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Étude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles pour servir à l'histoire des évolutions séculaires de la pathologie (part 4 of 4)

Part 4 of 4 · Charles Anglada · Public domain text

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Étude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles pour servir à l'histoire des évolutions séculaires de la pathologie (part 4 of 4)

«Le choléra est une maladie dans laquelle une matière bilieuse surchargeant l’estomac et les intestins est rejetée simultanément par la bouche et l’anus, d’une manière continue et en grande abondance. Cette affection est très-aiguë et réclame un prompt remède. Sa principale cause, à part l’humidité et la chaleur de l’air, est dans l’abus des fruits. Outre qu’ils se gâtent promptement, ils abondent en sucs aqueux dont l’action trouble les fonctions de l’estomac et provoque la formation de cette bile ærugineuse. On pourrait croire, non sans raison, que cette excrétion devient utile, en éliminant des matières de mauvaise nature; mais leur évacuation est si excessive, qu’elle épuise en peu de temps les esprits vitaux, et porte une profonde atteinte au cœur, source de la chaleur et de la vie. D’où il résulte que beaucoup de malades sont enlevés très-rapidement. La mort survient souvent en vingt-quatre heures ou même moins. Entre autres exemples, je puis citer celui de Cornélius Van Royen, économe de l’hôpital des malades, qui tout à coup, en pleine santé, fut pris du choléra vers six heures du soir, et expira misérablement avant minuit, n’ayant pas cessé d’évacuer par le haut et par le bas, avec d’atroces douleurs d’entrailles et des mouvements convulsifs. La violence et la rapidité de la maladie déjouèrent tous les moyens. Si cependant cet état grave se prolonge au delà d’un jour, il y a grand espoir de guérison. Parmi les autres symptômes, je noterai la petitesse du pouls, la gêne de la respiration, le refroidissement périphérique. Les malades accusent une grande chaleur intérieure et une soif ardente. L’insomnie est opiniâtre, l’agitation incessante; et si elle s’accompagne d’une sueur froide et fétide, c’est un signe certain des approches de la mort.

»Le premier soin du médecin doit être de calmer la surexcitation humorale qui produit ces évacuations désordonnées. On y parvient à l’aide de médicaments astringents et toniques...»

Bontius énumère ici quelques remèdes indigènes empiriquement employés à Java, et appropriés en effet, au traitement de tous les flux abondants. Mais il associe à ces prescriptions rationnelles, des agents dotés de vertus imaginaires, tels que la pierre de bézoard, la corne de rhinocéros, les pierres précieuses préparées, etc.

«Si ces moyens échouent, dit-il ensuite, il faut prescrire sans retard l’extrait de safran[851], soit pour provoquer le sommeil, devenu bien nécessaire dans un pareil état de prostration, soit pour atténuer la surexcitation humorale et donner à la nature la force de vaincre son ennemi. Les cholériques expirent presque toujours dans les convulsions.»

Après avoir lu cette description du choléra endémique des Indes-Orientales, tel que l’ont vu de leur temps les médecins anglais, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître, sauf les nuances imputables à certaines influences locales, le choléra observé par Hippocrate[852], Paul d’Égine[853], Celse[854], Arétée[855], Cœlius Aurelianus[856], Alexandre de Tralles[857], etc., etc.

Parmi les modernes, Baillou l’a parfaitement dépeint en quelques mots: «Cholera morbus est cum sursum deorsum magno impetu bilis fertur, ut magna brevi tempore spirituum fiat evacuatio et dolores acerbissimi sint; hinc mors[858].»

J’ai dit qu’on observe cette maladie pendant la saison où les journées chaudes et humides sont suivies de nuits humides et froides. Quand ces alternatives se prolongent avec un certain degré d’intensité, la constitution médicale qui se dessine, multiplie peu à peu les cas individuels, et il en résulte bientôt une petite épidémie. Tel fut le choléra-morbus observé à Nîmes par Lazare Rivière, pendant l’été de 1564. Malouin le vit régner à Paris, dans le mois de juillet 1751. La ville de Lyon en souffrit pendant l’été de 1822. Nous en recueillons annuellement des cas plus ou moins nombreux, sur notre littoral méditerranéen, et toujours à l’époque d’élection fixée par Sydenham. Cette maladie peut prendre un haut degré de gravité qui impose une grande circonspection au diagnostic. Le cholera infantilis, si funeste au jeune âge, était fréquent dans notre pathologie locale, bien longtemps avant l’apparition du choléra moderne. Depuis cette époque, on a souvent pris, à tort, ces cas de choléra nostras, pour des attaques de la grande épidémie.

Les auteurs qui ont étudié la topographie médicale de l’Inde, y ont constaté l’accentuation plus marquée des conditions spéciales qui favorisent chez nous le développement du choléra. La gravité relative de cette endémie s’explique par les mœurs et le régime des populations indigènes, conjointement soumises à l’action de la chaleur et de l’humidité, entrecoupée de brusques variations atmosphériques. Ces causes, dont l’ensemble forme le caractère propre de la climatologie de ces régions, ont un puissant auxiliaire dans l’intoxication effluvienne des rizières et des marais.

Dans certaines circonstances, les symptômes principaux du choléra-morbus, et notamment les déjections bilieuses, manifestent un acte médicateur que les hommes du métier, d’accord avec les gens du monde, considèrent comme un bénéfice de nature. En dehors de ces cas qu’il faut savoir apprécier, le choléra ancien, asiatique ou européen, serait toujours très-grave si on l’abandonnait à lui-même; mais un traitement très-simple dissipe promptement cet effrayant appareil de symptômes. C’est, qu’on me passe l’expression familière, un feu de paille qu’il est facile d’éteindre. Requin souhaite comme une bonne fortune aux débutants dans la carrière, d’être appelés pour cette maladie qui est le triomphe de l’art, malgré ses apparences si menaçantes[859].

Des données que j’ai réunies sur la pathogénie du choléra nostras, la prophylaxie déduit des indications précises. Éviter les transitions brusques de température pendant la saison d’élection; user d’un régime sobre, suffisamment substantiel; s’abstenir des boissons froides ou glacées, quand on est en sueur; avoir la précaution de se couvrir la peau d’un vêtement de flanelle, pour amortir les impressions extérieures; se tenir en garde contre toutes les causes d’affaiblissement: tels sont les préceptes dont l’observance est la garantie la plus sûre, pendant le règne de certaines constitutions catastatiques.

M. le professeur Moreau, de Paris, communiqua, il y a quelques années, à l’Académie impériale de médecine, un vieux quatrain, qu’il avait lu dans un auteur du XVIIe siècle, et qui résumait les prescriptions essentielles pour se préserver du choléra-morbus:

«Tiens tes pattes en chaud; »Tiens vides tes boyaux; »Ne vois pas Marguerite; »Du choléra tu seras quitte[860].»

Cet échantillon de poésie populaire qui dérida un moment la grave assemblée, renferme, comme on le voit, les conseils les plus sages. Cela veut dire, en humble prose, qu’on doit éviter tout refroidissement, surveiller son régime et se garder de tout excès énervant. Mais ce n’est pas par ce côté que ces vers m’intéressent.

Il faut savoir qu’ils furent cités, pendant une séance où s’agitait l’inépuisable question de la grande épidémie cholérique. M. Moreau oublia un moment que la Compagnie, dont il était un des membres les plus distingués, avait été fondée, dans l’origine, pour étudier tout ce qui se rapporte aux épidémies, à leur histoire comparée dans leur succession à travers les siècles, etc.[861]. Il se laissa entraîner à dire que ce quatrain avait été fait du temps de la peste noire, «qui n’était probablement autre que le choléra.» Cette proposition, qui offensait également l’histoire et la nosologie, fut lancée sans réflexion. M. Moreau était trop instruit, pour confondre, après examen, deux époques si distantes et deux maladies aussi disparates.

Le traducteur de Lucrèce, M. de Pongerville, se demande si le choléra, qui débutait alors, «envahissait nos climats pour la première fois, ou bien, s’il fallait reconnaître dans ses effets, l’épidémie qui désola l’Europe, au XIVe siècle, sous le nom de peste noire[862].»

Cet anachronisme, excusable sous la plume d’un membre de l’Académie française, est plus difficile à disculper quand il vient d’un professeur faisant partie de l’Académie de médecine.

Du reste, l’exemple avait été donné par Broussais, que ses préjugés doctrinaux avaient brouillé avec les recherches d’érudition. «Cette épidémie, dit-il en parlant du choléra, avait sans doute paru à plusieurs autres époques. Il est probable que c’est cette peste noire, qui, d’après Villani, parcourut presque tout le monde au XIVe siècle, et enleva les deux tiers des hommes. Cette peste noire offre effectivement les plus grands rapports avec le choléra asiatique[863].» Le lecteur qui a bien voulu suivre la description que j’ai donnée de la célèbre peste, sait à quoi s’en tenir sur ces prétendues similitudes.

Toujours est-il, que le moment choisi par M. Moreau pour sa lecture, n’est pas une circonstance indifférente. Il est évident, qu’en s’occupant du choléra régnant, on croyait avoir affaire à une reprise du trousse-galant du XVIe siècle, opinion qu’on ne peut soutenir, quand on a bien pesé les termes du parallèle qui va suivre.

Je placerai d’abord sous les yeux de mon lecteur, à titre de pièce justificative, l’extrait d’une dissertation présentée le 4 janvier 1823, à la Faculté de Strasbourg, par M. le docteur Gravier, chargé en chef du service médical à Pondichéry[864]. Ce document, qui est à mes yeux du plus grand prix pour la question que j’étudie, avait déjà été cité par Fodéré, l’année de sa publication, c’est-à-dire à une époque où l’Europe ne songeait pas au choléra, et où l’auteur des Leçons sur les épidémies ne prévoyait aucune application prochaine de ces renseignements[865].

En 1832, Broussais essaya d’en tirer parti, quand il s’évertua à appliquer sa doctrine au choléra. M. Gravier, qui était un de ses fervents disciples, avait pris ses conseils avant de livrer sa thèse à l’argumentation de ses juges. Broussais était donc son collaborateur; et il est curieux de voir, neuf ans après, par quelles subtilités il prétend rallier les faits racontés par M. Gravier, aux principes dont il défend l’infaillibilité[866].

L’auteur de la thèse décrit l’épidémie de choléra qu’il observa dans l’Inde, en 1817, et qui y enleva plus de 600,000 personnes. C’est précisément celle qui donna le signal de l’entrée en campagne du grand fléau. Les médecins qui pratiquaient alors dans cette région, furent complétement désorientés, à la vue d’une maladie qui ne portait plus les traits de l’endémie traditionnelle. Ils furent surtout frappés de ne plus trouver dans l’estomac et les intestins, les matières bilieuses et âcres qu’ils avaient constatées jusque-là, sans exception, pendant la vie, ou après la mort. M. Wise, médecin anglais du Bengale, fut le premier à décrire la maladie nouvelle. M. Corbyn, médecin de la même résidence, l’étudia après lui, et chercha à prouver que ce ne pouvait être le choléra-morbus de Sydenham[867]. On peut dire que le corps médical fut unanime pour refuser à la maladie son nom habituel. On n’y vit qu’un choléra spasmodique, dont l’indication urgente prescrivait de relever par tous les moyens possibles, les puissances vitales, que les douleurs et les convulsions avaient rapidement anéanties. En conséquence, le Conseil de santé de Madras fit publier une instruction, qui commençait par ces mots, que je recommande:

«La pratique, dans cette maladie, doit être absolument contraire à celle suivie dans le choléra-morbus, le but principal devant être de ranimer les pouvoirs vitaux languissants, de rétablir la circulation, d’empêcher l’état violent spasmodique, de rétablir l’action de l’estomac et des intestins[868].»

Suivent les prescriptions appropriées:

«Frictionnez l’épigastre avec l’esprit de térébenthine, des vésicatoires liquides et des esprits camphrés..... Prenez trente grammes de laudanum dans une très-petite quantité d’esprit de menthe; faites ensuite un opiat avec quinze grains de protochlorate de mercure. Vous pouvez répéter les mêmes doses jusqu’à quatre fois.

»Si les symptômes s’exaspèrent, un bain chaud avec un dixième d’arack et un large vésicatoire sur le thorax, sont indispensables.

»Si le malade est tellement affaibli, que le pouls ne soit plus sensible au poignet, il est à propos, pour tenter de rétablir les pouvoirs vitaux, de donner des liqueurs fortes avec du laudanum, de l’éther, du calomelas et du chili en poudre fine[869].»

Telle fut la méthode officiellement recommandée par l’autorité médicale. Les médecins anglais l’adoptèrent d’un commun accord, et les mestres ou médecins indiens, n’eurent rien de mieux à faire que de suivre leur exemple.

Il ne faut pas perdre de vue que M. le docteur Gravier était imbu des principes de la doctrine physiologique. «Il n’y a pas d’exemple, dit-il, qu’un malade abandonné à lui-même ait guéri; mais il y a eu beaucoup de terminaisons favorables malgré l’influence perturbatrice d’un traitement stimulant[870].» Moins esclave de ses préjugés médicaux, l’auteur n’eût pas hésité à reconnaître que les succès des stimulants justifiaient leur emploi. Mais comme il fallait expliquer leur efficacité irrécusable, sans faire infidélité au maître, il l’attribue à la révulsion, c’est-à-dire, au déplacement de l’irritation morbide provoqué par l’irritation médicamenteuse. On se rappelle que Broussais avait imaginé cet accommodement fantastique, quand il voyait ses prétendues phlegmasies gastro-intestinales céder aux excitants; ce qui était un véritable non-sens dans sa doctrine, puisque l’identité constante du mode irritant en est le dogme capital. Prétendre donc qu’une irritation en détruit une autre en s’y ajoutant, c’est proclamer cet étrange résultat arithmétique, qu’une addition aboutit à une soustraction. N’était-il pas plus logique d’admettre que la nouvelle maladie qui venait d’éclater aux Indes, n’était pas foncièrement inflammatoire, puisqu’elle était heureusement combattue par la méthode stimulante?

La page que je viens de détacher de la thèse de M. Gravier nous fait assister, en quelque sorte, à la surprise des médecins anglais devant une maladie inconnue. Au premier coup d’œil, ils s’assurent qu’elle n’est point la vieille endémie cholérique; et ils lui opposent un traitement nouveau, dont les cordiaux et les excitants font la base. L’indication capitale commande de ranimer les forces qui s’éteignent; les moyens propres à suspendre les évacuations ne viennent qu’en sous-ordre. Les médecins de la station, premiers témoins de l’épidémie qui allait envahir le monde, étaient d’autant mieux placés pour la distinguer de l’endémie séculaire de l’Inde, qu’ils avaient sous leurs yeux les deux termes de comparaison. Cette opinion si juste a été perdue de vue quand le choléra s’est éloigné de son premier théâtre. Les médecins européens, trompés par les apparences, crurent à un vaste débordement du choléra-morbus, jusque-là confiné dans le delta du Gange. On garda l’ancien nom, sans prendre le temps de vérifier l’identité, et cette confusion a poussé de si profondes racines qu’en protestant contre elle dans l’intérêt de la vérité, on a l’air de se pourvoir en cassation contre un verdict rendu sans appel. Il faut cependant être juste envers tout le monde et signaler d’heureuses exceptions.

M. le professeur Fuster a parfaitement exposé et résolu cette question nosologique. Le lecteur me saura gré de lui indiquer le beau chapitre qui renferme cette argumentation décisive[871].

Le langage de Requin ne saurait être plus explicite:

«Le choléra pestilentiel, choléra épidémique proprement dit... doit être regardé... comme une maladie essentiellement, radicalement distincte du choléra vulgaire. Quoique sous des apparences symptomatiques fort semblable à celui-ci, il a assurément une tout autre nature. Comment méconnaître cela, rien qu’en considérant le degré incomparablement plus élevé de la léthalité, rien qu’en méditant sur le fait même de l’épidémie? Il y a là quelque cause morbifique extraordinaire, θειον τι d’Hippocrate, je ne sais quel empoisonnement occulte et miasmatique[872].»

Et ailleurs: «Il y a une distinction profonde, une distinction radicale entre le choléra vulgaire et le choléra pestilentiel. Il faut reconnaître en celui-ci une spécificité véritablement hors ligne, en un mot, ce que je proposais dernièrement d’appeler une spécificité pathogénique de premier ordre[873]... Dans l’Indostan même, le choléra vu et décrit par Bontius, il y a de cela près de deux siècles, n’était pas encore le choléra pestilentiel; ce n’était qu’un choléra sporadique, le choléra d’Hippocrate et de Sydenham. Il apparaissait là de temps immémorial sans doute, comme partout ailleurs; peut-être seulement plus commun que partout ailleurs[874].»

Il est impossible de mieux dire, et d’exprimer d’un ton plus affirmatif l’énergie d’une conviction; mais il faut reconnaître que le corps médical de Paris s’est en général montré peu favorable à cette interprétation.

M. le professeur Grisolle déclare «qu’il ne veut pas discuter si le choléra est une affection nouvelle ou bien si elle remonte à une haute antiquité,» et jusqu’à preuve contraire, il considère la grande épidémie de ce siècle, comme une extension accidentelle de l’endémie indienne décrite par les auteurs qui ont tracé la topographie médicale de sa circonscription originelle. Il prend dans son sens littéral la qualification d’asiatique qui l’a accompagnée dans son voyage[875].

M. le professeur Andral est parfaitement édifié sur les différences symptomatiques des deux choléras; mais ces différences ne lui suffisent pas, pour en reconnaître deux espèces. Il préfère admettre, comme moyen terme, deux variétés de la même maladie[876].

J’espère établir solidement l’opinion contraire sur l’ensemble des données pathologiques qui se rapportent aux deux faits que je vais comparer.

La simultanéité des vomissements et des déjections alvines est un trait qui leur est commun, et rend parfaitement compte d’une série de symptômes congénères.

Les crampes douloureuses des membres, l’extinction de la voix, l’enfoncement des globes oculaires, l’amaigrissement rapide de la face, la petitesse du pouls, la suppression de la sécrétion urinaire, sont autant de phénomènes étrangers à la nature de l’affection initiale, et qui tiennent uniquement à l’état convulsif des voies digestives et à l’abondance des matières rejetées par l’estomac et l’intestin. En médecine pratique, c’est un fait d’observation générale que la surexcitation des premières voies provoquant des évacuations répétées et excessives, donne naissance aux divers troubles morbides que je viens d’énumérer. La même cause les reproduit dans les maladies les plus disparates. On les retrouve dans l’empoisonnement par les substances âcres, qui a pu passer pour un vrai choléra, jusqu’au moment où la découverte de la cause toxique a redressé la méprise. Certaines indigestions graves peuvent aussi présenter la même forme. Enfin, ce groupe de phénomènes caractérise quelques attaques névropathiques, notamment celles qui dépendent de l’hystérie. Cet appareil de symptômes n’a donc, au point de vue de la pathognomonie, qu’une valeur très-secondaire.

Ce qui constitue le caractère individuel et distinctif du choléra moderne, c’est sa division en deux périodes bien tranchées.

Voici le signalement de la première période ou période algide: résolution des forces, abolition du pouls, froid visqueux cadavérique, couleur cyanique ou bleuâtre de la face et des membres, arrêt presque complet de la circulation générale, conversion du sang en une bouillie noire et épaisse.

Tous ces phénomènes apparaissent dès les premières heures de l’invasion, et trahissent l’énergie antivitale de l’impression qui a étreint l’organisme. Les mouvements musculaires conservent toute leur liberté. L’intelligence reste intacte; le malade assiste à son agonie. Les traits décomposés, la face livide, l’œil terne et flétri, la peau glacée et ridée comme celle des batraciens, la voix rauque, d’un timbre fêlé caractéristique, l’anxiété inexprimable manifestée par l’attitude générale du patient: telle est l’image monstrueuse d’un cholérique pendant la période algide. Cet aspect annonce une maladie extraordinaire, et Magendie a parfaitement rendu l’impression générale des témoins de cet émouvant tableau, en disant qu’il présente quelque chose de diabolique. Rien de semblable ne s’observe dans le choléra-morbus ancien.

J’en dirai tout autant de la seconde période qui a reçu le nom de période réactive ou æstueuse, et qui est aussi l’attribut exclusif du choléra moderne.

Lorsque le médecin appelé à traiter un choléra-morbus vulgaire, est parvenu à suspendre les vomissements et les selles, la guérison est complète dès ce moment. La physionomie se recompose à vue d’œil; le pouls se relève; les crampes disparaissent; les forces opprimées se réveillent, et le malade, tout à l’heure en proie aux symptômes les plus alarmants, est déjà sur pied, conservant à peine un reste de fatigue, après l’assaut qu’il vient de subir.

Il en est bien autrement du choléra nouveau. Lors même que l’issue doit être heureuse, elle se fait bien plus attendre. Si le sujet a franchi la période algide, la réaction qui la remplace apporte avec elle d’autres périls, et n’atténue en rien la gravité du pronostic. Tant qu’elle dure, on doit toujours craindre le retour constamment mortel de l’algidité. Quelquefois cette réaction se présente avec un caractère encourageant de régularité. Souvent elle est entrecoupée de bons et de mauvais signes, véritable conflit entre la vie et la mort. Dans les cas trop fréquents où elle mérite le nom de typhoïde, elle s’accompagne de délire, d’agitation, en un mot, de tous les symptômes de la fièvre ataxo-adynamique la plus grave. Des fluxions congestives menacent les viscères des grandes cavités, et quand elles s’y portent avec violence, la terminaison est infailliblement funeste.

Si le malade est sorti vivant de cette épreuve, l’ébranlement qu’il a reçu a laissé une profonde empreinte. La convalescence est lente, chanceuse. Le réservoir des forces radicales a été épuisé; il faut, pour les restaurer, du temps et des soins assidus. Que de personnes qui ne peuvent se rétablir complétement et restent valétudinaires!

Les phénomènes secondaires que nous allons comparer, gardent le reflet de ces différences fondamentales.

Les gens les plus étrangers à la médecine savent que les déjections du choléra moderne sont constituées en général, par un liquide blanchâtre, à odeur fade, semblable à une décoction de riz, dans laquelle nagent quelques flocons albumineux.

MM. les docteurs Haspel et Mortoin, témoins de l’épidémie cholérique qui éclata à Toulon en 1849, eurent l’idée de traiter par la potasse et la chaux, la matière des déjections rizacées. Ils en dégagèrent une sorte d’arome ou principe odorant particulier, qu’ils n’étaient pas éloignés de considérer comme le germe reproducteur du choléra. Je cite en passant ce fait qui laissait pressentir la contagiosité, aujourd’hui certaine, de ces évacuations[877].

Dans le choléra-morbus vulgaire de l’Inde ou de l’Europe, les matières rejetées offrent une tout autre apparence. Elles sont odorantes, bilieuses, jaunes ou verdâtres et mêlées de sang. Leur expulsion est préparée et provoquée par de violentes douleurs abdominales. Dans le choléra nouveau les liquides excrétés sont rendus avec de légères tranchées, ou même sans aucune douleur, et ils jaillissent sans efforts. On dirait une cavité trop pleine qui se vide d’elle-même par regorgement.

Dans ce choléra, la face est noire ou bleue, le ventre souple et indolent, le pouls imperceptible, la peau glacée.

Dans les autres choléras, la face est pâle, le ventre très-sensible, le pouls faible, mais toujours appréciable, la chaleur âcre et mordicante.

Au point de vue de la symptomatologie posthume, les différences ne sont pas moins saillantes des deux parts.

La mobilité des altérations organiques trouvées sur les victimes de la grande épidémie, contraste avec la constance des lésions laissées sur le cadavre par le choléra asiatique ou européen.

Dans la plupart des cas, en effet, l’estomac et le tube digestif sont contractés et parsemés de traces de phlogose plus ou moins prononcées. Le foie et les conduits biliaires participent aux mêmes désordres. La bile dont l’hypersécrétion était si marquée, pendant la vie, teint en vert la surface gastro-intestinale et distend fortement la vésicule du fiel. Il n’est pas rare de découvrir çà et là, dans le foie ou sur la muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle, de véritables eschares gangréneuses.

Rapprochons maintenant les deux maladies au point de vue de leurs causes, nous verrons surgir les mêmes divergences.

Je les résume en deux mots: notre ignorance est absolue sur l’étiologie du choléra moderne. Nous possédons au contraire des notions très-précises sur les conditions qui provoquent ou favorisent le développement du choléra ancien. Quelle que soit la partie du globe où on l’observe, c’est la chaleur de l’atmosphère entrecoupée matin et soir, par les brises fraîches de la mer ou des grands fleuves, qui en est la cause évidente. Dans notre région pathologique, nous vérifions, chaque année, l’observation de Sydenham sur la préférence significative de cette maladie pour les mois d’août et de septembre.

Arétée fixe aussi la même époque de l’année: «Id genus, dit-il, maximè æstate grassari consuevit; secundò per autumnum; minus vere; hyberno tempore minimè[878].»

On a vu que Bontius, énumérant les causes provocatrices de l’endémie indienne, fait une grande part à l’action de certains aliments et surtout des fruits qui n’ont point atteint leur maturité. Cette observation se reproduit annuellement parmi nous. Certains fruits dont l’usage est très-répandu sont vulgairement réputés très-malfaisants. Les abricots et les melons jouissent à cet égard d’un fort mauvais renom qui n’est pas tout à fait immérité. Le peuple lui-même, toujours prêt à enfreindre la défense, recommande de s’en abstenir aux époques où la multiplicité des vomissements, des diarrhées, des dysenteries, semble annoncer les approches d’une épidémie cholérique. Vienne un cas de choléra, ancien ou moderne, on se rassure en l’attribuant à un écart gastronomique. L’attaque a toujours été précédée d’un repas imaginaire qui a fait cruellement expier à la victime sa passion pour le melon.

Il va sans dire que le public qui n’est pas au courant de nos disputes nosologiques, confond les deux choléras dans la proscription d’une alimentation insalubre. Mais l’expérience prouve qu’il y a une distinction à faire, et que l’abus des fruits verts et des mets indigestes, est une des causes le plus directement actives du choléra-morbus vulgaire, quand les prédispositions lui viennent en aide.

Plus on y réfléchit, et plus on s’assure qu’en dépit du préjugé populaire, les antécédents ordinaires du choléra nostras ne sont point ceux du choléra épidémique de ce siècle. Quand on a voulu annoncer la venue de celui-ci, prédire sa marche, ou l’expliquer après coup, on n’a eu que des démentis ou des mécomptes. Je fais mes réserves pour la propagation contagieuse, sans absoudre les fausses inductions qu’on n’a pas toujours su éviter.

On ne peut suspecter la préférence de la grande épidémie pour les pays chauds et la période estivale. Elle s’est établie à Moscou au cœur de l’hiver. Quand on la suit attentivement dans sa course, on voit qu’elle dissémine indifféremment ses étapes, sans distinction de climat, de saison, d’exposition, de circonstances topographiques. Elle a porté ses coups en même temps sur le monde entier. Les relevés comparés du nombre des atteintes et des morts, n’ont pas donné partout le même chiffre; mais on doit être convaincu, après de longs débats, que l’observation rigoureuse ne peut expliquer ces divergences par des conditions locales déterminables. Ici encore la science est obligée de se rejeter sur les caprices du fléau.

Dans l’origine, la proximité de la mer ou des grands cours d’eau, parut exercer une sorte d’attraction sur la maladie nouvelle. L’expérience a bientôt fait justice de cette hypothèse.

Dans une foule de cas, cette condition réputée si puissante, n’a exercé aucune influence sensible. On peut se passer de tout autre preuve, quand on a vu l’imperturbable immunité de la ville de Lyon, située précisément au confluent de deux grands fleuves, plongée une partie de l’année dans d’épais brouillards, et renfermant notoirement, dans ses murs, des éléments d’insalubrité très-menaçants.

Le pronostic des deux choléras est un de leurs traits différentiels les plus frappants.

Livrés à la nature, ils sont incontestablement très-graves, et le vieux nom de trousse-galant leur convient également; mais il faut distinguer.

Le traitement du choléra moderne est d’une impuissance proverbiale, et les variations de l’art n’ont abouti qu’à l’anarchie la plus absolue.

J’abuserais de la patience de mon lecteur, si je renouvelais ici mes doléances. On a compté, sauf erreur, plus de cinquante méthodes pleines de promesses, tour à tour démenties à l’épreuve. Tout a été essayé parce que tout avait échoué.

Plus heureuse contre le choléra vulgaire, la thérapeutique possède l’arme qui assure sa victoire: c’est l’opium. Nul remède, on peut le dire, ne mérite mieux cette qualification d’héroïque dont l’expérience clinique n’est pas prodigue. Administré par la bouche, par le rectum, par la voie endermique et sous toutes les formes, il remplit directement l’indication fondamentale. Il va droit à l’affection; et s’il ne rentre pas dans les instruments de la méthode spécifique, c’est qu’on peut se rendre compte, par l’analyse, du mode d’action qu’il exerce.

L’usage de l’opium contre le choléra-morbus, était expressément recommandé par les anciens. Cœlius Aurelianus, qui prescrivait les astringents intus et extra, conformément aux principes de la secte méthodique dont il était le fervent adepte, nous apprend que les praticiens de son temps employaient conjointement le suc de pavot blanc, la jusquiame et l’opium en bols et en pilules[879].

Sydenham qui vantait les effets de l’anodyn avec tant de conviction, avait le tort de temporiser, au début, en administrant les délayants. Ses préjugés humoristes lui interdisaient d’arrêter trop tôt le vomissement. L’expérience a surabondamment démontré qu’il faut se hâter de donner le narcotique, sans quoi les symptômes empirent rapidement et deviennent irrémédiables.

Joseph Quarin dont l’exemple ne manque pas d’autorité, avait compris les dangers de la lenteur de Sydenham, contre une maladie aussi aiguë dans sa marche. Il avait renoncé à l’emploi préalable des délayants, et se félicitait hautement des succès nombreux qu’il avait obtenus, en prescrivant, dès sa première visite, les préparations d’opium, à dose rapprochée[880].

Pierre Frank, si haut placé en médecine pratique, après avoir jugé les diverses médications vulgairement appliquées au choléra-morbus, met au-dessus de tout, l’opium qu’il déclare, en pareil cas, un remède divin. Quoi-qu’il soit d’avis de ne pas supprimer trop brusquement les évacuations, il fait très-justement remarquer que le médecin qui est mandé, n’arrive qu’un certain temps après l’invasion, et qu’en conséquence l’emploi de l’opium ne doit point être différé[881].

Lind, si familier avec les maladies des pays chauds, n’avait pas renoncé encore aux anciens errements, et commençait le traitement du choléra-morbus en ordonnant une tisane délayante; mais, immédiatement après quelques vomissements et quelques selles, il faisait prendre le narcotique, combiné avec la potion de Rivière. Si la teinture thébaïque qu’il préférait, était rejetée, il prescrivait cinq centigrammes d’opium en pilules. Dans le cas où le remède était encore vomi, il l’injectait dans le rectum en doublant la dose. Il assure avoir été quelquefois obligé de mettre dans les lavements jusqu’à quinze grammes de teinture thébaïque. Il appliquait aussi sur l’épigastre, des topiques dont l’opium faisait partie[882].

Fodéré suivait, depuis trente-cinq ans de pratique, la méthode de Quarin, et n’avait eu qu’à s’en louer. Vers la fin du siècle dernier, il avait observé, dans les environs de Nice, une épidémie de choléra-morbus qui enleva beaucoup de malades, tant qu’ils furent traités par les délayants, les laxatifs et les clystères. Il n’y eut plus de décès, lorsqu’on suivit le conseil qu’il donna de recourir sans retard à l’opium. Dans le canton des Martigues, où le choléra-morbus est commun, Fodéré avait eu aussi de nombreuses occasions de vérifier les heureux effets de ce mode de traitement[883].

Sydenham était trop médecin pour ne pas modifier sa méthode habituelle quand l’indication était urgente. Je lui emprunte le récit d’un fait de sa pratique particulière, qui peut servir de modèle pour l’administration des narcotiques dans les cas très graves de choléra nostras:

«Vers la fin de l’été (1676), le choléra-morbus était épidémique; et comme la chaleur extraordinaire de la saison augmentait sa violence, il était accompagné de convulsions si terribles et si prolongées, que je n’en avais jamais vu auparavant de semblables. Elles n’attaquaient pas seulement le ventre, comme c’est l’ordinaire dans cette maladie, mais encore tous les muscles du corps et principalement ceux des bras et des jambes, en sorte que pour se soulager, le malade se jetait quelquefois hors du lit et prenait toutes les positions. Quoique le traitement de ce choléra-morbus ne réclamât que la méthode généralement usitée, on était obligé de donner les narcotiques à dose plus élevée et plus souvent réitérée que d’habitude. En voici un exemple:

»Je fus appelé pour voir un homme attaqué des symptômes atroces que je viens de décrire. Ce malade était exténué et semblait prêt à rendre l’âme; il avait un vomissement affreux, des convulsions horribles avec une sueur froide, et son pouls était à peine perceptible. Je lui donnai vingt-cinq gouttes du laudanum liquide dont j’ai autrefois indiqué la préparation, dans une cuillerée d’eau spiritueuse de cannelle, craignant qu’une plus grande quantité de véhicule ne fît vomir le remède; ce qui arrive souvent dans cette maladie, par suite des efforts incessants des patients. Après quoi, je restai une demi-heure auprès de son lit; et voyant que la dose que j’avais administrée ne suffisait pas encore pour arrêter le vomissement et apaiser les convulsions, je fus obligé de répéter plusieurs fois le remède et d’en augmenter toujours la dose, en ayant soin de laisser assez d’intervalle entre chaque prise, pour voir ce que je pouvais attendre de la précédente, avant d’en donner une nouvelle.

»Par ce moyen, je parvins à calmer complétement les cruels symptômes dont il s’agit. Mais comme ils étaient prêts à revenir au moindre mouvement que faisait le malade, je lui ordonnai très-expressément de garder le repos le plus absolu, pendant quelques jours. En même temps, il devait prendre, par intervalles, le médicament susdit, mais à moindre dose, et en continuer l’usage, même après sa guérison, pour éviter une rechute: ce qui réussit à souhait[884].»

Le traitement dont on vient de voir l’heureuse issue entre les mains de Sydenham, ressemble-t-il à celui du choléra moderne? L’opium sous forme de laudanum liquide en a eu tout le mérite, et son action est si sûre, en pareil cas, que l’habile praticien se contente de proportionner la dose du remède, à l’intensité et à la résistance des symptômes. Est-il aujourd’hui, après tant d’épreuves démonstratives, un médecin qui se croirait maître d’une attaque de choléra pestilentiel, après avoir prescrit de fortes doses de cette préparation d’opium ou de toute autre? Je sais bien que la médication anodyne a gardé sa place dans la cure symptomatique de la terrible maladie. On en préjugeait l’efficacité probable, d’après ses succès reconnus contre la maladie du même nom. On se souvient que Velpeau s’en servait contre la diarrhée prémonitoire; mais sa confiance n’allait pas au delà, et l’Académie des sciences fut visiblement scandalisée et peut-être un peu émue, lorsque l’éminent chirurgien fit, devant elle, l’aveu sincère de son profond découragement. La vérité est, que l’opium ne peut revendiquer aucun avantage contre le choléra confirmé. S’il a paru atténuer quelques épiphénomènes, il n’a jamais ralenti sa marche fatale.

Dans le choléra nostras, l’opium répond par ses effets, aux prévisions de l’analyse pathologique; il remplit à la fois deux indications majeures. Il modère et suspend les évacuations par une appropriation spéciale; il tempère en même temps l’éréthisme nerveux général et local, qui est un des éléments dominants de la maladie.

Quel est le praticien qui, ayant vu guérir (je n’ose pas dire, ayant guéri) un malade frappé par le choléra moderne, prétendrait en faire honneur à l’action isolée d’un remède, à moins qu’il ne fût infatué de quelque panacée dont il serait décidé, bon gré mal gré, à proclamer l’infaillibilité curative? Quel contraste entre nos hésitations, nos embarras, nos craintes, notre méfiance, notre désespoir quand nous sommes en présence de l’inflexible maladie, et l’assurance calme et confiante de Sydenham, attaquant de front le choléra de son temps!

Les anciens ne se laissaient pas émouvoir non plus par la gravité des symptômes; ils comptaient sur les ressources de l’art. Encore une preuve que leur choléra n’était pas de même nature que celui de notre siècle.

Alexandre de Tralles sait bien que si la maladie débute avec violence, elle compromet la vie: «acutissima si oboritur, subito periculum inducit;» mais il a foi au traitement qu’il prescrit. En suivant ces conseils, dit-il, on doit guérir sûrement: «eo pacto, choleræ curatione non frustraberis[885].» Un médecin consciencieux (eris magnus Apollo) oserait-il promettre en ces termes, l’heureuse solution d’une attaque de choléra?

Je trouve enfin dans Baillou, une observation qui peut, à un autre point de vue, confirmer la distinction nosologique dont je rassemble les preuves.

Il s’agit d’un haut personnage qui avait essuyé plusieurs atteintes de choléra-morbus dont Baillou avait été lui-même témoin, ainsi que quelques confrères. Ces crises étaient si violentes que sa vie paraissait ne tenir qu’à un fil (c’est l’expression de l’auteur). Sa face était hippocratique, ses traits décomposés, ses yeux caves. Baillou rédige pour lui une consultation, dans laquelle il se borne à indiquer quelques moyens prophylactiques contre le retour menaçant de ces accidents. N’est-il pas évident qu’un choléra qui récidive, à plusieurs reprises, chez le même sujet, avec des caractères aussi alarmants et sans devenir mortel, ne peut être qu’un choléra vulgaire, essentiellement différent du choléra de ce siècle[886]?

En dernière analyse, la distinction radicale de ces deux espèces morbides est un fait irrécusable, en conformité complète avec les principes élémentaires des classifications nosologiques. Que leur rapprochement ait vérifié des analogies frappantes, c’est ce qui n’est pas contestable. Il faut bien que les médecins qui les ont confondues, aient eu au moins de leur côté, le prétexte des apparences. Mais quand on se pique de distinguer les objets surtout par leur nature, on doit élever, entre le choléra des temps hippocratiques et celui de notre époque, une barrière inamovible. Ce n’est point ici une de ces spéculations théoriques que renverse l’hypothèse du lendemain; c’est le dernier mot de l’observation pathologique consultée sans esprit de système. J’ai fondé ma démonstration sur la différence des causes appréciables de ces maladies, de leurs prodromes, de leurs principaux symptômes, de leur marche, de leur mode de propagation, de leur léthalité, de leur traitement, de leurs lésions posthumes, de leurs suites. Pour la nosologie, la conclusion est forcée. Quelques similitudes se perdent au milieu de tant de divergences. Comme l’a dit Montaigne, «la ressemblance ne fait pas tant un, que la différence fait aultre.»

Mais si le choléra du présent n’est pas le même que celui des siècles passés, quelle est donc cette maladie?

J’ai déjà confessé mon ignorance, et je demande la permission d’en éviter un nouvel aveu. Le seul dédommagement qui me reste, c’est que personne n’est, sur ce point, plus avancé que moi; et comme je n’ai pas d’hypothèse à défendre, je suis bien à l’aise pour dire toute ma pensée.

J’entends quelques confrères qui se récrient, et m’accusent peut-être, Dieu sait avec quelle justice, de prendre mon horizon personnel pour les bornes de la science. Je demande à m’expliquer.

On ne peut avoir l’idée de mesurer le progrès accompli, à la multitude de travaux sur le choléra, qui ont inondé notre littérature médicale. Si je redisais que ce luxe apparent dissimule une déplorable indigence, je ne serais que l’écho de l’opinion générale.

Nul doute que depuis l’apparition de la maladie nouvelle, la pathologie n’ait eu le temps de la mieux connaître. L’observation et l’expérience se sont prêté leurs lumières, et l’histoire naturelle du fléau s’est rapidement enrichie. Nous avons appris tout ce qu’il nous importait de savoir sur sa symptomatologie, et nous le démêlons sans peine, sous ses formes les plus insolites. L’anatomie pathologique n’a gardé d’autre secret que celui d’une lésion caractéristique et constante, jusqu’à ce jour insaisissable. La contagion, si vivement disputée, est devenue un fait imprescriptible, dont la pratique s’est avidement emparée. La prophylaxie doit de salutaires inspirations à la découverte de la période prémonitoire, etc., etc.

Loin de moi la pensée de rabaisser le prix de ces conquêtes! Mais le grand problème posé au monde médical, est-il sorti de ses ténèbres? La nature intime de l’entité morbide, n’est-elle pas restée impénétrable? L’analyse peut-elle se flatter d’atteindre séparément ses éléments constitutifs, dans l’ordre de leur prédominance? Possédons-nous, après tant de vaines assurances, un spécifique capable de la combattre en bloc? En un mot (et c’est là qu’il faut toujours en venir) guérit-on mieux aujourd’hui le choléra confirmé, qu’aux premiers jours de son règne? Je m’en rapporte aux praticiens sérieux qui ne cherchent que la vérité clinique, et qui se méfient, à bon escient, du sophisme: post hoc ergo propter hoc, père de tant d’illusions, conseiller de tant de fautes.

J’aime à reconnaître que l’hygiène, secondée par les vastes assainissements qu’elle dirige, donne déjà plus que des promesses. Si les dernières épidémies ont paru, à certains égards, moins cruelles, je n’hésite pas à lui en laisser tout l’honneur. Quant à la thérapeutique, elle n’a aucun motif de s’enorgueillir, en comparant sincèrement ses états de services, dans les diverses campagnes qu’elle a entreprises contre l’indomptable maladie. On sait que l’Académie des sciences dispose, depuis quelques années, d’un prix de cent mille francs destiné à l’auteur d’un remède efficace contre le choléra. Les prétendants affluent; mais l’heureux lauréat se fait toujours attendre. Le hasard, qui est le véritable inventeur des spécifiques, réserve peut-être cette surprise à l’humanité. Espérons que la disparition de la maladie devancera la grande découverte; cette solution serait encore la plus sûre.

Parvenu au terme de ma tâche, je m’aperçois que le chapitre qu’on vient de lire, me dispense de formuler une conclusion générale.

Le choléra est, dans l’ordre chronologique, le dernier représentant des grands fléaux dont j’ai tracé la sinistre biographie. C’est une affection nouvelle, ubiquitaire, originale, implacable. Il échappe par tous ses côtés, aux lois de la pathologie commune, ou, pour mieux dire, nous n’avons pu saisir le lien secret qui l’y rattache. L’actualité donne un intérêt exceptionnel à son étude. Il est né sous nos yeux, et nous l’avons suivi depuis lors dans sa course vagabonde à travers tous les peuples de la terre. Il constitue une pièce de conviction unique, qui certifie et légalise, si je puis parler ainsi, tous les documents que j’ai exhumés des siècles antérieurs. Je tiens surtout à faire remarquer, que son avénement a été la réhabilitation la plus manifeste de la sage circonspection d’Hippocrate. La science actuelle qui a fait tant de conquêtes sur le passé, s’incline encore devant un mystère qui excède la mesure de ses pouvoirs. Aujourd’hui comme autrefois, les hypothèses se sont succédé sans relâche. Aucune, quoi qu’on en dise, n’a même entrevu la vérité. Pendant la peste d’Athènes, Thucydide fut frappé de la surprise et de l’embarras des médecins en présence d’un mal inconnu. Si cet homme illustre revenait au monde, il retrouverait le même étonnement et la même indécision devant cette peste nouvelle. Après plus de deux mille ans, le problème des grandes épidémies n’a point encore été effleuré. Le modeste aveu d’Hippocrate était une prévision du génie.

Une question d’avenir s’offre à l’esprit et je dois dire ce que j’en pense.

Le choléra finira-t-il par se naturaliser en Europe, et comptera-t-il désormais parmi les endémies indigènes?

Cette prédiction menaçante n’est pas, il faut bien en convenir, absolument dépourvue de fondement. On y est amené malgré soi, quand on observe, depuis un demi-siècle, les allées et venues du fléau, ses retours inopinés que rien n’annonce et que rien n’explique, ses invasions si prolongées dans certaines localités, donnant lieu à des foyers secondaires d’une assez longue durée. La conférence internationale de Constantinople s’en est aussi préoccupée: «N’y a-t-il pas lieu de craindre, dit-elle, que le choléra ne vienne à s’acclimater dans nos pays?» La réponse a été unanime: «La Commission, sans rejeter la possibilité du fait, le regarde comme problématique[887].» Cette opinion est sagement exprimée; mais sa forme dubitative fournit matière à réflexion.

Pendant treize cents ans, à dater de sa mémorable irruption du VIe siècle, la peste inguinale a élu domicile dans nos cités.

La fréquence de ses attaques éparses, leur périodicité attestée par les contemporains, semblent incompatibles avec l’importation constante de ses germes exotiques. Il est même une opinion très-répandue qui n’a peut-être contre elle que son exagération; c’est que les villes d’une autre époque, livrées sans défense à toutes les influences délétères, constituaient des foyers permanents de peste. La dévorante maladie s’y formait de toutes pièces, après une sorte d’incubation plus ou moins prolongée. N’est-ce pas ainsi que les anticontagionnistes endurcis persistent à expliquer l’explosion de l’épidémie de Marseille, en 1720?

Je n’invoque ici qu’une analogie. Avant d’admettre décidément que le choléra a acquis son droit de cité parmi nous, j’aurais besoin d’être éclairé sur le sens encore débattu de certaines observations. Mais il n’en est pas moins vrai, que cette éventualité, considérée, par quelques médecins très-compétents, comme un fait accompli, n’est pas en désaccord avec les précédents. J’ajoute qu’elle se concilie fort bien avec l’idée que je me suis faite des grandes épidémies en général, et de l’épidémie cholérique en particulier.

Éloignons les tristes pressentiments, pour entrevoir une perspective plus rassurante.

Si l’on en juge par la dernière épidémie dont nous sommes à peine délivrés, on est tenté de croire que le choléra prélude à sa disparition par une atténuation graduelle de ses ravages. Il a frappé moins de victimes, et la préservation inespérée de plusieurs contrées qu’il menaçait de près, accuse une propagation moins active. La proportion plus rare des cas foudroyants a été aussi remarquée. En somme, on croit avoir constaté une amélioration sensible. On m’opposera sans doute quelques invasions locales qui nous ont reportés aux plus mauvais jours. Certaines statistiques ont vérifié aussi la persistance du nombre habituel des décès, eu égard au chiffre total des atteintes. Le fait général d’une sorte de décroissance n’en subsiste pas moins, et on peut l’accepter, à condition de n’en point exagérer la valeur actuelle.

La progression sera-t-elle continue, ou doit-elle rétrograder? Le temps seul peut nous l’apprendre. Nous savons par expérience qu’il est prudent, en matière d’épidémies, de ne pas anticiper sur ses décisions.

Mais sans oublier la réserve commandée par l’observation, on peut exprimer une conjecture, que justifient d’avance les antécédents inscrits aux annales des grands fléaux populaires.

Nous savons que leur règne, quelle qu’en soit la longue durée, n’est que temporaire. Le moment venu, ils rentrent dans l’ombre d’où ils étaient sortis à l’improviste, et la cause de leur éclipse définitive est aussi insaisissable que celle de leur apparition première. Rien n’indique que le choléra doive échapper à la loi commune.

Le jour viendra donc, et puisse-t-il être prochain, où la grande épidémie nouvelle, dont le XIXe siècle était fatalement prédestiné à faire l’épreuve, abandonnera la scène médicale, et se retirera dans le groupe historique des maladies éteintes.

NOTES:

[820] Voyez pour plus de détails, Briquet, Rapport sur les épidémies du choléra-morbus, qui ont régné de 1817 à 1850 (Mémoires de l’Académie de médecine. Paris, 1867-68, tome XXVIII, p. 55).--Fauvel, le Choléra, origine, endémicité, transmissibilité, etc. Exposé des travaux de la conférence sanitaire de Constantinople. Paris, 1868, in-8, avec une carte.

[821] Magendie, Leçons sur le Choléra-morbus. Paris, 1832.

[822] Delpech, _Étude du choléra-morbus en Angleterre et en Écosse pendant 1832_. Paris, 1832.

[823] Marchal, Lettres et propositions sur le choléra. 1866, 4e lettre.

[824] Leroy, Mém. sur les fièvres aiguës.

[825] Marchal, Ouv. cit., p. 455, XXVII.

[826] Marchal, Ouv. cit., p. 64.

[827] Malebranche, XIe Entretien sur la métaphysique.

[828] Max. Simon, De la préservation du choléra épidémique et d’une hygiène spéciale, applicable au traitement de la maladie réalisée. Paris, 1865.

[829] Fonssagrives, Bulletin général de thérapeutique, t. LXX, p. 35. 1866.

[830] Ch. Anglada, Traité de la Contagion, t. II, ch. 3, p. 99-150.

[831] Voy. A. Fauvel, le Choléra, étiologie et prophylaxie... exposé des travaux de la conférence sanitaire internationale de Constantinople..... Paris, 1868.

[832] Joannis Varandæi Opera omnia, Patholog. universalis pars II, cap. XIV, p. CXXXIX. Lugduni MDCLVIII.

[833] Bally, Études sur la choladrée lymphatique. Paris, 1833.

[834] Jules Guérin, Bull. de l’Académie de médecine. Paris, 1865-66, tome XXXI, p. 11.

[835] Rapport sur la marche et les effets du choléra-morbus dans Paris. Année 1832. Paris, MDCCCXXXIV.

[836] Double, Rapp. sur le choléra-morbus épid., p. 147. MDCCCXXXI.

[837] Voici, à ce propos, ce que dit Broussais, donnant les résultats d’un certain nombre de nécroscopies rédigées sous ses yeux: «Ayant examiné douze ou quinze fois le plexus solaire, et ne l’ayant trouvé que deux fois un peu injecté, et une seule fois un peu ramolli, sans que ces lésions se rapportassent à des symptômes spéciaux, j’ai cessé cette recherche, qui, continuée par d’autres, n’a pas donné des résultats différents.» (Le choléra-morbus épid., etc., p. 97. 1832.)

[838] Voyez Griesinger, Traité des maladies infectieuses, trad. par G. Lemattre. Paris, 1868.

[839] Broussais, le Choléra-morbus épidémique, etc., p. 50 (passim).

[840] Dict. de médecine, 12e édition, par Littré et Robin, art. CHOLÉRA.

[841] Mézeray, Hist. de France, t. II, p. 966.

[842] Voy. le Compendium de méd., au mot choléra.

[843] Zacutus Lusitanus, Praxeos med. admir., lib. II, obs. XXIII. Lugduni, 1643.

[844] Zacuti Lusitani Operum tomus secundus, p. 622, numerus VII, De cholera.

[845] Zacutus, Ibid., Praxeos med. admir., lib. II, observ. XVI. Choleræ sævissimæ curatio.

[846] Cœlius Aurelianus, De morbis acutis et chronicis, lib. III, cap. XIX.

[847] Medicæ artis principes, t. I, p. 236.--Alexandri Tralliani De arte med., lib. secundus, cap. XIII, de cholera.

[848] Thomæ Sydenham Opera medica, t. I, sect. quarta, cap. II.

[849] Sydenham, Op. cit., t. I, sect. IV, cap. II.

[850] Bontii de medicina Indorum, lib. IV, de cholera, cap. VI, p. 136. Lugduni Batavorum. 1642.

[851] La préparation officinale que Bontius prescrit sous le nom d’extrait de safran (extractum croci) a pour base l’opium (opium electissimum). L’auteur en donne la formule à la page 131.

[852] Hippocrate, edit. Foës, de morbis vulgaribus, lib. VII, sect. VII, p. 1106.--Choleræ origo et causa.--De affectionibus lib., sect. V, p. 587.--Choleræ curatio. Francofurti. MDXCVI.

[853] Pauli Æginetæ de re medica, cap. XXXIX, de cholera, in medicæ artis principes (t. I, p. 458. MDLXVIII).

[854] Celsi de medicina, lib. IV, cap. XI.

[855] Aretæi Cappadocis medici de causis et signis acutorum morborum, cap. V, de cholera, in med. art. principes, t. I, p. 11.

[856] Cœlii Aureliani de morbis acutis et chronicis, lib. III, cap. XIX, p. 253, de cholericis.

[857] Alexandri Tralliani De arte medica, lib. secundus, cap. XIV, de cholera, in med. art. princip., t. I, p. 236.

[858] Ballonii opera omnia med., t. II, consilium LV, p. 252.

[859] Requin, Pathol. méd., t. II, p. 568.

[860] Moreau, Gaz. méd. de Paris, t. IV, 3e série, p. 213.

[861] Ordonnance du roi. Arrêtés et règlement pour l’Acad. roy. de médecine. Art. 2. 1820.

[862] Lucrèce, De la nature des choses. Trad. par Pongerville, Note 43 du livre sixième. 1845.

[863] Broussais, le Choléra-morbus épidémique, p. 2. 1832.

[864] Victor Gravier (de Marseille), Dissertation sur le choléra-morbus de l’Inde, 30e vol. de la collect. des Thèses de Strasbourg. Première partie. 1823.

[865] Fodéré, Leç. sur les épidémies, t. II, p. 394. 1823.

[866] Broussais, le Choléra-morbus épidémique, etc. 1832 (passim).

[867] Gravier, Thèse citée, p. 8.

[868] Gravier, Th. cit., p. 16.

[869] Gravier, Th. cit., p. 17.

[870] Gravier, Th. cit., p. 19.

[871] Fuster, des Maladies de la France, etc., Appendice, p. 276. 1840.

[872] Requin, Path. médicale, t. II, p. 565.

[873] Requin, de la spécificité dans les maladies, Thèse de concours. Art. V, prop. I. 1851.

[874] Requin, Pathol. méd., t. III, p. 495-496.

[875] Grisolle, Traité de pathol. interne, t. I, p. 708. 1852.

[876] Andral, Cours de pathologie interne, rédigé par Am. Latour, t. I, p. 120. 1836.

[877] Cette observation est extraite d’un mémoire manuscrit présenté par les auteurs que j’ai nommés, à la section médicale de l’Académie des sciences et lettres de Montpellier.

[878] Aretæi Cappadocis medici de causis et signis acutorum morborum, cap. V.

[879] Cœlius Aurelianus, De morbis acutis et chronicis, lib. III, cap. XIX.

[880] Josephi Quarin animadversiones practicæ in diversos morbos, cap. X, p. 205. Viennæ, 1786.

[881] P. Frank, Traité de médecine pratique, t. III, p. 469. 1820. Trad.

[882] Lind, Essai sur les maladies des Européens dans les pays chauds, trad. par Thion de la Chaume. T. II, p. 48. Paris, 1785. Voyez Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2e édition. Paris, 1868.

[883] Fodéré, Leçons sur les épidémies, t. II, p. 426.

[884] Thomæ Sydenham Opera med. T. I, p. 184. Epistola Roberto Brady.

[885] Alexandri Tralliani de arte med., lib. secundus, cap. XIIII, de cholera.

[886] Ballonii Op. omnia medica, t. III, consilium LXV.

[887] Voy. Fauvel, Ouv. cité, p. 134.

ERRATA

Page 88, note 95, au lieu de: Thucydide, lisez: de Pongerville.

Page 125, ligne 8, au lieu de: manière irritante, lisez: matière irritante.

Ibid., ligne 19, au lieu de: érésipèle, lisez: érysipèle.

Page 340, note 455, ligne 1re, au lieu de: præfocante puero, lisez: pueros.

Page 474, note 637, au lieu de: p. 11, lisez: p. XI.

Page 503, note 679, ligne 1re, au lieu de: de abitis, lisez: de abditis.

Page 508, ligne 24, au lieu de: séparaton, lisez: séparation.

Page 576, ligne 31, au lieu de: hanc amen ipsam, lisez: hanc tamen ipsam.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

DÉDICACE. V

PRÉFACE. VII

INTRODUCTION. 1

CHAPITRE Ier.--De la grande épidémie du Ve siècle avant l’ère chrétienne (peste d’Athènes). 51

---- II.--De la grande épidémie du IIe siècle de l’ère chrétienne (peste Antonine). 113

---- III.--De la grande épidémie du IIIe siècle après Jésus-Christ (peste sous Gallus). 140

---- IV.--De la grande épidémie du VIe siècle (peste inguinale). 158

---- V.--Des épidémies de fièvres éruptives nouvelles apparues au VIe siècle de l’ère chrétienne. 215

SECTION Ire.--De la variole considérée comme maladie nouvelle. 218

---- II.--De la rougeole considérée comme maladie nouvelle. 278

---- III.--De la scarlatine considérée comme maladie nouvelle. 304

---- VI.--De la grande épidémie gangréneuse du moyen âge (mal des ardents, feu Saint-Antoine). 351

---- VII.--De la grande épidémie du XIVe siècle (peste noire). 395

---- VIII.--De la grande épidémie du XVe siècle (suette anglaise). 449

---- IX.--De la grande épidémie syphilitique du XVe siècle. 535

---- X.--De la grande épidémie cholérique du XIXe siècle. 591

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES

IMPRIMERIE L. TOINON ET Ce, A SAINT-GERMAIN.

J.-B. BAILLIÈRE ET FILS, LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, Rue Hautefeuille, 19, à Paris.

=LONDRES=, | =MADRID=, | =NEW-YORK=, HIPPOLYTE BAILLIÈRE. | C. BAILLY-BAILLIÈRE. | BAILLIÈRE BROTHERS.

Leipzig, E. Jung-Treuttel, Querstrasse, 10.

=Janvier 1869.=

ŒUVRES COMPLÈTES D’HIPPOCRATE

TRADUCTION NOUVELLE AVEC LE TEXTE EN REGARD COLLATIONNÉ SUR LES MANUSCRITS ET TOUTES LES ÉDITIONS

=ACCOMPAGNÉE D’UNE INTRODUCTION= de Commentaires médicaux, de Variantes et de Notes philologiques

SUIVIE D’UNE TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES

=PAR É. LITTRÉ=

Membre de l’Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres), de l’Académie impériale de médecine, de la Société de biologie de Paris, et de la Société d’histoire naturelle de Halle.

=OUVRAGE COMPLET=, 10 forts volumes in-8º.--100 fr.

En publiant cet ouvrage, M. LITTRÉ a eu pour but de mettre les œuvres hippocratiques complétement à la portée des médecins de notre temps; il a voulu qu’elles pussent être lues et comprises comme un livre contemporain. Deux difficultés principales s’y opposaient: la première gisait dans des théories antiques qui, depuis longtemps, ont cessé d’être familières aux esprits, et dont l’intelligence est nécessaire pour l’interprétation d’une foule de passages; la seconde était dans l’emploi d’une ancienne langue médicale où les mots ont quelquefois une acception mal déterminée, et quelquefois aussi une acception trompeuse, attendu qu’ils ont changé de signification en passant dans le langage moderne. Pour remédier à ces difficultés, en tête de chaque traité, M. Littré a exposé dans un Argument ce qui est nécessaire à l’intelligence de ce traité; puis il a précisé, autant que la nature des choses le permettait, le langage antique, et, à cet effet, il a souvent essayé un diagnostic rétrospectif qui n’est pas entouré de moindres obscurités que le diagnostic au lit du malade. Ceci dit, nous croyons que la meilleure et la plus simple manière de faire connaître un ouvrage est d’exposer ce qu’il contient.

Le tome Ier est consacré presque entièrement à une Introduction (pages 1-478). Là sont traitées les questions préliminaires dont la solution importe à l’intelligence des livres hippocratiques. Le volume est terminé par le traité De l’Ancienne médecine, ouvrage important de philosophie scientifique, et où la collation des manuscrits a permis de combler une lacune considérable et de rétablir une mention d’Empédocle.

Le tome II renferme le traité Des Airs, des Eaux et des Lieux, le Pronostic, le livre Du Régime des maladies aiguës, et le premier livre Des Épidémies. La polémique d’Hippocrate contre les médecins de Cnide est trop importante pour n’être pas appréciée: l’école de Cos note surtout les symptômes généraux, l’école de Cnide surtout les symptômes particuliers; la première a pour doctrine une sorte de physiologie pathologique, la seconde est essentiellement descriptive. Voilà pour le système d’Hippocrate; voici pour un point considérable de sa médecine, la Pyrétologie. Les pays chauds sont affectés endémiquement de fièvres intermittentes, rémittentes et continues, marquées d’un caractère à peu près étranger aux régions tempérées non marécageuses. M. Littré a montré, dans un Argument, que les fièvres décrites par Hippocrate y devaient être rapportées. Cette remarque a jeté un jour tout nouveau sur la pyrétologie du vieux médecin grec, et donne un élément de plus à l’étude des maladies suivant leur distribution géographique.

Dans le tome III sont le troisième livre des Épidémies, le traité Des Plaies de tête, le livre De l’Officine du médecin et celui Des Fractures, un des traités les plus importants, le moins connu, qui par une révision des textes et une savante interprétation, en fait un livre que tous les chirurgiens doivent consulter. M. Littré, recherchant si Hippocrate avait connu la peste à bubons, a établi, à l’aide de textes irréfragables, que cette maladie, regardée jusqu’à présent comme récente, comparativement et comme datant du VIe siècle de l’ère chrétienne, devait être reportée plus haut et qu’elle avait sévi d’une manière épidémique dans le premier siècle au moins de cette ère et sans doute beaucoup plus tôt.

Le tome IV comprend le traité Des Articulations, le Mochlique, les Aphorismes, le Serment et la Loi. De nombreuses corrections dans le texte ont rendu très-facile à lire le grand et important traité Des Articulations. M. Littré a terminé le volume par des Remarques rétrospectives; là, il classe les livres qu’il regarde comme étant d’Hippocrate lui-même, suivant les objets qui y sont traités; là, enfin, sont appréciées les connaissances physiologiques d’Hippocrate, sa doctrine de la crase et la tentative de physiologie pathologique qu’il a faite dans le Pronostic.

Dans le tome V se trouvent les IIe, IVe, Ve, VIe et VIIe livres Des Épidémies, le traité Des Humeurs, le premier livre du Prorrhétique et les Prénotions de Cos. Ces cinq livres Des Épidémies donnent lieu à des études sur la pratique, la clientèle et le mode de travailler des médecins hippocratiques: ils donnent lieu aussi à un essai sur le caractère de plusieurs des grandes épidémies qui ont affligé l’antiquité.

Le tome VI renferme un grand nombre de traités relatifs à des objets différents: le traité De l’Art, destiné à combattre ceux qui prétendent que la médecine n’existe pas; De la Nature de l’homme; Du Régime salutaire, qui donne des préceptes hygiéniques; Des Vents, qui attribue toutes les maladies à une cause unique (le vent ou pneuma); De l’Usage des liquides; le livre premier Des Maladies, ouvrage dont le but est de donner au médecin des idées générales sur les nécessités pathologiques qui font qu’une maladie a telle ou telle issue, et sur les conditions que le médecin doit remplir pour exercer habilement; les livres Des Affections; Des Lieux dans l’homme, qui renferme une proposition dont l’homœopathie s’est emparée; De la Maladie sacrée, remarquable surtout par deux points de doctrine: le premier, c’est que toutes les maladies sont de cause naturelle; le second, c’est que toute fonction intellectuelle et morale appartient au cerveau; Des Plaies; Des Hémorrhoïdes et des Fistules, traités où il est parlé du spéculum de l’anus et de la membrane tapissant les trajets fistuleux; enfin le grand traité Du Régime et des Songes.

Tome VII. Des Maladies, livres II, III (162 pages).--Des Affections internes (140 pages).--De la nature de la Femme (50 pages).--Du Fœtus à sept, huit et neuf mois, de la Génération, de la nature de l’Enfant (80 pages).--Des Maladies, livre IV (70 pages), etc.

Tome VIII. Maladies des Femmes, des Femmes stériles, des Jeunes Filles, de la Superfétation, de l’Anatomie, de la Dentition, des Glandes, des Chairs, des Semaines, etc.

TOME IX. Prorrhétique.--Du Cœur.--De l’Aliment.--De la Vision.--De la nature des Os.--Du Médecin.--De la Bienséance.--Préceptes.--Des Crises, Jours critiques, Décrets, Harangues, Lettres et Discours.--Appendice.

Tome X et dernier. Dernières remarques.--Table générale alphabétique, travail considérable de 400 pages, complément indispensable dans une collection qui comprend, comme les Œuvres d’Hippocrate, 70 traités sur des sujets variés.

Les Œuvres complètes d’Hippocrate forment dix forts volumes in-8 de 700 pages chacun. Prix de chaque volume 10 fr.

Il a été tiré quelques exemplaires sur grand papier jésus vélin. Prix de chaque volume 20 fr.

On peut encore souscrire en retirant un volume à la fois.

=Envoi FRANCO, par la poste, contre un Mandat.=

=HISTOIRE DE LA MÉDECINE GRECQUE DEPUIS ESCULAPE=, jusqu’à Hippocrate exclusivement, par le docteur M. S. HOUDART. Paris, 1856, in-8 de 320 pages (6 fr.). 3 fr.

=ÉTUDES HISTORIQUES ET CRITIQUES= sur la vie et la doctrine d’Hippocrate et sur l’état de la médecine avant lui, par le docteur HOUDART, membre correspondant de l’Académie de médecine; 2e édition augmentée. Paris, 1840, in-8. 4 fr. 50

MOSCHIONIS. =DE MULIERUM PASSIONIBUS.= Libri græce et latine edente, F. DEWETZ. Viennæ, 1793, in-8. 3 fr.

ALBUCASIS. =DE CHIRURGIA=, arabice et latine cura J. CHANNING, Oxonii. 1778, 2 vol. in-4 avec figures. 50 fr.

=LA CHIRURGIE D’ALBUCASIS=, traduite par le docteur Lucien LECLERC, médecin major, précédée d’une introduction. Paris, 1861, in-8, 342 pages avec pl. 6 fr.

=LA MÉDECINE DU PROPHÈTE=, traduit de l’arabe par PERRON, ancien directeur de l’école de médecine du Caire, directeur du collége français arabe à Alger, etc. 1860. In-8 de 228 pages. 4 fr.

=LA MÉDECINE A TRAVERS LES SIÈCLES.= Histoire et philosophie, par J. M. GUARDIA, docteur en médecine et docteur ès lettres, bibliothécaire adjoint de l’Académie de médecine. 1 vol. in-8 de 800 pages. 10 fr.

Table des matières: HISTOIRE. La tradition médicale. La médecine grecque avant Hippocrate. La légende hippocratique. Classification des écrits hippocratiques. Documents pour servir à l’histoire de l’art.--PHILOSOPHIE. Questions de philosophie médicale. Nos philosophes naturalistes. Sciences anthropologiques. Buffon. La philosophie positive et ses représentants. La métaphysique médicale. Asclépiade, fondateur du méthodisme. Esquisse des progrès de la physiologie cérébrale. De l’enseignement de l’anatomie générale. La méthode expérimentale et la physiologie. Les vivisections à l’Académie de médecine. Les misères des animaux. Abus de la méthode expérimentale. Philosophie sociale.

ŒUVRES ANATOMIQUES, PHYSIOLOGIQUES ET MÉDICALES DE GALIEN

Traduites sur les textes imprimés et manuscrits

ACCOMPAGNÉES DE SOMMAIRES, DE NOTES, DE PLANCHES, ETC.

=Par le Dr Ch. DAREMBERG= Bibliothécaire de la bibliothèque Mazarine, Bibliothécaire honoraire de l’Académie de médecine, etc.

Déjà M. Littré a fait revivre Hippocrate: le prenant pour guide, M. Daremberg a fait revivre Galien, le plus illustre médecin de l’antiquité après Hippocrate.

Galien était un grand anatomiste; il suffit, pour s’en convaincre, de suivre ses descriptions sur la nature dans le livre De l’Utilité des parties;--c’était un habile physiologiste, ses ingénieuses expériences sur les systèmes nerveux et sanguins en sont un irrécusable témoignage;--c’était un pathologiste éminent, son beau traité Des Lieux affectés ne laisse aucun doute à cet égard.

Le traité de l’Utilité des parties du corps, dont on ne paraît pas avoir compris le vrai caractère, se résume dans cette sentence d’Aristote: Que la nature ne fait rien en vain. Aussi Galien, loin d’y traiter les questions de physiologie proprement dite, ne s’y occupe qu’à découvrir et à démontrer que les parties ne pouvaient être mieux disposées qu’elles ne le sont, et qu’elles sont parfaitement adaptées aux fonctions qu’elles ont à remplir.--Une conception hardie, et jusqu’à un certain point nouvelle, de la parfaite harmonie entre les diverses parties du corps, est une des qualités qui distinguent cet ouvrage.

Dans le Traité des Lieux affectés, Galien a devancé l’école moderne, en démontrant, par la théorie et par les faits, combien il importe d’abord à la connaissance des maladies, puis à la thérapeutique, de savoir exactement le siége du mal, en d’autres termes, d’arriver au diagnostic local. Cet admirable ouvrage, l’un des plus beaux titres de gloire de Galien, est pour la première fois traduit en français, il figure tout entier dans le second volume.

Les traités Des Facultés naturelles, Du Mouvement des muscles, Des Sectes, aux étudiants, De la meilleure Secte à Thrasybule, nous présentent une idée à peu près complète de la physiologie théorique et expérimentale de Galien.

Le traité De la Méthode Thérapeutique à Glaucon donnera une idée de la manière dont il concevait et exposait les généralités sur la médecine.

Les Œuvres de Galien forment 2 forts volumes grand in-8 de 700 pages. Prix de chaque, 10 francs.

=Envoi FRANCO, par la poste, contre un Mandat.=

ŒUVRES D’ORIBASE

TEXTE GREC, EN GRANDE PARTIE INÉDIT

COLLATIONNÉ SUR LES MANUSCRITS

Traduit pour la première fois en français, avec une Introduction, des Notes, des Tables et des Planches,

PAR LES DOCTEURS =BUSSEMAKER ET DAREMBERG.=

6 forts vol. in-8, gr. papier, imprimé à l’Imprimerie impériale.

=Les tomes I à IV, chacun de 750 pages, sont en vente.--Prix du vol.: 12 fr.=

Les amis des lettres et de la médecine ancienne applaudiront à la publication des Œuvres complètes d’Oribase; c’est pour la première fois qu’elles ont été réunies avec de notables augmentations.--Une partie seulement de la Collection médicale, véritable encyclopédie de la médecine ancienne, avait été publiée en grec. Le Synopsis en neuf livres, et le traité Ad Eunapium en quatre livres, n’ont jamais été publiés qu’en latin.

Pour entreprendre un travail de cette importance, il fallait les longues études, les laborieuses recherches et le dévouement de MM. Daremberg et Bussemaker; il fallait, de plus, les heureuses circonstances où s’est trouvé M. Daremberg, qui a été chargé par le ministre de l’instruction publique de quatre missions littéraires dans les principales bibliothèques d’Allemagne, de Belgique, d’Angleterre et d’Italie, pour y recueillir de nombreux matériaux.

On sait qu’un des grands mérites des Œuvres d’Oribase est d’être formées d’extraits textuels de médecins et de chirurgiens anciens, dont plusieurs nous seraient à peu près inconnus, si ces précieux fragments n’avaient été sauvés par le médecin et l’ami de l’empereur Julien.

Les livres Chirurgicaux d’Oribase ont un intérêt tout particulier: cependant ils sont peu connus: cela tient à ce que les uns ne sont publiés qu’en grec, et que pour les autres la traduction latine est souvent aussi difficile à entendre que le texte.

Les livres publiés par Cocchi et par le cardinal Ang. Mai ont été revus sur les manuscrits de Florence et du Vatican par MM. Bussemaker et Daremberg.

Les fragments retrouvés par M. Bussemaker, trois livres de la Collection médicale entièrement inconnus et découverts par Dietz et par M. Daremberg, ajoutent un nouveau prix aux œuvres d’Oribase.

Les quatre volumes publiés comprennent:

Tome Ier. Plan de la collection des médecins grecs.--Les rapports de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie impériale de médecine.--Collection médicale, livres comprenant les aliments, les boissons, les exercices (avec des notes sur la Gymnastique chez les anciens).

Tome IIe. Collection médicale, livres comprenant les émissions sanguines, les évacuations; de l’air et des localités; des médicaments externes; des bains; médication topique; médicaments simples, médicaments composés (avec des notes importantes).

Tome IIIe. Physiologie et Pathologie générales, physiologie de la Génération; hygiène, pathologie et symptomatologie générales; Splanchnologie; Nomenclature, os, muscles, nerfs, vaisseaux; Tumeurs contre nature (abcès, sinus, vésicules, fistules, gangrène, etc., du sphacèle, de l’érysipèle, des squirrhes, de l’herpès, de la phagédéenne, de l’œdème, des furoncles, etc.).

Tome IVe. Comprenant: des Tumeurs enkystées; des contractures de la langue; des varices, des scrofules, de l’emphysème, de l’anévrysme, du traitement de l’éléphantiasis, des dépôts, des fractures, des luxations, du déplacement des os du pied, des lacs, des bandages et des machines, du plinthium de Nilée, du glossocome de Nymphadore, machine de l’artisan, du ban d’Hippocrate, de l’hypospadias, de la hernie, des ulcères, etc.

ENVOI FRANCO CONTRE UN MANDAT SUR LA POSTE

=PUBLICATIONS DE J.-B. BAILLIÈRE et FILS.=

=HISTOIRE GÉNÉRALE DES SCIENCES MÉDICALES.= Résumé du cours fait au Collége de France par M. Ch. DAREMBERG, chargé du cours d’histoire de la médecine au Collége de France, membre de l’Académie de médecine. Paris, 1869, 1 vol. in-8 de 750 pages.

=RECHERCHES SUR L’ÉTAT DE LA MÉDECINE DURANT LA PÉRIODE PRIMITIVE= de l’histoire des Indous, par le docteur Ch. DAREMBERG, professeur chargé du cours d’histoire de la médecine au Collége de France, bibliothécaire de la Bibliothèque Mazarine. Paris, 1867, in-8 de 24 pages. 1 fr. 25

=NOTICES ET EXTRAITS DES MANUSCRITS MÉDICAUX GRECS, LATINS ET FRANÇAIS=, des principales bibliothèques d’Europe, 1re partie, BIBLIOTHÈQUES D’ANGLETERRE, par le docteur Ch. DAREMBERG. Paris, 1853, in-8. 7 fr.

=GLOSULÆ QUATUOR MAGISTRORUM SUPER CHIRURGIAM ROGERII ET ROLANDI=, publiées pour la première fois par le docteur Ch. DAREMBERG. Napoli, 1854, in-8 de LXIV--228 pages. 4 fr. 50

=DE SECRETIS MULIERUM=, De chirurgia, de modo medendi, libri septem. Poema medicum; nunc primum ad fidem codicis Mazarinæi, edidit C. DAREMBERG. Napoli, 1854, in-8 de 178 pages. 3 fr. 50

=HISTOIRE DE LA MÉDECINE= depuis son origine jusqu’au XIXe siècle, Paris, 1846, 2 vol. in-8.--LETTRES PHILOSOPHIQUES ET HISTORIQUES SUR LA MÉDECINE AU XIXe SIÈCLE, par le docteur P.-V. RENOUARD. Troisième édition, corrigée et considérablement augmentée. Paris, 1861. In-8 de 240 pages. 15 fr. 50

--Séparément, Lettres philosophiques et historiques. 3e édition. 1861, in-8. 3 fr. 50

Ces lettres traitent: I. La médecine jugée par les médecins.--II. Est-il, en médecine, un moyen de discerner le vrai du faux, le certain de l’hypothèse?--III. Des causes qui engagèrent les médecins à quitter la voie primitive de l’observation pure.--IV. La physiologie pathologique peut-elle être, oui ou non, en totalité ou en partie, le fondement direct et immédiat de la thérapeutique?--V. De l’éclectisme en médecine.--VI. De l’homœopathie.--VII. Des méthodes thérapeutiques.--VIII. Réponse à quelques objections concernant la doctrine empiri-methodique.--IX. Du rang que la médecine doit occuper dans un système général des connaissances humaines, et du degré de certitude qu’elle peut atteindre.--X. Les doctrines médicales devant l’Académie impériale de médecine.--XI. Les doctrines médicales devant les Facultés de médecine de France.

=HISTOIRE DES SCIENCES NATURELLES AU MOYEN AGE=, ou Albert le Grand et son époque considérés comme point de départ de l’école expérimentale, par F.-A. POUCHET, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Paris, 1853. 1 beau vol. in-8. 9 fr.

Table des matières: Introduction.--École scandinave.--École franco-gothique.--École bizantine.--École arabe.--ÉCOLE EXPÉRIMENTALE: Albert le Grand, St-Thomas d’Aquin, Roger Bacon, Alfred le Philosophe, Raymond de Lulle, Duns Scott, Trithème, Bazile Valentin, Nicolas Flamel, Vincent de Beauvais, Abélard, Barthélemy, Bruneto Latini, Richard de Furnival, Agricola, Platearius, Simon de Cordo, Leoniceno, J. de Dondis, P. Sanctinus, Leonard de Vinci, Arnaud de Villeneuve, P. d’Abano, Lanfranc, Guy de Chauliac, J. de Vigo, Mundinus, Béranger de Carpi, Achillini, Marco Polo, etc.

=L’ÉCOLE DE SALERNE.= Traduction en vers français, par CH. MEAUX SAINT-MARC, avec le texte latin en regard (1870 vers), précédée d’une introduction par M. le docteur Ch. DAREMBERG.--=DE LA SOBRIÉTÉ=, conseils pour vivre longtemps, par L. CORNARO, traduction nouvelle. Paris, 1861, 1 joli vol. in-18 jésus de LXXII-344, avec 5 vignettes. 3 fr. 50

=LETTRES DE GUI PATIN.= Nouvelle édition augmentée de lettres inédites, précédée d’une notice biographique, accompagnée de remarques scientifiques, historiques, philosophiques et littéraires, par RÉVEILLÉ-PARISE, membre de l’Académie impériale de médecine. Paris, 1846, 3 vol. in-8, avec le portrait et le fac-simile de GUI PATIN. 21 fr.

Les lettres de Gui Patin sont de ces livres qui ne vieillissent jamais, et quand on les a lues, on en conçoit aussitôt la raison. Ces lettres sont en effet l’expression la plus pittoresque, la plus vraie, la plus énergique, non-seulement de l’époque où elles ont été écrites, mais du cœur humain, des sentiments et des passions qui l’agitent.--Tout à la fois savantes, érudites, spirituelles, profondes, enjouées, elles parlent de tout: mouvements des sciences, hommes et choses, passions sociales et individuelles, révolutions politiques, etc. C’est donc un livre qui s’adresse aux savants, aux médecins, aux érudits, aux gens de lettres, aux moralistes, etc.

CELSI (A.-C.) DE RE MEDICA LIBRI OCTO, editio nova, curantibus P. FOUQUIER, in Facultate Parisiensi professore, et F.-S. RATIER, D. M. Parisiis, 1823, in-18. 2 fr.

LA MÉDECINE ET LES MÉDECINS, philosophie, doctrines, institutions, critiques, mœurs et biographies médicales, par Louis Peisse. Paris, 1857. 2 vol. in-18 jésus. 7 fr.

Cet ouvrage comprend: Esprit, marche et développement des sciences médicales.--Découvertes et découvreurs.--Sciences exactes et sciences non exactes.--Vulgarisation de la médecine.--La méthode numérique.--Le microscope et les microscopistes.--Méthodologie et doctrines.--Comme on pense et ce qu’on fait en médecine à Montpellier.--L’encyclopédisme et le spécialisme en médecine.--Mission sociale de la médecine et du médecin.--Philosophie des sciences naturelles.--La philosophie et les philosophes par-devant les médecins.--L’aliénation mentale et les aliénistes.--Phrénologie: bonnes et mauvaises têtes, grands hommes et grands scélérats.--De l’esprit des bêtes.--Le feuilleton.--L’Académie de médecine.--L’éloquence et l’art à l’Académie de médecine.--Charlatanisme et charlatans.--Influence du théâtre sur la santé.--Médecins poëtes.--Biographie.

=ÉTUDES SUR LE TRAITÉ DE MÉDECINE D’ABOUJAFAR AH’MAD=, intitulé: Zad Al-Mocafir, «La provision du voyageur», par G. Dugat, membre de la Société asiatique. Paris, 1853, in-8 de 64 pages (2 fr. 50). 1 fr.

=STORIA DELLA MEDICINA IN ITALIA=, dell dott. Salvator RENZI, medico napolitano. Napoli, 1845 à 1848. 5 forts vol. in-8. 40 fr.

=FLOS MEDICINÆ=, scholæ salertina, seconde édition entièrement refondue, comprenant les travaux inédits de Baudry de Balzac, et les vers nouvellement recueillis par Ch. Daremberg, et S. de Renzi, publié par les soins du docteur S. DE RENZI. Naples, 1859, in-8 de LXVIII-128 pages. 4 fr.

=STORIA DOCUMENTA DELLA SCUOLA MEDICA DI SALERNO=, seconda edizione. Napoli, 1857, in-8 de 608-CLXXXIV pages. 12 fr.

=MAGISTRI SALERNI.= Tabulæ et Compendium, extraits des manuscrits de la Bibliothèque impériale de Paris, enrichis de notes et de notices bibliographiques et historiques de Baudry de Balzac. Naples, 1859, in-8 de 68 pages. 2 fr. 50

=HISTOIRE DES FEMMES-MÉDECINS= depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, par H. SCOUTETTEN, docteur et professeur en médecine, officier de la Légion d’honneur, etc. Paris, 1868, in-18 de 24 pages. 75 c.

=LE CHARLATANISME ET LES CHARLATANS EN MÉDECINE=, étude psychologique, par le docteur VERDO. Paris, 1867, 1 vol. in-12 de 48 pages. 1 fr.

=ŒUVRES COMPLÈTES D’AMBROISE PARÉ=, revues et collationnées sur toutes les éditions, avec les variantes; ornées de 217 figures et du portrait de l’auteur, accompagnées de notes historiques et critiques, et précédées d’une introduction sur l’origine et les progrès de la chirurgie en Occident du VIe au XVIe siècle, et sur la vie et les ouvrages d’Ambroise Paré, par J.-F. MALGAIGNE, chirurgien de l’hôpital de la Charité, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Paris, 1840, 3 vol. grand in-8 à deux colonnes. 36 fr.

=ÉLOGES LUS DANS LES SÉANCES PUBLIQUES DE L’ACADÉMIE ROYALE DE CHIRURGIE DE 1750 A 1792=, par A. LOUIS, recueillis et publiés pour la première fois, au nom de l’Académie impériale de médecine, et d’après les manuscrits originaux, avec une Introduction, des notes et des éclaircissements, par FRÉD. DUBOIS (d’Amiens), secrétaire perpétuel de l’Académie impériale de médecine. Paris, 1859, 1 vol. in-8 de 548 pages. 7 fr. 50

Cet ouvrage contient: Introduction historique par M. Dubois, 76 pages; Éloges de J.-L. Petit, Bassuel, Malaval, Verdier, Rœderer, Molinelli, Bertrandi, Foubert, Lecat, Ledran, Pibrac, Benomont, Morand, Van Swieten, Quesnay, Haller, Flurent, Willius, Lamartinière, Houstet, de la Faye, Bordenave, David, Faure, Caqué, Faguer, Camper, Hevin, Pipelet, et l’éloge de Louis, par Sue.

Embrassant tout un demi-siècle et renfermant, outre les détails historiques et biographiques, des appréciations et des jugements sur les faits, cette collection forme une véritable histoire de la chirurgie française au XVIIIe siècle.

=HISTOIRE DES MEMBRES DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE=, ou Recueil des éloges lus dans les séances publiques, par E. Pariset, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine, etc., édition complète, publiée sous les auspices de l’Académie, précédée de l’éloge de Pariset, par F. DUBOIS (d’Amiens), secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine. Paris, 1850, 2 beaux vol. in-12. 7 fr.

Cet ouvrage comprend: Discours d’ouverture de l’Académie royale de médecine.--Éloge de Corvisart,--Cadet de Gassicourt,--Berthollet, --Pinel,--Beauchêne,--Bourru,--Percy,--Vauquelin,--G. Cuvier,--Portal, --Chaussier,--Dupuytren,--Scarpa,--Desgenettes,--Laennec,--Tessier, --Husard,--Marc,--Lodibert,--Bourdois de la Motte,--Esquirol, --Chevreul,--Larrey,--Lerminier,--A. Dubois,--Alibert,--Geoffroy Saint-Hilaire,--A. Paré,--Broussais,--Bichat, etc.

=CODE MÉDICAL=, ou Recueil des Lois, Décrets et Règlements sur l’étude, l’enseignement et l’exercice de la médecine civile et militaire en France, par AMÉDÉE AMETTE, secrétaire de la Faculté de médecine de Paris. Troisième édition, revue et augmentée. Paris, 1859, 1 vol. in-12 de 560 pages. 4 fr.

Ouvrage traitant des droits et des devoirs des médecins. Il s’adresse à tous ceux qui étudient, enseignent ou exercent la médecine, et renferme dans un ordre méthodique toutes les dispositions législatives et réglementaires qui les concernent.

=TRAITÉ DE LA CONTAGION=, pour servir à l’histoire des maladies contagieuses et des épidémies, par Ch. ANGLADA, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier. Paris, 1853, 2 vol. in-8. 12 fr.

=DOCUMENTS INÉDITS SUR LA GRANDE PESTE DE 1348.= (Consultation de la Faculté de Paris.--Consultation d’un praticien de Montpellier.--Description de G. de Machault), par le docteur Joseph MICHON. Paris, 1860, in-8. 2 fr. 50

=ÉTUDE PRATIQUE, RÉTROSPECTIVE ET COMPARÉE, SUR LE TRAITEMENT DES ÉPIDÉMIES= au XVIIIe siècle. Appréciation des travaux et éloge de Lepecq de la Cloture, médecin épidémiographe de la Normandie, par le docteur Max SIMON. Paris, 1853, in-8 de 348 pages. 5 fr.

ENVOI FRANCO CONTRE MANDAT SUR LA POSTE.

Paris.--Imp. de E. MARTINET, rue Mignon, 2.

* * * * *

Corrections.

Dédicace: «VILL» remplacé par «VILLE» (LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LA MÊME VILLE).

Page 16: «ne ne» remplacé par «ne» (à ne pas se séparer de l’homme).

Page 54, note 54: «Θουκγδιδου» remplacé par «Θουκυδιδου» (Θουκυδιδου περι του πελοπουνησιακος).

Page 61: «préfé-férence» remplacé par «préférence» (elle frappa, de préférence).

Page 68: «persuadé» remplacé par «persuadés» (se sont persuadés que la maladie).

Page 82: «Tive» remplacé par «Tite» (Tite-Live rapporte).

Page 85, note 88: «Anarcharsis» remplacé par «Anacharsis» (Barthélemy, Voy. du jeune Anacharsis).

Page 107: «dyssenterie» remplacé par «dysenterie» (Puis survenaient la dysenterie ).

Page 113: «aiusi» remplacé par «ainsi» (Il devançait ainsi de vingt-trois siècles).

Page 119: «choniqueur» remplacé par «chroniqueur» (le chroniqueur ne nous apprend rien).

Page 154, note 187: «a» remplacé par «la» (souvent la suite d’une pustule maligne).

Page 189: «s’étaient» remplacé par «étaient» (tous ceux qui s’y étaient exposés).

Page 215: «SE» remplacé par «DE» (DES ÉPIDÉMIES DE FIÈVRES ÉRUPTIVES NOUVELLES).

Page 223, note 269: «Hanh» remplacé par «Hahn» (Joanne Gothofredo Hahn, phil. et med.).

Page 293: «Rhasès» remplacé par «Rhazès» (les auteurs latins venus après Rhazès ).

Page 377, note 518: «in mittellater» remplacé par «des Mittelalters» (Fuchs, Das heilige Feuer des Mittelalters).

Page 397: «Giovanno» remplacé par «Giovanni» (Giovanni Villani adopte l’opinion de Zaële).

Page 420: «on» remplacé par «ou» (qui peut seule affaiblir ou neutraliser l’action).

Page 433: «Schadœus» remplacé par «Schadæus» (D’après Oséas Schadæus ).

Page 453, note 608: «eigth» remplacé par «eighth» (The life and reign of king Henry the eighth).

Page 538: «Rosembaum» remplacé par «Rosenbaum» (les tableaux peints sur nature par M. Rosenbaum).

Page 546, note 748: «vairola» remplacé par «variola» (De variola magna).

Page 630: «circusation» remplacé par «circulation» (arrêt presque complet de la circulation générale).

Catalogue page 7: «SCOULA» remplacé par «SCUOLA» (STORIA DOCUMENTA DELLA SCUOLA MEDICA).

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