell donnent au Millepertuis officinal.
’AGGÂYA (arabe) ; TABELKOST (temâhaq).
Trouvé dans le Fezzân. Indiqué aussi dans le Ahaggâr et au Touât.
TECHT-EDH-DHEBA’ (arabe).
L’échantillon de mon herbier, après trois années de voyage, est arrivé dans un état qui n’a pas permis de le déterminer. Heureusement, c’est le seul.
KHORÎDH (arabe).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
SEDNA (arabe).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
GUEÇOB (arabe) ; TISENDJELT (temâhaq).
Roseau à canne trouvé autour des sources.
Commun au Fezzân, au Soûdân et dans les montagnes des Touâreg.
Probablement le Phragmites communis Trin. ou une espèce voisine.
GUEÇOB (arabe) ; ALEMÈS (temâhaq).
Trouvé comme le précédent autour des sources.
Plus grand et plus fort que le tisenguelt, probablement l’Arundo donax.
Ces deux roseaux me sont indiqués comme existant sur plusieurs points du territoire des Touâreg.
Comme dans le Tell, ils servent à dresser les murailles et les toitures des cabanes. Les serfs en font des manches de ligne ; les nègres et les bergers, des chalumeaux.
La tabatière à priser des Touâreg consiste en un tube de ces roseaux, plus ou moins couvert de dessins ou d’inscriptions en langue temâhaq.
FERS (arabe et temâhaq).
Reconnu en plusieurs points de ma route.
Assimilé à une Anabasis.
Nota : Les neuf plantes indéterminées qui précèdent ont été reconnues par moi, et leurs stations sont indiquées dans mon journal de voyage ; celles qui suivent me sont connues seulement par les renseignements des indigènes.
PLANTES DE MONTAGNES.
TAROÛT (temâhaq).
Thuya articulé ? Thuya articulata Desf. ?
Forêt sur le versant Sud du Tasîli, entre Rhât et Djânet.
Échantillon de planche rapporté.
La forêt qui produit cette essence paraît considérable, car tous les bois employés dans les constructions de Rhât et de Djânet en proviennent.
Les dimensions des planches, la couleur, la finesse et la solidité du bois, rappellent celles du thuya.
Le nom de taroût, forme berbérisée du mot ’ar’ar, employé dans le Tell pour désigner le Thuya articulata, m’engage à identifier, provisoirement, le taroût des Touâreg avec l’’ar’ar des Arabes.
Cet arbre fournit une résine, du nom de tighanghert, qui est employée pour rendre sonores les cordes des rebâza ou violons du pays.
On en extrait du goudron.
Ces deux faits viennent à l’appui de l’identification du taroût avec le Thuya articulata.
D’après les indigènes, quelques sujets atteignent 24 coudées de circonférence.
Cet arbre commence à se montrer à Tarharha, dans le haut de l’Ouâdi- Tarât, et à Eriey, dans le haut de l’Ouâdi de Rhât.
YÂBNOÛS (temâhaq).
Grand arbre, probablement l’ébénier, auquel on assigne comme station plusieurs points du mont Ahaggâr.
Jusqu’à ce jour, le bois d’ébène n’avait été fourni au commerce que par des plaqueminiers originaires de l’Inde et de l’Amérique du Sud. D’après M. le docteur Barth, l’ébénier aurait été rencontré par lui sur son parcours de Kanô à Timbouktou, dans le bassin du Niger, mais il n’indique pas le nom botanique de l’espèce.
Le Cheïkh Mohammed-et-Toûnsi, dans son Voyage au Darfour, dit que les Fôriens reçoivent l’ébène du Dâr-Fertît.
« Ce qu’on appelle l’ébène, dit-il, est le bois d’un arbre de grandeur moyenne, dont l’écorce est d’un vert foncé. Lorsqu’on l’enlève, on met à découvert un bois noirâtre qui, par la dessiccation, acquiert une nuance plus franche et plus noire. La plus belle ébène, ajoute-t-il, est celle qu’on retire des racines. »
Mohammed-et-Toûnsi, si scrupuleux pour indiquer le nom indigène de toutes les plantes signalées par lui, ne donne pas celui de l’ébénier, ou plutôt le traducteur n’aura pas jugé nécessaire de mettre yabnoûs à côté du mot ébénier, ces deux noms étant les mêmes.
La synonymie du nom, la découverte de l’ébénier plus au Sud, la coloration en noir du bois, sa dureté et sa finesse, l’emploi qui en est fait, permettent de penser que le yabnoûs du mont Oudân (prolongement Nord du Ahaggâr) est l’ébénier.
Le bois de cet arbre est principalement employé pour faire des hampes de lance et des manches de poignards.
Le yabnoûs n’existerait pas seulement dans le Ahaggâr ; on le trouverait encore sur le Tasîli, mais toujours isolé et jamais en massifs.
ALEO (temâhaq).
Grand arbre, dit-on, en tout semblable à l’olivier, à l’exception que son fruit n’est pas une olive. Il se montre par petits groupes dans quelques stations du Ahaggâr.
Je suis d’autant plus disposé à identifier l’aleo au Phylliræa, que, d’après le rapport de Valentin Ferdinand, le phylliræa existerait dans une île au Sud de celle d’Arguin sur la côte de l’Océan.
Rien d’étonnant, d’ailleurs, de trouver cet arbre là où vivent le thuya et le laurier rose. L’altitude explique la présence de ces arbres dans ces stations méridionales.
NERION OLEANDER L.
Defla (arabe) ; Elel (temâhaq).
En quelques points, sur les rives des ouâdi.
Le delfa est trop facile à reconnaître pour que des Touâreg, ayant beaucoup voyagé, puissent se tromper en assimilant l’elel de leur pays au Nerion si caractéristique des berges des ouâdi du Tell.
EL-IATÎM (arabe) ; ADJÂR (temâhaq).
Grand arbre, sans épines, unisexuel, à fruits petits qui n’appellent pas l’attention. L’arbre mâle se dit adjâr ; l’arbre femelle se dit tâdjart ; ce dernier est toujours moins développé que le mâle.
Les Touâreg recommandent de ne pas le confondre avec l’agâr du Tasîli dont j’ai récolté un échantillon et qui a été reconnu être le Mærua rigida.
Les deux noms s’écrivent d’ailleurs avec une orthographe différente.
Cet arbre est commun dans le Ahaggâr ; il se montre quelquefois sur les points les plus élevés du Tasîli.
On l’exploite comme l’ébénier pour la monture des armes. Son bois est couleur marron, fin, léger et souple.
ISARHÊR (temâhaq).
L’isarhêr, disent les Touâreg, appartient à la même famille que le tamât et le talha (Acacia Arabica), mais il ne peut pas être confondu avec cette espèce, parce que, vivant ensemble sur les flancs du Ahaggâr, leurs caractères distinctifs sont trop faciles à constater.
Les Arabes donnent à l’isarhêr le nom de talha.
KÎNBA (temâhaq).
D’après les Touâreg, le kînba est une variété d’acacia (talha) qui croît plutôt en gaulis qu’en arbre, très-commun dans le pays d’Aïr, mais qu’on trouve aussi dans le Tasîli et le Ahaggâr et dont les gaules sont employées, concurremment avec les branches du Mærua rigida, à faire les hampes des javelots et des lances.
EL-BERGOU (arabe) ; EKAYWOD (temâhaq).
Roseau, le même que celui du Niger, produisant une sorte de miel. Il croît autour des sources et des mares.
AMATELTEL (temâhaq).
Plante grasse grimpante.
KERMÂYET-EDH-DHÎB (arabe) ; TÂHERT-N-ABEGGUI (temâhaq).
Plante à fruits en forme de grappe de raisin.
Les Arabes de l’Algérie donnent le nom de kermâyet-edh-dhîb (petites figues de chakal) au Solanum nigrum.
MYRTUS COMMUNIS.
Rehân (arabe).
D’après les Touâreg, le myrte existe en assez grande quantité sur le plateau de Tâderart dans l’Akâkoûs.
GAOTA (fezzanien).
A Trâghen, les indigènes cultivent sous le nom de gaota un fruit légumineux, de la grosseur d’une tomate. On le mange cru. J’en ai goûté. Il est sucré et légèrement amer. On le dit très-digestif.
WORTEMÈS (temâhaq).
Broussaille, peu commune dans les montagnes des Touâreg, mais abondante au Touât où elle porte le nom de chaliât.
AHARADJ (temâhaq).
Plante herbacée, grimpante, venant mêler ses feuilles jaunes à la verdure foncée des bois de tamarix, d’où lui est venu son nom arabe d’es-soffâr-el-ahrech, le jaunissant les arbres verts. Probablement une clématite.
ADAL (temâhaq) ; EL-KHOZZ (arabe).
Mousse aquatique.
TÂNEDFERT (temâhaq) ; EL-’ATTÂSA (arabe).
Commune. Pas de renseignements.
FARSÎGA (arabe et temâhaq).
Commune dans les montagnes du Ahaggâr et au Touât.
AKERFAL (temâhaq) ; EL-IADHÎDH (arabe).
Quelques stations.
PLANTES DE PLAINES.
TASSAK (temâhaq) ; ASKÂF (arabe).
Commune. S’élève quelquefois dans la montagne.
AFESSÔR (temâhaq) ; ET-TOLÎHA (arabe).
Commune.
TAMEDDOÛNET (temâhaq) ; OUMM-ES-SÎMA (arabe).
Commune.
TAHENNA (temâhaq) ; ET-TEHENNA (arabe).
Herbe toujours verte. Commune.
AFARFAR (temâhaq) ; EL-FOÛLA (arabe).
Légumineuse.
RHASSÂL (arabe).
Commune sur le plateau de Tâdemâyt.
CONCLUSION.
Je le répète, si, dans cet inventaire, figure le plus grand nombre des plantes qui composent la végétation persistante du pays, celle sur laquelle comptent ses habitants pour la nourriture de leurs troupeaux, il est hors de doute que la végétation annuelle, celle qui naît, vit et meurt dans une courte saison, n’y est représentée que pour une très- minime partie. Mon exploration directe ou indirecte ne comprend d’ailleurs que le versant méditerranéen des montagnes des Touâreg ; quand on pourra explorer le versant nigritien de ces montagnes, quand surtout on pourra pénétrer dans le massif du Ahaggâr, plus élevé que le Tasîli, plus riche en eau, mieux boisé, il est probable que la flore du plateau central comprendra presque autant de plantes que celle du Sahara algérien aujourd’hui parfaitement connue par les voyages botaniques de M. le docteur Cosson et de ses collaborateurs.
Plus on avance dans l’étude de la région désertique, et plus le désert, tel que notre imagination l’avait créé, disparaît pour faire place à une région exceptionnelle, sans doute, mais plus aride par le fait de l’homme que par l’abandon du Créateur.
Tous les voyageurs chargés d’explorer le Sahara ont constaté que la morte-saison des végétaux correspondait aux mois des plus grandes chaleurs, et qu’après chaque pluie le sol se couvrait presque instantanément de plantes qu’on n’aurait pas soupçonnées s’y trouver en germe. Mon témoignage doit confirmer le leur. J’ai eu l’occasion de me trouver chez les Touâreg au moment où, après neuf années de sécheresse absolue, des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, et j’ai vu se produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille, transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les troupeaux. On donne à cette production spontanée le nom d’’acheb ou celui de rebîàa, printemps.
Mon exploration confirme aussi une loi bien connue de la géographie botanique : celle qui subordonne les stations des plantes bien plus à l’altitude des lieux qu’à leur latitude. Ainsi, alors que dans les vallées au Nord du Tasîli je trouvais des représentants de la flore intertropicale, au sommet de la montagne, au Sud, les plantes des environs de Montpellier n’étaient pas rares.
Le lecteur comprendra pourquoi j’ai donné autant de développement à cette étude :
Le pays, objet de mon exploration, est réputé un désert sans végétation ; j’ai tenu à constater que la Providence avait, même pour les lieux les plus arides, des ressources spéciales.
Les botanistes qui avaient exploré le Sahara algérien avaient prévu, par la comparaison de leurs herbiers avec ceux du Sénégal, de la haute Égypte et de l’Arabie, qu’à partir de la zone reconnue par eux jusqu’à la limite des pluies tropicales, la végétation saharienne ne pouvait pas se modifier sensiblement ; j’avais à démontrer cette vérité.
Enfin la marche des caravanes est souvent subordonnée aux lois naturelles du développement des plantes qui alimentent les chameaux ; j’avais à mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’appréciation des causes qui règlent les départs et obligent à avoir des relais d’animaux.
J’ose espérer que ces motifs feront excuser l’aridité d’une nomenclature très-étendue.
CHAPITRE III.
ANIMAUX.
La faune du pays des Touâreg est en rapport avec sa flore. En général, les animaux y sont relativement plus rares que dans les parties du Sahara rapprochées du littoral. Cette remarque s’applique aussi bien aux animaux domestiques qu’aux animaux sauvages.
§ Ier. — ANIMAUX DOMESTIQUES.
Les animaux domestiques que possèdent les Touâreg sont :
Le chameau, Amadjoûr[90] ;
Le cheval, Aïs ;
Le zébu, Esoû ;
L’âne, Eyhad ;
Le mouton, Akerêr ;
La chèvre, Tîrhsi, plur. Oûlli ;
Le chien, Eydi.
On trouve, dans les villes seulement :
Le chat, Akârouch ;
Le pigeon, Tidebîrt, plur. Idebîren ;
Le coq, Ikahi ; la poule, Tîkahit.
Inutile de dire que le porc est exclu pour des motifs religieux.
Les Touâreg n’ont aucun oiseau domestique, par la raison qu’ils n’en mangent pas.
Chameau.
La vie des Touâreg, plus encore que celle des autres Sahariens, est intimement liée à celle du chameau ; car ce noble animal est non- seulement sa monture de guerre, la locomotive de ses trains de caravane, l’express qui fait disparaître l’espace, ce grand ennemi de l’habitant du désert, mais encore il est le pourvoyeur de ses principaux besoins.
Son lait est presque l’unique aliment de la famille dans la saison des pâturages ;
Sa viande est le nec plus ultra de l’hospitalité offerte à l’hôte de distinction ;
Son cuir, l’un des meilleurs qui existe, donne le tissu de la tente, la matière première des selles, des bâts, des chaussures et de la plupart des ustensiles de ménage ;
Son poil fournit la matière textile des cordes d’arrimage des convois ;
Sa fiente, récoltée, sert, ici, d’engrais fécondant pour les palmiers ; là, dans les grands espaces sans aucune végétation, de combustible avec lequel on fait cuire les aliments ;
Enfin, sa trace, interrogée dans toutes les marches, fournit au voyageur des indications précieuses dont il est toujours tenu compte, soit qu’elle annonce le voisinage pacifique d’un troupeau au pacage, soit qu’elle signale le passage d’individus, isolés ou en caravanes, chargés ou non, amis ou ennemis ; car la largeur du pied, la longueur des ongles, la nature des déjections, révèlent à l’homme expérimenté tout ce qu’il a besoin de savoir sur les dispositions de ceux qui suivent la même route ou la traversent.
La nécessité de pourvoir à la nourriture d’un animal si utile, on le comprendra sans peine, a obligé les Touâreg à adopter la vie nomade pour aller, suivant les saisons, suivant les pluies, chercher, ici l’eau, là les pacages que le chameau réclame.
On distingue le chameau de selle du chameau de bât, qui diffèrent l’un de l’autre comme le cheval de course du cheval de trait :
Le chameau de bât (taouti, plus communément âmis, fém. tâlamt, plur. imenâs, hongre, indân) constitue la base des troupeaux, l’élément des transports par caravanes ;
Le dromadaire de selle (arhelâm, fém. tarhelâmt, hongre aredjdjân) est un animal presque de luxe, que les riches seuls possèdent.
A son défaut, les pauvres montent souvent dans leurs courses des chameaux de bât dressés pour la marche accélérée auxquels on donne le nom spécial de imenâs-wân-terîk.
La chamelle laitière, tasaghârt, providence des ménages, et l’étalon, amâli, objet de soins particuliers, représentent encore des individualités distinctes, ainsi que le chameau ayant la moitié de la tête blanche et l’autre moitié noire, azerghâf, considéré avec raison comme appartenant à une race en dégénérescence.
Tandis que, pour les différents âges de l’homme, on ne connaît que l’enfance, la virilité, l’âge mur et la vieillesse, pour le chameau et la chamelle, il y a une série de périodes qui n’en finissent pas.
Voici, par sexes, cette nomenclature :
Mâle. Femelle.
A la naissance Aoura, Taouraït.
Avant un an Asâka, Tesâkaït.
A un an Aledjôd (âledjôd), Tâledjot.
A deux ans Aleggès (âleggès), Tâleggest.
A trois ans Akkanafoûd, Takkanafoûd.
A quatre ans Arhâir, Tarhâirt.
A cinq ans Egg-essîn, Ouelt-essîn.
A six ans Egg-ekkôz, Ouelt-ekkôz.
A sept ans Ameçadîs (âmeçadîs), Tâmeçadîst.
A huit ans Ouân-tahelât, Tahelât.
Ces distinctions ont leur importance pour la détermination des charges à mettre sur le dos des animaux. Des proverbes qui, dans le Sahara comme ailleurs, formulent les préceptes de l’expérience, règlent les questions de poids à porter suivant l’âge des animaux.
Mon intention n’est pas de faire ici une monographie du chameau, quoique l’importance du rôle de cet animal dans la vie saharienne exigerait quelques développements ; je me bornerai à dire que le chameau des Touâreg, de selle ou de bât, comparé à celui du Nord, a généralement les formes délicates, le poil ras, la robe d’un ton clair, se rapprochant de la couleur des sables ou des plaines jaunâtres au milieu desquels il vit.
Sa sobriété aussi est plus grande, il endure mieux la faim et la soif ; cependant sept journées sont la plus grande limite d’abstinence qu’il puisse supporter en été, lorsqu’il est en marche et chargé. En hiver, quand les herbes sont aqueuses, il peut rester au pâturage un et deux mois, même plus, sans avoir besoin d’être abreuvé.
Par les immenses quantités de chameaux que possèdent les tribus du Sahara algérien, on serait tenté de croire que ces animaux doivent être plus nombreux encore chez les Touâreg ; il n’en est pas ainsi. Le plus riche propriétaire de chameaux, dans tout le pays d’Azdjer, n’en a qu’une soixantaine environ. Il y a lieu d’ajouter que la sécheresse et le manque de pâturages, dans les neuf dernières années, y ont beaucoup diminué la richesse cameline.
Le chameau, chez les Touâreg, est abattu comme bête de boucherie, et sa viande, avec celle du mouton et de la chèvre, est à peu près la seule qu’ils mangent, soit fraîche, soit salée, soit séchée. J’ai dû m’en nourrir souvent dans mon voyage et je lui ai reconnu de bonnes qualités.
Quoique le lait des chamelles soit la principale nourriture des familles pendant la saison des pâturages, il est toujours rare dans les tribus, parce que les bonnes laitières, sans pacages suffisants, sont difficiles à trouver dans l’espèce cameline comme dans toutes les autres races d’animaux : aussi les Touâreg croyaient-ils me faire un grand cadeau en m’envoyant un litre de lait.
Cheval.
Le cheval est aujourd’hui très-rare chez les Touâreg, la période de sécheresse que le pays vient de traverser en ayant réduit beaucoup le nombre. Jadis quelques chefs avaient des juments poulinières et faisaient des élèves, maintenant ceux qui veulent avoir des chevaux les tirent du Touât où l’espèce chevaline paraît être belle.
En temâhaq, le cheval se dit aïs, la jument tâbedjoût, tâbedjooût, le poulain ahoûdj, la pouliche tahôk.
Quoique les chevaux soient rares dans le Sahara, et quoiqu’il soit très- difficile de les y nourrir et de les y abreuver, j’ai acquis, par expérience personnelle, la preuve qu’un voyageur, avec des provisions d’eau et d’orge suffisantes, n’est pas obligé d’adopter exclusivement la monture incommode du chameau, même dans les régions sablonneuses.
Si je dois en croire le marabout Sîdi-el-Bakkây et le Cheïkh-’Othmân, deux autorités indiscutables dans les questions sahariennes, les Arabes nomades des rives de l’Océan viennent avec des chevaux, jusque sur la route d’In-Sâlah à Timbouktou, pour y piller les caravanes. Des chameaux, chargés d’eau et de suif, accompagnent ces expéditions. On nourrit d’abord les chevaux avec le suif, et dès qu’un chameau est déchargé, on le tue, et sa viande est employée à nourrir hommes et chevaux. Ainsi approvisionnés, ces pillards peuvent attendre, pendant des mois entiers, dans les solitudes les plus arides.
Des expéditions de cavalerie ont été entreprises par les sultans de Mourzouk contre le Kânem, dans l’Afrique centrale, et elles ont surmonté les difficultés de la nourriture des chevaux.
Le cheval s’habitue très-bien à ne boire que tous les deux jours.
Zébu.
Le zébu ou bœuf à bosse, très-commun dans le Soûdân, est représenté, chez les Touâreg, par quelques individus dont les habitants de Rhât font usage pour leurs labours.
On lui donne, dans le pays, le nom d’esoû, pl. tisita. La vache s’appelle têsout, le veau tahârhôlt, le veau qui tette alôki.
Cet animal doux, intelligent, sobre, facile à manier, sert maintenant comme bête de somme ; autrefois on l’employait comme bête de trait.
Avant l’importation du chameau dans le Sahara, à une époque incertaine, mais qu’on peut fixer approximativement du IIIe au IVe siècle de notre ère, tous les transports entre le Nord et le centre de l’Afrique étaient faits par des zébus, non pas à dos, ainsi que cela se pratique aujourd’hui encore dans la zone des pluies tropicales et à l’exclusion du chameau, qui n’est même plus connu au delà du Niger, mais au moyen de chariots que les zébus traînaient.
Sur la route que suivaient les Garamantes, de Djerma au pays d’Aïr, route encore parfaitement tracée, comme sont les anciennes voies romaines, on trouve, à la station d’Anaï[91], de grandes sculptures sur le rocher, qui représentent très-distinctement des chariots avec roues, traînés par des bœufs à bosse.
Je n’ai pas pu visiter cette contrée, mais d’après les renseignements qui m’ont été donnés, je ne puis douter de la signification de ces sculptures.
En traversant la vallée de Telizzarhên, sur la route directe de Mourzouk à Rhât, M. le docteur Barth a trouvé plusieurs sculptures analogues à celles d’Anaï, dans lesquelles le bœuf à bosse joue le principal rôle. Il est à remarquer qu’aucune des sculptures de l’époque garamantique trouvées jusqu’à ce jour ne rappelle le chameau, et que cet animal n’apparaît, à l’exclusion du bœuf, que dans les épigraphies grossières des Touâreg modernes.
L’emploi exclusif du bœuf pour les transports, dans les temps anciens, implique une richesse en eaux et en pâturages beaucoup plus grande que celle de l’époque actuelle. J’aurai l’occasion de faire remarquer, dans le cours de ce chapitre, qu’il a dû en être ainsi.
Ane.
En temâhaq, l’âne s’appelle eyhad, l’ânesse têihêt, l’ânon amâïnou.
Après le chameau, l’âne est l’animal domestique qui rend le plus de services aux Touâreg, surtout aux serfs, dont le plus grand nombre est réduit à cette unique bête de somme.
Les ânes du pays des Touâreg sont remarquables par leur taille élevée et leur sobriété, presque égale à celle du chameau. Ils ont le pelage gris cendré sur le dos, blanc sous le ventre, avec une croix très-marquée, d’un beau noir, sur les épaules.
L’âne existant encore à l’état sauvage, dans quelques contrées du pays, il en est beaucoup, parmi ceux domestiqués aujourd’hui, qui ont été arrachés à la liberté depuis peu de temps : aussi sont-ils généralement peu dociles et se ressentent-ils de l’état sauvage dans lequel ils ont vécu.
Mouton.
Les seuls troupeaux de bétail de rente, chez les Touâreg, se composent de chèvres et de moutons à poils comme ceux du Soûdân.
Le mouton, en général, s’appelle akerêr en langue temâhaq. Les Touâreg distinguent le mouton à laine des Arabes du Nord du mouton à poil de leur pays, en donnant au premier le nom d’akerêr-âjelbi ou ouân- tedoûft, et au second celui de akerêr-Emmôhagh ou mouton des Imôhagh.
Cette variété de la race ovine se distingue surtout de ses congénères par la hauteur de ses membres : c’est pourquoi les zoologistes lui ont donné le nom d’Ovis longipes, ou mouton à longues jambes.
A la taille il joint un développement considérable de toutes les parties de son corps.
La tête est allongée, le nez arqué, les oreilles pendantes, la queue longue et fine.
Sa toison, blanche et noire ou de couleur fauve, à poil long et rude, ne rappelle nullement celle des moutons à laine.
Le mâle seul a des cornes, et il en a souvent quatre.
La brebis se dit tâheli, l’agneau âbedjoûdj, le petit qui vient de naître, âkarouât, le mouton bistourné, adjoûr.
Ce mouton supporte la marche du cheval, sans doute par suite de l’habitude qu’il a contractée de parcourir de grands espaces pour trouver sa nourriture.
Les Touâreg n’élèvent le mouton que pour sa viande et son cuir ; sous ce double rapport, l’animal ne laisse rien à désirer, car il donne autant de viande et un cuir aussi grand que deux moutons de l’Algérie. J’ai trouvé sa viande bonne : il est vrai que je n’ai pu la juger comparativement.
Chèvres.
Les Touâreg distinguent deux espèces de chèvres : celle à poils ras, tîrhsi, pl. oûlli, et celle à longs poils, tâjelbît. Ils nomment le bouc ahôlagh, le chevreau aboûledj, le petit erheïd ou tirheïdet, suivant son sexe.
Les troupeaux de chèvres sont beaucoup plus nombreux que ceux de moutons, parce que leur aptitude à aller dans tous les terrains et à vivre de broussailles leur permet de trouver plus facilement leur nourriture.
Les chèvres du pays des Touâreg n’ont rien qui les différencie sérieusement de celles de l’espèce commune du Nord de l’Afrique ; elles sont d’une grande ressource pour les serfs auxquels elles donnent viande, lait, poil et cuir, qu’ils utilisent.
Chiens.
Les Touâreg possèdent trois sortes de chiens : le lévrier, ôska, le chien arabe, à long poil, âbar-hoûh, très-rare, et un bâtard de ces deux espèces, à poil ras, qui porte le nom commun de l’espèce, eydi teydît, suivant les sexes. Ce dernier, de beaucoup le plus nombreux, sert à la fois de chien de garde et de chien de chasse.
Quand j’aurai ajouté à cette liste le chat ordinaire, quelques poules et des pigeons, mais seulement dans les villes, j’aurai énuméré tous les animaux domestiques qui se trouvent dans le pays.
Sans aucun doute le nombre des espèces, et, dans chaque espèce, le nombre des individus, pourraient être plus considérables malgré l’aridité générale du sol ; mais le servage est un obstacle presque insurmontable à l’accroissement des animaux domestiques. Le serf n’a aucun intérêt à accroître les troupeaux de son seigneur ; car leur augmentation doublerait son travail de garde. Quant à ceux qui lui appartiennent en propre, il aurait un bénéfice réel à les multiplier, si le seigneur n’était là, prélevant une sorte de dîme et quelquefois plus que la dîme, puisqu’il peut prendre tout ce que possède et produit l’homme attaché à la glèbe.
§ II. — ANIMAUX SAUVAGES.
Si la nomenclature des animaux domestiques laisse à désirer, celle des bêtes fauves, quoique plus riche, dénonce également un pays pauvre.
Mammifères.
Parmi les mammifères on compte :
La chauve-souris, watwat, thîr-el-lîl (ar.) ;
La hyène, irkenî, bêtfen (tem.), dhebaá (ar.) ;
Un carnivore ? tahoûri (tem.) ;
Le chacal, âbaggui (tem.), dhîb (ar.) ;
Le loup ? adjoûlé (le mâle en temâhaq) ;
Id. tarhsît (la femelle), pl. tirhés ;
Le fennec (Fennecus Brucei), akhôr-hi, akôzhekkal, khônchekki, arhôleh (tem.), el-fenek (ar.) ;
Le renard, abârrân (tem.), thaáleb (ar.) ;
Le guépard (Felis jubata) amayâs (tem.), fehed (ar.) ;
Le chat sauvage (Felis catus) târhda (tem.) ;
Id. bârheda (tem.) ;
Id. el-gatt (tem.) ;
Le rat rayé (Mus barbarus) akoûnder (tem.), djird (ar.) ;
Le rat ordinaire, akôteh (tem.), fâr (ar.) ;
Le Ctenodactyle de Masson, têlout (tem.), goundi (ar.) ;
La gerboise, idhaoui (tem.), djerbouá (ar.) ;
Le lièvre isabelin, tîmerouelt (tem.), arneb (ar.) ;
L’onagre, ahoûlil ( tem.) ;
Le hérisson, tikanêsit (tem.), ganfoûd (ar.) ;
L’antilope addax, amellâl (m.), tamellâlt (fém. tem.), el- meha(ar.) ;
L’antilope mohor, êner (tem.), el-mohor (ar.) ;
L’Alcelaphe bubale (ant. orix) tiderît (tem.), beguer-el-ouahch (ar.) ;
Le mouflon à manchettes, oûdad (tem.), laroui (ar.) ;
La gazelle commune, akankôd, pl. ihinkâd (tem.), ghozâl (ar.) ;
La gazelle des dunes, tedemît (tem.), er-rîm (ar.) ;
Un petit mammifère ? akaokao (tem.) ;
Un rat des champs (au Fezzân), koroumbâko.
Le lion âhar ; la panthère, anâba, dâmesâ ; le sanglier, azhîbara (appelé adaouiydaouay dans l’Aïr et aganguera dans le Ahaggâr) ; l’éléphant, êlou, le buffle, tahâlmous, ainsi que le rhinocéros et l’hippopotame, quoique connus des Touâreg du Nord, dans leurs voyages au Nord et au Sud, ne sont pas des animaux propres à leur pays, trop pauvre en eaux, en végétaux ou en gibier, pour qu’ils viennent s’y aventurer.
Quelquefois les Touâreg rapportent du Soûdân, soit comme articles de commerce, soit comme objets de curiosité, des singes, adâguel (tem.), guerd (ar.), connus sous le nom de Guenon patas (Cercopithecus ruber) ; j’en ai acheté deux qui sont au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
Oiseaux (îguedâd).
Parmi les oiseaux figurent :
Un aigle noir et blanc, îhadar (tem.) ;
Un aigle à tête blanche, azhîzh (tem.) ;
Le néophron, tarhâldji (tem.) ;
Le gypaète, tamîdda ( tem.) ;
Le faucon, imestarh (tem.) ;
La chouette, taouîk (tem.) ;
Le hibou, bôinhên (tem.) ;
Le corbeau, arhâlidj, arhâla (tem.) ;
Le moineau des arbres, çiden-n-izelán (tem.) ;
Un motteux, belrhô (tem.), boû-bechîr (ar.) ;
Une bergeronnette, meçîçi (ar.) ;
L’hirondelle, amêstarh (tem.), khotteïfa (ar.) ;
Le pigeon ramier, tîdebîrt (tem.) ;
Le flamant, adjâïs (tem.) ;
Le Pteroclurus alchata, erak (tem.) ;
Le ganga, tîkedouin (tem.), gatâ (ar.) ;
La bécassine, tenêq (tem.) ;
Le canard sauvage, tenêq-en-âman (tem.) ;
La demoiselle de Numidie, arhellendjoûm (tem.) ;
L’autruche, ânhil (m.), tânhîlt (fém.), plur. tînhâl (tem.).
Tels sont, sauf quelques omissions, les seuls oiseaux que nourrit et que peut nourrir le pays, oiseaux voraces pour la plupart, et qui trouveraient à vivre là où il n’y a rien.
Quant aux autres espèces, celles qui aiment l’ombrage, les fleurs, les eaux, le voisinage de l’homme, la vie et le mouvement, que feraient- elles au milieu d’une nature désolée, aride, où la mort règne sur d’immenses espaces ?
Un des caractères du désert, celui qui surprend le plus les voyageurs européens, est l’absence d’oiseaux. On peut voyager une semaine, dans certaines contrées, sans en rencontrer un seul.
Souvent les caravanes rapportent aussi du Soûdân des perroquets, akoû (tem.).
Reptiles.
La série des reptiles est plus complète, quoique la famille des chéloniens manque entièrement.
Parmi les sauriens, on compte :
Le crocodile, arhôchchâf (tem.) ;
Le gecko des murailles, amazregga (tem.) ;
Le gecko des sables, timakouert (tem.), boû-kechâch (ar.) ;
Un lézard vert et rouge, ametarhtarh (tem.) ;
Un lézard jaune, tîmekelkelt (tem.) ;
Le scinque, tân-ahâlmouit (tem.), zelgâg (ar.) ;
Le même (jeune), imechellerh (tem.) ;
Le fouette-queue (Uromastix), aguezzarâm (tem.), dhobb (ar.) ;
Le varanus, arhâta (tem.), el-ourân (ar.).
Les batraciens n’ont que deux représentants : la grenouille, âdjeroû, autour des sources et des lacs, et le crapaud des joncs, autour des oasis.
Les ophidiens venimeux sont très-connus, et même au delà du chiffre de leur nombre réel, car la nomenclature locale comprend deux espèces dont l’existence est au moins douteuse.
Voici cette nomenclature :
Vipère cornue, tâchchelt (tem.), lefa’a (ar.) ;
Vipère des jongleurs, seffeltès (tem.) ;
Vipère minute, zorreïg (ar.) ;
Serpent fabuleux, âchchel (tem.) ;
Autre serpent fabuleux, tânerhouet (tem.).
Les ophidiens non venimeux, probablement plus nombreux que les précédents, sont tous confondus sous deux noms communs : âchchel et emedjel (tem.).
Poissons.
Dans un pays où l’eau manque, les poissons doivent être rares ; cependant on en distingue trois espèces :
Le Clarias lazera, asoûlmeh (tem.) ;
Une autre espèce, isâttafen (tem.) ;
Id. imanân (tem.).
Arachnides.
Deux familles de cette classe sont représentées dans le pays par les scorpions, tâzherdâmt, et les araignées, sârâs, dont l’une, très- grande, tîn-aghrân, est réputée venimeuse par les indigènes.
Insectes.
L’entomologie intéresse assez peu les Touâreg pour qu’ils ne s’amusent pas à donner des noms particuliers aux myriades de petits êtres qui composent cette classe d’animaux ; ils se bornent à distinguer par des noms particuliers les grandes familles qui ont des caractères bien tranchés. Leur classification peut être résumée ainsi qu’il suit :
Coléoptères, éguélê (gros), téguéleyt (petits) ;
Orthoptères (sauterelles), tâhouâlt ;
Névroptères (libellules), tâtel-oûlarhet (mot-à-mot, qui vole bien).
Hyménoptères (abeilles), tîhenkêkert-en-toûraout ;
Id. id. tîhenkêkert-en-tâment ;
Hémyptères (punaises du chameau), tachelloûft ;
Id. (id. sa larve), adjôrmel ;
Id. (punaises des maisons), bîzbîz ;
Lépidoptères (papillons), ehellêloû ;
Diptères (moustiques), tadast ;
Id. (mouches du chameau), aheb ;
Id. (mouches de l’homme), ehi, pl. ehân ;
Id. (Arthemia Oudneii, larve), ed-doûda.
Myriapodes.
Cette classe très-nombreuse d’animaux inférieurs n’est représentée que par un seul type, la scolopendre, téouânt des Touâreg, sott-el-kheïl des Arabes.
Annélides.
Un seul genre de cette famille, les sangsues, tâdelît, appelle l’attention par les accidents qu’elle détermine sur les animaux qui vont boire avec avidité dans les eaux troubles.
Le ver de terre se dit tâoukki.
Mollusques.
Toutes les coquilles sont confondues sous le nom général d’issînen- tafoûk (tem.).
Cependant les Touâreg donnent le nom d’izhabi à une volute venant de la côte de Guinée, et qui est employée comme pendant d’oreille ; de tâmguelloût à la Cyprea moneta, qui sert de monnaie au Soûdân ; de ifarghas aux coquilles d’eau douce et particulièrement à celles du genre Melania.
Parmi les coquilles fluviales ou palustres que j’ai recueillies dans mon voyage se trouvent :
Une Planorbis nouvelle et la Physa contorta récoltées à Bîr-ez- Zouâït, région des dunes ;
La Melania fasciolata, commune dans les environs de Ghadâmès et de Titerhsîn ;
La Melanopsis Dufouri de l’Ouâd-Biskra ;
Une Paludine à déterminer, provenant d’Aïn-Temôguet (environs de Djâdo).
Parasites.
L’un est spécial au pays, le ver de Guinée, arhân ; l’autre, le pou, tillik, commun à toute la partie de l’espèce humaine qui vit dans la malpropreté.
Les vers intestinaux, fréquents chez les enfants, se nomment achchellen (serpents).
Un parasite des végétaux, donnant un miel de qualité inférieure, porte le nom de kharnît.
ESPÈCES REMARQUABLES.
Cette nomenclature aride exige, comme complément, quelques lignes sur les espèces qui appellent l’attention.
Tahoûri.
Sous ce nom, les Touâreg connaissent un grand carnivore, de la taille de la hyène, commun dans toute l’Afrique centrale et qui porte les noms suivants dans les pays qu’il habite :
Au Haoussa, Kora ;
A Timbouktou, Kourou ;
Au Touât, Gabou.
D’après les Touâreg venus à Paris, il y aurait au Jardin des plantes un tahoûri originaire du Sénégal.
D’après M. le commandant Hanoteau, il en existerait dans le Ahaggâr deux variétés : l’une noire, l’autre blanche. Cette dernière serait très- craintive.
Loup. — Adjoûlé.
Je donne le nom de loup à une espèce très-féroce qui vit dans le haut du Tasîli et dans les montagnes du Ahaggâr. Je n’ai pas vu cet animal et je n’ose pas affirmer qu’il soit réellement un loup ; cependant, par les renseignements qui m’ont été donnés, je ne puis que l’assimiler à cet animal.
« Il ressemble à un grand chien fauve, disent les Touâreg, et il est le seul carnivore de notre pays qui attaque l’homme sans même être provoqué à la défense. »
Les anciens auteurs avaient signalé la présence du loup dans le Nord de l’Afrique : il n’est donc pas étonnant qu’il s’y retrouve là où la présence de l’homme ne lui dispute pas le terrain.
Cette espèce semble d’ailleurs tendre à disparaître des montagnes des Touâreg, comme elle a disparu du Tell, car aujourd’hui, si l’on en croit les indigènes, elle serait déjà assez rare.
Guépard.
Le guépard est assez commun dans toute la région de l’’Erg, au Sud de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc ; il entre peu dans les montagnes des Touâreg.
Les Souâfa le chassent pour sa peau, plus petite, mais aussi belle que celle de la panthère.
Dans l’Asie méridionale, où cet animal existe, on le dresse pour la chasse : d’où lui est venu le nom vulgaire de tigre-chasseur. Dans les contrées de l’Afrique septentrionale, où on le rencontre, le guépard chasse pour son compte seulement.
Onagre.
L’onagre ou âne sauvage vit en troupeaux dans le Tasîli du Nord, dès la plus haute antiquité, car Pline le signale à peu près dans les mêmes lieux. C’est un bel animal, assez grand, très-rapide, mais d’une domestication difficile.
Les Touâreg ont renoncé à le poursuivre ; ils lui tendent des piéges. Les jeunes seuls, susceptibles d’être dressés, sont conservés vivants. On tue les vieux pour avoir leur peau.
Antilope mohor.
Ce ruminant, si remarquable par ses cornes recourbées en avant, par la blancheur de son pelage, par la gracieuseté de sa démarche, vit en grand nombre dans la plaine d’Admar. On commence à le trouver dans les dunes de l’’Erg. Il est très-commun dans le pays d’Aïr. Les Touâreg le chassent pour sa viande et pour sa peau dont ils font leurs boucliers.
Le cuir de l’antilope mohor est épais et assez résistant pour parer utilement les coups de flèche, de sabre, de javelot et de lance. Il peut dévier la balle, l’amortir, mais non la repousser.
Antilope oryx.
La viande de cet animal, appelé bœuf sauvage par les indigènes, sert en grande partie à l’alimentation des Sahariens et des caravanes.
Les Cha’anba et les Souâfa lui font de grandes chasses dans l’’Erg et viennent vendre à Ghadâmès la chair salée et séchée qui en est le produit.
Pendant mon séjour dans cette ville, j’ai souvent fait usage de cette viande.
Akaokao.
Les Touâreg donnent ce nom à un petit mammifère noir, à peau excessivement dure, qu’on trouve dans les ouâdi de l’Akâkoûs et du Tasîli, et qui vit sur les arbres dont il mange les feuilles.
Cet animal est très-craintif et fuit dans les fentes des rochers dès qu’il entend venir quelqu’un.
Autruche.
L’autruche est rare dans le pays des Touâreg et on ne chasse même pas celles qui y sont, parce que les habitants de cette contrée, n’utilisant pas, comme les Arabes, sa graisse et sa chair, ne trouvent pas d’intérêt sérieux à la poursuivre. Quant aux plumes, déchirées par les rochers, elles n’ont aucune valeur.
Celles de la région sablonneuse de l’’Erg sont, au contraire, très- renommées pour leur belle conservation. Les Souâfa obtiennent des dépouilles de ces oiseaux des prix plus élevés que de celles de toute autre provenance.
Le 7 mars 1861, au puits de Tarz-Oûlli, sur la route de Rhât, j’ai rencontré un marchand de Ghadâmès, El-Hâdj-Mohammed-ben-Deloû, qui suivait une caravane lui appartenant. Il était accompagné dans son voyage par une autruche femelle privée. On lui mettait des entraves comme aux chameaux qui vont au pacage. Ce fait ne parut pas extraordinaire à mes compagnons de route.
Gypaète.
Les Touâreg tirent cet oiseau, d’ailleurs commun, pour en avoir la graisse et la viande. L’une et l’autre sont préconisées contre les piqûres et les morsures d’animaux venimeux.
Crocodile.
Je signale la présence du crocodile dans les lacs de Mîherô, et aussi à la tête de l’Ouâdi-Tedjoûdjelt, en un endroit appelé Tadjeradjeré, sur le rebord Sud du Tasîli du Nord.
Les grandes inondations qui ont eu lieu à l’époque de mon passage à Tikhâmmalt m’ont empêché d’aller moi-même constater l’identité de cet animal amphibie avec ceux du Nil ou du Niger, mais les renseignements précis et certains qui m’ont été donnés par des personnes ayant vu le crocodile en Égypte et dans le Soûdân, l’effroi qu’il inspire aux serfs riverains, la dîme qu’il prélève sur les troupeaux qui vont boire aux lacs, enfin les blessures dont quelques Touâreg portent la cicatrice, ne me laissent aucun doute à cet égard.
D’après les Touâreg, ce reptile reste caché dans des grottes sous- aquatiques pendant l’hiver et il vient à partir du printemps sur le rivage.
A la saison des amours, disent-ils, les femelles poussent des cris semblables à ceux des chameaux en rut.
Toutefois, l’existence d’un aussi grand animal dans de petits lacs de quelques hectares à peine et dans un pays où les pluies sont rares semble d’abord improbable. Cependant l’histoire et la constatation récente de l’existence du crocodile dans des régions similaires m’autorisent à maintenir ce saurien dans la nomenclature de la faune du pays des Touâreg du Nord.
Pline nous apprend que le fleuve Nigris (l’Igharghar moderne) était habité par des crocodiles ; que l’éléphant se trouvait à l’état sauvage sur les bords du Guîr, rivière saharienne qui aboutit au Touât, et même dans les belles vallées de Ghariân, au pied des montagnes de la Tripolitaine, au Nord des lacs de Mîherô.
Les historiens, d’accord avec les géographes et les naturalistes, nous enseignent en outre que les Carthaginois se servaient d’éléphants domestiques dans leurs guerres.
Pour que des éléphants aient pu vivre en liberté dans le Nord de l’Afrique, il a fallu que le pays fût alors plus boisé et mieux arrosé qu’aujourd’hui.
Là où il y a assez d’eau pour l’éléphant, il y en a assez pour le crocodile, car l’un et l’autre se rencontrent à peu près partout dans les mêmes localités.
On a été aussi surpris en apprenant, par les explorations de MM. V. Guérin et Roth, que le crocodile se trouvait encore en Palestine dans l’Ouâdi-Timsah, torrent analogue à ceux du Sahara. Désormais ce fait est accepté par la géographie zoologique.
D’ailleurs, l’existence du crocodile dans les lacs du Tasîli du Nord ne serait pas une exception dans la région saharienne, car, s’il faut en croire les Teboû, plusieurs lacs de leurs pays, notamment celui de Domor, sur la frontière du Borgou, seraient aussi peuplés de crocodiles.
L’étonnement du lecteur sera moins grand, s’il se rappelle que les lacs à crocodiles de Mîherô sont une des têtes de l’Igharghar ; que, dans les temps anciens, l’Igharghar était, d’après Hérodote, un grand fleuve « ποταμός μέγας, » qui, sous le nom de Triton, se jetait dans la mer après avoir traversé trois grands lacs.
Si le grand fleuve, dont le lit, à sec, n’a pas moins de 6 kilomètres de largeur au point où je l’ai traversé, roulait encore de grandes eaux, personne ne serait surpris que le crocodile fut un de ses hôtes ; par la même raison, on doit accepter comme vraisemblable, l’eau à ciel ouvert ayant manqué dans la partie inférieure du fleuve, que les animaux auxquels il donnait la vie soient remontés jusqu’à ses sources.
Si le ποταμός μέγας d’Hérodote explique la présence des crocodiles dans les eaux des petits lacs de Mîherô, au besoin, ces crocodiles justifient l’identification de l’Igharghar moderne avec l’ancien fleuve Triton.
Avec le temps tout a changé : faute d’eau, le chameau a remplacé le zébu ; faute d’eau, l’Igharghar est devenu un grand ouâdi au lieu d’être un grand fleuve, et de même qu’il y a encore quelques zébus dans l’oasis, riche en eau, de Rhât, de même il y a encore des crocodiles dans les lacs de Mîherô.
La zoologie, dans ces cas, vient confirmer les traditions de l’histoire.
Gecko des sables.
Les Touâreg et les Arabes sont unanimes pour proclamer le gecko venimeux. Dans le midi de la France aussi le gecko des murailles est réputé dangereux. Tout au plus peut-on admettre que les plaies contuses résultant de la morsure de ce lézard ne guérissent pas comme des plaies simples.
Ametarhtarh.
Ce lézard, que j’ai rapporté du pays des Touâreg dans de l’alcool, a été reconnu, au Muséum d’histoire naturelle, n’être autre que l’Agama colonorum.
Les Touâreg le disent venimeux et prétendent que son virus tue les chiens et rend les hommes malades.
Ce saurien, comme beaucoup d’autres Agames, inspire de l’effroi quand on le voit, pour sa défense, dresser sa tête et son cou armé de piquants, mais il n’est certainement pas venimeux.
Autres lézards.
Parmi les lézards dont mon exploration constate de nouveau l’existence dans le Sud de l’Algérie se trouvent :
L’Acanthodactylus Savignyi, } } timekelkelt des Touâreg. L’Acanthodactylus vulgaris, }
L’Agama agilis.
Toutes ces déterminations, ainsi que celles des poissons, m’ont été données par M. le professeur Duméril.
Vipère cornue.
La vipère cornue ou Cerastes Ægyptiaca se trouve dans tout le Sahara : commune dans les bas-fonds et les vallées, rare dans les lieux élevés, recherchant les points où le sol est blanc, fuyant ceux où il est noir.
Plus encore que les autres vipères, ce reptile a besoin d’une grande chaleur pour être dangereux. En hiver, engourdi, il reste enfoui sous les sables ; en été, il se tient volontiers dans son trou pendant tout le temps que le soleil n’échauffe pas la terre de ses rayons. D’ailleurs, craintif, il fuit avec la rapidité de l’éclair au moindre bruit, de sorte qu’une double surprise est nécessaire pour qu’un accident ait lieu.
Quoique plus rare chez les Touâreg que dans les autres parties du Sahara, cette vipère n’en est pas moins redoutée à cause de la gravité de sa morsure, et on prend des précautions pour s’en préserver.
Vipère des jongleurs.
La vipère des jongleurs, si remarquable par sa marche, la tête relevée et le cou étalé, en signe de menace, lorsqu’elle voit quelqu’un, est rare chez les Touâreg ; on la trouve plus communément au pied du versant Sud de l’Aurès à El-Faïdh et à Chegga, points les plus chauds et les mieux abrités du Sahara algérien.
Les Arabes de ces deux contrées appellent le mâle tha’abân et la femelle na’adja, nom conforme à celui sous lequel cette vipère est connue en zoologie : Naja haje.
Ce serpent, m’a-t-on dit, atteint la grosseur de la cuisse de l’homme et une longueur de deux à quatre mètres. Il est noir, et, quand il devient vieux, il porterait sur le cou une touffe de poils !
Il est de remarque générale que l’effroi causé par la vue des reptiles leur fait attribuer des dimensions en longueur et en grosseur qu’ils n’ont pas : il y a donc lieu de se tenir en garde contre l’appréciation et les descriptions des gens d’El-Faïdh et de Chegga.
On sait que cette vipère est venimeuse, mais on ne se souvient pas que quelqu’un ait été atteint par son poison.
Zorreïg.
Le zorreïg est la vipère vulgairement connue en Algérie sous le nom de Vipère minute, par une fausse identification avec la vipère du cap de Bonne-Espérance, rapportée par Levaillant. Son nom scientifique est Échis carinata ou Vipère des Pyramides de Geoffroy.
On l’a trouvée aux environs d’Oran, mais elle est plus commune dans le Sud, sans y être très-fréquente. Elle n’existe pas chez les Touâreg.
Desfontaines, qui, le premier, a signalé l’existence du zorreïg dans le Sud de l’Algérie, mais sans l’assimiler à aucune vipère connue, n’ayant pu se la procurer, lui attribue, d’après les indigènes, la faculté de s’élancer comme une flèche contre l’animal ou l’homme qu’elle veut atteindre. Sans avoir cette faculté au degré que la peur a peut-être amplifiée, il est incontestable que le zorreïg se dresse et se lance contre son ennemi, mais toujours à très-faible distance.
L’identification de l’Échis carinata avec le zorreïg des indigènes n’est pas douteuse, car, à Biskra, M. le capitaine Pigalle en possède un exemplaire trouvé dans la contrée, et les Arabes ne lui donnent pas d’autre nom.