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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV (part 4 of 6)

Part 4 of 6 · Michel de Montaigne · Public domain text

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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV (part 4 of 6)

8, +Belle erre+.--En grande hâte; on retrouve ce mot avec ce sens dans une ballade de LA FONTAINE:

«Et je maintiens, comme article de foi, Qu’en débridant matines à grand’erre, Les Augustins sont serviteurs du roi.»

16, +Prodige+.--Un mauvais présage pour lui. HÉRODOTE, I, 78.

18, +Oreille+.--Montaigne ne parle que des crins et de la queue; contre son habitude, il se tient sur la réserve; pour être exact, il eût dû ajouter: et est propre à la reproduction.

18, +Montre+.--C.-à-d. et on n’en admet pas d’autres dans les montres ou revues.

21, +Triomphe+.--PLUTARQUE, Nicias, 10. V. N. =I=, 528: Contraire.

24, +L’autre+.--QUINTE-CURCE, VII, 7.

30, +Second+.--Premier écuyer du roi; Montaigne, lors de son premier voyage à Paris, vers 1555, a pu le voir, dans l’exercice de ses fonctions, donnant aux fils de Henri II leur leçon d’équitation, et peut-être est-ce le souvenir qu’il en a conservé qui lui a fait écrire au ch. VII du liv. III (=III=, 326): «Vn cheual qui n’est ny flateur ny courtisan, verse le fils du Roy par terre, comme il feroit le fils d’vn crocheteur.»

35, +Estrier+.--Vers 1840, en Algérie, le commandant de Bonnemain, alors sous-officier de spahis, accomplit un tour de force équestre analogue, mais plus étonnant encore. Élevé depuis l’âge de onze ans parmi les indigènes, même aux yeux des Arabes, c’était un cavalier émérite. Cheminant un jour, avec une troupe nombreuse, dans la plaine des Haractas, un lièvre fut aperçu. Si Mustapha, c’était le nom qu’il avait reçu des indigènes, se lança à sa poursuite, le suivit dans tous ses tours et détours, le força à la course et sans s’arrêter ni descendre de cheval, vidant d’un pied l’étrier et y conservant l’autre, il le saisit et l’enleva à la main.

36, +Viuoit+.--C’est ce même Italien dont il est question plus haut. V. N. =I=, 538: Autresfois.

38, +A tours+.--Tour à tour.

=544=,

8, +Reales+.--Petite pièce de monnaie d’Espagne, en argent, valant environ 25 centimes.

CHAPITRE XLIX.

14, +Lælius+.--Les éd. ant. port.: Scipion.

=546=,

16, +Sagos+.--Rétablir cette citation ainsi qu’il suit: Sinistras sagis...--Le sagum était l’habit militaire des Romains; en paix, ils portaient la toge. Chez les Gaulois, c’était le vêtement de tout temps; nos paysans le portent encore sous le nom de saye ou blouse.

18, +Respondre+.--CÉSAR, De Bello Gall., IV, 5, dit que les Gaulois arrêtaient ceux qu’ils rencontraient, non pour leur demander qui ils étaient, mais pour s’enquérir des nouvelles;--on peut ajouter que cela leur était et est encore commun avec bien d’autres; ce qui l’était moins et explique cette remarque de César, c’est que chez eux il était interdit de répandre des nouvelles dans le public, et cependant le journal n’était pas chose inconnue à ce moment. Il existe trace de journaux, en quelque sorte officiels, en Égypte, 2000 ans avant notre ère; ils publiaient également tous les faits intéressants et notamment les scandales. Les Romains eurent d’abord les Annales tenues par les pontifes, et qui, du temps de César, firent place aux Actes diurnes ou Journaux, lesquels comprenaient à peu près tout ce qu’on trouve dans les feuilles publiques de nos jours, partie officielle et chronique. Ils prirent fin avec l’empire, pour renaître au quinzième siècle, en Italie, où ils se vendaient une «gazetta», petite pièce de monnaie, d’où le nom que Théophile Renaudot donna à sa feuille quand il la créa en 1631. V. N. =I=, 390: Necessité.

21, +Iambes+.--SÉNÈQUE, Epist. 86.

28, +Front+.--Les femmes du temps de Montaigne s’épilaient probablement le front, afin d’en augmenter la hauteur.

30, +Propres à cela+.--Add. des éd. ant.: qui seruoyent à cela de faire tomber le poil.--L’éd. de 80 aj.: qu’ils appelloient «psilotrum».

37, +Caton+.--PLUTARQUE, Caton d’Utique, 15.

39, +Assis+.--Les Grecs et les Romains dînaient assis, parce que ce repas était fort court. Au souper, qu’ils prolongeaient beaucoup, étant alors débarrassés de leurs affaires, à l’exception des femmes qui étaient toujours assises, ils mangeaient ordinairement étendus sur des sortes de divans, lesquels, lorsqu’on était nombreux, étaient juxtaposés autour de la table, dont un côté demeurait libre pour le service. Sur chacun de ces lits ou divans, prenaient généralement place trois personnes; on s’y étendait la tête du côté de la table, la poitrine surélevée par des coussins, les pieds à l’opposé, en contrebas. On s’appuyait sur le coude gauche et on se servait avec la main droite; on pouvait ainsi facilement poser la tête sur la poitrine de son voisin de gauche, ainsi que fit saint Jean sur le sein de Jésus-Christ lors de la cène. De nos jours, les Arabes en agissent encore ainsi, sauf que, les divans n’existant pas, on s’étend à même le sol sur des tapis ou des nattes et que l’élévation de la table est réduite en conséquence.

=548=,

8, +L’autre+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 89.

9, +Table+.--Ab ovo usque ad mala (depuis l’œuf jusqu’à la pomme), dit HORACE, Sat., 1.

11, +Obscæne+.--Sale, malpropre, répugnant en raison de l’usage qui en était fait.

16, +Estouffa+.--SÉNÈQUE, Epist. 70.

16, +Catze+.--De l’italien cazzo, pénis, membre viril.

20, +Passans+.--Dans toutes les grandes villes, en France, il est actuellement pourvu à cette nécessité; avant, c’était une servitude des couloirs d’entrée des maisons, dont nombre comportaient des aménagements à cet effet. C’est à M. le Préfet de police de Rambuteau, dont longtemps ils ont gardé le nom, que Paris doit depuis moins d’un siècle environ les édicules dont certaines de ses rues sont pourvues pour cet objet; mais c’est à l’empereur Vespasien, dont ils ont également porté le nom, que l’idée première appartient. En les établissant, il les avait frappés d’un impôt et son fils Titus l’en ayant plaisanté, il lui mit, dit-on, sous le nez, le premier argent en provenant, en lui disant: «Sent-il mauvais?»--A Venise, il n’y a pas encore longtemps, aucune disposition particulière n’existait à cet égard et en certains endroits se prêtant le plus à la satisfaction de ce besoin, était parfois tracée sur le mur une croix noire bien apparente avec cette inscription: Rispetto (à respecter), que THÉOPHILE GAUTIER, qui narre le fait, rend plaisamment par cette traduction du vers d’Horace: «Enfants, allez plus loin; cet endroit est sacré», ajoutant que la recommandation est loin d’être pieusement observée.

26, +Trenchans+.--Eschançons et trenchans étaient des esclaves dont l’office était, celui des premiers, de verser à boire; celui des seconds, de découper les viandes.

=550=,

1, +Nous+.--Montaigne estimait ses contemporains inférieurs aux anciens, en vices et en vertus; était-ce exact? Les hommes semblent à cet égard avoir été, être et devoir être toujours à peu près les mêmes dans tous les siècles; et, pour un observateur consciencieux qui ne se laisse pas arrêter par les apparences et va au fond des choses, la somme des vertus et des vices dans un siècle est sensiblement la même comparée à ce qu’elle est dans un autre siècle. NAIGEON.

3, +Mal+.--LA ROCHEFOUCAULT a exprimé cette même pensée de la sorte: «Un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon».

14, +Estuues+.--Les Romains, du moins dans le courant de la vie ordinaire, ne prenaient que des bains de vapeur, comme cela se pratique encore dans les pays orientaux; mais ces bains étaient d’usage journalier, ce qu’explique le climat, la vie passée continuellement au grand air et les loisirs de leur existence. Le confort moderne n’avait pas encore introduit chez eux l’eau et le feu à domicile, d’où, à peu d’exceptions près, la nécessité de thermes ou établissements de bains publics dont les ruines attestent les immenses proportions et la magnificence; entre autres, aux Thermes de Caracalla, à Rome, trois mille personnes pouvaient se baigner à la fois; il y avait seize cents sièges de marbre et de porphyre, et des baignoires de granit. On y accédait par des portiques somptueux; à l’intérieur se trouvaient des salles de conversation, des bibliothèques, des jardins décorés de statues et d’œuvres d’art, c’était quelque chose comme les établissements thermaux de nos jours dans certaines villes d’eaux, mais ils étaient publics, à Rome, du moins pendant l’empire; tout le monde y avait accès et il en existait dans la plupart des villes.--Les bains sont bien loin d’être aussi en faveur en France; Louis XIV, dit Saint-Simon, n’en prit jamais que sur ordonnance de médecin, et en ces derniers temps, il nous a été donné d’entendre une femme d’âge, venue à Lourdes y chercher la guérison, justifier son appréhension à descendre dans la piscine de la grotte, en disant qu’elle n’avait jamais pris de bain de sa vie. Actuellement on a tendance à y venir; bains et bains-douches, déjà d’usage courant dans l’armée, s’introduisent dans les populations, du moins dans celles de quelques grandes villes; des piscines municipales ont même été créées dans quelques-unes où pour quinze ou vingt centimes chacun peut se baigner; mais de fait, ce ne sont encore que de rares exceptions.

14, +Hommes+.--Jusque sous l’empereur Adrien, les bains des femmes n’étaient pas séparés de ceux des hommes.

19, +Apollinaris+.--Carm. IV, 239.

23, +Naulage+.--Les éd. ant. port.: voiture.--La question est de peu d’importance; actuellement on opère de deux façons: généralement on paie d’avance quand le prix est élevé ou qu’il peut y avoir grande affluence (chemins de fer, paquebots à destination lointaine, etc.), en cours de route ou à l’arrivée dans le cas contraire (omnibus, petites voitures, etc.).

28, +Nicomedis+.--Concubine; littéralement «la ruelle de Nicomède». SUÉTONE, César, 49.--César, dans sa jeunesse, avait vécu quelque temps à la cour de ce prince, roi de Bithynie (Asie Mineure), et passait pour avoir été de la plus grande intimité avec lui, ce qui, en ce temps, était fréquent et admis; et c’est pourquoi il avait été gratifié de cette épithète dont l’origine provient de ce que, chez les Romains, la femme au lit couchait d’ordinaire, ainsi que le dit Montaigne, du côté de la ruelle. V. N. =II=, 634: Nicomedes.

33, +Champisses+.--Malignes, goguenardes; viendrait de «champis» qui, en Poitou, signifie enfant naturel, comme qui dirait procréé dans les champs, auquel on attribuait plus de malice qu’aux autres.

34, +Iane+.--Janus, le plus ancien roi d’Italie, =XVe= siècle. Établi dans le Latium, il y fit régner la paix. Il avait, à Rome, un temple dont les portes étaient ouvertes en temps de guerre et fermées en temps de paix et avant Auguste, elles ne furent closes que deux fois, l’une sous Numa, l’autre après la première guerre punique. C’est de Janus que le mois de Janvier passe pour avoir pris son nom.

37, +Romaines+.--HÉRODIEN, IV, 2, 6.

39, +Creu+.--Les reines de France portaient jadis le deuil en blanc; Anne de Bretagne fut la première qui, à la mort de Charles VIII, le porta en noir. Les Chinois le portent également en blanc et, par exception, en rouge éclatant, pendant le premier mois, après la mort d’un père ou d’une mère; les Égyptiens le portaient en jaune; les Éthiopiens, en gris.

CHAPITRE L.

=552=,

7, +Ceux+.--C.-à-d. et même de ceux.

15, +Entiers+.--Les éd. ant. aj.: et à fons de cuue.

17, +De cent... descouure+.--Var. des éd. ant.: De mille visages qu’ils ont chacun, i’en prens celuy qui me plait: ie les saisis volontiers par quelque lustre extraordinaire et fantasque: i’en trieroy bien de plus riches et pleins si i’auoy quelque autre fin proposée que celle que i’ay. Toute action est propre à nous faire connoistre.

21, +Inusité+.--«Dans la plupart des auteurs, je vois l’homme qui écrit; dans Montaigne, je vois l’homme qui pense.» MONTESQUIEU.

=554=,

27, +Eschecs+.--Le jeu d’échec ayant été inventé, dit-on, par Palamède, lors de la guerre de Troie, il est possible qu’Alexandre l’ait pratiqué.

32, +Autre+.--Socrate.

=556=,

9, +Friuole+.--C’est la même idée déjà exprimée, =I=, 432.

24, +Merite+.--«Il ne faut pas permettre à l’homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant, avec les impies, que notre vie est un jeu où règne le hasard, il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs.» BOSSUET.

34, +Hommes+.--Le mot «misanthrope» n’existait pas encore du temps de Montaigne.

=558=,

2, +Peine+.--PLUTARQUE, M. Brutus, 3.

4, +Face+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 95.

6, +Fols+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 95.

CHAPITRE LI.

8, +Paroles+.--Ce chapitre a été traduit, vers 1689, en langage de l’époque par M. DE PLASSAC.

10, +Pied+.--Ce mot est d’Agésilas. PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.

13, +Thucydidez+.--Non l’historien, mais le chef à Athènes du parti aristocratique contre Périclès; frappé d’ostracisme en =444=, c’est alors qu’il se trouvait à Sparte; le fait est rapporté par PLUTARQUE, Périclès, 5.

23, +Orateurs+.--SEXTUS EMPIRICUS, Adv. Math., II.--«Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs», dit un adage.

24, +Peuple+.--QUINTILIEN, II, 16.

25, +Flatter+.--Dans le Gorgias.

=560=,

15, +Rudes+.--Du latin rudis, ignorant, grossier, qui n’est pas cultivé.

17, +Dit-il+.--TITE-LIVE, X, 22.

22, +Caraffe+.--D’une illustre famille napolitaine dont la mémoire fut abolie par le Sénat romain, en 1560, à la suite d’un procès amené par les exactions de quelques-uns de ses membres, procès qui, en 1566, fut revisé et suivi de la réintégration dans leurs titres et honneurs des survivants, parmi lesquels le cardinal dont il est ici question, qui personnellement avait été condamné à une amende de 100.000 écus.

=562=,

13, +Macédoine+.--PLUTARQUE, Paul-Émile, 15.--En =167=. Le discernement, l’attention, l’exactitude qu’apporta Paul-Émile dans les fêtes qu’il donna à la Grèce, après sa victoire de Pydna sur Persée (jeux, sacrifices, festins, fêtes de toute nature), excitèrent l’admiration à l’égard de cet homme qui montrait tant de diligence et de soins dans ces détails, et qui, chargé de si grandes affaires, observait dans les plus petites jusqu’à la moindre bienséance. Que nous sommes donc loin ici de cet adage si fort en honneur maintenant chez nous: «De minimis non curat prætor (le préteur ne porte pas son attention sur les détails)», que l’on a si souvent à la bouche, et qui, exact quand il s’applique à des cas où on ne sait pas faire la part des nécessités, blâmable quand il constitue des empiétements sur les devoirs et attributions d’autrui au lieu de se borner à en être le contrôle, ne fait dans toutes les autres circonstances que favoriser la paresse des uns, les abus des autres, au grand détriment des affaires publiques.

18, +Apollidon+.--Palais merveilleux qu’éleva, avec le secours de la nécromancie, Apollidon, un des personnages du roman d’Amadis des Gaules.

20, +Allegorie+.--Métonymie, métaphore, allégorie, sont des termes et figures de rhétorique.

22, +Pellegrin+.--Fin, poli, délicat; de l’italien pellegrino qui a cette même signification.

26, +Puissance+.--C’est ainsi, par exemple, qu’à Rome, les consuls étaient les premiers magistrats de la République; qu’au moyen âge, c’étaient dans quelques villes les anciens échevins (conseillers municipaux), dont le mandat avait pris fin; qu’avant la Révolution, on appelait ainsi les juges des tribunaux de commerce; et qu’actuellement, certains de nos représentants à l’étranger, soit diplomatiques, soit simplement commerciaux, portent ce nom.

27, +De reproche à+.--Les éd. ant. port.: tesmoignage d’vne singuliere vanité de.

27, +Indignement+.--Var. des éd. ant.: vainement et sans aucune consideration.

CHAPITRE LII.

=564=,

2, +Carthaginois+.--VALÈRE MAXIME, IV, 4, 6.--En =256=, alors que, consul, après avoir battu les Carthaginois en Sicile, il venait de passer en Afrique et de les battre à nouveau.

3, +Publique+.--Au gouvernement.

5, +Terre+.--Environ trois hectares.

19, +Dehors+.--PLUTARQUE, Caton le Censeur, 3.--Les uns regardaient cette conduite de Caton comme un effet de son avarice, les autres comme le résultat d’un parti pris pour corriger ses concitoyens de leur luxe et les ramener à la simplicité; on ne saurait cependant excuser qu’il se servît de ses esclaves comme de bêtes de somme, qu’il les chassât et les vendît quand ils devenaient vieux.--Cette exagération de sa part fut le point de départ de l’animosité avec laquelle plus tard il poursuivit Scipion. Il avait été désigné comme son questeur, lorsque celui-ci fut envoyé en Sicile, d’où il devait passer en Afrique. Voyant qu’il vivait avec magnificence et prodiguait l’argent à ses troupes sans ménagement, il l’en reprit, lui disant que le plus grand mal n’était pas dans la dépense excessive, mais dans l’altération de l’ancienne simplicité des soldats, qui employaient en luxe et en plaisirs le superflu de leur paye. A quoi Scipion répondit qu’il n’avait pas besoin d’un questeur si exact; que dans la guerre, il allait à pleines voiles, devant compte à la République non des sommes qu’il aurait dépensées, mais des exploits qu’il aurait accomplis. Sur cette réponse, Caton le quitta dès la Sicile. N. =II=, 586: Caton le Censeur.

21, +Légation+.--L’an =130=. VALÈRE MAXIME, IV, 3, 13.

23, +Vn+.--SÉNÈQUE, Consol. ad Helv., 12.

25, +Romains+.--Montaigne détourne le fait du sens que lui donne PLUTARQUE, Les Gracques, 3, qui, en l’exposant, dit bien qu’une allocation aussi dérisoire ne fut attribuée à Tiberius Gracchus que pour lui faire honte et dépit. Tribun du peuple, il venait de faire revivre une ancienne loi agraire interdisant à un même individu de posséder une étendue de terres de plus de cinq cents plèthres (le plèthre valait environ six ares); et ce qui serait ainsi rendu disponible devait être affermé à ceux ne possédant aucun fonds. Lorsqu’il dut partir pour effectuer cette opération, le Sénat, pour se venger, ne lui alloua pour sa dépense que neuf oboles par jour (un franc trente-cinq centimes), contrairement à ce qui se faisait d’ordinaire, où ces commissions étaient largement rétribuées.

CHAPITRE LIII.

=566=,

6, +Faut+.--C’est ce qui a donné lieu à cet aphorisme: «Fac ut credes, et quod prohiberi non potes, accipe (Fais ce que dois et accepte ce que tu ne peux empêcher)», dont la deuxième partie est corroborée par cet autre: «Unquam felix, nisi sua sorte contentus (Qui n’est pas satisfait de son sort, n’est jamais heureux).»

30, +Façon+.--S. JEAN CHRYSOSTOME nous conseille de «ne désirer que peu de choses, si nous voulons être heureux».

33, +Reuerence+.--S. AMBROISE dit que «la concupiscence s’imagine une infinité de besoins, qu’elle tâche de satisfaire à tout prix».

35, +Exterreamur+.--Dans les éd. ant., cette citation est suivie de sa traduction: Il se fait, par vn vice ordinaire de nature, que nous ayons et plus de fiance, et plus de crainte des choses, que nous n’auons pas veu, et qui sont cachées et inconnues.

CHAPITRE LIV.

=568=,

1, +Lettre+.--C’était une manie des poètes latins du moyen âge, surtout aux XIIe et XIIIe siècles.

2, +Haches+.--Et fréquemment aussi des autels, des chalumeaux.

4, +Figure+.--Comme bizarrerie analogue, citons entre autres que, dans un recueil de noëls de 1740, on en trouve un de cent deux vers, dont tous les mots n’ont qu’une syllabe.

7, +Plutarque+.--Xénocrate, au dire de Plutarque, indiquait le nombre de cent millions deux cent mille comme celui des syllabes que forment les diverses lettres de l’alphabet.

14, +Exercice+.--Il semble assez difficile de faire passer, en le projetant et même sans le projeter, un grain de mil par le trou d’une aiguille. QUINTILIEN, II, 20, d’où le fait est tiré, et qui attribue à Alexandre d’avoir récompensé cette adresse en proportion de son utilité, dit, ce qui est plus admissible, qu’elle consistait, ayant un pois chiche dans la bouche et soufflant, à le lancer sur une aiguille à certaine distance et le ficher à la pointe de cette aiguille, et que cet homme ne manquait jamais son coup. Le minot valait un peu moins d’un litre.

17, +Ioinctes+.--Platon, dans un cas analogue, ne fut pas plus indulgent qu’Alexandre: seul, il n’admira pas un certain Anniceris, si bon cocher qu’il faisait faire cent tours à son char sans s’écarter de la plus petite distance de la même ornière; Platon jugeait qu’un homme qui s’était appliqué avec une attention si soutenue à atteindre une perfection si inutile, était incapable de grandes choses. A quoi on peut répondre que tout le monde n’est pas tenu à être propre aux grandes choses, sans pour cela cesser d’être estimable.

23, +Marche+.--Le titre de «dame», qui se donne aujourd’hui indistinctement à toutes les femmes mariées, était anciennement affecté aux femmes de chevaliers; les femmes des écuyers et toutes les autres femmes, mariées ou non, étaient simplement qualifiées de «Demoiselles»; c’est ce qui explique que Montaigne écrivant à sa femme, mettait en tête de sa lettre: «A Mademoiselle Montaigne, ma femme.» Cette appellation de «Dame» était en outre, comme il le dit, appliquée aux femmes de basse extraction, et aussi dans le sens de maîtresse, etc... Quand il s’agissait de femmes de mauvaise vie, on employait indifféremment l’une ou l’autre expression.

25, +Disoit+.--PLUTARQUE, De Placit. philosoph., IV, 10.

34, +Appetissans+.--Du latin appetitus, rendant désirable et, par extension, diminuant, affaiblissant, autrement dit dans le cas présent, dorant la pilule.

=570=,

1, +Desgoutement+.--On dit aujourd’hui dégoût.

3, +Rotissent+.--Les coups de chaleur et de soleil produisent, en effet, sur les plantes et les animaux, l’homme compris, les mêmes effets que les grands froids; dans les deux cas, les plantes sont comme brûlées et dépérissent, et chez les êtres animés il y a congestion et danger de mort.

3, +Cueux+.--Gueuses, de l’allemand giessen, fondre; masses ou lingots de métal sortant de la première fonte.--Montaigne ne rapporte pas exactement la pensée d’ARISTOTE qui se borne à dire que l’étain fond plus tôt que le plomb, puisqu’il se fond même dans l’eau, et indique ensuite des procédés de fusion.

6, +Volupté+.--Dans le Phédon, PLATON fait dire à Socrate que «le plaisir et la douleur se tiennent».

16, +Impression+.--«La prospérité fatigue l’âme du sage, l’adversité l’affermit et la retrempe par les coups mêmes dont elle la frappe.»

24, +Engendre+.--C.-à-d. pour savoir qu’on ignore, il faut beaucoup savoir; ce qui est à l’adresse de ceux qu’en langage familier nous appelons des «demi-savants».

24, +Premiere+.--C’est ce que BACON a traduit par: «Un peu de philosophie éloigne de la religion, beaucoup y ramène.»--J. DE MAISTRE, dans ses Soirées de S.-Pétersbourg, a reproduit et développé cette idée de l’ignorance qui croit savoir, et de la science qui s’ignore.

25, +Instruits+.--Sçauants (var. de 88).

29, +Sens+.--Allusion à ceux qui, sans plus ample examen, séduits par leur simplicité, embrassèrent les doctrines nouvelles de Luther et de Calvin.--GRESSET, dans Vert-vert, exprime la même pensée, appliquée d’une façon plus générale:

«L’homme éclairé suspend l’éloge et la censure.»

L’observation de Montaigne est d’application constante. De son temps, c’était la question religieuse qui préoccupait les esprits, depuis elle a cédé le pas à la politique; sauf cela, rien n’est changé à cet égard; peu de gens, aujourd’hui comme alors, sont capables de penser par eux-mêmes et, parmi ces privilégiés, peu prennent le temps de réfléchir et s’astreignent à l’effort de la réflexion; aussi l’influence du journal qui fournit sur chaque chose une opinion toute faite et dont chacun fait sa lecture quotidienne, est-elle considérable, on finit par ne plus penser et ne plus voir que par lui; c’est pourquoi la mauvaise presse fait tant de mal et pourquoi aussi la bonne presse, qui seule peut compenser l’influence néfaste de la première, est à soutenir et à encourager.

=572=,

11, +Mestis+.--C.-à-d. ceux qui tiennent des uns et des autres.--Métis vient du latin mixtus, mélangé; signifie engendré du fait d’espèces différentes, tels le mulâtre, né d’un blanc et d’une négresse; le mulet, d’un âne et d’une jument.

19, +Villaneles+.--Poésies pastorales, dont tous les couplets sont suivis d’un même refrain.

29, +Vulgaires+.--Ignorans (var. de 80).

29, +Singuliers et excellens+.--Délicatz et sçauants (var. de 80).

31, +Trop+.--L’éd. de 80 aj. en errata: adioutes, ils trouueroient place entre ces deux extremites.

31, +Region+.--Lucilius, dans CICÉRON, dit qu’il ne veut pour lecteurs de ses ouvrages, ni savants, ni ignorants, parce que les uns sont trop habiles pour lui, les autres pas assez.

CHAPITRE LV.

=574=,

3, +Plutarque+.--Vie d’Alexandre, I.

5, +D’estre... senteur+.--Var. des éd. ant.: de ne sentir rien de mauuais.

9, +Nihil olet+.--PLAUTE, Mostell., I, 3, 116.--Montaigne, après avoir cité ce vers, le traduit en le modifiant quelque peu: «L’odeur de la femme, dit exactement le poète, est normale, est bonne, quand elle ne sent rien.»

10, +Rien+.--L’éd. de 88 et l’ex. de Bordeaux aj.: comme on dict que la meilleure odeur de ses actions, c’est qu’elles soient insensibles et sourdes.--«Une bonne réputation vaut mieux qu’un bon parfum,» dit l’ECCLÉSIASTE, VII, 1, mais en l’appliquant à tous, hommes et femmes.

=576=,

5, +L’air+.--La science moderne attribue la contagion à l’existence d’êtres réels bien qu’infiniment petits: bacilles, microbes; ce sont eux qui, d’après elle, sont la cause et produisent l’effet; l’odeur n’est jamais qu’un indice et une conséquence.

7, +Socrates+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 25.

16, +Contemplation+.--L’encens, brûlé lors des sacrifices, semble plutôt avoir eu pour objet dans le principe de combattre les émanations des foules assemblées dans les temples et aussi l’odeur du sang provenant des victimes immolées.

20, +Thunes+.--Muley Haçan, bey de Tunis, qu’au chap. VIII du liv. II, Montaigne appelle Muleasses. Il vint à Naples en 1543, mais il n’y trouva pas Charles-Quint qu’il venait implorer contre les Turcs qui le menaçaient. A son retour, son fils, qui en son absence s’était emparé du pouvoir, lui fit crever les yeux.

23, +Parties+.--Ses livres de compte, ses mémoires de dépense.

23, +Ducats+.--Monnaie d’or de la valeur de 9 à 11 francs.

30, +Boue+.--Par marais, il faut entendre les lagunes qui entourent Venise et les canaux si nombreux qui s’y trouvent et qui exhalent souvent des odeurs pestilentielles.--A Paris, la voirie n’était ni établie, ni entretenue comme aujourd’hui, et la boue, dans la mauvaise saison, était une des grandes incommodités de Paris; Boileau, bien que de son temps (1660) elle se fût bien améliorée, nous en a conservé le souvenir dans une de ses satires:

«Six chevaux attelés à ce fardeau pesant, Ont peine à l’émouvoir sur le pavé glissant; D’un carrosse, en tournant, il accroche la roue, Et du choc le renverse en un grand tas de boue.»

CHAPITRE LVI.

=578=,

1, +Prieres+.--Ce chapitre est, en général, difficile à comprendre; on y est souvent arrêté et pas toujours sûr d’en saisir le sens; on y trouve plusieurs traits contre les calvinistes.

13, +Icy+.--Bien des auteurs, plus hardis que Montaigne, ont, au moyen âge et dans les siècles qui ont suivi, comme lui désavoué à l’avance, par crainte des persécutions, ce qui dans leurs écrits pourrait choquer l’Église; précaution inspirée, la plupart du temps, par la prudence plus que par les convictions.--Quoi qu’il en soit, la déclaration ici est formelle et, étant donné que l’auteur la renouvelle assez fréquemment sous une forme ou sous une autre dans le cours des Essais, elle indique nettement que la différence qu’il accuse entre Montaigne et le maire de Bordeaux (=III=, 500) subsiste également chez lui entre le chrétien et le moraliste. Comme chrétien, sa foi est voulue. Entretenue peut-être par le désir qui chez lui primait tout de vivre en paix avec lui-même comme avec tous autres, elle n’admet ni examen ni discussion; tandis que les réflexions qu’il couche en sa rapsodie, sont telles que son bon sens lui suggère, et qu’elles soient ou non contraires aux solutions et prescriptions de l’Église, ce qui est fréquent, le moraliste n’en a cure.

16, +Dieu+.--L’oraison dominicale, laquelle est tirée textuellement de l’Évangile de S. MATHIEU.--On trouve dans le second Alcibiade de PLATON une prière qui, en substance et tenant compte de la différence des temps, n’en diffère pas beaucoup. Dans ce même dialogue, Socrate, lui aussi, s’applique à démontrer qu’avant de prier, il faut réfléchir à l’objet de sa prière, parce qu’on risque, sans cela, de demander aux dieux des biens qui pourraient être des maux, et il conclut à la formule suivante: «Puissant Jupiter, donne-nous les biens, soit que nous les demandions, soit que nous ne les demandions pas; et éloigne de nous les maux, quand même nous te les demanderions!»

20, +Fust le+.--Les éd. ant. aj.: seul.

29, +Cette là+.--S. CYPRIEN tient l’oraison dominicale comme la prière la plus parfaite.--«Le Paternoster est ma prière, a dit LUTHER; il n’en est aucune qui lui soit comparable, je l’aime mieux qu’aucun psaume.»

=580=,

4, +Soit+.--C’est ce qui a fait dire avec quelque exagération à CH. LEMESLE que, dans de telles conditions, la prière est une impiété.

9, +D’icelle... demandes+.--Var. des éd. ant.: de sa iustice non selon nos inclinations et volontez.

10, +Loix+.--Liv. X.

15, +Vieillesse+.--Cette assertion prête fort à la controverse. Que Dieu existe, personne ne le nie; mais qu’est-ce que Dieu, personne non plus ne saurait le dire; tout au plus peut-on admettre cette vague définition: qu’«Il est ce qui préside à tout ce qui existe». Dire qu’il nous a faits à son image et par conséquent qu’il est à la nôtre, aller jusqu’à lui prêter nos passions, c’est aller trop loin; notre raison, qu’en somme nous avons pour en user, se refuse à une telle proposition que rien ne justifie et qui est de la part de l’homme d’une outrecuidance dépassant toutes les bornes; de là aussi ce malentendu entre ceux qui sont dits croyants et ceux dont on dit qu’ils ne croient pas.--Ceci posé, il ne semble pas que Montaigne soit dans le vrai, quand il donne comme règle générale que ceux qui doutent en leur jeunesse, viennent à résipiscence dans leur vieillesse. Ce qui est plus vrai, c’est que chez beaucoup le scrupule de combattre, chez qui a le bonheur d’en avoir, les croyances religieuses toujours si réconfortantes et jamais préjudiciables, le respect de la liberté de conscience chez autrui, et même à certains moments les défaillances de notre être, comme aussi un certain esprit de concession à l’égard de ceux qu’ils aiment, font qu’ils ne se montrent pas toujours aussi récalcitrants pour des pratiques auxquelles ils n’attachent pas autrement d’importance, qui en définitive font généralement du bien, et même à ceux auxquels elles n’en font pas, ne font jamais de mal.

32, +Malice+.--«La prière des impies est un nouveau péché.» Le Père QUESNEL.

=582=,

2, +La haine... l’iniustice+.--Vsures, veniances et paillardises (var. de 88).

3, +Dieu+.--Autrement dit: Il faut faire tout en temps et lieu.--Dans Paris ridicule (édition de 1666), Le Petit dit à une fille galante qui l’invite à la débauche:

«... Ce sera, s’il plaît à Dieu, Pour dimanche, après la grand’messe. Il faut tout faire en temps et lieu.»

16, +Quoy+.--C.-à-d., mais que dire de ceux qui fondent leur vie entière sur...

=584=,

7, +L’Eglise+.--Les éd. ant. aj.: Catholique.

7, +Promiscue+.--Confus, indifférent; du latin promiscuus qui a le même sens.

8, +Dauid+.--Les psaumes, dont la majeure partie est de David; cantiques sacrés des Hébreux, dont un grand nombre sont passés dans notre liturgie, et que les Protestants chantent constamment.

15, +Tracasser+.--Traîner.--L’éd. de 88 aj.: entre les mains de toutes personnes.

21, +Sursum corda+.--«Haut les cœurs!»--Paroles que le prêtre prononce à la messe, au moment où, après l’Évangile, et immédiatement avant la Préface, c’est-à-dire lorsqu’il va commencer à procéder au Saint Sacrifice proprement dit.--Cette même interjection se dit encore à propos de faits extraordinaires qu’on va énoncer, pour y préparer et pour qu’on se mette à l’unisson. BOSSUET l’affectionnait d’une façon particulière, comme de mise à tous les moments de l’existence; quand le cœur souffre, que le sort est contraire; aussi bien dans la vie publique, la vie sociale, que dans la vie privée. C’est par elle que débutait la proclamation qu’en 1870 GAMBETTA adressait à la France, lui annonçant la capitulation de Metz et l’invitant à un nouvel effort (V. N. =II=, 72: Sursum corda).

25, +Empirent+.--«Les mauvais esprits font de la parole de Dieu ce qu’un méchant lapidaire fait d’un diamant.» S. JÉRÔME.

27, +Gents+.--Les Protestants. C’est là une charge à fond contre le Protestantisme qui admet le libre examen et les prières du culte dans la langue usuelle.

33, +Chacun de+.--Le traduire et (add. de 88).

=586=,

5, +Apparence+.--En novembre 1901, des protestations unanimes, qui ont dégénéré, dans les rues d’Athènes, en une émeute sanglante, ne se sont-elles pas produites en Grèce, parce qu’une tentative a été faite d’y rendre d’usage courant une traduction en grec moderne des textes sacrés; troubles causés précisément par les difficultés d’interprétation qui faisaient que, chacun appréciant à sa façon, la traduction donnée ne satisfaisait personne.--C’est là, en effet, la raison pour laquelle l’Église maintient les langues mortes, l’hébreu, le grec et le latin, pour les liturgies de Jérusalem, de Constantinople et de Rome, qui sont actuellement les trois principales de la Chrétienté; elles se trouvent de la sorte soustraites aux fluctuations des langues vivantes qui, chaque fois qu’une adaptation serait terminée, obligeraient à en préparer une autre. Du reste le grand nombre de livres où, conjointement, les principales prières sont traduites en langage courant avec le texte ancien en regard, supplée à l’inconvénient que les cérémonies aient lieu dans une langue incomprise des fidèles.--A titre de spécimen de ce à quoi on arrive par les traductions ainsi faites par chacun, nous citerons ce verset du Miserere, relevé dans la traduction en vers des Psaumes faite à l’instigation de Marguerite de Valois en 1543 par Clément Marot, poète de valeur et zélé protestant; le roi David, s’adressant à Dieu, lui dit: «Amplius lava me ab iniquitate mea et a peccato meo munda me (Seigneur, purifiez-moi de plus en plus de mon iniquité, purifiez-moi de mon péché)»; ce que Marot traduit ainsi:

«Lave-moi, mon Sire, et relave bien fort, Car je suis un gros butor.»

7, +Langue+.--Le Nouveau Testament avait déjà été traduit en basque en 1571.

8, +Ardu+.--Difficile, du latin arduus, qui a même signification; par extension, délicat, qui est le sens dans lequel ce mot est employé ici.

17, +Gentils+.--De gentes, nations. Nom sous lequel les païens sont désignés dans l’Évangile et par les premiers chrétiens; S. Paul, qui les a évangélisés et n’est point des douze apôtres, est appelé l’Apôtre des Gentils.

24, +Humaine+.--Ce sont pareillement les passions antireligieuses qui, de nos jours, ont fait prononcer la séparation de l’Église et de l’État: lourde faute au point de vue politique, qui fait que l’Église échappe à la main mise sur elle, grâce au Concordat. Faute d’autant plus grave de la part du Gouvernement actuel, dont les tendances ne sont rien moins que conservatrices, que, dans quelques années, remise de la secousse, l’Église rendue à elle-même, sans jouer de rôle apparent, sera un appoint sérieux dans la lutte des partis, en groupant contre le socialisme et l’anarchie avouée ou dissimulée les différents partis conservateurs républicains et autres, leur fournissant un point d’appui et de concentration qui leur fait défaut aujourd’hui et est cause que chaque jour ils vont perdant de plus en plus de terrain.

25, +Théodose+.--S. Ambroise ou S. Grégoire de Nazianze qui, tous deux, ont été les conseillers de Théodose le Grand.

33, +Continuoyent+.--La discussion, au dire de NICÉTAS, II, 4, historien d’Andronic Comnène, avait lieu dans la tente de celui-ci, entre Euthyme, évêque de Patras, et un nommé Jean Ciname; elle portait sur ces paroles de l’Évangile de S. Jean: «Pater major me est (Mon père est plus grand que moi)»; il n’y est pas question de Lapodius.

35, +Platon+.--Lois, liv. I.

=588=,

1, +Euesque+.--Cet évêque est OSORIUS qui ne dit pas de ses habitants qu’ils n’épousent qu’une seule femme dans toute leur vie, mais seulement qu’ils n’en épousent qu’une à la fois, autrement dit qu’ils ne sont pas polygames (V. la note suivante).

2, +Isle+.--L’île en question semble celle qui aujourd’hui a nom Socotora; elle est située dans l’océan Indien, à la sortie du golfe d’Aden. Occupée par les Portugais au XVe siècle pour surveiller le détroit de Bab-el-Mandeb, elle est depuis 1886 sous le protectorat de l’Angleterre; c’est un rocher, prolongation en quelque sorte du cap Guardafui, peuplé d’indigènes pillards, de naturel fourbe, de religion musulmane, ne vivant guère que des épaves des nombreux navires qui y font naufrage, par suite des brouillards qui y règnent six mois de l’année.

17, +Nom+.--PLUTARQUE, De l’Amour, 12.--Autant en peuvent dire tous les hommes, de tous les temps, de tous les lieux, en parlant de la divinité; mais leur orgueil égale leur ignorance sur ce point et les empêche d’en convenir.

33, +Sacraire+.--Sanctuaire; de sacrarium qui en latin a même signification.

36, +Indisciplinatis+.--Non orthodoxes. Ces deux mots verbis indisciplinatis ne figurent pas dans les éditions antérieures; ils ont été ajoutés, à titre d’amende honorable, pour satisfaire aux observations qu’à Rome, la censure lui avait faites sur l’emploi de certains mots et expressions. V. N. =II=, 528: Conscience; =III=, 474: Reuere.

38, +Mode+.--Vulgaire (add. de 88).

=590=,

5, +Instruisants+.--Nouvelle déclaration de l’auteur, confirmant combien en lui chrétien et moraliste sont deux. V. N. =I=, 578: Icy.

11, +Nostres+.--Autrement dit les Protestants.--L’éd. de 88 port.: de nostre auis.

17, +Xenophon+.--Xénophon semble être nommé par erreur; c’est probablement du second Alcibiade de PLATON qu’il est ici question.

22, +Vitieuses+.--Et détestables, aj. l’éd. de 80.

22, +Pardonne+.--Montaigne, peut-être par réminiscence du latin qui a été la langue de ses premiers ans et, en tout cas, conséquent avec ses idées sur les rapports qui doivent exister entre les parents et les enfants, est pour le tutoiement vis-à-vis de Dieu, ce père par excellence; les Protestants en agissent de même.

25, +Toutesfois+.--Ie vois qu’en nos vices mesmes.

27, +Diuis+.--SÉNÈQUE a dit de même: «A voix basse, ils font aux dieux des prières exécrables; et si quelqu’un vient à les écouter, ils se taisent, découvrant à Dieu ce qu’ils ne veulent pas qu’il soit su des hommes.»

32, +Desgosiller+.--Égorger; on disait aussi esgosiller, qui s’est conservé, mais avec un sens autre.

33, +Petarder+.--Faire sauter à l’aide d’un pétard (grosse cartouche remplie de poudre).

35, +Auarice+.--ÉPICURE disait que «si les dieux accordaient aux mortels tout ce qu’ils demandent, le genre humain serait bientôt anéanti».

=592=,

1, +Marguerite+.--Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et femme d’Henri d’Albret, roi de Navarre.

9, +Deuotion+.--La reine conte qu’à l’aller il ne s’arrêtait jamais, mais qu’au retour il ne manquait pas d’entrer et de demeurer longtemps en oraison.--Louis XI demandait à la petite image de la Vierge qu’il portait à son bonnet, pardon de ses méfaits qui, pour lui être inspirés par la politique, n’en étaient pas moins grands et fort nombreux.

11, +Matieres+.--Var. de 88: mysteres.

20, +Requestes+.--Add. des éd. ant.: et prieres.

34, +Mot+.--PLATON, second Alcibiade.--Œdipe, en apprenant qu’il était le meurtrier de son père et le mari de sa mère (V. N. =I=, 172: Enfants), se creva les yeux et vécut caché dans son palais; mais il en fut chassé par ses fils Étéocle et Polynice, et, dans son irritation, forma le vœu rapporté ici et qui se réalisa: l’accord entre les deux frères ne fut que de courte durée; ils en appelèrent aux armes et se livrèrent un combat singulier où, dans leur acharnement, ils se tuèrent réciproquement, XIVe siècle.

35, +Prudence+.--«Qui sait ce qui est bon pour l’homme dans la vie?» ECCLÉSIASTE, VI, 12.

=594=,

2, +Expiation+.--Générale, aj. les éd. ant.

11, +Platon+.--Lois, IV.

15, +Penates+.--Les Pénates; dieux qui, chez les Romains, présidaient aux biens domestiques; ils sont souvent confondus avec les dieux Lares qui étaient plutôt, dans les familles, chargés du soin des personnes que de celui des richesses.

CHAPITRE LVII.

22, +Huict ans+.--PLUTARQUE, Caton d’Utique, 20.

24, +S’entretiennent de+.--Se consolant en (var. des éd. ant.).

=596=,

4, +Esperable+.--On meurt de vieillesse, ou pour mieux dire d’usure, à tout âge, suivant le degré de force vitale que l’on a reçue en naissant, et les épreuves survenues postérieurement. Toutefois on peut admettre qu’aucune autre cause de mortalité n’intervenant, ce degré de force est normal, quand il fait durer l’homme jusqu’à 70 ans, et a fortiori au delà. Les tables de mortalité de Duvillard établissent que sur un million d’êtres humains qui viennent au monde viables: 117.000 arrivent à l’âge de 70 ans; 35.000 à celui de 80 ans; 4.000 à 90; 207 à 100; 1 à 109; aucun à 110.--Des cas de longévité plus considérable sont cependant accusés, même en assez grand nombre, dans les temps reculés, mais seule la tradition les rapporte et nous n’avons rien qui permette de les contrôler. Les plus saillants sont, d’après la Bible: Adam, qui vécut 930 ans; Mathusalem, 969; d’après les auteurs profanes: la Sibylle d’Erythrée, 1000 ans; Épiménide, en Crète, 157 ans. On cite aussi, et celui-là avec un certain caractère d’authenticité, le cas d’un Anglais, qui serait né en 1483 et mort en 1651, ayant vécu 169 ans; dix rois, dans ce laps de temps, se sont succédé sur le trône d’Angleterre.

19, +Durer+.--Les chances théoriques, mais non effectives, que nous avons d’arriver à tel ou tel âge, varient suivant celui auquel nous sommes parvenus. Ces chances sont actuellement assez exactement déterminées par les tables de mortalité: Montaigne, par exemple, qui avait quarante-deux ans, quand, vers 1574, il écrivait ce chapitre, avait plus de chances de longévité, infirmités à part, que lorsque, n’ayant que trente-neuf ans, il écrivait le ch. XIXe de ce même livre. V. =I=, 112 et N. Autant.--Toutefois ces indications, résultat de statistiques, qui vont acquérant de jour en jour plus d’exactitude, ne sont pas immuables; elles accusent un accroissement constant de longévité. La vie moyenne qui, avant la Révolution, était de 29 ans, semble, en France, être de 46 ans (45 pour les hommes, 47 pour les femmes), grâce surtout aux mesures prises pour la conservation des nouveau-nés et des enfants en bas âge, aux progrès de l’hygiène et à une plus grande préoccupation de l’homme pour sa conservation, quelque peu aussi à l’avancement des sciences médicales, mais ce, il faut bien le dire, au détriment de la santé, de plus en plus compromise par le maintien à l’existence, à force de soins et de précautions, d’individus chétifs et perpétuellement souffreteux; la sélection qui s’opérait jadis, se faisant moins bien aujourd’hui, ils vont transmettant à ceux qu’ils engendrent les tares dont ils sont eux-mêmes affectés, que viennent aggraver à chaque génération le surmenage intellectuel et physique, moins d’exercices fortifiants, moins de grand air, l’abus de l’alcool, les excès et la continuité des jouissances de toute nature, et aussi les falsifications de plus en plus nombreuses et nocives des denrées alimentaires. En somme, la durée de la vie humaine s’accroît, mais à tous les âges on se porte notablement plus mal; est-ce progrès?

25, +Trente ans+.--SUÉTONE, Auguste, 12.--Les lois fixaient chez les Romains l’âge de 31 ans pour l’obtention de la questure; 37, pour l’édilité; 40, pour la préture; 43, pour le consulat; mais on accordait souvent des dispenses, témoin Scipion Émilien postulant le consulat et répondant à quelqu’un qui lui objectait qu’il n’avait pas l’âge: «Je l’aurai, si je suis nommé.» En =81=, Sylla fit rendre une loi complémentaire interdisant de commander une armée avant d’être questeur, et consul avant d’en avoir commandé une; et elle interdisait d’être nommé une seconde fois à une même charge avant deux ans d’intervalle.

27, +Guerre+.--AULU GELLE, X, 28.

28, +Seiour+.--Repos, retraite.

32, +Cettuy-ci+.--Auguste, dont il vient d’être parlé.

34, +Trente+.--Cette émancipation des souverains est générale, et partout on les voit exercer le pouvoir royal à un âge où, simples particuliers, ils ne pourraient gérer leurs propres intérêts. Il semble qu’il y ait pour la gestion des affaires publiques des grâces d’état, car indépendamment de cette anomalie, en partie justifiée par l’éducation spéciale dont ces princes sont l’objet, combien de nos hommes politiques gèrent les nôtres, qui, au su et connu de tout le monde, ne savent pas gérer les leurs et auxquels nous ne confierions pas nos intérêts privés; que les incrédules aillent se renseigner, auprès des trésoriers de nos deux Chambres, sur les oppositions dont sont l’objet les traitements, au début de leurs mandats, de nos députés et sénateurs.

35, +Estre+.--Montaigne se prononce ici pour l’émancipation complète de l’homme à 20 ans. De son temps, les coutumes, sur ce point, étaient variables; cependant, en général, la majorité légale était, à peu près partout, fixée à 21 ans, mais les droits qu’elle concédait étaient restreints; la majorité parfaite, qui seule permettait de disposer des immeubles, n’avait lieu qu’à 26 ans. Depuis la Révolution, sauf sous le rapport du mariage, exception dont se poursuit l’abrogation, on est absolument hors tutelle à 21 ans.

37, +Arre+.--Arrhe, marque, témoignage.--PHILIPPE DE COMINES dit de même: «Il faut noter que tous les hommes qui jamais ont été grands et fait de grandes choses, ont commencé fort jeunes; cela tient à l’éducation, ou vient de la grâce de Dieu.»

=598=,

29, +Tard+.--Les éd. ant. port.: longtemps.

[F.427] LIVRE SECOND

CHAPITRE PREMIER.

=600=,

6, +Venus+.--Son audace et son intrépidité dans les dangers l’avaient fait tout d’abord appeler «fils de Mars»; mais, par la suite, ses actions ayant témoigné des qualités tout opposées, on l’appela «fils de Vénus». PLUTARQUE, Marius, à la fin.

8, +Chien+.--Boniface VIII, d’un caractère tout à la fois fin, impérieux et violent, eut de vifs démêlés avec l’empereur d’Allemagne et surtout avec le roi de France Philippe le Bel, parce qu’il voulait élever la puissance spirituelle du pape au-dessus de la puissance temporelle des souverains. Arrêté par ordre du roi de France qui voulait le faire juger par un concile, il fut délivré quatre jours après par le peuple; mais, tombé malade, les uns disent par suite des mauvais traitements qu’il avait subis, de dépit suivant d’autres, il mourut (1303).--Le Dante, qu’il avait voulu faire périr, l’a placé dans son enfer.

12, +Mort+.--SÉNÈQUE, De Clementia, II, 1.--Quand Néron fit cette réponse à Burrhus, préfet du prétoire, qui lui présentait à signer la condamnation de deux voleurs, il était jeune, venait à peine d’être élevé au pouvoir, n’était pas encore corrompu par la toute-puissance et les flatteurs de son entourage, et son caractère atrocement cruel ne s’était pas encore révélé.

18, +Potest+.--L’éd. de 80 aj.: C’est vn mauuais conseil qui ne se peut changer (traduction de la citation qui précède).

=602=,

6, +Iuges+.--C.-à-d. que les juges les plus hardis n’ont pu porter sur son caractère un jugement sûr et arrêté.

12, +Ancien+.--SÉNÈQUE, Epist. 20.

17, +Mesure+.--Certains vices peuvent faire naître des qualités: l’avarice produit la sobriété; la peur, la prudence; la défiance, l’ordre; l’orgueil, la charité.

21, +Constance+.--«La prudence est le principe de toutes les vertus; le courage en est la perfection; l’une nous enseigne la route, l’autre nous y affermit.» DÉMOSTHÈNE, dans le Discours funèbre, qui lui est attribué, sur les guerriers morts à Chéronée.

29, +Couche+.--Le caméléon, petit lézard inoffensif qui a une couleur grisâtre assez mal définie qui lui est propre, mais dont la nuance change sous l’effet de la présence des objets ambiants dont, par reflet, il prend la coloration.

=604=,

6, +Librement+.--Certains ont vu là une réfutation embryonnaire du libre arbitre attribué à l’homme qui ferait librement ce qu’il veut, mais qui invinciblement, fatalement serait astreint à vouloir telle chose, plutôt que telle autre, ce qu’en d’autres termes on nomme la carte forcée.--La phrase elle-même est traduite de SÉNÈQUE, Epist. 52.

12, +Mourir+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 83.--Élien prête ce mot à Platon.

12, +Discours+.--Cette phrase est la suite de celle qui finit trois lignes plus haut par ces mots: des choses aux autres. La phrase intermédiaire, qui n’est point dans les éditions antérieures, rompt la liaison des idées, cas assez fréquent dans les Essais.

14, +Touché+.--C.-à-d. celui qui a posé le doigt sur une des touches d’un clavier, les fait résonner toutes.--On donnait autrefois le nom de marches aux touches des clavecins, des orgues, etc.

19, +Estat+.--C.-à-d. les désordres engendrés par les guerres civiles de l’époque.

29, +Lucrece+.--Femme romaine, épouse de Tarquin Collatin. Violée par Sextus, fils de Tarquin le Superbe, roi de Rome, elle fit l’aveu de son malheur à ses proches et se tua sous leurs yeux, en demandant vengeance (=509=); ce fut l’occasion du renversement de la royauté et de l’établissement de la République.

30, +Non si difficile+.--Bonne et amiable (var. de l’éd. de 80).

32, +Pointe+.--C.-à-d. quand vous n’aurez pu réussir à obtenir les faveurs de votre maîtresse.--Certains pensent qu’il y a ici une faute d’impression, qu’il faut «sailly» au lieu de failly (l’ s initial et l’ f ne différant dans les caractères d’imprimerie de l’époque que par le trait horizontal que celle-ci porte en son milieu); le sens serait alors: Parce que vous aurez satisfait votre maîtresse. Ceux qui en tiennent pour cette version, s’appuient sur le membre de phrase qui précède: «Comme dit le compte», que l’on croit être la deuxième nouvelle de la troisième journée de BOCCACE, intitulée «Un Palefrenier», où il est question d’un homme de cet état, qui s’introduit près de la reine des Lombards avec laquelle il couche, celle-ci s’imaginant, avant comme après, qu’elle a affaire à son mari.

34, +Heure+.--VOLTAIRE a exprimé la même idée:

«Et l’amant maltraité prend souvent pour vertu Les fiers dédains d’un cœur qu’un autre a corrompu.»

38, +Froidement+.--Var. des éd. ant.: lâchement.

=606=,

1, +Vie+.--PLUTARQUE, Pélopidas, 1.

17, +Englouti+.--En 1456, pendant les opérations se rapportant au siège de Belgrade, défendu par Hunyade et où échoua Mahomet II qui y fut blessé et faillit y être fait prisonnier.

20, +Lendemain+.--Les Espagnols ne disent pas d’un homme qu’il est brave, ils disent qu’il fut brave tel jour.

24, +Autre+.--Lasche, port. les éd. ant.

29, +Simple+.--Ce composé d’idées contraires qu’est l’homme est constaté par les philosophes de tous les temps, et bien souvent a été donnée en explication l’existence en lui de deux âmes, l’une végétative gouvernant l’organisme, l’autre intellectuelle; cette doctrine a même été condamnée en divers conciles et en dernier lieu et d’une manière formelle dans le concile œcuménique de Latran en 1513.--Pascal, d’après Montaigne, a dit comme lui, copiant même ses expressions: «Suyvons nos mouvements, observons-nous nous-mêmes et voyons si nous n’y trouverons pas les caractères vivants de ces deux natures. Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple? Cette duplicité de l’homme est si visible, qu’il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes, une seule leur semblant incapable de telles et soudaines variétés d’une présomption démesurée à un horrible abattement de cœur.»--Bacon l’admet: «L’une d’ordre divin, l’autre matérielle.»--En tout cas, il y a bien incontestablement en nous deux principes, celui du bien et celui du mal, qui, au début, sont en conflit continu; leur degré de puissance n’est pas le même chez tous, non plus qu’à tous moments chez un même individu, et suivant que l’un ou l’autre l’emporte, nous agissons bien ou mal. L’homme vertueux est celui qui d’ordinaire triomphe de la tentation, et, à la longue, cela lui devient naturel: le principe du mal est vaincu; il demeure encore, mais à l’état latent. C’est l’inverse qui se produit chez celui qui d’ordinaire n’écoute pas la voix de sa conscience: elle se fait de plus en plus faible au fur et à mesure qu’on l’éconduit davantage et finit par somnoler, le principe du mal l’emporte et règne alors sans conteste; chez l’un comme chez l’autre, l’habitude est devenue une deuxième nature.

38, +Veritable+.--Véridique.

=608=,

4, +Distinguo+.--Terme de logique, emprunté du latin, signifiant: Je distingue, qui se retrouvait à tous propos dans les discussions scolastiques, faisant le pendant de ces deux autres: Concedo (j’accorde, j’admets) et Nego (je nie, je n’admets pas).

17, +Assaut+.--Devant l’ennemi, l’homme est retenu par l’honneur et le devoir; sa mort est exaltée à l’avance; s’il recule, c’est l’infamie et il a pour témoin l’armée entière; dans son lit, aucun de ces mobiles ne le soutient, sa pensée le reporte vers ce qu’il a sujet de regretter, son entourage gémit, l’au-delà l’inquiète, souvent ses idées sont affaiblies; les circonstances sont absolument différentes, il est naturel que l’état d’âme s’en ressente.

21, +Barbiers+.--La lancette du chirurgien. Les barbiers, jadis, faisaient en partie office de chirurgiens; jusqu’en 1789, ils continuèrent de saigner et de panser certaines blessures.

23, +Cicero+.--Tusc. Quæst., II, 27.

34, +Pusillanimité+.--La superstition dont fit preuve Alexandre le Grand a été expliquée par ce fait que, confiant en sa fortune, il tenait, pour soutenir le courage de ses soldats, à faire ratifier les entreprises qu’il concevait par les devins qui l’accompagnaient et passaient aux yeux de la foule pour être les interprètes de la volonté des dieux; et à cette fin, il fallait se les concilier pour s’en faire des auxiliaires. Cette appréciation se trouve confirmée par l’apostrophe qu’il adressa à l’un d’eux qui se montrait défavorable à une attaque qu’il préparait: «Si, quand tu te livres aux pratiques de ton art, quelqu’un intervenait, tu le considérerais probablement comme gênant et fort mal venu.--Sans doute.--Eh bien, que penses-tu d’un devin superstitieux qui, lorsque je suis occupé de choses autrement sérieuses, vient se jeter à la traverse en me parlant des entrailles des victimes?»

36, +Courage+.--«En voyant Clitus tomber à ses pieds, la colère d’Alexandre s’évanouit; il arrache la javeline du corps de sa victime et veut s’en frapper; ses gardes le retiennent et l’emportent; il passe toute la nuit et le jour suivant à fondre en larmes; épuisé, n’ayant plus la force de crier ni de se lamenter, il reste étendu par terre sans proférer une parole, ne poussant que de profonds soupirs jusqu’à ce qu’Aristandre, lui remémorant un songe se rapportant à cette mort, lui représenta que ce malheur était écrit et sa victime prédestinée à pareille fin, ce qui amena l’apaisement dans son esprit.» PLUTARQUE, Alexandre.

=610=,

1, +Rapportées+.--L’ex. de Bordeaux porte ici intercalée la citation suivante: «Voluptatem contemnunt, in dolore sunt molles, gloriam negligunt, franguntur infamia (Les mêmes hommes qui méprisent la volupté, montrent une extrême faiblesse quand ils souffrent, négligent le soin de leur réputation et ne peuvent supporter sans en être profondément affectés la perte de l’honneur et de l’estime publique).»

4, +Visage+.--Des poingts (var. des éd. ant.).

11, +Auau le vent+.--Comme souffle le vent.

12, +Talebot+.--Général anglais qui se signala pendant les guerres des règnes de Charles VI et Charles VII; fut défait et tué, ainsi que son fils, à la bataille de Castillon (1453), non loin du château de Montaigne; a été inhumé à la place où il est tombé, son tombeau s’y voit encore.--En parlant de lui, qui pendant 60 ans combattit contre nous, Montaigne dit: «Nostre Talbot», peut-être parce qu’il était d’une famille originaire du Limousin; peut-être aussi parce que nul plus que ce preux n’a laissé meilleur souvenir en Guyenne, où il s’est toujours comporté avec justice et humanité, ne manquant jamais à sa parole, dans un temps où on ne s’en faisait pas faute, et dont la mort fut celle d’un héros.--La bataille de Castillon est le dernier fait de la guerre de Cent Ans; c’est là que pour la première fois nous fîmes usage de canons.

12, +Ancien+.--SÉNÈQUE, Epist. 71 et 72.

23, +Qu’on+.--L’Aréopage. CICÉRON, De Senectute, 7.

25, +Tragédies+.--Le procès intenté à Sophocle sur le déclin de sa vie par l’un de ses fils avait pour objet de s’opposer à la reconnaissance d’un autre comme enfant légitime: «Ou je suis un imbécile, dit le poète dans sa défense, ou je suis Sophocle; et, dans ce cas, je ne suis pas un imbécile»; et, pour convaincre ses juges, il leur récita un fragment de son Œdipe à Colone qu’il venait d’achever, celui de l’arrivée d’Œdipe dans la forêt sacrée, où se trouvent plusieurs passages applicables à sa propre situation et à la conduite de son fils, et l’enthousiasme qu’il souleva emporta leurs suffrages.--Le fait toutefois n’est pas absolument établi, et le serait-il qu’il ne prouverait pas grand’chose; on peut être grand poète et, comme tout le monde, avoir des faiblesses à certains moments.

27, +Tirerent+.--HÉRODOTE, V, 29.

=612=,

8, +Gendarme+.--Remplit de courage, de hardiesse.--A proprement parler, gendarmer signifie braver. PASQUIER, dans son jugement sur les Essais, reproche à Montaigne d’avoir employé, comme dans le cas présent, des mots dans un sens incorrect, «auxquels, si je ne m’abuse, dit-il, malaisément l’usage donnera vogue».

CHAPITRE II.

23, +Pas+.--C’est sur le principe contraire, si inique par lui-même, qu’est fondée notre législation pénale: la même peine atteint le malheureux qui vole un objet de peu de valeur, et le banqueroutier éhonté qui réduit à la misère nombre d’individus dont il a capté la confiance; l’étendue du préjudice commis n’entre pas en considération. De ce fait, le faible et le pauvre sont bien plus frappés que le riche et le puissant: leurs peines finies, ceux-ci jouissent impunément du fruit de leurs larcins, ceux-là se trouvent dans une position pire qu’avant.

31, +D’acquest+.--A gagner.

34, +Sien+.--C.-à-d. cherche à rendre le sien plus léger, à l’atténuer; le soulève pour qu’il ne pèse pas autant dans le plateau de la balance.--LA FONTAINE, dans sa fable de la Besace, commente cette même idée: «Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous»; c’est, autrement dit, la question de la paille et de la poutre de l’Évangile.

37, +Maux+.--«La sagesse vaut mieux que la force, et l’homme prudent que l’homme robuste.» ECCLÉSIASTE, VI, 1.

=614=,

9, +Credit+.--D’après ce que Montaigne dit quelques lignes plus loin des Allemands servant dans nos rangs, de l’usage qu’ils font de grands verres à la fin des repas, de leur façon de boire, il se pourrait que ce soit eux qu’il veuille désigner ici.--L’ivrognerie, qui s’est bien généralisée, est plutôt un vice des pays froids que du midi, parce que, dans les pays de vignobles, on s’enivre avec du vin, dont il faut pour produire l’ivresse une certaine quantité et qui n’est pas malfaisant quand il n’est pas frelaté, tandis que, dans le nord, on a recours à l’alcool qui agit beaucoup plus sous un bien moindre volume, et avec d’autant plus de force qu’il est de plus mauvaise provenance, ce qui est le cas le plus fréquent: c’est alors un véritable poison, dont l’action délétère s’exerce sur l’organisme, l’intelligence et le moral de l’individu. La chimie moderne en augmentant chaque jour la production, et aussi malheureusement la nocivité, en même temps qu’elle en réduit le prix de revient, l’alcoolisme, inconnu aux temps jadis, va se développant de plus en plus, mal d’autant plus redoutable que l’intoxication des parents est héréditaire et pèse lourdement sur la constitution physique et les facultés intellectuelles des enfants à naître, comme font sur ceux déjà existants la misère et le mauvais exemple qu’elle introduit au foyer domestique.

10, +Renuerse+.--«L’ivresse est un acheminement vers la folie.» PYTHAGORE.

24, +D’autant+.--Aussi fréquemment et aussi copieusement qu’on vous y convie par les toasts, sorte de défis courtois qu’on vous porte et dont la formule au temps de Montaigne était: «Je bois à vous»; à quoi l’on répondait: «Je pleige d’autant», qui peut se traduire: Et moi de même.--Les Juifs, à l’époque de Josèphe (67), étaient divisés en plusieurs factions; pour se défaire de lui, ses ennemis lui ayant envoyé un émissaire pour l’attirer dans un guet-apens, il enivra cet émissaire et apprit de lui les mauvais desseins qu’on avait sur sa personne. JOSÈPHE, De Vita sua.

29, +Yure+.--Ces deux exemples sont tirés de SÉNÈQUE, Epist. 83, auquel, dans ce chapitre, plusieurs idées sont empruntées.

30, +More Lyæo+.--La citation diffère un peu du texte de Virgile dont elle est tirée.

31, +Cassius+.--L’instigateur du complot contre César, par haine de la tyrannie et aussi parce que celui-ci ne s’était pas prononcé pour lui quand il briguait le consulat; ce fut lui qui détermina Brutus, son beau-frère, à se mettre à la tête des conjurés (=44=).

35, +Rang+.--Du quartier où ils logent, du mot d’ordre, de leur place dans les rangs.

=616=,

4, +Macedoine+.--JUSTIN, IX, 6.--Pausanias, jeune gentilhomme macédonien, outragé par Attale, grand de Macédoine qui, dans un festin, l’avait enivré pour abuser de lui, poignarda Philippe, quelque temps après, pour se venger de ce qu’il n’avait pu obtenir, de lui, justice de cette offense; Olympias, mère d’Alexandre le Grand, que Philippe venait de répudier pour épouser la sœur d’Attale, fut soupçonnée d’avoir poussé à ce meurtre (=336=).

16, +Consent+.--Qui se sentirait coupable de ce fait.

22, +Vice+.--On peut même dire que les Livres saints n’y sont pas absolument opposés: «Donnez à ceux qui sont affligés, lit-on aux Proverbes, XXXI, 6 et 7, une liqueur qui soit capable de les enivrer, et du vin à ceux qui sont dans l’amertume du cœur; qu’ils boivent et qu’ils oublient leur pauvreté et perdent pour jamais la mémoire de leur douleur.»

25, +D’autant+.--C.-à-d. de se donner liberté de boire autant qu’ils veulent. La suppression de ce complément «d’autant» amènerait un sens tout opposé et signifierait s’exempter de boire.

25, +L’ame+.--Ce reproche de s’adonner à l’ivrognerie a été adressé à maints hauts personnages, entre autres: à Philippe de Macédoine; à son fils Alexandre; à l’empereur Trajan; à Michel III, empereur d’Orient (842 à 867), surnommé l’Ivrogne; à Selim II, empereur ottoman, le vaincu de Lépante, auquel fut donné ce même sobriquet; à Pierre le Grand de Russie (1672 à 1725).

27, +Ferunt+.--Ce qui ne veut pas dire que Socrate s’enivrât; aussi bien sous ce rapport que sous tous autres, ses mœurs étaient irréprochables, et rien, dans les accusations portées contre lui par ses ennemis, ne porte à supposer le contraire. V. =III=, 690.

28, +Ce censeur... autres+.--Et la vraye image de la vertu stoique (var. des éd. ant.).

30, +Virtus+.--J.-B. ROUSSEAU a ainsi paraphrasé ces deux vers d’Horace:

La vertu du vieux Caton, Chez les Romains tant prônée, Était souvent, nous dit-on, De falerne enluminée.

«On a reproché à Caton l’Ancien de s’enivrer; ceux qui lui adressent ce reproche me feront plus facilement voir une vertu qu’un vice chez Caton; il réjouissait par le vin son esprit fatigué des affaires publiques.» SÉNÈQUE.--PLUTARQUE ne semble pas admettre cette sorte de réhabilitation: «Au commencement, dit-il, Caton l’Ancien ne consacrait que fort peu de temps à ses repas, ne buvant qu’un seul coup; après quoi, il se levait; mais, dans la suite, il prit plaisir à boire et passait souvent une grande partie de ses nuits à table.»--V. N. =II=, 586: Caton le Censeur.

32, +Cyrus+.--PLUTARQUE, Artaxerxès, 2.--Il s’agit ici de Cyrus le Jeune. V. N. =I=, 524: Perses.

36, +Paris+.--Célèbre par son avarice, qui lui valut de Buchanan une épitaphe en latin dont voici la traduction: «Ci-gît Silvius qui jamais ne donna rien gratis; mort, il gémit de ce que, gratis, tu peux lire ceci.»--Silvius passait pour l’homme de son temps parlant la langue latine avec le plus de pureté et d’élégance.

38, +S’engourdir+.--C’était aussi, paraît-il, l’avis d’Hippocrate. PAYEN.--L’éd. de 88 aj.: Platon luy attribue le mesme effect au seruice de l’esprit.

39, +Affaires+.--HÉRODOTE, I, 133, et autres auteurs.--Les Perses discutaient bien le verre en main des affaires sérieuses, mais sans prendre de décision, laquelle était toujours remise au lendemain où la discussion reprenait alors qu’ils étaient de sang-froid.

=618=,

27, +Lots+.--Dix bouteilles, huit litres.

34, +Ressiners+.--Goûter, collation qu’on fait après le dîner; vient de recænare, fait de cæna, dîner, le repas du milieu de la journée.--«Il n’est desjeuner que d’escholiers; disner que d’advocats; ressiner que de vignerons; souper que de marchands.»

40, +L’amour+.--«Sans Cerès et Bacchus, Vénus est languissante.» TÉRENCE, Eunuque; contradiction qui n’est qu’apparente, Montaigne ne parlant ici que de l’abus du vin poussé jusqu’à l’ivresse.

=620=,

6, +Marc Aurele+.--Cette histoire de Marc-Aurèle ou l’Horloge des Princes, parue en 1629 à Valladolid (Espagne), est présentée par les critiques de l’époque comme un tissu d’inventions indignes d’un écrivain qui se respecte et a fortiori d’un évêque (GUERARA, qui en était l’auteur, était évêque de Cadix); cet ouvrage, nonobstant très estimé en Espagne par ses contemporains, a été traduit en français deux ans après sa publication et en plusieurs autres langues.

15, +Barre+.--Jeter la barre; cet exercice a été remis en pratique depuis qu’en ces derniers temps la gymnastique de chambre est en faveur; c’est ce qui s’exécute soit avec des haltères, soit des boules accouplées par une barre.

16, +Plombees+.--MADAME DE GENLIS faisait porter de semblables souliers à ses élèves Louis-Philippe d’Orléans, devenu roi de France, et sa sœur Madame Adélaïde.

16, +Prim-saut+.--De son agilité; littéralement du premier saut.--Prin ou prim est un vieux mot qui signifie premier; il nous reste dans «printemps», primum tempus. De primsault est venu «primsaultier», dont Montaigne se sert ailleurs en parlant de lui-même et qui, encore en usage, signifie un homme de prompte décision, prenant parti d’après sa première impression (V. N. =II=, 64: Primsautier).

17, +Miracles+.--Au nombre de ces petits miracles, on peut ranger la naissance de son dernier fils Mathecoulom, né le 20 août 1560, alors que lui-même était du 29 septembre 1495; ce Benjamin avait donc été engendré à plus de 64 ans.

18, +Alaigresses+.--De notre agilité, ou plutôt de notre peu d’agilité; vient du latin alacritas, qui a même sens qu’agilitas.

21, +Propos+.--De la chasteté.

22, +Nommée+.--Qui méritât d’être mal famée, qui eût mauvaise réputation.

30, +Italie+.--Le père de Montaigne, Pierre Eyquem, écuyer, seigneur de Montaigne, était né à Montaigne en 1495 et y mourut en 1568. Il demeura plusieurs années aux armées, fit la guerre en Italie sous Charles VII, fut maire de Bordeaux de 1554 à 1556; occupa un siège de conseiller à la cour des aides de Périgueux en 1554, quand cette cour fut créée, et le transmit l’année suivante à son fils; en cette même année 1554, il reconstruisait l’habitation de son domaine qu’il fortifia, la mettant en état de se défendre, ce qui n’était pas superflu, à cette époque où pour sa sûreté il fallait compter plus sur soi-même que sur les pouvoirs publics. Pierre Eyquem avait épousé en 1528 Antoinette de Louppes qui mourut en 1597; il en eut huit enfants, cinq fils dont Michel Montaigne était l’aîné et trois filles; elle était protestante, lui-même était catholique; deux de leurs enfants (un fils et une fille) furent protestants.

30, +Bouteilles+.--Au sujet qui nous occupe, qui a trait à l’ivrognerie.

33, +Plaisir+.--Naturel (add. de 80).

=622=,

3, +Prix+.--Quoique plus réservé ici que dans d’autres passages de son livre, Montaigne n’en reste pas moins très compréhensible.

10, +Manger+.--Les Orientaux ne boivent pas pendant les repas, mais seulement lorsqu’ils ont fini; ils étaient étonnés de voir, en Égypte, les Français faire autrement. PAYEN.

13, +A mesme+.--Aussitôt que, lorsque.

15, +Anacharsis+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 104.

19, +Platon+.--Lois, liv. II.

20, +Ans+.--Une loi, portée par Zaleucus, défendait aux Locriens, sous peine de mort, de boire du vin, à moins que ce ne fût comme médicament et sur l’ordre d’un médecin.--A Marseille, il en était une prescrivant à la femme de ne boire que de l’eau.--A Rome, le vin était interdit aux esclaves, aux femmes libres et aux adolescents jusqu’à trente ans; une dame romaine ayant forcé le tiroir où son mari serrait la clef du vin, fut condamnée à mourir de faim; Mécénius tua la sienne pour en avoir bu et fut absous. SALMUTH.

25, +Loix+.--Liv. II, vers la fin.

35, +Publiques+.--«Ce n’est point aux rois de boire du vin, ni aux puissants de rechercher les liqueurs fermentées, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi et ne faussent le droit de tous les malheureux.» Livre des Proverbes, XXX, 4 et 5.

=624=,

1, +Enfants+.--Cette exception concernant aussi bien les femmes que les hommes, pour observer le précepte de Platon, ils auraient donc dû se donner le mot, quand ils étaient dans cette intention. COSTE.

3, +Pur+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 120.

5, +Arcesilaüs+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 44.--«On assure que Solon et Arcésilas se livraient au plaisir du vin,» dit aussi SÉNÈQUE.

7, +Sapientiæ+.--Citation donnée comme parodie.

17, +Amoureux+.--Lucrèce était sujet à des accès de frénésie, maladie qui provenait, dit-on, d’un philtre que lui avait fait prendre une maîtresse jalouse; il finit par se donner la mort dans un de ses accès; il avait 44 ans.

33, +Desesperée... enroüée+.--Les éd. ant. port.: vaincue du mal, au moins comme estant en vne aspre meslée.

35, +Putet+.--Montaigne détourne ici le sens de ce vers de Térence pour l’adapter à sa pensée.

36, +Descharger+.--Dispenser, exempter.

41, +Iusques là+.--PLUTARQUE, Publicola, 3.--Le fils de Brutus et son neveu avaient conspiré pour le rétablissement des Tarquins (=509=); celui de Manlius Torquatus avait, contre son ordre, dans une guerre contre les Latins, accepté un défi d’un ennemi et l’avait vaincu en combat singulier (=337=). Tous deux, le premier consul, le second dictateur, prononcèrent eux-mêmes la sentence de mort et la firent exécuter en leur présence. V. N. =I=, 344: Reng.--Au dire de Plutarque, Darius, roi des Perses, aurait agi comme fit Brutus à l’égard de son fils Ariobarzan qui entretenait des intelligences avec Alexandre.

=626=,

4, +Secte+.--Celle des Stoïciens. V. N. =I=, 18: Stoiques.

6, +Molle+.--Celle d’Épicure. V. N. =I=, 30: L’aduenir.

11, +Pilez+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 58.

14, +L’autre+.--C’est ce que PRUDENCE, liv. Des Couronnes, hymne II, 401, fait dire à S. Laurent.--Celui-ci était diacre et trésorier de l’Église de Rome, quand éclata en 258 la persécution contre les Chrétiens de l’empereur Valérien. Il refusa de livrer le trésor dont il était gardien et le distribua aux pauvres. Pour l’en punir, il fut d’abord déchiré à coups de fouet par le bourreau, puis attaché à un gril sous lequel étaient des charbons ardents.

14, +Iosephe+.--De Maccab., 8.

23, +Acharne les+.--Ces paroles, sans être textuelles d’après le récit qu’en fait l’historien, qui donne en grand le supplice des sept frères Macchabées et de leur mère martyrisés (=167=) pour s’être refusés à manger de la viande de porc proscrite par la religion juive à laquelle ils appartenaient, reproduisent ce que dans l’ensemble chacun d’eux a dit et que Montaigne met dans la bouche d’un seul.

27, +Ἡσθείειν+.--AULU GELLE, IX, 5; DIOGÈNE LAERCE, VI, 3; Montaigne traduit ces mots avant de les citer.

32, +Luy+.--SÉNÈQUE, Epist. 66 et 92, etc.--Ce passage confirme au sujet d’Épicure ce que relate la note citée plus haut, =I=, 30: L’aduenir, et va à l’encontre du reproche de sensualité que, par ignorance, on est porté à lui adresser.

=628=,

1, +Siege+.--Lorsqu’elle est dans son état normal.

8, +Premiers+.--On conte qu’en 1756, lors de la prise de Port-Mahon par le duc de Richelieu sur les Anglais, forteresse qui passait pour imprenable, ceux-ci manifestant leur étonnement que l’assaillant eût pu escalader la muraille rocheuse qui fermait l’enceinte là où elle avait été forcée, les mêmes qui avaient pénétré dans la place par ce point, essayèrent de renouveler cet exploit, mais n’étant plus surexcités par la chaleur du combat, ne purent y parvenir.

10, +Dict+.--Dans son dialogue de l’Ion.

12, +Aristote+.--Problem., 30.

13, +Folie+.--Les éd. ant. port.: fureur.

17, +Argumente+.--Dans le Timée.

CHAPITRE III.

Il n’est question qu’à la fin de ce chapitre de ce qui fait l’objet de son en-tête, qui ne s’expliquerait guère, par ce seul fait, si, se rappelant ce passage de Strabon: «C’est un bel usage de l’île de Ceos que, lorsqu’on ne peut plus vivre avec honneur, on ne vive pas misérable», on ne se disait que Montaigne a tout simplement interverti l’ordre de son sujet et l’a commenté avant de l’exposer.

24, +Cathedrant+.--Docteur, celui qui enseigne en chaire.

24, +Volonté+.--Les éd. ant. port.: sacro-sainte volonté.

26, +Contestations+.--Dans ce chapitre, l’auteur penche visiblement pour le suicide; mais ne voulant pas mettre les théologiens contre lui, il débute en rééditant son adhésion à tout ce qui, chez eux, est de principe, ainsi qu’il agit chaque fois qu’il va émettre une proposition tant soit peu hardie et en opposition avec les idées en cours, déclarant que telle n’est pas sa croyance et qu’il ne fait qu’enquérir et débattre.--J.-J. ROUSSEAU, dans ses fameuses lettres pour et contre le suicide (Nouvelle Héloïse, liv. II, lettres 1 et 2), a puisé ici plusieurs des arguments qu’il met en avant.

26, +Philippus+.--En =338=, après la bataille de Chéronée.--Cet exemple et les suivants sont tirés de PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.

30, +Agis+.--Agis I, roi de Sparte.

«Qui sait mourir, n’a plus de maître.» SULLY PRUDHOMME.

31, +Viure+.--Vraiement (add. des éd. ant.).

=630=,

3, +Mesme+.--Les Romains avaient rendu un décret autorisant à se tuer quiconque auquel la vie avait cessé de plaire.--MONTESQUIEU, J.-J. ROUSSEAU se prononcent en faveur du suicide; MADAME DE STAEL le présente comme un acte héroïque. V. N. =I=, 632: Contraste.

7, +Maison+.--Son maître lui demandait «le pot à pisser», l’enfant refusa; son maître insistant, il préféra se tuer que d’accomplir ce qu’il considérait comme déshonorant.

10, +Volontiers+.--En =330=, à la suite du refus qu’ils faisaient de lui donner cinquante de leurs enfants en otage. V. N. =I=, 226: Païs.

12, +Dit+.--Celui qui parle ainsi, c’est SÉNÈQUE, Epist. 70.

19, +Romains+.--TACITE, Annales, XIII, 56.--Boiocalus, chef d’une peuplade de Germains, revendiquait des terres disponibles, pour prix de sa fidélité envers Rome; déçu de sa demande, il fit cette réponse et tenta d’acquérir par la force ce qu’il ne pouvait obtenir autrement; mais le sort des armes lui fut défavorable, lui et ses gens furent exterminés (58).

25, +Maladie+.--La plupart de ces idées sont de SÉNÈQUE, Epist. 69 et 70.

41, +Mediane+.--C’est la veine qui paraît dans le pli du coude.

=632=,

2, +A tuer... insensibles+.--Et vescut depuis ayant cette partie du corps morte (var. des éd. ant.).

3, +Insensibles+.--PLINE, Nat. Hist., XXV, 3.--Cicéron le cite comme un critique émérite qui distinguait aisément de quels auteurs étaient tels ou tels vers qu’on lui citait, tellement il était fait à la manière de chacun.

6, +Stoiciens+.--CICÉRON, De Finibus, III, 18.

14, +Hegesias+.--DIOGÈNE LAERCE, 94.

20, +Speusippus+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 3.

22, +Contraste+.--EURIPIDE attache au suicide une sorte de flétrissure;--PYTHAGORE dit que l’homme est à son poste comme une sentinelle et qu’il ne peut l’abandonner sans l’ordre de son général;--PLATON érigeait en principe que nous ne devons pas quitter le poste où les dieux nous ont placé;--ARISTOTE le tient pour une lâcheté;--CICÉRON met ces paroles dans la bouche de Paul-Émile, parlant à Scipion, son fils adoptif: «Vous devez constamment retenir votre âme dans le corps où elle a son poste, autrement vous seriez coupable de rébellion envers la bonté divine»;--MARTIAL opine dans le même sens dans plusieurs de ses épigrammes: «Il est bien facile de mépriser la vie, quand on est dans le besoin; le véritable courage consiste à soutenir dignement sa misère». «Tandis que Fannius fuyait son ennemi, il se tue lui-même; n’est-ce pas, je vous le demande, une étrange folie, que de se tuer pour échapper à la mort?» «Je n’approuve pas un homme qui achète la renommée au prix de son sang, qu’il lui est aisé de répandre; j’estime celui qui peut se rendre digne de louanges sans se donner la mort.»--Sénèque: «Mourir ainsi, c’est s’avouer vaincu.»--S. AUGUSTIN dit que c’est à tort qu’on a exalté Lucrèce, Caton et d’autres qui se sont abandonnés au suicide.--NAPOLÉON: «S’abandonner au chagrin sans y résister, se tuer pour s’y soustraire, c’est se retirer du champ de bataille avant d’avoir vaincu.»--LAMARTINE: «Quant à moi, je serais déjà mort mille fois de la mort de Caton, si j’étais de la religion de Caton; mais je n’en suis pas, j’adore Dieu dans ses desseins; obéir à Dieu, voilà la vraie gloire; mourir, c’est fuir.» V. N. =I=, 630: Mesme.

«Il est plus grand, plus difficile, De souffrir le malheur que de s’en délivrer.» Mme DESHOULIÈRES.

22, +Plusieurs+.--Les éd. ant. aj.: outre l’authorité qui en défendant l’homicide, y enueloppe l’homicide de soy-mesme: d’autres philosophes...

36, +Caton+.--V. N. =III=, 324: Regulus; N. =II=, 430: Premier.

=634=,

28, +Vsque+.--Sæpe vsque (var. de 80).

32, +Loix+.--Liv. IX.

42, +Desdaigner+.--L’assertion n’est pas établie d’une manière absolue. Certains cas de suicide semblent avoir été constatés chez quelques animaux. Outre ce qu’on dit du scorpion qui, entouré de charbons ardents, se pique de son propre dard pour se donner la mort, Montaigne donne comme exemple d’attachement (=II=, 172) le fait de deux chiens se jetant d’eux-mêmes dans les bûchers où brûlaient les corps de leurs maîtres. On cite comme s’étant laissé mourir de faim le cheval de Nicomède, roi de Bithynie, après que celui-ci eut été tué (N. =II=, 184: Ora); et Varron en mentionne (N. =II=, 176: Parenté) un autre qui se serait de lui-même précipité et brisé la tête, parce qu’on venait de lui faire saillir sa mère.

=636=,

5, +Ἐξαγωγήν+.--«Sortie raisonnable»; c’était l’expression employée par les Stoïciens. DIOGÈNE LAERCE, VIII, 130.

11, +Milesiennes+.--PLUTARQUE, Des Faits vertueux des femmes.

11, +Reliques+.--Restes; du latin reliquiæ qui a même signification. Reliques en français ne se dit plus guère que des saints que l’on conserve et propose à la dévotion des fidèles.

15, +Ville+.--En Allemagne, de 1880 à 1903, on a relevé 1.152 cas de suicide de garçons et de fillettes dans les écoles, dont 812 âgés de moins de 15 ans, soit 44 par an, sur lesquels un tiers par peur de punition.

28, +Fortune+.--PLUTARQUE, Agis et Cléomène, 14.--Cléomène III, roi de Sparte, qu’il s’était aliéné par ses efforts pour y rétablir les institutions de Lycurgue, battu à Sellasie (=222=) par Antigone roi de Macédoine, s’embarquait pour passer en Égypte où il allait chercher un asile et solliciter des secours, quand eut lieu entre lui et Therycion, un de ses plus fidèles partisans, le fait dont il est ici question. Trois ans après, malgré toute sa ténacité, Cléomène suivit l’exemple de Therycion, le roi d’Égypte qui l’avait accueilli étant mort et son successeur ayant manifesté à son égard des dispositions tout autres.

34, +Ancien+.--SÉNÈQUE, Epist. 13.

=638=,

9, +Si+.--De tel biais (var. des éd. ant. à 88).

10, +Inconuenient+.--En 67, alors que Josèphe, gouverneur de Galilée au nom du grand conseil de Jérusalem en insurrection contre les Romains, se trouvait à Tarichée en butte à une sédition excitée contre lui, sous prétexte qu’il s’était approprié des prises qui provenaient d’extorsions et que, pour cette cause, il avait fait rendre à ceux qui en avaient été dépouillés. Étant parvenu à échapper par la fuite à ceux qui avaient dessein de le tuer, puis à se faire écouter par le peuple, il finit par le mettre de son côté. JOSÈPHE, De Vita sua.

13, +L’occasion+.--A la première bataille de Philippes (en Macédoine) qu’après la mort de César, Antoine et Octave livrèrent à Cassius et à Brutus qu’ils poursuivaient, Cassius, qui commandait à l’aile gauche, la voyant plier et croyant à tort Brutus battu aussi de son côté, se perça de son épée. Un mois après, Brutus, vaincu en ce même lieu où il venait d’être victorieux, en fit autant (=42=). On dit qu’en mourant, il s’écria: «Vertu, tu n’es qu’un mot»; mais cette parole désespérante n’a rien d’authentique. V. N. =II=, 646: Brutus.

17, +Victoire+.--MONTLUC, Commentaires.--En 1544, dans le courant de l’action, le duc d’Enghien, voulant arrêter le gros de l’infanterie ennemie, qui, à un moment donné, devenait menaçant, le chargea à la tête de sa gendarmerie, mais ne parvint ni à le rompre, ni à l’arrêter, et éprouva des pertes énormes: «Dans son désespoir, M. d’Anguyen, dit Montluc, voyant ses gens de pied en fuite et qu’à peine lui restait cent chevaux pour soutenir le choc de cette colonne de cinq mille piquiers suivant toujours au grand trot leur victoire, deux fois se donna de l’espée dans son gorgerin, se voulant offenser soi-même.» Son acte de désespoir, comme l’effort de cette infanterie adverse, n’eurent pas de suites et la victoire se prononça en notre faveur.

24, +Tuer+.--PLINE, XXV, 3, dit qu’il n’y a guère que trois sortes de maladie pour lesquelles on se tue: la pierre, les douleurs d’estomac et les douleurs de tête. Quant au droit de se tuer, qu’elles peuvent conférer, il n’en parle pas; du reste, les éd. ant. port.: accoustumé, au lieu de: «droit».

25, +Retenüe+.--Maladie dont Montaigne était atteint, c’est pourquoi il la cite à l’exclusion des deux autres que mentionnaient cependant les éd. ant.: la seconde, la douleur d’estomach: la tierce, la douleur de teste.

25, +Seneque+.--Epist. 58.

31, +Corps+.--TITE-LIVE, XXXVII, 46.--En =190=; les Étoliens avaient été défaits par le consul Acilius Glabrio; Damocrite échappa de la sorte à la honte de figurer au triomphe qui fut décerné au vainqueur.

35, +Couurir+.--TITE-LIVE, XLV, 26.--En =167=; Antinoüs et Théodotus, tous deux citoyens de Passaron, ville d’Épire, s’étaient compromis au point de ne pouvoir espérer trouver grâce auprès des Romains.

42, +Siens+.--Goze, petite île à l’occident de celle de Malte, dont elle n’est pas très éloignée; elle avait été cédée avec cette dernière en 1530, par Charles-Quint, aux Chevaliers de S.-Jean de Jérusalem, lorsque l’île de Rhodes leur avait été enlevée par les Turcs; ceux-ci et les corsaires d’Afrique la ravagèrent à diverses reprises, en particulier en 1551, année où se passa le fait que relate Montaigne; ils l’abandonnèrent peu après, ayant préalablement rasé le château.

=640=,

1, +Antiochus+.--Antiochus Épiphane, roi de Syrie, voulant fusionner les peuples sous sa domination, défendit aux Juifs de circoncire leurs enfants; ceux qui contrevenaient étaient crucifiés, leurs femmes pendues à leur côté avec leur enfant pendu au cou (=167=). JOSÈPHE, Antiquités judaïques, XII, 5, 4.

12, +Curée+.--Montaigne renverse ici les rôles: Drusus Libon délibérait s’il se donnerait la mort ou s’il l’attendrait; Scribonia lui demanda quel plaisir il trouvait à faire la besogne d’un autre. Cette observation, dit SÉNÈQUE, Epist. 70, ne persuada pas Libon; il se tua et, ajoute-t-il, il eut raison.

30, +Diuine+.--Macchabées, II, 14.--En l’an =162=; Nicanor était général de Démétrius I, roi de Syrie.

=642=,

1, +Pelasgia+.--Pelagia était d’Antioche (Asie Mineure) et était âgée de 15 ans seulement. Surprise chez elle par l’édit de persécution et mise en demeure de choisir entre sa virginité ou sa religion, elle obtint des soldats qui avaient envahi sa demeure un répit pour mettre ordre à sa toilette, promettant de les satisfaire; et, montant à l’étage supérieur, elle se précipita par une fenêtre. Sa mère et ses deux sœurs s’étaient enfuies; sur le point d’être atteintes, elles se dirigèrent vers la rivière qui était proche, y entrèrent comme pour s’y baigner, et s’avançant jusqu’à ce qu’elles perdissent pied, s’y noyèrent volontairement. S. AMBROISE, De Virg., III.

1, +Sophonia+.--En 311, lors de la persécution à laquelle mit fin la victoire, sous les murs de Rome, de Constantin, qui assura le triomphe définitif du Christianisme (321). RUFIN, Hist. ecclés., VIII, 27; EUSÈBE, Hist. ecclés., VIII, 14, toutefois celui-ci ne la nomme pas, quoique ce soit la même.

15, +Marot+.--«De ouy et nenny», poésie de CL. MAROT:

«Un doulx nenny, avec un doulx sourire, Est tant honneste! Il vous le faut apprendre. Quant est d’ouy; si veniez à le dire, D’avoir trop dict je vouldrois vous reprendre; Non que je sois ennuyé d’entreprendre Le duict dont le desir me poinct; Mais je vouldrois qu’en me le laissant prendre, Vous me disiez: Non, vous ne l’aurez point.»

18, +Passé+.--TACITE, Ann., VI, 48.--En 36. Aruntius, impliqué dans un procès d’adultère imaginé pour le perdre, se tua, alors que ses amis cherchaient à lui persuader qu’il s’en tirerait en temporisant, disant que l’avènement à l’empire de Caligula lui faisait prévoir un esclavage pire que celui que Tibère avait fait peser sur eux et qu’il voulait mettre fin à la fois au passé et à l’avenir. L’estime en laquelle on le tenait était telle, que l’empereur Auguste, près de mourir, l’avait déclaré digne du rang suprême.

18, +Proximus+.--TACITE, Ann., XV, 71.

25, +Prinse+.--S’étant emparé du camp des Perses, Spargapisez et ses Scythes avaient fait main basse sur ce qui s’y trouvait, s’y étaient enivrés et endormis, si bien que surpris par leurs ennemis, ils avaient été faits prisonniers; revenu à lui, et apprenant le fâcheux état en lequel il se trouvait, Spargapisez sollicita qu’on lui ôtât ses liens et se tua (=530=). HÉRODOTE, I.

28, +Cheuance+.--On comprenait sous ce nom l’ensemble de tout ce que quelqu’un possédait.

35, +Soy-mesme+.--En =475=, pendant la deuxième guerre médique, lors des opérations qui suivirent la bataille de Platée. HÉRODOTE, VII.

=644=,

16, +Feu+.--Le fait s’est passé sous la domination portugaise, qui, commencée en 1511, a pris fin en 1641, date à laquelle les Hollandais se substituèrent aux Portugais pour faire place en 1824 à l’Angleterre à laquelle ce territoire appartient actuellement.

20, +Compagnie+.--TACITE, Ann., VI, 29.--Scaurus s’était aliéné Tibère par une tragédie dont le sujet (Atrée) et quelques vers lui avaient été dénoncés comme une critique; ce fut la cause d’une accusation de lèse-majesté, que l’on renforça en y joignant une imputation d’adultère avec Livie, la mère de l’empereur, et de sacrifices magiques. A l’instigation de sa femme, qui partagea sa mort, il prévint son jugement, en se tuant (34).--Labéon, gouverneur de Mysie (Asie Mineure), était accusé de malversations; Tibère lui fit signifier qu’il lui interdisait sa maison; c’était une de ses formules de disgrâce et de proscription. Devançant la venue du bourreau, Labéon se fit ouvrir les veines; Paxéa, sa femme, imita son exemple (34).

21, +Nerua+.--TACITE, Ann., VI, 26.

34, +Garde+.--«Une femme ne cèle que ce qu’elle ne sait pas.» Proverbe.--Caton l’Ancien disait qu’il fallait se repentir de trois choses seulement: révéler son secret à une femme; passer un jour dans l’oisiveté; aller par mer dans un endroit accessible par terre.

35, +Corps+.--Auguste avait exprimé devant Fulvius ses regrets de laisser l’empire à Tibère son beau-fils et l’idée que, parfois, il avait de revenir sur sa détermination. Fulvius rapporta le fait à sa femme, et celle-ci à Livie, femme d’Auguste et mère de Tibère, qui vint récriminer. Aussi, le lendemain, quand Fulvius vint le saluer, lui disant suivant sa coutume: «Dieu te garde, César», Auguste lui répondit: «Dieu te fasse sage, Fulvius». Il comprit de suite par là que lui d’abord, sa femme ensuite, avaient trop parlé. PLUTARQUE, Du trop parler, 9.--TACITE, Ann., I, 5, rapporte également le fait; mais il l’attribue à un nommé Fabius Maximus et ne dit pas que sa femme se tua, mais seulement qu’à ses funérailles on l’entendit s’accuser d’être la cause de sa mort.

36, +Virius+.--TITE-LIVE, XXVI, 13-15.--Après la défaite de Cannes, Capoue, à l’instigation de Vibius Virius, s’était détachée de Rome et avait ouvert ses portes à Annibal. Trois ans après, les Romains vinrent mettre le siège devant cette ville; il durait depuis deux ans déjà, et ils avaient dû l’interrompre à diverses reprises, mais enfin la résistance était à bout, quand Vibius, pour échapper à leur vengeance, prit la détermination dont il est ici question (=211=).

=646=,

19, +De là+.--De Capoue, ou de la Campanie, comme dit TITE-LIVE, Ann., XXVI, 15.

33, +Consul+.--Lors de la reprise de Capoue par les Romains (=211=).--D’après une autre version, Jubellius Taurea ne se serait pas tué lui-même; compris au nombre de ceux condamnés à périr, il aurait simplement à ce moment apostrophé le consul Quintus Fulvius. Tite-Live rapporte également qu’au moment où le supplice de ces sénateurs s’apprêtait, on remit au consul un courrier arrivant de Rome, contenant un sénatus-consulte leur faisant grâce, et que Fulvius, le pressentant, remit à l’ouvrir jusqu’à ce que l’exécution fût terminée.

39, +Vie+.--Ce fait semble se rapporter non à une ville des Indes, mais à celle des Marmaréens, peuplade qui occupait sur les frontières de la Lycie un rocher fortifié. Ayant attaqué l’arrière-garde d’Alexandre, celui-ci revint sur ses pas et mit le siège devant leur forteresse; convaincus bientôt de l’inutilité de toute résistance, ses défenseurs décidèrent de tuer enfants, femmes et vieillards, de mettre le feu aux maisons, d’exécuter ensuite une sortie et de se sauver dans les montagnes voisines, ce qu’ils firent (=334=). DIODORE DE SICILE, XXVII, 18.

=648=,

17, +Suiuoit+.--En =206=. Astapa était assiégée par Marcius, chevalier romain, qui, après la mort des deux frères Scipions, avait pris le commandement de l’armée (V. =I=, 42 et N. Freres); fidèle aux Carthaginois et placée sur les communications de l’armée romaine, elle en interceptait les convois. TITE-LIVE, XXVIII, 22, 23.

24, +Soy+.--En =348=. Abydos, auj. un des forts des Dardanelles, était une colonie d’Athènes; la guerre entre Philippe roi de Macédoine et les Athéniens avait été amenée par la mise à mort par ceux-ci de deux Acarnaniens (l’Acarnanie était située entre l’Étolie et l’Épire), peuple allié de Philippe, qui par suite d’une erreur de leur part, bien que non initiés, étaient entrés dans le temple de Cérès pendant la célébration des mystères d’Éleusis. TITE-LIVE, XXXI, 17 et 18.

27, +Separées+.--Que lorsqu’elles ont été prises séparément.

28, +Iugements+.--C’est exactement l’idée qui a cours aujourd’hui sur la mentalité des foules et la modification qu’y subissent, momentanément mais inéluctablement, les facultés intellectuelles de quiconque s’y trouve mêlé. V. N. =I=, 488: Roy.

=650=,

2, +Testament+.--TACITE, Ann., VI, 29.--Au Japon, les nobles qui sont condamnés à mort peuvent encore, dit-on, par faveur spéciale obtenir de s’exécuter eux-mêmes par le harikiri, privilège des hautes classes, qui consiste à s’ouvrir le ventre et, simultanément, être décapité par un ami, suivant un rite particulier; mourant de la sorte, ils évitent eux aussi la confiscation de leurs biens qui passent à leurs héritiers.

4, +Iesus-Christ+.--Epist. ad Philipp., I.

5, +Liens+.--Epist. ad Rom., VII.

5, +Ambraciota+.--D’Ambracie. CICÉRON, Tusc., I, 34.

6, +Phædon+.--Un des dialogues de Platon, ainsi appelé du nom d’un des disciples de Socrate les plus fidèles à sa doctrine; dans le Phédon, il est traité plus particulièrement de l’immortalité de l’âme. V. N. =II=, 72: Platon.

11, +Soissons+.--En 1250, quand, après la bataille de Mansourah, l’armée se retirait sur Damiette, retraite dans laquelle saint Louis fut fait prisonnier.

16, +Terres+.--L’Amérique. Cela se voit aussi dans l’ancien continent: au Japon, aux Indes; dans cette dernière contrée, au royaume d’Aracan, on promène chaque année l’idole Guiay-Pora dans un grand char sous les roues duquel les plus dévots du pays se font écraser.

25, +La iustice... volontaires+.--Ce doubte (var. des éd. ant.).

31, +Soy+.--VALÈRE MAXIME, II, 6, 7.--Ce désir de mort volontaire y était admis pour cause soit d’adversité, soit de prospérité: l’une si elle était de durée prolongée, l’autre de peur qu’elle ne vînt à cesser; le fait relaté dans l’alinéa suivant rentre dans ce dernier cas.

31, +Ailleurs+.--Suivant Amundsen, explorateur moderne (1900), le suicide est permis chez les Esquimaux.

35, +Compagnie+.--VALÈRE MAXIME, II, 6, 8.--Le fait se passait en =51=.

=652=,

19, +Mercure+.--Dieu de l’éloquence, du commerce et des voleurs; avait aussi la mission de conduire les âmes aux Enfers, où toutes, indistinctement, allaient après la mort: les unes aux Champs Élysées, séjour des bons; les autres au Tartare, réservé aux méchants.

25, +Hyperborée+.--Nation que PLINE, Hist. nat., IV, 12, place au delà de l’Océan glacial arctique qu’il nomme Aquilon glacial, où, dit-il, les jours sont de six mois, les nuits de même durée; nation heureuse, ajoute-t-il, où la discorde est ignorée ainsi que toute maladie, où on ne meurt que par satiété de la vie.

31, +Incitations+.--CICÉRON, Tusc., II, 27.--Cette opinion est conforme à la doctrine des Stoïciens, qui qualifiait de lâches ceux qui s’attachaient quand même à la vie, lorsque les infirmités les accablaient ou qu’ils étaient l’objet d’infortunes flétrissantes.--En somme, indépendamment des avis particuliers, dans un sens ou dans un autre, déjà cités (V. N. =I=, 630: Mesme; N. =I=, 632: Contraste), d’une façon générale: La loi de Moyse réprouve le suicide; les suicidés chez les Hébreux étaient privés de sépulture ou tout au moins enterrés de nuit, la Bible mentionne du reste fort peu de suicides. Les anciens livres sacrés des Hindous, les Védas, le condamnent, mais la religion de Brahma l’encourageant à titre de sacrifice religieux, le nombre de ceux qui, dans les Indes, s’immolent ainsi par fanatisme est inouï. En Chine, le suicide est fréquent; au Japon, on s’en fait souvent un point d’honneur. Zoroastre le condamne; de même Mahomet, et les suicides sont très rares chez les Musulmans. Dans l’antiquité grecque où Socrate en est un adversaire déclaré, il se produit fréquemment; et quoique condamné en principe par les lois, comme le Sénat à Marseille, l’Aréopage à Athènes l’autorisait quand il en approuvait les motifs. Nous connaissons l’opinion des Stoïciens; les Sceptiques, eux, se désintéressaient de la question. A Carthage, les fluctuations de la politique firent qu’il était de pratique courante. A Rome, rare au début, il l’est beaucoup moins vers la fin de la République, et, sous l’empire, nombreux sont ceux qui ont recours au suicide pour échapper à la tyrannie du prince; mais sous tous régimes il est réprimé avec une extrême rigueur chez le soldat dont toute tentative avortée entraîne la peine capitale. Il est fort en honneur chez les peuples primitifs de la Gaule, les vieillards y avaient souvent recours. Parmi les chrétiens, saint Augustin est le premier qui se prononce contre, sans restriction aucune; les conciles qui suivent le frappent d’excommunication; sous saint Louis, les suicidés sont jugés et les mesures prises contre leurs restes sont empreintes d’une extrême sévérité et leurs biens sont confisqués. Le protestantisme le réprouve également; J.-J. Rousseau et Voltaire se déclarent plutôt pour que contre; la Révolution abroge les peines qui le frappent.--Depuis, en France, comme partout ailleurs du reste, il tend à augmenter d’année en année particulièrement dans les grandes villes, motivé surtout par des maladies cérébrales, les souffrances physiques, et l’inconduite; puis encore par la misère, les revers de fortune, les chagrins domestiques, des amours contrariés, le désir d’éviter des poursuites judiciaires, l’ivrognerie, et chez quelques-uns le dégoût du service militaire. De 1.700 par an qu’était, en moyenne, en France, en 1827 le nombre des suicides, il s’est élevé, par une gradation ininterrompue, à 7.267 en 1865; sur ce nombre qui comprend des enfants de seize ans et au-dessous, les gens mariés entrent pour moitié, les femmes pour un quart. Cette progression est due à la même cause qui fait que la criminalité va croissant; chacun veut, chaque jour davantage, l’existence meilleure et plus facile et en supporte d’autant moins les déboires inévitables, ce qui est plutôt veulerie; on ne saurait douter non plus que n’y contribue chez beaucoup l’affaiblissement de la foi qui seule, qu’elle repose sur la vérité ou l’erreur, ce qui importe peu, donne, quoi qu’on en dise, aux croyants (heureuses gens!), patience et consolation en cette vie.--Pour conclure, on peut dire du suicide, comme de tant d’autres choses de ce monde, que le jugement à en porter est essentiellement variable suivant chaque cas particulier; s’il est en général à condamner, il est parfois excusable et dans quelques circonstances être le fait d’un grand caractère et d’un non moins grand courage, ne prêtant en rien à la critique la plus sévère.

CHAPITRE IV.

=654=,

1, +Auec+.--Grande (add. des éd. ant.).

7, +Grec+.--Montaigne avait appris le grec, il n’y a pas doute à ce sujet; mais il ne l’avait jamais su à beaucoup près comme le latin, et il est fort croyable qu’à l’âge où il était arrivé il n’y entendait plus grand’chose.

7, +Sens+.--Si beau (add. des éd. ant.).

16, +Breuiaire+.--Livre dont les ecclésiastiques doivent lire journellement des passages déterminés; par extension, livre de lecture habituelle, qui «ne quitte point nos mains, nuit et jour feuilleté», a dit BOILEAU.

17, +Resigne+.--Abandonne, signale.

21, +Soy+.--Moins embarrassé, plus naturel.

23, +Plutarque+.--Traité de la Curiosité, 14.

=656=,

15, +De Boutieres+.--DU BELLAY, IX.--En 1543. Cet avis portait qu’une tentative allait être faite, à l’aide de voitures de foin qu’on chercherait à introduire dans la ville dont il était gouverneur, pour s’emparer de l’une des portes. De Boutières négligea d’en prendre connaissance et ce ne fut que par le fait du hasard qu’échoua ce coup de main consistant en cinq voitures de foin, portant au-dessous de leur fond des cages très ingénieusement aménagées, dans chacune desquelles avaient pris place six soldats qui devaient en sortir à l’improviste et, avec l’aide des conducteurs qui étaient également des soldats déguisés, assaillir le poste et s’en emparer.

20, +Presenta+.--PLUTARQUE, J. César, 17.--Cet avis fut donné à César par Artémidore de Cnide, qui enseignait à Rome les lettres grecques et latines; voyant habituellement les complices de Brutus, il était en partie au courant de la conjuration. «Lisez seul et promptement,» lui dit-il en lui remettant son écrit. César essaya de lire à plusieurs reprises, mais il en fut empêché par la foule de ceux qui venaient lui parler; d’autres disent que cette même foule empêchant Artémidore d’approcher, il lui fit remettre ses papiers par un autre; toujours est-il que César entra au Sénat sans en prendre connaissance. Les éd. ant. aj. ici: contenant le faict de l’entreprise.

24, +Preparoit+.--PLUTARQUE, De l’esprit familier de Socrate, 27.--En =378=; le premier Archias était un capitaine thébain, gouvernant Thèbes au nom de Sparte qui l’y avait installé; l’autre, son hôte et son ami, était souverain-pontife à Athènes.

33, +Faire+.--En 1846, le prince de Metternich, chancelier d’Autriche, celui-là même qui avait tant contribué à la chute de Napoléon Ier, était, dit-on, jouant un soir aux cartes, quand survint une dépêche de Gallicie, où régnait une certaine fermentation. Tout entier à son jeu, ce ne fut que trois heures après qu’il décacheta cette dépêche, par laquelle on lui transmettait des propositions qui eussent tout arrangé. C’était trop tard: il y avait urgence, et la réponse n’arrivant pas, un conflit s’était produit, faisant deux mille victimes. Le prince garda tout le restant de ses jours le remords de cet instant d’oubli.

34, +Consulaire+.--PLUTARQUE, Propos de table, I, 3, 2.

35, +Deliure+.--Plus dégagé.

36, +Pour entretenir... assis+.--Var. des éd. ant.: ou pour porter nouuelles à celuy qui seroit assis, ou pour lui donner quelque aduertissement à l’oreille.

CHAPITRE V.

=658=,

+Conscience+.--«Il est au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu, d’après lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises; c’est à ce principe que je donne le nom de conscience.» J.-J. ROUSSEAU.

1, +Voyageant... durant+.--Var. de 80: Ie passois vn iour païs pendant.

7, +Air+.--Foyer (var. des éd. ant.).

19, +Masque+.--Sur sa physionomie et malgré la croix, signe distinctif des catholiques, qu’il portait sur sa casaque (sorte de pardessus à manches larges), bien qu’il n’appartînt pas à ce parti.--Les protestants portaient l’écharpe; celle des partisans de Henri IV était blanche.

25, +Pœonien+.--Ce mot signifie à la fois: chargé des soins à donner aux paons, et individu originaire de la Pœonie. Les deux sens ont cours; avec le premier, Bessus serait une sorte de valet de ferme; nous avons adopté le second, l’anecdote étant vraisemblablement tirée de PLUTARQUE, Pourquoi la justice divine, etc., 8, qui le qualifie de capitaine, chef d’une troupe à pied, et le donne comme ayant abattu ce nid avec une pique qu’il avait en main.

31, +Penitence+.--On fait souvent allusion à ce mode d’intervention imprévu de la Providence, sous le nom des «Grues d’Ibycus». Ibycus assassiné par des brigands, au milieu d’une forêt, était sur le point d’expirer, quand voyant dans les airs un vol de grues, il les prit à témoin de l’attentat dont il était victime. Quelque temps après, ses assassins se trouvant aux jeux Olympiques, l’un d’eux, voyant passer un vol de grues, s’écria imprudemment: «Voilà les témoins d’Ibycus!» Ce propos, sur lequel il fut appelé à s’expliquer, révéla leur culpabilité. ERASME.

=660=,

1, +Peché+.--PLUTARQUE, Pourquoi la justice divine, etc., 9.

2, +L’attend+.--SÉNÈQUE, Epist. 105, à la fin.

2, +Meschanceté+.--D’elle mesme (add. de 80).

8, +Cantharides+.--PLUTARQUE, Pourquoi la justice divine, etc., 9.--La cantharide est un insecte de la famille des coléoptères, qui, réduit en poudre, est la base des vésicatoires. Cette poudre, absorbée à l’intérieur, est un poison violent qui était assez en usage chez les anciens. Ils attribuaient en outre à la piqûre même de l’insecte la propriété de donner la mort qui se produisait, croyaient-ils, dans la disposition où l’on était à l’instant où l’on était piqué: si à ce moment, par exemple, on riait, on mourait en riant. La science moderne assigne le camphre comme antidote des empoisonnements par la cantharide; quant à recéler en elle-même son contrepoison, Plutarque ne le rapporte que comme un on-dit.

18, +Maux+.--PLUTARQUE, Pourquoi la justice divine, etc., 9; POLYEN, IV, 6, 18.

20, +Mesmes+.--SÉNÈQUE, Epist. 97.--SOPHOCLE et LUCIEN émettent une idée analogue: «Rien n’est caché, car le temps voit, entend et révèle tout,» dit le premier. «Tu pourras peut-être, dit le second, dérober aux hommes la connaissance de tes actions coupables; tu ne le pourras envers les dieux malgré tous tes calculs.»--La formule d’ÉPICURE que donne Montaigne et que L. RACINE a traduite dans son poème de La Religion:

«De ses remords secrets triste et lente victime, Jamais un criminel ne s’absout de son crime... Le cruel repentir est le premier bourreau Qui dans un sein coupable enfonce le couteau»,

semble moins prêter à controverse, et cependant on peut dire que chez le méchant, c’est-à-dire chez celui en lequel le mal prédomine, la conscience est oblitérée; soit parce qu’elle a toujours été telle, soit parce que trop souvent il a négligé de l’écouter, elle ne se fait plus entendre, le remords n’existe pas. Aussi sommes-nous de ceux qui n’en voulant pas au méchant, le considérant comme inconscient, voyons en lui un être malfaisant que la société a le devoir non de punir, elle n’a guère elle-même la faculté d’en juger sainement, mais de mettre hors d’état de lui nuire, comme elle fait d’un fou, d’un pestiféré, d’une bête fauve, d’un chien enragé, lorsqu’il est avéré qu’il constitue un danger public. Contrairement à ce qu’a introduit la chicane, c’est le fait qui est à apprécier et non l’intention; la constatation du premier est généralement facile, l’autre est toujours impossible, notre état mental, à tous, à un moment donné, essentiellement variable, échappant à toute appréciation: principe qui est la base de la loi du talion et de l’action civile ou réparation du préjudice causé. Il est à portée des intelligences les plus simples et a suffi dans les sociétés primitives à assurer le maintien de l’ordre, à protéger les personnes et les choses, au moins aussi bien que nous y parvenons dans nos sociétés modernes avec notre législation si prolixe, où tout est agencé pour jeter de la confusion dans les esprits, favorisant les mauvais au préjudice des bons, à l’opposé de ce que commandent la raison et l’équité.

31, +Importante+.--PLUTARQUE, Comment on peut se louer soi-même, 5.--En =190=. Scipion l’Africain, la loi semblant s’y opposer et les questeurs hésitant à le faire, de lui-même, simple particulier à ce moment, mais déjà paré des lauriers de Zama, avait ouvert le trésor public réservé pour parer à une guerre contre les Gaulois, et y avait puisé pour faire face aux besoins de la guerre que Rome méditait contre Antiochus, roi de Syrie, dont les progrès commençaient à donner de l’inquiétude, guerre dont son frère allait être chargé.

33, +Teste+.--De juger dans une affaire pouvant entraîner une condamnation capitale.

40, +Suitte+.--VALÈRE MAXIME, III, 7, 1.--En =188=. Il avait accompagné son frère en Asie en qualité de lieutenant, et, en réalité, dirigé la guerre qui avait contraint Antiochus à restituer aux alliés de Rome toutes les conquêtes qu’il avait faites sur eux, quand, à leur retour, les deux frères furent accusés par le tribun Nevius de s’être laissé corrompre par l’ennemi.

47, +Pieces+.--TITE-LIVE, XXXVIII, 54 et 55.--En =187=. Cette accusation portée contre Scipion l’Africain et Scipion l’Asiatique est la même, renouvelée, que la seconde dont Montaigne vient de parler et à laquelle ils avaient échappé l’année précédente en évoquant le souvenir de Zama. Sommé de produire ses comptes, Scipion l’Africain lacéra le registre où ils étaient consignés, disant qu’«il ne s’abaisserait pas à se justifier d’une dépense de 4.000.000 de sesterces (800.000 fr.) pour une expédition, lui qui, par ses victoires, avait enrichi le trésor de 200.000.000 de sesterces (40.000.000 de fr.), et n’en avait rapporté que le surnom d’Africain, et que s’ils étaient riches, c’était en ennemis beaucoup plus qu’en argent»; et il s’exila volontairement à Literne en Campanie, où il mourut en =184=. Son frère fut condamné à une forte amende; ne pouvant la payer intégralement, il allait être conduit en prison, quand T. Sempronius Gracchus, autre tribun du peuple, qui jusqu’alors s’était montré l’ennemi des Scipions, s’y opposa. Ruiné par cette amende, Lucius Scipion n’accepta de ses parents et amis, qui mirent à sa disposition des sommes immenses, que de quoi racheter ce qui était strictement nécessaire à son existence.

47, +Cauterizée+.--Ulcérée, torturée par le remords.

=662=,

4, +Innocence+.--«La vertu s’avilit à se justifier.» VOLTAIRE, Œdipe.

5, +Gehennes+.--La torture, appliquée aux accusés pour les forcer à avouer leur crime ou nommer leurs complices, dite question préalable, a été abolie en France par Louis XVI, en 1780.

11, +Guerdon+.--Une si belle récompense que celle.

22, +Confessions+.--Accusations, porte l’éd. de 88.

24, +Fit+.--QUINTE CURCE, VI.--En =329=. Accusé d’avoir trempé dans un complot contre Alexandre le Grand, fut mis à la torture, déclaré coupable et lapidé. Le fait principal à sa charge était que pendant deux jours, alors qu’à diverses reprises il avait vu le roi, de l’intimité duquel il était, et ayant toute qualité pour l’entretenir, il ne lui avait pas donné avis d’une conjuration dont il avait été averti pour l’en prévenir, et à deux reprises différentes avoir répondu à celui qui l’en avait instruit, que l’occasion lui avait manqué pour le faire; ce que, pour sa défense, il expliquait en disant qu’il n’avait pas attaché d’importance à la révélation qui lui avait été faite, n’estimant pas vraisemblables les projets qu’on lui dénonçait.

35, +Conte+.--Il est dans FROISSART, IV, 87.

37, +Iusticier+.--Bajazet I, appelé aussi l’Amorabaquin, ce qui signifierait fils d’Amurat.

CHAPITRE VI.

=664=,

6, +L’exercitation+.--Montaigne traite dans ce chapitre de l’exercice de la vertu, ou plutôt de la nécessité de ne pas se borner à l’exalter et d’y joindre la pratique.

11, +Empeschée+.--Les éd. ant. aj.: Quelques bonnes opinions qu’elle ait.

16, +Escient+.--Exprès, à dessein; c’est un sens que ce mot a fréquemment dans les Essais.

=666=,

2, +Marault+.--Monstre (var. des éd. ant. à 88).

12, +Amis+.--SÉNÈQUE, De Tranq. animi, 14.--Allant au supplice, ajoute Plutarque, il dit à un de ses amis qui l’accompagnait, qu’il viendrait lui parler la nuit suivante; il lui apparut en effet et discourut avec lui sur l’immortalité de l’âme et la lumière pure et éclatante dans laquelle la sienne se trouva après la mort.--Dans un autre ordre d’idées, surtout dans un but humanitaire et avec l’arrière-pensée d’y trouver un argument pour la suppression de la peine de mort, on s’évertue aujourd’hui à reconnaître si un individu décapité conserve encore sa connaissance dans l’instant qui suit l’exécution: si par exemple, à l’appel de son nom, un indice se produit qu’il l’a perçu; jusqu’ici les expériences faites à cet égard n’ont rien donné de concluant.

38, +Souffrances+.--Actions, port. les éd. ant., à quoi celle de 80 aj.: opérations.

=668=,

1, +Insensible+.--«Qu’on interroge les médecins et les ministres du culte accoutumés à observer les actions des mourants et à recueillir leurs derniers sentiments, ils conviennent qu’à l’exception d’un petit nombre de maladies aiguës où l’agitation causée par des mouvements convulsifs semble indiquer des souffrances chez le malade, dans toutes les autres on meurt doucement, tranquillement et sans douleur.» BUFFON.--Cela est vrai, mais en tant seulement des derniers moments où l’organisme brisé par le mal qui le détruit est anéanti et va cesser d’être, autrement c’est assez discutable; la plupart du temps ce n’est qu’une accalmie et ce passage de vie à trépas a été précédé de souffrances dont il y a lieu de tenir compte avant de conclure.--«Une douleur très vive, ajoute Buffon, pour peu qu’elle dure, conduit à l’évanouissement ou à la mort. Nos organes, n’ayant qu’un certain degré de force, ne peuvent résister que pendant un certain temps à un certain degré de douleur; si elle devient excessive, elle cesse, parce qu’elle est plus forte que le corps, qui, ne pouvant la supporter, peut encore moins la transmettre à l’âme, avec laquelle il ne peut correspondre que quand les organes agissent, etc...»--En écrivant ce passage, et quelques autres que nous signalons plus loin, Buffon s’est certainement rappelé plusieurs idées de ce chapitre des Essais. LE CLERCQ.

21, +Mort+.--Montaigne a déjà dit la même chose, à peu près dans les mêmes termes. V. =I=, 122 et N. Mort.

23, +L’effort+.--Montaigne est ici bien dans le vrai, quoiqu’il agisse tout autrement, car son livre est plein de l’attente de cet événement. A quoi bon en effet cette préoccupation continue de la mort? Avec cette pensée toujours présente à l’esprit, on n’entreprendrait jamais rien, on ne jouirait de rien, et notre existence se passerait tout entière anxieuse et stérile. Qu’on y soit constamment préparé, c’est-à-dire qu’on ait toujours ses affaires en ordre, parce qu’elle peut nous surprendre, c’est raisonnable; que celui qui croit en une autre vie, où il renaîtra avec son individualité, et recevra la récompense ou le châtiment de ses faits et gestes sur cette terre, pense fréquemment à cette fin dernière pour y puiser une aide dans la voie du bien et une consolation dans l’affliction, cela se conçoit, mais quelle superfluité que de s’en préoccuper sans cesse! Quelles que soient les dispositions en lesquelles nous nous sommes ingéniés à être pour la recevoir, elle accomplit son œuvre sans que la pose que nous y mettons, y change quoi que ce soit, non plus que si elle vient sans que nous nous soyons mis en peine pour la recevoir.

25, +Deuxiesmes+.--Il y eut, en ce temps, huit guerres de religion: la seconde, de 1566 à 1568, fut marquée par le combat de S.-Denis où fut tué le connétable de Montmorency; la troisième, de 1568 à 1570, en cette dernière eurent lieu les batailles de Jarnac et de Montcontour.

36, +Petit homme+.--C’est Montaigne lui-même; voir son portrait ch. XVII du liv. II.

38, +Contre-mont+.--Ou, comme on dit familièrement, les quatre fers en l’air.

39, +Estendu+.--Mort estendu, port. les éd. ant.

=670=,

15, +Menus+.--Peu à peu.

40, +Foiblesse+.--L’éd. de 80 aj.: et de longue maladie.

41, +Douleurs+.--Les plus terribles agonies elles-mêmes effraient plus les spectateurs qu’elles ne tourmentent le malade. Combien n’en a-t-on pas vu qui, après avoir été à cette dernière extrémité, en sont revenus n’ayant aucun souvenir de ce qui s’était passé, de ce qu’ils avaient paru sentir; ils avaient réellement cessé d’être pour eux-mêmes pendant ce temps, puisqu’ils sont obligés de rayer de leur existence les moments passés dans cet état duquel il ne leur reste aucune idée; c’est qu’en effet la douleur que peut endurer le corps est proportionnée à sa force et à sa faiblesse; or, dans l’instant de la mort, il est plus faible que jamais, il ne peut donc éprouver qu’une très petite douleur, si même il en éprouve quelqu’une. BUFFON.

42, +Penibles+.--La douleur de l’âme ne peut être produite que par la transmission qu’elle en reçoit du corps; une douleur excessive, venant à excéder ce que le corps peut supporter, l’anéantit et du même coup le fonctionnement de ses organes; il est hors d’état de continuer à transmettre à l’âme ses sensations, dont elle cesse, elle aussi, d’être affectée, n’en recevant plus communication. BUFFON.

=672=,

33, +Ego+.--Iris, messagère des dieux et en particulier de Junon.

=674=,

4, +Sens+.--Qui sortent au hasard, mais n’ont aucun sens.

23, +Dressent et couchent+.--Les éd. ant. port.: et esmeuuent.

36, +Nue+.--En l’air.

41, +Vsage+.--Comme par habitude.

=676=,

13, +Moins poisante+.--Les éd. ant. port.: si plaisante.

20, +Encore+.--Quatre ans après (add. de 80).

33, +Leger+.--J.-J. ROUSSEAU nous a laissé, lui aussi, un récit de ses sensations, lors d’une chute à Menilmontant, en 1776.

35, +Pline+.--Nat. Hist., XXII, 24.

=678=,

6, +Anciens+.--Dans le nombre: chez les Grecs, Archiloque et Alcée; chez les Latins, Lucilius, et plus tard Marc-Aurèle et S. Augustin, ce dernier dans ses Confessions. En des temps plus rapprochés: J.-J. Rousseau, également dans ses Confessions qui, elles, ne sont que du roman; Restif de la Bretonne, dans S. Nicolas ou le cœur humain dévoilé (1794).

24, +Place+.--C.-à-d. faire toilette et prendre une attitude convenable pour se présenter, se produire en société.

25, +Vicieux+.--PASCAL, qui prohibait jusqu’au mot «moi», a dit au sujet des Essais: «Le sot projet que Montaigne a eu de se peindre lui-même.» Voir N. =II=, 18: Extrauagant, la réponse qu’y fait Voltaire.

39, +Veaux+.--Balivernes, niaiseries, contes ridicules. Cette locution vient de ce que les veaux ne se bridant pas, les brides à veaux n’existent pas, que c’est autant dire rien.

=680=,

4, +Trottoir+.--C.-à-d. sur la voie publique, si bien que tout le monde en parle ou est à même d’en parler.

9, +Voisins+.--Les protestants.

12, +Viure+.--«Vivre, est le métier que je lui veux apprendre.» J.-J. ROUSSEAU, Émile, I.

15, +Gloire+.--S’il est vain et présomptueux de proclamer soi-même ce que l’on vaut.--Le mot gloire était souvent employé, à cette époque, dans ce sens de vanité, présomption.

16, +Hortense+.--Mis pour Hortensius; Montaigne manque à son parti pris de ne pas franciser les noms propres étrangers; ce qui, par habitude, lui arrive encore parfois.

25, +Skeletos+.--Un squelette, ou plutôt un écorché pour études anatomiques.

31, +Indifferemment+.--CATON L’ANCIEN disait qu’il était aussi ridicule de se louer soi-même, que de se blâmer.

35, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IV, 7.

35, +Fausseté+.--Nul homme vertueux ne cherche à se faire valoir par les qualités qu’il n’a pas.

=682=,

22, +Nihilité+.--Néant; mot forgé par Montaigne, du latin nihil, rien.

23, +A certes+.--Sincèrement, sérieusement.

FIN DES NOTES DU PREMIER VOLUME.

[F.447] NOTES.

DEUXIÈME VOLUME.

LIVRE SECOND

(Suite).

CHAPITRE VII.

=10=,

1, +Cæsar+.--SUÉTONE, Auguste, 25.

10, +Meurte+.--Myrte; ce nom de meurte lui était assez général dans le midi de la France.

12, +Flambeau+.--Lors de la première guerre punique, après la bataille de Mylos (=260=), la première victoire navale qu’ils aient remportée, les Romains décernèrent au consul Duilius, avec les honneurs du triomphe, le privilège de se faire accompagner, le soir, à la lueur de flambeaux et au son des flûtes; de plus, une colonne rostrale fut élevée sur le forum, colonne qui existe encore, restaurée à la vérité, et sert actuellement de support à un réverbère!

13, +Titres+.--Après la Révolution de 1793, Napoléon rétablit la noblesse en France. Déjà en 1804, Masséna, entre autres, avait été fait duc de Rivoli; mais de 1806 date réellement la constitution de la noblesse impériale qui, dès le début, outre les royautés des Espagnes, de Hollande, de Naples et de Sicile, la vice-royauté d’Italie, comprit les duchés de Dalmatie, d’Istrie, du Frioul, de Cadore, de Bellune, de Conégliano, de Trévise, de Feltre, de Bassano, de Vicence, de Padoue et de Rovigo; auxquels vinrent s’ajouter plus tard et successivement ceux de Bénévent, Gaète, Otrante, Ponte-Corvo, Reggia, Trente, Massa, Carrare, Parme, Plaisance, Clèves et Berg, d’Auerstadt, d’Elchingen, les principautés de Guastalla, de Neufchatel, de Wagram, d’Essling, etc. Les Ministres, Sénateurs, Conseillers d’État, etc., devinrent comtes; les Présidents des diverses cours, les évêques, les maires des 52 villes les plus importantes de l’empire devinrent barons; réserve était faite pour les généraux, préfets, officiers civils et militaires des titres qui pouvaient être conférés à chacun.--De nombreuses dotations furent jointes à certains de ces titres, elles arrivèrent à dépasser 30.000.000 fr. de revenus, dont partie constituaient des majorats, c’est-à-dire étaient attribués à titre perpétuel et inaliénable à l’aîné des fils. Ces majorats pouvaient être également constitués, avec ou sans le concours de l’État, par le dignitaire lui-même: les grands dignitaires de l’empire, en affectant 200.000 fr. de revenus à ces majorats, conféraient à leur fils le droit de porter le titre de duc, dès le vivant du père; les comtes ayant 30.000 fr. de revenus, les barons en ayant 15.000 et en constituant un tiers en majorat, dotaient l’aîné de leurs enfants du titre immédiatement inférieur au leur et les autres étaient chevaliers; de ce fait, le budget est aujourd’hui encore grevé de plus d’un million.--En tout, Napoléon Ier a fait 9 princes, 32 ducs, 388 comtes et 1.000 barons.

Trois générations successives dans la Légion d’honneur transmettaient la noblesse à toute la descendance; cette disposition, tombée d’elle-même, n’a pas été abrogée.

Enfin en 1811, on procéda à la régularisation des anciens titres féodaux, qui avaient été supprimés par décret du 17 juin 1790 de l’Assemblée constituante.

En principe, l’institution des titres de noblesse se justifie parfaitement; mais la prodigalité les discrédite et leur perpétuité, qui contribue à les multiplier outre mesure, les fait tomber dans la banalité et leur enlève tout stimulant. Leur transmission semblerait devoir être limitée à une, deux, trois ou quatre générations au plus, chacune ne conservant que le titre immédiatement inférieur à celui de la génération précédente, si par elle-même elle n’en a acquis un plus élevé. C’est le système inverse qui est appliqué, aggravé encore par les substitutions, abus que rien ne justifie, qui font que sur les 50.000 nobles qu’on peut compter en France, un millier à peine peut se prévaloir de titres qui soient indéniables.

Quant à la particule de, dite nobiliaire et regardée communément comme attestant une noble origine, elle n’a jamais eu, par elle-même, ce caractère et n’est pas un critérium infaillible de noblesse.

Abolis à nouveau par la République de 1848, les titres de noblesse ont été une seconde fois rétablis en 1852 par le prince Louis Napoléon.

13, +Armoiries+.--La maison d’Estaing, par exemple, portait des fleurs de lys dans ses armoiries, parce qu’à la bataille de Bouvines (1214), l’un des siens avait sauvé la vie au roi Philippe-Auguste.

=12=,

3, +Sainct Michel+.--L’ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI en 1469. Cet ordre, primitivement destiné à la haute noblesse, finit par être accordé aux gens de robe, de finance, etc.; supprimé à la Révolution, rétabli à la Restauration, il a été définitivement aboli en 1830.

10, +Plustost... vtile+.--Var. de 80: qu’à nulle autre.

12, +D’occasions+.--Add. des éd. ant.: c’est vne monnoye à toute espece de marchandises.

16, +Trahison+.--Add. des éd. ant.: et autres que nous employons à nostre vsage, par l’entremise d’autruy.

28, +Fidelité+.--L’éd. de 80 port.: frugalité.

32, +D’honneur+.--Ces récompenses honorifiques.

34, +Largesse+.--Les décorations sont en effet un moyen précieux de reconnaître le mérite et les services rendus; mais l’abus le déconsidère; et ce que constate ici Montaigne pour l’ordre de S.-Michel est presque chose faite pour notre ordre de la Légion d’honneur qui pendant près de trois quarts de siècle a été à si juste titre en si haute estime; si bien qu’aujourd’hui, nombre de ceux qui croient l’avoir mérité, dédaignent de le porter, tant il a été prodigué; au commencement de 1907, en effet, on ne comptait pas moins, en France, de 52.000 membres de la Légion d’honneur et 220.000 décorés ou médaillés de tous ordres nationaux; jamais il n’avait été fait pareille débauche de décorations que depuis que nous sommes en République, gouvernement qui par sa nature même devrait en être plus sobre que tout autre.--Outre l’abus qu’on fait de cette décoration, on en crée journellement de toutes sortes; croix et médailles pullulent, sans compter les décorations étrangères pareillement distribuées avec non moins de profusion et sans plus de raison; aussi les unes comme les autres ont-elles perdu tout prestige, et de prime abord et jusqu’à plus ample informé, elles témoignent plutôt de l’intrigue que du mérite.--Depuis trente ans, certains de nos gouvernants, inespérément arrivés au pouvoir dont ils ne savent que mésuser, ne voient là qu’une ressource facile et commode de donner satisfaction, sans qu’il leur en coûte rien, à ceux qui les y ont portés et à l’entourage qui les flatte et souvent gouverne en leur nom; d’autres entraînés par les théories socialistes, dont ils sont les apôtres généralement plus intéressés que convaincus, y ajoutent l’arrière-pensée d’arriver à tuer par le discrédit une institution qu’ils exècrent, parce qu’elle leur vient d’une autre époque et qu’elle porte atteinte à l’égalité qu’ils poursuivent, en ramenant le plus possible, ici comme en tant d’autres choses, tout ce qui a tendance à s’élever à leur niveau moral, au niveau inférieur.

35, +Nostre+.--Montaigne dit «nostre», parce que lui-même était chevalier de S.-Michel; l’ordre du S.-Esprit, créé vers cette époque, l’était quand il écrivait ce chapitre, puisqu’il en parle un peu plus loin, seulement il ne l’avait pas.

=14=,

10, +Parle+.--La vaillance militaire.

14, +Militaire+.--C’était l’idée de l’amiral de Coligny; il voulait réunir tous les Français dans une guerre visant la conquête des Pays-Bas espagnols; Charles IX semblait goûter ce plan, avant de s’engager dans la S.-Barthélemy, et ce fut le motif par lequel, à la cour, on retint, à ce moment-là, Coligny qui se méfiait. Il se peut que Montaigne ait écrit ce passage sous une réminiscence de ce fait.

=16=,

2, +Derniere+.--L’ordre du S.-Esprit, institué par Henri III en 1578.--Pour y être admis, il fallait être catholique et avoir déjà reçu l’ordre de S.-Michel. Il est passé par les mêmes vicissitudes que ce dernier (V. N. =II=, 12: Sainct Michel).--Ces ordres et celui de S.-Louis, créé plus tard, disparus à la Révolution, ont fait place quelques années après à celui de la Légion d’honneur, qui seul subsiste aujourd’hui. Institué par décret des Consuls du 19 mai 1802, il fut inauguré le 14 juillet 1804. Le Chef de l’État en est le Grand-Maître; l’administration en est confiée à un Grand-Chancelier qui travaille directement avec lui; cet ordre est destiné à récompenser les services civils et militaires, il se compose de 80 grands-croix, 200 grands-officiers, 1.000 commandeurs, 4.000 officiers et un nombre illimité de chevaliers (V. N. =II=, 10: Titres).--En dehors de cet ordre, et de catégorie tout autre, nous avons encore nombre de récompenses honorifiques, dont la médaille militaire et la médaille d’honneur ou de sauvetage, dont le prestige à bien juste titre est intact, parce que généralement elles sont méritées; les Palmes académiques, le mérite agricole qui se distribuent par brassées, les médailles commémoratives et d’autres de toutes natures, sans compter les Ordres coloniaux, auxquels il faut ajouter les Ordres étrangers, qui pullulent également, au point qu’aujourd’hui en France est décoré qui veut, et que seuls se remarquent ceux qui ne le sont pas.

11, +Propos+.--Les éd. ant. aj.: et nous estant si familier par l’air François qu’on lui a donné si perfect et si plaisant.

19, +Force+.--Virtus, en latin, signifie force, courage; de là est venu le mot français vertu, ces qualités constituant, chez les anciens, la vertu par excellence. «La force, dit J.-J. ROUSSEAU, Émile, V, est la base de toute vertu; la vertu n’appartient qu’à un être faible par sa nature et fort par sa volonté» (V. N. =II=, 86: Vertueux).

20, +Militaire+.--Cela était encore vrai du temps de Montaigne, mais a cessé d’être. Quand, à la Révolution, Napoléon rétablit les titres nobiliaires, par une pensée bien digne de son génie, il s’en servit pour récompenser tous les genres de mérites et de services, aussi bien ceux rendus dans la vie militaire que dans les charges civiles; dans les lettres, les arts, les sciences, le commerce, l’industrie, l’agriculture qu’à la guerre, et son exemple a été suivi depuis.

CHAPITRE VIII.

=18=,

+Enfants+.--Ce chapitre est un des plus beaux des Essais, on y trouve partout du bon sens, de la raison, un jugement exquis. Montaigne y parle en philosophe qui a beaucoup observé, et ses idées sages et réfléchies sur ce sujet de première importance sont exposées d’une manière simple et naturelle dans l’ordre où elles se sont offertes à son esprit. NAIGEON.

1, +D’Estissac+.--Louise de la Béraudière, veuve du baron d’Estissac, devint la maîtresse d’Antoine de Navarre (le père de Henri IV), et épousa, en secondes noces, de Combaut, premier maître d’hôtel du roi. Sa fille, mariée à un de la Rochefoucauld, a apporté à une branche cadette de cette famille le nom d’Estissac qu’elle porte encore.

12, +Extrauaguant+.--C’était l’avis de Pascal (V. N. =I=, 678: Vicieux), auquel Voltaire répondait: «Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il a fait; car il peint la nature humaine. Si Nicole, Malebranche avaient toujours parlé d’eux-mêmes, ils n’auraient pas réussi. Mais un gentilhomme campagnard du temps de Henri III, qui est savant dans un siècle d’ignorance, philosophe parmi les fanatiques et qui peint, sous son nom, nos faiblesses et nos folies, est un homme qui sera toujours aimé.»

17, +L’honneur+.--Et reuerence singuliere (add. des éd. ant.).

=20=,

3, +Fils+.--Fut un des compagnons de Montaigne, quand celui-ci fit son voyage en Italie en 1580-81; tué en duel en 1586.

6, +Puerilité+.--Jeunesse, ou mieux enfance, comme portent les éditions antérieures et l’exemplaire de Bordeaux; vient du latin puerilitas, qui a cette même signification.

24, +Grande+.

«L’affection, comme les fleuves, Descend et ne remonte pas.» NADAUD.

24, +Aristotelique+.--ARISTOTE, Morale à Nicomède, IX, 7.

28, +Estre+.--D’autant que nous regardons l’être, l’existence, comme une chose précieuse.

=22=,

8, +Moy+.--Je préférais les voir mis en nourrice (V. N. =I=, 462: Nourrice).

17, +Nostre... hommes+.--Var. des éd. ant.: le plaisir que nous en receuions, non pour eux-mesmes.

22, +Mesme+.--Au moment, sur le point de le quitter.

32, +Effect+.--En Guyenne, la législation sur la puissance paternelle, conforme au droit romain, admettait que ce que le fils mineur et non marié acquérait, appartenait au père; dans certaines régions, quel que fût son âge, fût-il marié et père de famille lui-même, il demeurait sous l’autorité paternelle tant qu’il n’était pas émancipé et que, du consentement du père, la vie commune n’avait pas été interrompue pendant dix ans.

=24=,

21, +Moins+.--Les Gascons paraissent avoir eu à cette époque assez mauvaise réputation; ce passage de Montaigne implique en eux une certaine tendance à s’approprier le bien d’autrui; ce que confirme Rabelais, III, 42, en y ajoutant encore: «Le Gascon semble vouloir se battre avec tout le monde; il est enclin à dérober; bonnes femmes, prenez garde à votre ménage.»

23, +En+.--Var. de 80: de Gascogne.

27, +Contrées+.--Add. de 80: de la France.

37, +Aristote+.--Morale à Nicomède, IV, 3.

=26=,

16, +Coups+.--A deux reprises différentes.

18, +Nourrisse+.--Pendant l’allaitement (V. N. =I=, 462: Nourrice).

19, +Infortune+.--Léonor de Montaigne, dont il est encore parlé au ch. V du liv. III (=III=, 208), née en 1571, morte en 1616, épousa en premières noces, en 1590, un seigneur de la Tour, mort en 1594; elle en eut une fille, dont la postérité s’éteignit à la première génération. Remariée en 1608 à un vicomte de Gamaches, de cette deuxième union naquit une deuxième fille, dont la descendance est représentée aujourd’hui par les familles de Puysegur, de Segur et Pontac.

38, +Questuaire+.--C.-à-d. dans les autres états où l’on est obligé de travailler, de rechercher le gain pour vivre; du latin quæstuarius, mercenaire.

41, +Ans+.--«Le vingt-trois septembre 1565, i’espousai Françoise de la Chassaigne», a inscrit Montaigne dans ses éphémérides.

42, +Aristote+.--Politiq., VII, 16; porte trente-sept, et non trente-cinq.

42, +Trente+.--République, VI; de trente à trente-cinq, y est-il dit.--«Conduis ta femme à ta maison en temps opportun, quand tu auras ni beaucoup moins ni beaucoup plus de trente ans; c’est l’âge convenable pour te marier.» HÉSIODE.

=28=,

2, +Engeance+.--Leur lignée, leur progéniture; ce mot ne s’emploie plus guère qu’en mauvaise part:

«Quand de ces médisants l’engeance tout entière Irait, la tête en bas, rimer dans la rivière.» BOILEAU.

5, +Temps+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 26.

6, +Gaulois+.--Ce que Montaigne attribue ici aux Gaulois, probablement d’après CÉSAR, celui-ci le dit, non des habitants de la Gaule, mais de ceux de la Germanie, De Bello Gall., VI, 21.

18, +D’enfants+.--Mahomet, le père de ce roi de Tunis dont il a déjà été question au ch. LV du liv. I (V. N. =I=, 576: Thunes), avait eu, de différentes femmes, trente-quatre enfants.--J’ai connu, en 1860, un cheikh du Ferdjoua (Province de Constantine, Algérie), Bou Akkas, le dernier chef arabe ayant conservé son indépendance, laquelle a pris fin à cette époque, qui, alors âgé de près de quatre-vingts ans, passait pour en avoir eu soixante-douze dans les mêmes conditions.

19, +D’autres+.--PLATON, Lois, XI.--Jecus, Astylus, etc., étaient des athlètes.

20, +Olympiques+.--Jeux qui se donnaient durant les fêtes célébrées dans l’ancienne Grèce, à Olympie, en l’honneur de Jupiter Olympien. L’origine de ces fêtes se perd dans les temps fabuleux; elles revenaient tous les quatre ans, avaient lieu au solstice d’été et duraient cinq jours; elles servirent pendant des siècles, pour la supputation du temps. De =776= à =292=, les Grecs ne comptèrent que par olympiades.

21, +Palæstrine+.--Lieu public chez les Grecs et les Latins, où on se formait aux exercices du corps; se disait également des luttes qui constituaient le principal de ces exercices.

37, +Pompes+.--Les éd. ant. à 88 aj.: et de ses riches atours.

=30=,

7, +Acquise+.--Charles-Quint, empereur d’Allemagne et roi d’Espagne, abdiqua la couronne d’Espagne en 1555 (il avait alors 55 ans), en faveur de son fils Philippe II; et, l’année suivante, il céda l’empire à son frère Ferdinand, se retirant au monastère de S.-Just en Estramadure (Espagne), où il demeura jusqu’à sa mort (1558); on dit qu’il regretta vivement le pouvoir dont il s’était démis.

9, +Ducat+.--Boileau a traduit, ainsi qu’il suit, ces deux vers d’Horace:

«Malheureux, laisse en paix ton cheval vieillissant, De peur que tout à coup, efflanqué, hors d’haleine, Il ne laisse, en tombant, son maître sur l’arène.»

14, +Monde+.--«Les vieillards ne se croient jamais vieux; ils parlent de leur passé, parce que la faiblesse se plaît à revivre le temps de la force, et la souffrance dans le temps des plaisirs; de leur expérience, qui est la chose du monde à laquelle on croit le moins. Ils exigent des respects qui sont des aumônes; tenus dans une dépendance universelle, ils n’obtiennent qu’une compassion sèche. Un homme qui a vécu, c’est-à-dire observé, réfléchi, trouve dans le mépris de toutes choses la seule consolation du vieil âge.» LAMENNAIS.

28, +Accoustumé+.--Les éd. ant. aj.: de produire librement ce qui me vient à la bouche.

=32=,

17, +Commodité+.--Cette cohabitation des parents avec les enfants à même de vivre de leur vie propre et ainsi tenus en tutelle, aboutit rarement au résultat qu’on avait espéré. Montaigne n’en a pas fait l’expérience; il n’a pas vécu jusqu’à un âge où une vie aussi calme que possible devient un impérieux besoin, ce que, malgré les apparences, les conditions qu’il préconise réalisent rarement. Chacun chez soi, ou à sa chacunière, suivant sa propre expression, est, à cet égard, ce que l’on peut faire de mieux.

21, +Reume+.--On comprenait alors sous ce nom de rhume: les catarrhes, la goutte et plusieurs autres maladies. PAYEN.

37, +Authorité+.--Comme si la nature n’avait pas assez bien pourvu à notre autorité.

38, +Famille+.--Henri IV introduisit pareillement cette réforme dans sa famille, «car il ne voulait pas, dit PÉRÉFIXE, que ses enfants l’appellassent monsieur, nom qui semble rendre les enfants estrangers à leur pere et qui marque la servitude et la sujetion; mais qu’ils l’appellassent papa, nom de tendresse et d’amour» (Hist. de Henry le Grand).

=34=,

6, +Cheneuiere+.--Mannequins ou drapeaux servant à mettre en fuite les oiseaux qui viennent manger les graines en terre, dans les champs où croît le chanvre, ou tous autres ensemencés.

22, +Addonne+.--S’attache à lui.

=36=,

12, +Desseignée+.--Faite à dessein, préparée d’avance.

14, +Œconomies+.--Soins de ménage, administration de maison; c’est dans ce même sens qu’on dit: l’Économique d’Aristote, de Xénophon.

14, +Effect+.--C.-à-d. j’ai vu assez de ménages où les choses, pendant un temps souvent long et d’une façon continue, se passaient exactement ainsi.

16, +Maris+.--Montaigne veut dire: «Les femmes ont toujours du penchant à contrarier la volonté des maris» et sa phrase est passée à l’état de dicton.

«Ci-gît ma femme... Oh! quel bien Pour son repos et pour le mien!»

«Qui femme a, noise a.» Proverbe.

«A qui Dieu veut aider, sa femme lui meurt.» Proverbe.

«Gai, gai, de profundis! Ma femme A rendu l’âme. Qu’elle aille en Paradis. Dieu, faut-il lui survivre? Me faut-il la pleurer? Non, non, je veux la suivre... Pour la voir enterrer.» Béranger.

16, +Couuertures+.--Prétextes, moyens détournés.

32, +D’ennemis+.--SÉNÈQUE, Epist. 47; MACROBE, Saturnales, I, 11, etc.

=38=,

21, +De Montluc+.--L’auteur des Commentaires.--Son fils Bertrand, dit le capitaine Peyrot, se rendait en Afrique avec trois vaisseaux qu’il avait équipés, pour y tenter aventure et s’y créer un établissement. Une tempête le porta sur l’île de Madère où, bien qu’on fût en paix avec les Portugais, ils firent feu sur lui; il descendit à terre, prit la place et se fût emparé de l’île, s’il n’eût été blessé à mort (1568).

=40=,

4, +Tyrannique+.--«Je ne puis lire qu’avec les larmes aux yeux (dans les Essais de Montaigne) ce que dit le maréchal de Montluc du regret qu’il a de ne s’être pas communiqué à son fils, et de lui avoir laissé ignorer la tendresse qu’il avait pour lui. Mon Dieu, que ce livre est plein de bon sens.» Mme DE SÉVIGNÉ, Lettre à sa fille.

7, +Science+.--Les éd. ant. à 88 port.: souuenance.

9, +Amy+.--Cette invocation s’adresse au souvenir de La Boétie.

12, +Obseques+.--De m’en remémorer à tout jamais, constamment, le souvenir.--«Il devrait y avoir dans le cœur des sources inépuisables de douleur pour certaines personnes.» LA BRUYÈRE.

18, +Cæsar+.--De Bello Gal., VI, 18.

30, +Escus+.--Il y avait le petit écu et l’écu de six livres. Quand la valeur n’était pas spécifiée, c’était toujours du petit écu qu’il était question; il valait trois livres, soit environ trois francs de notre monnaie.

36, +Dot+.--Sa femme, Françoise de Chassaigne, lui avait apporté 7.000 livres de dot, et renoncé à tous droits sur la succession de ses père et mère.

37, +Maisons+.--La maison est ce qui porte le nom.--La dot apportée par la femme demeurant sa propriété, ce pouvait être, dans l’idée, une cause de ruine, si elle était considérable, parce qu’elle était tenue en dehors des dépenses d’ordre général, qu’il fallait qu’elle se retrouvât intacte lors de la dissolution du mariage, pendant lequel la femme avait tendance à l’accroître au préjudice de la communauté et aussi à s’en prévaloir pour augmenter son luxe tout en en laissant la charge au mari.

=42=,

19, +Mere+.--Les livres saints (Proverbes, XXXI, 3) disent: «Ne donnez point votre bien aux femmes.»

=44=,

7, +Masculines+.--Attribution à des héritiers mâles, d’héritages qui devraient revenir à des femmes, afin d’empêcher que par elles ils ne passent dans des maisons étrangères.--A sa mort, Montaigne n’a pas été conséquent avec lui-même; cédant précisément à ces préoccupations masculines qu’il condamne quelques lignes plus bas, mû par le désir de perpétuer son nom, ce à quoi son livre a surabondamment pourvu, il a fait un testament par lequel il disposait de plus qu’il ne possédait et instituait le puîné de ses descendants héritier de sa terre et de son nom, ce qui a donné lieu à un procès qui ne s’est terminé que deux siècles après; le seigneur et le philosophe, en cette circonstance, se sont tenus nettement en contradiction. Le fait s’est produit dans les conditions ci-après: En 1590, lors du mariage de sa fille Eléonore avec François de la Tour, Montaigne attribua par contrat de mariage, avec substitution graduelle et perpétuelle au second des enfants mâles qui naîtraient de ce mariage, la terre de Montaigne, ses dépendances et une somme de 30.000 livres. François de la Tour mourut en 1594, laissant une fille, Françoise, qui, en 1600, n’ayant que six ans, fut fiancée à Honoré de Lur qui n’en avait que neuf; le contrat définitif de mariage fut passé en 1607. L’année suivante, Eléonore se remariait au vicomte de Gamaches, et dès ce moment la disposition insérée par son père dans son premier contrat devint un sujet de difficultés entre les deux branches. Françoise de la Tour était morte en 1613, laissant un fils, le vicomte d’Orellian, né l’année précédente; Eléonore, en 1616, lorsqu’elle mourut, le nomma à la substitution de la terre de Montaigne. De son second mariage, elle avait eu une seconde fille, Marie de Gamaches, qui épousa Louis de Lur, baron de Fargues, frère d’Honoré, le mari de sa sœur Françoise (V. N. =I=, 74: Salusse). Un accord survenu en 1627 entre les deux frères régla à l’amiable le différend pendant par suite de la substitution; mais la mort du vicomte d’Oreillan, tué en 1639, au siège de Salces, dans le Roussillon, rouvrit les revendications de la branche cadette et il en résulta une série de procès qui durèrent deux cents ans.

21, +Platon+.--Lois, XI.

29, +Delphique+.--«Γνωθὶ σεαυτόν (Connais-toi toi-même)», inscription qui était gravée au fronton du temple d’Apollon à Delphes. V. N. =I=, 28: Congnoy.

=46=,

12, +Loy+.--La loi salique, code civil et pénal des Francs Saliens. Un de ses articles fixe que les mâles seuls peuvent succéder au fief donné au guerrier en vue du service militaire; appliquée jusqu’alors uniquement aux propriétés particulières, elle le fut, pour la première fois, à la couronne de France, en 1316, à la mort de Louis le Hutin.

26, +Petits+.--Add. des éd. ant.: ny goust de parenté.

31, +Charge+.--Ce qui n’empêche que les siens, «il ne les souffrait pas volontiers nourris près de lui» (=II=, 22), «et qu’il en a mis deux ou trois en nourrice» (=I=, 462 et N. Nourrice).--Ce qui convient sur ce point, en ces temps-ci où les santés et les constitutions sont si délabrées par l’hérédité de parents déjà malingres ou avariés dans le sens général du mot comme dans celui plus spécial dans lequel on l’emploie aujourd’hui, par la vie à outrance que chacun mène soit pour ses plaisirs, soit par nécessité de situation et les habitudes nouvelles, et aussi par la sophistication la plus étendue et la plus éhontée de toutes les denrées alimentaires, semble être que l’enfant est à mettre en nourrice si la mère est vraiment hors d’état de l’allaiter dans de bonnes conditions et qu’elle est coupable lorsqu’elle s’affranchit de le nourrir elle-même, étant à même de le faire.

36, +Nostres+.--Il en est malheureusement encore ainsi; pourtant la législation est récemment intervenue pour, dans une certaine mesure, prévenir les abus: elle interdit notamment de priver tout enfant de moins de trois mois, du lait de sa mère pour le donner à un nourrisson. Dans sa comédie des «Remplaçantes», M. Brieux combat ces mêmes errements si contraires aux lois de l’humanité; mais plus nous allons, moins on a de propension à faire passer avant toute autre considération l’intérêt de l’enfant, d’après lequel toute femme qui peut nourrir son enfant et ne le fait pas commet un crime, et que celle qui, ne le pouvant pas, s’y obstine pouvant faire autrement, tout en étant excusable, parce qu’elle obéit à un sentiment naturel, n’en commet pas moins une faute grave.

=48=,

17, +Indifferemment+.--Si dans certaines contrées les femmes étaient en commun, il en était d’autres où les mariages se faisaient à la criée, conte également HÉRODOTE. En Babylonie, une fois l’an, dans chaque bourgade, les filles nubiles étaient réunies et divisées en deux catégories: les belles, et celles qui ne l’étaient pas, étaient estropiées, etc. On commençait par les premières et dans celles-ci par la plus belle, chacune était successivement attribuée au plus offrant; on passait ensuite aux autres en procédant par la moins avenante. Le prix d’adjudication des premières était payé par les acheteurs, et pour les secondes remis aux acquéreurs, l’argent versé pour les belles servant de la sorte à constituer des dots aux laides.

19, +Pas+.--HÉRODOTE, IV, 180, dit que l’on regarde alors comme le père de chaque enfant celui auquel il ressemble le plus.

21, +Autres nous mesmes+.--Les éd. ant. port.: chair de nostre chair et os de nos os.

32, +Platon+.--Dans Phèdre.

=50=,

2, +Fille+.--NICÉPHORE, XII, 34.--Ses histoires éthiopiques qui comprennent entre autres l’histoire amoureuse de Théagène et Charyclée, qu’appréciait tellement Racine que, dit-on, il la savait par cœur. Le fait raconté par Montaigne est contredit par BAYLE, Héliodore.

20, +Estudes+.--Ce genre de peine, qui ne s’applique plus aujourd’hui, s’est longtemps maintenu de pratique courante; et, jusqu’à la Révolution, on condamnait au feu et on brûlait un peu partout, en France, en Angleterre, aussi bien qu’à Rome, les livres frappés d’interdit et notamment ceux entachés d’hérésie.--En 1735, Voltaire eut ses Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises, brûlées à Paris par la main du bourreau; et en 1760, il en fut de même, à Genève, de l’Émile de J.-J. Rousseau.

28, +Ensemble+.--SÉNÈQUE LE RHÉTEUR, Controverses, V.--Ce Labienus n’est pas le fils, mais le petit-fils du lieutenant de César, qui, devenu son adversaire, périt à la bataille de Munda (=45=). Quintus son fils alla, après la mort de César, chez les Parthes pour les décider en faveur de Brutus, et fut vaincu, pris et mis à mort par Ventidius, lieutenant d’Antoine.

37, +Manger+.--TACITE, Ann., IV, 34.--En 20; c’était la première fois qu’une accusation de ce genre était portée; elle le fut à l’instigation de Séjan: l’auteur se défendit avec énergie en présence même de Tibère. L’ouvrage condamné échappa nonobstant à la destruction; on le cacha et plus tard il reparut.

=52=,

4, +Bouche+.--TACITE, Ann., XV, 70. En 65; Lucain avait participé à la conjuration de Pison contre Néron, par ressentiment de ce que ce dernier, par jalousie littéraire, cherchait à étouffer la gloire de ses vers et lui avait défendu de les montrer. Tandis que, les veines ouvertes, son sang s’échappait et qu’il allait s’affaiblissant, il se rappela un passage où il avait décrit chez un soldat blessé une mort analogue et s’éteignit en les récitant. V. =II=, 66 et N. Lucain.

10, +Epicurus+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 22; CICÉRON, De Finibus, II, 30.

22, +Enfans+.--Saint Augustin, d’après ses Confessions, aurait eu des enfants, avant sa conversion; mais cette appréciation de Montaigne, qui est de celles qu’on lui a reprochées, ne saurait être incriminée que par des critiques par trop superficiels, ce n’est chez lui qu’une manière de dire.

33, +Rome+.--Les éd. ant. port.: France.

34, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IX, 7.

38, +Lacedemoniens+.--DIODORE DE SICILE, XV, 87.--Épaminondas blessé mortellement à la bataille de Mantinée (=363=), ses amis l’entouraient et l’un d’eux s’écria en pleurant: «Ah! Épaminondas! faut-il que tu meures sans enfants!»--«De par Jupiter, répondit celui-ci, cela n’est pas; je laisse deux filles, la victoire de Leuctres et celle de Mantinée.»--D’après CORNÉLIUS NÉPOS, Épaminondas, 10, ce grand capitaine n’aurait parlé que d’une fille, la bataille de Leuctres, ignorant peut-être à ce moment que son nouveau succès qui lui coûtait la vie fût aussi complet (V. N. =I=, 314: Reng; N. =III=, 18: Epaminondas).

39, +D’eschanger... gorgiasses+.--Var. des éd. ant.: à eschanger celles-là aux mieux nées et mieux coiffées.

=54=,

1, +Estre+.--Tous deux en eurent: Alexandre en eut un, Hercule, de Barsine, fille d’Artabase, du sang des rois d’Arménie, ce fils atteignit l’âge de dix-sept ans; et un autre posthume, Alexandre, de Roxane, fille d’un satrape de Perse. Cassandre, fils d’Antipater, les fit mourir tous deux avec leurs mères (V. N. =III=, 14: Possession). L’histoire conserve encore le souvenir d’un troisième, né de Cléophis, reine d’un royaume des Indes, qui reçut son nom et régna sur les états de sa mère.--De César, on connaît Césarion, qu’il eut de Cléopâtre (V. N. =II=, 634: Cæsarion); on lui attribuait aussi la paternité de Brutus, l’un de ses assassins, fils de Servilia, sœur de Caton d’Utique.

1, +Phidias+.--Ses œuvres les plus célèbres sont: le Jupiter Olympien, les sculptures du Parthénon, dont il fut l’architecte, et la statue de Minerve, qui en surmontait le fronton.

6, +Filles+.--Attila avait un grand nombre de femmes parmi lesquelles se trouvait une de ses filles, nommée Esca; ces alliances incestueuses n’étaient pas réprouvées par les Huns.--Dans des conditions particulières, l’histoire des filles de Loth nous présente quelque chose d’analogue (GENÈSE, XIX).

6, +Fils+.--Cette assertion de Montaigne évoque le souvenir de la réplique de Marie-Antoinette accusée, devant le Tribunal révolutionnaire, d’avoir corrompu son fils, dans la tour du Temple: «La nature se refuse à pareille question faite à une mère; j’en appelle à toutes celles qui sont ici» (1793).--Et cependant on a accusé Agrippine d’avoir cherché à retenir, par ce moyen, son influence sur son fils qu’elle sentait lui échapper; mais ce fils était Néron, et l’une comme l’autre étaient des prodiges de vice.

8, +Pygmalion+.--Devint amoureux de la statue de Galathée qui était son propre ouvrage, obtint de Vénus que ce marbre s’animât et l’épousa. Myth.--Cette fable est le sujet d’un charmant opéra-comique de Massé, paru en 1852.

CHAPITRE IX.

20, +Salade+.--Casque léger sans cimier, ou armet, à l’usage des hommes à cheval du XVe au XVIIe siècle, qui venait des Italiens qui l’appelaient celata, dont par corruption on a fait salade.

24, +Esloigner+.--S’éloigner de; cette même construction se rencontre en CORNEILLE dans sa tragédie de Pompée:

«... Ses vaisseaux en bon ordre, Ont éloigné la ville...»

29, +Cortex+.--Il s’en fabrique aujourd’hui pour les colonies, confirmant le proverbe que rien n’est nouveau sous le soleil; il est vrai que ce n’est pas comme défense contre le plomb ou le fer, mais contre les rayons solaires.

=56=,

8, +Tacitus+.--Annales, III, 43.

11, +Lucullus+.--PLUTARQUE, Lucullus, 13.

12, +Garentir+.--On l’a essayé; les cuirasses des navires, les tourelles et coupoles cuirassées en acier chromé qui protègent les pièces d’artillerie, les bétonnages épais qui revêtent les parapets ou recouvrent les abris, réalisent dans une certaine mesure cette garantie contre le canon; on a été moins heureux pour les abris mobiles offrant dans la guerre de campagne une protection tant soit peu efficace, où les tranchées-abris et les boucliers métalliques des pièces d’artillerie d’usage récent donnent seuls des résultats appréciables.

19, +Elephans+.--Les éléphants jouèrent un grand rôle dans les guerres d’Alexandre et de ses successeurs, dans celles de Pyrrhus en Italie, durant les guerres puniques du côté des Carthaginois. On leur protégeait la tête et le poitrail, on garnissait leurs défenses de pointes d’acier et on les surmontait de tours portant généralement de six à huit hommes; la Bible parle de 32, cela semble exagéré.--Actuellement, on les emploie encore aux armées, dans les pays où on peut s’en procurer aisément, dans les Indes, aux transports, voire même à celui de pièces d’artillerie légères.--En certaines autres contrées, notamment en Afrique, dans le Sahara, entre l’Algérie et Tombouctou, on utilise de même, pour les expéditions qui s’y font, le méhari, dromadaire de selle, qui peut soutenir, pendant une quinzaine de jours, des marches quotidiennes de 70 kilomètres et franchir en cas de besoin 120 kilomètres en douze heures; le méhari est la monture habituelle des Touareg, seuls habitants de cette région. Déjà, en 1798, lors de la campagne d’Égypte, avait été constitué un régiment de dromadaires pour pouvoir excursionner dans le désert et y atteindre l’ennemi en fuite.

21, +Chausse-trapes+.--Clou de 12 à 15 centimètres de long, formé de quatre pointes dont une se trouve toujours en l’air.--En Espagne, en =124=. VALÈRE MAXIME, III, 7, 2, dont le fait est tiré, ne le présente que comme une idée proposée à Scipion qui la repoussa; aujourd’hui on n’en agirait pas de même; on estime avec raison que tout, en dehors de ce qui est déloyal, est licite à la guerre, qui de fait n’est soumise qu’à la loi du plus fort et à celle, fort élastique et peu précise, de la conscience des belligérants.

28, +Gauche+.--PLUTARQUE, Apophth. de Scipion le Jeune, 18.--Allusion à ce que le bouclier, arme défensive, se portait au bras gauche, et que les armes offensives, armes de main et armes de jet, se maniaient avec la main droite et qu’à la guerre attaquer vaut mieux que se défendre.

36, +Caracalla+.--XIPHILIN, Caracalla.

38, +Morion+.--Casque à l’usage des hommes à pied, assez semblable à celui du nom de «salade», affecté aux gens à cheval (V. N. =II=, 54: Salade).

38, +Escu+.--Bouclier; vient du latin scutum, provenant lui-même du grec scutos (cuir), parce qu’anciennement les boucliers étaient en cuir.

=58=,

2, +Paux+.--Pieux, palissades; pluriel de pal, du latin palus qui a cette signification.

3, +Poix+.--Dans nos dernières guerres, le chargement du fantassin s’élevait à une vingtaine de kilos, soit un tiers de moins que celui du soldat romain. Malgré cette énorme différence, ce poids est devenu écrasant pour notre époque où tout ce qui est à peu près valide est appelé sous les drapeaux, et n’a pas la force des soldats de métier des temps passés; aussi s’évertue-t-on à réduire ce chargement à l’indispensable, ce qui permettra de le ramener à douze ou treize kilos. Mais, au lieu de supprimer l’excédent, on en surcharge les trains régimentaires, perdant de vue que fréquemment, avec nos armées à gros effectifs, ils ne rejoindront pas et qu’en outre, il est bien inutile de les encombrer d’effets de remplacement, alors qu’on peut si facilement en assurer le renouvellement par les services de l’arrière au fur et à mesure des besoins.

5, +Haste+.--PLUTARQUE, Marius, 4.--Ses exigences envers ses soldats leur avaient fait donner le sobriquet de «mulets de Marius»; toutefois on assigne encore une autre origine à cette appellation: Au siège de Numance, Scipion examinait les chevaux et mulets de ses troupes, pour vérifier en quel état ils se trouvaient; Marius amena les siens qu’il soignait lui-même et les présenta en si bon état qu’il passa dès lors en proverbe, pour louer avec raillerie un homme laborieux, assidu et patient, et en particulier un soldat présentant ces qualités, de dire que c’était un mulet de Marius.

9, +Cuit+.--PLUTARQUE, Apophth. du second Scipion.--En =133=. Scipion, nommé consul pour la seconde fois, vint prendre en Espagne le commandement de l’armée qui, devant Numance, était depuis dix ans tenue en échec. Il y trouva un grand désordre. Il chassa du camp deux mille femmes de mauvaise vie, les aruspices, les devins qui la transformaient en un lieu de débauche et un champ de foire; en bannit le luxe; ordonna que l’on dînât debout, sans manger de viande chaude; au souper, on pouvait s’asseoir, mais on devait se borner à de la soupe et un plat de viande; lui-même s’était mis à ce régime et, vêtu d’un manteau noir, disait qu’il portait le deuil de son armée. A ses soldats, il fit élever des murailles, creuser des fossés qu’il renversait et comblait ensuite: «Qu’ils se couvrent de boue, disait-il, puisqu’ils ne veulent pas se couvrir de sang.» Il temporisa pour attaquer à nouveau l’ennemi, jusqu’à ce qu’il se crût en mesure de l’emporter, et finit par les réduire à s’entr’égorger. Après la prise de la ville, les vieillards reprochaient à leurs défenseurs de s’être laissé battre par des gens qu’ils avaient battus tant de fois; un d’eux leur répondit: «Les moutons sont bien les mêmes, mais le berger a été changé.»

14, +Marcellinus+.--AMMIEN MARCELLIN, XXIV, 7.--Fit longtemps la guerre en Germanie, dans les Gaules, et accompagna l’empereur Julien dans son expédition contre les Perses (V. N. =II=, 532: Marcellinus).

17, +Romaine+.--Les éd. ant. aj.: Or, par ce qu’elle me semble bien fort approchante de la nostre, i’ay voulu retirer ce passage de son autheur, ayant pris autresfois la peine de dire bien amplement, ce que ie sçauois sur la comparaison de nos armes, aux armes Romaines: mais ce lopin de mes brouillars m’ayant esté desrobé auec plusieurs autres, par vn homme qui me seruoit, ie ne le priueray point du profit, qu’il en espere faire: aussi me seroit-il bien malaisé de remascher deux fois vne mesme viande.

21, +Lieu+.--AMMIEN MARCELLIN, XXV, 1.

38, +Bardes+.--Avec son armure et celle de son cheval.

41, +Soixante+.--PLUTARQUE, Démétrius, 6.--Montaigne fait quelque changement au récit de l’historien qui dit qu’Alcymus revêtait une armure de cent vingt livres, tandis que celles de Démétrius et de tous autres n’étaient que de soixante; et que le roi en fit faire deux pour Alcymus et pour lui-même, qui n’en pesaient que quarante, mais se distinguaient par la trempe du métal, si bien qu’à la distance de vingt-six pas, un trait lancé par une machine de l’époque n’y produisait qu’une empreinte très légère, à peine perceptible.

CHAPITRE X.

=60=,

+Liures+.--Dans ce chapitre, Montaigne passe en revue les principaux auteurs latins ou français dont il faisait sa lecture habituelle et qui ont fourni la majeure partie des faits ou des idées qui ont servi soit de point de départ, soit d’arguments à l’appui des réflexions qui composent les Essais.

4, +Acquises+.--«Comment Montaigne peut-il parler ainsi, après les lectures infinies dont son ouvrage même est la preuve? N’est-ce pas acquérir que de lire beaucoup, et surtout de réfléchir, comme lui, sur tout ce qu’on a lu?» SERVAN.

14, +Retention+.--Je suis homme qui ne retiens rien de ce que j’ai appris.

15, +Iusques... i’en ay+.--Les éd. ant. port.: ce que ie pense: Excutienda damus præcordia (donnant nos pensées pour ce qu’elles valent), citation qui n’est donnée que par l’éd. de 88, et qui est rayée en cette place sur l’ex. de Bordeaux et reportée sur cet exemplaire et la présente édition liv. III, ch. IX, =III=, 444: et iusques à quel poinct monte, pour cette heure, la connoissance que i’ay de ce dequoy ie traitte.

16, +S’attende+.--Ne s’arrête pas.

16, +Matieres... i’y donne+.--Var. des éd. ant.: choses de quoy ie parle, mais à ma façon d’en parler et à la creance que i’en ay.

17, +Qu’on voye... sçauroient payer+.--Var. des éd. ant.: Ce que ie desrobe d’autruy, ce n’est pas pour le faire mien; ie ne pretends icy nulle part que celle de raisonner et de iuger: le demeurant n’est pas de mon rolle. Ie n’y demande rien sinon qu’on voie si i’ay sceu choisir ce qui ioignoit iustement à mon propos. Et ce, que ie cache parfois le nom de l’autheur à escient és choses que i’emprunte, c’est pour tenir en bride la legereté de ceux qui s’entremettent de iuger les choses par elles-mesmes, s’arrestent au nom de l’ouurier et à son credit.

26, +Solage+.--Terroir, terrain; du latin solum qui a cette même signification et dont nous avons fait sol.

28, +Escrits+.--Les éd. ant. aj.: et n’ayant pas le nez capable, de gouster les choses par elles-mesmes, s’arrestent au nom de l’ouurier et de son credit.

=62=,

1, +Vulgaire+.--Qui sont en langage vulgaire, ce qui met tout le monde à même d’en parler, et aussi donne à croire qu’il n’y a rien que de vulgaire dans le plan et les pensées.

3, +Veux+.--Les éd. ant. port.: Ie veux qu’ils s’eschaudent à condamner Ciceron et Aristote en moy, au lieu de: «Ie veux... moy».

«Le critique imprudent, qui se croit bien habile, Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile; Et ceci (tu peux voir si j’observe ma loi), Montaigne, il t’en souvient, l’avait dit avant moi.» ANDRÉ CHÉNIER.

5, +Musser+.--Cacher par de belles paroles: «Louis XI savait, par de belles paroles, donner la musse à ses ennemis.» PASQUIER.

5, +Credits+.--«Montaigne a commis plagiats sur plagiats; il s’en accuse en particulier envers Sénèque, Plutarque, déclarant que s’il ne signale pas les emprunts qu’il leur a faits, c’est qu’il est bien aise que ceux qui critiqueront les Essais, critiquent ces auteurs et autres dont il s’est inspiré, en croyant le critiquer lui-même; mais, au moins en ce qui touche Sénèque, il est plus facile que Montaigne ne le croit de reconnaître la phrase courte, figurée, sentencieuse, presque toujours antithétique de l’auteur latin, au travers de la riche abondance du style des Essais, étendue sans être lâche, détaillée sans être prolixe.» CH. NODIER.

Quant à Cicéron, vis-à-vis duquel il est très sévère et qu’il ne nomme pas parmi ceux auxquels il a fait des emprunts très considérables cependant, S. DE SACY écrivait en 1865: «Je viens de relire Cicéron et je sais Montaigne par cœur; j’affirme que les traités philosophiques du premier, dont celui-ci dit: «qui me peuvent servir chez lui, à mon desseing», notamment ceux de la Nature des dieux et de la Divinité, ont passé presque tout entiers dans les Essais; on peut même y joindre les Tusculanes et les Questions académiques. Non seulement Montaigne a pris le fond, il s’est aussi inspiré de la forme.»--Par contre, Charron, dans son traité de la Sagesse, a copié textuellement de Montaigne ses plus magnifiques passages et d’autres aussi que Montaigne a tirés de Sénèque ou de tel autre. La Mothe le Vayer, La Bruyère, S.-Evremond, Fontenelle, Bayle et Voltaire ne se sont pas montrés plus délicats; mais aucun d’eux cependant n’approche de Pascal dans l’audace du larcin. Parmi les Pensées de ce dernier il y en a qui lui appartiennent en propre, ce sont celles empreintes de mélancolie superstitieuse, morose, et comme illuminée, qui trahit l’état où le plongeait la maladie; mais ces élans d’une âme forte, ces traits grands et inattendus, dont on a dit qu’ils tenaient plus des dieux que de l’homme, c’est Timée de Locres, S. Augustin, Charron et spécialement Montaigne qui les ont fournis; et le ton tranchant et dédaigneux dont nonobstant il parle des Essais, comme si, non content de s’en être enrichi, il voulait les perdre de considération pour hériter seul de leur gloire, impressionne défavorablement. CH. NODIER.

9, +Nation+.--C.-à-d. d’où ils viennent.

21, +Bande+.--Sergent de bande ou de bataille; celui qui les jours de combat rangeait les troupes en bataille.

27, +Temerairement+.--C.-à-d. dont on peut parler sans préparation et hardiment.--Personne n’a jamais et plus exactement rendu le pêle-mêle, la demi-science, le jugement qui se rencontrent dans les Essais, que leur auteur ne le fait ici.

31, +Science+.--Add. des éd. ant.: mesme.

=64=,

6, +Primsautier+.--Qui fait ses plus grands efforts du premier coup, de prime saut; du latin a primo saltu. V. N. =I=, 620: Prim-saut.

9, +Dissipe+.--L’exemplaire de Bordeaux porte ajouté, puis rayé: mon esprit pressé se iette au rouet.

18, +Intelligence+.--Les éd. ant. port.: ne se satisfaict pas d’vne intelligence moyenne, au lieu de: «ne sçait... intelligence».--Montaigne veut dire qu’il n’avait qu’une médiocre connaissance de la langue grecque, ce qu’il a déjà indiqué au ch. XXV du liv. I et au ch. IV du liv. II, ce qui ne l’empêche pas d’en citer assez souvent des passages.

19, +Decameron+.--Ouvrage capital de BOCCACE, publié en 1352 et qui l’a placé à la tête des prosateurs italiens et a immortalisé son nom. C’est un recueil de cent nouvelles pleines de gaîté, où la décence n’est pas toujours respectée, mais dont le style original n’a été égalé par aucun des écrivains contemporains de l’auteur.

19, +Rabelays+.--Auteur de l’histoire de Gargantua et Pantagruel, roman satirique publié de 1533 à 1534 (en partie après la mort de l’auteur), rempli de folies, d’extravagances, de quolibets, de mots barbares et forgés à plaisir, de passages inintelligibles, et, en même temps, plein d’originalité, de bon sens et même d’érudition; c’est un ouvrage où le fond et la forme sont tout imagination, mais qui, dans certains détails, offre d’utiles leçons, des allusions piquantes et de sévères censures; les moines et le clergé y sont surtout fort maltraités.--Rabelais, disait BOILEAU, veut toujours être plaisant et l’est toujours.--Nul, disait J.-J. ROUSSEAU, n’a mieux connu les richesses et l’énergie de la langue française et n’en a su si bien tirer parti.

20, +Second+.--Poésie latine du genre élégiaque, publiée en 1541, se composant d’épigrammes sur le sujet constituant le titre de l’ouvrage.--L’auteur, mort n’ayant pas encore vingt-cinq ans, un des meilleurs poètes latins modernes, fut qualifié par un de ses contemporains, par ce jeu de mots: «Jean Second, qui fut loin d’être le second parmi ceux de son époque».

20, +Tiltre+.--Add. des éd. ant.: et des siecles vn peu au dessus du nostre l’Histoire Æthiopique.

21, +Amadis+.--Ce roman espagnol de chevalerie, autrefois très célèbre, a pour héros Amadis de Gaule, dit le Chevalier du lion, fils de Perion, roi fabuleux de France, qui est resté le type des amants constants et respectueux, aussi bien que de la chevalerie errante dans ce qu’elle avait de noble et de beau; on pense que les aventures qui y sont relatées, n’ont rien d’historique, on ne sait même à quelle époque les rapporter. La traduction qui en a été faite au XVIe siècle par le Sieur des Essarts a été longtemps en grande faveur et fut longtemps classique; on peut y cueillir, disait un écrivain de ce temps, toutes les belles fleurs de notre langue française.

24, +L’Arioste+.--Auteur italien de Roland furieux (Orlando furioso), épopée chevaleresque publiée en 1516, dont Roland, neveu de Charlemagne, est le héros et où les exploits des paladins sont racontés avec un art inimitable qui mêle le plaisant et le sérieux, le gracieux et le terrible, et fait marcher de front une foule d’actions diverses qui toutes intéressent.

25, +Ouide+.--Dont le chef-d’œuvre est sans contredit son poème des Métamorphoses, un des plus brillants monuments de la poésie latine, vaste épopée qui embrasse tous les faits de la mythologie et des temps fabuleux.

31, +Axioche+.--Dialogue d’une très haute antiquité; longtemps attribué à Platon, bien qu’il n’en reflète pas le style, et qui au jugement des meilleurs critiques serait d’Eschine, disciple de Socrate.

33, +Outrecuidé+.--C.-à-d. il n’est pas si vain, comme portent les éditions antérieures; ou: il n’est pas si sot, comme il y a dans l’exemplaire de Bordeaux.

34, +Qu’il tient... faillir+.--Var. des éd. ant.: ny ne se donne temerairement la loy de les pouuoir accuser.

=66=,

3, +Esope+.--Ces fables ne sont pas de lui; les Grecs se sont emparés de ses apologues et les ont arrangés sous diverses formes, soit en vers, soit en prose; mises en recueil, pour la première fois, 200 ans après sa mort, elles ont été traduites dans toutes les langues et imitées notamment par Phèdre et La Fontaine.

8, +Virgile+.--L’Énéide, les Géorgiques et les Bucoliques composent l’œuvre de Virgile.--Les Bucoliques sont des églogues ou pastorales écrites avec esprit et élégance, quelquefois vagues et obscures, mais où se révèle déjà néanmoins le génie de leur auteur, alors âgé de 25 ans. Les Géorgiques, qui suivirent, sont un poème didactique, un ouvrage d’économie rurale où se trouvent décrits les travaux des champs et le bonheur de la vie champêtre; on y admire une infinie variété de formes, la richesse des descriptions, une sensibilité pénétrante qui anime tout, enfin une excellence littéraire qu’il est impossible de trouver une seule fois en défaut.--L’Énéide, poème épique, dont le héros est Énée, prince troyen venu d’après les traditions s’établir en Italie, dans le Latium, après la chute de Troie et auquel les Romains faisaient remonter leur origine. L’auteur y chante le berceau de Rome et les antiquités de l’Italie; c’est une composition plutôt faible sous le rapport du plan et des caractères, mais on y admire l’art de rendre la passion, l’exquise délicatesse des vers, la perfection du style, le fini de l’exécution. Virgile, quand il mourut, n’avait pas entièrement terminé l’Énéide qu’il travaillait depuis dix ans, et par son testament, il ordonna de jeter au feu son œuvre inachevée; l’empereur Auguste s’y opposa.

8, +Lucrece+.--Imbu des principes d’Épicure, Lucrèce s’est fait, au =Ier= siècle, l’apôtre du matérialisme et de l’athéisme dans son poème philosophique célèbre «De la Nature des choses», écrit dans un langage d’un souffle puissant et parfois sublime, sans égal dans aucune langue, comme audace de pensée, amertume de sentiment et rigueur de logique.

9, +Catulle+.--Catulle réussit surtout dans l’épigramme et le genre érotique; on a aussi de lui deux poèmes épiques qui, notamment celui des Noces de Pélée et de Thétis, révèlent des qualités sérieuses en ce genre; tout cela d’un style exquis, achevé, d’une brièveté raffinée sous un air de simplicité extrême.

9, +Horace+.--Quatre livres d’odes, un d’épodes, deux de satires, deux d’épîtres, et une épître aux Pisons connue sous le nom d’Art poétique, composent l’œuvre de ce poète si célèbre. Dans ses odes, il se montre à la fois brillant, énergique, sublime et naïf, délicat, gracieux; ses satires et ses épîtres sont des modèles d’urbanité, de raillerie douce et bienveillante; son Art poétique est un poème didactique que Boileau a imité en le développant et qui encore aujourd’hui est le code des hommes de goût. Horace est le type accompli de l’épicurien latin; c’est un poète élégant et habile, un moraliste spirituel et savant; il est aussi courtisan, sans cesser de conserver une certaine liberté de langage et d’humeur; de caractère indépendant, il faisait consister le bonheur dans l’usage modéré des biens de la vie.

15, +Lucain+.--Auteur de la Pharsale, poème épique où il raconte la guerre civile entre César et Pompée; œuvre brillante et élevée, mais pompeuse et déclamatoire; au reste le poète n’eut guère le temps de la polir et de la terminer, obligé qu’il fut de se donner la mort par ordre de Néron. V. =II=, 50, et N. 52: Bouche.

17, +Terence+.--Il ne nous reste plus de lui que six comédies, parmi lesquelles l’Andrienne. Térence était l’ami de Scipion Émilien et de Lelius qui, dit-on, prirent quelque part à la composition de ses pièces; son style est élégant et pur, la composition chez lui est régulière, le ton parfait, mais souvent l’intérêt est presque nul et on y trouve peu de mouvement et de gaîté.

23, +Inegale+.--Le style de l’Énéide est beaucoup plus parfait que celui de Lucrèce, sa poésie plus magnifique, quoique ennuyeuse parfois; mais celui-ci est plus plein, pense davantage, est par moment aussi grand poète, et a plus d’originalité.

30, +Plaute+.--Il nous reste de lui une vingtaine de pièces qui, la plupart, ont été imitées par nos auteurs français. Il est caractérisé par son originalité, des coups de théâtre imprévus, un dialogue rapide, une verve étincelante, des pointes, des jeux de mots, des charges souvent grossières, mais vraies au fond; il est franchement comique et faisait les délices du peuple.

32, +Romaine+.--Cicéron.

34, +Compagnon+.--Ce juge, c’est HORACE qui dit dans son Art poétique, v. 270: «Il est vrai que nos pères ont goûté les vers et les saillies de Plaute; à mon sens, leur admiration a été excès d’indulgence, pour ne pas dire sottise.»

=68=,

10, +Oublions... fable+.--Var. des éd. ant.: fuyons la fin de son histoire.

15, +Petrarchistes+.--A l’imitation de Pétrarque, l’un des créateurs de la langue italienne, célèbre entre autres par les sonnets et les centons qu’il écrivit pour Laure de Noves.

19, +Martial+.--Auteur d’épigrammes sur toutes sortes de sujets, pièces fugitives, élégantes, acérées, écho fidèle de la dépravation de l’empire romain, et dont bien des traits, encore justes, pourraient s’appliquer à notre époque; à beaucoup d’esprit, joint souvent une licence excessive et parfois aussi une basse adulation.

26, +Sont assez... iambes+.--Var. de 88: peuuent aller à pied.

29, +Noblesse+.--Add. des éd. ant. à 88: en recompense de cette grace qu’ils ne peuuent imiter.

36, +Iours+.--C.-à-d. vêtus des habits qu’ils mettent d’ordinaire, comme portent les éditions antérieures; cette expression est encore en usage et assez répandue en France.

=70=,

1, +Auoir besoin... sauuages+.--Var. des éd. ant.: il faut qu’ils s’enfarinent le visage, il leur faut trouuer des vestements ridicules, des mouuements et des grimaces.

14, +Furieux+.--L’Orlando furioso, ou le Roland furieux de l’Arioste, œuvre capitale de ce poète, où il raconte les exploits des paladins, mêlant avec art le plaisant et le sérieux, le gracieux et le terrible, faisant marcher de front une foule d’actions diverses auxquelles il sait également intéresser.

14, +Seruent+.--Add. des éd. ant.: plus ordinairement.

14, +Plutarque+.--Auteur des Vies des hommes illustres de la Grèce et de Rome, et de nombreux traités de politique, d’histoire ou de morale, dits Œuvres morales, que quelques lignes plus bas Montaigne désigne sous le nom d’Opuscules, parmi lesquels on remarque ceux intitulés: L’Origine de l’âme; Du Génie de Socrate; Du Silence des oracles; Questions de table; Des Contradictions des Stoïciens.--On trouve dans ses écrits un grand jugement, des connaissances profondes et variées, une bonhomie et une morale douce qui les font lire avec charme; il vous fait vivre intimement avec les hommes dont il raconte la vie. La qualification de parallèles donnée à certains fragments des Vies de Plutarque, vient de ce qu’il y place en regard un Grec et un Romain dont les existences, dans leur ensemble, présentent de l’analogie, et les compare, semblant s’être proposé de montrer que la Grèce n’était point inférieure à Rome.--Plutarque venait d’être traduit en français par Amyot et publié (les Vies des hommes illustres en 1555, les Œuvres morales en 1574), lorsque Montaigne écrivait les Essais.

15, +Seneque+.--On a de lui un grand nombre d’écrits sur la philosophie; il y prêche la morale la plus austère et enseigne surtout le mépris des richesses et de la mort; son style est brillant et élégant, mais souvent affété et rempli d’antithèses; il vise beaucoup à l’effet. Dans ses Lettres à Lucilius, le penseur déploie toutes les ressources de son esprit, et l’écrivain tous les charmes de son style.--Montaigne lui a souvent fait de très larges emprunts et a souvent adopté ses idées.

20, +Profitable+.--On s’étonne de cette préférence pour cette partie de l’œuvre de Plutarque qui, malgré son mérite, ne saurait être comparée à ses «Vies des hommes illustres»; du reste au ch. XXXII de ce même livre (N. =II=, 630), Montaigne revient sur son jugement et dit que ses «Parallèles», qui sont partie intégrante des «Vies», constituent «la piece plus admirable de ses œuures».

22, +Autres+.--Add. de 88: I’ayme en general les liures qui vsent des sciences, non ceux qui les dressent. (Cette phrase est reportée un peu plus loin avec variante dans la présente édition, pag. 74, 5).

25, +Romains+.--Sénèque fut précepteur de Néron. Plutarque l’aurait été de Trajan suivant les uns, d’Adrien suivant d’autres. A l’égard de Trajan, on s’appuie sur une lettre dont l’authenticité est contestée; ce qui porterait en outre à penser que cela n’a pas été, c’est qu’ils étaient à peu près du même âge; mais Plutarque a fait des leçons publiques de philosophie à Rome, et il se peut très bien que Trajan ait été du nombre de ses auditeurs.--Sénèque était né à Cordoue (Espagne); Plutarque, à Chéronée, en Grèce.--Le poète anglais DRYDEN (1631 à 1701) a écrit un parallèle de Plutarque et de Sénèque.

=72=,

2, +Cicero+.--V. N. =II=, 628. Ce fut le plus éloquent des orateurs romains; sans rival surtout dans l’éloquence judiciaire, par la richesse de son imagination, la souplesse de son génie plein d’abondance, de grâce et de séduction, et par l’habileté de sa dialectique; comme écrivain, s’est, sans grand succès, adonné dans sa jeunesse à la poésie, mais est sans contredit le premier des prosateurs latins, et nul n’a jamais dépassé la pureté, la richesse, l’harmonieuse élégance de son style. Il ne nous est parvenu qu’une partie de ses ouvrages, que l’on divise en quatre groupes: 1º les Harangues, parmi lesquelles on admire surtout les Catilinaires et les Philippiques; 2º les Livres de Rhétorique, dont le plus beau est l’Orateur; 3º les Traités philosophiques, dont les plus estimés sont De la Nature des dieux et les Tusculanes; 4º les Lettres, parmi lesquelles nombre d’épîtres familières; elles constituent un monument incomparable et un modèle du genre épistolaire; on y distingue surtout celles à Atticus, à Quintus, à Brutus; elles fournissent les matériaux les plus précieux pour l’histoire du temps (V. N. =I=, 430: Amis).

4, +De la philosophie... morale+.--Var. des éd. ant.: des meurs et regles de nostre vie.

4, +Morale+.--Avant Cicéron, les Romains, si on en excepte Lucrèce, s’étaient peu adonnés à la philosophie, et n’y avaient que médiocrement réussi.

6, +Impudence+.--Allusion à la lettre de Cicéron par laquelle il prie Lucceius d’écrire l’histoire de son consulat de manière à lui mériter les éloges de la postérité (V. =I=, 430 et N. Registres).

7, +Prefaces+.--Les éd. ant. aj.: digressions.

10, +Apprets+.--Montaigne parle du style de Cicéron en des termes qui ne permettent pas de douter qu’il en fait beaucoup moins de cas que de Sénèque; le cardinal DUPERRON (1556 à 1618) ne pensait pas de même: «Il y a plus, disait-il, en deux pages de Cicéron, qu’en dix pages de Sénèque.»

21, +Fil+.--Il est en effet peu de cours, de conférences, de plaidoyers et aussi de sermons dont on puisse dire ce que Sénèque disait des harangues de Cassius Severus, «que tout y portait coup et que les plus courtes distractions de ses auditeurs leur faisaient toujours perdre quelque chose d’intéressant» (V. =I=, 70 et N. Cassius, et =II=, 50). De combien de nos hommes politiques peut-on en dire autant?

30, +Or oyez+.--Ce cri, sorte d’avertissement d’avoir à prêter attention à ce qui allait suivre, est encore employé en Angleterre, dans certaines solennités, par les héraults d’armes dont l’usage s’est conservé et qui, lorsque bien rarement ils remplissent un devoir de leur charge, le font en observant les traditions du passé.

31, +Hoc age+.--Sentence philosophique grecque qui se complétait par ces mots: et eris beatus (Fais ainsi et tu seras heureux, tu y trouveras avantage, cela te réussira).

32, +Sursum corda+.--Cette formule, dans l’ancienne Église, précédait toujours la célébration de ses plus augustes cérémonies, rappelant les assistants au recueillement; les païens, dans le même but, disaient: Favete linguis (Favorisez-nous de votre silence), pour le recommander lors de la célébration de leurs principaux mystères.

37, +Platon+.--Célèbre par sa philosophie, qui est la plus haute expression de l’idéal et se rapproche parfois des idées chrétiennes. Platon a laissé un grand nombre d’écrits, presque tous sous la forme de dialogues; Socrate y joue le principal rôle; les plus importants sont: Criton, ou le Devoir des citoyens; Phédon, ou de l’Ame; l’Apologie de Socrate; Théétète, ou de la Science; le Sophiste, ou de l’Être; la Politique; Parménide, ou des Idées; le Banquet, ou de l’Amour; Phèdre, ou du Beau; Théagès, ou de la Sagesse; Lachès, ou du Courage; Lysis, ou de l’Amitié; Gorgias, ou de la Rhétorique; Ménon, ou de la Vertu; Ion, ou de l’Enthousiasme poétique; la République; Timée, ou de la Nature; Critias; les Lois.--Ses écrits, où l’on admire la sublimité de ses conceptions, la pureté de sa morale, la noblesse de son style, sont le monument le plus important de la dialectique des anciens; en même temps qu’ils sont un chef-d’œuvre d’art, ils nous offrent par la méthode d’interrogation et de réfutation qui y est partout suivie, un modèle d’analyse philosophique.

=74=,

6, +Premiers+.--Sénèque et Plutarque.

6, +Pline+.--Pline l’Ancien ou le naturaliste.--Certains de ses ouvrages sont perdus; nous ne possédons plus de lui que son Histoire naturelle en 37 livres, sorte d’encyclopédie encore estimée, traitant de l’astronomie, de la géographie, de la zoologie, de la botanique, de la minéralogie et accessoirement de questions touchant l’agriculture, la métallurgie, les monnaies, etc.; son style a de la vigueur et de l’originalité.

10, +Epistres+.--Les éd. ant. aj.: et notamment celles.

18, +Vertu+.--Ce traité de Brutus sur la vertu est perdu; il subsistait encore du temps de Sénèque qui en cite un fragment.

19, +Practique+.--«Les vertus comme celles de Brutus (Brutus était, dit-on, le fils de César qui l’aimait, l’avait appelé à lui et comblé de faveurs; au moment de mourir, le voyant au nombre des conjurés, il s’écria: «Et toi aussi, mon fils!»), ces vertus sont si voisines du crime, que la conscience des républicains eux-mêmes se trouble, en face du vote du duc d’Orléans prononçant la mort de Louis XVI.» LAMARTINE, Les Girondins.

30, +Beaucoup+.--Dans le petit nombre d’erreurs qu’on peut reprocher à Montaigne, est le jugement qu’il porte sur Cicéron; il qualifie bien son éloquence d’incomparable, mais il estime que hors la science, il n’y avait pas beaucoup d’excellence en son âme. Avait-il donc une âme commune, cet orateur que ni l’or, ni les intrigues, ni la violence des passions ne purent jamais ni corrompre, ni intimider; qui déconcerta, par l’autorité de son langage et la fierté de ses regards, l’audace même de Catilina; qui sur ses vieux jours, abandonnant les doux loisirs de Tusculum, reparut avec son génie sur le théâtre où la liberté et les dépouilles du monde romain étaient le prix offert aux triomphes de l’ambition, poursuivit de son courroux éloquent le plus implacable des triumvirs, et périt avec gloire, victime de son amour pour la patrie. ABBÉ JAY.

32, +Vers+.--«On peut être honnête homme et mal faire des vers.» MOLIÈRE.

34, +Nom+.--Ce jugement de Montaigne sur les vers de Cicéron, n’est pas celui de tous; et peut-être sa grande réputation d’orateur a-t-elle fait tort à celle de poète; un autre que lui eût, sans doute, été plus estimé pour ses poésies.

35, +L’egalera+.--SAINT JÉRÔME a dit de lui: «Démosthène t’a ravi la gloire d’être le premier orateur; toi, tu lui as ôté celle d’être l’unique.»--Les éd. ant. aj.: Si est-ce qu’il n’a pas en cela franchi si net son aduantage, comme Vergile a faict en la poésie: car bien tost apres luy, il s’en est trouué qui l’ont pensé egaler et surmonter, quoy que ce fust à bien fauces enseignes, mais à Vergile nul encore depuis luy n’a osé se comparer, et à ce propos i’en veux icy adiouster vne histoire.

=76=,

8, +Presence+.--SÉNÈQUE, Suasor, 8.

12, +Elumbem+.--CICÉRON, De Oratoribus, 18.

15, +Souuent+.--Se reporter à ce même dialogue, De Oratoribus, 23.

19. +Essem+.--Pour pouvoir, en dehors de la négligence de style résultant de la répétition de mots que présente cette phrase, juger exactement de la défectuosité de sa prononciation qu’incrimine Montaigne, il faudrait l’entendre dire avec celle de l’époque que nous ne connaissons guère, faute de données suffisantes sur ce point.

20, +Bale+.--C.-à-d. la lecture des historiens est mon passe-temps le plus agréable, celui où je me complais davantage; métaphore tirée du jeu de paume, où, quand la balle vous arrive de côté droit, elle est plus facile à renvoyer.--Les éditions antérieures présentent cette variante: Les historiens sont le vray gibier de mon estude, car ils sont plaisans et aysez: et quant et quant la consideration des natures et conditions de diuers hommes, les coustumes des nations differentes, c’est le vray suiect de la science morale, au lieu de: «Les historiens... menacent».

28, +Plutarque+.--Add. des éd. ant.: Ie recherche bien curieusement non seulement les opinions et les raisons diuerses des philosophes anciens sur le suiect de mon entreprinse, et de toutes les sectes, mais aussi leurs meurs, leurs fortunes et leur vie.

29, +Laërtius+.--Diogène Laërce, historien grec, auteur d’une biographie des principaux philosophes; toute critique en est absente et les anecdotes y tiennent plus de place que les vues scientifiques, l’ouvrage n’en est pas moins précieux par les nombreux renseignements qu’il contient.

=78=,

2, +Salluste+.--A écrit l’histoire de Rome depuis la mort de Sylla jusqu’à la conspiration de Catilina, il n’en reste que des fragments; nous avons encore de lui la guerre de Catilina et celle de Jugurtha. Il se distingue par la précision de son style, sa perspicacité, sa science pratique; mais il a tendance à la partialité et présente des lacunes et de fréquentes digressions.

7, +Dit Cicero+.--CICÉRON, Brutus, 4.--Voici le jugement qu’il en porte, et il est d’autant plus flatteur qu’il était compétent et n’aimait pas César: «Parmi les orateurs, il n’en est point à qui César doive céder; il y a dans sa manière de l’élégance et de l’éclat, de la magnificence et de la grandeur; qui pourrait l’emporter sur lui pour l’abondance et la vigueur de ses pensées?» Comme historien: «Ses Commentaires sont un livre excellent; le style en est simple, pur, élégant, dépouillé de toute pompe de langage; c’est une beauté sans parure; en ne chargeant pas d’ornements frivoles ces grâces naturelles, il a ôté aux gens de goût, jusqu’à l’envie de traiter le même sujet.»

8, +Ennemis+.--Add. des éd. ant.: mesmes et tant de verité.

20, +Froissard+.--Chroniqueur français. Sa chronique de France, d’Angleterre et d’Écosse, de 1326 à 1400, est une suite de récits sans ordre, qui offrent beaucoup d’incorrections, mais où l’on trouve une grâce et une naïveté qui charment; ses descriptions sont d’un naturel saisissant.--Le jugement qu’en porte Montaigne réduit par trop son mérite: le siège de Calais, la bataille de Poitiers par exemple, ne se composent pas seulement de renseignements recueillis çà et là et rassemblés sans ordre, ni triage; c’est de l’histoire.

36, +Biais+.--«Les faits changent de forme dans la tête de l’historien; ils se moulent sur ses intérêts; ils prennent la teinte de ses préjugés.» J.-J. ROUSSEAU, Émile, IV.

=80=,

1, +Latin+.--Antérieurement à Montaigne et même encore de son temps, le latin était la langue universelle en Europe, et les érudits, en France, écrivaient beaucoup plus en latin qu’en français; ce n’est guère qu’à partir de son époque que la langue française se fixait et qu’on en fit usage dans le monde savant; lui-même est un de ceux qui y contribuèrent le plus.

6, +Dimensions+.--Add. des éd. ant.: Ceux-là sont aussi, bien plus recommandables historiens, qui connoissent les choses, dequoy ils escriuent, ou pour auoir esté de la partie à les faire, ou priuez auec ceux qui les ont conduites.

20, +Et le sçauoir... communement+.--Les éd. ant. port.: de la fortune estoit tousiours accompagnée du sçauoir.

22, +Douteux+.--Les éd. ant. aj.: S’ils n’escriuoient de ce qu’ils auoient veu, ils auoient aumoins cela, que l’experience au maniement de pareils affaires, leur rendoit le iugement plus sain.

31, +Absence+.--SUÉTONE, César, 56.--«Pour ce motif, ajoutait Asinius Pollio, César avait été dans l’intention de refaire ou de corriger ses Commentaires.»

36, +Accident+.--C.-à-d. si l’on ne confronte les témoignages, si l’on ne reçoit les objections, lorsqu’il s’agit de prouver les moindres détails de chaque fait.--Au lendemain même de la bataille de Sedan (1870), il n’a pas été possible, malgré une polémique longue et ardente, de déterminer qui, du général de Bauffremont ou du général de Galliffet, menait ces charges héroïques de cavalerie qui arrachèrent à l’empereur Guillaume cette exclamation: «Ah! les braves gens!» si bien que l’honneur en revient à tous et à personne en particulier. La charge avait été préparée par le général Margueritte qui, au dernier moment, avant de la lancer, se portant en avant pour bien juger de la direction à lui donner, fut blessé à mort; voyant leur général ramené, déjà ne se soutenant plus, les têtes de colonne, d’un mouvement spontané, se précipitèrent, brûlant du désir de le venger; les autres suivirent.

38, +Bodin+.--Dans l’ouvrage qu’il a publié en 1566, sous le titre: Méthode pour faciliter la vérification des faits historiques.

=82=,

9, +Lisant+.--Parmi les livres ainsi annotés par Montaigne se trouve un exemplaire des Commentaires de César (V. N. =II=, 646: Militaire) acheté sur les quais, par un amateur, au prix de 0 fr. 90; ce livre, acquis depuis par le duc d’Aumale, se trouve à la bibliothèque de Chantilly, aujourd’hui propriété de l’Institut.

11, +Guicciardin+.--A écrit une histoire de l’Italie, allant de 1490 à 1534, ouvrage de mérite dans lequel l’auteur, qui avait joué un rôle considérable de ce temps-là, se montre de l’école sceptique de Machiavel.

36, +Soy+.--Sur l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne avait ajouté: «tres commune et tres dangereuse corruption du iugement humain»; mais il a biffé ensuite cette addition qui, pourtant, exprime une vérité très réelle.

30, +Comines+.--A laissé sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII des mémoires qui parurent en 1523; il s’y montre politique profond, chroniqueur fidèle, écrivain original; mais en racontant les actes les plus iniques, n’y ajoute pas un mot pour les flétrir; il ne juge les événements que par le résultat.

=84=,

1, +Du Bellay+.--Les Mémoires des Seigneurs du Bellay (dix livres, dont les quatre premiers et les trois derniers sont de Martin du Bellay, et les autres de son frère Guillaume de Langey) embrassent les événements de France de 1515 à 1547, autrement dit le règne de François Ier, dont ils sont plutôt le panégyrique que l’histoire.

6, +De Iouinuille+.--Les Mémoires du Sire de Joinville constituent une histoire de S. Louis et des Croisades entreprises par ce prince; c’est le récit d’un témoin oculaire plein de naturel, de sensibilité et de charme (fin du XIIIe siècle).--Domestique signifie ici qui est de la maison, familier. V. N. =I=, 24: Domestiques.

6, +Eginard+.--Secrétaire de Charlemagne dont il a écrit la vie, et, y faisant suite, l’histoire des événements pendant les premières années de Louis le Débonnaire, ensemble de 741 à 829.

8, +Icy+.--Dans les Mémoires des du Bellay.

14, +De Montmorency+.--Le connétable de Montmorency, que des intrigues de cour firent exiler dans ses terres, en 1547, par François Ier, disgrâce à laquelle mit fin l’avènement de Henri II.

14, +De Brion+.--Philippe de Chabot, amiral de France, connu sous le nom de Seigneur de Brion, chargé en 1535 du commandement de l’armée en Piémont, après de brillants succès, s’arrêta court à Verceil, ce que François Ier ne lui pardonna pas, condamné en 1540 comme concussionnaire, il ne fut sauvé que par la protection de la duchesse d’Étampes, maîtresse du roi.

CHAPITRE XI.

=86=,

7, +Partie+.--Sans partie adverse, sans opposition.

9, +Vertueux+.--J.-J. ROUSSEAU, dans son Émile, répète Montaigne en le précisant: «Quoique nous appelions Dieu bon, nous ne l’appelons pas vertueux, parce qu’il n’a pas besoin d’effort pour bien faire.» V. N. =II=, 16: Force.

10, +Des philosophes+.--Dans la traduction, le passage du texte: «Des philosophes, non seulement Stoiciens, mais encore Epicuriens (et cette enchere... colunt, et retinent)», a été, pour plus de clarté, placé après celui-ci: «Des philosophes Stoiciens et Epicuriens, dis-je... virtus lacessita».

13, +Rencontre+.--Réplique.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 43.

18, +Reconnaissant+.--Montrant plus de bonne foi.

27, +Retinent+.--A observer l’insistance que Montaigne apporte à réhabiliter la secte d’Épicure, à l’encontre de l’opinion générale qui veut que les Épicuriens soient moins rigides dans leur doctrine que les Stoïciens, ce qui au fond n’est pas vrai.

36, +Secte+.--CICÉRON, De Officiis, I, 44.--Épaminondas était de l’école de Pythagore. Cette école, fondée à Crotone en Italie (=VIe= siècle), formait dans le principe une sorte de congrégation où l’on n’était admis qu’après un long noviciat et diverses épreuves, entre autres un silence de plusieurs années. Les Pythagoriciens menaient la vie la plus frugale et s’abstenaient de manger de la chair des animaux; ils croyaient à la métempsycose ou transmigration des âmes d’un corps dans un autre. On ne sait rien de bien certain sur les autres points de leur doctrine, parce qu’on n’a aucun écrit de Pythagore, dont l’esprit cependant embrassait toutes les sciences connues de son temps, et qu’il exerçait un empire absolu sur ses disciples qui admettaient tous ses dogmes sans discussion.

=88=,

1, +Esmoulu+.--Qui est une rude et dangereuse épreuve pour la vertu.--Combattre à fer émoulu, c’est combattre avec des armes aiguisées, pour tout de bon.

28, +Commune+.--Du peuple ou des plébéiens.

34, +Vertu+.--PLUTARQUE, Marius, 10.--Saturninus proposait, pour un partage de terres, un plébiscite contraire à la loi et qui, en outre, portait que tout sénateur jurerait devant le peuple de concourir à son exécution. Métellus Numidicus seul refusa d’y acquiescer, quelque pression qu’on exerçât sur lui, et les partis étant sur le point d’en venir aux mains par suite de sa résistance, il préféra s’exiler que d’être cause d’une sédition (=102=).

=90=,

3, +Tres certaines+.--CICÉRON, De Finibus, II, 30.

5, +Entrailles+.--V. N. =II=, 430: Premier.

8, +Effroy+.--Add. des éd. ant.: de la mort.

19, +Brigand+.--C’est César que Montaigne qualifie de la sorte, malgré l’admiration qu’il lui témoigne souvent; mais il l’envisage ici comme auteur du plus grand des crimes, l’asservissement de sa patrie. CICÉRON, dans ses Lettres à Atticus, VII, 18, le gratifie de la même épithète perditus latro (brigand fieffé).

25, +Ferocior+.--C’est en parlant de Cléopâtre qu’HORACE s’exprime ainsi; Montaigne en fait application à l’âme de Caton.

26, +Populaires+.--Add. des éd. ant.: vains.

39, +Erat+.

«Caton, le fer en main, prêt à finir son sort, Rassure par ces mots ceux qui craignaient sa mort: «Cessez de me flatter d’une lâche espérance. «Je hais tout dans César, jusques à sa clémence; «Apprenez aujourd’hui qu’un Romain, qu’un Caton, «Fuit bien moins son courroux, qu’il ne fuit son pardon.»

Épigramme de L’ALLAMANNI.

=92=,

15, +Fit-il+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 76.--V. N. =III=, 576: L’vn.

16, +Personnages+.--Socrate et Caton.

=94=,

16, +Tenue+.--Ne serait-ce pas de la constatation et du fait de cet état que viendrait ce vieux dicton: «Français, plus qu’hommes au venir, moins que femmes à la retraite», cité par H. HOUSSAYE, dans son ouvrage intitulé Waterloo.

=96=,

15, +Vndæ+.--La Balance, le Scorpion, le Capricorne sont trois des constellations du Zodiaque (V. N. =I=, 254: Aqua).

18, +Mal+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 17.

34, +Taster+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 67.

36, +Faschoit+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 17; HORACE, Sat., II, 3, 10.

38, +Laborieusement+.--Cet exemple et beaucoup d’autres soit dans un sens, soit dans l’autre, prouvent que les mœurs sont tout à fait indépendantes des opinions religieuses.

41, +Repas+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 11.

=98=,

1, +Infecté... autre+.--Var. des éd. ant.: corrompu par le dereglement de mes meurs; ains au rebours, il iuge plus exactement et plus rigoureusement de moy, que de tout (80 porte nul) autre: mes debauches quant à cette partie là, m’ont depleu comme elles deuoient.

6, +Autres+.--LA FONTAINE a rendu la même idée dans sa fable Les deux chiens et l’âne mort:

«Les vertus devraient être sœurs, Ainsi que les vices sont frères; Dès que l’un de ceux-ci s’empare de nos cœurs, Tous viennent à la file, il ne s’en manque guère.»

24, +Incontinent+.--ARISTOTE convient que tout en ne mettant pas l’homme qui en est imbu à l’abri de toutes les faiblesses de la nature humaine, la justice n’en contient pas moins le principe de toutes les vertus: «Elle en est la plus éclatante; ni Hesperus (l’étoile du soir), ni Lucifer (l’étoile du matin), ne sont plus admirables.»

27, +Discipline+.--CICÉRON, Tusc., IV, 37.

29, +L’autre+.--CICÉRON, De Fato, 5.

40, +Acces+.--CICÉRON, De Senectute, 12.

=100=,

3, +Venus+.--Vénus, déesse de la beauté, présidait aussi à la génération. Myth.

9, +M’y cognois... miracle+.--Var. des éd. ant.: encore que ie lui donne plus de credit sur moy que ie ne deurois, si est-ce que ie ne prens aucunement pour miracle.

12, +Nauarre+.--Add. des éd. ant.: Marguerite.

13, +Heptameron+.--Ouvrage ainsi nommé, parce qu’il est divisé en sept parties ou journées; est aussi appelé Nouvelles de la reine de Navarre. C’est un recueil de contes imités de Boccace, écrit par Marguerite de Navarre, imprimé en 1559; on y trouve beaucoup d’imagination et d’esprit et aussi une grande licence.

18, +Comme il y... l’encontre+.--Var. des éd. ant.: auquel il semble qu’il y ait plus de rauissement: non pas à mon aduis que le plaisir soit si grand de soy, mais parce qu’il ne nous donne pas tant de loisir de nous bander et preparer au contraire, et qu’il nous surprend.

20, +Attouchemens+.--«Nous connaissons, dit Sénèque, ce genre de continence de ces nouveaux mariés, qui, alors même que la première nuit de leurs noces ils épargnent la pudeur de ces vierges timides dont ils sont les époux, n’en lutinent pas moins, en se jouant, les parties circonvoisines de l’objet de leurs désirs.»--Ces derniers mots répondent à cette expression «s’en tenir à la petite vie»; ou, suivant Marot: «S’en tenir aux faubourgs de la cité d’amour, sans entrer dans la ville»; continence qui n’est que de l’onanisme réciproque.

22, +Cette secousse... ailleurs+.--Var. des éd. ant.: Cette secousse de plaisir nous frappe si furieusement, qu’il seroit malaisé veritablement, à ceux qui ayment la chasse de retirer en cet instant l’ame et la pensée de ce rauissement.

25, +Poëtes+.--Diane était la déesse de la chasteté et de la chasse, et Cupidon, fils de Mars et de Vénus, était le dieu de l’amour.--L’amour faict place au plaisir de la chasse, port. les éd. ant., voyla pourquoi les poëtes font Diane...

28, +Obliuiscitur+.--Les éd. ant. aj.: C’est icy vn fagotage de pieces décousues; ie me suis destourné de ma voye, pour dire ce mot de la chasse.

=102=,

2, +Estrangler+.--En =81=. En revenant d’Asie, après la mort de Sylla, César fut pris par des pirates, qui lui demandèrent trente talents (environ 160.000 fr.) pour sa rançon; il leur promit le triple. Rendu à la liberté, après être resté un mois en leur pouvoir, il arma quelques bâtiments, se mit à leur poursuite, s’en empara et leur fit subir le sort dont il les avait menacés.

4, +Latin+.--Cet auteur est SUÉTONE, César, 74, qui s’exprime ainsi à l’occasion du fait de Philomon, esclave et secrétaire de César, que celui-ci, comme le rapporte Montaigne, fit simplement mettre à mort, sans le livrer à la torture, pour, de concert avec ses ennemis, avoir conçu le projet de l’empoisonner.

6, +Deuiner+.--Les éd. ant. port.: qu’il n’estoit pas du temps de la bonne Rome et qu’il iuge selon les, au lieu de: «qu’il est frappé des».

7, +Mirent+.--Add. des éd. ant.: depuis.

9, +Cruauté+.--Cette appréciation, émise à un point de vue plus général, est reproduite dans les mêmes termes, =II=, 584.--Déjà, au Ve siècle, saint Augustin s’était élevé contre la torture «qui force les innocents eux-mêmes à mentir»; elle ne fut abolie en France que 200 ans après que Montaigne le réclamait: en 1780, la question préparatoire, qui avait pour objet la recherche de la vérité, fut supprimée et, en 1788, la question préalable, infligée au condamné et qui constituait ce que Montaigne dénomme si bien l’au-delà de la mort simple; la marque au fer rouge et le carcan ne l’ont été qu’en 1830, le pilori en 1851.

9, +Nous+.--Nous, chrétiens, qui croyons à l’immortalité de l’âme.

31, +Changée+.--L’exemplaire de Bordeaux donne, de la main de Montaigne, une variante de cet épisode: «Ces iours passés... l’avoir changée» (lig. 12 à 31), lequel n’existe pas dans les éditions antérieures. En se reportant au relevé de ces variantes (fasc. E), on aura un spécimen relativement étendu de l’orthographe personnelle de l’auteur des Essais, et la comparaison des deux textes ne laissera aucun doute sur la supériorité de celui de 1595.

=104=,

14, +Hault chapeau+.--PLUTARQUE, Apophth.--Sorte de tiare; coiffure monumentale portée autrefois, chez les Perses et d’autres peuples de l’Orient, par les grands et les pontifes; la tiare du pape, la mitre des évêques en sont des restes.

16, +Representez+.--HÉRODOTE, II, dit qu’il n’y avait que les pauvres qui en agissaient ainsi: «Par indigence, ils font des pourceaux de pâte, et les offrent en sacrifice après les avoir fait cuire.»--En ces derniers temps (1905), on a trouvé des poupées dans certaines sépultures de la Haute-Égypte, et on en a donné la cause suivante, se rattachant à la même idée: Dans les temps reculés, il était d’usage dans ce pays d’égorger le boucher, le boulanger et le tailleur qui avaient été attachés au service d’un illustre personnage passant de vie à trépas, et d’enterrer leurs cadavres autour de sa momie; ils continuaient, d’après les croyances religieuses, à le servir dans l’autre monde; peut-être aussi était-ce, d’après les idées sociales d’alors, comme garantie contre toute tentative d’empoisonnement; quand les mœurs s’humanisèrent, les artisans et les esclaves acquirent peu à peu le droit de se faire remplacer dans le paiement de ce suprême impôt du sang par des statuettes qui leur ressemblaient plus ou moins exactement, ce sont elles que l’on retrouve aujourd’hui.

=106=,

11, +Metempsychose+.--Transmigration des âmes d’un corps dans un autre. Ce dogme est d’origine indienne; de l’Inde, il passa en Égypte, d’où plus tard Pythagore l’importa en Grèce; on trouve cette croyance mêlée à la religion de presque tous les peuples anciens; elle devait conduire ceux qui l’admettaient à défendre l’usage des viandes, comme exposant l’homme à se nourrir de l’un des siens; aussi cette abstention est-elle une des prescriptions fondamentales de la religion des Brahmes et de la philosophie pythagoricienne; cette doctrine est une ébauche imparfaite et grossière de l’immortalité de l’âme. V. =II=, 326.

12, +Druides+.--Ministres de la religion chez les anciens Gaulois ou Celtes. Les Druides croyaient à la métempsycose; l’objet de leur culte était surtout la nature; cependant ils reconnaissaient plusieurs dieux, dont Teutatès, le dieu de la guerre; ils n’avaient point de temples et se réunissaient dans les forêts; ils se livraient à nombre de pratiques superstitieuses, attachaient une vertu particulière au gui de chêne qui, à certains jours, se cueillait en cérémonie, avec une faucille d’or; dans les grandes calamités, ils immolaient des victimes humaines: ces énormes pierres, dolmens et menhirs, qui se rencontrent parfois en grand nombre dans certaines régions, passent pour avoir servi d’autels à ces sacrifices sanglants. Ce culte comportait aussi des prêtresses qui prédisaient l’avenir; il a disparu vers le VIe siècle.

34, +Eram+.--C’est ce que Pythagore disait de lui-même et c’est dans sa bouche qu’OVIDE, Métam., XV, 60, place ces paroles.--V. N. =II=, 326: Ans.

=108=,

6, +Plutarque+.--Dans son traité d’Isis et Osiris, 39.

7, +Enfermez+.--Si l’on veut, dit-on, qu’un chat entre librement dans une chambre, il faut lui procurer et qu’il entrevoie le moyen d’en pouvoir sortir de même.

10, +Et l’vtilité... diuine+.--Var. des éd. ant.: en cet autre, ou quelque autre effect.

19, +Royauté+.--Add. des éd. ant.: vaine et.

28, +Feste+.--Les caresses.

29, +Aumosnes+.--Établissements d’assistance; on disait jadis l’aumône publique de Paris pour l’administration de l’assistance publique de cette ville.

30, +Bestes+.--Le Coran défend de surcharger le chameau et de maltraiter le cheval.--Chez nous, la loi Grammont a pareillement pour objet d’empêcher l’abus des animaux domestiques et de les protéger contre les mauvais traitements, et la société protectrice des animaux s’est donné la tâche de veiller à son application et d’en propager les idées humanitaires.

32, +Sauué+.--CICÉRON, Pro Rosc. Am., 20; TITE-LIVE, V, 47; PLINE, X, 22.--Le Capitole, temple et citadelle de l’ancienne Rome.--En =390=, après la bataille de l’Allia, les Gaulois entrèrent dans Rome qu’ils livrèrent aux flammes après l’avoir pillée et assiégèrent le Capitole. Ils étaient sur le point d’y pénétrer de nuit, quand, excitées par le bruit, des oies qui s’y trouvaient par hasard, se mirent à crier, et, par leurs cris, réveillèrent les défenseurs, ce qui permit de repousser l’assaut et fut pour Rome le salut.

33, +Hecatompedon+.--PLUTARQUE, Caton le Censeur, 3.--Le Parthénon, temple de Minerve à Athènes, appelé Hécatompedon parce qu’il avait cent pieds de large. Sa construction en était due à Périclès. L’exécution en avait été dirigée par Phidias; une statue de la déesse en ivoire, sculptée par lui, le décorait.

35, +Empeschement+.--Les Romains en usaient de même à l’égard des bêtes de somme, employées aux travaux de fortifications de leur ville.

38, +Enfans+.--A Paris, ou mieux dans ses environs immédiats, existent sous le patronage de la société protectrice des animaux des cimetières pour les chiens, chats, etc., que leurs maîtres veulent voir inhumés; à Gennevilliers, notamment, s’en trouve un assez coquet et fort bien entretenu, où certains ont même de petits monuments.

=110=,

1, +Depuis+.--DIODORE DE SICILE, XIII, 17.

3, +Trespas+.--«Si dans une maison, dit HÉRODOTE, II, 65, 66, etc., il meurt un chat de mort naturelle, quiconque l’habite se rase les sourcils; si c’est un chien, on se rase la tête et le corps entier.»

5, +Olympiques+.--HÉRODOTE, VI, 103; ÉLIEN, Hist. des animaux, XII, 40.

6, +Chef+.--Sur un cap, un promontoire.

7, +Nom+.--PLUTARQUE, Caton le Censeur, 3.--Lors de la seconde guerre médique, l’évacuation d’Athènes ayant été résolue (=480=), le chien de Xantippe, père de Périclès, se jeta à la mer, lorsque son maître se fut embarqué, et nagea près de son vaisseau jusqu’à Salamine, où il aborda épuisé de fatigue et expira sur le rivage; l’endroit où il fut enterré, a porté depuis le nom de Cynosséma (sépulture du chien).

9, +Seruy+.--PLUTARQUE, Caton le Censeur, 3, cite cette manière de faire de sa part, pour l’opposer à celle de Caton qui faisait vendre ses esclaves, lorsqu’ils devenaient vieux, pour n’avoir pas à nourrir des bouches inutiles.

CHAPITRE XII.

+Chapitre XII+.--Le plus long et, au jugement de bien des gens, le plus important et le plus curieux des Essais.--RAYMOND SEBOND, dans son ouvrage la Théologie naturelle, ou Livre des créatures, paru pour la première fois en 1487, écrit en un latin barbare, et qui fut condamné au concile de Trente, a voulu démontrer que les seules lumières de la raison suffisent, sans la révélation, pour admettre les bases de la religion, à l’encontre de ceux qui soutiennent, au contraire, qu’on ne peut prouver par des moyens humains l’existence de Dieu et de sa Providence. Il voit la preuve de son assertion dans l’infériorité et la soumission de tous les animaux vis-à-vis de l’homme, qui ne peut avoir reçu que d’un Dieu cette supériorité en toutes choses, d’où il conclut à quels devoirs de reconnaissance il est tenu envers son Créateur et qu’il peut s’élever jusqu’à lui, par l’observation de ses commandements.--Montaigne, lui, dans ce chapitre, fait plus l’apologie de la religion révélée que celle de l’ouvrage de Sebond, il tient à l’encontre de celui-ci que notre première illusion est de nous imaginer supérieurs aux autres animaux; leurs actes sont de fait semblables aux nôtres: Nous prétendons que c’est l’instinct seul qui les guide; quel avantage, si cela est, n’ont-elles pas sur nous, de faire d’elles-mêmes ce à quoi notre raison nous conduit d’un pas si incertain et sans toujours aboutir? Puis, laissant les bêtes, il s’attache à l’homme lui-même; nous montre les mieux doués, ceux-là mêmes qui ont fait de la raison l’étude de toute leur vie, en arriver à reconnaître que l’esprit humain est hors d’état d’atteindre à la vérité et de la distinguer de l’erreur. Passant en revue, d’une manière succincte et un peu confuse, mais cependant complète, les systèmes philosophiques des anciens et, sous prétexte de défendre Sebond qu’il a traduit, exposant ses propres idées, il va, en réalité, directement à l’opposite de la pensée et du dessein de l’auteur qu’il prétend appuyer; il fait ressortir de quelle incertitude est empreint le témoignage de nos sens, par lequel nous communiquons avec ce qui est en dehors de nous; combien la raison est elle-même limitée dans ses connaissances, que d’erreurs elle commet dans ses déductions; et, devant son impuissance à conduire l’homme à aucune vérité certaine, il conclut que dans le chaos des contradictions humaines, la foi en la religion chrétienne apparaît comme le parti le plus simple et le plus probable; et il l’adopte, non par conviction, mais par esprit de conduite et par insouciance, s’y abritant comme dans un port tranquille où il cherche le repos et un certain engourdissement de l’âme. En somme, il sacrifie la philosophie à la théologie, acceptant et mettant hors de cause tout ce que la foi nous enseigne, à l’opposé d’Abailard qui soutenait «qu’il ne faut croire que les choses qui se peuvent prouver par des raisons naturelles», ce qui, du reste, le fit considérer comme hérétique; mais les motifs qui le font se montrer aussi exclusivement chrétien, c’est encore chez lui du scepticisme, c’est uniquement parce que la raison humaine courte et débile ne le mène à rien et que l’Église assure l’avenir, sans qu’il ait à s’en inquiéter davantage.--Scaliger, qui était un critique de parti pris de Montaigne, dit de ce chapitre: «Il y a de tout, et cela produit le même effet que Magnificat à matines.»

+Sebonde+.--Montaigne écrit indifféremment Sebon, Sebond, Sebonde, Sabonde.

15, +Contens+.--DIOGÈNE LAERCE, VII, 165.

17, +L’ignorance+.

«Du vieux Zénon l’antique confrérie Disait tout vice être issu d’ânerie.»

=112=,

8, +Luther+.--A la suite de persécutions amenées par une protestation de sa part contre la vente des indulgences, Luther se sépara de l’Église catholique, ne reconnaissant d’autre autorité que celle des livres saints, attaquant le Pape et l’Église romaine, les vœux monastiques, le célibat des prêtres, la hiérarchie ecclésiastique, la possession de biens temporels par le clergé, rejetant le culte des saints, le purgatoire, les commandements de l’Église, la confession, le dogme de la transsubstantiation, la messe, la communion sous une seule espèce, ne conservant d’autres sacrements que le baptême et l’eucharistie sous les deux espèces.--Excommunié en 1520, il n’en devint que plus ardent, parcourut l’Allemagne, propageant ses idées nouvelles; il fit de nombreux prosélytes qui résistèrent aux persécutions par les armes et, après de nombreuses vicissitudes, ses sectateurs obtinrent définitivement, par la paix de Nimègue (1582), la liberté de conscience. Conséquent avec lui-même, Luther s’était marié en 1526.--Vers 1538, Calvin se faisait, en Guyenne, l’initiateur de cette même doctrine.

12, +Atheisme+.--En matière d’athéisme, les hommes, à peu près dans tous les temps, ont communément traité d’athées ceux qui simplement ne pensent pas comme eux; si bien que, de fait, nous en sommes arrivés à confondre dans une même acception ces deux termes de théiste et d’athée qui, grammaticalement parlant, sont tout l’opposé l’un de l’autre. En fait, l’athée n’existe pas; il n’est personne qui nie l’existence d’un principe inconnu, qui n’a pas eu de commencement, qui n’aura pas de fin et qui fait que l’univers existe; mais son essence, la façon dont il s’exerce, la raison d’être de toutes ses créatures, des mondes et des êtres animés et inanimés dont ils se composent, échappent à la faiblesse de notre intelligence, et tous nous errons quand nous cherchons à le pénétrer, parce qu’il est au-dessus de toute conception de notre part et que nous n’avons de données sur ce point que de soi-disant révélations contestables et contestées. En cette recherche stérile qui ne saurait aboutir et qui ne conduit à aucun résultat autre que le doute, non sur l’existence de Dieu, mais sur sa nature et sur notre fin, l’esprit humain s’égare et s’attriste; reste la foi, mais la foi ne se commande pas.

12, +Vulgaire+.--Les éd. ant. aj.: (et tout le monde est quasi de ce genre).

14, +Mesmes+.--Les éd. ant. aj.: et par la raison.

32, +Foible+.--C’est le cas des Essais traduits en langage de nos jours. Le style de l’auteur a un cachet, un charme si particuliers, la langue française de son époque, surtout sous sa plume, avait tellement plus d’énergie qu’actuellement, que toute traduction, quoi qu’on fasse, sera toujours inférieure au texte primitif pour ceux à même de le lire à peu près couramment.

37, +Mort+.--Montaigne commença cette traduction en 1567; il l’avait terminée en 1568. Elle fut imprimée une première fois en 1569, mais d’une façon si incorrecte que les éd. ant. des Essais aj. ici: auec la nonchalance qu’on void, par l’infiny nombre de fautes, que l’imprimeur y laissa, qui en eust la conduite luy seul. Elle a été réimprimée, en 1581, dans de meilleures conditions.

=114=,

9, +Turnebus+.--Les éd. ant. port.: Tournebeuf.

11, +D’Aquin+.--Le plus grand théologien de l’Église d’Occident et le plus grand philosophe du moyen âge. Ses ouvrages principaux sont: la Somme de la foi, établissant toutes les vérités catholiques d’après les Écritures, et la Somme théologique longtemps classique, où l’auteur discute les principales questions de la théologie, de la philosophie et de la morale (somme, terme de théologie, signifie ouvrage abrégé d’un plus grand; de la même étymologie vient sommaire).

25, +Bonté+.--Les éd. ant. port.: sacrosaincte bonté.

=116=,

30, +Sua+.--Vers imités de Virgile, faits par un auteur inconnu à la louange de Ronsard.

=118=,

2, +Chrestiens+.--Socrate n’était pas chrétien, ce qui n’a pas empêché qu’il soit parvenu à un si haut degré de vertu, que le paganisme peut l’opposer à tous ceux que le christianisme présente en ce genre: sa mort excite l’admiration; jusqu’à son dernier soupir, il se montra aussi grand qu’il avait vécu; on peut apprendre de lui à bien vivre et à bien mourir.--Erasme, cet autre sage de son temps, dit quelque part: «Peu s’en faut que je ne dise: Saint Socrate, priez pour nous!»

4, +Martyres+.--Il y a des martyrs dans toutes les religions; TERTULLIEN disait: «Ce n’est pas le supplice qui fait le martyre, mais la cause.»

8, +Tartare+.--JOINVILLE, 19.--Le pape Innocent VII avait envoyé, pour y prêcher le christianisme, des missionnaires en Tartarie, dont le roi projeta d’envoyer une ambassade à Rome, pour vérifier les assertions de ces missionnaires; mais eux-mêmes, par crainte de la mauvaise impression qu’elle pourrait en rapporter, le dissuadèrent d’y donner suite. Ce qui a pu porter Montaigne à penser que c’était saint Louis qui l’en avait détourné, c’est qu’à ce moment il était en Chypre, se rendant en Terre sainte, et l’ambassade vint l’y saluer, mais ne poussa pas plus loin.

18, +Vicieuses+.--Montaigne paraît avoir emprunté cette histoire du Décaméron de BOCCACE, 2e journée, 2e nouvelle, où le juif Abraham, pressé par un ami de se faire chrétien, s’y résout, après un voyage à Rome, par les raisons indiquées ici.

20, +Parole+.--Évangile selon S. MATTHIEU, XVII, 19 et S. PAUL, Épître aux Corinthiens.

23, +Credas+.--Cette citation est de Quintilien qui n’était pas chrétien, c’est dire que Montaigne la détourne du sens qu’elle a dans le texte latin.

34, +A nos passions+.--Les éd. ant. port.: aux hommes.

=120=,

19, +Celle là+.--Allusion à la situation de Henri III après le traité de Loches (1576). Mécontents des concessions faites par le roi aux Protestants, les Catholiques, qui jusqu’alors avaient marché avec lui, se liguent contre lui, tandis que ses adversaires de la veille se déclarent pour lui.

20, +Besoing+.--C.-à-d. n’admettre pour vrai que ce qu’il est de notre intérêt qu’on croie tel.

21, +Dire+.--BAYLE, dans son dictionnaire, remarque I de l’art. Hotman, cite et commente ce passage, disant: «Tant que le monde sera monde, il y aura partout des doctrines ambulatoires dépendantes des lieux et des temps.» C’est ce qu’à notre époque nous appelons l’opportunisme, qui, quoi qu’on en puisse dire, est l’une des lois les plus sensées de la politique, dont les principes sont tout autres que ceux de la morale avec lesquels ils sont rarement du tout au tout conciliables; celle-ci est la théorie, celle-là la pratique.

32, +Remuent+.--Au début des troubles qui agitèrent la France à cette époque, les Protestants, visant à renverser Charles IX et à faire arriver au trône Henri de Navarre, mettent en avant le droit de déposer les rois et de tuer les tyrans; les Catholiques, au contraire, repoussent tout principe autre que la légitimité. A la mort de Henri III, le roi de Navarre se trouvant, par droit d’hérédité, appelé à lui succéder, ce sont les Catholiques qui contestent ce principe de la légitimité qu’a pour lui Henri IV et qui revendiquent le droit de passer outre et de lui substituer un prétendant de leur choix; chaque parti se trouvait ainsi avoir changé de thèse et adopté celle de ses adversaires.

35, +Chrestienne+.--C.-à-d. il n’est point d’hostilités qui se prêtent mieux à la satisfaction de nos passions que celles qui ont pour cause l’intérêt de la religion.

37, +Detraction+.--Larcin, du latin detractio qui a même signification.

=122=,

1, +Vices+.--Sous-entendu: et, au contraire.

2, +Dict+.--C.-à-d. frauder la dîme, en ne donnant que de la paille sans grain; Dieu est mis ici pour les ministres du culte, par un tour d’expression dont l’usage est aussi ancien que le monde. COSTE..--De ce dicton qui signifie se moquer, aussi bien que frustrer quelqu’un de ce qui lui est dû, on donne encore une autre explication, cela voudrait dire: «Faire la barbe avec un bouchon de paille.» PAYEN.--Rabelais, I, 11, l’emploie avec une variante: «Gargantua faisoit gerbe de feurre aux Dieux.»

14, +Bigue+.--C.-à-d. voulut échanger l’un pour l’autre.--Bigue signifiait échanger, troquer.

17, +Orpheus+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 4.--Les initiés composaient une secte dissidente des philosophes pythagoriciens; ils avaient en vue la pratique de la vertu, croyaient à l’expiation des crimes dans l’autre monde et s’abstenaient de manger la chair des animaux; ils prétendaient avoir reçu d’Orphée les dogmes qu’ils professaient.

26, +Prestre+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 39.

35, +Iesus-Christ+.--S. PAUL, dans son Épître aux Philipp., I, 23.

36, +Donnoit+.--CICÉRON, Tusc., I, 34; CALLIMAQUE, Epigr., 24; OVIDE, in Ibin, v. 495; S. AUGUSTIN, De Civit. Dei, I, 22.

=124=,

1, +Alemans+.--VOLTAIRE, dans Zaïre, exprime la même idée:

«Je le vois trop: les soins qu’on prend de notre enfance, Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance. J’eusse été, près du Gange, esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux: L’instruction fait tout; et la main de nos pères Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères.»

9, +Ne ramene+.--Var. des éd. ant. à 88: vne extreme douleur ou voisinage de la mort, ne ramenent par force...

13, +Plato+.--Lois, au commencement du liv. X, passage déjà cité dans les Essais, =I=, 580.

17, +Dit-il+.--PLATON, République, I.

23, +Loix+.--C’est le résultat de ce que dit PLATON sur la fin du second livre au commencement du troisième de sa République.

29, +Bion+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 4.--Cette réflexion même, si juste et si naturelle, est de Diogène Laërce, qui d’ordinaire s’abstient de tout commentaire.

31, +Force+.--Les sectateurs d’Aristippe et d’Épicure fondaient la religion sur la crainte; la loi, sur l’utilité; la justice, sur la coutume.

=126=,

29, +Luy-mesmes+.--S. PAUL, Épître aux Romains.--C’est Dieu qui est présenté comme tenant ce langage parce que l’apôtre est considéré comme parlant en son nom.

32, +Facteur+.--«Tout ainsi que par ce peu de lumiere que nous auons la nuict, nous imaginons la lumiere du soleil qui est esloignée de nous; de mesme, par l’estre du monde que nous connoissons, nous argumentons l’estre de Dieu, qui nous est caché...» R. SEBOND, Théologie naturelle, 24, traduction de Montaigne.

=128=,

4, +Œuures+.--Dans l’Épître aux Romains.--S. Paul, surnommé l’apôtre des Gentils parce qu’il a évangélisé en dehors de la Judée, n’est ni du nombre des douze apôtres proprement dits, quoiqu’il soit toujours compté comme tel, ni même des disciples de Jésus-Christ. Né de parents juifs, il se nommait Saul et fut d’abord un persécuteur violent du christianisme; mais, sur le chemin de Damas, il eut une vision, se convertit, devint un des plus ardents propagateurs de la religion nouvelle et finit par obtenir le martyre à Rome. On a de lui les Actes des apôtres qui sont sa propre histoire et quatorze lettres aux Églises avec lesquelles il était en relation, elles se distinguent par la logique et la sagesse des principes qu’il expose.--Godeau, évêque de Grasse (1605-1672), dit de lui:

«Et la grâce en son cœur ayant fait des miracles, Sa bouche expliquera les plus sacrés oracles.»

9, +Leges+.--Les éd. ant. aj.: Si mon imprimeur (de la Théologie naturelle) estoit si amoureux de ces prefaces questées et empruntées, de quoy par l’humeur de ce siecle il n’est pas liure de bonne maison, s’il n’en a le front garny, il se deuroit seruir de tels vers, que ceux cy qui sont de meilleure et plus ancienne race que ceux qu’il est allé planter.

=130=,

3, +Couche+.--On incline, on penche en faveur.--Les éd. ant. port.: Celui qui est d’ailleurs imbu d’vne creance reçoit bien plus aisément les discours qui lui seruent, que ne fait celuy qui est abreuué d’vne opinion contraire, comme font ces gens icy, au lieu de: «On couche... en soy».

21, +Ἑαυτόν+.--Cette pensée est d’HÉRODOTE, qui la met dans la bouche d’Artaban cherchant à détourner Xerxès de son expédition contre les Grecs.

24, +Platon+.--Dans le Timée.

32, +S. Augustin+.--De civitate Dei, XXI, 5.--Le premier des Pères de l’Église. Eut une jeunesse fort dissipée, se convertit, fut baptisé à 32 ans et devint, par la parole et la plume, un des plus ardents et solides défenseurs du christianisme. Ses principaux ouvrages sont: La Cité de Dieu, son chef-d’œuvre, admirable peinture de la religion chrétienne; ses Confessions, où il fait l’histoire de ses erreurs et de sa conversion, et le Traité sur la grâce et le libre arbitre; on a encore de lui nombre de sermons, de lettres et d’écrits contre les hérétiques de son temps.

=132=,

3, +Philosophie+.--S. PAUL, Aux Colossiens, II, 8.

5, +Dieu+.--S. PAUL, Aux Corinthiens, I, 3, 19.

5, +Vanitez+.--Pensée tirée de l’Ecclésiaste et de PLINE.

7, +Sçauoir+.--Pensée tirée de LUCRÈCE et de l’Épître de S. PAUL aux Corinthiens.

8, +Trompe+.--Cette pensée se trouve également dans LUCRÈCE et dans S. PAUL, Épître aux Galates.

=134=,

1, +Cestuy-la+.--Le philosophe stoïcien Balbus qui, dans Cicéron, s’exprime comme le porte la citation qui suit.

=136=,

6, +Mouuements+.--On croyait encore généralement alors que le soleil tournait autour de la terre, etc.

13, +Plutarque+.--Plutarque dit bien que, peut-être, la Lune est habitée, que ses habitants doivent y être plus dispos, plus légers au physique, plus faciles à nourrir que nous, mais il ne parle pas de colonies.

19, +Quant et quant+.--Les éd. ant. aj.: dict Pline.

23, +Trois+.--C.-à-d. avec les animaux vivant sur terre, et, par cela même, de pire condition que ceux des deux autres espèces: les oiseaux qui volent dans les airs, et les poissons qui nagent dans les eaux.

34, +D’elle+.--Cette pensée a été traduite en vers par Senecé:

«Mais sait-on, dit Montaigne, Quand avec son chat d’Espagne Un homme prend ses ébats, Si le chat n’a pas en tête Que l’homme est une bête Propre à divertir les chats.»

Observons, en passant, que cette rime, dans les deux premiers vers, de Montaigne avec Espagne, montre bien comment encore à cette époque (1717) on prononçait le nom de l’auteur des Essais.--A propos de chat, Mahomet en avait un qu’il aimait au point qu’un jour, dit-on, cet animal dormant sur un pan de son caftan, et le moment de la prière étant venu, le prophète coupa son vêtement, afin de ne pas troubler le sommeil de l’animal.

=138=,

2, +Saturne+.--Dans la Politique.--Chassé du ciel par Jupiter, et accueilli sur terre par Janus, roi du Latium, auquel il succéda, Saturne apprit aux Latins l’art des semailles, fit fleurir la paix, l’abondance, la justice, et son règne fut l’âge d’or pour l’Italie. Myth.

18, +Troglodytes+.--Ancien peuple de l’Afrique qui vivait dans des cavernes ou dans des trous creusés dans la terre. Mais, dans bien des contrées, voire même en France, existent des vestiges de pareilles habitations établies dans des anfractuosités naturelles, grossièrement aménagées et qui remontent aux temps préhistoriques; on a qualifié de ce même nom de Troglodytes, ceux dont elles ont été la demeure.

20, +Thyaneus+.--PHILOSTRATE, Apollonius de Thyane, I, 20.

20, +Melampus+.--APOLLODORE, I, 9, 11.

20, +Tirasias+.--APOLLODORE, III, 6, 7, etc.

22, +Roy+.--Dans l’intérieur de l’Afrique, dit PLINE, Hist. nat., IV, 30, au delà de la Nubie, se trouvent les Ptoemphanes, qui ont pour roi un chien, dont ils consultent les divers mouvements.--Cette erreur ne proviendrait-elle pas de la similitude du mot latin canis (chien) avec les mots qui dans plusieurs langues signifient le roi ou seigneur comme, par exemple, Khan chez les Tartares, King en anglais, Kœnig en Allemagne? PAYEN.

24, +Nous+.--«Les enfants des hommes sont en eux-mêmes semblables aux bêtes, ils ont même destinée; l’homme n’a pas d’avantage sur la bête.» Ecclésiaste, III.

25, +Intelligence+.--Les éd. ant. aj.: de leurs mouuemens et.

34, +Qu’il y a+.--Add. des éd. ant. à 88: de la menasse et.

36, +Voix+.--C.-à-d. qui ne profèrent aucun son.

=140=,

27, +Cestuy-cy+.--Ce langage par gestes.

32, +Langue+.--Aux extrémités de l’Éthiopie, dit PLINE, VI, naissent des animaux et des hommes de formes monstrueuses; l’excessive mobilité des feux solaires varie les corps et les multiplie à l’infini; et, parmi ces phénomènes, il en est certains qui n’ont d’autre langage que les gestes et les signes.

37, +Mot+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.

=142=,

6, +Prudence+.--Les éd. ant. port.: prouidence.

39, +Par art+.--Les éd. ant. aj.: et par industrie.

=144=,

33, +Vniforme+.--Les éd. ant. aj.: la foiblesse de nostre naissance se trouue à peu pres en la naissance des autres creatures.

40, +Souffrir+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux aj.: le visage, les pieds, les mains, les iambes, les espaules, la teste, selon que l’vsage nous y conuie.

=146=,

3, +Nombril+.--Louis XIII avait une profonde répugnance pour cette exagération qui se maintint jusqu’au milieu du XVIIIe siècle; on cite de lui à cet égard plusieurs anecdotes.--Voulant, un jour, s’emparer d’une lettre qu’une dame de sa cour avait cachée dans son sein et qu’il avait intérêt à connaître, il alla l’y chercher avec des pincettes.--Une autre fois, se trouvant à table et voyant s’approcher de lui une femme habillée et découverte suivant cette mode, il retint une gorgée de vin dans la bouche et la lui lança dans le sein, ce qui la fit se retirer toute honteuse.

6, +Plier+.--PLUTARQUE, Lycurgue, 13.

21, +Labourage+.--Les éd. ant. aj.: sans aucune nostre industrie.

22, PLANTÉ.--En abondance.--Ce mot dérive de plénité, qui vient du latin plenitas qui a ce même sens: saturation complète, plénitude.

=148=,

6, +Ichneumon+.--Appelé aussi mangouste et rat de Pharaon; carnassier de la grosseur d’un chat et de la forme de la martre; les Égyptiens le révéraient parce qu’il détruit les œufs de crocodile.

7, +Crocodile+.--Appelé aussi alligator, reptile de l’ordre des sauriens, amphibie à quatre pattes de la forme d’un énorme lézard, mais atteignant jusqu’à 3 et 4 mètres de longueur; se rencontre sur les bords de grands cours d’eau de la zone tropicale en Afrique, en Asie et en Amérique; le crocodile était à Thèbes, en Égypte, l’objet d’une grande vénération.

13, +Faire+.--Ce fait s’est rencontré en Allemagne (Gaspard Hauser), en France (le sauvage de l’Aveyron), et on pourrait en citer d’autres.--Gaspard Hauser qui, de 1828 à 1833, excita vivement l’attention en Bavière, fut découvert à l’âge apparent de 15 à 16 ans; il semblait n’avoir jamais rien vu, rien appris, être absolument étranger à la vie commune; il n’avait aucune idée du temps, des distances, était presque inconscient de ses mouvements.--Le sauvage de l’Aveyron, enfant trouvé en 1800 dans les forêts de cette région, pouvait avoir une dizaine d’années, il se trouvait physiquement et moralement en même état que Gaspard Hauser; il fut placé à l’institution des sourds et muets, où plusieurs années de soins assidus parvinrent à éveiller, mais bien faiblement, son intelligence et le langage.

22, +Oyseaux+.--C.-à-d. ne conversons-nous pas avec eux dans un autre langage et en employant d’autres termes qu’avec les oiseaux.

27, +Lactance+.--Inst. div., III, 10.

28, +Encore+.--Quant au rire, cela se rencontre parfois chez le chien; on en a vu riant comme fait une personne, sans éclat de voix cependant. Pour ce qui est de la parole proprement dite, il en est qui pensent que les animaux, ou au moins certains d’entre eux, la possèdent; toujours est-il que jusqu’ici on n’en trouve que trois qui, d’après la Bible et la fable, aient usé de la même langue que l’homme: l’ânesse de Balaam, le berger de Phryxus et le cheval d’Achille.--Balaam, dit la Bible, était un prophète madianite; l’ânesse qu’il montait, effrayée par la vue d’un ange, demeuré invisible à Balaam, ayant à trois reprises fait un écart, et son maître la frappant, elle finit par protester en paroles très nettes; et ses yeux se dessillant alors, Balaam aperçut l’ange et reconnut que tout cela s’était accompli par la volonté de Dieu.--Phryxus, fils du roi de Thèbes, fuyant une accusation d’inceste, avait traversé sur un bélier à toison d’or le détroit qui sépare l’Europe de l’Asie, et abordant sur la côte opposée, s’y était endormi. Les habitants le découvrirent et se disposaient à lui faire un mauvais parti, lorsque son bélier le réveilla et lui apprit avec une voix humaine le danger auquel il était exposé. Myth.--Dans l’Iliade, lorsque Achille s’élance pour venger Patrocle, Xanthe, un de ses chevaux, avec la permission de Junon, lui prédit sa mort prochaine.

30, +Aristote+.--Hist. des animaux, IV, 9.

37, +Deuination+.--Conjecture.

=150=,

24, +Desespoir+.--«L’homme n’a qu’un privilège, celui de l’imagination, et il le paie cher.» SAINTE-BEUVE.--Est-il prouvé que les animaux n’ont pas d’imagination?

31, +Meilleure+.--Cette question de l’âme des bêtes, leur connaissance, leur raisonnement, discutée à toutes les époques, a donné lieu à de nombreux ouvrages où sont cités à l’appui d’innombrables exemples dont quelques-uns sont reproduits dans les pages suivantes. Montaigne, dans cette controverse, semble pencher pour l’affirmative, au point que Bayle prétend que son intention a été que l’apologie de Raymond Sebond fût en partie celle des bêtes. Les auteurs qui ont agité ce problème, inclinant soit dans un sens, soit dans un autre, abondent aussi bien dans l’antiquité que de nos jours; parmi eux: Aristote, Pline, Descartes, Leibnitz, Locke, Toussenel.

=152=,

17, +S’auancer+.--PLUTARQUE, De l’Industrie des animaux, 12.

22, +Paix+.--Argumentation souvent citée en logique et connue sous le nom de «Sorite du renard»; sorite signifie une série de propositions si bien liées entre elles, que la dernière est ou semble la conclusion naturelle de la première.

31, +Climacides+.--Mot dont la signification est échellières.--PLUTARQUE, Comment on peut discerner le flatteur d’avec l’ami, 3.

35, +Concubines+.--Ce terme n’éveillait dans l’antiquité aucune idée d’immoralité; c’était une femme au même titre que l’épouse dite légitime, mais de condition sociale inférieure à celui qui l’épousait.

36, +Mary+.--Chacun, dit HÉRODOTE, V, 5, a plusieurs femmes; lorsqu’il vient à mourir, il s’élève entre elles de grandes contestations pour savoir celle qu’il aimait le mieux; ses amis s’intéressent vivement à la dispute. Celle en faveur de qui on s’est prononcé reçoit les éloges de l’assistance; son plus proche parent l’immole ensuite sur le tombeau de son mari et on l’enterre avec lui; les autres femmes sont très affligées de cette préférence, qui est pour elles un très grand affront.--Voir aussi POMPONIUS MELA, II, 3, etc.

40, +Capitaines+.--Le chef des Sotiates, peuple de l’Aquitaine (Gaule), dit CÉSAR, De Bello Gall., III, 22, était accompagné de 600 hommes dévoués, liés à lui par un pacte tel qu’ils jouissaient de tous les biens de la vie dont ce chef lui-même avait la jouissance, mais par contre, s’il venait à périr de mort violente, ils participaient à son sort et se tuaient de leurs propres mains; institution à laquelle certains font remonter l’origine du régime féodal.

=154=,

5, +Seruice+.--PÉTRONE, Sat., 117.

15, +Tombe+.--HÉRODOTE, IV, 71 et 72.

23, +Sert+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 75.

36, +Partons+.--Du verbe partir, partager, diviser en plusieurs parts. Ce mot vieilli n’est plus d’usage que dans cette phrase proverbiale: «Ils ont toujours maille à partir entre eux»; mais on le retrouve dans ses dérivés: répartir, répartition, etc.

38, +Chasseurs+.--PLINE, X, 8.

43, +Colliers+.--Collets, lacs à prendre des lièvres, des lapins, etc.

44, +Seche+.--PLUTARQUE, De l’Industrie des animaux, 28.--La sèche, ou seiche, mollusque de mer, qui projette autour de lui un liquide noirâtre, quand il cherche à se dérober à un ennemi, liquide duquel on extrait la sépia.

=156=,

10, +Sylla+.--Allusion à la maladie pédiculaire dont il mourut (=78=), conséquence des débauches auxquelles il se livra toute sa vie. Cette maladie, connue sous le nom de phtiriase, est très rare; elle est caractérisée par la génération rapide d’une telle quantité de vermine, qu’elle finit par ronger vivant le malheureux atteint de cette affection. Le roi Hérode, l’empereur Galère périrent de la sorte, et les premiers chrétiens y virent une punition céleste du premier pour le massacre des innocents, du second pour la persécution dont eux-mêmes furent l’objet sous le règne de Dioclétien et dont il avait été le principal instigateur; il s’en produirait encore des cas, particulièrement chez les alcooliques invétérés.--PASCAL a exprimé d’une façon analogue cette fragilité de l’homme: «Cromwell allait ravager toute la chrétienté; la famille royale était perdue et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son urètre; Rome même allait trembler sous lui, mais ce petit gravier qui n’était rien ailleurs, mis en cet endroit, le voilà mort, sa famille abaissée et le roi rétabli.» Seulement, Pascal a fait erreur: Cromwell n’est pas mort de la pierre, mais de la fièvre.

11, +Empereur+.--Du latin imperator, titre qui se décernait, à Rome, aux généraux victorieux; c’est le sens dans lequel il est employé ici.

15, +Rubarbe+.--Rhubarbe; plante dont la racine est stomachique et purgative.

15, +Polypode+.--Sorte de fougère qui s’emploie contre la toux.

17, +Dictame+.--Plante aromatique et vulnéraire.

19, +Origanum+.--Origan; plante aromatique qui ne croît qu’aux hautes altitudes.

19, +Dragon+.--Petit lézard inoffensif.

20, +Fenoil+.--Fenouil; plante aromatique et apéritive.

21, +Elephans+.--Le plus gros des animaux de notre époque; mammifère de l’ordre des pachydermes, remarquable par sa taille, ses défenses et sa trompe; on distingue l’éléphant d’Afrique et celui d’Asie, ce dernier notablement plus grand que le premier. Dans l’Inde, on emploie l’éléphant comme bête de trait et de somme; il y est l’objet d’une grande vénération; on lui prête des vertus et des vices; des mœurs raisonnées, jusqu’à l’observance d’un culte, celui du soleil et de la lune; il vit en société. Anciennement il était fort employé à la guerre par certains peuples (V. N. =II=, 56: Elephans); plus tard à Rome, dans les divertissements publics; on en cite de capables de tracer des caractères, d’autres se distinguant dans la danse, l’acrobatie.

23, +Porus+.--PLUTARQUE, De l’Industrie des animaux, 13.

31, +Chrysippus+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrrh. hypot., I, 14.

34, +A la queste... poursuite+.--Var. des éd. ant.: estant à la suyte de son maistre (lequel il a esgaré pour s’estre endormy et ne l’auoit vu partir du logis) ou à la queste.

36, +Ratiocination+.--Add. des éd. ant.: et sans discours.

=158=,

37, +Plutarque+.--De l’Industrie des animaux, 18.

38, +Pere+.--Vespasien le père de Titus et de Domitien.

=160=,

8, +Reuenu+.--Ranimé. Se revenir, du latin se recolligere, a cessé d’être pronominal, et on dit aujourd’hui: revenir d’un profond sommeil, d’un évanouissement.

12, +Languedoc+.--C’étaient des roues à chapelet ou à godets, qu’en Espagne on nomme norias, appellation qui est passée dans notre langue; leur usage est très répandu en raison même de la rusticité du système.

16, +Court+.--PLUTARQUE, De l’Industrie des animaux, 20.--Les paysans vendéens disaient: «Nos bœufs connaissent le dimanche et ne veulent pas travailler ce jour-là.»

20, +Democritus+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 14.

22, +Tistre+.--Vieux mot qui signifie faire quelque ouvrage de fil, de soie ou de cheveux.

24, +Aristote+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 18; PLINE, Hist. nat., X, 29.

38, +Arrius+.--ARRIEN, Hist. Indic., 14.--Arrius est une faute d’impression qui se trouve dans toutes les éditions originales, qui devraient porter Arrianus.

=162=,

4, +Apprendre+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 12.

7, +Maistres+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 12; PLINE, VIII, 3.--Le fait est donné comme s’étant produit du temps de l’empereur Domitien; battu pour n’avoir pas bien exécuté sa leçon, un de ces animaux fut vu la répétant de lui-même, la nuit suivante, au clair de lune.

8, +Respondant+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 18.

23, +Dit+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 12.

32, +Barbarie+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 12.--La Barbarie, partie septentrionale de l’Afrique depuis Tripoli jusqu’au Maroc, ainsi nommée au moyen âge des Berbers, ses premiers habitants, qui subsistent encore sous les noms de Kabyles, de Touareg, absolument distincts des Arabes.

34, +Iuba+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 10.--Juba avait passé une grande partie de sa jeunesse à Rome, et s’était adonné à l’étude de l’histoire et de la nature; il a écrit, en grec, divers ouvrages aujourd’hui perdus.

=164=,

12, +Cendre+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 10.--Dans le même genre, on cite encore ce trait d’un éléphant qu’un peintre voulant peindre la trompe élevée, son cornac, pour le maintenir en cette position, feignait de lui jeter du pain. Ennuyé d’être ainsi dupé, l’animal remplit sa trompe d’eau et, ne se trompant pas sur la cause de la mauvaise plaisanterie qu’on lui faisait, en aspergea le peintre et son tableau que celui-ci dut renoncer à terminer.

16, +Elephans+.--Add. des éd. ant.: qu’on y mesloit.

21, +Tyrio+.--Annibal est qualifié de tyrien par le poète, comme étant de Carthage fondée elle-même par une colonie phénicienne (=870=).

39, +Aspreté+.--C’est ce que plusieurs peuples de l’antiquité avaient déjà pratiqué. PLINE, VIII, 40, conte: «En vue de la guerre, les Colophoniens et aussi les Castabalenses organisent des troupes de chiens qu’ils font combattre en première ligne et qui jamais ne cèdent; ce sont là des auxiliaires qui ne le cèdent pas aux mercenaires.»--STRABON dit, de son côté, que les anciens Gaulois se servaient à la guerre de chiens d’Angleterre aussi bien que de ceux de leur pays.--Cet emploi s’est depuis reproduit souvent en Amérique et en Afrique, dans les rencontres d’Européens avec des adversaires d’autre race; il était rendu possible surtout par la quasi-nudité de ceux-ci et la différence d’odeur qu’ils exhalent; et, dans la chasse des nègres fugitifs, du temps où l’esclavage existait, il était d’usage courant. On s’est occupé, en ces dernières années, de leur utilisation dans la guerre moderne: les expériences n’ont pas été satisfaisantes; en tout cas, si jadis il a pu être question de meutes lâchées sur l’ennemi, leur action ne saurait être aujourd’hui qu’individuelle et fort restreinte, par exemple, comme auxiliaire d’une sentinelle pour éventer l’approche ou la présence de quelqu’un.--On semble devoir éprouver moins de déconvenue dans l’essai que l’on tente aujourd’hui de les adjoindre à la police, dans ses rondes de nuit; leur concours paraît devoir être précieux contre ces rôdeurs et assassins dont le nombre et l’audace vont croissant dans des proportions excessives dans les grandes villes et leurs banlieues, et dont on n’aura raison que par le rétablissement des peines corporelles.

=166=,

3, +Passé+.--Les éd. ant. port.: Nous viuons, et eux et nous, sous même tact, et humons vn mesme air; il y a, sauf le plus et le moins, entre nous, vne perpetuelle ressemblance, au lieu de: «C’est vne... le passé» (lig. 1 à 3).

20, +Murene+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 24.--La murène est un poisson de mer qui ressemble à l’anguille; il était fort estimé des anciens Romains qui en conservaient dans des viviers.

22, +Arethuse+.--Les eaux de cette source passaient pour conserver toute leur pureté à travers les eaux amères et fangeuses dans lesquelles elles vont se perdre.--L’éd. de 80 aj. ici: et d’autres poissons.

28, +Religion+.--PLINE, VIII, 1.--Démocrite, Xénocrate et plusieurs autres philosophes dans l’antiquité ont accordé une religion aux animaux.

35, +Part+.--C.-à-d. nous ne pouvons prendre ni en bonne ni en mauvaise part les actions dont les mobiles nous sont absolument inconnus.

38, +Vid+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 12.

39, +Fourmis+.--Fourmi, aujourd’hui féminin, était autrefois masculin.

=168=,

9, +Par là+.--Les éd. ant. aj.: (encore qu’à son iugement les bestes soient incapables de raison).

17, +Nauale+.--Bataille d’Actium (auj. Arta), sur la côte orientale de la mer Ionienne; bataille gagnée par Agrippa, qui, en donnant la supériorité à Octave (devenu depuis l’empereur Auguste) sur Antoine son rival, mit fin de fait à la république romaine (=31=).

29, +Dehors+.--PLINE, XXXII, 1.--Remora signifie en latin retardement, obstacle.--Le remora est un petit poisson qui s’attache aux vaisseaux, aux rochers, quelquefois à d’autres poissons; mais qu’il puisse retarder la marche même d’une simple barque, et a fortiori l’arrêter, est pure fable.--Les anciens lui attribuaient du reste bien d’autres propriétés: il servait à composer des poisons capables d’amortir et d’éteindre les feux de l’amour, d’arrêter l’action de la justice, de prévenir les accidents chez les femmes enceintes; conservé dans du sel, il avait pouvoir de retirer du fond d’un puits l’or qui pouvait y être tombé. Quant à sa propriété capitale d’arrêter la marche d’un bateau, il la partageait avec cette coquille du genre porcelaine, du nom de conque de Vénus, qui lui aurait été donné en mémoire du fait suivant: Périandre, tyran de Corinthe, ayant envoyé un navire portant l’ordre de mutiler, en vue de les rendre impropres à la reproduction, trois cents enfants nobles de Corcyre, un grand nombre de ces coquillages s’attachèrent à la carène du vaisseau qui ne put avancer malgré toute la fureur du vent.

34, +Tirer+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 15.

35, +Assis+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 28.

=170=,

6, +Nous+.--Toute cette partie de l’apologie de Sebond, dans laquelle Montaigne a exalté les animaux comparés à l’homme, et qui a eu pour objet de rabaisser ce dernier et de lui faire sentir la débilité de sa nature et le ridicule de son orgueil, a été approuvée par PASCAL qui a soutenu la même thèse; BOSSUET, au contraire, l’a réfutée. Dans son troisième sermon pour la Toussaint, prêché devant le roi, en 1669, après avoir nommé Montaigne, il l’apostrophe ainsi: «Mais dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez si finement de l’homme, parce qu’il s’imagine être quelque chose, comptez-vous donc pour rien de connaître Dieu? en connaître le principe, adorer son éternité, admirer sa toute-puissance, louer sa sagesse, s’abandonner à sa Providence, obéir à sa volonté, n’est-ce là rien qui nous distingue des bêtes?» C’est là une belle période oratoire mais qui, au fond, n’est qu’une manifestation de plus de l’immense orgueil de l’homme uniquement étayée sur le magnifique langage propre à Bossuet, qui en outre a le tort de prendre ainsi de la sorte Montaigne à partie comme entaché d’athéisme, rien dans son livre ni dans sa vie ne l’y autorisant.--CICÉRON, beaucoup plus rationnel, concilie ainsi, dans les Tusculanes, ces opinions si divergentes: «Toutes les âmes renferment je ne sais quoi de mou, de lâche, de bas, d’énervé, de languissant: s’il n’y avait que cela en lui, rien ne serait plus hideux que l’homme; mais, en même temps, il s’y trouve bien à propos cette maîtresse, cette reine absolue, la raison, qui, par les efforts qu’elle a d’elle-même le pouvoir de faire, se perfectionne et devient la suprême vertu. Or, pour être vraiment homme, il faut lui donner pleine autorité sur cette autre partie de l’âme dont le devoir est d’obéir.» Dans le même ordre d’idées, Cicéron écrit ailleurs: «Quand on a dit à l’homme: Connais-toi toi-même, ce n’était pas seulement pour rabaisser son orgueil, c’était aussi pour lui faire sentir ce qu’il vaut.»

8, +Oyseaux+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. hypot., I, 14.

16, +Torpille+.--Poisson du genre de la raie, qui présente la propriété d’être une source d’électricité, dont la décharge engourdit qui la touche, et se transmet dans l’eau, en raison de la conductibilité de ce liquide, à tout corps à distance suffisamment courte; de là l’appellation donnée à l’engin de guerre de ce nom, destiné à couler les navires ennemis.

38, +Nostre+.--Les éd. ant. aj.: Car à nos enfans il est certain que bien auant en l’aage, nous n’y découurons rien sauf la forme corporelle, par où nous en puissions faire triage.

=172=,

6, +Beste+.--BOERHAAVE, médecin célèbre du XVIIIe siècle, laissa en mourant un gros registre, dans lequel on comptait trouver de précieux renseignements sur son art; on y lut seulement ce conseil, aphorisme populaire dont l’origine se perd dans la nuit des temps: «Tenez-vous la tête fraîche, le ventre libre, les pieds chauds, et moquez-vous des médecins.» PAYEN.

10, +Effectuelle+.--Add. des éd. ant.: et plus naturelle.

30, +Hyrcanus+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 13.

33, +Pyrrhus+.--id., ibid.

=174=,

15, +Iour+.--St Pierre, dit-on, à un moment de son existence, ne mangeait que des olives, et même que des mauves d’après St Grégoire de Nazianze; mais avec, il mangeait du pain. PAYEN.

25, +Saisissant+.--La présence d’étrangers, même en petit nombre, suffit à altérer l’âme d’un peuple. Ce fut l’infiltration pacifique des Barbares, bien plus que leurs invasions guerrières, qui amenèrent la transformation de la civilisation romaine; et c’est là un danger pour les États-Unis qu’envahit l’émigration étrangère, aujourd’hui presque entièrement composée d’éléments inférieurs; de 1880 à 1890, ils ont reçu près de 6.000.000 d’émigrants.--Il en est de même de la France, pays riche dont la population ne s’accroît plus (l’excédent des naissances sur les décès n’a été en 1905 que de un sur mille), entouré de pays pauvres dont la population s’accroît constamment et dont les tendances à l’émigration sont favorisées par les exigences croissantes de nos ouvriers qui les rendent nécessaires pour les besoins de l’agriculture et de l’industrie. Ils n’étaient pas 400.000, il y a cinquante ans; ils dépassent aujourd’hui un million et demi et arrivent en rangs chaque jour plus pressés.--Parmi les moyens préconisés pour ralentir ce mouvement, sont: le service dans la légion étrangère pour ceux âgés de moins de vingt-cinq ans et ayant deux ans de présence; une taxe militaire pour ceux plus âgés; suppression à peu près absolue de la naturalisation; impôt du quart des revenus et des salaires pour tous les individus d’origine étrangère, naturalisés ou non, établis en France depuis moins de cinquante ans (G. Lebon).

26, +Sont+.--Add. des éd. ant.: à la verité.

=176=,

2, +Tettins+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 17.--Les éléphants semblent prêter volontiers à des histoires de ce genre: JUBA en mentionnait un qui aimait une marchande de parfums et lui versait dans le sein les pièces de monnaie qu’il recevait; on en cite un autre qui, passionné pour un jeune syracusain de l’armée de Ptolémée, refusait de manger chaque fois qu’il ne le voyait pas.

4, +Glaucia+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 17.

6, +Parenté+.--OPPIEN, Poème de la chasse, I, 236.--VARRON dit: «Il s’est produit à cet égard un fait incroyable. On voulait faire saillir à un cheval la jument de laquelle il était né; ne pouvant l’y amener, on lui couvrit les yeux; quand, après la monte, on les lui découvrit, il se précipita contre un mur et se tua net» (V. N. =I=, 634: Desdaigner).

22, +Finesse+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 15; ELIEN, Hist. des anim., VII, 42.--LA FONTAINE a traité ce sujet à peu près de même façon dans sa fable «L’âne chargé d’éponges et l’âne chargé de sel».

=178=,

31, +Duello+.--Il s’agit ici de la guerre de Troie, l’événement le plus célèbre des temps mythologiques.--Cette guerre causée par l’enlèvement par Pâris, prince troyen, d’Hélène femme de Ménélas, roi de Sparte, dura dix ans et se termina par la prise de la ville et la destruction de ce royaume par les Grecs confédérés, sous les ordres d’Agamemnon, roi d’Argos (1200 av.). V. N. =III=, 512: Pomme.

35, +Trouble+.--LA FONTAINE, dans sa fable des Deux coqs, a exprimé la même idée à sa façon:

«Deux coqs vivaient en paix; une poule survint, Et voilà la guerre allumée! Amour, tu perdis Troie; et c’est de toi que vint Cette querelle envenimée Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint.»

45, +Futuam+.--Subjonctif de futuere, qui vient du grec φυτεύω (je plante), signifiait accomplir l’acte de génération et uniquement entre hommes et femmes; contrairement à pædicem qui s’entendait du commerce avec les garçons, parfaitement admis avant le christianisme; mentula, membre indicateur du sexe masculin, est souvent employé dans Martial. Le grave Théodore de Bèze, docteur du protestantisme, s’est laissé aller à en faire le sujet d’une petite pièce qui ne manque pas d’agrément (V. N. =III=, 208: Fouteau).

49, +Canant+.--Cette épigramme est de l’empereur Auguste; elle nous a été conservée par MARTIAL, qui en la reproduisant dit, avec juste raison, que ses propres vers n’offrent rien de pire. FONTENELLE s’est risqué à la traduire, mais, à la différence du poète latin, il a transformé les quelques mots, et particulièrement ceux relatifs à Manius, qui constituent la satire la plus mordante à l’égard de Fulvie:

«Parce qu’Antoine est charmé de Glaphyre, Fulvie à ses beaux yeux pense m’assujettir. Antoine est infidèle: eh bien, serait-ce à dire Que des fautes d’Antoine on me fera pâtir? Qui? moi! Que je serve Fulvie! Suffit-il qu’elle en ait envie? A ce compte, on verrait se retirer vers moi Mille épouses mal satisfaites. Aime-moi, me dit-elle, ou combattons? Mais quoi, Elle est bien laide! Allons, sonnez trompettes.»

=180=,

1, +Donné+.--Marguerite de France, femme du roi de Navarre, depuis Henri IV, à laquelle, croit-on, Montaigne adressait cette apologie de Sebond.--Sœur de Charles IX, son mariage, né de la politique, ne fut pas heureux: mari et femme étaient aussi dévergondés l’un que l’autre: leur union se termina par une annulation prononcée par le Pape en 1599. Longtemps Marguerite (Margot comme on l’appelait) s’y refusa, «ne voulant pas, écrivait-elle en 1593 à Duplessis, que cette bagasse (ancienne prostituée,--il s’agissait de Gabrielle d’Estrées) soit mise à sa place sur le trône de France». Elle finit cependant par céder, mais sa rivale n’en bénéficia pas: la demande d’annulation, faite en février, fut prononcée en décembre; dans l’intervalle, en avril, la favorite était morte subitement.

2, +Mouuements+.--C.-à-d. une armée.

3, +Lybico+.--Les anciens donnaient le nom de mer de Libye aux deux golfes formés par la mer Méditerranée sur les côtes de la Tripolitaine et de la Tunisie et qui, remplis de bas-fonds, étaient très redoutés des navigateurs.

9, +Brouée+.--Brouillard épais, brume qui souvent règne l’hiver, dans la matinée.

10, +Terre+.--PASCAL s’est inspiré de cette idée: «L’esprit du plus grand homme du monde n’est pas si indépendant, qu’il ne soit sujet à être troublé par le moindre tintamarre qui se fait autour de lui; il ne faut pas le bruit du canon pour empêcher ses pensées, il ne faut que le bruit d’une girouette ou d’une poulie.»

18, +Poëte+.--Allusion aux abeilles que chante Virgile, et aux essaims desquels on se rend maître en les enfumant.

21, +Armes+.--PLUTARQUE, Sertorius, 6.--Ce ne fut pas contre Pompée que Sertorius se donna l’avantage de combattre un adversaire aveuglé par la poussière, mais contre les Caracitaniens, peuple d’Espagne, qui s’étaient réfugiés dans de profondes cavernes creusées dans le roc, dont il parvint à les déloger en plaçant devant l’entrée des tas de terre qu’il avait remarqués se réduisant facilement en poussière qu’un vent contraire, qui persista pendant deux jours, emporta dans le repaire de l’ennemi qui, suffoqué, dut capituler (=82=).--Dans les guerres d’Algérie, le maréchal Pelissier, alors colonel, eut recours à un procédé analogue, pour avoir raison au Dahra (1845) d’insurgés réfugiés avec leurs familles et leurs biens dans des gorges inaccessibles. Il les y enfuma en mettant le feu à des broussailles amoncelées à l’entrée; cinq cents périrent.

21, +Antigonus+.--Le fait s’est bien produit dans un combat entre Eumène et Antigone et où le premier eut l’avantage; mais il fut indépendant de sa volonté et profita également à son adversaire qui, grâce à cette même poussière produite par le piétinement des chevaux sur un sol sablonneux et qui obscurcissait la vue, sauva ses bagages des mains de l’ennemi.

21, +Crassus+.--A la bataille de Carrhes, en Mésopotamie (Asie), où les Romains, commandés par Crassus, furent vaincus par les Parthes et perdirent 30.000 h. (=55=); la cavalerie adverse souleva des nuages si épais de poussière que les Romains, sur lesquels le vent la faisait refluer, ne pouvaient ni se voir, ni se parler; mais ce fut là un fait qui n’avait pas été prémédité.--Inversement à la grande bataille de Verceil où Marius anéantit les Cimbres (=101=), par suite des mouvements de ces multitudes, une poussière intense s’éleva protégeant les Romains contre les efforts de leurs adversaires, soutenant leur courage en leur cachant la supériorité numérique considérable des ennemis qui avaient encore ce désavantage d’avoir le soleil en face et d’être incommodés par une chaleur (on était à la fin de juillet) à laquelle ils n’étaient pas habitués. PLUTARQUE.

33, +Dire+.--Le roi Emmanuel, qui dirigeait ce siège, y fut blessé d’une flèche; cette circonstance et le peu d’importance de la place le décidèrent à lever le siège (1510).--Les gens de Tamly utilisant les abeilles pour se défendre, eurent recours, certainement à leur propre insu, à un procédé mentionné dans la Bible: «J’enverrai devant toi les frelons, dit Jéhovah à Moïse sur le Sinaï, qui chasseront loin de ta face les Hévéens, les Chananéens et les Héthéens». Exode, XXIII, 28.

34, +Sauatier+.--Savetier. Savatier, qui vient plus directement de savate, prévalait jadis; c’est ainsi qu’on trouve dans Villon: «Et vous, Blanche la savatière.»

34, +Moule+.--Cette phrase: «Les âmes des empereurs et des savetiers sont jetées dans le même moule», a servi d’épigraphe en 1792 à un journal de la Révolution, intitulé «Journal des Sans-culottes».--L’idée s’en retrouve dans La Servitude volontaire de LA BOÉTIE: «Nature le ministre de Dieu et la gouvernante des hommes, nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule.»

37, +Importantes+.--«Quelquefois, quand les rois sont en conseil, les peuples croient qu’ils parlent de changer le pôle arctique de l’antarctique; et le plus souvent ils prennent des mouches» (MALHERBE), ainsi que faisait Domitien qui, au début de son règne, s’enfermait des heures entières dans son cabinet, se livrant à cette occupation. SUÉTONE.--«Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux, sont représentées par les politiques comme les effets de grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et de la passion; ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie.» LA ROCHEFOUCAULD. On pourrait inférer de l’épigramme d’Auguste: Quod futuit Glaphyran..., qu’a reproduite Montaigne à la page précédente, que la guerre entre Antoine et lui a été amenée par un caprice de Fulvie auquel il s’est dérobé, mais il y a lieu d’observer que celle-ci est morte en =40=, alors que n’avait pas encore éclaté leur rupture définitive dont fournirent l’occasion les amours d’Antoine avec Cléopâtre, reine d’Égypte, qui lui firent délaisser Octavie, sa seconde femme, sœur d’Octave (nom de l’empereur Auguste avant son avènement à l’empire).--Pareillement, cette visite de l’empereur d’Allemagne à Tanger qui, en 1905, fit de la question marocaine une question européenne, visite attribuée à une politique préconçue, est née d’une simple boutade, parce qu’on se trouvait dans le voisinage, et que la mer était quelque peu forte. Si elle n’avait pas eu lieu, trois grandes puissances ne seraient pas revenues sur des accords déjà pris, nous ne nous retrouverions pas avoir les mains liées à tout jamais à l’égard du Maroc et nous n’aurions pas été réduits au ridicule d’accepter d’y exercer en coopération la police sous le contrôle de l’Europe, tâche qui n’offre que des difficultés en perspective, et où notre impuissance n’aura d’égale que la responsabilité que nous assumons.

43, +Plus+.--«Les grands et les petits ont mesmes accidents, mesmes fascheries et mesmes passions; mais les uns sont en haut de la roue, les autres près du centre et ainsi moins agités par les mesmes mouvements.» PASCAL.

43, +Ciron+.--Très petit insecte de la famille des parasites, qui s’attache à la peau.

=182=,

8, +Iustice+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 12.--C’est sur un acte de même nature que repose la légende du chien de Montargis: «Sous Charles V, un gentilhomme aurait été assassiné dans la forêt de Bondy; ce gentilhomme avait un chien qui, témoin du meurtre, après l’avoir fait découvrir en s’obstinant à demeurer près du corps, s’acharnant ensuite contre l’assassin chaque fois qu’il l’apercevait, fit soupçonner la vérité. Un combat singulier fut ordonné entre eux, et l’homme, vaincu, avoua son crime.» Mais le même fait, avec des acteurs de même nom, se retrouvant dans une chanson de geste du temps de Charlemagne, on estime aujourd’hui que la scène finale ne s’est pas passée à Montargis, comme on le répète généralement, et que ce n’est que parce qu’elle a été reproduite par hasard, en peinture, dans la salle du château, lors de sa restauration par Charles VIII, que cette croyance s’est formée.

10, +Maistre+.--PLUTARQUE, ibid.; PAUSANIAS, IX, 31.

27, +Siecle+.--PLUTARQUE, ibid.; ELIEN, De Animal., VII, 13.

30, +Spectateur+.--C’est AULU-GELLE, V, 14, qui rapporte le fait comme le tenant d’Appion qu’il déclare sujet à caution; mais il est confirmé par SÉNÈQUE qui dit: «Nous avons vu dans l’amphithéâtre un lion qui, ayant reconnu un homme auquel il avait appartenu autrefois, le protégea contre les autres bêtes qui allaient fondre sur lui.» ELIEN, De Animal., VII, 48, en nomme le héros Androclès au lieu d’Androdus.--Cet épisode a été mis en vers français.

=184=,

13, +Embatis+.--Je rencontrai, je gagnai. S’embattre, c’était arriver fortuitement en un lieu, et aussi intentionnellement.

16, +Mussé+.--Caché, blotti; mot d’étymologie grecque.

24, +En hors+.--Désormais, depuis ce moment, dès lors.

35, +L’empereur+.--D’après Appion, cet empereur serait Caracalla; mais si Sénèque en a été témoin, ce ne peut être que Néron ou l’un de ses prédécesseurs. V. N. =II=, 182: Spectateur.

46, +Ora+.--PLINE, VIII, 42, affirme expressément lui aussi que les chevaux pleurent quelquefois la mort de leur maître et assure que le roi Nicomède ayant été tué, son cheval se laissa mourir faute de manger.

=186=,

7, +Escare+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 26.

12, +Barbiers+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 26.--Le barbier est un poisson de mer du genre osseux.

17, +Balaine+.--Énorme cétacé qui atteint 20 à 25 mètres de long et un poids de 100.000 kilos; sa peau a jusqu’à trois centimètres d’épaisseur. Sa pêche, à peu près épuisée dans les mers du Nord, s’effectue actuellement plutôt dans les mers australes; l’espèce tend à disparaître. On utilise surtout, dans la baleine, l’huile, le lard et les fanons, lames cornées, au nombre de 7 à 800, qui garnissent la bouche.

19, +Guide+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 32.--Le requin serait, pareillement, constamment accompagné d’un poisson, qu’on appelle «pilote», jouant le même rôle.

28, +Gouuernail+.--Le caracal, carnassier du genre chat, qui a l’odorat aussi développé que le lion l’a peu, en agirait à peu près de même avec celui-ci. Faible, pas plus gros qu’un renard, il va devant le lion, lui découvre une proie et l’en avertit; le lion met à profit l’avertissement et laisse en rémunération une partie de la victime à son batteur d’estrade.

39, +L’offenser+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 32; PLINE, VII, 25; ELIEN, De Animal., III, 11, etc.--Le crocodile (V. N. =II=, 148: Crocodile), dans l’eau, absorbe des sangsues; à terre, des fourmis pénètrent dans sa gueule béante; les unes et les autres s’y attachent sans que, en raison de la disposition de sa langue, il puisse s’en débarrasser; le pluvier entre dans sa bouche et lui rend service, becquetant ses dents, son palais, ses gencives. HÉRODOTE.--Un autre oiseau, le piquebœuf, rend au buffle les mêmes offices: avide des tiques qui le dévorent, il l’en débarrasse et celui-ci endure patiemment des coups de bec dont il reconnaît l’utilité; de plus, si l’oiseau aperçoit un chasseur, il pousse un cri et s’envole, ce qui est un avertissement pour le buffle. Cosmos.

40, +Nacre+.--La nacre n’est pas un coquillage, mais une matière blanchâtre et brillante qui forme l’intérieur de beaucoup de coquilles marines univalves et bivalves; la partie est ici prise pour le tout.

40, +Pinnothere+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 32; CICÉRON, De Nat. deor., II, 48.--Le pinnothère est une espèce de crabe qui vit ordinairement dans les coquilles des testacés bivalves.

=188=,

4, +Tuns+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 29, 31; ARISTOTE, De Animal., VIII, 13; ELIEN, De Animal., IX, 42.--Le thon est un gros poisson qui va par bande et se trouve principalement sur les côtes de la Méditerranée.

5, +Mathematique+.--Ailleurs (=I=, 226 et N. Mathematique), Montaigne compte quatre parties dans les mathématiques; ici, il en distrait la musique qu’on y comprenait.

16, +Longueur+.--Les oies sauvages, dans leurs migrations, se forment bien géométriquement en triangle, par bandes de quarante à cinquante individus. L’oie qui est en tête fend la première la résistance de l’air: cette fonction est très fatigante et, pour la remplir, toutes se relèvent successivement, celle qui la quitte se mettant à la queue. Lorsqu’elles s’arrêtent, quelques-unes font sentinelle et chacune y passe à son tour.--Les canards sauvages voyagent aussi par troupes, mais moins bien organisées et ne s’élevant pas aussi haut dans les airs.

23, +Luy+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 14.

27, +Mourir+.--ARRIEN, Hist. Indic., 14.

32, +Hoste+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 19.

37, +Halcyons+.--PLUTARQUE, De l’Ind. des anim., 34; PLINE, X, 32; ELIEN, De Animal., X, 17.--L’alcyon est un oiseau assez semblable à l’hirondelle, qui fréquente la mer et les marécages.

=190=,

1, +Latone+.--Neptune, d’un coup de son trident, fit sortir cette île du fond de la mer, pour assurer à Latone, persécutée par Junon, un lieu où elle pût mettre au monde Apollon et Diane. Dans la suite, par reconnaissance, Apollon, dont elle devint le sanctuaire principal, de flottante qu’elle était, la rendit immobile. Myth.

21, +Desmeut+.--Dérange, disjoint; du latin dimovere qui a ce même sens.

30, +Seulement+.--Cette description du nid de l’alcyon rappelle une des plus gracieuses pages de saint François de Sales. Chez Montaigne, la description est plutôt technique et scientifique, d’une grande habileté, exacte et pittoresque; chez saint François de Sales, elle est plutôt poétique, d’une grâce et d’une fraîcheur incomparables, et il en tire des inductions mystiques, pleines de justesse, de charme et de profondeur. ABBÉ SAGETTE.

=192=,

40, +Appetit+.--LA BRUYÈRE est d’un avis opposé; il dit au ch. Des femmes: «L’agrément est arbitraire; la beauté est quelque chose de plus réel et de plus indépendant du goût et de l’opinion.»

41, +Color+.--PROPERCE, II, 17, 26.--Les populations du N. de l’Europe ont le teint plus pâle que celles du Midi, chez lesquelles il est plus basané, ce qui peut tenir à ce qu’elles vivent davantage au grand air, sous un soleil plus ardent, et à un effet d’atavisme se joignant à cette cause première.

=194=,

9, +Oreille+.--WILLIAM DALTON rapporte qu’il est de coutume chez les Bernias de se percer dans le lobe de l’oreille un large trou que, suivant sa richesse ou sa position, chacun remplit par un ornement d’or, d’argent, de papier doré et de bois; et qu’invariablement, quand cette ouverture n’est pas occupée autrement, hommes, femmes et enfants l’utilisent comme porte-cigarette lorsque, pendant qu’ils fument, ils viennent à être interrompus dans cette occupation, y plaçant alors machinalement le bout non allumé.

10, +Soing+.--L’usage du bétel, plante de l’Inde, dont les Hindous mâchent les feuilles, produit cet effet.

14, +Pline+.--Livre IV, 13.

20, +Massiue+.--Chez les Hollandais, c’est bien autre chose encore; on peut en juger en comparant les tableaux de Rubens, Rembrandt, etc., avec ceux de Raphaël, Léonard de Vinci, etc.

20, +Estrillée+.--Mince et svelte, ce que Montaigne appelle (=I=, 460) un corps bien espagnolé.

26, +Aualler+.--Comprendre, admettre, adopter; se dit encore aujourd’hui dans ce sens en langage trivial: Faire avaler quelque chose à quelqu’un, lui en conter.

26, +Boule+.--Dans le Timée; voir également CICÉRON, De Nat. deor., I, 10.

=196=,

7, +Constitution+.--Décrites par PLATON et CICÉRON: par le premier dans le Timée; par le dernier dans son traité De la Nature des dieux, II, 54 etc.

13, +Vitales... c’est+.--Les éd. ant. port.: et plus nobles, c’est à ce que disent les médecins.

17, +Excusables+.--Les éd. ant. aj.: puis que l’homme n’auoit pas de quoy se presenter nud à la veue du monde.

20, +Soye+.--Les éd. ant. aj.: et autres commoditez empruntées.

25, +Libre+.--Add. des éd. ant.: connoissance.

31, +Refroidie+.--Les éd. ant. port.: desgoutée.

32, +Cognoissance+.--Var. des éd. ant.: iouyssance.

33, +Autres+.--C’est ce qu’exprime cet adage ancien:

«Après trois jours, l’homme s’ennuie De femme, d’hôte et de pluie.»

=198=,

4, +Ordre+.--C.-à-d.: ce que je dis là ne concerne que le commun des hommes et des femmes, et je ne serai pas sacrilège au point...

5, +Sacrilege+.--Var. des éd. ant.: Temeraire.

8, +Terrestre+.--Compliment à l’adresse de la reine Marguerite. V. N. =II=, 180: Donné.

13, +Raison+.

«De tous les animaux qui s’élèvent dans l’air, Qui marchent sur la terre ou nagent dans la mer, De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.»

BOILEAU, Sat., VIII.

17, +Faire+.--Les Latins disaient: «Se bien porter, est la première des choses»; les Grecs: «Qui n’a santé, n’a rien»; c’est ce que nous disons tous quand nous l’avons perdue.

18,--+Stoïque+.--PLUTARQUE, Des communes conceptions contre les Stoïciens.

23, +Circé+.--A fourni à l’Odyssée d’HOMÈRE un de ses principaux épisodes: Ulysse ayant abordé dans son île (l’île d’Æa, au S. de l’Italie), elle transforma, par ses breuvages enchantés, tous ses compagnons en pourceaux; seul il échappa, grâce à un antidote que Mercure lui avait donné. Devenue éprise de lui, Circé rendit à ses compagnons leur forme première et les retint près d’elle une année entière.

36, +Abandon+.--Cette phrase, ainsi qu’en témoigne du reste sa contexture, est une ironie de la part de Montaigne.

38, +Vaine fantasie+.--L’éd. de 80 port.: biffe et piperie.

41, +Insensé+.--Les éd. ant. aj.: C’est donc toute nostre perfection d’estre homme.

=200=,

3, +Discours+.--C.-à-d. par de bonnes raisons.

5, +Societé+.--Voir N. =II=, 170: Nous.

11, +Surpayé+.--Exalté cette belle raison.

15, +Socrates+.--XÉNOPHON, Mémoires sur Socrate, I, 4, 12.--L’éd. de 88 port.: la philosophie.

34, +Grecs+.--Varron et Aristote.--Varron, homme de loi, fut aussi tribun du peuple, exerça un commandement militaire en Espagne; d’une immense érudition, était surnommé par ses contemporains «le plus savant des Romains»; a écrit plus de cinq cents volumes dont il ne nous reste que fort peu.--Aristote, V. N. =I=, 32: Aristote.

=202=,

1, +Sienne+.--Aristote fut l’objet de nombreuses imputations, mais qui sont loin d’avoir été prouvées. On a dit que, dans sa jeunesse, il avait dissipé son patrimoine; qu’à Athènes, il aurait joué le rôle d’espion, lorsqu’en 348 av. J.-C. la guerre éclata entre les Athéniens et Philippe de Macédoine; qu’il aurait comploté contre Alexandre, parce que Callisthène, son parent et disciple, s’était attiré la haine de ce prince; enfin, il fut accusé d’impiété comme ayant rendu un culte à sa femme, en l’érigeant en divinité à l’égal de Cérès.

4, +Rigent+.--«Au jeu d’amour, le muletier fait rage,» répond LA FONTAINE.

11, +Tient... choses+.--Var. des éd. ant.: est encore moins.

13, +Plus comme+.--L’ex. de Bordeaux ajoute: la beauté.

36, +Epicurus+.--Ou plutôt l’épicurien Colotès, ainsi qu’on peut voir dans le traité que PLUTARQUE a écrit contre lui.--Un autre philosophe de cette même école a dit: «Si tous les hommes pouvaient voir les choses de la même manière et se ressouvenir à propos du parti le plus utile à prendre, ils n’auraient pas besoin de lois.»

=204=,

1, +Cuider+.--La présomption, la prétention, une confiance exagérée en soi.

5, +Sereines+.--Par la douceur de leur chant, les Sirènes entraînaient les voyageurs pour lesquels elles étaient invisibles à se précipiter dans la mer, où ils se noyaient.--Dans l’Odyssée, XII, 188, Ulysse, prévenu, ne leur échappe qu’en bouchant avec de la cire les oreilles de ses compagnons et se faisant attacher lui-même au mât de son navire. V. aussi CICÉRON, De Fin., V, 18.

11, +Cecy+.--Add. des éd. ant.: pour le moins.

14, +Nous+.--Var. des éd. ant.: La science ne nous décharge point de douleur, de crainte, de desir et de reume, au lieu de: «Mais... nous».

17, +Pituita+.--Pituite; humeur blanchâtre et visqueuse que, dans certaines indispositions, on rejette par la bouche.

20, +Presumption+.--L’éd. de 80 aj.: et la gloire.

20, +Epictete+.--Manuel, 11.

26, +Braues+.--C.-à-d.: entendez ce pauvre et malheureux animal faire le brave, se pavaner.

31, +Offense+.--CICÉRON, Tusc., I, 26.

=206=,

7, +Cestuy-cy+.--Lucrèce. Un breuvage que lui donna sa femme ou sa maîtresse lui troubla la raison et il finit par se donner la mort. Chron. d’EUSÈBE.

9, +Sapience+.--«Folie et génie sont congénères»; c’est une des applications fréquentes de cet autre proverbe: «Les extrêmes se touchent», et les exemples à l’appui sont nombreux. En tout cas, il faut reconnaître que beaucoup d’hommes de génie et de personnages illustres se sont trouvés affectés d’une demi-aliénation mentale et sujets à un état anormal du système nerveux: Socrate, Malebranche, Newton, Descartes, J.-J. Rousseau, Le Tasse, étaient hallucinés; Lucrèce, Pierre le Grand, Balzac, Michel-Ange étaient maniaques.--CICÉRON dit qu’«il ne se trouve pas d’esprit sublime sans quelque mélange de folie, et que la mélancolie est le propre des natures excellentes».--Mme DE STAEL: «La mélancolie est le sceau du génie.»

10, +Choses+.--CICÉRON, Acad., II, 23.

11, +Mortels+.--CICÉRON, De Fin., II, 13.

12, +Dieu+.--PLUTARQUE, Des communes conceptions, etc., 30.

14, +De soy+.--Add. des éd. ant.: et aquis par ses estudes.

17, +Surmonte+.--SÉNÈQUE, Epist. 23, à la fin.

19, +Il n’y a+.--Les éd. ant. font précéder ces mots de: et toutesfois ie reconnoy qu’il.

27, +Poules+.--Il usera jusqu’à épuisement de toutes ses ressources.--«Faire de ses œufs poules», c’est s’abuser sur sa richesse, ses ressources; c’est un proverbe qui a le même sens que le proverbe anglais: «Tout homme prend ses oies pour des cygnes.»

28, +Chemise+.--Proverbe; c.-à-d. le réduire à la pauvreté la plus absolue, presque à la nudité.

32, +Mal+.--CICÉRON, Tusc., II, 25.

34, +Secte+.--Add. des éd. ant.: ce n’est que vent et paroles.

35, +Carneades+.--CICÉRON, De Fin., V, 31.--Un des familiers d’Épicure, par suite, autre que le fondateur de la nouvelle académie qui est postérieure de 60 ans à ce dernier.

=208=,

5, +Stoïques+.--Le fait est donné par CICÉRON, Tusc., II, 25, qui, dans un autre passage, dit que ce même philosophe, ayant mal aux reins, criait à tue-tête que tout ce qu’il avait jugé auparavant de la douleur était faux.

6, +Rabattre+.--Les éd. ant. aj.: quelque chose des pointes de la douleur et de.

8, +Pyrrho+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 69.--Pyrrhon, chef de l’école des Sceptiques, posait en principe que rien n’est certain; qu’à chaque proposition on peut opposer une proposition contraire également probable; que, par suite, le sage doit suspendre son jugement et tout soumettre à l’examen (en grec Σκέπτις). On a prêté à Pyrrhon mille folies que dément la réputation de sagesse dont il jouissait auprès de ses contemporains.

17, +Naturelle+.--Add. des éd. ant.: Certes la cognoissance nous esguise plutost au ressentiment des maux qu’elle ne les allege.

19, +Ignorance+.--Certains ont voulu voir là une allusion à la castration; le texte s’explique cependant très bien sans semblable hypothèse; de ce que l’enfant ne s’attend pas à une opération quelle qu’elle soit, qu’on va lui faire subir, et que chez un cheval, il ne s’en rend pas compte davantage, n’éprouvant pas d’appréhensions, ils s’en défendent moins.

22, +Discours+.--Sorte de gens sur lesquels, dans Le Malade imaginaire, Molière a si spirituellement exercé sa verve satirique.

23, +Science+.--C’est la médecine que Montaigne met ici en cause; ce qu’il indique lui-même plus loin, en ajoutant du reste que ce qu’il en dit s’applique à toutes autres.

27, +Indisposition+.--Critique à l’adresse de la chiromancie qui, ainsi que l’astrologie, avait encore nombre d’adeptes à cette époque.

=210=,

2, +Philosophes+.--Des philosophes sceptiques. V. N. =II=, 208: Pyrrho.

13, +Viure+.--Allusion aux avances qui lui étaient faites pour obtenir qu’il rentrât dans la vie publique, dont il s’était déjà retiré.

14, +Maladies+.--Les éd. ant. aj.: et de foiblesse; et 80 aj. en plus: Les hommes engagés au seruice des Muses m’en sçauroient bien que dire.

24, +Homme+.--Idée qu’a traduite La Fontaine. V. N. =II=, 202: Rigent.--Avant Montaigne et lui, MAROT avait dit:

«Six ou sept fois, ce n’est point le mestier D’homme d’honneur; c’est pour le muletier.»

=212=,

14, +Ouurages+.--Un oratorien, Thomassin (1619 à 1695), homme d’une érudition profonde, qui avait fait de nombreuses conférences sur les Pères de l’Église, les conciles, l’histoire, oublia sur la fin de sa vie tout ce qu’il avait su et ne se souvenait même plus d’avoir rien écrit. PAYEN.

15, +Informes+.--Il s’agit ici du Tasse, l’auteur de la Jérusalem délivrée, qui, lorsque Montaigne voyageait en Italie, en 1580, était enfermé comme fou dans un couvent de Ferrare où il demeura ainsi pendant sept ans, de 1579 à 1586. Le texte pris à la lettre implique que Montaigne l’a vu dans sa prison et la gravure a reproduit cette visite; néanmoins il ne semble pas qu’elle ait eu lieu et il n’en dit rien dans son journal de voyage. Le mot «voir» serait, dans ce cas, mis pour avoir appris, savoir, sens dans lequel il est assez fréquemment employé, en parlant d’un fait accompli.

18, +Assagir+.--St PAUL, Épître aux Romains, a dit de même en renversant la proposition: «Ils allaient disant vouloir devenir des sages, ils sont devenus des sots.»--Assagir, rendre sage, n’est pas demeuré dans la langue française, qui a retenu abestir, rendre bête, stupide; dans La Boétie, on trouve de même formation assotir, pour rendre sot.

19, +Guider+.--«Prenez de l’eau bénite, faites dire des messes, cela vous fera croire et vous abêtira; étrange moyen de nous rapprocher de Dieu, que d’étouffer la raison qui est un don de lui et nous fait à son image.» PASCAL.--TERTULLIEN n’a-t-il pas dit: «Credo quia absurdum (j’y crois par cela même que c’est une absurdité)»;--et BOSSUET: «Nous ne sommes capables d’entendre Dieu, que par une entière cessation de notre intelligence»;--JOUBERT: «Ferme les yeux et tu verras»;--HUET: «Pour arriver à croire, il est utile de ne pas croire»;--DIDEROT: «Le premier pas vers la philosophie, c’est l’incrédulité»;--la reine CHRISTINE: «En matière de foi, il faut se crever les yeux pour voir clair»;--enfin l’Évangile: «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.»

24, +Fuir+.--Les éd. ant. port.: à desirer qu’à craindre, au lieu de: «à coup qu’à fuir».

32, +Valentem+.--Ces vers sont tirés de la satire de LA BOÉTIE, dont il a été question liv. I, ch. XXVII, =I=, 306.

34, +Volupté+.--La secte d’Épicure.--Les éd. ant. aj.: et l’a montée à son plus haut pris.

36, +Auoir de bien+.--Var. des éd. ant.: heureux bien estre.

38, +Mali+.--Citation que Montaigne fait précéder de sa traduction.

=214=,

7, +Plombée+.--Dans un tel état d’apathie.

13, +Sentir+.--CICÉRON, Tusc., III, 7.

=216=,

1, +Soufferts+.--CICÉRON, Tusc., III, 45.

2, +Oubly+.--C’est pourtant là le moyen le plus efficace, peut-être le seul de retrouver le calme et de n’être pas trop malheureux. Ressasser constamment, au contraire, en son esprit, les griefs vrais ou imaginaires que l’on peut avoir contre les hommes ou contre les choses, rend l’existence insupportable. «Ce qui est passé, est mort,» dit un proverbe arabe; et, quand on s’y applique, il n’est pas si malaisé que le dit Montaigne. La nature nous y aide, en atténuant avec le temps nos souvenirs; mais il faut pour cela écarter résolument et aussi souvent qu’ils se présentent à nous, les sujets dont nous voulons nous dégager; et, si nous y joignons une occupation suivie qui empêche que nous ne demeurions sans cesse en tête-à-tête avec nos pensées, sur ce point comme sur bien d’autres, la volonté finit par avoir raison de toute obsession, quelle qu’elle soit.

13, +Perdre+.--«On s’en souvient, en songeant qu’il faut qu’on l’oublie.» MONCRIF.

17, +Ausus+.--D’Épicure.

31, +Acceptassent+.--Il est douteux que semblable marché soit accepté de quiconque a encore du sang dans les veines. Cette vie agréable et tranquille que les Italiens qualifient de vita del beato porco (vie béate du porc) ne saurait convenir à qui a du cœur et se sent capable de faire mieux, état d’âme que RACINE a mieux su rendre que Montaigne, quand il fait dire à Achille:

«Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d’ans sans gloire, Ou peu de jours suivis d’une longue mémoire; Mais, puisqu’il faut enfin que j’arrive au tombeau, Voudrais-je, de la terre inutile fardeau... Et toujours de la gloire évitant le sentier, Ne laisser aucun nom et mourir tout entier?»

=218=,

7, +Desplaisir+.--Cette histoire et celle de Lycas qui précède sont tirées d’ATHÉNÉE, XIII.

9, +Βίος+.--Montaigne a traduit ce vers avant de le citer.

10, +Ecclesiaste+.--Ch. 1, versets 17 et 18.

18, +Resiste+.--Le commencement de cette citation est un passage altéré de Sénèque; le reste est de Cicéron.

20. Cette réflexion sur la transformation du B en V ne doit s’appliquer ici qu’à bibat; introduite dans abeat, elle n’aurait aucun sens; le proverbe latin: «Aut bibat, aut abeat (qu’il boive ou qu’il s’en aille)» qui signifie: «Il faut s’accoutumer à l’humeur de ceux avec qui on vit ou s’en séparer», devient alors avec la prononciation gasconne: «Aut vivat aut abeat (qu’il vive ou qu’il meure).»--C’est cette même transformation de lettres familière aux Gascons qui a fait dire d’eux: «Beata gens, cui bibere idem est ac vivere (Heureuses gens pour qui boire et vivre ne font qu’un)»; ou encore: «Felices quibus bibere, vivere est (Heureux ceux pour lesquels boire, c’est vivre).»

32, +Pendre+.--PLUTARQUE, Contredits des philosophes stoïques, 14.

34, +Approcher+.--Id., ibid.

36, +Hart+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 86.

37, +Plutarque+.--Comment on pourra apercevoir si on s’amende, etc., 5.--Sextus le pythagoricien est cité fréquemment par SÉNÈQUE dans ses différents ouvrages, en particulier dans ses lettres 59, 64, etc.

=220=,

12, +Valentian+.--L’empereur Valens.

14, +Mahumet+.--Mahomet, fondateur de l’Islamisme qu’il commença à prêcher à la Mecque vers quarante ans; l’opposition qu’il rencontra au début l’obligea à s’enfuir à Yatreb (622) où il fut accueilli avec transports et dont le nom, dans la suite, a été changé en celui de Médine (ville du prophète), en souvenir de cette fuite ou hégire, d’où date l’ère des Musulmans (Musulman et Islamisme ont même étymologie et viennent de l’arabe سلم selam, qui signifie abandon complet en Dieu de sa personne et de ses biens, résignation). A partir de ce moment, Mahomet poursuivit avec succès son œuvre les armes à la main; et, à sa mort, survenue en 632 à Médine où est sa tombe, dans la majeure partie de l’Arabie, y compris la Mecque, la religion nouvelle avait remplacé le culte des idoles. Ses successeurs ou khalifes (lieutenants), continuant ses conquêtes et son prosélytisme, ont été en progrès constant jusqu’au XIVe siècle; leurs croyances dominent encore aujourd’hui sur une grande partie du globe: l’Asie occidentale, l’Afrique septentrionale, la Turquie. Les dogmes et les préceptes de la religion de Mahomet sont consignés dans le Coran (le livre, livre par excellence), qui embrasse à la fois la religion, la législation pénale et civile, ainsi que l’administration. Ses principaux dogmes sont: l’unité de Dieu, l’immortalité de l’âme, un paradis avec des jouissances toutes sensuelles; le fatalisme, n’excluant pas pourtant la responsabilité de nos actes; les préceptes sont: la circoncision, la prière, l’aumône, les ablutions, le jeûne, l’abstinence du vin et de toutes les liqueurs fermentées; la polygamie est autorisée, le Coran autorise quatre femmes légitimes.--Mahomet n’a nullement interdit ni les sciences, ni les lettres à ses adeptes; mais dans le principe, ses lieutenants se conduisirent à la vérité comme si elles étaient proscrites. Un revirement se fit plus tard et pendant un temps les arts et les sciences ont compté des savants émérites parmi ses sectateurs, mais il faut convenir qu’actuellement il ne semble plus guère en être question dans le monde musulman.

16, +Lycurgus+.--Sa législation, qui fit de Sparte une république militaire plus qu’une monarchie, et à laquelle elle dut la prépondérance sur toute la Grèce, tant qu’elle l’observa fidèlement, avait principalement pour but d’établir l’égalité entre tous les citoyens et de former un état guerrier sans esprit de conquêtes. Ses dispositions essentielles étaient: le partage des terres en portions égales, avec interdiction d’accroître, de diminuer et d’aliéner tout ou partie du lot échu à chaque famille; la substitution d’une monnaie de fer à la monnaie d’or et d’argent; les repas pris en commun; une éducation austère, toute martiale, et exclusivement dirigée en vue de développer la moralité, la force et l’adresse, donnée en public; les arts, les sciences, et tous les métiers en général abandonnés aux esclaves; comme gouvernement: deux rois, ayant l’initiative des lois, présidant à tous les actes de la vie publique, commandant les armées, mais dont l’autorité était limitée par les Ephores; un sénat de 28 membres décidant de la paix ou de la guerre et des alliances; l’assemblée du peuple élisant les magistrats, votant les contributions, ratifiant les lois.--D’après la tradition, Lycurgue, après avoir fait jurer aux Spartiates l’observation de ses lois jusqu’à ce qu’il revînt, se serait expatrié sans esprit de retour.

37, +Vices+.--Ce passage est une reproduction d’une idée de Varron, qu’on trouve consignée dans NONIUS MARCELLUS.

=222=,

11, +Droicturiere+.--C’est là, bien qu’il ne les nomme pas, une sortie de Montaigne contre Luther et Calvin.

13, +Δεισιδαιμονία+.--Desdémone (superstition); c’est le nom de l’héroïne de la tragédie d’Othello, de Shakespeare.

14, +Πείτεται+.--Mot attribué à Socrate et que Montaigne a traduit avant de le citer.

15, +Empesches+.--PASCAL s’est inspiré de cette pensée: «Il y a, dit-il, assez de lumière pour ceux qui ne désirent que voir, et assez d’obscurité pour ceux qui sont en disposition contraire; assez de clarté pour éclairer les uns et assez d’obscurité pour les porter à s’humilier; assez d’obscurité pour aveugler les autres et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables,... c’est pourquoi il est juste et utile que Dieu nous soit en partie caché et en partie découvert.»--«La vanité et l’orgueil coûtent plus que la faim et la soif.» JEFFERSON.

16, +Sage+.--PLATON, Apologie de Socrate.--Chérophon, disciple et ami de Socrate, étant à Delphes, demanda à l’oracle s’il y avait sur la terre un homme plus sage que Socrate; la prêtresse lui répondit qu’il n’y en avait aucun; ce que Socrate interpréta, en disant que la réponse de l’oracle n’avait d’autre but que de le donner pour exemple, parce qu’il reconnaissait qu’il n’y avait véritablement aucune sagesse en lui. V. N. =III=, 576: L’vn.

24, +Sagesse+.--«La vanité est l’amour-propre qui se montre; la modestie, l’amour-propre qui se cache.» FONTENELLE.

26, +Cendre+.--«Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière», c’est la formule, tirée de la GENÈSE, III, 19, de l’Église à la cérémonie du mercredi des cendres.

«Dieu connaît le néant d’où naissent les humains, Puisque ses propres mains Les ont jadis créés de poussière et de boue; Il connaît leur faiblesse, et sait de quel mépris La fortune se joue De tous les grands desseins que forment leurs esprits.» RACAN.

27, +Ombre+.--Cette phrase se trouve dans les Psaumes de DAVID.--On lit encore dans l’ECCLÉSIASTE: «Dieu a fait l’homme semblable à l’ombre après le coucher du soleil»; et aussi: «Pendant les jours de sa vie fugitive, l’homme passe comme l’ombre.»--Dans l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, BOSSUET dit: «L’homme que Dieu a fait à son image, n’est-il qu’une ombre?»

38, +Scire+.--«Dieu t’a fait pour l’aimer, et non pour le comprendre.» L. RACINE.

=224=,

4, +Ayme+.--Ne trouve-t-on pas dans l’Écriture elle-même que Dieu se repent: «Jéhovah se repentit du mal qu’il avait parlé de faire à son peuple», Exode, XXXIII, 14; qu’il se moque, qu’il se rit, etc.

8, +Cognoistre+.

«Qu’est-ce que Dieu? Loin de rien décider de cet être suprême, Gardons, en l’adorant, un silence profond; Le mystère est immense et l’esprit s’y confond. Pour dire ce qu’il est, il faut être lui-même.» L. RACINE.

10, +Prudence+.--Le passage qui suit est une traduction intégrale de CICÉRON, De Nat. deor., III, 15.

20, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, VII, 1.

=226=,

6, +Croyans+.--S. PAUL, Ep. aux Corinthiens, I, 1, 19.

11, +Recognoistre+.--Add. des éd. ant.: sa vilité et.

17, +Cornes+.--L’idée est reproduite de PLUTARQUE, Contredits des philosophes stoïques, 10; mais l’expression appartient à Montaigne.

22, +Appris+.--CICÉRON, De Nat. deor., I, 17.

29, +Descouure+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 122.

29, +Onques+.--Socrate (V. N. =II=, 222: Sage).--Les éd. ant. aj.: (Et qui à l’auenture n’eust nulle plus viste occasion, d’estre appelé sage, que cette sienne sentence).

31, +Rien+.--«Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien,» disait aussi de lui-même PLINE L’ANCIEN.

39, +Lettres+.--VALÈRE MAXIME, II, 2, 3, ne dit rien de semblable; Montaigne a été ici induit en erreur par une incorrection qui subsiste dans quelques éditions de cet auteur.

=228=,

21, +Admirables+.--Les éd. ant. aj.: en reglement et en droicture.

28, +Queste+.--C’est précisément par là que SEXTUS EMPIRICUS, d’où Montaigne a tiré bien des choses, commence son livre des Hypotyposes (expositions, hypothèses) pyrrhoniennes, et en déduit d’une façon générale la caractéristique des différentes manières de philosopher: l’une dogmatique, c’est celle qui assure avoir trouvé la vérité; une autre académique, appliquée par ceux qui déclarent qu’elle est au-dessus de notre compréhension; la troisième sceptique, qui est le propre de ceux qui la cherchent encore.

30, +Stoiciens+.--Péripatéticiens, V. N. =I=, 32: Aristote, et =I=, 82: Peripatéticiens;--Epicuriens, V. N. =I=, 30: L’aduenir;--Stoiciens, V. N. =I=, 18: Stoiques.

33, +Academiciens+.--École philosophique fondée à Athènes, par Platon, vers =388=; elle tirait son nom d’un jardin, devenu promenade publique, ayant appartenu primitivement à un certain Academus et dans lequel Platon donnait ses leçons.--On compte trois Académies: la première, ou Académie ancienne, avait pour base les enseignements de Socrate, transmis et érigés en système par Platon: elle admettait l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; au point de vue moral, elle considérait la raison humaine comme impuissante à nous donner la solution précise de toutes les questions en présence desquelles l’homme se trouve, et indiquait dans l’ordre moral la pratique du bien, comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur; dans les arts, le beau, comme l’idéal du but à poursuivre; Aristote, qui plus tard fonda l’école des Péripatéticiens, Speusippe, Xénocrate, Crantor en firent partie. La deuxième, ou Académie moyenne, fondée vers =244=, par Arcésilas, posait en principe qu’en rien on ne peut arriver à la certitude. La troisième, ou Académie nouvelle, fondée par Carnéade, vers =160=, sans tomber dans un scepticisme absolu, enseignait que l’on ne peut atteindre qu’au probable.--Ces principes se modifièrent encore par la suite, avec Philon notamment qui, vers l’an =88=, revint à la doctrine de Platon et s’efforça de la concilier avec le stoïcisme.

37, +Epechistes+.--Qui hésitent, qui s’abstiennent de juger; qualification donnée aux sceptiques et que Montaigne explique un peu plus loin.--V. N. =II=, 208: Pyrrho, et Lexique au mot Sceptiques.

38, +Homere+.--Auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, considérées toutes deux comme les chefs-d’œuvre de l’épopée. On ne sait que peu de chose de lui; la tradition le représente vieux et aveugle, errant de ville en ville et récitant ses vers; certains ont contesté son existence et émis l’idée que ces deux poèmes résument les œuvres éparses d’une époque fabuleuse de la Grèce.--Dans l’Iliade, Homère chante les effets de la colère d’Achille, les malheurs des Grecs au siège de Troie pendant la retraite de ce héros et la vengeance terrible qu’il tire du meurtre de Patrocle son ami. On y admire la grandeur des conceptions, la beauté et la simplicité du plan, la hardiesse de l’imagination, la richesse et la sublimité des images.--Dans l’Odyssée, il raconte les aventures d’Ulysse errant de contrée en contrée après la prise de Troie, et le retour de ce prince dans son royaume d’Ithaque. Le plan en est régulier, l’imagination moins éclatante, mais un vif intérêt et une séduisante naïveté vous captivent.--Ces deux poèmes, en dehors de leur beauté intrinsèque, avaient pour les anciens le mérite de renfermer les traditions théologiques, les noms et l’origine des peuples, la description et la situation des pays, et, à ce titre, jouissaient chez eux, sous ces divers rapports, d’une grande autorité.

38, +Sages+.--Thalès, Solon, Bias, Chilon, Cléobule, Pittacus, Périandre; quelques-uns substituent à ce dernier Myson, d’autres Anacharsis, bien que celui-ci fût scythe; ils s’occupaient surtout de morale et de politique.

39, +Archilochus+.--Aussi méchant que licencieux dans ses poésies; il fut banni par plusieurs villes qui mirent ses écrits en interdit, et il finit par être assassiné; il était cependant tellement estimé pour ses talents poétiques, qu’on le regardait presque comme l’égal d’Homère; il ne reste de lui que quelques fragments de poésie.

39, +Euripide+.--Son style, modèle d’élégance, brille surtout par le pathétique; il fait exprimer à ses héros des maximes philosophiques d’une grande hardiesse. Il avait composé, dit-on, 84 tragédies; il ne nous en est parvenu que dix-neuf; les plus estimées sont Hécube, les Troyennes, Médée, Iphigénie en Tauride.

=230=,

21, +Science+.--CICÉRON, Acad., II, 47.

=232=,

27, +Infrasquer+.--Du latin infrascare qui signifie couvrir de feuillages, d’où par métaphore, embrouiller, embarrasser.

31, +Choisissiez+.--CICÉRON, Acad., II, 43.

=234=,

1, +Panætius+.--Montaigne continue de traduire CICÉRON, Acad., II, 33.

8, +Præoccupé+.--Prévenu, rempli de préjugés.

17, +Sustineatur+.--CICÉRON, Acad., I, 2.--Le texte porte assensio, au lieu de assertio, qui semble une erreur de copie.

=236=,

2, +Naturelles+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrrh. hypot., I, 6.

7, +Pyrrho+.--Les éd. ant. port.: ce que Laertius dict de la vie de Pyrrho et à quoy Lucianus, Aulus Gellius et autres semblent incliner, car ils, au lieu de: «ce qu’on... Ils».--Du temps de Julien, la plupart des écrits de Pyrrhon avaient déjà péri, et cet empereur s’en félicitait. LEBEAU.

11, +Souche+.--Montaigne, qui se déclare ici ouvertement et avec raison contre cette aveugle insensibilité qu’on a attribuée à Pyrrhon, semble la reconnaître ailleurs (liv. II, ch. XXIX, =II=, 592), quoiqu’elle lui paraisse, dit-il, quasi incroyable.

17, +Secte+.--Ici encore l’auteur copie CICÉRON, Acad., II, 31.

37, +Deuement+.--La complaisance avec laquelle Montaigne s’étend ici sur le Pyrrhonisme et conclut en sa faveur, montre bien qu’il est de cette école. Tous les principes qu’il expose comme étant ceux de ces philosophes sont les siens; cela ne fait pas doute pour qui est au fait de sa vie et auxquels les Essais sont quelque peu familiers; ce sont eux qui lui ont inspiré sa devise «Que sais-je?» que l’on retrouve un peu plus loin; il leur a même emprunté la leur «Ἐπέχω (je m’abstiens)». V. N. =II=, 276: Que sçay-ie?

=238=,

14, +L’Ecclesiaste+.--III, 22, et V, 17.

20, +Troisiesme+.--Les deux premières comprennent les Académiciens et les Sceptiques; la troisième, que Montaigne désigne sous le nom collectif de Dogmatistes, comprend les Péripatéticiens, les Stoïciens, les Épicuriens.

29, +Sectateurs+.--Des sectateurs de Platon, de qui est le Timée dont il vient d’être question, et non des Dogmatistes dont l’auteur semble, au début de l’alinéa, vouloir nous entretenir en détail; du reste le philosophe qu’il met en cause est Cicéron, qui était de l’école des Académiciens.

=240=,

6, +Et si+.--C.-à-d. Aristote est le prince des dogmatistes, et cependant nous apprenons de lui.

7, +Doubter+.--Cette pensée n’est pas d’Aristote; on l’attribue à ÆNEAS SYLVIUS, qui a été pape en 1458, sous le nom de Pie II.

8, +Escient+.--Les éd. ant. aj.: (comme pour exemple sur le propos de l’immortalité de l’âme).

19, +Difficulté+.--L’obscurité,--pour en voiler leurs opinions (add. de l’éd. de 1588).

23, +Estoit+.--CICÉRON, Acad., II, 45.

24, +Facilité+.--C.-à-d. c’est pourquoi Épicure a évité dans ses écrits d’être clair et facile à entendre.

25, +Σκοτεινὸς+.--Le ténébreux. CICÉRON, De Fin., II, 5.

31, +Cicero+.--De Offic., I, 6.

35, +Cyrenaiques+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 92.--Secte de philosophes grecs qui avaient pour chef Aristippe de Cyrène (Afrique sept.), qui, après la mort de Socrate, dont il était un des disciples, fonda cette école, qui ne tarda pas à se fondre avec les Épicuriens. Dénaturant la morale de son maître, il plaçait le souverain bien dans les plaisirs des sens modérés par la raison.

37, +Disciplines+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 32.

39, +Exercice+.--Chrysippe, dans PLUTARQUE, Contredits des philosophes stoïques, 25, dit le contraire de ce que Montaigne lui fait dire ici.

=242=,

9, +Profuerunt+.--Ici, comme en maintes autres, le texte de la citation est altéré.

10, +Sçauoir+.--Add. des éd. ant.: et par la philosophie.

13, +Dubitateur+.--Add. des éd. ant.: et ne rien établissant.

22, +Asseuerante+.--Chancelante et n’assurant rien.

22, +L’est+.--Pic de la Mirandole, un des disciples les plus fervents de Platon, à dix-huit siècles d’intervalle, après beaucoup d’efforts pour déterminer le but de chacun des dialogues de ce philosophe, fut obligé de convenir qu’il n’y en avait pas. Dans le traité des Lois, il est parlé de la nature de l’âme, de sa génération, de son immortalité; il est encore question de cette immortalité dans Phédon, le Phèdre et le Timée; il est parlé de géométrie dans le dialogue de Menon, qui est un discours sur la vertu, sur laquelle on trouve une digression dans celui d’Alcibiade, etc. etc. PAYEN.--On s’étonne quelque peu de voir cet admirateur sans égal de Montaigne relever chez un autre ce désordre littéraire, quand c’est là une des caractéristiques essentielles de son auteur de prédilection.

22, +Disoit+.--Dans le Théétète de PLATON.

30, +Engin+.--Esprit; du latin ingenium.

31, +D’autrui+.--Socrate résumait son rôle, en se disant «Accoucheur d’esprits», avouant et rappelant ainsi la profession de sa mère qui, elle-même, était sage-femme. V. N. =III=, 576: L’vn.

38, +Prez+.--Les éd. ant. port.: Chez qui se peut voir cela plus clairement, que chez nostre Plutarque? combien diuersement discourt il de mesme chose? combien de fois nous presente il deux ou trois causes contraires de mesme subiect, et diuerses raisons, sans choisir celle que nous suons à suiure, au lieu de: «Cela... prez» (lig. 36 à 38).

=244=,

5, +Fantasies+.--Socrate entendant Platon lire son dialogue de Lysis, ou de l’Amitié, se serait écrié: «Dieux! que de choses ce jeune homme me prête!» Et, en effet, Platon a mis sous le nom de son maître beaucoup de choses que celui-ci n’a jamais dites. DIOGÈNE LAERCE.

26, +Verité+.--Add. de 88: Car au bout de ses discours, il venoit à s’escrier...

29, +Elle est+.--CICÉRON, Acad., II, 5; SEXTUS EMPIRICUS, Adv. mathem.

35, +Bride+.--Retenue; modération, comme port. les éd. ant.

36, +Figues+.--Le texte grec de PLUTARQUE, Propos de table, I, 10, porte concombre au lieu de figue (ce qui du reste importe peu à la moralité de l’histoire); Montaigne a suivi ici la version française d’Amyot ou le latin de Xylander. COSTE.

=246=,

3, +Despita+.--Add. des éd. ant.: et se mit en cholere.

26, +Profession+.--Ainsi s’exprime CICÉRON, Acad., II, 41.

31, +Soudainement+.--PLUTARQUE. Qu’on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d’Epicure, 8.--L’éd. de 88 aj.: comme fut Phaeton.

=248=,

1, +Nombres+.--Les Atomes, les Idées, les Nombres, sont des hypothèses diverses imaginées par ces philosophes pour expliquer, chacun à sa façon, leurs théories sur le système du monde; c’est du reste ce qu’indique la citation latine qui suit.

2, +Sages+.--Les éd. ant. port.: cleruoyans.

8, +Contraires+.--C’est l’idée du proverbe italien: «Se non e vero, e bene trovato (si ce n’est vrai, c’est bien trouvé).»

15, +Religions+.--Les éd. ant. aj.: car il n’est pas deffendu de faire nostre profit de la mensonge mesme, s’il est besoing.

20, +A certes+.--C.-à-d. comme certain.

26, +Loix+.--Les Lois, de PLATON, traité sur les institutions à donner à un peuple.

31, +Republique+.--Liv. V. La République de PLATON, traité sur la meilleure forme de gouvernement.

32, +Piper+.--D’où cette coutume, assez généralement existante dans les religions anciennes, de s’entourer de mystères et d’en tenir les profanes à l’écart. En Gaule, notamment, les Druides agissaient ainsi: ils cachaient avec soin au peuple les doctrines qu’ils s’étaient faites sur la terre et les cieux, ne les enseignaient qu’à leurs disciples sans les écrire, et il fallait à ceux-ci jusqu’à vingt années d’études pour acquérir toute cette science.

38, +Academique+.--V. N. =II=, 228: Academiciens.

40, +Belutez+.--Etudiés, scrutés; bluter, c’est passer au blutoir (tamis pour séparer la farine du son).

=250=,

28, +Sortables+.--Montaigne (liv. I, ch. XXXI, =I=, 378) blâme l’usage «de chercher à affermir et appuyer nostre religion par la prospérité de nos entreprises; nostre créance, ajoute-t-il, a assez d’autres fondemens, sans l’authoriser par les euenemens».

36, +Et+.--Add. des éd. ant.: voylà pourquoi.

39, +Excusable+.--Saint Paul, ayant reçu mission du Saint-Esprit de prêcher les Gentils, était à Athènes (51). Conférant avec quelques philosophes épicuriens et stoïciens sur les idées qu’il venait propager, ceux-ci le menèrent à l’Aréopage pour qu’il y exposât sa doctrine, et là il s’exprima de la sorte: «Athéniens, lorsqu’en passant je regardais les objets de votre culte, j’ai aperçu un autel avec cette inscription: Au dieu inconnu; ce Dieu que vous adorez sans le connaître, c’est lui que je viens vous annoncer.» Actes des apôtres, XVII, 23.

40, +Pres+.--Approcha la vérité de plus près, en traça une image plus fidèle.--Adombra, mot latin francisé par Montaigne, de adumbrare, imiter, représenter.

=252=,

5, +Numa+.--D’origine sabine, Numa vivait dans la solitude et avait quarante ans, quand les Romains l’appelèrent au trône. Pas une guerre ne troubla son règne, tout entier voué à la législation et aux institutions religieuses. Il fonda des temples, donna des lois écrites, régularisa l’année qui jusque-là n’avait que dix mois et à laquelle il en donna douze, et répartit le peuple en corps de métiers. Pour faire adopter ses institutions, il feignait des révélations d’Egérie, nymphe révérée des Romains comme déesse des fontaines. Certains critiques modernes pensent que Numa n’a pas existé et qu’il n’est que la personnification de la législation religieuse et civile des Romains.

20, +Effect+.--La religion de Confucius observée en Chine est la religion des lettrés, ses pratiques extérieures ne sont que des formalités traditionnelles qui au fond lui sont étrangères; de fait, elle reconnaît un Dieu suprême, n’a ni dogmes, ni culte, ni prêtres, consiste uniquement en principes de morale qui ne le cèdent en rien à ceux de la religion chrétienne, et est peut-être celle qui se rapproche le plus de la religion idéale philosophique. Mais Montaigne est dans le vrai quand il estime qu’il faut aux peuples une religion qui les saisisse; et l’Église catholique avec son unité, le principe de l’amour du prochain qui en est la base essentielle, les espérances si consolantes, si bien conçues, pour aider l’homme à lutter contre ses mauvais instincts, à le soutenir contre les adversités auxquelles chacun est ou se croit plus ou moins en butte ici-bas, la confession qui lui rend la paix de la conscience quand il l’a perdue, ses cérémonies répétées, si bien ordonnées, tout à la fois simples et grandioses, si propres à saisir l’imagination et en même temps accessibles à tous, est incontestablement sous ce rapport la plus parfaite de toutes, lorsque ses ministres s’abstiennent de l’intolérance si peu dans l’esprit du Christ, si compatissant au contraire pour toutes les faiblesses humaines, à laquelle certains ont quelque propension et qui, à d’autres époques, en ont terni l’histoire.

D’une façon générale la religion qui répond à un des besoins essentiels de l’humanité (car à qui a la foi, elle donne un but à la vie), est un soutien et une consolation dans ses épreuves, en est aussi l’agent moralisateur par excellence, et personne jusqu’ici n’a rien trouvé en approchant qui comme efficacité soit de nature à lui être substitué. «S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer», a-t-on dit de Dieu; on peut en dire autant de la religion, et bien aveugles sont ceux qui le nient, bien criminels ceux qui la combattent. Si son action est bienfaisante, et en conscience le contraire n’est pas soutenable, qu’importe ce que sont ses dogmes et ses mystères! ses ennemis au nom de la raison les taxent de superstition, de mystifications, peut-être, mais qu’opposer à ce fait qu’il y a parmi les croyants autant d’intelligences supérieures que parmi ceux qui ne le sont pas?

De nos jours ces derniers, l’emportant dans les conseils du Gouvernement, dans l’espoir de la saper, après en avoir chassé les Congrégations religieuses enseignantes et hospitalières dont, à juste titre, ils redoutaient l’influence pour le triomphe de leurs idées, sont, dans leur aveuglement, arrivés à faire prononcer en France la séparation de l’Église et de l’État. Envisagée à ce seul point de vue, c’est là une lourde faute politique: l’État y perd la main-mise sur le clergé, qu’il avait du fait du Concordat; après quelques années d’épreuve, l’Église, devenue indépendante, sera plus forte que jamais, et aura acquis de pouvoir jouer un rôle politique considérable alors qu’auparavant elle n’en avait aucun. Quel sera ce rôle? Il est douteux qu’elle entre dans le jeu de ceux qui ne rêvent que sa ruine; conservatrice par essence, elle apportera aux conservateurs un point d’appui qui leur fait actuellement défaut, et son action pourra devenir prépondérante si elle a la sagesse de ne s’inféoder plus particulièrement à aucun des partis (monarchiques ou républicains) de cette nuance. Il lui suffira, pour cela, qu’après avoir, par les moyens dont elle dispose, fait de la propagande et stimulé le zèle électoral de tous ses fidèles, restant neutre entre tous les partis conservateurs jusqu’après le premier tour de scrutin, de propos délibéré elle agisse au second tour, avec toute son énergie, exclusivement en faveur de celui d’entre eux, quel qu’il soit, qui, au premier, aura obtenu la majorité, lui ralliant tous ceux sur lesquels son influence a action.

20, +Celles+.--Des divinités.--Dans les éd. ant. cette phrase suit immédiatement celle où il est parlé de la divinité inconnue à Athènes, ce qui explique l’interruption d’idée que le texte présente.

21, +Requis+.--Add. des éd. ant.: pour la conception du peuple.

23, +Soleil+.--De toutes les idolâtries, celle du soleil passe pour la plus ancienne, et, comme le dit Montaigne, c’est la plus naturelle. Encore au VIIe siècle, les Perses adoraient le Soleil; son culte, d’où découle celui du feu observé par les sectateurs de Zoroastre, subsiste encore en certains lieux de l’Asie centrale; dans le nouveau monde les Péruviens, les Natchez le pratiquaient; par contre les Hottentots adoraient la Lune.

42, +Thales+.--Cette analyse de la théologie païenne est extraite surtout de CICÉRON, De Nat. deor., I, 10, 11, 12, etc.

=256=,

1, +Iupiter+.--Ou Zeus; le dieu suprême, père et maître des dieux et des hommes chez les Romains, comme chez les Grecs. Il était fils de Saturne et vainquit les Titans qui avaient détrôné son père qu’il rétablit sur le trône, et qu’il renversa lui-même plus tard, pour se partager l’empire du monde avec ses frères Neptune et Pluton, donnant au premier les mers, au second les enfers, et se réservant le Ciel et la Terre. Il épousa sa sœur Junon, dont le caractère altier lui causa bien des ennuis, et eut une foule de maîtresses tant parmi les déesses que parmi les mortelles. Vulcain, Bacchus, les Muses, Apollon et Diane, Mercure, Hercule, Minerve et nombre d’autres étaient ses enfants. Il est représenté sur un trône, tenant d’une main un sceptre, de l’autre lançant la foudre; à ses pieds un aigle déployé. Le chêne lui était consacré; ses temples les plus célèbres étaient ceux de Dodone et d’Olympie en Grèce, d’Ammon en Libye et le Capitole à Rome.

19, +Genus+.--ENNIUS, cité par CICÉRON, De Divinat., II, 50.

23, +Miennes+.--Les mœurs et les idées qui diffèrent des miennes.

32, +L’ancienneté+.--Les éd. ant port.: car d’adorer celles de nostre sorte, maladiues, corruptibles et mortelles, comme faisoit toute l’ancienneté, des hommes qu’elle auoit veu viure et mourir, et agiter de toutes nos passions, au lieu de: «Parquoy... ancienneté».

33, +Discours+.--C’est ce que même la faiblesse de notre raison ne peut excuser.

=258=,

20, +Isis+.--Sérapis, dieu égyptien en lequel ses adorateurs voyaient le dieu suprême, celui qui ressuscite et donne la vie et la santé; on l’identifie parfois avec Osiris, et il semble que ce soit le cas de Montaigne. Isis était sœur et femme d’Osiris; l’Égypte célébrait en son honneur des mystères qui se répandirent dans la Grèce et l’Italie.--En réalité Osiris et Isis, avant d’être déifiés, auraient été, croit-on, des souverains qui avaient régné sur l’Égypte et y avaient fait fleurir l’agriculture; le bœuf Apis, qui y était adoré, semble n’avoir été qu’un emblème rappelant ce règne bienfaisant.

23, +Varro+.--Cité par S. AUGUSTIN, De Civ. Dei, XVIII, 5.

26, +Cicero+.--Tusc., I, 26.

33, +Pluton+.--Ou plutôt prairie où, suivant Platon, au sortir du corps, toutes les âmes vont séjourner plus ou moins longtemps d’après ce qu’ont pu rendre nécessaire, pour se purifier, leurs faits et gestes en ce monde. Deux chemins en partent: l’un conduit au Tartare (partie de l’Enfer des anciens où les méchants subissaient la peine due à leurs crimes), l’autre aux îles fortunées; c’est en somme la conception, sous une forme plus anodine, du Purgatoire de la religion chrétienne. Plutarque appelle de ce même nom et donne cette même affectation à l’espace entre la terre et la lune, où, suivant lui, les âmes viennent après la mort et d’où, après une pénitence suffisante, celles des bons se rendent dans les régions visibles de la lune, et celles des méchants dans les régions invisibles.

=260=,

17, +Ce qu’elle peut+.--Var. des éd. ant.: nous sçauons la foiblesse et incapacité de nos forces.

29, +S. Paul+.--Lettre aux Corinthiens, I, 2, 9, d’après ISAIE, LXIV, 4.

35, +Hector+.--Participa avec gloire au siège de Troie où il soutint de nombreux combats contre les plus redoutables guerriers grecs; tua plusieurs de leurs chefs, entre autres Patrocle, l’ami d’Achille, et périt lui-même sous les coups de ce dernier, sorti de son inaction pour venger son ami. Achille vainqueur attacha son cadavre à son char et le traîna trois fois autour des murs de la ville; il consentit cependant à rendre ce corps à Priam venu pour l’implorer; ces faits et la colère d’Achille qui les a précédés sont le sujet principal de l’Iliade.

=262=,

4, +Ny que... nous+.--Var. des éd. ant.: et qu’il souffre pour luy? et.

12, +Premier+.--PLINE, Nat. Hist., X, 2.--Le phénix était un oiseau fabuleux qui, suivant les anciens, était unique en son espèce, vivait plusieurs siècles, se faisait périr sur un bûcher et renaissait de ses cendres.

40, +Luy+.--Selon l’expression du pape S. Calixte et de S. Augustin que le concile de Trente a adopté, «Dieu couronne ses dons, en couronnant nos mérites».

43, +Faillir+.--«Pourquoi nous as-tu fait fourvoyer, ô Eternel, hors de tes voyes, pourquoi as-tu estrangé nostre cœur de ta crainte?» ISAIE, traduction de Calvin.

=264=,

14, +Plutarque+.--Dans le traité: Pourquoi la justice divine diffère quelquefois la punition des maléfices, 4.

20, +Cognoissance+.--De nos jours, on n’hésite cependant pas, en France, à faire de pareils gens ministres de la guerre et de la marine et eux-mêmes ne doutent pas un instant être à hauteur de leur tâche et les voilà jouant avec la plus entière conviction le rôle de la mouche du coche, avec cette différence toutefois que leur action, moins anodine, s’exerce surtout sur le personnel qu’ils bouleversent, sans la moindre conscience, au gré de leurs passions politiques. Pour le reste, la machine, il est vrai, continue à fonctionner en vertu de la vitesse acquise; les conséquences de leur direction nulle ou néfaste ne se font sentir qu’à la longue, alors qu’en a déjà disparu la cause; mais le mal est fait, l’aiguillon demeure dans la plaie! Puissent les événements, par de trop cruelles épreuves, ne pas ouvrir trop tardivement nos yeux sur le danger que présentent pour le pays ces atteintes flagrantes au bon sens.

29, +Sempronius+.--En =196=.--TITE-LIVE, XLI, 16.

32, +Minerue+.--TITE-LIVE, XLV, 33. A Amphipolis, en =168=, lors des fêtes données pour célébrer la défaite de Persée et la pacification de la Grèce; mais les armes seules des ennemis furent brûlées, les autres dépouilles furent envoyées à Rome et les masses de numéraire, lingots et objets d’orfèvrerie versés au Trésor étaient si considérables que les citoyens romains ne payèrent plus, dit-on, d’impôt jusqu’à l’an =44=, c.-à-d. pendant plus d’un siècle.

35, +Aussi+.--«A l’embouchure de l’Indus, Alexandre s’avança au delà et en pleine mer sacrifia aux dieux et précipita dans les flots les taureaux immolés à Neptune et les coupes d’or qui ont servi aux libations, demandant aux dieux de protéger le voyage que Néarque va entreprendre dans le golfe Persique.» ARRIEN, VI, 19.--Aucun historien ne parle des sacrifices humains ou boucheries d’hommes, que lui prête Montaigne.

40, +Vmbris+.--Pallas, fils d’Évandre, roi du Latium, allié d’Énée, ayant été tué par Turnus, roi des Rutules, que la jalousie avait armé contre ce dernier, celui-ci, après lui avoir fait de magnifiques funérailles, comprenant les sacrifices dont il est ici question, vengea sa mort en tuant Turnus. Ce sujet est le thème des six derniers livres de l’Énéide.

=266=,

1, +Getes+.--HÉRODOTE, IV, 94.

10, +Amestris+.--PLUTARQUE, De la superstition, 13; HÉRODOTE, VII, 114.--Amestris était la femme et non la mère de Xerxès; celle-ci était Atossa, fille de Cyrus.

14, +Themixtitan+.--Ou plutôt Tenuxtitlan, pris souvent pour une divinité, est l’ancien nom de Mexico; ce nom de Mexico (source d’eau) n’était alors lui-même que celui d’une partie de la ville, les Espagnols l’ont appliqué à la ville entière.

16, +Innocence+.--Ces sacrifices humains, d’enfants et autres, étaient fréquents chez les Mexicains; en une seule fois, rapportent les chroniques, auraient été immolés douze mille prisonniers de guerre. Au début de la conquête, des blancs, faits prisonniers ou dont les indigènes s’étaient emparés par surprise, furent sacrifiés de la sorte. Dans certains temples, on nourrissait parfois une année durant, un esclave qui représentait l’idole principale et qui, après avoir joui tout ce temps de l’adoration, était sacrifié à la fin de son règne. HERRERA et autres.

18, +Carthaginois+.--PLUTARQUE, De la superstition, 13.

22, +Lacedemoniens+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens, vers la fin.

25, +Gratifier+.--Add. des éd. ant.: l’ouurier par la ruyne de son ouurage, et.

27, +Coulpables+.--Préserver les coupables de la peine qu’ils avaient méritée.

30, +Commises+.--V. N. =I=, 24: Dueil.

33, +Et ces... ennemis+.--Var. de 88: Et que Decius pour acquerir la bonne grace des dieux, enuers les affaires Romaines, se brulast tout vif en holocauste à Saturne, entre les deux armées.

33, +Decius+.--Décius, consul romain, dans une bataille qu’il livra aux Latins, se voua aux dieux infernaux, sur la foi d’un oracle, pour assurer la victoire à son armée, et se jetant au milieu des rangs ennemis, y périt sous leurs coups (=341=). Son fils et son petit-fils imitèrent son dévouement: le premier, dans une bataille livrée aux Samnites (=295=); le second, dans la guerre contre Pyrrhus (=279=).--Codrus, le dernier roi d’Athènes, se sacrifia de même dans une guerre contre les Ioniens, un oracle ayant déclaré que l’avantage demeurerait à celui des deux peuples dont le chef serait tué (=1132=).

=268=,

9, +Poisson+.--HÉRODOTE, III, 41 et 42.--La mauvaise fortune que Polycrate avait si infructueusement tenté de conjurer, finit par l’atteindre: alors qu’il méditait la conquête de l’Ionie, il fut pris par trahison et mis en croix (=524=).

11, +Mahometans+.--Les Corybantes étaient les prêtres de Cybèle dont ils célébraient le culte, de la façon la plus bruyante et la plus désordonnée, hurlant et allant jusqu’à se déchirer dans leurs accès de frénésie (V. N. =II=, 594).--Les Ménades ou Bacchantes célébraient le culte de Bacchus, leur dieu, par des orgies où elles se livraient à des transports furieux de même ordre.--De nos jours encore, chez les Mahométans, les Aissaoua en Afrique, les Fakirs en Orient et surtout dans les Indes, se soumettent aux jeûnes les plus austères et aux tortures les plus affreuses pour mériter la félicité éternelle et la vénération de leurs coreligionnaires.

20, +Mastiner+.--C.-à-d. de mutiler son corps, le rendre incapable des fonctions qui lui appartiennent, fonctions purement matérielles et soumises par leur nature à la direction de l’âme, et cela pour épargner à celle-ci...

33, +Interest+.--Préjudice.

=270=,

2, +Cela+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 117.

26, +Seiour+.--Sans jamais se reposer.

32, +Attaquent+.--Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: attachent.

=272=,

14, +L’asseure+.--Dans le Timée.

23, +Epicurus+.--DIOGÈNE LAERCE, X, 85.

29, +Ceres+.--Bacchus répandit, parmi les hommes, la culture de la vigne; Cérès leur enseigna l’agriculture.

29, +Herodote+.--Les dires qui suivent sont tirés de Pline, VII et VIII, et d’Hérodote, III et IV; mais, en les rapportant, ils ne les présentent que comme des on-dit, et déclarent en même temps ne pas y croire; Pline ajoute même que, si on les admettait, il faudrait également ajouter foi à tous les contes dont la fausseté a été avérée depuis tant de siècles.

34, +Pates+.--Pline estime que ce doit être une espèce de singes.

40, +Feu+.--Dans les îles Mariannes, dans le Grand Océan, découvertes par Magellan en 1521, les habitants, outre quantité de choses que nous croyons nécessaires à la vie, qui leur manquaient, n’avaient jamais vu de feu; ils ignoraient également qu’il y eût d’autres terres et se regardaient comme les seuls hommes qui fussent dans l’univers.

41, +Noire+.--Un curieux et habile anatomiste, dit Hérodote, m’a assuré que le fait était absolument faux.

42, +Hommes+.--Il est vraisemblable que ces transformations étaient produites tout simplement parce que ces gens se vêtissaient une partie de l’année de peaux de loup et de cheval.

43, +Plutarque+.--Dans son traité De la face de la Lune; PLINE, VII, 2.

44, +Odeurs+.--Plutarque en effet, et Pline avec lui, parlant sur la foi de Mégasthène, disent qu’à l’extrémité des Indes, près des sources du Gange, il y a une peuplade qui n’a point de bouche, ce qui les fait nommer «Astômes»; ils sont tout velus, et ne mangent ni ne boivent; ils font brûler une certaine racine qui se trouve dans le pays et se nourrissent du parfum qui s’en exhale, qu’ils respirent par les narines.

=274=,

14, +N’auoit+.--Add. des éd. ant.: ny force, ny cognoissance.

16, +Noire+.--CICÉRON, Acad., II, 23 et 31; GALIEN, II, 1; LACTANCE, Div. Instit., III, 23; etc. Dans des temps plus rapprochés, un Allemand, VOIGT, a publié aussi une dissertation Adversus alborem nivis (contre la blancheur de la neige).

18, +Dire+.--CICÉRON, Acad., II, 23; SEXTUS EMPIRICUS, Hyp. Pyrrh.

21, +Ἔστι+.--Citation que Montaigne a fait précéder de sa traduction.--Cette pensée d’Euripide a été utilisée, comme forme et comme fond, par Arnobe, Descartes, Bossuet, Pascal et d’autres: «Ce que l’on appelle veiller (être éveillé), n’est peut-être qu’une phase du sommeil perpétuel.» ARNOBE.--«Qui sait si cette autre partie de la vie où nous pensons veiller, n’est pas un autre sommeil, peu différent du premier.»

24, +Eloise+.--Eclair. Le mot est encore employé couramment dans les campagnes du S.-O. de la France; vient du latin elucere, briller, comme le mot éclair lui-même.

29, +Melissus+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 24.

32, +Protagoras+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 51; SÉNÈQUE, Epist. 99.

35, +Mansiphanes+.--SÉNÈQUE, Epist. 88.--Est mis ici, par erreur de typographie, pour Nausiphanez, rectification que porte l’ex. de Bordeaux.

=276=,

2, +Comprins+.--CICÉRON, Acad., II, 37; SÉNÈQUE, Epist. 88.

3, +Il m’a+.--Dans les éd. ant. ce passage commence par cette précaution oratoire: Ie ne sais si la doctrine Ecclesiastique en iuge autrement, et me soubs-mets en tout et par tout à son ordonnance, mais il m’a.

11, +Grammariens+.--C.-à-d. viennent du fait des grammairiens; sont «question de mots», dirions-nous aujourd’hui.--Cette influence omnipotente de la grammaire, MOLIÈRE, dans Les femmes savantes, la signale de la sorte:

«La grammaire qui sait régenter jusqu’aux rois, Et les fait, la main haute, obéir à ses lois.»

«Quelque étrange que cette assertion puisse paraître, dit de son côté Mgr DUPANLOUP, Discours de réception à l’Académie française, je ne crains pas d’affirmer que la grammaire et le dictionnaire sont deux colonnes de la raison et de la société humaine.»

16, +Hoc+.--Mot latin qui signifie «ceci», et par lequel commence la formule de la consécration dans le sacrement de l’Eucharistie: «Hoc est corpus meum (ceci est mon corps).»--Allusion de Montaigne à la querelle sur ce point des catholiques et des protestants, ceux-ci niant la transsubstantiation, autrement dit le changement qui s’opère en ce moment du pain et du vin en la substance même du corps et du sang de N.-S. Jésus-Christ.

BOILEAU, dans sa Satire XII, Sur l’Équivoque, qui traite précisément de la diversité des interprétations auxquelles prête le langage (satire qui fut frappée d’interdit et ne parut qu’après la mort de l’auteur), celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevées au IVe siècle, entre les orthodoxes disant que le Fils est de même substance que le Père «homousios», et les Ariens soutenant qu’il est d’une substance semblable «homoiousios», mots qui ne diffèrent que par la diphtongue oi, qui manque dans le premier et se trouve dans le second, a dit:

«Et l’Eglise elle-même eut peine à s’en sauver... Lorsque attaquant le Verbe et sa divinité, D’une syllabe impie, un seul mot augmenté Remplit tous les esprits d’aigreurs si meurtrières Et fit du sang chrétien couler tant de rivières!»

Il avait d’abord écrit:

«Tu fis dans une guerre et si triste et si longue, Périr tant de chrétiens, martyrs d’une diphtongue.»

21, +Donc+.--C’est le raisonnement désigné en scolastique sous le nom de «Sophisme du menteur», attribué par les uns à Zénon (CICÉRON, Acad., II, 29; AULU-GELLE, XVIII, 2; etc.), par d’autres à Épaminondas, et qui a été le sujet de discussions innombrables: «Tu dis que tu es un menteur; si tu dis vrai, tu mens; si tu mens, tu ne dis pas vrai; donc tu n’es pas un menteur.»

36, +Que sçay-ie?+--Cette devise et la balance en équilibre, sont devenues l’épigraphe des Essais. Elles figurent pour la première fois dans l’édition de 1635, au-dessous du portrait de Montaigne. Elles caractérisent du reste parfaitement sa philosophie, que peint également bien cette maxime qu’il avait inscrite en grec sur les solives de sa bibliothèque: «Il n’est point de raisonnement auquel on ne puisse opposer un raisonnement contraire.» C’est ce «Que sçay-ie?» qui indignait si fort Pascal et lui a fait dire en parlant de Montaigne: «Il met toutes choses dans un doute si universel et si général, que l’homme doutant même s’il doute, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos, s’opposant également à ceux qui disent que tout est incertain et à ceux qui disent que tout ne l’est pas, parce qu’il ne veut rien assurer. C’est dans ce doute qui doute de soi, et dans cette ignorance qui s’ignore, que consiste l’essence de son opinion. Il ne peut l’exprimer par aucun terme positif; car, s’il dit qu’il doute, il se trahit en assurant au moins qu’il doute, ce qui étant formellement contre ses intentions, il en est réduit à ne s’expliquer que par interrogations, de sorte que, ne voulant pas dire: «Je ne sais», il dit: «Que sais-je?» de quoi il a fait sa devise, en la mettant sous les bassins d’une balance, lesquels pesant les contradictions, se trouvent dans un parfait équilibre; en un mot, il est pur Pyrrhonien.»--Et, ce disant, Pascal était bien dans le vrai, car non seulement Montaigne était pyrrhonien, mais il en a convenu: Lors de la reconstruction de son château, après l’incendie de 1885, on a trouvé dans les décombres un jeton de cuivre dont l’empreinte figure au Musée de Périgueux et porte: sur une face les armes de Montaigne entourées du collier de Saint-Michel et l’exergue «MICHEL, SEIGNEVR DE MONTAIGNE»; au revers, dans un écu, une balance dont les plateaux sont horizontaux et la légende «42. 1576 Ἐπέχω» (Je m’abstiens), qui est précisément le mot d’ordre et le principe essentiel de l’école des sceptiques: le chiffre 42 indique l’âge que Montaigne avait alors, en 1576.--Une autre épigraphe: «Vires acquirit eundo (ses forces s’accroissent au fur et à mesure qu’il va)», se trouve sur une édition de 1598 et un grand nombre d’autres subséquentes. Elle est écrite de la main même de l’auteur sur l’exemplaire de Bordeaux qui devait servir à la réimpression de l’ouvrage, et cependant elle n’a été reproduite ni sur l’édition de 1595, ni sur celle de 1635, ce qui porte à croire que les éditeurs posthumes de Montaigne, s’inspirant probablement de sa pensée qu’ils avaient été à même de connaître, ne l’ont considérée que comme une idée à laquelle, à la réflexion, il n’aurait pas été donné suite; si exacte fût-elle, puisque le texte primitif allait toujours en augmentant, appliquée à son œuvre par l’auteur lui-même, elle eût dénoté par trop de prétention, escomptant par avance une vogue qui n’est venue que notablement plus tard.

=278=,

2, +Irreuerence+.--Dont il est question plus haut: «Dieu ne peut faire ceci ou cela.»

6, +Ancien+.--Cet ancien c’est PLINE, II, 7, dont Montaigne, dans les éd. ant., avait inscrit le nom que, finalement, il a rayé.

28, +Point+.--Ne le comprend point.--Du temps de Montaigne, le mot appréhender, du latin apprehendere, prendre, saisir, n’était employé que dans ce sens et absolument inconnu dans celui de craindre qui, aujourd’hui, a tendance à prédominer.

32, +Poix+.--Montaigne, en philosophe, contredit ici l’auteur qu’il a traduit et qu’il dit défendre: «L’homme, dit très orthodoxement Sebond, est, par sa nature, en tant qu’homme la véritable et vivante image de Dieu; de même que le cachet marque son empreinte sur la cire, Dieu a empreint en l’homme sa ressemblance, etc...»

38, +Encore+.--C.-à-d. et je désire qu’aucun chrétien ne fasse comme eux.

40, +Yeux+.--Et mesurer à nostre mesure, ajout. les éd. préc.

41, +Nostres+.--C.-à-d. chrétien comme nous. Il s’agit ici de TERTULLIEN, dans ce passage si connu et si souvent cité dans les discussions théologiques: «Quis negat Deus esse corpus, etsi spiritus sit? (Qui peut nier que bien qu’esprit, Dieu n’ait aussi un corps?)» ce qui, à tout prendre, n’est qu’une assertion de rhéteur qui n’éclaire en rien la question.

=280=,

1, +Curant+.--CICÉRON, De Nat. deor., III, 35.--Ce que ce même auteur a encore exprimé sous cette autre forme plus connue: «De minimis, non curat prætor (le préteur [magistrat romain qui, dans les provinces, était investi de tous les pouvoirs] ne s’occupe pas des détails)»; maxime favorite de bien des paresseux et de bien des ignorants, portés à en faire l’excuse de leur paresse et de leur ignorance, par une application abusive et aussi une traduction fautive, pour être trop littérale, son vrai sens étant: Le préteur ne se laisse ni absorber ni arrêter par les détails, une fois sa décision prise et l’action en train.

26, +S. Paul+.--Ep. aux Romains, I, 22 et 23.

34, +Faustine+.--HÉRODIEN, IV.--C’est par ironie que Montaigne l’appelle «honneste femme»; ses débauches n’étaient ignorées, dans l’empire, que de Marc-Aurèle, son mari.

35, +Cheuremorte+.--Porter quelqu’un ainsi, c’est le porter sur le dos, ses bras entourant le cou, ses jambes, que l’on soutient, enserrant le corps de celui qui porte.

=282=,

9, +Offre+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.

10, +Douzaines+.--LA BRUYÈRE a exprimé la même pensée: «Faites donc seulement une goutte d’eau», dit-il, au lieu de: «Il ne sçauroit forger vn ciron»; seulement l’assertion de Montaigne est toujours vraie, tandis que les progrès de la science ont réduit à néant le défi de La Bruyère.

10, +Trismegiste+.--Hermès Trismégiste; personnage fabuleux que les Égyptiens et, d’après eux, les Grecs, regardaient comme le père de toutes les sciences, le législateur et le bienfaiteur de l’Égypte, et que l’on place dans le =XXe= siècle. Il existait sous son nom quarante-deux livres sacrés, appelés «livres hermétiques», confiés aux prêtres seuls et qui contenaient toute l’encyclopédie religieuse et scientifique des premiers temps de l’Égypte.

13, +Faire+.--Asclepius dialog., ap. APULEIUM.

17, +Animal+.--Animé.--CICÉRON, De Nat. deor., III, 13, 14; tous les arguments qui suivent sont tirés du même ouvrage, II, 6, 8, 11, 12, 16, etc.

=284=,

1, +Imbecillité+.--De faiblesse, d’imperfection.

8, +Desbastiment+.--Le théisme et l’athéisme, tous ces arguments pour et contre la divinité, se forgent...

10, +Estirons+.--Étendons, allongeons.

21, +Mont Senis+.--Montaigne cite ici le mont Cenis, au pied duquel il était passé en revenant d’Italie, comme représentant pour lui et vraisemblablement son époque, le point le plus élevé de la terre, bien qu’il n’ait que 3.600 m., tandis que son voisin le mont Blanc, sommet culminant de l’Europe, en a 4.800. Mais on s’inquiétait peu alors de ce dernier, perdu dans le massif des Alpes, non plus que de ces autres absolument inconnus, il y a à peine quatre-vingts ans: le Kilimandjaro (6.130 m.) en Afrique; le Sorata (7.900 m.), un des sommets des Andes dans l’Amérique du Sud; le Gaurizankar (8.840 m.) dans l’Himalaya, en Asie, la plus haute montagne du globe.--Quant à la profondeur des mers, on n’avait pas sur elle de données plus approchées; ce n’est également que depuis le siècle dernier qu’on a donné à cette étude une extension de laquelle il résulte qu’à l’heure actuelle la plus grande profondeur relevée se trouve dans l’océan Pacifique, en un point dénommé «Fosse du Néro», où a été constaté un fond de 9.650 m.

22, +Astrolabe+.--Instrument pour mesurer la hauteur des astres au-dessus de l’horizon.

27, +Temple+.--Le fait, rapporté par JOSÈPHE, Ant. jud., XVIII, 4, qui parle d’Anubis, au lieu de Sérapis, se passa en l’an 32, sous le règne de Tibère, qui fit crucifier les prêtres qui avaient pris part à ce sacrilège, détruire le temple, jeter la statue du dieu dans le Tibre et exila l’amoureux, lui accordant les circonstances atténuantes, en raison de la violence de son amour.

38, +Diuins+.--PLUTARQUE, Romulus, 3, qui donne Taruncius, qu’il nomme Tarucius, non comme un jeune homme, ce qui eût été plus généreux de la part du Dieu, mais comme un homme déjà fort âgé.

39, +Estoc+.--Des deux côtés, du côté paternel et maternel.--Estoc, ligne d’extraction, source d’une lignée, point auquel la lignée entière rapporte son commencement. NICOT.

=286=,

2, +Neptune+.--Platon descendait au sixième degré, par sa mère, de Solon qui, lui-même, tirait son origine de Neptune.

4, +Platon+.--PLUTARQUE, Symposiaques, VIII, 1, rapporte que, d’après une tradition, Apollon aurait apparu à Ariston, lui défendant d’avoir commerce avec sa femme, parce qu’elle était enceinte de son fait, et qu’elle accoucha le jour même de l’anniversaire de ce dieu, dont Platon était considéré comme étant fils. Voir aussi DIOGÈNE LAERCE, III, 2.--C’est le cas identique, à quatre siècles d’intervalle, à celui de Joseph et de Marie, au dire des saintes Écritures.

11, +Langue+.--Ce nom de «merlin» donné à ces enfants supposés nés du fait d’un enchantement, d’un miracle, est probablement une allusion au célèbre enchanteur de ce nom, qui vivait au Ve siècle et était issu, disait-on, d’une religieuse et d’un démon ayant pris forme humaine pour la circonstance, ce que l’Église (S. Cyprien, S. Augustin), et aussi la science (Ambroise Paré), ont longtemps admis; aussi, les tribunaux ecclésiastiques n’hésitaient-ils pas à pourchasser le démon en livrant au feu sa victime, pour la débarrasser de son persécuteur.

23, +Figure+.--CICÉRON, De Nat. deor., I, 18.

26, +Xenophanes+.--EUSÈBE, Prép. évang., XIII, 13.

28, +Nous+.--Cette réflexion de Montaigne rappelle cette boutade de Fontenelle, répondant à quelqu’un disant devant lui que Dieu avait fait l’homme à son image: «Celui-ci, depuis, le lui a bien rendu.»

36, +Mangent+.--Dans tout ce passage, Montaigne, qui combat les idées de ceux qui estiment que tout a été fait pour l’homme, est en opposition complète avec SEBOND, ch. 97: «Le ciel te dit (à l’homme): Ie te fournis de lumiere le iour, à fin que tu veilles; d’ombre la nuict, à fin que tu dormes et reposes; pour ta recreation et commodité, ie renouuelle les saisons, ie te donne la fleurissante douceur du printemps, la chaleur de l’esté, la fertilité de l’automne, les froideurs de l’hyuer... L’air: Ie te communique la respiration vitale, et offre à ton obéyssance tout le genre de mes oyseaux. L’eau: Ie te fournis de quoy boire, de quoy te lauer. La terre: Ie te soutiens; tu as de moy le pain de quoi se nourrissent tes forces, le vin de quoi tu esiouis tes esprits, etc...»--BOSSUET, critiquant sur ce point la manière de voir de l’auteur des Essais et son mode de discussion, prend notamment à partie ce passage où il assimile l’homme à l’oison: «Les hommes voudraient se persuader qu’ils ne sont que corps, et ils aspirent à la condition des bêtes qui n’ont que leur corps à soigner; ils semblent vouloir élever les animaux jusqu’à eux-mêmes, afin d’avoir droit de s’abaisser jusqu’aux animaux et de vivre comme eux. Ils trouvent des philosophes qui les flattent dans ces pensées: Plutarque a fait des traités entiers sur le raisonnement des animaux qu’il élève, ou peu s’en faut, au-dessus des hommes; c’est plaisir de voir Montaigne faire raisonner son oie, qui, se promenant dans sa basse-cour, se dit à elle-même que tout est fait pour elle; que c’est pour elle que le soleil se lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que pour la nourrir; que la maison n’est faite que pour la loger; que l’homme lui-même n’existe que pour prendre soin d’elle et qu’enfin, s’il égorge parfois des oies, ainsi fait-il bien de son semblable!»

38, +Region+.--Un poète anglais a émis la même idée: «Le crabe, au fond de la mer, dit: Dieu est trop bon de me traiter aussi magnifiquement et de tant faire pour moi!»

=288=,

11, +Veteris+.--Telluris iuvenes, les Enfants de la Terre, appelés aussi les Titans, ou les Géants, êtres fabuleux, de taille colossale, qui tentèrent, en entassant Ossa sur Pélion (deux montagnes de la Grèce anc.), d’escalader le Ciel pour détrôner Jupiter, lequel, aidé d’Hercule, les terrassa et, les frappant de la foudre, précipita les uns dans les Enfers, et ensevelit les autres sous des montagnes volcaniques. Myth.

17, +Tenet+.--Neptune avait construit les murs de Troie; mais le salaire convenu lui ayant été refusé, il se déclara contre elle, lors de la guerre qui éclata entre ses habitants et les Grecs; Junon avait également pris parti pour ces derniers par rancune du jugement de Pâris. V. Lex., Scæes.

22, +Territoire+.--HÉRODOTE, I, 172.

23, +Necessité+.--C.-à-d. la puissance des dieux est partagée et répartie suivant nos besoins; l’un guérit...--On peut en dire autant des saints de l’Église romaine où beaucoup sont particulièrement honorés dans certaines localités et certains invoqués dans des cas spéciaux comme, par exemple, S. Antoine de Padoue pour retrouver ce qui est égaré, pour ne parler que de l’un de ceux le plus en faveur de nos jours.

28, +Ponant+.--Occident; ce terme était fréquemment employé au XVIe siècle.

35, +Venerandus+.--Le texte d’Ovide ajoute erat, addition qui figure également sur la plupart des éditions modernes.

41, +Mille+.--Ce renseignement paraît tiré d’HÉRODOTE, Opera et Dies, 252; toutefois cet auteur n’en compte que trente mille; par contre, son assertion est tenue comme beaucoup trop faible, notamment par MAXIME DE TYR, qui dit qu’ils sont innombrables, et par VARRON.--On estime à vingt-cinq mille environ les saints de l’Église catholique.

=290=,

5, +Physiciens+.--Médecins. Cette dénomination leur était fréquemment donnée jadis dans les campagnes; elle leur est encore appliquée parfois, dit-on, en Angleterre. PAYEN.

9, +Chrysippus+.--PLUTARQUE, Des communes conceptions, etc., 27.

13, +Creten+.--Jupiter avait été secrètement élevé dans l’île de Crète, par les soins de sa mère et à l’insu de Saturne son père, auquel Titan, frère aîné de ce dernier, avait cédé le trône sous condition qu’il n’élèverait pas d’enfant mâle. Myth.

18, +Fallitur+.--S. Augustin ajoute que Varron estimait que «là était tout le secret des politiques et des ministres d’état». Les choses ne semblent guère avoir changé depuis: l’homme le plus honnête, le plus courtois dans la vie privée, perd absolument toute notion de probité et de courtoisie dès qu’il est mêlé à la politique; de quelque parti qu’il soit, mentir, tromper, manquer à ses engagements, caser ses créatures, gaspiller les deniers publics, n’avoir d’autre règle en quoi que ce soit que son intérêt politique et cela impudemment, sans la moindre vergogne, sont pour lui une seconde nature; les débutants et les naïfs se transforment rapidement et inconsciemment de la sorte; et, dès lors, chez eux comme chez tous autres plus ou moins éhontés ou ayant déjà vécu dans cette atmosphère cela devient calcul et parti pris.

21, +Phaeton+.--Avait obtenu d’Apollon, son père, de conduire le char du Soleil; mais, l’entreprise étant au-dessus de ses forces, les chevaux mal dirigés s’emportèrent, la surface de la terre fut embrasée, les eaux desséchées, et Jupiter ne put mettre fin à ces désordres qu’en foudroyant l’imprudent conducteur.

25, +Fer, et+.--L’ex. de Bordeaux aj.: auecq Anaxagoras.--XÉNOPHON, Memor., IV, 7, 7; PLUTARQUE, De Plac. phil., II, 20.

26, +Dit-il+.--CICÉRON, De Nat. deor., II, 22.

32, +Socrates+.--XÉNOPHON, Mém. sur Socr., IV, 7, 2.

34, +Polyænus+.--CICÉRON, Acad., II, 38.

37, +Xenophon+.--Mémoires sur Socrate, IV, 7, 6 et 7.

=292=,

1, +Perscrutent+.--Qui recherchent, scrutent; mot forgé par Montaigne, du latin perscrutari, chercher, rechercher avec soin, examiner à fond.

7, +Herbes+.--Montaigne semble dire que le soleil ne tue ni les plantes, ni les herbes; cela se produit dans certaines conditions. Pour ce qui est de la pierre qui, dit-il, «ne luit point au feu», on rend facilement incandescent aujourd’hui un caillou avec les hautes températures que l’on obtient avec le four électrique, et on ne peut pas plus fixer ces foyers de 3000° qu’on ne peut regarder fixement le soleil.

8, +Point+.--Ce n’est pas précisément sur les questions de science, auxquelles il était étranger, que la manière de voir de Socrate offre de l’intérêt; toutefois sur ce point particulier, lui et Montaigne sont bien dans le vrai. Certaines sciences, en effet, qui ont donné tout ce qu’elles pouvaient et auxquelles il n’y a pas d’intérêt réel à s’adonner davantage, sont encore pratiquées aujourd’hui: telles sont l’astronomie poussée à outrance et réduite à étudier la topographie de la lune et les taches du soleil, et ces explorations des régions polaires inabordables actuellement, suffisamment connues pour qu’on sache qu’il n’y a présentement aucun parti à en tirer. En citant l’astronomie transcendante, nous n’avons pas entendu y comprendre la météorologie, science bien autrement importante, dédaignée de sa grande sœur et presque encore en enfance.

24, +Ordo+.--Citation empruntée à la description du char du Soleil.

29, +Platon+.--République, X, 3.

34, +Acceptat+.--Ces vers, rapportés par le grammairien Valérius Probus, sont de Varron; leur reproduction n’est toutefois pas textuelle.--Les cinq zones dont il est ici question, environnant le monde, sont celles déterminées par les deux cercles polaires arctique et antarctique, et les deux tropiques du Cancer et du Capricorne; la bordure qui les traverse obliquement, c’est le zodiaque avec ses douze constellations. V. N. =I=, 254: Aqua.

=294=,

1, +Ainigmatique+.--Platon ne dit ni que la nature est une poésie, ni même qu’elle est énigmatique, ce qui néanmoins est de toute vérité; il dit simplement, à propos d’un vers d’Homère dont le sens est difficile à saisir, que «toute poésie est, de sa nature, énigmatique».

9, +Descousu+.--Timon l’appelle, par iniure, grand forgeur de miracles; addition de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.--Timon est un poète satirique, cité par DIOGÈNE LAERCE, dans sa Vie de Platon.

16, +Empruntée+.--Sous François II, Montaigne étant encore enfant, les hommes trouvèrent qu’un gros ventre donnait un air de majesté; les femmes s’imaginèrent aussitôt qu’il en serait de même d’un gros derrière: on eut alors de gros ventres et de gros derrières postiches et cette mode ridicule dura trois ou quatre ans. Essais historiques sur Paris, 1757.--Qu’est-ce autre chose qu’un de ces derrières postiches, généralement dans de fort modestes proportions, il est vrai, que cet ajustement, du nom de tournure, dont font usage nos femmes pour faire bouffer leurs robes?

19, +Epicycles+.--Cercles dont les centres se meuvent sur la circonférence d’un autre de plus grand diamètre. En faisant décrire aux planètes des orbites de cette nature, Ptolémée, astronome du IIe siècle, expliquait leurs mouvements et les irrégularités apparentes de ces mouvements.

20, +Astrologie+.--Du temps de Montaigne, on entendait par là l’astronomie.

22, +Subject+.--S. Hilaire de Poitiers dit que l’orgueil caché des prétendus sages les porterait, s’ils le pouvaient, à aller jusque dans le ciel, changer et corriger les mouvements des astres.--Alphonse, roi de Castille, auquel le système de Ptolémée déplaisait, disait qu’il se croyait de taille à donner de bons conseils à Dieu.

25, +Platon+.--Dans le Timée.

32, +Rauissement+.--Rétrogradation, trépidation, ascension sont autant de termes empruntés au système astronomique de Ptolémée, qui tenait la terre comme fixe et en faisait le centre du monde: reculement, ravissement y sont ajoutés par plaisanterie.

34, +Petit monde+.--En grec: microcosme.

39, +Ame+.--Quelques auteurs ont donné à l’homme deux âmes: l’une rationnelle, l’autre sensitive; Platon en compte trois. C. DE M.

=296=,

1, +Imaginaire+.--Une république, un gouvernement imaginaire.

9, +Condonons+.--leur concédons; mot francisé, par Montaigne, du latin condonare, accorder, pardonner, remettre.

21, +Pieds+.--PLATON, qui dans le Théétète conte ce fait, dit seulement que Thalès, marchant les yeux levés vers le ciel pour contempler les astres, tomba dans un puits, et ne fait nullement intervenir sa servante comme cause de l’accident. Cela semble avoir fourni à LA FONTAINE le sujet de sa fable: «l’Astrologue qui se laisse tomber dans un puits», où il dit:

«Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir, Penses-tu lire au-dessus de ta tête?»

et encore:

«C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères Ce pendant qu’ils sont en danger, Soit pour eux, soit pour leurs affaires.»

24, +Plagas+.--Cette critique présentée par Montaigne, comme émise par Démocrite et reproduite par Cicéron, émane au contraire de celui-ci et est dirigée contre le premier.--Dans sa fable (liv. II, fabl. 13) LA FONTAINE reproduit cette citation: «Sans rien voir sur la terre, on se perd dans les cieux.»

27, +Platon+.--Dans le Théétète, là même où il est question de l’accident de Thalès.

42, +Congé+.--Autorisation, permission.

=298=,

6, +Faucée+.--Du latin fauces, entrée, avenue, défilé, brèche, pénétration.--Le sens de la phrase est: «Mais savoir comment une impression spirituelle peut exercer une action si intense sur la partie matérielle de l’homme, connaître la nature des rapports et de la connexité de ces admirables ressorts, jamais homme ne l’a fait.» De nos jours, les médecins, les physiologistes disent que c’est un effet de sympathie, ce qui signifie qu’ils n’en savent pas plus, à cet égard, que du temps de Montaigne.

8, +Sçeu+.--Les éd. ant. aj.: comme dict Salomon.

9, +Pline+.--Nat. Hist., II, 37.

9, +S. Augustin+.--De Civ. Dei, XXI, 10.

33, +Autre+.--L’autorité d’Aristote fut toute-puissante pendant des siècles, au point qu’en 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des thèses contre la doctrine de ce philosophe, et qu’il défendit à toute personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans ces thèses à peine de punition corporelle, et d’enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs approuvés, à peine de la vie; qu’en 1629, cette même cour édictait qu’on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d’Aristote, sans manquer à ceux de la théologie scolastique reçue par l’Église. BAYLE.

=300=,

1, +Diogenes+.--Diogène d’Apollonie. SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. hypot., III, 4.

9, +Priuation+.--Montaigne énumère ici les principes essentiels que chacun des philosophes qu’il mentionne avait imaginés pour expliquer le système du monde:--Platon admettait l’existence de certains types ou modèles qu’il appelait Idées;--Épicure expliquait tout par le concours fortuit des Atomes;--Leucippe et Démocrite, par le Vide et les Atomes en nombre infini doués d’un mouvement éternel;--Thalès posait comme principe matériel de toutes choses l’Eau ou l’état liquide, et y ajoutait l’esprit comme principe moteur;--pour Anaximandre, c’était l’Infini;--pour Diogène d’Apollonie, c’était l’Air;--pour Pythagore, les Nombres; le monde lui-même n’était qu’un tout harmonieusement composé;--pour Parménide, il n’existait qu’un être, unique, immuable, infini;--Anaxagore estimait qu’à l’origine, tous les éléments, en nombre infini, étaient confondus, et que c’est par l’intervention d’une intelligence suprême qu’avait eu lieu la séparation des éléments hétérogènes et l’assemblage des éléments similaires.--Empédocle admettait quatre éléments: le feu, la terre, l’air et l’eau, et deux causes premières: l’amitié qui les unit, la haine qui les sépare;--pour Héraclite, il n’existait qu’un principe, le feu, mais un feu pur et subtil, bien différent de celui que nous voyons;--enfin Aristote, estimant que les points de vue sous lesquels toute chose peut être envisagée se réduisent aux éléments dont elle est composée, à sa nature intime ou essence, à sa cause et au but ou fin vers laquelle elle tend, distinguait quatre principes: la matière, la forme, la cause efficiente et le principe final, lesquels doivent se retrouver partout et que la philosophie a pour mission de déterminer.

15, +L’escole+.--Aristote, dont les éd. ant. mettent le nom.

21, +Boule-veuë+.--A première vue; comparaison tirée du jeu de boules. Jouer à boule-vue, c’est agir sur un simple coup d’œil jeté sur le jeu sans se donner le temps d’apprécier la distance ni de calculer ce qu’il y a de mieux à faire.

26, +Volonté+.--«Appartenir à une école, c’est en épouser nécessairement les préjugés et le parti pris.» LE BON. Cela est vrai aussi bien en politique qu’en scolastique.

=302=,

9, +Philodoxes+.--PLATON, Rép., V (vers la fin), les définit ainsi: Gens qui se remplissent d’opinions dont ils ignorent les fondements, qui s’entêtent de mots, qui n’aiment et ne voient que les apparences des choses.

15, +Philosophique+.--Il ne saurait cependant à de semblables propos, être fait de réponses plus probantes.

40, +Essais+.--C’est aller un peu loin que de vouloir d’un philosophe qu’il connaisse le pourquoi et le comment de toutes choses; il observe, cherche à se rendre compte de tout, mais ne saurait être tenu d’en donner, quand même, une explication.

=304=,

15, +L’aimant+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 24.--Combien aujourd’hui avec ce que nous connaissons de l’électricité, qui n’est du reste qu’une forme particulière du magnétisme ou aimantation, s’affermirait en eux cette idée, bien moins singulière à la réflexion qu’elle ne semble de prime abord.

22, +Dicæarchus+.--C.-à-d. la raison humaine a appris à Cratès et à Dicéarque qu’il n’y avait absolument point d’âme et que le corps s’ébranlait, etc. SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. hypot., II, 5; CICÉRON, Tusc., I, 10.

24, +Platon+.--Lois, X.

25, +Repos+.--Thalès ajoutait: «et qui se meut de soi-même». PLUTARQUE, De Plac. phil., IV, 2; là, se trouve également rapportée l’opinion d’Asclépiade.

27, +Parmenides+.--MACROBE, in Somn. Scip., I, 14.

27, +Empedocles+.--CICÉRON, Tusc., I, 9.

27, +Sang+.--Certains font dériver le mot latin anima, âme, du grec αἷμα, qui signifie sang.

29, +Posidonius+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 156.

30, +Chaleureuse+.--Galien, tout en admettant cette idée, déclare qu’en fin de compte il n’ose rien affirmer sur la nature de l’âme.

32, +Hippocrates+.--MACROBE, in Somn. Scip., I, 14.

32. +Varro+.--LACTANCE, De Opif. Dei, 17.

35, +Elemens+.--Suivant Zénon, l’âme est du feu; et cette idée qu’elle est la quintessence des quatre éléments que lui attribue Montaigne, est d’Aristote qui, au dire de notre auteur, quelques lignes plus loin, se serait tu sur sa nature. CICÉRON, Tusc., I, 10.

35, +Ponticus+.--STOBÉE, Eclog. phys., I, 40.

35, +Xenocrates+.--MACROBE, in Somn. Scip., I, 14.

40, +Aristote+.--S.-ent. qui définit l’âme.

41, +Entelechie+.--Mot grec signifiant «la perfection». CICÉRON, Tusc., I, 10.

=306=,

2, +Lactance+.--De Opif. Dei, 47, au commencement.

3, +Seneque+.--Nat. quæst., VII, 14.

6, +S. Bernard+.--Lib. de anima, I.

8, +Heraclitus+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 7.

11, +Essence+.--Qu’est-ce que l’âme? disons-nous à notre tour. C’est le principe de la vie, ou encore, d’après nos dictionnaires, l’ensemble des facultés morales et intellectuelles de ce qui a vie. Mais ce ne sont là que des effets et ils n’en expliquent pas la production. De fait, nous nous trouvons en présence d’un de ces infinis problèmes que notre intelligence n’arrive pas à résoudre, et si nous tentons de l’élucider, il nous faut, comme en tant d’autres choses, déduire l’inconnu du connu. Or les manifestations de l’âme ne prennent naissance en nous que peu à peu; au début de l’existence, rien n’apparaît; c’est ensuite l’instinct, c’est-à-dire une action irréfléchie, qui se montre seul; puis, en germe, chez l’homme, du moins, parce que son organisme le comporte, tout ce qui compose l’âme telle que nous la concevons dans l’être humain: la notion du bien et du mal, les vertus et les vices, toutes les qualités bonnes ou mauvaises, les affections, les répulsions ainsi que la volonté, la mémoire, l’intelligence, la raison, la réflexion qui les mettront en œuvre, variables chez chaque individu suivant la conformation de son cerveau, qui est l’organe qui en est le point de départ et dont un rien congénital ou accidentel suffit à différencier toute la vie durant ou momentanément l’homme de génie de l’imbécile, le fou du sage, le criminel de l’honnête homme, ce que du reste le bon sens populaire rend si exactement quand il dit de quelqu’un qui n’est pas comme tout le monde, qu’il lui manque une case; et cet ensemble grandissant ensuite peu à peu, s’épanouissant au fur et à mesure que le corps lui-même se développe; et, chez tous, reposant quand il repose, s’oblitérant plus ou moins quand il est malade, mourant quand il meurt, l’abandonnant la plupart du temps partiellement avant même que la vie n’ait pris fin, dès que la désagrégation commence.--Qu’en conclure, sinon que l’âme est essentiellement fonction de l’être, qu’elle ne fait qu’un avec lui, qu’elle est une conséquence de son organisation à laquelle elle ne survit pas? Pas plus que lui elle ne vient du néant, ni n’y retourne, mais, comme lui, elle se forme et se transforme, telles l’électricité, la chaleur, la lumière qui partout, à l’état latent, apparaissent ou disparaissent suivant que les éléments d’où elles naissent sont dans telles ou telles conditions; tel encore par exemple le fer qui, dans le minerai, échappe à notre vue et dont certaines transformations le dégagent, que certaines préparations assimilent aux êtres animés, aux végétaux, que la rouille réduit en poussière et rend à la terre, où ses molécules impalpables, sans jamais cesser d’exister, demeurent susceptibles de participer à tout, sans jamais redevenir elles-mêmes; ainsi l’âme qui, en nous, naît dans des conditions données, se transforme avec ces conditions; et quand celles-ci cessent d’exister, elle se désagrège et ses éléments retournent se confondre avec l’universalité des choses, où de toute éternité là aussi tout est dans tout, à l’état embryonnaire.

12, +Herophilus+.--PLUTARQUE, Des Opin. des phil., IV, 5.

13, +Aristote+.--SEXTUS EMPIRICUS, Adv. Mathem.

20, +Stoïciens+.--PLUTARQUE, Des Opin. des phil., IV, 5.

20, +Erasistratus+.--Id., ibid.

21, +Empedocles+.--Id., ibid.

22, +Moyse+.--GENÈSE, IX, 4; Lévit., VII, 26; Deutér., XII, 23; etc.

24, +Strato+.--PLUTARQUE, Des Opin. des phil., IV, 5.

30, +Chrysippus+.--GALIEN, De Plac. Hipp. et Plat., II, 2.

39, +Stoïciens+.--SÉNÈQUE, Epist. 57.

42, +Trapelle+.--Souricière, de l’italien trappola, qui a même signification.

=308=,

8, +Plutarque+.--Thésée, préambule.

8, +Chartes+.--Cartes géographiques; du latin charta, feuille de papier.

8, +Orée+.--Bord, extrémité; du latin ora qui a même sens.

14, +Bestise+.--PASCAL a dit aussi en parlant de l’homme: «Trop et trop peu d’instruction l’abêtissent.» Et, en un autre passage: «Les sciences ont deux extrémités qui se joignent: la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant; l’autre est celle où atteignent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent dans cette même ignorance, d’où ils sont partis.»

19, +Platon+.--Plaisanterie que l’on attribue à Diogène le Cynique, et à laquelle il fut répondu en ajoutant à la définition déjà donnée «et à larges ongles». DIOGÈNE LAERCE, IV, 40.

35, +Iliade+.--CICÉRON, De Nat. deor., II, 37.

36, +Zenon+.--Id., ibid., III, 9.

38, +Cotta+.--Id., ibid., II, 12.

=310=,

6, +Sectes+.--Les éd. ant. aj.: comme il s’en voit infinis chez Plutarque contre les Epicuriens et Stoïciens: et en Seneque contre les Peripateticiens.

8, +Montre+.--Un échantillon.

17, +Lasches+.--Les éd. ant. aj.: combien de fois leur voyons-nous dire les choses diuerses et contraires?

18, +Ailleurs+.--Dans le premier Alcibiade. C’est Socrate qui, par ses arguments, réduit Alcibiade à le dire.

32, +Inconstante+.--«Montaigne sut ramener sur le territoire de la philosophie le bon sens qui en avait été si longtemps exilé.» DÉGERANDE.

=312=,

17, +Fortuit+.--C.-à-d. je me suis trouvé philosophe sans l’avoir cherché et tout à fait par hasard.

18, +Ame+.--Les éd. ant. aj.: (car i’ai choisi ce seul exemple pour le plus commode à tesmoigner nostre foiblesse et vanité).--L’analyse qui suit de la doctrine de Platon est prise dans la seconde partie du Timée, ou simplement de DIOGÈNE LAERCE, III, 67.

24, +Ratiocine+.--Raisonne; du latin ratiocinari qui signifie la même chose.

31, +Inconuenient+.--Aussi n’est-il pas étrange, extraordinaire.

42, +Vniuerselle+.--L’empereur Julien pensait ainsi. PAYEN.

=314=,

6, +Locum+.--DELILLE a donné de cette citation la traduction ci-après:

«Dieu remplit, disent-ils, le ciel, la terre et l’onde; Dieu circule partout, et son âme féconde A tous les animaux prête un souffle léger; Aucun ne doit périr, mais tous doivent changer, Et, retournant aux cieux, en globes de lumière, Vont rejoindre leur être à la masse première.»

28, +Touche+.--PLUTARQUE, Pourquoi la justice div., etc., 19.

30, +Recordation+.--Souvenir; mot francisé par Montaigne, du latin recordatio qui a cette même signification.

37, +Sçauantes+.--Add. des éd. ant.: et pleines de suffisance.

41, +Sçauoir+.--Add. des éd. ant.: de cette prudence et sapience.

42, +Platon+.--Dans le Phédon.

=316=,

15, +Nous+.--Vivants.

31, +Futurs+.--Autant de mauvaises actions on aurait commises, autant de personnes on aurait lésées de la sorte, seraient d’après PLATON, République, X, punies d’une peine de dix ans chacune, jusqu’à concurrence de dix fois, soit cent ans, durée de la vie humaine.

33, +Temporelles+.--Origène, d’après saint Augustin, rejetait l’éternité des peines.

36, +Receue+.--Add. des éd. ant.: aux siecles anciens.

=318=,

12, +Desmue+.--Tirée hors de, déplacée, détournée; participe passé de desmouvoir, qui vient du latin dimovere, dont c’est la signification.

43, +Philosophe+.--Ils ne remédient pas au cas où, par accident, chez un philosophe...

=320=,

12, +L’vsage+.--Var. des éd. ant.: le goust.

28, +Decidere+.--Montaigne a traduit cette citation avant de la transcrire.

38, +Aristote+.--Métaphys., II, 1.

43, +Syrius+.--De Syros. CICÉRON, Tusc., I, 16.--Le texte latin porte Tullius.

=322=,

11, +Gloire+.--Les éd. ant. aj.: et de la reputation.

13, +Platon+.--Lois, X, 13.

20, +Estançonner+.--Appuyer, étayer; s’estançonner par ses inventions, c’est assurer, renforcer son existence par ses propres imaginations.

=324=,

7, +Nemroth+.--Il semble que la pyramide dont il est ici question soit celle qui existait à Barsippe en Chaldée, pyramide quadrangulaire à gradins, demeurée inachevée de temps immémorial et que les Chaldéens identifiaient avec la tour de Babel.

24, +Raison+.--Car cela ne nous a été nullement appris par la nature, non plus que par la raison.

24, +Retentera+.--Essayer, éprouver de nouveau; du latin retentare, tenter derechef.

29, +Stoïcien+.--SÉNÈQUE.

=326=,

1, +Nous+.--L’ex. de Bordeaux aj.: en diuers lieux; add. dont il a été tenu compte dans la traduction; cette croyance existe en effet en Perse, en Hindoustan et ailleurs.

2, +Pythagoras+.--La métempsycose, que Lucrèce appelle un officieux mensonge qui délivre des frayeurs de la mort et rassure l’esprit en lui donnant l’espérance de renaître dans un autre corps.

7, +Maison+.--Les éd. ant. ajout.: Socrate, Platon et quasi tous ceux qui ont voulu croire l’immortalité des ames, se sont laissez emporter à cette inuention, et plusieurs nations, comme entr’autres la nostre et nos Druides.--Ces derniers mots: et nos Druides manquent dans l’éd. de 1588.

10, +Ans+.--Montaigne a déjà traité ce sujet et cite (vol. =II=, pag. 106) un passage d’OVIDE à ce propos.--D’après HÉRACLIDE de Pont, Pythagore racontait avoir été Éthalide que l’on disait fils de Mercure; et ce Dieu lui ayant promis de lui accorder tout ce qu’il voudrait, excepté l’immortalité, il lui avait demandé à conserver pendant sa vie et après sa mort, la mémoire de tout ce qui lui arriverait; c’est pourquoi il était à même d’affirmer être passé dans le corps d’Euphorbe après avoir été Éthalide; être ensuite devenu Hermotine; puis Pyrrhus, un pêcheur de Délos, et enfin Pythagore. D’autre part, Euphorbe, blessé par Ménélas au siège de Troie, déclarait avoir été Éthalide et prétendait se rappeler par quelles plantes, dans quels animaux son âme avait successivement passé depuis qu’il avait cessé d’être Éthalide, ce qu’elle avait éprouvé aux enfers et ce qu’il avait vu éprouver aux autres. Hermotine disait avoir été Euphorbe et, pour le prouver, avait été au temple d’Apollon et avait montré son bouclier que Ménélas, après l’en avoir dépouillé, avait consacré à ce Dieu, à son retour de Troie. Pyrrhus, le pêcheur de Délos, se souvenait d’avoir été Éthalide, Euphorbe, Hermotine; et Pythagore avait conservé les mêmes souvenirs, en y ajoutant celui de Pyrrhus.--V. également DIOGÈNE LAERCE, VIII, 4, 5.

16, +Recite+.--De quelques faiseurs d’horoscope, dit S. AUGUSTIN, De Civ. Dei, XXII, 28.

18, +Chrysippus+.--LACTANCE, Div. instit., VII, 23.

19, +Platon+.--Dans le Ménon.

21, +Ailleurs+.--PLATON, dans le Timée.

=328=,

17, +Dit-il+.--Romulus, 14.

28, +Socrates+.--Ce sont là deux des opuscules des œuvres morales de Plutarque, intitulés, l’un, «De la face qui apparaît dedans le rond de la lune»; l’autre, «Du démon de Socrate».

=330=,

3, +Physicien+.--V. N. =II=, 290: Physiciens.

4, +Disoit+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 17.

6, +Dit+.--PLUTARQUE, Des Opin. des phil., V, 3. Les citations qui suivent sont tirées de ce même chapitre.

19, +Democritus+.--PLUTARQUE, Des Opin. des phil., V, 5, dit expressément que Démocrite était d’une opinion contraire, mais que Zénon et Aristote étaient tous deux de cet avis sur ce point.

28, +Moys+.--Ceci porte à croire que la mère de Montaigne était, ou croyait être accouchée de lui au onzième mois de sa grossesse. En ce qui me touche, la conception d’une de mes petites-filles m’a été annoncée par ses parents un premier janvier, et, sous la direction d’un médecin des hôpitaux de Paris, la mère, qui a ressenti successivement tout ce que la femme éprouve en pareil cas, a pris les précautions d’usage, et l’enfant n’est venu au monde que le vingt-deux décembre, sans que rien d’anormal, sauf sa durée, se soit produit dans la gestation.--En pareille matière, rien n’est moins certain que la supputation du temps, la question n’a jamais été complètement décidée pour l’espèce humaine, et les observations faites sur les animaux prouvent qu’il y a chez eux de grands écarts (CUVIER). D’après la loi française, l’enfant qui vient au monde avant l’expiration du 300e jour (dix mois) après la mort du mari est seul réputé légitime; PLINE, chez les anciens, admettait onze mois; RABELAIS également, qui cite de nombreux auteurs à l’appui de son dire.

37, +Protagoras+.--SEXTUS EMPIRICUS, Adv. Math.

=332=,

6, +Thales+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 36.

8, +Vous+.--La personne à laquelle ce chapitre est dédié, et qu’ainsi qu’il a été dit plus haut, on pense être Marguerite de France, fille de Henri II, reine de Navarre, à la demande de laquelle cette apologie de Sebond aurait été écrite.

9, +Corps+.--De m’étendre si longuement sur un même sujet.

16, +Reseruément+.--De ce passage on peut conclure que Montaigne est d’avis que, dans les disputes philosophiques en général, et en particulier dans celles où la religion est intéressée, il ne faut invoquer l’incertitude de nos connaissances, se réfugier dans le doute et, en matière religieuse, admettre la tradition, que lorsque, pressé de toutes parts, on n’a plus aucune bonne raison à alléguer en faveur de son opinion.

21, +Deux+.--HÉRODOTE, III, 78.--En =522=, lors de la conjuration qui donna le trône à Darius (V. N. =III=, 324: Perse). Gobrias, un des conjurés, avait saisi l’usurpateur par le corps et luttait avec lui dans l’obscurité, quand, de crainte de voir son adversaire lui échapper, il dit à Darius, son complice, de frapper sans souci de l’atteindre lui-même.

26, +Impatiens+.--Ne pouvant supporter.

33, +Mie+.--Pas, nullement.

38, +Attrempance+.--Mesure, réserve gardée dans ce qu’on fait et dans ce qu’on dit.

=334=,

3, +Plaist+.--Ceci confirme ce que l’on suppose de la dédicace de ce chapitre à Marguerite de France (N. =II=, 332: Vous), en raison de son rang, de son érudition et aussi de ce qu’elle était une des plus belles personnes de son temps.

6, +Fantasie+.--Add. des éd. ant.: et qui se fut seruy à faire son amas, d’autres que de nostre Plutarque.

7, +Epicurus+.--PLUTARQUE, Contre Colotès, 27.

9, +Platon+.--Lois, IX.

28, +Outrageux+.--L’éd. de 1588 port.: dangereux.

35, +Effrenée+.--Les éd. ant. port.: iugement à cette liberté desreglée, au lieu de: «vol... effrenée».

=336=,

14, +Vsage+.--On ne plaide plus, on ne discute pas pour savoir si cette monnaie est de bon ou de mauvais aloi, mais seulement si elle est d’usage, si elle passe ou ne passe pas.

16, +Liaisons+.--Nouement d’éguillettes. V. N. =I=, 136: Liaisons.

17, +Domifications+.--Du latin domus, maison, et facere, faire. Terme d’astrologie signifiant le partage du ciel en douze zones, en vue de tirer l’horoscope de quelqu’un.

18, +Philosophale+.--Substance à la recherche de laquelle s’adonnaient les alchimistes et à laquelle on prêtait la propriété de transformer en or tous les métaux.

23, +Vitale+.--Mensale, vitale, etc., sont des termes de chiromancie (art de prédire la destinée par l’inspection de la main): la mensale est la ligne qui à l’intérieur de la main va de dessous le petit doigt vers l’index; la vitale, celle qui du milieu du poignet va aboutir entre le pouce et l’index; la moyenne naturelle, celle qui a son point de départ entre le pouce et l’index et aboutit entre le poignet et le petit doigt; au centre de la main est le triangle sur lequel Mars a action; l’enseigneur, c’est l’index; les tubercles, appelés monts, sont les proéminences formées par la dernière phalange de chaque doigt. Chacune est plus spécialement soumise à l’action d’un dieu ou d’une déesse et son plus ou moins de saillie accuse, plus ou moins accentués chez l’individu, la qualité ou le vice auxquels préside cette divinité.

=338=,

9, +Leschant+.--Add. de 80: et formant.

33, +D’accord+.--Add. des éd. ant.: s’ils ne le sont meshuy après tant de siecles!

=340=,

1, +Iugement+.--Les académiciens admettaient quelques modifications à ce jugement sur notre complète ignorance.

5, +Sphere+.--Eudoxe estimait le monde formé de sphères concentriques dont la terre était le centre et dans chacune desquelles se mouvaient dans l’ordre suivant, d’après leur éloignement de la terre: la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne; une huitième sphère comprenait les mouvements de tous les autres astres, système qui fut adopté par Platon et par Aristote.

10, +Plus vray-semblables+.--Var. des éd. ant.: beaucoup plus veritable et plus ferme.

15, +Vraysemblable+.--Logique. Montaigne veut dire que l’opinion des pyrrhoniens est plus liée, se soutient mieux que celle des Académiciens.

27, +Pas+.--Add. des éd. ant.: le corps et.

30, +Vanter+.--Jouer, aller au gré du vent.

=342=,

8, +L’autre+.--Add. des éd. ant.: car la verité n’est iamais qu’vne.

=344=,

19, +Pas+.--Sous-entendu: habiter, tenir; ellipse analogue à celle que présente cette locution: «Il n’en peut plus».

35, +Sappho+.--Les anciens sont unanimes pour admirer la verve et le feu qui brillaient dans ses vers; on la surnommait la dixième muse; il ne nous reste d’elle que quelques fragments. Se confond souvent avec une autre Sapho, également lesbienne, courtisane célèbre qui vécut plus tard.

36, +Cleomenes+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.

=346=,

1, +Fortuna+.--Add. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: qu’il iouysse de ce bon heur (traduction de la citation qui précède).

7, +Part là+.--Le code criminel, établi lors de la refonte de nos codes, après la première révolution, était très dur et très rigoureux, et était tel, disait-on, parce qu’il avait été rédigé par Treilhard (1742 à 1810) alors tourmenté de la gravelle.

7, +Areopage+.--Ce tribunal était composé de 31 membres; on n’y tolérait aucun artifice oratoire susceptible d’émouvoir ou d’attendrir les juges; longtemps il jouit d’une immense réputation de sagesse et d’impartialité; il siégeait de nuit comme l’indique Montaigne et rendait son jugement séance tenante, nul procès à Athènes ne pouvant durer plus d’un jour.

15, +Tourneuirent+.--Le tournent et le virent en tous sens.

21, +Vie+.--Un dicton latin résume ainsi l’existence humaine: «Nasci, pati, mori (naître, souffrir, mourir).»

=348=,

14, +Homme+.--Montaigne dit ailleurs (=III=, 186): «Ie croy Platon de bon cœur, qui dit les humeurs faciles ou difficiles, estre vn grand preiudice à la bonté ou mauuaistié de l’ame.»

21, +Moy+.--Add. de 88: sans le congé du iugement.

26, +Virer+.--Add. des éd. ant.: en cent visages.

42, +Comme moy+.--Var. de l’éd. de 88: bien.

=350=,

7, +Formaliser+.--Pour y conformer son esprit, son jugement, son attention.

31, +Cupiditez+.--Passions.

32, +Themistocles+.--Prit part à la bataille de Marathon (=490=) et porta un coup mortel à la flotte de Xerxès par la victoire de Salamine (=486=); exilé par suite des intrigues de Sparte, il se réfugia chez les Perses et s’empoisonna pour n’être pas obligé de porter les armes contre la Grèce.

32, +Demosthenes+.--Ce prince de la parole n’acquit son grand talent oratoire que grâce à un travail long et opiniâtre; son style était pur et concis; son éloquence, éminemment persuasive, était absolument dépouillée d’artifice. Pendant quinze ans il s’employa tout entier contre Philippe de Macédoine qui voulait asservir sa patrie, et prononça contre lui ses immortelles Philippiques et Olynthiennes; il assista à la bataille de Chéronée (=388=); après la mort d’Alexandre, il mit son éloquence au service des Grecs confédérés, et s’empoisonna pour échapper à Antipater.

38, +Clemence+.--Var. de l’éd. de 80: liberalité et à la iustice.

=352=,

9, +Vertueuses+.--Add. des éd. ant.: Au moins cecy ne sçauons nous que trop, que les passions produisent infinies et perpetuelles mutations en nostre ame et la tyrannisent merueilleusement. Le iugement d’vn homme courroucé ou de celuy qui est en crainte, est-ce le iugement qu’il aura tantost quand il sera rassis?

18, +Trouble+.--Var. des éd. ant.: desreglement et de la cecité?

19, +Maladie+.--Var. des éd. ant.: fauceté.

20, +Perturbation+.--Var. des éd. ant.: l’erreur.

20, +La temerité+.--Var. des éd. ant.: le mensonge.

25, +Insensez+.--PLATON, Phèdre.

28, +Sommeil+.--CICÉRON, De Divinat., I, 57.

31, +Apporte+.--Par son anéantissement (l’anéantissement de la raison), causé par la fureur ou le sommeil, image de la mort, nous devenons...

40, +Pas+.--La philosophie.

=354=,

5, +Infiable+.--Infidèle, peu digne de foi.

13, +Souffre+.--«Le premier soupir de l’amour est le dernier de la sagesse.»

22, +Planir+.--Diminuer et s’aplanir.

39, +Volubilité+.--Add. des éd. ant.: et imperfection.

40, +Constance+.--Add. des éd. ant.: et fermeté.

=356=,

7, +Entier+.--Var. de 1588: pur et entier, au lieu de: «entier».

19, +Nicetas+.--CICÉRON, Acad., II, 39, où suivant l’édition on lit Nicétas ou Hicétas.

19, +Syracusien+.--Var. des éd. ant.: il y a enuiron 18. cens ans que quelqu’vn, au lieu de: «Cleanthe... Syracusien».

21, +Aixieu+.--V. N. =I=, 254: Aqua.--Cette constatation semble due aux Assyriens, desquels l’auraient tenue Pythagore et son école, mais contre laquelle s’éleva Aristote. Pour cette théorie, Cléanthe, au dire de PLUTARQUE, De la Face de la Lune, 4, sur la dénonciation d’Aristarque, qui demandait qu’il fût poursuivi comme blasphémateur, faillit avoir le sort qui, vingt siècles après, menaça Galilée pour avoir soutenu cette même thèse alors que déjà deux cents ans auparavant elle avait été rééditée par Copernic. Celui-ci admettant en effet le double mouvement de la terre sur elle-même, mouvement s’effectuant suivant un plan (celui de l’écliptique) incliné par rapport à la ligne des pôles, établit sur ce principe le système planétaire qui porte son nom et qui a renversé celui de Ptolémée admis jusqu’alors.--Certains toutefois estiment, en ce qui concerne Cléanthe, qu’une erreur a dû être commise dans la transcription du texte de Plutarque et que les rôles y sont inversés: d’après eux ce serait Aristarque qui affirmait le mouvement de la terre et Cléanthe qui lui en faisait un crime.

24, +Ne nous... deux+.--Var. des éd. ant.: n’y a guiere d’asseurance, ny en l’vn ny en l’autre.

34, +Vogue+.--Var. des éd. ant.: credit et authorité.

35, +Precedentes+.--Les Essais venaient à peine de paraître, quand s’est produite cette tierce opinion, émise par Tycho-Brahé (1546 à 1601), dont le système en progrès sur celui de Copernic, modifié par Képler (1571 à 1631) que lui-même avait formé, et confirmé par Newton (1642 à 1727), est la base de l’astronomie moderne.

37, +Introduicts+.--V. au sujet de ces principes N. =II=, 300: Priuation.--Les éd. ant. aj.: de matiere, forme et priuation.

39, +Lettres+.--S. ent. de crédit.

43, +Boute-hors+.--D’être déboutés, jetés dehors.

43, +Deuanciers+.--«Y a-t-il une chose, dit l’Ecclésiaste, dont on puisse dire: c’est du nouveau? Non, cette chose a déjà été dans les siècles qui furent avant nous; on ne se souvient plus des choses d’autrefois, de même on ne se souviendra plus des choses à venir, parmi ceux qui viendront plus tard.» Ceci, qui était déjà vrai du temps de Salomon, l’est probablement encore aujourd’hui; car nul ne peut assurer que notre civilisation ne disparaîtra pas comme d’autres qui l’ont précédée; et des hommes, dans la suite des siècles, découvriront encore ce que nous avons découvert avant eux et croiront que c’est du nouveau (HARDUIN).

=358=,

36, +Toucher+.--Telles sont en effet l’hyperbole et ses asymptotes: la première ligne courbe, de la nature de celles que l’on obtient en sectionnant un cône par un plan oblique à son axe, les secondes, lignes droites en corrélation particulière avec la première, si bien que toutes trois prolongées indéfiniment, les asymptotes vont approchant toujours de plus en plus l’hyperbole sans, comme l’indique leur nom, jamais la rencontrer, quoique sises dans le même plan. Mais leur découverte est bien antérieure à Jacques Peltier; on en trouve mention dans Apollonius, géomètre grec du =IIIe= siècle.

39, +Combattre+.--Add. des éd. ant.: et ruiner.

=360=,

7, +Antipodes+.--L’existence des antipodes a été fort controversée dans les temps passés: les philosophes anciens ne les admettaient pas; l’Église primitive pas davantage. Lactance dit à cet égard: «Quel est l’homme assez insensé, pour croire qu’il y a des hommes dont les pieds sont plus élevés que la tête?» S. Augustin abondait dans le même sens, parce que, disait-il, «les antipodes seraient au delà de la mer et que la mer est intraversable». Cette idée des antipodes, émise par Virgile prêtre, depuis fait évêque et canonisé, fut même qualifiée d’hérésie par le pape Zacharie, comme admettant, sous la terre, une autre terre, un autre soleil, une autre lune et des habitants sur cette autre terre, ne descendant pas d’Adam.

13, +Sçauoir mon+.--Il reste à savoir.

15, +Disent+.--Add. de 88: Aristote dict que toutes les opinions humaines ont esté par le passé et seront à l’aduenir, infinies autresfois. Platon qu’elles ont à renouueller et reuenir en estre après trente six mille ans.

17, +Platon+.--Dans le dialogue intitulé la Politique.

20, +Herodote+.--Liv. II, 142, 143, etc.

28, +Salomon+.--«Ce qui a été, est encore; ce qui doit être, a déjà été; Dieu rappelle ce qui est passé.» ECCLÉSIASTE, III, 15.--Outre qu’il bâtit le temple de Jérusalem et les murailles de cette ville, Salomon possédait un savoir immense; on lui attribue plusieurs des livres saints: les Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste.

28, +Isaïe+.--«Je m’en vais créer de nouveaux cieux, une terre nouvelle, et tout ce qui a été auparavant s’effacera de la mémoire.» ISAIE, LXV, 17. Nombre des prophéties d’Isaïe nous sont parvenues; elles se distinguent par la sublimité des idées, l’énergie des tableaux et le style qui est d’une véhémence extraordinaire; on admire surtout le cantique sur la ruine de Babylone.

31, +Changement+.--Rien ne se fait avec rien, donc l’univers n’a pas eu de commencement; rien ne se perd, tout se transforme, donc il ne prendra jamais fin. Ce dernier principe, nous en voyons par nous-mêmes l’action incessante en ce qui touche les choses de la terre; il n’est pas moins vrai en ce qui concerne les astres. Ceux-ci, en raison de la loi de la gravitation universelle, dont la réalité est vérifiée par le mouvement des corps célestes qu’elle explique jusque dans leurs anomalies apparentes qu’elle arrive à prévoir, ne peuvent résister éternellement à la désagrégation, ni se désagréger sans que leurs débris aillent, à travers les espaces, s’agglomérer à la longue à d’autres existants.

32, +Escholes+.--Celle de Platon.

39, +Derriere+.--Cette théorie du monde, de la terre, etc... pourvus d’une âme en même temps que d’un corps, et ayant des mouvements propres, aurait été émise par l’école de Pythagore; d’autres la trouvent en germe dans certains passages du Timée de Platon. CORPET.

39, +Heraclitus+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 8.

=362=,

2, +Mere+.--On estime que cette lettre n’est pas d’Alexandre le Grand, mais d’un Alexandre, écrivain grec du Ier siècle. S. Augustin, qui la relate, semble avoir fait confusion.

5, +Cicero+.--De Divinat., I, 19.

5, +Diodorus+.--Liv. III, 31.

7, +Pline+.--Nat. Hist., XXX, 1.

7, +Zoroastre+.--Sa doctrine, qui constituait la religion des mages et prédominait en Perse avant que cette contrée ne devînt musulmane, est consignée dans le Zend Avesta. Elle admettait deux principes opposés, au-dessus desquels s’élève un Dieu suprême; elle prescrivait le culte du feu, réglait la vie publique comme la vie privée, annonçait des peines et des récompenses après la mort; c’est en somme un dieu unique, l’immortalité de l’âme et le jugement dernier. On ignore si Zoroastre a réellement vécu, ou si on a simplement rattaché à ce nom les traditions de cette religion des mages qui dominait dans le centre de l’Asie du =XIIIe= au VIe siècle.

8, +Dit+.--Dans le Timée.

11, +Saïs+.--Il y existait un temple d’Isis, où se lisait cette inscription: «Je suis ce qui a été, ce qui est, ce qui sera, et nul n’a encore soulevé le voile qui me couvre.»

16, +Exemples+.--Montaigne entasse ici, comme il l’a déjà fait précédemment, sans les avoir contrôlés, nombre de récits relatés dans les premiers ouvrages écrits par les Espagnols, après la conquête de l’Amérique, où l’ignorance et la prévention se sont donné beau jeu et dont l’exactitude est plus que douteuse.

29, +Credit+.--PIERRE MESLIE, Diverses leçons, I, 3, établit que le signe de la croix était pratiqué et estimé en certaines contrées de l’ancien monde, bien avant que N.-S. Jésus-Christ ne fût crucifié.

30, +S. André+.--Croix dont les deux branches sont de même longueur et ne se coupent pas à angle droit. C’est sur une croix de cette nature, par suite les jambes écartées à l’égal des bras, que S. André fut crucifié, d’où son nom; c’est également sur une croix de cette espèce, au lieu de roue, que souvent l’on plaçait les grands criminels condamnés à être roués, les y clouant et leur rompant ensuite bras et jambes.

=364=,

22, +Liberté+.--Tacite en dit autant des Germains.

24, +Figures+.--Dans le genre de l’écriture hiéroglyphique, ou encore de la langue chinoise. Cette langue, remarquable par son originalité, son antiquité, son immutabilité, son extension dans les contrées les plus peuplées de l’Asie, est, de toutes les langues anciennes, non seulement la seule qui soit encore parlée de nos jours, mais la plus usitée des langues actuelles.--La langue écrite n’est pas alphabétique; c’est la réunion d’une immense quantité de caractères plus ou moins compliqués, dont chacun exprime un mot, représente une idée ou un objet. Les caractères primitifs, qui sont des signes ou plutôt des dessins grotesques, sont au nombre de 214. Il y a quelques caractères pour le ciel, l’homme, les parties du corps, les animaux, les métaux, les plantes, etc. Ces caractères primitifs ont servi à former une innombrable quantité de signes, composés le plus souvent arbitrairement, mais qui offrent quelquefois des symboles ingénieux, des définitions vives et pittoresques, des énigmes d’autant plus intéressantes qu’on en a perdu la clef. Les notions abstraites furent très difficiles à exprimer: la colère est peinte par un cœur surmonté du signe de l’esclavage; une main tenant le symbole de milieu, désigne l’historien, dont le devoir est de n’incliner d’aucun côté; le caractère de la rectitude indique le gouvernement; deux images de perles (il est si difficile d’en trouver deux bien appareillées) désignent un ami; d’autres mots ont des compositions tout arbitraires, mais un grand nombre sont intéressants à analyser; beaucoup d’allusions et de traits piquants sont perdus, les étymologies ne se retrouvent pas toujours, mais bien certainement les Chinois se sont peints dans leur langue.--On traçait primitivement les signes avec une pointe métallique sur un bambou; mais trois siècles avant J.-C., on découvrit l’art de faire du papier et de l’encre, et le pinceau remplaça le poinçon. On écrit les caractères en lignes verticales en commençant par la droite et allant vers la gauche. Il y a aujourd’hui 30 à 40.000 caractères, mais les deux tiers seuls sont usités, et, en retranchant les synonymes, on trouve que la connaissance de 5 à 600 caractères suffit à comprendre les textes originaux.--La langue parlée est composée d’un nombre limité d’intonations monosyllabiques, 450 environ, qui, par la variation subtile des accents, se multiplient jusqu’à 1.600 environ; elle serait très facile (G{al} NIOX).

30, +Aspergez+.--Goupillons; le mot aspergez, qui vient de ce à quoi sert la chose, existe encore à l’état de substantif, mais est peu usité.

=366=,

10, +Deffubler+.--Découvrir, dégager, ôter un affublement.

25, +Poste+.--A son gré; c’est une expression italienne: a sua posta.

27, +Main+.--Nous sommes à même de nous rendre compte, de constater.

30, +L’ame+.--Chaque race possède une constitution mentale qui lui est propre, née à la longue de la communauté de sentiments et d’idées, créée par suite plus du fait des ancêtres que des vivants, car l’homme ne se forme pas tout seul, et la race dont il sort, comme le milieu où il vit, lui apportent leurs diverses influences. De cette mentalité procèdent ses croyances et ses institutions qui sont plus souvent des effets que des causes; son rôle dans l’existence de la race est prépondérant par l’influence qu’elle exerce d’une façon latente, mais continue, sur sa moralité, autrement dit sur ses règles fixes de conduite et sa fidélité à les observer, ainsi que sur ses actes.--Les différences dans la constitution mentale des peuples font qu’ils sentent, raisonnent et agissent de façons fort différentes, de sorte qu’ils se trouvent fréquemment en dissentiment sur nombre de questions dès qu’ils sont en contact; de là naissent la plupart des guerres.--Ces mentalités par exemple, chez les races latine et anglo-saxonne, se distinguent en ce que la première est beaucoup plus vaniteuse, loquace, superficielle, mobile, l’imagination y prédomine, elle est davantage portée à l’agriculture, la seconde à l’industrie, au commerce, à la colonisation. Les Latins se soucient peu de la liberté (chaque parti estime qu’elle règne, quand il est le plus fort), mais ils sont épris d’égalité, ce qui leur fait supporter tous les despotismes, à condition qu’ils soient impersonnels: et, de fait, chez eux, république, monarchie, socialisme sous des étiquettes différentes ont même effet, l’absorption de l’individu par l’État; les Anglo-Saxons sont assoiffés de liberté, la réalité est un mythe, et qu’ils soient en monarchie comme en Angleterre, ou en république comme aux États-Unis, l’action de l’État est réduite au minimum, celle des particuliers est sans limites.

En France en particulier, où les idées socialistes gagnent de plus en plus et viennent ajouter à la mentalité latine, s’accentue cette ingérence de l’État en toutes choses; alors qu’il ne devrait pas être le tuteur et le professeur perpétuels des citoyens, mais uniquement leur protecteur, parfois leur initiateur et dans certains cas leur serviteur, il va substituant son action à celle des individus et des associations et entrave ainsi leur libre développement, en dépit de l’expérience qui enseigne combien la gestion directe par l’État est plus onéreuse, plus routinière et moins à la dévotion du public; c’est ainsi qu’il monopolise les postes, le télégraphe, le téléphone, les tabacs, les allumettes, on pourrait même dire l’instruction, convoite les chemins de fer, a une imprimerie, des manufactures (Sèvres, les Gobelins), exploitant au lieu de se borner à contrôler. Il est vrai que c’est un moyen de se procurer des emplois à donner à soi-même quand la roue de la fortune tournera, à ses adhérents toujours nombreux à la curée, et d’augmenter le nombre des fonctionnaires et des employés qui sont autant d’électeurs dont on escompte les votes.

Cette intervention de l’État s’étend à tout, disons-nous; n’a-t-elle pas été s’immiscer dans les détails de ces fêtes séculaires qui ont lieu chaque année à Orléans, en mémoire de la levée, en 1429, du siège de cette ville, par le fait de Jeanne d’Arc!

32, +Athenes+.--Elle était consacrée à Minerve, d’où son nom Athéna qui est celui en grec de cette déesse. Pendant des siècles elle eut dans l’antiquité un éclat tout particulier; longtemps elle domina sur mer et eut de nombreux comptoirs et fonda un grand nombre de colonies: plus longtemps encore y fleurirent les lettres, les arts et l’esprit; elle fut la patrie de Phidias, de Socrate, de Périclès, de Démosthène et d’une multitude de philosophes, d’hommes d’état, d’écrivains, d’artistes éminents: on y admirait une foule de monuments, dont quelques-uns tels que le Parthénon étaient des chefs-d’œuvre et dont les ruines dénotent encore la splendeur.

35, +Valentes+.--Hésiode, Pindare, Épaminondas, Plutarque, nés à Thèbes ou environs, démentent la complète exactitude de cette réputation de «lourdauds» faite aux Béotiens.

=368=,

10, +Infertiles+.--HÉRODOTE, IX, d’où le fait est tiré, prête à Cyrus une seconde raison: «De conquérants qu’ils étaient, leur dit-il, ils deviendraient la proie de quelque peuple belliqueux»; argument, ajoute l’historien, qui leur fit perdre l’envie qu’ils avaient eue d’émigrer.--Cette influence du climat, qu’Hérodote constatait il y a vingt-deux siècles, disant: «Les pays mous font des hommes mous», a été reconnue de tous temps; on la trouve accusée, entre autres, par Hippocrate, Platon, Galien, Cicéron, Sénèque, Bodin, Malebranche, Montesquieu, J.-J. Rousseau.

22, +Iouyssance+.--Qu’en dehors de ce que nous ne pouvons réaliser, même en imagination nous sommes incapables de désigner...

32, +Lacedemoniens+.--PLATON, Second Alcibiade.

37, +Et le Chrestien... Dieu+.--Var. des éd. ant.: C’est pourquoy le chrestien plus humble, et plus sage, et mieux recognoissant que c’est que de luy, se rapporte à son créateur de choisir et ordonner ce qui luy faut. Il ne le supplie d’autre chose, sinon, au lieu de: «Et le Chrestien supplie Dieu».

=370=,

2, +Desprier+.--Mot créé par Montaigne; on n’en saurait trouver de plus clair, de plus court, de plus expressif pour rendre l’idée qu’il exprime ici; il est demeuré dans la langue, mais avec un sens plus restrictif, celui de retirer une invitation.

2, +Prieres+.--Pour le délivrer de ce don funeste, dont il l’avait gratifié sur sa demande, Bacchus fit baigner Midas dans le Pactole qui, depuis, dit la fable, roule des paillettes d’or dans ses flots.

8, +Aueindre+.--Atteindre; se disent encore l’un pour l’autre dans certaines parties de la France.

11, +Biton+.--HÉRODOTE, I, 31.--Un jour de sacrifice, alors que tardaient à venir les bœufs qui devaient traîner au temple le char de leur mère qui en était prêtresse, ils s’y attelèrent eux-mêmes. Le peuple les acclama; leur mère, ravie, pria la déesse de leur accorder en récompense ce qui leur serait le plus avantageux, et, quand elle sortit du temple, elle les trouva tous deux endormis pour toujours dans les bras l’un de l’autre; «la mort est donc, en conclut Plutarque, qui conte aussi le fait, ce qu’il y de plus heureux».

11, +Agamedes+.--PLUTARQUE, Consolation à Apollonius, 14.--Ayant demandé à Apollon leur salaire pour la construction du temple de Delphes, le dieu leur répondit qu’il le leur donnerait le septième jour, et ils moururent ce jour-là.--Une autre version raconte leur fin d’une façon moins honorable pour eux et moins probante pour la morale que Montaigne veut en tirer. Chargés postérieurement de bâtir pour le roi d’Orchomène un édifice pour y conserver ses trésors, ils y ménagèrent une entrée secrète, au moyen de laquelle ils venaient, la nuit, y puiser. Ce prince s’étant aperçu qu’on le volait, tendit un piège. Agamède y fut pris. Trophonius, craignant ses révélations, lui coupa la tête et s’enfuit en l’emportant, ce qui est une réédition de l’histoire de l’architecte de Rhampsinit. V. N. =I=, 56: Enfans.

32, +Varro+.--S. AUGUSTIN, De Civ. Dei, XIX, 2.

34, +Disputat+.--Au lieu de disputat, l’ex. de Bord. porte dissentit, variante conforme au texte de Cicéron.

=372=,

1, +Apparences+.--«Le corps d’un athlète et l’âme d’un sage, voilà, a dit VOLTAIRE, à propos de Buffon, ce qu’il faut pour être heureux»; c’est le «mens sana in corpore sano (du jugement et de la santé)» de JUVÉNAL, Sat., X, 152. Mais cela ne dépend pas de nous et, d’un moment à l’autre, peut cesser d’être; seul, celui qui sait être content de son sort, possède les conditions de bonheur en ce monde.--Le bonheur est une illusion, le plaisir souvent une duperie; il faut arranger sa vie de manière à éviter la douleur et se garer de l’ennui (d’après SCHOPENHAUER).

6, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IV, 3.

7, +Archésilas+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 33.

12, +Ataraxie+.--Mot grec qui signifie tranquillité, sérénité parfaite, indifférence absolue.

17, +Lipsius+.--Juste Lipse a rempli en partie ce vœu dans un ouvrage assez considérable sur le stoïcisme qui parut en 1604, douze ans après la mort de Montaigne.

31, +Diuin+.--C.-à-d. qu’ainsi que la divinité, au dire même de Socrate, le lui avait elle-même appris, c’est satisfaire à ses devoirs que de se conformer aux lois de son pays.

38, +Loix+.--Cette agitation ne semble pas s’être calmée depuis l’époque où Montaigne écrivait. En France, durant la législature de 1898 à 1902, la dernière pour laquelle ce renseignement subsiste, en quatre ans, ont été présentés: 2.781 projets ou propositions de loi, dont 627 dits d’intérêt général, et il a été statué sur 1.690 d’entre eux; à quoi il y a lieu d’ajouter la discussion de 130 interpellations, 118 questions adressées aux Ministres, et enfin le dépôt de 3.597 pétitions; ce qui ne veut pas dire que la législature ait été plus profitable ou plus utile qu’une autre; jamais, au contraire, nous n’avons été plus éloignés de la pratique de cet adage: «acta, non verba» qui devrait être la devise d’un état bien gouverné; mais chacun veut avoir l’air de faire.

39, +Voisins+.--Montaigne a pu voir en effet, de 1534 à 1558, les Anglais ou plutôt la cour d’Angleterre sous Henri VIII, Edouard VI, Marie Tudor et Elisabeth, changer quatre fois de religion.

=374=,

5, +Capitale+.--Qui nous exposerait à une peine capitale.

10, +Ancien+.--XÉNOPHON, Mémoires sur Socrate, I, 3, 1.--Ce Dieu, c’est Apollon, dont la Pythie, sa prêtresse, rendait à Delphes ses oracles, montée sur un trépied.

15, +Estoit+.--Il serait peut-être plus exact de dire: «celle dans laquelle on a été élevé»; d’aucuns diraient: à quoi bon? ou, avec RENAN: «l’orthodoxie procure de grandes joies, mais elle ferme à la vérité». Admirons avec quelle hâte après avoir risqué cette assertion, sur laquelle du reste il ne se prononce pas, Montaigne fait amende honorable; il se trouve là tout entier. C’est un grand tort, à mon sens, que de lier d’une manière indissoluble ces deux idées: Dieu et la Religion. La première, personne ne la discute, et le plus souvent ceux qui en raisonnent, déraisonnent, parce que pour tous c’est l’inconnu; seule, la seconde est en cause: elle s’étaye sur la première dont elle ne saurait se passer, tandis que celle-ci, dans son infinité, n’a que faire d’elle.

Il n’en est pas moins vrai que la Religion est une idée naturelle à l’homme dès qu’il est à même de juger de son néant en face de l’Univers et de ses merveilles sans cesse renaissantes qui n’ont point eu de commencement et n’auront pas de fin, et ce n’est pas sans raison que la Providence, l’âme de ce tout sans limites, tout en ne faisant pas qu’elle soit identique chez tous, ce qu’elle n’a pas probablement jugé indispensable, nous l’ait infusée, comme elle a fait de la raison, de la conscience, laissant à notre libre arbitre d’en faire l’estime que nous croyons, de même que, dans tous nos actes, nous tenons plus ou moins compte de ce que nous soufflent la raison et la conscience.

La religion, chez ses adeptes sincères, nous affermit dans l’observation de nos devoirs envers nous-mêmes et envers le prochain, et par l’espérance nous soutient dans l’adversité; elle ne fait que du bien, jamais de mal; par elle la morale et la résignation pénètrent les masses sur lesquelles n’ont point prise les dissertations philosophiques qui ne s’adressent qu’à la raison; il leur faut quelque chose qui préférablement agisse sur l’imagination, ce que leur offrent les légendes religieuses et les cérémonies du culte.

Chaque religion comporte trois choses: la morale, le dogme et le culte.

Chez les peuples civilisés elles n’ont jamais beaucoup différé sous le premier de ces rapports. Entre toutes cependant, la religion chrétienne qui a pour base essentielle la charité, aimer le prochain comme soi-même, faire à autrui ce qu’on voudrait qu’il soit fait pour vous-même, tient incontestablement, par cela même, le premier rang.

Comme dogmes, toutes se valent. Toutes ont pour point de départ l’existence de Dieu que tout démontre, que personne ne nie, que chacune dépeint à sa manière, y joignant, pour le rehausser, comme s’il en était besoin, certains faits surnaturels qui relèvent exclusivement de la foi, sorte d’hypnotisme, auquel il est difficile de se prêter quand on ne l’a pas; sur ces faits qu’elles imposent à notre croyance, toute discussion est stérile, car la raison et la foi sont deux antipodes, et entre elles nul ne sait où est la vérité.

C’est sous le rapport du culte que les diverses religions, et dans chacune, ses diverses sectes, diffèrent le plus.--Par son unité, par ses cérémonies réellement impressionnantes, la religion catholique l’emporte de beaucoup à cet égard sur toutes les autres. Elle l’emporte aussi par la confession auriculaire, qu’à l’encontre de bien d’autres je prise particulièrement; très discutable en théorie, bien innocente en réalité, elle permet à l’homme, être essentiellement faible, par l’aveu de ses fautes et l’absolution qu’il en obtient, d’en mesurer l’étendue, d’en éprouver des regrets, du repentir, d’être encouragé à les réparer, à résister aux tentations qui peuvent se reproduire, d’en faire en quelque sorte pénitence et en recevoir l’absolution, allège, réconforte et amende, à l’instar de ce qui se passe quand le criminel fait l’aveu de son crime au juge d’instruction et qu’il paie sa dette à la justice humaine; l’idée est grande et l’effet salutaire.

Ce sont ces considérations qui font que, personnellement, je place la religion catholique, apostolique et romaine au-dessus de toutes les autres. Mais si j’estime d’effet utile, pour le maintien de l’unité, l’autorité du pape, en matière de dogme et de culte, je tiens pour abusive son ingérence dans les questions d’administration diocésaine et les rapports du clergé avec les fidèles, et ceux des uns et des autres avec l’État; ce sont là des affaires du ressort, en cas de conflit, de conciles provinciaux ou nationaux.--Les erreurs, les abus si monstrueux commis à diverses époques par ses ministres, qui se sont montrés si intolérants chaque fois qu’ils ont eu la suprématie, n’altèrent en rien son excellence; ces ministres sont hommes et en ont les imperfections, il faut le regretter, sans en faire porter la responsabilité à l’institution; et c’est pourquoi je suis de tout cœur de l’Église catholique, apostolique et romaine en ce qui touche le spirituel, français en ce qui est afférent au temporel.

27, +Au delà+.--PASCAL, qui a jugé si sévèrement Montaigne et copié en tant d’endroits, dit: «On ne voit presque rien de juste ou d’injuste, qui ne change de qualité, en changeant de climat; trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité; à quelques années d’intervalle, les lois fondamentales modifient le droit; plaisante justice qu’une rivière ou une montagne borne: qui, vérité en deçà des Pyrénées, est erreur au delà!... Pourquoi me tuez-vous? Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau?»--Cette même idée, CHATEAUBRIAND l’exprime lui aussi: «Un homme, écrit-il, peut être pendu de ce côté-ci d’un ruisseau, pour des principes réputés sacrés de l’autre côté de ce même ruisseau.» PAYEN.

=376=,

7, +Indifferentes+.--Les philosophes de la secte de Zénon et de Pyrrhon l’admettaient aussi, cela et bien d’autres choses; en le relatant, Sextus Empiricus ajoute que toutefois ils se fussent bien gardés de jamais, dans la pratique, agir à l’encontre de ce qui est universellement admis.

7, +Platon+.--De la République, I.

24, +Inconstance+.--Autre pensée que PASCAL s’est encore appropriée et qu’il rend de la sorte: «Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout cela a sa place entre les actions vertueuses...; il y a sans doute des lois naturelles, mais cette belle raison humaine a tout corrompu.» PAYEN.

28, +Autre+.--Ce qui gouverne les hommes, ce sont les idées, les sentiments, les mœurs; leur ensemble crée à chaque race une mentalité particulière; les coutumes, les institutions, les lois ne sont que l’expression de cette mentalité; aussi, comme elle, sont-elles variables d’un peuple à un autre.

30, +Coustume+.--Les Hindous. SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., III, 24.--STRABON l’attribuait aussi aux Massagètes (peuple de la Scythie): «Ils estimaient, dit-il, que la mort la plus honorable, quand l’âge les a rendus inutiles, c’est d’être tués et mangés avec de la viande de mouton; quant à ceux qui étaient usés par la maladie, ils les détruisaient comme impies et ne les considéraient que comme dignes d’être dévorés par les bêtes féroces.» Un autre auteur les représente comme ne tenant rien comme plus malheureux que de périr autrement que par le fer, et c’est pourquoi ils se faisaient une loi de tuer ainsi les vieillards et de les manger. V. =I=, 170 et N. Eux-mesmes.

=378=,

10, +Courage+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 78.

14, +Goujon+.--Id., II, 67.

17, +Choulx+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 68; HORACE, Epist., I, 17, 1.

23, +Pacis+.--Après la citation, les éd. ant. aj.: Il aduient de cette diuersité de visages, que les iugements s’appliquent diuersement au choix des choses.

27, +Impuissantes+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 63.

30, +Socrates+.--Id., II, 35.

32, +Seruitude+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., III, 24; PLUTARQUE, Cicéron, 26; JUVÉNAL, I, 105, etc.

33, +Public+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14; III, 24.

37, +Colit+.--«Les chrétiens, qui adorent un seul et même Dieu, se sont, à diverses reprises, montrés aussi acharnés les uns contre les autres que ces anciens peuples, parce que leurs croyances différaient sur certains points.» COSTE.

=380=,

5, +Semble+.--Un avocat italien disait à une cour devant laquelle il plaidait: «Le mois dernier vos Excellences ont jugé ainsi; ce mois-ci, dans le même cas, vous jugez d’une façon tout opposée; de quelque façon que ce soit, c’est parfait.» PAYEN.

18, +Considerable+.--A considérer.

19, +Fust+.--C.-à-d. qu’il ne fallait pas considérer (qu’il importait peu), dans la paillardise, de quelle manière on s’y livrait.--PLUTARQUE, Règles et préceptes de santé, 5. Mais Arcésilas entendait condamner, par là, la débauche sous quelque forme qu’elle se produisît chez l’un aussi bien que chez l’autre, parce que, ajoute Plutarque, il y a autant de mal d’un côté que de l’autre.

23, +Propos+.--De l’amour des garçons.

24, +Diogarchus+.--L’ex. de Bord. porte Dicearchus, ce qui est conforme au texte latin.

=382=,

8, +Ceremonies+.--Les éd. ant. aj.: Chacun a ouy parler de la deshontée façon de viure des philosophes cyniques.

8, +Chrysippus+.--PLUTARQUE, Contredits des philosophes stoïques, 31.

12, +Hippoclides+.--HÉRODOTE, VI, 129.

12, +Fourché+.--Jeu d’enfant consistant à se tenir verticalement sur les bras, contre un arbre ou un mur, la tête en bas, les jambes en l’air écartées l’une de l’autre.

13, +Metrocles+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 94.

24, +Affoler+.--Ravaler, déprécier.

28, +Estimation+.--Le mystère, la réserve, la circonspection dans la jouissance des plaisirs de l’amour, font partie de leur prix.

35, +Oisifs+.--L’ex. de Bord. raye: vagabonds et oisifs.

35, +Malaisance+.--Pie V voulut, au commencement de son pontificat, supprimer les maisons de tolérance, mais il se vit bientôt dans l’obligation de les rétablir.--Au début de la conquête de l’Algérie, le général Bedeau, bien que, par son caractère et ses sentiments religieux, fort opposé à la prostitution, favorisa à Sétif, où il commandait, l’établissement de maisons publiques, comme sauvegarde de la tranquillité des femmes honnêtes.

36, +Coruine+.--Le texte de Martial porte Scævine.

=384=,

8, +Aulx+.--Ce fait, généralement attribué à Diogène le Cynique, n’est fondé sur le témoignage d’aucun auteur ancien. BAYLE, Hipparchia.

9, +Autheur+.--S. AUGUSTIN, De Civ. Dei, XIV, 20.--Le passage où il exprime cette appréciation est, pour le moins, aussi licencieux que le français de Montaigne.

19, +Frottant+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 69.

21, +Rüe+.--Id., VII, 58.

23, +Discretion+.--Sans faire de distinction; du latin discretio, qui a cette signification; aujourd’hui, ce mot ne s’emploie plus dans ce sens.

25, +Regle+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 96.--L’ex. de Bord. portait: s’accouploit à lui en public; mais cette addition a ensuite été rayée.--Les éd. ant. et l’ex. de Bord. ajoutent: Solon fut, à ce qu’on treuue, le premier qui donna par ses loix liberté aux femmes, de faire profit publique de leurs corps. Cette phrase rayée depuis sur l’ex. de Bord. y avait été complétée de la sorte: toutefois, si ie ne me trompe, Herodote recite auant lui cet vsage receu à plusieurs polices, addition qui a pareillement été rayée.

31, +Protagoras+.--SEXTUS EMPIRICUS, I, 29 et 32.

=386=,

7, +Maintenir+.--LUTHER faisant allusion aux interprétations diverses que chacun en tirait à l’appui de ses dires, appelait l’Écriture sainte «le livre des hérétiques».--MONTESQUIEU en parle de même: «C’est un pays où les chrétiens de toutes sectes font des descentes et vont comme au pillage; c’est un champ de bataille où les nations ennemies se rencontrent, se livrent bien des combats, où l’on s’attaque, où l’on escarmouche de bien des manières; la plupart des interprètes n’ont point cherché dans l’Écriture ce qu’il fallait y croire, mais ce qu’ils croyaient en eux-mêmes.»

23, +Pourtant+.--C’est pourquoi, c’est pour cette raison.--Montaigne, qui fait un usage fréquent de ce mot, l’emploie presque toujours dans ce sens.

32, +Landit+.--Par le landit.--Le landit ou lendit était le salaire de leurs leçons que les écoliers donnaient à leurs maîtres, et qu’il était d’usage de remettre lors de la foire dite du Landit, qui se tenait à S.-Denis; d’où le nom attribué à ce paiement fait constamment à cette époque et qui, pour les élèves de l’université, consistait en six ou sept écus d’or fichés dans un citron et qu’on mettait dans un verre de cristal; les écoliers désignaient entre eux, sous le nom de «frippelandis», ceux qui frustraient leurs régents de ce présent. Quant au nom même de la foire, il viendrait du latin indictum, comme ayant toujours lieu à jour dit, fixé d’avance une fois pour toutes.

37, +Dire+.--RABELAIS, prologue du livre I de Gargantua, exprime la même idée: «Croyez-vous, en vostre foy, qu’oncques Homere, escriuant l’Iliade et Odyssée, pensast es allegories, lesquelles de luy ont calfreté Plutarche, Heraclides Ponticq, Eustatie, Phornute, et ce que d’iceux Potitian a desrobé? Si le croyez, vous n’approchez ne de pieds ne de mains à mon opinion qui decrete icelles aussi peu auoir esté songées d’Homere que d’Ouide, en ses Metamorphoses, les sacremens de l’Euangile, lesquels vn frere Lubin, vray croquelardon, s’est efforcé demonstrer, si d’aduenture il rencontroit gens aussi fols que luy.»

=388=,

16, +Mesmes+.--Et on le met en opposition avec lui-même.

20, +Heraclitus+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 29.

25, +Amer+.--SEXTUS EMPIRICUS, Adv. Math., 163.

28, +Cyrenayens+.--Ou Cyrénaïques. CICÉRON, Acad., II, 7.

34, +Chacun+.--CICÉRON, Acad., II, 46.

37, +Retirée+.--Séparée, disjointe.

38, +Cogitation+.--C’est la conclusion que PLATON poursuit dans le Phédon et le Théétète.

=390=,

14, +Sentiment+.--C’est à peu près la même idée qu’exprime HELVETIUS, quand il dit: «Juger, c’est sentir.»

17, +Cognoissance+.--Descartes, Locke, Condillac et autres philosophes de temps postérieurs à Montaigne, n’ont fait que le copier, quand ils ont dit et répété leur fameux: «Cogito, ergo sum (Je sens, je pense, donc j’existe).»

24, +Dit+.--Acad., II, 27.

30, +Perdu+.--PLUTARQUE, Contredits des phil. stoïques, 9.

=392=,

22, +Apprehendent+.--Ne le saisissent, ne le conçoivent.

31, +Bute+.--Le tir à l’arquebuse.

40, +Costier+.--Que le coup a porté trop haut, ou à côté du but.

=394=,

1, +Dire+.--Que nous ayons à regretter, qui nous manque.

4, +Sens+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14.

7, +Rapporter+.--Que peuvent être ces vertus d’assécher ou restreindre que Montaigne prête à la pomme? S’il veut dire qu’elle pourrait être susceptible de se dessécher et de se contracter, ce qui est, nous le constatons par la vue; s’il entend par là causer de l’altération et de la constipation, nous sommes à même de le constater par le palais et les intestins. Aussi, tout en saisissant parfaitement l’idée de l’auteur qui veut dire que «si la pomme a d’autres propriétés que celles que nous lui connaissons, elles nous échappent parce que peut-être nous ne possédons pas les sens nécessaires pour que nous nous en apercevions», faute de pouvoir préciser plus qu’il ne fait, nous le reproduisons textuellement.

12, +Choses+.--Cette réflexion de Montaigne se confirme de plus en plus de nos jours, avec les progrès de l’électricité dont nous constatons les effets, les produisant et même en tirant parti, alors que leur explication nous échappe et qu’eux-mêmes vont déroutant complètement notre entendement, comme il arrive encore de la télégraphie sans fil, des rayons X, du radium, etc., etc.

=396=,

11, +Videtur+.--Montaigne a traduit ces deux vers, avant de les citer.

21, +Timagoras+.--CICÉRON, Acad., II, 25.

25, +Epicuriens+.--Au jugement des Épicuriens, c’est de.

=398=,

6, +Plaira+.--Aux exemples qu’il va donner, Montaigne aurait pu en ajouter beaucoup d’autres, particulièrement en ce qui touche la vue, le plus trompeur de nos sens; les illusions d’optique dues à la réflexion, à la réfraction, au mirage etc..., abondent en effet.

34, +Vastité+.--Étendue, immensité; mot forgé par Montaigne, du latin vastitas, d’où vient notre adjectif vaste.

41, +Zenon+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 23.

=400=,

6, +Fascheux+.--Ne fut pas blâmable, n’eut pas tort.

9, +Moy+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 36.

19, +Espaigne+.--Le corail.

20, +Oceane+.--Les perles.

22, +Sien+.--«L’irréel est, dans certains cas, plus vrai que le réel; ainsi, les objets ont des états, des formes nettement déterminés; états et formes qui n’importent pas tant que ceux sous lesquels nous les voyons constamment, souvent très différents de la réalité» (LE BON), ainsi qu’il arrive, dans les effets de perspective, au théâtre, par exemple.

27, +Narcisse+.--Était d’une admirable beauté; s’éprit de sa propre image et, de chagrin de ne pouvoir la posséder, se noya dans la source où il l’apercevait et fut changé en la fleur qui porte son nom.

34, +Sequitúrque+.--Le texte latin porte loquiturque.

38, +Tours+.--Leur hauteur est de 68 m. L’église est érigée sur l’emplacement de l’ancienne cathédrale mérovingienne qui avait, elle-même, remplacé un temple païen; sa construction, commencée en 1163, ne fut achevée qu’en 1230, et encore seulement dans son ensemble.

=402=,

3, +Terre+.--Idée reproduite par PASCAL: «Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut pour marcher à son ordinaire, s’il y avait dessous un précipice, quoique la raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra.»

4, +Deça+.--Les Pyrénées, de ce côté-ci de la France.

12, +Yeux+.--Démocrite; mais le fait est controuvé. CICÉRON, De Fin. bon. et mal., 29, n’en parle que comme d’une chose incertaine, et PLUTARQUE, De la Curiosité, II, dit positivement que c’est une fausseté.

20, +Theophrastus+.--PLUTARQUE, Comment il faut ouïr, 2.

28, +Fureur+.--L’inverse se produit également: David, jouant de la harpe, calmait Saül tourmenté par le mauvais esprit; Odette de Champdivers endormait parfois, en touchant de son luth, la sombre folie de Charles VI; et, de nos jours, des médecins parlent de traiter par la musique certaines maladies.

34, +Protocole+.--Protocole était, du temps de Montaigne, le qualificatif appliqué à qui, le texte d’un discours en main et placé derrière celui qui le prononçait, lui soufflait ce qu’il avait à dire s’il se trompait ou demeurait court; qui en un mot remplissait un rôle analogue à celui du souffleur au théâtre. Ce terme ne s’applique plus aujourd’hui qu’au formulaire suivi dans l’accomplissement d’actes publics et aux procès-verbaux auxquels donnent lieu certains d’entre eux.

34, +Gracchus+.--PLUTARQUE, Comment il faut refréner la colère, 6.--T. Gracchus était emporté, violent dans sa manière de dire, et avait pour le calmer un de ses serviteurs qui, avec une petite flûte, jouant sur un ton doux et mélodieux quand sa voix s’élevait, l’en avertissait. «Je voudrais, quant à moi, ajoute Plutarque, que l’on me présentât un miroir quand je me mets en colère et que j’y visse mes traits convulsés par cette passion; ce serait aussi utile à d’autres.»--L’histoire romaine présente un autre cas d’un joueur de flûte attaché aux pas d’un autre personnage; mais c’est à un tout autre titre, non pour le rappeler à lui-même, mais pour le signaler aux autres: à Duilius, vainqueur à la première bataille navale remportée sur les Carthaginois (l’an =200=, lors de la première guerre punique), le Sénat accorda, à titre d’honneur, d’être reconduit le soir à la lueur de flambeaux et précédé d’un joueur de flûte. A cette même occasion fut érigée à Rome une colonne rostrale qui, restaurée à diverses reprises, existe encore; l’inscription qu’elle porte est un des monuments les plus anciens de la langue latine; cette colonne est aujourd’hui surmontée d’un bec de gaz!

=404=,

1, +Enuy+.--Pascal a reproduit cette même idée, en employant les mêmes termes: «Les sens abusent la raison par de fausses apparences; et cette même piperie qu’ils lui apportent, ils la reçoivent d’elle à son tour. Elle s’en revanche: les passions de l’âme troublent les sens et leur font des impressions fâcheuses. Ils mentent et se trompent à l’envy.»

3, +Thebas+.--On voit..., comme voyait Penthée, roi de Thèbes, poursuivi par les Bacchantes dont il avait surpris les mystères et qui le mirent en pièces.

25, +Cymmeriennes+.--Semblables aux ténèbres au milieu desquelles vivent les Cimmériens, peuple mythologique habitant la région montagneuse au Sud de Naples, et qui passait pour vivre sous terre dans des ténèbres continues; les poètes plaçaient chez eux l’une des entrées de l’enfer.

=406=,

4, +Democritus+.--PLUTARQUE, Des Opinions des phil., IV, 10.

14, +Cherchons+.--Pendant longtemps, la salive a joui d’une grande réputation contre beaucoup de maladies, en particulier contre les plaies et les ulcères. PAYEN.

15, +Marins+.--Poisson qu’on nomme aussi cycloptère ou blème. «Il ne peut, dit-on, raconte PLINE (Nat. Hist., XXXII, 1), être capturé vivant; par contre, lorsqu’il est dans son élément, il suffit de le toucher du doigt, pour être empoisonné et en mourir.»

18, +Poisson+.--C.-à-d.: Que croire? est-ce le poisson qui est un poison pour l’homme, ou l’homme qui est un poison pour le poisson?

25, +Hyposphragma+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14.--L’Hyposphragma est un épanchement de sang sous la conjonctivite, membrane qui unit les paupières au globe de l’œil.

=408=,

4, +Ordinairement+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14.

28, +Choses+.--Les éd. ant. portent: Les malades prestent de l’amertume aux choses douces: par où il nous appert que nous ne receuons pas les choses comme elles sont, mais, au lieu de: «Nous... choses».

34, +Quoy+.--S’agit-il maintenant de prouver que les sens...; ou encore: Veut-on une preuve que nos sens...

36, +Plate+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14.

38, +Sentiment+.--Odorat.

40, +Veue+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14.

41, +Pennes sans fin+.--Bague en métal bruni fort en usage jadis et qui n’a pas complètement disparu, qu’on appelle parfois aujourd’hui «bague sorcière», constituée par un anneau strié extérieurement comme des barbes de plumes. Les stries qui forment entre elles un angle obtus semblent, par un effet d’optique, s’évaser lorsqu’on tourne la bague sur le doigt, présentant alors quelque ressemblance avec la plume d’oiseau; si le métal n’est pas bruni, l’illusion est moins prononcée. C’est un effet analogue à celui qui se produit quand on regarde deux colonnes torses dont les hélices sont en sens contraire; elles paraissent n’être pas parallèles, alors même que toutes deux sont dressées verticalement.

=410=,

6, +Oculaire+.--SÉNÈQUE, Nat. Quæst., I, 16.

11, +Humeur+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14.

24, +Veillent+.--Les éd. ant. aj.: puis que cet estat là, a force de donner aux choses vn autre estre, que celuy qu’elles ont: puis qu’vne humeur iaunâtre, nous change toutes choses en iaune.

29, +Temperé+.--SEXTUS EMPIRICUS, Pyrr. Hypot., I, 14.

34, +Verité+.--Les éd. ant. aj.: ny quelle est leur nature.

=412=,

16, +Rouet+.--C.-à-d. au bout de nos moyens d’action.--Être au rouet, terme de chasse, se dit du lièvre qui, pourchassé et épuisé par une longue course, ne fait plus que tourner autour des chiens.

27, +Passions+.--Sensations, perceptions.

29, +Discrepances+.--Différences, du latin discrepantia, contradiction, disconvenance, diversité.

=414=,

15, +Platon+.--Dans le Théétète.

18, +Fluxion+.--Vicissitude; du latin fluere, couler, s’échapper, s’évanouir.

18, +Muance+.--Changement, transformation, du latin muere qui a même signification.

22, +Labile+.--Sujette à changer; du latin labilis, tombant, caduc, fragile.

25, +Heraclitus+.--SÉNÈQUE, Epist. 58; PLUTARQUE, Traité sur le mot Εἴ.

29, +Autres+.--Tout ce qui suit, jusqu’aux mots «et sans fin» (pag. 418, lig. 15), excepté les vers qui s’y trouvent inclus, est un passage de PLUTARQUE, Traité sur le mot Εἴ, transcrit dans les propres termes d’Amyot, son traducteur.

=416=,

41, +Incontinent+.--«Le moment où je parle est déjà loin de moi.» BOILEAU. «Le présent est très court; si court que quelques hommes ont nié son existence; en effet, il est toujours en marche: il vole, se précipite, il a cessé d’être avant d’être arrivé.» SÉNÈQUE.

=418=,

9, +Sera+.--PLUTARQUE ne fait ici que transcrire et développer ces paroles du Timée de PLATON: «Nous avons tort de dire, en parlant de l’éternelle essence: Elle fut, Elle sera; ces formes du temps ne conviennent pas à l’éternité; elle est, voilà son attribut. Notre passé et notre avenir sont deux mouvements; or l’immuable ne peut être de la veille, ni du lendemain; on ne peut dire qu’il fut, ni qu’il sera; les accidents des créatures sensibles ne sont pas faits pour lui, et des instants qui se calculent ne sont qu’un vain simulacre de ce qui est toujours.»

19, +Payen+.--Plutarque, ou peut-être Platon dont Plutarque vient d’exprimer la pensée.

20, +Condition+.--Païen comme le premier, c’est Sénèque.

21, +Dit-il+.--SÉNÈQUE, Nat. Quæst., I, préf.

27, +Car+.--Les éd. ant. port.: Il n’est mot en toute la secte stoïque plus veritable que celuy là, mais, au lieu de: «Voilà... car».

31, +Celestes+.--Cette conclusion résume bien la thèse absolument contraire à celle de Sebond, que l’auteur s’est proposée dans ce long chapitre: que l’homme ne peut, par ses propres moyens, arriver à rien de certain et qu’il a besoin à cet effet, d’être éclairé par une lumière divine.

CHAPITRE XIII.

=420=,

2, +Humaine+.--«C’est un beau cinquième acte, qu’une bonne mort.» SAINTE-BEUVE.

4, +Resolus+.--Persuadés, convaincus.

35, +Qu’vn+.--J.-J. ROUSSEAU exprime et développe cette même pensée, qui chaque jour devient de plus en plus vraie, en ce temps de vie à outrance: «Nous tenons à tout, nous nous accrochons à tout; les temps, les lieux, les hommes, les choses, tout ce qui est, tout ce qui sera, importe à chacun de nous; notre individu n’est plus que la moindre partie de nous-mêmes... O homme! resserre ton existence au dedans de toi.»

=422=,

5, +Mei+.--César, dans sa hâte de suivre Pompée passé en Grèce, avait, faute de moyens de transport suffisants, laissé la majeure partie de ses troupes à Brindisi. Ne les voyant pas arriver et craignant qu’elles ne fussent coupées de lui par la flotte dont disposait Pompée alors que lui-même n’avait que des bâtiments de commerce, voulant presser leur venue, il s’embarqua incognito, de nuit, sur une barque, par un temps affreux; et, le pilote n’arrivant pas à surmonter les difficultés, César, pour stimuler ses efforts, lui dit: «Que crains-tu? tu portes César et sa fortune.» Nonobstant cette confiance en lui-même, il ne parvint pas à effectuer la traversée qu’il avait en vue, les flots le rejetèrent à son point de départ.

18, +Actions+.--L’éd. de 88 et l’ex. de Bord. aj.: et qu’vn grand roy lui couste plus à tuer qu’vne puce.

29, +Temps+.--Il faut encore tenir compte si c’est une mort soudaine ou qui vienne pour ainsi dire à pas comptés.

32, +Tourmens+.--Le cruel empereur qui voulait faire sentir la mort à ses victimes, c’est Caligula (SUÉTONE, Caligula, 30); et c’est Tibère qui dit, de l’une des siennes qui s’était tuée elle-même, qu’elle lui avait échappé (SUÉTONE, Tibère, 61); mais ces deux monstres se ressemblent si fort en cruauté, qu’il est aisé de les prendre l’un pour l’autre.

39, +Desseignoit+.--Avait dessein, projetait.

43, +Planché+.--Planchéié, comme il se dit aujourd’hui.

=424=,

4, +Mourir+.--LAMPRIDIUS, Heliog., 33.--Héliogabale fut tué dans une sédition militaire par des soldats qui le massacrèrent dans des latrines où il s’était réfugié: son cadavre fut traîné par les rues et jeté dans un égout; mais l’égout s’étant trouvé trop étroit, on le précipita, une pierre au cou, dans le Tibre (222). V. =I=, 380 et N. Retraict.

8, +Propre+.--Si on l’eût mis dans le cas de se tuer.

14, +Prusse+.--Les Abruzzes, province de l’Italie méridionale.--On a pensé qu’il y avait là une faute d’impression évidente et qu’il faut lire Prusse; c’est douteux, du moins en ce qui touche la substitution d’un P au B: certains auteurs, en effet, écrivent Apruzia, d’où Montaigne a fait la Prusse, comme l’Apulia, autre province de la même région, est devenue la Pouille.

15, +Apres+.--En =48=, à Corfinium. Désespérant de pouvoir s’y défendre, Domitius demanda du poison à son esclave qui était médecin. L’ayant absorbé et apprenant avec quelle bonté César traitait ses prisonniers, il regretta son acte, mais son esclave le rassura en lui avouant que ce n’était qu’un narcotique qu’il lui avait remis. Satisfait de cette assurance, il alla trouver César qui l’accueillit avec beaucoup d’amitié, ce qui ne l’empêcha pas de passer, peu après, à nouveau dans le camp de Pompée. PLUTARQUE, César, 10.

22, +Gents+.--TACITE, Annales, IV, 22.--Plautius Sylvanus était sous le coup d’une accusation capitale pour avoir précipité sa femme du haut de sa maison (22).

24, +Parties+.--A ses ennemis.--TACITE, Ann., VI, 48. Albucilla était accusée d’adultère et d’impiété envers le prince (36).

25, +Sicile+.--PLUTARQUE, Nicias, 10.--Lors de l’expédition des Athéniens en Sicile, en =413=, Démosthène, l’un de leurs généraux, se voyant, après une résistance opiniâtre, hors d’état d’échapper, se perça de son épée; mais, ne s’étant pas tué du coup, il fut fait prisonnier et, quelque temps après, lapidé par les Syracusains.

26, +Impetra+.--Obtint par des prières; du latin impetrare qui a cette signification; impétrer est demeuré dans le langage judiciaire.

27, +Acheuer+.--APPIEN, De Bello Mithrid.--Fimbria, un des plus fougueux et plus cruels partisans de Marius. Envoyé en Asie Mineure, il y assassina son général pour se substituer à lui; pressé par Sylla, il se donna la mort (=85=). Un de ses hauts faits fut la destruction de fond en comble d’Ilion (l’ancienne Troie), et le massacre de tous ses habitants.

31, +Transperça+.--TACITE, Ann., XVI, 15.--Ostorius, qui jouissait d’une grande réputation militaire et de l’éclat d’une couronne civique méritée en Bretagne, fut réduit à se tuer, parce que, chez lui, avait été lu un poème satirique contre Néron (68).

35, +Tuer+.--XIPHILIN, Adrien.--Cette précaution ne lui réussit pas; pressé par la maladie et voulant en finir, il ne trouva personne qui voulût lui porter le coup mortel, ni lui donner du poison.

37, +Courte+.--SUÉTONE, César, 87.--César tint ce propos dans un repas, la veille de sa mort; ce disant, il faisait allusion aux conspirations journellement ourdies contre lui et dont on ne cessait de l’entretenir, et il ajouta: «Mieux vaut mourir une fois, que de craindre toujours.»

39, +Humaine+.--PLINE, Hist. nat., VII, 53, dit: «une mort subite».--«Le dernier plaisir de la vie, est de mourir sans y penser.»

=426=,

4, +Mourir+.--De là cette locution si répandue: «Je voudrais, je préférerais être mort», qui se dit fréquemment à propos de toute difficulté ou souffrance morale ou physique dont la mort vous délivrerait. Mais avant d’être mort, ce que l’on peut souhaiter de fort bonne foi, il faut mourir; et nos appels à la mort en sont moins sincères, ainsi que l’a si bien rendu La Fontaine, dans sa fable de «la Mort et le bûcheron»; parce qu’entre les deux, pour qui est en pleine possession de lui-même, il y a un moment redoutable à franchir: le corps s’y trouve généralement aux prises avec la douleur, et fréquemment l’âme appréhende l’inconnu de l’au-delà.

5, +Æstimo+.--Le vers latin, qui est de Cicéron, est la traduction d’un vers grec d’Epicharme.

13, +Cogitation+.--Mesuré et calme, plutôt qu’aigri et surexcité par le fardeau d’une telle pensée. V. N. =III=, 576: L’vn.

28, +Fois+.--CORNELIUS NEPOS, Atticus, 22.--Nulle mort dont le récit nous a été conservé ne témoigne un plus grand détachement de la vie; parmi les plus belles, on peut dire que celle de Socrate lui était imposée par sa condamnation, celle de Caton par la situation, et qu’ils ont eu à cœur de se montrer à hauteur de leurs principes; chez Atticus, aucun motif n’excite son courage, il meurt parce qu’il est las de la vie, sans forfanterie, à l’insu de tout le monde.

33, +Cleanthes+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII.

40, +Marcellinus+.--Tout ce récit est emprunté de SÉNÈQUE, Epist. 77.

=428=,

13, +Roüons+.--Tournons. Ce mot est encore aujourd’hui employé comme terme de marine: Rouer un câble, c’est le plier en l’enroulant sur lui-même.

15, +Mort+.--C’est ce que les Anglais appellent le spleen.

30, +Essayer+.--La goûter, la savourer.

=430=,

4, +Premier+.--Après la bataille de Thapsus (=46=), Caton qui commandait à Utique, voyant les affaires perdues, après avoir pourvu à la sûreté de tous ceux qui s’étaient réfugiés dans la place et se trouvaient compromis, résolut de se tuer, ne voulant pas en outre devoir de grâce à César, dont on connaissait les dispositions bienveillantes à son égard. Sa résolution avait transpiré; pour l’empêcher de la mettre à exécution, la veille on lui avait retiré son épée; il s’en était aperçu et l’avait fait rapporter, observant à ses proches et amis qui le pressaient de renoncer à son dessein, que finalement une épée n’était pas indispensable pour mettre fin à ses jours. Il passa la nuit à lire et méditer le Phédon, dialogue où Platon traite de l’immortalité de l’âme. Le lendemain matin, jugeant le moment venu, il fit retirer chacun et se perça de son épée; le bruit qu’occasionna sa chute fit accourir son fils et ses amis; on profita de son évanouissement pour panser la blessure qu’il s’était faite, mais revenu à lui, il repoussa le médecin avec violence, arracha le pansement, déchira la plaie de ses propres mains et expira sur-le-champ.--Ce sujet fut le premier donné, l’an V (1797) de la République, par l’Institut national de France, aux élèves de peinture pour le concours du grand prix, après l’interruption causée par la Révolution. V. N. =II=, 586: Ieune Caton.

CHAPITRE XIV.

7, +Iustement+.--Également.

10, +Faim+.--C’est le sophisme dit de l’âne de Buridan qui, supposant un âne également pressé par la faim et la soif, placé entre une mesure d’avoine et un seau d’eau et à égale distance, demandait: «Que fera-t-il?» Si on lui répondait qu’il demeurerait immobile: «Il se laissera donc mourir?» disait Buridan. On lui répliquait qu’il ne serait pas bête à ce point. «Alors, concluait-il, se tournant d’un côté plutôt que d’un autre, il a donc son libre arbitre.»--Ce sophisme embarrassa fort, paraît-il, les dialecticiens de l’époque; il était cependant aisé d’y répondre: Comment aurez-vous la certitude que lorsqu’il se décidera l’animal sera au même degré pressé par un besoin et par l’autre, et qu’il ne cède pas à celui qui, à votre insu, le presse le plus?

11, +Stoïciens+.--PLUTARQUE, Contredits des phil. stoïques, 24.

28, +Circonference+.--Ces absurdités sont jeux d’écoliers, nous ne connaissons pas le raisonnement captieux démontrant que «le contenu est plus grand que le contenant».--Pour prouver que «le centre d’un cercle est aussi grand que sa circonférence, on suppose le cercle se déroulant suivant une ligne droite; sa circonférence se développant de A en A’, [Illustration] le centre O vient en O´, or OO´ = AA´. De même acabit sont les problèmes suivants:

«Le diamètre d’un cercle est égal à sa demi-circonférence.» Observons tout d’abord que dans un cercle les deux demi-circonférences décrites sur les deux moitiés d’un diamètre sont au total égales à la demi-circonférence qui les englobe; [Illustration] appliquant ce principe de proche en proche à toutes les demi-circonférences intérieures que l’on peut construire de la sorte, leur total reste égal à la demi-circonférence extérieure en même temps qu’elles en arrivent à se confondre avec le diamètre.--Si on considère que dans le problème précédent AA´ est égal à trois fois le diamètre, et que la présente démonstration conclut à ce que le diamètre est égal à la demi-circonférence, on en arrive à ce que un égale deux.

Si un égale deux, «deux égale trois». Supposons trois nombres a, b, c, tels que: a = b + c. Il en ressort que: 2a = 2b + 2c et aussi 3a = 3b + 3c; de ces deux additions égales en inversant les deux termes de la seconde, on a: 2a + 3b + 3c = 2b + 2c + 3a; de chacun des deux termes de cette dernière retranchons 5a, elle devient 3b + 3c - 3a = 2b + 2c - 2a ou 3 (b + c - a) = 2 (b + c - a); supprimant le facteur commun b + c - a, on a 3 = 2.

«Une bouteille vide égale une bouteille pleine.» On est en droit de poser: ½ bouteille vide = ½ bouteille pleine; supprimons ½ facteur commun, et l’énoncé du problème est démontré.

«Une flèche qui atteint le but, dit Zénon d’Élée, n’a pu cependant franchir la distance.» Divisons cette distance en deux parties; ce qui reste également, continuons de la sorte indéfiniment, il restera toujours quelque chose à diviser, et par suite à franchir.--C’est une démonstration du genre de celle qui prouve que deux courriers se pourchassant, si vite qu’aille celui qui poursuit, il ne peut rattraper l’autre, si lente que soit l’allure de ce dernier et si faible que soit la distance qui les séparait au début.

30, +Cercle+.--La recherche de la pierre philosophale (alchimie) et de la quadrature du cercle (construction d’un carré de surface équivalente à celle d’un cercle donné) sont deux problèmes insolubles, qui occupaient beaucoup les esprits aux temps jadis.

32, +Pline+.--Les éd. ant. aj.: Il n’y a rien de certain que l’incertitude et rien de plus misérable et plus fier que l’homme. Cette addition est la traduction de la citation qui suit.

CHAPITRE XV.

=432=,

+Malaisance+.--Difficulté d’avoir les choses.

2, +Remaschois+.--Au figuré, remâcher, c’est repasser à diverses reprises dans son esprit.

2, +Mot+.--Les éd. ant. aj.: et tres veritable.--Cet ancien, c’est SÉNÈQUE, Epist. 4.

5, +Preparez+.--SÉNÈQUE, Epist. 4.

6, +Fruition+.--Jouissance; mot forgé, par Montaigne, du latin frui, jouir.

9, +Estroict+.--Les éd. ant. port.: ferme.

15, +Parens+.--Danaé, fille d’Acrisius, roi d’Argos (Grèce), fut enfermée dans une tour d’airain par son père, auquel l’oracle avait prédit qu’il serait tué par l’enfant qui naîtrait d’elle. Jupiter pénétra dans cette tour sous forme d’une pluie d’or (la toute-puissance de l’argent a été connue de tous temps), et séduisit Danaé. De cette union naquit Persée, qui plus tard, en effet, fut, par accident, le meurtrier d’Acrisius. MYTH.

24, +D’autre+.--PLUTARQUE, Lycurgue, 11.

28, +Sauce+.--Dans son poème Les filles de Minée, LA FONTAINE dit:

«La défense est un charme; on dit qu’elle assaisonne Les plaisirs, et surtout ceux que l’amour nous donne.»

34, +Morsures+.--PLUTARQUE, Pompée, 1.

=434=,

6, +Ancone+.--La marche d’Ancône, province de l’Italie centrale, où est le sanctuaire de N.-D. de Lorette en qui l’on croit posséder la Santa Casa ou maison de la S. Vierge et une statue d’elle, en bois de cèdre, sculptée par l’apôtre S. Luc. Cette maison de la Vierge aurait été transportée par les saints Anges de Nazareth à Lorette; à l’encontre de cette tradition un érudit, le chanoine ULYSSE CHEVALIER, a publié en 1906 que, d’après ses études, elle a tout simplement été construite avec les pierres d’une carrière voisine, par des architectes nommés Anges.

7, +Sainct Iaques+.--S.-Jacques de Compostelle à Santiago en Galice (Espagne), où se trouvait le corps de l’apôtre S. Jacques.

8, +Liege+.--A Liège (Belgique). Non loin de là se trouvent les eaux de Spa, appelées ici, par Montaigne, les bains d’Aspa.

10, +François+.--Par application du proverbe: «Nul n’est prophète en son pays.»

12, +Autre+.--PLUTARQUE, Caton d’Utique, 7.--Caton, qui avait deux enfants d’un mariage antérieur, avait consenti à se séparer de sa femme Martia, dont il n’en avait pas, pour la céder à Hortensius son ami, qui n’en avait pas non plus, ce qui était admis par les mœurs romaines. A la mort d’Hortensius, autant par affection que pour ne pas la laisser dans une position difficile, Caton reprit Martia par un second mariage en règle, toutes choses qu’autorisait à Rome la faculté illimitée du divorce; César néanmoins lui en faisait de vifs reproches dans son Anti-Caton: «S’il avait besoin de femme, disait-il, pourquoi céder la sienne à un autre; et, s’il n’en avait pas besoin, pourquoi la reprendre? Cela ne montre-t-il pas une arrière-pensée: on prêtait une femme pauvre à Hortensius, on espérait la retrouver riche». V. N. =II=, 586: Ieune Caton.

28, +Plus+.--La Fontaine disait à une courtisane chez laquelle il était entré un jour par hasard et qui se laissait doucement caresser, sans opposer la moindre résistance à ses désirs: «Je t’en prie, repousse-moi un peu.»

37, +Amants+.--TACITE, Ann., XIII, 45.--Chez les Lacédémoniens, les filles sortaient en public à visage découvert et les femmes voilées, parce qu’il faut, disaient-ils, que les filles trouvent mari et que les femmes gardent celui qu’elles ont; comme quoi, une même chose peut être envisagée à deux points de vue complètement opposés.

41, +Bastions+.--Au propre, saillants de fortification; ici, pris au figuré, allusion aux vertugadins, paniers dont les dames faisaient alors usage dans leur toilette, sorte de jupons garnis de cercles de baleine, assez analogues aux crinolines du second empire, soutenant les jupes et rendant les robes bouffantes.

43, +Appetit+.--Par la difficulté, aj. l’éd. de 88.

=436=,

8, +Desbaucher+.--Porter à une gaîté licencieuse.

10, +Triompher+.--Add. de l’éd. de 88 et de l’ex. de Bord.: de la rigueur.

14, +Haissent+.--Add. de l’éd. de 88: mortellement.

30, +Seruist+.--VALÈRE MAXIME, II, 1, 4.--Cette assertion est-elle exacte? ce qu’il y a de certain, c’est qu’à Rome les femmes étaient assez libres et le divorce appliqué pour la moindre cause.--Toujours est-il que son introduction en France est loin de confirmer la thèse de Montaigne. Il y a été autorisé en 1884; de 1885 à 1890, la moyenne annuelle des demandes a été de 9.300, suivant d’année en année une progression ascendante constante. En 1901, 10.500 instances ont été introduites se répartissant à peu près également entre gens ayant des enfants et gens n’en ayant pas, 9.000 ont été accordées, à quoi il convient d’ajouter plus de 2.000 séparations de corps. En 1904, il y en a eu 9.860 prononcés en dehors des séparations de corps; en 1905, 10.019.--Il est à observer que les divorces pour cause d’adultère sont presque en nombre double pour adultère de la femme, que pour cette même faute commise par l’homme; ce n’est pas que celui-ci soit plus respectueux de la foi conjugale, mais outre que dans son cas il n’y a pas risque d’un enfant pouvant en résulter, cela tient encore à ce que pour des raisons diverses la femme supporte plus facilement d’être trompée et aussi qu’elle est plus facile à l’être. Et aujourd’hui que le divorce est passé dans les mœurs, l’idée gagne de l’affranchir des fictions judiciaires qui en restreignent l’obtention: les motifs légaux n’existant pas, on les suppose, on va jusqu’à en créer les apparences de commun accord; d’où la tendance à l’admettre par consentement mutuel, et même sur la volonté d’un seul avec conditions de délai; il y a bien la question des enfants, mais n’a-t-on pas déjà passé outre! C’est là le seul point intéressant; et à l’encontre de ce qui se pratique, il semble qu’il vaudrait mieux pour eux, quel que soit le motif du divorce, au lieu d’être attribués à l’un, sous réserve de certains droits concédés à l’autre, que celui auquel ils sont laissés, les ait sans restriction ni obligation vis-à-vis de la partie adverse; les obtiendrait celui en faveur duquel le divorce serait prononcé dans les cas d’indignité, d’inconduite, de sévices et injures graves; celui contre lequel la demande en divorce aurait été introduite dans le cas d’incompatibilité d’humeur quand il sera admis, ce qui avec les idées actuelles ne saurait tarder beaucoup.--Du reste, le mariage lui-même tend à être réduit à sa plus simple expression. On voudrait le rendre aussi facile que possible à contracter, ne le subordonner à aucun consentement autre que celui de ceux qui veulent s’unir; supprimer la puissance maritale, chacun des conjoints ayant mêmes droits, toute liberté et toute indépendance; le régime de la séparation de biens deviendrait la règle unique; l’adultère cessant d’être un délit ne serait plus qu’une cause de divorce, dont l’obtention serait du reste grandement facilitée, si bien que les seules différences qui subsisteraient encore entre le mariage et l’union libre, se réduiraient à la publicité donnée à l’union contractée, l’octroi de la légitimité aux enfants nés pendant sa durée et la possibilité de liquider les intérêts matériels de chacun après sa dissolution.

=438=,

5, +Serpunt+.--L’auteur parle ici des Juifs et de leur religion; Montaigne applique son dire à un sujet tout autre.

8, +Moyen+.--Peut-être; mais l’excès contraire a plus d’inconvénients encore; et, à notre époque, la peine de mort est tellement atténuée, la prison si bénigne à tous ses degrés, la grâce et les réductions de peine sont tellement passées dans les habitudes, que les malfaiteurs, dont le nombre, ainsi que l’audace et la fréquence des méfaits, vont croissant en proportion du besoin de bien-être et de luxe, conséquence des progrès de la civilisation, s’en donnent à cœur joie. La publicité des exécutions n’a plus de raison d’être, n’amenant plus chez le spectateur que cette simple remarque: «Tiens! ce n’est que cela!» En la supprimant, on ferait cette peine un peu plus redoutée; en n’abusant pas du droit de grâce, en n’en usant que lorsqu’il y a des circonstances atténuantes dont il n’a pas été tenu compte, ou qu’un doute peut exister sur la culpabilité, en un mot comme correctif d’une erreur possible du jury; en rendant beaucoup plus pénibles les divers genres d’emprisonnement et réduisant d’autant la durée des condamnations, on modifierait rapidement l’état d’esprit de nombre de criminels qui, actuellement, se disent que ce qui peut leur arriver de pis, c’est de vivre sans rien faire aux dépens de la société, dans des conditions bien moins pénibles que s’il leur fallait gagner leur vie par le travail, ce qui est bon seulement pour les honnêtes gens.--Et pourtant, l’expérience est faite: Pour parer aux recrudescences de crimes à certaines époques contemporaines, les Anglais, qui cependant ont beaucoup plus que nous le respect de la liberté individuelle, n’ont pas hésité à rétablir temporairement des moyens de répression tombés en désuétude: le «Treadmill» où le condamné est mis automatiquement dans l’obligation de coopérer, à l’aide des mains et des pieds, à faire tourner une roue; le Cat (le chat à neuf queues) qui consiste à infliger matin et soir, pendant un nombre de jours déterminé, un certain nombre de coups de fouet; ces procédés depuis mis de côté, sans cesser d’être légaux pour le cas où le besoin s’en ferait de nouveau sentir, eurent vite raison de ces associations de bandits qui terrorisaient Londres en étranglant les passants, etc., tout comme nos apaches parisiens en agissent actuellement avec le couteau et le revolver. Mais, chez nous, gouvernants et législateurs ont plus souci de jouir de la situation à laquelle ils sont arrivés, d’assurer leur réélection pour continuer à vivre aux dépens de la chose publique, que de satisfaire à leurs devoirs essentiels, faire régner la liberté et refréner la licence, favoriser le bien, poursuivre et punir le mal; assoiffés de popularité, imbus par calcul d’idées soi-disant humanitaires, leurs actes démentent leurs paroles, leurs sympathies vont de fait aux scélérats bien plus qu’à leurs victimes.

9, +Argippées+.--HÉRODOTE, IV, 23, dit qu’il ne les connaît que par ouï-dire; qu’ils sont chauves, ont le nez aplati et ne se nourrissent que de fruits et de lait. Chacun habite sous un arbre que, l’hiver, il recouvre d’une étoffe de laine blanche, qu’il a soin d’ôter l’été. Personne ne les insulte, ils n’ont pas d’armes et sont considérés comme sacrés.

19, +Violence+.--C.-à-d. peut-être la facilité qu’on a d’entrer dans ma maison, contribue-t-elle à la mettre à l’abri de la violence.

32, +Frontieres+.--Ce n’est pas en effet des places frontières qui sont à construire. La défense des frontières d’un état est le propre des armées elles-mêmes; les fortifications ne devraient être employées que pour couvrir certains points en nombre très restreint, particulièrement importants en vue de l’offensive beaucoup plus qu’en vue de la défensive, ceux où sont nos approvisionnements, et aussi les grandes agglomérations plus particulièrement menacées dont il importe, en raison des ressources qu’elles présentent, de ne pas laisser l’ennemi s’emparer dès le début sans coup férir. Les murailles de Chine n’ont jamais dans le passé satisfait à ce qu’on en attendait, et y satisferont moins encore dans l’avenir, étant donnés les moyens actuellement mis en œuvre, au nombre desquels il faut compter l’envahissement du territoire de l’adversaire sans déclaration de guerre préalable. Vauban, qui à l’époque de Louis XIV avait organisé la défense de nos frontières sous l’empire de ces idées, reconnut, sur la fin de sa vie, cette erreur, qu’après 1870 ses élèves, héritiers de sa science mais non de son génie, ont commise à nouveau, nous amenant à fortifier, une fois encore, outre mesure notre frontière de l’Est au lieu de renforcer ses effectifs dans toute la limite du possible, avec ceux qui, pour des raisons de clocher, demeurent disséminés dans le reste de la France où ils n’ont que faire. S’il en eût été ainsi, Nancy, bien que sans fortifications, serait à l’abri d’un coup de main; et, ayant ces troupes stationnées ailleurs, on n’aurait pas été tenté de les employer abusivement à des œuvres de police, pour lesquelles l’armée n’est point faite, qui la discréditent, où se perd la notion du devoir, auxquelles la nécessité fait que la masse se prête à contre-cœur, non sans que cependant se produisent quelques rares protestations, qui honorent leurs auteurs, mais ruinent leur carrière.

36, +Riches+.--Pauvres et riches s’intéressent au pillage que promet une incursion sur un territoire étranger; les riches seuls le sont à s’en défendre sur leur propre territoire.

37, +Faitte+.--Le père de Montaigne avait, en 1554, réédifié sa maison, en la fortifiant selon les habitudes et les nécessités de l’époque; Montaigne nous fait connaître ici que lui-même ne jugea pas à propos de tirer parti de ces dispositions défensives. Cette maison demeura telle jusqu’en 1859, où ses descendants s’en défirent. Déjà en partie transformée par les changements que les acquéreurs y avaient apportés, elle devint la proie des flammes en 1885, à l’exception de la grosse tour et de quelques communs qui furent épargnés; elle a été reconstruite depuis, mais sur un plan notablement différent: seules la tour et la pièce constituant la bibliothèque de Montaigne qu’il décrit =III=, 156, ont été maintenues dans leur état primitif.

=440=,

2, +Defortifié+.--Henri IV et surtout Richelieu firent en effet démanteler quantité de ces forteresses particulières.

3, +Dangereux+.--Regrettable, triste, fâcheux.

6, +Infiables+.--Suspectes.

12, +Improuidence+.--Votre défaut de vigilance et de prévoyance à pourvoir à votre sûreté.--Montaigne affectionne ces mots négatifs formés avec un préfixe (dé, il, im, in, ir, suivant le cas), et les forge fréquemment quand ils n’existent pas.

29, +Enregistrable+.--La maison de Montaigne, épargnée jusque-là, finit par être pillée.

29, +Ans+.--Ces troubles avaient commencé en 1560.

CHAPITRE XVI.

=442=,

19, +Hominibus+.--Dans l’Évangile de S. LUC, d’où cette citation est tirée, la phrase est complétée par ces mots: bonæ voluntatis (aux hommes de bonne volonté).

23, +Diogenes+.--CICÉRON, De Fin., III, 17.

32, +Loüanges+.--«L’art de louer commença l’art de plaire.» VOLTAIRE.

36, +Fleurisse+.--Traduction d’un vers d’Homère, que CICÉRON a également traduit, De Fin., V, 18.

39, +Acquerir+.--CICÉRON, De Fin., III, 17.

=444=,

5, +Cache ta vie+.--Ce précepte, dû à Nicoclès frère d’Épicure, devint un des principes fondamentaux de l’école. Dans un de ses traités, intitulé: Si ce mot commun «cache ta vie» est bien dit? PLUTARQUE s’élève avec force contre cette maxime qu’il considère comme destructive de tous intérêts sociaux, en détournant de se mêler des affaires publiques, dont le tracas est incompatible avec la tranquillité; elle est plutôt à entendre comme signifiant qu’exposés à l’envie comme nous le sommes, il est prudent de cacher ses avantages pour pouvoir en jouir à l’aise.

«Pour être heureux, n’excitez point l’envie. Le secret du bonheur est de cacher sa vie.» DE LA BOUISSE.

8, +Celuy+.--Épicure.

23, +Hermachus+.--Cette lettre d’Épicure est dans CICÉRON, De Fin., II, 30, qui dit Hermarchus; DIOGÈNE LAERCE, X, 22, la donne comme adressée à Idoménée, autre disciple de ce philosophe.

=446=,

1, +Metrodorus+.--CICÉRON, De Fin., II, 31.

2, +Desirable+.--CICÉRON, De Fin., III, 17, attribue cette doctrine aux Stoïciens, et ajoute qu’ils ne l’ont admise que parce que, sur ce point, ils n’ont pu répondre à Carnéade.--Carnéade, député à Rome par ses concitoyens, s’y était fait remarquer par son éloquence; mais une fois, ayant parlé au Sénat avec un égal talent pour et contre une même question, Caton fit décider de renvoyer au plus tôt un sophiste aussi dangereux.

8, +Fuyr+.--ARISTOTE, Morale à Nicomède.

10, +Subiect+.--Ce traité de Cicéron sur la gloire est aujourd’hui perdu; Pétrarque semble l’avoir possédé. C. DE M.

13, +Suitte+.--Marcellus avait élevé un temple à la Vertu, un autre à l’Honneur, et il fallait passer par le premier pour arriver au second, symbolisant ainsi que la vertu est le principe même de l’honneur.

18, +Philosophe+.--Montaigne, dont les critiques à l’égard de Cicéron sont jusqu’ici pour la plupart justifiées, en arrive à l’exagération et à l’injustice. Cicéron aimait passionnément la gloire, comme il aimait la justice et aussi la liberté à laquelle il a fait le sacrifice de sa vie. Il n’a pas dit que la gloire fût préférable à la vertu: «Si la vertu, lit-on dans son Discours pour Milon, pouvait envisager un prix, le plus haut de tous serait la gloire; elle seule nous console de la brièveté de la vie par les longs ressouvenirs de la postérité; elle nous rend présent où nous ne sommes point, elle nous fait vivre même après la mort.»

26, +Toy+.--CICÉRON, De Fin., II, 18.

31, +Richesses+.--Plotius avait légué toute sa fortune à Peduceus, à l’insu de sa veuve, à laquelle celui-ci la restitua. CICÉRON, De Fin., II, 18.

34, +Cicero+.--De Fin., II, 18.--Un nommé Fadius Gallus, homme extrêmement riche, pour éluder une loi qui limitait ce dont pouvaient hériter les femmes, avait institué comme son légataire S. Rufus, mais en le priant de transporter tout son héritage à sa fille Fadia. S. Rufus nia cette clause, et, se retranchant derrière la loi, se borna à abandonner à Fadia ce à quoi elle avait légalement droit.

36, +Hortensius+.--Quelques intrigants avaient apporté de Grèce à Rome un faux testament d’un nommé Minucius Balbus, homme fort riche. Afin de recueillir plus facilement la succession, ils s’étaient donné pour cohéritiers Crassus et Hortensius, deux des hommes les plus puissants de l’époque. Ceux-ci soupçonnaient bien la fausseté de l’acte, mais ils n’y avaient pas trempé et ils ne se refusèrent pas à profiter du crime d’autrui. CICÉRON, De Off., III, 18.

=448=,

16, +Vouloit+.--«La gloire suit la vertu, comme l’ombre suit le corps.» CICÉRON.

=450=,

4, +Blessé+.--L’éd. de 88 aj.: mais d’Hannibal ie sçay bien qu’on le dit, et de Scanderberg.--Alexandre l’a été maintes et maintes fois (V. N. =I=, 486), parfois assez grièvement, notamment au siège de Tyr, et dans son expédition contre les Malliens Oxydraques, peuplade du bassin de l’Indus. Napoléon l’a été une fois à la cuisse au siège de Toulon, une autre fois au talon à Ratisbonne, chaque fois sans gravité.--Une blessure à la guerre ne prouve généralement pas grand’chose, sinon qu’on y était, surtout actuellement avec la longue portée des armes; bien rares sont celles reçues dans l’accomplissement d’un fait méritant une mention personnelle. Napoléon, à Waterloo, avait un guide pris sur place, suivant son habitude, les cartes n’indiquant que d’une façon générale et sommaire les mouvements de terrain; ce guide, lié sur son cheval, faisait mauvaise figure aux balles et aux boulets, il s’agitait sur sa selle, détournait la tête, se courbait sur l’encolure de sa monture, si bien que l’empereur lui dit à un moment: «Mais, mon ami, ne remuez pas tant; un coup de fusil vous tuera aussi bien par derrière que par devant et vous fera une plus vilaine blessure.» H. HOUSSAYE. Dans ma jeunesse, un de mes camarades, fort brave du reste, qui depuis a été tué en 1870 à Frœschviller, et qui avait fait ses premières armes en Crimée où il avait été blessé deux fois et avait été décoré de la médaille militaire, nous contait, en toute franchise, que sa première blessure, il l’avait reçue alors que derrière une haie il mettait culotte bas, et la seconde, alors que surpris par les Russes dans une embuscade il fuyait à toutes jambes; pas plus dans un cas que dans l’autre, il ne faisait face à l’ennemi.

40, +Faire+.--C’est-à-dire la satisfaction du devoir accompli. Mais l’homme est homme; et, outre qu’il y en a peu qui n’aient besoin d’être encouragés dans la voie du bien, c’est un impérieux devoir pour ceux auxquels cela incombe, que de rechercher et récompenser ceux qui demeurent ainsi dans l’ombre et de ne pas s’en laisser imposer par ces autres, toujours prêts à se faire valoir, soit en s’exaltant eux-mêmes, soit en recourant à autrui à charge de revanche; les sociétés d’admiration mutuelle sont un des plus grands obstacles que le vrai mérite rencontre sur sa route.

=452=,

18, +Demetrius+.--SÉNÈQUE, Epist. 91.

=454=,

1, +Timon+.--Passage de SÉNÈQUE, Epist. 85, que Montaigne paraphrase.

7, +Absence+.--TITE-LIVE, XLIV, 22.--En =168=.--«N’ajoutez foi, dit en substance Paul-Émile au peuple romain, qu’à ce que je vous écrirai; n’accréditez pas, par votre crédulité, des rumeurs vaines et sans fondement. Il y a des gens qui s’érigent en maîtres, critiquent tout ce qui n’est pas conforme à leur manière de voir; cette habitude est funeste. Je ne me crois pas infaillible, mais c’est de ceux qui ont de l’expérience, qui sont sur les lieux et connaissent la situation, que je prends avis. Si donc il est quelqu’un parmi vous qui se croit à même de me donner quelque conseil utile, qu’il vienne avec moi, je le défrayerai de tout; autrement qu’il se taise et sache que les avis de mes compagnons d’armes me suffisent.»--Semblable propos serait également de mise aujourd’hui en France; mais ce n’est pas à un personnage ayant le courage de le tenir que l’on confierait le commandement de nos armées; et en tout cas, si, y étant nommé, il se révélait tel, de semblables exhortations de sa part demeureraient lettre morte, et le premier prétexte venu, le moindre échec sans conséquence, toujours possible, le feraient indubitablement tomber en disgrâce.--Ce discours de Paul-Émile est donné par l’avant-dernier chapitre de Tite-Live qui nous ait été conservé, car nous ne possédons qu’une faible partie de son Histoire qui allait jusqu’à l’ère chrétienne, et ce qui nous en reste s’arrête à l’an 166. Le pape Grégoire, vers la fin du VIe siècle, le jugeant dangereux en raison des fréquents prodiges qu’il rapporte, le comprit dans la proscription des livres profanes qui lui est attribuée et fit brûler tous les manuscrits qu’il en put découvrir.

8, +Destourbier+.--Trouble, obstacle, empêchement; du latin disturbare, empêcher.

12, +Consentement+.--Fabius, par sa prudence, s’étant attiré beaucoup de critiques et Minutius, son chef de cavalerie, ayant obtenu quelques légers succès en combattant contre la défense qu’il lui en avait faite, avait vu son autorité répartie entre eux deux, et pour ne pas l’affaiblir avait proposé à son ancien lieutenant de commander à tour de rôle. Celui-ci, pour rester maître de ses actions, avait préféré répartir les troupes entre eux. Peu après, il se faisait battre et n’était sauvé que par Fabius, auquel spontanément il fit amende honorable, en même temps qu’il se replaçait sous ses ordres (=217=).

34, +Main+.--Il est ici question de l’anneau de Gygès. PLATON, République, II, 3; CICÉRON, De Off., III, 9.--Gygès était le favori de Candaule, roi de Lydie (Asie Mineure). Candaule, fier de la beauté de sa femme, la lui fit voir toute nue; celle-ci, outragée, mit Gygès dans l’alternative de périr lui-même ou de tuer le roi; il prit ce dernier parti et épousa la reine et monta lui-même sur le trône (=VII=e). Platon fait de Gygès un berger et raconte qu’ayant trouvé dans les flancs d’un cheval d’airain un anneau ou bague merveilleuse qui, en tournant le chaton à l’intérieur de la main, rendait invisible celui qui le portait, il en profita pour séduire la reine et assassiner le roi; et il ajoute que si un tel anneau était en la possession d’un sage, il ne s’en prévaudrait pas pour faire le mal, les honnêtes gens considérant si une chose est honnête et non si elle est ignorée.

=456=,

17, +Herostratus+.--Le temple de Diane à Éphèse (Asie Mineure), qu’Érostrate brûla (=356=), dans le but de s’illustrer par quelque moyen que ce fût, était regardé comme une des sept merveilles du monde. (On désigne communément sous ce nom, sans toutefois que l’accord existe à cet égard: 1º les jardins suspendus et les murs de Babylone; 2º les pyramides d’Égypte; 3º le phare d’Alexandrie; 4º le colosse de Rhodes; 5º le Jupiter Olympien de Phidias; 6º le tombeau de Mausole; 7º le temple d’Éphèse). L’incendie de ce temple eut lieu la nuit même de la naissance d’Alexandre le Grand. Les Éphésiens, pour déjouer les calculs du fou qui en était l’auteur, rendirent un décret qui défendait sous peine de mort de prononcer son nom; c’était le meilleur moyen de les réaliser.--La réflexion que relate Montaigne à son sujet, émane de VALÈRE MAXIME, VIII, 14, et non de Trogue-Pompée.

17, +Capitolinus+.--TITE-LIVE, VI, 11.--Après la bataille de l’Allia, Manlius, voyant Rome au pouvoir des Gaulois, se jeta dans le Capitole. Cette forteresse elle-même allait tomber aux mains des Barbares qui déjà en escaladaient les murs, lorsque Manlius, éveillé par le cri des oies sacrées que l’on y nourrissait, prit les armes et précipita l’ennemi du haut des murailles, ce qui lui valut le nom de Capitolinus (=390=). Dans la suite, aspirant à la tyrannie et accusé devant le peuple, il sut se faire absoudre en montrant le Capitole qu’il avait sauvé; mais une autre fois l’assemblée s’étant réunie dans un autre lieu d’où on ne pouvait apercevoir ce théâtre de ses exploits, il fut condamné à être précipité du haut de la roche Tarpéienne (=384=).

20, +Parle+.--Nous avons plus de souci qu’on parle de nous, que de la façon dont on en parle.

23, +Autruy+.--Il semble que pour être connu, il faille en quelque sorte commettre sa vie...

26, +Fantastique+.--Boileau, dans une de ses épîtres, blâme également cette tendance à trop agir avec la préoccupation de ce que les autres pourront en penser:

«C’est là de tous nos maux le fatal fondement; Des jugements d’autrui nous tremblons follement, Et chacun, l’un de l’autre, adorant les caprices, Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vices.»

=458=,

1, +Surnom+.--Ce nom d’Eyquem, que l’auteur qualifie de surnom (mais au XVIe siècle, surnom s’employait souvent comme synonyme de nom), était bel et bien son nom de famille, et il est le premier qui l’ait abandonné.--Son bisaïeul, Ramon Eyquem, habitait le village de Blanquefort en Médoc, à quelques kil. N.-O. de Bordeaux, et avait dans cette dernière ville une maison de commerce de vins, de pastels et de poissons salés, située près du fort du Ha (actuellement le palais de justice), dans l’espace existant entre ce fort et l’église cathédrale de Saint-André. Ce Ramon acheta, en 1478, la maison noble de Montaigne (à environ cinq lieues en aval de Bergerac), dont son arrière-petit-fils prit le nom à l’exclusion du sien, ce qui se faisait et se fait encore communément.--Ce nom d’Eyquem, il est vraisemblable que Montaigne ne l’a supprimé qu’après la mort de son père et après avoir quitté ses fonctions de conseiller, car on trouve encore les deux noms accolés dans le passage du testament de La Boétie où celui-ci lègue ses livres et papiers à M. Michel Ayquem de Montaigne, conseiller, etc.--Ce nom, qui semble venir du flamand Ecke (chêne) et du germain Heim (hameau, habitation), existant en Gascogne et se retrouvant en Angleterre, il est probable que c’est le fait des alliances contractées entre Gascons et Anglais durant les trois siècles pendant lesquels la domination étrangère s’est maintenue dans cette partie du midi de la France.

4, +Place+.--L’autre nom de Montaigne, c’est Michel, son prénom qui, en effet, pouvait et a dû être attribué à bien d’autres.

6, +Fauorir+.--Favoriser, donner du relief; du latin favere qui a le même sens; c’est un mot que comme un certain nombre d’autres Montaigne a fait passer de son chef dans notre langue. Favorir l’inanité, c’est favoriser le néant, donner de l’importance à ce qui n’est pas.

7, +Inanité+.--L’éd. de 88 aj.: quel proufit m’en reuient-il?

9, +Violæ+.--Montaigne change ici le sens de la citation, où, en outre, il substitue les mots Laudat posteritas à Laudant convivæ.

34, +Nous+.--Combien peu de Grecs et même de Romains, malgré tant d’écrivains... dont les noms sont parvenus jusqu’à nous!

«Un redoutable instant nous détruit sans réserve: On ne voit au delà qu’un obscur avenir; A peine de nos noms un léger souvenir Parmi les hommes se conserve.» Mme DESHOULIÈRES.

37, +France+.--Montaigne ne prévoyait pas les progrès que devait faire l’imprimerie et le développement que prendraient ses moyens de vulgarisation.--Une autre raison du reste qui a fait qu’à rencontre de ses prévisions, le souvenir de ces temps troublés est de ceux de notre histoire qui se sont le moins effacés, c’est qu’un des effets des guerres civiles est de faire que plus qu’en toute autre situation, chacun se montre à découvert, avec ses talents et ses vices prédominants, et que les bouleversements profonds et imprévus qui en résultent, modifient souvent du tout au tout la fortune des individus et parfois aussi celle des classes de la société et des partis qui la divisent. Qui connaîtrait Cromwell, sans la révolution de 1649; Napoléon, sans celle de 1793; Gambetta, sans celle de 1870?--Nonobstant, l’observation de Montaigne est très juste; aujourd’hui les noms d’un beaucoup plus grand nombre reçoivent de la publicité, mais combien éphémère! Bientôt enfouis dans les bibliothèques, ils y dorment du plus profond sommeil, à jamais ignorés tout comme avant, en dépit des efforts, pour de bien rares exceptions, de quelque érudit en mal de réputation pour lui-même; on peut même dire plus: notre époque, avec ses idées utilitaires, plus préoccupée du présent et de l’avenir que ses devancières, en dehors de ceux qui y ont un intérêt direct, se soucie au fond beaucoup moins qu’elles du passé.

38, +Muses+.--Elles étaient au nombre de neuf, et présidaient: Clio, à l’histoire; Euterpe, à la musique; Thalie, à la comédie; Melpomène, à la tragédie; Terpsichore, à la danse; Erato, à l’élégie; Polymnie, à la poésie lyrique; Uranie, à l’astronomie; et Calliope, à l’éloquence et à la poésie héroïque.

38, +Battaille+.--PLUTARQUE, Apophth. des Lacédémoniens.

=460=,

8, +Faueur+.--C’est ce qu’un poète latin a rendu: «Habent sua fata libelli (Les livres ont leur destinée).» Cet aphorisme, après avoir été attribué aux plus célèbres poètes latins, se trouve être d’un des plus obscurs, TERENTIANUS MAURUS; il est lui-même un exemple de la vérité de sa réflexion, car on ne cite guère de lui que ce fragment de vers, et encore en le croyant d’un autre (LAROUSSE).--Ceux qui suivent, assez médiocres, du reste, d’un auteur non moins inconnu, expriment cette même idée, en la développant davantage:

«L’esprit seul ne saurait faire vivre un écrit, Chaque jour nous en donne une nouvelle preuve. Il faut plus, si du temps on veut franchir l’épreuve. Que d’auteurs qu’on a lus, que de livres de prix... Enveloppent le poivre, ou sont mangés des vers! Seule la destinée éternise les vers.»

12, +Assignées+.--Rangées.

40, +Traian+.--Fils d’un soldat de fortune élevé aux honneurs par Vespasien, Trajan se montra lui-même brave et habile. Élevé à l’empire, il refréna les Daces et les Parthes, qui le menaçaient; à l’intérieur, il fit fleurir la justice, cesser les délations, s’environna de capacités de tous genres, allégea les impôts et mérita, au moins par sa vie publique, d’être considéré comme le meilleur des empereurs romains.

40, +Neron+.--Empereur grâce aux intrigues d’Agrippine sa mère qui l’avait fait adopter par Claude, au détriment de son propre fils, il affecta beaucoup de douceur au début de son règne, mais bientôt se montra cruel et débauché, s’entoura de courtisanes, d’histrions, prit part aux jeux du cirque et finit par se livrer aux pires atrocités, ne reculant devant aucun crime, assassinant successivement Britannicus, sa mère, sa femme; accusé d’un incendie qui consuma la moitié de Rome, il en rejeta l’accusation sur les chrétiens et ouvrit contre eux une ère de persécutions qui fut des plus violentes; fit périr quiconque lui déplaisait ou le gênait, et lui-même, renversé par une conspiration amenée par ses excès, eut à peine le courage de se tuer. Il demeure, dans l’histoire, le type le plus accompli d’un tyran exécrable, d’un monstre de cruauté.

=462=,

4, +Platon+.--Lois, XII.

9, +Pedagogue+.--Platon et Socrate.--La plupart des ouvrages de Platon sont présentés sous forme de dialogues. Le personnage principal expose le fond du sujet; ses auditeurs, par leurs questions et leurs objections, aident à son développement. Dans presque tous, c’est Socrate qui est ce personnage principal; dans les Lois, c’est Platon lui-même qui, par modestie, dissimule sa personnalité sous celle d’un Athénien étranger.

13, +Miracles+.--DIOGÈNE LAERCE, Platon, III, 26.

23, +Numa+.--V. N. =II=, 252: Numa.

23, +Sertorius+.--Avait, dans la guerre civile entre Sylla et Marius, embrassé le parti de ce dernier; quand il fut vaincu, Sertorius passa en Espagne (=84=), s’y rendit indépendant et se maintint tel jusqu’à sa mort. Il avait établi dans son armée un simulacre de Rome: un sénat, des consuls, etc...; il inspirait à ses soldats une confiance aveugle et leur avait persuadé qu’il était en commerce avec les dieux, par l’entremise d’une biche blanche dont il se faisait suivre partout; il fut assassiné par un de ses lieutenants jaloux de sa supériorité.

27, +Zoroastre+.--V. N. =II=, 362: Zoroastre.

29, +Oromazis+.--Principe du bien, comme Ahriman était celui du mal, c’est lui qui avait créé le monde, la lumière, la chaleur, les puissances bienfaisantes; il est constamment en lutte contre l’esprit des ténèbres.

29, +Trismegiste+.--Trismégiste, législateur des Égyptiens, leur donna des lois au nom de Mercure; cette double élision se reproduit dans les membres de phrase qui suivent.

30, +Zamolxis+.--V. Lexique.

30, +Charondas+.--Se perça, dit-on, de son épée, parce qu’il avait enfreint par mégarde une loi qu’il avait portée lui-même, qui défendait de se présenter en armes dans l’assemblée du peuple; à celui qui lui faisant observer qu’il était en défaut en enfreignant sa loi: «Non, dit-il en se tuant, je la confirme.»

31, +Minos+.--Gouverna avec tant de sagesse, que les poètes en ont fait un des trois juges des enfers avec Rhadamante, son frère, et Éaque, roi d’Égine.

31, +Lycurgus+.--V. N. =II=, 220: Lycurgus.

32, +Dracon+.--Ses lois criminelles étaient si rigoureuses qu’on alla jusqu’à dire qu’elles étaient écrites avec du sang; aussi ne tardèrent-elles pas à tomber en désuétude.

32, +Solon+.--Un des sept sages de la Grèce; reçut mission vers l’an =593=, des Athéniens, de leur donner des lois au lieu et place de celles qu’ils avaient reçues de Dracon; y substitua un code sage, humain; établit en même temps une constitution qui était un mélange habile de démocratie et d’aristocratie, et calma ainsi momentanément les troubles violents dont la ville était l’objet incessant et qui reprirent de plus belle moins de dix ans après, pour aboutir à la tyrannie de Pisistrate.

34, +Moïse+.--Né en Égypte, où les Hébreux étaient en quelque sorte captifs, Moïse fut exposé dès sa naissance sur le Nil, en vertu des ordres de Pharaon, roi d’Égypte, qui voulait faire périr tous les enfants mâles de cette race; il fut sauvé par la fille même du roi, élevé à la cour et instruit dans les sciences des Égyptiens. Informé de sa naissance, il s’enfuit au désert et reçut, de Dieu, mission de délivrer les Israélites de la servitude; il y parvint (=1645=), et mourut, les ayant amenés jusque sur les confins de la terre de Judée, et leur ayant donné, dans l’intervalle, les tables de la loi que lui-même avait reçues de Dieu, sur le mont Sinaï. Moïse est l’auteur du Pentateuque, c’est-à-dire des cinq premiers livres de l’Ancien Testament, qui renferment l’histoire sacrée depuis la création du monde jusqu’à l’entrée des Hébreux dans la Terre promise, un code de lois et un recueil de prescriptions religieuses.--Il est à observer que le moyen employé par Moïse pour faire accepter ses lois, est analogue à celui dont ont usé les législateurs dont Montaigne vient de parler: Il s’entretenait seul à seul sur le Sinaï avec Dieu, par des temps d’orage et de brouillard, le peuple étant consigné à distance (Exode, XIX).

35, +Bedoins+.--L’islamisme.

35, +Iouinuille+.--Dans ses Mémoires, 58.

=464=,

6, +Escorce+.--V. N. =I=, 62: Tout.

CHAPITRE XVII.

+Presumption+.--Dans ce chapitre, Montaigne dit d’excellentes choses et donne des détails sur son caractère et la nature de son esprit, sur sa personne, ses écrits, son style, son défaut de mémoire, son ignorance des choses les plus communes, sur son irrésolution qu’il appelle une cicatrice bien mal propre à produire en public.

21, +Valeur+.--De notre mérite.

=466=,

27, +Fuit+.--Pour avoir écrit leurs mémoires.

31, +Propensions+.--Il n’est pas étrange, il n’est pas extraordinaire que nous ayons des qualités, des penchants, etc.

36, +Consente+.--Qui s’accordait, qui était en harmonie avec...

37, +Gras+.--Add. des éd. ant.: Estant douez d’vne extreme beauté, ils s’y aidoient vn peu, sans y penser, par mignardise.

37, +Cæsar+.--PLUTARQUE, César, I, à la fin.--On a dit la même chose de Pompée. SÉNÈQUE, Contr., III, 19; PLUTARQUE, De l’Utilité à retirer de ses ennemis, 6.

39, +Rincer+.--Froncer, rider; du latin ringi, grogner en montrant les dents, en parlant des chiens enragés.

42, +Salutations+.--Var. de 1588: Bonnetades.

=468=,

2, +Gloire+.--Par orgueil.

9, +Constantius+.--L’empereur Constance II, fils de Constantin; Ammien Marcellin, XXI, 14, se borne à parler de sa prestance et de sa dignité hautaine; le surplus semble une amplification de Montaigne.

15, +Moy+.--Les gestes et le port du corps, dont il a parlé plus haut.

17, +Vice+.--A une vaine et sotte fierté, ainsi qu’il est dit également au commencement de ce paragraphe.

32, +Maistrise+.--La possession.

=470=,

4, +Effect+.--Lorsque je me propose de faire telle ou telle chose, je n’ai point d’avance la notion exacte des moyens dont je pourrai user pour réussir, et je n’en suis instruit que par le résultat.

7, +Desseigne+.--Je les détermine, j’en forme le dessein.

30, +Escriture+.--L’ECCLÉSIASTE dit: «Ce désir infini de savoir qui est né avec nous, a été donné par Dieu à l’homme, comme une démangeaison et une lèpre, pour le tourmenter sans aucun fruit.»--Les légendes d’Ève chez les chrétiens, de Pandore chez les anciens, sont la personnification des méfaits de la curiosité.

37, +Prix+.--Je me regarde comme étant de la classe commune et ordinaire des hommes, et m’en contente; les défauts les plus communs, les plus répandus dans les basses classes, je les ai et ne les désavoue ni ne m’en excuse; la seule chose que j’apprécie en moi, c’est que je sais ce que je vaux.

=472=,

5, +Foiblesse+.--Les éd. ant. aj.: Ie me connoy tant, que s’il estoit party de moy chose qui me pleut, ie le deuroy sans doubte à la fortune.

7, +Ouurer+.--A l’employer, à la mettre en œuvre.

11, +Poësie+.--Il est sûr que c’est l’espèce d’ouvrage qui souffre le moins la médiocrité, et c’est bien de la poésie et des poètes qu’on peut dire: «Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas degré.» NAIGEON.

18, +Est+.--Ce mot manque dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

19, +Peuples+.--Des peuples tels que ceux dont il va être parlé, qui, malgré sa puissance, marquèrent si vivement le mépris qu’ils éprouvaient pour la mauvaise poésie de Denys.

29, +Olympiques+.--Ces jeux se célébraient tous les quatre ans à Olympie. Pendant leur durée les hostilités étaient suspendues; les femmes n’y pouvaient assister; seuls les Grecs (y compris ceux de leurs colonies) pouvaient y prendre part. Ils comprenaient des courses de chars et de chevaux;--des courses à pied;--la lutte, où les adversaires étaient absolument nus et oints d’huile;--le pugilat, où ils avaient la tête protégée par une calotte d’airain et usaient de gantelets en lanière de cuir; cet exercice, toujours sanglant, était souvent mortel et ceux qui s’y livraient mouraient presque tous avant l’âge; le pancrace, comprenant la lutte et le pugilat; mais les poings étaient nus, il était interdit de mordre et le combat se prolongeait jusqu’à ce que l’un des adversaires se déclarât vaincu, aussi y avait-il souvent mort d’homme;--le panthèle, se composant, comme l’indique son nom, de cinq épreuves: la lutte, le saut, la course, le jet du disque et celui du javelot; les enfants y prenaient part dans un concours particulier.--Ils comportaient aussi des concours de poésie.--Les vainqueurs étaient particulièrement honorés; les poètes, les sculpteurs ont maintes fois célébré leurs hauts faits; Chylon, un des sept sages, mourut de bonheur en embrassant son fils victorieux.

De nos jours on a cherché à faire revivre en Grèce, quelque peu modifiés en raison des temps, ces jeux auxquels ce nom a été maintenu, bien qu’ils aient lieu à Athènes. En 1906, les résultats des principaux exercices ont été les suivants: Course, dite de Marathon, exécutée sur le parcours suivi par ce guerrier qui, après la bataille de ce nom (=490=), vint en toute hâte à Athènes annoncer la victoire et, sa mission remplie, tomba mort d’épuisement aux pieds des magistrats: la distance à franchir, 42 kil., l’a été en 2h 51 min.: il est à observer que la route est dure et en mauvais état; même parcours (aller et retour) sur vélocipède en 2h 41; saut en hauteur avec élan, 1m,77; sans élan, 1m,56; lancement du disque, 35m,17.

30, +Faillit+.--Manqua, ne put aborder.

33, +Poëme+.--DIODORE DE SICILE, XIV, 104.

43, +Leneïens+.--DIODORE DE SICILE, XV, 74.--La tragédie dont il est ici question, présentée par Denys aux fêtes Lenéennes (fêtes qui avaient lieu à Athènes en l’honneur de Bacchus, et se célébraient par des concours dramatiques), a nom «la Rançon d’Hector».

=474=,

1, +Conceut+.--V. N. =I=, 28: Tyran.

19, +Estage+.--Les éd. ant. portent: Et en mon imagination mesmes, ie ne conçoy pas les choses en leur plus grande perfection, au lieu de: «Et cette... estage».

25, +D’y aspirer+.--Var. des éd. ant.: de me le representer.

27, +Quelqu’vn+.--Ce quelqu’un, c’est Xénocrate. PLUTARQUE, Préceptes du mariage, 26.

30, +Gratiis+.--«L’amitié même a besoin d’elles», a dit Moncrif. Dans une épître à Fontenelle, le cardinal de Bernis écrit:

«Les Grâces seules embellissent Nos esprits, ainsi que nos corps; Et nos talents sont des ressorts Que leurs mains légères polissent.»

36, +Moy+.--C’est pour me conformer à moi-même, être fidèle à mon caractère.

=476=,

1, +Rabirius+.--Orateurs qui, au dire de CICÉRON, Acad., I, 2, dissertaient sur toutes choses, sans art, en style vulgaire et sans jamais conclure; ils appartenaient à la secte des Épicuriens, lesquels méprisaient la rhétorique et la dialectique.

11, +Les raisons+.--Les éd. ant. font précéder ces mots de ceux-ci: Ce que i’ay à dire, ie le dis tousiours de toute ma force.

13, +Commune+.--De sujets communs, de choses vulgaires.

15, +Exorde+.--CICÉRON, De Universo, 2.--L’exorde est la première partie d’un ouvrage.

20, +Profonder+.--Approfondir.

26, +Iamais+.--Cela est particulièrement vrai pour Platon, qui est souvent bien vide de choses et dont le plus grand mérite consiste dans le style et l’élocution. NAIGEON.

30, +Affection+.--Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: l’affectation; version qui a été introduite dans la traduction.

34, +Platon+.--République, X.

40, +Seneque+.--Montaigne n’a ni les saillies de Sénèque, ni en général son style et sa manière; il est plus dense, plus serré, plus nerveux; il ne revient pas aussi souvent que Sénèque sur les mêmes pensées et ne cherche pas autant que lui à faire de l’esprit; comme lui, son style est heurté, inégal, mais la manière et la tournure d’esprit diffèrent notablement. NAIGEON.

41, +Taire+.--L’ex. de Bord. porte: faire; variante adoptée dans la traduction.

=478=,

6, +Tacitus+.--De Oratoribus, à la fin.

10, +Creu+.--«Ce n’est pas le langage de Montaigne, c’est son imagination qu’il faut regretter.» VOLTAIRE.--Nonobstant, ce langage a bien son mérite, eu égard à l’état de la langue française à l’époque où il écrivait.

16, +Angoulemoisin+.--Ou mieux, comme porte l’ex. de Bordeaux: Angoumoisin, patois de l’Angoumois et non d’Angoulême.

18, +Gascon+.--Les éd. ant. aj.: pur et desirerois le sauoir.

25, +Maistre Iean+.--Est ici synonyme de savant. Cette qualification de «maistre», en dehors de son sens ironique (V. N. =I=, 112: Maistre Iehan), était aussi donnée aux lettrés et à ceux qui excellaient dans un art quelconque; elle est devenue courante à notre époque, particulièrement à l’égard des gens du barreau et de bien d’autres encore; quoique fréquemment employée abusivement, elle est de celles qui flattent le plus ceux auxquels elle s’adresse, et bien rares sont ceux qui s’en offusquent.

=480=,

16, +Beauté+.--C’est bien plutôt la force, la finesse, la ruse, en un mot ce droit

«... qu’un esprit, vaste et ferme en ses desseins, A sur l’esprit grossier des vulgaires humains»,

qui ont donné aux uns le pouvoir sur les autres. Les avantages corporels ont contribué sans doute à établir, ou du moins à préparer cette supériorité; mais la vraie source de ce pouvoir, et ce qui a servi à le conserver chez ceux qui en jouissaient, n’est autre que l’inégalité des facultés intellectuelles. La force physique asservit un individu à un autre individu, mais elle ne lui soumet pas une multitude; s’il est plus fort que tel ou tel homme, il est plus faible que trois, que quatre, que dix; mais un degré supérieur d’intelligence suffit pour fonder cette prééminence d’un individu sur tout un peuple. Lucrèce n’a pas manqué de joindre sur ce point à la force physique la supériorité de l’esprit, et s’il assigne également une grande influence à la beauté, c’est lorsqu’elle se trouve réunie à la force corporelle et au génie. NAIGEON.

23, +Presence+.--Prestance.

25, +Haulteur+.--VÉGÈCE, I, 5.

28, +Doigt+.--L’Église fait de même pour ses prêtres, et, indépendamment des autres conditions à remplir, n’accepte pas, pour ces fonctions, ceux de taille trop au-dessous de la moyenne, ou affectés de défauts physiques qui prêteraient à la raillerie.

30, +Militaire+.--S’il n’a pas cette taille commune, déjà assez faible, que le Courtisan exige pour son gentilhomme, et s’il était au-dessous, je n’en voudrais pas comme soldat.

31, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IV, 7.

34, +Procerité+.--Haute taille; mot forgé, par Montaigne, du latin proceritas, grandeur.

34, +Personnes+.--ARISTOTE, Politique, IV, 4, le dit des Éthiopiens; en ce qui concerne les Indiens, c’est Strabon qui rapporte que certains d’entre eux choisissaient pour roi le plus beau d’entre les concurrents.

=482=,

2, +Hominum+.--La question de la beauté de Jésus-Christ a été souvent débattue. Montaigne donne ici la prophétie de David dix siècles avant sa venue: «Il est le plus beau des hommes»; d’autre part, deux siècles après, le prophète Isaïe disait: «Nous l’avons vu, il n’avait ni éclat, ni beauté»; on concilie ces deux témoignages opposés en objectant qu’Isaïe le représente au moment de la Passion, quand il est abreuvé d’outrages et en proie à la souffrance. Ce qui est, c’est qu’aucune constatation pouvant être tenue pour authentique, n’existe. Ceux qui en tiennent pour l’opinion de David font surtout valoir que du fait même de sa divinité, il ne pouvait en être autrement; les autres, que s’il en eût été ainsi, cela eût été immanquablement consigné dans les documents de l’époque ayant trait à lui et notamment dans les évangiles; ce qui porte à adopter une opinion moyenne et à dire qu’il est probable qu’au point de vue physique, rien en lui n’attirait particulièrement les regards, mais que la sublimité de sa vie a fait croire à la beauté de ses traits.

2, +Platon+.--République, VII.

7, +Philopœmen+.--L’éd. de 80 porte: Phocion (ie puis aisement me mesconter aux noms, mais non pas à la substance).--Le fait est tiré de PLUTARQUE, Philopœmen, 1. Philopœmen était le généralissime de la Ligue achéenne (ligue qui subsista de =281= à =146=), constituée par les principales villes du Péloponnèse (Grèce), pour sauvegarder leur indépendance et dont pendant longtemps il fit triompher les efforts; il mourut les armes à la main; on l’a surnommé le dernier des Grecs. A des talents militaires sérieux, il joignait toutes les vertus civiques.

11, +Philopœmen+.--Var. de l’éd. de 80: Phocion.

28, +Maladies+.--Les éd. ant. à 88 portent: quoyque ie m’en sois serui assez licentieusement, au lieu de: «rarement... maladies».

31, +Vns+.--Ce qui donne à penser que ceci a été écrit un peu après 1573, «pieça» n’existant pas dans les premières éditions.

37, +Euntes+.--C’est ce qui fait que les contemporains s’étonnent souvent de ne pas reconnaître certains personnages dans les statues qu’on leur élève après leur mort; c’est qu’avec juste raison le sculpteur fait choix le plus souvent, pour les représenter, de l’époque où, dans la plénitude de leurs moyens, ils ont accompli ce à quoi ils doivent de se survivre. Si notre image doit passer à la postérité, n’est-il pas juste que ce soit tel que nous étions «avant d’avoir subi du temps l’irréparable outrage»? C’est ce qui conduisit la reine Victoria d’Angleterre, alors octogénaire, à faire faire, dit-on, sa statue la représentant à vingt ans, dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté, qui aurait été déposée, à l’insu de tous, dans une chapelle close et à demi enfouie sous les ronces d’une de ses demeures seigneuriales, et découverte par hasard quelques années après sa mort, avec cette mention «qu’elle l’avait fait faire afin que l’on sût qu’elle avait été jolie femme et épouse aimée».

=484=,

6, +Gourdes+.--Pesantes, maladroites; du latin gurdus qui, en langage trivial, signifiait sot, stupide; de gourd, vient engourdir.

8, +Clerc+.--A part cela, en dépit de ces défectuosités qui n’entachent pas le fond, j’en sais autant qu’un autre.--Clerc est à prendre ici dans le sens de savant, capable, comme dans la fable de La Fontaine «les Animaux malades de la peste»:

«Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue Qu’il fallait dévouer ce maudit animal.»

10, +Plume+.--Avant que l’usage des enveloppes de lettres se fût généralisé, on pliait celles-ci pour les fermer; et avant l’invention des plumes métalliques qui ne remonte guère qu’à quatre-vingts ans, on écrivait avec des plumes d’oie, que chacun taillait pour s’en servir.

12, +Oyseau+.--Dans la chasse au faucon, et aussi avec d’autres oiseaux y employés, chasse qui ne se pratique plus guère aujourd’hui, l’oiseau prêt à être lancé, était encapuchonné et porté sur le poing, jusqu’au moment où on le lâchait sur le gibier.

24, +Aurum+.--Les flots du Tage roulent de l’or en petite quantité.

26, +Soing+.--Montaigne avait d’abord écrit: Ie ne treuue rien si cherement acheté que ce qui me couste du souing; addition portée sur l’ex. de Bord. et qui finalement a été rayée.

36, +Inquietude+.--La parenthèse et ce qu’elle renferme ne figurent pas sur le manuscrit de Bordeaux qui porte: et en vn tel degré de sens que i’ay senti en auoir occasion; addition dont il a été tenu compte dans la traduction.

38, +Austris+.--Les vents étaient fils du Ciel et de la Terre. Ils avaient pour roi Eole, qui les tenait enfermés dans les cavernes des îles Eoliennes (auj. Lipari, au N. de la Sicile), d’où il les déchaînait sur la terre et les mers; les principaux étaient: Eurus, le vent d’orient; Notus et Auster, les vents du midi; Borée et Aquilon, les vents du nord; Zéphyr, celui d’occident. Myth.

41, +Contenter+.--Je n’ai eu besoin que de la suffisance de me contenter de ce que j’avais.--Les éd. ant. commençaient cette phrase ainsi: Estant né tel, qu’il ne m’a fallu mettre en queste d’autres commoditez...

=486=,

18, +Mises+.--De mes dépenses.

21, +Furibus+.--Montaigne détourne ici les paroles d’Horace de leur vrai sens, pour les adapter à sa pensée.

=488=,

10, +Rabillage+.--Par l’incertitude de les prévenir ou de les atténuer.

23, +Gaudisseur+.--Railleur. Gaudir, c’est se moquer par jeu et en riant. NICOT.

=490=,

16, +Passé+.--Les auteurs anciens qu’il affectionnait.

24, +Sont+.--Dans une édition des Essais (Lefebvre, Lyon, 1595), on a supprimé, comme injurieux pour la nation, ce passage qui relate un propos que certains ont attribué au chancelier Michel de l’Hôpital. TITE-LIVE ne nous avait pas beaucoup plus ménagés, dans ce passage que Rabelais, dans Gargantua, traduit de la sorte: «Telle est la nature et la complexion des Français, qu’ils ne valent qu’à la première pointe: lors, ils sont pires que des diables; mais s’ils séjournent, ils sont moins que femmes.»

=492=,

8, +Vtiles+.--C.-à-d. un prince ne peut faire ses affaires (réussir) qu’en se conciliant la bonne volonté (l’affection de son peuple); et nulles autres qualités (plus que celles qui viennent d’être indiquées) ne peuvent lui gagner cette affection, lui être plus utiles.

16, +Plier+.--L’ex. de Bord. porte tordre, qui est bien plus expressif.

26, +Humain+.--Les éd. ant. portent: tel qu’il est, car il n’y a rien qui ne soit digne d’estre veu, au lieu de: «Tout y... humain».

26, +Aristote+.--Morale à Nicomaque, IV, 8.

29, +Apollonius+.--Sentence rapportée par PHILOSTRATE.

32, +Sert+.--Parce que cela lui sert, lui est utile.

38, +Sottise+.--«Il y a des vérités qu’il faut laisser au fond de leur puits.»--«Les injures sont souvent des vérités sans voile.»--«La vérité est utile à qui l’entend, nuisible à qui la dit.» TÉRENCE, Andrienne.

=494=,

6, +Princes+.--Louis XI, Charles VIII.

8, +Macedonicus+.--AURELIUS VICTOR, De Viris ill., 66.--Nombre d’éditions postérieures à 1595 ajoutent ici: et publier. Cette variante, étant dans le sens de la phrase, a été adoptée dans la traduction, bien que ne se trouvant ni dans les éd. antérieures, ni dans l’ex. de Bordeaux.

9, +Regner+.--Maxime favorite de Louis XI.

20, +Chose+.--Donneraient un conseil de quelque utilité.

33, +Enfance+.--En 1537; Montaigne avait quatre ans.

=496=,

2, +Dissimulé+.--Cette phrase est à lier avec le membre de phrase qui termine l’avant-dernier alinéa: «Qui est desloyal enuers la verité, l’est aussi enuers le mensonge»; il en était ainsi dans les éd. ant. où l’alinéa intermédiaire n’existe pas.

17, +Aristippus+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 68.

21, +Tout+.--Montaigne s’est déjà plaint de la faiblesse de sa mémoire, liv. I, ch. IX (=I=, 58).

24, +Tablettes+.--Je ne saurais me charger de quelque commission, sans en prendre note.

=498=,

32, +Maison+.--V. =III=, 156 et Notice sur les Illustrations, pl. III, vol. =IV=, fasc. A.

=500=,

7, +Memoire+.--PLINE, Nat. Hist., VII, 24, dit que Messala Corvinus oublia jusqu’à son nom.

8, +Trapezonce+.--Mourut dans une extrême vieillesse, ayant oublié tout ce qu’il savait.

13, +Perfluo+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bord. portent effluo.

16, +Ciceron+.--«Je n’ai jamais ouï dire, écrit CICÉRON, dans son Traité sur la vieillesse, 7, qu’un vieillard ait oublié l’endroit où il avait caché son trésor; il se souvient à merveille de tout ce qui l’intéresse, et sait fort bien ce qu’il a affermé ses terres, quels sont ses créanciers et surtout ses débiteurs.»

26, +Dire+.--Mlle DE GOURNAY s’est livrée à ce travail qui porte sur près de douze cents citations, et, sauf une cinquantaine, les a, à peu près, toutes retrouvées, tâche difficile, l’auteur en ayant mêlé parfois deux ou trois ensemble et parfois aussi les ayant altérées soit dans la forme, soit dans le sens.

=502=,

10, +Occupation+.--Allusion à une anecdote que rapporte PLINE LE JEUNE, V, 3, pour montrer combien son oncle, Pline l’Ancien, était ménager de son temps, ayant été jusqu’à s’impatienter de ce qu’un de ses amis assistant avec lui à une lecture, avait interrompu pour faire répéter une phrase mal lue, mais cependant encore intelligible.

28, +Get+.--Ou mieux ject, du latin jactus. Ni avec des jetons, ni avec la plume. V. N. =I=, 210: Ietter.

42, +Brossailles+.--Ceci s’applique à Démocrite, jugeant à Abdère, et non à Athènes, des dispositions de Protagoras pour les sciences, en le voyant arranger artistement des fagots. DIOGÈNE LAERCE, IX, 53 et AULU GELLE, V, 3.

44, +Faim+.--L’éd. de 80 ajoute: et fay grand doubte, quand i’auroy vn cheual et son équipage, que i’eusse l’entendement de l’accommoder pour m’en seruir.

=504=,

4, +Suiet+.--Les éd. ant. ajoutent: qui est moy.

23, +Barleduc+.--Lors du voyage que la cour de France y fit en 1559, le roi conduisant en Lorraine Claude de France, sa sœur, mariée au duc Charles III.

24, +René+.--Le père du duc René, le vainqueur de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. C’est ce roi René qui se retira en Provence, ce qui donna lieu au dicton: «Se chauffer à la cheminée du roi René», pour dire: se chauffer au soleil.--On a pensé que l’exhibition de ce portrait avait eu pour objet de donner occasion aux Guise d’entamer un plaidoyer en faveur de leur maison, afin d’obtenir pour l’un des leurs l’investiture qui leur fut octroyée du duché de Bar, lequel duché était distinct de la principauté du même nom qu’ils détenaient déjà et qui à la mort du dit roi René avait fait retour à la couronne de France; du reste François II était inféodé aux Guise dont il avait épousé la nièce, Marie Stuart.

27, +Creon+.--Crayon; beaucoup de personnes encore prononcent créon, d’après l’orthographe ancienne.

35, +Chrysippus+.--DIOGÈNE LAERCE, VII.

42, +Vent+.--Expression proverbiale fondée sur ce que font parfois ceux qui, ne sachant où porter leurs pas, jettent une plume en l’air et vont du côté vers lequel l’emporte le vent; ici, elle veut dire, comme Montaigne l’explique lui-même, s’abandonner à la merci de la fortune.

=506=,

5, +Dets+.--Rabelais a aussi imaginé un procès ainsi jugé avec des dés.

9, +Matthiam+.--Lors de l’élection par les Apôtres, pour se compléter à douze, d’un des disciples du Christ, en remplacement de Judas qui s’était donné la mort après l’avoir trahi et livré.--Le nom de Mathias ne figure pas néanmoins parmi ceux des autres apôtres dont, à certain moment de la messe, il est fait mention; tandis que celui de S. Paul, quoiqu’il n’ait pas compté au nombre des apôtres proprement dits, s’y trouve accolé à celui de S. Pierre. Cette anomalie tient précisément à ce que Mathias n’a pas été choisi comme apôtre par Jésus-Christ en personne et que S. Paul a été appelé à lui, sur le chemin de Damas, par Notre-Seigneur lui-même; et il a été qualifié l’apôtre des Gentils, parce que ses prédications ont eu principalement pour objet la conversion des Gentils ou païens, plus que celle des Hébreux.

11, +Baston+.--Voyez combien de bouts a ce bâton; c’est-à-dire de combien de façons chaque chose peut être présentée.

26, +Machiauel+.--Son principal écrit est «le Prince», ouvrage où il enseigne aux tyrans le moyen de réussir, même au mépris de la justice et de l’humanité, et où il expose cette détestable politique qui a reçu, de son nom, la qualification de machiavélique. On a aussi de lui le «Discours sur Tite-Live», où il se montre grand penseur et où l’on retrouve des doctrines non moins perverses; enfin, des comédies licencieuses. Quelque opinion que l’on ait de sa moralité, on ne peut contester qu’il ne soit un grand écrivain.

=508=,

5, +Remuement+.--Cette assertion étrange, qui étonne de la part de Montaigne, quelque satisfait qu’il pût être de son propre sort et si assoiffé qu’il fût de tranquillité, ne s’explique que par la lassitude résultant de l’état de troubles et de guerres civiles continues, durant lequel tout allait de mal en pis, qui en son siècle a désolé la France.

23, +Monde+.

«Sans songer comment va la flotte Qui vogue avec moi sur les eaux, Je laisse la crainte au pilote, Et la manœuvre aux matelots.» GRESSET.

26, +Celeste+.--Ne dirait-on pas ceci écrit de nos jours quand on voit combien le peuple, sans distinction aucune, pas plus sous le rapport de l’intelligence que sous celui des moyens d’existence, et les plus fortunés, à cet égard, plus encore peut-être que ceux qui le sont moins, se désintéressent absolument des actes de leurs mandataires.--C’est ainsi qu’on en est arrivé à voir ces atteintes légales ou illégales journellement portées à la liberté religieuse, à la liberté politique, à la liberté du travail, à la liberté individuelle, à toutes les libertés, et souffrir toutes licences de quiconque a une attache gouvernementale officielle ou officieuse; à être témoin d’un gaspillage des deniers publics tel que ni l’accroissement effrayant de notre dette, ni l’augmentation continue des impôts n’y peuvent suffire; à assister à la délation érigée en système de gouvernement, à l’antimilitarisme progressant sans cesse dans notre armée de terre et de mer dont les chefs sont constamment tenus en suspicion et jamais soutenus; à l’impossibilité d’obtenir justice pour qui n’adhère pas hautement et ne donne de gages aux idées sectaires qui nous dominent; c’est à cela encore que nous devons notre politique étrangère si hésitante et si timorée, ces tendances à accroître les monopoles de l’État si contraires à toutes les lois économiques et que nous devrons l’impôt sur le revenu qui nous assujettira tous au bon plaisir des répartiteurs.--Il faudrait cependant réagir, et pour cela d’abord ne pas s’abandonner comme nous le faisons tous, les partis extrêmes exceptés. Lors des élections, des comités se forment qui provoquent des réunions électorales, donnant à ce moment un coup de collier; mais une fois les élections terminées, plus rien, c’est fini, les comités se dissolvent ou sommeillent, on laisse aller les choses à vau-l’eau; sauf, comme nous venons de le dire, chez les partis avancés, qui, eux, ne perdent pas de vue leur élu, lui envoient des injonctions, l’obligent de temps à autre à venir s’expliquer, rendre compte de son vote. C’est là ce que tous doivent faire; les comités demeurer constitués en permanence, pour secouer l’apathie des électeurs, les convoquer chaque fois que des questions importantes sont à l’ordre du jour, recueillir leur manière de voir, la porter à la connaissance de leur mandataire, de telle sorte qu’il n’en ignore et y puise une force qui lui permette de réagir contre les influences étrangères qui trop souvent déterminent son vote; et, lors des réélections, rejeter impitoyablement tous ceux qui auraient forfait par faiblesse ou autrement aux idées sous l’empire desquelles ils avaient été élus.

Mais surtout il ne faudrait pas aux élections, entre les divers groupes de conservateurs (monarchistes et républicains), de ces divisions intransigeantes qui sont la chance la plus sûre de leurs adversaires communs, lors même que ceux-ci, ce qui est le cas le plus fréquent, ont l’infériorité numérique. Il devrait être de règle absolue qu’au premier tour de scrutin, si l’accord n’a pu se faire, que chacun vote suivant ses préférences; mais qu’au second tour, n’en tenant plus aucun compte, tous, sans exception aucune, votent pour le candidat conservateur qui aurait obtenu le plus de voix au premier tour, tous les autres se désistant en sa faveur; hors de là, pas de salut!

Voilà pour l’avenir; en ce qui touche le présent, alors qu’on voit ceux qui détiennent le pouvoir, manquer au premier de leurs devoirs qui est de s’appliquer à faire régner l’ordre et la paix dans le pays, y semer l’inquiétude, fomenter l’agitation et, se faisant les complices des fauteurs de troubles, le mener à sa ruine, comment s’étonner de voir certains caractères énergiques qui, estimant que les grands maux appellent les grands remèdes, cherchent à stimuler le clan si craintif et si veule des conservateurs de toutes nuances et préconisent le recours à la violence, comme en Russie, mais dans un but diamétralement opposé, contre les criminels qui entretiennent pareil état de choses, provoquant contre eux des actes individuels dont il est malaisé de se défendre parce qu’ils ne peuvent se prévoir et que celui qui a fait le sacrifice de sa vie est maître de celle d’autrui, à l’exclusion de tout acte collectif qui, dirigé contre quiconque dispose de la force et de la légalité, serait en ce temps de télégraphe, de téléphone, d’armes à tir rapide, inévitablement écrasé dès qu’il serait démasqué.

32, +Contradiction+.--C.-à-d., si on s’aperçoit qu’on manque de jugement, cela seul est au contraire une preuve qu’on en a.

40, +Disposition+.--De bonne santé, c’est le sens qu’a encore aujourd’hui l’adjectif dispos.

40, +Beauté+.--Les éd. ant. ajoutent: et de la noblesse; addition qui avec juste raison a disparu, car la différence est grande entre le titre et la chose, elle existe chez beaucoup qui ne sont point qualifiés pour la posséder et inversement, et dans bien des cas le monde est loin de ratifier le jugement qu’à cet égard chacun porte sur soi.

=510=,

2, +Touchons+.--Nous sentons, nous apercevons bien facilement si elles surpassent les nôtres.

6, +Peine+.--Et encore avec beaucoup de peine.

10, +Nom+.--Les éd. ant. ajoutent: Le plus sot homme du monde pense auoir autant d’entendement que le plus habile.

13, +Art+.--C.-à-d. on doit s’attendre à fort peu d’encouragements et d’éloges à propos des ouvrages philosophiques et des simples productions de l’entendement que nous pouvons écrire parce que les savants qui les ont dans leur domaine, ne font cas que de l’érudition et de l’art et n’attachent de prix qu’à la science.

22, +Sens+.--Du jugement.

26, +Siennes+.--«D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas et qu’un esprit boiteux nous irrite? C’est qu’un boiteux reconnaît que nous marchons droit et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons.» PASCAL.

=514=,

24, +Nul+.--J’ai soixante-dix ans, j’ai vu et approché beaucoup de monde et je puis en dire autant. Bien rares sont les hommes qui, vus de près, s’élèvent notablement au-dessus de la moyenne des gens que nous tenons comme bien doués; plus rares encore sont ceux qui présentent un ensemble de qualités essentielles dont rien ne trouble l’harmonie. Parmi ces exceptions je n’en ai guère connu que trois: le général Desvaux, le commandant du Vallon, le général Niox.

Le général Desvaux (1810 à 1885), dont j’ai été l’officier d’ordonnance, devenu sous-gouverneur de l’Algérie et commandant de la cavalerie de la Garde impériale en 1870, à Metz, où il fut l’un des rares membres, le seul, dit-on, du Conseil de guerre, convoqué à la dernière heure, qui se soit prononcé contre la capitulation, était un homme chez lequel le jugement, l’instruction, la capacité, le caractère et les qualités du cœur allaient de pair; c’était un excellent administrateur et un chef militaire de premier ordre. A diverses reprises, après nos désastres, le Ministère de la guerre lui fut offert; il s’y refusa, les nécessités de la politique intérieure du moment rendant impossible l’obtention des mesures que son intégrité et son esprit de discipline lui faisaient considérer comme indispensables et sur lesquelles sa conscience ne lui permettait pas de transiger.

Le commandant du Vallon (1837 à 1866), tué au Mexique, étant à 29 ans déjà chef d’escadron et officier de la Légion d’honneur, et qui par sa grande intelligence, son esprit résolu, son ampleur de vue, sa facilité d’élocution, sa carrière si brillamment commencée, était appelé, si la mort ne l’eût arrêté, à de hautes destinées, étant donnés les événements qui ont suivi et dont seul Gambetta a émergé, tant étaient grandes les médiocrités, pourtant si nombreuses, en situation de devenir quelqu’un, qui s’y sont trouvées mêlées.

Le général Niox (né en 1840), l’ami de toute ma vie, devenu commandant de la place de Paris, puis des Invalides et Directeur du Musée de l’armée, qui lui doit son organisation. Remarquable entre tous par son intelligence supérieure, un jugement jamais en défaut, une honnêteté de sentiments à toute épreuve et une grande indulgence naturelle affermie par ses idées philosophiques, il est bien regrettable, au point de vue de l’intérêt commun, qu’une faiblesse de l’ouïe l’ait empêché, comme toutes ses qualités et connaissances l’y appelaient, d’arriver à la direction de notre état militaire qui n’eût jamais été en meilleures mains.

34, +Liures+.--Les éd. ant. aj.: et de la science.--Cette classe de gens qui, de nos jours, a nom «intellectuels», n’a pas varié dans leurs vaniteuses prétentions qui les poussent parfois hors des bornes de la raison; ils ont de la science, de l’esprit à foison, mais pas toujours du bon sens, appelé si à tort du sens commun.

=516=,

12, +Hierosme+.--S. Jérôme; a laissé un grand nombre d’écrits, les uns historiques, les autres polémiques, dans lesquels il combat les hérésies de son temps; son style est pur et éloquent, mais il se laisse entraîner à de vifs emportements; son plus beau titre est sa traduction latine de la Bible, faite sur l’hébreu, connue sous le nom de Vulgate et adoptée comme canonique par le concile de Trente.

14, +Institution+.--Système d’instruction ou mieux d’éducation.--Se reporter particulièrement à ce sujet au ch. XXIV du liv. I.

22, +Elle+.--Notre éducation nous a appris.

34, +Lecteur+.--Lecteur public, professeur.

37, +Vie+.--Polémon, dans sa jeunesse, s’était livré à la dissipation; la leçon qu’il entendit de Xénocrate parlant sur la tempérance, lui fit concevoir une telle honte de ses excès, qu’il se convertit aussitôt à la philosophie; il devint le disciple le plus zélé de Xénocrate et mérita de lui succéder dans la chaire de l’Académie. DIOGÈNE LAERCE, Polémon, IV, 16; VALÈRE MAXIME, VI, 9, etc.

=518=,

22, +Excellent+.--Daurat, de Bèze, etc., sont ici cités pour leurs poésies en latin; Ronsard, du Bellay comme poètes français.

30, +Vieillesse+.--A la bataille de S.-Denis (1567) où, lors de la deuxième guerre de religion, les catholiques furent vainqueurs, mais perdirent leur chef le connétable de Montmorency, homme d’une austérité qui atteignait à la rudesse.

33, +De la Nouë+.--Après avoir changé plusieurs fois de parti, fut blessé mortellement, pour le service de Henri IV, au siège de Lamballe (Bretagne); on a de lui des «Discours politiques et militaires», mémoires qui renferment des faits intéressants.

34, +Parts+.--Partis, factions.

36, +I’ay pris+.--Cet alinéa, consacré à Mlle de Gournay, n’existe pas dans les éditions antérieures; c’est en effet seulement lorsque Montaigne vint à Paris pour surveiller l’impression de l’édition de 1588, qu’il fit sa connaissance.--Dans l’édition de 1635, qu’elle-même a publiée, ce passage est modifié ainsi qu’il suit: les mots «beaucoup plus que» et les deux membres de phrase ci-après: «Et enueloppée... au monde», «Et entr’autres... cruellement», sont supprimés. Il est à croire qu’ils avaient prêté à de malignes interprétations et que leur suppression dont elle s’excuse en disant: «En ce seul poinct ai-je esté hardie, de retrancher quelque chose d’vn passage qui me regarde», a été une concession qu’elle a faite aux mauvaises langues de son temps, de même que quelques autres coupures dans cette même édition ont été une satisfaction donnée aux scrupules de ceux que choque une certaine liberté d’expressions.--Cicéron avait eu aussi sa Marie de Gournay: une dame romaine nommée Carolli se lia d’intimité avec lui, en tout bien, tout honneur, par amour pour la philosophie; elle avait 70 ans. Marie de Gournay n’en avait que 22.

38, +D’alliance+.--Marie le Jars, demoiselle de Gournay du nom du lieu où elle habitait (1565 à 1645), née à Paris.--Elle avait dix-huit ans, quand ayant lu les deux premiers livres des Essais, elle se prit pour leur auteur d’une véritable admiration. En 1588, ayant appris la présence de Montaigne à Paris, elle vint l’y voir et le charma si bien par son esprit et son érudition, qu’elle réussit à l’attirer à Gournay, en Picardie, chez sa mère, où il fit plusieurs séjours prolongés. De retour chez lui, il s’empressa d’insérer dans la nouvelle édition en préparation de son ouvrage, celle à laquelle la mort l’empêcha de mettre la dernière main, l’éloge de sa jeune admiratrice, qu’il qualifie sa fille d’alliance.--Mademoiselle de Gournay pleura Montaigne comme un père lorsqu’il mourut cinq ans plus tard; elle et un ami, le poète Pierre de Brach, l’avaient aidé lors de l’impression de sa dernière édition, aussi les désigna-t-il comme exécuteurs d’une réédition à laquelle il travaillait lorsque la mort vint l’atteindre. En vue de cette réédition il avait annoté et retouché un exemplaire de son édition de 1588; fidèle observatrice de ses intentions, sa veuve, pour ne pas se défaire de l’original, chargea Pierre de Brach de la mise au net de ces notes manuscrites, qu’il transcrivit en leur lieu et place sur un autre exemplaire de cette même édition, se bornant à rectifier quelques incorrections, et cette copie, envoyée en 1594 à Mademoiselle de Gournay qui la fit imprimer accompagnée d’une trop longue préface qu’elle-même avait composée, constitua l’édition de 1595. Cette copie est perdue; quant à l’original, longtemps ignoré, il a été retrouvé deux siècles après chez les Feuillants de Bordeaux et se trouve actuellement à la bibliothèque de cette ville.--Ce pieux devoir accompli, Mademoiselle de Gournay, en 1596, se rendit en Guyenne pour faire visite à la veuve et à la fille de son père par alliance, et s’inspirer de la vue des lieux où il avait vécu et où il avait écrit ce livre qu’elle mettait au-dessus de tout; elle n’avait alors que 29 ans; elle en vécut encore cinquante, toujours fidèle au culte de Montaigne, ne publiant pas moins de onze éditions de ses Essais, dont la dernière en 1635, magnifique in-folio qu’elle eut la bonne fortune de pouvoir dédier au cardinal de Richelieu. Elle-même était écrivain, et prit une large part au mouvement littéraire de l’époque; on a d’elle des poésies, quelques écrits dont le plus remarquable est «L’Égalité des hommes et des femmes», et des traductions de morceaux de Virgile, de Tacite et de Salluste.

=520=,

7, +Bastantes+.--Suffisantes; de l’italien bastare, suffire, d’où vient également «baste» encore en usage dans le style familier.

12, +Quartier+.--Pays.

15, +Consideration+.--Il est à remarquer que Montaigne parle toujours avec plus de chaleur et d’enthousiasme de ces liaisons où le sang n’est pour rien, de son amitié avec La Boétie, de son alliance avec Mlle de Gournay, que de ses affections de famille.

16, +Aage+.--Dans ce siècle, en ce temps.

CHAPITRE XVIII.

28, +Ouuroirs+.--Ateliers. Ce mot «ouvroir», qui s’appliquait jadis aux locaux où «ouvraient» (travaillaient) les gens de métier, ne se dit plus aujourd’hui que de locaux où on forme les jeunes filles à la couture et d’autres travaux analogues, et où des associations charitables exécutent, préparent des travaux de même genre pour les jeunes filles et femmes pauvres.

=522=,

2, +Fermir+.--Appuyer, fortifier; du latin firmare.--Affermir, qui est d’usage, a même racine et à peu près même signification; ferme, fermeté en dérivent plus directement encore.

3, +Solide+.--Allusion aux Commentaires de César et à l’Anabase de Xénophon, où tous deux font le récit de faits auxquels ils ont pris part; c’est également ce qui donne tant d’intérêt aux Commentaires de Napoléon.

8, +Rogatus+.--Le texte d’Horace porte coactus, qui signifie: je ne fais cette lecture qu’à mon corps défendant, lorsque j’y suis obligé; le changement apporté par Montaigne exprime plus exactement sa pensée.

14, +Turgescat+.--L’éd. de 88 donne le vers de Perse en entier, ajoutant: dare pondus idonea fumo (de donner du poids à la fumée).

18, +Image+.--A entrer en communication avec moi et me rappeler à son souvenir, grâce à ce tableau que je trace de moi-même.

29, +Seing+.--Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction: des heures (livre de prières, dénomination qui subsiste encore).

30, +Peculiere+.--Particulière, personnelle; du latin peculiaris, qui a même signification.--Les éd. ant. ajoutent: vn harnois, vne espée qui leur a serui, ie les conserue pour l’amour d’eux, autant que ie puis, de l’iniure du temps.

30, +Gaules+.--On vaquait beaucoup à ses affaires, à cheval, en ce temps; et on a supposé que ces longues gaules pouvaient être des sortes de cravaches confectionnées en bois de houx ou tout autre également flexible, comme il s’en fait aujourd’hui dans le Roussillon en bois de micocoulier; peut-être n’était-ce que de simples baguettes comme on en tient souvent à la main; mais en raison du qualificatif qui les accompagne, il y a plutôt probabilité que ce devait être de longs bâtons, constituant de hautes cannes, comme celles qui furent si fort à la mode sous Louis XIV.

36, +Escriture+.--L’imprimerie.

37, +Aisée+.--Les éd. ant. ajoutent: pour m’exempter de la peine d’en faire plusieurs extraits à la main.

=524=,

4, +Testonner+.--Ajuster, parer. La Fontaine a employé ce mot, en l’expliquant, dans sa fable «L’homme entre deux âges»:

«Ces deux veuves, en badinant, L’allaient quelquefois testonnant, C’est-à-dire ajustant sa tête.»

7, +Premieres+.--Me peignant pour autrui, je me suis réellement rendu meilleur que je n’étais auparavant; le portrait a formé l’original.

8, +Autheur+.--Mon livre et moi sommes un; je ne suis pas autre qu’il me représente, et il n’est pas différent de ce que je suis. C’est cette même idée dont Montaigne tirait parti, quand il écrivait à Henri III, auquel il avait fait hommage de la première édition des Essais et qui l’en avait fait complimenter, disant que l’ouvrage lui plaisait extrêmement: «Il faut donc que je plaise à Votre Majesté, car il ne contient qu’un discours (une reproduction) de ma vie et de mes actes.» BONNEFON.

13, +Heure+.--Dans un soliloque de quelques instants.

13, +Primement+.--Exactement.

32, +Sagoin+.--Sagouin, sorte de petit singe.--Allusion ironique appliquée à un Sagon, par Marot contre lequel était dirigée son épître intitulée: «Fripelippes, valet de Marot, à Sagon».

=526=,

6, +Pindare+.--CLÉMENT D’ALEXANDRIE, Strom., VI, 10; STOBÉE, Serm., XI.

13, François.--Vers 450, époque où écrivait SALVIANUS, De Gubernatione Dei, I, 14; il s’agissait des Francs, tribu de la Germanie, qui habitaient entre le Mein, la mer du Nord, l’Elster et l’Elbe, et qui venaient d’envahir la Gaule septentrionale.

31, +Ancien+.--PLUTARQUE, Lysandre, 4.

34, +Vilité+.--Bassesse; du latin vilitas, comme l’adjectif vil qui est demeuré dans notre langue.

=528=,

11, +Prononcée+.--Rien chez les Perses, lit-on dans Hérodote, n’est si honteux que mentir; et, après le mensonge, que contracter des dettes, surtout, disent-ils, parce que celui qui a des dettes, ment nécessairement.

11, +Grece+.--Lysandre; voir sa vie dans PLUTARQUE.

19, +Grecs+.--A l’appui de cette assertion on peut, entre autres, indiquer les deux faits historiques ci-après:--Marius, défié par un des chefs ennemis, lors de la guerre sociale (=90=), qui lui criait: «Si tu es si grand capitaine, viens te battre avec moi!» lui répondit: «Si tu es toi-même si grand guerrier, force-moi à combattre.»--Après la bataille d’Actium (=31=), Antoine ayant envoyé défier Octave, celui-ci répondit qu’Antoine avait assez d’autres chemins pour aller à la mort, sans s’exposer à périr honteusement comme un gladiateur.

26, +Barbe+.--PLUTARQUE, Pompée, 16; Caton d’Utique, 7.--Il n’est pas exact que César fût appelé voleur à sa barbe. Il était en Gaule et Curion demandant au Sénat, ou que Pompée congédiât son armée, ou que César fût autorisé à retenir la sienne sous les drapeaux, le consul Marcellus, traitant ce dernier de brigand, opina pour qu’il fût déclaré ennemi de la Patrie, s’il ne posait immédiatement les armes.--Quant à la circonstance où Caton le qualifia d’ivrogne devant ce même corps constitué, elle est relatée au ch. XXXIII de ce même livre des Essais (=II=, 638).

CHAPITRE XIX.

Ce chapitre, traduit presque textuellement d’Ammien Marcellin, contient un bel éloge de l’empereur Julien; et, à son tour, a fourni à Voltaire la plupart de ce qu’il a dit sur ce prince.--Ce même chapitre, en raison des termes en lesquels il y est parlé de Julien, et avec lui les passages où, dans les Essais, sont taxés de cruauté les supplices au delà de la mort simple, et surtout l’usage répété qui s’y rencontre du mot «fortune», employé dans le sens de hasard, de fatalité, en place de celui plus orthodoxe de Providence, donnèrent lieu, à Rome, en 1580, de la part de la censure, à des observations dont l’auteur, du reste, ne tint aucun compte. V. N. =I=, 588: Indisciplinatis, et V. N. =III=, 474: Reuere.

=530=,

16, +Monde+.--VOPISCUS, in Tacito imp., 10.

18, +Creance+.--Une grande partie des ouvrages de cet historien a été perdue, Montaigne en donne l’explication. Nous n’avons que des fragments de ses Annales qui allaient de la mort d’Auguste à celle de Néron; et de ses Histoires qui vont de l’avènement de Galba jusqu’à Nerva. Tacite est universellement regardé comme le plus grand historien des temps anciens; il est grave, profond, énergique, concis sans manquer d’abondance; il peint ses portraits des plus vives couleurs; ses jugements flétrissent le crime et la tyrannie; il est d’ailleurs exact, n’écrivant que ce qu’il a vu ou que des contemporains lui ont raconté.

22, +Julian+.--Était neveu de Constantin le Grand. Envoyé en Gaule avec le titre de César, il fixa son séjour à Lutèce (Paris) et se signala contre les Germains. Élu empereur en 361, il renonça ouvertement au christianisme dans lequel on l’avait élevé, ce qui le fit surnommer l’Apostat (du grec ἀφίσταμαι, se retirer), et fit de vains efforts pour relever le paganisme. Il ne régna que deux ans; durant ce temps, il fit de sages lois, réforma les abus les plus criants, fit la guerre aux Perses, débuta par des succès, mais dut battre en retraite, la région où il avait pénétré ayant été dévastée par l’ennemi et n’offrant plus aucunes ressources; blessé mortellement au cours de cette retraite, il mourut peu après (363).--Dédaigné à la cour dans sa jeunesse, il s’était adonné à l’étude et possédait à fond l’éloquence et la philosophie; il appartenait à l’école des Stoïciens dont il portait le manteau, la longue barbe, en même temps qu’il pratiquait l’austérité de leurs mœurs; jamais sa haine contre le christianisme ne le porta à aucune violence contre les Chrétiens.

23, +L’apostat+.--«Ce sont deux grands écueils de tout croire et de ne rien croire. Si vous voulez savoir quels étaient Constantin et Julien, ne croyez ni tout le mal qu’on a dit de Julien, ni tout le bien qu’on a dit de Constantin.» CATHERINOT.

23, +Rare+.--Par ses vertus et ses actes, l’empereur Julien a été au-dessus de son époque, et Montaigne, avec juste raison, le représente comme tel.--Il est à observer toutefois, d’une façon générale, que notre auteur ne se piquait nullement d’exactitude, acceptait sans les contrôler (il en a fait l’aveu =I=, 150) tous faits et dires qu’il jugeait à propos, pour les traiter à sa mode; si ses déductions sont presque toujours frappées au coin de la logique et du bon sens, on ne saurait cependant sans discussion s’appuyer sur son autorité en matière d’histoire ou de science.

30, +Vne+.--AMMIEN MARCELLIN, XXIV, 8.

=532=,

2, +Predecesseurs+.--AMMIEN MARCELLIN, XXII, 10; XXV, 5 et 6.--«Julien, a dit Voltaire, qui eut le malheur d’abandonner la religion chrétienne, mais qui fit tant d’honneur à la religion naturelle; Julien, le scandale de notre église et la gloire de l’empire romain.»--Plus philosophe qu’empereur, il était de ceux qui, si déjà l’empereur Antonin ne l’avait exprimé, auraient pu inspirer à ETIENNE TABOUROT, auteur comique du XVIe siècle, ces mauvais vers qui traduisent une pensée assurément juste:

«Heureuses seront les provinces, Dedans lesquelles régneront Des princes qui philosopheront, Ou quand les sages seront princes.»

4, +Marcellinus+.--Ammien Marcellin.--V. =II=, 58 et N. Marcellinus. A écrit une histoire des empereurs romains depuis Nerva jusqu’à Valentinien; le premier livre en est perdu. Cet ouvrage jouit d’une grande autorité, surtout dans sa dernière partie, où l’auteur rapporte ce qu’il a vu; la modération, bien rare pour l’époque, qu’il apporte quand il parle du christianisme et du paganisme, fait qu’on ne peut deviner par ses écrits et qu’on ne sait, quoique Montaigne donne à supposer ici qu’il était chrétien, à quelle religion il appartenait.

4, +Histoire+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 10, etc.

9, +Nous+.--Chrétiens.

11, +Recitent+.--SOZOMÈNE, Hist. ecclés., V, 4.

16, +Affectant+.--Julien affecta, témoigna en cette circonstance.

21, +Sang+.--EUTROPE, X, 8.--Sans persécution; par opposition à celles qu’à diverses reprises avait eu à endurer le christianisme naissant.--L’édition de 1580 porte ici le passage afférent à l’exclamation prêtée à l’empereur Julien, lorsqu’il se sentit frappé à mort, que l’édition de 1595 reproduit légèrement modifiée, un peu plus loin (=II=, 534: Ce langage, etc.).

24, +Constantius+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 2.--A la mort de Constantin le Grand (337), l’empire fut partagé entre ses trois fils: Constantin, Constance et Constant. Le second ne tarda pas à demeurer seul par suite de la mort de ses frères (350); mais il se rendit tellement odieux, que les armées de Gaule proclamèrent Julien empereur; il marchait contre lui, quand la mort le surprit en route (361).

26, +Accoustumoit+.--Les éd. ant. ajoutent: tousiours.

27, +Guerre+.--AMM. MARCELLIN, XVI, 2.

31, +Estudier+.--Id., XVI, 17; XXVI, 5.

40, +Artifice+.--Id., XVI, 2.

=534=,

8, +Armées+.--AMM. MARCELLIN, XXV, 3.

13, +Sacrifices+.--Id., XXV, 6.

27, +Gloire+.--Id., XXV, 4.

28, +Brutus+.--Dans la nuit qui précéda la première bataille de Philippes (=42=), où Cassius, battu, se tua, Brutus, qui commandait avec lui, avait vu apparaître un fantôme qui, interpellé, lui dit: «Je suis ton mauvais génie, tu me verras dans les plaines de Philippes.» Un mois après, la veille de la deuxième bataille de ce nom, où, à son tour, Brutus éprouva le même sort que Cassius, et comme lui se tua, cette vision se serait renouvelée. V. N. =II=, 646: Brutus.

29, +Mort+.--AMM. MARCELLIN, XX, 5; XXV, 2.

30, +Nazareen+.--THÉODORET, Hist. ecclés., III, 20.

35, +Attache+.--Ce passage: «Ce langage... attache» (lig. 29 à 35), existe un peu modifié dans l’édition de 1580 (V. N. =II=, 532: Sang); supprimé dans les éditions suivantes, il a été rétabli dans celle-ci où nous le retrouvons.

36, +Marcellinus+.--AMM. MARCELLIN, XXI, 2.

=536=,

5, +Constantinople+.--Paraît avoir été fondée par les Grecs, sous le nom de Byzance, à une époque très reculée et avoir joué dès les temps les plus anciens un rôle important; à diverses reprises ravagée ou détruite, elle devint sous Constantin le Grand, qui lui donna son nom, la capitale de l’empire (330), et bientôt surpassa Rome même, par la magnificence de ses monuments, sa population, ses richesses et son commerce. Les Turcs s’en sont emparés et en ont fait leur capitale en 1453.

8, +Religion+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 3.

12, +Intelligence+.--Cette même politique avait été observée, au dire de DIODORE DE SICILE, par les Égyptiens qui laissaient se multiplier chez eux divers cultes, dans l’idée que les dissensions qui se produiraient entre eux, détourneraient de créer des difficultés au gouvernement; c’est un peu ce que chercha à faire Catherine de Médicis pour contenir les catholiques par les protestants et réciproquement; c’est également le système actuel de gouvernement des sultans de Constantinople, ce n’est en somme qu’une application particulière du principe d’application si générale: «Diviser, pour régner.»

CHAPITRE XX.

31, +Elemens+.--L’air, le feu, la terre et l’eau, tenus encore, du temps de Montaigne, comme les éléments essentiels de tout ce qui a vie.

32, +Matiere+.--Les éd. ant. ajoutent: plus vile.

=538=,

1, +Seruice+.--L’or et l’argent, en raison de leur peu de dureté relative, ne sont, en effet, employés à l’état pur, ni dans les monnaies, ni dans l’orfèvrerie, mais alliés au cuivre à raison de 9/10 de métal fin (or ou argent) et 1/10 de cuivre pour les monnaies; pour les pièces d’orfèvrerie la proportion de l’alliage (du cuivre) est un peu plus forte.

4, +Aristippique+.--Telle que la conçoit l’école cyrénaïque fondée par Aristippe. V. N. =II=, 240: Cyrenaiques.

12, +Morbidezza+.--Terme de peinture et de sculpture; mollesse et délicatesse des chairs, en particulier chez la femme et chez l’enfant.

17, +Donnent+.--C’est là une pensée d’ÉPICHARME, conservée par XÉNOPHON, dans ses Mémoires sur Socrate, II, 1, 20. Elle a été reproduite par VOITURE: «Pour l’ordinaire, la fortune nous vend bien chèrement ce qu’on croit qu’elle nous donne.» Elle se retrouve chez LA FONTAINE, qui dans son poème de «Philémon et Baucis» semble l’avoir imitée de Voiture:

«Il lit au front de ceux qu’un vain luxe environne, Que la Fortune vend ce qu’on croit qu’elle donne.»

De son côté, VOLTAIRE dit:

«Le bonheur est un bien que nous vend la Nature.»

21, +Socrates+.--Dans le Phédon de PLATON.

23, +Metrodorus+.--SÉNÈQUE, Epist. 99.

29, +Melancholie+.--LA FONTAINE, dans Psyché, II, exprime la même pensée:

«... Il n’est rien Qui ne me soit souverain bien, Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.»

32, +Seneque+.--Epist. 63.

34, +Veteris+.--L’ex. de Bordeaux porte vetuli, et aussi le texte de Catulle.

=540=,

3, +Fondre+.--S’enfoncer, s’effondrer, succomber.

7, +Enfondrer+.--Où il ne peut se fixer et où il craint de s’embourber.

16, +Platon+.--Telle n’est pas la pensée beaucoup plus restrictive émise par PLATON, République, IV, 5, qui dit que si au préalable on ne fait pas l’éducation de la jeunesse et qu’on ne la dresse pas à respecter les lois, elles deviennent inutiles, parce qu’il n’y en a pas de parfaites, et quelque amendement qu’on y apporte, on ne pare à un inconvénient qu’en en substituant d’autres, si bien que quelles qu’elles soient, elles sont toujours en défaut dans un cas donné. NAIGEON.

17, +Hydra+.--L’hydre de Lerne, serpent monstrueux qui, d’après la Fable, séjournait dans le lac de Lerne en Argolide (Grèce ancienne); il avait sept têtes, et chacune repoussait à mesure qu’on la coupait; Hercule en délivra la terre. Le monstre, transporté au ciel, forme la constellation australe de l’Hydre. Myth.

26, +Pourtant+.--C’est pour cela que...

=542=,

6, +Verité+.--CICÉRON, De Nat. deor., I, 22; BAYLE, Simonide.--Le roi Hiéron avait prié Simonide de lui dire ce que c’est que Dieu; celui-ci lui répondit qu’il avait besoin d’un jour pour examiner la question. Le lendemain, le roi ayant renouvelé sa question, le poète demanda encore deux jours pour faire réponse; et, chaque fois, il alla doublant le nombre de jours demandés. CICÉRON, rapportant le fait, dit: «Je crois que Simonide, après avoir promené son esprit d’opinions en opinions, toutes plus subtiles les unes que les autres, et cherché vainement la plus probable, désespéra finalement de trouver la vérité.»

6, +Qui+.--Cet alinéa fait suite à l’avant-dernier de ceux qui précèdent; entre les deux a été intercalé l’incident de Simonide, qui n’existe pas dans les éditions précédentes, d’où un peu d’obscurité dans le texte.

8, +Engin+.--Un esprit ordinaire, de moyenne capacité; vient du mot latin ingenium, esprit.

12, +Mesnage+.--D’économies, de savoir-faire.

18, +Conte+.--Probablement Henri III; ce fut aussi le caractère de Louis XV.

CHAPITRE XXI.

23, +Debout+.--SUÉTONE, Vespasien, 24.

25, +Propos+.--SPARTIEN, Verus, 6. «Un empereur doit mourir dans la plénitude de ses facultés physiques et morales et non affaibli par l’âge ou les maladies.» On peut du reste en dire autant de tous ceux qui ont à commander ou à administrer, toutefois l’application de ce principe augmente d’autant plus d’importance que la fonction occupée en a elle-même davantage.

30, +Appoltronny+.--Proprement accoutumé au lit; viendrait de poltroniser, dérivé lui-même de poltro qui, en italien, signifie lit, couche, oreiller, coussin; d’où, par extension, s’accoutumer à la paresse, rendu lâche, énervé; c’est là une étymologie de notre mot poltron, quelque peu différente de celle qu’on lui attribue généralement (V. N. =II=, 568: Voyage).

32, +Nonchalant+.--Si peu soucieux.

=544=,

13, +Absence+.--Henri de Navarre, devenu Henri IV.

13, +Selym I+.--Plein de courage et de fermeté, mais ambitieux, perfide et cruel, Sélim Ier détrôna et fit périr son père, ordonna la mort de plusieurs de ses frères, soumit la Syrie et prit le titre de calife (vicaire de Mahomet), dont il déposséda le dernier calife Abbasside de Bagdad et que ses successeurs à Constantinople ont conservé depuis; conquit l’Égypte sur les Mamelouks, la Mecque et Alger.

15, +Completes+.--Cela est exact; mais, par contre, tout aussi vrai quand au lieu de victoires que l’on remporte, ce sont des défaites que l’on éprouve: François Ier, à Pavie; Philippe de Valois, à Crécy; Jean le Bon, à Poitiers; Charles XII, à Pultawa; Napoléon, à Waterloo, etc.--C’est là du reste une question qui n’est pas d’actualité en France où de parti pris le chef de l’État n’a guère chance d’être un soldat; il semble d’ailleurs devoir en être de même dans un avenir prochain du Ministre de la guerre. Les gens politiques n’ont-ils pas toute science infuse, et qu’y aura-t-il de changé sauf que les bureaux dirigeront au lieu d’être dirigés, et que le personnel sera bouleversé au gré des influences et passions politiques du moment? Aussi, ce qu’en semblable situation on peut espérer de mieux pour notre état militaire c’est l’existence d’un Conseil supérieur de la guerre, comprenant tous ceux désignés pour, en cas de guerre, exercer le commandement de nos armées, dont les avis en toute question militaire de quelque importance soient d’obligation et toujours communiqués in extenso à qui il appartient de décider; l’établissement des tableaux d’avancement et l’initiative des nominations à tous les hauts grades et emplois de l’armée devraient également lui être attribués. La guerre éclatant, le Ministre, qu’il soit civil ou militaire, demeurerait, continuant à pourvoir aux besoins de tous, avec l’assistance de l’un des sous-chefs de l’État-Major général du temps de paix, toujours prêt à remplacer son chef, devenant, ipso facto, le Major général des armées opérant sur le principal théâtre d’opérations. Une fois les hostilités commencées, ce sont les événements qui décident de ce qui suit, toute prévision à cet égard est sans objet, toute idée préconçue peut être une entrave; il faut et il suffit que les hommes appelés à y pourvoir aient été choisis à hauteur de la tâche qui peut leur incomber, qu’ils soient au fait de la situation et aient du caractère.

17, +Pensée+.--Cela n’a jamais été d’une absolue vérité, l’action dirigeante du chef en dehors du combat ayant toujours eu quelque influence sur le résultat, bien qu’incomparablement moindre qu’aujourd’hui, comparée à sa conduite pendant le combat proprement dit. D’abord on ne manœuvrait guère autrefois, on se bornait généralement à se porter à la rencontre les uns des autres; et, d’autre part, le combat se livrait sur une étendue peu considérable, si élevés que fussent les effectifs en présence; tout ce qui s’y passait, était vu d’un grand nombre et, transmis à la voix, était à l’instant su de tous; l’effet en était immédiat, et dans ces conditions l’attitude du chef était d’importance capitale.--De nos jours, c’est tout autre: Dès le principe et longtemps avant qu’on n’en vienne aux mains, le chef manœuvre en vue d’acquérir la supériorité morale, d’avoir toute liberté de mouvements et d’entraver celle de l’adversaire, et de faire que, tout en ne se compromettant pas trop lui-même, un succès de sa part, quand le heurt se produira, soit aussi désastreux que possible pour son ennemi. Quand approche le moment de l’action, il prend, dans la mesure du possible, les dispositions que commande la situation. Quand elle s’engage, il observe, mais de loin pour mieux juger de l’ensemble sans être distrait par les détails, et n’intervient que par l’envoi en ligne de ses réserves quand il le juge utile. Lorsqu’elle prend fin, c’est lui qui, s’il a le dessus, s’applique à faire que la poursuite transforme la défaite de l’adversaire en déroute, ou à le contenir s’il a le dessous. Du commencement à la fin, sa pensée est toujours en action, et moins il engage sa personne, mieux il fait; sur une zone aussi étendue que celle sur laquelle se livrent les combats actuels, à moins qu’il ne s’agisse d’un engagement insignifiant par le nombre des combattants, l’intervention personnelle d’un chef, dans la mêlée, ne saurait guère excéder en résultat physique celle du moindre de ses soldats, elle a toute chance d’être sans effet réellement utile, et risque fort de compromettre la direction.--Cette dernière partie de l’assertion de Montaigne qui, de fait, est on ne peut plus vraie, doit donc s’entendre du chef qui, présent sur le théâtre de l’action, exerce le commandement effectif des troupes engagées, à l’encontre de celui qui, à distance, prétend gouverner les événements et dicter des ordres à ceux qui, sur place, sont aux prises avec les difficultés dont il ne peut juger.

20, +Ferme+.--«Ayant les pieds sur la terre ferme», comme un planteur de choux. COSTE.

21, +Hottomane+.--Branche de la race turcomane (race dominante dans le Turkestan, en Perse et en Asie Mineure), du nom d’Othman I, fondateur de l’empire turc (XIIIe siècle).

25, +Ammurath+.--Vainquit les Perses et les Hongrois, enlevant aux premiers trois provinces, aux seconds, l’importante place de Raab; avait débuté en faisant étrangler ses cinq frères, tous en bas âge.

27, +Edouard+.--Prétendant à la couronne de France, du chef de sa mère, sœur de Charles le Bel, gagnait contre Philippe de Valois la bataille de Crécy (1346), prit Calais (1347) et plusieurs autres villes; son fils le prince de Galles gagnait sur le roi Jean, successeur de Philippe, la bataille de Poitiers (1356); mais moins heureux contre Charles V, il perdait peu à peu toutes ses conquêtes et ne possédait plus que quelques places maritimes en France, quand il mourut.

28, +Charles+.--Fit avec succès la guerre à Edouard III d’Angleterre qui avait envahi la France, au roi de Castille, et réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une partie du Limousin, le comté de Ponthieu et la Guyenne. Il eut pour généraux Olivier de Clisson, Bertrand du Guesclin, Boucicaut; témoin des malheurs causés par la captivité de son père Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, il s’était fait une loi de ne point commander ses troupes en personne et dirigeait tout du fond de son cabinet.

33, +Castille+.--Montaigne fait ici allusion à la découverte et à la conquête du Mexique, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, du Chili et de Buenos-Ayres, réalisées à cette époque, au nom des rois de Castille, par les Christophe Colomb, les Fernand Cortez, les Pizarre, etc.

33, +Portugal+.--Par les expéditions de Diaz, de Vasco de Gama, de Cabral, les conquêtes d’Albuquerque, le Portugal, au XVIe siècle, était maître, en Asie, des Indes, des Moluques, et en Amérique, du Brésil.

35, +Facteurs+.--Agents des grandes compagnies par lesquelles, jadis, les états européens exploitaient leurs colonies.

39, +Respirer+.--ZONARAS, d’où ceci est tiré, dit: «Julien se démontra si sobre, que presque il ne rotait ni ne crachait et allait jusqu’à dire que, s’il était possible, un philosophe devrait même se garder de respirer.»

=546=,

3, +Persienne+.--XÉNOPHON, Cyropédie, I, 2, 16, ne parle pas plus de la sueur à propos des Perses, que Zonaras à propos de Julien; il dit seulement qu’il était déshonnête parmi eux de cracher, de se moucher et de paraître plein de vents.

5, +Seneque+.--Epist. 88.

10, +Fortune+.--«Venez voir mourir un maréchal de France,» disait Ney faisant à Waterloo (1815) un dernier effort, avec la brigade Brue, contre les lignes anglaises prenant l’offensive pour seconder l’action de Blücher. «Je ne rentrerai à Paris que mort ou victorieux,» disait de son côté le général Ducrot, en sortant pour livrer la bataille de Champigny (1871). Et tous deux, bien que demeurés constamment exposés aux coups des ennemis, se retrouvaient vivants en fin d’action, malgré ce qu’ils avaient dit et espéré.

17, +Gradiuum+.--Porteur de glaive, surnom du dieu Mars.

18, +Deos+.--En =479=. Les Romains, en guerre avec les Èques, avaient vu échouer leurs efforts par l’insubordination de leurs soldats, motivée par une loi agraire en discussion à Rome. Redoutant la même mauvaise volonté l’année suivante, alors qu’on était en présence des Étrusques, qui venaient les insulter jusque dans leur camp, les consuls refusèrent quand même d’en venir aux mains, jusqu’à ce que leurs soldats eussent juré de vaincre ou de mourir, ce qu’ils firent, et tinrent parole, à l’encontre de ce qu’en dit Montaigne.--Celui-ci semble confondre cet épisode avec celui des Fabiens, guerriers à l’effectif de 306, tous de la famille Fabia, qui, deux ans après (=477=), ayant à leur tête le consul Fabius Vibulanus, se chargèrent à eux seuls de combattre les Véiens, qu’ils battirent en diverses rencontres; mais étant tombés dans une embuscade, ils périrent tous, accablés par le nombre.

31, +Philistus+.--PLUTARQUE, Dion, 8. Philistus défait fut, suivant les uns, pris et tué par les ennemis; selon d’autres, il se tua pour ne pas tomber entre leurs mains.

38, +Frustratoirement+.--Inutilement, en vain. Frustratoire est encore en usage au palais; frustratoirement n’est plus français.

=548=,

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