Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV (part 5 of 6)
4, +Castille+.--DE THOU, LXV.--Bataille d’El-Ksar el-Kebir, au Maroc, en 1578. Y périrent: Sébastien, roi de Portugal, qui disparut dans le combat; le vainqueur Muley Abd el-Melek, roi de Fez et de Maroc, terrassé par la maladie dans le cours même de la bataille; Muley Mohammed, son neveu, qu’il avait détrôné et à l’instigation duquel était venu Sébastien, auquel il s’était joint, se noya dans sa fuite; de la sorte périrent par la maladie, le fer et l’eau, trois rois dans cette même journée.--Sébastien ne laissant pas d’enfants, le cardinal Henri, son oncle, lui succéda; et, à la mort de celui-ci (1580), Philippe II, roi d’Espagne, s’empara de la couronne du Portugal.
34, +Tracasser+.--Mener çà et là, malgré les souffrances qu’il éprouvait.
=550=,
2, +Nouuelle+.--De Thou, LXV, raconte qu’on prêtait le même fait à Charles de Bourbon, l’ancien connétable, tombant expirant au pied des murailles de Rome, à laquelle il donnait l’assaut avec les bandes à la tête desquelles il s’était mis (1527).--Nelson, en 1805, à Trafalgar, en agit de même: blessé à mort sur le pont de son vaisseau amiral, et transporté dans sa chambre, il se fit couvrir la figure et ses décorations de son mouchoir, afin de n’être pas remarqué de l’équipage et de ne pas l’impressionner défavorablement.
10, +Main+.--V. N. =II=, 430: Premier.--Une fois sa résolution arrêtée, dit PLUTARQUE qui raconte cette mort avec grands détails, ayant près de lui l’épée avec laquelle il était décidé à se tuer, il s’endormit lisant le Phédon et alternativement prenant un peu de repos.
CHAPITRE XXII.
13, +Essaye+.--Éprouve, fatigue.
13, +Lisois+.--Dans la Cyropédie de XÉNOPHON, VIII, 6, 9.
20, +Gruës+.--Les empereurs du Mexique avaient des courriers à pied, qui atteignaient à peu près à la même vitesse; ils étaient dressés à la course et leurs exercices, à Mexico, avaient comme but final les pieds d’une idole auxquels on arrivait en montant 120 marches.
20, +Cæsar+.--De Bello civili, III, 11.
24, +Mille+.--SUÉTONE, César, 57. Le mille romain valait environ 1500m (exactement 1481); cent milles font donc à peu près cent cinquante kilomètres.
27, +Tiberius Nero+.--PLINE, Nat. Hist., VII, 20. Tibère, le même qui devint plus tard empereur. Le fait se passait en l’an =9=; son frère Drusus, après de nombreux succès en Gaule, opérait en Germanie, quand il tomba malade et mourut. Tibère prit la conduite des opérations et acheva la déroute des Germains, =8=.
=552=,
3, +Peruenit+.--TITE-LIVE, XXXVII, 7.--En =190=; l’armée romaine, en marche contre Antiochus, devait traverser la Thrace; Sempronius Gracchus fut député à Philippe de Macédoine dont elle dépendait, pour pénétrer ses sentiments et savoir si on l’aurait pour ou contre soi.--La distance d’Amphise à Pella est d’environ trois cents kilomètres.
3, +Postes assises+.--Relais permanents, d’usage habituel.--Louis XI, en France, fut le premier qui établit un service de poste régulier; les relais étaient placés de deux en deux lieues (8 kilomètres).--Qu’est-ce que la vitesse de ces moyens de transport auprès de celles réalisées de nos jours par les moyens de locomotion qui sont venus s’ajouter aux anciens; alors que sur hippodrome, la plus grande vitesse obtenue à pied a été de cinq kilomètres en seize minutes et celle à cheval de 3.000m en 3m 15 (réalisée en 1903, par Quo Vadis, au Grand Prix de Paris), déjà avec le vélocipède, dont aujourd’hui tout le monde use, on fait aisément d’une façon suivie sur une bonne route 25 à 30 kil. à l’heure; tandis qu’en mer on arrive à des vitesses de 33 nœuds (60 kil. à l’heure) par des torpilleurs; l’Angleterre a même actuellement sur chantier un croiseur qui doit marcher à 36 nœuds (65 kil. 400); des trains de chemin de fer vont couramment à la vitesse de 100 kil. à l’heure, le dépassant même; des automobiles ont atteint jusqu’à 120.
5, +Cecinna+.--Il avait, dit PLINE, Nat. Hist., X, 24, des quadriges (chars attelés à quatre chevaux de front) qu’il faisait courir; et, pour annoncer à ses amis le résultat, il lâchait celles de ses hirondelles qu’il emportait avec lui à Rome, teintes de la couleur du parti qui avait remporté la victoire.--La vitesse des hirondelles semble notablement supérieure à celle des pigeons: récemment, une hirondelle avait été amenée d’Anvers à Compiègne et, en même temps, 250 pigeons de même provenance. Lâchés ensemble, l’hirondelle aurait regagné son nid en une heure sept minutes, ce qui donne 207 kilomètres à l’heure, tandis que les premiers pigeons arrivés auraient mis quatre heures et deux minutes pour franchir cette même distance de 235 kilomètres.
10, +Rome+.--Les théâtres, dans l’antiquité, étaient à ciel ouvert. Indépendamment des représentations théâtrales, ils servaient, à Rome, aux combats de gladiateurs, aux courses, etc., lesquels étaient l’objet de paris dont il importait de connaître les résultats qui se transmettaient ainsi.
13, +D. Brutus+.--PLINE, Nat. Hist., X, 77.--Assiégé dans Mutine (Modène), D. Brutus fit parvenir au camp des consuls des lettres attachées aux pattes de pigeons, et déjoua ainsi la vigilance d’Antoine, malgré les filets tendus par celui-ci en travers du fleuve pour intercepter toute communication (=43=).
14, +Ailleurs+.--Cet emploi des pigeons pour les communications rapides est très ancien. Les Grecs en usaient aux jeux olympiques pour signaler les vainqueurs, les Romains aux jeux du cirque; les Chinois s’en servaient; en Égypte, on annonçait de la sorte à l’intérieur l’arrivée des bateaux à Alexandrie. Leur usage à la guerre est plus récent, Montaigne en cite le premier exemple connu; pendant les croisades, les Sarrasins en firent grand usage et les Croisés les imitèrent dans des proportions plus restreintes. En Europe, il ne remonte guère qu’au milieu du siècle dernier, mais il s’est depuis considérablement étendu, nonobstant le télégraphe et l’invention de la télégraphie sans fil. La vitesse des pigeons bien entraînés est estimée de 60 à 80 kil. à l’heure, et les traites fournies atteindre 4 à 500 kil., cela toutefois semblant des maxima.--Les anciens, comme tous les peuples primitifs, ont souvent usé, pour communiquer à distance, de feux allumés sur des points élevés dont, de jour la fumée, de nuit la lueur, marquaient qu’un événement attendu venait de se produire. C’est à cela que servaient, au moyen âge, les nombreuses tours dont les ruines s’aperçoivent encore sur notre rivage méditerranéen; elles signalaient par leurs feux l’apparition au large des navires suspects et invitaient les populations éparses dans les campagnes à se mettre en sûreté dans les bourgs.--Citons encore comme moyen de communication rapide en usage au temps jadis les cris répétés de distance en distance; c’est ainsi, dit CÉSAR, dans ses Commentaires, que le massacre des Romains qui avait été fait à Orléans au lever du soleil, fut connu à neuf heures du soir en Auvergne à cinquante lieues de distance.--Le télégraphe aérien, inventé sous la Révolution, outre sa permanence, réalisait le grand avantage, par son code de signaux, de pouvoir transmettre à peu près tout; mais son fonctionnement était interrompu par la nuit et le brouillard. La télégraphie électrique qui s’est substituée à lui, presque instantanée, puis le téléphone semblaient le nec plus ultra, et voici que la télégraphie sans fil va encore au delà de ce que l’on pouvait concevoir; née d’hier, elle a déjà donné possibilité de communiquer à des distances de deux cents kilomètres.
20, +Chemin+.--Il en était de même chez les Romains, où, comme on l’a vu plus haut, ce service comportait aussi des coches. Le cas échéant, chevaux de selle, bêtes de trait et véhicules pouvaient être réquisitionnés par les courriers dans l’embarras; cette servitude fut abolie par l’empereur Adrien.
22, +Seiour+.--Soulagement.
23, +Vsage+.--C’est cependant d’un effet salutaire pour les longues courses, se répétant plusieurs jours de suite, qu’on les fasse à pied ou à cheval, mais il faut y être habitué.--Les sultans entretenaient également des courriers à pied, auxquels, dit-on, par une opération chirurgicale, on enlevait la rate pour les rendre plus dispos et plus agiles. PAYEN.
CHAPITRE XXIII.
=554=,
11, +Atletes+.--En dehors de l’entraînement continu auquel de nos jours sont soumis les jockeys qui prennent part aux courses, on leur fait suivre un régime spécial et, entre autres choses, on provoque pareillement, chez eux, d’abondantes transpirations pour les rendre plus légers, avant qu’ils ne montent à cheval pour courir.
20, +Marée+.--Foule; comme on dit «les flots de la multitude».
22, +Grece+.--Les Turcs; mais cette situation a pris fin en 1830, époque à laquelle une insurrection datant de 1821 et la bataille navale de Navarin, gagnée en 1827 par les flottes combinées de France, d’Angleterre et de Russie, rendirent à la Grèce son indépendance.
32, +Inconuenient+.--C’est actuellement encore, en Europe, une des causes de guerre des plus à redouter que de servir de palliatif à des difficultés économiques, ou de dérivatif à des difficultés de politique intérieure, qui vont croissant sans cesse par suite de l’aveuglement, de l’inertie et de la division des conservateurs et, d’autre part, de l’esprit de plus en plus entreprenant et des exigences de plus en plus grandes des socialistes.
39, +Carthaginois+.--Carthage, située non loin de l’emplacement où se trouve actuellement Tunis, devenue la capitale d’une république maritime très puissante, et la rivale de Rome, eut à soutenir contre celle-ci de longues luttes connues sous le nom de «guerres puniques», qui se terminèrent par la prise et la destruction de la cité africaine (=146=).
39, +Bretigny+.--FROISSART, I, 213.--Le traité de Brétigny (1359), par lequel le roi Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, abandonnait à l’Angleterre, pour racheter sa liberté, toutes les conquêtes faites par ses prédécesseurs, ne fut pas reconnu par les États généraux convoqués à cet effet par le Dauphin. La guerre reprit alors de plus belle, pour ne se terminer qu’en 1453, par la bataille de Castillon; elle avait duré cent quinze ans.
=556=,
2, +Outre-mer+.--Allusion à une expédition en Angleterre, méditée vers 1338 par Philippe IV de Valois, pour laquelle il avait réuni vingt à trente mille hommes, et que devait commander son fils Jean, duc de Normandie, depuis Jean le Bon, alors âgé de 20 ans; cette expédition n’eut pas lieu, le roi d’Angleterre ayant pris lui-même l’offensive et envahi la France.
10, +Ruine+.--C’était l’avis de l’amiral de Coligny; et, s’il se trouvait à Paris lors de la S.-Barthélemy, c’est qu’il était question, à ce moment, entre le roi et lui, d’une guerre dans les Pays-Bas devant servir de dérivatif à nos troubles intérieurs d’alors, guerre dans laquelle il eût exercé un commandement.
13, +Commodité+.--«La guerre n’est qu’un instrument de la politique.» CLAUSEWITZ.
14, +Virgo+.--Némésis, déesse de la vengeance, chargée de punir le crime et de renverser une insolente prospérité; surnommée Rhamnusia, de ce qu’elle avait un temple à Rhamnus, bourg de l’Attique.
20, +Elotes+.--PLUTARQUE, Lycurgue, 21.--Elotes ou Ilotes; à l’origine ce nom désignait les habitants d’Hélos, ville de Laconie (Grèce anc.), prise et détruite en =1059= par les Lacédémoniens qui les réduisirent en esclavage. Il fut ensuite étendu à tous leurs esclaves indistinctement, qu’ils traitaient avec une extrême dureté, les entretenant soigneusement dans l’état le plus abject.
27, +Art+.--CELSE dit à cet égard: «Ceux qui pratiquent la médecine rationnelle, estiment qu’Hérophile et Erasistrate agissaient bien, en obtenant des rois que les criminels leur fussent livrés pour être disséqués vivants, et qu’on pût observer, alors qu’ils étaient encore pleins de vie et avant qu’ils eussent rendu l’âme, la disposition, la couleur, la forme, les dimensions des organes»; mais il ajoute: «disséquer ainsi des hommes vivants, est aussi cruel qu’inutile».
35, +L’empereur+.--Ce ne fut qu’en 403 que les combats de gladiateurs furent abolis par l’empereur Honorius, après que les spectateurs eurent tué à coups de pierre un anachorète, nommé Télémaque, qui, venu exprès de l’Orient à Rome, s’était jeté entre les combattants pour les séparer.
=558=,
17, +Rumpi+.--Dans les combats de gladiateurs, le vaincu devait mettre bas les armes et était égorgé, à moins que les spectateurs ne voulussent lui sauver la vie; le vainqueur les consultait du regard: le bras étendu, le poing fermé, le pouce détaché et en dessus, marquait qu’il eût à achever son adversaire; le poing renversé, le pouce en dessous, qu’on faisait grâce.
30, +Interest+.--Le fait était assez fréquent jadis: le landgrave de Hesse, le duc de Brunswick en Allemagne vendaient leurs sujets aux recruteurs anglais; le prince de Waldeck, aux Hollandais; les Suisses se vendaient eux-mêmes. A la bataille de S.-Quentin, il y avait des Allemands des deux côtés; de même des Suisses, à la bataille de Fontenoy, etc.
CHAPITRE XXIV.
31, +Romaine+.--Ce qui a le plus contribué à rendre les Romains les maîtres du monde, c’est qu’ayant combattu successivement tous les peuples, ils ont toujours renoncé à leurs usages, sitôt qu’ils en ont trouvé de meilleurs. MONTESQUIEU.
=560=,
4, +Suetone+.--César, 56.
10, +Moy+.--CICÉRON, Epist. fam., VII, 5.--La lettre en question porte M. Orfius.--Quelques-uns ont regardé l’offre de César comme un badinage, Montaigne la prend au sérieux et il a probablement raison; ces chefs de peuplade étaient de fait des lieutenants de la république romaine et il n’y a pas à s’étonner qu’elle pourvût à leur nomination.
12, +Deiotarus+.--CICÉRON, De Divin., II, 37.--Déjotarus était allié de Rome; malgré ses traités avec elle, César lui enleva son royaume parce qu’il avait suivi le parti de Pompée auquel il s’était lié d’amitié; plus tard, il le reçut en grâce.
13, +Gentil-homme+.--Les éd. ant. à 88 ajoutent: sien amy.
16, +Escus+.--SUÉTONE, César, 54, indique comme se montant à six mille talents (27.900.000 fr.) la contribution que versa Pompée.
19, +Marcus Antonius+.--PLUTARQUE, Antoine, 8.
34, +Immortels+.--En =170=. TITE-LIVE, XLV, 12 et 13.
=562=,
5, +Reges+.--Citation que Montaigne a traduite, avant de la donner.--C’est le régime qui, de nos jours, subsiste dans la partie de l’Hindoustan soumise à la domination de l’Angleterre, qui en a absorbé une portion, en administre une autre directement et a laissé le reste à ses princes indigènes respectifs à titre de tributaires, vassaux ou alliés. C’est ce qu’elle est en train d’appliquer à l’Égypte; et ce que nous-mêmes pratiquons en Tunisie, sous le nom de protectorat.
10, +Acquis+.--En 1526, Jean Zapoly disputait à Ferdinand d’Autriche (le frère de Charles-Quint) le trône de Hongrie: battu par son compétiteur, il s’adressa à Soliman dont il se reconnut le vassal, et en obtint, en retour, l’investiture d’une partie de ce royaume et des secours.
CHAPITRE XXV.
21, +Appian+.--Guerres civiles, IV.
29, +Hebetée+.--Affaiblie.
34, +Liaisons+.--Bandages.
=564=,
1, +Froissard+.--Mémoires, 1, 29.
8, +Bicles+.--Ceux qui louchent.
11, +Mot+.--C’est ce qui arrive fréquemment quand, pour se moquer, les enfants contrefont un tic, un défaut de prononciation: c’est ce qui leur fait contracter si facilement et d’une façon inconsciente l’accent des pays où ils séjournent; c’est également un effet analogue qui fait qu’entendre tousser, voir bâiller nous provoque à le faire nous-mêmes. Cela avait donné lieu chez les Grecs à un proverbe que rapporte Plutarque: «Si tu fréquentes un boiteux, tu apprendras à clocher»; et à ce propos, Montaigne dit encore au chap. XX du livre I des Essais (=I=, 132): «Vn tousseur continuel irrite mon poulmon.»
15, +Seiourner+.--Et de me reposer dessus.
19, +Pline+.--Nat. Hist., VII, 50.
22, +Ailleurs+.--«Fortis imaginatio generat casum, disent les clercs»; entrée en matière du ch. XX du liv. I (=I=, 132).
28, +Lucilius+.--SÉNÈQUE, Epist. 50.
CHAPITRE XXVI.
=566=,
20, +Barbares+.--TACITE, Ann., XII, 47.--Cette coutume était en usage chez les peuples de l’Asie septentrionale: les Ibériens, les Arméniens, les Parthes.
26, +Pollere+.--Les éd. ant. aj.: qui signifie exceller sur les autres.
=568=,
6, +Populariter+.--V. N. =II=, 558: Rumpi.
11, +Armées+.--SUÉTONE, Auguste, 24.
12, +Italique+.--Ou sociale; guerre entre les Romains et leurs alliés les peuples d’Italie, qui réclamaient, pour prix de leurs services, le droit de bourgeoisie et les privilèges attachés au titre de citoyen romain (=91= à =87=).
15, +Voyage+.--Les éd. ant. portent: cette guerre, au lieu de: «ce voyage».--VALÈRE MAXIME, V, 3, 3.--On croit que c’est de là (a pollice trunco, de ce qu’on se mutilait le pouce pour se dispenser du service militaire) que vient le mot poltron (V. N. =II=, 542: Appoltronny).--En 367, l’empereur Valentinien condamna à être brûlés vifs ceux qui se coupaient les doigts pour se soustraire à la milice. De nos jours, en France, ceux qui se rendent coupables de faits semblables ou analogues, ce qui arrive de temps à autre, sont punis judiciairement et, à l’expiration de leur peine, envoyés dans des corps de discipline où ils accomplissent leur temps de service.
15, +Quelqu’vn+.--Ce quelqu’un c’est Philoclès, un des généraux d’Athènes, dans la guerre du Péloponnèse, qui, lui-même fait prisonnier un peu plus tard à la bataille d’Ægos Potamos (=404=), fut mis à mort avec 3.000 autres prisonniers. PLUTARQUE, Lysandre, 5; XÉNOPHON, Hist. Gr., II; etc.
18, +Æginetes+.--En =458=. CICÉRON, De Off., III, 11; VALÈRE MAXIME, IX, 2; mais Elien, Plutarque et Xénophon, qui relatent également le fait, disent que ce fut pour les mettre hors d’état de manier la lance, sans les rendre incapables de ramer. Peut-être est-ce en retour que fut rendue à Égine cette loi qui ordonnait de mettre à mort tout Athénien qui aborderait dans l’île, loi dont faillit être victime Platon quand il y fut déporté par ordre de Denys le Tyran; il n’aurait dû son salut qu’à ce que quelqu’un aurait dit par dérision que ce n’était qu’un philosophe, sur quoi on se borna à l’agréer comme esclave.--A certains moments de l’empire romain, on coupa aussi les jarrets aux prisonniers de guerre pour les empêcher de servir plus tard.
19, +Lacedemone+.--PLUTARQUE, Lycurgue, 14.
CHAPITRE XXVII.
21, +Couardise+.--Lâcheté, poltronnerie.
25, +Friuoles+.--Robespierre, au plus fort de la Terreur, voyant pêcher, après un repas qu’il avait fait à la campagne, s’apitoyait, dit-on, sur les souffrances des poissons qui, une fois pris, mouraient hors de l’eau. Mme CAMPAN.
28, +Andromache+.--Hécube, pendant la guerre de Troie, perdit presque tous ses enfants au nombre de dix-neuf, vit massacrer sous ses yeux son mari, sa fille Polyxène, son petit-fils Astyanax, fils d’Hector, et devint l’esclave d’Ulysse, tandis que sa fille Andromaque devenait celle de Pyrrhus, fils d’Achille, qui l’épousa. Les malheurs de l’une et de l’autre ont fait le sujet de tragédies grecques et aussi de tragédies françaises.
29, +Iours+.--PLUTARQUE, Pélopidas, 15.--Alexandre de Phères, assistant à une représentation des Troades d’Euripide, sortit brusquement du théâtre et fit dire à l’acteur de ne pas s’inquiéter et de continuer à bien jouer son rôle; que s’il était sorti, ce n’était pas qu’il fût mécontent de son jeu, mais qu’il avait honte que lui, qui sans pitié envoyait tant de gens à la mort, on le vît s’attendrir sur les malheurs d’Hécube et d’Andromaque.
=570=,
2, +Voir+.--S’arrête, dès qu’elle voit.
8, +Gendarme+.--S’accoutume au meurtre et devient cruel par l’habitude de plonger, jusqu’aux coudes, ses mains et ses bras dans le sang.--«Se gendarmer», c’est se mettre en humeur, en posture d’homme qui veut combattre.
20, +Bouquer+.--«Faire bouquer quelqu’un», c’est lui causer du dépit, le mortifier, le faire enrager, l’obliger à céder. Au propre, c’est, en se jouant, donner sur les joues du patient, qui les tient gonflées, deux petites tapes, du plat et du revers de la main, qui l’obligent à desserrer et à laisser échapper l’air qui sort avec un bruit semblable à celui d’un petit coup de baguette sur un tambour.
29, +Commise+.--PLUTARQUE, Des délais de la Justice divine, 2.--Montaigne se trompe en disant que Bias plaignait les Orchoméniens; c’est Patrocle, un des interlocuteurs de ce dialogue de Plutarque, qui cite cet exemple de la vengeance trop tardive des dieux, sans indiquer en quoi a consisté cet acte de trahison, ni à quelle époque il a été commis, mais seulement que de ce fait les Orchoméniens auraient perdu enfants, parents et amis, et que ce ne serait que longtemps après que Lyciscus aurait été atteint d’une maladie par suite de laquelle son corps tombait en décomposition et que lui-même considérait comme une punition du ciel.
37, +Pistolade+.--Coup de pistolet.
=572=,
16, +Vertu+.--Courage.
19, +Vaincre+.--Les éd. ant. portent: mais lâchement, sans combat et sans hazard; au lieu de: «plus seurement qu’honorablement».
24, +Aueugle+.--«Faire la figue à quelqu’un», c’est lui faire la nique, lui tirer la langue, lui rire au nez, en un mot se moquer de lui en lui faisant quelque grimace (V. N. =I=, 124: Figue).
24, +Sourd+.--«Dire des pouilles à quelqu’un», c’est lui dire des injures, des paroles méprisantes.
27, +Morts+.--PLINE, dans sa Préface à Vespasien. C’est Plancus lui-même qui fit la réponse donnée par Montaigne comme exprimée en son nom.
29, +Noisif+.--Querelleur; dérive de noise que l’on retrouve encore dans cette expression souvent employée: «chercher noise».
29, +Aristote+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 18.
32, +Coup+.--Les éd. ant. ajoutent: de baton.
=574=,
8, +Combat+.--C’est ce à quoi on est revenu de nos jours.
33, +Henry+.--Chroniques de MONSTRELET, I, 9.--En 1371; le duc d’Orléans, frère de Charles VII et père de Dunois, accusé d’avoir contribué à la maladie du roi devenu fou, et de le tenir en chartre privée, avait provoqué Henry IV roi d’Angleterre, qui avait tenu ce propos; chacun devait être accompagné de cent chevaliers. Henry n’accepta pas le défi, disant qu’il n’était pas dans les usages de ses prédécesseurs que le roi se mesurât avec quelqu’un qui n’était pas de son sang (de moindre état qu’il n’était lui-même).
34, +Lacedemoniens+.--HÉRODOTE, I, 82; PAUSANIAS, X, 9; ATHÉNÉE, XV, 6; etc.--Les Argiens et les Lacédémoniens, en querelle au sujet du territoire de Thyrée, convinrent de remettre leurs intérêts à trois cents de chaque parti. Le combat eut lieu; il ne demeura que deux Argiens et un Lacédémonien du nom d’Othryadès; la nuit les sépara; les deux Argiens se retirèrent; Othryadès, resté seul, érigea un trophée avec les armes des ennemis, y traça de son propre sang une inscription qui attribuait la victoire à son pays et se donna la mort pour ne pas survivre à ses compagnons. Mais cela ne servit de rien; on ne s’entendit pas sur le vainqueur; les deux armées en vinrent aux mains et la victoire demeura à Sparte (=VIe= siècle).
35, +Curiatiens+.--Le combat eut lieu à la vue des deux armées, pour décider à laquelle, de Rome ou d’Albe, appartiendrait la suprématie. Trois frères de part et d’autre, les Horaces pour Rome, les Curiaces pour sa rivale, étaient en présence: au premier choc deux Horaces tombèrent, les trois Curiaces étaient blessés. Le survivant des Horaces, craignant de succomber contre ses trois adversaires réunis, feignit de prendre la fuite afin de les diviser, persuadé qu’ils le suivraient plus ou moins vite suivant la gravité de leurs blessures. Sa prévision se réalisa; revenant alors impétueusement sur ses pas, il immola successivement ses trois adversaires et assura ainsi le triomphe de sa patrie (=667=).--En citant ce fait, Plutarque en conte un autre, à peu près identique dans ses détails, survenu lors d’une guerre entre les habitants de Tégée et de Phenée (Grèce); des deux côtés, les champions étaient trois frères jumeaux.
39, +Meslé+.--A ajouter à cette nomenclature le combat des Trente, célèbre défi porté en 1351 par Jean, sire de Beaumanoir, au châtelain anglais de Ploërmel. Trente chevaliers bretons et autant d’anglais en vinrent aux mains au pied du chêne Mi-voie (Bretagne); huit anglais furent tués, les autres se rendirent. Dans l’ardeur de l’action Beaumanoir blessé, épuisé de fatigue et de la perte de son sang, faiblissait: «Bois ton sang, Beaumanoir!» lui cria son frère qui était au nombre des combattants. BOUILLET.
39, +Domestique+.--De famille.--Ce duel, dont il va être parlé, Montaigne n’en fait pas mention dans son journal de voyage, ce qui donne à penser qu’il a dû avoir lieu après son départ d’Italie, où son frère l’avait accompagné et où il demeura après lui; on peut voir tout le détail de cette affaire dans les Mémoires de BRANTÔME, touchant les duels.
=576=,
29, +Theorique+.--Nous disons aujourd’hui théorie, quoique nous ayons conservé pratique; c’est une bizarrerie de l’usage.--RABELAIS, I, 5, dit comme Montaigne: «Ie n’entends point la théorique; la practique, ie m’en aide quelque peu.»--BRANTÔME, parlant des duels, dit pareillement: «Les Italiens en ont tres bien sceu les théoriques et practiques.»
34, +Germains+.--TITE-LIVE, XXVIII, 21.--Tous deux se disputaient la succession à une principauté; ils résolurent de s’en remettre au sort des armes. Ils se battirent en présence de l’armée romaine, dans l’arène des gladiateurs à Carthage (et non en Espagne), alors qu’on y célébrait des jeux funèbres à l’occasion de la mort des deux Scipion (=206=).
=578=,
15, +Butes+.--C’étaient des tirs organisés pour l’arc et l’arbalète, avec ou sans banquette pour le tireur d’une part; et de l’autre, à distance convenable, une levée de terre contre laquelle se plaçait le but à atteindre comme il en existe encore beaucoup dans le Nord de la France. Le mot «butes» signifie ici ce genre de tir, plutôt que son aménagement.
Tous les exercices concourant au développement de la force et de l’adresse, sont à pratiquer, et notamment ceux qui sont d’utilité immédiate à la guerre. A ce titre le tir à l’arme de guerre est particulièrement à encourager, car la défense nationale y est intéressée: les efforts individuels de quelques-uns à cet égard sont insuffisants, il faut que cela devienne une institution d’État. Pour ce faire, et c’est possible, facile même, il faudrait que ces tirs à la cible pussent s’effectuer au centre même des populations, et nonobstant n’offrir aucun danger; être gratuits dans une certaine mesure, pour tout individu de nationalité française, de l’âge des enrôlements volontaires à celui du passage dans l’armée territoriale. On peut satisfaire aux deux premières conditions, en établissant ces tirs souterrainement, dans les villes, sous les promenades publiques ou les principales artères (à Paris par exemple sous l’esplanade des Invalides, aux Tuileries sous la terrasse du bord de l’eau, etc.), et dans les localités moindres, dans le voisinage immédiat, à l’instar des tirs forains. On emploierait à cet effet des tuyaux métalliques de 2 à 5m de longueur, s’ajoutant les uns aux autres, de forme appropriée, de 1m de hauteur sur 0.60 de largeur, d’épaisseur variable suivant qu’ils seraient en acier ou en fonte, suffisante pour n’être pas perforés par la balle; leur longueur totale permettant le tir à 200m. A l’origine du tir serait, pour le personnel et les tireurs, une construction également souterraine analogue à celle qui vient d’être édifiée pour un tout autre usage, à Paris, près de l’église de la Madeleine; l’autre extrémité serait aménagée pour les marqueurs; un fil électrique les relierait. Des organisations analogues ont déjà fonctionné à Lisieux, à Bergerac, et donnent les meilleurs résultats.--Le tir aurait lieu les dimanches et jours de fête. Le nombre des cartouches allouées annuellement à titre gratuit aux seuls individus dont il a été question ci-dessus, pourrait être de 36 à chaque ayant-droit, qui aurait la faculté de les tirer quand bon lui semblerait par série de six, en trois séances au moins: l’État trouverait là un heureux moyen de renouveler ses approvisionnements de mobilisation; on intéresserait les tireurs, en leur tenant compte des résultats lors de l’appel sous les drapeaux ou des périodes d’instruction. L’installation de ces tirs, et il devrait en être créé un au moins par canton, serait peu considérable: 3.000 fr. environ; elle serait à la charge des communes du canton. L’État pourrait leur venir en aide par des subventions, cela constituant au premier chef une dépense d’utilité publique indispensable pour que le tir, qui importe à un si haut degré à notre sécurité et à notre indépendance, pénètre dans les mœurs.
15, +Tournois+.--Sorte de fête publique, très en faveur au moyen âge, où les chevaliers se mesuraient entre eux à cheval, armés de pied en cap, mais à armes courtoises. Ces jeux, qui souvent entraînaient mort d’homme, prirent fin en France en 1559, à la suite d’un accident survenu au cours de l’un d’eux et qui causa la mort du roi Henri II.
15, +Barrieres+.--C’était une variante de ce qui se pratiquait dans les tournois: au lieu d’avoir liberté entière de mouvements, les deux adversaires étaient séparés par des barrières qui empêchaient le combat corps à corps.
19, +Dommageables+.--Par ce qu’il a dit du duel et ce qu’il dit ici de l’escrime--qui en est l’exercice préparatoire--on voit que Montaigne réprouve à la fois l’un et l’autre. En ce qui touche le duel proprement dit, cette réprobation est parfaitement justifiée, c’est un reste d’institutions barbares où le bon droit n’entre pour rien et a trop souvent le dessous, mais il est dans les mœurs et par cela même difficile à déraciner, au point que la peine de mort édictée contre les duellistes, et appliquée à certains moments, n’a pu en avoir raison. De nos jours, où les lois, à cet égard, sont absolument lettre morte, il est surtout cultivé par de faux braves auxquels il sert à faire de la réclame. Il n’en serait pas ainsi si on ridiculisait comme elles le méritent ces rencontres sans motifs sérieux, aboutissant à des résultats qui ne le sont pas davantage. Si, chaque fois, elles devaient se poursuivre jusqu’à la mise hors de combat de l’un des deux adversaires et n’étaient pas arrêtées à la moindre égratignure, ou à la première balle tirée même perdue, leur nombre s’en réduirait déjà considérablement; et bien plus encore si chaque fois aussi la justice, comme c’est son devoir, citait devant elle sans exception et non à sa fantaisie tous ceux ayant soit comme adversaires, soit comme témoins participé à un duel, quel qu’en ait été le résultat, et frappait impitoyablement pour fait ou tentative d’homicide ou de coups et blessures celui qui serait reconnu avoir à sa charge les torts ayant rendu le duel indispensable ou l’ayant amené abusivement. Dans ces conditions, on se respecterait davantage les uns les autres, tout en n’allant sur le terrain que pour des raisons en valant la peine, si toutefois il en existe qui justifient que, quelle que soit l’inégalité que crée entre les adversaires la pratique des armes, se faire tuer ou blesser répare une injure dont on a été victime. Cela est tellement absurde qu’il serait tout aussi efficace et bien plus logique de la part de ceux qui sont d’accord pour régler leurs querelles de la sorte, de fixer d’abord à l’amiable, par l’intermédiaire de leurs témoins, la réparation jugée nécessaire: la mort, une balle ou un coup de poignard dans la poitrine, dans un membre, ou encore payer une amende, accomplir tel ou tel acte, satisfaire à telle convention, suivant ce qui aurait été ainsi décidé, et tirer au sort auquel des deux il échéerait de s’exécuter. De cette façon, les chances seraient égales, le but ne serait pas dépassé, et la justice n’aurait pas à intervenir; sans compter que si hétéroclite que cela paraisse, ce mode de réglement a parfois été déjà employé.
Quoi qu’il en soit, le duel est et restera toujours une institution qui n’a pas le sens commun:--Tandis qu’il est permis aux personnes soi-disant distinguées de se faire justice à coups d’épée ou de pistolet, il est défendu à l’homme du peuple de se la faire à coups de bâton (Colonel PERRON).--On rougit dans le monde honorable de ruiner un joueur qui ne sait pas jouer, on ne rougit pas d’ôter la vie à qui ne sait pas se défendre.--Ces rencontres sont tout à l’avantage de l’homme immoral qui, parce qu’il sait manier une arme, se croit tout permis; elles ne prouvent même pas la véritable bravoure, s’allient souvent aux vices les plus dégoûtants et même avec la lâcheté militaire; les plus hardis bretteurs ne sont parfois que de mauvais soldats (le journal l’Eclair).
22, +Confus+.--Erreur évidente; il faut lire «consul», comme le porte du reste l’ex. de Bordeaux.--Le fait est rapporté par VALÈRE MAXIME, II, 3, 2.
28, +Pharsale+.--PLUTARQUE, César, 12.--La recommandation faite par César à ses troupes, de frapper leurs adversaires plutôt au visage, tenait à ce que la cavalerie de Pompée était recrutée en majeure partie parmi les jeunes patriciens, qui appréhendaient surtout de se voir défigurés. Ce qu’avait prévu César, arriva: détournant la vue, se couvrant la tête pour se préserver la face, ils ne tardèrent pas à prendre honteusement la fuite, ce qui causa la perte du reste de leur armée.
31, +Philopœmen+.--PLUTARQUE, Philopœmen, 12.
=580=,
1, +Cape+.--En habit de guerre.
2, +Sachez+.--PLATON, dans le dialogue de ce nom.
8, +Platon+.--Traité des Lois, VII.
9, +Cecyo+.--L’ex. de Bord. porte Epicius, au lieu d’«Epeius», et Cercyo au lieu de «Cecyo».
11, +Conferent+.--Contribuent. «Conférer», dans ce sens, est purement latin.
12, +Maurice+.--Philippe est désigné sous le nom de Philippicus et indiqué comme beau-frère et non comme gendre de l’empereur Maurice, par ZONARAS et CEDRENUS.--Phocas, avant de tuer l’empereur qu’il avait fait prisonnier, fit égorger, en présence de sa victime, ses cinq enfants. La nourrice du plus jeune, pour le sauver, lui avait substitué le sien; Phocas l’apprit et le fit livrer au bourreau.
26, +Macedoine+.--TITE-LIVE, XL, 3 et 4.--Ce Philippe est celui qui, à deux reprises, fit la guerre aux Romains, et, en dernier lieu, subit à Cynoscéphales, en Thessalie (Grèce), une défaite qui fut suivie d’un traité honteux; il allait reprendre les hostilités, quand il mourut. De naturel très soupçonneux, il alla, sur de faux rapports, jusqu’à faire mettre à mort son propre fils.
28, +Resoudre+.--Se rassurer.
37, +Propos+.--Ce passage «Les belles matieres... à mon propos», ne figure pas dans l’ex. de Bord. Son intercalation coupe assez inopportunément le récit, qui est tiré de TITE-LIVE, XL, 4, que toutefois Montaigne ne s’est pas astreint à traduire bien fidèlement.
=582=,
8, +Roy+.--Qui ordonnait de saisir les enfants de tous ceux qu’il avait fait tuer.
19, +Ioindre+.--Comme ces gardes étaient sur le point de les atteindre.
24, +Traictes+.--Tirées du fourreau, mises à nu; du latin tractus.
26, +Forte+.--Plus noble, plus courageuse.
34, +Maistres+.--Le fait se passait en =185=.
38, +Vengeance+.--Allusion au mot de Caligula: «Je veux qu’il se sente mourir.» SUÉTONE, Caligula, 30.
=584=,
1, +Engins+.--C.-à-d. les voilà forcés de trouver des moyens par lesquels ils puissent savourer, à la fois, complètement et lentement le plaisir de la vengeance.
4, +Cruauté+.--Cette même pensée se trouve déjà exprimée dans les mêmes termes, liv. II, ch. II (=II=, 102), et ce fut un des passages des Essais dont la censure, à Rome, fit reproche à son auteur.--Là se borne l’appréciation de Montaigne sur la peine de mort, et les philanthropes de nos jours qui en poursuivent l’abolition ne sauraient s’appuyer sur lui. Cette peine n’est pas à supprimer, même à l’égard des criminels ne jouissant pas de la plénitude de leurs facultés; ils ont montré qu’ils sont un danger public, comme l’est un chien enragé, la société a le devoir de se débarrasser d’eux comme de lui. Quant à son efficacité préventive, elle n’est pas niable, pas plus que celle des châtiments corporels si malencontreusement supprimés en France. Ce qui restreint l’effroi salutaire qu’elle inspire c’est surtout l’espoir d’y échapper, depuis que les jurys et le chef de l’État ont exigé en principe, les uns les circonstances atténuantes lors même qu’il n’y en a pas, l’autre la grâce octroyée lors même qu’elle est le moins justifiée. Par trop de sensiblerie pour les mauvais, on en est arrivé à compromettre la sécurité des bons: l’assassinat, les attaques nocturnes sont devenus en France de pratique courante; à Londres, qui a six millions d’habitants, on ne compte en moyenne par an que seize à vingt assassinats, tandis qu’à Paris, où la population est moitié moindre, il y en a dix fois plus. C’est qu’aussi chez nos voisins d’outre-Manche tout assassin est pendu: il n’y a ni circonstances atténuantes, ni distinction de sexe; toute attaque nocturne est punie du «Chat à neuf queues», sorte de knout, sans préjudice du «hard labour» (travaux forcés), et celui qui en a goûté une fois, ne s’expose guère à le recevoir une seconde.--Quant à la publicité des exécutions, elle est sans utilité et a même des inconvénients, dont le plus grave est de diminuer la crainte qu’elle inspire, en montrant combien c’est peu de chose; l’abus qu’on en fit sous la Terreur n’avait-il pas enlevé à la plupart des prisonniers déférés au Tribunal révolutionnaire, certains dès le premier moment du sort qui les attendait, et familiarisés avec cette idée, les préoccupations inhérentes d’ordinaire à ceux qui sont sous le coup d’accusations capitales!
10, +Iosephe+.--Dans l’Histoire de sa vie, vers la fin.
16, +Mechmed+.--CHALCONDYLE, Hist. des Turcs, liv. X.--Mahomet II; s’empara de Constantinople dont il fit sa capitale et subjugua la presque totalité des provinces qui font partie ou relèvent encore actuellement de la Turquie d’Europe; à la gloire des armes, joignit celle des lettres; l’histoire lui reproche cependant des actes d’une cruauté révoltante.
10. +Simeterre+.--Ou mieux cimeterre; sabre à lame fort large et recourbée dont faisaient particulièrement usage les Turcs.
27, +Cræsus+.--HÉRODOTE, I, 92; PLUTARQUE, De la malignité d’Hérodote.
29, +Foullon+.--Artisan qui fabriquait le drap.
30, +Cardes+.--Sorte de peignes formés de pointes de fer très fines, disposées sur un grand nombre de rangées, servant à démêler la laine, la bourre ou la soie dont on fait les étoffes.
33, +Vayuode+.--Titre porté autrefois par les princes des principautés danubiennes.
38, +L’enuie+.--Toute la haine qu’inspiraient les méfaits de l’un et de l’autre. Du latin invidia qui a cette signification; exemple, parmi tant d’autres, de la propension de Montaigne à écrire le français en latin, y transposant et adaptant tous mots, expressions et tournures de phrase lui semblant propres à mieux rendre sa pensée.
=586=,
3, +Suitte+.--Chronique de CARION et Annales de Silésie.--En 1514. A l’occasion d’une croisade projetée en Hongrie contre les Turcs, un soulèvement de gens sans aveu éclata. Ils prirent pour chef Georges Sechel, qui commit à l’égard de la noblesse les actes les plus horribles. Vaincu en diverses rencontres et en dernier lieu à Temesvar, Sechel expia ses forfaits par le supplice qu’indique Montaigne: nu et enchaîné sur un chevalet, on lui mit sur la tête une couronne de fer ardent; on le saigna et on fit boire son sang à son frère; puis après lui avoir refermé les veines, on fit dévorer à belles dents son corps par vingt de ses complices et ce qui demeura de son corps fut haché, bouilli et rôti, et on le leur fit manger; eux-mêmes, on les fit périr ensuite dans d’affreux supplices.
CHAPITRE XXVIII.
4, +Caton le Censeur+.--Fut préteur; consul, obtint par ses succès en Grèce les honneurs du triomphe; enfin censeur, fonctions qu’il exerça avec une grande sévérité. Dans ses dernières années, redoutant la rivalité de Carthage, il terminait tous ses discours au Sénat, quel qu’en fût l’objet, en disant qu’il fallait la détruire. On lui a reproché son avarice (V. N. =I=, 564: Dehors; N. =II=, 110: Seruy) et trop de penchant pour le vin (V. N. =I=, 616: Virtus).
4, +Ieune Caton+.--Montra de bonne heure une âme ferme et courageuse qui ne se démentit jamais. Lors de la rivalité de César et de Pompée, il se déclara pour ce dernier; du reste bien avant déjà il s’était prononcé contre César dont il redoutait l’ambition et qui avait été l’amant de sa sœur. Après la défaite de Pompée, il rallia son armée et passa en Afrique pour continuer la résistance; la bataille de Thapsus anéantit ses espérances; enfermé dans Utique, il s’y donna la mort, et de ce fait a été appelé Caton d’Utique pour le distinguer de son grand-oncle Caton le Censeur (V. =I=, 502 et N. Escarmouche; N. =II=, 430: Premier; N. =II=, 434: Autre; N. =I=, 404: Catoni).
5, +Apparient+.--Les éd. ant. portent: font à mon opinion grand honneur au premier: car ie les trouue eslongnez d’vne extreme distance; au lieu de: «apparient... siecle».
6, +Visages+.--C.-à-d. le premier montra son beau naturel sous plus d’aspects différents.
6, +Precelle+.--L’emporte; du latin præcellere, surpasser, vaincre.
11, +Scipion+.--L’animosité de Caton le Censeur contre Scipion l’Africain ne prit jamais fin. Non content de l’attaquer lui-même, il lui suscita des accusateurs (V. =I=, 660); et, ne parvenant pas à l’atteindre à cause de son illustration, il poursuivit son frère Lucius qu’il fit condamner à une amende excédant ses ressources et plus tard, lorsque lui-même fut censeur, il alla jusqu’à le priver de son cheval, pour insulter à la mémoire de son frère.
13, +Dit+.--PLUTARQUE, Caton le Censeur, 1.
14, +Grecque+.--Caton avait quatre-vingts ans quand il commença à se livrer à l’étude de cette langue.
17, +Enfantillage+.--En enfance. Cette expression de Montaigne est de celles que PASQUIER lui reproche d’avoir employées dans un sens inaccoutumé.
17, +Et tout+.--Aussi. On dit encore dans certaines parties de la France, notamment en Sologne, «itout», pour aussi.
18, +Patenostre+.--L’oraison dominicale, le Pater noster, comme l’on dit quelquefois, ou simplement le Pater, expression d’usage courant. Patenostre, au dire de PASQUIER, était à l’époque une expression purement gasconne: «Dieu nous garde des patenostres de M. le Connétable», disait-on alors, en parlant du connétable de Montmorency qui, dévot autant que sévère, marmottait toujours Pater, Credo et Ave Maria, ne s’interrompait que pour ordonner des mesures de rigueur et reprendre aussitôt ses oraisons.
21, +Gaigna+.--PLUTARQUE, _Parallèle de Flaminius avec Philopœmen_.--En =197=; à la bataille de Cynoscéphales, où il défit Philippe V, roi de Macédoine.
22, +Honestis+.--Dans Juvénal, d’où elle est tirée, cette phrase a un sens tout autre que celui dans lequel elle est employée ici.
24, +Encore?+--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens. Xénocrate, dit-il, venait à l’école d’Eudeminondas pour y apprendre la vertu: «Quand en usera-t-il, s’il en est encore à la chercher?» aurait observé celui-ci. Le fait ainsi présenté semble douteux, Xénocrate ayant été des disciples de Platon, au nombre desquels comptait également Eudeminondas, et ayant dirigé l’Académie, après Speusippe, pendant vingt-cinq ans; mais il se peut que Xénocrate qui, lui aussi, l’avait eu pour auditeur, allât parfois l’entendre quand il en vint lui-même à professer.
25, +Philopœmen+.--PLUTARQUE, Philopœmen, 12.
=588=,
1, +Sages+.--Cette maxime est tirée de SÉNÈQUE, Epist. 36.
20, +Cettuy-cy+.--Caton le Censeur.
23, +Abecedaire+.--SÉNÈQUE, Epist. 36.
40, +Nuict+.--SÉNÈQUE, Epist. 71 et 104. Le jour où Caton échoua dans l’obtention de la préture, dit l’auteur latin, il alla jouer à la paume; Montaigne parle à cette occasion de la nuit au lieu du jour, probablement par licence littéraire, pour mieux établir le parallèle entre ce fait et celui de sa mort.
CHAPITRE XXIX.
=590=,
6, +Quelqu’vn+.--SÉNÈQUE, Epist. 73, et De Providentia, 5.--Cela rappelle ces vers de SYLVAIN MARÉCHAL, un des chantres de la Liberté et de la déesse Raison (1750 à 1803):
«Le Sage est plus que Dieu, sur ce globe bizarre: Les maux que Dieu permet, le Sage les répare; D’un souffle, en se jouant, Dieu créant l’univers, Est moins que Régulus redemandant des fers.»
8, +Imbecillité+.--La faiblesse; du latin imbecillitas, qui a même signification.
9, +Dieu+.--Cette même pensée a été bien souvent exprimée.--CICÉRON: «Il n’est point de puissance que la force ou le fer ne viennent à bout de briser ou de détruire; mais se vaincre soi-même, étouffer son ressentiment, modérer sa victoire..., c’est là un héroïsme qui vous élève au-dessus des plus grands hommes ou plutôt vous assimile aux dieux eux-mêmes.»--P. SYRUS: «On vainc deux fois quand, victorieux, on se vainc soi-même.»--SALOMON: «Qui se domine est plus grand qu’un conquérant.»--SÉNÈQUE: «Il n’y a pas plus puissant, que celui qui se possède.»--TH. CORNEILLE:
«Un roi, né pour l’éclat des grandes actions, Dompte jusqu’à ses passions; Il ne se croit point roi, s’il ne fait sur lui-même Le plus illustre essai de son pouvoir suprême.»
LA FONTAINE: «La plus belle victoire est de vaincre son cœur.»
26, +Manque+.--Défectueux, imparfait, faible.
28, +Iours+.--Les actes de la vie ordinaire et sa manière d’être habituelle.
=592=,
6, +Conte+.--DIOGÈNE LAERCE, 62 et 63.
11, +Amis+.--Montaigne a dit précédemment (liv. II, ch. XII, vol. =II=, p. 236) que ceux qui dépeignent ainsi Pyrrhon, enchérissent sur sa doctrine.
27, +Discours+.--DIOGÈNE LAERCE, 66.
28, +D’icy+.--Du manoir de Montaigne.
31, +Bien-veignant+.--L’accueillant, en manière de bienvenue.
35, +Nostres+.--Un fait semblable, chez un jeune gentilhomme de la Sologne, est relaté par HENRY ESTIENNE, dans son Apologie pour Hérodote, I, et se serait passé au milieu du XVIe siècle; peut-être est-ce le même auquel Montaigne fait allusion.
40, +Extulerat+.--Le texte de Tibulle porte extulit.
=594=,
3, +Cibele+.--Les Galles, prêtres de Cybèle, se mutilaient eux-mêmes, en se faisant initier, coutume que l’on fait remonter à Atys leur fondateur qui, aimé de Cybèle et commis par elle à son culte, après lui avoir juré de garder la chasteté, ayant manqué à son serment, fut inspiré par la déesse d’une telle fureur qu’il se mutila lui-même.
28, +Iours+.--Peut-être MARCO POLO, vénitien, dont les voyages en Asie, notamment en Tartarie, où cette coutume semble avoir existé, bien qu’effectués à la fin du XIIIe siècle, n’ont été publiés qu’au commencement du XVIe.
=596=,
1, +Baller+.--Danser, de l’italien ballare qui a même signification.
17, +Tristesse+.--L’usage de se jeter dans les flammes à la mort du mari existe encore dans l’Inde; dans la partie soumise aux Anglais, il faut en obtenir la permission, et le nombre de ces sacrifices qu’ils ont tolérés s’est, de 1817 à 1821, en cinq ans, élevé à 3.402 (trois mille quatre cent deux)!
26, +Gymnosophistes+.--QUINTE-CURCE, VIII, 9; STRABON, XV.--Ils allaient toujours nu-tête et nu-pieds, d’où leur nom; faisaient profession de vivre dans la retraite, de fuir le mariage et de mépriser la douleur. Montaigne mentionne ici d’après PLUTARQUE, Alexandre, 21, la mort de l’un d’eux; trois siècles plus tard, un autre nommé Zarmenochegas en agissait de même, dans Athènes, devant Auguste.
28, +Façon+.--Usage, coutume.
39, +Fatum+.--Le destin, la fatalité. Allusion aux querelles suscitées à maintes reprises, dans l’Église même, par le don de prescience attribué à Dieu, qui enlèverait à l’homme son libre arbitre, son arbitrage, comme dit Montaigne quelques lignes plus loin.
=598=,
26, +Sarrazins+.--Cette appellation donnée au moyen âge aux armées musulmanes, viendrait de ce qu’au début certaines tribus pillardes de l’Arabie (Serrak, en arabe, signifie voleur) constituaient leur force principale.
27, +S. Louys+.--Atteint d’une maladie dangereuse, fit vœu d’aller combattre les infidèles. Il débarqua en Égypte où, après quelques succès, il fut battu et fait prisonnier à la bataille de Mansourah; ayant racheté sa liberté, il passa en Palestine, où il demeura quatre ans sans grands résultats. En 1270, il s’embarqua pour une seconde guerre sainte, et aborda près de Tunis; mais la peste se mit peu après dans son armée, lui-même en fut atteint et mourut.
34, +Mort+.--Mémoires de JOINVILLE.
42, +Improuueu+.--En 1498. Savonarole, moine jacobin et partisan de la France à Florence, était accusé d’hérésie, de paillardise et de tromper le peuple dans ses prédications. Un cordelier, adversaire politique et religieux des Jacobins, offrit de démentir ses impostures et ses fausses doctrines par l’épreuve du feu: tous deux devaient ensemble monter sur un même bûcher; il ne doutait pas d’y rester, mais avec lui son adversaire qui se disait certain d’y échapper. Savonarole se présenta ayant en main le Corpus Domini (une hostie consacrée), prétendant que c’était là sa sauvegarde; le cordelier protesta, mais en vain, disant qu’il était impie d’exposer l’hostie à être brûlée, et, de ce fait, l’épreuve n’eut pas lieu. Quelques jours après, condamné par le représentant du pape, Savonarole périt dans les flammes.--Mémoires de PH. DE COMINES, VIII, 19; SISMONDI, Républiques italiennes du Moyen Age, XII, 98.
=600=,
2, +L’Huniade+.--En 1448, lors de la bataille de Crassovie, où, pendant trois jours, les Hongrois résistèrent à l’armée ottomane quatre fois plus nombreuse qu’eux.
2, +Donner+.--«A se livrer» ou «à se choquer», batailles ayant ici le sens d’«armées».
7, +Forme+.--«Au gîte», terme de chasse.
29, +Espaule+.--Henri de Navarre, depuis Henri IV, qui par son activité, et quelquefois par sa témérité, suppléait aux ressources qui lui manquaient.
31, +D’Orange+.--Guillaume de Nassau, chef des Pays-Bas révoltés contre la domination des Espagnols qui avaient mis sa tête à prix. Assassiné en 1584 par un fanatique qui le tua d’un coup de pistolet, il avait déjà été, deux ans auparavant, l’objet d’une semblable tentative de meurtre.
=602=,
3, +Troublé+.--Actuellement le poignard est bien délaissé dans le cas où ces attentats sont inspirés par la politique ou la question sociale qui sont devenues tout un; au pistolet s’est substitué le révolver; mais c’est aux explosifs que l’on a recours de préférence. Les facilités d’exécution et les chances d’échapper soi-même sont beaucoup plus grandes; le nombre des victimes étrangères à la cause est à la vérité plus considérable, mais de cela n’ont cure ceux qui, à l’abri de tout danger, ont préparé le forfait.
11, +Pareil+.--En 1563, par Poltrot de Méré, lequel assassina le duc de Guise qui, venant de mettre le siège devant Orléans, revenait à cheval à son logis. Contrairement à ce que dit Montaigne, l’assassin était à pied, embusqué derrière un buisson, et tira à six pas de distance; son arrestation n’eut lieu que le lendemain; après jugement, il fut écartelé. Mémoires de BRANTÔME, à l’art. M. de Guise, tome III.
23, +L’aultre+.--Balthazar Gérard, l’assassin du prince d’Orange; il fut pareillement écartelé.
25, +Assassins+.--Assassiniens. Peuplade de Phénicie; leur chef n’était connu des croisés que sous le nom de «Vieux de la Montagne»; l’obéissance absolue des initiés à ses ordres le faisait redouter de tous; nul n’était à l’abri des arrêts de mort qu’il prononçait.--On a beaucoup discuté sur leur nom, d’où nous avons fait assassins et qui est passé dans notre langue: les uns le font dériver du pays qu’ils occupaient et qui se serait appelé Haschischa; d’autres de ce que c’étaient des fumeurs de «haschisch» (sorte de préparation enivrante du chanvre); d’autres, de ce que leur arme de prédilection était un poignard appelé Sahs, etc.; pour nous, nous estimons qu’il vient du mot arabe asses (gardes), encore actuellement usité, parce qu’ils étaient les gardes de leur chef et que leur rôle actif en avait fait la terreur des contrées environnantes.--Consulter à ce sujet SYLVESTRE DE SACY.
34, +Saincte+.--En 1151; ce crime fut le fait d’un fanatique religieux.
34, +Montferrat+.--En 1192, à Tyr; Conrad qui en était seigneur y fut assassiné pour n’avoir pas fait droit à une réclamation du Vieux de la Montagne qui revendiquait, comme lui appartenant, un vaisseau dont les Tyriens s’étaient emparé.
CHAPITRE XXX.
=604=,
29, +Teste+.--Montaigne parle ici d’un être né viable à deux corps et une seule tête. Ce cas est moins fréquent que celui de jumeaux unis tangentiellement par une membrane qu’aujourd’hui on tente parfois de disjoindre par une opération chirurgicale: tels les frères Siamois, dans la première moitié du siècle dernier, qui arrivèrent à âge d’homme et demeurèrent ainsi unis jusqu’à leur mort; celle de l’un entraîna celle de l’autre.--En Suisse, les sœurs Marie-Adèle, opérées en 1882 et qui succombèrent toutes deux.--En 1886, les filles du docteur allemand Bœhm, opérées par leur père quelques jours après leur naissance; l’une d’elles mourut.--Les sœurs brésiliennes Rosalina-Maria, opérées en 1900 et dont l’une mourut six jours après.--Les sœurs hindoues Radica-Doodica, fillettes de 8 à 9 ans, toutes deux tuberculeuses, opérées en 1902, qui moururent l’une six jours, l’autre douze à quinze mois après.--Les sœurs Rosa-Josepha, nées en 1877, dans les environs de Prague, opérées en Amérique, en 1906, avec succès, semble-t-il.--Deux jeunes Chinois, encore indemnes, que l’on exhibe à travers le monde dans les fêtes foraines.
30, +Roy+.--Henri III, sous lequel s’agitaient trois partis puissants: les Catholiques, la Ligue et les Protestants.
35, +Reculons+.--La remarque est d’ARISTOTE qui, dans sa Rhétorique, III, 12, dit qu’Épiménide n’exerçait point sa faculté divinatrice sur les choses à venir, mais sur celles qui étaient passées et encore inconnues.
=606=,
7, +Homme+.--«Cette opinion de Montaigne: «Ce que nous appelons monstres, etc...», résume admirablement l’opinion qui prévaut de nos jours, et la science d’aujourd’hui ne saurait rendre d’une manière plus concise et plus énergique l’opinion à laquelle elle s’est arrêtée et qui est bien plus sage que celle qui consiste à dire que la monstruosité est l’absence de quelque cause finale.» CHATEAUBRIAND.--Le même dit encore: «Les monstruosités nous sont envoyées pour nous montrer ce que serait la création, si Dieu retirait sa main.»--«L’univers, pour qui saurait l’embrasser d’un seul coup d’œil, serait un fait unique, une grande vérité.» D’ALEMBERT.--«Ce qui est hasard à l’égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut.» BOSSUET.
12, +Soit+.--«Cela est absolument vrai au physique comme au moral; tout est dans la nature, le vice comme la vertu; et il est impropre de dire, par exemple, que tel crime est contre nature, il n’y en a point de tel.» NAIGEON.
CHAPITRE XXXI.
20, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, X, 9, où se trouve cité le passage d’HOMÈRE sur les Cyclopes, Odyssée, IX, 114.
21, +Cyclopes+.--Suivant la fable, étaient des géants monstrueux n’ayant qu’un œil au milieu du front et forgeant dans l’Etna, sous les ordres de Vulcain, les foudres de Jupiter; suivant l’Histoire, ce furent les premiers habitants de la Sicile, hardis pirates, toujours sur la côte à épier s’il ne passait pas quelque navire pour le piller.
=608=,
7, +A tout+.--«Avec», comme on l’a déjà vu plusieurs fois.
7, +Esclatante+.--Avec une voix aiguë, des éclats de voix.
10, +Eslochements+.--Synonyme d’esboittements et qui, tous deux, signifient dislocations.
15, +Sincerité+.--Pureté, netteté de jugement; c’est le sens propre du mot latin sinceritas.
18, +Pedantes+.--Aux maîtres d’école.
29, +R’accoisez+.--Apaisés, tranquillisés, revenus de notre emportement. Vient de l’ancien mot «coi», qui ne se retrouve plus que dans les expressions «se tenir coi», «demeurer coi», et qui dérive lui-même du latin quietus, qui a même signification.
29, +Brouillas+.--Brouillards.--Ce passage est emprunté de PLUTARQUE, Comment il faut refréner la colère, et dans les mêmes termes que ceux employés par AMYOT son traducteur.
39, +Gorgoneo+.--Gorgones.--C’étaient trois sœurs hideuses à voir, qui n’avaient qu’un œil en commun et changeaient en pierre tous ceux qui les regardaient; Persée en délivra la terre et parvint, avec le secours de Minerve, à trancher la tête de Méduse, l’une d’elles, que la déesse fixa sur son égide ou bouclier. MYTH.
40, +Rabirius+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bord. portent: Lucius Saturninus, ce en quoi il y a confusion.--Rabirius avait été un des sénateurs les plus opposés à Saturninus lorsque, 37 ans auparavant, ce tribun du peuple, chaud partisan de Marius, dont César était le neveu, avait été assassiné; et c’est de cet assassinat commis non par lui, mais par un esclave, qu’en la circonstance, il était accusé.
=610=,
1, +Faire+.--«Bien dire fait rire, bien faire fait taire.»
2, +Ceux-là+.--Les Protestants.
7, +Croit pas+.--Il n’est en effet que trop vrai que les mœurs ne sont pas toujours en concordance avec les principes religieux; on ne saurait nier cependant, en ce qui touche le Christianisme, que leur action ne peut être que favorable.
11, +Eudamidas+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens, porte Eudemonidas.
14, +Cleomenes+.--PLUTARQUE, ibid.
19, +Viuement+.--C.-à-d. le fait entre plus avant dans l’âme, frappe plus fortement l’esprit de ceux qui le lisent ou l’écoutent.--Les éd. ant. ajoutent: et presse bien autrement.
30, +Bien+.--L’éd. de 88 porte: d’honneur, au lieu de: «de bien».
31, +Proposer+.--AULU-GELLE, XVIII, 3.
35, +Aul. Gellius+.--AULU-GELLE, I, 26; on a de lui un ouvrage qui ne nous est pas parvenu en entier, intitulé «Nuits attiques», où l’on trouve de précieux renseignements sur l’antiquité et beaucoup de fragments d’auteurs anciens perdus.
=612=,
3, +Vantoit+.--Cet esclave de Plutarque lui reprochait non de n’être pas philosophe, mais de ne pas agir en philosophe.
16, +Disputons+.--«La valeur ne se connaît que dans la guerre, l’amitié dans le besoin, la sagesse dans la colère.» Prov. oriental.
16, +Archytas+.--CICÉRON, Tusc., IV, 36; De Republica, I, 38; VALÈRE MAXIME, IV, 1; LACTANCE, De ira Dei, 18; etc.
20, +Bien+.--Les éd. ant. portent: comme tu mérites, au lieu de: «bien».
21, +Platon+.--SÉNÈQUE, De Ira, III, 12.
23, +Charillus+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.
32, +Vertu+.--SÉNÈQUE, De Ira, I, 16, d’où le fait est tiré, est moins favorable à Pison: «C’était, dit-il, un homme exempt de plusieurs vices, mais mauvais et dans l’esprit duquel la sévérité était la fermeté d’âme.» Il passait pour avoir, à l’instigation de Tibère, empoisonné Germanicus; accusé de ce crime par Agrippine et craignant de n’être pas soutenu par l’empereur, il se donna la mort.
=614=,
5, +Negotier+.--Qui ont affaire à des femmes têtues.
8, +Celius+.--SÉNÈQUE, De Ira, III, 8.
15, +Phocion+.--PLUTARQUE, Instructions pour ceux qui manient affaires d’État.--Phocion, aussi redoutable à la tribune que sur le champ de bataille, fut le rival de Démosthène qui l’appelait la «hache de ses discours»; il était célèbre par son désintéressement et sa rigidité de principes; injustement accusé de trahison, fut condamné par ses concitoyens à boire la ciguë.
=616=,
3, +Dehors+.--Peut-être le duc d’Anjou, devenu Henri III.
4, +Diogenes+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 34.--Diogène, venu de bonne heure à Athènes, y étudia la philosophie, et, adhérant aux principes de l’école des Cyniques, outra leur austérité, vivant dans la plus grande misère, habitant, dit-on, dans un tonneau et ne subsistant que d’aumônes; faisait surtout consister la sagesse dans les privations volontaires. On cite de lui nombre d’anecdotes dont l’authenticité est douteuse.
7, +Buffe+.--Soufflet.--L’éd. de 88 porte: nazarde à son valet à peu, au lieu de: «buffe... peu».
14, +Famille+.--Cet alinéa semble avoir été écrit par Montaigne à l’adresse de sa femme, qu’il ne met du reste presque jamais ostensiblement en cause.
29, +Partie+.--Sans partie adverse, sans antagoniste.
30, +Portent+.--C.-à-d. pour en user là seulement, où elles peuvent produire quelque effet.
=618=,
6, +Mesme+.--La chute des corps graves abandonnés à eux-mêmes est, en effet, accélérée au fur et à mesure qu’ils descendent; cela est vrai au moral comme au physique.
7, +Paye+.--Ce qui me satisfait, me dédommage, c’est que lorsque les occasions sont d’importance.
10, +Ceruelle+.--En inquiétude.
28, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, III, 8.
29, +Contredisent+.--SÉNÈQUE, De Ira, I, 16.
CHAPITRE XXXII.
=620=,
9, +Neufuiesme+.--Le règne de Charles IX fut déchiré par les guerres des Catholiques et des Protestants; et la paix étant conclue, déshonoré par le massacre de ces derniers, ordonné à l’instigation de la reine mère Catherine de Médicis et pratiqué à la fois sur tous les points de la France, dans la nuit de la S.-Barthélemy (24 août 1572).
15, +Esprit+.--Les éd. ant. portent: sa viuacité, au lieu de: «son esprit».
22, +Seneque+.--Sénèque a compté, de tous temps, des partisans très décidés et de très violents adversaires: Montaigne, Balzac, le comte de Maistre sont au nombre des premiers; Diderot en fait un éloge outré; Dryden et La Harpe le déprécient outre mesure.
24, +Dion+.--A écrit une histoire romaine depuis Énée jusqu’aux temps où lui-même vivait. Il est en général exact; on lui reproche cependant de la partialité envers certains, entre autres contre Sénèque.
=622=,
5, +Mort+.--TACITE, Annales, XIII, 11; XIV, 53, 54, 55; XV, 60, 64. Il faut reconnaître cependant qu’il y a dans Tacite même de terribles imputations contre lui, notamment quand il le représente (XIV, 7) demandant à Burrhus s’il faut ordonner aux soldats le meurtre d’Agrippine, et se chargeant ensuite (XIV, 11) de l’apologie de ce parricide.
23, +Hannibal+.--Cette appréciation d’Annibal aurait été émise par lui dans une rencontre qu’il aurait eue à Éphèse avec Scipion, lorsque le premier était réfugié auprès d’Antiochus et que le second était en ambassade auprès de ce prince (=190=). Elle est relatée par Plutarque dans les vies de Pyrrhus et de Flaminius. Dans la première Annibal aurait assigné à Pyrrhus le premier rang, à Scipion le second et s’attribuait à lui-même le troisième. Dans la seconde, il donnait la prééminence à Alexandre, le second rang à Pyrrhus, le troisième à lui-même. A quoi Scipion lui ayant dit: «Et comment jugeriez-vous, si vous m’aviez vaincu?» Annibal aurait répondu: «Je me placerais au-dessus de tous les autres capitaines du monde.»--Tite-Live relate également cette conversation, comme le fait Plutarque dans la vie de Flaminius; néanmoins, elle est généralement considérée comme apocryphe, on ne croit même pas qu’Annibal et Scipion se soient rencontrés nulle part après Zama.
23, +Autrement+.--Les éd. ant. ajoutent: recité.
30, +Larecin+.--PLUTARQUE, Lycurgue, 14.--Montaigne a déjà mentionné ce fait, =I=, 458.
33, +Loy+.--Plus de moyen, de faculté, de liberté.
36, +Pyrrhus+.--PLUTARQUE, Pyrrhus, 12.
=624=,
9, +Ailleurs+.--Immédiatement après l’exemple de cet enfant dont il est question plus haut, qui se laissa dévorer le ventre par un jeune renard qu’il avait dérobé.
12, +Cicero+.--Tusc., II, 14; V, 27.
18, +Tesmoins+.--VALÈRE MAXIME, III, 3, cite aussi le fait, mais en attribuant ce trait de courage à un enfant macédonien qui assistait à un sacrifice offert par Alexandre.
29, +Recite+.--Liv. XXII, vers la fin du ch. 16.
40, +Tua+.--TACITE, Annales, IV, 45.--L’an 25, sous le règne de Tibère. L. Pison était gouverneur de l’Espagne citérieure; ce meurtre fut attribué à la sévérité avec laquelle il poursuivait les rentrées au trésor public.
40, +Epicharis+.--TACITE, Annales, XV, 57.
=626=,
10, +Argoulets+.--Auprès de nos soldats, de nos gens d’armes.
17, +Pistole+.--Avec le chien d’un pistolet. Les chiens des armes à feu de l’époque se composaient de deux plaquettes en fer ou mâchoires reliées par une vis et formant étau, pour tenir soit la mèche, soit la pierre servant à mettre ou à produire le feu.
20, +Rançon+.--Prix payé pour se racheter de captivité ou de mauvais traitements auxquels on se trouvait exposé.
23, +Dague+.--Sorte de poignard.
=628=,
4, +Ailleurs+.--Ch. XXVI du premier livre (=I=, 288 et suivantes).
14, +Insupportable+.--L’ex. de Bord. porte: Quelle bestiale stupidité! au lieu de «O... insupportable?»
14, +Considere+.--Les éd. ant. portent: aucunes de ces armes anciennes esleuées iusqu’au ciel au pris de la mienne, au lieu de: «aucuns... anciens».
21, +Celles-là+.--En introduisant la variante qui précède, Montaigne, ayant substitué «hommes» à «âmes», aurait dû pareillement remplacer «celles-là» par «ceux-là».
26, +Mulcté+.--Mis à l’amende; du latin mulctatus qui a ce même sens. Le fait est tiré de PLUTARQUE, Agésilas, 1.
32, +Petalisme+.--L’ostracisme était, à Athènes, une sentence de bannissement politique pour dix ans qui, lors du vote, s’inscrivait sur une coquille, d’où son nom.--Le pétalisme était à Syracuse et à Corinthe ce que l’ostracisme était à Athènes; mais sa durée n’était que de cinq ans et le vote s’exprimait sur une feuille d’olivier, d’où aussi le nom qu’il portait.
36, +Cicero+.--Fut successivement préteur, édile et consul. Mérita le nom de «Père de la patrie», en déjouant la conjuration de Catilina; embrassa le parti de Pompée, après Pharsale se rallia à César. Ce dernier mort, il opposa Octave, neveu de César, à Antoine qu’il attaqua vivement et dont l’influence le fit proscrire; il périt égorgé comme il cherchait à fuir. V. N. =II=, 72.
30, +Aristides+.--Célèbre par ses vertus civiles et militaires; son intégrité le fit surnommer «le Juste»; il était de ceux qui commandaient à la bataille de Marathon, contribua au succès de celles de Salamine et de Platée, fut frappé d’ostracisme par crainte de son crédit, chargé d’administrer le trésor commun des Grecs destiné à pourvoir aux guerres futures contre les Perses, et mourut si pauvre que l’État fut obligé de pourvoir à ses funérailles et de doter ses filles.
36, +Sylla+.--Lieutenant, puis collègue et enfin rival de Marius contre lequel il représentait l’oligarchie; vainqueur de Mithridate roi du Pont, il parvint après quelques alternatives à triompher des partisans de Marius qui était mort dans l’intervalle, et, maître absolu de Rome, élu dictateur perpétuel, ensanglanta ses succès par d’horribles cruautés et de nombreuses proscriptions. Deux ans après, sans crainte des haines qu’il avait suscitées, il abdiquait et rentrait dans la vie privée; il mourut l’année suivante. V. =II=, 156 et N. Sylla.
36, +Lysander+.--Remporta sur les Athéniens la victoire navale d’Ægos-Potamos qui mit fin à la guerre du Péloponnèse (=405=), fut tué dix ans après dans un combat livré contre les Thébains.
36, +Marcellus+.--Fut cinq fois consul; battit les Gaulois (=222=); envoyé contre Annibal après la bataille de Cannes, il releva les affaires des Romains à Nole, puis à Syracuse dont il s’empara après un siège de trois ans; Archimède périt dans le sac de cette ville, malgré l’ordre qu’il avait donné de l’épargner (=112=); vainqueur d’Annibal à Canusium (=210=), il périt deux ans après dans une embuscade. On l’avait surnommé «l’épée de Rome», comme Fabius Cunctator en était «le bouclier».
37, +Pelopidas+.--Ami d’Epaminondas; contribua puissamment à l’expulsion des Spartiates de Thèbes (=379=); fut tué en =364= à Cynoscéphales (Thessalie), dans un combat contre Alexandre de Phères.
37, +Pompeius+.--Général romain, surnommé le Grand. Embrassa le parti de Sylla; reprit la Sicile et l’Afrique aux partisans de Marius. Sylla mort, il reprend la Narbonnaise et l’Espagne à ses adversaires politiques à la suite de la défaite et la mort de Sertorius (=78=). Il triomphe en Italie d’une révolte des esclaves; extermine les pirates de la Méditerranée, achève la guerre de Mithridate, conquiert une partie de l’Asie et forme le premier triumvirat (=60=), avec Crassus et César dont il a épousé la fille. A la mort de cette dernière et Crassus ayant été tué chez les Parthes, il rompt avec César; dans la lutte qui s’ensuit, soutenu par le Sénat, il n’en est pas moins chassé d’Italie, passe en Grèce, tient un instant son ennemi en échec à Dyrrachium, mais battu à Pharsale, il va demander asile en Égypte, où à son débarquement il est assassiné par ordre du roi. Pompée parvint au faîte des grandeurs, il le dut surtout à sa bonne fortune; il avait de l’ambition, de la morgue, des talents, mais le génie lui faisait défaut.
37, +Agesilaus+.--Roi de Sparte; vainquit les Perses en Asie et conquit l’Asie Mineure; gagna la bataille de Coronée sur les Grecs coalisés, et fut lui-même vaincu à Mantinée par Epaminondas; il se distinguait par son courage et sa grandeur d’âme; à l’âge de quatre-vingts ans il guerroyait encore.--Au nombre des recommandations expresses faites par Lycurgue, était celle de ne pas combattre trop fréquemment contre les mêmes ennemis, afin qu’ils n’arrivassent point à acquérir l’expérience de la guerre; c’est le reproche qu’on a fait à Agésilas, d’avoir, par ses expéditions répétées en Béotie, rendu les Thébains aussi experts en cet art que les Lacédémoniens et avoir fini par être battu par eux. C’est aussi ce qui est arrivé à Napoléon qui, après avoir vaincu l’Europe si souvent, a été vaincu par elle, autant parce qu’au jeu de la guerre, comme en tout autre, on ne gagne pas toujours, que parce qu’en battant sans cesse ses adversaires, il avait laissé pénétrer par quelques-uns, partie des secrets de son génie.
=630=,
4, +Œuures+.--V. =II=, 70 et N. Profitable.
6, +Vertu+.--Ce même esprit d’équité que Montaigne relève dans les «Vies illustres» de Plutarque et notamment dans les Parallèles qui s’y trouvent insérés, se retrouve dans la «Collation d’aucunes histoires romaines avec les autres semblables grecques», de ce même auteur ou parues sous son nom. On y voit d’un côté Posthumius livrant au supplice son fils, bien que vainqueur, pour avoir combattu contre son ordre; et, de l’autre, Epaminondas en agir de même. Là c’est Agamemnon sacrifiant sa fille pour obtenir des vents favorables; ici c’est la fille de Métellus qu’atteint la même infortune. De même à propos du dévouement de Décius, de l’héroïsme de Mucius Scevola, de la trahison du roi Pausanias de Sparte et de la manière dont elle fut punie, etc... Il cite des faits analogues chez la partie adverse, s’appliquant d’une façon indéniable à tenir la balance égale entre les Grecs et les Romains.
25, +Labienus+.--L’un des plus habiles lieutenants de César en Gaule; se sépara de lui quand celui-ci, franchissant le Rubicon, marcha sur Rome; embrassa alors le parti de Pompée et prit part à la bataille de Munda (Espagne) qui mit fin à la guerre civile.
25, +Ventidius+.--César lui confia quelques affaires importantes en Gaule; après la mort du dictateur, il seconda Antoine contre ses meurtriers; postérieurement opposé aux Parthes, il les chassa de l’Asie Mineure (=35=).
28, +Agis+.--Agis III tenta de remettre en vigueur les lois de Lycurgue, d’abolir les dettes, de faire un nouveau partage des terres, mais il échoua et fut mis à mort par l’influence de ceux dont il menaçait les intérêts (=244= à =239=).
28, +Cleomenes+.--Cleomène III, poursuivant l’œuvre d’Agis III son prédécesseur, opéra une révolution à Sparte, égorgea les éphores qui s’y opposaient, détruisit le Sénat, abolit les dettes, effectua un nouveau partage des terres et bannit le luxe. Ayant à combattre les Achéens, d’abord vainqueur, il finit par être vaincu; il passa alors en Égypte pour y chercher des secours, mais déçu dans ses espérances, et peu après menacé dans sa liberté, il fut réduit à se donner la mort.
29, +Lycurgus+.--Les éd. ant. ajoutent: et Scipion encore à Epaminondas qui estoyent aussi de son rolle.
32, +Parangonner+.--Comparer; mot d’étymologie grecque, que les Italiens ont conservé avec le sens qu’il a ici; en français, n’est plus employé que comme terme d’imprimerie.
35, +Dit-il+.--Dans son Parallèle de Pompée avec Agésilas.
37, +Conferer+.--Comparer, du latin conferre; Montaigne en fait un fréquent usage dans cette acception.
38, +Dit-il+.--Dans son Parallèle entre ces deux personnages.
=632=,
4, +Separement+.--Ainsi que l’auteur l’observe, Plutarque, dans ses Parallèles, ne porte pas d’appréciation d’ensemble sur les deux hommes qu’il met en comparaison; il fait ressortir pour chacun, sur quelques points caractéristiques, ce qu’il y a de plus particulier à retenir, et il est assez difficile de conclure pour lui:
Entre Démosthène et Cicéron, il donne le prix de l’éloquence au premier et insiste sur la supériorité des mœurs du second. Il apprécie le désintéressement et la réserve d’Aristide, et constate que Caton l’Ancien, dont il ne méconnaît pas le caractère, occupe une beaucoup plus grande place. Sylla, dit-il, a fait de plus grandes actions, Lysandre de moins grandes fautes; celui-ci a été plus tempérant et plus sage, l’autre a témoigné de plus de capacité et de valeur militaires. Entre Marcellus et Pélopidas, la balance est à peu près égale: leur vie comme leur mort a bien de l’analogie; le premier a plus fait, toutefois la délivrance de Thèbes par le second a été admirablement conçue et exécutée. Pompée se distingue par l’éclat de ses succès et sa probité politique; Agésilas a plus de valeur militaire réelle. Les exploits de Camille, sa droiture, le différencient de Thémistocle qui avait incontestablement plus d’adresse. Entre les Gracques et Agis et Cléomène, Tibérius Gracchus lui semble l’emporter par sa vertu. La législation de Numa est plus douce que celle de Lycurgue; il l’a imposée par la persuasion, Lycurgue par la force; les Romains ont obtenu d’autant plus de succès qu’ils se sont éloignés des institutions du premier, les Spartiates ont perdu leur supériorité pour avoir abandonné les lois du second.
CHAPITRE XXXIII.
8, +Spurina+.--Ce n’est que dans le deuxième avant-dernier alinéa de ce chapitre qui porte sur le rôle essentiel de l’âme et des particularités afférentes à César, avec lesquels l’histoire de Spurina n’a aucun rapport, qu’il est question de lui qui, à en juger par le titre, devrait en être le sujet principal.
=634=,
9, +Portent+.--Montaigne joue ici sur les mots: haire, cilice, chemise de crin, et hère, homme de peu, sans vigueur, sans bien, sans mérite ou sans crédit.
9, +Xenocrates+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 7.--Laïs reçut les hommages de tout ce que la Grèce renfermait d’illustre et fut la maîtresse d’Alcibiade; on dit qu’ayant suivi en Thessalie un jeune homme dont elle était éprise, les femmes de cette contrée, jalouses de sa beauté, l’assassinèrent.
12, +Beauté+.--Les éd. ant. ajoutent: de ses mignardises.
19, +Satieté+.--Montaigne avait oublié cette phrase, lorsqu’il écrivait vers la fin du ch. suivant, pag. 658: «Il y peut auoir quelque iuste moderation en ce desir de gloire, et quelque sacieté en cet appetit comme aux autres».
25, +Pinceter+.--Épiler.--SUÉTONE, César, 45.
30, +Fois+.--César eut quatre femmes légitimes: Cossutia, issue d’une famille équestre, possédant une grande fortune, qu’il répudia pour épouser Cornelia, fille de Cinna lieutenant de Marius. Celle-ci étant morte, il épousa Pompeia nièce de Sylla, avec laquelle il divorça parce qu’elle était soupçonnée d’adultère. Enfin, Calpurnie, nièce de Pison.--Lors de sa mort, une loi avait été préparée, et devait être présentée en son absence, qui, pour lui permettre d’avoir des enfants, l’autoriserait à épouser autant de femmes qu’il voudrait.
31, +Nicomedes+.--Quand, à Rome, leurs généraux recevaient les honneurs du triomphe, les soldats avaient coutume d’égayer par des chants la marche du triomphateur; lorsque César célébra son triomphe sur les Gaules, parmi les couplets qui se répétèrent en chœur ce jour-là, figurait celui-ci:
«César a mis dix ans à subjuguer les Gaules, Et Nicomède, une heure à soumettre César»,
allusion au commerce intime auquel il s’était prêté dans son enfance avec ce roi de Bythinie et dont il rejaillit sur lui un opprobre qui de son vivant a servi de texte à une foule de railleries. V. N. =I=, 550: Nicomedis.
32, +Cleopatra+.--Non moins remarquable par son esprit que par sa beauté, fut la maîtresse de César, puis celle d’Antoine qui, pour l’épouser, répudia Octavie sœur d’Octave. Après la défaite et la mort d’Antoine et après avoir en vain cherché à séduire le vainqueur, afin de ne pas tomber vivante en son pouvoir, elle se donna la mort, en se faisant piquer au bras par un aspic.
33, +Cæsarion+.--PLUTARQUE, César, 13.--Cet enfant fut déclaré roi d’Égypte en =42= par les triumvirs Antoine, Octave et Lépide, sous le nom de Ptolémée XIV et la tutelle de sa mère. En =32=, il recevait le vain titre de Roi des rois et l’an =30=, peu après la mort de sa mère, il périssait par ordre d’Auguste.
34, +L’amour+.--SUÉTONE, César, 50, 52, etc.
39, +Cæsar+.--Julie, qui par sa douceur empêcha longtemps la discorde entre le beau-père et le gendre; sa mort, survenue en =55=, fit disparaître la principale cause à laquelle on devait que la guerre civile n’eût point encore éclaté entre eux.
=636=,
2, +Ægisthus+.--Egisthe, fils incestueux de Thyeste et de sa fille Pélopée, était à la fois le frère et le fils de sa mère; Pompée, en épousant la fille de César qui avait été l’amant de sa femme, se trouvait être à la fois pseudo-beau-frère et gendre de son beau-père.
8, +Amoureuse+.--Lorsqu’il rentra dans Rome, sur son char de triomphe, après la conquête des Gaules, les soldats, auxquels en pareille circonstance était laissée une grande licence, chantaient: «Bourgeois, cachez vos femmes, nous amenons le galant au crâne dénudé.» SUÉTONE, César, 51.
10, +Place+.--SALLUSTE dit de même de Sylla: «D’une grande intelligence, assoiffé de volupté, il l’était plus encore de gloire, car, si plongé qu’il fût dans la luxure, jamais elle ne lui fit perdre de vue les affaires.»
14, +Soldat+.--Aussi vigoureux et infatigable athlète en amour qu’à la guerre.
20, +Ladislaus+.--SISMONDI, Histoire des républiques italiennes, tome VIII, raconte la mort de Ladislas d’une manière un peu différente: il aurait été atteint à Pérouse d’une maladie que ses débauches excessives auraient occasionnée; et une de ses maîtresses, qu’on accusait de l’avoir empoisonné et qui était fille d’un médecin de cette ville, serait morte peu de jours après, emportée par la même maladie.
24. +Destroict+.--Ayant réduit, par un siège rigoureux, la ville de Florence en telle détresse.
31, +Attournoit+.--Orner, parer; est d’étymologie grecque. D’attourner vient atours, qui est fort en usage.
=638=,
10, +Escrit+.--En dehors de ses Commentaires sur la guerre des Gaules et la guerre civile qui seuls nous restent, de ses lettres au Sénat, à Cicéron, à ses amis, César aurait écrit sur la grammaire, l’éloquence, l’histoire, et encore des poèmes, une tragédie d’Œdipe et des recueils de faits mémorables qu’Auguste défendit de publier; on lui attribuait aussi des livres sur les Augures et une Cosmographie qui ne furent probablement composés que sur ses ordres.
15, +Actiue+.--SUÉTONE dit qu’il faisait au besoin cent milles par jour (150 kil.), passait les rivières à la nage ou sur des outres, arrivait souvent avant qu’on ne fût instruit de son départ. FLORUS le compare à la foudre; et CICÉRON, dans le temps même où il parlait de lui en ennemi, le regardait comme un prodige de promptitude et de vigilance.
16, +Labeur+.--Dur au travail; c’est une expression toute latine.
19, +Oppius+.--SUÉTONE, César, 53.--Oppius, lieutenant et ami de César, est regardé comme le véritable auteur des guerres d’Alexandrie, d’Afrique et d’Espagne, attribuées à César. Plutarque estime qu’il ne saurait être cru qu’avec réserve dans tout ce qu’il rapporte des amis et des ennemis de celui-ci, dont lui-même était le familier.
22, +Boulenger+.--Chez les Romains, tous les artisans étaient des esclaves.
25, +Pays+.--SUÉTONE, César, 53.
28, +Catilina+.--Perdu de dettes, Catilina entreprit de rétablir sa fortune par le sac de Rome. Sa conjuration, ourdie parmi ses compagnons de débauche et tous les libertins de la ville, fut déjouée par Cicéron; lui-même mourut les armes à la main, en combattant les troupes envoyées contre lui.
29, +Cachetes+.--Une lettre, un billet doux qui se remettent en cachette, à la dérobée.
34, +Yurongne+.--PLUTARQUE, Caton d’Utique, 7.
=640=,
10, +Douceur+.--Montaigne, liv. II, ch. II (=II=, 100), se montre moins indulgent qu’ici vis-à-vis de César. Parmi les actes qui lui sont reprochés est l’exil à perpétuité, en un lieu déterminé avec privation de tous leurs droits de citoyens, de nombre de ses adversaires politiques, les Plancius, les Nigidius, les Cecina, etc., qui n’avaient d’autres torts que d’avoir défendu contre lui le Sénat et les lois.
17, +Liberté+.--Cn. Magius, L. Vibullius Rufus, etc. CÉSAR, De Bello civili, I, 24; III, 10, etc.
20, +Luy+.--SUÉTONE, César, 75.
27, +Romains+.--ID., ibid., 75.
32, +Conduire+.--Ce ne fut que durant la guerre civile et seulement envers ceux qui avaient qualité de citoyens romains que César en agit ainsi; ailleurs et contre tous autres il agit bien différemment, souvent avec la plus grande inhumanité: il ne faisait d’ordinaire aucun quartier à l’ennemi; ordonnait fréquemment, après une victoire, qu’on tuât «toute la durée d’un jour». A Uxellodunum (que l’on croit être Cahors), il fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes. Il lui est arrivé de faire fermer les ouvertures de cavernes où s’étaient réfugiées des populations inoffensives et de les faire de la sorte mourir de faim et d’incendier des forêts pour faire périr les restes d’armées en déroute. Quant à sa conduite à l’égard de Vercingétorix vaincu (=II=, 656), pour être de pratique fréquente chez les Romains, on ne saurait certes pas la qualifier de magnanime.
37, +Feindre+.--«La modération, a dit MONTESQUIEU, en parlant de César, que l’on montre après qu’on a tout usurpé, ne mérite pas de grandes louanges.»
40, +Consul+.--SUÉTONE, César, 73.
=642=,
1, +Testonner+.--Piquer, satiriser (V. N. =II=, 524); ce mot peut être traduit ici presque littéralement, en y employant le langage familier où l’on dit de quelqu’un vivement critiqué, qu’il a été habillé de bonne façon.
2, +Mamurra+.--Chevalier romain qui acquit de prodigieuses richesses dans les Gaules où, en qualité d’Intendant de l’armée, il avait accompagné César dont il était un des compagnons de débauche. CATULLE, carmen 29.
3, +Table+.--SUÉTONE, César, 73.
5, +Aduerty+.--ID., ibid., 75.
9, +Autheurs+.--ID., ibid., 75.
12, +Descouuert+.--ID., ibid., 72.
15, +Plaignist+.--ID., ibid., 48.
22, +Largesse+.--DION CASSIUS relate que le soin extrême qu’avait César d’accumuler des richesses et de se faire donner de l’argent sous quelque prétexte que ce fût, provenait des dépenses excessives qu’il avait à faire pour arriver à la domination, s’y maintenir et l’agrandir, disant lui-même que pour parvenir à ce but, on avait besoin de deux choses qui se soutenaient l’une par l’autre: de l’argent et des troupes.
26, +Bien+.--SUÉTONE, César, 72.
26, +L’enyura+.--Cette furieuse passion l’enivra.
28, +Nom+.--L’éd. de 80 aj.: vain.
29, +Loix+.--SUÉTONE, César, 77.
30, +Luy+.--Ce corps politique lui apportait un décret qu’il venait de rendre pour augmenter les honneurs qui lui étaient décernés; César était alors assis dans le vestibule du temple de Vénus, où il était demeuré afin qu’on ne pût dire qu’il avait, par sa présence, ôté aux Sénateurs la liberté d’opiner comme bon leur semblait; il ne se leva pas en voyant venir le Sénat et écouta assis ce qu’on avait à lui dire, ce qui irrita tellement les sénateurs et les autres Romains, que ce fut l’un des principaux prétextes de ceux qui conspirèrent contre sa vie. DION CASSIUS.
39, +Autres+.--Notamment Henri IV qui laissa perdre tous les avantages de sa victoire de Coutras (1587) afin de courir après sa maîtresse, la belle Corisande d’Andouins, si chère à Montaigne. MÉZERAI.
=644=,
16, +Continents+.--L’éd. de 80 porte: des dames les plus continentes, au lieu de: «plus continents».
23, +Visage+.--Ce fait, rapporté par VALÈRE MAXIME, IV, 5, remonte à une époque où l’Étrurie (nom ancien de la Toscane) ne jouissait pas encore du droit de bourgeoisie romaine et par conséquent est antérieur au Ier siècle av. J.-C.
=646=,
10, +Scipion+.--Allusion à l’acte de Scipion, premier Africain, auquel, après la prise de Carthagène (Espagne), une femme d’une grande beauté, faite prisonnière, fut amenée. Respectant son honneur, Scipion fit rechercher un jeune prince celtibérien dont elle était la fiancée et la lui remit; lui-même n’avait alors que vingt-cinq ans.
CHAPITRE XXXIV.
15, +Recommandation+.--On ne saurait dire que les Essais aient été la lecture favorite de Napoléon: toutefois dans le volume 23 de sa correspondance, pag. 399, on le voit faire écrire à son secrétaire, le 7 mai 1812, au moment de partir pour la campagne de Russie: «Un Montaigne, petit format, serait peut-être bon à mettre dans la petite bibliothèque.»
16, +Aphricain+.--Scipion sauva la vie à son père blessé à la bataille du Tessin, il n’avait encore que 17 ans; préteur en Espagne en =211=, il s’empara de Carthagène tombée au pouvoir des Carthaginois, battit Asdrubal et reconquit en quatre ans cette province. De retour en Italie, envoyé contre Annibal, il fit triompher l’idée de transporter la guerre aux portes de Carthage, et chargé de son exécution, gagna sur Annibal, rappelé par ses concitoyens alarmés, la bataille de Zama, qui mit fin à la deuxième guerre punique (=202=). En =190=, comme lieutenant de son frère, il accompagna celui-ci en Asie, et l’aida à triompher d’Antiochus le Grand, roi de Syrie, qu’ils contraignirent à la paix. A leur rentrée à Rome, injustement accusés par le parti populaire auquel sa hauteur et sa partialité pour les patriciens le rendaient odieux, il fut condamné à l’exil où il mourut, tandis que son frère, frappé d’une amende considérable qu’il ne put payer, était jeté en prison. Scipion réunissait au génie militaire, tous les genres de vertu: l’humanité, la tempérance, le désintéressement, etc.
16, +Brutus+.--Lors de la guerre civile entre César et Pompée, embrassa le parti de ce dernier et combattit à Pharsale; néanmoins César qui l’aimait et qui, pensait-on, était son père, l’attira à lui et le combla de caresses; mais l’éducation stoïcienne qu’il avait reçue de son oncle et son nom même l’armèrent contre lui, quand le dictateur aspira au pouvoir suprême, et il participa à sa mort (=44=). Après ce meurtre, poursuivi par Antoine, et vaincu dans les plaines de Philippes, désespérant alors du salut de la république, il se tua. V. N. =I=, 638: L’occasion.
16, +Polybius+.--Combattit avec Philopœmen et, envoyé en otage à Rome où il demeura 17 ans, se lia avec Scipion Émilien qu’il accompagna au siège de Carthage; voyagea en Afrique, en Espagne, en Gaule, et écrivit divers ouvrages qui sont perdus et dont le plus considérable était une histoire en 40 livres de Rome et des autres états contemporains, ouvrage dont il ne reste que cinq livres entiers. L’exactitude, le jugement, l’impartialité, sont ses qualités maîtresses; il scrute les événements, les analyse, ce qui en fait l’historien des hommes d’état, des hommes de guerre et des penseurs.
17, +Cinquiesme+.--Charles-Quint, déjà roi d’Espagne en 1516, fut élu empereur d’Allemagne trois ans après, succédant à Maximilien son aïeul. Il avait comme compétiteur à l’empire François Ier, roi de France, avec lequel il fut en guerre pendant la majeure partie de son règne; il remporta sur lui la victoire de Pavie (1525); échoua dans une expédition contre Marseille (1536), fut défait à Cérisoles (1544) et assiégea inutilement Metz (1552). Il fit avec des alternatives de succès et de revers plusieurs expéditions contre l’Afrique. Il fut l’adversaire de la Réforme, mais n’en fut pas moins obligé d’accorder la liberté du culte aux Protestants (1552). En 1556, affaibli par les maladies, aigri par les revers, il abdiqua et céda l’empire à son frère; déjà l’année précédente, il avait remis l’Espagne à son fils, et il se retira au monastère de S.-Just en Estramadure où il mourut; on dit qu’il regretta vivement le pouvoir dont il s’était démis; il était d’un caractère très dissimulé.
18, +Ailleurs+.--Semble désigner la reine Catherine de Médicis qui passait pour s’en inspirer et qui, en tout cas, y conformait ses actes et sa politique.
22, +Militaire+.--Montaigne possédait un exemplaire des Commentaires de César (V. N. =II=, 82: Lisant), sur lequel, suivant son habitude, il a consigné l’impression que la lecture de cet ouvrage lui laissait; on y lit: «C’est un livre qu’un Général d’armée devrait avoir continuellement sous les yeux, comme patron, ainsi que faisait le maréchal Strozzi qui le savait quasi par cœur et l’a traduit; et non je ne sais quel Philippe de Comines que Charles Cinq avait en pareille recommandation; de même que le grand Alexandre avait les œuvres d’Homère, etc...» Ce dédain que dans ces annotations marque Montaigne pour Philippe de Comines témoigne qu’elles ont dû être écrites avant les Essais, où l’auteur ne laisse pas de lui témoigner beaucoup plus de considération, notamment dans son chapitre «des livres» où il rapporte le jugement qu’il a porté après lecture sur les Mémoires de cet historien et aussi au chapitre VIII du livre III.
=648=,
1, +Iuba+.--Juba Ier; embrassa le parti de Pompée, accueillit après la bataille de Pharsale les restes de l’armée vaincue; joint à eux, il livra à César la bataille de Thapsus (=46=); vaincu, il se fit tuer par un de ses serviteurs.
9, +Armée+.--SUÉTONE, César, 66.--Sur son exemplaire annoté des Commentaires de César, MONTAIGNE a inscrit: «On craint souvent l’ennemi plus par réputation que par l’effet.»
16, +Execution+.--SUÉTONE, César, 65.--«Une armée ne se doit enquérir des desseins de son général» (annotation de MONTAIGNE sur son ex. des Commentaires de César).--A cela, on serait tenté d’opposer ce mot de Napoléon: «A la guerre, chacun doit connaître sa manœuvre»; mais la contradiction n’est qu’apparente: Napoléon ne veut parler que du mouvement en exécution, dont la divulgation n’offre plus d’inconvénient dès que l’ordre d’exécution est donné, parce que le temps faisant défaut à l’ennemi, il ne peut prendre pour y parer de nouvelles dispositions et en est réduit à celles en lesquelles il se trouve.
20, +Souisses+.--CÉSAR, De Bello Gallico, I, 7.--En =58=; ils avaient quitté leur pays en masse, pour venir s’établir en Gaule; les uns furent exterminés, les autres refoulés sur la contrée d’où ils étaient partis.
31, +D’accord+.--Souvent, en effet, il lui est arrivé de n’accorder des trêves que pour les violer.
33, +Desobeyssance+.--«César estimait plus encore l’obéissance que la vaillance» (annotation de MONTAIGNE sur son ex. des Commentaires de César).
38, +Combat+.--SUÉTONE, César, 67.
=650=,
1, +Armez+.--SUÉTONE, César, 67.--V. =I=, 520: Pareillement, qui auroit etc.
1, +Grauez+.--L’éd. de 80 porte: labourez.
4, +Compagnons+.--SUÉTONE, César, 67.
10, +Estoit+.--Les éd. ant. aj.: trop molle et.
12, +Soldats+.--SUÉTONE, Auguste, 25.
13, +Seuerité+.--Les éd. ant. aj.: et asseurance.
14, +Plaisance+.--SUÉTONE, César, 69.--V. N. =I=, 198: Metuens.
17, +Douceur+.--SUÉTONE, César, 69.--La 10e légion se mutina, à Rome, en =46=, alors qu’il était sur le point de passer en Afrique; c’était sa légion préférée. Il la fit rentrer dans l’ordre en se présentant aux mutins et les appelant «Citoyens», au lieu de «Soldats»; ils protestèrent qu’ils étaient soldats. Il leur pardonna, mais les plus compromis perdirent le tiers du butin et des terres qui leur étaient destinés.
18, +Rhin+.--CÉSAR, De Bello Gallico, IV, 17.--Le pont construit par César sur le Rhin, le fut en l’an =55=, près de Bonn. Il était sur pilotis et fut achevé en dix jours; en cet endroit le fleuve a 600m de large, mais c’était l’époque de l’année où ses eaux sont le plus basses et, de ce fait, cette largeur peut être réduite de moitié.
26, +Combat+.--Sur ce point, Cyrus, estimant les harangues inutiles (V. =III=, 364), différait d’avis avec César; peut-être était-ce en raison de la difficulté d’en user, par suite des effectifs considérables et de la composition des armées asiatiques formées de nombreux contingents de peuples divers, assez peu disciplinés, alors que les armées romaines, bien inférieures en nombre, beaucoup plus disciplinées, homogènes, constituaient des groupes compacts dont le chef pouvait être vu et entendu.--Dans les armées modernes, par suite des étendues considérables sur lesquelles opèrent les armées, les harangues sur le champ de bataille sont généralement remplacées par des ordres du jour lus avant le combat; toutefois, il est encore des circonstances où elles se produisent.--On a conservé le souvenir de celle qu’Henri IV, en 1590, à la bataille d’Ivry, adressait à ses troupes: «Gardez bien vos rangs, et si vous perdez vos enseignes, cornettes et guidons, ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire.»--Napoléon excellait dans l’un et l’autre genre, comme en tout ce qui touche à l’art de la guerre: Sa proclamation à l’armée d’Italie, en 1796, au début des hostilités, après lui avoir énuméré ce qu’il attendait d’elle, se terminait ainsi: «Soldats d’Italie, manqueriez-vous de courage et de constance?» Dans cette même campagne, au moment d’entrer en Vénétie, ayant déjà conquis le Piémont et la Lombardie, après leur avoir fait miroiter le triomphe: «Vous rentrerez dans vos foyers, leur disait-il, et vos concitoyens, en vous montrant, diront: Il était de l’armée d’Italie!» En 1798, à la bataille des Pyramides: «Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent!» A Marengo, en 1800, lorsque, à la fin de la journée, il reprenait l’offensive: «Souvenez-vous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille!» En 1812, le matin de la bataille de la Moskowa, alors que le soleil, jusque-là caché par un épais brouillard, venait de se montrer: «Soldats, leur dit l’empereur, voilà le soleil d’Austerlitz.» En 1815, trois jours avant Waterloo, comme l’armée entrait en Belgique, il lançait une proclamation, la dernière, se terminant par ces mots: «Pour tout Français qui a du cœur, le moment est venu de vaincre ou de mourir!»--Citons encore ce fait de Nelson, à la bataille de Trafalgar (1805), au moment où le combat allait s’engager, communiquant par signaux à tous les navires de sa flotte ces simples mots devenus depuis si célèbres: «L’Angleterre compte qu’aujourd’hui, chacun fera son devoir!»
29, +Tournay+.--CÉSAR, De Bello Gallico, II, 21.--Cette bataille, qu’il conviendrait mieux d’appeler de la Sambre, se livra sur le territoire des Nerviens, aux environs de Maubeuge, contre la Gaule du Nord (=53=). César fut surpris, pendant qu’il fortifiait son camp: les soldats attaqués se rallièrent aux premières enseignes venues, l’arrivée de l’arrière-garde rétablit le combat; la race et le nom des Nerviens y furent presque anéantis; de 60.000 h. en état de porter les armes, il en resta à peine 5.000.
36, +D’autres+.--Jadis un chef, embrassant du regard l’ensemble de ses troupes sur un champ de bataille, pouvait, de sa personne, se porter utilement d’un point à un autre; il n’en est plus ainsi, et, en général, moins il se déplace dans le courant de l’action, mieux cela vaut; renseigné, minute par minute, sur les mouvements de l’adversaire et les fluctuations du combat qu’il suit sur la carte, échappant par son éloignement aux impressions suggestives exagérées que causent toujours les événements dont on a le spectacle sous les yeux, il juge plus sainement et peut donner avec plus d’à-propos des ordres plus réfléchis.
=652=,
3, +Sien+.--SUÉTONE, César, 55.--Les éd. ant. aj.: C’estoit le plus laborieux chef de guerre et le plus diligent qui fut onques.
5, +Coche+.--PLUTARQUE, César, 12.--L’éd. de 88 porte: sa coche.
11, +Passa+.--Surpassa, surmonta.
11, +Extremes+.--Dans cette guerre, César fut souvent en danger par les embûches qu’on lui dressa, et son armée faillit périr par la disette (=48=).
13, +Marseille+.--La ville, qui avait promis sa neutralité à César, avait ouvert son port à la flotte de Pompée. Le siège fut long, et les assiégés, plusieurs fois battus, ne se rendirent qu’à la dernière extrémité, manquant de vivres, leurs remparts démantelés et plus aucun espoir d’être secourus (=48=).
14, +Ægypte+.--César y détrôna le jeune Ptolémée XII, tant pour le punir d’avoir donné son assentiment au meurtre de Pompée, qu’en raison des dissentiments qui s’étaient élevés entre ce prince et Cléopâtre, sa femme et sa sœur, dont les charmes l’avaient séduit et en faveur de laquelle il se déclara (=48=). Il le remplaça par son frère Ptolémée XIII, âgé de 11 ans, qu’épousa Cléopâtre au lieu et place de son frère aîné; elle-même avait 21 ans; ce second époux mourut quatre ans après.--Dans cette expédition d’Égypte qui se réduisit, comme action militaire, à la répression du soulèvement d’Alexandrie, devant laquelle César, poursuivant Pompée, s’était arrêté en apprenant la mort de son rival, et avait débarqué précédé de ses licteurs, ce que les Égyptiens avaient considéré comme une offense à la majesté de leur roi et qui leur avait fait prendre les armes, les Romains mirent le feu à plusieurs édifices, entre autres à cette célèbre bibliothèque des Ptolémée. 400.000 volumes furent brûlés. Reconstituée par la suite, elle fut à nouveau partiellement incendiée par accident sous Théodose le Grand et finalement anéantie en 638 de parti pris, par la barbarie des Musulmans, qui pendant des mois employèrent les innombrables et précieux volumes dont elle se composait à chauffer les bains publics.
16, +Pharnaces+.--Fils de Mithridate le Grand auquel il succéda à la suite d’une sédition militaire; avait espéré, à la faveur des guerres civiles des Romains, rentrer dans les conquêtes faites et perdues par son père. César en cinq jours et dans un combat de quatre heures anéantit ses espérances (=47=). C’est à cette occasion qu’il écrivit au Sénat ce compte rendu célèbre de ses opérations ne comprenant que trois mots: Veni, vidi, vici (je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu), qui, lors de son triomphe, furent reproduits sur un tableau qui figurait au cortège.
17, +Iuba+.--A Thapsus, en =46=. V. N. =II=, 648: Iuba.
18, +Pompeius+.--A Munda, en =46=. L’aîné des fils de Pompée s’y trouvait seul; il périt dans sa fuite; cette bataille où César avait contre lui Labienus, son ancien lieutenant en Gaule, et qu’il faillit perdre, mit fin à la guerre civile et assura d’une manière décisive son triomphe.
26, +Auaricum+.--CÉSAR, De Bello Gallico, VIII, 24.--Aujourd’hui Bourges; en =52=, au début du soulèvement des Gaules provoqué par Vercingétorix.
31, +Angleterre+.--SUÉTONE, César, 58.--L’expédition de César contre les peuples de la Grande-Bretagne (=55=), où par deux fois il franchit le détroit actuel du Pas de Calais, peut compter parmi celles témoignant le plus d’audace; on dit qu’il l’entreprit uniquement dans l’espoir d’y trouver des perles dont il était fort avide, comme aussi des pierres précieuses, des statues et des tableaux antiques. Ni l’une ni l’autre de ces descentes ne donnèrent de résultats sérieux; la première eut pour prétexte les secours prêtés aux Gaulois, la seconde que les conditions de paix n’avaient pas été remplies. César semble chaque fois s’être embarqué partie à Wissan, partie à Boulogne, et avoir débarqué à Kent près de Douvres, au N. de Douvres, à la pointe orientale du comté de Kent qui porte aujourd’hui le nom de North Foreland près de Ramsgate.
32, +Gué+.--Vraisemblablement la profondeur de l’eau près du rivage, qu’il fallait gagner en marchant plus ou moins dans la mer, les navires ne pouvant approcher assez près pour qu’il fût possible d’aborder autrement; du reste SUÉTONE, César, 58, dit à ce propos: «Il ne passa en Bretagne qu’après avoir reconnu par lui-même le point de débarquement, l’itinéraire à suivre et les conditions d’accès.»
35, +Refusa+.--CÉSAR, De Bello civili, I, 72.
38, +Ost+.--Armée; du latin hostis (ennemi). Ce mot était, dans l’ancienne langue française, employé indifféremment pour désigner l’un et l’autre de deux adversaires: «Si l’ost savait ce que fait l’ost, disait un adage militaire de l’époque, l’ost déferait l’ost (Si l’un connaissait les projets de l’autre, le premier battrait le second).»
38, +Necessité+.--César fit, à diverses reprises, franchir des cours d’eau à son armée dans des conditions assez délicates, ses hommes ayant de l’eau jusqu’aux aisselles, notamment la Loire, en =51=, lors de l’insurrection générale des Gaules, et la Sègre en Espagne, comme l’indique ici Montaigne, lors de ses opérations contre Afranius en =49=. En ces circonstances, sa cavalerie, répartie de l’un et l’autre côté, était employée, en amont, à rompre le courant; en aval, à recueillir ceux qui auraient été entraînés.
=654=,
21, +Bouclier+.--CÉSAR, De Bello Gallico, II, 25.--En l’an =53=.
25, +Presence+.--SUÉTONE, César, 58.
25, +Dirrachium+.--SUÉTONE, César, 58; PLUTARQUE, César, passim; APPIEN, Guerre civile, II; etc.
35, +Siennes+.--César franchit le Rubicon avec 5.000 fantassins et 3.000 cavaliers; il avait en Égypte 3.200 fantassins et 800 cavaliers; il n’amena en Afrique contre Scipion et Juba que 3.000 fantassins et quelques cavaliers.--A la bataille de Pharsale il perdit 200 hommes; Pompée, 15.000. A celle de Thapsus il en perdit 50; à celle de Munda, 1.000, et ses adversaires leur armée entière.
35, +Gens-là+.--Alexandre et César.
37, +Disoit-il+.--César.
=656=,
3, +Bout+.--SUÉTONE, César, 62.
4, +Alexia+.--Ce siège, qui se termina par la prise de la ville et la reddition de Vercingétorix (=52=), mit fin au soulèvement général de la Gaule; il ne resta plus à faire rentrer dans l’ordre que quelques peuplades; la pacification complète se termina l’année suivante.
6, +Cheuaux+.--Dans ses Commentaires, VII, 64, CÉSAR dit «huit mille chevaux»; c’est le nombre qu’il faut lire; il est probable que Montaigne avait écrit sur son manuscrit «huit à neuf mille», l’imprimeur aura lu «cent neuf mille.»
7, +Maniacle+.--Littéralement «furieuse»; ici, incroyable, merveilleuse. Dans l’ancien français, maniacle et maniaque étaient synonymes; ce dernier seul est resté.
12, +Tigranocerta+.--Tandis que Lucullus, avec 15 à 20.000 hommes, assiégeait Tigranocerte sa capitale, Tigrane roi d’Arménie vint la secourir traînant avec lui une armée de 250.000. Lucullus, malgré son infériorité numérique, marcha contre eux; les barbares s’enfuirent sans presque soutenir le choc et perdirent 100.000 h.; Lucullus n’aurait eu que cinq morts et cent blessés; peu après, il était maître de la ville (=69=).
20, +Est+.--Les éd. ant. aj.: rare et.
19, +Confusion+.--CÉSAR, De Bello Gallico, VII, 71.
28, +Secours+.--XÉNOPHON s’exprime ainsi: «Ce n’est ni le nombre, ni la force qui donnent la victoire; elle est acquise à ceux qui, avec l’aide des dieux, attaquent avec le plus de fermeté d’âme.»--C’est là une vérité relative, à l’appui de laquelle on peut citer de nombreuses batailles dans l’antiquité, alors que le combat corps à corps jouait un rôle presque exclusif et toujours prédominant, où des résultats inouïs ont été obtenus avec des forces absolument disproportionnées. Mais l’invention des armes à feu et leurs perfectionnements incessants, leur accroissement en portée, en justesse et en vitesse, ont réduit à néant l’influence de la force physique des combattants et augmenté celle du nombre dans une très notable proportion. Aujourd’hui, où la question est souvent aux trois quarts résolue quand on est encore hors de vue et bien avant que le feu soit ouvert, et où la victoire est à peu près décidée sans que parfois on se soit abordé sur le point décisif, même avec des effectifs en présence atteignant des centaines de mille hommes de part et d’autre, le nombre joue un rôle considérable en facilitant les mouvements enveloppants. Toutefois il n’est pas plus que jadis le seul facteur du succès; le moral des troupes, l’initiative, l’habileté manœuvrière des chefs, surtout chez le général et ses principaux lieutenants, peuvent, encore comme par le passé, donner la victoire à une armée numériquement inférieure, si elle ne se cantonne pas dans une passivité continue et, par sa mobilité et ses propres attaques exécutées en temps opportun, s’applique à contenir et à déjouer les mouvements et les attaques de l’adversaire.
30, +Tamburlan+.--Tamerlan, appelé aussi Timour et dont le véritable nom est Timour-Leng; né à Samarcande, dans le Turkestan, il conquit ce qui aujourd’hui constitue la Perse, l’Afghanistan, la partie N. de l’Hindoustan et l’Asie Mineure; il marchait sur la Chine, quand il mourut. Sanguinaire et fanatique, il incendia Delhi, Damas, Bagdad et nombre d’autres villes; devant Delhi, il fit égorger 100.000 captifs; à Bagdad, il érigea un obélisque avec 90.000 têtes coupées.
32, +Confusion+.--A Ancyre (Asie Mineure), en 1402. Un million de combattants se choquèrent en cette journée; la bataille dura trois jours et deux nuits; 240.000 h., dit-on, furent tués sur le terrain même. Des deux adversaires, l’un, Tamerlan, était manchot et boiteux par suite de blessures reçues à la main et au pied, l’autre était borgne.
34, +Baster+.--Suffire à un habile général.--C’était vrai jadis, et Turenne dans son admirable campagne d’Alsace de 1675, Bonaparte dans celle non moins remarquable de 1796 en Italie, l’ont bien montré; mais avec le principe de la nation armée et la puissance de l’armement actuel, les petites armées où le chef exerçait une action prédominante et pouvait conduire les choses à son gré, ne sont plus. Le général placé aujourd’hui à la tête d’une armée de plusieurs centaines de mille combattants, se mouvant sur une étendue de 80 à 100 kilomètres et même davantage, livrant bataille sur un front de plusieurs lieues, n’est plus, malgré le télégraphe, aussi maître que jadis de les faire se mouvoir à son gré et avec une rapidité suffisante, et une fois l’action générale engagée, les combats partiels dont elle se compose sont si multipliés, se livrent à de telles distances et sont d’une importance telle, que son intervention, quelque grand que soit son génie, peut être impuissante ou tardive. Aux temps anciens et au moyen âge, on a bien vu des masses aussi considérables en présence, mais, outre que les non-combattants s’y trouvaient dans une proportion énormément plus considérable, le défaut d’organisation, le combat corps à corps qui était seul pratiqué, la courte portée et la puissance bien moindre des armes de jet, ne permettaient guère de manœuvrer et le nombre perdait par là beaucoup de son importance.
37, +Vercingentorix+.--Arverne de naissance (les Arvernes avaient pour territoire à peu près l’Auvergne actuelle), Vercingétorix souleva la Gaule centrale que César venait de soumettre et se fit nommer généralissime (=53=). César accourant aussitôt, après avoir échoué devant Gergovie, capitale des Arvernes (située proche l’emplacement actuel de Clermont-Ferrand), le battit en plusieurs rencontres, s’empara d’Avaricum, sa principale place d’armes, l’enferma dans Alésia et le contraignit à se rendre (=52=). Jeté dans un cachot à Rome, Vercingétorix y demeura six ans et, après avoir orné le triomphe du vainqueur, fut étranglé (=47=). Vercingétorix était chez les Gaulois, non un nom propre, mais un titre de commandement qui pourrait se traduire par généralissime; on ignore comment s’appelait le chef arverne connu sous ce nom et vaincu à Alésia.
39. +Alexia+.--CÉSAR, De Bello Gallico, VII, 8.
=658=,
3, +Consideré+.--Retenu, réfléchi, réservé, prudent; d’où inconsidéré, étourdi.
3, +Appius+.--SUÉTONE, César, 60.
4, +Estimant+.--Les éd. ant. aj.: dict Suetone.
12, +Appetit+.--Montaigne a dit précisément le contraire, liv. II, ch. 33, =II=, 634.
18, +Ariouistus+.--Venu en Gaule comme allié des Séquanes (peuple qui habitait le territoire de l’anc. Franche-Comté), Arioviste voulut s’opposer aux conquêtes de César après avoir feint d’être l’ami des Romains, mais il fut complètement battu, en =58=, près de Vesontio (auj. Besançon).
23, +Foy+.--CÉSAR, De Bello Gallico, I, 46.
27, +Ennemis+.--SUÉTONE, César, 68.
30, +Guerre+.--Les histoires grecques et romaines contiennent de nombreux récits des prouesses que les nageurs ou plongeurs ont exécutées dans l’antiquité.
33, +Alexandre+.--Tout comme Alexandre du reste, César était aussi un excellent cavalier. V. =I=, 530.
=660=,
2, +Cotte d’armes+.--Signifie ici son manteau de général, riche casaque qui se mettait comme signe distinctif, par-dessus la cuirasse; du reste les éd. ant. à 88 portent acoustrement, au lieu de «cotte d’armes», qui se dit plus généralement d’une sorte de blouse faite de petits anneaux de fer entrelacés, d’où son nom de «cotte de mailles».--En ce qui concerne les tablettes, VOLTAIRE conteste le fait: «Outre que César n’en parle pas dans ses Commentaires, dit-il, quand on se jette à la mer des papiers à la main, on les mouille»; et, quant à la cotte d’armes, DION dit au contraire: «César jeta son manteau de pourpre qui pouvait l’empêcher de nager; les Égyptiens s’en emparant, s’en firent un trophée.»
3, +L’aage+.--SUÉTONE, César, 64.--En =48=. V. N. =II=, 652: Ægypte. Il attaquait un pont dans Alexandrie, quand une brusque sortie de l’ennemi le contraignit à se jeter dans une barque; il avait alors 53 ans.
4, +Creance+.--N’inspira tant de confiance.
5, +Centeniers+.--Centurions, chefs d’une troupe de cent hommes.
8, +Necessiteux+.--SUÉTONE, César, 68.
8, +Chastillon+.--Plus connu sous le nom d’amiral de Coligny; jouit dès le début d’une grande faveur à la cour et fut élevé en 1552 à la dignité d’amiral; mais las des intrigues qui se menaient autour de lui, il ne tarda pas à résigner tous ses emplois et à se retirer dans ses terres. En 1562, lors des guerres de religion, il fut fait lieutenant-général par le parti protestant; comme tel, prit part à la bataille de Dreux, au combat indécis de S.-Denis, aux batailles de Jarnac et de Montcontour qui furent fatales à son parti. Après la paix de S.-Germain (1570), il revint à la cour où il fut des plus choyés et en 1572 une des premières et la plus illustre victime de la S.-Barthélemy. Il était d’un caractère grave, doux et bienveillant, général assez habile, mais malheureux.
11, +L’accompagnoient+.--Les Français de son armée, c’étaient les protestants; les étrangers étaient les contingents allemands au service de ce parti.
18, +Prenoient+.--En =725=; Carthage employait des mercenaires dans ses armées en présence desquelles on était, d’où cette qualification appliquée en la circonstance dans l’armée romaine à ceux qui ne firent pas ce sacrifice aux difficultés du moment.
21, +Tancer+.--SUÉTONE, César, 68.--Dans les nombreuses actions de guerre qu’il engagea, César n’éprouva que deux échecs, du reste bien vite et glorieusement réparés: l’un devant Gergovie en Gaule, l’autre à Dyrrachium.
21, +Legions+.--L’effectif de la légion romaine a varié de trois à six mille fantassins et trois cents cavaliers; la cohorte en était une fraction qui comprenait cinq cents hommes.
24, +Flesches+.--SUÉTONE, César, 68; CÉSAR, De Bello civili, III, 53.
24, +Scæua+.--CÉSAR, De Bello civili, III, 53; FLORUS, IV, 2; VALÈRE MAXIME, III, 3, 23; SUÉTONE, César, 68.
29, +Party+.--SUÉTONE, César, 68.
34, +Propre+.--En =48=.--PLUTARQUE, César, 5.
35, +Salone+.--CÉSAR, De Bello civili, III, 9.--En =49=, pendant les opérations autour de Dyrrachium.
37, +Aduint+.--Les éd. ant. aj.: et extraordinaire.
=662=,
2, +Engins+.--Machines de guerre.
4, +Cordes+.--Les femmes de Carthage firent de même, lors du siège de cette ville par Scipion Émilien.
CHAPITRE XXXV.
18, +Sçait+.
«Et si je sais compter, Il en est jusqu’à trois que je pourrais citer.» BOILEAU.
=664=,
8, +Dolent+.--Citation dont les termes sont légèrement altérés, sans que le sens soit modifié.
8, +Rechigner+.--Air renfrogné; rechigner, dit NICOT, c’est user de paroles et de regards mal gracieux et vient de ce que c’est faire en quelque sorte comme un chien mécontent.
9, +Dispenserons+.--Permettrions, accepterions; dispenser signifiait autrefois permettre. NICOT.
16, +Voix+.--«Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut.» Proverbe.
21, +Payement+.--C.-à-d.: Cette cérémonieuse contenance est bien moins pour le mort que pour les vivants; elle a plus pour objet d’acquérir que de payer.
30, +Pline le ieune+.--Epist. VI, 24.
=666=,
20, +Faux+.--Le milieu.
26, +Riches+.--Var. des éd. ant.: de grand lieu, au lieu de: «riches».
27, +Arria+.--Le récit qui suit est en entier extrait de PLINE LE JEUNE, Epist. 111, 16.
28, +Consulaire+.--Qui avait été consul.
32, +Plusieurs+.--Cecina Pœtus se tua dans les circonstances que rapporte ici Montaigne (43); Thraseas Pœtus son gendre, illustre par sa vertu et son courage, fut un des représentants de la faible opposition sénatoriale qui osait désapprouver Néron; il sortit du Sénat, pour ne pas entendre l’apologie du meurtre d’Agrippine faite par Sénèque. Accusé sous de frivoles prétextes, il fut condamné à mourir et s’ouvrit les veines; sa femme, imitant l’exemple de sa mère, ne voulait pas lui survivre. Thraseas la pria instamment de se laisser vivre pour Fannia leur fille (66).
=668=,
15. +Sçauriez+.--«Ne savez-vous pas, fait dire Martial à Porcie fille de Caton d’Utique, qu’on ne peut empêcher personne de mourir; je croyais que mon père vous l’avait appris?» V. N. =II=, 430: Premier.
29, +Instant+.--Var. des éd. ant.: Cela dit, au lieu de: «Et en mesme instant».
39, +Riche+.--Il est incontestable que les trois mots mis par Pline dans la bouche d’Arria, en disent beaucoup plus, dans leur concise simplicité, que la phrase étudiée que lui prête Martial.
44, +Crainte+.--Var. des éd. ant.: en quoy il estoit de suyure son conseil, au lieu de: «de la suyure en mourant».
=670=,
2, +Paulina+.--TACITE, Ann., XV, 61 et 64.
2, +Ieune+.--L’éd. de 80 porte: belle, ieune.
4, +Seneque+.--Fut d’abord orateur, puis s’adonna à la philosophie; accusé d’intrigues criminelles avec la fille de Germanicus, il fut exilé en Corse et il y demeura huit ans; rentré en grâce, il fut choisi comme précepteur de Néron. Lorsque, parvenu à l’empire, celui-ci donna carrière à sa mauvaise nature, Sénèque essaya de s’y soustraire en sollicitant sa retraite; l’empereur s’y opposa par hypocrisie, puis ne voyant en lui qu’un censeur incommode, il feignit de le trouver compromis dans la conspiration de Pison et lui envoya l’ordre de se donner la mort, ce qu’il fit en se faisant ouvrir les veines et témoignant d’un calme absolu, ce dont Montaigne nous donne ici un récit complet (68). On a reproché à Sénèque les richesses considérables acquises pendant qu’il était en crédit, l’approbation qu’il a donnée à l’empoisonnement de Britannicus et l’apologie qu’il a faite du meurtre d’Agrippine. On a de lui des écrits philosophiques et de nombreuses lettres à Lucilius; partout il y prêche la morale la plus austère et le mépris de la mort; Montaigne leur a fait de très fréquents emprunts; son style est brillant, élégant, quoique un peu affété. Sénèque semble né à Rome; on le donne parfois comme étant de Cordoue, d’où était son père venu à l’âge de 15 ans à Rome, où il a vécu et où il est mort.
13, +Estriuoit+.--Refusait de se soumettre.
=672=,
18, +Beauté+.--Var. des éd. ant.: noblesse, au lieu de: «beauté».
20, +Vieillesse+.--L’éd. de 80 ajoutait: (car il auoit lors enuiron cent quatorze ans); il en avait en réalité soixante-cinq.
30, +Elle+.--La poison; le mot, du temps de Montaigne, était féminin; aujourd’hui encore, on le fait tel dans le langage trivial.
37, +Fascheuse+.--Var. des éd. ant. à 88: lourde, au lieu de: «fascheuse».
=674=,
6, +Commun+.--C’est du reste de la réalité, à laquelle n’atteint jamais la fiction, que les auteurs, se bornant à modifier certains détails et parant le tout avec plus ou moins de talent, tirent généralement le fond des ouvrages qui leur font le plus honneur; l’imagination serait impuissante à concevoir l’infinité des situations que nécessite la production littéraire qui va sans cesse croissant; et c’est en serrant au plus près la vie réelle, ses incidents et ses accidents, qu’ils captivent le plus notre intérêt.
15, +De ce+.--Les éd. ant. portent: ou comme Arioste a rangé en vne suite, ce; au lieu de: «de ce».
22, +Lucilius+.--Epist. 104.
[F.591] NOTES.
TROISIÈME VOLUME.
LIVRE SECOND
(Suite).
CHAPITRE XXXVI.
=10=,
21, +Aueugle+.--Ce qui ne veut pas dire qu’il était aveugle-né; croire qu’Homère est né aveugle, dit VELLEIUS PATERCULUS, c’est être soi-même aveugle et privé de tout sens et surtout de bon sens.
21, +Auant que+.--Les éd. ant. aj.: les arts et.
=12=,
17, +Elle est+.--Les éd. ant. aj.: foible et.
23, +Imiter+.--Ce jugement sur Homère a été formulé par VELLEIUS PATERCULUS, I, 5.
23, +Aristote+.--Poétique, 24.
24, +Substantiels+.--Les éd. ant. aj.: et massifs.
26, +Coffret+.--PLINE, Hist. nat., VII, 9.--A la bataille d’Issus, tout le camp de Darius, qui traînait avec lui sa famille, sa cour, des richesses considérables, et où régnait un luxe inouï, était tombé aux mains du vainqueur.
28, +Militaires+.--PLUTARQUE, Alexandre, 2.
29, +Cleomenes+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.
32, +Plutarque+.--Dans son traité Du trop parler, 5.
37, +Point+.--PLUTARQUE, Alcibiade, 3.
42, +Qu’il est+.--PLUTARQUE, Apophth. des rois, art. Hiéron.
43, +Philosophes+.--CICÉRON, Tusc., I, 32.
46, +Helene+.--Fille de Jupiter et de Léda, femme de Tyndare roi de Sparte, était sœur de Castor et de Pollux, ainsi que de Clytemnestre femme d’Agamemnon. Elle épousa Ménélas, qui succéda à Tyndare comme roi de Sparte et dont elle eut une fille Hermione. Elle fut enlevée par Pâris, fils de Priam, roi de Troie, ce qui détermina la guerre de ce nom, entre les Grecs et Troie. Après la prise de cette ville qu’Hélène livra perfidement aux Grecs pour rentrer en grâce auprès de son époux, celui-ci la ramena à Sparte. Ménélas mort, elle dut quitter Sparte et se retira à Rhodes où Polixo, femme de Tlépolème qui avait péri au siège de Troie, la fit pendre.
47, +Iamais+.--Montaigne semble avoir des doutes que le siège de Troie ait jamais eu lieu.
=14=,
5, +Troyens+.--Les Romains se réclamaient, par la descendance d’Énée, d’une prétendue origine troyenne; cette origine a été également revendiquée par les Vénètes; on a même été jusqu’à l’établir pour les Francs.
7, +Moy+.--Cette lettre a toujours passé pour apocryphe.--En citant ce passage, BAYLE dit: «Voilà comment des maux chimériques, forgés par des poètes, ont servi d’apologie à des maux réels»; forgés par des poètes, par d’autres ou par nous-mêmes; cette réflexion est bien juste.
12, +Athenæ+.--Vers grec cité par AULU-GELLE, III, 11, et reproduit en latin.--La même incertitude règne sur le lieu de naissance de quelques illustrations semblables: Christophe Colomb est revendiqué par Gênes, Savone, Nervi, Cogoletto, Cuecaro et Calvi. Huit villes se sont disputé l’honneur d’avoir vu naître Cervantès: Madrid, Tolède, Séville, Lucana, Esquivias, Alcazar de San Juan, Consnegra et Alcala de Hénarès.--On ne connaît pas avec certitude où est né Charlemagne.
13, +Alexandre le Grand+.--Fils de Philippe et d’Olympias, eut Aristote pour précepteur et monta sur le trône en =336=. Dès son début, il soumit la Grèce qui, se fiant sur sa jeunesse, avait cru pouvoir secouer le joug que son père lui avait imposé, et détruisit Thèbes de fond en comble. Puis, se faisant nommer généralissime des Grecs contre les Perses, il franchit l’Hellespont avec 30.000 hommes et 5.000 chevaux; défit sur les bords du Granique (=334=) l’armée de Darius roi des Perses et soumit l’Asie Mineure; l’année suivante il le vainquit lui-même à Issus en Cilicie (=333=), et y fit prisonnière sa famille qu’il traita avec générosité; acheva la soumission de la Syrie, de l’Égypte où il fit bâtir Alexandrie, et pénétra jusqu’en Libye où il se fit déclarer fils de Jupiter, par l’oracle d’Ammon. A son retour, il remporta une nouvelle victoire sur Darius (=331=), qui fut bientôt suivie de la mort de ce roi et le rendit maître de toute la Perse. Poursuivant ses conquêtes, il attaqua les Scythes, les Indiens, défit le roi Porus qu’il traita avec magnanimité et s’avança jusqu’à l’Indus. Ses soldats refusant de le suivre plus loin, il revint à Babylone où il mourut d’une fièvre aiguë (=323=), usé qu’il était par les débauches et les excès de toutes sortes.--A sa mort, son corps, après avoir été embaumé et exposé pendant sept jours, fut placé dans un cercueil d’or et transporté, suivant le désir qu’il en avait manifesté, à Alexandrie (Égypte). Sur le chariot qui effectuait le transport et qui était traîné par 64 mulets, attelés à quatre timons, se présentant 8 de front, sur une égale profondeur, s’élevait une chambre sépulcrale monumentale où abondaient l’or, la pourpre et les pierreries. César et Auguste se firent ouvrir son tombeau, et sur sa tête ce dernier plaça une couronne d’or; l’empereur Septime Sévère en interdit l’accès; et, depuis, on ignore ce qu’il est devenu.
31, +Possession+.--Alexandre ne désigna personne pour lui succéder, se contentant de léguer sa couronne au plus digne. Son empire fut partagé entre ses généraux et ce partage fut la source de guerres longues et sanglantes. Perdiccas, auquel en mourant il avait remis son anneau royal, se considérant de ce fait comme appelé à régner sur l’ensemble, effectua le partage sans rien se réserver pour lui-même en particulier: Séleucus reçut la Syrie et la haute Asie; Ptolémée, l’Égypte; Antigone, l’Asie Mineure; Eumène, la Cappadoce et la Paphlagonie; Lysimaque, la Thrace; Antipater, la Macédoine et la Grèce. Quelques-uns, comme Séleucus et Ptolémée, firent souche et leurs dynasties régnèrent jusqu’au moment où, deux ou trois siècles après, leurs états devinrent simples provinces romaines.
32, +Temperance+.--Ce mot est à prendre ici dans le sens de modération, bien qu’Alexandre n’ait guère été plus modéré que tempérant.
34, +Reproche+.--Les éd. ant. à 88 aj.: que la colere.
38, +Thebes+.--Certaines éditions postérieures ajoutent: et de Persepolis.--Pour ce qui est de la ruine de Thèbes, V. N. =I=, 22: Esclaues. Celle de Persépolis, que Montaigne eût également pu citer, eut lieu dans les conditions suivantes: Dans le cours d’une orgie et sous l’influence de l’ivresse et à l’incitation de Thaïs, courtisane athénienne, Alexandre, quittant la salle du festin, portant lui-même une torche enflammée, alla mettre le feu au palais des rois de Perse; ce palais, dont les ruines subsistent encore, construit en bois de cèdre, passait pour la huitième merveille du monde (=331=).
38, +Menander+.--Commandant d’une forteresse en Perse, ne voulut pas y demeurer quand Alexandre se proposa de passer dans les Indes; irrité de son refus, ce prince le tua de sa propre main.
39, +Hephestion+.--Favori d’Alexandre, compagnon de ses travaux et de ses plaisirs, atteint de maladie, mourut du fait de sa propre imprudence; Alexandre fut si affecté de cette mort, qu’il fit, dit Plutarque, mettre en croix le médecin qui le soignait. Arrien conteste le fait.
39, +Persiens+.--Après la bataille d’Issus, où les pertes des Perses s’élevèrent, dit-on, à cent mille hommes.
40, +Indiens+.--Ces Indiens, guerriers de profession, se mettaient à la solde des peuplades voisines et les servaient avec fidélité et courage; ils avaient fait souvent du mal à Alexandre qui, les tenant assiégés dans une ville d’abord difficile, leur offrit une capitulation honorable pour les amener à en sortir; comme ils se retiraient, il les surprit dans leur marche et les fit tous passer par le fil de l’épée (=330=).
=16=,
1, +Cosseïens+.--Pour se distraire du chagrin que lui causait la mort d’Héphestion, Alexandre, dit Plutarque, partit en guerre, comme on va à une partie de chasse, contre les Cosséiens qu’il extermina, sans distinction de sexe, ni d’âge, n’épargnant même pas les petits enfants: holocauste, dit son entourage, à la mémoire d’Héphestion (=327=).
2, +Clytus+.--QUINTE-CURCE, X, 5.--Clitus était frère de la nourrice d’Alexandre, l’avait suivi dans toutes ses expéditions et lui avait sauvé la vie au passage du Granique. Dans un festin, le roi, échauffé par le vin, et irrité de ce qu’il mettait les exploits de son père au-dessus des siens, le tua (=326=). Revenu à lui, il le pleura et lui fit faire des funérailles magnifiques; mais ce qui contribua le plus à calmer sa douleur et ses remords, c’est que la veille du meurtre, l’ayant vu en songe vêtu d’une robe noire, assis au milieu des enfants de Parménion qui tous étaient morts, le divin Aristandre lui rappela ce songe, comme un indice certain que c’était là un événement réglé par le destin; et que, d’autre part, le philosophe Anaxagoras s’évertua à lui prêcher que toutes les actions des princes sont justes et légitimes, et qu’il se devait à lui-même de ne pas se laisser maîtriser par une vaine opinion.
5, +Vices+.--Si Alexandre a pu mériter d’être jugé ainsi au début, il n’en a pas été de même plus tard, quand la nature s’éveillant en lui et la prospérité l’enivrant, ses passions ont pris le dessus. Dès lors, il se plongea dans la débauche et sa vie ne fut plus qu’une suite ininterrompue de désordres de tous genres qui scandalisèrent ses anciens sujets. TITE-LIVE et ATHÉNÉE le jugent beaucoup moins favorablement que Montaigne qui, comme Plutarque et Quinte-Curce ses historiens, se montre fort indulgent à son égard. C’est chez ce dernier qu’on trouve le récit curieux de son attitude vis-à-vis de Bagoas, cet eunuque mignon de Darius, qui servit de même aux plaisirs de son vainqueur, lequel en plein théâtre lui prodiguait les baisers les plus lascifs; Tite-Live, qui ne s’est occupé de lui qu’incidemment, estime qu’il n’eût pas triomphé des Romains aussi facilement qu’il a subjugué les nations orientales.
9, +Indes+.--Ses troupes refusant de le suivre au delà du Gange, Alexandre revint sur ses pas. Mais, pour laisser dans ces contrées une haute idée de son nom, il fit, dit PLUTARQUE, forger des armes plus grandes, des mangeoires pour chevaux plus hautes, des mors plus pesants que d’ordinaire, et les abandonna, les faisant semer çà et là.
10, +Fortune+.--Voir sur les faits qui précèdent: PLUTARQUE, Alexandre, 18, 19, 22, etc.;--QUINTE-CURCE, IX, 3; X, 4, 5, etc.;--DIODORE DE SICILE, XVII, 95.
13, +Hommes+.--Annibal, d’après TITE-LIVE, donnait le pas à Alexandre sur tous autres, parce qu’avec une poignée d’hommes, il avait triomphé d’innombrables ennemis, et qu’il avait atteint les régions extrêmes qu’il était donné à l’homme de pouvoir atteindre. V. N. =II=, 622: Hannibal.
15, +Miracle+.--Les éd. ant. à 88 aj.: car on tient entre autres choses que sa sueur produisoit une tres douce et souafue odeur, ce que Montaigne a déjà dit dans son chapitre des senteurs, =I=, 574.
23, +Medailles+.--TRÉBELLIUS POLLION, Trig. tyrann., 14.--On a eu la même opinion, après saint Louis, sur les pièces de monnaie à son effigie.
=18=,
1, +Epaminondas+.--S’était d’abord adonné à l’étude des lettres et de la philosophie. Lié avec Pélopidas, il l’aida à délivrer Thèbes des Lacédémoniens qui s’en étaient emparés par trahison. Nommé général lors de la guerre qui s’ensuivit, il fut vainqueur à Leuctres (=371=), et releva Messène de ses ruines pour l’opposer à Lacédémone. Postérieurement, il obtint plusieurs avantages sur Alexandre, tyran de Phères; puis, la guerre ayant repris contre les Lacédémoniens, il les battit à nouveau à Mantinée, mais y fut blessé mortellement (=363=). Épaminondas donna l’exemple de toutes les vertus; il n’avait pas moins de frugalité et de désintéressement que de génie et de courage. V. N. =I=, 344: Reng.
13, +Eux+.--DIODORE DE SICILE, XV, 88; PAUSANIAS, VIII, 13, etc. C’est aussi le jugement de CICÉRON, De Orat., III, 34; Tusc., I, 2; il est vrai qu’ailleurs, Acad., II, 1, il en dit autant de Thémistocle.
16, +Luy+.--PLUTARQUE, De l’Esprit familier de Socrate, 23.
20, +Partie+.--Les éd. ant. aj.: qui est de la vertu et.
23. +Cestuy-cy+.--Épaminondas.
25, +Parangon+.--En comparaison. Ce mot s’employait aussi dans le sens de modèle: «O dame illustre, ô parangon d’honneur!» MAROT.
=20=,
18, +Leuctres+.--PLUTARQUE, Coriolan, 2; et dans le traité où il entreprend de prouver Qu’on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d’Épicure, 13.
19, +Beaucoup+.--Coucher de beaucoup, c’est exagérer, se vanter.--Ce mot «coucher» était à l’époque fréquemment employé et présentait des acceptions très diverses suivant la nature du complément qui l’accompagnait: «coucher de peu», c’était faire bon marché de, faire le modeste; «coucher gros», mettre gros jeu sur une carte par exemple; «coucher par écrit» se dit encore dans le langage familier. REGNIER a dit: «Ne couche de rien moins que l’immortalité», c.-à-d. ne vise, n’aspire à rien moins qu’à l’immortalité.
20, +Tant+.--L’éd. de 88 aj.: vtile et.
22, +Cause+.--PLUTARQUE, De l’Esprit familier de Socrate, 4.
25, +L’espargner+.--ID., ibid., 17.
=22=,
2, +Luy+.--DIODORE DE SICILE, XX, 88; CORNÉLIUS NÉPOS, Épaminondas, 10; JUSTIN, VI, 8; etc.
CHAPITRE XXXVII.
3, +Pieces+.--C’est son livre même que Montaigne désigne de la sorte.
9, +Oster+.--Cependant, précisément dans ce chapitre (pag. 26), a été supprimé et remplacé par quelques mots, un assez long passage qui se trouvait dans l’édition de 1588.
18, +Conuersation+.--C.-à-d. une vie qui se prolonge jusque dans la vieillesse ne se passe...
30, +Membre+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux aj.: mais c’estoient vaines propositions.
=24=,
7, +Mæcenas+.--S’était lié avec Auguste, alors que celui-ci étudiait en Grèce. Il l’accompagna dans toutes ses guerres et, quand il devint empereur, se contenta d’être son ami et refusa toutes charges et honneurs. Il ne se servit de son crédit que pour le porter à la clémence et surtout favoriser les gens de lettres: Virgile, Horace, Properce étaient ses amis et ses protégés; lui-même avait composé quelques poésies, dont il ne reste que quelques fragments.
11, +Bene est+.--Vers de MÉCÈNE conservés par SÉNÈQUE et que LA FONTAINE a traduits ainsi dans sa fable La Mort et le malheureux:
«... Qu’on me rende impotent, Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme Je vive, c’est assez: je suis plus que content.»
17, +Stoïcien+.--Ou plutôt «le cynique». Est le fondateur de cette école: il était disciple de Socrate et fut le maître de Diogène. Il faisait consister le souverain bien dans la vertu qu’il plaçait dans le mépris des richesses, des grandeurs et de la volupté; c’est lui qui, le premier, prit la besace et le bâton de mendiant comme symbole de la philosophie.--Ce trait est rapporté par DIOGÈNE LAERCE, VI, 18.
38, +Essayé+.--Éprouvé.
=26=,
6, +Accointer+.--Me familiariser avec la mort.
13, +Opter+.--La pensée exprimée par ce vers de Martial a été souvent reproduite:
«Las d’espérer et de me plaindre Des Muses, des grands et du sort,
«Être satisfait de son sort, Quel qu’il soit, ne jamais s’en plaindre,
C’est ici que j’attends la mort, Sans la désirer ni la craindre.» MEYNARD.
Et regarder venir la mort Sans la désirer ni la craindre.» BUSSY-RABUTIN.
Madame de TRACY l’a développée: «La vraie philosophie c’est de préférer ce qu’on a, et de voir toutes choses du bon côté; de même le vrai christianisme consiste à faire à tous les êtres animés, bêtes et gens, le plus de bien possible et à attendre la mort sans crainte, comme sans impatience.»--QUINAULT l’a résumée ainsi:
«Faites choix de l’indifférence, Elle assure un sort plus heureux.»
20, +Gestes+.--Au lieu de: «Qu’elle laisse... gestes» (l. 18 à 20), les éd. ant. portent: comme si elle dressoit les hommes aux actes d’vne comedie, ou comme s’il estoit en sa iurisdiction, d’empescher les mouuements et alterations que nous sommes naturellement contraincts de receuoir: qu’elle empesche donq Socrates de rougir d’affection, ou de honte, de cligner les yeux à la menace d’vn coup, de trembler et de suer aux secousses de la fiebure: la peincture de la Poesie, qui est libre et volontaire, n’ose priuer des larmes mesmes, les personnes qu’elle veut representer accomplies et parfaictes.
_E se n’afflige tanto, Che si morde le man, morde le labbia, Sparge le guancie di conticuo pianto,_
elle deburoit laisser cette charge à ceulx, qui font profession de reigler nostre maintien et nos mines.--Traduction de la citation: «Son affliction est telle qu’il se mord les mains, qu’il se mord les lèvres et que sa joue est sans cesse inondée de pleurs» (Auteur inconnu).
20, +Condonne+.--Accorde, permette, du latin condonare qui a même sens.
22, +Voyelle+.--Qui se décèle par la voix, par des plaintes, des gémissements.
29, +Instruire+.--Les éd. ant. aj.: qu’elle luy ordonne ses pas et le tienne en bride et en office.
35, +En accidens+.--Précédé dans l’éd. de 88 par: Voyla sa charge: du dehors, il importe peu et.
37, +Corps+.--Les éd. ant. port.: C’est bien assez que nous soyons tels, que auons nous accoustumé en nos pensées et actions principales: quant au corps, s’il, au lieu de: «Si le corps».
38, +Tourneboule+.--Qu’il se tourne et se retourne comme une boule.
=28=,
5, +Epicurus+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 18.
8, +Cæstibus+.--Cestes: gantelets garnis de fer ou de plomb, dont se servaient les athlètes dans les combats du pugilat.
12, +Assaux+.--Les éd. ant. aj.: de la douleur.
19, +Desespoir+.--Les éd. ant. aj.: et à la rage.
22, +Refert+.--Vers du Philoctète d’ATTIUS, cités deux fois par CICÉRON, De Finibus, II, 29 et Tusc., II, 14.
30, +Cicero+.--De Divin., II, 69.
32, +Desgarcent+.--Mot forgé par Montaigne pour exprimer que les douleurs de la pierre ne le portaient à rêver qu’il avait commerce avec une femme, comme il était arrivé à l’individu dont parle Cicéron.
33, +Vreteres+.--Canaux qui mettent en communication les reins et la vessie.
34, +Ordinaire+.--Les éd. ant. aj.: ie deuise, ie ris, i’estudie, sans esmotion et alteration.
36, +Preparer+.--Les éd. ant. aj.: par estude et.
=30=,
1, +Essayé+.--Je me suis cependant mis à l’essai, à l’épreuve.
8, +Santé+.--Les éd. ant. aj.: et pure de douleurs.
13, +Presomption+.--SOCRATE disait d’Antisthène affectant de ne porter que des vêtements dépenaillés, qu’il apercevait sa vanité au travers des trous de son manteau.--«L’excès de modestie est un raffinement d’orgueil.» PASCAL.--«La simplicité affectée est une imposture délicate.»--«L’orgueil est égal chez tous les hommes; il n’y a de différence qu’aux moyens et à la manière de le mettre à jour.» LA ROCHEFOUCAULD.
32, +Cartilage+.--PLINE, Hist. nat., VII, 12.
34, +Illegitime+.--PLUTARQUE, dans son traité De ceux dont Dieu diffère la punition, 19, ne dit pas qu’on ait jamais tenu pour illégitimes ceux qui ne portaient pas l’empreinte d’un fer de lance sur le corps; il remarque au contraire qu’après avoir disparu, cette empreinte avait reparu dans cette même famille après un assez long intervalle de temps.
36, +Ressemblance+.--C’est ce qu’HÉRODOTE, VI, 180, raconte d’un peuple de Libye.
=32=,
15, +Mere+.--Le père de Montaigne paraît avoir eu dix enfants, dont les deux aînés seraient morts en bas âge, peut-être avant la naissance de Michel, de telle sorte que, né le troisième après cinq années de mariage, il se trouva être l’aîné de quatre frères et trois sœurs qui parvinrent à âge d’homme. V. N. =I=, 114: Frere.
38, +Deux+.--Ramon Eyquem, son bisaïeul, mort en 1478.
41, +Sept+.--Les éd. ant. port.: six.
=34=,
10, +Empeschement+.--Les éd. ant. port.: rengregement de mal.
13, +Quatre+.--Ces quatre frères étaient: Pierre, le père de Montaigne, qui était l’aîné. Thomas, que l’on appelait M. de S.-Michel, parce qu’il était curé de cette paroisse où se trouvait sis le château de Montaigne; il mourut jeune. Pierre minor, dit Seigneur de Gaviac; il succéda aux emplois ecclésiastiques de son frère Thomas et devint chanoine de S.-André et de S.-Seurin de Bordeaux et curé de Lahontan, localité dont il est question plus loin, page 60. Enfin Raymond, Seigneur de Dussaguet, avocat au parlement de Bordeaux.
16, +Mal+.--Et cela lui réussit si mal.
19, +Dyspathie+.--Aversion; le mot est emprunté du grec, nous disons aujourd’hui antipathie.
25, +Consideration+.--Préjugé.
29, +Epicurus+.--CICÉRON, Tusc., V, 33; DIOGÈNE LAERCE, X, 129.
35, +Iniurieuse+.--Les éd. ant. port.: ne peut auoir ny grace, ny faueur, au lieu de: «nous vient... à estre iniurieuse».
40, +Secours+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux port.: de s’ayder de ces nobles, au lieu de: «d’appeler à son secours».
=36=,
2, +Chere+.--Les éd. ant. port.: espineuse.
6, +Certain+.--Les éd. ant. aj.: Mais ie dy que ce qui s’en void en practique, il y a grand dangier que ce soit pure imposture, i’en crois leurs confraires Fiorauanti et Paracelse.
8, +Refforts+.--Raifort; sorte de rave sauvage de goût très prononcé.
9, +Sené+.--Arbrisseau des pays chauds, dont les valves des fleurs sont purgatives.
11, +Solon+.--C’est PLUTARQUE qui le lui fait dire dans le Banquet des sept Sages, 19.
14, +Vberté+.--Fertilité; du latin ubertas qui a même signification.
15, +Arondes+.--Hirondelles; cet ancien nom de l’hirondelle se retrouve encore dans «queue d’aronde», à la fois terme de charpentier et de fortification.
19, +Pastissage+.--Mélange informe, espèce de salmigondis ou de macédoine.
25, +Designe+.--Prescrit, ordonne.
26, +Estime+.--Montaigne raconte dans son Voyage que, se trouvant, pour sa santé, aux bains «della Villa» près de Lucques, en 1581, il laissa échapper cette exclamation: «La vaine chose que la medecine!» Ce qui suit prouve que ce mot partait du fond de l’âme; et pour le confirmer dans son idée, plusieurs fois, rapporte-t-il encore, il fut appelé à Rome à des consultations de médecins; à l’une, entre autres, le malade était résolu de s’en tenir à sa décision; et il ajoute: «J’en riois en moi-même.» LE CLERC.
37, +Ordonnances+.--Les éd. ant. port.: drogues.
=38=,
1, +Point+.--Je ne me fais pas un sujet de frayeur, je ne souffre pas d’être sans médecin;--c’est le sens propre de «passionner» qui ne se dit plus aujourd’hui qu’au sens figuré.
13, +Censeur+.--PLINE, d’où cette assertion semble tirée, émet en effet que les médecins ne furent reçus à Rome que six cents ans après la fondation de cette ville; mais pour ce qui est de leur expulsion, il dit expressément qu’elle n’eut lieu que longtemps après la mort de Caton.
18, +Plutarque+.--Vie de Caton le Censeur, 12.
19, +Pline+.--Hist. nat., XXV, 8.
20, +Herodote+.--Liv. IV, ch. 187.--Hippocrate dit à peu près la même chose des Scythes.
=40=,
2, +Platon+.--Dans le Timée.
3, +Appartiennent+.--Dont nous avons la disposition.--Ces trois modes de perturbations intestines sont les vomitifs, les purgations et la saignée.
7, +Harpades+.--Combats; coups de harpon ou de griffes.--Se harper, c’est lutter à qui mieux mieux, corps à corps, se prenant aux cheveux, se mordant, mettant tout en jeu pour se faire le plus de mal possible.
10, +Infiable+.--Incertain, sur lequel on ne peut compter.
14, +Dihore+.--Expression employée jadis dans le Languedoc et qui peut se traduire par «Holà!» ou encore: «Alerte, à l’aide, au secours»;--était employée couramment dans cette région, alors dans son premier sens, par les laboureurs, les charretiers pour presser la marche de leurs bêtes.
15, +Impiteux+.--Impitoyable, sans pitié.
21, +Entraine+.--Imitation de ce vers de SÉNÈQUE, Epist. 107: «Ducunt volentem fata, nolentem trahunt (Le destin mène qui s’y prête et contraint qui résiste).» Ce que FÉNELON a rendu sous cette autre forme: «L’homme s’agite, Dieu le mène.»
27, +Tué+.--PLINE L’ANCIEN, qui vivait avant Adrien, cite une épitaphe exactement conçue dans les mêmes termes: «Le trop grand nombre de médecins qui l’ont assisté, l’a tué.»--Dans une de ses comédies, CASIMIR DELAVIGNE exprime la même idée, en parodiant le vers si connu de Corneille et l’appliquant à un malade auquel plusieurs médecins ont apporté leurs soins: «Que vouliez-vous qu’il fît contre trois?--Qu’il mourût.»
28, +Diogenes+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 62.
29, +Autresfois+.--«Parlons franchement, Docteur, dit un jour, en plaisantant, Frédéric II de Prusse à son médecin. Combien avez-vous tué d’hommes pendant votre vie?--Sire, répondit celui-ci, à peu près trois cent mille de moins que Votre Majesté.»--«Diaulus était médecin, maintenant il est croque-mort; il n’a pas changé de métier.» MARTIAL.--«Tu tuais les hommes étant médecin; gladiateur, tu les tues encore.» MARTIAL.
29, +Nicocles+.--Le mot de Nicoclès se trouve dans le ch. 46 de la Collection des moines ANTONIUS et MAXIMUS; cette épigramme a souvent été répétée.
33, +Faute+.--Les éd. ant. à 88 port.: heur, que leur erreur et leurs fautes sont soudain mises sous terre et enseuelies, au lieu de: «heur... faute».
37, +Moy+.--Les éd. ant. port.: query à moy, au lieu de: «query moy».
39, +Subiects+.--C.-à-d. les médecins s’en font honneur auprès de ceux qui se sont mis entre leurs mains.
=42=,
15, +Morfondement+.--Ce que nous appelons aujourd’hui un chaud et froid, une affection causée par un froid subit, vous surprenant ayant chaud.
21, +Propos+.--De la République, III.
27, +Conte+.--Dans sa fable Le malade et le médecin.--Les éd. ant. à 88 port.: ce me semble.
40, +Propres+.--Les Chinois, les Japonais paient, dit-on, leurs médecins, tant par journée de bonne santé; et, quand ils sont malades, ils sont soignés gratis. La chose n’est pas aussi paradoxale qu’elle en a l’air au premier abord; c’est l’analogue de ce qui se pratiquait il y a un demi-siècle en France, et qui se pratique peut-être encore dans les campagnes, où l’on contractait abonnement avec le médecin; c’est également ce qui se passe dans les sociétés de secours mutuels. Ce mode a disparu dans les grandes villes depuis que les médecins ont mis leurs soins à des prix tellement exorbitants que, pour échapper à leurs exigences souvent peu en rapport avec leur science (les plus modestes ne sont pas les moins bons), beaucoup de personnes de condition aisée cherchent à se faire admettre dans les hôpitaux. On se plaint qu’en agissant ainsi, elles volent les pauvres pour lesquels ces établissements ont été créés; c’est la nécessité qui les y oblige: elles n’ont d’autre moyen de se procurer des soins dont elles soient sûres, et d’échapper ainsi à l’ignorance des uns et aux prix exagérés des autres. «Les anciens ne voulaient pas surtout que la vie des hommes fût au prix d’un énorme salaire»; mais déjà du temps de Pline qui écrivait ainsi, les médecins étaient parfois payés des prix excessifs, effet de la civilisation qui, augmentant le bien-être physique, fait que chacun tient davantage à la vie. D’après lui, Erasistrate aurait reçu cent talents (575.000 fr.) pour avoir guéri le roi Antiochus et il en cite plusieurs qui en ont laissé plus de mille à leurs héritiers, après en avoir dépensé autant durant leur vie. Aujourd’hui on a également tendance à l’exagération, et quand on leur parle de tarif, les princes de la science répondent en concédant le paiement de leurs honoraires au prorata du revenu représenté par le prix du loyer. Si encore ils étaient tenus de garantir la guérison ou seulement du soulagement!
=44=,
1, +Æsculapius+.--Avait appris la médecine du centaure Chiron. Non content de guérir les malades, il ressuscitait même les morts; c’est ainsi qu’il rendit la vie à Hippolyte, fils de Thésée, qui, repoussant les obsessions de Phèdre sa belle-mère, accusé par elle auprès de Thésée d’avoir voulu la séduire, sur la demande, adressée par son père à Neptune, de le venger, avait été déchiré par un monstre marin. Jupiter, irrité de l’audace d’Esculape, le foudroya, à la prière de Pluton, dieu des enfers, dont l’empire, s’il eût eu des imitateurs, eût couru risque de devenir désert.
2, +Hypolitus+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bord. port. à tort Heleine, au lieu de «Hypolitus».
6, +Stygias+.--Du Styx. Ce fleuve faisait sept fois le tour des enfers; ses eaux étaient glacées et vénéneuses; c’est par lui que les dieux avaient coutume de jurer et leur serment alors était irrévocable; s’ils y manquaient, ils étaient déchus pendant neuf ans de leur divinité.
9, +Mon+.--Vraiment oui, puisqu’il peut impunément...--Expression elliptique d’usage fréquent du temps de Montaigne, mise pour: «C’est mon avis».--Cette réponse de Nicoclès se trouve dans le ch. 146 de la Collection des moines ANTONIUS et MAXIMUS.
18, +Cassam+.--En citant ce vers, CICÉRON l’explique, ajoutant: «au lieu de dire comme tout le monde, «un limaçon» ou plutôt fort probablement «un bouillon de limaçons».
20, +Fanatiques+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bord. port.: fantastiques.
=46=,
2, +Contestations+.--PLINE, Hist. nat., XXIX, 1.
22, +Hierophilus+.--CELSE, préface du Ier livre.--Hiérophile fut le créateur de l’anatomie; on dit qu’il poussa l’amour de la science jusqu’à disséquer des corps de criminels vivants.
23, +Erasistratus+.--Erasistrate s’est adonné à l’anatomie; a été le chef de l’école des Méthodistes qui, procédant d’après des méthodes déterminées, était opposée à celle des Empiriques, qui s’appuyaient exclusivement sur l’expérience; son école a jusqu’à Galien joui d’une grande célébrité.
23, +Asclepiades+.--Il préconisait les douches; le premier, il a pratiqué la bronchotomie dans le cas de l’angine.
24, +Alcmæon+.--A écrit sur la nature de l’âme et sur la médecine; admettait comme causes de toutes choses, certains principes fondamentaux, dont chacun avait son contraire.
27, +Strato+.--Straton; il passa une partie de sa vie en Égypte où il fut précepteur de Ptolémée Philadelphe. Il expliquait tout par la force productrice de la nature et les maladies par les entraves qu’on lui opposait.
28, +Hippocrates+.--Le père de la médecine, ainsi qu’on l’a surnommé.--Avait beaucoup voyagé; enseigna et pratiqua, surtout à Athènes. Se basait, pour traiter les malades, sur l’observation, plus que sur des hypothèses, comme on l’avait fait jusqu’à lui; usait de remèdes simples; le premier, divulgua les méthodes curatives jusqu’alors tenues secrètes; a beaucoup écrit, en relatant ses observations; n’a pas craint d’avouer ses erreurs. On a dit de lui qu’il avait refusé des propositions d’Artaxerxès, roi des Perses, qui, à prix d’or, voulait l’enlever à la Grèce et se l’attacher.
28, +Amis+.--PLINE L’ANCIEN, Hist. nat., XXIX, 1, au commencement.
37, +Peloponnesiaque+.--Guerre du Péloponnèse; guerre mémorable de la Grèce ancienne, qui eut lieu de =431= à =401=, entre Sparte et Athènes, et qui, après des alternatives de succès et de revers, se termina par la défaite de cette dernière.
38, +Science+.--Tous ces détails sur la médecine sont extraits de PLINE, Hist. nat., XXIX, 1.
=48=,
7, +Themison+.--Restaurateur de l’école méthodiste, basée sur ce qu’il n’y a dans la nature que de la matière animée et que la diversité des corps provient de la diversité des atomes ou éléments qui les composent.
7, +Musa+.--Guérit Auguste d’une maladie dangereuse, ce qui lui valut d’être comblé d’honneurs par le prince et par le Sénat: sa statue fut placée dans le temple d’Esculape; et, à sa considération, les médecins furent exempts de toutes sortes d’impôts.--Musa était l’ami d’Horace et de Virgile; c’est lui, a-t-on dit, que ce dernier a célébré dans le livre XII de l’Énéide, sous le nom de Iapis.
9, +Messalina+.--Les éd. ant. aj.: femme de Claudius Cæsar.
23, +Latineurs+.--Gens qui s’expriment en latin.
25, +Cueillons+.--Les éd. ant. port.: nous ne sçaurions donner pris aux drogues que nous cognoissons: si elle ne nous est inconnue, si elle ne vient d’outre-mer, et ne nous est apportée de quelque lointaine region, elle n’a point de force; au lieu de: «la drogue... cueillons».
26, +Gayac+.--Arbre de la Jamaïque à bois très dur et résineux dont la décoction est un sudorifique; on le nomme aussi «bois saint».
26, +Salseperille+.--Salsepareille; plante d’Amérique, dont la racine est dépurative et sudorifique.
27, +Esquine+.--Bois d’esquine; racine d’un certain jonc des Indes, dont il est fait usage en médecine.
30, +Mespriser+.--Les éd. ant. aj.: et estimer vaines.
34, +Paracelse+.--Prétendait révolutionner la médecine; et après avoir joui d’une grande réputation, tomba dans le discrédit et mourut à l’hôpital.
34, +Fiorauanti+.--Mêlait à un peu de science beaucoup de charlatanisme, acquit une certaine notoriété.
35, +Argenterius+.--Se distingua par ses vives attaques contre Galien.
=50=,
2, +More+.--ÉSOPE, dans sa fable l’Éthiopien.--Les Maures sont distincts des Berbers, des Arabes et des Nègres dont l’ensemble forme la majeure partie de la population de l’Afrique; ils semblent un croisement de ces deux dernières races, habitent de préférence les villes, sont vigoureux, basanés, fourbes et cruels, s’adonnent volontiers au brigandage, à la piraterie et à la traite des nègres.
22, +Merueilleusement+.--Met à une rude épreuve.
23, +Repos+.--Les éd. ant. à 88 aj.: et de ne troubler rien en son estat.
30, +Affuster+.--Ajuster, mener à bien; au propre, c’est appliquer une garniture de bois à quelque chose.
40, +Faut+.--S’il se méprend, s’il manque.
=52=,
14, +Conseil+.--L’éd. de 80 aj.: (car d’en voir plusieurs bien d’accord il est mal aisé: ilz haissent l’vni-son de la musique).
15, +Suader+.--Persuader, comme portent les éd. ant. Suader est le mot latin suadere qui a même signification.
22, +Foye+.--De nos jours, cela n’est plus exact: l’invention de Roentgen, autrement dit les rayons X réalisent dans une certaine mesure ce fait qui dépasse notre intelligence, bien que nous le reproduisions à volonté, de rendre translucides des corps opaques, notamment le corps humain, et de nous en révéler l’ossature et la présence de tout corps étranger.
24, +Et qui+.--L’éd. de 80 porte: desquels, ils disent, qu’il y en a aucuns qui, au lieu de: «et qui».
35, +Diuerses+.--Plus tard, VOLTAIRE, exprimant la même idée, a dit de même: «Quelle bonne farce, d’introduire dans un corps que l’on connaît peu des médicaments que l’on ne connaît pas.»
=54=,
4, +Officier+.--Qui est pourvu d’un office, d’une charge. Ici d’un pharmacien ou, comme on disait alors, de l’apothicaire.
6, +Pourpointiers+.--Tailleurs qui ne faisaient que le pourpoint (ancien vêtement français qui couvrait le corps du cou à la ceinture); doit s’entendre de l’ensemble des vêtements du haut du corps.
6, +Chaussetiers+.--Ne faisaient que les hauts-de-chausses (culottes) et les bas.
13, +Ægyptiens+.--HÉRODOTE, II, 84.
14, +Descouper+.--Diviser en parties complètement séparées; on dit actuellement créer des spécialités.--A cet égard, le vœu de Montaigne est aujourd’hui complètement réalisé; les spécialistes foisonnent, il y en a de toutes sortes. L’idée est bonne, sa réalisation l’est moins. Adressez-vous à l’un d’eux, à peine s’il vous examine, admet sans conteste que vous ne faites pas erreur, que votre cas relève bien de lui et, ne voyant que sa partie, de la meilleure foi du monde, quels que soient votre tempérament et vos antécédents qu’il ne recherche même pas, vous trace un traitement d’après une des formules qu’il a adoptées. Hors certains cas de chirurgie où incontestablement les spécialistes, en raison d’une pratique plus fréquente, ont plus de dextérité et sont à préférer, il n’y en a pas un seul, si grande soit sa réputation, qui vaille mieux qu’un médecin modeste et consciencieux auquel vous vous confiez d’habitude, qui vous voit fréquemment, qui vous porte affection, vous suit et de longue date connaît votre tempérament.--En somme, il est sage de n’avoir recours à un spécialiste que sur le conseil de son médecin ordinaire.
21, +Amy+.--La Boétie, mort de la dysenterie en 1563.
25, +Dissentieuses+.--Par ces drogues mêlées confusément et qui ont des qualités discordantes et contraires.
29, +Graue+.--Gravelle; maladie des reins et de la vessie donnant lieu à la production de concrétions calcaires semblables à de petits grains de sable.
29, +Pierre+.--Maladie dans laquelle les concrétions qui se produisent chez certaines personnes atteintes de gravelle, s’agglomèrent, ce qui rend leur expulsion beaucoup plus difficile et douloureuse.
=56=,
3, +Expeller+.--Chasser; du latin expellere, qui a même signification et dont le participe passé expulsus a fourni les dérivés «expulsé, expulsion».
8, +Eau+.--Uriner; expression gasconne qui s’est généralisée et s’emploie aujourd’hui assez couramment dans le langage familier.
19, +Il est bon+.--Le passage commençant par ces mots et se terminant pag. 60, lig. 14, par ceux-ci: «en cet art», était rédigé ainsi qu’il suit dans l’édition de 1580: Somme, ilz n’ont nul discours, qui ne soit capable de telles oppositions. Quant au iugement de l’operation des drogues, il est autant ou plus incertain. I’ay esté deux fois boyre des eaux chaudes de noz montaignes: et m’y suis rangé, par ce que c’est vne potion naturelle, simple, et non mixtionnée, qui au moins n’est point dangereuse, si elle est vaine: et qui de fortune s’est rencontrée n’estre aucunement ennemie de mon goust (il est vray que ie la prens selon mes regles, non selon celles des medecins) outre ce que le plaisir des visites de plusieurs parens et amis, que i’ay en chemin, et des compaignies qui s’y rendent, et de la beauté de l’assiete du pais, m’y attire. Ces eaux là ne font nul miracle sans doute, et tous les effectz estranges qu’on en rapporte ie ne les croy pas; car pendant que i’y ay esté, il s’est semé plusieurs telz bruits que i’ay decouuers faux m’en informant vn peu curieusement. Mais le monde se pipe aiseement de ce qu’il desire. Il ne leur faut oster aussi qu’elles n’esueillent l’appetit et ne facilitent la digestion, et ne nous prestent quelque nouuelle alegresse, si on n’y va du tout abatu de forces. Mais moy ie n’y ai esté ny ne suis deliberé d’y aler que sain et auecques plaisir. Or quant à ce que ie dis de la difficulté, qui se presente au iugement de l’operation, en voicy l’exemple. Je fus premierement à Aigues-caudes, de celles là ie n’en sentis nul effet, nulle purgation apparente: mais ie fuz vn an entier aprez en estre reuenu sans aucun ressentiment de colique, pour laquelle i’y estoy allé. Depuis ie fus à Banieres, celles cy me firent vuyder force sable, et me tindrent le ventre long temps apres fort lache. Mais elles ne me garantirent ma santé que deux mois: car apres cela i’ay esté tresmal traicté de mon mal. Ie demanderois sur ce tesmoignage, ausquelles mon medecin est d’auis que ie me fie le plus, ayant ces diuers argumentz et circonstances pour les vnes et pour les autres. Qu’on ne crie donc plus apres ceux, qui en céte incertitude se laissent gouuerner à leur appetit et au simple conseil de nature. Or ainsi, quand ils vous conseillent vne chose plus tost qu’vne autre, quand ils nous ordonnent les choses aperitiues, comme sont les eaux chaudes, ou qu’ils nous les deffendent: ils le font d’vne pareille incertitude, et remettent sans doubte à la mercy de la fortune l’euenement de leur conseil: n’estant en leur puissance ny de leur art de se respondre de la mesure des corps sableux, qui se couuent en noz reins: là où vne bien legiere differance de leur grandeur peut produire en l’effet de notre santé des conclusions contradictoires. Par cet exemple lon peut iuger de la forme de leurs discours. Mais pour les presser plus viuement, il ne fauldroit pas vn homme si ignorant comme ie suis de leur art.
31, +Bastelant+.--Faisant les bateleurs, se jouant et badinant.
=58=,
33, +Della Villa+.--Bains près de Lucques; on les nomme actuellement tout simplement i Bagni (les Bains).
=60=,
1, +Prise+.--C.-à-d. on retient les malades au lit dans l’établissement même où ils ont bu l’eau.
3, +Corneter+.--Corneter et ventouser sont synonymes; le premier est hors d’usage; dans quelques dictionnaires modernes, on trouve encore «cornet à ventouses».
4, +Doccie+.--Douches; jets d’eau chaude ou froide que l’on dirige sur le corps ou une de ses parties. Leur emploi, restreint au temps de Montaigne à l’état de traitement curatif, s’est généralisé, et est devenu en outre un de nos moyens courants d’hygiène et de propreté.
19, +Effertur+.--AUSONE, Epig. 74, de qui sont ces vers, joue ici sur le mot effertur, efferre signifiant emporter et aussi porter en terre.--En fait de médecins du nom d’Alcon, on n’en connaît qu’un, dont PLINE dit qu’il vivait à Rome du temps de Claude, et qu’ayant été exilé et ses biens s’élevant à dix millions de sesterces (2.100.000 Fr.) confisqués, il en gagna autant en peu d’années, après avoir été rappelé.
25, +Caupene+.--Ce baron de Caupène était petit-fils du maréchal de Montluc.
27, +Benefice+.--Charge ecclésiastique pourvue d’un revenu; les patrons étaient ceux qui avaient contribué, eux ou leurs ancêtres, à la fondation de l’église; ils présidaient aux cérémonies, présentaient un candidat à la nomination de l’évêque et percevaient quelquefois une partie des revenus du bénéfice. Celui dont il est question ici, était la cure de Lahontan, dont avait été titulaire un des oncles de Montaigne. V. N. =III=, 34: Quatre.
37, +Destroit+.--District, pays, se livrer à la mendicité.
43, +Maistres+.--Voir N. =II=, 478: Maistre Iean.
=62=,
2, +Grand+.--Ou monsieur, comme portent les éd. ant.
4, +Comperes+.--L’éd. de 80 port.: cousins.--Les bourgeois s’appelaient entre eux compères, comme les gentilshommes s’appelaient cousins.
12, +Apostemes+.--Abcès non ouverts; apostème et apostume se disent encore, quoique rarement; on le trouve chez LA FONTAINE, dans sa fable Le cheval et le loup:
«J’ai, dit la bête chevaline, Un apostume sous le pied.»
25, +Raccourcies+.--Ce membre de phrase: «leurs vies raccourcies de moitié», est de trop. On ne saurait nier que la médecine ne soit parvenue à force d’hygiène à prolonger la vie humaine dont certaines statistiques fixent, de nos jours, la durée moyenne, en France, à 46 ans, alors qu’il y a un siècle à peine, on la tenait moindre de près de 10 ans. De fait, les maladies engendrées ou aggravées par la misère et les logements insalubres, la malpropreté, la négligence dans les soins donnés aux enfants en bas âge, ont bien diminué; et aussi les épidémies, par suite des mesures prises dès leur apparition pour en arrêter le développement; enfin la vaccination a de plus en plus raison de nombre de maladies, et non des moindres, contre lesquelles la science était jadis impuissante. Mais à quel prix ce résultat est obtenu, Montaigne nous le dit, et cet affaiblissement qu’il accuse dans nos tempéraments est bien réel: notre vie est plus longue, mais plus souffreteuse; l’intensité de l’existence qui aujourd’hui se passe, pour le plus grand nombre, dans un état de préoccupations et souvent de surexcitations continues qui, jadis, n’était l’apanage que de quelques-uns; la sophistication des denrées alimentaires quelles qu’elles soient, la contamination presque générale de l’eau que nous buvons; l’alcoolisme qui va gagnant sans cesse, font que finalement, dès la jeunesse, nous sommes aux prises avec des maux d’estomac, d’intestins, avec des douleurs de toute nature qu’autrefois on ne connaissait guère que dans l’âge avancé, et témoignent d’une dégénérescence qui va augmentant de génération en génération.--Parmi ces infirmités devenues plus précoces et multipliées, la tuberculose, qui présentement en France emporte 350.000 personnes par an, tient le premier rang, tant par sa gravité que par la rapidité de son extension. Son développement excessif, depuis une cinquantaine d’années, tient à ce qu’elle est héréditaire, et que la sélection qui, il n’y a pas encore cent ans, s’opérait aux débuts de la vie et s’étendait à tout ce qui était venu au monde avec une organisation débile, se trouvant considérablement réduite par les progrès de l’hygiène, tous ceux qui n’ont échappé que grâce à ces conditions d’hygiène, vont procréant des êtres qui sont tout désignés pour être atteints à bref délai et propager à leur tour les germes morbides qu’ils ont reçus en naissant. On peut essayer de guérir les tuberculeux, on y parviendra peut-être pour nombre d’entre eux; mais tous les moyens curatifs existants ou à trouver: régime, sanatoria, sérums, ne seront que des palliatifs insuffisants contre le fléau; pour l’enrayer, il n’est qu’un remède d’efficacité absolue: il faut le prévenir, en tarir la source en interdisant le mariage, c’est-à-dire la propagation de leur mal, à ceux qui sont contaminés; et pour cela il suffit que la loi édicte qu’un bulletin de visite médicale, délivré à bon escient, soit joint aux pièces à produire à la mairie, par quiconque est en instance de mariage. Conçu en termes généraux, ce bulletin aurait, du même coup, pour effet de protéger les familles contre l’introduction subreptice dans leur foyer des syphilitiques et autres avariés qui, plus heureux que les tuberculeux, ont des chances de guérison; il ne serait qu’un renseignement qui leur permettrait de savoir à quoi s’en tenir, celles qui le jugeraient à propos ayant, à moins que l’expérience ne montre la nécessité d’un interdit formel, la faculté de passer outre; le remède n’est ni difficile, ni coûteux, ni gênant pour ceux qui sont indemnes, il suffit de vouloir.
40, +Curieux+.--Les éd. ant. à 88 aj.: et d’autres auec moy.
=64=,
5, +Inusité+.--Il s’agit ici de pelotes, de grosseur variable, pouvant atteindre cinq à six centimètres de diamètre, nommées par les savants «egagrophytes» et aussi «besourds d’Allemagne», composées de détritus de plantes, de poils de l’animal et de concrétions calcaires qui se forment assez fréquemment dans le premier et parfois dans le deuxième estomac des ruminants.
15, +Petrifiante+.--Les éd. ant. aj.: Et si cette beste est suiette à cette maladie, ie trouue qu’elle a esté mal choisie pour nous y seruir de medicaments.--En supprimant ce membre de phrase, Montaigne s’est bien inconsciemment épargné les démentis que l’avenir lui eût apportés, lorsque 150 ans plus tard la vaccine était découverte et que trois siècles après lui le génie de Pasteur, qui n’était pas médecin, imaginait de communiquer certaines maladies à certains animaux et par des traitements appropriés d’en tirer ces sérums qui immunisent l’homme et aussi d’autres animaux contre ces mêmes maladies ou les en guérissent, ouvrant à la science un champ illimité d’expériences et d’applications.
21, +Euenemens+.--Néanmoins, elles réussissent dans quelques heureuses circonstances.
22, +Necessité+.--«Honore les médecins à cause de la nécessité (sous-entendu: où tu es d’y avoir recours),» dit l’ECCLÉSIASTIQUE, XXXVIII, 1; et il ajoute: «parce qu’il est une création du Très-Haut».
23, +Asa+.--«Affligé, dit l’ÉCRITURE (II Paralipomènes, XVI, 12), d’un mal qui lui tomba sur les pieds et remonta plus haut (probablement la goutte), il n’eut point recours au Seigneur et mit plutôt sa confiance dans la science des médecins.» On croit que par médecins, il faut entendre ici les magiciens, parce qu’alors la plupart des médecins usaient de sortilèges et de superstition, et qu’il est vraisemblable que s’il en eût été autrement, ce reproche ne lui eût pas été adressé.
25, +Aymez+.--«Le médecin, d’après Alphonse Daudet, est un homme qui console toujours, soulage souvent, guérit parfois.» Définition fort juste en tant qu’appliquée au médecin familial, qui vous suit au cours de la vie, étudie et connaît votre tempérament, est votre ami autant que votre conseiller, ce qui est rare dans les grands centres où abondent par trop ce que l’on est convenu d’appeler les princes de la science et aussi les spécialistes et les prolétaires. Aux premiers le temps fait défaut, les seconds ne voient que ce qui les touche, les derniers parfois n’ont pas assez de scrupule; chez certains d’entre les uns et les autres les honoraires demandés sont souvent d’une exagération excessive, lors même que leur science s’est trouvée en défaut ou que leurs soins n’ont pas abouti.
28, +Vacations+.--Professions.
32, +Loy+.--Je leur permets, je leur donne licence.
33, +Sorte+.--Les éd. ant. port.: me coucher sur le costé droit, si i’ayme autant y estre, que sur le gauche, au lieu de: «m’abrier... sorte».
36, +Clairet+.--Ancien nom du vin de Bordeaux que, dit-on, les Anglais, qui en sont fort amateurs et gros consommateurs, lui ont conservé et qui vient de ce que, relativement aux autres vins du Midi, il est peu chargé en couleur.
=66=,
10, +Destroussement+.--Ouvertement.
14, +Soif+.--Les éd. ant. port.: faim.
24, +Place+.--Places publiques. «C’était une loi sagement établie», dit HÉRODOTE, I, 197, qui ajoute: «il n’était pas permis de passer près d’un malade sans s’enquérir de son mal».--V. aussi STRABON, XVI.
29, +Breuets+.--Barbotages est pris ici au figuré et signifie marmottages, prières cabalistiques, etc.; les brevets sont les préservatifs contre le poison, les enchantements, les maladies, etc., généralement sous forme de billets enfermés dans une sorte de gaine en étoffe ou en peau qu’on suspendait aux bras, aux poignets et autres parties du corps, autrement dit des amulettes; il nous en reste bien quelque chose.
32, +Homere+.--Odyssée, IV, 231.
36, +Confrairie+.--Société habituelle; lorsqu’il écrivait les Essais et en particulier ce chapitre où il se met assez souvent en cause, il ne faisait plus partie du Parlement.
=68=,
2, +Desprendre+.--Je ne puis quitter ce sujet.
6, +Simples+.--Nom vulgaire des herbes et plantes médicinales.
17, +Galen+.--Galien; séjourna plusieurs années à Alexandrie pour y étudier l’anatomie; vint à Rome et y devint le médecin des empereurs Marc-Aurèle, Vérus et Domitien. C’est, après Hippocrate, dont il suivait la doctrine, le premier médecin de l’antiquité; il a publié une foule d’écrits qui formaient un corps complet d’études médicales, plusieurs sont perdus. Il expliquait tout, en médecine comme en physique, par le fait des quatre éléments: l’eau, l’air, la terre, le feu, et celui des quatre qualités: le chaud, le froid, l’humide, le sec; et pour expliquer les phénomènes de la vie, il admettait un fluide vital.
20, +Vaisseau+.--Vase. Un auteur du XVIIe siècle dit qu’à cette époque les Indiens considéraient du bouillon de serpent comme un excellent préservatif contre la lèpre.
30, +Aisée+.--C.-à-d. à laquelle il faut prêter une croyance bien souple et bien accommodante; il se trouve à nouveau non moins embarrassé pour discerner dans quel cas et à quelle maladie il peut faire application de ce remède.
36, +Maladies+.--Devant chacun de ces compléments: l’épilepsie, au mélancolique, en hiver, etc..., les mots «que c’est», sont chaque fois sous-entendus.
=70=,
16, +Experiences+.--Hippocrate, Galien et Celse.
24, +Pas+.--Sur ce passage, ce sujet.
=72=,
9, +Tibere+.--TACITE, Ann., VI, 46.--Tibère, encore jeune, se distingua aux armées et, plus tard, fit fleurir la paix, l’ordre, la justice dans les provinces et administra bien les finances; mais, soupçonneux et cruel, il donna, lorsqu’il eut le pouvoir suprême, libre cours à ces instincts. Sur la fin de sa vie, il s’était retiré dans l’île de Caprée, non loin de Naples, pour échapper à la haine qu’il sentait s’élever autour de lui et se livrer en toute liberté à ses vices.
26, +Suffisance+.--L’éd. de 80 aj.: pour m’agencer et meliorer, non pour me parer et honorer;--celle de 88 aj.: et de la valeur.
33, +Creu+.--Ailleurs pourtant, Montaigne dit qu’il faut colloquer les gens non selon les facultés de leur père, mais selon celles de leur âme. Si tous ceux, «sous de meschantes chausses», n’avaient pas fait de livres, que de chefs-d’œuvre n’existeraient pas: Homère a mendié; Virgile naquit paysan; Horace était fils d’esclave; Corneille, qui touchait six francs de droits d’auteur quand on jouait le Cid, demandait un crédit de trois sols pour un ressemelage de souliers; La Fontaine avait souvent besoin de Fouquet; Boileau empruntait cent pistoles à Racine pour aller aux eaux, et Racine les demandait à Louis XIV pour les prêter à Boileau.
34, +Moy+.--Ne me le demandez pas à moi, qui aimerais encore mieux être un bon cuisinier, si.
37, +Ailleurs+.--Le Talmud dit dans le même sens: «La science sans richesse est comme un pied sans soulier; la richesse sans la science comme un soulier sans pied.»
=74=,
12, +Latins+.--Bien d’autres médecins latins ont écrit, entre autres: Celius Aurelianus, contemporain de Galien; Serenus Samonicus, qui vivait sous l’empereur Septime Sévère; Marcellus Empiricus, sous Théodose le Grand; Æmilius Macer, contemporain de Virgile; Apulée, contemporain de Celse; il est, du reste, à observer que les Romains s’abstenaient en général de pratiquer cet art, que n’exerçaient guère que les Grecs. PAYEN.
12, +Celsus+.--A traité de toutes les sciences, et en particulier de la médecine; seul, demeure son ouvrage sur ce dernier sujet, remarquable par le style autant que par la valeur du fond.
14, +Pincer+.--C.-à-d. je ne fais que critiquer légèrement cet art des médecins.--Montaigne fait le mot «art» tantôt féminin, tantôt masculin, mais plus souvent féminin.
14, +Pline+.--Liv. XXIX, ch. 1.
15, +Corde+.--Ou de leur latin, comme port. les éd. ant.; c.-à-d. de leurs ressources.
21, +Gramontoises+.--C.-à-d. il ne parle pas des eaux thermales de ce côté-ci des Pyrénées qui relèvent de la seigneurie de Gramont.--Cette seigneurie, située dans la Basse-Navarre, appartenait à la famille du même nom, dont était madame de Duras.--L’éd. de 80 aj. ici: les montaignes où elles sont assises ne sonent et ne retentissent rien que de Gramont.
21, +Ils+.--Les éd. ant. port.: Nos médecins sont encore plus hardis, car ils, au lieu de: «Ils».
29, +Pericles+.--Chef du parti démocratique à Athènes; il aimait les lettres et les arts qui prirent, sous son initiative, un essor qui fait souvent désigner son époque sous le nom de «siècle de Périclès». Il signala son administration à l’intérieur par la construction de beaux édifices et des fêtes somptueuses; au dehors, par de grands succès, mais qui ne se maintinrent pas. Il détenait le pouvoir quand éclata la guerre du Péloponnèse (V. N. =III=, 162: Peloponnesiaque); il n’en vit que les débuts et mourut de la peste.
30, +Breuets+.--Amulettes. V. N. =III=, 66.
=76=,
5, +Dragmes+.--Poids et monnaie grecs: comme poids, la drachme était environ de trois grammes; comme monnaie, de cinquante à quatre-vingts centimes environ, sa valeur ayant varié à diverses époques.
5, +Opiate+.--Préparation pharmaceutique de consistance un peu molle et dont le suc de pavot (opium) était la base.
6, +Violente+.--Les éd. ant. aj.: et qui aura troublé l’assiette de mon entendement et de ma raison.
11, +Deriuée+.--C.-à-d. qui m’est venue de, qui m’a été transmise par mes ancêtres.
18, +Assené+.--Bien singulier, bien mal placé, peu justifié.
37, +Diuersité+.--«Diversité est ma devise,» a dit La Fontaine.--Les éd. ant. aj.: et la discordance.
[F.606] LIVRE TROISIÈME
CHAPITRE PREMIER.
=78=,
+Troisieme+.--Ce troisième livre a paru pour la première fois dans l’éd. de 1588.
+Honeste+.--Ce chapitre traite de la conduite à tenir dans les guerres civiles. Il mérite attention et est assez difficile à comprendre; Montaigne y développe les idées qui ont dû le guider et les sentiments qui ont dû l’animer pendant le temps durant lequel il a occupé des fonctions publiques.
2, +Curieusement+.--Avec recherche, avec prétention, de parti pris.--PASCAL a encore ramassé ici, chez Montaigne, comme cela lui arrive souvent, une pierre pour le lapider. Après lui avoir reproché de s’être fait le sujet principal de son livre, il termine: «Car de dire des sottises par hasard et par faiblesse, c’est un mal ordinaire; mais d’en dire par dessein, c’est ce qui n’est pas supportable...»
6, +Eust+.--Pour peu qu’elles me coûtent.
11, +Poison+.--TACITE, Ann., II, 88.
38, +Parer+.--«L’hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu.» LA ROCHEFOUCAULD.
=80=,
9, +Sentent+.--«Cet âge est sans pitié,» a dit LA FONTAINE, parlant de l’enfant.
28, +Impudence+.--Cette même thèse est exposée par Boguet, ce juge de Saint-Claude qui, dans son discours sur les sorciers (1602), blâme la perfidie dont on usait envers eux, ne voulant pas que l’avocat trahisse son client, que le juge promette grâce à l’accusé pour le faire mourir; blâmant les épreuves auxquelles on les soumettait, la torture qu’on leur infligeait, et qui tout en préconisant ces principes humanitaires, fit du pays un désert; il n’y eut jamais juge plus consciencieusement exterminateur (V. N. =III=, 540: Vif).
32, +Peine+.--Que difficilement je trahirois le prince pour un particulier, moi qui serais très fâché, etc.
36, +Princes+.--Entre le roi de Navarre, depuis Henri IV, et le duc de Guise; postérieurement entre Henri III et le roi de Navarre. V. DE THOU, De Vita sua, III, 9.
=82=,
3, +Masque+.--Engageassent la pointe de leur lance ou de leur épée dans mon masque.
3, +Mestier+.--Les diplomates.
5, +Peuuent+.--Contrefont la plus parfaite neutralité et se montrent les plus amis qu’ils peuvent, les plus dévoués aux intérêts de ceux avec qui ils traitent.--«Un diplomate, disent les Italiens, doit avoir la physionomie ouverte et la pensée impénétrable.»
15, +Hipperides+.--PLUTARQUE, De la différence du flatteur avec l’ami, 24.--Hypéride s’employa activement contre les Macédoniens qui, vainqueurs, se le firent livrer, lui arrachèrent la langue et le soumirent aux pires tortures.
24, +Peut+.--Que le coup porte, s’il est possible.
27, +Particuliere+.--TACITE dit de même: «Galba, Othon, Vitellius ne me sont connus ni par les bienfaits, ni par les offenses que j’en ai reçus.»
28, +Priué+.--Ni excitée, ni ralentie par un intérêt personnel.
29, +Iuste+.--Cette cause est celle de la Ligue, confédération du parti catholique sous Henri III, fondée par le duc de Guise, dans le but apparent de défendre la religion contre les Calvinistes; en réalité, pour renverser le roi. Henri IV y mit fin par ses victoires et son abjuration en 1593.
31, +Potest+.--Cette citation ne figure pas ici dans l’ex. de Bordeaux; elle est reproduite dans la présente édition une seconde fois, =III=, 502.
=84=,
4, +Vieille+.--Allusion à un dicton de l’époque. La vieille femme en offrant un cierge à saint Michel, un autre au dragon avec lequel, dans les tableaux, on le représente en lutte, cherche à ménager les deux adversaires, la chèvre et le chou, comme dit un autre proverbe. Montaigne, à son instar, est disposé à faire sa cour aux deux partis en présence. Cet aveu prêterait fort à la critique sans le commentaire qui le suit et dont il ne saurait être séparé.--LA FONTAINE, et lui sans commentaires, a dit aussi: «Le sage dit, selon les gens: Vive le roi, Vive la Ligue»; mais ce n’est qu’une constatation qu’il fait et non une opinion personnelle qu’il émet.--Ce passage rappelle encore celui de MACROBE, où il parle d’un homme qui avait dressé deux corbeaux, l’un pour féliciter Auguste, l’autre pour applaudir Marc-Antoine.
7, +Besoing+.--Add. de 88: et s’il ne sert.
9, +Atticus+.--CORNÉLIUS NÉPOS, Atticus, 6.--Atticus s’éloigna de Rome, pendant les guerres civiles, pour ne pas prendre part aux troubles publics. Il se refusa constamment à toute situation officielle et resta constamment lié avec les hommes les plus éminents, quoiqu’ils fussent divisés entre eux, avec Sylla et Cinna, Pompée et César, Antoine et Cicéron, Brutus et Octave. Jouissant d’une grande fortune et d’un grand crédit, il n’en usa que pour faire réparer les injustices et secourir les victimes des divers partis.
17, +Honneste+.--Combien est d’à propos cette appréciation de Montaigne sur la conduite à tenir en cas de troubles. En ces temps, dès qu’il s’en produit, on gémit, on ferme boutique, on se clôt chez soi, on émigre ou encore on va voir, semblant faire cause commune avec les fauteurs de désordre et de la sorte donnant plus d’importance au mouvement et ajoutant à la difficulté de la répression, s’en remettant exclusivement du soin de ramener l’ordre au Gouvernement qui parfois trahit, parfois lâche pied, et en tout cas, n’a pas toujours sous la main de quoi parer au mal, qui va grandissant d’instant en instant. Il en serait souvent autrement si dès le début chacun s’y employait; en Angleterre, quand le fait se produit, chacun prenant parti a possibilité de s’enrôler momentanément dans la police, à laquelle ce concours immédiat permet la plupart du temps d’étouffer le mal dès qu’il se manifeste. Que ne tente-t-on pareille chose en France! il ne manque pas de gens d’ordre et de cœur pour s’y prêter; sa réalisation serait peut-être plus facile qu’on ne se l’imagine, et procurerait un appoint moral sérieux et effectif qui n’est pas à négliger.--On commence du reste, dans nos grandes villes où les attaques nocturnes vont se multipliant dans une proportion inquiétante, à se faire à l’idée que le plus sûr est encore de se protéger soi-même, et à préconiser la création de gardes de nuit, à la charge des particuliers et à l’instar des sérénos en Espagne et de ce qui existe de semblable en d’autres pays sous d’autres noms, spécialement chargés de veiller dans telle rue, tel quartier, à la sûreté de tous, prévenir les effractions, prêter assistance aux passants attardés, poursuivre et arrêter les malfaiteurs.--Cette attitude inerte des populations en cas de troubles, se retrouve également lorsque se produit un incendie; la plupart viennent voir, puis se dérobent aussitôt, laissant aux sapeurs-pompiers et à l’armée, quand il s’en trouve des détachements sur les lieux, la tâche exclusive de le combattre; cette observation n’a pas trait, bien entendu, à Paris et autres villes, où le service de secours contre l’incendie est organisé de toutes pièces et n’a besoin d’aucune aide.
18, +Applicent+.--D’un fait particulier auquel a trait cette citation, Montaigne fait une maxime générale, en changeant un peu les paroles de l’auteur.
19, +Gelon+.--HÉRODOTE, VIII, 163.--En =480=; mais le fait n’est pas exact: Gelon allait se joindre aux Grecs contre Xerxès, quand les Carthaginois, à l’instigation de ce prince, attaquèrent la Sicile, où du reste ils furent complètement battus, et une des conditions que leur imposa le vainqueur fut l’abolition des sacrifices de victimes humaines.
22, +En eschauguette+.--En sentinelle; se dit et du lieu d’où l’on surveille et de l’action elle-même.
24, +Concilier+.--Faire alliance avec, se rendre favorable.
30, +Veut+.--C.-à-d. auxquelles, qui le voudrait, ne peut se dispenser de prendre part.--La traduction présente ici un contre-sens que corrige l’errata placé à la fin du volume.--La difficulté de compréhension de ce membre de phrase disparaît en le lisant: «ne s’empesche pas qui ne veut pas», ce qui n’en change pas le sens.
31, +Attrempance+.--Modération, du latin temperantia, qui a cette signification.
34, +De Moruilliers+.--Personnage considérable de l’époque; prit part au traité de Cateau-Cambrésis et au concile de Trente. Protégé par les Guise, il se montra toujours contraire à la Réforme, mais ne s’associa point aux persécutions dont elle fut l’objet.
34, +Ouurent+.--Travaillent.
37, +Appreste+.--Ceci est fort sujet à discussion. A moins de s’annihiler complètement, et encore, ce qui en tout cas n’est ni digne, ni conforme au devoir, la neutralité, dans les divisions politiques, est peu admise; il faut être nettement d’un côté ou de l’autre et qui n’est pas du côté du manche, est du côté du balai; vienne l’occasion, on le lui fera bien voir.
=86=,
3, +Marcher+.--Par ce fait qu’on marche.
14, +Guerre+.--«Nos vertus ne sont souvent que des vices déguisés.» LA ROCHEFOUCAULD.--«Les vices entrent dans la composition des vertus, comme en médecine les poisons dans la composition des remèdes; la prudence les assemble et les tempère et elle s’en sert utilement dans les diverses circonstances de la vie.» LA ROCHEFOUCAULD.
25, +Homme+.--Quand, le 15 juin 1815, de Bourmont, chef d’état-major d’un corps d’armée français, passa à l’ennemi, quelques heures après il rencontrait Blücher qui commandait l’armée prussienne qui nous était opposée. Le vieux soldat, révolté de voir un homme portant l’uniforme de général de division déserter le matin d’une bataille, le laissa passer sans rien lui demander et un de ses officiers s’étonnant de sa brusquerie à son égard, alors qu’il avait arboré la cocarde blanche, dit tout haut, sans se soucier d’être entendu par le transfuge: «Qu’importe la cocarde, Jean foutre sera toujours Jean foutre.»
=88=,
7, +Lysimachus+.--PLUTARQUE, De la Curiosité, 4.--Lysimaque appartenant à la garde royale d’Alexandre le Grand et ayant encouru sa disgrâce, fut, par ordre de ce conquérant, exposé sans armes à la fureur d’un lion énorme; comme l’animal ouvrait la gueule pour le dévorer, il lui saisit la langue avec la main et l’étouffa, ce qui excita si fort l’admiration d’Alexandre qu’il lui rendit son amitié; il se révéla par la suite un de ses meilleurs généraux, et à sa mort devint roi de Thrace; plus tard il conquit la Macédoine et périt en cherchant à s’agrandir davantage encore; d’un caractère qui était en rapport avec sa force brutale, il se rendit odieux par ses cruautés; n’épargnant pas même les siens, il mit à mort un de ses fils sur de légers soupçons.
9, +Secrets+.--«La pensée intime du roi doit demeurer secrète.» Livre de Tobie.
=90=,
1, +Succedoit+.--C.-à-d. et cela avec succès.
2, +Heure+.--C.-à-d. cependant je m’en détachai de bonne heure.--Allusion aux fonctions de conseiller au parlement de Bordeaux que Montaigne occupa de 1554 à 1570.
20, +Engin+.--Esprit; du latin ingenium qui a cette signification.
29, +Bastonnades+.--Cette fable d’Esope a été reproduite par LA FONTAINE: L’âne et le petit chien, IV, 5.
=92=,
1, +Dandamys+.--PLUTARQUE, Alexandre, 20; STRABON, XV, qui l’appelle Mandanis.--Le propos, tenu par Dandamis, sur ces philosophes grecs était qu’ils pensaient sagement, mais avaient tort de faire passer la loi et les coutumes avant la nature, sans quoi ils ne rougiraient pas d’aller nus et de vivre simplement. C’est par ses conseils que le roi Taxile aurait fait sa soumission à Alexandre. Invité à se rendre auprès de lui par ce conquérant qui lui promettait récompense s’il obéissait et le menaçait de châtiment dans le cas contraire, il refusa, faisant répondre qu’il n’avait nul besoin qui ne trouvât déjà ample satisfaction et que la mort le débarrasserait d’une guenille charnelle déjà usée par la vieillesse et lui procurerait en échange une vie meilleure.
9, +Necessaires+.--Telle, par exemple, celle qui a pour objet la propagation de l’espèce.
23, +Rome+.--TACITE, Ann., II, 65.--En 18, ces deux compétiteurs étaient l’oncle et le neveu, et l’empereur qui intervint ce fut Tibère; Pomponius Flaccus, employé en cette circonstance, était lié avec celui qu’il reçut mission d’arrêter et c’est ce qui l’avait fait désigner à cet effet, ce choix devant moins exciter sa défiance.
26, +Sentir+.--Montaigne fait ici allusion à quelque trait de perfidie qui s’est produit à l’époque où il écrivait; mais dans ces temps de corruption et de troubles il y eut tant de faits de ce genre, qu’on ne peut deviner duquel il veut parler. Peut-être est-ce de la Saint-Barthélemy succédant à la paix qui venait d’être conclue avec les Protestants et ayant lieu en même temps que se célébrait le mariage de la sœur du roi avec le roi de Navarre leur principal chef, ou encore on a cru que ce pouvait être de la feinte réconciliation de Catherine de Médicis avec le duc de Guise et qui aboutit à l’assassinat de celui-ci, qu’il était question; c’est douteux, parce que l’événement s’est produit l’année même où s’imprimait cette partie des Essais (1588) et qu’à ce moment semblable dénouement ne pouvait se prévoir.
35, +Non que+.--Alors que cela n’irait pas jusqu’à assassiner...
38, +Lacedemoniens+.--PLUTARQUE, Différence entre le flatteur et l’ami, 21.
=94=,
5, +Iuges+.--PLUTARQUE, Apophth. des rois.--Il y a longtemps de cela! Que de fois depuis, malgré ce qu’a pu dire un des siens, a-t-elle, dans les causes politiques, rendu des services en rendant des arrêts; cela est et sera toujours en plus ou en moins, suivant les hommes et les temps.
18, +Fabricius+.--Combattant Pyrrhus, le médecin de ce prince lui proposa de l’empoisonner; il en avertit le roi auquel il renvoya le traître chargé de liens; Pyrrhus, frappé de sa générosité, lui rendit sans rançon tous les prisonniers qu’il lui avait faits et bientôt après évacua l’Italie (=278=). Quelques années auparavant (=282=), vainqueur des Samnites, il avait refusé les présents qu’ils lui offraient pour leur avoir fait accorder la paix. Deux fois consul, une fois censeur, il mourut si pauvre que l’État fut obligé de doter sa fille et de faire les frais de ses funérailles.--L’éd. de 88 port. Flaminius, ce qui est une erreur.
23, +Practiqua+.--Gagna, soudoya.
26, +Galant+.--En habile homme.
31, +Arse+.--Brûlée, du latin arsus, part. passé de ardere qui a cette signification.
31, +Totale+.--Avec massacre général;--occision, du latin occidere, tuer; part. passé, occisus.
36, +Conduitte+.--En 1138.--Boleslas lui avait tendu une embuscade dans laquelle il était tombé, et était demeuré quelque temps son prisonnier. MARTIN CROMER, De rebus Polon., V.
=96=,
1, +Argyraspides+.--Corps des plus estimés de l’armée macédonienne, composé de vieux soldats et qui faisait partie de la garde d’Alexandre; à sa mort, ils suivirent Eumène. Ils avaient de petits boucliers d’argent, d’où leur nom, et étaient armés de la sarisse, sorte de longue lance.
1, +Eumenes+.--PLUTARQUE, Eumène, 9.--Eumène avait été secrétaire de Philippe, père d’Alexandre. A la mort de ce dernier, il se fit le protecteur de sa veuve et de son fils, ce qui le mit en lutte continue avec les autres généraux et, en particulier, contre Antigone, auquel le livrèrent ses soldats fatigués de ces guerres sans fin et gagnés par les promesses qui leur furent faites. Antigone le laissa mourir de faim; mais obligé de décamper et la mort ne se produisant pas assez vite, il le fit égorger (=315=).
2, +Mais+.--A peine l’eut-il fait tuer.
13, +Tarpeien+.--A Rome; roche située près du Capitole et d’où l’on précipitait les criminels coupables de trahison; l’esclave qui avait trahi Sulpitius en fut précipité coiffé du bonnet de liberté, fruit de sa scélératesse. VALÈRE MAXIME, VI, 5, 7.
15, +Canacre+.--GRÉGOIRE DE TOURS, II, 41, d’où le fait semble tiré, dit Chararic, au lieu de Canacre, et ne le rapporte pas de la sorte; Montaigne a dû faire confusion. Il est à croire qu’il s’agit plutôt de Cloderic, dont il est question immédiatement chez ce même historien: Cloderic avait fait égorger Sigebert, son père, roi de Cologne, à l’instigation de Clovis; celui-ci le fit tuer à son tour par des émissaires, qui le massacrèrent comme il leur montrait le trésor dont la mort de son père l’avait rendu maître (509).
16, +Pratiquez+.--Ce à quoi il les avait incités.
20, +Race+.--Suivant ce qui est de coutume chez eux.
30, +Conscientieuse+.--C’est ainsi que venait d’en agir (1501) le duc de Valentinois, César Borgia, et le souvenir de ce fait, consigné du reste dans MACHIAVEL, Prince, 7, n’en était pas encore perdu, à l’égard de Remiro d’Orso, établi par lui gouverneur de la Romagne, qu’il lui avait asservie par la terreur, et qu’il fit ensuite poursuivre et exposer éventré sur la place publique, en désaveu des cruautés qu’il avait commises dans son intérêt, pensant par là se concilier les populations qui ne furent pas dupes du procédé.
=98=,
3, +Seianus+.--Quand Tibère se retira à Caprée, Séjan exerça toute l’autorité à Rome, enchérissant encore sur la tyrannie de son maître; mais, pressé par l’ambition, il alla jusqu’à aspirer au pouvoir suprême et pour y arriver conspira contre l’empereur; découvert, il fut arrêté et étranglé.
5, +Forcée+.--Violée.--MONTESQUIEU fait à ce sujet la réflexion que Tibère, en agissant ainsi, détruisait les mœurs pour conserver la coutume: VOLTAIRE conteste cette aggravation d’un acte de cruauté déjà si odieux par lui-même. L’enfant avait sept ans, Tibère en avait soixante-dix et était trop adroit pour ordonner une barbarie aussi infâme qui, sans utilité, lui aurait valu, malgré l’abaissement des caractères, la réprobation universelle. Du reste ni TACITE, Ann., V, 9, ni SUÉTONE, qui rapportent le fait, ne disent que cette action exécrable ait été commise avec son assentiment ou celui du Sénat; ils se bornent à la présenter comme un bruit rapporté par les écrivains du temps.
13, +Propre parricide+.--En commettant un crime semblable.
16, +Vuitolde+.--CROMER, De rebus Pol., XVI.
22, +Foy+.--Fait manquer à sa parole et violer sa foi.
27, +Gehenne+.--Tourmenté, pressé, gêné.
=100=,
2, +Reserue-il+.--Dans quelle nécessité plus pressante et plus juste veut-il s’en remettre à la pure conduite du ciel?
9, +Naturelles+.--De droit commun, dictées par la nature.
27, +Frere+.--DIODORE DE SICILE, XVI, 65; PLUTARQUE, Timoléon, 3; CORNÉLIUS NÉPOS, Timoléon, 1.--Son frère Timophane voulant usurper le pouvoir à Corinthe, Timoléon, n’ayant pu le détourner de ses projets criminels, le tua (=365=); après ce cruel sacrifice, il s’exila et resta vingt ans éloigné des affaires. En =343=, chargé par Corinthe d’aller délivrer Syracuse de la tyrannie de Denys le Jeune, il le chassa, délivra de même plusieurs autres villes de la Sicile des tyrans qui les opprimaient et repoussa les Carthaginois; partout il rétablit la république, fit refleurir l’ordre et la prospérité, puis abdiqua le pouvoir souverain. Il est regardé comme un modèle de grandeur d’âme, de sagesse et de modération.
28, +Diuers+.--Si étrange, si singulier.
35, +Cettuy-cy+.--C.-à-d. le but que se proposait Timoléon en tuant son propre frère qui oppressait sa patrie, est excusable, autant qu’une pareille action peut l’être.
=102=,
1, +Orde+.--Sale; dérive du latin sordidus, par suppression de la lettre initiale; de ce mot dont on ne se sert plus aujourd’hui, est venu «ordure», qui est encore en usage.
3, +Garand+.--Pour justifier.
9, +Elles+.--CICÉRON, De Offic., III, 22.
13, +Aueugle+.--Le maître punit son disciple de ce qu’il a été docile; et le clairvoyant, l’aveugle qu’il guide, du faux pas qu’il lui fait faire.
20, +Rien+.--Ce point de morale est controversé; V. la note ci-dessous, lig. 28: adhiberi.--A l’appui de l’opinion de Montaigne, on peut citer le fait de Turenne qui, dévalisé par des brigands, leur demanda de leur racheter un des bijoux qu’ils lui avaient enlevés, auquel il tenait particulièrement, et chez qui, peu après, confiant dans sa parole, l’un de ses voleurs n’eut pas crainte de se présenter pour toucher le prix convenu.
24, +Parole+.--De tenir fermement ma parole. La «maille» était une petite monnaie de cuivre (il en fallait vingt-quatre pour faire un sou); faire la maille bonne, c’est garantir que le compte est exact.
28, +Adhiberi+.--Cette citation est de CICÉRON, De Offic., III, 30, qui parle de Régulus, c’est-à-dire de la conduite à tenir à l’égard d’un ennemi légitime, vis-à-vis duquel tout engagement pris doit être tenu. Au contraire et à l’encontre de ce qu’en pense Montaigne, CICÉRON (De Off., III, 29) estime que vis-à-vis d’un ennemi illégitime, tel qu’un pirate, c’est l’exemple dont il se sert: «Il ne peut y avoir entre vous et lui ni foi ni serments»; il avait déjà dit à ce même propos, dans le même ouvrage (I, 10): «Qui ne sent qu’on n’est pas obligé de tenir les promesses arrachées par la crainte, ou surprises par fraude?»
31, +Excellens+.--Voir liv. II, ch. XXXVI, =III=, 18.
=104=,
4, +Iustice+.--PLUTARQUE, De l’Esprit familier de Socrate, 4 et 24.
14, +Gauchit+.--Et évite, au milieu d’une telle mêlée, la rencontre... PLUTARQUE, De l’Esprit familier de Socrate, 17.
17, +Benignité+.--C’est-à-dire celui-là maîtrisait bien la guerre, qui arrivait à lui faire admettre la pratique de la bonté.
23, +Armez+.--PLUTARQUE, Pompée, 3.--Ce langage fut tenu par Pompée aux Mamertins qui, cités par lui à son tribunal, s’y refusaient, invoquant des traités antérieurs. Le différend se termina par la prise de leur ville (=82=), qui ne dut d’échapper à une destruction totale qu’au dévouement d’un de ses citoyens. V. N. =I=, 20: Peine.
25, +Deux+.--PLUTARQUE, César, 11.--Réponse faite par César qui, au début de la guerre civile, manquant d’argent, mit la main sur la réserve du trésor public destinée à subvenir aux guerres contre les Gaulois, créée lors du sac de Rome en =390=. Cette réponse s’adressait à Métellus, tribun du peuple, qui s’opposait à cet enlèvement; César alla même jusqu’à le menacer de le tuer, lui disant: «Et tu sais, jeune homme, qu’il m’est plus facile de le faire que de le dire»; déjà aux objections qui lui avaient été faites, touchant l’affectation déterminée de cette réserve, il avait répondu qu’«elle n’avait plus sa raison d’être, puisque, grâce à lui, la Gaule était soumise»; et les tribuns hésitant encore à lui en ouvrir les portes, il ordonna de la briser.
26, +Loix+.--PLUTARQUE, Marius, 10.--Ce propos fut tenu par Marius, auquel on faisait reproche d’avoir en =90=, au mépris de la loi, concédé le droit de cité à un millier d’habitants de l’Ombrie, et à d’autres, pour s’en faire des partisans.
28, +Ennemis+.--Épaminondas n’avait-il pas emprunté aux Lacédémoniens...--Les Lacédémoniens sacrifiaient aux Muses, en usant à la guerre d’instruments de musique dans le but indiqué ici; et aussi pour que, par leur intervention, leurs hauts faits passassent à la postérité.
29, +Destremper+.--Modérer, tempérer.
30, +Parentes+.--Le premier de ces deux membres de phrase est interrogatif dans Cicéron, et la réponse est loin d’être aussi péremptoire que le donne à supposer la citation telle qu’elle est présentée.
=106=,
5, +Desreglée+.--César.--LUCAIN, VII, 320, dont sont les vers qui suivent, semble s’être laissé entraîner ici par sa verve poétique. Ces exhortations, qu’il prête à César, sont en effet contraires à ce que l’histoire rapporte de lui recommandant à ses soldats, notamment le jour de la bataille de Pharsale, d’épargner les citoyens romains. Le jugement que Montaigne porte ici sur lui, sur la foi du poète, est en contradiction avec un passage antérieur des Essais (liv. II, ch. XXXIV, =II=, 658), où lui-même dit que César ne considérait pas tous les moyens comme licites pour se procurer la victoire.
15, +Regret+.--TACITE, Hist., III, 51.--Le fait cité se passa en =88=, dans un combat livré au mont Janicule, sous les murs mêmes de Rome, entre Cinna, partisan de Marius, et Cn. Pompée, père du grand Pompée.
17, +Capitaines+.--TACITE, Hist., III, 51.--Sous Vitellius. Les lois humaines ne permettant pas de récompenser ce monstre, ni l’intérêt de la guerre de le punir, on remit à un autre temps de lui donner satisfaction, sous prétexte que le service rendu méritait plus qu’on ne pouvait faire sur le moment; on ne sait ce qui arriva ensuite.--Cette réflexion sur le changement survenu avec le temps dans les mœurs romaines, rappelle celle d’Annibal mourant: «Jadis, les Romains dénonçaient à Pyrrhus qui, à la tête d’une armée, avait envahi l’Italie, son médecin méditant de l’empoisonner; aujourd’hui, ils envoient un personnage consulaire au prince dont je suis l’hôte, pour qu’il les débarrasse de moi par un crime.» TITE-LIVE.
24, +Honeste+.--L’éd. de 88 port.: digne.
CHAPITRE II.
Ce chapitre est un des plus beaux des Essais; il est grave, profond, et partout d’un grand sens. Montaigne ne s’y montre pas fort orthodoxe, il traite son sujet en philosophe et ne le perd pas un moment de vue.--La même question a été étudiée par CHARRON, De la Sagesse, II, 3, 9, qui a puisé largement ici ses inspirations.
=108=,
1, +Fait+.--Aujourd’hui, c’est fini, terminé, achevé.
3, +Perenne+.--Perpétuelle, comme portent nombre d’éd. post.;--du latin perennis qui a cette signification. Le style de Montaigne est plein de mots latins qu’il a francisés de la sorte, changeant simplement leur terminaison.
5, +Pyramides+.--Monuments de l’ancienne Égypte qui servaient à la sépulture des rois ou des animaux sacrés. Les plus célèbres sont celles de Chéops (243m de large à la base, 150m de haut), de Chéfrem (102m à la base, 133 de haut), de Mycérinus (93m à la base, 51 de haut); elles s’élèvent dans le désert au S.-O. du Caire; leur construction remonte à une date incertaine, du =XXe= au =XVe= s., croit-on.--Certains pensent, et il y a lieu de croire qu’il en a été ainsi, que ces grands travaux et autres de même nature, assez nombreux dans l’antiquité, ont été accomplis en y employant, en dehors des ouvriers d’art, les hommes valides désœuvrés et que c’est une des raisons qui ont fait que la mendicité, cette plaie gangreneuse des sociétés modernes, était alors à peu près inconnue. Mais ces travaux n’ont eu qu’un temps et ne pouvaient intéresser que des territoires limités; et l’absence de mendicité dans ces temps tient surtout à la simplicité de vie d’autrefois, les besoins étaient moindres et recevaient plus aisément satisfaction; il en est encore ainsi chez les peuples à demi civilisés de notre époque où les mœurs se sont conservées telles. La mendicité tant soit peu développée, avec accroissement des crimes et délits spéciaux contre les personnes et la propriété, est une des conséquences les plus tangibles des progrès de la civilisation, par ce fait que les nécessités de l’existence et les appétits grandissants exigent plus d’efforts auxquels ne peuvent ou ne veulent satisfaire ceux qu’accablent certaines infortunes ou que tiennent la paresse et l’inconduite.
18, +Demades+.--PLUTARQUE, Démosthène, 3.--Montaigne paraphrase à sa manière ce que disait cet orateur: «Qu’il s’estoit bien contredit a soy mesme assez de fois, selon les occurrences des affaires; mais contre le bien de la chose publique, iamais.»--Ce passage des Essais explique et justifie en même temps toutes les contradictions qui peuvent s’y trouver. Quel est, en effet, l’homme toujours invariable dans sa manière de voir et qui n’en change pas dans le cours de la vie, sur des points indifférents par eux-mêmes et sur lesquels on peut, sans inconvénient pour soi et pour les autres, abandonner l’opinion qu’on en a? NAIGEON.
20, +Resoudrois+.--Je parlerais catégoriquement.
26, +Premier+.--Moi, je suis le premier qui me communique...
30, +Cognoissance+.--C.-à-d.: Mais est-ce une raison pour que, simple particulier comme je suis et qui n’ai rien de remarquable, je prétende m’ériger en homme public par la connaissance que je donne de moi?
=110=,
3, +Discipline+.--Du moins, j’ai ceci conforme aux principes de la science.
14, +Bauasser+.--Babiller, folâtrer.
21, +Mesme+.--C.-à-d. l’homme vraiment capable, l’est en tout; son instruction apparaît dans sa conversation comme dans ses ouvrages et jusque dans son ignorance.
37, +Raconte+.--L’éd. de 88 port.: narre.
=112=,
4, +Ignorance+.--«Tout vice est issu d’ânerie.»--Ailleurs (liv. II, ch. XII, =II=, 110), Montaigne dit de ce même proverbe: «Si cela est vray, il est subiect à vne longue interprétation.»
6, +Empoisonne+.--Pensée tirée de SÉNÈQUE, Epist. 81.
«La crainte suit le crime, et c’est son châtiment.»
VOLTAIRE, Sémiramis.
«La peine suit le crime, elle arrive à pas lents.»
VOLTAIRE, Oreste.
9, +Repentance+.--«Le repentir est une douleur volontaire et qui soulage; le remords, une douleur qui s’impose et torture sans soulager.»
=114=,
3, +Mercurialiser+.--Reprendre, censurer. Ce mot vient de «mercuriales», séances du parlement de Paris qui se tenaient deux fois par an, un mercredi (jour de Mercure), où le Président, usant parfois d’un langage sévère, parlait contre les désordres et les abus commis dans l’administration de la justice.
4, +Semons+.--Invité, averti, sollicité; même étymologie et même sens que «semonce», mot encore en usage.
13, +Toucher+.--Par lequel nous puissions juger, comme avec une pierre de touche, du mérite de nos actions.
20, +La vostre+.--Celle de vostre conscience, comme port. l’éd. de 88.
25, +Domicile+.--Si fortement ancré en nous, qu’il semble faire partie intégrante de nous-mêmes.
30, +Sens+.--Montaigne, en résumé, dit qu’on ne se repent pas de ses fautes habituelles, mais seulement, par un effet de la versatilité de notre caractère, de celles que nous commettons accidentellement, ce qui est bien vrai si on y réfléchit.
33, +Genæ+.--Horace fait ici regretter à Ligurinus, sur le retour d’âge, de n’avoir pas abusé de sa beauté, quand cela lui était possible.
=116=,
1, +Eschaffaut+.--En plein théâtre, en public.
5, Pourtant.--Et c’est pour cela, d’après ces principes, que Bias... PLUTARQUE, Banquet des sept Sages, 14.
8, +Hommes+.--Montaigne aurait pu citer aussi la réponse d’Aristippe à quelqu’un lui disant: «En quoi êtes-vous donc supérieurs au reste des hommes, vous autres philosophes?--En ce que, répondit-il, si les lois étaient supprimées, notre conduite n’en serait pas moins régulière.» DIOGÈNE LAERCE.
9, +Drusus+.--Ou plutôt M. L. Drusus, comme dit Velleius Paterculus. Distingué par sa naissance, son éloquence et ses vertus, étant tribun du peuple et ses propositions sur les jugements, le partage des blés et des terres, l’extension du droit de cité aux peuples d’Italie inquiétant le Sénat, il fut tué dans un soulèvement organisé à cet effet (=91=). Lui mort, toutes les lois qu’il avait fait rendre furent révoquées, comme prises les auspices étant contraires.
13, +Agesilaus+.--PLUTARQUE, Agésilas, 5.
17, +Domestiques+.--«Il faut être bien héros, disait le Maréchal de Catinat, pour l’être aux yeux de son valet de chambre.»--«La seule réputation fondée est celle que nous font les gens avec lesquels nous vivons.» BACON.
19, +Histoires+.--«La plupart des héros sont comme certains tableaux; pour les estimer, il ne faut pas les regarder de trop près.» LA ROCHEFOUCAULD.--«Pour son siècle incrédule, un héros n’est qu’un homme.» LAMARTINE.
24, +M’achettent+.--Réédition du proverbe: «Nul n’est prophète dans son pays», cité quelques lignes plus haut, et qui se retrouve encore dans celui-ci: «Le sainct de la ville n’est pas oré» (prié, du latin orare).
26, +Moins+.--Moins de crédit, de renommée.
=118=,
2, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, X, 7.
11, Puis.--A ce propos, J.-B. ROUSSEAU a écrit:
«Vous, chez qui la guerrière audace Tient lieu de toutes les vertus, Concevez Socrate à la place Du fier meurtrier de Clitus. Vous verrez un roi respectable, Humain, généreux, équitable, Un roi digne de vos autels. Mais à la place de Socrate, Le fameux vainqueur de l’Euphrate Sera le dernier des mortels.»
25, +Non+.--Et qui de nous ne donne pas à Tamberlan.
28, +Erasme+.--L’homme le plus savant de son siècle; écrivain latin des plus purs, élégant, spirituel, en même temps qu’un des hommes les plus sages de son temps. D’accord avec Luther sur la nécessité d’une réforme, il se sépara de lui quand il le vit recourir à la violence, n’aimant pas la vérité séditieuse. Son œuvre est considérable; le nombre de ses adages et apophthegmes dépasse 4.000.
=120=,
4, +Eschappé+.--Mille natures (caractères) ont pris de mon temps le chemin de la vertu ou du vice, quoiqu’elles eussent reçu une éducation qui semblait devoir les acheminer dans un sens tout opposé.
11, +Magistro+.--LUCAIN, IV, 237.--C’est ainsi que ces jours-ci (1905), nous avons vu au jardin des Plantes de Paris un éléphant, d’ordinaire fort tranquille, soigné depuis 15 ans par un gardien qui s’y employait avec grande sollicitude, et entre lesquels régnait une réelle affection, saisir ce gardien avec sa trompe, lui briser les reins et le piétiner ensuite avec rage. Chez l’homme le plus doux ne constate-t-on pas aussi, maintes fois, des retours aux pires instincts, où la brute assoupie qui est en nous reparaît, notamment quand il est perdu dans les foules. Il y devient alors absolument inconscient, capable de passer d’un instant à l’autre, sans motif (et encore notre éléphant, lui, pensait-il probablement et non sans raison apparente que c’était à son gardien, auquel il voyait continuellement ouvrir et fermer sa cage, qu’il devait sa longue et étroite captivité, ou qu’il ne tenait qu’à lui d’y mettre fin; et que, ne le faisant pas, c’était un ennemi), par les sentiments les plus opposés et commettre des actes d’une férocité inouïe, qu’une fois seul, revenant à lui-même, il réprouve de toute son âme, ne comprenant pas comment il a pu en arriver là. Cela se voit constamment dans les mouvements d’effervescence populaire, où un rien suffit pour que les foules deviennent criminelles et leur frénésie, leur cruauté sans limites; qui n’en a été témoin, ne peut s’en faire une idée; une fois le monstre surexcité, personne ne sait jusqu’où il ira, il est tout spontanéité. Aussi, combien sont coupables ceux qui vont déchaînant les passions des masses qu’ils ne pourront pas contenir, sans compter que ces instigateurs, une fois la mise en branle effectuée, ont, pour la plupart, grand soin de se tenir de leur personne prudemment à l’écart.
21, +R’aduiser+.--Corriger, réformer; on dit bien se raviser pour changer d’avis, mais raviser les mœurs, dans le sens de les redresser, ne se dit guère.
24, +Seiourne+.--On s’abstient, on se dispense.
25, +Externes+.--Add. de 88: et internes; l’ex. de Bordeaux port. arbitreres, que dans la traduction on a cru devoir maintenir.
35, +Rauisemens+.--Retours sur soi-même, à la raison, changements d’avis; vient de raviser, mais n’est pas demeuré dans la langue.
=122=,
1, +Mesme+.--S.-ent. du vice.
3, +Chafourée+.--Confuse, barbouillée. Vieux mot de la langue française, dont Brantôme a pareillement usé.
26, +Mercy+.--Grâce à.
32, +Science+.--De la connaissance...
=124=,
17, +Puis pas+.--L’éd. de 88 aj.: facilement.
20, +Ainsin+.--C.-à-d. sans que l’homme soit lui-même déterminé par sa propre volonté à persister dans ses péchés provenant de son tempérament et de sa profession.
=126=,
8, +Regret+.--De ce passage, on peut inférer que Montaigne croyait que les actions humaines s’imposent à l’homme, par une sorte de fatalité résultant de la connexion inévitable des causes et des effets; ce qu’il confirme dans les lignes qui suivent.
19, +Moy+.--Suivant la mesure de mes forces.
21, +Macheure+.--Tache, contusion, meurtrissure.
26, +Negoces+.--Affaires.
=128=,
6, +Moy+.--Add. de 88: de ne l’auoir sceu preuoir.
11, +Fit-il+.--PLUTARQUE, Apophth., art. Phocion.
17, +Ie n’ay deu+.--L’éd. de 88 port.: cependant ie n’ay peu.
27, +Volonté+.--V. ci-dessus, liv. II, ch. XVII, =II=, 488, ce que Montaigne dit de son aversion pour la délibération; cela explique ce qu’il dit ici.
29, +Enquis+.--Enquis signifie ici «requis».
=130=,
1, +Gariement+.--C.-à-d. et d’être dispensé d’en répondre.--Gariement est un vieux mot signifiant garantie, sauvegarde.
8, +Celuy+.--Sophocle.--Quelqu’un lui ayant demandé si, dans sa vieillesse, il jouissait encore des plaisirs de l’amour, il répondit: «Aux dieux ne plaise! et c’est de bon cœur que je m’en suis délivré, comme d’un maître sauvage et furieux.» CICÉRON, De Senect., 14.
14, +Conscience+.--Qui soit l’effet du repentir et d’une conscience qui se réforme.
20, +Ores que+.--A présent que...
30, +Coniure+.--L’éd. de 88 port.: esconiure, qui donne au texte cette signification: «je les prie de se retirer»; conjurer a ici ce même effet, mais, pour cela, est détourné de son sens propre.
33, +Clarté+.--Je ne vois pas que ma raison juge de la volupté autrement ni plus sainement qu’alors.
34, +Maleficiée+.--En mauvaises conditions.--L’éd. de 88 port.: maladiue.
=132=,
3, +Gents+.--C’est bon pour les gens...
4, +Deliure+.--Libre, comme portent plusieurs éd. post.
7, +Maladie+.--V. sur ce même sujet liv. III, ch. IX, =III=, 380.
14, +Antisthenes+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 5.
32, +Douloureuses+.--C.-à-d. à ce repentir que l’âge apporte et qui n’est que le résultat d’un cas de force majeure et de l’impuissance.
35, +Appetits+.--L’éd. de 88 port.: la defaillance de nos forces, au lieu de: «l’affoiblissement de nos appetits».
«Chaque âge a ses humeurs, ses goûts et ses plaisirs.» RÉGNIER.
«Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.» BOILEAU.
=134=,
7, +Vieillesse+.--Ce passage où Montaigne s’exprime avec une grande netteté est un des mieux pensés des Essais.
9, +Nez+.--On me reprochait de parler alors que je n’avais pas encore de barbe au menton.
16, +Enuie+.--Je trouve surtout dans la vieillesse, de l’envie...
17, +Visage+.--Idée que CORNEILLE a reproduite dans son Epître au Roi:
«Pour bien écrire encor, j’ai trop longtemps écrit; Et les rides du front passent jusqu’à l’esprit.»
24, +Accoustumée+.--XÉNOPHON, Apologie de Socrate devant ses juges, le dit expressément, considérant qu’à son âge, il lui serait plus avantageux de mourir que de vivre.
26, +Puissante+.--Var. de l’éd. de 88: violente.
CHAPITRE III.
=136=,
Un des meilleurs chapitres de Montaigne. Il y tourne en ridicule les femmes savantes et détermine le genre de connaissances qu’il estime leur convenir. Il parle de ses amours, de la sincérité à apporter dans le commerce des femmes; du caractère des hommes dont on doit rechercher la liaison; il passe à son troisième commerce qui est celui des livres, dont il fait l’éloge, ainsi que l’apologie des lettres et de l’étude et de leurs avantages. NAIGEON.
13, +Tordre+.--Quand, en effet, on embrasse une opinion quelconque, on ne s’oblige pas à y persévérer à tout jamais, pas plus qu’on ne conserve sa vie durant les goûts que l’on peut avoir à un moment donné; quiconque se ferait une loi de ne pas varier à cet égard, serait en contradiction avec tout ce qui l’entoure qui est en perpétuelle vicissitude et dont les sensations que nous en percevons, sont éminemment variables.
31, +Iuger+.--Add. de 88: Au pris de ce fruit et amendement essentiel auquel il vise, il fait peu de compte de l’estude qu’on emploie à charger et meubler sa memoire de la suffisance d’autruy.
=138=,
2, +Forger+.--Façonner.
8, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, X, 8.
10, +Discours+.--Ma raison.
12, +Effort+.--C.-à-d. aussi peu d’entretiens dont le sujet n’est pas sérieux et qui ne demandent aucun effort de tête, me plaisent et captivent mon attention.
16, +Lasches+.--Add. de 88: sans pois et sans grace.
19, +Resueuse+.--Add. de 88: par fois.
24, +Volet+.--Entre plusieurs choses de même espèce, choisir la meilleure.--Cette expression vient, suivant les uns, de l’habitude qu’ont les jardiniers de répandre leurs graines sur une planche, qu’ils nomment volet, quand ils choisissent les meilleures pour semer; suivant d’autres, de l’usage qu’on avait, en France, de mettre les étoffes sur le volet intérieur des fenêtres, pour pouvoir les examiner en détail et au grand jour.
25, +Incommode+.--Impropre.
29, +Insipience+.--Folie, sottise; du latin insipientia, dont Montaigne s’est contenté de changer la terminaison.
=140=,
5, +Peut+.--XÉNOPHON, Mém. sur Socrate, I, 2, 3.
8, +Disconuenir+.--C.-à-d. de ne pouvoir m’accommoder avec les gens, en somme assez peu nombreux, avec lesquels le hasard m’oblige à avoir des relations fréquentes.
18, +Harpe+.--Je me harponne, je m’attache fortement...
23, +Froid+.--Var. de 88: mal.
24, +Affriandé de+.--Var. de 88: acoquiné dès.
25, +Parfaicte+.--Celle d’Etienne de la Boétie.
28, +Ancien+.--PLUTARQUE, De la Pluralité d’amis, 2.
=142=,
5, +Platon+.--Traité des Lois, VI.
6, +Maistral+.--Magistral, d’un ton de maître.
7, +Raison+.--La raison que je viens d’alléguer.
14, +Æacus+.--Eaque. Se signala tellement par sa justice et sa sagesse, qu’à sa mort, Jupiter en fit un des trois juges des Enfers; il fut le grand-père d’Achille.
29, +Forchetta+.--Parler sur la pointe d’une fourchette, c.-à-d. pour une bagatelle.--Expression italienne qui correspond à notre locution française: «Disputer sur la pointe d’une aiguille». Les Grecs disaient: «Disputer sur l’ombre d’un âne», tiré d’une digression de Démosthène, au cours d’une de ses harangues aux Athéniens, leur contant, pour ranimer leur attention, une discussion entre un ânier et un individu auquel il avait loué son âne et qui, descendu de sa monture, en cours de route, voulait s’abriter à son ombre des rayons du soleil, ce que, voulant faire de même, l’ânier lui contestait, disant lui avoir loué l’âne, mais non l’ombre de l’animal.
34, +Magistere+.--Science doctorale et magistrale.
=144=,
11, +Totæ+.--Ce mot de SÉNÈQUE, Epist. 115, qu’il applique aux petits maîtres de son temps, lesquels, sous aucun rapport, ne le cédaient à ceux de nos jours. L’un d’eux, transporté par ses esclaves, des bains chez lui, dans sa chaise à porteurs, ne demandait-il pas «s’il était assis», comme si c’était chose au-dessous de lui de savoir ce qu’il faisait!
17, +Iudiciaire+.--La science judiciaire, le droit.
18, +Besoing+.--La Bruyère compare une femme savante à une belle arme de luxe.
19, +Loy+.--Loisir, liberté, occasion, moyen.
20, +Baste+.--Il suffit, c’est assez; de l’italien basta.
29, +Parlier+.--Parleur, bavard.
35, +Seruiteur+.--Amant.
=146=,
2, +Production+.--Et me porte à produire.
7, +Estrangere+.--Ecartant de moi le souci que pourraient me causer les affaires des autres.
11, +Louure+.--A la cour.
16, +Vie+.--Outre qu’il fut en rapport constant avec Henri de Navarre et son entourage, Montaigne vint à diverses reprises à la cour de France; notamment, pour la première fois, vers 1555, accompagnant son père qui venait d’être nommé maire de Bordeaux, et allait demander le rétablissement de privilèges supprimés; puis, en 1559, lors des obsèques de Henri II et du sacre de son successeur, à la suite duquel il alla à Bar-le-Duc; en 1562, sous Charles IX, qu’il suivit à Rouen; en 1588, où son séjour fut marqué par son incarcération de quelques heures à la Bastille.
24, +Conuoiemens+.--Action de reconduire quelqu’un qui s’en va.
=148=,
4, +Substitutions+.--Disposition par laquelle un testateur substitue un héritier à un autre qui n’a que l’usufruit, sans avoir la propriété du bien laissé; question de droit qui, aux temps jadis surtout, était pleine de complications et une source de difficultés.
6, +Confabulations+.--Conversations, entretiens, discours familiers.
10, +Rüe+.--«A la manière dont ils rapportent leurs provisions du marché», dit PLUTARQUE, Dion, 1; ce qui porte à croire que c’était là une coutume assez générale en Grèce, au moins chez les gens du commun, d’aller soi-même au marché.--Un poète français a rendu, ainsi qu’il suit, la même idée:
«Même quand l’oiseau marche, on sent qu’il a des ailes.»
13, +Suffragante+.--Souple, humble, modeste, venant en seconde ligne.
15, +Demette+.--Qu’elle descende, s’abaisse jusqu’à nous, s’accommode à notre portée.
16, +Vtile+.--Var. de 88: belle.
22, +Femmes+.--Add. de 88: et bien nées.--«Une cour sans femmes, disait François Ier, est un parterre sans roses.»
32, +Argolica+.--D’Argos; qualification donnée ici à la flotte grecque, parce qu’Agamemnon, roi d’Argos, en avait le commandement suprême.
32, +Capharea+.--C’est près du cap de ce nom que la tempête dispersa la flotte des Grecs, au retour de la guerre de Troie.
=150=,
6, +Iouyr+.--Il faut avoir réellement bien désiré ce dont on veut avoir bien réellement le plaisir de jouir.--DORAT, dans sa comédie de La feinte par amour, a dit: «Qui plaît sans aimer, jouit sans être heureux.» On en a fait:
«Qui jouit sans aimer, jouit sans être heureux.»
6, +Masque+.--Hypocrisie.
11, +Brachmanes+.--Dits aussi Brahmes, Bramines; prêtres de la religion de Bouddha. Ils se distinguent par un costume spécial, et, bien qu’en principe constituant une caste d’ordre supérieur, vivant des dons des fidèles, beaucoup sont en réalité dans la misère.
24, +Platon+.--Selon les principes posés par Lysias (au commencement du Phèdre de Platon), et que réfute ensuite Socrate.
28, +Engeance+.--C.-à-d. je ne connais pas plus la femme sans amour, que je ne reconnais mère celle qui n’a pas d’enfant.
=152=,
8, +Preambulaires+.--Qui précèdent un mal plus violent, plus dangereux.
11, +Tibere+.--TACITE, Ann., VI, 1.
13, +Flora+.--Était de bonne maison et de grande lignée, et fut particulièrement en relations avec Pompée. Ce dont Montaigne, d’après BRANTOME, Vie des Dames galantes, I, se fait ici l’écho, est tenu comme faux par BAYLE, art. Flora.
15, +Deduit+.--Plaisir; viendrait, suivant certains, du latin deducere, emmener, parce que, disent les étymologistes, jamais à court de déductions, lorsque quelqu’un a du chagrin, on l’emmène ailleurs pour le consoler (?).
16, +Brocadel+.--La brocatelle, ou le brocart.
24, +La beauté+.--Var. de 88: le corps.
31, +Commerces+.--L’un avec les hommes par une conversation libre et familière, l’autre avec les femmes par l’amour.
=154=,
14, +Bride+.--Proverbe signifiant qu’il est facile de supporter quelques ennuis, quand on a le remède sous la main.
15, +Sicile+.--Ce roi est dit «nostre», parce qu’il était de la famille régnante de France, se trouvant descendre comme elle de saint Louis, son aïeul à la cinquième génération.
37, +Librairie+.--Je me retire un peu plus souvent dans ma bibliothèque.--Voir sur cette bibliothèque la notice afférente aux illustrations, =IV=, fas. A.
=156=,
2, +Dicte+.--Montaigne, comme tous les seigneurs de son temps, avait à sa disposition un secrétaire, ou quelque serviteur pouvant en tenir lieu; la relation de ses voyages, dont on possède le manuscrit, a été écrite partie par lui, partie sous sa dictée.
9, +Poly+.--Propre, orné, de l’italien polito, qui signifie propre, net.
11, +Despense+.--Si je craignais aussi peu les embarras que la dépense.
19, +Liures+.--A la mort de Montaigne, sa fille fit don à un abbé, grand vicaire du diocèse d’Auch, de la totalité des livres que son père avait possédés et dont lui-même a évalué le nombre à un millier. La plupart sont aujourd’hui perdus, soixante-seize seulement demeurent: français, grecs, latins, espagnols, italiens, consistant en ouvrages de médecine, de droit, un ou deux romans, quelques poètes et relativement nombre d’historiens, entre autres les «Commentaires» de César (N. =II=, 82: Lisant, et 646: Militaire).
21, +Prospect+.--Vue, perspective; du latin prospectus francisé par Montaigne.--Elle a trois fenêtres qui, chacune, offrent une vue agréable et étendue.
27, +Presse+.--C.-à-d. je suis bien aise qu’il soit un peu pénible d’y monter et qu’elle soit à l’écart, parce que cela me fournit l’occasion de faire quelque exercice et aussi m’éloigne de la foule.
=158=,
7, +Quest+.--Le gain, comme port. l’éd. de 88; du latin quæstus d’où est dérivé acquêt.--Maintenant pour m’amuser, et jamais en aucun temps pour le gain.
CHAPITRE IV.
=160=,
4, +Faisant+.--En vous opposant brusquement à leur tristesse.
7, +Œuure+.--MIRABEAU prétendait au contraire que la laideur est une chance de succès dans un certain nombre de professions, au nombre desquelles il plaçait la médecine.
14, +Persuader+.--Add. de 88: quand il y a resistance.
17, +Temps+.--Var. de 88: bonne piece.
20, +Plaint+.--CICÉRON, Tusc., III, 31.
25, +Amas+.--C.-à-d. et n’employant pas, pour en faire usage suivant le cas, ces divers genres de consolation banale.
=162=,
2, +Peloponnesiaque+.--PLUTARQUE, Périclès, 21.--On a accusé Périclès d’avoir fait naître cette guerre pour détourner de lui les accusations dont il était l’objet, par suite de l’envie qu’il excitait.
2, +Reuoquer+.--Éloigner; en ce sens, c’est purement le mot latin revocare.
5, +Liege+.--DE COMINES, Mém., II, 3.--En 1468. La ville était en conflit avec son évêque qui était son suzerain et que patronnait le duc de Bourgogne; elle était divisée et le parti de la paix avait fait décider d’ouvrir ses portes au duc, qui s’était fait précéder du Sire d’Himbercourt. Cette velléité de résistance eut pour effet quelques exécutions, le démantèlement de la ville et une forte contribution de guerre, ce qui n’empêcha pas les Liégeois de se soulever à nouveau l’année suivante, sédition qui aboutit aux rigueurs les plus excessives.
20, +Grasses+.--Des offres plus avantageuses.
25, +Predicament+.--De cette catégorie. On appelle «prédicaments», en logique, les dix catégories d’Aristote.
25, +Atalante+.--OVIDE, Métam., X, 571.
=164=,
9, +Fil+.--On l’accoutume difficilement à combattre les maux en face.
19, +Ptolomee+.--Ptolémée Lagus (du nom de son père) passait pour fils d’une maîtresse de Philippe de Macédoine, laquelle aurait ensuite épousé Lagus, un des principaux officiers de ce prince. A la mort d’Alexandre, il reçut en partage l’Égypte où régnèrent ses descendants jusqu’à la mort de Cléopâtre. Habile et actif à la guerre, il ne le fut pas moins à l’intérieur et protégea les lettres et les sciences; ce fut lui qui fonda la célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Il mourut en =283=, il avait abdiqué deux ans auparavant.
20, +Discours+.--CICÉRON, Tusc., I, 34; VALÈRE MAXIME, VIII, 9.--Hégésias prétendait qu’il vaut mieux mourir que vivre, parce que la somme des maux l’emporte sur celle des biens; ses paroles imprimaient, dit-on, si avant dans l’esprit de ses auditeurs l’image des choses qu’elles représentaient, que lorsqu’il avait parlé des maux de la vie, la plupart de ceux qui l’écoutaient, voulaient se tuer de leurs propres mains.
32, +Raualoit+.--Se fixait, se reportait sur...
=166=,
4, +Deffaict+.--Exécuté.--TACITE, Ann., XV, 67; il a déjà été question de Subrius Flavius, =I=, 30.
15, +Estocade+.--Les uns lisent «estocade», les autres «estacade». Dans le premier cas, cela signifie «à l’épée», l’estoc était une épée longue et étroite; dans le second, cela veut dire «en champ clos», l’estacade était une sorte de lice, environnée de barrières, où les champions se renfermaient pour se battre à outrance, sans être gênés par le public tout en demeurant sous ses yeux; de fait, les deux interprétations aboutissent au même sens.
17, +Crioit+.--Add. de 88: qu’il estoit mort, et.
20, +Se descharger+.--Se dégager, se débarrasser.
21, +Syllanus+.--TACITE, Ann., XVI, 9.
=168=,
3, +Manes+.--Les mânes étaient, dans la mythologie des Romains, les âmes des morts considérées comme divinités infernales; on leur rendait un culte et les distinguait en bonnes et méchantes.
3, +Imos+.--Malédiction proférée, au dire de VIRGILE, En., IV, 382, 387, par Didon contre Énée qui l’abandonne. C’est par une fiction bien éloignée de la vérité historique que le poète fait vivre cette princesse au temps du héros troyen, auquel elle est postérieure de plus de trois siècles.
9, +Teste+.--VALÈRE MAXIME, IV, 10; DIOGÈNE LAERCE, Xénophon; ELIEN, Hist. div., III, 3.--En =363=; Xénophon avait deux fils, Cyrillus était l’aîné. Par son geste, il témoignait que la bravoure dont son fils avait fait preuve, lui causait plus de satisfaction que sa mort ne lui faisait ressentir d’amertume: «Je savais, dit-il, que mon fils était mortel!»--Le Maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, eut son fils tué, en Espagne, dans une embuscade, après une défense héroïque (1811). Son corps, retrouvé peu de temps après, était couvert de blessures; ce voyant, le vieux guerrier eut un moment d’orgueil qui sécha presque ses larmes; et racontant à un ami cette mort de son enfant unique: «Ses morceaux, dit-il, se défendaient encore.»
9, +Epicurus+.--Dans sa lettre à Hermachus. V. liv. II, ch. XVI, =II=, 444.
13, +Soldat+.--CICÉRON, Tusc., II, 26.
14, +Costé+.--CORNÉLIUS NÉPOS, Epam., 9.--Epaminondas blessé mortellement à la bataille de Mantinée (=363=), apprenant que l’ennemi est en déroute: «J’ai assez vécu, dit-il, puisque je meurs sans avoir été vaincu.» Et, quelqu’un exprimant le regret qu’il n’eût pas de postérité: «Je laisse deux filles immortelles, Leuctres et Mantinée», fit-il en rappelant ses deux victoires; peu après, il expirait. Il fut enterré sur le champ de bataille même, et, du temps de Strabon, deux cippes existaient sur son tombeau, l’un avec une inscription béotienne, l’autre érigé par l’empereur Adrien qui en avait composé lui-même l’inscription. V. N. =III=, 18: Epaminondas.--La même chose arriva à Nelson, à la bataille de Trafalgar (1805); apprenant que la victoire était complète: «A présent, dit-il, je meurs satisfait; grâces soient rendues à Dieu, j’ai accompli mon devoir.»
20, +Autres+.--L’école des Stoïciens.
22, +Mal+.--SÉNÈQUE, Epist. 22.
23, +Yurongne+.--SÉNÈQUE, Epist. 83.
24, +Blanc+.--Est-ce atteindre le but?--Cette expression vient de ce que jadis, comme maintenant, les tirs à l’arc, à l’arbalète, à l’arquebuse, etc... s’effectuaient sur des buts où la partie à atteindre était marquée en blanc; aujourd’hui que l’on tire de plus loin, un point à viser est apposé sur cette partie blanche qu’autrefois on visait elle-même.
25, +Consorce+.--Dégager de notre communauté.--Consorce a été forgé par Montaigne du latin consortium, société, association.
33, +Passion+.--«Cette passion (la vengeance), pour un moment plus douce que le miel, dit HOMÈRE, trouble ensuite l’âme de sombres vapeurs et lui prépare souvent, pour toute la vie, des maux irréparables.»
=170=,
3, +Seiournez-le+.--Donnez-lui du repos, amortissez-le...
10, +L’amitié+.--Est-ce l’amour de sa future femme ou d’une autre (Montaigne s’est marié en 1565), qui a ainsi fait diversion au chagrin qu’il ressentait de la perte de son ami La Boétie survenue en 1563?
21, +Muant+.--Changeant de lieu.
23, +M’esgare+.--Et ne sais ce que je deviens, me perd de vue.
31, +Leniment+.--Adoucissement, du latin lenire.
35, +Chien+.--Ce chien, dit PLUTARQUE, Alcibiade, 4, remarquable par sa taille et sa beauté, et dont la queue était le plus bel ornement, avait coûté 70 mines, environ 50.000 fr.
=172=,
1, +Desuoyer+.--Mettre hors de la voie, du chemin, désorienter.
1, +Parleurs+.--Les indiscrets, les cancaniers.
3, +Enuoye+.--Var. de 88: chasse.
17, +Enfance+.--Dans le traité intitulé: Consolation envoyée à sa femme, sur la mort d’une sienne fille, ch. 1; le même que dans une circonstance analogue Montaigne envoyait à sa femme, le 10 septembre 1570, également en manière de consolation.
20, +Romme+.--Le corps ayant été porté sur la place publique où l’oraison funèbre devait être prononcée, Antoine en la terminant prit la robe toute sanglante et montrant les coups qu’il avait reçus (César avait été frappé de 23 blessures, dont une seule mortelle qui lui avait été faite à la poitrine), excita le peuple qui, prenant tout ce qui était à sa portée, les bancs, les tables des boutiques environnantes, dressa séance tenante un grand bûcher où le corps fut placé; et, quand le feu eut fait son œuvre, chacun s’emparant d’un tison enflammé courut aux maisons des conjurés pour les incendier, mais déjà ils s’étaient fortifiés et avaient paré au danger.
21, +Tintoüine+.--Tinte, retentit; mot forgé par Montaigne du latin tintinnare.
24, +Grammairienne+.--L’ex. de Bordeaux aj.: et voyelle, add. qui a été admise dans la traduction.--C.-à-d. une plainte uniquement composée de mots et de sons, à l’exclusion de tout sentiment effectif.
33, +Desirer+.--Même de désirer l’éviter.
34, +Empereur+.--Tibère, ce monstre de cruauté, qualifié ici de «bon» par antiphrase. SUÉTONE, Tibère, 62.
36, +Bourrellerie+.--Des bourreaux, des tortures.
37, +Là+.--Dans un état semblable.
=174=,
11, +Didon+.--Après l’abandon d’Énée; V. N. =III=, 168: Imos.
11, +Ariadné+.--Après l’abandon de Thésée.
16, +Iambe+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 17.--Polémon en était arrivé à se dominer au point que jamais on ne vit la moindre altération sur son visage, ni sa voix trahir aucune émotion, soit sous l’effet de la douleur, soit sous celui de la crainte ou des plaisirs.
18, +Accession+.--Augmentation, accroissement, du latin accedere, part. passé accessus, qui a même sens.
29, +Empruntée+.--Qu’ils s’affligent d’une douleur simulée.
33, +La Fere+.--En 1580; par le Maréchal de Matignon qui s’en empara sur les Protestants; le duc de Grammont y fut tué par un boulet qui lui emporta un bras.
37, +Quintillian+.--Inst. orat., IV, 2, vers la fin.
=176=,
7, +Prestre-martin+.--Expression proverbiale fondée sur le conte d’un prêtre du nom de Martin qui, disant la messe, faisait à la fois fonctions de prêtre et de clerc, chantant et répondant, ce qui s’appelle aujourd’hui: faire les demandes et les réponses.
11, +Desdaing+.--Et faire diversion à la pitié par le dédain.
15, +Instructiue+.--Comme si le regret était un sentiment instructif, qui nous révélât des qualités inconnues dans celui qui en est l’objet.
18, +Digne+.--Le texte porte digne, ce qui ne se comprend pas. Il est probable que le texte initial portait indigne, et que c’est une erreur d’impression dans l’édition de 1580; et que, passée alors inaperçue, elle s’est reproduite dans celles qui ont suivi.
20, +Exemple+.--Le texte et le sens prêtent aussi bien à dire: que je dois, ou qui m’est donné; nous avons préféré cette dernière version parce que l’homme est plus souvent entraîné par l’exemple comme les moutons de Panurge, que porté à le donner.
=178=,
7, +Puisse+.--Est-il un seul être dans la nature, l’homme excepté, qui se sustente du néant; un seul être sur lequel le néant ait action?
10, +Fié+.--HÉRODOTE, III, 30.--En =525=; et cela parce qu’étant en Égypte, il avait vu en songe un courrier de Perse, où était demeuré Smerdis son frère, lui annonçant que son frère avait été aperçu assis sur le trône. A ce moment du reste, Cambyse était sujet à des accès de démence que les Égyptiens attribuaient à ce qu’il avait fait tuer le bœuf Apis.--DIODORE DE SICILE raconte cet autre fait non moins atroce: Un certain Marsyas avait rêvé qu’il coupait la gorge à Denys le Tyran; celui-ci, qui eut connaissance de ce rêve, le fit mourir, disant qu’il n’y aurait pas songé la nuit, s’il n’y avait pas pensé le jour.
12, +Chiens+.--PLUTARQUE, De la Superstition, 9.--En =724=; Aristodème était alors en guerre avec les Lacédémoniens; outre ces hurlements dont il augurait mal, du chiendent avait poussé autour de sa demeure!
12, +Autant+.--PLUTARQUE, De la Superstition, 9.--Midas s’empoisonna, dit-on, avec du sang de taureau, pour la raison qu’indique Montaigne.
17, +Prometheo+.--Selon les uns, il fit l’homme avec de l’argile et l’anima avec le feu du ciel qu’il avait dérobé. Selon d’autres, Jupiter n’avait pas donné aux hommes l’usage du feu; Prométhée, en dérobant au soleil, les en dota; Jupiter, irrité de son audace, le fit enchaîner sur le Caucase, où un vautour lui rongeait le foie qui sans cesse renaissait; Hercule le délivra. Myth.
CHAPITRE V.
Ce chapitre est un des plus curieux, des plus variés des Essais; Montaigne s’y montre tour à tour sérieux et badin, grave et plaisant, sage et fou, moraliste austère et cynique effronté; on y trouve de tout: de la gaîté, du goût, de la raison, de la philosophie, une grande connaissance du cœur humain, des vues et des conseils très sages sur la manière de tirer parti de la vieillesse; des observations fines et judicieuses sur l’amour en général, sur le mariage, ses avantages et ses inconvénients; sur ses accidents, sur l’injustice de la jalousie, sur la chasteté, devoir difficile à observer, sur les inconvénients de notre curiosité à cet égard; sur les caractères de la véritable éloquence; sur la force que les bons esprits donnent à leur langue et les nouvelles richesses qu’ils lui apportent; sur les avantages et les défauts de la langue française; sur la liberté des écrits et des paroles, sur les avantages qu’on pourrait retirer de l’amour dans un âge avancé, etc.; en un mot, Montaigne y traite incidemment toutes sortes de matières liées à son sujet, mais dont le rapport réel n’est pas toujours facile à saisir. On croit, en lisant ce chapitre, entendre causer ensemble cinq ou six hommes d’esprit qui laissent aller la conversation comme elle vient; qui s’arrêtent plus ou moins longtemps sur certains textes, et disent toutes les folies qui leur passent par la tête; il est peu de chapitres où se montre plus de verve et d’originalité. NAIGEON.
22, +Pensemens+.--Réflexions.
23, +Onereux+.--A mesure que les réflexions sur des sujets d’utilité sont plus profondes et plus solides, elles deviennent plus embarrassantes et plus fatigantes.
24, +Greuent+.--Pèsent, accablent, font souffrir, du latin gravare; est encore en usage.
28, +Bandée+.--Elle extravague, pour être continuellement appliquée à une étude si sérieuse.
31, +Office+.--Dans le devoir.
=180=,
7, +Seiourne+.--Qui la repose.
17, +Folie+.--Cette même pensée a déjà été exprimée (=I=, 344): «Soyez sobrement sages.»
«Dans le mal comme dans le bien, Tous les excès ne valent rien». Paris ridicule, 1666.
19, +Siet+.--Le texte latin porte: ne foret.
23, +Ieunesses+.--Var. de 88: folies.
28, +Peuuent+.--Add. de 88: encor.
30, +Secousses+.--De temps à autre.
34, +Platon+.--Traité des Lois, II.
39, +Esbaudi+.--Signifie à peu près la même chose que «resioui», mais l’allégresse qu’il marque est plus démonstrative et agitée; n’est usité aujourd’hui que dans le langage populaire.
=182=,
3, +Tressaillir+.--J’en suis bientôt au point de me féliciter...
4, +Deult+.--Ne me fait du mal.
11, +L’estre+.--C’est, mot pour mot, ce que dit CICÉRON dans son traité De la Vieillesse, 19.
13, +Voluptez+.--Cette phrase incidente: «telles que les satisfactions d’amour-propre», que porte la traduction, n’est pas dans le texte; c’est une phrase explicative dérivant de ce qui suit.
18, +Prinssé-ie+.--Que ne puis-je encore éprouver du plaisir...
20, +Salutem+.--Vers d’ENNIUS, cité par CICÉRON, De Off., I, 24, au sujet de Fabius Maximus qui, dit-il, travaillait au bien public, sans se mettre en peine de tout ce qu’on publiait à Rome pour décrier sa conduite. COSTE.
32, +Logis+.--CICÉRON, De Senectute, II.--Nous imposent le repos, en nous libérant de certaines obligations, ou nous contraignant à la cessation de certaines fonctions à des âges déterminés, ce qui, plus que jamais, est de règle de nos jours. Cette limite, dans l’armée, varie avec le grade; dans la magistrature, elle vient à 70 ans; dans les autres administrations et carrières civiles, elle est d’ordinaire de 60 ans et 30 ans de services.
41, +Mal+.--Souffrance, peine, douleur.
=184=,
11, +Personne+.--Add. de 88: d’honneur.--Ce souhait de Montaigne a été exaucé: Pierre CHARRON, chanoine théologal de Condom (1551 à 1603), avec lequel il était déjà en relations depuis quelques années, devint, vers 1589, le confident de ses dernières années et le continuateur de sa pensée, dans son traité De la Sagesse.
12, +Resseante+.--Fixe, sédentaire.--C.-à-d. qui soit à demeure quelque part ou qui aime à voyager.
14, +Paume+.--Elle n’a qu’à faire un signe.--«Siffler en paume», c’est siffler en soufflant d’une certaine façon entre ses doigts.
16, +Vieillesse+.--D’échapper à la vieillesse.
19, +Affreté+.--Attaché, lié, accroché.--Var. de 88, de l’ex. de Bord. et de l’éd. de 1635: affreré.
22, +Colligence+.--Étroite liaison; du latin colligare, joindre, lier, nouer ensemble.
23, +Compagnon+.--Le corps.
33, +Par venuës+.--Sans interruption; littéralement par train continu, suite entretenue.
34, +Eloises+.--Éclairs. V. N. =II=, 274.--Est pris ici au figuré: des idées, des conceptions.
35, +Esperdus+.--Pour ne pas dire les plus extravagants.
39, +Veut+.--Mon esprit veut encore...
=186=,
1, +Rire+.--PLINE, Hist. nat., VIII, 19.--Crassus, pour ce motif, avait été surnommé «Agélaste», le glacé.--On a dit aussi de Jésus-Christ qu’on ne l’avait jamais vu rire, mais qu’on l’avait souvent vu pleurer.
17, +Archeanassa+.--C.-à-d. de critiquer les écrits de Platon et de glisser légèrement sur les relations qu’on lui prête avec...--On a cru trouver la preuve de ces relations et autres de même sorte, prêtées à Platon, dans diverses épigrammes que lui attribue DIOGÈNE LAERCE, et qui portent:
«ALEXIS n’est plus, prononcez seulement son nom et chacun se retourne; PHÉDON n’était pas moins beau et nous l’avons perdu».--Alexis semble avoir été un poète comique de l’époque; Phédon était le co-disciple de Platon aux leçons de Socrate, il était retourné en Élide, après la mort de Socrate; Platon a donné son nom à un de ses plus importants dialogues sur l’immortalité.
«Cher DION, de quel amour tu embrases mon cœur!»--Dion était le gendre de Denys l’Ancien, Platon fut constamment dans les meilleurs rapports avec lui.
«Quand tu considères les astres, chez ASTER, je voudrais être le ciel, pour te voir avec autant d’yeux qu’il y a d’étoiles.»--Aster était un jeune homme qui se livrait à l’astronomie avec Platon; Montaigne l’appelle Stella, probablement parce que les deux mots ont en latin même signification.
«La belle ARCHEANASSA, de Colophon, est à moi. Oh! de quelle ardeur elle a dû vous embraser, vous qui avez goûté les premiers de sa jeunesse.»
«Quand je couvrais AGATHON de baisers, mon âme était tout entière sur mes lèvres, prête à s’envoler.»
32, +Mineuses+.--Affectées, minaudières.
=188=,
7, +Biens faicts+.--Bonnes actions; est pris ici dans le sens opposé à mesfaicts, mot qui suit et dont l’acception n’est pas douteuse.
19, +Moins+.--Montaigne fait dire ici à Thalès le contraire de ce qu’il a dit: «Un homme qui avait commis un adultère, conte DIOGÈNE LAERCE, I, 36, d’où le fait est tiré, ayant demandé à Thalès s’il devait le nier par serment, Thalès lui répondit: «Mais le parjure n’est-il pas pire que l’adultère?»
23, +Vice+.--Quand on lui donne à choisir entre quelque entreprise périlleuse et une action vicieuse.
24, +Origene+.--Comme on en usa avec Origène, en le réduisant au choix ou d’idolâtrer, ou de se souffrir...
28, +Celles+.--Pourtant, dans leur erreur, elles ne seraient pas dégoûtées, les femmes qui...
31, +Ariston+.--PLUTARQUE, traité De la Curiosité, 3.
33, +Rebrasser+.--Retrousser, découvrir; on trouve dans le dictionnaire de l’Académie: «rebrasser ses manches».
=190=,
1, +Sot+.--Cela arrive très souvent, et a fait dire à LA ROCHEFOUCAULD dans ses Pensées qu’un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon.
3, +Paroy+.--Le côté intérieur d’une muraille.
5, +Huguenots+.--Mot qui dérive par corruption de eidgenossen, qui signifie confédéré par serment.
10, +Eschange+.--D’être pris pour autre que je ne suis.
17, +Cher+.--J’aimerais autant.
19, +Archelaus+.--PLUTARQUE, Apophth. des rois.--Tout le monde connaît le mot de Turenne à un de ses domestiques qui, lui ayant, par méprise, appliqué un grand coup sur les fesses, lui en demandait pardon à genoux, disant qu’il l’avait pris pour Georges son camarade: «Et quand c’eût été Georges, dit tranquillement Turenne, en se frottant le derrière, était-ce une raison pour frapper si fort!»
22, +Socrates+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 36.
35, +Cabinet+.--C.-à-d. que les femmes, en raison de la liberté avec laquelle il y parle de l’amour, n’oseront lire ce chapitre qu’en particulier, dans leur boudoir.
=192=,
4, +Reglez+.--Dans sa préface de l’édition de 1595, Mademoiselle de Gournay entrant dans les idées de Montaigne à ce propos et le défendant, dit en substance: «Qu’ils sont donc chatouilleux sur cette question, ceux qui font croire à la jeunesse qu’on ne peut entendre parler de l’amour sans le ressentir; c’est comme si un prédicateur venait dire que c’est rompre l’abstinence en temps de carême, que d’entendre parler de manger et de ce qui s’y rapporte.» Mais il faut ajouter qu’en fait d’amour, fort probablement Mademoiselle de Gournay ne s’y connaissait guère (en 1595 elle avait déjà 30 ans), et qu’elle en parlait un peu comme un aveugle des couleurs.
5, +Trahir+.--CICÉRON, Epist. fam., IX, 22; dans cette lettre Cicéron expose sur la liberté de langage les principes des Stoïciens.
8, +Bon+.--Car il est à remarquer que...
14, +Franchise+.--Dans l’asile, sous la sauvegarde.
14, +L’arracher+.--Ce que Montaigne dit ici est exact; mais la cause de cet état de choses qu’il peint si bien n’est autre que, si cette loi du silence, devenue instinctive et contre laquelle il s’élève, n’existait pas, les dévergondages occasionnés par cette passion, déjà si grande, en arriveraient à un degré tel qu’ils ne pourraient plus être contenus; elle est une sauvegarde de la société sur un point où celle-ci est à la vérité quelque peu en contradiction avec la nature. Où irions-nous, si on en pouvait parler en toute liberté? La délimitation entre ce qui se peut et ce qui ne se peut pas dire sans inconvénient sur ce sujet est trop délicate à fixer, serait trop difficile à observer; il a été plus pratique et plus sage de proscrire complètement ce thème de conversation.
20, +Supprimez+.--TACITE, parlant des Annales de Cremutius Cordus, que le Sénat fit brûler, dit: «L’ouvrage n’en est pas moins resté, on le cacha et plus tard il reparut.»
--St-AMAND apprécie de même cette mesure dans sa Rome ridicule:
«C’est doublement les faire vivre, Que les faire mourir ainsi».
20, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IV, 9.
21, +Honteux+.--La pudeur doit servir...
24, +Estriuent+.--Résistent.
25, +Suiuent+.--Vers de la traduction, par AMYOT, du traité de PLUTARQUE, Qu’il faut qu’un philosophe converse avec les Princes, 5.
30, +Mal mesler+.--Brouiller.
=194=,
4, +Dieu+.--Il n’y a pas si longtemps que j’ai cessé d’être enrôlé sous les drapeaux de ce dieu.
32, +Maritale+.--Cette appréciation de Montaigne est aussi celle de BERNARDIN DE S.-PIERRE qui, dans son Préambule de l’Arcadie, insère la citation qui précède et la fait suivre de ce commentaire: «Mais, pour affaiblir ce que ce tableau a de licencieux et de contraire aux mœurs conjugales, le sage Virgile oppose immédiatement après, à la déesse de la volupté, qui demande à son mari des armes pour son fils naturel, une mère de famille, chaste et pauvre, occupée des arts de Minerve pour élever ses petits enfants; et il applique cette image touchante, aux mêmes heures de la nuit, pour présenter un nouveau contraste des différents usages que font du même temps le vice et la vertu.»
33, +Mousses+.
«L’amour que l’on contracte entre mains de notaire, Ne connaît point d’amour les plus secrets mystères; C’est un amour bâtard, qui naquit (ce dit-on), Là-bas, dans les enfers, de la vieille Alecton. Mais l’autre, qui fut fils de la belle Cyprine, D’une plus douce flamme échauffe la poitrine. Il nous apprend des tours qui sont bien plus plaisants, Et de cent mille jeux entretient nos beaux ans.»
GILLES DURAND DE LA BERGERIE, 1591.
37, +Raison+.--Doivent avec raison être pris en considération, entrer en ligne de compte.
=196=,
3, +Ailleurs+.--Liv. I, ch. XXIX; =II=, 346.
4, +Prudemment+.--Il faut prudement, c.-à-d. avec pruderie, décence, réserve; ARISTOTE dit en effet: «Que le mari approche de sa femme avec pruderie et modestie; qu’il soit vergogneux (chaste, réservé) en paroles, droiturier et honnête en actions.»--Le concile de Trente a dit de même: «Le mariage est une chose sainte, il faut le traiter saintement.»--Dans le langage du XVIe siècle, pruderie était toujours pris en bonne part et signifiait décence austère, exempte d’hypocrisie, comme dans ces vers du Roman de la Rose:
«Prudes femmes, par Saint Denys, Autant en est que de Phenix.»
16, +D’aguet+.--Avec précaution, circonspection; en demeurant sur ses gardes.
21, +Troubler+.--Var. de 88: mesler.
25, +Vertu+.--Sage et judicieuse réflexion sur la noblesse comparée à la vertu.
28, +Nil+.--Les sources de ce fleuve, si célèbre de toute antiquité, qui a un cours de 6.500 kil., sont longtemps demeurées inconnues; leur recherche préoccupait déjà les anciens.--Néron envoya une expédition pour les découvrir. Au IIe siècle, le géographe PTOLÉMÉE faisait sortir le Nil de deux grands lacs situés au pied de montagnes couvertes de neiges éternelles (montagnes de la Lune) et les cartes et les sphères du XVIe siècle indiquent d’une manière relativement précise la situation de ces lacs, indication que ne reproduisent pas les cartes du XVIIIe siècle. A partir du commencement du XVIe siècle, les Européens entrèrent en relations avec les rois d’Abyssinie et connurent les sources du Nil bleu qui sort du plateau abyssin, mais plus de trois siècles devaient encore s’écouler avant que celles du Nil blanc (Bahr el-Abiad) ne fussent découvertes. En 1850, un explorateur anglais, LIVINGSTONE, le signala comme sortant d’un grand lac de l’Afrique équatoriale qu’il ne put atteindre. En 1858, Speke, officier de l’armée des Indes, y parvint, lui donna le nom de Victoria-Nyanza, mais n’arriva pas à reconnaître l’endroit d’où le fleuve en sort. Ce ne fut qu’en 1875 que STANLEY le constata, en même temps que l’existence d’un autre lac qu’il appela l’Albert-Édouard, dont les eaux se déversent dans le cours d’eau sorti du Victoria-Nyanza. Enfin en 1892, un missionnaire allemand, BAUMANN, reconnut le Kagera, principal tributaire du Victoria-Nyanza, qui sort d’un lac de beaucoup moindre étendue qu’il nomma lac Alexandra; de telle sorte qu’on tient aujourd’hui comme sources du Nil blanc le lac Albert-Édouard (source occidentale) et le lac Alexandra (source orientale).
38, +Antigonus+.--PLUTARQUE, De la mauvaise honte, 10.
=198=,
10, +Ruffiens+.--Amants, galants; mot de provenance italienne.
12, +Leur+.--ARRIEN dit que chez les Indiens, le peuple était divisé en plusieurs ordres, et qu’une loi défendait les mariages entre individus d’ordres différents: un laboureur ne pouvait épouser la fille d’un artisan et ainsi des autres.
13, +Pollus+.--Souillés; du latin pollutus, qui a même signification.
18, +S’entreheurter+.--En dehors de ruelles étroites, il n’y a à proprement parler que fort peu de rues à Venise; des canaux de largeur variable et en nombre infini en tiennent lieu. On y chemine en gondoles (barques légères), qui dans leur marche silencieuse courraient risque de se heurter, aux tournants, dans les croisements où la vue est interceptée par les maisons en bordure, si, par un cri particulier, les gondoliers ne se signalaient entre eux.
28, +Est+.--Ce membre de phrase et ce qu’il dit plus loin (=III=, 344): «Il y a toujours quelque piece qui va de trauers, etc.», donnent à penser que dans le ménage de Montaigne tout n’allait pas continuellement pour le mieux; mais, comme il le dit, n’est-ce pas une règle générale et peut-il en être autrement, étant donné la versatilité de notre nature?
«Qui se marie par amour, A bonnes nuits et mauvais jours;
Qui se marie par argent, A jour et nuit le cœur dolent.»
=200=,
9, +Socrates+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 33.
9, +Commode+.--Avantageux.
11, +Repentira+.
«Aller à la guerre ou se marier Ne doit se conseiller.»
«C’est le célibataire qui n’a point de disputes» (Proverbe cité par S. JÉRÔME).--«Es-tu délivré de femme, n’en cherche point.» S. Paul.
12, +Lupus+.--La première de ces deux sentences: «L’homme est à l’homme un dieu», est du poète comique CÉCILIUS, qui ajoute: «s’il connaît son devoir». La seconde, «un loup», est de PLAUTE, qui la complète en disant: «lorsqu’il ne sait quel il est».
18, +Collo+.--Nombre de gens pensent de la sorte; il en a été ainsi de tous temps, mais cela ne fait que croître avec les besoins de bien-être qu’amènent les progrès de la civilisation et les difficultés de la vie; le mariage a tendance à être délaissé, malgré l’atténuation résultant du divorce rendu chaque jour plus accessible, et la femme, exposée de plus en plus à rester fille, est réduite à chercher par elle-même les moyens d’existence qu’elle devrait tenir du travail d’un mari.--C’est qu’aussi combien est plus facile la vie pour le célibataire: les restaurants pourvoient à sa nourriture, les cercles à son intérieur, les maisons de santé le recueillent quand il est malade; il lui est aisé de satisfaire ses appétits sensuels, au mieux de ses caprices du moment; il ne connaît ni les orages, ni les embarras ni les soucis d’un ménage; les enfants ne lui sont point à charge; il n’a à penser et ne pense qu’à lui; toutes choses égales, il est libre et riche, alors que le père de famille a des obligations et se trouve dans la gêne. Même sous le rapport de l’affection, ayant dans le présent plus de ressources, pour l’avenir l’entière disposition de son héritage, l’entourage ne lui fait pas défaut et il trouve chez des parents, des étrangers, les attentions, les témoignages de sentiments en apparence les plus désintéressés, qu’on ne rencontre pas toujours chez les enfants, auxquels on en passe davantage et qui ont des droits, qui font qu’ils en prennent beaucoup plus à leur aise.--Le célibataire est un parasite, qui ne rend pas à la société ce qu’il en retire; à Sparte, il était noté d’infamie, certaines exclusions étaient portées contre lui et parmi les hontes qui lui étaient imposées, à certaine fête, les femmes lui faisaient faire le tour d’un autel, en le battant de verges. On ne saurait à notre époque user de semblables procédés qui seraient par trop inefficaces, et cependant il ne serait qu’équitable de compenser, dans la mesure du possible, les obligations auxquelles il échappe; on pourrait par exemple dans l’obtention de certains emplois, de certaines faveurs, avantager à mérite égal les pères de famille tandis que souvent cette situation tourne contre eux; mais surtout un impôt spécial, proportionnel à leurs revenus, devrait frapper les célibataires et le produit en être affecté à l’attribution de subsides aux familles chargées d’enfants qui sont nécessiteuses, etc.
19, +Dessein+.--A suivre mon inclination naturelle, de mon propre mouvement.
28, +Rebours+.--Et plus à contre-cœur.
30, +Esperé+.--Montaigne avait épousé en 1565 Françoise de la Chassaigne, fille d’un conseiller au Parlement de Bordeaux, comme lui-même l’était à ce moment. Il semble s’être marié un peu pour combler le vide laissé en lui par la mort de La Boétie, survenue deux ans auparavant. Bien que, dans les Essais, Montaigne se soit en quelque sorte fait une loi de passer sous silence sa vie conjugale, qu’il n’y fasse guère allusion que lorsqu’il se plaint des difficultés que présente par moments la vie domestique, ou qu’il exprime la confiance qu’il a, lorsqu’il s’absente, en qui en son absence a la gestion de sa maison, il y a lieu de penser qu’avec les idées qu’il avait sur le mariage si, comme il est probable, l’affection et la confiance ont régné entre les deux époux, leurs épanchements ont toujours été modérés, et qu’il n’eût pu dire, à son lit de mort, à sa femme comme son ami La Boétie, qui avait sur ce point des idées d’une élévation de sentiments bien autres, le dit à la sienne ainsi qu’il le rapporte lui-même: «Ayant été joint à vous par le saint nœud du mariage, qui est l’un des plus respectables et inviolables que Dieu nous ait donnés ici-bas, je vous ai aimée, chérie et estimée autant qu’il m’a été possible et suis tout assuré que vous m’avez rendu réciproque affection que je ne saurais reconnaître.»--De fait, Françoise de la Chassaigne, morte en 1627, femme de sens, très rangée, très entendue dans les soins du ménage, paraît avoir été en même temps une épouse discrète, s’effaçant volontiers, telle que Montaigne pouvait la souhaiter; lui mort, elle se dévoua à sa mémoire et à son œuvre.
=202=,
5, +Traistre+.--Ces deux vers sont d’un auteur inconnu; on peut leur appareiller ceux-ci dont la source est également ignorée:
I
Si tu as maistre, sers-le bien: Dis bien de lui, garde le sien; Son secret cèle, quoi qu’il fasse, Et sois humble devant sa face.
II
Ne souffre à ta femme pour rien, Mettre son pied dessus le tien; Le lendemain, la bonne bête Le voudra mettre sur ta teste.
10, +Galantise+.--Var. de 88: gentillesse.
11, +Appetit+.--Qui ne s’accorde pas avec mes désirs.
14, +Recognoistre+.--«Et c’est là pour moi une consolation, a dit un commentateur; je sais que je fais mal, donc je n’ai pas encore perdu la connaissance du devoir et par suite l’espérance de revenir au bien.»
20, +Maistre+.--Vole son maître. «Ferrer la mule», est une expression du temps de Montaigne, signifiant gagner sur un achat fait pour le compte d’un autre, autrement: «Faire danser l’anse du panier.»--Cette expression paraît venir de ce qu’aux temps où les magistrats allaient au palais montés sur des mules, les laquais qui gardaient ces bêtes pendant l’audience, buvaient ou jouaient pour se désennuyer, puis cherchaient quelquefois à s’indemniser de leur dépense ou de leur perte, en comptant à leurs maîtres des frais supposés pour le ferrage des mules.
32, +Repentis+.
«Amours qui commencent par anneaux, Finissent par couteaux.»
33, +Iupiter+.--HOMÈRE, Iliade, XIV, 295.
38, +Considerations+.--Préjugés.
39, +Empescher+.--Sans que cela nous arrête.
39, +Isocrates+.--ÉLIEN, Hist. div., XII, 25.
=204=,
6, +Deuroient+.--Add. de 88: au moins.
7, +Differentes+.--Ælius Verus pensait comme Montaigne, quand il disait à sa femme lui reprochant ses infidélités: «Souffrez que je passe mes caprices avec d’autres, le titre d’épouse est synonyme d’honnêteté et non de débauche.» V. =I=, 348.
13, +Profuse+.--Prodigue, s’étend trop loin; du latin profusus, que Montaigne a francisé, mais qui nous a donné «profusion» qui est resté.
15, +Lycurgus+.--A Sparte, tout jeune homme désirant une jeune fille en mariage l’enlevait à sa famille, la conduisait chez une matrone qui la recueillait et la cachait; lui-même ne venait la voir qu’à la dérobée et continuait à aller coucher la nuit dans les dortoirs communs avec les autres jeunes gens; cela durait quelquefois si longtemps que des maris avaient des enfants qu’ils ne s’étaient pas encore montrés en public avec leurs femmes; par là les époux s’accoutumaient à la tempérance et à la sagesse, qui entretenaient en eux la vigueur et la fécondité, leur conservaient leur première ardeur et renouvelaient leur amour.
19, +Riotte+.--Petite querelle, petite dispute.
21, +Tempestueux+.--Même dans les rapports les plus intimes que, d’un commun accord, nous avons avec elle, il y a encore désaccord et dispute.
25, +Femme+.--OVIDE, Métam., III, 323.--Tirésias, un des plus célèbres devins de l’antiquité. La fable raconte que rencontrant deux serpents qui frayaient ensemble, il les sépara et aussitôt devint femme; au bout d’un certain temps, les rencontrant à nouveau en même situation, il reprit sa première forme d’homme. Comme il avait de la sorte connu les deux sexes, un différend s’étant élevé entre Jupiter et Junon sur la question de savoir si les femmes ont plus de part que les hommes au plaisir vénérien, il fut pris pour juge et prononça que de dix parts de plaisir dans cet acte, il y en avait neuf pour la femelle et une pour le mâle; la déesse, irritée de ce qu’il avait prononcé contre elle, le rendit aveugle; pour le dédommager, Jupiter lui accorda le don de prophétie.
28, +Empereur+.--FLAVIUS VOPISCUS, Proculus.--Proculus, tribun militaire en Gaule qui, sous le règne de Probus, fut fait imperator par ses troupes; vaincu, il fut mis à mort; il avait quelques talents militaires (280).
29, +Emperiere+.--Impératrice. Cette impératrice c’est Messaline, épouse de l’empereur Claude, qui se livra, s’imposa même parfois à tout homme de tout rang et de tout état, allant jusqu’à épouser publiquement, du vivant de son époux, un de ses amants qu’elle aimait éperdument; ce qu’apprenant, Claude la fit mettre à mort.
35, +Cateloigne+.--En Catalogne.
38, +Foy+.--Qu’en ce qui touche la religion, que ceux qu’elle impose à notre foi.
40, +Hergnes+.--Humeur chagrine, acariâtre; même racine que «hargneux (querelleur)», qui est encore en usage.
=206=,
4, +Dix+.--Add. de 88: par iour.
14, +Prix+.--NICOLAS BOHIER, jurisconsulte de Bordeaux, mort en 1553, conte ainsi le fait: «En son temps, un homme de la Catalogne avait de telles facultés prolifiques, que chaque jour il entrait jusqu’à dix fois en rapport avec sa femme; la reine d’Aragon en fut informée secrètement; elle le fit venir et il avoua le fait. Sur ce la reine lui interdit sous peine d’avoir la tête tranchée d’entrer désormais plus de six fois par jour en rapport avec sa femme, que davantage le mettait en péril de mort. Qu’est-ce qui en cela est le plus étonnant: ou ce dont le mari était capable ou la mauvaise querelle que lui avait faite son épouse?»
14, +Solon+.--PLUTARQUE, De l’Amour.
17, +Cela+.--Que les femmes sont plus ardentes que nous aux effets de l’amour, ce que lui-même a dit à la page précédente, pour ne donner que maintenant sa conclusion.
18, +Extremes+.--Peut-être le sens est-il: «au risque de leur faire endurer les pires et plus extrêmes souffrances» (?)
=208=,
1, +Polemon+.--DIOGÈNE LAERCE, III, 17.
3, +Cassez+.--Quant à ces autres femmes qui épousent des hommes vieux, cassés.
8, +Approchée+.--XIPHILIN, Caligula.--Clodia Latea, à la mort de Caligula, subit le supplice infligé aux Vestales convaincues d’avoir manqué à leur vœu de virginité. Les vestales, prêtresses de Vesta, étaient à Rome chargées d’entretenir le feu sacré sur l’autel de la déesse; elles faisaient vœu de virginité durant le cours de leur ministère qui, commencé entre 6 et 10 ans, durait trente années; elles étaient au nombre de 6. Créées par Numa, elles furent abolies par Théodose; elles n’étaient point cloîtrées; jouissaient de grands privilèges, notamment d’être émancipées, d’aller en public précédées de licteurs, et de sauver la vie à tout criminel, mené au supplice, qu’elles rencontraient fortuitement. Si elles laissaient éteindre le feu commis à leur garde, elles étaient punies du fouet; celles infidèles à leur vœu de chasteté, primitivement lapidées, furent par la suite ensevelies vivantes: on les descendait dans un étroit caveau muré, où elles trouvaient un petit lit, une lampe allumée, un peu de pain, de l’eau et de l’huile; la pierre de ce sépulcre était refermée sur elles et scellée: leur complice devait mourir sous le fouet.
13, +Boleslaus+.--Surnommé «le Pudique». CROMER, De rebus Pol., VIII.--D’après l’Histoire ecclésiastique, Marcien, empereur d’Orient (Ve s.), et Ste Pulchérie auraient agi de même; et aussi S. Henri, empereur d’Allemagne, duc de Bavière (Xe s.), et Ste Cunégonde.
13, +Roys+.--Réminiscence de l’espagnol, où les Reyes (les rois) se disait alors souvent pour le roi et la reine; comme les Padres (les pères), pour le père et la mère; les Hijos (les fils), pour les fils et les filles.
20, +Desgouster+.--L’éducation des filles est un point que Montaigne ne fait qu’effleurer pour condamner les réticences exagérées dont on use vis-à-vis d’elles et qui ne font qu’exciter leur curiosité. Si on se reporte en outre à la manière dont, un peu plus loin, il parle des républiques où, dans les gymnases, les deux sexes se montraient à nu l’un à l’autre, il semble avoir été assez porté vers les idées actuelles de coéducation où, à l’instar de ce qui a lieu dans certaines écoles mixtes d’Angleterre, garçons et filles sont réunis, système préconisé comme essentiellement moralisateur et donnant à celles-ci plus de caractère.
21, +Excusent+.--Admettent, tolèrent le mariage pour celles chez lesquelles le besoin s’en fait prématurément sentir.--Ceci a dû être écrit vers 1586; Léonor, née en 1571, venait d’avoir quinze ans, limite inférieure à laquelle la femme, en France, pouvait et peut se marier; pour l’homme il le peut à 17 ans. En Autriche, ces limites sont de 20 ans pour l’homme et 16 pour la femme; elles étaient de 15 et 13 ans chez les Romains; Lycurgue les avait fixées à 37 et 17, Platon à 30 et 20. Chez les Orientaux elles sont moindres que chez nous, la nature étant plus précoce à cet égard dans les pays chauds que dans les pays tempérés; dans certains états de l’Amérique du Sud, un homme peut se marier à quatorze ans, une femme à douze, le mariage pourrait même avoir lieu plus tôt avec le consentement des pères et mères, mais un garçon de quatorze ans et une fille de douze ne dépendent plus sous ce rapport que de leur volonté. V. =II=, 26.
26, +Fouteau+.--C’est le nom du hêtre en vieux français; mais en langage trivial de l’époque on désignait aussi de ce nom, dérivation du mot latin fatuere (V. N. =II=, 178: Futuam), l’organe génital de la femme.
34, +Scelerées+.--Criminelles, scélérates.
35, +Interdiction+.--«On peut tout dire devant les jeunes filles, disait un contemporain de Montaigne: quand elles comprennent, on ne leur apprend pas grand’chose; quand elles ne comprennent pas, on ne leur apprend rien du tout.» A quoi on peut répondre: on excite les premières, lesquelles sont plus nombreuses que l’homme ne le croit et fort excitables à cet âge, et on provoque la curiosité des autres.
39, +Vngui+.--VOLTAIRE, à l’âge de quinze ans, traduisait ainsi ces vers d’HORACE:
«Voyez cette beauté; sous les yeux de sa mère, Elle apprend en naissant l’art dangereux de plaire Et d’exciter en nous de funestes penchants. Son enfance prévient le temps d’être coupable; Le vice trop aimable Instruit ses premiers ans.»
=210=,
1, +Science+.--«Le renard sait beaucoup, une femme amoureuse en sait bien davantage.» Proverbe espagnol.
4, +Autresfois+.--«Quiconque, dit PLATON dans le Timée, aura mené la vie des justes, retournera dans l’astre fraternel jouir de la félicité suprême; les coupables deviendront femmes, quand ils reparaîtront sur la terre.»
7, +Nostre-Dame+.--Ancienne exclamation dite pour: «Par Notre-Dame!» Aujourd’hui par dérivation et en accentuant l’ellipse, nous disons «Dame!» dans le même sens.
14, +Ame+.--«Nature, jeunesse et santé sont trois bons maîtres.» SEDAINE.
15, +Engendrent+.--«Les hommes consacrent leur jeunesse à se former un esprit, que les femmes apportent en naissant. Il vient à une fille avant la raison; à 15 ans, elle est faite, tandis qu’à 30, un homme souvent n’est qu’un sot.» J.-J. ROUSSEAU.
22, +Diffamez+.--Var. de 88: affolez.
29, +Escarquillements+.--Ecartement des cuisses. «Esquarquiller», est-il dit dans le Dictionnaire de MONET, c’est ouvrir en élargissant.
31, +Strato+.--DIOGÈNE LAERCE, V, 59.
32, +Theophraste+.--ID., ib., 43.
35, +Phalereus+.--ID., ib., 81.
36, +Ponticus+.--ID., ib., 87.
37, +Antisthenes+.--ID., VI, 15 et 18.
38, +Aristo+.--ID., VII, 163.
39, +Cleanthes+.--ID., ib., 175.
40, +Spherus+.--ID., ib., 178.
41, +Eshontée+.--Effrontée au delà de tout ce qui peut être souffert, admis, «plus le fait d’impudiques créatures que de dieux», ajoute DIOGÈNE LAERCE, VII, 187, 188.
=212=,
3, +Cet office+.--Dans l’éd. de 88, cette phrase suit immédiatement celle où l’on trouve quelques lignes plus haut que Zénon, par ses lois, réglait «les secousses du dépucelage». L’intercalation que Montaigne a faite postérieurement, rompt la liaison des idées et fait que l’on ne voit pas tout d’abord à quoi se rapportent ces mots «à cet office».
4, +Nation+.--Dans l’île de Chypre (HÉRODOTE, I, 199; ATHÉNÉE, XII);--à Héliopolis, en Phénicie (EUSÈBE, Vie de Constantin, III, 58);--à Sicca Veneria, auj. le Kef, en Numidie (VALÈRE MAXIME, II, 6, 15).--A Babylone, dit HÉRODOTE, I, 199, les dames, par dévotion, se prostituent une fois dans leur vie. Chacune, à cet effet, se rend au temple, et n’en sort qu’après avoir subi qui a jeté son dévolu sur elle; ne lui demandant rien pour prix de ses complaisances et tenue de recevoir ce qu’il lui remet. Celles qui ont une taille élégante et de la beauté n’y font pas long séjour; les laides y restent davantage parce qu’elles ne peuvent satisfaire à la loi, il y en a même qui y demeurent trois ou quatre ans. Après ce sacrifice, rentrées chez elles, leur vertu y est à l’abri de toute faiblesse.
5, +Garces+.--L’éd. de 88 aj.: et de garçons.
6, +L’office+.--V. =III=, 232 et N. Vie et Polices.
8, +Extinguitur+.--Un proverbe grec dit pareillement: «On éteint le feu par le feu»; et une galante marquise du XVIIe siècle le parodiant, disait: «C’est en succombant à la tentation qu’on y résiste.»
20, +Diuinitez+.--ATHÉNÉE dit, d’après Héraclide de Syracuse, que dans cette ville, lors de la fête des Thesmophories, en l’honneur de Cérès et de Proserpine, le principal objet du culte des femmes était la partie qui les distinguait des hommes; il en était fait une image avec de la farine et du miel, et on la promenait en procession. NAIGEON.
20, +Bacchanales+.--Fêtes en l’honneur de Bacchus qui prirent naissance en Égypte, d’où elles s’introduisirent en Phénicie, puis en Grèce, et de là en Italie. Au début, les femmes y participaient seules; ensuite les hommes y furent admis et les désordres devinrent tels que le Sénat romain les interdit (=184=). Mais la loi demeura peu de temps en vigueur; et sous l’Empire, les Bacchanales furent célébrées de nouveau avec plus de licence que jamais.
23, +Corps+.--HÉRODOTE, II, 48.
24, +Couurechef+.--Voilette que les dames nobles portaient à peu près dans les mêmes conditions que cette partie de la toilette se porte aujourd’hui.
27, +Matrones+.--Dame romaine: suivant les uns, la matrone était la femme mariée qui n’avait pas d’enfant; suivant d’autres, celle qui n’en avait qu’un, celle en ayant plusieurs étant la mère de famille.
28, +Priapus+.--Était surtout en honneur à Lampsaque (Asie Mineure). Ses fêtes, là et partout ailleurs où son culte se pratiquait, étaient accompagnées d’affreux désordres.
30, +Nopces+.--LACTANCE, Divin. Institut., I, 20; S. AUGUSTIN, De Civit. Dei, VI, 9.--Afin, dit ROZINI dans son ouvrage sur les Antiquités romaines publié en 1700, «que le Dieu semble avoir les prémisses de leur virginité». Si cet usage n’était pas très conforme aux lois de la pudeur, il était du moins fort prudent; il ôtait aux maris tout prétexte à des soupçons qui, fondés ou non, sont la source la plus féconde des mauvais ménages et de tous les maux qu’ils entraînent après eux. Cette cérémonie couvrait les faiblesses des jeunes filles d’un voile impénétrable, leur rendait leur innocence première et assurait à leurs maris une tranquillité qu’aucun nuage ne pouvait plus troubler et ne contribuait pas peu à leur bonheur mutuel. NAIGEON. V. N. =III=, 234: Estrangere.
32, +Chaussure+.--Signifie ici les hauts-de-chausses ou culotte, le reproche que leur fait Montaigne de dessiner d’une façon trop apparente les parties sexuelles ne laisse aucun doute à cet égard. V. N. =I=, 176: Public, et =I=, 499: Chaussure.
32, +Suysses+.--Les régiments suisses qui, à la solde de la France, entraient dans la composition de nos armées, depuis l’an 1521, époque à laquelle leur pays avait conclu avec François Ier une alliance perpétuelle.
34, +Grecgues+.--Grègues, espèce de hauts-de-chausses ou culotte; ce mot s’emploie encore quelquefois et toujours au pluriel.
=214=,
2, +Vray+.--Les nations les moins avancées en civilisation, dont les mœurs conservent leur simplicité primitive, portent encore des vêtements qui accusent dans toute leur réalité chez la femme les formes des parties qu’elles recouvrent; mais on peut en dire autant des costumes tailleur et des corsets dits de la faculté et autres de nos jours, qui chez nous les moulent bien autrement, en en rectifiant en outre l’esthétique.
4, +Pied+.--C.-à-d.: Alors, on instruisait le public des avantages qu’à cet égard on avait reçus de la nature (aujourd’hui il ne faudrait pas s’y fier), comme à présent on donne la mesure de son bras ou de son pied.
5, +Veue+.--Des dames du pays, aj. l’éd. de 88.--Ce bon homme paraît être le pape PAUL IV (Caraffa), qui régna de 1555 à 1559. Vers la même époque, un prince Pamphyle, à Rome, à la sollicitation des Jésuites, mutila pareillement la plupart de ses statues et tableaux; postérieurement, dit-on, il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. On cite encore le duc de Mazarin, époux d’une des nièces du Cardinal, et la duchesse de Guise comme ayant commis le même vandalisme. Bien avant eux, à la fin du VIe s., S. Grégoire avait fait mettre à couvert certaines statues antiques de Rome que les étrangers venaient considérer plus par amour de la chair que par amour de l’art. Un autre pape avait fait entourer de voiles de plomb les parties trop nues de magnifiques statues placées aux angles d’un tombeau monumental. La même idée fit, à Paris, sous Charles X, adopter sous la forme d’une feuille de vigne, une mesure analogue, qui s’applique parfois encore.
8, +Deesse+.--Cérès.
13, +Ruunt+.--VIRGILE, Georg., III, 244, que DELILLE traduit:
«Amour, tout sent tes feux, tout se livre à ta rage, Tout, et l’homme qui pense, et la brute sauvage, Et le peuple des eaux, et l’habitant des airs.»
14, +Platon+.--Vers la fin du Timée, d’où Montaigne a pris tout ce paragraphe.
18, +Forcene+.--Il extravague, perd son bon sens.
23, +Legislateur+.--«Le bon homme», c’est-à-dire le pape dont il a été précédemment parlé. Une intercalation faite dans l’éd. de 95 entre le passage où il en a été question et celui-ci qui se faisaient suite dans l’éd. de 88, en a rompu la liaison.
32, +Royales+.--Allusion aux images obscènes que, de tous temps, les gamins ont tracées et tracent encore grossièrement, au charbon ou à la craie, sur les murs des édifices publics et autres.
32, +Vient+.--De là vient que les femmes ont un profond mépris...
=216=,
3, +Cela+.--A Sparte, où il en était ainsi, il n’y avait pas de loi contre l’adultère.
12, +Liuia+.--DION, Tibère.--Livie eut un grand ascendant sur l’empereur, auprès duquel elle poussait la complaisance jusqu’à le pourvoir de jeunes filles, belles et vierges; aussi parvint-elle à lui faire adopter et désigner comme successeur Tibère qu’elle avait eu d’un premier mari, auquel il l’avait enlevée, alors qu’elle était enceinte d’un second enfant (Drusus). Le mot que Montaigne rapporte d’elle est du reste tout à son éloge: elle le dit pour sauver des individus qu’on allait mettre à mort parce qu’ils s’étaient rencontrés devant elle, dans la plus complète nudité, ce qui constituait un crime de lèse-majesté.
16, +Exercices+.--Non seulement, à Sparte, les jeunes filles assistaient aux jeux auxquels dépouillés de tout vêtement les jeunes gens se livraient dans les gymnases, mais elles-mêmes, dans le même état de nudité, aux yeux de tous, les célibataires seuls exclus, car c’était là l’une des flétrissures qui leur étaient infligées, pratiquaient ces mêmes exercices: la course, la lutte, le jet du disque et du javelot; allant aussi chantant et parfois leurs chants, appropriés aux faits du moment, raillaient l’un des assistants, donnait à un autre des éloges, tout cela dans le but d’exciter chez tous une noble émulation.
17, +Platon+.--République, V.--Platon ne parle pas des femmes lacédémoniennes, mais des femmes en général.
18, +Vertugade+.--Ou vertugadin; gros bourrelet que les femmes portaient sous leur robe pour en faire gonfler la jupe et produire un effet analogue à celui obtenu au XVIIIe siècle des cercles en baleine dont étaient formés les paniers, et aux cercles en acier constituant la crinoline au XIXe.
19, +S. Augustin+.--De Civit. Dei, XXII, 17.
23, +Acharne+.--Excite.--Acharner est employé ici dans son sens direct, qu’il n’a plus actuellement et que rend bien l’expression triviale «porter à la peau».
24, +Ventre+.--Puis nous leur reprochons les désirs que nous avons fait naître en elles.
=218=,
5, +Garde+.--«La continence est une chose très difficile et de très pénible garde; il est mal aysé de résister du tout à nature; or c’est icy qu’elle est plus forte et ardente, etc.» CHARRON, De la Sagesse, III, 41.
8, +Hallebrenez+.--Épuisés, meurtris, hors d’état de subvenir à leur tâche. Hallebrené est un terme de fauconnerie qui sert à désigner l’oiseau de chasse qui a une ou plusieurs plumes rompues.
15, +Occupet+.--Citation dont BOILEAU a traduit ainsi la dernière partie:
«... Un baiser cueilli sur les lèvres d’Iris Qui mollement résiste, et par un doux caprice Quelquefois le refuse, afin qu’on le ravisse.»
24, +Lumbis est+.--Citation dont Montaigne a inscrit lui-même la traduction en marge de l’exemplaire de Bordeaux.
30, +Galant+.--Un homme adroit et expérimenté.
33, +Choix+.--C.-à-d. et non parce qu’elle se réserve pour un galant favorisé.
=220=,
8, +Orront+.--Écouteront.--Futur du verbe «ouïr» qui est encore en usage.
13, +Chasteté+.--On croit que cette reine est Marguerite, reine de Navarre.--On a rapproché de ce passage celui où OVIDE dit: «Est chaste, celle que personne n’a jamais sollicitée.» Les deux idées ne sont pas identiques: d’après Ovide, seules les femmes qui n’ont pas été mises à l’épreuve seraient chastes, ce qui revient à nier la chasteté chez la femme; tandis que la reine dit que celles-là seules peuvent se vanter d’être chastes qui, mises à l’épreuve, n’ont pas succombé.--CORNEILLE, dans Polyeucte, émet la même pensée:
«Ce n’est qu’en ces assauts qu’éclate la vertu, Et l’on doute d’un cœur qui n’a pas combattu.»
RÉGNIER, lui, se montre plus sceptique et n’épargne que la vierge
«Et la veuve, aussi bien comme la mariée, Celle est chaste, sans plus, qui n’en est pas priée.»
16. +Se forfaire+.--Il peut se donner quelque liberté sans se rendre coupable.--L’éd. de 88 port.: s’affoler.--Forfaire, c’est mal faire; il est généralement suivi d’un complément et signifie alors violer, manquer à: il a forfait à l’honneur.
32. +Iniure+.--A été longtemps compromise et injustement soupçonnée.--«Par injure» est un latinisme: injuria, c’est-à-dire sine jure, sans justice.
38, +Langage+.--Ceci est rapporté dans les sentences recueillies par ANTONIUS et MAXIMUS.
=222=,
11, +Douceurs+.--Var. de 88: diuines graces, au lieu de: «tendres et mignardes douceurs».
19, +Addresse+.--Est sans influence sur moi, ne m’atteint pas.
21, +Cratis+.--ÉLIEN, Hist. des animaux, XII, 12.
32, +Angoisse+.--Le père du triumvir. Qualifié le plus méchant des hommes, par Sylla auquel il espérait succéder; il s’était composé à cet effet une troupe de gens sans aveu; chassé d’Italie, il se retira en Sardaigne où il mourut de maladie qui lui vint non tant du regret de la ruine de ses affaires, dit PLUTARQUE, Pompée, 5, que de la douleur qu’il éprouva d’une lettre qui tomba entre ses mains, par laquelle il connut que sa femme avait forfait à son honneur.
35, +Raphanique+.--Surmulets, poissons de mer de même espèce que le rouget. Allusion au supplice que les Athéniens infligeaient aux adultères, consistant à leur introduire dans le corps, par le fondement, des raves ou des surmulets.
37, +Honte+.--Vulcain, qui, ayant surpris Vénus son épouse avec Mars, les emprisonna pendant leur sommeil dans un filet d’acier aux mailles imperceptibles et appela ensuite à jouir de ce spectacle les autres dieux qui se moquèrent de lui.
40, +Molles+.--Var. de 88: douces.
=224=,
1, +Bastard+.--Énée, fils de Vénus qui l’avait eu d’Anchise et auquel elle fit faire de nouvelles armes par Vulcain, quand, fuyant Troie qui venait de succomber, il passa en Italie, pour y fonder une nouvelle patrie.
22, +Maltalent+.--Méchanceté, dépit.
28, +Don+.--C’est ce qui ne fut que trop bien vérifié par un Octavius. Ce fait donna lieu à un acte de dévouement d’un des affranchis du meurtrier, qui, pour sauver son maître, se déclara l’auteur du crime; mais, quelque temps après, la vérité fut connue et justice fut faite (58). TACITE, Ann., XIII, 44.
34, +Monopoles+.--Assemblées factieuses.
=226=,
6, +Chasteté+.--Var. de 88: temperance.
12, +Couuertement+.--HÉRODOTE, IV, 2, dit bien que les Scythes ôtaient la vue à leurs esclaves, mais il ne parle ni de leurs femmes, ni du motif que Montaigne leur prête.
13, +Opportunité+.--«Une femme (fort sage d’ailleurs à ce que dit l’histoire) déclarait qu’elle répondait d’elle toute l’année, hormis le mois de mai.» PAYEN.
27, +Discrepance+.--Que sommes-nous du reste, sinon un amas de pensées et de passions contraires, qui sont sans cesse en opposition entre elles?--Discrepance: contrariété, discordance, du latin discrepantia; n’est plus usité.
31, +Enuis+.--Mal volontiers, à contre-cœur, avec répugnance; du latin invitus.
32, +Homere+.--Odyssée, XVII, 347.
=228=,
3, +Difficulté+.--Et j’ai autant de peine à refuser ceux qui sollicitent mon assistance.
8, +Pulmonique+.--Poitrinaire, ou, comme on dit plus généralement aujourd’hui, tuberculeuse.--«En elles, dit un proverbe lorrain, le haut défend le bas.»
11, +Marché+.--Elles n’en rendent leur vertu que plus suspecte, d’autant que les excuses...
20, +Contraire+.--Ces deux dernières phrases, depuis le mot «Outre», se rapportent à ce que Montaigne a dit plus haut des femmes «qui se vantent d’avoir leur volonté vierge et froide».
26, +Contrepoil+.--Qui fait entendre le contraire de ce qu’elles disent.
34, +Estrangere+.--Qui sans ingérence étrangère, uniquement laissées à elles-mêmes.
=230=,
5, +Adiré+.--Égaré, perdu. Vient de «à dire»; est encore en usage dans le langage judiciaire: une pièce adirée, est une pièce qui est à dire, qui manque. V. N. =I=, 164: A dire.
10, +Fatua+.--VARRON, dans Lactance, 1, 22.
13, +Hommes+.--«Un jour, quelqu’un reprochant à Hiéron qu’il avait l’haleine puante, et lui tançant sa femme de ce qu’elle ne lui en avait jamais rien dit, elle lui répondit: «Je pensais que l’haleine de tous les hommes sentait ainsi.» PLUTARQUE, Apophth. des rois, et dans son traité Comment on pourra recevoir utilité de ses ennemis, 7.
21, +Soy+.--S. AUGUSTIN conte un fait analogue: «Acindynus, consul l’an 430, étant gouverneur d’Antioche, avait menacé un débiteur du trésor public qui était en retard pour le paiement d’une livre d’or, de le faire pendre, s’il ne s’acquittait à bref délai. Celui-ci avait une femme dont était épris un homme fort riche, qui lui offrit de payer cette dette, si elle voulait passer une nuit avec lui. La femme, après avoir pris conseil de son mari qui était retenu en prison, y consentit: mais après cet homme éluda sa promesse. La victime alla porter plainte au Gouverneur qui, se reconnaissant le premier coupable pour trop de sévérité, se condamna lui-même à désintéresser le trésor et punit le mystificateur.» BAYLE.
27, +Entremise+.--A cet égard, le monde n’a pas changé, et, aujourd’hui comme alors, combien d’hommes doivent leur fortune à leurs femmes! L’ignorent-ils? quelques-uns assurément; mais pour la plupart on n’en saurait douter, surtout quand on les entend attribuer impudemment à leur seul mérite les hautes positions auxquelles ils sont parvenus. VICTOR THIERRY.
27, +Argien+.--PLUTARQUE, traité De l’amour, 16.
29. +Mecenas+.--PLUTARQUE, De l’amour, 16.--Ce fait est aussi rapporté par CICÉRON d’après LUCILIUS qui vivait cent ans avant lui. Ce n’est donc pas de Mécène, qui vivait au temps d’Auguste, qu’il est ici question; on ignore également le Galba dont il s’agit.
31, +Coussin+.--On mangeait alors, chez les Romains, à demi couché sur des lits analogues aux canapés sans dossier et chaises longues de notre époque.
36, +Desbordées+.--Dans l’éd. de 88, cette phrase suit immédiatement ces mots qu’on a lus plus haut: «Gardons les à vn plus noble siege».
=232=,
6, +Indes+.--ARRIEN, Hist. Ind., 17.
13, +Viure+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 105; AULU-GELLE, II, 18.--Phédon n’en fit pas métier de son plein gré, comme Montaigne le donne à entendre; mais, étant esclave, son maître l’y forçait. V. N. =I=, 650.
15, +Vie+.--«Voyant, dit HÉRODOTE, la ville remplie de jeunes gens qui, dans l’ardeur de leurs passions effrénées, ne cessaient d’attenter à ce qui devait être l’objet de leurs respects, Solon acheta et plaça dans des lieux déterminés, des femmes toujours prêtes et à l’usage de tous»; nos maisons publiques ne sont pas autre chose.
16, +Polices+.--Notamment chez les Lydiens, HÉRODOTE, I, 94; les Babyloniens, HÉRODOTE, I, 196; etc.
17, +Sollicitude+.--De la jalousie.
19, +Boucler+.--Pris ici au figuré; réminiscence des ceintures de chasteté dont il était fait usage au moyen âge et dont il existe des spécimens dans les musées, notamment dans celui de Cluny, à Paris.
25, +Rengrege+.--Aggrave encore davantage.
36, +Veoir+.--Quelle folie d’arracher...
=234=,
1, +Rapport+.--Qui n’affligent que par la publicité qu’on leur donne.
5, +Voyage+.--PLUTARQUE, Les demandes des choses romaines, 9.
10, +Estrangere+.--Montaigne donne de ce singulier abus qui a existé aux temps barbares de la féodalité une explication admissible. La religion, du fait de ses ministres, alors que la femme était bien peu (aujourd’hui elle est beaucoup, et va tendant à devenir trop), a pu dans le principe intervenir pour la sauvegarder quand son passé n’était pas irréprochable et assurer ainsi la paix des ménages. V. N. =III=, 212: Nopces. Par la suite le seigneur, un autre sentiment (libidinage, cupidité) se joignant à la cause première, sera arrivé à se substituer au prêtre et de la sorte se sera établi ce droit dit de jambage, de cuissage, de prélibation, dont l’existence a été niée, mais dont on retrouve de nombreuses preuves irréfutables. V. N. =I=, 162: Faire. Ce droit, suzerains clercs et laïques le possédaient bel et bien jadis et de fait en usaient quand bon leur plaisait, le remplaçant quand ils le jugeaient à propos par une redevance qui, à la longue, devint la règle quand les mœurs s’adoucirent et surtout lorsque serfs et bourgeois en arrivèrent à imposer leurs revendications.--Les chanoines de Lyon, notamment, sont mentionnés comme l’ayant possédé et s’étant longtemps refusés à y renoncer, probablement dans sa forme pécuniaire. RABELAIS y fait allusion. Parmi ceux qui aujourd’hui le révoquent en doute, il en est qui y voient simplement une interprétation maligne, transmise par la tradition, de la coutume qui aurait existé au commencement, dans la Chrétienté, de consacrer à la prière les trois premiers jours du mariage, usage renouvelé, paraît-il, des Athéniens, où la mariée, durant ces trois jours, conservait sa couronne virginale.
24, +Vicissitude+.--Attendez-vous donc à la pareille et préparez-vous à l’être à votre tour, car tout est vicissitude dans la nature et tout y est compensé.
32, +Sages+.--«Les sages ne dévoilent pas leurs dissensions domestiques.» EURIPIDE.
34, +Languager+.--Ou langagier; bavard, verbeux, loquace, qui aime à parler.
36, +Sent+.--Camus, évêque de Belley, répondit à un mari qui le priait d’engager sa femme à une vie plus honnête et plus décente: «Tout ce que je pourrais représenter à votre femme serait assez inutile; le silence de ma part, et surtout de la vôtre, me paraît beaucoup plus sage. Croyez-moi, mon ami, il vaut mieux s’appeler «Cornélius Tacitus» que «Publius Cornélius.» NAIGEON.
=236=,
6, +Pittacus+.--PLUTARQUE, Du contentement ou repos de l’esprit, 14.
6, +Defaut+.--Incommodité, quelque chose qui trouble notre repos et nous empêche d’être heureux.
11, +Interiner+.--Déclarer valable, accepter.--On dit aujourd’hui «entériner», et le mot n’est plus employé qu’en langage judiciaire.
13, +Femme+.--Ce cas, donné par Montaigne, comme admis par le Sénat de Marseille, pour justifier à ses yeux le suicide, est de l’invention de l’auteur; les raisons admises étaient uniquement l’adversité ou une trop grande prospérité, ainsi qu’il est indiqué, d’après Valère Maxime, liv. II, ch. III des Essais, =I=, 650.
17, +Sourd+.--C’est-à-dire qu’une femme doit fermer les yeux sur bien des peccadilles et qu’un mari ne doit pas prêter l’oreille à tous les commérages. BONNEFON.--Cette maxime est du roi Alphonse V d’Aragon, elle a été ainsi mise en vers:
«Il faut, pour qu’un hymen en tous points soit heureux, Que le mari soit sourd et la femme sans yeux.»
23, +Cheuet+.--Hausser le chevet; expression usitée du temps de Montaigne pour dire «renchérir sa marchandise».
27, +Flaminius+.--En =192=. Devant entrer en opérations contre Antiochus roi de Syrie, auquel on prêtait force alliés, pour ramener à leur juste valeur les forces de ce prince qu’on exaltait devant lui, Flaminius contait qu’un hôte, chez lequel il avait été reçu, lui ayant offert, au mois de juin, un festin où figuraient du gibier en quantité abondante et variée, on s’étonnait qu’il pût en être ainsi en cette saison. A quoi l’hôte répondit que cette diversité n’était qu’apparente, que cette venaison n’était autre que de la chair de porc déguisée par les assaisonnements. «Il en est ainsi, ajoute Flaminius, des armées du roi, dont il vient d’être fait une description si emphatique.» TITE-LIVE, XXXV, 49.
27, +Felon+.--Var. de 88: ambitieux.
39, +Parties+.--Ses intrigues.
=238=,
10, +Ville+.--En 48. TACITE, Ann., XI, 26, 27.
13, +Insistant+.--En lui résistant.
21, +Intelligence+.--TACITE, Ann., XI, 36.--Entre autres Mnester et Traulus Montanus. Le premier était un danseur dont Messaline était éperdument amoureuse; ne pouvant le faire consentir à ses désirs, elle pria l’empereur de lui commander d’obéir; Claude, sans plus s’inquiéter de ce dont il s’agissait, lui ordonna de faire tout ce qu’il plairait à Messaline, et dès lors, il ne fit plus de résistance.--Traulus Montanus était un jeune chevalier romain qui, dans la même nuit, avait été appelé et renvoyé par elle, qui passait avec une égalité du désir au dégoût (49).--Quelques années auparavant (42), un Appius Silanus avait été mis à mort pour l’avoir offensée en refusant de consentir à sa passion.
24, +Vulcan+.--Voir plus haut (=III=, 194): Dixerat...
=240=,
1, +Infusus+.--Tous ces mots si naturels et si expressifs se trouvent, les uns dans le passage de VIRGILE cité =III=, 194, les autres dans celui de LUCRÈCE qui vient d’être reproduit.
3, +Rencontre+.--Pointe d’esprit, jeu de mots.
4, +Constante+.--Douce, coulante.
7, +D’efforcé+.--De forcé, disons-nous aujourd’hui.
11, +Penser+.--A quelqu’un lui demandant la recette de son style, J.-J. ROUSSEAU répondait: «Pensez comme moi, vous écrirez comme moi.»
23, +Choses+.--PLUTARQUE, Démosthène, 1, s’exprime ainsi: «Bien tard déjà, étant au déclin de ma vie, quand je vins à m’occuper d’ouvrages latins, il m’arriva une chose étrange bien que très vraie: c’est que je n’ai pas tant compris ce qu’ils contenaient par la connaissance que j’avais de la langue, que parce que je savais ce dont il était question, ce qui m’a conduit à saisir aisément la signification des mots employés.»
30, +Langue+.--«La fréquente lecture d’Amyot et de Montaigne est une fort bonne initiation à l’art d’écrire, parce que les tours de phrase et certaines des expressions de leur temps ont une naïveté, une richesse ou une énergie auxquelles notre langue actuelle atteindrait difficilement.» CH. NODIER.
33, +Appesantissent+.--Leur donnent plus de poids, plus de force, plus d’expression, enrichissent la langue de tours nouveaux, grâce à l’application sage et ingénieuse qu’ils savent en faire.
=242=,
4, +Siecle+.--Montaigne vise ici vraisemblablement Ronsard et son école, les poètes de la Pléiade.
5, +Discretion+.--Mais l’appropriation qui laisse à désirer et l’abus qu’ils en font les perdent.
8, +Nouuelleté+.--Pourvu qu’ils puissent trouver dans la nouveauté de quelques mots de quoi s’applaudir, ils ne se mettent point en peine de peindre exactement les choses.--«Se gorgiasser», qui signifie se plaire, se flatter, s’applaudir, est présentement tout à fait hors d’usage.
13, +Emprunter+.--Suivant l’idée exprimée ici, beaucoup de termes employés soit à la chasse, soit à la guerre, sont passés dans la langue, quelques-uns avec une acception un peu modifiée et, comme le prévoyait Montaigne, sans rien perdre de leur grâce. De la chasse, nous viennent: prendre son essor, tenir en ses serres, faire gorge chaude, fureter, être aux aguets, à l’affût, aux abois, sur la voie, sur la piste, sur les traces, aller sur les brisées, se rabattre, etc...; de la guerre: se ranger sous les drapeaux, se jeter dans la mêlée, recruter des adhérents, revenir à la charge, reparaître dans l’arène, être désarçonné, rompre en visière, être armé de toutes pièces, etc...
15, +Maniant+.--Souple, flexible, maniable.
22, +Commun+.--En notre langage des basses classes.
28, +Mode+.--Manière; du latin modus, qui signifie manière, façon.
34, +Faire+.--Dieu veuille qu’ils aient eu raison d’agir ainsi!
=244=,
2, +Equicola+.--Allusion aux ouvrages intitulés: «Les Assolains, de la nature d’amour» du cardinal Bembo, et «Della Natura d’Eamore» d’Equicola.
9, +Antinonydes+.--D’après Valère Maxime, Aulu-Gelle, Plutarque et Suidas, c’est «Antigénides».
25, +Inaduertement+.--Ce qui ne peut guère être autrement, puisque j’écris à la hâte et sans attention.
36, +Moy+.--V. N. =II=, 524: Autheur.
=246=,
20, +S’encheuestroyent+.--Se mettaient la chevêtre (le licou), comme on fait à une bête de somme;--signifie ici «s’embarrasser», ce qui est son acception la plus ordinaire.
21, +Eux mesmes+.--ELIEN, De Animal., XVII, 25; STRABON, XV.--Alexandre était sur les bords de l’Hydaspe, occupé à construire la flotte qu’il envoya en reconnaissance sur le golfe Persique, lorsque sur le sommet d’une colline lui apparurent rangés en bataille un assez grand nombre de ces singes; les prenant pour des ennemis, il allait les faire charger, quand le roi Taxile, qui l’accompagnait, le détrompa; ils étaient de taille extraordinaire, c’étaient probablement des orang-outangs (nom qui en malais signifie homme de la forêt) qui existent encore dans ces contrées; ils ont une grande ressemblance avec un homme et par leur intelligence et leur conformation semblent des êtres intermédiaires entre lui et la brute; se tiennent ordinairement debout sur les pieds de derrière, sont pleins de force et d’agilité et de caractère relativement doux. Pour s’en emparer vivants, les chasseurs, quand ils en voient sur un arbre, s’établissent avec un seau d’eau à portée de leur vue et font mine de se débarbouiller, substituent à leur seau un pot rempli de glu et s’éloignent; le singe descend de son arbre, s’englue la figure et, n’y voyant plus, devient de proie facile. On procède encore, en ayant de grands sacs dans un desquels entre le chasseur qui, en se retirant, en laisse d’autres garnis de poils et enduits de glu à l’intérieur, que naturellement les singes essaient de chausser, ce qui les met à leur merci; néanmoins on les connaît peu, tous ceux qui ont été amenés en Europe, n’ayant pu y supporter les rigueurs du climat.--A la même catégorie appartiennent le Gibbon qu’on trouve également dans ces contrées, le Chimpanzé qui dans l’ensemble se rapproche encore plus de l’homme et appartient au continent africain. En Afrique se trouve aussi le Gorille, de taille beaucoup plus considérable, dépassant parfois deux mètres, beaucoup plus fort et de caractère offensif, n’hésitant pas à attaquer l’homme, dont, au contraire, les autres évitent l’approche.
25, +Serments+.--Ce juron s’emploie encore fréquemment; s’il est la plus droite des exclamations de cette nature, la moins droite, autrement dit la moins orthodoxe, était Jarnidieu (je renie Dieu), fort employée aussi à cette époque; d’où pour éviter un blasphème est venu Jarnicoton qui avec Ventre-saint-gris étaient les jurons habituels d’Henri IV; Louis XI disait Pasquedieu; Duquesne, Cent diables.--Par le Chien! est un juron sans signification particulière, imaginé pour éviter de jurer par les dieux, analogue à celui de Vertuchou, par la vertu du chou, qui s’emploie parfois en France. Cappari viendrait, dit-on, du nom italien du câprier, auquel cas il ne signifierait également rien; ne serait-ce pas plutôt le juron grec altéré catara, qui signifie malédiction et qui est d’usage courant dans le pays de Naples?
27, +Cappari+.--DIOGÈNE LAERCE, VII, 32.
27, +L’air+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 6.
28, +Superficielles+.--Ceci a rapport à ce que Montaigne a dit plus haut, qu’«on l’a veu plus souuent iurer par similitude que par complexion»; les deux phrases se suivent immédiatement dans l’éd. de 88.
32, +Enuis+.--Plus à contre-cœur.
=248=,
11, +Resueries+.--C’est de ce nom que Montaigne a déjà qualifié son livre (liv. I, ch. XXV, =I=, 226), et Boileau dit en en parlant:
«Tantôt son livre en main, errant dans les prairies, J’occupe ma raison d’utiles rêveries.»
14, +I’ahane+.--Plus je m’efforce de...
20, +Soif+.--Var. de 88: faim.
22, +Vases+.--Ses organes génitaux.--L’auteur avait d’abord écrit «ses rognons»; contre son habitude, il y a substitué le mot «vases», comme plus décent, scrupule qu’il n’avait pas eu lorsqu’il a traduit la citation de S. Jérôme (=III=, 218).
24, +Socrates+.--Dans le Banquet de PLATON.
27, +Cratippus+.--Il enseignait à Athènes, eut pour disciple Brutus, le meurtrier de César; Pompée alla le voir après la bataille de Pharsale et en reçut des consolations.
=250=,
3, +Platon+.--Lois, I, 13.--Ce mot est cité par POLYBE, XV; CLÉMENT D’ALEXANDRIE, VIII; SYNESIUS, II; etc.
4, +Iouët+.--Var. de 88: qu’on se ioue de nous, au lieu de «qu’il est... iouet».
17, +Deuantiere+.--Si elle est toute découverte. «Devantière» était le nom d’une sorte de grand tablier que les femmes portaient à cheval.
26, +Alexandre+.--PLUTARQUE, Moyens de discerner le flatteur d’avec l’ami, 23.
39, +Estendu+.--Toutes les opinions s’accordent sur ce point, sans compter que l’usage si étendu de la circoncision en est un témoignage.
39, +Circoncisions+.--Qui en est vne punition, add. de l’ex. de Bord. qu’on a cru devoir insérer dans le texte.
=252=,
4, +Esseniens+.--PLINE, Nat. Hist., V, 17.--Les Esséniens proscrivaient le mariage, la servitude et la guerre; ils formaient une sorte d’association morale et religieuse, vivant dans des espèces de monastères, mettant en commun leurs biens et se livrant à l’agriculture; ils offraient une grande analogie avec ce qu’étaient les premiers chrétiens. Ils ont duré environ deux siècles.
9, +Zenon+.--DIOGÈNE LAERCE, VII, 13.
12, +Fuit+.--Var. de 88: desdaigne.
19, +Atheniens+.--THUCYDIDE, III, 104.
20, +Mundifier+.--Purifier.
22, +Pœnitet+.--«Nous estimons à vice nostre estre»; Montaigne a ainsi traduit cette citation, que l’éd. de 88 fait suivre: Nous accusons en mille choses, les conditions de nostre estre.
23, +Mangeant+.--JEAN LÉON, dans sa Description de l’Afrique, dit: «Dans les déserts de Libye, les gentilshommes du pays portent en tête un linge noir, dont ils se couvrent le visage, n’en laissant apercevoir que les yeux, et vont toujours ainsi; quand ils mangent, ils lèvent leur voile pour introduire leur nourriture dans la bouche et le baissent aussitôt: ils donnent pour motif de cette singularité que de même qu’il est indécent de rejeter devant tout le monde ce qu’on a dans l’estomac, de même il est inconvenant de le remplir à la vue de chacun.»--Ce port d’un voile d’une façon continue, est encore pratiqué par les peuplades qui sillonnent le Sahara, notamment par les Touareg, et est motivé par le besoin de se protéger contre les sables ténus qui constituent le sol dans ces contrées que le moindre vent déplace, qui sont en permanence en suspension dans l’air et pénètrent partout, les vêtements aussi bien que les tentes, sans qu’on puisse s’en défendre.
23, +Grandes+.--Add. de 88: en toute sorte de grandeur.
=254=,
6, +Adorées+.--En Afrique: les Atarantes, dit HÉRODOTE; les Éthiopiens (STRABON); les Atlantes (PLINE).
10, +Necessaires+.--Var. de 88: naturelles.
18, +Partisanes+.--Féminin de partisans; ces lois doivent donc être des lois de parti, de faction; mais comme Montaigne oppose ici les lois partisanes de l’homme aux lois universelles de la nature, ces lois partisanes doivent être des lois partielles, particulières, comme il les nomme à la ligne suivante; de son invention, comme le porte une variante de l’éd. de Bordeaux. V. ci-dessous: Ordonnances.
18, +Fantastiques+.--C.-à-d. aux tiennes qui sont dictées par tes passions personnelles et tes préjugés.
20, +Ordonnances+.--Var. de l’ex. de Bord.: regles positiues de ton inuention t’occupent et attachent et les regles de ta paroisse; celles de Dieu et du monde, au lieu de: «ordonnances... monde».
23, +Poëtes+.--De Virgile sur Vénus et Vulcain, =III=, 194; et de Lucrèce sur Vénus et Mars, =III=, 238.
26, +Reseul+.--Guimpe, sorte de fichu en étoffe légère.--Reseul, littéralement réseau, du latin reticulum, filet à mailles, d’où vient également réticule, nom donné au petit sac qu’actuellement les dames portent presque constamment au bras, les exigences de la mode faisant que les robes n’ont plus de poche.
29. +Ægyptien+.--PLUTARQUE, De la curiosité, 3.
=256=,
1, +Ceux-ci+.--Virgile et Lucrèce.
4, +Mineuses+.--Minaudières, comme nous disons aujourd’hui.
6, +Aualloit+.--On attribue ce souhait à PHILOXÈNE, le même que Denys le Tyran condamnait aux carrières pour avoir trouvé ses vers mauvais. ARISTOTE, Ethic., III, 10; ATHÉNÉE, I, 6.
25, +Commodité+.--Cette mesure apportée à nos plaisirs, tournerait à notre avantage...
=258=,
2, +Paissoit+.--DIOGÈNE LAERCE, VII, 130, donne une autre raison de la continence de Thrasonydes: c’est qu’il n’était pas aimé de sa maîtresse et qu’appartenant à l’école stoïcienne, ses poursuites étaient contraires aux principes de cette école qui tenait l’amour comme étant de l’amitié éveillée par la vue de la beauté. Si la raison que lui prête Montaigne eût été réelle, c’eût été bien de l’inexpérience de sa part, une occasion perdue ne se retrouvant guère, comme l’ont dit HORACE: «Carpe diem (Saisis le jour où elle se présente)»; MARTIAL: «Vive hodie (Vis aujourd’hui même)», et tant d’autres, y compris LA FONTAINE dans son conte de Nicaise et sa fable Le Loup et le Chasseur:
«Jouis!--Je le ferai.--Mais quand donc?--Dès demain. --Eh, mon ami! la mort peut te prendre en chemin, Jouis dès aujourd’hui...»
5, +Socrates+.--XÉNOPHON, Mémoires sur Socrate, I, 3, 11.
11, +Culilingis+.--Montaigne a changé le dernier mot de cette citation pour la rendre plus acceptable.
12, +Party+.--Partagé.
12, +Laides+.--«On a cent mauvais jours pour une bonne nuit.» Remarques d’un cosmopolite, 1791.
15, +Bon+.--MARTIAL, dans plusieurs de ses épigrammes, s’élève contre cette mode des baisers. Les premiers chrétiens se baisaient ainsi sur la bouche dans leurs agapes; cet usage, qui dura plus de quatre siècles, fut aboli à cause de ses conséquences. Ce mode d’embrasser les femmes de la sorte existait jadis en France; on dit qu’il est encore fréquent en Angleterre.--De nos jours, le baiser où que ce soit, est l’objet d’une campagne tendant à sa suppression par raison d’hygiène, comme propagateur de certaines maladies contagieuses: la tuberculose, la syphilis, la diphtérie, les maladies éruptives, etc. En Amérique s’est même formée une ligue contre son usage. Baiser les bibles, les évangiles, les patènes, etc., offre même danger. Les perruches en vous bécotant, les chiens en vous léchant sont susceptibles de communiquer pareillement certaines maladies, surtout, de la part du chien, des maladies parasitaires (les vers), quand ce sont des enfants qui les caressent.
22, +Practiquer+.--Gagner par des pratiques adroites.
24, +Saillir+.--L’éd. de 88 port.: sallir.
25, +Faicte+.--VALÈRE MAXIME, VIII, 11, 5.--Cette Vénus, qui était en marbre blanc, ornait le temple de Gnide (Asie Mineure). «Ce temple, écrit PLINE, est ouvert de toutes parts, de sorte qu’on peut la contempler de tous les côtés, ce qu’on croit ne pas déplaire à Vénus; dans quelque sens qu’on l’examine, on ne cesse de l’admirer. Un inconnu, dit-on, se passionna pour elle, se cacha la nuit dans le temple, et laissa sur le marbre la tache dénonciatrice de ses amours.»--On cite dans ce même ordre d’idées, mais plus excusables parce qu’ils sont le fait d’erreurs occasionnées par l’art, sur des êtres privés de raison: un cheval hennissant à la vue d’une cavale en peinture; des chiens aboyant à la vue d’une chienne représentée dans un tableau; un taureau, à Syracuse, s’enflammant et devenant furieux, pour une génisse d’airain de parfaite ressemblance. VALÈRE MAXIME.
26, +Ensueroit+.--Envelopper d’un suaire, d’un linceul; ce mot, fort usité du temps de Montaigne, ne l’est plus aujourd’hui.
30, +Enterrement+.--HÉRODOTE, II, 89.
31, +Merueilleusement+.--Var. de 88: monstrueusement.
32, +Trespassée+.--On ne sait d’où Montaigne a tiré ce fait. DIOGÈNE LAERCE, I, 96, dit que Périandre, irrité contre sa femme par ses concubines, la tua dans un accès de colère, en la précipitant du haut des degrés de son palais, en lui donnant un coup de pied, pendant une grossesse. Quoi qu’il en soit, on rapporte aussi qu’il sacrifia à sa mémoire toutes les parures des femmes de Corinthe. Leur ayant prescrit de se réunir dans le temple de Junon, elles s’y rendirent comme à une fête avec leurs plus riches parures et là, sans distinction de rang, ni de naissance, elles furent dépouillées par des gardes apostés à cet effet, et tous leurs habits brûlés en holocauste.
34, +Mignon+.--D’après la Fable, avait été placé dans le ciel par Jupiter qui, ensuite, l’en chassa et le condamna à un sommeil perpétuel, parce qu’il avait osé attenter à l’honneur de Junon. Diane s’éprit d’une vive passion pour lui pendant qu’il dormait et venait souvent le visiter; il est à croire qu’Endymion cultivait l’astronomie et passait les nuits à suivre le cours de la lune et que c’est là ce qui l’aura fait passer pour son amant.
=260=,
7, +Ailleurs+.--Certains ont vu là un écho de la légende de la Belle Ferronnière qui passa pour avoir causé la mort de François Ier, dont elle était la maîtresse, parce que le mari jaloux aurait inoculé à dessein à sa femme le virus d’une maladie mortelle à cette époque, pour que son infidèle épouse la communiquât à son insu au roi; c’est peu probable, parce que le sens de la phrase porte sur un tout autre ordre d’idée et que François Ier est mort d’une fistule au périnée et non des suites d’une maladie syphilitique. PAYEN.
13, +Comme+.--Comme leur plairait la compagnie d’un gros...
29, +Brutalité+.--Stupidité, bêtise.
32, +Rien+.--Var. de 88: guere.
37, +Serue+.--Tyrannique, astreignante.
=262=,
4, +Feu+.--Montaigne semble disposé à généraliser ici, en ce qui touche la femme en Italie, ce proverbe qui y a cours: «A Gênes, les hommes sont sans foi, les femmes sans pudeur, les montagnes sans bois, les mers sans poissons.»
9, +Liberté+.--L’éd. de 88 aj.: Ayant tant de pieces à mettre en communication, on les achemine à y employer tousiours la derniere, puisque c’est tout d’vn pris. Nous courons à peu pres mesme fortune. Ils sont trop extremes en contraincte, nous en licence. De ces trois phrases, l’ex. de Bordeaux conserve les deux dernières, que nous avons cru devoir pareillement maintenir dans la traduction.
19, +Sauues+.--Sans encourir de dommages. On appelait jadis bague, non seulement les anneaux qui se mettent aux doigts, mais encore tous les bijoux précieux.
22, +Tousiours+.--Add. de 88: estoient.
23, +Sarmates+.--HÉRODOTE, VIII, 117.
29, +Aristippus+.--DIOGÈNE LAERCE, Aristippe, II, 69.
32, +Nom+.--Sa réputation, sa renommée.
=264=,
3, +Tenants+.--A ceux qui ont à se défendre.--Tenants est l’opposé d’assaillants.
3, +Gourmandise+.--Add. de 88: et de faim.
9, +Scythes+.--«L’amour ne meurt jamais de besoin, mais souvent d’indigestion.» NINON DE LENCLOS.
16, +Intestins+.--Cachés et renfermés.
19, +Amazones+.--DIODORE DE SICILE, XVII, 16; QUINTE-CURCE, VI, 5.--Cette peuplade, sur laquelle on a peu de données précises, semble avoir pris à un moment quelque extension par la force des armes. Les Amazones se perpétuaient, dit-on, par un commerce passager avec les habitants des pays voisins et exposaient leurs enfants mâles; on dit aussi qu’elles se brûlaient la mamelle droite pour pouvoir tirer de l’arc avec plus de facilité.--Le fait rapporté ici est, d’après PLUTARQUE, de pure invention, et à l’appui de son dire il invoque le témoignage de Lysimachus, l’un des précepteurs d’Alexandre qui ne l’avait jamais quitté et déclarait n’en pas avoir connaissance.
33, +Nous sommes+.--Dans l’éd. de 88, ce paragraphe suit immédiatement la phrase du précédent où Montaigne dit que la nature a fourni les femmes de pièces uniquement propres à la défensive. Il a ajouté depuis l’histoire de Thalestris, d’où une certaine interruption dans le sens.
36, +Fermir+.--De fixer, d’affermir.
=266=,
4, +Estonnent+.--S’étonnent de l’inconstance en amour.
5, +Incroyable+.--Var. de 88: monstrueuse.
7, +L’arrest+.--La constance.
15, +Sac+.--De confiance, sans voir ni connaître ce que l’on achète. On dit aujourd’hui «chat en poche» et tel est même le texte de l’éd. de 88.--Cette expression: «acheter chat en sac» vient de ce que jadis où le braconnage était très sévèrement puni, les braconniers, pour moins s’exposer, vendaient leur gibier enfermé dans des sacs, que l’acheteur n’ouvrait même pas de peur d’être surpris; aussi parfois, au lieu du lièvre ou autre produit de chasse pour lequel il avait fait marché, ne trouvait-il qu’un chat, et, étant lui-même en faute, il n’avait garde de porter plainte.
21, +Abusée+.--BAYLE, art. Jeanne Ire de Naples.--En 1345, André, appelé par les Italiens Andreosso, était de sa nature très ombrageux; mécontent de n’avoir aucune autorité parce qu’il n’était que le mari de la reine, alors que de son propre chef il avait des droits personnels à la couronne primant ceux de sa femme, à juste titre jaloux de ses débordements qui étaient connus de tous, redouté pour les projets de vengeance qu’on lui prêtait et son emportement, une conspiration se forma, dont tous les conjurés étaient de l’entourage de la reine, et ils l’étranglèrent avec un lacet de soie, persuadés qu’un anneau que sa mère lui avait donné était un talisman le préservant de mourir par le fer ou le poison (1547). Son frère Louis, roi de Hongrie, pour venger sa mort, envahit le royaume de Naples; Jeanne s’enfuit dans la Provence qui lui appartenait et ne put revenir dans ses états d’Italie que lorsque le Pape, au jugement duquel on convint de s’en remettre, l’eut déclarée innocente de cet assassinat, après lequel elle avait épousé son amant qui en avait été le principal auteur. Elle-même mourut étouffée en 1587.
21, +Que l’action+.--C’est la suite de la phrase qui commence par: «elles peuuent attaquer». Depuis l’édition de 1588, Montaigne a intercalé l’exemple de Jeanne de Naples, ce qui rend la liaison des idées moins saisissable.
22, +Platon+.--Traité Des Lois, XI.
27, +Essayant+.--Il peut advenir qu’en nous essayant, ainsi que porte l’éd. de 88.
=268=,
5, +Personne+.--Add. de 78: d’honneur.
8, +Lustrum+.--Il y a dans le texte d’Horace «le huitième lustre (quarante ans)», au lieu de «onzième (cinquante-cinq ans)» qu’y a plus judicieusement substitué Montaigne.
25, +Consens+.--Témoins.
35, +Illibenter+.--De ces trois vers, le premier est le commencement d’une épigramme des VETERUM POETARUM CATALECTA, intitulée Priapus; les autres sont tirés d’une autre épigramme du même recueil, ayant pour titre Ad matronas.
41, +L’essence+.--Nous nous déferons aisément des vices qui ne sont tels qu’en apparence, lorsque nous n’en aurons plus de réellement enracinés en nous.
=270=,
2, +Nouueaux+.--Que nous imaginions à notre fantaisie des devoirs nouveaux.
5, +Fautes+.--Où les fautes sont des crimes, et où les crimes ne sont que des fautes.
10, +Iustes+.--Cette maxime est d’une application bien générale, qu’il s’agisse de la morale ou d’actes.
10, +Superficiels+.--Dont la vertu est toute en apparence.
13, +Rechargeons+.--Au contraire, nous en augmentons...
14, +Panneaus+.--Vieux haillons de drap; du latin pannus, qui signifie drap, étoffes en loques.
27, +N’ont+.--Qu’ils ne doivent pas s’en prendre...
30, +Rythme+.--Pour qu’en raison de mon peu de mesure, de règle.--Certains estiment qu’il faudrait traduire: «qui, parce que je ne m’exprime pas en vers».
31, +Deux+.--THÉODORE DE BÈZE (auteur du vers latin qui suit), qui a écrit dans sa jeunesse qui fut assez dissolue des poésies latines élégantes, mais licencieuses; et S.-GELAIS (auteur du vers français cité après), qui, bien que dans les ordres, ne s’en livrait pas moins aux plaisirs et n’y renonça que lorsqu’il fut nommé évêque (1474).
32, +Crestez+.--Des plus huppés, des plus en relief.
34, +Traicte+.--«Quelqu’un qui prononcerait aujourd’hui ce vers parmi nous, serait regardé comme un crocheteur ivre. Défaisons-nous donc de nos préjugés, quand nous lisons d’anciens auteurs ou que nous voyageons chez des nations éloignées; la nature est la même partout et les usages diffèrent partout.» VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique.
=272=,
17, +Remises+.--Défaillances.
27, +Desfuytes+.--Détours, dissimulations, défaites.
=274=,
2, +Capitulations+.--Add. de 88: ceremonieuses.
2, +Faussées+.--Violées.
3, +Caler+.--Distendre, relâcher; terme de marine: caler les voiles, les vergues contre les mâts, c’est les replier et les fixer; signifie ici céder, ployer.
4, +Fois+.--Plus d’une fois, dans l’intérêt de leur honneur, j’ai maîtrisé le plaisir que j’aurais pu éprouver, dans la crainte d’exposer leur réputation en les rendant mères.
5, +Assignations+.--J’ai, autant que j’ai pu, pris sur moi le danger de nos rendez-vous.
16, +Genitales+.--Dans l’ex. de Bord., Montaigne avait d’abord ajouté: Le dessein d’engendrer doit estre purement legitime, qu’il a rayé ensuite; cette addition lève tout doute sur ce qu’il a voulu dire dans la phrase précédente.
22, +Deo+.--Montaigne veut dire par là qu’après avoir été exposé par l’amour à bien des traverses, il est enfin débarrassé pour toujours de cette dangereuse passion.
=276=,
2, +Est+.--SÉNÈQUE, Epist. 95; le texte porte manet au lieu d’est. LA FONTAINE reproduit cette idée, bien que sous une autre forme, dans sa fable des Deux chiens et l’âne mort:
«Les vertus devraient être sœurs Ainsi que les vices sont frères. Dès que l’un de ceux-ci s’empare de nos cœurs, Tous viennent à la file, il ne s’en manque guères.»
6, +Orbes+.--Contondants, produisant des meurtrissures, sans occasionner de plaies.
9, +Panetius+.--SÉNÈQUE, Epist. 117.
16, +Venues+.--Les assauts, les chocs continus.
18, +Ensemble+.--Marcher de pair, s’accorder.--«Oh! qu’il est malaisé, dit Agésilas (PLUTARQUE, Agésilas, 4), d’aimer et d’être sage tout à la fois.»
19, +Illegitime+.--Var. de 88: vitieuse.
23, +Dilaier+.--L’éloigner le plus longtemps des atteintes de la vieillesse.--Var. de 88: retarder.
31, +Sage+.--L’éd. de 88 port.: bon homme.
32, +Socrates+.--XÉNOPHON, Banquet, IV, 27.
40, +Humaines+.--Add. de 88: en regle et.
41, +Dea+.--Pourquoi cela ne serait-il pas.
42, +Estriue+.--Lutte contre, combat, conteste, contrarie, interdit.
=278=,
4, +Ingenieusement+... +affame+.--Var. de 88: ingenieusement, d’éuiter toute viande et boisson, qui nous altere et nous affame, c’est-à-dire qui nous fasse desirer nouuelle faim.
5, +Saturité+.--Satiété; de saturitas, d’où viennent saturer et saturation.
12, +Rigueur+.--Add. de 88: et d’inhumanité.
14, +Prosterné+.--Délabré, affaibli, affaissé.
19, +Desmembrons+.--Var. de l’ex. de Bord.: dessirons, qui n’est autre que le mot «deschirons» qu’il avait d’abord mis et qu’il a effacé pour l’écrire avec une orthographe conforme à la manière dont ce mot se prononce en Gascogne.
21, +Elle+.--La «douleur» dont il vient d’être parlé, et non la «fantasie», c.-à-d. l’imagination dont il a été parlé beaucoup plus haut.
24, +Colligance+.--Union intime; du latin colligere, unir, joindre ensemble.
30, +Refroidir+.--D’en inspirer le dégoût à l’âme...
34, +Infondre+.--Imprégner; du latin infundere, verser dedans.
=280=,
4, +Me tienne en haleine+.--Var. de 88: m’exerce.
17, +Les nerfs+.--Var. de 88: l’aleine.
36, +Ancien+.--Bion.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 67.
=282=,
6, +Peut+.--Var. de 88: ne peut.
7, +Conference+.--A entretenir commerce avec des personnes auxquelles il est à charge.
14, +Suiue+.--Dans la Cyropédie, Cyrus haranguant ses soldats qu’il conduit contre Crésus, leur dit: «Poursuivre l’ennemi, frapper, tuer, s’emparer de tout, s’entendre louer, être libre, commander, voilà le partage des vainqueurs; un sort tout contraire attend les lâches; que ceux qui s’aiment, combattent donc pour moi!» C’est ce qui fait que nombre d’éditions des Essais portent: «Qui s’aymera, si me suyue», bien que l’éd. de 95 et l’ex. de Bord. où seul ce passage existe, porte: «Qui m’aymera, si me suiue», ce qui est en effet une erreur manifeste de l’auteur, que confirme la citation italienne qui précède. Il est probable que du temps même de Montaigne comme maintenant le dicton «Qui m’aime, me suive» était en usage, et aura causé une faute d’impression qui aura échappé à l’auteur et aura été se reproduisant d’édition en édition, jusqu’à ce qu’un éditeur avisé l’ait relevée. Toutefois le mot de la présente édition a bien été dit, notamment par Scipion Nasica ameutant ses partisans contre Tibérius Gracchus (=133=), et par bien d’autres depuis, parmi lesquels Philippe de Valois se résolvant à la guerre contre les Flamands (1328).--Dans la bouche de Cyrus, «Qui s’aime, me suive» a la même signification que cet appel que, chez les Romains, dans les cas de danger subit et grave, le Consul ou le Général, prenant un étendard, adressait à tous, en s’écriant: «Que ceux qui veulent sauver la République, me suivent»; ou que ce mot en France: «La Patrie est en danger», de la République de 1793.--Ce sont des gestes du même genre que celui de Sylla à Orchomène (=87=) voyant ses soldats plier, saisissant une enseigne et les ramenant en leur disant: «C’est ici que je veux périr; et, quand on vous demandera où vous avez abandonné votre Général, souvenez-vous de répondre que c’est à Orchomène!» De Souvaroff, en 1800, au pont du Diable en Suisse, se couchant pour obliger les siens en retraite à s’arrêter, ce à quoi il ne parvint pas. De Bonaparte cette même année à Marengo, reportant ses troupes en avant par ces mots: «C’est assez reculer, soldats! souvenez-vous que j’ai l’habitude de coucher sur le champ de bataille.»--Cette erreur en rappelle une autre de même nature, qui se rencontre dans Virgile, du fait de l’interpolation d’un copiste: «Audaces fortuna juvat», au lieu de: «Audentes fortuna juvat», qui présentent deux assertions de sens essentiellement différents: la première, en disant que le succès appartient aux audacieux quels qu’ils soient, est assez aventurée et pas toujours exacte; la seconde, en le préconisant pour ceux qui osent après avoir pesé le pour et le contre, est fort judicieuse et se réalise le plus souvent.
16, +Composition+.--Mélange.
19, +Xenophon+.--Anabase, II, 6, 15.
19, +Menon+.--Le même dont Platon a donné le nom à un de ses dialogues, fut l’un des chefs des Grecs à la solde de Cyrus le Jeune, lorsque celui-ci se révolta contre son frère (=400=); bien que soupçonné d’avoir trahi, lorsque les Perses attirèrent ces chefs et les mirent à mort, il fut arrêté avec eux et subit le même sort.
24, +Galba+.--SUÉTONE, Galba, 21.
25, +Miserable+.--Ce misérable c’est OVIDE qui, relégué en Sarmatie, écrit à sa femme, demeurée à Rome sur ses instances, pour intercéder en sa faveur et qui s’y emploie vainement, qu’apparemment le souci des maux qu’il endure a dû le vieillir, et termine par les vers qui suivent.--Frappé par Auguste, en l’an 9 de J.-C., pour un motif qui est demeuré une énigme, mais que l’on suppose être une intrigue de cour qu’il aurait connue et divulguée, Ovide ne rentra jamais en grâce, quelques sollicitations dont il fût l’objet; ses espérances de rappel semblent même s’être évanouies lors de l’avènement de Tibère. Il mourut dans son exil en l’an 18.
30, +Emonez+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 31.
=284=,
3, +Sophiste+.--Signifie «ami de la sagesse»; s’employa d’abord en bonne part et c’est ici le cas; mais tomba dans le discrédit, quand ceux qui se disaient tels, se mirent à enseigner à prix d’argent l’art de parler et de disputer sur tout, faisant eux-mêmes profession de soutenir indifféremment en toutes questions le pour et le contre et à attaquer les principes les plus évidents et les plus respectés. Ils fleurirent en Grèce, surtout au =Ve= siècle; Socrate les combattit ardemment en détournant ses concitoyens de ces disputes frivoles pour les ramener à la recherche sincère de la vérité.
4, +Harmodiens+.--Aristogiton et Harmodius étaient deux jeunes Athéniens, liés d’une étroite amitié. La sœur du second ayant été outragée par Hipparque qui, avec Hippias son frère, exerçait la tyrannie à Athènes, ils conçurent le projet d’en délivrer la ville. Harmodius fut tué, après s’être défait d’Hipparque; et Aristogiton, mis à la torture pour dénoncer ses complices, nomma tous les amis d’Hippias qui furent aussitôt mis à mort. Interrogé s’il n’en restait pas d’autres, il répondit qu’il n’y avait plus que lui Hippias qui méritât la mort; celui-ci le fit aussitôt conduire au supplice (=514=). Leur initiative amena l’expulsion d’Hippias; les Athéniens leur érigèrent alors une statue et consacrèrent leur mémoire par des fêtes.--Bion donnait les noms d’Aristogitons et Harmodiens aux premiers poils follets qui venaient estomper le visage des jeunes gens, laissant entendre par là qu’ils les débarrassaient des importunités dont ils étaient l’objet, comme Aristogiton et Harmodius avaient mis fin à l’oppression d’un tyran. PLUTARQUE, De l’amour, 34.
5, +Non qu’en+.--Mais pas autant que dans.
13, +Port+.--Le port, la figure de l’amour.
16, +Nescit+.--Longtemps avant saint Jérôme, ANACRÉON avait dit: «Bacchus, aidé de l’amour, folâtre sans règle.»
16, +Galbe+.--Bonne grâce, agréments. Ancien mot gaulois qui signifiait gros et gras, et qui, pour ce motif, donné comme surnom à un ancêtre de l’empereur Galba, est demeuré à la famille.
20, +Folastrant+.--Var. de 88: aueugle.
20, +Ceps+.--Aux fers, dans les chaînes; du latin cippus, entrave.
30, +De faire... Socratique+.--Var. de 88: d’entrer en cette noble troque.--Harde signifie troc, changement, et ici: sacrifice, concession.
33, +Platon+.--République, V.
=286=,
1, +Preoccuper+.--De s’emparer, avant ses compagnes, de la gloire...
20, +Nostre+.--«La vertu de l’homme et celle de la femme sont les mêmes,» disait Antisthène. DIOGÈNE LAERCE, VI, 12.
22, +Paele+.--Le fourgon, long crochet en fer dont se sert le boulanger pour remuer la braise du four; paele, pelle dont il se sert pour enfourner et retirer les pains. L’un et l’autre faisant même service et également noircis par les cendres, «le fourgon se moque de la pelle» (dicton populaire qui se dit aussi: «le chaudron se moque de la poêle») peut se traduire: «l’un vaut l’autre», ou encore «qui critique les autres, n’est pas sans y prêter lui-même».
CHAPITRE VI.
23, +Coches+.--Au XVIe siècle, on appelait «coches» des voitures et aussi des bateaux affectés aux transports publics, tant par terre que par eau.--En tant que voiture le coche était à peu près le carrosse de nos jours, un landau ne se découvrant pas.
=288=,
6, +Recueil+.--Chez les Orientaux, l’usage est autre; c’est à celui de ces effets qui se produit par la bouche, provenant de vapeurs émises par l’estomac et témoignant d’une certaine satisfaction de cet organe quand il est repu, qu’ils font bon accueil. Ils ne se gênent aucunement pour le produire; sa manifestation chez eux ne blesse en rien la bienséance, et les assistants y répondent par la formule sacramentelle, الحمد الاله (louange à Dieu), qui correspond à celle de «Dieu vous bénisse», que nous répondons à ceux qui éternuent.
7, +Aristote+.--Problem., 33, 9.
7, +Plutarque+.--Dans le traité intitulé Les Causes naturelles, 11.
32, +D’armes+.--La citation qui suit, se trouve dans le Banquet, dialogue que PLATON consacre à l’amour et qu’il termine par cet éloge de Socrate qu’il place dans la bouche d’Alcibiade.
32, +Route+.--Déroute. V. N. =I=, 366.
=290=,
23, +Leuée+.--Rompre la digue, la chaussée qui m’empêche d’être submergé.
24, +Epicurus+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 117.
27, +Robe+.--A moi, comme à chacun, Dieu donne le froid, selon qu’il est vêtu: «A brebis tondue, Dieu mesure le vent.»
29, +Desarmé+.--M’ayant peu garni de force...
32, +Littiere+.--C’était un lit reposant sur des brancards, qui étaient portés d’ordinaire par des chevaux, surtout quand c’était une litière de voyage.
=292=,
2, +Esgallement+.--Les navires, à cette époque, marchaient soit à la voile (vaisseaux), soit à la rame (galères).
2, +Toue+.--Remorque; d’où touage, ce procédé de remorquage établi sur la Seine, dans la traversée de Paris, au moyen d’une chaîne reposant sur le lit du fleuve et sur laquelle se hèlent les bateaux remorqueurs.
15, +Peres+.--Tout le XVe siècle est rempli des guerres de la Hongrie contre la Turquie.
16, +Rondelier+.--Soldat armé d’une rondelle ou rondache, sorte de bouclier, ainsi nommé parce qu’il était rond, au lieu d’être oblong.
18, +Pauesade+.--Ou pavoisade, garniture de pavois ou boucliers juxtaposés en grand nombre que l’on plaçait au-dessus du pont des bateaux armés en guerre, pour mettre de tous côtés à l’abri des traits ceux qui servaient à bord, rameurs et autres.
18, +Galliotte+.--Galiote.--Bateau de petite grandeur.
25, +Logis+.--Un poste, une position, un cantonnement, un bivouac.
26, +Impost+.--Impotent, peu dispos.
28, +Peinture+.--Semblable à ceux que je viens de décrire.
30, +Neantise+.--Fainéantise.
31, +Race+.--Ces rois sont désignés dans l’histoire sous le nom de «rois fainéants», parce qu’ils étaient dépourvus de toute autorité et que l’exercice du pouvoir était entièrement aux mains des maires du palais. Ils commencent à Thierry III (673) qui se laissa gouverner par Ebroïn, puis par Pépin d’Héristal, et prennent fin à Childéric III (752), qui fut détrôné par Pépin le Bref, son maire du palais.
32, +Bœufs+.
«Quatre bœufs attelés, d’un pas tranquille et lent, Promenaient dans Paris le monarque indolent.» BOILEAU.
34, +Luy+.--Et, avec lui, une jeune musicienne (la comédienne Cytheris). PLUTARQUE, Antoine, 3; CICÉRON, Philippic., II, 24; PLINE, Hist. nat., VIII, 16.
34, +Heliogabalus+.--ÆL. LAMPRIDIUS, Heliog., 28, 29.
=294=,
1, +Nud+.--En des temps plus rapprochés, semblables exhibitions se sont produites. A l’entrée solennelle à Paris de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, dans le bassin d’une des places publiques, s’ébattaient deux belles filles entièrement nues.--Lors de son entrée à Anvers, Charles-Quint fut escorté d’un essaim de belles jeunes filles de la société, plus ou moins nues.--Vers 1880, à l’inauguration à Vienne (Autriche) du nouvel Opéra, le directeur, a-t-il été dit, fit défiler devant lui, dans une fête intime, le corps de ballet au grand complet, chaque danseuse, sans aucun voile, portant sur l’épaule une lampe allumée, soutenue à la manière antique.
3, +Rouler+.--L’historien FLAVIUS VOPISCUS, Firmus, 6, ne dit pas que Firmus attelait des autruches à son char, mais qu’assis sur elles, il semblait voler avec elles; il dit aussi qu’il montait des hippopotames et accomplissait d’autres prouesses du même genre.
13, +Roy+.--Discours à Nicoclès.
17, +Parure+.--N’ayant pas d’autre moyen de me faire distinguer, et cela m’allait bien.
18, +Pleurent+.--Il est des hommes auxquels de beaux habits ne conviennent pas.
21, +Demosthenes+.--IIIe Olynthienne.
25, +Theophrastus+.--C’est CICÉRON, De Off., II, 16, qui est l’auteur de cette critique.
27, +Aristote+.--CICÉRON, De Off., II, 16.
28, +Commune+.--La populace.
30, +L’emploitte+.--La dépense. Montaigne continue à reproduire les pensées de CICÉRON, De Off., 17.
34, +Gregoire treizieme+.--S’est surtout rendu célèbre par la réforme du calendrier Julien; était très versé dans la jurisprudence; aimait les lettres et les arts et embellit Rome de plusieurs édifices; fit célébrer par d’odieuses réjouissances la S.-Barthélemy.
35, +Catherine+.--Catherine de Médicis, qui fit commencer les Tuileries et encouragea les travaux de Bernard Palissy, quand il eut découvert l’émail. Quant au Pont-Neuf, jeté sur la Seine à Paris où il existe encore sous ce nom, commencé en 1578 sous Henri III, ses travaux furent interrompus de 1580 à 1601, et il ne fut achevé qu’en 1604, sous Henri IV.
=296=,
9, +Pourtant+.--C’est pour cela que...
10, +Porter+.--Var. de 88: aporter.
11, +Boëte+.--Sa cassette particulière (distincte du trésor public).
12, +Mien+.--PLUTARQUE, Galba, 5.--Autres temps, autres mœurs: N’avons-nous pas vu en ces temps-ci un Président de la République, élu pour entrer en charge un mois après, s’abstenir dans l’intervalle de remplir ses fonctions de Président du Sénat, en percevoir nonobstant les émoluments et croire faire largesse en faisant abandon de ces 6.000 francs au personnel inférieur sous ses ordres, à la grande admiration de tous. En équité, sinon en conscience, les avait-il gagnés et pouvait-il vraiment dire comme Galba: «Ce n’est pas du public, c’est du mien.»
17, +Sien+.--Aujourd’hui, et nous ne saurions le regretter, les recettes budgétaires des états sont moins que par le passé à la dévotion des souverains, qui en usaient comme ils l’entendaient; chefs d’état, rois ou autres, ont actuellement leurs revenus et leur liste civile, absolument distincts du trésor public, mais tout abus n’a pas de ce fait disparu. Il y en a qui thésaurisent comme de bons bourgeois, qui se livrent à l’agiotage, jouant sur les fonds publics en connaissance de cause comme du reste la plupart des membres du Gouvernement, grâce aux renseignements qu’ils ont avant tous autres et avec plus de certitude des événements qui peuvent influer sur les cours, il leur arrive même de les faire naître pour servir leurs intérêts. Nombreux sont ceux qui placent leurs fonds à l’étranger pour se ménager des ressources contre les fluctuations de la politique; ils n’entament même que bien peu leur liste civile dans leur représentation; quand ils ont des cadeaux à faire, des prix à allouer, ils puisent généreusement dans les manufactures de l’État, Sèvres, les Gobelins, dont c’est présentement à peu près l’unique raison d’être, dans les haras nationaux; et, à tout propos: voyages, réceptions de souverains ou visites rendues, expositions, etc., se font allouer des crédits supplémentaires; toutes choses qu’il est bon de connaître pour ne pas admirer outre mesure un faste qui, en réalité, est un surcroît de charges pour le contribuable, lequel, malgré l’apparence, en fait tous les frais.
21, +Soy+.--Ce principe a-t-il jamais existé autrement qu’en théorie? on en douterait à voir ce qui en est aujourd’hui, où chaque jour, au grand préjudice de nos crédits budgétaires, on crée et maintient nombre d’emplois dont le besoin ne se fait nullement sentir. Est-il rien de plus typique à cet égard que le cas des sous-préfets, devenus une superfétation depuis que les moyens de communication ont pris le développement que l’on sait (chemins de fer, automobiles, télégraphe, téléphone, machines à écrire)? leur inutilité est reconnue de tous, leur suppression est périodiquement votée; on les conserve quand même parce que ce sont de précieux agents électoraux, et que leurs emplois sont des ressources tout particulièrement décentes et avantageuses pour récompenser ce genre de services, ou encore pourvoir les créatures gouvernementales, en même temps que se ménager l’affection des villes qui en sont dotées, et à l’importance desquelles elles ajoutent; ici, comme partout, la politique intérieure intervenant, l’intérêt général est sacrifié à l’intérêt particulier.
22, +D’elle+.--C’est pourquoi en architecture, par exemple, il n’y a pas de véritable beauté sans l’utilité, et que dire: «Voilà un bel édifice», n’a pas de sens; on devrait dire: «Voilà une belle église, un beau palais.» Dans l’appréciation, le but poursuivi, qui est ici la destination, est la première condition dont il y a à tenir compte.--C’est ce qui fait qu’une armée dont la valeur militaire est en décroissance, une magistrature dont les arrêts prêtent à suspicion, un gouvernement qui n’a pas pour unique objectif l’intérêt public et la défense de la société, quoi qu’ils fassent d’autre part, sont jugés exclusivement sur ces points essentiels qui sont leur seule raison d’être.
34, +Dionysius+.--Apophth. de PLUTARQUE.
35, +Apprendroy+.--J’apprendrais plutôt à un roi ce proverbe, etc. Cette sentence que MONTAIGNE traduit après l’avoir citée est tirée de PLUTARQUE, Si les Athéniens ont été plus excellents en armes qu’en lettres, 4, où Corinne s’en sert pour faire sentir à Pindare qu’il avait entassé trop de fables dans une de ses poésies.
=298=,
10, +Practique+.--Gagne.
16, +Telle maniere+.--Var. de 88: bouffons, maquereaux, menestriers et telle racaille...
35, +Assenoit+.--Plaçait.
=300=,
17, +Princes+.--XÉNOPHON, Cyrop., VIII, 9 et suivants.
21, +Excez+.--Chez les Romains, les jeux publics faisaient partie du culte. Il y en avait de diverses sortes; les principaux étaient les «Jeux Romains» ou «Grands Jeux», institués par Tarquin l’Ancien (=603=); ils se célébraient du 4 au 12 septembre, tous les travaux et affaires publics étaient interrompus pendant leur célébration.
31, +Coffre+.--CICÉRON, De Off., II, 15.--Ces reproches ne lui profitèrent guère: Alexandre se montra toute sa vie d’une prodigalité extrême. En témoignage d’admiration, il envoie 50 talents (250.000 fr.) au philosophe Xénocrate, qui les refuse d’abord, lui faisant répondre «qu’il a lui-même à satisfaire à plus de besoins que lui»; et finit par accepter 30 mines (2.700 fr.) pour ne pas désobliger ses envoyés désolés de son refus.--A un acteur qui a, dans son rôle, inséré un vers à sa louange, 10 talents (50.000 fr.).--Un de ses soldats conduisant un mulet de son trésor, l’animal étant fatigué et son conducteur pour le soulager ayant pris la charge sur son dos, Alexandre l’en gratifie.--A un courtisan tombé en défaveur, auquel il rendait ses bonnes grâces et qui lui dit: «Daignez m’en accorder un gage», 5 talents (25.000 fr.).--A l’occasion de son mariage avec Statira, fille de Darius, il acquitte toutes les dettes des Macédoniens de son armée, 9.870 talents (environ 50.000.000 fr.).--Pour les obsèques et le tombeau d’Héphestion, il dépense plus de 12.000 talents (environ 60.000.000 fr.).--Sur la fin, il avait fixé la dépense de sa table; en dehors de tous autres repas, 100 mines (9.000 fr.) étaient quotidiennement allouées pour le souper, auquel à la vérité étaient chaque jour conviés soixante à soixante-dix de ses amis, ce qui constituait encore une dépense de 150 à 160 fr. par tête.
=302=,
7, +Probus+.--VOPISCUS, Probus, 19. Cet auteur donne une description détaillée de ces jeux.
15, +Sufficit+.--Le cens fixé par la loi pour appartenir à l’ordre équestre a varié suivant les époques; au temps de César, il était de 400.000 sesterces (77.500 fr.).
24, +Vermillon+.--Composition de soufre et de mercure d’un beau rouge vif.
25, +Storax+.--Sorte de résine jaune, brune ou rougeâtre, d’odeur agréable.
41, +Surgeons+.--Sources; du latin surgere, sourdre.
45, +Labourez+.--Travaillés; du latin laborare qui a cette signification et qui vient lui-même de labor, travail, d’où labourage, le travail par excellence.
=304=,
6, +Retia+.--Citation que Montaigne a traduite avant de la reproduire.
10, +Esprits+.--Bien autrement inventifs que ne sont...
14, +Pas+.--La puissance de la nature est infinie et l’esprit humain ne saurait préjuger ce que progressivement il lui sera donné d’en découvrir et d’en faire application, jusqu’à ce qu’une de ces évolutions prévues ou imprévues fasse prochainement ou dans des milliards de siècles, c’est tout un pour l’éternité, disparaître l’homme à son tour. Quant à ces allées et venues de la science qui font dire à Montaigne que nous tournons toujours dans le même cercle, ce qui est vrai encore et sera éternellement en ce qui touche les idées et les institutions humaines, elles provenaient de ce que jadis l’imprimerie ne fixait pas et ne propageait pas comme aujourd’hui chaque progrès réalisé; toute invention, tout perfectionnement était local et momentané, au lieu d’entrer comme maintenant immédiatement et à toujours dans le domaine public; aussi l’invention de l’imprimerie est-elle, sans conteste, la plus considérable qui se soit produite; par elle, rien ne se perd, tout progresse en bien comme en mal, seul l’homme ne change pas.
23, +Poetæ+.--Les deux derniers vers de cette citation sont employés ici dans un sens tout différent de celui qu’ils ont dans Lucrèce.
24, +Solon+.--Dans le Timée.--L’Égypte fut un des premiers états du monde connu des anciens à se civiliser, son origine se perd dans la nuit des temps; les calculs les plus modérés font régner vers l’an =2500= Ménès, le premier de leurs rois dont nos histoires font mention.
31, +Formarum+.--Montaigne a modifié les deux derniers mots de cette citation pour l’approprier à son sujet, qui est tout autre que dans Cicéron.
42, +Auparauant+.--Les Chinois font remonter leur histoire à une très haute antiquité; il semble vraisemblable d’admettre que leur premier législateur vivait vers le =XXXe= siècle, et eux-mêmes font partir de l’an =2637= leur ère historique. Longtemps avant les Européens, ils ont connu la boussole, l’imprimerie, la poudre à canon, mais ces inventions sont demeurées chez eux à l’état rudimentaire.
=306=,
7, +Cettuy-là+.--Le poète Lucrèce, auteur du vers qui précède et de ceux qui suivent.
14, +Autre+.--L’Amérique, que Christophe Colomb venait de découvrir en 1492.
16, +Heure+.--Il est hors de doute qu’à l’heure actuelle, toute la surface habitable de la terre nous est connue; c’est ce qui fait que les excursions dans les régions polaires arctique et antarctique sont de si peu d’intérêt, en dehors de la notoriété qu’y recherchent ceux qui s’y livrent; mais il est non moins indubitable que des modifications considérables peuvent se produire sur la surface terrestre; que de nouveaux continents peuvent surgir, d’anciens disparaître, sous l’action des forces constamment en travail dans l’intérieur de notre planète; comme aussi de notables changements climatériques se produire, le Gulf Stream par exemple se modifiant, ou d’autres courants s’établissant, et les conditions dans lesquelles elle est habitée s’en trouver pareillement modifiées.
22, +Siecle+.--C.-à-d. si de ce que dit ce poète pour prouver la jeunesse de son siècle, nous concluons que notre monde avance vers sa fin...
26, +Contagion+.--Par notre communication avec lui.
30, +Practiqué+.--Gagné.
32, +Eulx+.--Les Américains.
34, +Cusco+.--Les Péruviens regardaient cette ville comme sacrée; on y admirait le temple du soleil, l’un des plus vastes et des plus riches qui aient jamais existé, et le palais des Incas (dynastie régnante lors de la conquête du Pérou par les Espagnols).
=308=,
19, +Dure+.--Allusion aux casques, cuirasses, hauberts, brassards, cuissards, etc... en métal que portaient Fernand Cortez, Pizarre et leurs compagnons.
26, +Inexperimenté+.--Si n’ayant aucune idée des effets de ces armes, il eût été soudainement attaqué.
=310=,
28, +Mercadence+.--Les avantages du commerce, du latin merces, marchandise.
34, +Miserables+.--Dans les Essais apparaît partout ce noble sentiment d’humanité, premier bienfait de la philosophie: mais il ne se montre nulle part plus énergique et plus éloquent que lorsque Montaigne portant ses regards sur le Nouveau Monde, n’y aperçoit de tous côtés que des bourreaux et des victimes. Abbé JAY.
34, +Mines+.--Il s’agit ici de l’expédition (1513 à 1517) de Balboa, officier espagnol qui, à la recherche des régions où gisait l’or trouvé au Mexique, au moment de sa conquête, parvint, par l’isthme de Panama, jusqu’à l’Amérique du Sud, mais dut rétrograder, n’ayant pas de troupes suffisantes.
=312=,
33, +Enfance+.--Voilà comme balbutiaient ces prétendus enfants.
36, +Cannibales+.--Ceci donne une idée de ce qu’étaient mes Cannibales, c.-à-d. ces hommes du Nouveau Monde que nous traitons de sauvages.
39, +Peru+.--Atahualpa, dernier roi du Pérou, de la famille des Incas. Fait prisonnier par Pizarre, il fut, quelques mois après (1533), étranglé par son ordre. ZARATE, II, 7; DE LA VEGA, I, 36; GOMERA, 117; HERRERA, V, III, 4 et autres historiens de la conquête de l’Amérique.
=314=,
9, +Preuue+.--On forma contre lui une accusation aussi fausse que les preuves qu’on en donnait, savoir qu’il...
19, +Mexico+.--Guatimozin, dernier empereur indien de Mexico. Fait prisonnier par Fernand Cortez en 1521, après avoir vainement tenté de défendre sa capitale contre ce chef espagnol, il fut d’abord traité avec générosité, mais plus tard eut à endurer les plus cruels tourments dans le but de lui faire dénoncer où se trouvaient ses trésors et finalement fut pendu en 1522. BERNAL DIAZ DEL CASTILLO, 157; GOMERA, 146; HERRERA, III, 11-8; TORQUEMADA, I, et autres historiens de l’Amérique.
32, +Cour+.--Le cacique de Tacuba.
35, +Mercy... plus+.--Var. de 88: congé de dire ce qu’il en sçauoit, pour se redimer de cette peine insupportable.
=316=,
3, +Roy+.--Disons plus, un roi si grand...
4, +Honteuse+.--Var. de 88: vaine.
12, +Ventent+.--Var. de 88: publient.
24, +De Castille+.--Var. de 88: d’Espagne.
25, +Mal voulus+.--Haïs, à qui on veut du mal. Diego d’Almagro qui le premier pénétra dans le Chili, et qui dans le principe avait marché d’accord avec Pizarre le conquérant du Pérou, battu par lui à Cusco, y fut décapité par son ordre (1538). Son fils, ralliant ses partisans, vengea son père, par le meurtre de Pizarre (1541); et peu après éprouva le même sort que lui, dans le même lieu (1542). Gonzalès Pizarre, frère du précédent, se substitua à lui au Pérou, où pendant trois ans il régna en maître, jusqu’à ce que par ordre de Charles-Quint il fut arrêté et mis à mort comme rebelle (1544).
31, +Prudent+.--Philippe II, roi d’Espagne. Sous son règne (1556 à 1598), les colonies espagnoles de l’Amérique et des Indes rapportèrent immensément d’or et d’argent; mais ce prince consomma follement toutes ces richesses dans ses vains projets de monarchie universelle, et à sa mort, le trésor était vide et obéré.
=318=,
2, +Commerce+.--Employé au commerce, en achat de marchandises; emploite signifie ici achat ou emplette, comme on écrirait et prononcerait aujourd’hui.
17, +Paumes+.--Environ cinq mètres.
=320=,
6, +Perennes+.--D’eaux vives coulant continuellement, ne tarissant pas, du latin perennis, continu, permanent.
9, +Chef+.--Au bout, à la fin de la journée de marche, de chaque étape.
17, +Apres+.--Voir à ce sujet et sur tout ce qui précède, ROBERTSON, Histoire de l’Amérique, liv. VIII. L’auteur, dans cet ouvrage, s’applique à réduire dans une juste mesure l’exagération des premiers historiens de la conquête du Nouveau Monde.--A ce travail gigantesque qu’était cette route de Quito à Cusco, on peut assimiler le Grand Canal impérial de la Chine qui met en relations Pékin, la capitale du Nord, avec Nankin, la capitale du Sud, et avec Canton; ce canal a été commencé au =IXe= siècle av. J.-C. et les travaux en sont continués jusqu’à nos jours; il offre une superbe voie navigable de 2.700 kil. sans compter de nombreux embranchements. Ce canal peut faire le pendant de la grande muraille élevée également en Chine sur la frontière N. et N.-E. pour protéger l’empire contre les incursions des nomades: Mongols, Mandchous, Tartares, et qui, formée d’un parapet de terre, revêtu de briques dans certaines de ses parties, s’étend sur une longueur de 1.700 kilomètres, a 6 ou 8m d’élévation et forme une sorte de chaussée pavée, assez large pour donner passage à 5 ou 6 cavaliers de front; il est aujourd’hui ruiné en bien des endroits. G{al} NIOX.
26, +Terre+.--A la bataille de Caxamalca (1532). DE LA VEGA, II, 1, 25. Ce fut Pizarre lui-même qui le précipita ainsi de sa chaise à porteurs.--Avaller, c’est mettre à val, jeter bas.
CHAPITRE VII.
=322=,
2, +Tomber+.--Par exemple, par abdication comme firent Dioclétien, Charles-Quint, Marie-Christine; ou encore, comme les chefs d’état élus pour un temps déterminé et qui quittent le pouvoir à l’expiration de leur mandat, ou spontanément parce qu’ils ne veulent pas se prêter à des exigences que réprouve leur conscience.
9, +D’affaire+.--De difficulté.
15, +Esgarée+.--Détournée.
25, +L’autre+.--César.--En traversant les Alpes, dit PLUTARQUE, César, 3, il passa par une bourgade de Barbares, habitée par quelques malheureux ayant grand’peine à vivre; dans son entourage, on se demandait en plaisantant si là aussi on intriguait pour obtenir les charges publiques et s’il y avait des compétiteurs. César, prenant la parole, dit: «Je ne sais, mais quant à moi, je préférerais être le premier ici, que le second à Rome.»
28, +Incognu+.--Ni avoir à me débattre aux portes avec un huissier, comme un misérable inconnu...
30, +Moyen+.--L’aurea mediocritas d’HORACE.
«La médiocrité est le trésor des sages.» VOLTAIRE.
«O médiocrité, Mère des bons esprits, compagne du repos.»
LA FONTAINE, Les souhaits.
«Si le bonheur nous est permis, Il n’est point sous le chaume, il n’est point sur le trône: Voulons-nous l’obtenir, amis? La médiocrité le donne.»
32, +Autrement+.--Que désiré.
=324=,
2, +A l’equipollent+.--Par contre, en revanche, en compensation, en récompense.
7, +Encombriers+.--Accidents, empêchements, encombrements.
10, +Regulus+.--Vainqueur des Carthaginois en Sicile et en Afrique, il fut à son tour défait par eux et fait prisonnier (=256=). Quelques années après, en =250=, les Carthaginois lui donnèrent la liberté sur parole, afin qu’il accompagnât la délégation envoyée par eux à Rome pour traiter de l’échange des prisonniers; mais au lieu d’appuyer cette mesure, il ne prit la parole au Sénat que pour en dissuader ses concitoyens, et, après avoir parlé ainsi contre lui-même, ne craignit pas de revenir prendre ses fers à Carthage; on l’y fit périr au milieu d’atroces supplices.
12, +Luy+.--CICÉRON, De Fin. bon. et mal., II, 20, auquel Montaigne a emprunté ce parallèle entre Th. Balbus et Régulus, donne sans conteste la préférence à ce dernier: «La vertu, dit-il, ne laisse pas de proclamer plus heureux que Thorius vidant sa coupe sur un lit de roses, Régulus qui, retourné de Rome à Carthage sans y être contraint autrement que par la parole qu’il en avait donnée à ses ennemis, périt au milieu des plus cruels tourments, déchiré par la faim et les veilles.»
13, +Mienne+.--Les comparer à la mienne...
16, +Aduenir+.--Ce mot a ici le sens d’atteindre, comme le mot «aveindre» qui est au commencement de ce chapitre; tous deux dérivent du latin advenire.
17, +Vsage+.--Cette manière de voir, Montaigne a eu occasion de la traduire en fait, lorsque prirent fin ses fonctions de Maire. Il était absent, sa charge allait expirer, il n’avait plus qu’à présider à l’élection de son successeur; à ce moment la peste sévissait avec intensité à Bordeaux; il ne crut pas, dans cette situation, devoir s’y rendre. Cette attitude, contraire aux idées de nos jours, si différente de celle tenue par Rotrou dans le siècle suivant, dans des circonstances presque identiques, lui a été vivement reprochée en ces derniers temps; jusque-là on n’y avait pas prêté attention, parce qu’il était au terme de son mandat et que ce n’était pas en opposition aux idées de l’époque, bien que se soient produites à ce moment de très honorables exceptions. En cette occasion, Montaigne a été conséquent avec lui-même; homme de devoir, il ne lui convenait pas d’être sans nécessité un héros. «Rien de trop» était aussi du nombre de ses devises.
20, +Perse+.--HÉRODOTE, III, 83.--A la mort de Cambyse, roi de Perse (=522=), un mage se fit passer pour son frère Smerdis, que lui-même avait fait mettre à mort (V. =III=, 178 et N. Fié), et lui succéda. La supercherie ayant été reconnue, il se forma un complot de sept grands de l’empire (Otanez était du nombre) qui tuèrent l’usurpateur (V. =II=, 332 et N. Deux). Pour le remplacer sur le trône, il fut convenu entre les conjurés que le premier d’entre eux dont le cheval hennirait au lever de l’aurore aurait la couronne. Ce fut Darius qui l’obtint par l’artifice de son écuyer qui avait envoyé d’avance une cavale au lieu du rendez-vous. C’est à cette épreuve que renonça Otanez, aux conditions qu’indique Montaigne.
25, +Commande+.--Ayant autant d’aversion à commander qu’à être commandé.
29, +Desmesurée+.--Cette situation s’est bien modifiée; dans les monarchies constitutionnelles, comme dans certaines républiques, qui ne diffèrent qu’en ce que, là, la royauté est à vie et héréditaire, au lieu qu’ici, le président est nommé à l’élection et pour un temps déterminé, le chef de l’état a plus le pouvoir d’empêcher que celui d’agir. Nonobstant, si restreint qu’il soit devenu, ce pouvoir est encore considérable et suffisant pour prévenir le mal, sous condition qu’il soit dévolu à un homme de caractère, qui ne soit inféodé à aucun parti, et qui, au lieu de toujours céder, use des moyens que la Constitution met à sa disposition, pour arrêter ce qu’il condamne dans son for intérieur ou même dans des manifestations platoniques; mais combien en agissent différemment, trahissant par leur faiblesse les intérêts qui leur sont confiés. A Siéyès revient dans les temps modernes l’honneur de cette conception, et il espérait au début faire accepter ces fonctions au général Bonaparte. On sait quel accueil fut fait à sa proposition. Ce rôle de fétiche, assez semblable à celui des derniers rois de la race mérovingienne, qui toutefois n’est telle que lorsque la personnalité n’en impose pas, car ici, comme en tout, tant vaut l’homme, tant vaut la chose, a été assez exactement défini par cette boutade humoristique attribuée au roi des Belges Léopold I, un jour que le Président de son conseil des ministres cherchait à l’intéresser aux difficultés avec lesquelles il était aux prises: «Avez-vous la majorité? Si oui, permettez que j’aille me promener; si non, allez-y vous-même!»
=326=,
4, +Finer+.--Trouver, disposer. Signifie proprement: mettre à fin, venir à bout de trouver.
5, +Escossois+.--Deux ouvrages d’auteurs écossais.
6, +Populaire+.--L’auteur qui se fait l’avocat du gouvernement par le peuple.
20, +Eux+.--J.-J. ROUSSEAU disait: «Je respecte trop M. le prince de Conti, pour ne pas toujours le gagner aux échecs.»
27, +Faëes+.--Enchantées.
27, +Brisson+.--PLUTARQUE, Du contentement ou repos de l’esprit, 12, dont le fait est tiré, appelle ce même athlète Crisson dans un autre de ses ouvrages, Comment discerner le flatteur de l’ami, 15.
32, +Gaigné+.--SAINT-SIMON rapporte une sincère admonestation du duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, fils de Louis XIV, à un jeune courtisan qui se laissait toujours vaincre par ce prince au jeu du palet.
34, +Crocheteur+.--V. N. =I=, 542.
35, +Troye+.--Vénus, dans l’Iliade, voulant sauver Énée son fils, blessé et sur le point de succomber sous les coups de Diomède, est elle-même légèrement blessée au bras.
35, +Saincte+.--Déesse.
=328=,
11, +Qualitez+.--Les bonnes qualités des princes...
18, +Qualité+.--D’être prince.
25, +Tybere+.--Il ne semble pas que le Sénat romain décernât des prix d’éloquence; SUÉTONE ne mentionne que le refus par Tibère du surnom de «Père de la patrie» qui lui était offert.
27, +Ressentir+.--Prévaloir.
30, +Costé+.--Penchant un peu sur le côté. PLUTARQUE, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.
31, +Dionisius+.--PLUTARQUE, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.
34, +Luy+.--Philippe de Macédoine ayant eu un œil crevé au siège de Méthone, Clisophus, un de ses courtisans, ne parut plus devant lui qu’avec un bandeau sur l’œil.
34, +Greueures+.--Hergnes ou hernies.
35, +Plutarque+.--De la différence entre le flatteur et l’ami, 8; mais Montaigne a légèrement altéré la narration du fait en question.
=330=,
2, +Mitridates+.--PLUTARQUE, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.
7, +Fauorinus+.--SPARTIEN, Adrien, 15. Favorinus jouit quelque temps de la faveur de l’empereur Adrien, mais finit par se l’aliéner par ses sarcasmes.
10, +Asinius Pollio+.--MACROBE, Saturn., II, 14.
12, +Proscrire+.--«A qui peut tout prendre, donne ce qu’il demande.»
14, +Carrieres+.--PLUTARQUE, Du contentement de l’esprit, 10; DIODORE DE SICILE, XV, 6, 7; DIOGÈNE LAERCE, III, 18 et 19.--Philoxène ayant exprimé trop franchement à Denys l’Ancien, à la cour duquel il vivait, sa pensée sur des vers de celui-ci, le tyran l’envoya aux carrières (lieux d’où on extrait des pierres); quelque temps après, en étant sorti et consulté à nouveau par Denys sur le mérite d’une pièce nouvelle qu’il venait de composer, au lieu de répondre, il se contenta de dire: «Qu’on me ramène aux carrières»; cette fois, le maître se mit à rire et pardonna.--Le mot est devenu proverbial, c’est être prêt à recommencer ce qui vous a déjà attiré une injuste persécution.
14, +Esclaue+.--Platon, se trouvant à Syracuse, s’attira par sa franchise la colère de Denys l’Ancien, qui le fit vendre comme esclave (=398=) pour le prix de vingt mines (1.822 fr.); les autres philosophes se réunirent pour le racheter et le renvoyèrent en Grèce, en lui rappelant comme un avis salutaire qu’un philosophe doit parler à un tyran le plus doucement possible. PLUTARQUE, Du contentement de l’esprit, 10; DIODORE DE SICILE, XV, 6, 7; DIOGÈNE LAERCE, III, 18 et 19.
15, +Ægine+.--Le cardinal de Richelieu eut un pareil accès de jalousie littéraire contre Corneille; et, à l’apparition du Cid, il fit critiquer la pièce par l’Académie (1636); par la suite, il revint sur cet acte de faiblesse, accorda une pension au poète, auquel l’Académie ouvrit ses portes (1647).
CHAPITRE VIII.
Chapitre des plus intéressants, dont le sujet est traité à fond et sans digressions étrangères. On y trouve des réflexions sur l’utilité de la conversation que Montaigne considère comme plus instructive que l’étude des livres qui est languissante et n’échauffe pas; une peinture très vive et très spirituelle des vices qui accompagnent d’ordinaire les disputes, et, à ce sujet, un mot en passant sur l’abus que les savants font de la science. Montaigne constate encore que ce qui frappe nos sens, est la cause déterminante de nos jugements; il donne une règle pour juger de la capacité d’un homme dans la conversation et termine par une appréciation sur le génie et le caractère de Tacite. NAIGEON.
17, +L’aduertissement+.--Var. de 88: le seul exemple.
18, +Platon+.--Lois, XI.
24, +Euiter+.
«Heureux celuy qui, pour devenir sage, Du mal d’autruy fait son apprentissage!»
=332=,
5, +Similitude+.--Var. de 88: exemple.
6, +Caton+.--PLUTARQUE, Caton, 4.
8, +Lyre+.--C’était un thébain, du nom de Gémonide; il faisait jouer devant ses disciples de bons et de mauvais joueurs de flûte et disait: «En ce mode, il faut jouer; en cet autre, non.»
20, +Mauuais+.--«Un fol avise un sage.» Proverbe.
20, +Ordinaire+.--Au lieu du développement qui suit, l’éd. de 88 porte seulement: la veuë ordinaire de la volerie, de la perfidie a reiglé mes meurs et contenu.
24, +Inuincibles+.--Au-dessus de ma portée.
25, +Conference+.--Conversation, discussion.
29, +Parler+.--C’est généralement ce dont conviennent les personnes qui, ayant joui de tous leurs sens, ont plus tard perdu soit l’ouïe, soit la vue. Ceux que ce malheur n’a pas atteints, peuvent néanmoins se faire une opinion à cet égard, s’ils ont eu occasion de remarquer combien en général les aveugles conservent leur bonne humeur et recherchent la société, tandis que les sourds demeurent taciturnes et la fuient, parce qu’ils s’y trouvent isolés.
=334=,
20, +Autres+.--S.-ent. Pyrrhoniens.
24, +Balance+.--Emblème de Montaigne.
34, +Nature+.--Encore faut-il reconnaître que les opinions accidentelles du vulgaire peuvent être de quelque poids, qu’elles ne sont pas absolument vaines et fantastiques, de pures rêvasseries...
=336=,
17, +Instruit+.--Var. de 88: aduertit.
21, +La decision+.--Var. de 88: le iugement.
27, +Troigne+.--Trogne, air, mine; ce mot, devenu trivial, ne s’emploie plus qu’en mauvaise part.
27, +Magistrale+.--D’un visage, d’une mine arrogante et trop impérieuse.
31, +Ceder+.--Add. de l’ex. de Bord.: Ouy, à mes despens, que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.--Montaigne veut dire que dans les discussions, il cède souvent plus par civilité que par conviction, et il en donne la raison.
36, +Soys+.--Quelle que soit la forme sous laquelle on me connaîtra, soit qu’on me condamne, soit qu’on m’approuve.
=338=,
2, +Paille+.--Je me brouille.--«Rompre paille» avec quelqu’un, c’était déclarer ouvertement qu’on cessait toute relation avec lui. Quand, aux temps féodaux, un vassal voulait rompre les liens qui l’unissaient à son seigneur, il lui envoyait une paille rompue, ou en rompait une devant lui; ainsi agirent, à Soissons, Robert comte de Paris et ses adhérents à l’égard de Charles le Simple ne voulant pas leur accorder le renvoi de son ministre Hagenon (922).
5, +Suiure+.--Si on fait difficulté de le suivre.
5, +Recueilloit+.--Accueillait, recevait.
15, +Antisthenes+.--PLUTARQUE, De la mauvaise honte, 12.
31, +Theme+.--Du sujet de leur dispute.
=340=,
9, +Republique+.--Liv. VII, vers la fin.
14, +Artiste+.--Artificiel, savant.
18, +Similitude+.--Var. de 88: comparaison.
19, +Plus+.--L’un s’attache à un mot, à une comparaison; un autre ne sent plus...
20, +Vous+.--Add. de 88: respondre.
22, +L’effort+.--Le fort; altération du fait de la prononciation gasconne.
30, +Alemaigne+.--Querelle d’Allemand; querelle sans raison sérieuse.
=342=,
5, +Differendum+.--Lire disserendum.--C’est ce qu’Épicure pensait de la dialectique des Stoïciens, au dire de Cicéron.
9, +Arts+.--Professeur d’humanités et de philosophie.
27, +Latentes+.--En marge de l’ex. de Bord. Montaigne a inscrit la traduction de cette citation, et aussi le membre de phrase auquel, dans Sénèque, elle fait suite: Numquam auctores, semper interpretes (jamais auteurs, toujours traducteurs); mais l’une et l’autre de ces deux additions ont été ensuite rayées.
30, +Nullement+.--Var. de 88: rarement.
32, +Exinanition+.--Épuisement, anéantissement; du latin exinanitio, qui a même sens; on dit plus simplement aujourd’hui «inanition».
37, +Marotte+.--Sorte de sceptre surmonté d’une tête coiffée d’un capuchon bizarre de différentes couleurs et garni de grelots; c’est l’attribut de la folie, c’était celui des fous des rois.--A l’imitation de Montaigne, on a dit:
«Egarant parfois les humains, La science est sublime ou sotte; C’est un sceptre en certaines mains, En d’autres c’est une marotte.» KERIVALANT.
=344=,
6, +Protagoras+.--Euthydème et Protagoras sont les deux contradicteurs de Socrate dans les deux dialogues de Platon qui portent leurs noms, dirigés tous deux contre les sophistes, dont le second surtout était un des échantillons le plus complets. Il avait été portefaix dans sa jeunesse, était devenu disciple de Démocrite, puis avait tenu école de rhétorique et de grammaire: il fut un des premiers qui fit payer ses leçons. Il enseignait que sur toute question on peut également plaider le vrai et le faux; que tout est arbitraire, lois, vertu, vérité; qu’on ne peut savoir s’il y a des dieux ou non. Protagoras avait écrit sur la rhétorique, la physique, la politique, mais tous ses écrits furent brûlés par ordre des magistrats d’Athènes. V. N. =I=, 212: Peine.
16, +Diuine+.--Montaigne traduit ici LACTANCE, Div. Inst., III, 28.
22, +Fist+.--C’est malheureux parce qu’en regardant autant l’avocat que la cause, on en arrive à ce que de bonnes causes sont si souvent gâtées par la manière dont elles sont défendues, et que de mauvaises triomphent uniquement par le talent de leur avocat.
=346=,
3, +Pourtant+.--C’est pourquoi.
10, +Passé+.--Héraclite.--JUVÉNAL, X, 32.
12, +Mison+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 108.
26, +Moy+.--Quand on voit quelqu’un commettre une faute, il faut se demander, comme faisait Platon: «Est-ce que je ne lui ressemble pas?» PLUTARQUE.
33, +Olet+.--Proverbe latin rapporté par ERASME et dont Montaigne a changé le premier mot, substituant stercus (fumier) à crepitus (vent sonore).--Add. de 88: Somme, il faut viure entre les viuants et laisser chacun courre sa mode, sans notre soing et alteration.
36, +Clairement+.--«Comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien?» Évangiles selon SAINT MATTHIEU et selon SAINT LUC.
37, +Inaduertence+.--«Les mêmes défauts qui, dans les autres, sont lourds et insupportables, sont chez nous comme dans leur centre; ils ne pèsent plus, ils ne sont plus. Tel parle d’un autre et en fait un portrait affreux, qui ne voit pas qu’il se peint lui-même.» LA BRUYÈRE.--LA FONTAINE a traité de même façon ce même sujet dans sa fable de La Besace:
«Lynx envers nos pareils et taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout et rien aux autres hommes. On se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain. Le fabricateur souverain Nous créa besaciers, tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d’aujourd’hui. Il fit pour nos défauts la poche de derrière, Et celle de devant pour les défauts d’autrui.»
39, +Entendement+.--Et gentil personnage, add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.
=348=,
9, +Age! si+.--Certaines éd. post. portent Agesis; la signification est la même, toutefois les deux mots séparés accentuent davantage la forme conditionnelle et par suite ironique.
11, +Tache+.--C.-à-d. je n’entends même pas que, pour accuser, il faille être exempt des mêmes vices qu’on reproche à un autre.
20, +Socrates+.--C’est PLATON qui le lui fait dire dans le Gorgias.
22, +Cela+.--C.-à-d. qu’en général pour contenir et persuader les hommes, il faut parler à leurs sens.
34, +Passées+.--Luther, Calvin et autres, promoteurs de la religion réformée.
=350=,
3, +Conference+.--Il en est de même de la conversation.
8, +Morguant+.--Et qui a tant de morgue.
13, +Commune+.--A la conversation ordinaire, à parler de choses communes.
33, +Effectuelle+.--Effective. Autant celle qui est en paroles, que celle qui se traduit par des actes.
=352=,
8, +Ineptes+.--Inaptes, inhabiles.
13, +Engin+.--Esprit.
16, +Socrates+.--Dans la République de PLATON, VI.
17, +Estuyée+.--En mauvais étui.--Placée en un lieu qui ne lui convient pas, comme une liqueur fine qui se gâte, si elle est renfermée dans un vase qui n’est pas net.
18, +Affollent+.--Se nuisent à eux-mêmes.
27, +Pourtant+.--C’est ce qui fait que pour eux le silence est non seulement...
30, +Apelles+.--PLUTARQUE, Des moyens de discerner le flatteur d’avec l’ami, 14, et ELIEN, Hist. div., II, 2, racontent ce trait comme étant de Zeuxis.--Alexandre, grand admirateur de son talent, ne permit qu’à Apelles de faire son portrait. C’est aussi de lui qu’on cite le trait suivant: il exposait ses ouvrages à la vue du public pour recueillir les jugements des passants; dans le nombre, un savetier qui venait de critiquer une sandale, se mit à vouloir juger aussi du reste du tableau; mais le peintre l’arrêta, lui disant ce mot passé en proverbe: «Ne sutor ultra crepidam (que le savetier ne juge pas au delà de la chaussure)», ce que Voltaire a réédité avec une variante: «Faites des perruques, Monsieur André,» dit-il à un André perruquier qui avait composé et fait imprimer une tragédie des plus médiocres qu’il lui avait dédiée.--«Fou qui se tait, passe pour sage,» dit un proverbe.
30, +Ouurouer+.--Ouvroir, boutique, atelier.
37, +Impertinemment+.--Non pertinemment, sans être à même.
=354=,
1, +Merite+.
«Ce monde n’est rien qu’une loterie De biens, de rangs, de dignités, de droits, Brigués sans titre et répandus sans choix.» VOLTAIRE.
4, +Suos+.--Cette citation, tirée d’une épigramme de Martial, a été traduite en vers par CONSTANT DUBOIS, qui la termine ainsi:
«La vertu des sujets est de chérir leur maître, Celle des souverains est de les bien connaître.»
17, +Yssue+.--TITE-LIVE, DIODORE DE SICILE estiment qu’il faut juger du mérite des personnes, non par le succès de leurs entreprises qui est tout entier du domaine de fortune, mais d’après les moyens qu’ils ont mis en œuvre.--«A Carthage, dit TITE-LIVE (XXXVIII, 48), on condamne à être crucifiés les généraux d’armée qui, dans une expédition militaire, n’ont pas bien pris leurs mesures, lors même que le succès a favorisé leurs entreprises.»
28, +Succedoient+.--Réussissaient.
30, +Fortune+.--PLUTARQUE, Apophth. des anciens rois, princes et capitaines. Prologue.--«Et son roi», aj. l’historien grec qui en outre porte «Siramnez».
32, +Elles mesmes+.--«Le monde se gouverne par lui-même», disait le pape Urbain VIII.--Les opinions les plus diverses se sont produites au sujet de la part que la fortune, le hasard, la chance jouent dans la vie humaine. Notre bonne et notre mauvaise fortune, disent les uns, dépendent de notre conduite; la fortune est un fantôme que la religion a aboli; la fortune favorise ceux qui osent. D’autres pensent comme Denys le Jeune, auquel Philippe de Macédoine demandait comment il ne s’était pas maintenu dans le royaume que son père lui avait laissé: «Mon père m’a laissé ses biens, mais non sa fortune.» JUVÉNAL a émis les deux opinions; dans une de ses satires il parle de «la toute-puissance de notre étoile», dans une autre il dit que «tout dépend de notre prudence». RÉGNIER a dit de même:
«La fortune est un mot et n’est mauvaise ou bonne, Que selon qu’on la forme ou bien qu’on se la donne...
Elle avance un chacun, sans raison et sans choix. Les fous sont, aux échecs, les plus proches des rois.»
37, +L’affaire+.--Probablement la St-Barthélemy, qui fut le plus grand fait de l’époque.
=356=,
2, +Lasches+.--Var. de 88: molles, au lieu de «basses et lasches».
15, +Fortune+.
«Tous faits humains dépendent de fortune, Non de conseil, ni de prudence aucune.»
AMYOT, traduit de Plutarque.
33, +Thucydides+.--Liv. III, 37, Harangue de Cléon.
=358=,
4, +Suffisance+.--De grande capacité, de grande habileté.
15, +Melanthius+.--PLUTARQUE, Comment il faut ouïr, 7.
18, +Offusquée+.--Masquée, obscurcie par l’emphase du langage.
21, +Antisthenes+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 8.
38, +Peuple+.--LOPEZ DE GOMARA, Hist. gén. des Indes, II, 77.--«Les Bourguignons déposaient leur roi lorsqu’il avait des insuccès à la guerre ou que l’année avait été stérile, le considérant comme le maître des événements et des saisons.» LEBEAU.
=360=,
3, +C’est+.--Combien il est avantageux.
10, +Estrangere+.
«Rien n’appartient à rien, tout appartient à tous; Il faut être ignorant comme un maître d’école Pour se flatter de dire une seule parole Que personne ici-bas n’ait pu dire avant vous.» VICTOR HUGO.
«C’est imiter quelqu’un que de planter des choux.» A. DE MUSSET.
«Imaginer n’est autre que se souvenir.» LA HARPE.--«Rien de nouveau sous le soleil.» L’Ecclésiaste.
20, +Ceder+.--La phrase précédente, introduite dans la présente éd. (95), interrompt quelque peu le sens.
21, +A escient+.--Sérieusement, de front.
26, +Dessein+.--Des répliques, des ripostes qui ont porté au delà de mon intention.--Revirade est plutôt gascon que français; toutefois c’est un terme en usage au jeu de trictrac, et aussi au jeu de paume où il signifie «coup de revers».
=362=,
15, +Espaulettes+.--Par parcelles, en détail; par intervalles et discontinuation. Ainsi, en fait de maçonnerie, dit NICOT, reprendre ou refaire un mur par espauletées, c’est le refaire et reprendre par parcelles sans l’abattre, le réparer.
27, +Aller+.--«Quand j’aurais la main pleine de vérités, je ne daignerais pas l’ouvrir pour le genre humain.» FONTENELLE.
29, +L’enfoncer+.--L’approfondir.
29, +Croullez la+.--Si vous la remuez, l’ébranlez.
=364=,
3, +Hegesias+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 95.
6, +Moins+.--«Les vérités qu’on aime le moins à entendre, sont souvent celles qu’il importe le plus de savoir.» BOISTE.
11, +Cyrus+.--XÉNOPHON, Cyropédie, III, 3, 23.
11, +Ost+.--D’exhorter, haranguer, encourager son armée.
23, +Principians+.--Les commençants.
=366=,
1, +L’asne+.--«Les autres enseignent la sapience, Montaigne désenseigne la sottise.» Mlle DE GOURNAY.
4, +Gaudissans+.--Gouaillant, plaisantant. Gausser (gouailler) et gaudir (plaisanter) sont à peu près synonymes.--Montaigne fait ici l’aveu qu’il était tant soit peu goguenard, se plaisant à la raillerie, mais aussi la supportant...
8, +Lycurgus+.--PLUTARQUE, Lycurgue, 11.
10, +Souffrance+.--Patience, tolérance.
25, +Royal+.--François de Bourbon, duc d’Enghien, le même qui gagna la bataille de Cerisoles, tué en 1545, à l’âge de 27 ans, par la chute d’un coffre que quelques seigneurs avec lesquels il jouait firent tomber sur sa tête d’une chambre haute du château; et le marquis de Beaupréau, de la maison de Bourbon-Montpensier, tué en 1560, à l’âge de 15 ans, en courant un lièvre.
=368=,
23, +Fortune+.--Allusion à l’Histoire universelle de Trogue-Pompée, écrivain du Ier siècle, dont l’ouvrage, qui est perdu, ne nous est connu que par l’abrégé qu’en a fait Justin, travail écrit avec simplicité et élégance et qui est loin d’être sot, malgré l’appréciation générale qu’en porte Montaigne.
28, +Recompence+.--COMINES, III, 12, ne s’attribue pas ce mot; il dit au contraire le tenir de Louis XI qui lui-même ne s’en donnait pas comme l’auteur, mais le lui citait.--«Les services que les rois ne peuvent reconnaître, les rendent d’ordinaire ingrats.» D’ORLÉANS.--«Les dettes de cette nature ne se pouvant payer produisent ordinairement de la haine dans l’esprit du souverain.» LA ROCHEFOUCAULD.--Cette pensée a du reste été généralisée: «Dès que nous avons des obligations extraordinaires envers quelqu’un, il semble que nous redoutions sa présence, comme s’il nous incitait sans cesse à la reconnaissance et qu’elle soit un blâme constant du retard que nous mettons à lui témoigner notre gratitude.» LA CHATRE.
34, +Memorieux+.--Doué d’une bonne mémoire.--Ce mot, qu’il ait été forgé par Montaigne, ou usité de son temps, ne l’est plus aujourd’hui et n’a pas son équivalent.
=370=,
13, +Gentil-homme+.--On présume que ce gentilhomme était M. de Foix, un des beaux-frères de Diane de Foix, à laquelle Montaigne a dédié le ch. XXV du liv. I des Essais.
18, +Particulieres+.--Add. de 88: Il n’est pas en cela moins curieux et diligent que Plutarque, qui en faict expresse profession.
18, +Luy+.--Annales, XVI, 16.
25, +Longueur+.--«Il abrégeait tout, parce qu’il voyait tout,» dit Montesquieu, en parlant de Tacite.
28, +Nostre+.--Add. de 88: et si n’en a point oublié ce qu’il deuoit à l’autre partie.
32, +Ethiques+.--Moraux; dérivé du grec ἠθικός, moral.
35, +Ils+.--Ses contemporains.
=372=,
3, +Foy+.--Sincérité, véracité.
8, +Couuert+.--Renfermé, dissimulé.--TACITE, Hist., II, 38.
14, +Euidence+.--Encore ne faut-il pas égaler le soupçon à l’évidence, donner autant de poids à l’un qu’à l’autre.
29, +Tibere+.--TACITE, Ann., VI, 6; SUÉTONE, Tibère, 67.--Au sujet du mobile de cette lettre, Suétone est du même avis que Tacite.
33, +Dict+.--Annales, XI, 11.
35, +Hautain+.--Droit et élevé.
=374=,
1, +Iuge+.--Add. de 88: de soy.
19, +Bras+.--TACITE, Ann., XIII, 35.--Pendant l’hiver de 57 à 58, lors de l’expédition de Corbulon en Arménie.
23, +Historiens+.--Vespasien, raconte TACITE, Hist., IV, 81, rendit la vue à un homme atteint de cécité qui le pressait d’humecter de sa salive ses joues et les orbites de ses yeux, et l’usage de la main à un autre qui l’avait paralysée. Avant de céder à leurs sollicitations, il les avait fait examiner par les médecins qui auraient déclaré que chez le premier la fonction visuelle n’était pas détruite, que chez le second la main était seulement déboîtée, et que chez l’un comme chez l’autre la guérison était possible; elle fut très probablement déterminée par l’intensité de conviction des deux infirmes.--Chez les anciens, l’orteil du roi des Perses passait pour guérir certaines maladies; dans des temps beaucoup plus rapprochés, les attouchements du roi de France, du souverain d’Angleterre avaient, disait-on, le pouvoir de guérir les écrouelles, etc.
29, +Luy+.--QUINTE-CURCE, IX, 1.
30, +L’autre+.--TITE-LIVE, I, Præf., et VIII, 6.
=376=,
5, +Ie voys... plis+.--Var. de 48: voir si quelque autre s’en contentera.
8, +Esprits+.--Var. de 88: iugements.
10, +Ce que+.--S.-ent.: au sujet de Tacite.
CHAPITRE IX.
+La vanité+.--La vanité est ce dont il est le moins parlé dans ce chapitre; il n’en est question qu’au commencement et à la fin; il n’en est pas moins des plus beaux, plein d’idées profondes, fines, ingénieuses, sérieuses et folles, tristes ou gaies, quelquefois fausses, traitées avec verve, et où l’auteur se révèle un parfait égoïste. Il amuse, intéresse et captive, et non seulement se fait lire, mais conduit à penser, ce qui du reste est, en général, le principal mérite des Essais. NAIGEON.
12, +Expresse+.--Il n’y a peut-être pas de vanité plus réelle.
13, +Exprimé+.--«Vanité des vanités, tout n’est que vanité,» dit l’Ecclésiaste.
21, +Bassins+.--Vases de nuit.
26, +Diomedes+.--Montaigne semble avoir indiqué ici Diomède pour Didyme. Ce dernier, contemporain d’Auguste, était un grammairien grec d’Alexandrie, qui composa plus de 4.000 traités, tous perdus aujourd’hui; quant à Diomède, c’est un grammairien latin du Ve siècle, qui ne paraît pas avoir été aussi fécond et dont il reste des recherches sur la langue et la versification latines en trois livres.
30, +Tempeste+.--Allusion au silence qu’imposait Pythagore à ses disciples, qu’ils devaient garder pendant deux ans au moins et qui se prolongeait jusqu’à cinq pour ceux qu’il reconnaissait enclins à trop parler.
=378=,
1, +Seiour+.--De son oisiveté, de son repos.--Ce mot, attribué à un Galba quelconque, est de l’empereur Galba. SUÉTONE, Galba, 9.
3, +Coërction+.--Répression, châtiment, peine, du latin coerctio qui a même sens.
5, +Autres+.--Le 13 janvier 1535, François Ier rendit une ordonnance supprimant toutes les imprimeries de France et défendant sous peine de mort de publier aucun livre nouveau.
6, +Escriuaillerie+.--Démangeaison, fureur d’écrire.
10, +Police+.--Ajoutez que, dans un état, en devenant plus fins, plus subtils, les esprits n’en deviennent pas plus sages.
13, +Conferent+.--Y contribuent, y arrivent.
17, +Pressent+.--Quand la corruption nous environne de toutes parts.
21, +Loy+.--Loisir, faculté.
24, +Philotimus+.--PLUTARQUE, Comment on distingue le flatteur d’avec l’ami, 31.
32, +Chicane+.--Le chancelier de l’Hospital.
33, +Oubly+.--Avec le parlementarisme, ces amusoires ont changé de caractère. C’est par les promesses, que souvent on ne leur demande pas, que les politiciens cherchent à capter les populations, promesses qu’ils n’ont nullement l’intention de tenir, contre l’accomplissement desquelles les défend leur exagération même, et qu’en tout cas, une fois arrivés, ils cherchent à éluder, ne regardant pas cependant aux conséquences funestes qu’elles peuvent avoir, s’ils sont contraints de s’exécuter: telles les lois sur l’assistance à la vieillesse, sur les retraites ouvrières, sur le revenu. Combien est de plus en plus vraie, sur ce point, cette apostrophe de Marat, dans l’Ami du peuple: «Tu te laisseras donc toujours duper, peuple babillard et stupide? Tu ne comprendras donc jamais qu’il faut te défier de ceux qui te flattent!» A la vérité, ce Suisse (Marat était né à Genève), ce sinistre socialiste d’alors, auquel incombe une si large part des pires excès de notre révolution de 93, combattait en écrivant de la sorte ceux qui prêchaient la modération; ses paroles n’en démontrent que mieux le peu que valent les mots.
38, +Testonner+.--Parer sa tête, se friser avec soin.
«Ces deux veuves en badinant, En riant, lui faisaient fête, L’allaient quelquefois testonnant, C’est-à-dire ajustant sa tête»;
ainsi s’exprime LA FONTAINE dans la fable L’homme entre deux âges et ses deux maîtresses; l’explication que dans son dernier vers il donne du mot «testonner» est motivée par ce fait qu’il signifie également donner des coups, principalement sur la tête.
=380=,
12, +Mal-heur+.--Quand je suis dans le malheur.
15, +Xenophon+.--Ce précepte, que XÉNOPHON (Cyropédie, I, 6, 3) met dans la bouche de Cyrus, qui dit le tenir de Cambyse son père, est que «le moyen de gagner le plus sûrement la faveur des dieux, n’est pas de les flatter lorsqu’on se trouve dans l’adversité, mais de se souvenir d’eux dans la prospérité; afin que lorsqu’on sera en nécessité on se puisse réclamer d’eux avec plus d’assurance, comme vous étant de longue main propices et amis et qu’il faut en user de même avec les hommes».
15, +Raison+.--Mais non par le motif qu’il en donne, c’est-à-dire sans que ce soit intentionnel et dans le but de gagner plus sûrement la faveur des dieux.
29, +Part+.--De cette disposition d’esprit.
35, +Voyager+.--V. N. =I=, 92: Voyages; =III=, 394, 430.
=382=,
4, +Peuple+.--Des gens qui sont à votre service, qui relèvent de vous.
16, +Ioinct+.--Ajoutez à cela...
17, +Pied+.--Allusion à une anecdote contée par PLUTARQUE, Paul Émile, 3: «Un Romain avait répudié sa femme; ses amis le lui reprochaient et énuméraient les qualités de l’épouse: «Voyez ce soulier, leur répondit-il; il est bien fait, mais je suis le seul à savoir où il blesse.»
19, +Prestez+.--Combien vous faites de sacrifices pour...
21, +Cher+.--Ce passage donne à penser que dans le ménage de Montaigne, non plus que dans tout autre, tout n’allait pas toujours à son gré.--V. =III=, 384.
28, +Autre+.--Ceci contredit le proverbe: «Service de grand n’est pas héritage.»
33, +M’attends+.--C’est ce à quoi je suis attentif, j’applique mon esprit.
36, +Contentement+.--«S’il est riche, qu’il dîne deux fois», disait-on jadis, dans le peuple, plaisamment d’un homme sottement fier de ses richesses.
=384=,
14, +Dam+.--Tant pis pour lui. Dam, dommage, vient du latin damnum. dont c’est une contraction.--Montaigne n’avait qu’un héritier, sa fille.
17, +Dissemblables+.--Allusion à la réponse que Phocion fit aux envoyés de Philippe roi de Macédoine, qui, pour l’engager à accepter les présents de ce prince, lui représentaient que ses enfants étaient pauvres et ne pourraient soutenir la gloire de leur père: «S’ils me ressemblent, dit-il, le petit bien que je possède à la campagne suffira pour les faire vivre, comme il m’a suffi à moi-même; s’ils ne me ressemblent pas, je ne veux pas entretenir et développer leurs mauvaises dispositions aux dépens des intérêts publics.» CORNÉLIUS NÉPOS, Phoc., I.
18, +Crates+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 88.
27, +Negoces+.--Affaires, du latin negotium.
35, +Fois+.--Add. de 88: et honteuses.
35, +Pointures+.--Légers désagréments, petits malheurs, soit: petits parfois, mais quand même toujours désagréables.
=386=,
6, +Ie ne suis... poisent+.--Var. de 88: Or nous monstre assez Homere, combien la surprise donne d’auantage, qui faict Ulisse pleurant la mort de son chien, et ne pleurant point des pleurs de sa mere; le premier accident, tout legier qu’il estoit, l’emporta, d’autant qu’il en fut inopinement assailly; il soustint le second plus impetueux, parce qu’il y estoit preparé. Ce sont legeres occasions, qui pourtant troublent la vie.
16, +Cauat+.--QUINAULT, dans son opéra d’Atys, a rendu ainsi ce demi-vers latin:
«L’eau qui tombe goutte à goutte Perce le plus dur rocher.»
20, +Inseparables+.--V. N. =III=, 382: Cher.
24, +Raisons+.--Mes pièces de recettes et de dépenses à l’appui de mes comptes.
33, +L’estranger+.--Celui que je bois chez les autres. DIOGÈNE LAERCE, VI, 54.--«Pain d’autrui a bon goût.» Proverbe russe.
=388=,
7, +Dolé+.--Construit, poli, aménagé, distribué; du latin dolare, équarrir, raboter, d’où vient également doloire, sorte de hache ou cognée dont se servent les charpentiers.
8, +Faineance+.--Paresse, fainéantise, indolence.
32, +Michel+.--C’est le prénom de Montaigne; par suite cette phrase doit s’entendre: Nous nous laissons nous-mêmes de côté, nous dont l’individu nous touche de plus près encore que l’homme pris dans un sens général.
=390=,
3, +Vacation+.--Add. de 88: et la plus iuste.
15, +Appaster+.--Proprement donner la becquée, la pâtée; ici: faire qu’en ma vieillesse, je n’aie nuls soucis, que je ne manque de rien.
19, +Amy+.--Ce souhait ne fut pas exaucé. Montaigne, de son vivant, eut bien un gendre, sa fille s’étant mariée deux ans avant sa mort; mais, moins d’un mois après le mariage, le nouveau ménage alla habiter les terres du mari.
26, +Mescognoissance+.--C’est le peu de soin que je mets à les observer, à me rendre compte de leurs faits et gestes.
33, +Argent+.--Quelquefois, à dessein, je ne prends qu’une connaissance vague, approximative de ce que j’ai exactement en fait d’argent.
=392=,
4, +Iniure+.--Tort, comme en latin le mot injuria.--Comme je me soucie peu du tort qu’ils peuvent me faire.
12, +Paresse et negligence+.--Var. de 88: Faitardise et mollesse.
14, +Negoces+.--Esclave de mes affaires.
16, +Auachir+.--Me rendre lâche, débiliter mon courage.
24, +Crates+.--Vendit ses biens et en retira 300 talents (environ un million à un million ½), qu’il distribua à ses concitoyens; il avait de l’argent placé chez un banquier qui avait ordre de le rendre à ses enfants s’ils n’étaient pas philosophes et de le donner au peuple dans le cas contraire, parce que s’ils étaient philosophes, ils n’auraient besoin de rien.--Cratès était contrefait et d’une malpropreté et d’un cynisme révoltants; il inspira cependant une telle estime à Hipparchia, riche et belle Athénienne, qu’elle l’épousa malgré ses propres représentations.
25, +Cures+.--Soins; du latin cura, qui a même signification.
25, +Maison+.--«Allez au fond de la mer, objet de mauvaises pensées, lui fait dire S. JÉROME; je vous y précipite, afin que vous ne m’y précipitiez pas vous-même.»
26, +A pair+.--A l’égal, autant que.
26, +Bien+.--Mais je consentirais bien à échanger...
27, +Braue+.--Noble.
32, +Estriuiere+.--Courroie qui soutient l’étrier de l’homme à cheval.
=394=,
6, +Suruenants+.--Cela fait que je reçois avec moins de plaisir et traite moins bien les survenants.
11, +Police+.--Tout occupé de l’ordre.
25, +Platon+.--Lettre 9, à Archytas.
30, +Desprendre+.--A dépenser.
32, +Attens+.--Je m’y applique.
38, +Defraudons+.--Nous nous frustrons de...
=396=,
8, +Emploite+.--La dépense.
11, +Aduertance+.--Surveillance, attention; du latin advertere, être attentif, prendre garde.--Le mot n’est pas français, bien que son contraire «inadvertance», de même origine, le soit.
14, +Volonté+.--La nonchalance de Montaigne dans les questions d’argent, dont il a déjà été parlé, liv. II, ch. XVII, est nettement accusée par cette mention qui a été relevée sur un de ses livres de dépenses: «Item, pour mon humeur paresseuse, mille liures.»
21, +Pressé+.--J’en souffre trop en mon particulier.
26, +Nom+.--Ponéropolis, ou ville des méchants, qui, plus tard, s’est appelée Philippopolis. PLINE, Hist. nat., IV, 11; PLUTARQUE, De la Curiosité, 10.
38, +Societé+.--«Si j’avais, dit VOLTAIRE dans une lettre à d’Alembert, des citoyens à persuader de la nécessité des lois, je ferais voir qu’il y en a partout, même au jeu qui est un commerce de fripons, même chez les voleurs.»
=398=,
18, +Pyrrha+.--Femme de Deucalion, sauvés tous deux, à cause de leur justice, d’un déluge universel; ils repeuplèrent le monde en jetant derrière eux des pierres qui se transformèrent, celles de Deucalion en hommes et celles de Pyrrha en femmes. Myth.
18, +Cadmus+.--Fils d’Agénor, roi de Phénicie; envoyé par son père à la recherche d’Europe sa sœur, enlevée par Jupiter, avec défense de revenir tant qu’il ne l’aurait pas retrouvée, arriva en Grèce, où il songeait à s’établir, lorsqu’un dragon dévora ses compagnons. Il tua le dragon et en sema les dents, sur le conseil de Minerve; il en vit naître aussitôt autant d’hommes armés qui s’entre-tuèrent, sauf cinq qui l’aidèrent à bâtir la ville qu’il projetait et qu’il éleva sur le modèle de celle de Thèbes en Égypte, d’où elle prit le nom. Myth.
19, +Loy+.--Loisir, liberté, faculté.
21, +Solon+.--PLUTARQUE, Solon, 9.
23, +Varro+.--S. AUGUSTIN, De civ. Dei, V, 4.
37, +De Pibrac+.--On lui a reproché d’avoir écrit une apologie de la St-Barthélemy: c’est là une accusation erronée; il en fut au contraire un des critiques les plus francs.
40, +De Foix+.--Paul; le même dont il est question au ch. précédent. V. =III=, 370 et N. Gentil-homme.
=400=,
7, +Innouation+.--Rien n’est plus dangereux pour un état, qu’un grand changement, une révolution.
23, +Partie+.--La santé et la force.
24, +Masche+.--Ce qui le ronge, le fait souffrir.
29, +Contemporanées+.--Contemporains.
35, +Capouë+.--TITE-LIVE, XXIII, 3, etc.--Ce sujet a fait l’objet d’un conte en vers d’Andrieux.
=402=,
30, +Resoluant+.--Je ne vais pas soudain dire d’un ton résolu et décisif.
38, +Peuples+.--PLATON, République, VIII, 2.--L’histoire moderne nous fournit de nombreux exemples de cette assertion: les Turcs, chez lesquels, depuis des siècles, la guerre est à l’état endémique entre les diverses nationalités dont se compose leur empire en Europe; la France, lors de la Révolution de 1793, d’où elle est sortie plus unifiée qu’avant; la Russie, qui vient d’avoir à supporter une guerre des plus malheureuses et est livrée à des désordres intérieurs, dont, il est vrai, on ne saurait encore prévoir la fin. Seule, au XVIIIe siècle, la Pologne a disparu par suite de ses dissensions intérieures, qui en ont fait la proie de ses voisins.
42, +Miserable+.--Var. de 88: malotru.
=404=,
2, +Solon+.--VALÈRE MAXIME, XII, 2.
7, +Pelote+.--Se jouent de nous.
8, +Habent+.--Citation dont Montaigne donne le sens, avant de la transcrire.
18, +Escheuës+.--ISOCRATE à Nicoclès.
35, +Suo est+.--Dans l’auteur latin, c’est d’un arbre qu’il s’agit.
=406=,
2, +Fondent+.--Vont au fond, coulent.
8, +Tempestas+.--Citation longtemps attribuée à Virgile, que l’on croit aujourd’hui tirée d’un auteur moderne.
32, +Diuulsion+.--Séparation; du latin divulsio que Montaigne a francisé.
35, +Qu’enuis+.--Qu’à regret, à contre-cœur.
40, +Inculcation+.--Action d’inculquer, répéter.--Je n’aime pas qu’on revienne souvent sur les mêmes choses, même s’il s’agit de choses utiles.
=408=,
14, +Lyncestez+.--QUINTE-CURCE, VII, 1.--Lynceste avait conspiré contre la vie d’Alexandre le Grand, à la suite de la mort de deux de ses frères impliqués dans l’assassinat du roi Philippe. Retenu depuis trois ans dans les fers, on avait différé de statuer sur son sort, en raison de la situation de son beau-père Antipater, chargé du gouvernement de la Macédoine et de la Grèce, pendant qu’Alexandre conquérait l’Asie; lors de l’affaire de Philotas, on décida d’en finir avec lui et c’est alors que se produisit la scène dont parle Montaigne (=329=).
28, +Desprendre+.--A me le faire oublier, me le faire perdre de vue.
29, +Assigné+.--Confié et livré à...
32, +Contenance+.--Jusqu’à ne pas savoir quelle contenance tenir.
38, +Profession+.--De la profession militaire, ainsi qu’il résulte de la citation de Quintilien (indiquée par erreur comme étant d’Ovide), donnée quelques lignes plus bas, de différents autres passages des Essais (=III=, 154, 26; 628, 21 et suivantes; 640, 9; 661, 26 et suivantes; 680, 23), et enfin du tombeau que lui a fait ériger sa femme où il est représenté en chevalier armé de pied en cap.
=410=,
2, +Saye+.--Pourrait se traduire de nos jours: «On se met souvent en habit, pour ne pas mieux danser que si on était en veston»; toutefois saye, qui vient du latin sagum, espèce de casaque que les Romains portaient aux armées, signifie plutôt blouse, bourgeron.
4, +Curio+.--Orateur médiocre qui parlait avec élégance, mais sans ordre ni imagination, et qui, un jour, au forum, fut abandonné de tout son auditoire. CICÉRON, Brutus, 60.
10, +Artiste+.--Tient trop de la forme artificielle, scolastique.
11, +Baste+.--Il suffit, c’est assez que je me sois promis. V. N. =II=, 520: Bastantes.
15, +Presente+.--Et quant à parler d’abondance, à improviser.
18, +Alongeail+.--Troisième addition; c.-à-d. son troisième livre et les additions que pour la troisième fois il faisait aux deux premiers.
19, +Pas+.--Les variantes ne manquent pourtant pas; du reste au ch. XII du liv. II, Montaigne se contredit lui-même: «Ie m’eschaulde souuent à corriger et à mettre vn sens nouueau.»
28, +Supernumeraire+.--Quelque pièce rapportée, quelque ornement ajouté à cet ouvrage.--Emblème est employé ici dans un sens tout différent de celui que nous lui donnons d’ordinaire; il a celui du latin emblema, pièce insérée, mise entre deux autres.
=412=,
2, +Nombre+.--Var. de 88: huit.
8, +Soy+.--Ou des joncs, des roseaux que l’air agite par hasard et à son gré.
11, +Antiochus+.--Chercha à concilier les doctrines des Académiciens, des Péripatéticiens et des Stoïciens, n’admettant de dissidences que sur les mots, et fut considéré comme le chef d’une nouvelle Académie.
16, +Qu’autre+.--Non pas meilleure que différente; ou non pas meilleure, mais différente.
18, +Lasser+.--J’aimerais mieux en être encore aux premières publications de mes travaux, que de lasser en les publiant.
22, +Voit+.--Add. de 88: le plus souuent.
31, +Orthographe+.--A cette époque, des efforts étaient faits par plusieurs (Pelletier, Ramus, etc.), pour introduire dans l’orthographe des réformes qu’ils finirent par faire accepter.--Cette même question se produit de nos jours, portant principalement sur l’emploi d’une seule et même lettre pour un même son et la suppression des lettres inutilement doublées, réforme qui, dans ces limites, semble devoir prochainement aboutir.
32, +Punctuation+.--Cette incurie de sa part, à cet égard, n’a pas peu contribué à jeter de l’obscurité sur plusieurs passages des Essais. La ponctuation, en particulier, n’est pas chose indifférente; un même texte ponctué de façons différentes peut présenter parfois des sens absolument opposés (V. N. =III=, 512: Ridicules).--En voici un autre exemple: Le général Fairfax, un des généraux les plus célèbres dans les guerres civiles de l’Angleterre, sous Charles Ier (XVIIe siècle), écrivit, dit on, sous la sentence de mort du roi, après sa signature, ces mots que n’accompagnait aucun signe de ponctuation: «Si omnes consentiunt ego non dissentio.» Avec une virgule après consentiunt, ils signifient: «Puisque tous sont de cet avis, je n’y contredis pas»; et dont la traduction, en plaçant outre cette virgule, deux points après non, est: «Quoique tous soient de cet avis, ce n’est pas le mien; je suis de l’avis contraire.» Fairfax se réservait, de la sorte, la possibilité de faire valoir l’un ou l’autre sens, suivant la suite que pourraient avoir les événements.
=414=,
5, +Metal+.--Que me trouvant vivre en des temps où cet âge nouveau, pire que l’âge d’airain et de fer, est en plein développement, au milieu de ce que ce siècle a de plus corrompu.--Les anciens distinguaient quatre âges dans l’histoire du monde: l’âge d’or, l’âge d’argent, l’âge d’airain et l’âge de fer, correspondant chacun à une diminution de plus en plus grande de la vertu chez les hommes.
7, +Nœud+.--Celui de la religion.
14, +Emergeant+.--Sans profit, et avec perte.
16, +Balance+.--Proportion gardée.
17, +Abbord+.--Var. de 88: porte ouuerte, au lieu de: «de grand abbord».
21, +Fumier+.--De me violenter chez moi.--Être sur son fumier signifie en sa maison, sur ses biens; un proverbe populaire du temps: «Un chien sur son fumier est bien fort», voulait dire: un chacun est bien hardi, bien puissant chez lui.
23, +Sac+.--Ceci était écrit avant 1586, année où Montaigne vit sa maison envahie.
=416=,
2, +Desportemens+.--Mœurs, actions.
7, +Desertées+.--Détruites.
9, +Athenien+.--Ce Lycurgue, intendant du trésor public, se fit remarquer autant par son éloquence que par la probité avec laquelle il s’acquitta de sa charge. PLUTARQUE, Vies des dix orateurs. Lycurgue, 1.
27, +Parole+.--Principe parfait en lui-même et qui semble ne pas prêter à la critique; mais rien n’est absolu, et malgré son excellence il a conduit à cet autre, inepte dans ses conséquences, que les dettes de jeu sont sacrées, comme si toutes ne l’étaient pas et comme si, en raison de leur origine, celles-ci ne devraient pas passer après toutes autres, ce qui est précisément le contraire de ce qui se fait.
32, +Poinct+.--L’objet, le but.
=418=,
4, +Conscience+.--L’obligation que ma conscience m’impose est...
14, +Escharsement+.--Chichement; de l’italien scarsaménte, pauvrement, mesquinement.
15, +Contre+.--Je ne vais pas jusque-là, mais peu s’en faut.
15, +Desobliger+.--Être libre de toute obligation.
17, +Indignitez+.--Var. de 88: desplaisirs.
21, +Publique+.--... à m’acquitter vis-à-vis d’eux des devoirs que la société impose...
23, +Dedans+.--Add. de 88: et de l’obligation interne de mon affection.
28, +Desplaisant+.--Bien fâché, peiné.
30, +Enfant+.--Add. de 88: et son cousin.
=420=,
6, +Ailleurs+.--Var. de 88: obligations et bienfaicts estrangers.
9, +Prou+.--Beaucoup.
17, +Mihi+.--Le texte original est notablement modifié dans la citation.
21, +Asseurez+.--Nous ne sommes pas assez assurés de pouvoir nous tirer par nous-mêmes de tout mauvais pas, pour fuir toute dépendance, ne nous confier et ne nous adresser qu’à nous dans le besoin et le malheur, ce qui serait pourtant le plus juste et plus sûr.
22, +Manque+.--Défectueuse.
25, +Hippias+.--CICÉRON, De Oratore, III, 32.--Hippias se vantait de tout savoir: Platon, dans ses dialogues, l’a livré au ridicule.
31, +Poil+.--Soigner soi-même sa barbe et sa chevelure.
31, +Bragues+.--Ou brayes (l’ex. de Bord. port. bagues), caleçon. Était porté, dit NICOT, par mesure de propreté par-dessous les hauts-de-chausses. Ce mot, tiré du grec, signifie court, petit; les bragues en effet ne descendaient que jusqu’au genou.
32, +Soy+.--Pour ne faire fond que sur lui-même et n’avoir besoin de personne autre.
34, +Empruntez+.--Var. de 88: estrangers.
36, +Passer+.--Add. de 88: I’ai tres volontiers cerché l’occasion de bien faire et d’attacher les autres à moi, et me semble qu’il n’est point de plus doux vsage de nos moyens. Il est regrettable qu’en remaniant son texte, Montaigne ait supprimé cette phrase.
=422=,
3, +Summission+.--C’est de ce principe que découle cet autre: «L’aide apportée au pauvre par la charité, ne doit être que le moins possible gratuit; si minime que soit un service rendu qu’on lui paye, sa dignité est sauve, l’effort qu’il a dû faire le réhabilite à ses propres yeux et lui est salutaire.»
5, +Enuoyoit+.--Ces présents consistaient en chevaux et oiseaux de chasse, chacun au nombre de dix; nombre qui, au dire de Tamerlan, aggravait l’insulte qui lui était faite, Bajazet ne devant pas ignorer que le nombre neuf était le nombre sacré des Tartares, celui auquel il eût dû se fixer.
9, +Donner+.--Les errements sont autres aujourd’hui et les souverains reçoivent aussi bien qu’ils donnent; seulement en France, c’est toujours le budget ou les établissements producteurs de l’État, Sèvres, les Gobelins etc., ce qui est tout un, qui font les frais quand ce sont nos représentants qui donnent, et quant à ce qu’ils reçoivent, ils ne manquent pas de toujours le considérer comme leur étant personnel.
11, +Iupiter+.--ARISTOTE, Morale à Nicomaque, IV, 3.--Thétis implorait Jupiter pour qu’il vengeât Achille, son fils, de l’affront que les Grecs venaient de lui faire en lui enlevant Briséis, sa captive. Le dieu acquiesça à sa demande et ratifia sa demande par un simple signe de tête qui ébranla l’Olympe, ce dont Phidias s’est emparé pour son Jupiter Olympien, l’un de ses chefs-d’œuvre. Le discours de Thétis à Jupiter se trouve au premier chant de l’Iliade, v. 503.
22, +Autruy+.
«Acheter est meilleur marché que demander.» Proverbe.
«Rien n’est plus cher que le prié.» Proverbe.
25, +Contraction+.--L’exiguïté, le peu d’étendue de mes désirs et de mes projets.--Ce mot est purement latin.
=424=,
2, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IX, 7.
8, +Encores+.--XÉNOPHON, son historien, dans la Cyropédie, VIII, 4, 4.
14, +Amys+.--Sylla ne pensait pas ainsi, disant de lui-même, ainsi que le porte son épitaphe composée par lui: «Nul ne fit plus de bien à ses amis, et plus de mal à ses ennemis.»
24, +Nom+.--C’est là une erreur causée par la vanité; seuls, lui et son père sont nés à Montaigne, et lui seul, abandonnant son nom de famille, y a substitué celui-ci qui sonnait mieux et qui, du reste, s’est éteint avec lui.
25, +Accoustumons+.--A tout ce que nous tournons en coutume.
28, +Maux+.
«Coutume, opinion, reines de notre sort, Vous réglez des mortels et la vie et la mort.» VOLTAIRE.
29, +Echauguette+.--Var. de 88: garnison.--Sentinelle.--L’échauguette est une tourelle où est établie la guette, celui qui fait le guet, qui guette, qui surveille.
=426=,
7, +Indolence+.--Cette phrase de Montaigne a été l’objet de violentes critiques de la part des solitaires de Port-Royal, injustes en cette occasion, contre leurs habitudes; ils l’ont considérée abstraction faite de la phrase précédente à laquelle elle est liée et en ont ainsi altéré le sens. Montaigne exprime simplement une rêverie dans laquelle il se plonge, quand il songe aux dangers qui peuvent fondre sur lui, et non une règle de conduite. La manière dont il parle de la mort partout ailleurs dans les Essais, la façon dont lui-même a fini, témoignent hautement qu’il ne la redoutait et ne s’en effrayait pas.
25, +Eux+.--Je ne leur en veux pas non plus, il faudrait en vouloir à trop de gens.
30, +Iuridique+.--Ceci s’applique ici plus spécialement aux gens de justice et aux magistrats que Montaigne sembla redouter autant que les gens de guerre, bien qu’au chapitre suivant il dise n’avoir jamais eu de démêlés avec la justice; mais cela peut s’entendre aussi de tous ceux qui détiennent la moindre parcelle de l’autorité publique, soi-disant responsables vis-à-vis de leurs supérieurs qui n’ont d’autres soucis que de les couvrir, parce qu’en effet c’est généralement à leur instigation ou en conformité de leurs propres idées qu’il en est ainsi.--Semblables abus sont de tous les temps; mais, plus heureux que nous, chez les Athéniens tout individu investi d’un mandat pouvait être tenu de justifier ses faits et gestes dans l’exercice de ses fonctions: des accusateurs publics étaient constitués à cet effet; et, dit Montesquieu, les Romains étaient admirables, en ce que chez eux on pouvait faire rendre raison de leur conduite à tous les magistrats, les censeurs exceptés.--En France, la responsabilité des fonctionnaires n’existe pas; ils peuvent commettre les plus flagrantes injustices, les plus lourdes erreurs, sans en subir de conséquence aussi bien dans le domaine administratif que dans celui de la justice et a fortiori dans ce qui se rattache à la politique. Les abus de ce fait sont de toutes les époques; le général André dans ses Mémoires en révèle un, des plus caractéristiques, commis vers 1883 par le Ministère solidarisé à cet effet, dont fut victime, à la requête de l’étranger, un sieur Bonnal.--La Ligue des Droits de l’homme, qui s’est récemment constituée dans le but de faire respecter ces droits, a plus de bonne volonté que d’efficacité; et il en sera ainsi tant que tout fonctionnaire quel qu’il soit ne pourra être déféré directement par qui se croira lésé aux cours d’assises, seuls tribunaux à peu près indépendants, qui auraient qualité pour prononcer l’amende, la prison, la suspension et la révocation; une semblable institution serait une loi de salut public, contre les excès de pouvoirs des juges d’instruction, des fonctionnaires administratifs de tous ordres, trop souvent sanctionnés par les tribunaux civils et les conseils de préfecture, qui ne jouissent pas ou qu’on ne croit pas jouir, ce qui revient au même, d’une complète indépendance.
=428=,
7, +Taches+.--Cet enthousiasme évoque le souvenir des imprécations de J.-J. Rousseau contre Paris, auxquelles Bossuet ne se montre pas plus favorable: «Adieu, Paris! ville de bruit, de fumée et de boue, où les hommes ne croient plus à l’honneur, et les femmes à la vertu; adieu, Paris! cherchant la tranquillité et le bonheur, nous ne serons jamais assez loin de toi.» J.-J. ROUSSEAU.--«Paris, Paris, dont on ne peut apprécier l’orgueil, dont la vanité se soutient toujours, malgré tant de choses qui la devraient déprimer; quand te verrai-je renversé.» BOSSUET.
7, +François+.--L’unité de la France n’était encore que virtuellement réalisée; on était Breton, Flamand, Bourguignon, Gascon, Provençal, etc... autant que Français; la fusion n’a réellement été opérée que par la Révolution; ultérieurement par notre organisation militaire d’avant 1870; plus tard, les chemins de fer ont contribué à parfaire cette œuvre.
15, +Estat+.--La prédiction de Montaigne s’est réalisée en 1871, lors de la Commune. Ce que n’avaient pu faire les Allemands, l’insurrection l’a tenté et ce n’est pas sa faute, mais le manque de temps, si Paris, à ce moment, n’est devenu un monceau de cendres; si seuls les Tuileries, l’Hôtel de Ville, le Ministère des Finances, la Cour des comptes, le Conseil d’État, la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur ont été la proie des flammes. Dans l’avenir, en pareille occurrence, les explosifs viendront en aide au pétrole.
16, +Abbois+.--Me retirer, mourir.--Terme de chasse pris ici au figuré; un cerf est aux abois, quand, poursuivi par les aboiements des chiens, il est serré de près.
19, +Exces+.--Var. de 88: tort.
20, +Postposant+.--Subordonnant, estimant inférieure.
20, +Commune+.--C’est la théorie que professent de nos jours les adeptes de l’internationalisme. Ils préconisent le désarmement universel, ne tenant aucun compte de la nature humaine chez laquelle, que ce soient des individualités ou des collectivités, la force prime le droit, toujours prête à fouler aux pieds celui d’autrui, à s’emparer de ses biens, ne les respectant que chez ceux qui sont en état de les défendre. Cette utopie serait quand même respectable chez ceux qui l’émettraient de bonne foi, mais formulée par des ambitieux et des énergumènes qui n’ont en vue que de se créer une popularité malsaine en faisant miroiter aux yeux des masses des aspirations qui les allégeraient de toute obligation militaire, de se débarrasser eux-mêmes de l’entrave qu’apporte l’armée à la réalisation de leurs idées subversives en vue de s’emparer du pouvoir, c’est avec raison qu’on les flétrit du nom de sans-patrie.
20, +Feru+.--Frappé, entiché, captivé par.
29, +Choaspez+.--PLUTARQUE, De l’Exil, 5; ÉLIEN, Hist. div., XII, 40.--«Ses eaux, dit PLINE, XXXI, 3, sont considérées comme admirables; les rois des Parthes en font porter avec eux, même dans leurs plus longs voyages»; on la faisait bouillir.
34, +Feisse+.--Sur ce point, Montaigne, conséquent du reste avec lui-même, se montre de tout autre sentiment que bien d’autres. «Oh! n’exilons personne, l’exil est impie», a dit Victor Hugo. «L’exilé partout est seul», répète LAMENNAIS, dans une de ses plus belles pages où il peint les douleurs de l’exil.
=430=,
4, +Quoy?+--C’est la tournure latine, quid? quod...? Elle peut se traduire ainsi: Que dirai-je encore? N’alla-t-il pas jusqu’à repousser l’argent que ses amis étaient disposés à sacrifier pour le délivrer?
8, +Seconde+.--C.-à-d. les exemples de la première espèce sont ceux qu’il embrasse plus par estime que par affection; ceux de la seconde sont ceux si élevés, si extraordinaires, qu’il en est qu’il n’arrive même pas à comprendre.
23, +Romains+.--MARTIAL, XIV, 28; JUVÉNAL, IX, 50.
24, +Teste+.--Le parasol en Italie et aussi en Espagne, transformé plus tard en Angleterre où la pluie est plus fréquente que le soleil, y fut en usage bien avant que la France, grâce à son climat, songeât à l’adopter. Il ne s’est généralisé chez nous que vers la fin du XVIIe siècle: le poids de ce meuble donna longtemps à réfléchir: en l’an de grâce 1500, il mesurait en effet 1m,20 de diamètre et, confectionné en cuir, toile cirée, étoffe de soie huilée ou papier verni, ne pesait pas moins de 2 kilos.
27, +Poste+.--A leur gré.--Ce devait être tout simplement, à l’intérieur des habitations, par le moyen de pankas, sorte de grands panneaux mobiles, suspendus au plafond, de contexture légère, recevant de main d’homme un mouvement d’oscillation et dont il est fait un usage constant dans les pays orientaux; à l’extérieur, à l’aide de vastes parasols et de gigantesques éventails portés ou agités par des esclaves ou des eunuques, comme cela se pratique encore en Chine et dans les Indes. Ce que Xénophon dit des Perses à ce propos, Hérodote le dit également des Lydiens et Strabon des Bactriens.
32, +Auoyé+.--Une fois en route.--Être avoyé, c’est le latin in via esse.
33, +Grandes+.--Je suis aussi disposé à me détourner des petites entreprises que des grandes; il me coûte autant de me mettre en train pour les unes que pour les autres.
=432=,
8, +Partir+.--Au moyen âge, en France, on ne faisait que deux repas par jour: le dîner à 9 heures du matin et le souper à 5 heures du soir, ce dernier de beaucoup le plus copieux. A la fin du XVe siècle, le dîner recula à 10 heures; d’où ce dicton de l’époque:
«Lever à six, dîner à dix, Souper à six, coucher à dix, Font vivre l’homme dix fois dix.»
Au XVIe s., du temps de Montaigne, à 11 heures; au XVIIe, à midi: «J’y cours à midi sonnant», dit Boileau dans sa satire du Repas ridicule; aujourd’hui, certains ne dînent à Paris qu’à 1 heure et demie. Ce recul progressif amena l’usage du déjeuner (mot dont le sens est «rompre le jeûne»). Quant au souper, il a été également reculé à 6 et 7 heures en province, 7 heures et demie, 8 heures à Paris, il en est même qui soupent à 10 heures, 10 h. ½, recul qui a introduit, pour les désœuvrés, l’habitude du thé de 5 heures.
24, +Œconomique+.--Par vertu économique, Montaigne comprend ici tout ce qui est relatif à la bonne tenue d’une maison; non seulement l’économie proprement dite, mais aussi l’ordre, l’activité, le sens des affaires, qualités qui sont intimement liées les unes aux autres et n’ont réellement d’effet utile qu’autant que nulle d’elles ne fait défaut.
24, +Propre+.--Je mets la mienne (ma femme) à même; je lui donne occasion d’exercer cette vertu.
30, +Puisse+.--Pourvu que je le puisse.
32, +Quiete+.--Paisible, tranquille, du latin quietus, qui a même signification.
=434=,
3, +Desprendre+.--Var. de 88: perdre.
9, +L’autre+.--«L’absence n’affaiblit pas l’amitié, elle n’agit que sur les passions brûlantes comme l’amour et la haine.»
«L’absence est à l’amour ce qu’est au feu le vent; Elle éteint le petit et rallume le grand.» B.-RABUTIN.
«La beauté, même à l’œil, sait-elle toujours plaire? Vous croyez que le temps la détruit ou l’altère; L’habitude, voilà son plus triste ennemi. A qui nous voit toujours on ne plaît qu’à demi.» BARTHE.
La conclusion de ce quatrain est celle de Montaigne: «Un peu d’absence fait grand bien»; mais il se dit aussi avec non moins de vérité:
«Loin des yeux, loin du cœur!»
12, +Colligance+.--Union, liaison intime, connexion; du latin colligatio.
15, +Ayde+.--L’exemple du doigt étendu se trouve dans PLUTARQUE, Des communes conceptions contre les Stoïques, 18; quant au dîner, cela semble appartenir en propre à Montaigne.
26, +Locorum+.--Le texte original est ici tant soit peu altéré, pour mieux s’adapter à l’idée.
=436=,
4, +Non que+.--Non moins que.
6, +Accouez+.--Attachés, accrochés. Ce terme est encore employé par les marchands de chevaux: Accouer quatre ou cinq chevaux, c’est les attacher à la file les uns des autres, le licol de l’un à la queue de celui qui le précède.
8, +Chiennine+.--SAXON LE GRAMMAIRIEN, dans son Histoire du Danemark, VIII, parlant de la conversion des peuples de Rugen, dit que les habitants de Karenty, une de leurs villes, après avoir renoncé au culte de leurs idoles, ne laissaient pas de les redouter encore, se souvenant de la manière dont elles avaient souvent puni leurs impudicités, les coupables, en action, demeurant liés l’un à l’autre comme des chiens sans pouvoir se dégager, au point que parfois surpris ainsi, ils avaient été, en cet état, placés l’un d’un côté, l’autre de l’autre, sur une perche qui les soutenait en l’air et, de la sorte, livrés à la risée publique.
27, +Viuoit+.--La Boétie.
31, +Seuls+.--En ne travaillant que pour nous seuls.
=438=,
1, +Tristes+.--J’éclaircis, j’égaie les tristes pensées par des parties de plaisir, telles que les voyages.
2, +Platoniques+.--PLATON, Lois, XII.
4, +Volontiers+.--Certains pensent qu’il y a erreur et que Montaigne avait voulu mettre «plus mal volontiers» et appuient leur dire de ce qu’il ajoute peu après: «Mais en tel aage, vous ne reuiendrez iamais...» L’erreur est loin d’être manifeste, au contraire; et quant aux mots cités à l’appui, ils n’affirment cette supposition que par suite de l’intercalation de la phrase précédente, qui n’existe pas dans l’éd. de 88.
18, +Air+.--Chrysippe était de Soles en Cilicie, Asie Mineure; Cléanthe, d’Assos en Éolie, Asie Mineure; Diogène, de Babylone en Chaldée, Asie Centrale; Zénon, de Citium, île de Chypre; Antipater, de Tarse en Cilicie. Tous ces philosophes, de l’école stoïcienne, passèrent leur vie à Athènes. PLUTARQUE, De l’Exil, 12.
26, +Gorge+.--Montaigne dit ailleurs encore être sujet à des maux de gorge; il est mort d’une esquinancie.
29, +Miens+.--Satisfaction ne lui a pas été donnée sur ce point: il est mort chez lui, au milieu des siens; son corps, transporté à Bordeaux, a été placé dans l’église des Feuillants et son cœur déposé dans l’église de S.-Michel de Montaigne. V. Notice sur sa vie, =IV=, fasc. =A=.
31, +Entregent+.--Civilité, politesse.
=440=,
6, +Sortir+.--Ménage, à son lit de mort, disait de même au confesseur qui l’assistait: «On a besoin d’une sage-femme pour entrer en ce monde, combien un homme sage est précieux pour en sortir!»
10, +Coniller+.--A me sauver, me cacher comme un lapin dans son trou. V. N. =I=, 200.
14, +Quiete+.--Paisible, tranquille. V. N. =III=, 432.
17, +Parler+.--Les anciens Grecs et Romains attachaient du prix aux adieux suprêmes; il leur semblait que l’âme, au moment où elle se détachait du corps, anticipait sur les secrets de la tombe et ils recueillaient comme sacrées les dernières paroles des mourants; Andromaque, dans Homère, regrette qu’Hector mourant n’ait pu lui adresser «quelques sages paroles dont l’éternel souvenir vînt se mêler à ses larmes».--Chez les Romains, mourir sans parler, se disait encore de ceux qui mouraient intestats.
18, +Yeux+.--L’usage de clore les yeux et la bouche à l’instant de la mort, était en quelque sorte un rite sacré dans l’antiquité: dans l’Odyssée, Agamemnon aux Enfers, ou plutôt son ombre, se plaint de ce que Clytemnestre, au moment où elle venait de l’assassiner, s’est retirée sans accomplir ce pieux devoir.
23, +Rechigner+.--Faisant mauvaise figure, geignant, ayant l’air maussade. LA FONTAINE s’est servi de ce mot dans sa fable L’aigle et le hibou; dépeignant les petits de celui-ci, il dit: «de petits monstres fort hideux, rechignés, la voix de mégère».
24, +Pieds+.--CHATEAUBRIAND pensait de même: «Cette impossibilité de durée et de longueur dans les liaisons humaines, cet oubli profond qui nous suit, cet invincible silence qui s’empare de notre tombe et s’étend de là sur notre maison, me ramènent sans cesse à la nécessité de l’isolement. Toute main est bonne, pour nous donner le verre d’eau dont nous avons besoin dans la fièvre de la mort. Ah! qu’elle ne nous soit pas trop chère, car comment abandonner, sans désespoir, la main que l’on a couverte de baisers et que l’on voudrait tenir éternellement sur son cœur!»
27, +Discours+.--Par raison.
=442=,
2, +Cheure+.--Se fâcher, se mettre en colère; c.-à-d. imiter la chèvre dans ses bonds, dans ses emportements.
12, +Contrebas+.--De haut en bas, tout à fait.
16, +Main+.--De longue main, d’avance.
31, +Vent+.--Sans frapper de grands coups en l’air, sans perdre son temps.
31, +Preoccuper+.--Prévenir.
444,
3, +Dion+.--Lire Bion, ainsi que le portent l’ex. de Bord. et la traduction. DIOGÈNE LAERCE, IV, 45.
4, +Broche+.--Il lui ferma la bouche. Cette expression couper broche, tirée de ce que l’on arrête l’écoulement du vin d’un tonneau, en introduisant dans l’orifice une tige de bois ou broche que l’on coupe au ras de la douve, correspond exactement à celles de couper court, couper net, que nous employons aujourd’hui et dont l’origine est la même.
12, +L’iniure+.--On prête à un prédicateur des plus en renom de notre temps un fait analogue: Piquée au vif par quelque trait de l’orateur, une personne crut s’en venger en disant à tout venant, qu’après tout lui-même n’était fils que d’un cordonnier. Il est de par le monde une gent exécrable, celle qui a la manie de rapporter perfidement à autrui ce qu’on dit de lui, sous couleur de lui témoigner de l’intérêt, le frappant d’un trait qui ne l’avait pas touché, au risque de créer les pires inimitiés; quelle atteinte à la charité et que de malheurs en résultent chaque jour! Le propos fut répété à l’intéressé, et, dans le premier sermon qui suivit: «On me reproche, dit notre prédicateur, d’être fils d’un cordonnier; hélas! pas même d’un cordonnier, je ne suis fils que d’un savetier qui ne faisait que les raccommodages et les ressemelages, ce qui du reste ne diminue en rien l’honorabilité de mes parents.»
25, +Ioindre+.--Cet honnête homme, Montaigne le trouva, vers l’an 1586, dans Pierre Charron, qui, après la mort de l’auteur des Essais, écrivit un livre intitulé: «De la Sagesse», où il a recueilli une infinité de pensées de Montaigne avec lequel il était lié d’une étroite amitié vers la fin de sa vie.
32, +Feaux+.--Les plus fidèles, les plus intimes.
37, +Amy+.--L’éd. de 88 et l’ex. de Bord., au lieu de: «Eh qu’est-ce qu’vn amy!» portent: Oh! vn amy! variante beaucoup plus heureuse sous rapport de la forme et de l’expression et qui, pour cette raison, a été suivie dans la traduction.
39, +Feu+.--CICÉRON, De Amicit., 6.
=446=,
5, +Empescher+.--Embarrasser.
6, +Indois+.--C’est pourquoi les Indiens...--Montaigne dit volontiers Indois pour Orientaux, dans le même sens que les Romains et les Grecs disaient les Barbares, et les Hébreux, les Gentils.--Ce qu’il remarque ici des Indiens, SEXTUS EMPIRICUS le dit des Scythes, STRABON des Bactriens et des Massagètes. Le passage semble tiré d’HÉRODOTE, où on lit: «On dit qu’ils observent cette coutume, qu’aussitôt que quelqu’un d’entre eux, homme ou femme, tombe malade, ses meilleurs amis le tuent, parce que, disent-ils, il devient maigre et que la maladie corrompt sa chair; et celui-là même qu’ils croient malade et qui ne l’est pas, ils ne laissent pas de le tuer impitoyablement; ils font mourir de même ceux qui sont parvenus à une extrême vieillesse, mais à ce régime-là, il y en a peu qui arrivent à un âge avancé. Il y a d’autres peuples dans les Indes qui observent une coutume un peu différente: aussitôt que quelqu’un d’entre eux est malade, il se retire à l’écart dans un lieu désert, où il demeure tout seul, sans que personne prenne soin de lui, soit qu’il guérisse, soit qu’il meure.»--En ce qui concerne plus particulièrement les Massagètes (peuple scythe au N. de la mer Caspienne), ils considéraient, dit STRABON, que la mort la plus honorable, quand l’âge les a rendus inutiles, c’est d’être tués et mangés avec de la viande de mouton. Quant à ceux usés par la maladie, ils les détruisaient comme impies et ne les considéraient que comme susceptibles d’être dévorés par les bêtes fauves. Un autre auteur ajoute qu’ils n’estimaient rien de si malheureux, que de périr autrement que par le fer; et c’est pourquoi ils se faisaient une loi de tuer ainsi les vieillards et de les manger.
10, +Insupportables+.--Ceux qui traînent languissants un si long espace de vie.
19, +Loy+.--La liberté, le droit.
22, +Maladie+.--ROBERT GAGUIN, historien du XVe siècle, dit en parlant de Louis XI: «Dans son désir de recouvrer la santé, il alla jusqu’à absorber du sang humain tiré à des enfants»; on en a dit autant du pape Innocent VIII.--CELSE dit: «Il y en a qui se sont guéris de l’épilepsie en buvant du sang chaud d’un gladiateur qui venait d’être égorgé»; l’empereur Constantin, malade, donna un témoignage de sa déférence au pape Sylvestre, en renonçant à prendre des bains de sang.
24, +Poisante+.--Peut-être David qui, d’après le Livre des Rois, «âgé de soixante-dix ans, ne pouvant, par suite de son âge, se réchauffer, bien qu’ayant déjà des épouses et des concubines, fit venir du fond de ses états une vierge pour coucher avec lui et le réchauffer de son contact»; et, ajoute le livre saint, il n’eut pas d’autres rapports avec elle.--On a pensé aussi que ce pouvait être le duc d’Albe, mais si on a dit de lui qu’il se faisait allaiter par deux nourrices, on ne trouve rien autre du procédé prêté à David.--L’éd. de 88 aj. ici: Ie conseillerois volontiers Venise pour la retraicte d’vne telle condition et foiblesse de vie.
30, +Pendant+.--Escarpé, glissant.
31, +Caignart+.--Coin. En Gascogne, on désigne de ce nom, qui semble venir du latin canis, chien, les coins exposés au soleil où, en hiver, les chiens, et aussi les gueux, se rassemblent, cherchant à combattre le froid.
=448=,
8, +Iour+.--«Ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd’hui.» Proverbe.--Conséquent avec lui-même, Montaigne, sentant approcher sa fin, se leva de son lit en chemise, prit sa robe de chambre, passa dans son cabinet et, faisant appeler tous ses serviteurs et autres personnes auxquelles il voulait laisser des souvenirs, il leur remit ce qu’il avait consigné à leur intention dans son testament, par crainte des difficultés qu’auraient pu faire ses héritiers pour acquitter les legs qu’il avait faits. ANTHONE, Commentaire sur la coutume de Bordeaux.
11, +A peu+.--Pour peu.
22, +Vsage+.--Qui sont uniquement à l’usage...
=450=,
3, +Perdu+.--Etienne de La Boétie. V. liv. 1, ch. XXVII, =I=, 296 et suiv.
4, +Visages+.--Add. de 88: Ie sçay bien que ie ne lairray aprés moy aucun respondant si affectionné de bien loing et entendu en mon faict, comme i’ay esté au sien, ny personne à qui ie vousisse pleinement compromettre de ma peinture: luy seul iouyssoit de ma vraye image, et l’emporta. C’est pourquoy ie me deschiffre moy mesmes si curieusement.
11, +M’attendre+.--Qu’à m’occuper d’elle...
21, +Caton+.--Caton d’Utique. V. N. =II=, 430: Premier.
31, +Commourans+.--Nom d’une comédie de PLAUTE. C’est-à-dire la bande de ceux qui voulaient mourir ensemble, formée par Antoine et Cléopâtre; gens qui, après la bataille d’Actium (=31=), avaient formé ce projet auquel, le moment venu, nombre n’hésitèrent pas à se soustraire et qui en l’attendant passaient leur temps dans les festins et la débauche. PLUTARQUE, Antoine, 15.
34, +Petronius+.--TACITE, Ann., XVI, 19.--Pétrone fut un des favoris de Néron qui lui donna le titre d’Arbitre des élégances (intendant des plaisirs); soupçonné d’avoir pris part au complot de Pison, il reçut l’ordre de se donner la mort, s’ouvrit les veines et montra dans ses derniers moments la plus grande sérénité. On a de lui un pamphlet satirique, où se trouve entre autres un morceau, «Le festin de Trimalcion», contenant de nombreuses allusions à Néron, à ses débauches et à son manque de goût; pamphlet qu’en mourant, il lui aurait adressé à lui-même.
34, +Tigellinus+.--TACITE, Hist., I, 72.--Tigellinus, de basse naissance, favori de Néron, le déprava, le façonna à tous les forfaits, osa même en commettre à son insu et finit par l’abandonner et le trahir; c’est dans ses jardins que commença l’incendie de Rome. Exécré de tous, il reçut d’Othon l’ordre de mourir; au milieu des étreintes et des baisers de ses maîtresses, après des retards honteux, il se coupa la gorge et couronna l’opprobre de sa vie par la lenteur et la honte de sa mort.
35, +Mort+.--Add. de 88: Selon les regles de ce temps là.
=452=,
15, +Vie+.--A la facilité avec laquelle je quitterai la vie.
25, +Fois+.--Et plus encore quelquefois.
27, +Proprieté+.--Du latin propriare, approprier; par ext., convenable, confortable. Certains éditeurs, de leur propre mouvement, y ont substitué «propreté».
30, +Conuiuium+.--Cette première partie, Montaigne l’a adaptée à son sujet en lui prêtant un sens tout contraire à celui qu’elle a dans l’original.
37, +Superfluë+.--VOLTAIRE était d’un avis contraire: «Le superflu, chose si nécessaire», a-t-il dit quelque part.
=454=,
8, +Raison+.--Dans le Journal de son voyage en Allemagne et en Italie, Montaigne dit de lui-même qu’«il se conforme et renge, en tant qu’en luy est, aux modes du lieu où il se treuue: et qu’il portoit à Auguste (Augsbourg) un bonnet fourré par la ville».
10, +Vn+.--Et tellement un (égal, indifférent) que je me plains, en vieillissant, de cette manière d’être qui fait que je suis content de tout.
16, +Estrangers+.--«Évitez chez l’étranger de vous lier avec les gens de votre nation, vous ne verriez ensemble que votre pays.» BACON.
20, +Estrangeres+.--Les guides qui abondent actuellement, en même temps que s’est développé en France le goût des voyages, donnent, avec juste raison, comme principe essentiel, surtout à l’étranger, de savoir se conformer aux goûts et aux habitudes des pays où l’on se trouve.
25, +Venir+.--Le retour.
34, +Homme+.--Honnête homme, au sens où le XVIIe siècle emploiera si souvent cette expression, c’est non tant l’homme d’honneur que l’homme galant, l’homme comme il faut.
35, +Façons+.--A l’encontre de ces hommes qui s’effarouchent des façons contraires aux leurs, je voyage parce que je suis las de nos manières.
36, +Logis+.--Aussi «se faschoit-il, comme il le dit dans son Journal de voyages, de rencontrer à Rome si grand nombre de François, qu’il ne trouuoit en la rue quasi personne qui ne le saluast en sa langue».--Nous pouvons en dire autant aujourd’hui des étrangers à Paris. Anglais et Allemands en particulier pullulent, non seulement en qualité de touristes qui sont légions, mais y demeurant soit pour leur agrément, soit pour faire le commerce ou se livrer à l’industrie: c’est une véritable invasion; et, où qu’on soit, où qu’on aille, on y entend parler les langues étrangères au moins autant que le français.
=456=,
4, +Peu+.--Y a pu; forme elliptique pour: «y a pu tenir, y a pu loger».
13, +Suiure+.--Add. de 88: et qui prenne plaisir à vous assister.
30, +Archytas+.--CICÉRON, De Amicitia, 23.--Archytas fut à la fois mathématicien, astronome, homme d’état, général; six fois il fut élu chef du gouvernement et à diverses reprises battit les ennemis de sa patrie. Il avait écrit sur presque tous les sujets, il ne reste de lui que de très courts fragments. On lui attribue l’invention de la vis, de la poulie; il avait, dit-on, construit une colombe volante.
30, +Passer+.--La vie.
34, +Auez-vous+.--S.-ent.: mais on me dira;--ou plutôt Montaigne adopte ici la forme d’un dialogue entre lui et un interlocuteur supposé qui l’engage à ne pas voyager.
=458=,
1, +Pompe+.--Henri de Navarre y vint avec toute sa maison militaire et ses équipages de chasse le 19 décembre 1584 et y séjourna deux jours; il y vint loger une seconde fois le 23 octobre 1587, après la bataille de Coutras.
7, +Destourbier+.--Embarras. V. N. =II=, 454.
26, +Modification+.--Var. de 88: mesure.
=460=,
6, +Non+.--Où n’y en a-t-il pas?
22, +Poulet+.--Un billet doux.
23, +Frotter+.--C’est ce que RABELAIS appelle faire la bête à deux dos.
26, +Porcie+.--Fille de Caton d’Utique, s’arracha la vie, quand elle apprit la défaite et la mort de Brutus son mari, après la bataille de Philippes; ne pouvant trouver un fer pour se détruire, elle avala des charbons ardents.
27, +Homme+.--Probablement Théodore de Bèze, qui publia presque en même temps des poésies amoureuses et de nombreux ouvrages très appréciés en faveur de la Réforme, parmi lesquels malheureusement une apologie intolérante du jugement et du supplice de Servet, brûlé vif, du fait de Calvin, à Genève, en 1553, pour cause d’hérésie. D’autres pensent qu’il s’agit de Muret qui, en 1552, fit imprimer et un Discours sur l’excellence de la philosophie et des pièces fort légères en même temps qu’un commentaire assez indiscret des «Amours» de Ronsard. BONNEFON.
31, +Desieuné+.--Se soit régalé (en rompant son jeûne).
34, +Sentez+.--Écoutez lire...; forme latine sentite, écoutez.
38, +Ariston+.--PLUTARQUE, Comment il faut ouïr, 8.
=462=,
5, +Ouurier+.--Aristippe.
8, +Aristippique+.--Contre la vertu telle que la définissait Aristippe. DIOGÈNE LAERCE, II.
11, +Presse+.--La foule, la multitude.
14, +Antisthenes+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 11.
17, +Diogenes+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 38.
18, +Confidence+.--La fermeté, la résolution; c’est le sens de ce mot en latin, mais qui n’est plus celui qu’il a de nos jours.
23, +Lays+.--DE GUEVARA, Epît. dorées; venant de cette source, on a tout lieu de tenir ce propos comme apocryphe.
38, +Sua+.--La relation de cette citation avec le texte, ne se saisit pas bien; cela arrive quelquefois chez Montaigne.
41, +Inegale+.--«Il n’y a pas trois ou quatre peuples sur la terre où les lois criminelles soient assez bonnes, pour qu’on ne préfère pas à leur tribunal celui d’un seul homme de probité et de bon sens.» SERVAN.
11, +Endroicts+.--De se montrer à la fois sous deux jours opposés.
13, +Choses+.--Les prédicateurs, les moralistes.
15, +Conference+.--Du rapport, de la relation avec les autres vies.
19, +Saison+.--Cicéron, dans sa Lettre à Atticus, II, 1, reproche encore à Caton de parler quelquefois, comme s’il opinait dans la république de Platon, et non dans la lie de Romulus.
28, +Innocente+.--Louis XVI est, chez nous, un exemple des plus probants de cette vérité, que démontrent non moins péremptoirement ceux entre autres de Louis XI et de Richelieu. L’expérience ne le prouve que trop, pour gouverner les hommes et triompher, dans leur intérêt même, des obstacles sans cesse renaissants que ceux qui en ont la gestion rencontrent à l’accomplissement de leur mission, il ne faut voir que l’utile, sans se préoccuper outre mesure du bien ou du mal, du juste ou de l’injuste, quand la nécessité commande; celui qu’arrêtent les scrupules le cas échéant, ne fait rien qui vaille.
31, +Confesseur+.--Peut-être est-il question ici de saint Louis qui, de l’aveu même de Joinville son historien et son panégyriste, fut très intolérant et entreprit des croisades qui coûtèrent tant à la France, tournèrent si mal et lui firent négliger l’administration du royaume. NAIGEON.--Cela peut s’appliquer également à Charles VIII qui, en 1484, restitua le Roussillon à Ferdinand roi de Castille, à l’instigation de son confesseur; à Henri II, qui persécuta les réformés à l’instigation du cardinal de Lorraine «qui avait la conscience du roi, comme en sa manche»; à Louis XIV, que l’influence de ses confesseurs amena à révoquer l’édit de Nantes, fait qu’on ne saurait toutefois imputer, comme nombre d’historiens l’ont fait, au Père Lachaise qui, ainsi qu’en témoignent les Mémoires de Saint-Simon, y était au contraire absolument opposé et parvint à l’empêcher tant qu’il vécut.
33, +Pius+.--COME DE MÉDICIS disait: «On ne gouverne pas avec des patenostres.» Et BERNADOTTE: «Qu’il fallait, pour conduire la France, une main de fer gantée de velours».
=466=,
9, +Affaires+.--Cela est très vrai et explique pourquoi en politique les hommes sont souvent inconsciemment différents de ce qu’ils sont dans la vie privée. Mais, si dans les circonstances anormales tout acte, quel qu’il soit, peut avoir sa raison d’être et son excuse, en temps normal le respect des principes constitutionnels, des libertés publiques et des droits de chacun est de règle absolue. Ce qui n’empêche que nous voyons constamment nos gouvernants y faillir, parce que nous manquons du caractère nécessaire pour le leur imposer et que leur responsabilité morale et légale à cet égard est illusoire. Mais les pouvoirs publics ne sont pas immuables et il ne faut pas désespérer qu’il en survienne d’autres qui demanderont compte à ceux qui les ont précédés plus ou moins immédiatement, législateurs, ministres, chefs de l’état, de leur coopération à la confection et à l’exécution de lois injustes, ou d’actes de forfaiture; et aussi à tous autres, investis de fonctions publiques auxquelles rien ne les avait préparés, des mesures désastreuses résultant de leur incapacité. La prescription en pareille matière n’existe pas, et, bien que tardivement, ils pourront avoir à supporter dans leurs personnes et dans leurs biens les conséquences des responsabilités encourues. Cela s’est déjà vu, quoique assez rarement; nous souhaitons dans l’intérêt public que ce qui sous ce rapport a été l’exception devienne la règle, sans que pour cela se modifie la forme actuelle du Gouvernement, qui est celle ayant toutes nos préférences; mais d’elle, comme de toute institution humaine, tant vaut l’homme, tant vaut la chose.
9, +Platon+.--République, IV, quelques pages après le commencement.
10, +Nettes+.--Les culottes intactes; c.-à-d. immaculé, sans reproche. V. N. =III=, 420: Bragues.
15, +Solage+.--En sol, en terrain fort différent de celui qui lui conviendrait.
40, +Conseil+.--Le fait est rapporté dans son Gorgias, où il est traité de l’homme apte à gouverner les affaires publiques, et mis par Platon dans la bouche même de Socrate qui dit qu’«étant sénateur et sa tribu se présentant aux assemblées du peuple, il ne savait comment s’y prendre pour recueillir les suffrages, n’étant pas un homme politique et passant son temps à s’étudier lui-même, sans s’occuper des foules, ni de ce qu’elles pensent». V. N. =III=, 576: Socrates.
=468=,
1, +Nombre+.--La mienne est très bornée, quoique ne s’étendant qu’à un petit nombre d’objets.
1, +Saturninus+.--TREBELLIUS POLLION, Trig. Tyr., 23.--Saturninus, Gaulois d’origine, prit du service, se signala par ses exploits en Gaule, en Espagne, en Afrique, parvint aux premiers grades, fut salué empereur dans Alexandrie et ne prit la pourpre qu’à contre-cœur; au bout de quelques mois, abandonné de ses troupes, il fut mis à mort (IIIe s.).
5, +Sincere+.--Var. de 88: Exquise.
15, +Appuyer+.--Signifie ici: aider à la résistance contre la disposition au mal.
16, +Enuis+.--Suivre envis une pente, un parti, une faction, c’est y être entraîné à regret, à contre-cœur, avec répugnance, malgré soi.
26, +Xenophon+.--Cet éloge s’y trouve: Hist. grecq., IV, 1 et Eloge d’Agésilas, III, 4; seulement il n’y est point question de passage à travers le Péloponnèse, mais d’une entrevue dans son camp à laquelle Cotys roi de Paphlagonie, qui n’avait pas voulu se fier au roi de Perse, se rendit sans autre garantie que la parole d’Agésilas.
34, +Capettes+.--Ces bambins d’écoliers.--Babouin signifie un enfant espiègle; capette était le surnom donné à certains écoliers d’un collège de Paris (collège Montaigu), du petit manteau qu’ils portaient; traités fort durement sous le rapport de la table et de la discipline, ils ne brillaient guère en général par l’intelligence et l’instruction, ce qui fit prendre ce surnom en mauvaise part.
35, +Françoise+.--Tant on entend autrement l’innocence, la vertu en France, qu’on ne l’entendait à Sparte.--C’est ce qui était arrivé en 1540, lorsque Charles-Quint, se rendant dans les Pays-Bas, traversa la France. Il fut blâmé par nombre de gens de l’espèce de ceux que Montaigne traite précisément ici de «babouins capettes», pour son imprudence à se confier ainsi à la bonne foi de François Ier, et celui-ci le fut pareillement de sa simplicité à ne pas user d’une si belle occasion de se rendre maître de son plus redoutable ennemi.
=470=,
16, +Guerre+.--C’est-à-dire que, dans l’intervalle, pouvant mourir de mort naturelle ou être massacré par l’un des partis, il échapperait de la sorte à cette tempête.
18, +Voleurs+.--Marc-Antoine, Octave et Lépide qui, de concert, s’emparèrent du pouvoir après la mort de César et formèrent le second triumvirat (=42=).
24, +Platon+.--Le Phèdre, œuvre assez brillante de sa jeunesse.
26, +Muances+.--Changements. Ils ne font pas difficulté de passer d’un sujet à un autre tout différent.
30, +L’Eunuche+.--L’Andrienne, l’Eunuque, deux comédies de Térence.
31, +Torquatus+.--Sylla, Cicéron, Torquatus, titres de chapitres des Vies parallèles de PLUTARQUE.
32, +Demoniacle+.--Démoniaque, ou plutôt divine au sens qu’a ce mot δαιμονική dans la langue grecque.
35, +Socrates+.--Démon de Socrate, un des traités des Œuvres morales de PLUTARQUE, qui porte ce nom.
=472=,
1, +Plus+.--Surtout quand elles semblent être le fait de l’inattention et du hasard.
4, +Change+.--Je change de sujet.
7, +Maistres+.--«Qui ne sait être fou, n’est pas sage.» Proverbe.
12, +Platon+.--Lois, VI.
16, +Rompu+.--Luy mesme est tout poëtique, add. de l’ex. de Bord. qui a été insérée dans la traduction.
28, +Male+.--Ce n’est déjà pas si mal, s’il advient...
30, +C’est mon+.--C’est mon avis; se disait encore en Normandie, il y a deux siècles, pour «oui da», sans doute.
35, +Aristote+.--Voir AULU-GELLE, XX, 5, et PLUTARQUE, Alexandre, 2.
=474=,
8, +Trouue+.--La raison.
8, +Incommode+.--Ailleurs, notamment =III=, 336, Montaigne dit qu’il cherche la vérité; ici, il avoue qu’il s’en soucie peu, si elle peut troubler sa tranquillité; c’est là un des nombreux exemples de ses contradictions et des changements que l’âge ou la maladie apportaient dans ses opinions.
9, +L’asnerie+.--Var. de 88: la grosserie.
13, +Ville+.--De Rome.
14, +Reuere+.--En 1581, Montaigne séjourna à Rome quatre mois et demi.--A son arrivée, on visita ses bagages et on saisit, comme il était de règle, pour les examiner les livres qu’il apportait et parmi eux les Essais, dont la première édition avait paru et avait été signalée comme renfermant des passages peu orthodoxes; ils lui furent néanmoins rendus avec simplement invitation d’y faire quelques changements; plus tard la cour de Rome se montra moins tolérante et par décret du 12 juin 1676 ils ont été officiellement condamnés; ils figurent comme tels dans le Catalogue des ouvrages mis à l’Index et interdits «où et en quelque temps qu’ils soient imprimés», et n’ont point été relevés de cet arrêt. V. N. =I=, 588: Indisciplinatis.--=II=, 528, liv. II, ch. IX, appréciation générale.
17, +Capitole+.--Élevé en =507=, sur le mont Capitolin, une des sept collines de Rome; brûlé trois fois: pendant les troubles de Marius, sous Vitellius et sous Vespasien, il fut en dernier lieu reconstruit à grands frais par Domitien. Le Capitole actuel, édifié sur les plans de Michel-Ange, sur l’emplacement de l’ancien, est affecté à la municipalité de la ville.
22, +Ans+.--Le père de Montaigne était mort en 1569; ceci a donc été écrit en 1586.
28, +Assigné+.--Le bienfait est moins désintéressé, lorsqu’on peut espérer du retour.
29, +Arcesilaus+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 17.--Après de longs voyages en Grèce et en Perse, Arcésilas vint se fixer à Athènes où il fonda la 2e académie, école qui combattait les Stoïciens et niait que l’on puisse rien percevoir de certain par les sens.
29, +Ctesibius+.--Var. et erreur de 88: Apelles.
=476=,
3, +Embabouyné+.--Enchanté, enthousiaste, épris.
7, +Est-ce+.--Passage intégralement traduit de CICÉRON, De fin. bon. et mal., ch. V, au commencement.
20, +Reliques+.--N’est pas employé ici dans le sens d’objets religieux, mais est appliqué à tout ce qui demeure des hommes estimables qu’en imagination Montaigne a vus vivre et mourir, tellement il a été imprégné, depuis son enfance, de leurs faits et gestes par l’étude de l’histoire et de la littérature romaines.
25, +Souuerain+.--Le Pape.
26, +Ailleurs+.--Rome était la capitale des États de l’Église, gouvernés alors par Grégoire XIII.
28, +Princes+.--Les cardinaux.
33, +Empire+.--«Veuve d’un peuple-roi, mais reine encor du monde.»
=478=,
12, +Plus+.--«Après moi, le déluge.»
16, +Nom+.--N’ayant pas d’enfant mâle, le nom de Montaigne devait s’éteindre et s’éteignit avec lui; ses frères portaient des noms tirés d’autres propriétés de la famille.
22, +Commodités+.--Cette opinion de Montaigne est celle de beaucoup; et il faut convenir qu’elle va se répandant de plus en plus avec les progrès de la civilisation, ce qui fait pousser les hauts cris à certains qui considèrent comme une déchéance que l’accroissement de population soit moindre chez nous que chez d’autres.
Les conséquences de cet accroissement varient suivant les pays: avantageux pour ceux qui ont des colonies où déverser leur excédent, ou chez lesquels existe le goût de l’émigration, il est une cause de misères physiques et morales quand les débouchés font défaut. Pareillement avantageux dans les familles adonnées à l’agriculture où l’on tire très aisément parti de chacun, il ne l’est plus chez les autres. G. LEBON.
En France, la population, de 39.047.000 habitants qu’elle était en 1901, a été de 39.337.000 en 1906, soit une augmentation annuelle d’environ seulement 12 pour mille, inférieure à ce qu’elle est chez ses voisins, en Allemagne notamment, où elle atteint 14 à 15. Sa densité est également moindre; elle n’est que de 73 habitants par kilomètre carré, et en Allemagne de 112.
Cette situation tient aux conditions de bien-être que l’on a en France, et que l’on redoute d’amoindrir en augmentant ses charges et en s’expatriant. Qu’on en conclue ce que l’on voudra au point de vue des conséquences économiques, tant que n’interviendra pas un autre système d’éducation changeant notre tempérament et par là amenant les gens à refluer des villes dans les campagnes, et à aller chercher fortune aux colonies, ce qui procède du même état psychologique, rien ne saurait modifier cet état de choses.
Aussi est-ce à un tout autre point de vue que nous sommes partisan de l’impôt sur les célibataires, les divorcés, les veufs et les ménages sans enfants (on évalue à 1.300.000, en France, le nombre des célibataires masculins âgés de plus de trente ans, et à 1.800.000 celui des ménages sans enfants). A cette mesure, on objecte que l’impôt ne saurait être un moyen de réformer la société; mais tel n’est pas le but que nous envisageons: nous ne voyons là qu’une compensation équitable des charges qu’entraîne la famille et dont ils sont exempts; alors qu’on cherche par l’impôt sur le revenu à obtenir une plus juste répartition de nos contributions, quoi de plus naturel et de plus juste que d’atteindre ceux dont les revenus sont si fort accrus de ce chef!
25. +Desirées+.--«Qui a enfant, a tourment.» Proverbe.--EVENUS, de l’île de Paros (anc. Grèce), poète dont Platon loue les talents et la sagesse, disait: «De la crainte ou du chagrin, c’est ce qu’un père éprouve en tous temps par son fils.»
31, +Mieux+.--Il l’agrandit tout au moins, car, en 1576, il fit acquisition pour 1.500 livres (environ 8.000 fr. de notre monnaie) d’une forêt près et au N. de son château.--A son décès, sa succession a été estimée à 90.000 livres, dont 60.000 pour la terre, laquelle, lorsqu’elle sortit de la famille, au commencement du siècle dernier, fut vendue 120.000, et estimée à 224.000 trente ans plus tard; aujourd’hui, manoir (en dehors de sa réfection dernière), terres et bois, représentant une superficie d’environ 350 hectares, valent plus du double.--Sa fille, en se mariant, reçut en dot 20.000 livres tournois.
33, +Pas+.--Aussi ne m’a-t-elle pas accordé de grâce.
34, +Ans+.--Montaigne écrivait ces lignes vers 1586; et Ramon Eyquem son bisaïeul, auquel la famille était redevable de sa situation de fortune et de l’acquisition du domaine de Montaigne, et par lui de son anoblissement, était mort en 1478.
=480=,
2, +Bulle+.--Titre émanant de la chancellerie romaine.--Montaigne laisse entendre ici que ce titre de bourgeoisie romaine lui a été conféré sans qu’il le demande; dans son Journal de voyage en Italie, il dit à cet égard: «Je le recherchai, et pour l’obtenir y employai mes cinq sens; j’y trouvai de la difficulté que je parvins toutefois à surmonter.»
4, +Estois+.--En 1581. A cette époque, depuis longtemps déjà, ce n’était là qu’un titre honorifique; dans les temps anciens, le droit de cité, à Rome, comportait nombre de prérogatives, parmi lesquelles: la liberté individuelle, le citoyen romain ne pouvait être battu de verges, réduit en esclavage, ni même mis à mort, car il pouvait éviter la peine capitale en s’exilant; il pouvait aspirer à toutes les magistratures; servir dans les légions et, par suite, participer aux commandements et au butin; être exempt de certains impôts, etc. Généralement la concession du droit de cité n’était faite qu’avec concession restreinte des privilèges qui y étaient attachés.
34, +Condita+.--Une grande incertitude règne sur la date exacte de la fondation de Rome que l’on admet avoir eu lieu de l’an =754= à l’an =752= av. J.-C.; en conséquence pour la supputation des dates ayant trait à son histoire on prend généralement l’an =753= (date moyenne) comme point de départ; à en juger par ce document, cette date devrait, d’après les archives de Rome, être l’an =750=.
=482=,
18, +Delphes+.--Sur le fronton du temple de Delphes était inscrite cette inscription: Γνώθι σεαυτόν (Gnothi seauton), Connais-toi toi-même. V. N. =I=, 28: Cognoy; =III=, 620: temple.
CHAPITRE X.
=484=,
9, +Moy+.--Primo mihi, moi d’abord.
10, +Affection+.--Et contiendrais volontiers le sentiment d’affection qui est en moi, de peur...
15, +Importables+.--Insupportables.
17, +Platon+.--Lois, VII.
20, +Soy-mesme+.--Pensée imitée de SÉNÈQUE, Epist. 62.
=486=,
5, +Entrailles+.--Les embarras domestiques que j’ai dans mon intérieur.
8, +Forains+.--D’autres affaires extérieures, étrangères, du dehors.
14, +Eux+.--S.-ent.: qui y sont.
22, +Causa+.--Le membre de phrase qui suit est la traduction de cette citation.
29, +Personne+.--Toute cette période est empruntée de SÉNÈQUE, De brev. vitæ, 3.
=488=,
9, +Aussi+.--Montaigne était aux bains de Lucques, en septembre 1581, quand il reçut la nouvelle de son élection; il répondit en déclinant l’honneur qui lui était fait; mais les Bordelais s’entêtèrent et s’adressèrent au roi qui intervint, en lui écrivant qu’en acceptant «il ferait une chose très agréable et que le contraire lui déplairait grandement», ordre devant lequel Montaigne céda.--Voici du reste in-extenso la lettre de Henri III qui est datée du 15 décembre: «Pour ce que j’ai en estime grande votre fidélité et zélée dévotion à mon service, ce m’a été plaisir d’apprendre que vous avez été élu major de ma ville de Bordeaux; et ai confirmé la dite élection d’autant plus volontiers qu’elle a été faite sans brigue et en votre lointaine absence. A l’occasion de quoi mon intention est, et vous ordonne et enjoint bien expressément, que sans délai ni excuse, reveniez au plus tôt que la présente vous sera rendue, faire le dû et service de la charge où vous avez été si légitimement appelé, et vous ferez chose qui me sera très agréable et le contraire me déplairait grandement.»
12, +Eslection+.--Cette durée de deux ans et cette absence de loyer et de gain dans les fonctions de maire de Bordeaux n’existaient que depuis 1550; auparavant cette charge était perpétuelle et une rétribution de 1.400 livres tournois environ y était affectée qui se trouvait alors limitée à deux robes par an aux armes de la ville.
13, +Moy+.--Il semble qu’on peut conclure de là qu’on fut satisfait de son administration; Balzac a insinué le contraire, sans en donner de preuve.
17, +De Matignon+.--Le maréchal de Matignon avait été gouverneur à Alençon et à Saint-Lô, lors de la Saint-Barthélemy, et s’était refusé à exécuter les massacres ordonnés par le roi.
18, +Minister+.--Dans l’éd. de 88, ce vers est complètement entremêlé.
20, +Alexandre+.--SÉNÈQUE, De Benef., I, 13; PLUTARQUE, au commencement de son traité Des trois formes du gouvernement. Ni l’un ni l’autre ne parlent de Bacchus, et Plutarque nomme les Mégariens, au lieu des Corinthiens.
21, +Desdaigna+.--Var. de 88: hocha du nez.
24, +Deschiffray+.--Je me fis connaître.
34, +Appellé+.--Le père de Montaigne qui, antérieurement, avait été, à diverses reprises et à divers titres, membre de la municipalité de Bordeaux, en avait été nommé maire en 1554 et s’y était signalé par de nombreuses mesures administratives.
=490=,
13, +Siller+.--Fermer nos yeux. Siller les yeux, se disait des oiseaux de chasse, auxquels quand on n’avait pas de chaperon pour leur couvrir la tête, lorsqu’on les portait, on cousait les deux paupières avec une pointe d’aiguille pour qu’ils n’y voient pas; dessiller, qui signifie le contraire, ouvrir les yeux, est demeuré dans la langue.
38, +Principale+.--Add. de 88: et plus legitime.
=492=,
4, +Propre+.--Pour lui-même.
28, +Entreprend+.--SÉNÈQUE, De ira, I, 12.
36, +Faut+.--Il manque son coup.
=494=,
8, +Iambe+.--Se donne elle-même un croc-en-jambe, s’enchevêtre.
9, +Implicat+.--SÉNÈQUE, Epist. 44. Ces mots terminent l’épître. Montaigne, qui les donne un peu autrement qu’ils ne sont dans Sénèque, les traduit exactement avant de les citer. Ils sont le développement de cette autre sentence: Festina lente (hâtez-vous lentement), qui, dit-on, se reproduisait souvent dans la conversation et la correspondance de l’empereur Auguste.
16, +Maistre+.--Probablement le roi de Navarre, depuis Henri IV.
17, +Accidens+.--Var. de 88: negoces.
35, +Saisir+.--«Qui trop embrasse, mal étreint.»
=496=,
4, +Opinion+.--«Si tu vis conformément aux lois de la nature, tu ne seras jamais pauvre; si tu te règles sur celle de l’opinion, tu ne sera jamais riche; la nature se satisfait de peu, à l’opinion il faut l’immensité, etc.» SÉNÈQUE, Epist. 16.
12, +Socrates+.--CICÉRON, Tusc., V, 32.
14, +Onces+.--Environ 300 gr., la livre n’étant alors que de 400.
15, +Epicurus+.--SÉNÈQUE, Epist. 18.
15, +Metrocles+.--PLUTARQUE, Que le vice rend l’homme malheureux, 4.
17, +Cleanthes+.--C’est Zénon qui disait cela de Cléanthe, son disciple. DIOGÈNE LAERCE, VII, 169.
24, +Outre+.--Accordons-nous quelque chose de plus.
28, +Nature+.--«L’accoutumance est une seconde nature.» Proverbe latin qu’on trouve dans Macrobe.--Fontenelle disait au sujet de cette pensée que reproduit également Pascal, qu’il voudrait bien savoir quelle était la première, puisque l’habitude est la seconde. Ce n’était là que boutade de sa part; au surplus Montaigne, en poursuivant, s’explique à cet égard de la façon la plus compréhensible: la première est celle en laquelle nous sommes, avant les transformations que nous subissons par le seul effet des habitudes que nous prenons par des causes diverses et qui, en s’infusant en nous, nous modifient dans de telles proportions que l’on peut dire sans exagération que notre nature est autre. Que de fois l’enfant ne se retrouve pas dans l’adulte, ni l’adulte dans l’homme fait!
30, +Et+.--Add. de 88: pour mon humeur.
31, +Essimoit+.--Amaigrissait. Terme de fauconnerie; essimer un faucon c’est lui faire perdre un excédent de graisse, en le soumettant à un certain régime.--L’éd. de 88 port.: estansoit.
39, +Ie me plaindrois... d’Arabie+.--Var. de 88: Ie ne me reforme pareillement gueres en sagesse pour l’vsage et commerce du monde, sans regret que cet amendement me soit arrivé si tard que ie n’aye plus loisir d’en vser: ie n’ay d’oresenauant besoing d’aultre suffisance que de patience contre la mort et la vieillesse. A quoy faire vne nouuelle science de vie à telle declinaison, et vne nouuelle industrie à me conduire en cette voye où ie n’ay plus que trois pas à marcher? Apprenez veoir la rhetorique à vn homme relegué aux desers d’Arabie.
40, +Homme+.--Ce n’est pas ce que dit le proverbe: «Mieux vaut tard que jamais.»
=498=,
12, +Pape+.--Grégoire XIII qui, en 1582, avait réformé le calendrier dont il avait retranché dix jours pour mettre l’année civile en concordance avec l’année solaire. En France, on était passé subitement du 9 au 20 Xe 1582 (V. =III=, 526 et N. France).--Un dicton populaire, antérieur à cette époque: «A la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d’une puce», se répète encore, bien qu’aujourd’hui il ne soit plus vrai, la Sainte-Luce tombant le 13 Xe et les jours décroissant jusqu’au 22; avant la réforme grégorienne, cette fête tombait le 23, et du 22 au 23 l’accroissement du jour est en effet insensible, seulement de quelques secondes.
15, +Vendique+.--Réclame, revendique. Terme du palais qui vient du latin vindicare et qui n’est plus en usage; revendiquer a prévalu.
18, +Grommelle+.--Murmure entre ses dents.
26, +Issue+.--Montaigne fait peut-être, entre autres, allusion ici à l’élection des papes, dans laquelle on tenait et on tient encore grand compte de l’âge, afin que le nouvel élu ne se perpétue pas dans sa fonction.
30, +Mesure+.--Dans la mesure de notre état habituel.
34, +Aduersitez+.--«L’homme tient par ses vœux à mille choses: plus il augmente ses attachements, plus il multiple ses peines.» J.-J. ROUSSEAU, Émile, V. Sénèque a souvent, lui aussi, exprimé la même pensée.
=500=,
3, +Pointe+.--S’abandonnent à l’impétuosité de leurs désirs. Courir de pointe, c’est courir avec impétuosité, c’est ce que les Italiens appellent la furia francese.
5, +Histrioniam+.--Fragment de PÉTRONE, conservé par JEAN DE SALISBURY, Polycratic., III, 8.--S. Jean Chrysostome et d’autres ont employé cette comparaison: «Le monde est une comédie qui se joue en différentes scènes; les spectateurs se connaissent mieux que les acteurs.» BOSSUET.
«Ce monde n’est qu’une œuvre de comiques, Où chacun fait ses rôles différents, Là, sur la scène, en habits dramatiques, Brillants prélats, ministres, conquérants, Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs, Troupe futile et des grands rebutée. Par nous, d’en bas, la pièce est écoutée, Mais nous payons, utiles spectateurs; Et quand la farce est mal représentée, Pour notre argent nous sifflons les acteurs.» J.-B. ROUSSEAU.
«La vie que tu vois n’est qu’une comédie, Où l’un fait le César, et l’autre l’arlequin; Mais la mort la finit toujours en tragédie, Et ne distingue point l’empereur du faquin.» Auteur inconnu.
«... Le monde est une comédie, où le personnage que vous jouez n’est pas des plus relevés; mais il n’y en a pas où l’on ne puisse acquérir de l’honneur. Nous sommes ici-bas comme dans l’arche de Noé: peu d’hommes et beaucoup de bêtes.» LAMOTHE LE VAYER, 1684.
«Oui, ce bas monde est une comédie Où, gouvernés par une austère loi, Pauvres acteurs des drames de la vie, Nous remplissons bien ou mal notre emploi.» SCRIBE.
BALZAC, SHAKESPEARE ont aussi exprimé cette même idée. «La vie est une comédie pour ceux qui pensent, et une tragédie pour ceux qui sentent,» a dit WALPOLE.
12, +Prelatent+.--Se glorifient; se prélater, c’est témoigner par ses manières qu’on se croit fort au-dessus des autres, se donner des airs de prélat.
19, +Claire+.--Montaigne maire et Montaigne simple particulier ont toujours été deux êtres absolument distincts.
23, +Exercice+.--C’est ce qui arrive tous les jours. Nous voyons en effet constamment les hommes politiques commettre des actes ou s’associer à des mesures contre lesquelles leur conscience se révolterait en tant qu’hommes privés, si leur mentalité n’était absolument oblitérée, dans l’exercice de leur mandat; c’est triste, mais c’est la loi des sociétés, si différente et parfois si opposée à la loi de nature, et c’est ce qui jusqu’à un certain point peut leur tenir lieu d’excuse. Il en est souvent de même des avocats, qui eux peuvent invoquer les exigences de la cause bonne ou mauvaise qu’ils ont entrepris de défendre; cela se rencontre aussi couramment chez les journalistes, mais ceux-là ne sont point excusables, car ils n’obéissent guère qu’à leur propre intérêt et au désir d’accroître le tirage de leurs journaux.
24, +Preualoir+.--Il faut prendre le monde comme il est et, autant qu’on le peut, en tirer avantage.
27, +Pierre+.--C.-à-d. familièrement, comme feraient d’obscurs personnages.
31, +Presens brouillis+.--Var. de 88: dissentions presentes.
=502=,
7, +Contraire+.--Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir introduire dans la traduction: Vtatur motu animi, qui vti ratione non potest. Traduction: «Que celui-là s’abandonne à la passion, qui ne peut suivre la raison.» CICÉRON, Tusc., IV, 25.--Cette citation se trouve déjà liv. III, ch. I, =III=, 82.
12, +Cause+.--C’est qu’ils n’en veulent pas à la cause. Cette locution subsiste encore dans le langage familier: A qui en avez-vous? à qui en a-t-il pour être de si mauvaise humeur?
14, +Masche+.--Les blesse, les incommode. On trouve dans NICOT: Il a le visage masché, c.-à-d. meurtri.
18, +Forcene+.--Je ne m’emporte point, je ne suis point hors de moi.
26, +Heretique+.--Peut-être Clément Marot, peut-être Théodore de Bèze, tous deux poètes et très zélés calvinistes, dont il est parlé avec éloge, de l’un comme de l’autre, dans les Essais. V. =I=, 642 et =II=, 518.
27, +Greue+.--Belle jambe.
=504=,
10, +Apollonius+.--Après avoir embrassé de bonne heure la doctrine de Pythagore, se soumit à toutes les austérités de cette secte; visita l’Asie Mineure, la Chaldée, pénétra jusque dans les Indes, puis se rendit en Grèce, en Italie, excitant partout l’admiration et faisant des guérisons miraculeuses. Ses contemporains le regardaient comme un homme extraordinaire et lui reconnaissaient le don de prévoir l’avenir et de faire des miracles. Les païens, dans les temps qui suivirent, allèrent jusqu’à le mettre en parallèle avec le Christ.
10, +Embufflerent+.--Séduisirent, trompèrent. Embuffler quelqu’un, c’est le mener par le nez, comme un buffle.
11, +Discretion+.--Jugement, discernement; du latin discretio, qui a cette signification; ne s’emploie plus dans ce sens.
14, +Depuis+.--Le premier, c’est le parti protestant; l’autre, né depuis, c’est la Ligue.
18, +Vague+.--Si on ne suit.
28, +Detraction+.--Déchirement, médisance.
33, +Garde+.--C’est qu’en effet la cause de la guerre de Marius et de Sylla était tout autre: cette guerre fut en réalité une de ces crises violentes de la lutte éternelle de ceux qui n’ont pas contre ceux qui ont, qui aujourd’hui se traduisent par les grèves; mais, pour s’être transformé, le conflit n’en est pas moins âpre.
Certes le droit de grève est indéniable, il est un des apanages de la liberté, et présentement le seul moyen de défense, quelque peu efficace, de l’ouvrier contre le patron; mais de même que l’accaparement des choses de première nécessité est interdit, tout arrêt d’une certaine importance dans les diverses branches du commerce, de l’industrie ou de l’agriculture, ne saurait être admis; le droit de grève, comme tout autre droit individuel, ne saurait s’exercer de manière à préjudicier à la société.
En la circonstance, ces deux principes ne sont point inconciliables: il suffit d’empêcher ces conflits de se généraliser; de faire que chaque fois ils se limitent au cas particulier qui l’a amené et à cet effet poursuivre impitoyablement, pour fait d’excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres, tous ceux qui par leurs menées ou leurs écrits les fomentent ou s’en mêlent alors qu’ils n’y sont pas directement intéressés. En outre, toute atteinte à la liberté de travail de ceux qui se refusent à l’abandonner, tout méfait tant contre les personnes que contre les propriétés seraient à prévenir d’une façon efficace, les principaux meneurs, les membres du syndicat quand il existe, en étant personnellement et pécuniairement responsables.
Et si, pour en arriver là, il est nécessaire d’avoir recours à l’armée, il faut, tout en recommandant la prudence et la modération, ne pas la réduire de parti pris à l’impuissance en substituant à la loi qui lui trace ses devoirs des instructions arbitraires, qui font qu’elle doit se laisser bafouer, insulter, frapper, et que seul son sang coulera au lieu et place de celui des fauteurs de désordres en présence desquels on l’a mise.
Que l’on cherche à atténuer les malheurs qui peuvent se produire en pareil cas, rien de mieux. Que ne fait-on pour cela prendre à l’infanterie des cartouches de tir réduit qui blessent, mais ne tuent guère, disposition qui, dit-on, vient d’être rendue réglementaire en Espagne, à la cavalerie les lances qu’on lui fait si malencontreusement déposer, qui, en ne faisant pas usage du fer, n’ont jamais tué personne: elles ne seront pas désarmées et auront le moyen de se faire craindre. Au lieu de cela on leur impose une action absolument passive, qui oblige à mettre en ligne des forces numériquement considérables, qu’on livre au ridicule, sans préjudice des outrages, des coups et blessures auxquels elles sont en butte, et les grèves se prolongent indéfiniment, ne cessant que pour recommencer à courte échéance; c’est la misère pour les uns, la ruine pour les autres, et pour la France de sérieuses atteintes à la paix et à la prospérité publiques.
Le mieux évidemment est de chercher à prévenir les grèves. L’un des palliatifs de quelque efficacité à cette guerre entre le travail et le capital semble être la participation de l’ouvrier aux bénéfices, soit par le fait d’entreprises ouvrières effectuées en commun et dont l’intégralité des produits serait répartie entre les coopérateurs, soit que dans les entreprises patronales où une part des bénéfices reviendrait à l’ouvrier. Plût à Dieu que ce système si équitable, déjà appliqué par quelques-uns, se généralise et que par lui s’améliore le sort de ces malheureuses femmes employées dans les grandes villes à des travaux de couture par les grands magasins qui les exploitent indignement, leur faisant à grand’peine l’aumône d’un salaire dérisoire d’un franc cinquante à deux francs pour une journée de dix à douze heures de travail, se retranchant, pour abuser ainsi, derrière cette loi draconienne de l’offre et de la demande.
=506=,
4, +Voy+.--A mesure que je la vois.
11, +Diogenes+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 23; PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.
22, +Cotys+.--PLUTARQUE, Apophth. des rois.
39, +Desinent+.--Quelques pages plus bas (=III=, 512), Montaigne traduit lui-même bien plus vivement cette même pensée: «De combien il est plus aysé de n’y entrer pas, que d’en sortir!»
=508=,
2, +Harper+.--Se prendre à quelque chose.
5, +Ennemis+.--Accidents fâcheux. Succès est employé ici dans le sens du latin successus, qui signifie toute espèce d’événements heureux ou malheureux.
10, +Exemples+.--N’entreprenons pas d’imiter ces exemples.
17, +Escheuer+.--Esquiver, éviter, de l’italien schifase, d’où vient le mot esquif.
18, +Parer+.--C’est la philosophie d’Horace.
18, +Zenon+.--DIOGÈNE LAERCE, VII, 17.
22, +Socrates+.--XÉNOPHON, Mémoires sur Socrate, I, 3, 13.
23, +Contraire+.--Add. de 88: Il n’espere pas que la ieunesse en puisse venir à bout.
26, +Disciple+.--XÉNOPHON, dans sa Cyropédie, I, 3, 13, etc.
29, +Panthée+.--Abradate roi de la Susiane, reconnaissant à Cyrus de la manière dont il avait traité son épouse captive, devint son ami et allié, et périt peu après, en soutenant sa cause, dans une rencontre avec les Égyptiens. Panthée se tua sur son corps.
31, +Tentationem+.--Montaigne paraphrase ce passage après l’avoir cité.
33, +Essayée+.--Tentée.
=510=,
4, +Mesmes+.--Lorsque les causes de leur erreur sont affaiblies par le temps et bien loin d’eux.
6, +Vert+.--Au dépourvu.--Expression provenant d’un jeu qui se joua, particulièrement en mai, où l’on est obligé, sous de certaines peines, à avoir toujours sur soi quelques feuilles de verdure cueillies le jour même et où chacun cherche à surprendre son compagnon à un moment où il n’en a pas.
14, +Trahunt+.--Phrase d’origine inconnue que Montaigne a traduite avant de la reproduire.
15, +Bee+.--Coure, soupire. Béer, c’est appeler, souhaiter, à gueule béante, comme fait le mouton bêlant.
17, +Recueil+.--Accueil, comme on dit aujourd’hui.
19, +Esclaue+.--Var. de 88: tyrannique.
35, +Bruire+.--Murmurer, résonner, se faire entendre. Bruire n’est plus guère usité; ses dérivés, bruit, bruissement, sont demeurés.
42, +Ordes+.--Sales. V. N. =III=, 102.
=512=,
11, +Iournées+.--Enfin, à force de soins, j’en suis arrivé à ce que...
12, +Procès+.--Ses héritiers, du fait de ses dispositions testamentaires, n’ont pu en dire autant. V. N. =II=, 44: Masculines.
16, +Nom+.--C.-à-d. j’ai bientôt écoulé une longue vie, sans avoir reçu ni avoir fait à personne aucune offense grave et sans qu’on m’ait dit plus que mon nom, qu’on y ait accolé d’épithète désagréable.
17, +Ridicules+.--«Grands effets et petites causes; mais combien souvent au-dessous y a-t-il d’autres causes!» (Ste-BEUVE), la cause apparente n’étant que la dernière goutte faisant déborder le vase.--Le proverbe: «Faute d’un point, Martin perdit son âne», appliqué aux faits de la vie courante semblant sans importance et qui par suite de particularités imprévues sont gros de conséquences, rend la même idée que celle exprimée ici par Montaigne concernant les événements qui bouleversent le monde: Un sieur Martin, dit la tradition, prieur de l’abbaye d’Asello (d’Italie), avait fait graver sur la porte du couvent cette inscription: «Porta, patens esto, nulli claudaris honesto (Porte, sois ouverte à tous, ne sois fermée pour aucun honnête homme)»; mais, par inattention, l’ouvrier avait déplacé une virgule, ce qui permettait de lire: «Porta, patens esto nulli, claudaris honesto (Porte, ne sois ouverte à personne, reste fermée à l’honnête homme)», ce qui, provoquant l’indignation publique, avait amené la destitution du prieur. Son successeur s’empressa de rectifier l’erreur et l’on dit depuis: «Uno pro puncto, caruit Martinus Asello (Pour un seul point, Martin perdit Asello)», c.-à-d. son couvent, qu’un malin et après lui tout le monde a traduit «son âne».
19, +Mouton+.--Allusion à l’origine des démêlés de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, d’abord avec les Suisses qui le battirent à Granson et à Morat (1476), puis avec René de Lorraine leur allié, contre lequel il perdit la bataille de Nancy, où il périt (1477). Le fait initial de ces hostilités fut la saisie par le comte de Romont, vassal du duc de Bourgogne, à un Suisse qui traversait ses terres, d’un chariot chargé de peaux de mouton; pour se venger, les Suisses enlevèrent au comte de Romont une partie de ses terres, ce qui amena celui-ci à demander aide et protection à son suzerain. PHILIPPE DE COMINES.
19, +Engraueure+.--La gravure.
25, +Souffert+.--PLUTARQUE, Marius, 3.--La machine en question n’est autre que la République romaine ébranlée par la rivalité et les guerres civiles de Marius et de Sylla, dont le point de départ fut que, Marius étant consul et Sylla son préteur, chacun revendiquait le mérite de la prise de Jugurtha, roi de Numidie (=106=): Marius, parce qu’il commandait et que c’était lui qui avait obtenu de Bocchus, roi de Mauritanie, beau-père de Jugurtha, de le lui livrer; Sylla, parce que c’était entre ses mains que cette livraison avait été effectuée. Sur ces entrefaites, Sylla se fit faire, reproduisant cet épisode, un cachet dont il se servit exclusivement, ce dont l’irritation de Marius fut vivement accrue. On cite souvent, après Montaigne, le cachet de Sylla à l’appui de cet adage que «de très petites causes sont le plus souvent la cause des plus grands événements». La prise d’Alger en 1830, suivie de la conquête de l’Algérie, n’a-t-elle pas eu pour cause première un coup d’éventail donné, dans le fort d’une discussion, par le Bey d’Alger à notre consul?
22, +Autres+.--Marius et Sylla.
24, +Despense+.--Les États généraux.
26, +Pomme+.--La pomme, prix de beauté, que se disputaient Junon, Pallas et Vénus, cause indirecte de la guerre de Troie, suscitée par les deux premières de ces déesses à la suite de l’enlèvement d’Hélène (V. N. =II=, 178: Duello) pour se venger à la fois de Pâris qui, choisi pour arbitre, leur avait préféré leur rivale, et de celle-ci, armant la Grèce contre cette ville tout spécialement protégée de Vénus et où régnait la famille de Pâris.
30, +A tout+.--Avec.
30, +Poignart+.--On se battait alors en duel, l’épée d’une main et la dague, ou poignard, de l’autre.
32, +A l’enfourner+.--Au commencement, au début, pour savoir si vous vous engagerez dans une affaire ou une querelle.
=514=,
10, +Conseil+.--De céder, d’entrer en accommodements, de faire des excuses, au lieu de lutter et courir les risques qui peuvent s’ensuivre, m’ait...
11, +Gourmer+.--Réprimer. Gourmer un cheval c’est lui resserrer le mors avec la gourmette ou chaînette qui l’assujettit en passant sous le menton du cheval.
23, +Plutarque+.--Dans son traité De la mauvaise honte, 8.
30, +Bias+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 87.--Les anciens disaient proverbialement qu’il fallait commencer par Argus et finir par Briarée (tous deux personnages mythologiques qui avaient, le premier cent yeux, le second cent bras).--Il faut délibérer avec lenteur, mais exécuter avec vigueur et célérité ce qui a été résolu. DÉMOSTHÈNE.
33, +Accords+.--Des réconciliations qui suivent nos querelles d’aujourd’hui.
=516=,
3, +Conillieres+.--Subterfuges, échappatoires. V. N. =I=, 200.
22, +Temperantur+.--La traduction qui est donnée de cette citation est de Montaigne qui l’a inscrite sur l’ex. de Bord., puis effacée.
30, +Acheron+.--Un des bras du Nil au S. de Memphis (Égypte anc.); formait une île où se trouvait une nécropole, d’où les Grecs en ont fait un fleuve des Enfers.
32, +Sorores+.--VIRGILE, Georg., II, 490. DELILLE a traduit ainsi cette citation:
«Heureux le sage instruit des lois de la nature, Qui du vaste univers embrasse la structure, Qui dompte et foule aux pieds d’importunes erreurs, Le sort inexorable et les fausses terreurs; Qui regarde en pitié les fables du Ténare, Et s’endort au vain bruit de l’Achéron avare! Mais trop heureux aussi qui suit les douces lois Et du dieu des troupeaux et des nymphes des bois!»
=518=,
3, +Ville+.--De ma conduite comme maire de Bordeaux, dont il a déjà été question au commencement de ce chapitre, =III=, 488.
12, +Moins+.--Et moins encore une preuve de...
16, +Charge+.--Montaigne fut réélu maire en 1583.
23, +Cessation+.--On m’a accusé de n’avoir rien fait.
25, +Charrie+.--C.-à-d.: Partout où ma volonté m’entraîne, je suis vif, ardent, empressé.--L’éd. de 88 port. esmeu, au lieu de «trespignant».
=520=,
7, +Luy+.--Richelieu pensait autrement et se félicitait de voir tant d’honnêtes gens dormir sans crainte à l’ombre de ses veilles; c’est lui qui veillait pour assurer aux autres le sommeil du lendemain, tandis que Montaigne se bornait à jouir du présent, imprévoyant des besoins du lendemain de ses administrés. Gouverner, commander, administrer, c’est prévoir.
8, +Glissante+.--Facile, qui passe inaperçue, sans incidents marquants.
9, +Efferentem+.--CICÉRON, De Off., I, 34.
12, +Hommes+.--Les hommes de notre temps.
14, +Quietes+.--V. N. =III=, 432.--L’éd. de 88 port. mornes.
24, +Chalandise+.--Acquisition de chalands, clients, clientèle; chalandise a disparu de la langue, où demeurent chaland et achalander.
27, +Alexandre+.--Allusion à ce passage de PLUTARQUE, Alexandre, 2, dans la trad. d’Amyot: «Toutes les fois qu’il venoit nouuelles que Philippe auoit pris aulcune ville de renom, ou gaigné quelque grosse bataille, Alexandre n’estoit point fort ioyeux de l’entendre, ains disoit à ses egaulx en aage: Mon pere prendra tout, enfants, et ne me laissera rien de beau ni de magnifique à faire et à conquerir auecques vous.»
33, +Condition+.--C’est ce que Socrate lui reproche dans le _I_er Alcibiade, une ou deux pages après le commencement.
34, +Amette+.--Petite âme.
35, +Embabouynant+.--Se faisant illusion; une des acceptions assez mal définies de ce mot.
=522=,
5, +Consent+.--Et qui convînt, qui fût témoin...
8, +Batelée+.--Cargaison, chargement de navire.
14, +Bourse+.--Qui ne peut se faire louer par les autres, qu’il se loue lui-même.
26, +Siecle+.--CICÉRON, De Off., II, 22.
31, +Belistresse+.--Gueuse, mendiante. On disait autrefois «belistrer» pour «mendier»; et l’on appelait les quatre ordres de belîtres, les quatre ordres religieux mendiants: les Jacobins, les Cordeliers, les Augustins et les Carmes.
31, +Coquiner+.--Mendier.
38, +Rabats+.--Ce qui m’oblige à rabattre quelque chose de sa bonté, à moins m’enthousiasmer, c’est le soupçon...
=524=,
6, +Fiunt+.--CICÉRON, Tusc., II, 26.
7, +Glorieux+.--Vaniteux, orgueilleux. Prise dans un sens favorable, Montaigne n’eût pas donné cette qualification à Cicéron.
7, +Durer+.--Le devoir de ma charge consistait uniquement à conserver et à vivre en paix.
11, +Iour+.--Moins brillante, moins en lumière.
29, +Desseigné+.--Que j’ai eu dessein de suivre, que je me suis tracé.
36, +Affecté+.--Var. de 88: souhaité.
CHAPITRE XI.
=526=,
+Boyteux+.--Montaigne ne traite son sujet que vers la fin du chapitre, qui n’en est pas pour cela ni moins curieux, ni moins philosophique; on y trouve d’excellentes réflexions sur les miracles et les choses extraordinaires. «Qui veut apprendre à douter, n’a qu’à lire ce chapitre en entier,» en a dit Voltaire.
2, +France+.--Il a déjà été question, au chapitre précédent (V. N. =III=, 498: Pape), de cette réforme du calendrier qui substitua l’année Grégorienne (du nom du pape qui l’introduisit) à l’année Julienne, qui datait d’une réforme de Jules César dont elle porte le nom. Le calendrier, lors de la réforme de César, avançait de 80 jours; remis au point à ce moment, il se trouvait être, 1600 ans après, lors de la réforme grégorienne, en retard de dix jours. Le calendrier Julien, ou vieux style, est encore suivi par les Russes et par quelques autres peuples du rite grec; en ce moment, il est en retard de 13 jours sur l’autre.
8, +Sent+.--Cette appréciation n’est pas juste. La réforme du calendrier était nécessaire pour mettre de l’exactitude dans les observations et calculs astronomiques, fixer avec précision certaines époques de l’histoire, rétablir la concordance entre ses indications et la réalité; l’erreur, sous ce dernier rapport, était déjà assez sensible pour qu’on désirât en voir arrêter les progrès qui, à la longue, aurait amené une transposition complète de saisons: déjà on était en été, que d’après lui le printemps n’avait pas encore pris fin.
16, +Iours+.--L’erreur qui demeure n’est pas telle que le dit Montaigne, et on y pare par le moyen qu’il indique, mais qui avait été décidé dès le principe, en ne faisant pas bissextile l’année qui termine chaque siècle qui, sans cette convention, devrait l’être, son millésime étant divisible par 4.
26, +Plutarque+.--Questions romaines, 24.
26, +Borner+.--Délimiter, donner une mesure exacte.
=528=,
2, +Causes+.--Add. de 88: Ils passent par dessus les presuppositions, mais ils examinent curieusement les consequences.--Un charlatan, au XVIIe siècle, montrait un jeune homme qui avait, disait-il, une dent d’or. Les philosophes de l’époque firent à ce sujet force dissertations pour démontrer qu’il s’était produit là un travail de la nature, analogue à celui par lequel ce métal existe dans les minerais d’or; jusqu’à ce qu’un incrédule, examinant la chose de plus près, découvrit que la prétendue dent n’était autre qu’une dent enveloppée dans une feuille d’or et adroitement entrée dans la gencive (J.-J. Rousseau commence par cette histoire son traité sur la musique).--Aux débuts de la conquête de l’Algérie, une communication des plus intéressantes, tant par elle-même que par l’érudition dont faisait preuve l’éminent correspondant qui l’adressait à une de nos sociétés savantes des mieux qualifiées, signalait la découverte, dans la nouvelle colonie, d’un rat à trompe, dont plusieurs spécimens furent présentés à la docte assemblée et donnèrent lieu à d’importantes discussions, qui ne prirent fin que lorsque l’avenir vint à révéler que ces phénomènes n’étaient autres que des rats de l’espèce la plus commune, auxquels un adroit loustic des Bataillons d’Afrique incisait habilement le museau et y greffait l’extrémité de la queue d’un de leurs congénères, et qu’il cédait à beaux deniers comptants aux touristes émerveillés des surprises que la nature tient continuellement en réserve pour ceux qui cherchent à pénétrer ses secrets.
15, +Discours+.--Raisonnement.
18, +Matiere+.--Et avec rien, comme avec quelque chose.
23, +Basteler+.--Faire le bateleur en compagnie, pérorer à perte de vue sans but sérieux.
30, +Moyens+.--Var. de 88: causes.
=530=,
10, +Accession+.--Accessoire, addition.
12, +Particuliere+.--SÉNÈQUE, Epist. 81.--C’est ce que rend bien ce conte humoristique qui avait cours dans mon enfance. Un Marseillais (on ne prête qu’aux riches) se dit un jour: «Quelle bonne farce je vais leur faire!» et à la première de ses connaissances qu’il rencontre: «Tu sais? lui dit-il... Comment, tu ne sais pas; la baleine échouée, elle bouche l’entrée du port, on ne peut plus ni entrer, ni sortir.--Ah, bah!» dit l’autre, et de courir aussitôt pour voir ce spectacle, interpellant de même façon ceux qu’il rencontre, qui à leur tour propagent la nouvelle à tous venants, si bien que notre farceur, auquel quelqu’un la rapporte et voyant chacun s’empresser, se prend à y croire lui-même: «Peut-être bien, se dit-il, qu’en riant j’ai dit la vérité; il faut que j’aille voir.» Et le voilà lui aussi parti comme les autres.
20, +D’autruy+.--«Les miracles ont toujours besoin qu’on les aide à se faire.» RENAN.
32, +Hyperbole+.--Figure de rhétorique qui consiste à exagérer les choses, soit en les augmentant, soit en les diminuant, pour leur donner plus de force.
37, +Nombre+.--DIDEROT cite textuellement ce passage depuis: «I’ai veu la naissance de plusieurs miracles...» (p. 528, l. 38), et ajoute: «Je donnerais la meilleure de mes pages pour celle-là.»
37, +Resouldre+.--De se prononcer d’une manière ferme et résolue contre...
=532=,
9, +Apprehension+.--De son imagination.
16, +Giste+.--Il en a été, il en est et il en sera toujours ainsi; et il n’est pas un de ces prétendus miracles avérés, qui ne puisse s’expliquer par l’autosuggestion et qui ne soit contestable. Il serait cependant si simple, s’ils avaient une source surnaturelle qui voulût se manifester de la sorte, de se révéler dans des conditions telles que personne ne pourrait la contester, par exemple un œil arraché, un membre amputé, au su et au vu de tout le monde, dont les blessures seraient complètement cicatrisées et instantanément renaîtraient comme si l’accident ne s’était pas produit!--Tous les miracles qu’on relève, sans exception aucune, même les résurrections qui peuvent s’expliquer par des cas de mort apparente, rentrent dans la première catégorie; pas un dans la seconde.
=534=,
5, +Du tout+.--Tout à fait.
21, +Soustenions+.--Nous suspendions.
26, +Stile+.--L’usage.
29, +Semble+.--CICÉRON, Academ., II, 47.
39, +Thaumantis+.--CICÉRON, De Nat. Deor., III, 20.--La mythologie fait Iris la messagère des dieux, et en particulier de Junon qui, en récompense de ses services, la métamorphosa en arc-en-ciel. Elle était fille du centaure Thaumas, d’où le surnom de Thaumantias qui lui est quelquefois donné. Thaumas signifiant en grec «admiration», Cicéron dit que c’est en raison de sa beauté, parce qu’elle est admirable, qu’on l’a faite née de Thaumas, c’est-à-dire de l’admiration qu’elle inspire; version dont use ici Montaigne.--On dit couramment: «L’admiration est la fille de l’ignorance et la mère des merveilles»; c’est l’idée qu’il a voulu exprimer, elle est plus compréhensible ainsi que de la façon dont il l’a rendue: «Iris est fille de Thaumantis», même avec ce qui y fait suite.
=536=,
1, +Coras+.--Détenu à la conciergerie de Toulouse, comme calviniste, y fut assassiné avec trois cents de ses coreligionnaires quelque temps après la S.-Barthélemy.
7, +Pendu+.--Discours préliminaire de l’Apologie pour Hérodote, par H. ESTIENNE, tom. I.--Un N{é} Armand du Thil avait trouvé moyen, grâce à sa ressemblance avec un N{é} Martin Guerre, de se faire recevoir comme son mari, par la femme de ce dernier qui était absent. Il tint sa place pendant trois ans, et en eut deux enfants, sans que ni elle, ni ses parents, ni ses amis découvrissent l’imposture; au bout de ce temps, le vrai mari survenant, le procès en question s’engagea devant le parlement de Toulouse (1560); du Thil fut condamné à être pendu, puis brûlé après sa mort.--Montaigne dit que cette affaire était si peu claire, qu’à son avis un acquittement s’imposait; telle a été à notre époque l’affaire Dreyfus, où la culpabilité possible n’a cependant jamais été péremptoirement établie, dont la condamnation a divisé profondément la nation et dont un parti s’est fait si longtemps une arme contre l’armée bien innocente de la légèreté criminelle de quelques-uns; les erreurs judiciaires, comme les inhumations prématurées, sont journalières: on les éviterait en s’abstenant aussi longtemps que la certitude n’est pas faite.
11. +Ans+.--VALÈRE MAXIME, VIII, 1; et AULU-GELLE, XII, 7.--Il s’agissait d’une femme de Smyrne qui avait tué son mari et son fils, lesquels avaient assassiné un autre fils qu’elle avait eu d’un premier mariage; mû par cette considération qu’il ne pouvait ni acquitter une femme coupable d’un double assassinat, ni punir une mère infortunée qu’une juste douleur avait poussée à cette vengeance, l’Aréopage ajourna à cent ans le prononcé du jugement (=68=).
13, +Songes+.--Voir ci-dessous N. =III=, 540: Vif.
14, +Choses+.--Il s’agit probablement de la pythonisse d’Endor que Saül alla consulter. Étant en présence des Philistins, se sentant pris d’inquiétude, il consulta le Seigneur, par l’organe de ses intermédiaires ordinaires. Celui-ci ne lui ayant pas répondu, Saül fit rechercher une de ces créatures qu’il avait proscrites, habiles dans l’art de lire l’avenir et d’évoquer les morts du tombeau. On lui en indiqua une à Endor. Il s’y rendit déguisé, et lui demanda d’évoquer Samuel, ce qu’elle fit avec la permission de Dieu, disent certains pères de l’Église avec lesquels se range ici Montaigne, et elle lui prédit qu’il serait battu et que son royaume passerait aux mains de David, ce que vérifièrent les événements (=1051=).
17, +Engin+.--Une autre intelligence que la nôtre.
25, +Intelligunt+.--Citation d’auteur inconnu.
26, +Creduntur+.--St Augustin a dit: «Le plus souvent il advient que ceux qui entendent méprisent, et que ceux qui n’entendent point sont touchés de plus de zèle et de dévouement.»
32, +Brauerie+.--En se servant de termes insultants et méprisants pour ceux à qui il parle.
=538=,
1, +Aient+.--Sous-ent.: Je l’admets pourvu qu’ils aient...--Il semble que Montaigne fasse ici allusion aux discussions soulevées par la Réforme, la grosse question de l’époque.
15, +Authorisé+.--D’accord; mais comment reconnaître que cette approbation surnaturelle a bien été donnée à tel ou tel? Quelle preuve en peut-il donner à ceux qui taxent de fourberie et d’imposture cette prétention de sa part?
23, +Vents+.--Avec la même rapidité que le vent.
31, +Elider+.--Briser, rompre, anéantir; du latin elidere, d’où vient élision.
=540=,
3, +Marque+.--On prétendait que le diable imprimait sa griffe sur le corps des sorciers.
7, +Ellebore+.--Plante employée en médecine comme purgatif et qu’autrefois on croyait propre à guérir la folie.
8, +Ciguë+.--Plante ombellifère, dont une espèce, la grande ciguë, est très vénéneuse; le poison extrait de cette plante était, notamment à Athènes, l’un des moyens d’exécution employés pour la mise à mort des condamnés à la peine capitale.
16, +Nœud+.--Gordius, Phrygien (Asie Mineure), de simple laboureur étant devenu roi, avait consacré dans le temple de Jupiter à Gordium le char qui le portait quand on vint lui annoncer la royauté; le joug était lié au timon par un nœud si artistement fait, qu’on ne pouvait en apercevoir les bouts: on le nommait le «nœud gordien» et un oracle avait promis l’empire de l’Asie à qui le dénouerait. Alexandre le Grand, lors de son expédition, s’y essaya; après plusieurs tentatives infructueuses, il le trancha avec son épée et parvint ainsi à éluder, sinon à accomplir la prédiction.
18, +Vif+.--A cette époque, on brûlait encore les gens se disant sorciers, ou passant pour tels.--Nicolas Rémy, conseiller du duc de Lorraine et enquêteur sur le fait de sorcellerie, fit, dans l’espace de quinze ans, brûler plus de 900 prétendus sorciers, dont 800 sorcières, ainsi qu’il l’avoue lui-même dans un livre en 1596, dédié au cardinal de Lorraine: «Ma justice est si bonne, y dit-il, que l’an dernier, il y en a eu 16 qui se sont tués, pour ne pas passer par mes mains.»--En 1602, dans le Jura, un autre juge, Boguet, se targuait de pareille extermination, pratiquée pendant seize ans: il avait l’humanité de faire étrangler ses victimes avant qu’on ne les jetât au feu, sauf toutefois les loups garous «qu’il faut avoir bien soin de brûler vifs»; après avoir d’abord épargné les enfants au-dessous de quatorze ans, il en était venu à croire que pour avoir raison de cette lèpre, il fallait brûler tout jusqu’aux berceaux.
20, +Sommier+.--De cheval de somme.
21, +L’estoit+.--Ces sortes de métamorphoses temporaires étaient provoquées, disait-on, au moyen d’un fromage dont certains hôteliers initiés avaient le secret, qui changeait ceux qui en mangeaient en bêtes de somme, dont les dits hôteliers se servaient pour leurs propres services, leur rendant ensuite leur forme primitive. S. Augustin, qui relate le fait (De Civit. Dei, XVIII, 18), déclare ne pas y croire et que ce sont là des effets de songes; il admet toutefois que dans des cas très rares, ces suggestions peuvent être inspirées par des démons et qu’alors les fardeaux qu’il vous semble que vous portez, ce sont les démons eux-mêmes qui les portent pour compléter l’illusion. Mieux vaudrait se borner à expliquer simplement de semblables faits par les hallucinations dont on peut être jouet en dormant, que de faire intervenir le diable.
30, +Pleuuis+.--Garantis. Pleuvir est un vieux mot inusité, signifiant cautionner, promettre.
39, +Obliger+.--Var. de 88: l’attirer.
39, +Choix+.--Vous fournira les moyens de choisir.
=542=,
11, Οἰφεῖ.--Proverbe grec qui a son semblable en latin: Claudus optime virum agit et que Montaigne traduit après l’avoir cité. C’est sans doute dans cette opinion que les anciens ont fait de Vulcain, qui était boiteux, l’époux de Vénus.
18, +Decidé+.--ARISTOTE, Probl., 10, 26.
31, +Coches+.--L’ébranlement et l’agitation de leurs carrosses.--A un moment, on en a dit autant des machines à coudre; à ce compte où nous conduiront l’usage des chemins de fer et des automobiles et plus encore celui des bicyclettes! Ce que je puis cependant affirmer, c’est que des effets de ce genre se produisent parfois chez l’homme qui demeure de longues heures consécutives, douze à quinze, à cheval.
32, +Commencement+.--Au commencement de ce chapitre, =III=, 526, à la fin de la page.
39, +Mot+.--De l’adage cité plus haut sur les boiteux.
=544=,
4, +Italie+.--TORQUATO TASSO, Paragone dell’Italia alla Francia.
7, +Suetone+.--Vie de Caligula, 3.
10, +Erratique+.--Vagabond, instable, incertain. Du latin erraticus qui signifie errant çà et là; on désigne aujourd’hui sous ce nom: roche, bloc erratique, des roches qui, par une cause quelconque, se trouvent transportées à grande distance de leur gisement naturel.
11, +Theramenez+.--Cothurne (soulier) de Théramène; sobriquet donné par les Romains aux gens ménageant deux partis contraires comme avait fait Théramène, l’un des trente tyrans d’Athènes, imposés par les Spartiates à cette ville après leur victoire d’Ægos Potamos (=404=), qui adhérait aux mesures d’oppression prises par ses collègues contre le peuple et qui, auprès de celui-ci, les désapprouvait, ressemblant, en agissant ainsi, aux chaussures de théâtre que chaussaient indifféremment, suivant le besoin de son rôle, tout acteur homme ou femme, et qui, confectionnées sur une même forme, se mettaient indifféremment à l’un ou l’autre pied. Cette attitude de Théramène tourna contre lui, ses collègues le condamnèrent à boire la ciguë (=403=). V. ÉRASME, Theramenis Cothurnus.
12, +Dragme+.--La drachme (monnaie) valait un peu moins d’un sou.
14, +Talent+.--Monnaie de convention valant près de 5.000 francs (4.840 fr.).
15, +Cynique+.--SÉNÈQUE, De Benef., II, 17.
21, +Riuerso+.--Proverbe italien qui existe pareillement et textuellement en français.
23, +Hercules+.--Obligé par les destins d’obéir à Eurysthée, roi d’Argos, entreprit, par les ordres de ce prince, une foule de travaux périlleux, dont les principaux, énumérés ci-après, sont connus sous le nom des «Douze travaux d’Hercule»: Il étouffa le lion de Némée; tua l’hydre de Lerne; prit vivant le sanglier d’Érymanthe; atteignit à la course la biche aux pieds d’airain; tua à coups de flèche les oiseaux du lac Stymphale; dompta le taureau de l’île de Crète envoyé par Neptune contre Minos; tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine; vainquit les Amazones; nettoya les écuries du roi Augias, en y faisant passer le fleuve Alphée; combattit et tua le géant Géryon, auquel il enleva ses troupeaux; enleva les pommes d’or du jardin des Hespérides; enfin, délivra Thésée des enfers. Parmi ses autres travaux; il délivra Hésione d’un monstre marin; vainquit et étouffa le géant Antée; sépara les montagnes de Calpé et d’Abyla qui auparavant étaient une seule montagne et qui formèrent ce qu’on a nommé depuis les Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar); tua le centaure Nessus; délivra Prométhée enchaîné sur le Caucase, etc...
24, +Iuger+.--CICÉRON, Acad., II, 34.
33, +Tout+.--PLANUDE, Vie d’Esope.
CHAPITRE XII.
=546=,
+Physionomie+.--Montaigne ne traite le sujet qui sert de titre à ce chapitre que dans ses cinq ou six dernières pages.
14, +Reproche+.--Add. de 88: et d’iniure.
17, +Maisons+.--L’ex. de Bord. porte massons; c’est la version qui a été adoptée dans la traduction; «maisons» est évidemment une erreur d’impression qui s’est glissée dans les éditions antérieures et répercutée d’édition en édition.
23, +Vent+.--«Le vent enfle les outres, l’opinion enfle les hommes.» Cette sentence, de STOBÉE, se trouvait du nombre des inscriptions que portaient les solives de la bibliothèque de Montaigne.
24, +Balons+.--A cette époque l’aérostat, la simple montgolfière elle-même, n’étaient point inventés; il ne s’agit donc ici que de simples balles de cuir, remplies d’air, plus ou moins grosses, comme encore actuellement il en est employé, sous ce nom, soit comme jouet d’enfants, soit à certains jeux, tels que le foot-ball, si fort à la mode aujourd’hui.
26, +Ioinctement+.--Plus directement, plus spécialement.
28, +Sequi+.--«Régler ses actions, observer la loi du devoir, suivre la nature.» La morale de Montaigne peut se résumer dans cette citation de LUCAIN, parlant de Caton, dont l’auteur des Essais fait ici application à Socrate, le plus parfait de ses modèles, qu’il admire, mais n’imite que dans ce qui n’est pas contraire à la tranquillité de son existence et ne saurait y apporter de trouble dans l’avenir.
29, +Pareil+--CICÉRON, De Off., I, 26.
=548=,
4, +Braues+.--Var. de 88: nobles.
6, +Ralle+.--Rase la terre. Selon COTGRAVE «raller à terre», c’est courir vite et raser la terre, comme font certains oiseaux.
14, +Suffisance+.--Add. de 88: soit pour iuger, soit pour rapporter.
24, +Besoigne+.--CICÉRON, Acad., I, 4, où Varron développe ce caractère moral de la philosophie de Socrate.
=550=,
7, +Agricola+.--TACITE, Agricola, 4.--Sa mère avait nom Julia Procella; lui-même fut le beau-père de l’historien Tacite qui a écrit sa vie. Général habile, il soumit la Grande-Bretagne qu’il réduisit en province romaine, et, le premier, reconnut que c’était une île.
12, +Viande+.--Nourriture. V. N. =I=, 540. Se disait autrefois pour désigner toute chose entrant dans l’alimentation.--«La sienna vianda era, pans et aygua tot dia (Sa nourriture de tous les jours était uniquement du pain et de l’eau),» est-il dit dans la Vie de St Honorat.--«En cette isle seule, naissent ces belles poires..., viande très salubre ès malades, comme ès sains.» RABELAIS, IV, 54.--Ne se dit plus aujourd’hui que de la chair des animaux.
22, +Pœnitence+.--Ceux appartenant aux ordres monastiques et plus particulièrement aux ordres mendiants.
=552=,
1, +Propre+.--Au fait, à l’épreuve.
2, +Targue+.--Et est armé pour la lutte, ni plus ni moins qu’avant et absolument comme tout le monde l’est;--se targuer signifie proprement se couvrir d’une targe ou targue, espèce de bouclier.
7, +N’a+.--Sous-entendu: imprimé.
11, +Incorporels+.--Sans corps, vides de sens, frivoles.
14, +Ceans+.--Ici dans mon livre.
20, +D’ahan+.--D’effort, de fatigue, de tourment.
21, +Perche+.--Se démener, ainsi que fait l’oiseau de proie qui, attaché à une perche, s’y débat continuellement.
32, +Informe+.--Nous forme, façonne notre âme.
35, +Reuerez+.--Les pères de l’Église, et plus particulièrement St AUGUSTIN, dans ses Confessions.
37, +Voirie+.--De la lie du peuple; voirie, c’est l’endroit d’une ville où on jette les immondices.
=554=,
2, +Science+.--Pourquoi allons-nous chercher dans l’étude des sciences, des armes contre les maux et les accidents de la vie?
20, +Picoreurs+.--Les partisans, les maraudeurs.
21, +Essayois+.--J’essuyais, j’éprouvais.
34, +Nous+.--.«O tempora, o mores (Dans quels temps vivons-nous)!» s’écriait de même Cicéron, en de semblables circonstances, s’élevant contre la perversité des hommes de son époque.
36, +Donne+.--Ces deux vers français semblent être de Montaigne; la traduction du vers de Virgile qui suit est de lui.
=556=,
6, +Estranger+.--Les mercenaires étrangers, Allemands, Suisses, Italiens, Espagnols, qu’appelaient indifféremment à leur aide les Catholiques et les Protestants. C’est ici la seule allusion que Montaigne fasse à l’intrusion de l’étranger dans nos affaires politiques; quelque las qu’il soit des guerres civiles, il ne parle jamais, soit dit à sa louange, de recourir pour y mettre fin à l’appui que l’on pourrait recevoir du dehors.
9, +Chef+.--Non à la discrétion du chef, mais chacun...
23, +Prohibete+.--Virgile dit cela d’Octave, qui plus tard devint Auguste. Montaigne en fait vraisemblablement application ici à Henri de Navarre qui avait sauvé l’État par l’assistance qu’il avait prêtée à Henri III, dont, au moment où Montaigne écrivait, il était devenu le successeur naturel par la mort du duc d’Alençon, frère de ce dernier.
24, +Precepte+.--Il est de Cléarque, général lacédémonien, et rapporté par VALÈRE MAXIME, II, 7, ext. 2.
26, +Pourpris+.--Enceinte, clos.
29, +Delicieuses+.--Fait rapporté par FRONTIN, Stratagèmes, IV, 3, 13, au sujet de l’armée de M. Scaurus en Illyrie, vers l’an =122=--Ce Scaurus, qui s’illustra par ses services militaires et qui obtint les honneurs du triomphe, devint prince du Sénat et, comme tel, eut, pendant un certain temps, la direction de toutes les affaires de Rome; mort en =97=.
30, +Peregrinations+.--Voyages; du latin peregrinatio.
32, +Rhodes+.--Les chevaliers de Rhodes qui, dans leur hiérarchie, comprenaient le titre de commandeur, avaient été particulièrement sur mer, pendant plusieurs siècles, la terreur des pirates musulmans. Du temps de Montaigne, on les appelait encore de ce nom, bien qu’après la prise de Rhodes par les Turcs (1522), ils fussent devenus chevaliers de Malte, cette île leur ayant été donnée comme refuge par Charles-Quint.
38, +Prefix+.--Déterminé, arrêté, fixe.
40, +Empale+.--Supplice en usage chez les Turcs, consistant à enfoncer dans le fondement du condamné un pieu ou pal, fixé verticalement, qui lui traverse les entrailles et le laisser ainsi jusqu’à ce que la mort s’ensuive, ce qui peut se faire attendre huit à dix heures; ce fut le supplice infligé en 1800 à l’assassin de Kléber.
40, +Deport+.--Sans délai, sur-le-champ.
=558=,
1, +Damas+.--Le fait se passait en 1516; Selim I, sultan ottoman, était d’une cruauté égale à son courage et à sa fermeté; il avait détrôné et fait périr son père et ordonné la mort de plusieurs de ses frères; c’est lui qui obtint du dernier calife abbasside, dont déjà les sultans ottomans avaient absorbé toute l’autorité, de lui résigner cette qualité de calife, qui lui donnait l’investiture religieuse et le mettait au-dessus de tous les princes musulmans.
5, +Mortelle+.--La guerre civile.--S. Thomas blâme la sédition; mais il approuve l’insurrection consistant à renverser un pouvoir injuste et tyrannique; alors, selon lui, elle est plus qu’un droit, elle est un devoir. Il se rencontre sur ce point avec un tout autre individu que lui, Robespierre, qui, lui aussi, a dit que lorsque la loi devient oppressive, l’insurrection devenait le plus sacré des devoirs.
5, +Fauonius+.--PLUTARQUE, M. Brutus, 3.
7, +Mesme+.--Epist. 7, à Perdiccas.
9, +Citoyens+.--«Dans les séditions, les méchants seuls gouvernent.» HOMÈRE.
15, +Consorce+.--De notre société, c.-à-d. de la société chrétienne.--Consorce est le mot latin consortium qui a cette signification et auquel Montaigne a donné une désinence française.
27, +Colloqué+.--Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir conserver dans la traduction: Desmembrant sa mere et donnant à ronger les pièces à ses antiens ennemis.
37, +Platon+.--République, II, 4; Pensées de Platon.
=560=,
14, +Pelaudé+.--Maltraité, écorché, dépouillé.
14, +Gibelin+.--Guelphe et Gibelin, noms de deux partis politiques qui, pendant près de quatre siècles, divisèrent l’Allemagne, puis l’Italie. Ces dissensions eurent pour point de départ les prétentions, en 1158, à la couronne impériale de Conrad, seigneur de Wiblingen (d’où par corruption Gibelin), et de Welf (dont on a fait Guelfe), duc de Bavière; mais elles ne tardèrent pas à se modifier dans leur esprit, et, d’une façon générale, les Gibelins en tenaient pour la domination impériale et la hiérarchie féodale, les Guelfes pour la domination de l’Église et l’indépendance nationale. Ces querelles cessèrent par lassitude de part et d’autre et surtout par la diversion qu’occasionna l’invasion des Français en Italie, en 1495.
17, +Voisinage+.--Montaigne, qui lui-même était catholique, habitait en plein pays protestant; en outre, sa mère Antoinette de Louppes était protestante et deux de ses enfants, le sieur de Beauregard et Jeanne de Lestonna, avaient adopté la même religion.
19, +Desempare+.--Abandonne, quitte, transgresse.
20, +Recherché+.--Je ne m’écarte jamais des lois et qui eût fait l’examen de ma conduite...
20, +Muettes+.--Add. de 88: et desrobées.
36, +Demise+.--Soumise; du latin demissa.
=562=,
8, +Commettre+.--Confier le soin d’une vieillesse...
10, +Pourpoint+.--Presque nu, avec mon seul pourpoint; ou encore, réduit à la dernière extrémité, ne sachant quel parti prendre.--«Mettre un homme en pourpoint», c’est à proprement parler le dépouiller complètement, le réduire à la besace, dit Nicot, ce qui ressort nettement de ce quatrain attribué à Charles IX, où il est question de François Ier:
«Le roy François ne faillit point, Lorsqu’il prédit que ceulx de Guise Mettroient ses enfants en pourpoinct, Et tous ses subiects en chemise.»
32, +Mail+.--Maillet.
=564=,
8, +Temps+.--Var. de 88: estat.
30, +Vie+.--Combien peu il en a coûté au repos et à la tranquillité de ma vie, quoique j’en aie vu s’écouler plus de la moitié, pendant que s’opérait la ruine de mon pays.
35, +Escheuer+.--Éviter, esquiver. V. N. =III=, 508.
36, +Guignent+.--Qui nous visent, nous guettent, s’adressent à nous.
=566=,
3, +Qu’à+.--Mais seulement par comparaison.
5, +Office+.--La corruption des grands et des hommes dans les plus hautes situations.
22, +Mains+.--«Cedo et manum tollo, je cède et tends la main.» CICÉRON, fragm. Consolat. ap. LACTANT., III, 28.
24, +Tastonner+.--Flatter, amadouer. On disait: tastonner doucement les chevaux de la main pour les adoucir, les calmer.
31, +Peste+.--La peste, au XVIe s., ravagea presque toute l’Europe. A l’époque où Montaigne écrivait, en 1585, elle venait de sévir à Bordeaux et dans les régions environnantes, s’étendant jusque chez lui; dans la ville seule où elle régna six mois, de juin à décembre 1585, elle fit 16.000 victimes sur 42.000 habitants.
36, +Estranges+.--Add. de 88: et inouys.
=568=,
1, +Plaisante+.--Singulière, étrange, surprenante. «Plaisante» est mis ici par antiphrase.
32, +Compromis+.--Eussent admis d’une commune entente cette nécessité.
36, +Diuerse+.--Ou le goust tout diuers, comme porte l’éd. de 88.
=570=,
6, +Descouppent+.--Se répartissent, se partagent en différentes formes.
6, +Neorites+.--DIODORE DE SICILE, XVII, 105.
9, +Fosse+.--A cette époque, le service des inhumations n’était pas partout, surtout dans les campagnes, un service public; on enterrait fréquemment de ci, de là, dans les propriétés particulières, ce qui se pratiqua jusqu’au moment de la Révolution, à l’égard des Protestants qui n’étaient pas admis dans les cimetières catholiques là où il en existait et qui encore à l’heure actuelle y sont enterrés à part. C’est à cela qu’est dû ce grand nombre de terrains, de quelques mètres carrés de superficie, abandonnés aujourd’hui, qui existent dans certaines régions, notamment dans le Périgord, où il en subsiste encore entourés de leurs murs de clôture et que signalent des arbres funéraires.
12, +Aucunement+.--Presque.
15, +Suffoquant+.--Des soldats romains, dit TITE-LIVE, XXII, 51, furent, le lendemain de la bataille de Cannes, trouvés morts en cette situation; il est à croire que blessés grièvement et hors d’état de mettre fin autrement à leurs souffrances, ils en avaient agi ainsi de désespoir.
=572=,
10, +Filiere+.--En terme de fauconnerie, on appelle filière une cordelette d’une vingtaine de mètres de long, que l’on tenait attachée à l’un des pieds de l’oiseau pendant ses exercices de dressage.
16, +Frappe+.--«Le coup ne nous surexcite pas tant que le bruit.» SÉNÈQUE, Epist. 74.
20, +Noel+.--Dès l’été, sous prétexte que vous en aurez besoin en hiver, la St-Jean étant en juin et Noël en décembre.
25, +Main+.--Par avance.
28, +Dure+.--SÉNÈQUE, qui appartenait à la secte des Stoïciens, dans ses Épîtres 13 et 98.
34, +Volontiers+.--Vraiment; ceci dit sans nul doute par ironie.
=574=,
10, +Chaille+.--Ne vous en mettez pas en peine.
14, +Incertam+.--Le texte de Properce porte: At vos incertam.
30, +Total+.--C’est à tort qu’on veut nous apprendre à mourir, et à changer la forme de notre vie, alors que nous touchons à sa fin.
34, +But+.--«Le but de nostre carriere c’est la mort», dit ailleurs (=I=, 112) Montaigne, en contradiction ici avec lui-même.
35, +Visée+.--Le but où elle vise.
=576=,
11, +Deschargée+.--Et la plus légère.--SUÉTONE, César, 87.
19, +Presens+.--Var. de 88: plus grande que nous n’auons.
20, +Futurs+.--Add. de 88: et de la mort à venir.
26, +Socrates+.--Socrate était fils d’un sculpteur, profession qu’il exerça d’abord, puis abandonna vers 30 ans pour s’adonner aux sciences, Criton, un riche Athénien, lui ayant assuré à cet effet des moyens d’existence.--Dès lors, Socrate se donna la mission de réformer ses concitoyens et sa vie fut un véritable apostolat qu’il exerça uniquement par la parole, conversant avec les uns et les autres, procédant généralement par des interrogations qui, de réponses en réponses, amenaient ses adversaires à de ridicules absurdités, et ses disciples à découvrir par eux-mêmes les vérités qu’il voulait leur inculquer. Il ne tenait pas d’école proprement dite; on le rencontrait partout où se portait la foule, dans les assemblées du peuple, les fêtes, les gymnases, et tout servait de prétexte à son enseignement dans lequel il s’appliquait à faire ressortir les vertus (la prudence, la tempérance, la force, la justice), l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; à combattre les sophistes qui prétendaient tout savoir, leur opposant que quant à lui tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien; à recommander la pratique du bien comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur, le respect des lois et leur observation comme un impérieux devoir.--Sa vie fut conforme à sa doctrine; il ne cessa de donner l’exemple de toutes les vertus publiques et privées, se signala par son désintéressement, sa générosité, son égalité d’humeur. Ses mœurs furent toujours irréprochables, et rien dans les accusations que ses ennemis portèrent contre lui n’en laisse soupçonner la pureté. Jamais il ne se départit d’une simplicité vraiment stoïque; il menait une vie frugale, allait toujours nu-pieds et ne se couvrait pas plus en hiver qu’en été.--Exact à remplir tous ses devoirs de citoyen aussi bien en guerre qu’en paix, Socrate se distingua par son courage en diverses occasions. Il avait 36 ans, quand Potidée se révolta et, réduite par la famine, fut prise après un siège de deux ans (=434=); il s’y fit remarquer par ses actions d’éclat, et céda à Alcibiade, qu’il avait arraché des mains de l’ennemi, le prix de la vaillance que lui-même avait mérité. Pendant ce siège, il demeura un jour et une nuit dans la même attitude, comme en extase, ce qui lui arrivait quelquefois. A la bataille de Délium, que les Athéniens perdirent contre les Thébains (=424=), il soutint pied à pied la retraite avec Lachez, jusqu’à ce que Xénophon, harassé de fatigue, étant tombé de cheval, il le prit sur ses épaules et le porta en lieu sûr. Il prit également part, en =422=, à une expédition ayant pour objet de secourir Amphipolis, qui appartenait à Athènes et qu’assiégeait Brasidas, général de Lacédémone, qui y fut tué. De même en paix, notamment à l’occasion des affaires de Diomédon (V. N. =I=, 38: Supplices), et de Théramène (V. N. =III=, 544). Par sa vie tout entière, Socrate mérita d’être proclamé le plus sage des hommes. Il se disait inspiré par un génie familier, qu’on a appelé «le Démon de Socrate», qui dirigeait sa conduite. Il ne semble pas que ce fût là une assertion ayant pour objet de donner plus de poids à ses conseils; ce devait être cette sensation intérieure qui chez l’homme à l’esprit juste et pénétrant, lui communique comme un pressentiment de ce qui doit arriver, avant même que son esprit ait pu saisir la justesse de cette inspiration.--La hardiesse et la continuité de ses censures indisposèrent à la longue ses concitoyens; dès l’an =424=, Aristophane, dans sa comédie des «Nuées», l’avait vivement attaqué. Il finit par être accusé de corrompre la jeunesse, de ne pas admettre les divinités et de chercher à introduire des divinités nouvelles; en réalité il était poursuivi surtout parce qu’il était opposé au pouvoir démocratique. Devant ses juges, il garda l’attitude la plus fière et fut condamné à boire la ciguë; et vit l’exécution de la sentence différée durant trente jours, par suite du départ pour Délos de la galère y transportant la députation sacrée que les Athéniens envoyaient chaque année et jusqu’au retour de laquelle aucune exécution capitale ne devait avoir lieu. Pendant cette longue agonie il conserva un calme, une lucidité d’esprit, une égalité d’humeur inaltérables, et, le moment venu, subit son sort avec un courage et une sérénité admirables. Peu après, un revirement dans l’opinion se produisit: son principal accusateur fut condamné à mort et lapidé; les autres, condamnés à un bannissement perpétuel, se pendirent; un deuil universel fut ordonné et une statue lui fut érigée.--Socrate s’était marié à l’âge de cinquante ans; Xantippe, sa femme, passe pour avoir mis plus d’une fois, par son humeur acariâtre, sa patience à rude épreuve; on lui prête une seconde femme Mirto, mais l’accord n’existe pas sur ce point. Il semble avoir eu trois enfants, dont l’un, Lamproclès, pouvait avoir 17 à 18 ans quand il mourut, tandis que les deux autres, Sophroniscus et Menexanus, étaient encore en bas âge.--Parmi ses disciples et avec une foule d’autres, Socrate compte: Xénophon, Platon, Antisthène, Aristippe, Phédon, Euclide, Criton, pour ne nommer que ceux qui ont acquis le plus de notoriété.--Voir en outre le concernant: =III=, 690; =I=, 78; =I=, 124 et N. Mort; N. =I=, 254: Vtilité; N. =II=, 118: Chrestiens; =II=, 222 et N. Sages; =II=, 242 et N. D’autrui; =II=, 244 et N. Fantasies; =II=, 426; =III=, 134 et N. Accoustumé.
27, +Vie+.--Tout le passage commençant par ces mots: «I’ay peur, Messieurs», et se terminant par ceux-ci: «craindre des Dieux», qui, dans la traduction, est mis entre guillemets, est extrait de l’Apologie de Socrate, dans PLATON, ch. 17, 26, 32, etc., traduite par fragments par CICÉRON dans les Tusc., I, 41.
30, +Cachée+.--Var. de 88: interne.
=578=,
19, +Prytanée+.--Édifice où, à Athènes, les Prytanes (magistrats chargés des affaires politiques et judiciaires) tenaient leurs séances; on y emmagasinait, en outre, des approvisionnements de blé et autres grains, et là également prenaient leurs repas certains citoyens nourris aux frais du trésor public.
23, +Homere+.--Odyssée, XIX, 163.
28, +Desmettre+.--Soumettre, abaisser.
=580=,
3, +Dieux+.--L’éd. de 88 aj.: Vous en ordonnerez doncq comme il vous plaira, membre de phrase qui dans l’éd. de 95 se lit à la page précédente, lig. 10.
3, +Puerile+.--Témoignant de sentiments d’une naïveté enfantine.
6, +Luy+.--CICÉRON, De Oratione, I, 54.
7, +Calé+.--Se fût-elle abaissée...
13, +Incorruptible+.--SÉNÈQUE, Epist. 31.
27, +Eux-mesmes+.--Ces dernières phrases sont copiées du traité de PLUTARQUE, intitulé De l’envie et de la haine, 3.
=582=,
1, +Ignorance+.--Var. de 88: fantasie, au lieu de «impression et ignorance».
8, +D’augmentation+.--Elle fait naître plus d’animaux de toutes espèces qu’elle n’en enlève.
10, +Dedit+.--La traduction de ce vers d’Ovide est donnée dans la ligne qui suit.
19, +Chantent+.--Il y a longtemps que le chant du cygne à l’approche de la mort, est regardé comme une fable.
36, +Iours+.--J’augmente tous les jours le nombre de mes citations, contre ce que, tout d’abord, je m’étais proposé de faire et le plan que je m’étais tracé en commençant mon livre.--On peut dire que les Essais ont paru en trois fois: dans la première édition (1580), les citations sont assez rares; elles sont plus nombreuses dans la seconde (1588); elles foisonnent dans la troisième (1595); Montaigne en a fait, ainsi qu’il le dit, l’amusement de son oisiveté pendant les quatre dernières années de sa vie.--«Il y a quelque modestie, qui sied bien, d’appuyer sa pensée de quelque autorité étrangère, ou de recourir à l’expression d’un autre en défiance de la sienne propre; mais c’est un usage qui peut dégénérer en abus, et c’est ce qui en est de cette farcissure d’exemples, comme l’appelle leur auteur, que l’on trouve dans les Essais.» CH. NODIER.
=584=,
7, +Liminaire+.--Qui se met en tête d’un livre; on a dit depuis épître préliminaire, et aujourd’hui préface.
12, +Exagite+.--Critique; une des acceptions du verbe latin exagitare. CICÉRON, Orat., 13, dit aussi en parlant des dialogues de Platon où Socrate prend à partie les Sophistes: «Plato exagitator omnium rhetorum (Platon, ce critique de tous les rhéteurs).»
26, +Seruice+.--Et le détournent de son vrai sens, pour en faire une application nouvelle.
30, +Conte+.--Et les racontent, les avouent.
31, +Moy+.--Leur pardonne-t-on plus qu’à moi?--Add. de 88: Comme ceux qui desrobent les cheuaux, ie leur peins le crin et la queue et par fois ie les eborgne: si le premier maistre s’en seruoit à bestes d’amble, ie les mets au trot, et au bats s’ils seruoyent à la selle.
31, +Naturalistes+.--Qui aimons, qui suivons la nature, qui sommes partisans des choses naturelles et vraies.
=586=,
5, +Perdre+.--L’auteur fait probablement allusion ici aux sentiments que la lecture de son livre avait inspirés pour lui à Mademoiselle de Gournay.
8, +Soixante+.--Var. de 88: septante.
11, +Espreindre+.--En exprimer.
22, +Deslogeant+.--Projet qui n’a pas été réalisé.
22, +Parfaict+.--Var. de 88: patron admirable, au lieu de «exemplaire parfaict».
35, +Predicament+.--Était de cette catégorie.
37, +Hommes+.--C.-à-d. et est une preuve très incertaine de la laideur de l’âme.
=588=,
2, +Pied+.--Add. de 88: Il n’est pas à croire que cette dissonance aduienne sans quelque accident qui a interrompu le cours ordinaire.
2, +Sienne+.--De sa laideur.
4, +Institution+.--CICÉRON, Tusc., IV, 37; De Fato, 5.
11, +Phryné+.--Une des courtisanes les plus célèbres de la Grèce ancienne; elle eut pour amant le sculpteur Praxitèle et lui servit de modèle pour ses statues de Vénus. Elle était si riche qu’elle offrit, dit-on, de rebâtir Thèbes à ses frais, mais à condition qu’on placerait sur les murs cette inscription: «Alexandre a détruit Thèbes, Phryné l’a rebâtie»; son offre fut refusée.--Accusée d’impiété et défendue par Hypéride, elle allait être condamnée quand, dit SEXTUS EMPIRICUS, Adv. Math., II, 65, arrachant son vêtement, la poitrine nue, elle se précipita aux pieds des juges; elle avait trouvé pour les gagner à sa cause un argument plus puissant que ceux de son avocat. ATHÉNÉE, XIII, fait, au contraire, honneur de cette idée à Hypéride. QUINTILIEN, II, 15, la reporte à elle-même et commente en outre le fait de la façon suivante: «Ce n’est pas à la plaidoirie d’Hypéride, tout admirable qu’elle était, que Phryné dut son salut; mais à sa beauté dont elle acheva le triomphe en découvrant son sein,» voulant montrer que non seulement le talent oratoire et le bon droit peuvent faire avoir gain de cause, mais que tout a le don de persuader: l’argent, la faveur, l’autorité de celui qui parle, jusqu’à la présence muette de la vertu, de l’infortune ou de la beauté.--Après cet acquittement, l’Aréopage rendit un décret qui défendait d’exciter le moindre sentiment de pitié chez les juges et de juger un accusé, soit homme, soit femme, en sa présence.
16, +Pas+.--Pas plus que le premier Scipion ne l’a lui-même oublié.
17, +Bon+.--Dans le Jardin des racines grecques de LANCELOT si en faveur dans les études il y a trois quarts de siècle, on trouve: «ἀγαθός, bon, brave à la guerre»; et cette indication est ainsi complétée: «prudent, excellent, expert, propre à, utile», mais il n’y est pas question de beauté. Cependant on rencontre quelquefois dans les textes le mot καλοκᾄγαθος, «bel et bon», mis pour καλὸς καὶ ἀγαθός, d’où nous est venue cette même expression, en usage en français, aujourd’hui encore, dans le style familier.
19, +Platon+.--Dans le Gorgias.
20, +Aristote+.--Politique, I, 3.
25, +Fait-il+.--DIOGÈNE LAERCE, V, 20.
=590=,
8, +Foyter+.--Fouetter.--Et si j’étais chargé de punir les hommes je châtierais plus rudement les méchants...
=592=,
6, +Fauorable+.--J’ai un visage avantageux.
10, +Socrates+.--S.-ent.: qui était de mine très ingrate. V. =III=, 586.
11, +Presence+.--Prestance.--Var. de 88: mon port, au lieu de «ma presence».
25, +Esperons+.--L’avait poursuivi de très près.
28, +Prins+.--L’éd. de 88 port.: et desfaicts; et aj.: ayant esté rencontrez en desordre et fort ecartez les vns des autres.
35, +Enuiée+.--Add. de 88: et nonobstant ce vain interualle de guerre auquel lors nous estions.
=594=,
31, +Chatouilleux+.--Ce guet-apens se produisit en 1588 dans la forêt de Villebois, près d’Orléans, alors que Montaigne se rendait à Paris, probablement pour la réimpression des Essais.
34, +Masquez+.--L’éd. de 88 aj.: bien montez et bien armez.
34, +Argoulets+.--Arquebusiers, comme il les nomme plus bas. V. N. =I=, 252.
=596=,
10, +Implorata+.--On dit dans le même sens, en français: «M’étant déjà voué à tous les saints du Paradis».
12, +Chef+.--Add. de 88: non plus auec ses menasses, mais.
19, +Pourpensée+.--Mûrement réfléchie; pourpenser est un augmentatif de penser.
23, +Non+.--Add. de 88: (I’essayerois volontiers à mon tour quelle mine il feroit en vn pareil accident).
26, +Pareille+.--Et me fit promettre de lui rendre la pareille, s’il venait à se trouver dans le même cas.
34, +Droict+.--A tort ou à raison; ou encore ici «à tort et à travers».
=598=,
2, +Offenser+.--Et je suis si peu enclin à offenser qui que ce soit...
4, +Criminelles+.--Alors qu’il était conseiller au parlement.
6, +Aristote+.--DIOGÈNE LAERCE, V, 17.
13, +Trefles+.--A moi qui ne suis qu’un valet de trèfle (qu’un personnage de peu d’importance), peut s’appliquer...
15, +Plutarque+.--Add. de 88: mesme.
17, +Mesme+.--De ces deux mots cités par PLUTARQUE, l’un se trouve dans ses traités: Sur la différence entre le flatteur et l’ami, 10, et De l’envie et de la haine, 3; l’autre, dans la Vie de Lycurgue, 4.
CHAPITRE XIII.
=600=,
10, +L’œuf+.--CICÉRON, Acad., II, 18, d’où le fait semble tiré, le place à Délos.
17, +Celuy-là+.--Justinien Ier, empereur d’Orient (527 à 565), qui fit reviser toutes les constitutions et ordonnances de ses prédécesseurs et en forma le code qui porte son nom, qui fut suivi des Pandectes, des Institutes et des Novelles; tous ces ouvrages réunis constituent le Corpus juris civilis (code civil).
+602+,
10, +Montaignes+.--C’était un usage assez répandu au XIIIe siècle, dans les républiques de Lombardie, de confier à des juges étrangers l’administration de la justice; cet usage existait ailleurs, notamment dans la petite république de St-Marin en Italie, où il se serait maintenu jusqu’à son absorption, en 1870, par le royaume d’Italie actuel; on le retrouve encore dans la république d’Andorre (petit état sur les confins de la France et de l’Espagne), qui est administrée par deux viguiers, nommés l’un par l’évêque d’Urgel (Espagne), l’autre par la France, dont les jugements, quand ils sont frappés d’appel, sont déférés au Président du tribunal civil de Perpignan.
11, +Procez+.--«Il est peu de nations où les lois criminelles soient assez bonnes pour qu’on ne préférât pas à leur tribunal celui d’un seul homme de probité et de sens.» SERVAN.
18, +Platon+.--République, III.
22, +Testament+.--Et en général, en matière judiciaire de quelque nature que ce soit.--Il est actuellement question de la rendre plus compréhensible et aussi conforme à ce que l’on veut dire, car il faut réellement être initié pour comprendre. Vous recevez, par exemple, une «assignation à comparaître, à trois jours francs, à dix heures du matin». Cela signifie, ce dont vous ne vous doutiez probablement pas, qu’il est inutile de vous déranger, mais que vous devez vous adresser à un avoué qui aura à se présenter en votre lieu et place le cinquième jour à midi.
26, +Artistes+.--Arrangées avec art.
27, +Primement+.--Exactement.
28, +Enfrasquez+.--Embarrassés, égarés, perdus; de l’italien enfrascarsi, s’embarrasser dans les branches des arbres.
32, +Vif+.--De mercure, communément appelé encore du «vif-argent».
=604=,
8, +Esmiée+.--Divisée, émiettée, du latin mittas, qui signifie miettes.
8, +Doctrina+.--Ce sont bien les propres termes de l’auteur latin, mais pris dans un sens tout différent de celui qu’il leur a donné.
24, +Choppent+.--Bronchent.
27, +Difficulté+.--On dit en proverbe: «La glose d’Orléans est pire que le texte».
«Mais à quoi s’attacha ta savante malice? Ce fut surtout à faire ignorer la justice. Dans les plus claires lois, ton ambiguïté Répandant son adroite et fine obscurité, Aux yeux embarrassés des juges les plus sages Tout sens devint douteux, tout mot eut deux visages. Plus on crut pénétrer, moins on fut éclairci. Le texte fut souvent par la glose obscurci.» BOILEAU.
=606=,
4, +Pice+.--Proverbe grec passé dans la langue latine. C’est aller s’embarrassant de plus en plus, telle une souris dans de la poix qui va s’engluant d’autant plus qu’elle fait plus d’effort, se donne plus de mouvement pour se dépêtrer.
10, +Estoufferent+.--Fable imitée par LA FONTAINE, sous le titre de «Les deux chiens et l’âne mort»; et, avant lui, par MARIE DE FRANCE, dans celle intitulée «Le loup qui prend la lune pour un fromage», où un loup voyant la lune se refléter dans une mare, boit tant d’eau de la mare pour atteindre ce qu’il croit être un fromage, qu’il en crève comme les chiens d’Esope.
11, +Crates+.--Ou plutôt Socrate. DIOGÈNE LAERCE, II, 22.
25, +Admiration, chasse+.--Var. de 88: doubte.
27, +Obliquement+.--Les oracles d’Apollon, comme du reste tous les oracles, étaient toujours rendus en termes obscurs et ambigus, permettant diverses interprétations souvent contradictoires.
38, +Diuerse+.--Ces vers sont de LA BOÉTIE, et se trouvent dans une traduction de Roland le furieux faite à la demande de Marguerite de Carles qui devait devenir et devint sa femme.
=608=,
5, +Grain+.--Que de bien peu. Métaphore tirée du sorite du tas de blé. Le sorite est un raisonnement tendant à démontrer qu’une quantité est par elle-même chose indéterminée, c’est-à-dire qu’elle est à la fois petite et grande: Qu’on se figure un tas de blé, qu’on en enlève un seul grain, puis un autre ensuite, et qu’on continue de la sorte; en n’enlevant chaque fois qu’un grain, on ne détruit pas le tas et cependant il arrive finalement à être réduit à un seul grain.
13, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IV, 13.
17, +Soy+.--Mon sujet veut que je revienne souvent à parler de moi.
21, +Verbale+.--Nos discussions ne portent que sur des mots.
24, +Substance+.--LOCKE a démontré que nous n’avons aucune idée claire et précise de ce que nous appelons substance. V. son Essai philosophique concernant l’entendement humain, liv. I, ch. 4, § 18; liv. II, ch. 23, § 2, etc.
29, +Hydra+.--De l’hydre de Lerne. Cette hydre était, selon la fable, un serpent monstrueux à sept têtes, qui repoussaient à mesure qu’on les coupait, si on ne les abattait toutes d’un seul coup. La destruction de ce monstre fut un des douze travaux d’Hercule (V. N. =III=, 544: Hercules). La plupart des fictions mythologiques recouvrant une vérité, on pense que l’hydre de Lerne n’était autre qu’un marais d’où s’échappaient des miasmes pestilentiels et que les habitants parvinrent à dessécher. Au figuré, on désigne de ce nom toute difficulté sans cesse renaissante et Montaigne en fait ici application aux discussions auxquelles prêtent les mots.
29, +Memnon+.--Ici et à la ligne suivante, il faut lire Menon, suivant le dialogue de ce nom de Platon. Cette erreur subsiste également dans toutes les éd. ant., comme aussi dans l’ex. de Bord.
34, +Ruchée+.--«Qui ajoute à sa science, accroît aussi son travail.» Ecclésiaste.
=610=,
9, +Ethiques+.--Morales.
18, +Iustice+.--«Montaigne mérite vraiment d’être compté parmi ceux qui ont contribué à l’élaboration de nos lois, pour avoir concouru au triomphe de deux idées qui font leur sagesse et leur force: la modération dans le droit pénal et l’équité dans le droit privé.» GALLES, avocat général à la cour d’Orléans, 1865.
29, +Iuges+.--Au nombre des progrès réalisés par la Révolution, la publicité des débats judiciaires est sans contredit l’un des plus importants. Elle protège quelque peu contre l’arbitraire des juges, le sans-gêne, la partialité du président à l’audience, l’inattention de ses assesseurs, et les dénis de justice par trop flagrants dans les jugements rendus. Et voilà qu’à propos du divorce, on s’avise aujourd’hui de vouloir que le huis clos soit de règle, comme si toute affaire de quelque nature qu’elle soit ne pouvait donner matière devant les tribunaux aux révélations intimes les plus cruelles, aux scandales les plus éhontés et les moins attendus que l’on cherche de la sorte à éviter. C’est un inconvénient regrettable qui frappe à première vue, mais en y réfléchissant, il n’est pas à mettre en parallèle avec ceux, bien autrement préjudiciables, que présente le huis clos; l’accepter dans ce cas, c’est donner de l’extension à l’abus; Dreyfus, lors de son premier jugement, eût-il été condamné, s’il n’eût été jugé à huis clos!
38, +Accrocher+.--Retarder, annuler.
=612=,
1, +Repentance+.--Non responsables.
2, +Consacrez+.--Sont sacrifiés, immolés aux formes...
2, +Autre+.--C’est bien à Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, que le fait se rapporte. Plutarque, en le citant, dit que l’individu que ce roi venait de condamner, s’étant aperçu que pendant qu’il plaidait sa cause, le prince sommeillait, en appela aussitôt: «Et à qui?» dit Philippe hors de lui. «A Philippe éveillé!» Ce reproche le fit réfléchir sur sa sentence, dont il reconnut l’injustice et qu’il répara de son propre argent. PLUTARQUE, Apophth. des rois.
9, +Condamné+.--Le préjudice qu’il avait causé au condamné.
12, +Crime+.--Elles sont nombreuses et de toutes les époques, par exemple celle du chevalier de la Barre en 1765, supplicié à l’âge de 19 ans pour ne pas s’être découvert au passage d’une procession et avoir tenu des propos anti-religieux.
12, +Opinions+.--PLUTARQUE, Instr. pour ceux qui manient affaires d’État, 21.
13, +Gros+.
«Tout désordre apparent est un ordre réel, Tout mal particulier un bien universel.» POPE.
19, +Cyrenaiques+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 92.
20, +Theodoriens+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 99.--Théodore, surnommé d’abord l’Athée, ensuite Théos (Dieu), semble avoir vécu en Égypte et à Cyrène, du temps des premiers successeurs d’Alexandre le Grand. Il posait en principe que le sage se suffit à lui-même, que le monde est sa patrie, que rien n’est honteux en soi, mais seulement quant à l’opinion qui en a été établie pour mettre un frein à la multitude; en outre, il niait l’existence des dieux. En conséquence, il considérait comme indigne du sage l’amitié, l’amour de la patrie; et, comme lui étant permis: le vol, l’adultère, le sacrilège, pourvu qu’il choisisse bien son temps.
26, +Innocence+.--PLUTARQUE, Alcibiade, 23.--Alcibiade disait qu’en pareil cas, il ne s’en fierait à personne, pas même à sa mère. C’est cette même idée qu’exprimait encore, en d’autres termes, je ne sais quel Président de cour, disant que si on l’accusait d’avoir volé les tours de Notre-Dame de Paris, il commencerait par prendre la fuite et gagner la frontière.
27, +Faict+.--A même de me récompenser d’une bonne action, comme il a pouvoir de me punir d’une mauvaise.
29, +Point+.--Var. de 88: les autres, au lieu de: «de ne faillir point».
31, +Perte+.--C’est la morale de la fable de LA FONTAINE, «L’huître et les plaideurs».
=614=,