Dictionnaire de la langue verte (part 3 of 3)
REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur,--dans l'argot du peuple.
REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,--dans l'argot des faubouriens.
Les Italiens disent rimorchiare, donner des regards pour allécher.
REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures galantes--ou des prétextes à rixe.
REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas--dans l'argot des ménagères.
REMPLIR LE BATTANT (Se). Manger,--dans l'argot des faubouriens.
REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un volume,--dans l'argot des gens de lettres.
REMPLUMER (Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,--dans l'argot des faubouriens.
RENACHÉ, s. m. Fromage,--dans l'argot des voleurs.
RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot des faubouriens.
Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.
RENARD, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
RENARD, s. m. Pourboire,--dans l'argot des marbriers de cimetière, forcés d'employer toutes les ruses de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais «dures à la détente».
RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,--dans l'argot du peuple.
Piquer un renard. Vomir.
Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait Ecorcher le renard.
Les Anglais ont une expression analogue: to shoot the cat (décharger le chat).
RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d'estomac.
RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.
RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Danger, péril.
RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple.
C'est le verbe arnauder de la langue romane.
Renauder signifie aussi Se plaindre.
RENCART ou RANCART (Au) A l'écart, au rebut.
RENDÈVE, s. m. Apocope de Rendez-vous,--dans l'argot des faubouriens.
RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,--dans l'argot des voleurs.
RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,--dans l'argot des tailleurs.
Au figuré, Mourir,--rendre son âme au Grêle d'en haut.
RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. MOURIR,--dans l'argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.
RENDRE SA CLEF. Mourir,--dans l'argot des bohèmes.
RENDRE SON CORDON. Mourir,--dans l'argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.
RENDRE SON LIVRET. Mourir,--dans l'argot des domestiques.
RENDRE SON PERMIS DE CHASSE. Mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.
RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup de poing plus violent. Argot du peuple.
Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.
RENDRE VISITE A M. DU BOIS. Aller «où le Roi va à pied»,--dans l'argot des faubouriens.
RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.
RENFRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec des vêtements d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.
RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes,--telles que «l'étoile de l'honneur, la croix de ma mère, l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc., etc.
RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme,--dans l'argot des voleurs, gens peu rengraciables.
Rengraciez! Taisez-vous! faites silence!
RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,--dans l'argot des voyous.
RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,--dans l'argot des faubouriens, qui ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.
RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.
Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...
RENIFLER, v. a. et n. Boire.
Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:
«Renifle, Pierrot, Y a du beurre au pot.»
RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,--dans l'argot des joueurs de billard.
RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,--dans l'argot des voyous.
RENQUILLER, v. n. Rentrer.
RENQUILLER (Se), v. réfl. Réussir; engraisser; s'enrichir,--dans l'argot des typographes.
RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,--dans l'argot des canotiers.
Prendre un renseignement. S'arrêter au cabaret.
RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des faubouriens.
RENTOILER (Se). Revenir à la santé quand on a été malade; devenir riche quand on a été pauvre.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer sans avoir levé personne,--dans l'argot des petites dames, dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un pays fort giboyeux.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.
RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par suite d'infirmités ou de vieillesse,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
RENTRER SES POUCES. Mourir,--dans l'argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans des autres doigts.
RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.--dans l'argot du peuple et des gandins.
RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.
RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à dîner,--dans l'argot des bourgeois.
RENVERSER SA MARMITE. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.
RENVERSER SON CASQUE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.
RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau; tomber, soit par accident, soit parce qu'on est ivre.
L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir.
REPASSE, s. f. Mauvais café,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Cafetiau.
REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un, donner,--dans l'argot du peuple.
Repasser une taloche. Donner un soufflet.
REPAUMER, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.
REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,--dans l'argot des voleurs.
RÉPÉTER, v. n. Aimer,--dans l'argot des cabotins.
On dit aussi Aller à la répétition.
REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,--dans l'argot des faubouriens.
REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer d'embarras.
Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.
Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.
RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un couplet quelconque,--dans l'argot des coulisses.
Envoyer la réplique. Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.
REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,--dans l'argot du peuple, qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.
REPORTER SON OUVRAGE. Assister, quand on est médecin, à l'enterrement d'une personne qu'on a t...,--pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des faubouriens.
REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.
REPOUSSANT, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.
REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens.
On dit aussi Repousser du corridor.
REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.
REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la trouve dans les OEuvres diverses de Cyrano de Bergerac.
REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi bien que le berceau de votre dernier né.
On l'appelle aussi Macaron.
REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement s'endimancher, dans l'argot du peuple.
RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.
RESTE (Donner son). Achever un homme en le tuant de n'importe quelle façon.
RESTE (Ne pas demander son). C'est, quand on a été battu, fuir sans exiger d'explications--et surtout sans demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.
RESTER EN FIGURE. Rester coi, ne savoir que dire.
Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.
RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas d'argent pour payer sa consommation.
RESTITUER SA DOUBLURE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois.
On dit aussi C'est de la troisième ou de la quatrième resucée.
RÉSURRECTION (La), n. de l. La prison de Saint-Lazare,--dans l'argot des faubouriens.
RETAPE, s. f. Raccrochage,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Aller à la retape. Raccrocher.
On dit aussi Faire la retape.
RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,--dans l'argot du peuple.
RETIRATION (Être en). Avoir plus de quarante ans, vieillir,--dans l'argot des typographes.
RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.
RETOURNE, s. f. Atout,--dans l'argot des joueurs.
Chevalier de la Retourne. Joueur passionné--jusqu'à en être grec.
RETOURNER (S'en). Vieillir,--dans l'argot de Breda-Street.
RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par extension, Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rendre son tablier et Retourner son paletot.
REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de quelqu'un, commettre une indiscrétion. Argot des voleurs.
REVENIR, v. n. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui plaît, choses ou gens.
REVENIR DE PONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri; dire des sottises,--dans l'argot du peuple.
Faire ou dire une chose comme en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.
REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas; occuper de nouveau l'attention publique.
REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu'on a l'habitude de marcher sur les talons.
C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient également à l'argot du peuple napolitain: Il revescio de la medaglia, disent les fils de Mazaniello.
REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.
REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l'Angleterre.
REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner,--ce qui est une façon désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.
RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.
On disait autrefois Rhume ecclésiastique.
RIBAMBELLE, s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.
RIBOTE, s. f. Griserie, petite débauche.
Être en ribote. Être ivre.
RIBOTER, v. n. Hanter les cabarets.
RIBOUIS, s. m. Savetier,--dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel a raison: on devrait dire Rebouis, ce mot venant de l'opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle en donnant le bouis. Le rebouis donne un second bouis, ou second lustre, aux chaussures avariées par l'usage.
RIC-A-RIC, adv. Chichement, morceau par morceau,--dans l'argot du peuple.
Payer ric-à-ric. Par acompte.
Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu'au dernier sou.
RICHE, adj. Bon, agréable, amusant.
S'emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative.
Ce n'est pas riche! Ce n'est pas honnête, ce n'est pas bien.
C'est, me semble-t-il, le luculentus des Latins: hæreditas luculenta, riche succession, dit Plaute; luculentus scriptor, excellent écrivain, dit Cicéron.
RICHE EN IVOIRE, adj. Qui a de belles dents,--dans l'argot des faubouriens.
Montrer son ivoire. Montrer ses dents.
Les ouvriers anglais ont la même expression: Flash his ivory.
RICHE EN PEINTURE, adj. et s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu'en réalité. Argot du peuple.
On dit de même d'un Fanfaron qu'il est brave en peinture.
RICHELIEU, adj. Galant, magnifique, entreprenant,--dans l'argot des bourgeois, dont les grand'mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de Mahon.
RICHEMENT, adv. Extrêmement.
RICHONNER, v. n. Rire,--dans l'argot des voleurs.
RIDEAU ROUGE, s. m. Cabaret,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle toujours les maisons à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs rideaux de percale de couleur pourpre.
Les ouvriers anglais disent de même Red-lattice, parce que chez eux c'est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.
RIDEAUX DE PERSE, s. m. pl. Rideaux déchirés, percés de trous,--dans l'argot des bourgeois plaisantins.
On dit de même Mouchoir de Perse, chemise de Perse, etc.
RIEN, s. m. Garde-chiourme, argousin,--dans l'argot des forçats.
RIEN. Mot de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme selle à tous chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours.
Ainsi, ils disent: Il n'a rien l'air de... pour: Il a extrêmement l'air de... Il n'est rien paf, pour: Il est très gris. Ce n'est rien mauvais, pour: On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une affirmation, c'est n'être pas. Ainsi: Tu n'es pas blagueur! signifie: «Comme tu es menteur!»
RIEN, s. m. Un peu, très peu,--dans l'argot du peuple.
En un rien de temps. En très peu de temps.
Rien de rien. Moins que rien.
RIF ou RIFLE, s. m. Feu,--dans l'argot des voleurs.
RIFFAUDANTE, s. m. Flamme.
RIFFAUDATE, s. m. Incendie.
RIFFAUDER, v. a. Incendier, brûler.
RIFFAUDEUR, s. m. Chauffeur.
RIFFLARD, n. m. Bourgeois,--dans le même argot.
RIFFLARD, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple.
Ce mot date de Picard et de sa Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu'escorté d'un parapluie.
RIFLER, v. a. et n. Brûler.--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Riffauder.
RIFLER, v. a. Prendre, saisir, chiper,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Passer tout près; effleurer.
RIFOLARD, adj. Amusant, rigolo.
RIGOLADE, s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie.
Coup de rigolade. Chanson.
RIGOLBOCHADE, s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou peinte,--dans l'argot des faubouriens.
Ici encore se pose l'éternelle question: Quel est le premier né de l'œuf ou de la poule? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote--plus généralement oubliée aujourd'hui sous le nom de Rigolboche--qui a donné naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu'on a décerné comme un brevet à cette aimable bastringueuse? J'inclinerais volontiers à admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer certains noms, mais elle a pour habitude d'en inventer. Quant aux Mémoires de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c'est elle qui a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des Mémoires pour que je ne leur accorde pas la moindre créance.
RIGOLBOCHE (Être). Être excentrique, amusant, drôle.
RIGOLBOCHER, v. n. S'amuser, soit en buvant, soit en dansant.
RIGOLE, s. f. Bonne chère,--dans l'argot des voleurs.
RIGOLER, v. n. S'amuser, se réjouir, boire, danser, rire,--dans l'argot du peuple.
Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j'en suis sûr, s'imaginent né d'hier. Un hier qui a six cents ans! Les gens du monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l'auteur de la Farce de Maistre Pathelin et par d'autres écrivains qui font autorité.
RIGOLETTE, s. f. Habituée de bals publics, amie de la danse et de la gaieté.
RIGOLEUR, adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.
RIGOLO, s. et adj. Bon enfant, homme gai.
Rigolo-pain-de-seigle ou pain-de-sucre. Extrêmement amusant.
On dit aussi d'une chose: C'est rigolo, pour signifier: c'est plaisant, c'est drôle.
RIGRI, s. m. Ladre, méticuleux,--dans l'argot du peuple.
RIGUE, s. f. Apocope de Rigueur,--dans l'argot des voyous.
RINCÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
RINCER, v. a. Battre, donner des coups.
Signifie aussi Gagner quelqu'un au jeu.
RINCER, v. a. Dévaliser, nettoyer,--dans l'argot des voleurs.
RINCER (Se), v. réfl. Se purger,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Se rincer le fusil.
RINCER (Se faire). Recevoir la pluie; se laisser voler; perdre au jeu.
RINCER LA DALLE, v. a. Offrir à boire à quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
Se faire rincer la dalle. Accepter à boire sans offrir la réciproque.
On dit aussi Rincer la dent, ou le bec, ou le fusil, ou le tube, ou la gargote, ou la corne.
RINCETTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie pris comme supplément au gloria,--dans l'argot des bourgeois.
RIOLE, s. f. Rivière, ruisseau,--dans l'argot des voleurs.
RIOLE, s. f. Joie, divertissement, débauche,--dans l'argot du peuple.
Être en riole. Être en train de s'amuser, être gris.
Se mettre en riole. Se griser.
En wallon. Être en riolle ou riotte, c'est Se quereller.
RIPATONNER, v. a. Raccommoder quelque chose ou quelqu'un,--dans l'argot des Polytechniciens, qui ont ainsi consacré la mémoire d'un concierge de l'Ecole, M. Ripaton, tailleur.
RIPATONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens.
RIPER, v. a. Embrasser tendrement.
RIPEUR, s. m. Libertin.
RIPOPÉE, s. f. Mauvais vin,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite.
Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt adjectif: Du ripopé, du café ripopé.
RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot des ouvriers.
RIQUIQUI, adj. et s. Chose mal faite ou de qualité inférieure,--dans l'argot des ouvrières.
Avoir l'air riquiqui. Être ridiculement habillée, ou n'être pas habillée à la dernière mode.
Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une contrefaçon de Rococo.
RIRE AUX ANGES. Sourire doucement en dormant,--dans l'argot du peuple.
RIRE COMME UN CUL. Rire sans desserrer les dents.
RIRE JAUNE, v, n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de rage.
RISETTE, s. f. Sourire,--dans l'argot des bourgeois.
Faire des risettes. Faire des avances aimables.
RISQUER LE PAQUET, v. a. Se hasarder à faire une chose délicate, aventureuse,--dans l'argot du peuple.
RIVANCHER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.
RIVER SON CLOU A QUELQU'UN, v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir tête dans une lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.
RIVETTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
RIZ-PAIN-SEL, s. m. Fournisseur militaire,--dans l'argot des troupiers.
ROBERT-MACAIRE, s. f. Danse fort en honneur dans les bals publics il y a vingt-cinq ou trente ans. C'était une variété de la Chahut.
ROBIGNOL, adj. Très bien, très beau, très amusant,--dans l'argot des voleurs, qui emploient ce superlatif à propos des choses et des gens.
ROBIN, s. m. Taureau communal,--dans l'argot des paysans de Paris.
ROBINSON, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple, qui a gardé bon souvenir du naufragé de Daniel de Foë.
On dit aussi Pépin.
ROCAMBOLADE, s. f. Farce littéraire dans le goût des Exploits de Rocambole de Ponson du Terrail.
ROCAMBOLE, s. f. Chose sans valeur; promesse en l'air qu'on sait devoir n'être pas tenue, gasconnade.
ROCANTIN, s. m. Vieillard libertin.
ROCHET, s. m. Evêque,--dans l'argot des voleurs.
ROCOCO, adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela,--comme si le goût d'autrefois ne valait pas bien le goût d'aujourd'hui!
Se prend aussi en bonne part.
Pendule rococo. Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque.
Tentures rococo. Etoffes en vieille perse à ramages.
ROEDERER, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui tiennent à faire une réclame à la maison de commerce dont les produits portent cette signature.
ROGNEUR, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.
ROGNONNER, v. n. Bougonner,--dans l'argot des bourgeois.
ROGNURES DE FER-BLANC. (V. Troupe de fer-blanc.)
ROGOME, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot du peuple.
Voix de Rogome. Voix éraillée par l'ivrognerie.
ROGOMIER, s. m. Buveur d'eau-de-vie.
ROGOMISTE, s. m. Liquoriste.
ROMAGNOL, ou ROMAGNON, s. m. Trésor caché,--dans l'argot des voleurs.
ROMAIN, s. m. Soldat d'infanterie.
ROMAIN, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses, sans doute par allusion aux claqueurs de Néron.
ROMANCIER, s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres «choses du cœur»,--dans l'argot des cafés-concerts.
Fort romancier. Premier chanteur de romances d'un café-concert.
Forte romancière. Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.
ROMANICHEL, s. m. Bohémien,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Romamitchel, Romanitchel, Romonichel et Romunichel. Suivant le colonel Harriot, «Romnichal est le nom que portent les hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et Romne-chal, Romaniche, est celui par lequel on désigne les femmes».
RONCHONNER, v. n. Être grognon, maussade; bougonner,--dans l'argot du peuple.
ROND, s. m. Sou, pièce de monnaie,--dans l'argot des voyous.
On dit aussi Rotin.
ROND, adj. Ivre,--dans l'argot des faubouriens.
Rond comme une futaille. Ivre mort.
On dit aussi Rond comme une pomme.
RONDE BOSSE, adj. Hardi, audacieux, frisant l'immoralité,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de l'Aristide Froissard de Léon Gozlan.
RONDELET, s. m. Sein,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Rondin.
RONDIN, s. m. Stercus (V. étron)--dans l'argot du peuple.
RONDIN, s. m. Bâton, gourdin.
RONDINE, s. f. Bague,--dans l'argot des voleurs.
RONDINER, v. a. Boutonner,--dans le même argot.
RONDINER, v. n. Dépenser de l'argent, des ronds,--dans l'argot des voyous.
On dit aussi Se dérondiner.
RONDINER, v. a. Battre à coups de bâton,--dans l'argot du peuple.
RONDINER DES YEUX, v. n. Faire les gros yeux.
RONDIN JAUNE, s. m. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs.
Rondin jaune servi. Or volé, caché par son voleur.
RONFLER DU BOURRELET, v. n. Crepitare, ou alvum deponere,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Faire ronfler le bourrelet.
RONRONNER, v. n. Faire le joli-cœur auprès d'une femme,--dans l'argot des ouvriers.
RONRONNER, v. n. Ecrire de petits articles qui ne produisent qu'un bien petit bruit. Argot des gens de lettres.
ROQUET, s. m. Homme de petite taille, et, à cause de cela, hargneux. Argot du peuple.
ROSE DES VENTS, s. f. Le podex,--dans l'argot facétieux des faubouriens.
ROSSARD, adj. et s. Mauvais compagnon.
ROSSE, adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur.
Il n'est rien rosse! Se dit pour: Est-il canaille!
ROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
ROSSER, v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.
ROSSIGNANTE, s. f. Flûte,--dans l'argot des voleurs.
ROSSIGNOL, s. f. Fausse clé,--dans le même argot.
ROSSIGNOL, s. m. Livre qui ne se vend pas,--dans l'argot des libraires.
Marchandise qui n'est pas de bonne défaite,--dans l'argot des boutiquiers.
ROSSIGNOL D'ARCADIE, s. m. Ane,--dans l'argot des académiciens, à qui le mot propre répugne tant.
Ils disent aussi «Le patient animal qui...,» etc.
ROTIN, s. m. Pièce de cinq centimes, sou,--dans l'argot des ouvriers. C'est sans doute une contrefaçon ironique du radis,--à cause de l'éructation.
RÔTIR LE BALAI, v. a. Mener une vie obscure et misérable,--dans l'argot du peuple.
Avoir rôti le balai. Se dit d'une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.
ROTOTO, s. m. Coups de bâton, de rotin,--dans l'argot des faubouriens.
Coller du rototo. Battre quelqu'un.
ROTOTO! Exclamation de refus ou de mépris.
ROUATRE, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs.
ROUBIGNOLE, s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs pour faire des dupes. (Voy. Cocangeur.)
ROUBIGNOLEUR, s. m. Voleur qui a de la Roubignole et des Cocanges, et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.
ROUBLARD, adj. Laid, défectueux, pauvre,--dans l'argot des voleurs.
ROUBLARD, adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de l'expérience,--dans l'argot des faubouriens.
Si ce mot vient de quelque part, c'est du XVe siècle et de ribleux, qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d'aventures.
ROUBLARDERIE, s. f. Ruse, astuce, expérience de l'homme qui a vécu et qui remplace l'argent qu'il n'a pas par l'ingéniosité qu'il aura jusqu'au bout de son rouleau.
Signifie aussi: Pauvreté, gêne, misère.
ROUCHI, s. m. Homme sans morale et sans honnêteté, voyou,--dans l'argot du peuple.
ROUCHIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.
ROUCOUCOU, s. m. Lapin mort-né,--dans l'argot des chiffonniers et de leurs gargotiers.
ROUE, s. f. Juge d'instruction,--dans l'argot des voleurs.
ROUE DE DERRIÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des cochers, qui emploient cette expression depuis longtemps, puisqu'on la trouve dans les OEuvres badines du comte de Caylus.
Les Anglais ont la même expression: A hind-coach-wheel, disent-ils à propos d'une pièce de cinq shillings (une couronne).
ROUE DE DEVANT, s. f. Pièce de deux francs.
Les Anglais disent A fore-coach-wheel pour une demi-couronne.
ROUFFION, s. m. Dernier employé du magasin,--dans l'argot des calicots.
On dit Mousse.
ROUFFLE, s. f. Coup de poing ou coup de pied,--dans l'argot des voleurs.
ROUGE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois.
ROUGET, s. m. Homme à barbe rouge ou à cheveux d'un blond ardent.
ROUGET, s. m. Cuivre volé.
ROUGETS, s. m. pl. Les menses des femmes,--dans l'argot du peuple, à qui le seigneur de Cholières n'a pas craint d'emprunter cette expression pour un de ses Contes.
ROUILLARDE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des voleurs.
ROUILLER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot du peuple.
ROULANCE, s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que font entendre les typographes pour accueillir quelqu'un à son entrée dans l'atelier.
Donner une roulance. Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie, tantôt une marque de sympathie.
ROULANT, s. m. Fiacre,--dans l'argot des voyous.
Roulant vif. Chemin de fer.
ROULANTS, s. m. pl. Pois,--dans l'argot des voleurs.
ROULÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens. Ereintement,--dans l'argot des gens de lettres.
ROULER, v. a. Battre quelqu'un.
Signifie aussi: Tromper, agir malignement.
ROULER, v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce.
Ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: cela roule. C'est l'équivalent de: Cela boulotte.
ROULER, v. a. Se moquer, lutter d'esprit et d'impertinences,--dans l'argot des gens de lettres.
Se faire rouler. Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.
ROULER, v. n. Vagabonder, voyager,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Rouler sa bosse.
ROULER DANS LA FARINE, v. a. Tromper, jouer un tour, user de finesse envers des gens trop simples.
ROULER SA VIANDE DANS LE TORCHON, v. a. Se coucher,--dans l'argot des faubouriens.
ROULEUR, s. m. Vagabond, homme suspect.
ROULEUR, s. m. Chiffonnier.
ROULEUR, s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.
ROULEUSE, s. f. Femme de mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à la recherche de l'homme philosophal. Argot du peuple.
ROULOTIN, s. m. Roulier,--dans l'argot des voleurs.
ROULOTTE, s. f. Voiture.
Grinchir une roulotte en salade. Voler sur une voiture.
ROULOTTIER, s. m. Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.
ROULURE, s. f. Fille de la dernière catégorie,--dans l'argot des faubouriens.
ROUMICHIPOTEUSE, s. f. Mijaurée, chipie.
ROUPANÉ, adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre jeu exigeant une mise. Argot des gamins.
ROUPIE, s. f. Punaise,--dans l'argot des voyous.
ROUPIE, s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et tombe tantôt sur leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des faubouriens.
ROUPIE DE SINGE, s. f. Rien,--dans l'argot des voleurs.
ROUPILLER, v. n. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d'un siècle.
Signifie aussi Avoir continuellement une roupie au nez.
ROUPILLEUR, s. m. Grand dormeur--ou grand priseur.
ROUPIOU, s. m. Élève en médecine qui s'essaye au métier dans les hôpitaux, sans être interne ni externe. C'est lui qui pose les cataplasmes et les vésicatoires. Argot des étudiants.
On l'appelle aussi Bénévole.
ROUSCAILLER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.
ROUSCAILLER BIGORNE, v. n. Parler argot.
ROUSCAILLEUR, s. m. Libertin.
ROUSSE, s. f. La police,--dans l'argot des voyous.
ROUSSE, s. m. Agent de police; sergent de ville.
On dit aussi Roussin.
Rousse à l'arnache. Agent de police de sûreté, qui reçoit une gratification proportionnée à l'utilité des renseignements qu'il donne ou à l'importance des captures qu'il fait faire.
ROUSSIN, s. m. Baudet,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi d'un Cheval qui fait en marchant de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
ROUSSINER, v. n. Faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus, sans plus de façon qu'un baudet.
ROUSTIR, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Dévaliser.
ROUSTISSEUR, s. m. Voleur.
ROUSTISSEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
ROUSTISSURE, s. f. Escroquerie.
ROUSTISSURE. s. f. Blague peu heureuse, rôle de peu d'importance,--dans l'argot des comédiens, qui sans doute ont voulu faire allusion au mot italien rostita, rôtie, maigre chose.
ROYAUME DES TAUPES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple.
Partir pour le royaume des taupes. Mourir.
RU, s. m. Ruisseau,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.
On dit aussi Rio.
L'expression coule de source: [grec: reô].
«Or beuvez fort tant que rû peut courir, Ne reffusez, chassant ceste douleur, Sans empirer un povre secourir,»
dit François Villon à sa maîtresse.
RUBAN DE QUEUE, s. m. Long chemin, route qui n'en finit pas.
RUBIS SUR PIEU, loc. adv. Argent comptant,--dans l'argot des faubouriens.
RUDE, s. f. Chose difficile à croire, événement subit, désagréable,--dans l'argot du peuple.
RUDE, adj. Courageux.
RUDEMENT, adv. Extrêmement, remarquablement.
RUE, s. f. L'espace réservé entre deux portants et figurant un chemin entre deux costières, Argot des coulisses.
RUE AU PAIN, s. f. Le gosier,--dans l'argot du peuple.
RUE BARRÉE, s. f. Rue où demeure un créancier,--dans l'argot des débiteurs.
On dit aussi Rue où l'on pave.
A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc d'Abrantès, fils de la duchesse d'Abrantès, et viveur célèbre.
RUE DU BEC DÉPAVÉE, s. f. Bouche à laquelle des dents manquent,--dans l'argot des faubouriens.
RUINE-MAISON, s. m. Homme prodigue, extravagant,--dans l'argot du peuple.
RUISSELANT D'INOUÏSME, adj. Extraordinairement inouï.
L'expression appartient à M. Philoxène Boyer,--à qui on fera bien de ne pas la voler.
RUOLZÉ, adj. Ce qui brille sans avoir de valeur intrinsèque, ce qui a une élégance ou une richesse de surface,--par allusion au procédé de dorure et d'argenture découvert par Ruolz.
Existence ruolzée. Vie factice, composée de fêtes bruyantes, de soupers galants, d'amis d'emprunt et de femmes d'occasion, mais dont le bonheur est absent.
Jeunesse ruolzée. C'est notre Jeunesse dorée, et elle vaut moins, quoiqu'elle soit aussi corrompue.
RUP, adj. Grand, noble, élevé, beau, riche, élégant,--dans l'argot des faubouriens et des filles.
Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais rup et de l'indoustan rupa, argent,--d'où roupie. Pendant qu'il y était, pourquoi n'a-t-il pas fait descendre ce mot d'un rocher (rupes) ou d'une falaise (rupina) quelconque?
On dit aussi Rupart.
RUPIN, s. et adj. Homme riche; fashionable, mis à la dernière mode,--ou plutôt à la prochaine mode. C'est le superlatif de Rup.
«Le rupin même a l'trac de la famine. Nous la bravons tous les jours, Dieu merci!»
dit la chanson trop connue de M. Dumoulin.
On dit aussi Rupiné.
RUPINE, s. f. Drôlesse, fille à grands tralalas de toilette et de manières.
RUSTIQUE, s. m. Greffier,--dans l'argot des voleurs.
RUSTIQUE, s. m. Décor représentant un intérieur villageois. Argot des coulisses.
RUSTU, s. m. Greffe.
RUTIÈRE, s. f. Fille publique d'une catégorie à part décrite par Vidocq (p. 73).
S
SABLE BLANC, s. m. Sel,--dans l'argot des francs-maçons.
Sable jaune. Poivre.
SABLER, v. a. Tuer avec une peau remplie de sable,--dans l'argot des voleurs.
SABLON, s. m. Cassonade,--dans l'argot des faubouriens.
SABOCHE, s. f. Mauvais ouvrier, personne maladroite,--dans l'argot du peuple.
SABOCHER, v. a. Travailler sans soin, avec trop de hâte.
SABOT, s. m. Mauvais billard.
Signifie aussi Mauvais violon.
SABOT, s. m. Homme qui aime à dormir.
SABOT, s. m. Toupie plate,--dans l'argot des gamins.
SABOT, s. m. Canot, barque,--dans l'argot des voleurs.
Aller au sabot. S'embarquer.
SABOTER, v. a. Bousiller, travailler sans soin, à la hâte. Argot des ouvriers.
SABOULER, v. a. Gronder, faire des reproches, battre. Argot du peuple.
Signifie aussi: Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne.
L'expression a des chevrons:
«De ton épé' tranchante Perce mon tendre cœur, Saboule ton amante, Ou rends-lui son honneur,»
dit Vadé dans sa chanson des Gardes françaises.
SABOULER, v. a. Décrotter,--dans l'argot des voyous.
SABOULEUR, s. m. Décrotteur.
SABRE, s. m. Bâton,--dans l'argot des voleurs.
SABRE (Avoir un). Être gris,--dans l'argot des faubouriens.
SABRENAS, s. m. Savetier,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Mauvais ouvrier, bousilleur.
SABRENASSER, v. n. et a. Travailler sans goût, bousiller l'ouvrage.
On dit aussi Sabrenauder.
SABRER, v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause de cela, la mal faire.
SABREUR, s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.
SABREUR, s. m. Bousilleur, ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.
SABRI, s. m. Bois, forêt,--dans l'argot des voleurs.
SABRIEU, s. m. Voleur de bois.
SAC, s. m. Argent,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent le contenant pour le contenu.
Avoir le sac. Être riche, ou seulement avoir de l'argent.
Homme au sac. Homme qui vient d'hériter.
SAC, s. m. Renvoi, congé,--dans l'argot des ouvriers.
Avoir son sac. Être renvoyé d'un atelier.
Donner son sac. Remercier un patron.
SAC (Avoir dans son). Posséder, être pourvu ou doué. Argot du peuple.
N'avoir rien dans son sac. N'avoir pas de ressources d'esprit; être sans imagination, sans talent.
Avoir une mauvaise pierre dans son sac. Ne pas jouir d'une bonne santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.
SAC (Être ou n'être pas dans le). Être laide ou jolie. Argot des faubouriens.
Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même famille:
«Ell' n'est pas mal Pour foutr' dans l'canal.»
SAC-A-PAPIER! Juron bourgeois, qui marque l'ennui qu'on éprouve, l'embarras dans lequel on se trouve.
SACARD, adj. et s. Homme à son aise, ayant le sac.
SAC AU LARD, s. m. Chemise,--dans l'argot des faubouriens, qui se sont rencontrés dans la même expression avec les voleurs anglais: flesh-bag, disent ceux-ci.
SAC-A-VIN, s. m. Ivrogne,--dans l'argot du peuple.
C'est le guzzler anglais.
SAC PLEIN (Avoir le). Être complètement ivre.
Se dit aussi à propos d'une Femme enceinte.
SACQUÉ (Être). Avoir de l'argent.
SACQUER, v. a. Congédier, renvoyer,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Donner le sac.
Sacquer un bœuf. Renvoyer un ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.
SACRÉ CHIEN, s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité qui emporte le gosier. Argot du peuple.
On dit aussi Sacré chien tout pur.
SACRÉ CHIEN, s. m. Feu sacré,--dans l'argot des rapins et des cabotins.
Avoir le sacré chien. Jouer d'inspiration et avec succès. Peindre avec emportement.
SACREMENT, s. m. Le mariage,--dans l'argot du peuple.
Offrir le sacrement. Se proposer comme mari, courtiser une fille pour le bon motif.
SACRER, v. n. et a. Affirmer.
SACRISTAIN, s. m. Mari de l'abbesse du couvent des S'offre-à-tous,--dans l'argot des filles.
SACRISTI! Juron de l'argot du peuple.
Il dit aussi Cristi!
Les bourgeois, eux, disent Sapristi!--ce qui les éloigne un peu de l'étymologie (sacrarium.)
SAFRAN, s. m. Jaunisse conjugale,--dans l'argot des bourgeois.
Accommoder au safran. Tromper son mari en faveur d'un autre homme, ou sa femme en faveur d'une autre.
On dit aussi Vouer au jaune.
SAGE COMME UNE IMAGE, adj. Extrêmement sage,--c'est-à-dire ne parlant pas. Argot du peuple.
SAGOUIN, s. m. Homme malpropre, grossier,--dans l'argot du peuple, qui calomnie les callitriches.
Vilain sagouin. Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses, dont elles ne se fâchent pas le moins du monde.
SAIGNER, v. a. Blesser quelqu'un volontairement, le tuer même,--dans l'argot des prisons.
SAIGNER, v. a. Emprunter de l'argent,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Faire ou Pratiquer une saignée.
Saigner à blanc. Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte.
On dit aussi Faire une saignée blanche.
SAIGNER (Se), v. réfl. Donner de l'argent,--qu'on en doive ou non.
Se saigner à blanc. S'épuiser pour fournir aux dépenses d'un enfant ou d'une maîtresse.
SAINT-CRÉPIN, s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.
SAINT-CRÉPIN, s. m. Économies, peculium,--dans l'argot du peuple.
SAINT DE CARÊME, s. m. Homme qui se fâche, hypocrite.
SAINT-DENAILLE, n. de l. Saint-Denis,--dans l'argot des voleurs.
SAINT-DIFFICILE, s. m. Enfant, et même grande personne faisant la dégoûtée à propos de la nourriture ou à propos d'autre chose. Argot des bourgeois et du peuple.
SAINTE ESPÉRANCE, s. f. La veille de la Sainte Touche.
SAINTE MOUSSELINE, s. f. Une sainte de la création de Victorien Sardou (La Famille Benoiton), et qu'invoquent aujourd'hui, par genre, les mères de famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent les modes... de la Mode. Voici donc l'oraison que murmurent à cette heure de jolies lèvres parisiennes: «Ah! Mousseline, blanche Mousseline, des mères ingrates qui te devaient leurs maris t'ont reniée pour leurs enfants! Sainte Mousseline, vierge de la toilette, sauve nos filles qui se noient dans des flots de dentelles!»
Amen!
SAINTE-NITOUCHE, s. f. Fille ou femme qui «fait sa sucrée» ou «sa Sophie»,--dans l'argot du peuple, qui sait à quoi s'en tenir sur les «giries» des bégueules.
Les ouvriers anglais disent de même: to sham abram (jouer l'innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée).
Cette expression s'est employée jadis en parlant d'un Homme timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose:
«Il estoit ferme de roignons. Non comme ces petits mignons Qui font la Saincte Nitouche,»
dit Mathurin Régnier.
SAINTE-TOUCHE, s. f. La fin du mois,--dans l'argot des employés. La fin de la quinzaine,--dans l'argot des ouvriers.
SAINT-JEAN, s. m. Signal,--dans l'argot des voleurs.
Faire le Saint-Jean. Lever l'index et le médium pour avertir un complice.
SAINT-JEAN, s. m. Outils, vêtements, affaires,--dans l'argot des typographes.
Emporter son Saint-Jean. S'en aller d'une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.
SAINT JEAN-BAPTISTE, s. m. Cabaretier,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion à l'eau baptismale que l'on ajoute au vin pour le rendre digne d'être bu par des chrétiens.
SAINT JEAN BOUCHE-D'OR, s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre des indiscrétions.
SAINT JEAN LE ROND, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
SAINT LACHE, s. m. Le patron des paresseux.
SAINT-LAZE. Apocope de Saint-Lazare, prison de femmes,--dans l'argot des voyous.
SAINT-LUNDI, s. f. Jour choisi chaque semaine par les ouvriers pour aller ripailler aux barrières et dépenser en quelques heures le plus clair de leur gain, celui que la ménagère attend toujours en vain pour faire «bouillir la marmite».
Fêter la Saint-Lundi. Se griser--et même se soûler.
SAINT-MARCEAUX, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui veulent faire une réclame à la maison de commerce de M. de Saint-Marceaux riche viticulteur d'Epernay.
SAINT PÈRE, s. m. Tabac à fumer,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
SAINT SACREMENT (Et tout le). C'est l'et cætera de l'argot du peuple: Il comprend tout--et une foule d'autres choses.
SAISISSEMENT, s. m. Les liens dont l'exécuteur lie les bras et les jambes du condamné à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la toilette.
SAISON, s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais ordinairement de 21 jours, que l'on passe dans les villes d'eaux par ordonnance de médecin.
Faire une saison. Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.
SALADE, s. f. Raiponce à une question,--dans l'argot des voleurs, facétieux à leurs heures.
SALADE DE GASCON, s. f. Corde, ficelle, dans l'argot du peuple.
A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.
SALADIER, s. m. Bol de vin sucré,--dans l'argot des ouvriers.
SALAMALECS, s. m. pl. Politesse exagérée,--dans l'argot du peuple, qui ne pratique pas précisément la Civilité puérile et honnête.
SALAUD, adj. et s. Enfant malpropre; homme ordurier.
SALBRENAUD, s. m. Mauvais cordonnier; savetier,--dans l'argot des voleurs.
SALE, adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du peuple.
Sale intérêt. Intérêt sordide.
Sale monsieur. Individu d'une moralité équivoque ou d'un caractère insociable.
Sale pâtissier. Homme qui n'est ni sale ni pâtissier, mais dont, en revanche, la réputation aurait grand besoin d'une lessive.
On dit aussi Sale bête.
SALÉ, s. m. Travail payé d'avance,--dans l'argot des typographes.
Morceau de salé. Acompte.
Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d'un Enfant venu avant le mariage.
Les ouvriers anglais disent: to work for the dead horse (travailler pour le cheval mort).
SALER, v. a. Adresser de violents reproches à quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
SALER, v. a. Faire payer trop cher.
Saler une note. En exagérer les prix.
On dit aussi Répandre la salière dessus.
SALETÉ, s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de plus d'improbité que de boue,--dans l'argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même sens que les Anglais leur sluttery.
Faire des saletés. Faire des tours de coquin, d'escroc.
SALIÈRES, s. f. pl. Cavités de la clavicule,--dans l'argot du peuple.
Montrer ses salières. Se dit d'une Femme maigre qui se décollète trop.
SALIGAUD, E, s. et adj. Personne malpropre au propre, et malhonnête au figuré,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que les Anglais leur slut.
SALIVERNE, s. f. Écuelle, gamelle,--dans l'argot des voleurs, qui y laissent volontiers tomber leur salive pour dégoûter les camarades.
Ils disaient autrefois Crolle.
SALLE A MANGER, s. f. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.
N'avoir plus de chaises dans sa salle à manger. N'avoir plus de dents.
SALONNIER, s. m. Critique d'art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes.
Le mot est de création récente.
SALOPE, s. f. Fille ou femme du genre de celles que Shakespeare traite de drabs dans Winter's Tale, et que, comme on le voit, le peuple parisien traite presque aussi mal.
SALOPERIE, s. f. Ordure,--au propre et au figuré, spucritia et obscenitas.
Dire des saloperies. Employer un langage ordurier.
Faire des saloperies. Se conduire en goujat.
SALOPERIE, s. t. Vilain tour, lésinerie, crasse.
SALOPIAUD, s. m. Homme malpropre d'esprit et de costume, en actions et en paroles.
Au féminin, Salopiaude.
SALTIMBE, s. m. Apocope de Saltimbanque,--dans l'argot des faubouriens.
SALUER LE PUBLIC, Mourir,--dans l'argot des comédiens, ces gladiateurs de l'Art. C'est un ressouvenir de l'Ave, Cæsar, morituri te salutant.
SANG DE POISSON, s. m. Huile,--dans l'argot des faubouriens.
SANGLÉ, adj. A court d'argent.
SANGLER, v. a. Réprimander vertement, et même Battre.
SANGLER, v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Sauter.
SANGLER (Se), v. réfl. Se priver de quelque chose au profit de quelqu'un, par exemple, se ruiner pour élever un entant ou pour entretenir une maîtresse.
SANGLIER, s. m. Prêtre,--dans l'argot des voleurs.
SANGSUE, s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses prodigalités; neveu qui tire à boulets rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.
SANGSURER, v. a. Faire de nombreuses saignées à la bourse de quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers, pour qui les parasites sont des sangsues.
Se sangsurer. Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une drôlesse.
SANS-BEURRE, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
SANS-BOUT, s. m. Cerceau,--dans l'argot des voleurs.
SANS CANNE (Être). En rupture de ban,--dans le même argot.
SANS-CHASSES, s. m. Aveugle.
SANS-COEUR, s. m. Usurier,--dans l'argot des fils de famille.
SANS-CULOTTE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois, pour qui Terreur est inséparable de République.
SANS-CULOTTERIE, s. f. Doctrine des sans-culottes.
Le mot est de Camille Desmoulins.
On dit aussi Sans-culottisme.
SANS DOS, s. m. Tabouret,--dans l'argot des faubouriens.
SANS-FEUILLE, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs.
SANS-GÊNE, s. m. Homme indiscret, mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.
SANS-LE-SOU, s. m. Artiste, ou Homme de lettres,--dans l'argot des petites dames.
SAP, s. m. Apocope de Sapin, cercueil,--dans l'argot des voyous.
Taper dans le sap. Être mort et enterré,--dormir du dernier somme.
M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques loisirs de sa muse au Sap:
«Avant d'être mis dans le sap, Vous voulez, orné de lunettes, Me décalquer de pied en cap.»
SAPAJOU, s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris,--dans l'argot des harengères, qui sont plus «fortes en gueule» qu'en histoire naturelle.
SAPEUR, s. m. Homme qui ne respecte rien,--dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens barbus.
D'où la fameuse chanson à la mode:
«Rien n'est sa..a..cré pour un sapeur!»
SAPIN, s. m. Fiacre,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites en chêne.
SAPIN, s. m. Cercueil de pauvre.
Sentir le sapin. Être atteint d'une maladie mortelle.
SAPIN, s. m. Plancher; grenier,--dans l'argot des voleurs.
Sapin de muron. Grenier à sel.
Sapin des cornants. La terre,--plancher des vaches.
SAPINIÈRE, s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils de sapin. Argot des faubouriens.
SAQUET, s. m. Secousse,--dans l'argot du peuple.
Le vieux français avait Saquer, tirer l'épée.
SARDINES, s. f. pl. Galons de laine ou d'or aux manches de l'uniforme,--dans l'argot des soldats.
Sardines blanches. Galons de gendarme, ou d'infirmier militaire.
SARRASIN, s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-dessous du tarif. Argot des typographes.
On dit aussi Faux frère.
SATISFAIT, s. m. Député conservateur, ami quand même du gouvernement du moment--et des gouvernements à venir. Argot des journalistes.
SATOU, s. m. Bois débité,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Bâton.
SATOUSIER, s. m. Menuisier.
SAUCE, s. f. Correction ou simplement Réprimande,--dans l'argot du peuple.
Gare à la sauce! Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux.
Gober la sauce! Être puni pour les autres; recevoir la correction, la réprimande méritée par d'autres.
SAUCÉ (Être). Recevoir la pluie.
On dit aussi Être rincé et Être trempé.
SAUCER, v. a. Réprimander.
On disait autrefois Faire la sauce à quelqu'un.
SAUCISSE MUNICIPALE, s. f. Viande empoisonnée que l'on jette dans les rues pour détruire les chiens errants non muselés.
SAUTE-MOUTON, s. m. Jeu d'enfants qui consiste à sauter les uns par-dessus les autres.
On dit aussi Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton.
SAUTER (Faire). Dérober, chiper et même Voler. Argot des faubouriens.
D'où Faire sauter la coupe au jeu.
SAUTER, v. n. Cacher le produit d'un vol à ses complices,--dans l'argot des prisons.
Sauter à la capahut. Assassiner un complice pour lui enlever son fade.
SAUTER A LA PERCHE, v. n. Ne pas savoir où manger,--dans l'argot des faubouriens, par allusion aux efforts souvent vains des singes de bateleurs pour atteindre les friandises placées à l'extrémité d'un bâton.
SAUTERELLE, s. f. Puce,--dans l'argot des voleurs.
SAUTERELLE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N. Roqueplan.
C'est un des plus heureux qu'on ait inventés jusqu'ici pour désigner ces femmes maigres qui s'abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.
SAUTERIE, s. f. Danse,--dans l'argot du peuple.
SAUTE-RUISSEAU, s. m. Petit clerc. C'est le trottin de l'avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau de la modiste.
SAUTER LE PAS, v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.
SAUTER LE PAS, v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu,--en parlant d'une jeune fille qui se laisse séduire.
On dit aussi La sauter.
SAUTEUR, s. m. Filou.
SAUTEUR, s. m. Homme politique qui change d'opinion toutes les fois que cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple.
Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.
SAUTEUSE, s. f. Drôlesse.
SAUVAGE, s. m. Garde national de la banlieue, avant 1870--dans l'argot des faubouriens.
SAUVER BIEN (Se). Bien courir,--dans l'argot des maquignons, qui disent cela à propos des chevaux qu'ils essayent.
SAUVER LA CAISSE, v. a. Se sauver avec la caisse dont on est le gardien,--par allusion au mot d'Odry dans les Saltimbanques.
SAUVER LA MISE A QUELQU'UN. Lui éviter une humiliation, un ennui; lui prêter à temps de l'argent. Argot du peuple.
SAUVETTE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à se sauver et ne pas se laisser attraper.
On dit aussi Sauvinette.
SAUVETTE, s. f. Mannette d'osier,--dans l'argot des chiffonniers.
SAVATE, s. f. Boxe française,--«avec cette différence, dit Th. Gautier, que la savate se travaille avec les pieds et la boxe avec les poings.»
(V. Chausson.)
SAVATE, s. f. Correction militaire, qui consiste à fouetter le soldat coupable à tour de bras et de souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n'a rien à voir là dedans: c'est une petite justice de famille et de caserne.
SAVATE, s. f. Ouvrage mal fait; chose abîmée, gâchée,--dans l'argot du peuple.
SAVATER, v. a. Travailler sans soin, faire une chose à la hâte.
On dit aussi Saveter.
SAVETIER, s. m. Mauvais ouvrier; homme qui fait une chose sans goût, sans soin, à la hâte.
SAVOIR CE QUE QUELQU'UN A DANS LE VENTRE. Découvrir ses sentiments, ses projets; connaître le faible et le fort de son caractère. Argot des bourgeois.
SAVOIR DE QUOI IL RETOURNE. Connaître l'état financier d'une maison, la situation morale d'une famille; être au courant des affaires politiques et littéraires et savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel ambassadeur on va envoyer en Prusse. Même argot.
SAVOIR LIRE. Connaître toutes les ruses du métier,--dans l'argot des voleurs.
SAVON, s. m. Réprimande,--dans l'argot des domestiques malpropres.
Foutre un savon. Gronder, objurguer quelqu'un.
SAVONNER, v. a. Réprimander--et même Battre.
SAVOYARD, s. m. Homme mal élevé, brutal,--dans l'argot des bourgeois, injurieux envers les Allobroges.
SAVOYARDE, s. f. Malle,--dans l'argot des voleurs.
SCÈNE DE L'ABSINTHE (Faire la). Jouer son verre d'absinthe avec un camarade, ou lui en offrir un. Argot des coulisses.
On dit de même, à propos de toutes les consommations: Faire ou jouer la scène du cigare, du café, de la canette, etc.
SCHAFFOUSE, s. m. Le derrière, parce qu'à la chute du Rein,--dans l'argot facétieux du peuple, qui connaît la géographie.
SCHLAGUE, s. f. Correction brutale qu'un père donne volontiers à son enfant, un mari à sa femme, etc.
SCHLAGUER, v. a. Corriger, battre.
Encore un mot allemand,--schlagen.
SCHLOFFER, v. n. Dormir, se coucher,--dans l'argot des faubouriens, qui ont appris cette expression dans la fréquentation d'ouvriers alsaciens ou allemands (schlafen).
Ils disent aussi Faire schloff.
SCHNICK, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Schnaps.
SCHNIQUER, v. n. Se griser d'eau-de-vie.
SCHNIQUEUR, s. m. Buveur d'eau-de-vie.
SCIANT, adj. Ennuyeux,--dans l'argot du peuple.
SCIE, s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.
SCIE, s. f. Femme légitime.
Porter sa scie. Se promener avec sa femme au bras.
SCIE, s. f. Mystification, plaisanterie agaçante,--dans l'argot des artistes.
Le chef-d'œuvre du genre, c'est:
«Il était quatre jeunes gens du quartier, Eh! eh! eh! eh! Ils étaient tous les six malades, Ade! ade! ade! ade! On les mit tous sept dans un lit, Hi! hi! hi! hi! Ils demandèrent du bouillon, On! on! on! on! Qui n'était ni salé ni bon, On! on! on! on! C'est l'ordinair' de la maison, On! on! on! on! Ça commence à vous embêter, Eh! eh! eh! eh! Et bien je vais recommencer, Eh! eh! eh! eh!»
Et l'on recommence en effet jusqu'à ce que l'importun que l'on scie ainsi comprenne et s'en aille.
Faire ou Monter une scie. Imaginer une mystification contre quelqu'un.
SCIER, v. a. Importuner, obséder sans relâche.
On dit aussi Scier le dos.
SCIER DU BOIS, v. a. Jouer du violon ou de la contrebasse,--dans l'argot des faubouriens.
SCIEUR DE BOIS, s. m. Violoniste ou contrebassiste.
SCION, s. m. Baguette et même Bâton,--dans l'argot du peuple.
SCIONNER, v. a. Battre quelqu'un, le bâtonner.
SCIONNER, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.
SCIONNEUR, s. m. Meurtrier.
SCRIBOUILLAGE, s. m. Mauvais style,--style à la Scribe. Argot des gens de lettres.
SCULPSIT, s. m. Sculpteur,--dans l'argot des artistes.
SCULPTURE RONFLANTE, s. f. Sculpture tourmentée, colorée, entre la sagesse et l'exagération.
SEC, s. m. Élève qui a passé des examens de fin d'année déplorables. Argot des Polytechniciens.
On dit aussi, mais moins: Fruit sec.
SÉCHÉ (Être). N'être plus gris,--dans l'argot des faubouriens.
SÉCHER, v. n. Être fruit sec,--dans l'argot des Polytechniciens.
SÉCOT, s. et adj. Homme maigre et sec,--dans l'argot du peuple.
SECOUER, v. a. Gronder quelqu'un, et même le battre,--dans le même argot.
On dit aussi Secouer les puces.
SECOUER LA COMMODE, v. a. Jouer de l'orgue de Barbarie,--dans l'argot des faubouriens.
SECRET DE POLICHINELLE, s. m. Secret connu de tout le monde,--dans l'argot du peuple.
SEIGNEUR ET MAITRE, s. m. Mari,--dans l'argot des bourgeois: protecteur,--dans l'argot de Breda-Street.
SEMAINE DES QUATRE JEUDIS, s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d'être fidèles, les gens avares d'être généreux, etc. C'est la Venue des Coquecigrues de Rabelais.
On dit aussi: La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais.
SEMAINES, s. f. pl. Sous de poche distribués le samedi et le dimanche.--dans l'argot des collégiens.
SEMER QUELQU'UN, v. a. S'en débarrasser,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Le renverser, le jeter à terre d'un coup de poing ou d'un coup de pied.
SENS DEVANT DIMANCHE. adv. De travers, sens dessus dessous,--dans l'argot du peuple.
SENTINELLE, s. f. Résultat de la digestion. Stercus.
Poser une sentinelle. Alvum deponere.
SENTIR, v. a. Aimer,--dans l'argot du peuple, qui emploie surtout ce verbe avec la négative.
Ne pas pouvoir sentir quelqu'un. Avoir répugnance à le rencontrer, à lui parler, le haïr enfin.
On dit aussi Avoir dans le nez.
SENTIR LE COUDE A GAUCHE. v. n. Avoir confiance en soi et dans l'amitié de ses camarades; se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc.
SENTIR LE LAPIN. Suer abondamment et désagréablement des aisselles.
SENTIR MAUVAIS, v. n. Devenir grave, sérieux; se gâter,--en parlant des choses.
Cela sent mauvais est une phrase de la même famille que Le torchon brûle.
SEPT, s. m. Crochet,--dans l'argot des chiffonniers.
SÉQUELLE, s. f. Grand nombre de gens ou de choses,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce mot que péjorativement.
Signifie aussi: Gens ou choses qui font suite à quelqu'un ou à quelque chose.
Toute la séquelle. Tous les membres de la famille, et surtout les enfants.
SER, s. m. Signal donné en crachant,--dans l'argot des voleurs. (V. Serpent.)
SERGOLLE, s. f. Ceinture,--dans le même argot.
SÉRIEUX, adj. Excellent, convenable,--dans l'argot des gens de lettres et des petites dames.
Homme sérieux. Qui ne refuse rien aux femmes qui ne refusent rien aux hommes--riches.
Souper sérieux. Où rien ne manque de ce qui doit en faire l'attrait: vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes, hommes d'esprit, etc.
Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l'acception de Copieux: un beefsteak sérieux, un dessert sérieux, etc.
SERIN, s. m. Gendarme de la banlieue,--dans l'argot des voyous.
S'est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe, des compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui avaient des parements jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades jaunes, tout jaune, au point qu'en les passant un jour en revue dans la cour des Tuileries, et les voyant se débander, le maréchal Lobau s'écria: «Fermez donc les grilles, mes serins vont s'envoler!»
SERIN, s. et adj. Imbécile, ou seulement Homme naïf,--dans l'argot des faubouriens.
SERINER, v. a. Répéter à satiété une chose à quelqu'un, afin de la lui loger dans la mémoire.
SERINETTE, s. f. Homme qui fait chanter d'autres hommes,--dans l'argot des voleurs.
SERINGUE, s. f. Voix fausse, aigre, criarde,--dans l'argot du peuple.
Chanter comme une seringue. Chanter très mal.
SERPENT, s. m. Ceinture de cuir,--dans l'argot des troupiers, qui y serrent leur argent.
On dit aussi Anguille.
SERPENT, s. m. Crachat,--dans l'argot des voleurs.
SERPENTIN, s. m. Matelas,--dans le même argot.
SERPETTES, s. f. pl. Les jambes,--dans l'argot des troupiers.
SERPILLIÈRE, s. f. Soutane,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Serpillière à ratichon.
SERRANTE, s. f. Serrure,--dans l'argot des voleurs.
SERRÉ, adj. Pauvre; sans argent, momentanément ou par habitude,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Avare.
SERRER, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot des faubouriens.
SERRER LA VIS. Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu'un. Argot du peuple.
SERRER LE NOEUD. Se marier,--dans l'argot des bourgeois et des vaudevillistes.
SERRER LES POUCES A QUELQU'UN, v. a. Le presser vivement de questions pour lui faire avouer la vérité. Argot du peuple.
SERT, s. m. Signe fait par un compère,--dans l'argot des saltimbanques.
SERVIETTE, s. f. Portefeuille,--dans l'argot des avocats.
SERVIETTE, s. f. Aniterge en papier,--dans l'argot des bourgeois.
SERVIR, v. a. et n. Trahir, dénoncer,--dans l'argot des voleurs.
Servir de belle. Dénoncer à faux.
SERVIR, v. a. Arrêter, prendre,--dans l'argot des faubouriens.
Vidocq, lorsqu'il était chef de la police de sûreté, avait l'habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs: «Monsieur, vous êtes servi!...»»
SÉSIÈRE, pr. pers. Soi, lui, elle,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Sésigue et Sésingard.
SEU, s. m. Second,--dans l'argot des enfants, qui pratiquent l'apocope comme des hommes.
SÉVÈRE, s. f. Chose étonnante; événement inattendu,--dans l'argot des faubouriens.
SEXE, s. m. Les femmes en général,--dans l'argot du peuple, qui, sans tomber à leurs pieds, comme le recommande M. Legouvé, sait qu'il leur doit une mère, la seule créature digne de ses respects.
Ami du sexe. Homme de complexion amoureuse.
SHOCKING! Exclamation qui, de la langue des pudiques Anglaises, a passé dans l'argot ironique des gouailleurs parisiens. Ce qui est choquant de l'autre côté du détroit cesse de l'être de ce côté-ci.
SHOCKINER (Se), v. réfl. Se scandaliser.
SIBIJOITE, s. f. Cigarette,--dans l'argot des marbriers de cimetière, parfois trop fantaisistes.
Orpheline. Cigarette presque fumée.
SIFFLE, s. f. Voix,--dans l'argot des voleurs.
SIFFLER, v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout boire,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis plus d'un siècle, comme le prouvent ces vers d'une chanson du commencement du XVIIe siècle:
«Lorsque je tiens une lampée Pleine de vin, le long de la journée, Je siffle autant que trois.»
SIFFLER, v. a. Dépenser.
Avoir tout sifflé. Être ruiné.
SIFFLER LA LINOTTE, v. a. Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air convenus; faire le pied de grue.
SIFFLET, s. m. Gorge, gosier,--entonnoir à air et à vin.
S'affûter le sifflet. Boire.
On dit aussi Se rincer le sifflet.
Couper le sifflet à quelqu'un. Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu'il a tort de parler, ce qui vaut mieux.
SIGNE D'ARGENT, s. m. Le stercus humain,--dans lequel il est bon de marcher, paraît-il, parce que cela porte bonheur.
SIGNER DES ORTEILS (Se), v. réfl. Se pendre ou être pendu,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou des condamnés.
SILENCE, s. m. Audiencier,--dans l'argot des voyous, habitués de police correctionnelle ou de cour d'assises.
SIME, s. f. Patrouille,--dans l'argot des voleurs.
SIMON, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des ouvriers viveurs.
Aller chez Simon. Aller «où le roi va à pied»,--dans l'argot des bourgeoises.
SIMPLE, s. et adj. Niais,--dans l'argot du peuple, qui a un faible pour les roublards.
Les Anglais ont la même expression: Flat, plat,--nigaud.
SINGE, s. m. Patron,--dans l'argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.
SINGE, s. m. Ouvrier compositeur,--dans l'argot des imprimeurs.
SINGE BOTTÉ, s. m. Homme amusant, gros farceur,--dans l'argot des bourgeoises.
SINGERIES, s. f. Grimaces, mines hypocrites, comédie de la douleur,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les gens simiesques.
SINGULIER PISTOLET, s. m. Homme bizarre, original, qui ne fait rien comme tout le monde, part quand il faudrait rester, et reste quand il faudrait partir.
SINVE, s. m. Homme simple, imbécile, bon à duper,--dans l'argot des voleurs.
Quelques lexicographes de la rue affirment qu'on écrit et prononce sinvre.
Affranchir un sinve. Faire d'un paresseux un voleur, ou d'un débauché un escarpe.
SINVINERIE, s. f. Niaiserie.
SIROP, s. m. Vin,--dans l'argot des faubouriens, qui ont l'honneur de se rencontrer avec Rabelais: «Après s'être bien antidoté l'haleine de sirop vignolat,» dit l'immortel Alcofribas Nasier.
Avoir un coup de sirop de trop. Être ivre.
SIROTER, v. a. Boire plus que de raison.
Signifie aussi Boire à petits coups.
SIROTER, v. n. et a. Nettoyer à fond la tête de quelqu'un, la bien peigner, friser et pommader. Argot des coiffeurs.
SIROTER LE BONHEUR, v. a. Être dans la lune de miel. Argot des faubouriens.
SIROTEUR, s. m. Ivrogne.
SIX, s. f. Une des six chandelles dont se compose un paquet d'une livre.
Brûler des six. N'employer que ces chandelles-là.
SIX-FRANCS, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les habits,--dans l'argot des tailleurs.
SIX-QUATRE-DEUX (A la), adv. Sans soin, sans grâce, à la hâte,--dans l'argot des bourgeois.
SMALA, s. f. Famille, ménage,--dans l'argot des troupiers qui ont fait les campagnes d'Afrique.
Se dit depuis la prise de la smala d'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale.
SNOB, s. m. Fat, ridicule, vaniteux,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression au Livre des Snobs de Thackeray, comme si nous n'avions pas déjà le même mot sous une douzaine de formes.
SNOBISME, s. m. Fatuité, vanité.
SNOBOYE, adj. Parfait, excellent, chocnosof,--dans l'argot des faubouriens.
SOCIÉTÉ DU DOIGT DANS L'OEIL, s. f. Association pour rire, formée par Nadar, dans laquelle on enrégimente à leur insu les gens qui «se fourrent le doigt dans l'œil».
SOCIÉTÉ DU FAUX COL, s. f. Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens pour se débarrasser des raseurs, des importuns, des gêneurs.
Le signe de détresse que font entre eux les membres de la Société du faux col consiste à passer le doigt sur le col de la chemise.
Cette société s'appelle aussi la Société du rachat des captifs.
SODA, s. m. Mélange de sirop de groseille et d'eau de seltz (soda-water).
SOEUR, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des soldats et des voyous, qui, sans s'en douter, se servent du même mot que les Romains, dans le même sens, soror. Les Romains avaient de plus le mâle de la sœur, qui était le frater.
On dit aussi: Nos sœurs du peuple, pour désigner certaines victimes cloîtrées, qui ne se plaignent pas de l'être. Au XVIe siècle, on disait: Nos cousines.
Sœur se trouve, avec cette dernière acception, dans le Dictionnaire de Leroux.
SOEUR, s. f. Fille ou femme,--dans l'argot des francs-maçons.
SOEURS BLANCHES, s. f. pl. Les dents,--dans l'argot des voleurs.
SOIFFARD, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Soiffeur.
SOIFFER, v. n. Boire outre mesure,--sous prétexte de soif.
SOIGNÉ, s. m. Chose de qualité supérieure, vin ou chapeau, tabac ou salade, etc.
SOIGNÉE, s. f. Chose étonnante, difficile à croire; événement extraordinaire.
Signifie aussi elliptiquement. Correction violente,--pile donnée avec soin.
SOIGNER, v. a. Battre quelqu'un avec un soin dont il n'est nullement reconnaissant.
SOIGNER SES ENTRÉES. Se faire applaudir à son entrée en scène par les chevaliers du lustre. Argot des coulisses.
SOIR, s. m. Journal du soir,--dans l'argot des gandins.
Cette ellipse est à la mode depuis quelque temps dans les cafés des boulevards.
SOISSONNAIS, s. m. pl. Haricots,--dans l'argot des voleurs, qui savent que Soissons est la patrie de ce farineux.
SOLDAT DU PAPE, s. m. Mauvais soldat,--dans l'argot du peuple.
SOLDATS, s. m. pl. De l'argent,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que l'argent est le nerf de la guerre.
Dans les Joyeuses Commères de Windsor, Shakespeare fait dire par Falstaff à Ford: Money is a good soldier, Sir, and will on. (L'argent est un bon soldat; il pousse en avant.)
SOLDE, s. m. Restant d'étoffe; coupon,--dans l'argot des marchands.
SOLDE, s. m. Chose de médiocre valeur,--dans l'argot des gens de lettres.
Cigare de solde. Mauvais cigare.
Dîner de solde. Exécrable dîner.
SOLFÉRINO, adj. et s. Couleur rouge violacée, fort à la mode depuis la guerre d'Italie.
SOLIR, v. a. Vendre,--dans l'argot des voleurs.
Solir sur le verbe. Acheter à crédit,--c'est-à-dire sur parole.
SOLITAIRE, s. m. Spectateur qui ne paye sa place que moitié prix, mais à la condition d'entrer au théâtre dans les rangs de la Claque, sans être forcé d'applaudir comme elle. Argot des coulisses.
SOLLICEUR, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs.
Solliceur à la pogne. Marchand, ambulant.
Solliceur de lacets. Gendarme.
Solliceur de loffitudes. Homme de lettres.
SONDE, s. f. Médecin,--dans le même argot.
SONDEUR, adj. et s. Sournois, prudent, malin,--dans l'argot des faubouriens.
Aller en sondeur. S'informer avant d'entreprendre une chose, écouter une conversation avant de s'y mêler.
Père sondeur. Bonhomme rusé, dont personne ne se méfie, et qui se joue de tout le monde.
SONNETTE DE BOIS, s. f. Sonnette d'hôtel garni que l'on bourre de chiffons pour l'empêcher de sonner lorsqu'on veut s'en aller clandestinement.
D'où l'expression Déménager à la sonnette de bois.
SONNETTE DE NUIT, s. f. Houpette de soie blanche que les petites dames portent au capuchon de leurs caracos (1865).
SONNETTES, s. f. pl. Pièces d'or ou d'argent, d'une musique supérieure à celle de Rossini--pour les oreilles des petites dames.
SONNETTES, s. f. pl. Gringuenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. Argot des chasseurs.
SORBONNE, s. f. La tête,--parce qu'elle «médite, raisonne et conseille le crime». Argot des voleurs.
SORCIÈRE, s. f. Femme mal mise ou d'une figure ravagée,--dans l'argot des bourgeoises.
Elles disent aussi Vieille sorcière.
SORGUE, s. f. Nuit,--dans l'argot des voleurs.
Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu'il faut écrire Sorgne.
SORGUER, v. n. Passer la nuit.
SORGUEUR, s. m. Voleur de nuit.
SORTE, s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, balançoire,--dans l'argot des typographes.
SORTIE, s. f. Discours inconvenant; emportement plus ou moins violent. Argot du peuple.
SORTIR, v. a. Transporter un mobilier extra-muros,--dans l'argot des déménageurs.
Le rentrer. Le ramener à Paris.
On dit de même Sortie pour un déménagement extra-muros, et Rentrée pour le contraire.
SORTIR, v. n. Avoir des absences d'esprit, être distrait,--dans l'argot du peuple.
On dit mieux Être sorti ou Être ailleurs, pour n'être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu'on dit autour de soi.
SORTIR, v. n. Être insupportable,--dans l'argot des faubouriens.
Ce verbe ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: il me sort,--c'est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué.
Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent: Il me sort par le cul.
SORTIR D'UNE BOITE, v. n. Être vêtu avec une propreté méticuleuse,--dans l'argot des bourgeois, qui ont des notions de blanchisseuse sur l'élégance.
Ils disent aussi Avoir l'air de sortir d'une boîte.
SORTIR LES PIEDS DEVANT, v. n. Être emporté mort, «cloué sous la lame»,--dans l'argot du peuple, qui sait de quelle façon un cercueil sort d'une maison.
SOT-L'Y-LAISSE, s. m. Le croupion d'une volaille,--dans l'argot des bourgeois.
SOUDRILLARD, s. et adj. Libertin,--dans l'argot des voleurs.
Le vieux français avait Soudrille (soldat, ou plutôt soudard).
SOUFFLANT, s. m. Pistolet,--dans le même argot.
SOUFFLER, v. a. Prendre, s'emparer de quelque chose,--dans l'argot du peuple.
Souffler la maîtresse de quelqu'un. La lui enlever,--et, dans ce cas-là, souffler, c'est jouer... un mauvais tour.
SOUFFLER DES POIS, v. n. Agiter ses lèvres en dormant pour expirer l'air par petits coups secs.
Les étudiants en médecine disent: Fumer sa pipe.
Dans l'argot du peuple, Souffler des pois, c'est Faire l'important.
SOUFFLER SON COPEAU, v. a. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.
SOUFFLET, s. m. Le podex.
SOUFFLEUR DE BOUDIN, s. m. Homme à visage rubicond.
SOUILLON, s. f. Femme malpropre, fille à soldats. C'est la malkin des voyous anglais.
SOUILLOT, s. m. Ivrogne, débauché, arsouille,--dans l'argot des faubouriens.
SOULAGER, v. a. Alléger la poche de son voisin de la montre ou de la bourse qu'elle contenait.
SOULAGER (Se), v. réfl. Meiere. Argot du peuple.
Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.
SOULARD, adj. et s. Ivrogne.
SOÛLER (Se). Se goinfrer de vin ou d'eau-de-vie à en perdre la raison.
SOULEUR, s. f. Frayeur subite et violente, qui remue le cœur et soûle l'esprit au point que, pendant qu'elle dure, on ne sait plus ce que l'on fait.
Faire une souleur à quelqu'un. Lui faire peur.
SOULEVER, v. a. Dérober adroitement,--dans l'argot des faubouriens.
SOULIERS A MUSIQUE, s. m. pl. Qui craquent lorsqu'on les porte pour la première fois.
SOULIERS-SEIZE, s. m. pl. Souliers très étroits (13 et 3),--dans l'argot ridiculement facétieux des bourgeois.
SOULIERS SE LIVRANT A LA BOISSON, s. m. pl. Souliers usés, prenant l'eau,--dans l'argot des faubouriens.
SOULOGRAPHE, s. m. Ivrogne abject. Argot des typographes.
SOULOGRAPHIE, s. m. Ivrognerie dégoûtante.
SOULOGRAPHIER (Se), v. réfl. S'enivrer crapuleusement.
SOUPÇON, s. m. Très petite quantité,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Idée.
SOUPE AU LAIT, s. f. Homme qui s'emporte pour un rien.
SOUPE DE PERROQUET, s. f. Pain trempé dans du vin.
SOUPE-ET-LE-BOEUF (La), Bonheur conjugal,--c'est-à-dire ordinaire.
C'est une expression de la même famille que Pot-au-feu.
SOUPENTE, s. f. Le ventre,--dans l'argot des faubouriens.
Le mot a été recueilli par Traviès.
SOUPE-SEPT-HEURES, s. m. Homme qui a des habitudes de repas régulières,--dans l'argot du peuple, qui, en conservant cette expression, a conservé aussi la coutume qu'elle consacre.
SOUPEUR, s. et adj. Viveur,--dans l'argot des gens de lettres.
SOUPEUSE, s. f. Femme galante qui a pour spécialité de lever les hommes au souper,--c'est-à-dire de faire espalier avec d'autres à la porte des cafés du boulevard, vers les onze heures du soir, afin d'être priée à souper par les gens qui n'aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse a une prime par chaque tête de bétail qu'elle amène au restaurant.
SOUPIER, adj. et s. Grand mangeur de soupe. Argot du peuple.
SOUPIR, s. m. Crepitus ventris,--dans l'argot des bourgeois.
Soupir de Bacchus. Éructation.
SOUPIRER, v. n. Crepitum reddere.
SOUQUER, v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot du peuple.
SOURICIÈRE, s. f. Cabaret suspect où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les agents de police, au courant de leurs habitudes.
Tendre une souricière. Surveiller les abords d'un de ces mauvais lieux-là.
SOURICIÈRE, s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée,--dans l'argot des petites dames, qui savent combien les hommes se laissent prendre à cela.
SOURICIÈRES, s. f. pl. Ce sont, d'après Vidocq, de grandes pièces souterraines dont on peut voir les fenêtres garnies d'énormes barreaux de fer sur le quai de l'Horloge, et dans lesquelles les prévenus extraits des différentes prisons de Paris sont déposés pour attendre le moment de paraître devant le juge d'instruction.
SOURIS, s. f. Baiser sur l'œil,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins de bruit que les autres.
SOUS, s. m. pl. Argent, fortune,--dans l'argot des ouvriers.
Avoir des sous. Être riche.
SOUS DE POCHE, s. m. pl. Monnaie à dépenser,--dans l'argot des collégiens et des grandes personnes qui n'aiment pas à sortir sans argent.
SOUS LE LIT (Être). N'être pas au courant d'un métier ou au fait d'une chose; se tromper. Argot des faubouriens.
SOUS-LIEUTENANT, s. m. Résultat moulé d'une évacuation alvine,--dans l'argot des royalistes ennemis de la première Révolution.
«Je m'accroupis en gémissant Au coin d'une boutique. Je mis bas un sous-lieutenant D'une figure étique?»
dit une chanson du comte Barruel de Beauvert, publiée dans les Nouveaux Actes des Apôtres.
On disait aussi Un représentant.
Avant de s'entre-tuer, les hommes que divisent les opinions politiques s'entre-souillent d'épigrammes ordurières.
SOUS-OFF, s. m. Apocope de Sous-Officier,--dans l'argot des troupiers.
SOUS PRESSE (Être). Être occupée,--dans l'argot de Breda-Street.
SOUSSOUILLE, s. et adj. Débauché, ivrogne, arsouille,--dans l'argot des faubouriens.
SOUTADOS, s. m. Pièce de cinq centimes.
SOUTE AU PAIN, s. f. L'estomac,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
Les ouvriers anglais ont la même expression: Bread-basket (panier au pain), disent-ils.
SOUTELLAS, s. m. Cigare d'un sou,--dans l'argot des voyous qui ont voulu se moquer des panatellas.
SOUTENANTE, s. f. Canne,--dans l'argot des voleurs.
SOUTENEUR, s. m. Homme qui vit aux dépens des filles,--dans l'argot du peuple.
SOUTIRER AU CARAMEL, v. a. Tirer de l'argent de quelqu'un en employant la douceur.
SPECK, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à la langue allemande.
SPEECH, s. m. Discours, bavardage,--dans l'argot du peuple et des gens de lettres.
SPER, s. m. Carreau dont on vient de se servir, mais qui possède encore assez de chaleur pour être de nouveau utilisé.
Expression de l'argot des tailleurs.
SPHINX, s. m. Mets imaginaire comme le monstre auquel fut forcé de répondre OEdipe, et qu'on demande facétieusement dans certains restaurants qui prétendent avoir de tout. Alphonse Karr, ou Méry, eut un jour la curiosité d'en exiger;--«Nous venons de donner la dernière portion,» lui répondit tranquillement le garçon. Léon Gozlan fut plus heureux, ou plus malheureux; il en demanda--et on lui en servit.
SPICKEL, s. f. Épée de fantaisie,--dans l'argot des Polytechniciens, qui l'achètent ordinairement chez le marchand qui porte ce nom, et dont le magasin est rue Saint-Honoré, ou rue Richelieu.
SPIRITE, s. et adj. Homme qui ne croit peut-être pas à Dieu mais qui croit aux esprits, afin de prouver l'insanité du sien.
SPIRITISME, s. m. Dada, à l'usage des gens sérieux qui tiennent à passer pour grotesques. Ils évoquent Voltaire et ils le font parler comme Eugène de Mirecourt.
SPORT, s. m. Science de la haute vie et des nobles amusements, courses, paris, etc.,--dans l'argot des anglomanes.
SPORTIF, IVE, adj. Qui a rapport aux choses du sport.
Mot barbare qui a fait récemment son apparition dans les journaux.
SPORTSMAN, s. m. Homme de cheval, habitué des courses.
SPORTSMANIE, s. f. La manie des courses,--dans l'argot des bourgeois.
STALLE, s. f. Chaise ou fauteuil,--dans l'argot des francs-maçons.
STERLING, adj. Pur, de bon aloi; riche,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas le moins du monde «emprunté ce superlatif au système monétaire anglais», par l'excellente raison que ce «superlatif» a, en anglais, la même signification qu'en français: Sterling wit (esprit de bon aloi), sterling merit (mérite remarquable), disent nos voisins. M. Ch. Nisard s'est trompé.
STICK, s. m. Petite canne,--dans l'argot des «young gentlemen», qui mettent cela dans leur bouche comme un sucre d'orge, au lieu d'appuyer leurs mains dessus comme sur un bâton.
Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du Dictionnaire de l'Académie, plus hospitalier pour les mots anglais que pour les mots français. Même observation à propos de derby, turf, studbook, handicap, steeple-chase, match, etc.
STOCKFISH, s. m. Anglais,--dans l'argot des faubouriens.
STOP! Expression de la langue anglaise qui est passée dans l'argot des canotiers parisiens. Elle signifie, on le sait: «Arrêtez!»
STOPPER, v. n. Arrêter, faire escale.
C'est le verbe anglais To stop.
STROC, s. m. Chopine,--dans l'argot des voleurs.
Demi-stroc. Demi-setier.
On dit aussi Stron.
STUC, s. m. Part d'un vol,--dans l'argot des voleurs, qui doivent s'estimer heureux de ne plus vivre au XVIIIe siècle, à une époque où un arrêt de la Cour du Parlement (22 juillet 1722) condamnait à être rompu vif un sieur Cochois, pour avoir recélé des vols, en avoir eu le stuc, et acheté le stuc des autres.
J'ai vu écrit Lestuc sur feuillet de garde du Langage de l'argot réformé, avec mention du sens dans lequel stuc est employé.
STUCQUER, v. a. et n. Renseigner, styler,--dans l'argot des faubouriens.
Être stuqué. Être instruit.
STYLER QUELQU'UN, v. a. Lui faire la leçon, lui apprendre ce qu'il doit dire ou faire. Argot du peuple.
SUAGE, s. m. Assassinat,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Chauffage.
SUAGEUR, s. m. Chauffeur.
SUBLIME COUP DE L'ÉTRIER, s. m. Le viatique, qu'on donne aux mourants avant leur départ pour le grand voyage,--dans l'argot de lord Pilgrim, aliàs Arsène Houssaye, qui a employé cette expression, d'un goût contestable, à propos des derniers moments de Proudhon.
SUBLIMER, v. n. Travailler avec excès, la nuit spécialement,--dans l'argot des polytechniciens.
SUBLIMER (Se). Se corrompre davantage, mais avec art,--dans l'argot des petites dames, qui ont une façon à elles de s'élever (sublimare).
SUBTILISER, v. a. Dérober quelque chose, une tabatière ou un foulard,--dans l'argot des faubouriens.
SUCCÈS D'ESTIME, s. m. Succès douteux, et pour ainsi dire nul,--dans l'argot des coulisses.
SUCE-LARBIN, s. m. Bureau de placement pour les domestiques--dans l'argot des voleurs.
SUCER LA FINE CÔTELETTE, v. a. Déjeuner à la fourchette.--dans l'argot des faubouriens.
SUCER LA POMME (Se), v. réfl. S'embrasser; se bécotter.
On dit aussi Se sucer le trognon.
SUCER UN VERRE, v. a. Le boire.
SUCEUR, s. m. Parasite, homme qui boit et mange aux dépens des autres. Argot des coulisses.
SUÇON, s. m. Pince faite à même le drap pour obtenir un bombage,--dans l'argot des tailleurs.
SUÇON, s. m. Baiser-ventouse,--dans l'argot des grisettes.
SUÇON, s. m. Sucre d'orge,--dans l'argot des petites dames, habituées des Délass Com, et du théâtre Déjazet.
SUCRE! Exclamation de l'argot des bourgeoises, à qui--naturellement--répugne celle de Cambronne.
SUCRÉE! s. f. Bégueule,--dans l'argot du peuple.
Faire sa sucrée. Se choquer des discours les plus innocents comme s'ils étaient égrillards, et des actions les plus simples comme si elles étaient indécentes.
L'expression est vieille,--comme l'hypocrisie. Perrot d'Ablancourt, dans sa traduction de Lucien, dit: «Et cette petite sucrée de Sapho...»
SUDISTE, s. et adj. Partisan des Etats de l'Union qui ont brisé cette union pour se constituer, sans y réussir, en République à part, dite République du Sud.
On dit aussi Confédéré, Esclavagiste, Sécessionniste et Séparatiste.
SUÉE, s. f. Réprimande,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Peur.
SUÉE DE MONDE, s. f. Foule, grand nombre de personnes.
SUER (Faire). Assassiner,--dans l'argot des voleurs.
Faire suer sur le chêne. Tuer un homme.
SUER (Faire). Ennuyer outrageusement par ce qu'on fait ou par ce qu'on dit; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.
SUER SON ARGENT (Faire). Lui faire rapporter gros; se livrer à l'usure. Argot des bourgeois.
SUER THÉMIS (Faire). Étudier le Code, de manière à pouvoir éluder la loi,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens d'affaires, des avocats marrons.
SUEUR DE CANTONNIER, s. f. Chose rare parce que chère, ou chère parce que rare,--les cantonniers étant connus généralement pour des gens qui en prennent à leur aise.
SUIF, s. m. Réprimande de maître à valet, ou de patron à ouvrier. Argot des faubouriens.
Gober son suif. Recevoir les reproches auxquels on s'attendait.
SUIF, s. m. Graisse, la partie adipeuse du corps humain.
Être tout en suif. Être fort gras.
SUIF, s. m. Argent, beurre.
SUIFFARD, adj. et s. Homme mis avec élégance, avec chic.
SUIFFARD, s. m. Richard.
SUIFFÉ, adj. Soigné, remarquable, très beau.
Femme suiffée. Très jolie ou très bien mise.
SUIFFÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
SUISSE, s. m. Invité, convive,--dans l'argot des troupiers.
Faire Suisse. Boire ou manger seul.
SUISSESSE, s. f. Verre d'absinthe,--dans l'argot des bohèmes.
SUIVEUR, s. m. Galantin de n'importe quel âge, homme qui suit les femmes dans la rue.
Mot créé par Nestor Roqueplan.
SUIVEZ-MOI, JEUNE HOMME, s. m. Rubans très minces et très longs que les petites dames laissent flotter sur leur dos.
SUIVRE LE SOLEIL, v. a. Aller travailler à la journée chez les particuliers,--dans l'argot des tailleurs, qui ont rarement des expressions aussi imagées et aussi poétiques.
SULFATE DE CUIVRE, s. m. Absinthe de cabaret,--dans l'argot des bohèmes, qui n'en sont que plus coupables puisqu'ils boivent obstinément un liquide dont ils connaissent les désastreux effets.
J'ai entendu demander par un ivrogne un verre de sulfate de cuivre et j'ai vu le garçon lui apporter un verre d'absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés rient de leur poison. C'est parfait!
SULTAN (Le). Le public,--dans l'argot des coulisses.
L'expression est juste surtout à propos des actrices, ces odalisques dont les tiroirs regorgent de mouchoirs.
SUPERLIFICOQUENTIEUX, a. Merveilleux, étonnant, inouï,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Superlificoquentiel.
SURBINE, s. f. Surveillance,--dans l'argot des voleurs.
SURETTE, s. f. Pomme,--dans le même argot.
SURGERBER, v. a. Condamner en appel,--dans le même argot.
SURIN, s. m. Couteau,--dans le même argot.
Surin muet. Canne plombée; casse-tête.
SURINER, v. a. Assassiner quelqu'un avec un surin. V. Chouriner.
SURINEUR, s. m. Spécialiste du genre de Lacenaire. V. également Chourineur.
SURJUIN, s. m. Insurgé de juin 1848,--dans l'argot des campagnards de la banlieue de Paris, pour qui un mot nouveau n'est facile à retenir qu'autant qu'il est court et sonore.
SURMOULEUR, s. m. Ecrivain qui, volontairement ou à son insu, pastiche d'autres écrivains, et emploie tout son talent à exagérer les mauvais côtés du talent des autres. Argot des gens de lettres.
SUR-RINCETTE, s. f. Supplément à la rincette,--dans l'argot des bourgeois.
SUR SEIZE! Exclamation de l'argot des calicots, qui l'emploient pour se prévenir mutuellement d'un péril quelconque, comme par exemple de l'arrivée subite du patron, etc.
SYMBOLE, s. m. Crédit chez le marchand de vin,--dans l'argot des typographes, qui veulent sans doute faire allusion à l'œil du fameux triangle maçonnique.
Avoir le symbole. Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.
SYMBOLE, s. m. La tête,--dans l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Chapeau.
SYSTÈME, s. m. L'ensemble des fonctions du corps humain, et, plus spécialement, le système nerveux. Argot du peuple.
Agacer le système. Ennuyer.
Taper sur le système. Agacer les nerfs; exaspérer.
T
TABAC, s. m. Vieil étudiant,--culotté comme une pipe qui a beaucoup servi.
TABAC, s. m. Ennui, misère,--dans l'argot des faubouriens.
Être dans le tabac. Être dans une position critique.
Foutre du tabac à quelqu'un. Le battre--de façon à lui faire éternuer du sang.
Fourrer dans le tabac. Mettre dans l'embarras.
Manufacture de tabac. Caserne.
TABAC DE DÉMOC, s. m. Tabac fait avec les détritus de cigares ramassés par les voyous jeunes et vieux, dont c'est la spécialité.
TABAR, s. m. Manteau,--dans l'argot des voleurs.
Ils disaient autrefois Volant.
TABATIÈRE, s. f. Le podex,--dans l'argot du peuple.
Ouvrir sa tabatière. Faire un sacrifice muet, mais odore, au dieu Crépitus. D'où: Quelle prise!
TABLEAU-RADIS, s. m. Toile qui revient, invendue, du Salon ou de la boutique du marchand. Argot des artistes et des gens de lettres.
On dit de même Livre-radis.
TABLEAUTIN, s. m. Tableau sans valeur.
TABLETTE, s. f. Brique,--dans l'argot des voleurs.
TABLIER DE CUIR, s. m. Cabriolet,--dans l'argot des faubouriens.
TABLIER LÈVE (Le). Se dit--dans l'argot des bourgeois--d'une fille qui ne peut plus dissimuler sa grossesse. Intumescit alvus.
Faire lever le tablier. Engrosser une fille ou une femme.
TACHE D'HUILE, s. f. Accroc à une robe, déchirure d'habit,--dans l'argot du peuple.
TACHE D'HUILE, s. f. Mauvais tour,--crasse impardonnable, ineffaçable, faite par un ami à son ami.
TAF, s. m. Peur,--dans l'argot des voleurs.
Avoir le taf. Avoir peur.
Coller le taf. Faire peur.
On dit aussi Tafferie.
Il n'y a pas à douter que ce mot ne vienne d'une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin: «Les fesses luy font taf taf, ou le cul lui fait tif taf, c'est-à-dire: Il a grand peur, il tremble de peur.»
On dit aussi Taffetas.
Avoir le taffetas du vert. Être frileux, avoir peur du froid.
TAFFER, v. n. Avoir peur,--dans l'argot des faubouriens.
TAFFEUR, s. m. Poltron.
Le Royal-Taffeur. Régiment aux cadres élastiques, où l'on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves de couardise.
TAILLER DES BAVETTES, v. a. Bavarder comme font les commères à la veillée,--dans l'argot du peuple, qui sait que les femmes déchirent plus de réputations à coups de langue qu'elles ne cousent de robes à coups d'aiguille.
TAILLER DES CROUPIÈRES, v. a. Donner de l'inquiétude à son ennemi, le harceler sans cesse.
TAILLER LES MORCEAUX A QUELQU'UN, v. a. Limiter ce qu'il doit manger ou dépenser; lui prescrire ce qu'il doit faire.
TAILLEUSE, s. f. Nom générique de la corporation des tailleurs.
TAIRE SON BEC, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.
TALBIN, s. m. Billet de complaisance,--dans l'argot des voleurs.
Talbin d'altèque. Billet de banque.
Talbin d'encarade. Billet d'entrée dans un théâtre.
TALBIN, s. m. Huissier,--dans le même argot.
TALBINER, v. a. Assigner devant le tribunal.
TALOCHE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.
TALOCHER, v. a. Donner des soufflets.
TALOCHON, s. m. Petite taloche.
TALONNER, v. a. Presser, tourmenter; poursuivre.
TALON ROUGE, s. m. Aristocrate.
Être talon rouge. Avoir la suprême impertinence.
TALONS COURTS (Avoir les). Se dit de toute femme ou fille qui ne sait pas défendre assez vigoureusement son honneur, et qui succombe trop aisément.
TAMBOUILLE, s. f. Ragoût, fricot,--dans l'argot des faubouriens.
Faire sa tambouille. Faire sa cuisine.
TAMBOUR, s. m. Chien,--dans l'argot des voleurs.
Roulement de tambour. Aboiement.
TAMPON, s. m. Poing,--dans l'argot du peuple.
TAMPONNER (Se), v. réfl. Se battre à coups de poing.
On dit aussi Se foutre des coups de tampon.
TANGENTE, s. f. Épée,--dans l'argot des Polytechniciens.
Ils l'appellent aussi: La tangente au point Q.
TANNANT, E, adj. Ennuyeux, assommant,--dans l'argot des faubouriens.
TANNER, v. n. Ennuyer.
TANNER LE CUIR, v. a. Battre quelqu'un à coups redoublés.
Au XVIIe siècle on disait: Faire péter le maroquin.
TANTE, s. f. Individu du troisième sexe,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Tapette.
TANTE (Ma). Mont-de-Piété,--dans l'argot des petites dames et des bohèmes qui croient avoir inventé là une expression bien ingénieuse, et qui se sont contentés de contrefaire une expression belge: car au XIIe siècle, dans le pays wallon, on appelait un usurier mon oncle.
On dit aussi Casino.
TANTINET, adv. Un peu,--dans l'argot du peuple qui emploie ce mot depuis quelques siècles.
On dit aussi TANTET.
TANT QUE TERRE, adv. En abondance, beaucoup.
TAP ou TAPIN, s. m. Poteau du pilori,--dans l'argot des voleurs.
Faire le tapin. Être exposé.
On dit aussi Faire le singe.
TAPAGE, s. m. Amour,--dans l'argot des typographes.
TAPAGEUR, EUSE, adj. Eclatant, voyant, criard,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
Couleurs tapageuses. Couleurs trop vives qui tirent l'œil et l'agacent.
Toilette tapageuse. Toilette d'un luxe de mauvais goût, dressée pour faire retourner les hommes et «crever de jalousie» les femmes.
TAPAMORT, s. m. Tambour,--dans l'argot des voyous.
TAPANCE, s. f. Maîtresse ou femme légitime,--dans l'argot des typographes.
La tapance du meg. La femme du patron.
TAPE, s. f. Coup de la main, à plat ou fermée. Argot du peuple.
TAPÉ, adj. Réussi, émouvant, éloquent,--c'est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et d'hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers et dans les pièces de ses dramaturges.
Tapé dans le nœud. Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.
TAPE-A-L'OEIL, s. m. Homme qui a une pétéchie sur l'œil; chien blanc qui a du poil noir sur les yeux.
TAPECUL, s. m. Voiture mal suspendue qui secoue les voyageurs.
TAPE-CUL, s. m. Planche en équilibre sur laquelle on se balance à deux. Argot des gamins.
TAPEDUR, s. m. Serrurier,--dans l'argot des voleurs.
TAPÉE, s. f. Foule, grande réunion de personnes,--dans l'argot des faubouriens.
TAPER, v. a. Frapper, battre.
TAPER, v. a. et n. Permolere uxorem, quamlibet aliam,--dans l'argot des typographes.
TAPER, v. a. Demander de l'argent,--dans l'argot des ouvriers.
Taper son patron de vingt francs. Lui demander une avance d'un louis.
TAPER, v. n. Prendre sans choisir,--dans l'argot des faubouriens.
Taper dans le tas. Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes.
Taper sur les vivres. Se jeter avec avidité sur les plats d'une table; manger gloutonnement.
Taper sur le liquide. S'empresser de boire.
TAPER DANS LE TAS. Avoir de la rondeur dans les allures, de la franchise dans le caractère.
TAPER DANS L'OEIL, v. a. Séduire,--en parlant des choses et des femmes.
TAPER DE L'OEIL, v. n. Dormir.
L'expression est plus vieille qu'on ne serait tenté de le croire, car on la trouve dans les OEuvres du comte de Caylus (Histoire de Guillaume Cocher).
TAPER SUR LA BOULE, v. a. Griser, étourdir, à propos d'un liquide.
TAPETTE, s. f. Verve, entrain, platine.
Avoir une fière tapette. Être grand parleur,--ou plutôt grand bavard.
TAPETTE, s. f. Individu faisant partie du troisième sexe.
TAPIN, s. m. Tambour,--dans l'argot des troupiers.
Le mot a au moins cent ans de bouteille.
TAPIQUER, v. n. Habiter,--dans l'argot des voleurs.
TAPIS, s. m. Conversation, causerie,--dans l'argot des bourgeois.
Être sur le tapis. Être l'objet d'une causerie, le sujet d'une conversation.
Amuser le tapis. Distraire d'une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.
TAPIS, s. m. Cabaret, auberge, hôtel,--dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de la langue romane, tapinet (lieu secret), dont on a fait tapinois.
Ils disent aussi Tapis franc, c'est-à dire Cabaret d'affranchis.
Tapis de grives. Cantine de caserne.
Tapis de malades. Cantine de prison.
Tapis de refaite. Table d'hôte.
TAPIS BLEU, s. m. Paradis,--dans l'argot des faubouriens, qui voient par avance le dedans du ciel semblable au dehors.
TAPIS BRÛLE (Le). Expression de l'argot des joueurs, pour exciter quelqu'un à se mettre au jeu.
TAPIS DE PIED, s. m. Courtisan,--dans l'argot énergique du peuple, qui sait que les gens qui veulent parvenir essuient sans murmurer, de la part des gens parvenus, toutes les humiliations et toutes les mortifications.
Il dit aussi Lèche-tout.
TAPISSERIE, s. f. Femmes laides ou vieilles qu'on n'invite pas à danser,--dans l'argot des bourgeois.
Faire tapisserie. Regarder faire, ou écouter parler les autres.
TAPISSERIE (Avoir de la). Avoir beaucoup de figures en main,--dans l'argot des joueurs.
TAPISSIER, s. m. Cabaretier.
TAPIS VERT, s. m. Tripot,--dans l'argot des voleurs et des bourgeois.
Jardiner sur le tapis vert. Jouer dans un tripot.
TAPON, s. m. Amas de choses,--et spécialement d'étoffes, de chiffons. Argot du peuple.
Mettre sa cravate en tapon. La chiffonner, la mettre sans goût, comme si c'était un chiffon.
L'expression sort évidemment du vocabulaire des marins, qui appellent Tapon une pièce de liège avec laquelle on bouche l'âme des canons pour empêcher l'eau d'y entrer.
TAPOTER DU PIANO. Toucher médiocrement du piano. Argot des bourgeois.
TAPOTEUR DE PIANO, s. m. Pianiste médiocre.
TAPOTEUSE DE PIANO. Femme qui fait des gammes.
TAPPE, s. f. La marque qu'on appliquait avant 1830 sur l'épaule des condamnés aux travaux forcés.
TAQUER, v. a. Hausser,--dans l'argot des voleurs.
TARAUDER, v. n. Faire un bruit agaçant en remuant mal à propos des meubles, en secouant des tiroirs, etc. Argot du peuple.
TARAUDER, v. a. Battre, donner des coups,--dans l'argot des faubouriens.
TARD-A-LA-SOUPE, s. m. Convive qui se fait attendre,--dans l'argot du peuple.
TAROQUE, s. f. Marque du linge,--dans l'argot des voleurs.
TAROQUER, v. a. Marquer.
TARTARE, s. m. Apprenti; médiocre ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi Chasseur.
TARTARE, s. m. Fausse nouvelle, canard politique,--dans l'argot des journalistes et des boursiers.
Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l'Alma fût connu, le bruit courut,--et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir qu'un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d'Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.
TARTE, adj. Qualité bonne ou mauvaise d'une chose,--dans l'argot des voleurs.
TARTE BOURBONNAISE, s. f. Résultat du verbe alvum deponere,--dans l'argot du peuple, qui a la plaisanterie fécale.
Il a pour excuse l'exemple de Rabelais (Pantagruel, liv. II, chap. XVI).
TARTINE, s. f. Article bon ou mauvais, mais surtout mauvais. Argot des journalistes.
Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse.
Débiter des tartines. Parler longtemps.
TARTINER, v. n. et a. Ecrire des articles.
Tartiner une brochure. La rédiger.
TARTINES, s. f. pl. Souliers éculés, pantoufles,--dans l'argot des voyous.
TARTIR, v. n. Levare ventris onus,--dans l'argot des voleurs.
TAS DE PIERRES, s. m. Prison,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Boîte aux cailloux.
TATA, s. f. Tante,--dans l'argot des enfants.
C'est également le mot qu'ils répètent le plus souvent pour appeler leur père. On le retrouve jusque dans les épigrammes de Martial.
TATA, s. f. Femme plus bavarde que ne le permet son sexe; belle diseuse de riens; précieuse; mijaurée.
Faire sa tata. Se donner de l'importance; être une commère écoutée.
TATE-POULE, s. m. Innocent, et même imbécile.
Se dit aussi d'un Homme qui s'amuse aux menus soins du ménage.
TATER, v. a. et n. Peloter.
TATEUR, s. m. Peloteur.
TATEZ-Y, s. m. Croix à la Jeannette, ou petit cœur d'or qui pend sur la gorge des demoiselles et même des dames.
TATILLON, s. et adj. Homme méticuleux à l'excès, s'occupant de riens comme s'ils étaient importants et négligeant les choses importantes pour des riens. Argot du peuple.
On dit aussi Tatillonneur.
L'expression a une centaine d'années de bouteille.
TATILLONNER, v. n. S'occuper de choses qui n'ont pas d'importance; faire la mouche du coche.
TATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens.
TATOUILLER, v. a. Battre, donner des coups.
TAUDE, s. f. Apocope de Taudion,--dans l'argot des voyous.
TAUDION, s. m. Endroit quelconque; logement malpropre, taudis. Argot des faubouriens.
TAULE, s. m. Le bourreau,--d'après Victor Hugo, à qui j'en laisse la responsabilité.
TAULE ou TÔLE, s. f. Maison,--dans l'argot des voleurs et des voyous.
C'est la piaule, moins les enfants.
TAUPAGE, s. m. Egoïsme, existence cachée,--dans le même argot.
TAUPE, s. f. Fille de mauvaises mœurs,--dans l'argot peu chrétien des bourgeois.
On dit aussi gaupe.
TAUPER, v. a. et n. Battre, Accabler de coups,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Tauper dessus.
TAUPER, v. n. Travailler,--dans l'argot des faubouriens.
TAUPIER, s. m. Egoïste.
TAUPIN, s. m. Candidat à l'Ecole polytechnique,--peut-être parce qu'on a remarqué que la plupart des jeunes gens qui se destinent à cette école, travailleurs plus acharnés que les autres avaient de bonne heure la vue aussi faible que celle des taupes.
Taupin carré. Taupin de 2e année.
Taupin cube. Taupin de 3e année.
TAUPIN VAUT MAROTTE. Se dit ironiquement--dans l'argot du peuple--de deux personnes qui ont les mêmes vices ou la même laideur physique.
On dit aussi Taupin vaut Taupine.
TEIGNE, s. f. Fille ou femme acariâtre, hargneuse dont on ne peut pas se débarrasser.
On dit aussi Gale.
TEINTÉ (Être). Commencer à être gris,--dans l'argot des ouvriers.
TEINTURIER, s. m. Homme de lettres qui met en français un travail littéraire fait par un illettré, et lui donne du style, de la poésie, de la couleur.
Il y a aussi les teinturiers politiques, c'est-à-dire des gens supérieurs que les hommes d'Etat inférieurs s'attachent par tous les moyens pour profiter de leurs lumières et s'assimiler leurs talents.
Voltaire a employé ce mot, très clair, très significatif.
TEMPLE, s, m. Salle de réunion,--dans l'argot des francs-maçons.
TEMPLE, s. m. Manteau,--dans l'argot des faubouriens.
TEMPS DE BÛCHE, s. m. Epoque qui précède les examens,--dans l'argot des étudiants.
TEMPS DE CHIEN. Mauvais temps, pluie ou neige,--temps à ne pas mettre un chien dehors. Argot du peuple.
TEMPS DE DEMOISELLE, s. m. Quand il ne fait ni pluie ni soleil, ni poussière ni vent.
TEMPS SALÉ, s. m. Temps chaud, qui fait boire.
TENDRE LA PERCHE, v. a. Venir en aide à quelqu'un qui se trouble dans une conversation ou dans un discours.
TENDRON, s. m. Grisette, jeune fille à laquelle il est permis de manquer de respect,--dans l'argot des bourgeois.
TENIR (En). Avoir de l'amour pour quelqu'un,--dans l'argot des bourgeois.
TENIR A 40 SOUS AVEC SON CROQUE-MORT (Se). Se débattre dans l'agonie, ne pas vouloir mourir.
Cette expression, aussi cynique que sinistre, est du pur argot de voyou. Si je ne l'avais entendue de mes oreilles, je l'aurais crue inventée.
TENIR A QUATRE (Se). Se contenir tout en enrageant; ne pas oser éclater. Argot du peuple.
On dit aussi Être à genoux devant sa patience.
TENIR BIEN SUR SES ANCRES, v. n. Être en bonne santé,--dans l'argot des marins.
TENIR LA CHANDELLE, v. a. Être témoin du bonheur des autres, sans en avoir sa part; servir, sans le savoir, ou le sachant, une intrigue quelconque. Argot du peuple.
TENIR LA CORDE, v. a. Être le succès, le héros du jour,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux sportsmen.
TENIR SUR LES FONTS. Déposer comme témoin contre un accusé,--dans l'argot des voleurs.
(V. Parrain.)
TENUE, s. f. Assemblée, réunion,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Convent,--mais surtout à propos de réunions d'un caractère particulier, plus solennel que les tenues.
Tenue d'obligation. Jour fixé pour les assemblées de la loge.
Tenue extraordinaire. Réunion pour une fête d'adoption, pour une réception d'urgence, etc.
TERNAUX, s. m. Cachemire français,--dans l'argot des lorettes, qui ne savaient pas que ce nom de choses est un nom d'homme, celui d'un industriel qui le premier en France entreprit de fabriquer des châles avec la laine d'un troupeau de chèvres du Tibet amenées en 1818 à ses frais.
TERREAU, s. m. Tabac à priser,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.
TERRER, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs, pour qui c'est une façon de mettre en terre les gens qui les gênent.
Le patois normand a Terrage pour Enterrement.
TERRION, s. m. Habitant du continent,--dans l'argot des marins.
On dit aussi Terrien.
TÉSIÈRE, pron. pers. Toi,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Tésigue, Tésigo et Tésingard.
TESSON, s. m. La tête,--dans l'argot des voyous.
Nib de douilles sur le tesson. Pas de cheveux sur la tête.
TÉTAIS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des enfants, qui conservent longtemps aux lèvres, avec les premières gouttes de lait bues, les premiers mots bégayés.
Ils disent Tettes.
TÉTARD, s. et adj. Entêté,--dans l'argot des faubouriens.
TÉTASSES, s. f. pl. Seins de fâcheuse apparence,--dans l'argot irrévérencieux du peuple, qui dit cela depuis longtemps comme en témoigne cette épigramme de Tabourot des Accords:
«Jeannette à la grand'tetasse Aux bains voulut une fois Enarrher pour deux la place: On luy fit payer pour trois.»
On dit aussi Calebasses.
TÉTASSIÈRE, s. f. Femme dont la gorge n'a aucun rapport avec celle de la Vénus de Milo.
L'expression se trouve aussi dans Tabourot.
TÊTE, s. f. Air, physionomie.
Avoir une tête. Avoir de la physionomie, de l'originalité dans le visage.
TÊTE, s. f. Air rogue, orgueilleux, prétentieux, de mauvaise humeur.
Faire sa tête. Faire le dédaigneux; se donner des airs de grand seigneur ou de grande dame.
TÊTE CARRÉE, s. f. Allemand ou Alsacien.
On dit aussi Tête de choucroute.
TÊTE D'ACAJOU, s. f. Nègre.
TÊTE DE BUIS, s. f. Crâne complètement chauve.
TÊTE DE HOLZ, s. f. Allemand,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui croient que les braves Teutons ont la tête dure comme du bois.
TÊTE DE TURC, s. f. Homme connu par ses mœurs timides et par son courage de lièvre, sur lequel on s'exerce à l'épigramme, à l'ironie, à l'impertinence,--et même à l'injure,--assuré qu'on est qu'il ne protestera pas, ne réclamera pas, ne régimbera pas, et ne vous cassera pas les reins d'un coup de canne ou la tête d'un coup de pistolet.
C'est une expression de l'argot des gens de lettres, qui l'ont empruntée aux saltimbanques.
TÉTER, v. n. Vider une bouteille, dans l'argot du peuple, qui prétend que le vin est «le lait des vieillards». Oui, des vieillards--et surtout des adultes.
TÊTES DE CLOU, s. f. pl. Caractères déformés par un long usage. Argot des typographes.
TETINES, s. f. pl. Gorge avachie,--sumen plutôt qu'uber. Argot des faubouriens.
Nous sommes loin du
«Tétin, qui fait honte à la rose, Tétin, plus beau que nulle chose,»
de Clément Marot.
TETONNIÈRE, s. f. Femme ou fille que la Nature a richement avantagée,--dans l'argot du peuple, fidèle à sa langue nourricière.
TETONS, s. m. pl. La gorge de la femme.
Tetons de satin blanc tout neufs. Virgo pulchro pectore.
C'est un vers de Marot resté dans la circulation.
TETTES, s. f. pl. Seins,--dans l'argot des enfants.
Ce sont autant les mamillæ que les papillæ.
TÊTUE, s. f. Épingle,--dans l'argot des voleurs.
THÉÂTRE ROUGE, s. m. La guillotine,--dans l'argot des révolutionnaires un peu trop avancés.
«Demain, relâche au Théâtre rouge,» écrivait à Lebon Duhaut-Pas, un de ses émissaires.
THÉ DE LA MÈRE GIBOU, s. m. Mélange insensé de choses et de mots; discours incohérent; pièce invraisemblable. Argot des coulisses.
THÉMIS, s. f. La Justice,--dans l'argot des Académiciens.
THÊTA X, s. m. Élève de seconde année,--dans l'argot des Polytechniciens.
On l'appelle aussi Ancien.
THOMAIN, s. m. Mauvais rôle,--dans l'argot des coulisses, où l'on a trouvé sans doute panne bien usée.
THOMAS, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,--dans l'argot du peuple.
Passer la jambe à Thomas. Vider le goguenot.
La veuve Thomas. La chaise percée.
THUNE, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Thune de cinq balles.
TIC, s. m. Manie, toquade,--dans l'argot du peuple.
L'expression a des cheveux blancs.
TICHE, s. f. Bénéfices plus ou moins réguliers,--dans l'argot des commis de nouveautés.
TICKET, s. m. Billet de chemin de fer,--dans l'argot des gandins, anglomanes par genre.
Pourquoi alors ne disent-ils pas aussi single ticket (billet simple) et return ticket (billet d'aller et de retour)?
TIERS ET LE QUART (Le). Celui-ci et celui-là, les premiers venus,--unusquisque. Argot des bourgeois.
Médire du tiers et du quart. Médire de son prochain.
TIGNASSE, s. f. Chevelure abondante, épaisse, bien ou mal peignée,--dans l'argot du peuple, pour qui ces chevelures-là sont autant de nids à teigne.
A signifié au début Perruque.
On dit aussi Tignon.
TIGNE, s. f. Foule,--dans l'argot des voleurs.
S'ébattre dans la tigne. Chercher à voler dans la foule.
Signifie aussi Réunion, Cénacle.
Quelques Vaugelas de la Roquette veulent qu'on écrive Tine.
TIGRE, s. m. Groom, petit gamin en livrée,--dans l'argot des fashionables.
TIGRE, s. m. Rat, qui commence à sortir de la foule et devient troisième, puis second, puis premier sujet de la danse. Argot des coulisses.
TIMBALLE (La). Dîner mensuel des artistes du théâtre de l'Opéra-Comique. Il a lieu le troisième jeudi de chaque mois.
TIMBRÉ, adj. et s. Fou, maniaque, excentrique,--dans l'argot des bourgeois.
Grand timbré. Extravagant aimable, fou plaisant.
A l'origine, cette expression signifiait juste le contraire de ce qu'elle signifie aujourd'hui: un nomme timbré était un sage, un homme ayant bonne tête.
TIMBRE-POSTE, s. m. Cartouche,--dans l'argot des chasseurs.
Est-ce parce que chaque cartouche revient à vingt centimes environ, ou parce qu'elle sert à marquer le gibier?
TINETTE, s. f. Hotte en bois qui sert aux vidangeurs pour monter les matières solides d'une fosse.
Chevalier de la tinette. Vidangeur.
TINETTE, s. f. Bouche à l'haleine déplorable, sœur de celle à propos de laquelle Martial dit (Lib. I, ep. 51):
«_Os et labra tibi lingit, Manuella, catellus, Nil mirum merdas si libet esse cani._»
TINTOUIN, s. m. Souci, tracas d'esprit; embarras d'argent ou d'affaire,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.
TINTOUINER (Se), v. réfl. Se mettre martel en tête; se chagriner à propos de rien ou de quelque chose.
TIRAGE, s. m. Difficulté, obstacle, rémora.
Il y aura du tirage dans cette affaire. On ne la mènera pas à bonne fin sans peine.
TIRANTES, s. f. pl. Jarretières,--dans l'argot des voleurs.
TIRANTS, s. m. pl. Bas,--dans le même argot.
Tirants radoucis. Bas de soie.
Tirants de trimilet. Bas de fil.
Tirants de filsangue. Bas de filoselle.
TIRÉ A QUATRE ÉPINGLES (Être). Être vêtu avec un soin et une recherche remarquables,--dans l'argot des bourgeois, pour qui «avoir l'air de sortir d'une boîte» est le dernier mot du dandysme.
TIRE-BOGUE, s. m. Voleur qui a la spécialité des montres.
TIRE-JUS, s. m. Mouchoir de poche,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Tire-moelle.
TIREJUTER, (Se). Se moucher.
TIRE-LARIGOT (A), adv. Abondamment, beaucoup,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Rabelais.
Si j'étymologisais un peu?
Larigot était jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une petite flûte, Arigot; d'autant plus une flûte que souvent on employait ce mot au figuré dans un sens excessivement gaillard. (V. Saint-Amant). Donc, Boire à tire-larigot, c'était, c'est encore Boire de grands verres de vin hauts comme de petites flûtes.
On a étendu le sens de cette expression: on ne boit pas seulement à tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire-larigot.
TIRE-LIARD, s. m. Avare.
TIRELIRE, s. f. Le podex,--dans l'argot ironique des ouvriers.
TIRELIRE, s. f. La tête,--où se mettent les économies de l'Étude et de l'Expérience. Argot des faubouriens.
TIRE-MOLARD, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voyous.
TIRER, v. a. Peindre, spécialement le portrait,--dans l'argot du peuple.
TIRER (Se la), v. réfl. Fuir.
TIRER A BOULETS ROUGES SUR QUELQU'UN, v. n. Le poursuivre inexorablement, lui envoyer des monceaux de papier timbré,--dans l'argot des bourgeois, qui deviennent corsaires avec les flibustiers.
On dit aussi Poursuivre à boulets rouges.
TIRER A LA LIGNE, v. n. Ecrire des phrases inutiles, abuser du dialogue pour allonger un article ou un roman payé à tant la ligne,--dans l'argot des gens de lettres, qui n'y tireront jamais avec autant d'art, d'esprit et d'aplomb qu'Alexandre Dumas, le roi du genre.
TIRER AUX GRENADIERS, v. n. Emprunter de l'argent à quelqu'un en inventant une histoire quelconque,--dans l'argot du peuple.
TIRER DE LONGUEUR (Se). Se dit--dans l'argot des faubouriens--d'une chose qui tarde à venir, d'une affaire qui a de la peine à aboutir, d'une histoire qui n'en finit pas.
TIRER D'ÉPAISSEUR (Se), v. réfl. Se tirer d'un mauvais pas,--dans l'argot des ouvriers.
Signifie aussi diminuer,--en parlant d'une besogne commencée.
TIRER DES PIEDS (Se), v. réfl. S'en aller, s'enfuir.
TIRER LA DROITE, v. a. Traîner la jambe droite par habitude de la manicle qu'elle a portée au bagne,--dans l'argot des agents de police, qui se servent de ce diagnostic pour reconnaître un ancien forçat.
TIRER LA LANGUE, v. a. Être extrêmement pauvre,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Tirer la langue d'un pied.
TIRER LE CANON, v. a. Conjuguer le verbe pedere,--dans le même argot.
On dit aussi Tirer le canon d'alarme.
TIRER LE CHAUSSON, v. a. S'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi se battre.
TIRER LE DIABLE PAR LA QUEUE, v. a. Mener une vie besogneuse d'où les billets de banque sont absents, remplacés qu'ils sont par des billets impayés. Argot des bohèmes.
On dit aussi Tirer la Ficelle ou la corde.
TIRER LES PATTES (Se), v. réfl. S'ennuyer,--dans l'argot des typographes, à qui il répugne probablement de s'étirer les bras.
TIRER SA COUPE. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
TIRER SA LONGE, v. a. Marcher avec difficulté par fatigue ou par vieillesse,--dans l'argot des faubouriens.
TIRER SES GUÊTRES, v. a. S'en aller de quelque part, s'enfuir,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois Tirer ses grègues.
TIRER SON PLAN. Faire son temps de prison ou de bagne,--dans l'argot des voleurs.
TIRER UNE DENT, v. a. Escroquer de l'argent à quelqu'un en lui contant une histoire.
TIREUR, s. m. Pick-pocket.
TIREUSE DE VINAIGRE, s. f. Femme de mauvaises mœurs; drôlesse,--dans l'argot du peuple.
TIROIR DE L'OEIL, s. m. Celui qui contient le produit de la gratte,--dans l'argot des tailleurs.
TISANIER, s. m. Infirmier d'hôpital, chargé de distribuer la tisane aux malades.
TITI, s. m. Gamin, voyou,--dans l'argot des gens de lettres.
TOC, s. m. Cuivre,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Bijoux faux.
TOC, adj. et s. Laid; mauvais--en parlant des gens et des choses. Argot des petites dames et des bohèmes.
C'est toc. Ce n'est pas spirituel.
Femme toc. Qui n'est pas belle.
TOCANDINE, s. f. Femme entretenue; drôlesse à la mode,--toquée.
Le mot date de 1856-57.
TOCARD, s. m. Vieux galantin.
TOCARDE, s. f. Vieille coquette.
TOCASSE, adj. Méchant,--dans l'argot des voleurs.
TOCASSERIE, s. f. Méchanceté.
TOCASSON, s. f. Femme laide, ridicule et prétentieuse,--dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussi Tocassonne.
TOILE D'EMBALLAGE, s. f. Linceul,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion à la serpillière de l'hôpital.
TOILES SE TOUCHENT (Les) Se dit--dans l'argot du peuple--lorsqu'on n'a pas d'argent en poche.
TOILETTE, s. f. Morceau de serge verte dans lequel les cordonniers enveloppent les souliers qu'ils portent à leurs pratiques: morceau de percaline noire dans lequel les tailleurs enveloppent les vêtements qu'ils portent à leurs clients.
TOILETTE, s. f. Coupe des cheveux et de la barbe des condamnés à mort,--dans l'argot des prisons.
On dit aussi Fatale toilette.
TOISER, v. a. Juger des qualités ou des vices de quelqu'un,--dans l'argot du peuple, pour qui un homme toisé est un homme jugé et souvent condamné.
TOISON, s. f. Chevelure opulente, absalonienne,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais: «Comme tomba la rousée sus la toison de Gédéon,» dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au dessus de sa tête. (Liv. IV, ch. LV.)
Signifie aussi Pudenda mulieris.
TOITURE, s, f. Chapeau, coiffure quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
TOLÈDE (De). Excellent, de premier choix,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela à propos de tout, en souvenir ironique des fameuses lames de Tolède des Romantiques.
TOLLARD, s. m. Bureau,--dans l'argot des voleurs.
TOMBEAU, s. m. Le lit,--dans l'argot des ouvriers, qui s'y enterrent chaque soir avec plaisir, et s'en relèvent chaque matin avec ennui.
TOMBER, v. a. Faire tomber; terrasser;--dans l'argot des amis du pugilat.
TOMBER, v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures,--dans l'argot des gens de lettres.
TOMBER A PIC, v. n. Arriver à propos,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression aussi bien à propos des gens que des choses.
TOMBER DANS LE BOEUF, v. n. Devenir pauvre, misérable,--dans l'argot des ouvriers.
TOMBER DE LA POÊLE DANS LA BRAISE, v. n. N'éviter un petit ennui que pour tomber dans un plus grand; n'avoir pas de chance. Argot du peuple.
C'est l'Incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdim des lettrés.
TOMBER DESSUS, v. n. Maltraiter en paroles ou en action.
TOMBER EN FIGURE. Se trouver face à face avec un individu qu'on cherche à éviter, ennemi ou créancier.
TOMBER MALADE, v. n. Être arrêté. Argot des voleurs.
TOMBER PILE, v. n. Choir sur le dos. Argot du peuple.
TOMBER SOUS LA COUPE DE QUELQU'UN, v. n. Être à sa merci; vivre sous sa dépendance.
TOMBER SUR LE DOS ET SE CASSER LE NEZ. Se dit d'un homme à qui rien ne réussit.
TOMBER SUR LE DOS ET SE FAIRE UNE BOSSE AU VENTRE. Se dit d'une jeune fille qui, comme Ève, a mordu dans la fatale pomme, et, comme elle, en a eu une indigestion de neuf mois.
TOMBER SUR UN COUP DE POING. Recevoir un coup de poing sur le visage et mettre les avaries qui en résultent sur le compte d'une chute.
TOMBER UNE BOUTEILLE. La vider, la boire.
TOMBEUR, s. m. Lutteur; homme qui tombe ses rivaux.
TOMBEUR, s. m. Acteur plus que médiocre, et, à cause de cela, habitué à compromettre le succès des pièces dans lesquelles il joue. Argot des coulisses.
TOMBEUR, s. m. Éreinteur, journaliste hargneux.
TONDEUR D'OEUFS, s. m. Homme méticuleux, tracassier, insupportable par ses minuties, par sa recherche continuelle de la petite bête. Argot du peuple.
TONDRE, v. a. Tailler les cheveux, les raser,--dans l'argot du peuple, qui prend les hommes pour des chiens et les industriels à sellette du Pont-Neuf pour des Figaros.
C'est ainsi que les vieux grognards, par une sorte d'irrévérence amicale, appelaient Napoléon le Petit Tondu...
La Fontaine a employé cette expression dans un de ses Contes:
«Incontinent de la main du monarque Il se sent tondre...»
Au fait, pourquoi rougirait-on de dire Tondre, puisque l'on ne rougit pas de dire Tonsure?
TONNEAU, s. m. Degré; qualité d'une chose ou d'une personne, ironiquement.
Être d'un bon tonneau. Être ridicule.
TONNER, v. n. Crepitare,--dans l'argot facétieux des petits bourgeois.
TONISSIME, PRONOM PERS. INVENTÉ PAR NADAR, qui ne peut se décider à vostrissimer les gens qu'il connaît.
TONTON, s. m. Oncle,--dans l'argot des enfants.
TOPER, v. n. Consentir à quelque chose,--dans l'argot du peuple.
TOPER, v. n. Questionner un compagnon qu'on rencontre,--dans l'argot des ouvriers qui font leur tour de France.
TOPO, s. m. Plan topographique,--dans l'argot des officiers d'état-major.
Se dit aussi pour Officier d'état-major.
TOQUADE, s. f. Manie, dada.
TOQUADE, s. f. Inclination, caprice,--dans l'argot de Breda-Street.
TOQUADEUSE, s. f. Drôlesse qui s'amuse à la moutarde du sentiment au lieu de songer aux protecteurs sérieux.
TOQUANTE, s. f. Montre,--dans l'argot des faubouriens, à qui Vadé a emprunté cette expression:
«Il avait la semaine Deux fois du linge blanc, Et, comme un capitaine, La toquante d'argent.»
Les voleurs disaient autrefois Toque, une onomatopée--tic-toc.
TOQUÉ, adj. et s. Fou plus ou moins supportable; maniaque plus ou moins aimable; original. Argot du peuple.
Le patois normand a Toquard pour Têtu.
TOQUEMANN, s. m. Excentrique, extravagant, toqué,--dans l'argot des petites dames.
TOQUER (Se), v. réfl. S'enthousiasmer pour quelqu'un ou pour quelque chose; s'éprendre subitement d'amour pour un homme ou pour une femme.
TORCHE-CUL, s. m. Journal,--dans l'argot du peuple, qui ne prise la politique et la littérature que comme aniterges.
TORCHER (Se), v. réfl. Se battre.
TORCHER (Se). Se servir d'une aniterge.
TORCHER DE LA TOILE, v. a. Se hâter de faire une chose, aller rapidement vers un but,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
TORCHER LE CUL DE... (Se). Faire peu de cas, mépriser profondément,--dans l'argot du peuple, qui, par une hyperbole un peu forte, dit cela à propos des gens comme à propos des choses.
TORCHER LE NEZ (S'en). Se passer d'une chose.
TORCHON BRÛLE (Le). Se dit de deux amants qui se boudent, ou de deux amis qui sont sur le point de se fâcher.
TORDRE LE COU A UNE BOUTEILLE. La boire,--dans l'argot du peuple.
TORDRE LE COU A UN LAPIN. Le manger.
TORD-BOYAUX, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
TORGNOLE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple.
TORPIAUDE, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot des paysans de la banlieue.
TORPILLE, s. f. Femme galante. Circé parisienne qui ravit les hommes et les change en bêtes.
Le mot est de H. de Balzac, qui l'a appliqué à une de ses héroïnes, la courtisane Esther.
Torpille d'occasion. Fille de trottoir.
TORSE, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens.
Se rebomber le torse. Manger copieusement.
Se velouter le torse. Boire un canon de vin ou d'eau-de-vie.
TORSE, s. m. Tournure, élégance,--dans l'argot des artistes et des gens de lettres.
Poser pour le torse. Marcher en rejetant la poitrine en avant pour montrer aux hommes, quand on est femme, combien on est avantagée, ou pour montrer aux femmes quand on est homme, quel gaillard solide on est.
TORSEUR, s. m. Homme qui fait des effets de torse.
Expression créée par N. Roqueplan.
TORTILLARD, s. m. Fil de fer,--dans l'argot des voleurs.
TORTILLARD, s. m. Boiteux,--dans l'argot des faubouriens.
TORTILLER, v. a. et n. Manger.
TORTILLER, v. n. Faire des façons, hésiter,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie jamais ce verbe qu'avec la négative.
Il n'y a pas à tortiller. Il faut se décider tout de suite.
On dit aussi Il n'y a pas à tortiller des fesses ou du cul.
TORTILLER, v. n. Avouer, dans l'argot des voleurs.
TORTILLER DE L'OEIL, v. n. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Tourner de l'œil et Être tortillé.
TORTILLETTE, s. f. Bastringueuse, fille qui se déhanche exagérément en dansant.
Se dit aussi d'une Petite dame qui tortille de la crinoline en marchant, pour allumer les hommes qui la suivent.
TORTILLON, s. m. Petite servante, fillette.
TORTORER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
TORTU (Le), s. m. Le vin,--dans l'argot des voleurs, qui, fils de la terre pour la plupart, savent que la vigne est une plante sarmenteuse, contournée, torte, et qui ont voulu donner son nom à son produit.
TOUCHE, s. f. Physionomie, façon d'être, allure,--dans l'argot du peuple, qui emploie ordinairement ce mot en mauvaise part.
Bonne touche. Tête grotesque.
Avoir une sacrée touche. Être habillé ridiculement ou pauvrement.
TOUCHE, s. f. Coup de poing ou coup de couteau.
TOUCHÉ, adj. Réussi, éloquent,--dans l'argot des faubouriens et des gens de lettres.
Article touché. Bien écrit.
Parole touchée. Impertinence bien dite.
TOUCHER LES FRISES. Obtenir un grand succès, s'élever à une grande hauteur tragique ou comique. Argot des coulisses.
TOUCHER SON PRÊT, v. a. Être l'amant en titre d'une fille,--dans l'argot des souteneurs, qui ne craignent pas de faire leur soupe avec cette marmite.
On dit aussi Aller aux épinards.
TOUILLAUD, adj. et s. Gaillard, et même paillard. Argot du peuple.
TOUILLER, v. a. et n. Remuer, agiter un liquide,--dans l'argot du peuple.
C'est une expression provinciale.
TOUPET, s. m. Aplomb, effronterie.
Payer de toupet. Ne pas craindre de faire une chose.
TOUPET, s. m. La tête.
Se foutre dans le toupet. S'imaginer, s'entêter à croire.
TOUPIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui tourne au gré du premier venu,--dans l'argot du peuple, cruel pour les drôlesses, ses filles.
Les voyous anglais emploient la même expression (gig) à propos des mêmes créatures.
TOUPIE, s. f. La tête,--dans l'argot des faubouriens.
Avoir du vice dans la toupie. Être très malin, savoir se tirer d'affaire.
TOUPILLER, v. n. Aller et venir, tourner comme une toupie.
Beaumarchais l'a employé dans le Barbier de Séville.
On dit aussi Toupier.
TOUPIN, s. m. Boisseau,--dans l'argot des voleurs.
TOUPINIER, s. m. Boisselier.
TOUR, s. m. Farce; tromperie.
Faire voir le tour. Tromper.
Connaître le tour. Être habile, malin, ne pas se laisser tromper.
TOUR DE BABEL, s. f. Chambre des Députés,--dans l'argot des faubouriens.
TOUR DE BÊTE (Au), adv. A l'ancienneté,--dans l'argot des troupiers.
Passer capitaine à son tour de bête. Être nommé à ce grade, non à cause des capacités militaires qu'on a montrées, mais seulement parce qu'on a vieilli sous l'uniforme.
TOUR DE BÂTON, s. m. Profit illicite sur une affaire, ressources secrètes. Argot des bourgeois.
TOURLOURER, v. a. Tuer, assassiner,--dans l'argot des voleurs.
TOURLOUROU, s. m. Soldat d'infanterie,--dans l'argot du peuple.
Francisque Michel pousse une pointe jusqu'au XIVe siècle et en rapporte les papiers de famille de ce mot: turlereau, turelure, tureloure, dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée mal à propos! Pourquoi? Tout simplement parce que le mot tourlourou est moderne.
TOURMENTE, s. f. Colique,--dans l'argot des voleurs.
TOURNANT, s. m. Moulin,--dans le même argot.
TOURNANTE, s. f. Clé,--dans le même argot.
TOURNÉ, adj. Mou,--dans le même argot.
Tournée. Molle.
TOURNE-A-GAUCHE, s. m. Homme sur le caractère duquel on ne peut compter, girouette. Argot du peuple.
TOURNE-AUTOUR, s. m. Tonnelier,--dans le même argot.
TOURNÉE, s. f. Rasade offerte sur le comptoir du marchand de vin,--dans l'argot du peuple.
Offrir une tournée. Payer à boire.
TOURNÉE, s. f. Coups reçus ou donnés.
Payer une tournée. Battre.
TOURNER AUTOUR DU POT, v. n. N'oser parler franchement d'une chose; hésiter avant de demander une grâce, un service.
TOURNER DE L'OEIL. Se pâmer, s'évanouir de plaisir.
TOURNER DE L'OEIL. S'endormir.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
TOURNER EN EAU DE BOUDIN, v. n. Se dit d'une chose sur laquelle on comptait et qui vous échappe, d'une entreprise qui avorte, d'une promesse qu'on ne tient pas.
Faire tourner quelqu'un en eau de boudin. Se moquer de lui, le berner par des promesses illusoires.
TOURNER LA VIS, v. a. Tordre le cou à quelqu'un.
TOURNIQUET, s. m. Chirurgien,--dans l'argot des marins.
TOURNIQUET, s. m. Moulin,--dans l'argot des voleurs.
TOURTOUSE, s. f. Corde, lien,--dans le même argot.
C'était autrefois une expression et une chose officielles, le funis strangulatorius qu'employait M. de Paris pour lancer les criminels dans l'éternité.
TOURTOUSER, v. a. Lier, garrotter.
TOURTOUSIER, s. m. Cordier.
TOUSSER, v. n. Ce verbe--de l'argot des faubouriens--ne s'emploie qu'à un seul temps et dans les deux acceptions suivantes: «C'est de l'or comme je tousse,»--c'est-à-dire: Ce n'est pas de l'or. «Elle n'est pas belle, non! c'est que je tousse!» c'est-à-dire: Elle est très belle.
TOUT DE CÉ, adv. Très bien, tout de go,--dans l'argot des voleurs.
TOUTES FOIS ET QUANTES, adv. Toutes les fois,--dans l'argot du peuple.
Une vieille et très française expression, presque latine (toties quoties), dont se moquent les gens qui s'imaginent bien parler.
TOUTIME, adj. Tout,--dans l'argot des voleurs.
TOUTOU, s. m. Chien,--dans l'argot des enfants, qui disent cela à propos d'un terre-neuve aussi bien qu'à propos d'un King's Charles.
Les enfants ont bien le droit d'employer un mot que Mme Deshoulières a consacré:
«Bonjour, le plus gras des toutous, Si par hasard mon amitié vous tente, Je vous l'offre tendre et constante: C'est tout ce que je puis pour vous.»
TRAC, s. m. Peur,--dans l'argot du peuple.
Avoir le trac. Avoir peur.
Le trac, autrefois, c'étaient les équipages de guerre; traca, dit Du Cange. «Compagnons, j'entends le trac de nos ennemis,»--dit Gargantua.
TRACQUER, v. n. Avoir peur.
TRACQUEUR, s. m. Poltron.
TRADITION, s. f. Effet non indiqué dans la pièce écrite ou imprimée, mais qui, trouvé par un acteur, se transmet à ceux qui jouent le rôle après lui.
Se dit aussi pour Addition à un rôle.
Les traditions--à la Comédie française,--sont des conventions auxquelles il ne saurait être dérogé sans blesser le goût... des vieux amateurs de l'orchestre.
TRAIN, s. m. Vacarme, rixe de cabaret,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Émeute. Il y aura du train dans Paris. On fera des barricades et l'on se battra.
Originairement le mot signifiait Prostibulum, et, par une métonymie fréquente dans l'Histoire des mots, la cause est devenue l'effet. De même pour Bousin.
TRAIN (Du)! Vite!--dans l'argot des petites dames.
TRAIN (Être en). Commencer à se griser,--dans l'argot des bourgeois.
TRAÎNE, s. f. Queue de robe exagérée mise à la mode, en ces derniers temps, par les traînées, qui s'ingénient à gaspiller les étoffes.
TRAÎNÉE, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.
TRAÎNE-GUÊTRES, s. m. Vagabond; flâneur.
TRAÎNE-PAILLASSE, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi Gratte-papier et Rogneur de portions.
TRAÎNER LA SAVATE, v. a. Être misérable, n'avoir rien à se mettre sous la dent ni aux pieds,--dans l'argot des bourgeois, qui ne manquent ni de bottes, ni de pain.
C'est le to shuffle along des Anglais.
TRAÎNER LE CHEVAL MORT, v. a. Avoir du travail payé d'avance,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Faire du chien.
TRAÎNER SA SAVATE QUELQUE PART, v. a. Aller quelque part, se promener,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Traîner ses guêtres.
TRAÎNEUR DE SABRE, s. m. Soldat fanfaron qui croit faire beaucoup d'effet en faisant beaucoup de bruit et qui ne réussit qu'auprès des filles, amies des soudards. Type aussi vieux que le monde, puisque les anciens avaient aussi leur machærophorus...
Mais, eurêka! me voilà sans le vouloir sur la piste de maquereau. Qu'en pensent messieurs les étymologistes?...
TRAIN-TRAIN, s. m. Train ordinaire de la vie; habitudes.
Suivre son petit train-train. Ne pas interrompre ses habitudes.
On dit aussi tran-tran.
TRAIT, s. m. Caprice amoureux,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Avoir un trait pour un miché. Ne rien exiger de lui que son amour, se passer de gants.
TRAITER, v. a. et n. Donner à dîner; régaler,--dans l'argot des bourgeois.
TRAITER DU HAUT EN BAS. Parler à quelqu'un avec colère,--et même avec mépris.
TRAITS, s. m. pl. Infidélité conjugale,--dans l'argot des bourgeoises.
Faire des traits à sa femme. La tromper en faveur d'une autre, la trahir.
TRALALA, s. m. Embarras, cérémonies; luxe de toilette.--dans l'argot du peuple.
Se mettre sur son tralala ou sur son grand tralala. S'habiller coquettement, superbement.
TRANCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression aux Précieuses.
TRANQUILLE COMME BAPTISTE, adj. Extrêmement sage, calme, tranquille,--dans l'argot du peuple.
TRAPILLON, s. m. Bande de bois qui bouche les coulisseaux ou rainures dans lesquelles glissent les décors, lorsqu'on enlève ces décors. Argot des machinistes.
TRAVAIL, s. m. Chose difficile à faire,--dans l'argot des saltimbanques.
Beau travail. Tour extraordinaire ou nouveau.
TRAVAIL, s. m. Action de manger,--dans l'argot des francs-maçons.
TRAVAILLER, v. n. Voler.
TRAVAILLER, v. n. Aller au persil.
TRAVAILLER LE CADAVRE, v. a. Battre quelqu'un, au propre, ou en médire, au figuré,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi travailler les côtes.
TRAVAILLER LE SUCCÈS, v. a. Être chef de claque dans un théâtre. Argot des coulisses.
TRAVAILLER POUR LE ROI DE PRUSSE, v. n. Faire un travail mal payé, ou pas payé du tout,--dans l'argot du peuple, à qui sans doute on a fait croire que les successeurs du grand Frédéric payaient leurs soldats fort chichement.
On dit aussi Travailler pour la gloire et Travailler gratis pro Deo.
TRAVAILLER POUR M. DOMANGE, v. n. Manger.
TRAVAILLER QUELQU'UN, v. a. L'obséder d'une chose, insister afin d'obtenir ce qu'on lui demande; revenir souvent à la charge auprès de lui.
TRAVAILLEUSE, s. f. Giton,--dans l'argot des voleurs.
TRAVERSE (En), adv. Travaux forcés à perpétuité,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi A perte de vue.
TRAVESTI, s. m. Rôle d'homme joué par une femme, amoureux ou page. Argot des coulisses.
TRAVIATA, s. f. Fille perdue,--dans l'argot des élégants qui n'osent pas dire cocotte.
Introduit pour la première fois en littérature par l'Evénement (1er octobre 1866).
TRAVIOLE (De), adv. De travers,--dans l'argot du peuple.
TRÈFLE ou TREF, s. m. Tabac,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi Tréfoin.
Longuette de tref. Tabac en carotte.
On dit aussi Trifois,--d'où Trifoissière pour Tabatière.
TRÈFLE, s. m. Le podex,--dans l'argot des faubouriens.
Vise-au-trèfle. Apothicaire.
TREMBLANT, s. m. Lit de sangle,--dans l'argot des faubouriens.
TREMBLEMENT, s. m. Bataille,--dans l'argot des troupiers.
TREMBLEMENT (Et tout le), adv. Au complet,--dans l'argot du peuple.
TREMPE, s. f. Vigoureuse et brutale correction.
On dit aussi Trempée.
TREMPÉ (Être). Être mouillé par la pluie.
TREMPER, v. a. Battre.
TREMPER, v. n. Souper, manger,--dans l'argot des ouvriers.
TREMPER SON PIED DANS L'ENCRE, v. a. Être consigné,--dans l'argot des vieux troupiers.
TREMPER UNE SOUPE A QUELQU'UN, v. a. Le maltraiter rudement, par paroles ou par action. Argot du peuple.
TREMPETTE, s. f. Biscuit ou morceau de pain trempé dans un doigt de vin.
Faire la trempette. Déjeuner d'un morceau de pain trempé dans un verre de vin.
TREMPETTE, s. f Pluie,--dans l'argot des faubouriens.
TREMPLIN, s. m. La scène--dans l'argot des coulisses.
TRENTE-ET-UN, s. m. Dernière élégance, suprême bon ton,--dans l'argot du peuple.
Se mettre sur son trente-et-un. Se vêtir de son plus bel habit ou de sa plus belle robe,--l'habit à manger du rôti et la robe à flaflas.
On dit aussi Se mettre sur son trente-six et sur son quarante-deux.
TRENTE-SIXIÈME DESSOUS, s. m. Le troisième dessous des gens amis de l'hyperbole.
TRÉPIGNÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
TRÉPIGNER, v. a. Accabler de coups.
TREPPE, s. m. Peuple; foule,--dans l'argot des voleurs.
S'esbattre dans le treppe. Se mêler à la foule.
J'ai bien envie de faire descendre ce mot du grec [grec: trepô] (tourner, s'agiter en désordre comme fait la foule).
TRIANGLE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des francs-maçons.
TRIANGLE, s. m. La bouche,--dans l'argot des rapins, qui se rappellent leurs principes de dessin, s'ils oublient ceux de la bienséance.
Clapoter du triangle. Avoir l'haleine homicide.
TRIAU, s. m. Ennui, trimage,--dans l'argot des ouvriers.
TRIBOULET, s. m. Homme grotesque, servant de jouet aux autres,--en souvenir du fou de Louis XII et de François Ier.
TRIBOUILLER, v. n. Tressaillir, sauter d'aise, remuer de joie. Argot du peuple.
TRICHARD, adj. et s. Tricheur.
TRICHER, v. a. Moucher la chandelle,--dans l'argot des bourgeois.
TRICHINE, s. f. Petite dame, naturellement mêlée à toutes les cochonneries sociales, et qui peut empoisonner les imprudents qui la consomment, la trouvant appétissante.
TRICHINER (Se). Déjeuner avec de la charcuterie.
L'expression est de l'année 1866, qui datera dans les fastes de la peur par l'invention des trichines que certains médecins allemands--ou iroquois--affirment être par milliers dans la viande de porc. Les jambons sont tombés en discrédit!
TRICOTER, v. a. Battre.
On dit aussi Tricoter les côtes.
TRICOTER, v. n. Danser.
TRICOTER DES JAMBES, v. n. Courir.
TRIFOUILLER, v. n. Remuer, chercher en bousculant tout.
TRIMAR, s. m. Chemin.--dans l'argot des voleurs, qui y triment souvent en attendant leurs victimes.
Grand trimar. Grande route.
On dit aussi Grande tire.
TRIMAR (Faire son). Raccrocher,--dans l'argot des filles.
TRIMARDE, s. f. Rue.
On dit aussi Trime.
TRIMARDER. Voyager.
TRIMBALLER, v. n. Se promener,--dans l'argot des faubouriens.
TRIMBALLER, v. a. Promener quelqu'un, traîner quelque chose.
TRIMBALLEUR, s. m. Homme qui fait aller son monde.
TRIMBALLEUR, s. m. Cocher,--dans l'argot des voleurs.
Trimballeur des refroidis. Cocher des pompes funèbres.
TRIMER, v. a. Aller ou venir inutilement; se morfondre dans l'attente. Argot des faubouriens.
TRIMER (Faire), v. a. Se moquer des gens en les faisant poser,--dans l'argot de Breda-Street.
TRIMMER, v. n. Écrire comme Léo Lespès,--dans l'argot des gens de lettres, jaloux du succès inouï de Timothée Trimm, chroniqueur du Petit Journal.
Quelques-uns disent aussi Timothéetrimmer.
TRIMOIRES, s. f. pl. Les jambes,--dans l'argot des voleurs.
TRINGLE! adv. Rien, non, zéro,--dans l'argot des voyous.
TRINGLO, s. m. Soldat du train,--dans l'argot des troupiers.
TRIPASSE, s. f. Vieille femme,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis longtemps, comme on peut en juger par les vers suivants:
«Si elle estoit dure et poupine, Voulentiers je la regardasse; Mais elle semble une tripasse Pour quelque varlet de cuysine.»
TRIPES, s. f. pl. Gorge mal faite,--ou trop fournie.
TRIPES, s. f. pl. Les entrailles de l'homme.
«Quand Renaud de la guerre vint, Tenant ses tripes dans ses mains,»
dit une vieille chanson populaire.
TRIPIÈRE, adj. et s. Fille ou femme trop avantagée.
TRIPOLI, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens, qui s'imaginent peut-être qu'ils se nettoient la poitrine avec cela.
Coup de tripoli. Verre d'eau-de-vie.
TRIPOTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
TRIPOTÉE, s. f. Grande quantité de choses.
TRIPOTER, v. n. Hanter les tripots,--dans l'argot des faubouriens.
TRIPOTER, v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux gens; farfouiller.
Tripoter une femme. S'assurer, comme Tartufe, que l'étoffe de sa robe--de dessous--est moelleuse.
TRIPOTER LA COULEUR, v. a. Peindre,--dans l'argot des artistes.
TRIPOTER LE CARTON. Jouer aux cartes.
TRIQUAGE, s. m. Triage des matières,--dans l'argot des chiffonniers.
TRIQUE, s. f. Canne, bâton, gourdin,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois Tricot; d'où la loi du Tricot, pour signifier l'Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.
TRIQUER, v. a. Trier les chiffons.
TRIQUER, v. a. Donner des coups de canne ou de bâton.
TRIQUEUR, s. m. Maître chiffonnier, qui trie ce que lui apportent les autres.
TROGNE, s. f. Visage,--dans l'argot du peuple, qui le dit surtout de toute tuberosa facies.
Belle trogne. Visage empourpré et embubeletté, comme le sont presque tous les visages d'ivrognes.
Le mot a des chevrons:
«Il faut être Jean Logne Pour n'aimer pas le vin; Pour moi, dès le matin J'enlumine ma trogne De ce jus divin!»
a chanté le goinfre Saint-Amand.
TROGNON, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, moins polis que les gueux anglais, qui eux disent Costard (grosse pomme).
Dévisser le trognon. Tordre le coup à quelqu'un.
TROGNON, s. f. Petite fille, le cœur d'une femme,--dans l'argot du peuple.
TROIS-ÉTOILES. Nom qu'on donne--dans l'argot des gens de lettres--aux personnes que l'on ne veut pas nommer.
On dit aussi Monsieur ou Madame Trois-Étoiles.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. La dernière cave pratiquée sous les planches d'un théâtre pour recevoir la rampe, les trucs, les machines, etc.
Tomber dans le troisième dessous. Se dit d'une pièce sifflée, dont la chute est irrémédiable.
TROISIÈME DESSOUS, s. m. Le monde des coquins, «la dernière sape, inferi», de la société, «la fosse des ténèbres, la grande caverne du mal», dit Victor Hugo, qui la peint à grands coups de brosse, comme Dante, son Enfer.
«Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes. C'est la haine sans exception. Elle a pour but l'effondrement de tout,--de tout, y compris les sapes supérieures, qu'elle exècre. Elle ne mine pas seulement, dans son fourmillement hideux, l'ordre social actuel: elle mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine le progrès. Elle est ténèbres et elle sent le chaos. Sa voûte est faite d'ignorance. Elle s'appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Détruisez la cave-ignorance, vous détruirez la taupe-crime.»
TROISIÈME RÊNE, s. f. La crinière du cheval,--dans l'argot des maquignons.
TROISIÈME SEXE, s. m. Celui qui déshonore les deux autres. «Il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d'une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût: «Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes.--Hao! fit lord Durham, et qu'est-ce?--C'est le troisième sexe, milord.» (H. de Balzac.)
TROIS-SIX, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier,--dans l'argot des bourgeois.
TROIS-SOUS, s. m. Water-closets.
On dit aussi Un quinze-centimes.
TROLLER, v. n. Remuer; aller çà et là, trimer. Argot du peuple.
TROLLER, v. a. Porter,--dans l'argot des voleurs.
TROLLEUR, s. m. Marchand de peaux de lapin,--chineur quand il achète et trolleur quand il revend.
TROMBILLE, s. f. Bête,--dans l'argot des voleurs.
TROMBINE, s. f. Tête, visage,--dans l'argot des faubouriens.
TROMBOLER LES GONZESSES, v. a. Aimer les filles,--dans l'argot des maquignons.
TROMPE, s. f. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un proboscidien.
TROMPE-CHASSES, s. m. Peinture, tableau quelconque,--dans l'argot des voleurs.
TROMPE-L'OEIL, s. m. Accessoire d'un tableau, tel que clou, déchirure, etc., si bien peint, qu'on le croirait naturel. Argot des artistes.
TROMPETTE, s. f. Visage,--dans l'argot des faubouriens.
TROMPETTE, s. f. Le nez,--à cause du bruit qu'il fait lorsqu'on se mouche.
TROMPETTE, s. f. Cigare,--parce qu'on le tient continuellement à la bouche, comme si on voulait jouer un air quelconque.
TROMPETTER, v. a. Divulguer, publier une chose qui devait être tenue secrète,--dans l'argot du peuple.
TRONCHE, s. f. Visage; tête,--dans l'argot des voleurs.
TRONCHER, v. a. Embrasser.
TRONCHINETTE, s. f. Figure de jeune fille; physionomie agréable; petite tête. Argot des voyous.
TRÔNE, s. m. Ce qu'on appelait autrefois «chaise d'affaires», et, longtemps auparavant, trulla. Argot des bourgeois.
Être sur son trône. Alvum deponere.
TROTTANT, s. m. Rat,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Trotteur.
TROTTANTE, s. f. Souris.
TROTTE, s. f. Course,--dans l'argot du peuple.
Sacrée trotte. Course fort longue, que l'on ne peut faire qu'en beaucoup de temps.
TROTTIN, s. m. Cheval, parce qu'il trotte. Argot des voleurs.
TROTTIN DE MODISTE, s. m. Jeune garçon ou jeune fille, domestique ou apprentie, qui va porter les chapeaux et faire les commissions des modistes. Argot des bourgeois.
Il y a longtemps que ce mot signifie petit domestique, car Scarron a dit:
«Ensuite il appelle un trottin, Fait amener son guilledin Orné d'une belle fontange.»
TROTTINES FEUILLETÉES, s. f. pl. Bottes ou souliers dont la semelle est en mauvais état. Argot des voyous.
TROTTINS, s. m. pl. Les pieds,--dans le même argot.
TROTTOIR, s. m. Répertoire,--dans l'argot des coulisses.
Grand trottoir. Répertoire classique.
Petit trottoir. Répertoire courant, drames et vaudevilles.
Grand trottoir se dit aussi de la Haute-Bicherie, et Petit trottoir du fretin des drôlesses.
TROU, s. m. Chambre insalubre, logis incommode,--dans l'argot du peuple.
TROU, s. m. Logis, habitation,--dans l'argot des bourgeois, qui disent souvent cela, par fausse modestie, d'une fort jolie maison de campagne.
TROU, s. m. Emploi, position sociale.
Faire son trou. Réussir dans la vie; asseoir sa réputation, sa fortune, son bonheur.
TROU, s. m. Entr'acte d'un long déjeuner ou d'un long dîner pendant lequel on sert le cognac ou le madère.
Faire un trou. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un repas, afin de pouvoir le continuer avec plus d'appétit.
TROU AUX POMMES DE TERRE, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.
C'est la même expression que celle des ouvriers anglais: Potatoe trap.
TROUBADE, s. m. Apocope de Troubadour.
TROUBADOUR, s. m. Soldat de l'infanterie,--dans l'argot du peuple.
Est-ce à cause de la clarinette de cinq pieds?
TROU DE BALLE, s. m. Le podex,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Trou du souffleur et Trou de bise.
TROU DU CUL, s. m. Imbécile, homme incapable,--dans l'argot du peuple.
TROUÉE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
TROUFIGNON, s. m. Le podex,--dans l'argot du peuple, qui employait déjà cette expression du temps de Béroalde de Verville.
TROUILLARDE, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
TROUILLE, s. f. Domestique malpropre; femme du peuple rougeaude et avachie.
TROUILLOTTER, v. n. Exhaler une mauvaise odeur.
Trouillotter du goulot. Avoir l'haleine homicide.
TROUPE D'ARGENT, s. f. Troupe de second ordre,--dans l'argot des coulisses.
TROUPE DE CARTON, s. f. Troupe plus que médiocre.
TROUPE DE FER-BLANC, s. f. Troupe composée d'acteurs médiocres. Rédacteurs très ordinaires,--dans l'argot des journalistes.
On dit aussi Troupe d'été, parce qu'à ce moment de l'année, les Parisiens riches étant en voyage ou à la campagne, il est inutile de se mettre en frais pour ceux qui restent à Paris.
TROUPE D'OR, s. f. Excellente troupe,--dans l'argot des comédiens. Les meilleurs rédacteurs,--dans l'argot des journalistes.
On dit aussi Troupe d'hiver, parce que c'est ordinairement dans cette saison--la meilleure de l'année théâtrale et journalistique--que les directeurs de théâtres et de journaux renforcent leur troupe et donnent leurs pièces et leurs articles à succès.
TROUSSÉ (Être). Mourir subitement, ou en peu de jours, sans avoir eu le temps d'être malade. Argot du peuple.
TROUSSEQUIN, s. m. La partie du corps qui sert de cible aux coups de pied,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Pétrousquin, mais ce dernier mot est moins étymologique que l'autre, qui est proprement le Morceau de bois cintré qui s'élève sur l'arçon de derrière d'une selle.
TROUSSER, v. a. Expédier promptement une chose ou une personne,--dans l'argot du peuple.
TROUVÉ, adj. Neuf, original, réussi,--dans l'argot des gens de lettres.
C'est trouvé. C'est ingénieux.
TROUVER DES PUCES. Rencontrer une dispute--et même des coups. Argot du peuple.
C'est la conséquence de cette autre expression Chercher des poux à quelqu'un.
TROUVER MAUVAISE (La). Se dit--dans l'argot des faubouriens et des petites dames--d'une histoire désagréable, d'un acte déplaisant, d'un événement ennuyeux. Un faubourien se casse le bras: Je la trouve mauvaise! dit-il. On enlève son amant à une petite dame: Je la trouve mauvaise! dit-elle.
TROYEN, s. m. Le trois,--dans l'argot des joueurs de dominos.
TRUC, s. m. Tromperie; malice,--dans l'argot du peuple.
Avoir du truc. Avoir un caractère ingénieux.
Connaître le truc. Connaître le secret d'une chose.
Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître le secret.
TRUC, s. m. Ficelle, secret du métier,--dans l'argot des saltimbanques.
Débiner le truc. Révéler le secret d'un tour.
TRUC, s. m. Machine destinée à produire un changement à vue,--dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.
TRUCHE, s. f. Manière de voler,--dans l'argot des prisons.
TRUCHEUR, s. m. Voleur.
TRUCSIN, s. m. Prostibulum,--dans l'argot des voleurs.
TRUCULENT, adj. Enorme; farouche, sauvage,--dans l'argot des romantiques, cette fois néologistes (truculentus).
Le mot a été employé pour la première fois par Théophile Gautier.
TRUELLE, s. f. Cuiller,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Pelle.
Manier la truelle. Manger.
TRUFFARD, s. m. Soldat,--dans l'argot des faubouriens.
TRUFFE, s. f. Nez d'ivrogne,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent que ces nez-là ressemblent beaucoup au tuber cibarium. Ils ont raison.
TRUFFÉ, adj. et s. Imbécile, homme bourré de sottises--comme un dindon de truffes.
TRUFFE DE SAVETIER, s. f. Marron.
TRUFFES (Aux)! C'est le: Aux ognons! des gandins.
TRUMEAU, s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV,--dans l'argot des gens de lettres et des gens de théâtre.
TRUQUER, v. n. Tromper; ruser,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Mendier.
TRUQUEUR, s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village, n'ayant pour toute industrie qu'un petit jeu de hasard.
TRUQUEUR, s. m. Trompeur; homme qui vit de trucs.
TUBE, s. m. Le gosier,--dans l'argot des faubouriens.
Se rincer le tube. Boire.
Se coller quelque chose dans le tube. Manger.
Signifie aussi Voix.
TUBE, s. m. Nez,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.
TUBÉREUSE, s. f. Ventris flatus malè olens,--dans l'argot des faubouriens.
Lâcher une tubéreuse. Ventris flatum emittere.
TUDOR, s. m. Chapeau de femme ressemblant au chapeau andalou, avec une garniture de plumes de paon tout autour. Il est à la mode au moment où j'écris: il n'y sera plus peut-être quand ce livre paraîtra.
TUÉ (Être). Être mis hors du jeu par ses adversaires,--au billard à trois.
TUER LES MOUCHES AU VOL, v. n. Avoir l'haleine aussi cruelle que Domitien,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Tuer les mouches à quinze pas, et, pour rajeunir un peu cette vieille formule, Faire mouche à tout coup.
TUER LE TEMPS. Le passer d'une façon quelconque,--mais plus en se divertissant qu'en travaillant: carpere diem.
On dit volontiers, en manière de proverbe: Il vaut mieux tuer le temps que d'être tué par lui.
TUER LE VER, v. a. Étouffer ses remords,--dans l'argot des voleurs, qui ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu'il résulte de ce passage de Much Ado about nothing, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).
TUER LE VER, v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant,--dans l'argot des ouvriers, chez qui c'est une tradition sacrée.
On dit aussi Tuer un colimaçon.
TUILE, s. f. Accident, événement désagréable, visite inattendue, qui tombe dans votre existence comme une tuile sur votre tête. Argot du peuple.
TUILE, s. f. Assiette,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Platine.
TUILE, s. f. Chapeau,--dans l'argot des voyous, qui prennent la tête pour le toit du corps humain.
Les voyous anglais ont le même mot: Tile.
TUILEAU, s. m. Casquette.
TUILER, v. n. Mesurer quelqu'un ou quelque chose; juger du caractère ou de la qualité. Argot du peuple.
TUILER (Se), v. réfl. S'enivrer; succomber sous l'ivresse comme sous une averse de tuiles, ou boire à en avoir bientôt le visage érubescent, c'est-à-dire couleur de tuile neuve.
TUILEUR, s. m. Frère examinateur,--dans l'argot des francs-maçons.
TULIPE ORAGEUSE, s. f. Variété de cancan ou de chahut.
TU ME LA TUMES! Tu m'ennuies!--dans l'argot des voyous, qui ont retenu, pour se l'approprier, ce refrain d'une chanson des rues célèbre il y a quinze ans.
TUNE, n. de l. Bicêtre,--l'ancien refuge naturel des sujets du roi de Thunes. Argot des voleurs.
TUNE, s. f. Argent, monnaie,--dans le même argot.
TUNEÇON, s. m. Prison; violon.
TUNER, v. n. Mendier.
TUNEUR, s. m. Mendiant, vagabond.
TURBIN, s. m. Travail; besogne en général,--dans l'argot des faubouriens et des voleurs.
Aller au turbin. Aller travailler.
On dit aussi Turbinement et Turbinage.
TURBINER, v.n. Travailler.
TURBINEUR, s. m. Travailleur.
TURC, s. m. Tourangeau,--dans l'argot des voleurs.
TURC, s. m. Homme idéalement fort,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot aussi bien à propos de la robusticité du corps que de l'adresse des mains.
Les Anglais, eux, ont le Tartare, l'homme qui excelle dans une spécialité quelconque, à la boxe ou au billard. He is quite a Tartar at billiards, disent-ils en leur argot à propos d'un rival de Berger. To catch a Tartar (prendre un Tartare), c'est, pour eux, s'attaquer à une personne de force ou de capacité supérieure.
TURCAN, n. de l. Tours.
TURCO, s. m. Tirailleur indigène dans l'armée d'Afrique, aujourd'hui aussi connu et aussi apprécié des bonnes d'enfants et des lorettes que jadis le zouave.
TURF, s. m. Champ de course,--dans l'argot des sportsmen.
Par extension, Arène quelconque.
Le turf littéraire. La littérature; les journaux.
TURFISTE, s. m. Habitué des courses, propriétaire de chevaux coureurs, parieur.
TURIN, s. m. Pot de terre,--dans l'argot des voleurs.
TURLUPINER, v. a. Agacer, ennuyer quelqu'un, se moquer de lui,--dans l'argot du peuple.
TURLURETTE, s. f. Grisette, fille ou femme amie de la joie--et des hommes.
TURLUTAINE, s. f. Fantaisie, caprice, lubie.
TURNE, s. f. Chambre malpropre, logis de pauvre,--dans l'argot des faubouriens.
TURQUIE, n. de l. Touraine,--dans l'argot des voleurs.
TUTOYER, v. a. S'emparer sans façon, familièrement, d'une chose. Argot du peuple.
TU VAS ME LE PAYER, AGLAÉ! Expression de l'argot des filles et des faubouriens, qui l'emploient à propos de tout--et surtout à propos de rien. Quelqu'un annonce une nouvelle ou dit un mot drôle: Tu vas me le payer, Aglaé! Il pleut ou il neige: Tu vas me le payer, Aglaé... On tombe ou l'on voit tomber quelqu'un: Tu vas me le payer... Etc.
TUYAU, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot des faubouriens.
Se jeter quelque chose dans le tuyau. Manger ou boire.
Le tuyau est bouché. Quand on est enrhumé.
Se dit aussi pour Oreille.
TUYAU DE POÊLE, s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes.
Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l'ont ainsi baptisé.
TUYAUX, s. m. pl. Les jambes,--dans l'argot des faubouriens.
Ramoner ses tuyaux. Se laver les pieds.
TUYAUX DE POÊLE, s. m. pl. Bottes usées par le bout.
TYPO, s. m. Apocope de Typographe,--dans l'argot des compositeurs d'imprimerie.
TYRAN, s. m. Roi,--dans l'argot du peuple, qui ne peut s'en passer, quoiqu'il fasse une révolution tous les vingt ans, pour détrôner celui qui règne.
Sous le règne du tyran. Sous le règne de Louis-Philippe, disait-on, après 1848 et avant l'Empire.
U
ULTRA, s. m. Royaliste,--dans l'argot des libéraux. Libéral,--dans l'argot des royalistes. Bonapartiste,--dans l'argot des conservateurs.
ULTRAMONTAIN, s. m. et adj. Catholique plus papiste que le pape,--dans l'argot des voltairiens. Cagot,--dans l'argot des abonnés du Siècle.
UN DE PLUS, s. m. Galant homme qui a eu le malheur d'épouser une femme galante,--dans l'argot pudibond des bourgeois, qui n'osent pas dire Cocu.
UNITÉ SALUTAIRE, s. f. Unité qui, dans le classement, à l'Ecole polytechnique, sert à maintenir un rang, au lieu d'avoir un zéro.
URGE, s. m. Mot de l'argot des petites dames, qui s'en servent entre elles pour coter un homme devant lui-même sans qu'il s'en doute.
Ainsi un gandin passe d'un air dégagé sur le boulevard, lorgnant les femmes qui font espalier à la porte des cafés. Trois urges! diront celles-ci en l'apercevant. Trois urges, c'est-à-dire; «Ce monsieur n'est pas généreux, il gante dans les numéros bas.» Si, au contraire, elles disent: Six urges! ou huit urges! ou dix urges! oh! alors, c'est un banquier mexicain qui passe là, elles le savent, il leur en a donné des preuves la veille ou l'avant-veille. L'échelle n'a que dix échelons: le premier urge s'emploie à propos des pignoufs; le dixième urge seulement à propos des grands seigneurs.
USAGER, s. et adj. Homme poli, bien élevé, ayant l'usage du monde,--dans l'argot du peuple.
UTILITÉ, s. f. Acteur qui joue tout ce qui se présente, les premiers rôles comme les comparses. Argot des coulisses.
V
VACHE, s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs,--dans l'argot du peuple.
On dit souvent Prendre la vache et le veau, pour Épouser une femme enceinte des œuvres d'un autre,--uxorem gravidam nubere.
VACHE, s. f. Homme sans courage, avachi.
VACHE A LAIT, s. f. Dupe qu'on ne se lasse pas de duper; père trop faible qui ne se lasse pas de payer les dettes de son fils; maîtresse trop dévouée qui ne se lasse pas de fournir aux dépenses de son amant.
VACHER, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.
VACHERIE, s. t. Nonchalance, avachissement.
VADE, s. f. Foule; rassemblement,--dans l'argot des voleurs.
VA-DE-LA-GUEULE, s. m. Gourmand,--dans l'argot du peuple.
VA-DE-LA-LANCE, s. m. Ami de la gaudriole, en paroles et en action,--dans l'argot des faubouriens.
VA DONC! Expression signifiant: «Va te promener! tu m'ennuies!»
On dit aussi Va donc te laver! ou Va donc te chier!
VADROUILLE, s. f. Drôlesse; fille ou femme de peu.
VAGUE, s. m. Flânerie, Vagabondage.
On dit aussi Coup de vague.
VAGUE (Du)! Rien! Néant! Terme de refus.
VAGUE, s. m. Promenade intéressée,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Envoyer une femme au vague. Lui faire faire le trottoir.
VAGUER, v. n. Sortir sans savoir avec qui on rentrera;--dans l'argot des petites dames.
On dit aussi Aller au vague.
VALOIR SON PESANT D'OR. Se dit,--dans l'argot du peuple,--de toute bêtise un peu forte, de tout mensonge un peu violent.
VAISSELLE DE POCHE, s. f. Argent, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
VALADE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs.
Sonder les valades. Fouiller les poches dans la foule.
Le patois normand a le même mot pour signifier Blouse.
VALOIR CHER (Ne pas). Être d'un caractère désagréable,--dans l'argot des faubouriens.
VALSER, v. n. S'enfuir, ou seulement s'en aller.
Faire valser quelqu'un. Le mettre brutalement à la porte.
VALTREUSE, s. f. Valise,--dans l'argot des voleurs.
VALTREUSIER, s. m. Voleur de valises.
VANER, v. n. S'en aller,--dans l'argot des voyous.
VANNAGE, s. m. Piège, amorce,--dans l'argot des voleurs.
Faire un vannage. Allécher par un petit profit l'homme qu'on se réserve de dépouiller.
VANTERNE, s. f. Lanterne,--dans le même argot.
Vanterne sans loches. Lanterne sourde.
VAPEREAU, s. m. Livre fort épais,--beaucoup plus fait pour servir de tabouret que pour être consulté,--dans l'argot des gens de lettres qui ne sont pas oubliés par l'auteur du Dictionnaire des Contemporains.
On ait aussi Bottin.
VASE ÉTRUSQUE, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,--dans l'argot des romantiques.
VASE NOCTURNE, s. m. Vase étrusque,--dans l'argot des bourgeois.
VA T'ASSEOIR SUR LE BOUCHON! Expression ironique qu'on emploie,--dans l'argot des faubouriens,--envers les gens que l'on veut congédier ou dont on veut se moquer.
On dit aussi Va t'asseoir sur ma veste et ne casse pas ma pipe.
VA-TE-LAVER, s. m. Soufflet aller et retour,--dans le même argot.
VAUDEVILLIÈRE, s. f. Cabotine, femme qui se fait engager sur un théâtre de vaudeville quelconque, non pour jouer, mais pour être vue et appréciée à sa juste valeur--comme fille égrillarde--par les habitués de l'orchestre, fins appréciateurs de l'art dramatique, surtout en cabinet particulier.
Le mot a été créé par Jules Noriac.
VEAU, s. m. Jeune fille qui a des dispositions pour le rôle de fille. Argot des faubouriens.
VEAU, adj. Paresseux, nonchalant,--dans l'argot du peuple.
Il ne faut pas croire l'expression nouvelle. Galli socordes et stultos vituli nomine designare soliti sunt, dit Arnoult de Féron dans son Histoire de France. Et Régnier, dans sa satire à Mottin, dit de même:
«Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux Qui mettent à l'encan l'honneur dans les bordeaux.»
VÉCU, adj. Arrivé, véridique,--dans l'argot des gens de lettres.
Roman vécu. Roman qui est l'histoire réelle de quelqu'un.
VÉCU (Avoir). Avoir joyeusement dépensé sa vie à boire, à manger, à aimer, etc.,--dans l'argot des bourgeois.
VEDETTE, s. f. Nom imprimé en caractères très gros, sur une affiche de théâtre,--dans l'argot des coulisses.
Être en vedette. Avoir son nom en tête d'une affiche comme acteur plus important que les autres.
VEILLER AU GRAIN, v. n. Surveiller ses domestiques quand on est maître, ses ouvriers quand on est patron, afin qu'il n'y ait pas de détournements et de gaspillage. Argot des bourgeois.
VEINARD, s. et adj. Homme heureux en affaires ou en amour,--dans l'argot des faubouriens.
VEINARDE, adj. et s. Drôlesse qui a du succès en hommes sérieux. Argot de Breda-Street.
VEINE, s. f. Chance heureuse, bonheur imprévu,--dans l'argot du peuple.
VÊLER, v. n. Accoucher.
VELO, s. m. Postillon,--dans l'argot des voleurs.
VÉLOZE, s. f. Poste aux chevaux.
VELOURS, s. m. Tapis,--dans l'argot des joueurs de cartes.
Eclairer le velours. Déposer son enjeu sur le tapis.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce velours est en cuir ou en drap, en n'importe quoi,--excepté en velours.
VELOURS, s. m. Liaison dangereuse, abus fréquent et intempestif des s dans la conversation. Argot des bourgeois.
VENDANGEUSE D'AMOUR, s. f. Drôlesse--bacchante moderne--qu'on rencontre souvent ivre dans les Vignes de Cythère.
J'ai créé l'expression il y a quelques années: elle est aujourd'hui dans la circulation.
VENDEUR DE CHAIR HUMAINE, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot du peuple.
VENDEUR DE FUMÉE, s. m. Homme qui fait de grandes promesses et qui n'en tient aucune.
Se dit aussi de tout Rêveur, de tout poète, de tout abstracteur de quintessence.
VENDRE, v. a. Trahir quelqu'un.
Vendre la mèche. Dévoiler un secret, ébruiter une affaire.
VENDRE SES GUIGNES, v. a. Loucher, guigner de l'œil.
VENDRE SON PIANO, v. a. Jouer de façon à faire pleurer les spectateurs,--dans l'argot des coulisses, où Bouffé (rôle de Pauvre Jacques) a laissé des souvenirs et des traditions.
Par extension, dans la vie réelle, on dit d'une Femme qui pleure hypocritement: Elle vend son piano.
VENDU, s. m. Remplaçant militaire,--dans l'argot du peuple, qui attache à ce mot un sens extrêmement méprisant.
VÉNÉRABLE, s. m. Premier officier dignitaire d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.
VÉNÉRABLE, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans l'argot du peuple.
VENETTE, s. f. Peur.
Avoir une fière venette. Avoir une grande peur.
Docteur Venette. Poltron fieffé.
VENIR AU RAPPORT. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui provoque l'éructation.
VENT, s. m. Ventris flatus malè olens.
Moulin à vents. Podex.
VENT (Du)! Terme de refus,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Du vent! De la mousse!
VENT DESSUS, VENT DEDANS (Être). Être en état d'ivresse,--dans l'argot des marins.
VENTERNE, s. f. Fenêtre par où passe le vent,--dans l'argot des voleurs.
Doubles venternes. Lunettes.
VENTERNIER, s. m. Voleur qui s'introduit dans les maisons par la fenêtre au lieu d'y entrer par la porte.
VENTRE BÉNIT, s. m. Bedeau, chantre, sacristain,--dans l'argot du peuple, qui suppose à tort que les gens d'église se nourrissent exclusivement de pain bénit.
VENTRE DE MA MÈRE (C'est le). Expression du même argot signifiant: Je ne retournerai plus dans cet endroit, je ne me mêlerai plus de cette affaire.
VENTRE D'OSIER, s. m. Ivrogne.
VENTRÉE, s. f. Réfection copieuse.
Se foutre une ventrée. Se donner une indigestion.
VENTRILOQUE, s. et adj. Crepitator et même emittens ventris flatum.
VENTROUILLER, v. n. Ventris flatum emittere.
VENTRU, s. m. Député du centre, satisfait,--dans l'argot des journalistes libéraux du règne de Louis-Philippe.
VER COQUIN, s. m. Caprice, fantaisie, hanneton,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Régnier:
«.... Mon vice est d'être libre, D'estimer peu de gens, suivre mon ver coquin, Et mettre au même taux le noble et le faquin.»
a dit le vieux Mathurin.
VÉREUX, se, adj. Homme d'une probité douteuse; chose d'une honnêteté problématique.
VERGNE, s. f. Ville,--dans l'argot des voleurs.
Deux plombes crossent à la vergne. Deux heures sonnent à la ville.
VERMICHELS, s. m. pl. Les veines du corps,--dans le même argot.
VERMILLON, s. m. Anglais,--dans le même argot.
VERMINE, s. f. Avocat.--dans le même argot.
VERMINE, s. f. La populace,--dans l'argot des bourgeois.
VERMOIS, s. m. Sang,--dans l'argot des voleurs.
VERMOISE, adj. De couleur rouge.
VÉROLE, s. f. Syphilis,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot:
«Il mourut l'an cinq cens et vingt De la verolle qui lui vint.»
On dit aussi Grosse vérole, pour la distinguer de l'autre--la Petite vérole.
VÉROLEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui s'expose à donner ce qu'elle est exposée à recevoir.
VERRE DE MONTRE, s. m. Le derrière de l'homme,--dans l'argot des faubouriens.
Casser le verre de sa montre. Tomber sur le derrière.
VER RONGEUR, s. m. Voiture de remise ou de place a l'heure,--dans l'argot des petites dames.
VERSEUR, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs.
VERSIGO, n. de l. Versailles, dans l'argot des voleurs.
VERSIONNAIRE, s. m. Humaniste qui, pour vivre, compose en version latine pour les candidats bacheliers dont la bourse est mieux garnie que la cervelle.
VERT, s. m. Froid,--dans l'argot des voleurs.
Il fait vert. Il fait froid.
VERTE, s. f. Verre d'absinthe,--dans l'argot des absintheurs.
Heure où la verte règne dans la nature. Cinq heures du soir.
VERTIGO, s. m. Lubie, caprice,--dans l'argot du peuple, à qui les gens fantasques semblent justement atteints de vertige, qu'au XVIe siècle on prononçait vertigue.
VERTU, s. f. Femme vertueuse,--ou affichant un grand rigorisme de conduite.
VERVER, v. n. Pleurer,--dans l'argot des voleurs.
VERVEUX, s. m. Crinoline,--dans l'argot des paysans des environs de Paris, qui trouvent une ressemblance entre ce filet à cerceaux et cette jupe à cage.
VESPASIENNES, s. f. pl. Water-closets montés sur essieux, qui circulaient dans Paris vers les premières années du règne de Louis-Philippe. Ce nom leur avait été donné en souvenir de l'empereur romain qui spéculait sur toutes les gadoues de son empire.
Encore une chose que M. Louis Festeau n'a pas failli à chanter:
«La Vespasienne Parisienne A l'observateur arrêté Offre asile et commodité.»
VESSARD, s. m. Poltron, homme sans énergie,--dans l'argot des faubouriens.
VESSE, s. f. Peur.
Avoir la vesse. Avoir peur.
VESSER DU BEC, v. n. Avoir l'haleine «pire que cade»,--dans l'argot des faubouriens, plus cyniques que l'Aventurier Buscon. C'est plus grave, c'est-à-dire plus désagréable que le leve peditum reproché par Catulle à Libon dans une de ses épigrammes In Cæsaris cinædos.
VESSIE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs.
VESTALE, s. f. Desservante du Dieu des Jardins.
On disait autrefois Vestale de marais.
VESTE, s. f. Echec honteux, Waterloo de la vie bourgeoise ou littéraire auquel on ne s'attendait pas,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
M. Joachim Duflot fait dater cette expression de la pièce des Etoiles, jouée au Vaudeville, dans laquelle l'acteur Lagrange, en berger, faisait asseoir mademoiselle Cico sur sa veste pour préserver cette aimable nymphe de la rosée du soir, ce qui faisait rire le public et forçait le berger à reprendre sa veste. Mais il y a une autre origine: c'est la Promise, opéra-comique de Clapisson, dans lequel Meillet chantait au Ier acte, un air (l'air de la veste) peu goûté du public; d'où cette expression attribuée à Gil-Pérez le soir de la première représentation: Meillet a remporté sa veste.
Ramasser ou remporter une veste. Echouer dans une entreprise, petite ou grande.--Se faire siffler en chantant faux ou en jouant mal.--Ecrire un mauvais article ou un livre ridicule.
On dit aussi Remporter son armoire, depuis le 13 septembre 1865, jour de la première représentation à la salle Hertz des prétendus phénomènes spirites des frères Davenport.
VESTIGES, s. m. pl. Légumes,--dans l'argot des voleurs.
VÉSUVIENNE, s. f. Femme galante.
L'expression date de 1848, et elle n'a pas survécu à la République qui l'avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement Provisoire; mais elles n'auraient pas défilé devant l'Histoire si un chansonnier de l'époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son petit turlututu gaillard:
«Je suis Vésuvienne, A moi le pompon! Que chacun me vienne Friper le jupon?»
VEULE, adj. des 2 g. Mou, paresseux, lâche,--dans l'argot au peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles, comme le prouvent ces vers de Gauthier de Coinci:
«Mais tant iert plains de vaine gloire Tout iers fiers, cointes et veules, Qu'il sembloit bien qu'en ses esteules Eust trové tout le païs.»
C'est sans doute une antiphrase, de volo, vouloir, avoir volonté: volo, volvis, volui.
VEUVE (La). La guillotine,--dans l'argot des voleurs qui se marient quelquefois avec elle sans le vouloir.
Epouser la veuve. Être guillotiné.
VEUVE POIGNET (La). L'onanisme,--dans l'argot du peuple.
Epouser la veuve Poignet. Se livrer à l'onanisme.
VÉZOUILLER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens.
Vézouiller du bec. Avoir une haleine à la Paixhans.
VIANDE, s. f. La chair,--dans l'argot du peuple.
Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on emploie cette expression froissante pour l'orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d'une maîtresse, disait il y a trois cents ans:
«Une claire brune face Qui ne soit maigre ny grasse, Et d'un gaillard embonpoint, Ne put ny ne picque point: Voilà la douce viande Qu'en mes amours je demande.»
VICE, s. m. Imagination; ingéniosité; astuce,--dans l'argot du peuple, qui sait que l'intelligence est un don souvent fatal.
Avoir du vice. Être très malin,--c'est-à-dire sceptique en amour, en amitié, en politique et en morale.
On dit aussi: Avoir du vice dans la toupie.
VICELOT, s. m. Petit vice, défaut peu grave.
VICTOIRE, s. f. Chemise,--dans l'argot des chiffonniers, qui ont voulu consacrer ainsi le souvenir d'une marchande du faubourg chez laquelle ils se fournissaient.
VICTORIA, s. f. Voiture découverte à quatre roues,--dans l'argot des cochers.
C'est une façon de milord.
VIDANGE, s. f. Accouchement,--dans l'argot des voleurs.
Largue en vidange. Femme en couches.
VIDER (Se), v. réfl. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
VIDER UN HOMME, v. a. Le ruiner,--dans l'argot des petites dames.
VIDER LE PLANCHER, v. a. S'en aller de quelque part,--dans l'argot du peuple.
VIE (Faire la). S'amuser plus que la morale et la santé ne le permettent; se débaucher, les femmes avec les hommes, les hommes avec les femmes.
VIE DE CHIEN, s. f. Conduite déréglée, crapuleuse.
Faire ou Mener une vie de chien. Vivre dans le désordre et le vagabondage. Les Anglais ont la même expression, dans le même sens: to lead a dog's life. On dit aussi Faire une vie de polichinelle.
VIEILLE, s. f. Eau-de-vie qui devrait avoir cent sept ans et qui n'a que quelques mois.
VIEILLE (Ma), s. f. Expression de tendresse banale employée entre hommes,--je me trompe, entre cabotins.
VIEILLE CULOTTE DE PEAU, s. f. Général en retraite,--dans l'argot des troupiers.
VIEILLE MÉDAILLE, s. f. Vieille femme usée par le frottement de la vie. Argot des faubouriens.
VIERGE DE COMPTOIR, s. f. Demoiselle de caboulot,--dans l'argot ironique du peuple, qui ne se doute pas qu'il a emprunté ce mot à John Bull: Bar-maids, disent les Anglais à propos des mêmes Hébés.
VIEUX, s. m. Amant en cheveux blancs ou gris, et même sans cheveux,--dans l'argot des petites dames.
Avoir son vieux. Être entretenue.
VIEUX (Se faire). S'ennuyer, attendre plus qu'il ne faudrait; rester longtemps quelque part. Argot du peuple.
VIEUX COMME LES RUES, adj. Extrêmement vieux.
On dit aussi Vieux comme Mathieu-salé,--par corruption de Mathusalem, un patriarche.
VIEUX JEU, s. m. Méthode classique, procédé d'autrefois pour faire des chansons, des vaudevilles, des romans. Argot des gens de lettres.
VIEUX MEUBLE, s. m. Vieillard, personne impotente, bonne à mettre au rancart de la vie.
VIEUX STYLE, s. m. Se dit de toute chose démodée, de tout procédé tombé en désuétude, de toute idée arriérée, etc.
VIEUX TISON, s. m. Galantin, vieillard amoureux.
VILLOIS, s. m. Village,--dans l'argot des voleurs.
VINAIGRE (Du)! Exclamation de l'argot des enfants, garçons et petites filles, lorsqu'ils sautent à la corde, afin d'en accélérer le mouvement.
Grand vinaigre! Le superlatif de la vitesse.
VINAIGRE DES QUARANTE VOLEURS, s. m. Acide acétique cristallisé,--dans l'argot des bourgeois.
Historiquement, ce devrait être Vinaigre des quatre voleurs.
VIN CHRÉTIEN, s. m. Vin coupé de beaucoup trop d'eau.--dans l'argot du peuple, assez païen pour vouloir boire du vin pur.
VIN D'UNE OREILLE, s. m. Bon vin.
Vin de deux oreilles. Mauvais vin.
VINGT-CINQ-FRANCO-JOURIEN, s. m. Représentant du peuple,--parce que payé vingt-cinq francs par jour.
Le mot date de 1848 et de Théophile Gautier.
VINGT-CINQ FRANCS PAR TÊTE (A), adv. Extrêmement, remarquablement,--dans l'argot des faubouriens.
Rigoler à vingt-cinq francs par tête. S'amuser beaucoup.
S'emmerder à vingt-cinq francs par tête. S'ennuyer considérablement.
VINGT-DEUX, s. m. Poignard,--dans l'argot des voleurs.
Jouer du vingt-deux, Donner des coups de poignard.
VIOC, s. m. Vieux,--dans le même argot.
VIOCQUE, s. f. Vie débauchée,--dans le même argot.
VIOLON, s. m. Partie d'un corps de garde réservée aux gens arrêtés pendant la nuit et destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la Préfecture de police.
L'expression a un siècle de bouteille.
Sentir le violon. Être sans argent. Argot des voleurs.
VIRGULE, s. f. Barbiche,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Cicatrice.
VIRGULE, s. f. Trace que les faubouriens se plaisent à laisser de leur passage dans certains lieux.
VISAGE COUSU, s. m. Homme très maigre,--dans l'argot du peuple.
VISAGE DE BOIS, s. m. Porte fermée.
VISAGE DE BOIS FLOTTÉ, s. m. Mauvaise mine, figure pâle, allongée.
L'expression a des ancêtres:
«Je ne suis pas un casse-mottes, Un visage de bois flotté: Je suis un Dieu bien fagotté,»
a dit d'Assoucy.
VISAGE DE CUIR BOUILLI, s. m. Figure grotesque.
VISAGE SANS NEZ, s. m. Messire Luc.
On dit aussi tout simplement Visage, ainsi que le constatent ces vers de Voiture à une dame:
«. . . . Ce visage gracieux Qui peut faire pâlir le nôtre, Contre moi n'ayant point d'appas, Vous m'en avez fait voir un autre Duquel je ne me gardois pas.»
VISCOPE, s. f. Visière,--dans l'argot des voyous.
VISITEUR, s. m. Frère qui se présente à une loge qui n'est pas la sienne,--dans l'argot des francs-maçons.
VITELOTTE, s. f. Le nez,--du moins le nez de certains buveurs, qui affecte en effet la forme de cette variété de pomme de terre. Argot du peuple.
VITRES, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens, qui ne savent pas se rencontrer si juste avec les gueux anglais, lesquels disent aussi Glaziers.
Carreaux de vitres. Lunettes.
VITRIERS, s. m. pl. Les chasseurs de Vincennes,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté cette expression aux zouaves, heureux de rendre à leurs rivaux la monnaie de leurs chacals.
On croit généralement que cette appellation ironique date de 1851, époque à laquelle les chasseurs de Vincennes dégarnirent à coups de fusil une notable quantité de fenêtres parisiennes. On croit aussi qu'à cette occasion leur fut appliqué le couplet suivant, encadré dans une de leurs sonneries de clairon:
«Encore un carreau d' cassé! V' là l' vitrier qui passe. Encore un carreau d' cassé! V' là l' vitrier passé!»
On se trompe généralement. L'expression date de 1840, époque de la formation des chasseurs de Vincennes au camp de Saint-Omer, et elle venait du sac de cuir verni que ces soldats portaient sur leur dos à la façon des vitriers leur sellette. Ce qui ajoutait encore à la ressemblance et justifiait le surnom, c'étaient le manteau roulé et le piquet de tente qui formaient la base du sac des chasseurs, comme le mastic et la règle plate la base de la sellette des vitriers.
VITRINE, s. f. Lorgnon, lunettes,--dans le même argot.
VIVRE D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE, v. n. Se dit ironiquement--dans l'argot de Breda-Street--de l'amour pur, désintéressé, sincère, celui
«Qu'on ne voit que dans les romans Et dans les nids de tourterelles.»
VIVRE DE L'AIR DU TEMPS, N'avoir pas de quoi vivre. Argot du peuple.
VOILE, s. m. Nappe,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Grand drapeau.
VOIR, v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam,--dans l'argot des bourgeois.
VOIR, v. n. Se dit de l'indisposition mensuelle des femmes,--dans l'argot des bourgeoises.
VOIR (Se). Concubare.
VOIR A LA CHANDELLE. Se dit d'une chose que l'on croit ou que l'on dit bonne, mais qu'on n'ose pas déclarer telle trop haut de peur de se tromper.
Cette expression de l'argot du peuple, M. J. Duflot la fait venir de l'argot des comédiens. «Avant le règne du gaz, dit-il, avant même que l'huile à quinquet fût en usage, la rampe du théâtre était éclairée par une rangée de chandelles. Quand on répétait une pièce, les comédiens de ce temps-là n'osaient pas affirmer que c'était un chef-d'œuvre qu'ils allaient jouer; aussi créèrent-ils cette phrase qu'ils nous ont transmise: Il faudra voir cela à la chandelle.»
VOIRIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
VOIR LA FARCE (En). Satisfaire sa curiosité ou son caprice. Argot du peuple.
VOIR LA FEUILLE A L'ENVERS, v. a. Le couplet suivant, tiré d'une très vieille chanson reproduite par Restif de la Bretonne dans sa LXXII-CLXXVIIe. Contemporaine, expliquera cette expression mieux que je ne le pourrais faire:
«Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. --Ne fais pas, dit-il, la sauvage, Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m'engage Et pour toi je porte ses fers; Ne faut-il pas, dans le jeune âge. Voir un peu la feuille à l'envers?»
chante le berger Colinet à la bergère Lisette, chapitre des Jolies Crieuses.
VOIR QUE DU FEU (N'y). Être trompé par un beau parleur; être ébloui par des promesses brillantes.
VOIR LE COUP DE TEMPS. Deviner à temps les intentions malveillantes de quelqu'un, de façon à être prêt à la riposte, soit qu'il s'agisse d'un coup de poing ou d'une question embarrassante.
VOIR SOPHIE, v. a. Avoir ses menses,--dans l'argot des ouvrières.
VOIR TRENTE-SIX CHANDELLES, v. a. Avoir un éblouissement occasionné par un coup sur la tête ou par une émotion subite. Argot du peuple.
Faire voir trente-six chandelles. Appliquer un vigoureux coup de poing en plein visage.
VOIR VENIR QUELQU'UN AVEC SES GROS SABOTS. Se dit--dans le même argot--de quelqu'un qui est deviné avant d'avoir parlé ou agi, par son inhabileté ou sa gaucherie.
VOITE, s. f. Apocope de Voiture,--dans l'argot des voyous.
VOITURE A TALONS (La). Les jambes avec lesquelles on se passe de voiture. Argot du peuple.
VOIX D'EN BAS, s. f. Le peditum de Catulle, ou plutôt son leve petitum,--dans l'argot facétieux des faubouriens qui ignorent que Savinien Lapointe a publie sous ce titre un recueil de poésies fort estimables.
VOLAILLE, s. f. Femme ou fille débauchée,--dans l'argot du peuple, qui sait que la plupart des drôlesses sont bêtes comme des oies.
VOLAILLE, s. f. Homme sans consistance; aimable sceptique qui ne croit qu'à lui. Argot des gens de lettres.
VOLAILLER, v. n. Argot des gens de lettres.
VOLAILLER, v. n. Courir les gueuses.
VOLAILLER, v. n. N'avoir pas de stabilité dans ses affections, se faire l'ami du premier venu.
VOLE-AU-VENT, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
VOLÉ (Être). Mystifié, trompé, déçu,--dans l'argot du peuple.
VOLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
C'est le Banging des ouvriers anglais.
VOLTIGEANTE, s. f. La boue,--dans l'argot des voyous.
VOLTIGEUR DE LA CHARTE, s. m. Homme qui croit encore à la Charte-Vérité comme les Juifs croient au Messie. Argot des journalistes.
VOLTIGEUR DE LOUIS XIV, ou DE LOUIS XVIII, s. m. Emigré, retour de Gand ou de Coblentz.
Se dit depuis 1815.
VOLTIGEUR DE 89, s. m. Prudhomme politique qui a toujours à la bouche les «immortels principes» de la première Révolution.
VOUÉ AU BLANC (Être). Se dit--dans l'argot des faubouriens--d'un apprenti qui n'aime pas à travailler et qui préfère polissonner avec les voyous et les filles du faubourg.
VOUSAILLE, pron. pers. Vous,--dans l'argot des voleurs.
VOUS-N'AVEZ-RIEN, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à sa phrase habituelle: «Vous n'avez rien à déclarer?».
VOÛTE AZURÉE, s. f. Le ciel,--dans l'argot des académiciens, qui ont des lunettes bleues.
VOÛTE D'ACIER, s. f. Partie du cérémonial maçonnique.
VOYAGE (Le). Le tour de France,--dans l'argot des saltimbanques.
Se connaître sur le voyage. Pendant la tournée départementale.
VOYAGEUR, s. m. Insecte parasite,--dans l'argot des faubouriens.
VOYAGEUR, s. m. Amateur,--dans l'argot des saltimbanques, qui donnent ce nom à celui des spectateurs qui consent à leur servir de compère dans un tour de force ou d'adresse.
VOYAGES, s. m. pl. Épreuves de réception,--dans l'argot des francs-maçons.
VOYOU, s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique; produit incestueux de la boue et du caillou; fumier sur lequel pousse l'héroïsme: hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l'humanité; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande,--un monstre en un mot.
Type vieux--comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu'on ait voulu le faire remonter jusqu'à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
VOYOUCRATE, s. m. Démocrate qui exagère la Démocratie, et dont l'Idéal, au lieu de plonger dans l'éther de l'abbé de Saint-Pierre, barbote dans la fange du sans-culottisme.
VOYOUCRATIE, s. f. Gouvernement de la blouse sale; tyrannie du ruisseau; démocratie qui ferait regretter aux républicains sincères «le despotisme de nos rois»--lequel du moins était un despotisme aimable.
VOYOUTE, s. f. Petite drôlesse qui s'accouple avec le voyou avant l'âge de la nubilité,--afin de n'en pas laisser perdre la graine. Fleur fanée qui ne se nouera jamais en fruit,--fille qui ne sera jamais que fille.
J'ai créé le mot il y a quelques années: il est maintenant dans la circulation.
VOYOUTISME, s. m. État crapuleux, abject,--la satire boueuse de l'humanité.
VRILLE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des souteneurs.
W
WAGON, s. m. Verre de vin d'une contenance plus grande que l'omnibus.
WAGON, s. m. Femme de mauvaise vie,--de troisième classe.
Il y aussi des wagons de première, réservés aux gandins riches.
WATER-CLOSET, s. m. Endroit où, moyennant 15 centimes, tout le monde a le droit d'aller--mais à pied, comme le roi.
WATERLOO, s. m. Échec subi; défaite éprouvée, en amour, en art, en littérature,--par allusion à la néfaste journée du 18 juin 1815.
WATRIPONNER, v. n. Écrire dans les petits journaux; en fonder.
Expression créée par Firmin Maillard. (Hist. anecdot. de la Presse, p. 130), et qui est une allusion à la fécondité journalistique de feu Antonio Watripon.
X
X, s. m. Polytechnicien,--dans l'argot des collégiens.
Fort en X. Elève qui a des dispositions pour les mathématiques.
Tête à X. Tête organisée pour le calcul; cerveau à qui le Thêta X est familier.
X. s. m. Secret,--dans l'argot des gens de lettres.
Y
YANKEE, adj. et s. Américain vu par ses mauvais côtés.
Dans la bouche d'un Anglais c'est un terme de mépris.
Y AVOIR PASSÉ. Se dit--dans l'argot du peuple--d'une jeune fille qui n'est plus digne de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger emblématique.
YEUX AU BEURRE NOIR, s. m. pl. Yeux pochés par suite d'une chute ou d'une rixe,--dans l'argot des faubouriens.
YEUX DE LAPIN BLANC (Avoir des). Rouges, avec des cils blancs.
YEUX SUR LE PLAT, s. m. pl. Se dit des yeux blancs que font certaines femmes grimacières, et qui ressemblent assez, en effet, à deux œufs dont on ne verrait que l'albumine.
YOUTRE, s. m. Israélite,--dans l'argot des faubouriens, qui prononcent presque bien, sans s'en douter, le mot allemand Iude.
Jardin des youtres. Cimetière juif,--par antiphrase sans doute, car il y a plus de pierres que de verdure.
Z
ZE-ZE, s. des 2 g. Homme ou femme qui blèse, qui prononce Ze pour Je et parle Ze-ze. Argot du peuple.
ZÉPHIR, s. m. Soldat indiscipliné ou bon pour les compagnies de discipline. Argot des troupiers.
ZÉRO, s. m. Homme sans valeur, sans énergie, sans consistance, sans rien. Argot du peuple.
On dit aussi Zéro en chiffre.
ZIF, s. m. «Marchandise supposée dont certains industriels font intervenir le nom dans leurs opérations.»
ZIG ou ZIGUE, s. m. Ami, camarade de bouteille,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux zigzags du lundi soir.
Bon zigue. Homme joyeux,--mauvais mari peut-être, mauvais fils ou mauvais père, mais bon ami de cabaret et de débauche.
C'est un zigue. Phrase consacrée par laquelle un ouvrier répond d'un autre ouvrier comme de lui-même.
ZIG-ZAG, s. m. Boiteux, bancal,--dans l'argot des voleurs.
ZINC, s. m. Maladie vénérienne,--dans l'argot des faubouriens.
ZINC, s. m. Chic,--dans le même argot.
Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.
ZINC, s. m. Voix métallique et solide,--dans l'argot des coulisses.
Avoir du zinc. Avoir une voix sonore.
On dit aussi Être zingué.
ZINGO, s. m. Bon Zigue,--dans l'argot des marchands de vin.
ZOÏLE, s. m. Ecrivain envieux, et même un peu calomniateur,--dans l'argot des académiciens et des apprentis écrivains, qui éternisent ainsi, sans s'assurer si elle est méritée, la mauvaise réputation dont jouit, depuis deux mille ans, le contempteur de l'Odyssée et de l'Iliade.
ZOUAVE, s. m. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves.
On dit aussi Une Permission de dix heures.
ZOUZOU, s. m. Zouave,--dans l'argot des faubouriens.
ZUT! Exclamation qui est une formule de refus ou de congé.
Depuis 1865, on dit: Ah! zut alors si ta sœur est malade! C'est plus long, mais c'est plus canaille--et, à cause de cela, préférable.
ZUT AU BER... GER! Exclamation de l'argot des gamins, par laquelle ils se défient à courir, à jouer, etc.
PRÉFACETTE AU SUPPLÉMENT
En 1883, alors que parut la troisième édition, longtemps attendue, de cet ouvrage, nous expliquions ainsi les motifs qui avaient amené les éditeurs à ajouter à ce Dictionnaire un Supplément spécial:
«C'est en 1866 que parut la première édition du Dictionnaire de la Langue verte. A son apparition, l'ouvrage de Delvau fit quelque tapage et eut un grand succès de curiosité.
«M. Larcher qui sous ce titre: Excentricités du langage français, avait déjà fait paraître un recueil d'expressions argotiques, accusa Delvau de plagiat. Un procès faillit intervenir entre les deux auteurs. Le litige fut porté devant la Société des Gens de Lettres qui reconnut le bien-fondé de certaines réclamations de M. Larcher et obligea son rival à modifier la seconde édition de son Dictionnaire.
«Cette seconde édition parut en 1867 avec une préface différente de celle qui se trouvait dans la première; toutefois on n'y trouve aucune trace du dissentiment qui s'éleva entre les deux écrivains. C'est cette seconde édition, très rare aujourd'hui, et qu'il faut payer, quand on la rencontre dans les ventes, quarante et cinquante francs, que viennent de rééditer MM. Marpon et Flammarion.
«Avant d'entreprendre cette troisième édition, ils ont été amenés à se demander s'il fallait réimprimer tel quel le Dictionnaire ou s'il ne conviendrait pas de le refondre en ajoutant les nouveaux termes dont s'est accru en ces dernières années le langage populaire et trivial. On sait les progrès faits par la langue verte et quelle place elle a prise aussi bien au salon qu'à l'atelier. Des centaines d'expressions inconnues en 1867 sont aujourd'hui couramment employées. Devait-on les intercaler dans l'œuvre de Delvau? Les éditeurs ne l'ont pas pensé et ils ont, avec raison, croyons-nous, préféré respecter le texte primitif.
«Toutefois, désireux de mettre l'ouvrage à la hauteur des révolutions du jour, comme dit M. Larcher, ils ont tenu à y ajouter un Supplément. Sachant que nous préparons depuis de longues années un travail sur le bas langage que nous nous proposons d'intituler Les Orphelins de la langue, ils ont bien voulu nous demander de nous charger de ce Supplément. Ne pouvant donner à notre travail qu'une importance secondaire, nous nous sommes attachés à choisir, parmi ces irréguliers du langage, ceux-là seulement qui ne figurent dans aucun dictionnaire d'argot.
«Les romans de l'école naturaliste nous ont fourni, ainsi que certains articles de journaux, de nombreux renseignements que nous avons utilisés en prenant toujours soin d'indiquer la source où nous les puisions.»
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à cette Préfacette. Disons seulement que le Supplément à cette nouvelle édition a été modifié en grande partie. Certains mots qui se trouvaient dans l'édition de 1883 ayant passé de mode depuis cette époque ne figurent plus ici; d'autres au contraire y ont été ajoutés qui ont, depuis quatre ans, enrichi la Langue verte.
GUSTAVE FUSTIER.
SUPPLÉMENT
A
ABATTOIR. Cercle de jeu. On y immole en effet force pigeons.
ABBESSE. Maîtresse d'une maison de tolérance. On dit plus communément: Madame.
ABOULÉE. Accouchée.
Aboulement: accouchement.
ABRUTIR SUR (S'). Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J'y ajouterai le sens de: étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.
ACTEUSE. «Cette petite variante me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé dans l'argot parisien. Nana n'est pas une actrice, c'est une acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l'entend pas, on la voit. L'acteuse est entière dans cette nuance.» (Champsaur: Evénement, février 1887.)
ADJUDANT (TREMPER UN). Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d'intérêt à satisfaire; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N'est-ce pas dans ce rapprochement qu'il faut chercher l'origine de cette expression?
(Merlin, La langue verte du troupier.)
ADJUGER UNE BANQUE A UN OPÉRATEUR. Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu.
(V. Revers.)
AFFRANCHIR. Terme de joueur: On dit qu'une carte est affranchie lorsqu'elle n'est plus exposée à être prise. J'ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame.--Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d'affranchissement.
AFISTOLER. Arranger.
AGACEUR. Boute-en-train,--argot de sport.
AGENOUILLÉE. Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n'a point fait fortune. «Pas de coin de rue qui n'ait maintenant sa douzaine d'agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.» (Evénement, août 1884.)
AGRAFER. Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler. «C'est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d'agrafer cette nuit-là.» (Belot et Dautin: Le Parricide.)
ALLER SE FAIRE LANLAIRE. Se débarrasser d'un importun. L'envoyer promener, «... Votre cœur? Il n'y a que les gens qui n'ont que ça qui le proposent... Ça ne suffit pas... Vous pouvez aller vous faire lanlaire...!» (Huysmans: Les sœurs Vatard.)
ALLER CHEZ FALDÈS. Partager.
ALLUMEUR. Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu'à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots.--Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train. «Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.» (Gil Blas, 29 mars 1882.)
ALPHONSISME. Le métier (?) de l'Alphonse. «L'Alphonsisme brutal ne disparaîtra qu'avec la prostitution.» (La Bataille, mai 1882.)
AMAZONE. Grec de race femelle. «Le grec de la classe moyenne, autrement dit le grec nomade,... travaille rarement seul; il s'adjoint des compères appelés comtois et des auxiliaires féminins appelés amazones. (Le Baccarat, 1881.)
AMÉRICAIN. Breuvage qui tient le milieu entre le grog et le punch. «Garçon! un américain!» (Véron, Paris vicieux.)
AMINCI. Elégant, à la mode, dans l'argot boulevardier. L'aminci a été le frère du boudiné; tous deux n'ont fait qu'une courte apparition dans le jargon des précieux.
«De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l'intention de visser sur un tuyau de gaz... l'annonce en lettres de feu du bal à l'Elysée...» (Echo de Paris, février 1885). «Tous les soirs (dans la baraque d'un lutteur) au milieu d'horizontales de grande marque, au milieu d'amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.» (Univers illustré, juillet 1884.)
ANGLAIS. Terme de sport. On dit qu'un cheval a de l'anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.
ANGUILLE. Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l'anguille.
APÉRITIVE. Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l'indique, l'apéritive fréquente d'ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière. «Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l'état d'apéritive... mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demi-mondain.» (Gil Blas, mai 1887.)
ARAIGNÉE. Vélocipède à deux roues dont l'une, celle de devant, est très grande, et l'autre, celle de derrière, d'un diamètre très petit.
ARAIGNÉE DE TROTTOIR. Boutiquier en plein vent, camelot. «Il (le promeneur) a fait aux araignées de trottoir une rente qui, suivant la position, varie de 10 sous à 10 francs par jour.» (Estafette, 1881.)
ARC-EN-CIEL (FAIRE L'). Argot des Grecs. «J'ai fait l'arc-en-ciel.--Qu'entendez-vous par là?--Je vous ai jeté les cartes très loin, d'une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j'ai pu les voir lorsqu'elles sont arrivées à leur point culminant.» (Belot: Le Roi des Grecs.)
ARCHICUBE. Ancien élève de l'Ecole normale. «Monsieur, vous êtes mon archicube et je vous dois le respect. J'explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif: vous êtes entré à l'Ecole plus de trois ans avant moi.»
ARRANGEUR. Argot de cercle. Individu qui, lorsqu'un chef de partie ne sait pas séquencer les cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa... collaboration.
ARROSAGE. Action de boire, de s'arroser le gosier.
ARTISTE. Dans le jargon des ouvriers: camarade, compagnon.
ARTISTE. Cadavre exposé à la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet, un théâtre. «La salle d'exposition... est divisée en deux parties par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées... douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches, habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes. Quand toutes les places sont vides, ils disent qu'on fait relâche.» (Du Boisgobey: Le fils de Monsieur Lecoq.)
ASSEOIR (S') SUR QUELQU'UN. Le faire taire. Asseyez-vous dessus, dit-on en parlant d'un gamin qui crie et gêne ainsi les personnes avec lesquelles il se trouve.--S'asseoir sur quelque chose, n'en pas faire cas. «Tous tes discours, tout's tes promesses d'autrefois, tu t'asseois dessus! » (L'esclave Ivre, no 1.)
ASSESSEUR. Joueur complaisant qui, placé au baccarat à côté du tailleur, paye et encaisse pour le compte de celui-ci.
ASTIQUER. Fourbir, nettoyer, se pomponner.
«C'est qu'on est un peu beau, mon vieux Quand on s'astique.»
(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)
ASTIQUER (S'). Se masturber.
ATOUTS (Le plus d'). Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.
AVALE-TOUT. Femme qui ne recule devant aucune extrémité.
AVOINE (Donner de l'). Battre, rouer de coups. De la langue des charretiers, l'expression est passée dans celle des souteneurs et des gens sans aveu. «Alphonse ne recule pas à lui donner de l'avoine (à sa maîtresse), c'est-à-dire à lui administrer une volée» (Voltaire, 1882).
AVOIR UN COUP DE MARTEAU. Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.
AVOIR LA CUISSE GAIE. Être de mœurs faciles. «Très gentille avec son petit nez en l'air; je parie qu'elle a la cuisse gaie, hein!» (Vie Parisienne, 1er octobre 1881.)
AVOIR SON VIN AU CROC. Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots. «Aussi lui était-il arrivé souvent d'être privé de sa ration de vin; en terme de marin, d'avoir son vin au croc.» (Patrie, février 1887.)
AVOIR UNE BELLE PRESSE. Être complimenté par tous les journaux. «Madame est en train de lire ses journaux... Madame, à ce qu'il paraît, n'a jamais eu une si belle presse!» (De Goncourt: La Faustin.)
B
BADINGATEUX. Terme de mépris employé par les adversaires du régime impérial pour désigner un partisan de ce régime. «Solde de vestes. On prend mesure; blouses blanches pour braillards, gueulards, badingateux...» (Temps, 1881.)
BAFOUILLAGE. Conversation sans suite, confuse, incohérente. A vrai dire, ce mot rentre plus dans le langage trivial que dans l'argot; toutefois comme les dictionnaires spéciaux ont jusqu'ici enregistré bafouiller et bafouilleur, j'ai pensé que bafouillage avait également droit d'asile. «J'ai entendu nombre de phrases sans suite, d'exclamations vides, de bafouillages incohérents.» (Echo de Paris, mai 1884).
BAFRER. Manger. «C'était une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait comme quatre.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
BAGNOLLE, mauvaise voiture.
BAGUETTE EST CASSÉE (La). Cette expression a remplacé le Zut au berger. (V. Delvau.)
BAJOTER. Bavarder, jacasser.
BAL. Peloton de punition. Argot militaire.
BALEINE. Femme de mauvaise vie.
BALINSTRIQUER. Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner. «Tu sais, lui avait-il dit, j'ai fait un sale coup, j'ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c'est ma tête qui est à couper.» (Gazette des Tribunaux, septembre 1884.)
BALLE (Faire). Être à jeun. «Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.» (A. Humbert: Mon bagne.)
BALLON. Art de tournoyer en dansant.--Verre de bière.
BALOUSTIQUER. Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.
BALUCHONNEUR. Voleur. Ainsi que son nom l'indique, ce malfaiteur vole de préférence les objets faciles à cacher, les petits paquets, par exemple (en argot baluchon est synonyme de paquet). C'est aussi lui qui travaille aux étalages des magasins et qui pratique parfois le vol dit à la bousculade. «La nuit seulement, un certain nombre de baluchonneurs s'y donnent rendez-vous (dans un cabaret) pour faire l'échange ou la vente du produit de leur vol.» (Nation, juillet 1885.)
BANDISTE. «On appelle ainsi les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires, prospectus, manifestes électoraux.» Soleil, 16 nov. 1888.
BARAQUE. Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle. «Le jeu de la baraque se compose d'une planchette de cuivre casée à l'angle d'un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon! l'adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c'est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C'est pour rien! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.» (Paris-Journal, 1882.)
BARAQUEUR. Joueur de baraque.
BARBE. Répétition. «Une barbe, c'est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s'assied, on le rase, il paye, c'est une barbe!» (Richepin.)
BARBE (Faire sa). Argot théâtral. Gagner de l'argent. «Sa barbe faite, comme on dit en argot théâtral, c'est-à-dire son argent gagné, notre chanteuse s'empresse de quitter le salon.» (Gaulois, 3 octobre 1881.)
BARBE (Femme à). Argot militaire. «Terme sous lequel on désigne une beauté sur le retour généralement unique dans chaque ville de garnison, qu'une étrange et irrésistible passion pour le biscuit militaire laisse sans défense contre les assauts du soldat.» (Ginisty: Manuel du Parfait réserviste.)
BARBIFIER (Se). Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe. «Il s'est barbifié hier; il a mal aux cheveux aujourd'hui.» (Typologie-Tucker, juin 1885.)
BARBOTER. Parler sans savoir ce que l'on dit.
BARBOTTAGÉ. Vol. «Le droit au barbottage est absolu.» (A. Humbert: Mon bagne.)
BASSINOIRE. «A Paris, il est de ces hôtels où, pour quelques sous, couchent les maçons, qui s'en vont à leur travail, à l'aube. Eh bien! par les nuits d'hiver, il est de pauvres diables qui attendent, l'onglée aux mains, que ces maçons soient partis pour se glisser, au rabais, dans leurs draps encore chauds. Ils font queue devant le logeur, comme devant un théâtre. Ils battent la semelle en attendant le sommeil. Ils appellent, dans leur argot, les compagnons maçons qui leur cèdent ainsi leur couche, les bassinoires.» (J. Claretie: La Vie à Paris.)
BÂTIR. Terme de couturière; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l'essayage, des retouches à opérer. «Deuxième séance; essayage des toilettes bâties.» (Gaulois, 1881.)
BÂTONS DE CHAISE (Noce de). Orgie.
BÂTON DE RÉGLISSE. Gardien de la paix. Prêtre.
BÂTON ROMPU. «--Quels gens appelez-vous vieilles cannes?--Les repris de justice.--Et bâtons rompus?--Les surveillés de la haute police en rupture de ban.» (Barron: Paris-Etrange.)
BATTRE LE BEURRE. Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.--«Et ta sœur?--Ma sœur? elle bat l'beurre!»
BATTRE A LA PARISIENNE. Voler ou tricher au jeu.
BATTRE SON PLEIN. Être dans tout l'éclat de son talent ou de sa beauté. «Jamais l'artiste de la Renaissance ne fut plus jolie qu'à présent; elle bat son plein.» (Evénement, 1872.)
BAVAROISE. Infusion de thé et de sirop de capillaire.--Bavaroise au chocolat, tasse de chocolat à la crème; bavaroise aux choux, mélange d'absinthe et d'orgeat; bavaroise de cocher, verre de vin.
BAVER DES CLIGNOTS. Pleurer.
BAVEUX. Qui ne sait ce qu'il dit; qui bafouille.
BAZAR. Lycée, pension. «Les jeunes citoyens de l'avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.» (Evénement, 1881.)
BÉCARRE. Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d'élégant, n'est plus guère usité aujourd'hui. «Le parisien, en tant que langue vient de s'enrichir d'un nouveau mot.... Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C'est le bécarre qui gouverne. On est ou on n'est pas bécarre, comme on était jadis ou l'on n'était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d'en faire telle autre.... Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.» (Illustration, novembre 1885.)
BÉGUEULISME. Le mot est de F. Sarcey qui l'a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869. «C'est, dit-il, dans la vie ordinaire, l'art de s'offenser pour le compte des vertus qu'on n'a pas; en littérature, l'art de jouir avec des goûts qu'on ne sent point; en politique, en religion et en morale, l'art d'affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.»
BENEDICAMUS. Enfant de chœur. Terme populaire: «Il s'imaginait naïvement que les vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l'organiste, les petits benedicamus.» (Figaro, nov. 1885.)
BIBELOT. Argot d'imprimerie. Travaux de peu d'importance; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.
BIBELOTEUR. Collectionneur; amateur de bibelots.
BIBELOTIER. Ouvrier imprimeur, spécialement chargé des bibelots.
BIBOIRE. Petit récipient en caoutchouc ou en cuir bouilli en forme de bateau et dont on se sert en voyage ou à la chasse pour boire.
Les écoliers disent coupe-gueule.
BIDARD. Heureux, veinard. Être bidard, avoir de la chance, réussir dans ce que l'on entreprend.
BIÈRE. Boîte aux dominos.
BIGORNIAU. Auvergnat.
BIJOU. Nom donné, par antiphrase, chez les restaurateurs de Paris, à toutes les dessertes des plats et des assiettes; c'est le profit des laveurs de vaisselle.» (Journal des Débats, 1876, cité par Littré.)
BILLARD ANGLAIS (Jouer au). Pratiquer l'onanisme.
BILLE DE BILLARD. Crâne dénudé et, par extension, vieillard. «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse!...» (Meilhac et Halévy, Lolotte.)
BILLET DIRECT POUR CHARENTON. Absinthe pure. «L'autre jour, le patron m'a payé un billet direct pour Charenton.» (Gil Blas, 1882.)
BINCE. Couteau (Richepin.)
BISCOP. Casquette.
BISCUIT. Argot de joueurs. Le biscuit est une série de cartes fraudées, bizeautées que le grec a toujours sur lui pour s'en servir quand il juge le moment favorable. On dit: servir, préparer un biscuit.
BLANC D'ESPAGNE. Sous le nom du parti des Blancs d'Espagne, on désigne ainsi, dans le jargon politique et dans le langage de la presse, l'ensemble des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme. A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste toulousain, les Blancs d'Espagne répondirent par cet autre sobriquet à l'adresse de leurs adversaires, partisans du comte de Paris: Blancs d'Eu. «Le parti des Blancs d'Espagne ne sera jamais sérieux.» (Ed. Hervé: Soleil, juillet 1884.) «Mr. E. Veuillot est un Blanc d'Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de se soumettre à un étranger.» (Matin, juillet 1884.)
BLAFARDE. La mort.
BLOCKAUS. Chapeau de haute forme.
BLONDE, BRUNE. Verre de bière de couleur brune ou blonde. «Les garçons (de café) libérés avant leurs confrères dépouillent rapidement la veste et le tablier blanc, se mettent en civil comme ils disent, et s'en vont boire des bocks dans les brasseries attardées. Seulement, ils ne sont pas assez naïfs pour donner en s'en allant le pourboire d'usage; ils demanderaient plutôt, quand vient le quart d'heure de Rabelais, une remise sur le prix des brunes et des blondes qu'ils ont absorbées.» (Figaro, 1882.)
BOEUF. Joli, agréable. C'est rien bœuf! dit le peuple.
BOISSONNEUR. Pilier de cabaret. «Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.» (Huysmans: Les Sœurs Vatard.)
BOÎTE. Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte: être souvent puni; avoir une tête à boîte: être affligé d'une maladresse qui attire sur vous les préférences de l'instructeur.--Grosse boîte, prison.
BOÎTE A VIOLON. Cercueil, allusion de forme.
BOMBER. Frapper, battre. Argot de souteneur.
«Si tu prends des airs de bégueule, Gare à ta peau... J'te vas bomber.»
BONDE. Maison centrale. «Il a filé deux ou trois berges aux bondes.» (A. Humbert: Mon bagne.)
BON-DIEU. «On m'avait réservé la copie d'un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j'avais à faire une douzaine d'exemplaires. J'en avais pour trois quarts d'heure environ... Cela s appelait des bon-dieu. Je n'ai jamais pu savoir pourquoi.» (A. Humbert: Mon bagne.)
BONNE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'il vient de jouer compte et ne saurait être annulé. (V. Mauvaise.)
BONNEFORTANCHE. (V. Infra Frangeuse.)
BON PREMIER. Argot de courses. Un cheval arrive bon premier quand il a fourni la course bien avant ses concurrents. Il est bon dernier quand il arrive non seulement le dernier, mais encore avec un retard considérable sur les autres chevaux.
BOOKMAKEUSE. Bookmaker femelle. «La bookmakeuse se rend aux courses en petite charrette anglaise; elle conduit elle-même, et ses commis, d'autres femmes de même tournure, occupent le siège de derrière.» (Figaro, 12 juin 1881.)
BORDEL. Outils, instruments, objet quelconque.
BOSSER. Rire, s'amuser.
BOSTON. Képi, chapeau, coiffure d'homme. «Restait à choisir un képi. Impossible; tous couvraient la tête jusqu'aux épaules et Pompignan dut aller jusqu'à la réserve où parmi les anciens bostons, il en trouva un qui pouvait servir.» (Revue alsacienne, juillet 1887.)
BOUCHE-TROU. Ecolier qui se tient prêt à remplacer un de ses camarades qu'une cause quelconque empêche de prendre part aux concours qui ont lieu entre les lycées. «L'ouverture des boîtes du grand concours réserve, parfois, des surprises étranges, comme par exemple, celle du bouche-trou remportant le prix d'honneur.» (Télégraphe, août 1885.)
BOUCHER LA LUMIÈRE. Donner un coup de pied dans le derrière.
BOUCHON. Bouteille de vin cacheté. (Richepin.)
BOUDINÉ. Une des dernières incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin. «Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur paraît rendre d'une façon imagée l'étroitesse de leur costume; il répond... à cet ensemble de tenue qui leur donne l'air de boudins montés sur pattes. (Siècle, 1883.) Encore un mot qui n'a eu qu'une existence bien éphémère.
BOUGIE. Argent.
BOUILLONNEUSE. Femme qui, dans certains restaurants, est spécialement préposée à la confection des potages.
BOULE DE C... Argot militaire. Idiot.
BOULEAU, BUCHE. (V. Delvau: Bucherie).
BOULEVARDER. Fréquenter les boulevards. «Il y a des gens à qui la science vient en boulevardant.» (Cherbuliez: Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1876, cité par Littré.)
BOULOTTE. Grosse petite femme, bien en chair.
«C'est eun'boulotte, une chic artisse Qui vous a d'la réponse, mon vieux!»
(L'entr'acte à Montparnasse.)
BOUM (Faire). Copuler. «Il n'ignorait certainement pas comment se pratique cette agréable chose que les petites ouvrières appellent: faire boum!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
BOURDE. Mensonge, faute grossière. «On te dit... que t'es venu coller des bourdes aux pauvres bougres.» (L'Esclave ivre, no 1.)
BOURRER UNE (En). Fumer une pipe. «Après déjeuner, M. Cherbuliez revient à son cabinet, et,--détail naturaliste,--allume une pipe; en bourre une, dirait Zola.» (Evénement, 1882.)
BOUT. Congé, renvoi.
BOUT-DE-CIGARE. Homme de petite taille. Argot militaire.
BOUTEILLE. V. CASSER SA BOUTEILLE.
BOUTONNER. Terme de salle d'armes; toucher à coups de fleuret.
BRACONNER. Argot de cercle. Tricher, voler au jeu.
BRIDAUKIL. Chaîne d'or.
BRIDER. Interdire, défendre. Argot des marchands forains. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité d'arnaquer.» (Temps, avril 1887.)
BRIFFE. Pain. (Richepin.)
BRINDE. Femme grande et déhanchée. «Tenez, là à gauche, regardez cette grande brinde qui s'étale, avec son nez si retroussé qu'on lui voit la cervelle.» (Chavette.)
BRISURE. Escroquerie.
BRODAGE. Ecriture.
BRODEUR. Escroc, faussaire. Argot des voleurs. Au sens d'écrivain public qu'ont donné à ce mot brodeur Delvau et ses continuateurs, il convient d'ajouter celui d'escroc et de faussaire. «Dans le langage spécial de la haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui, naturellement, ne sont jamais payées.» (Figaro, octobre 1885.)
BRODEUR. Prêteur d'un cercle qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l'aide d'un bon, en vous soutenant effrontément qu'il vous a prêté 12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.
BROUILLARD (Faire du). Fumer. «Il n'était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu'ils avaient goûté à faire du brouillard.» (A. Humbert: Mon bagne.)
BRULANT. Foyer, feu. (Richepin.)
BRUTION. Élève du Prytanée militaire de La Flèche. (V. l'article suivant.)
BRUTIUM. Le Prytanée militaire de La Flèche. «Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu'au régiment même. Les classiques d'il y a cinquante ans imaginèrent que c'était là une éducation à la Brutus, d'où le terme Brutium pour caractériser l'école, d'où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.» (Le Siècle, 1880.)
BUS. Omnibus. Mot très usité à Paris chez le peuple qui, par une anomalie étrange, fait bus du masculin et omnibus du féminin. Prendre le bus, monter en bus sont des expressions qu'on entend journellement. «--J'prends un sapin!--T'es rien tourte, Gugusse! J'ter trente-cinq ronds à c'te tête de faïence, quand pour trois jacques en bus t'en vois la farce!» (Le Monde comique, 1883.)
C
CABE. Elève de troisième année à l'Ecole normale.
CABOT. Argot militaire. Elève-cabot, élève caporal. Cabot pris absolument dans le sens de caporal est inusité. (Ginisty: Manuel du réserviste.)
CABRIOLET. Petite boîte servant à classer des fiches.
CADRE. «Le personnel du service de la police de sûreté.--Lettre supposée, écrit apocryphe. «J'estime qu'aucun de vous, quand vous en aurez pris connaissance, ne s'imaginera que c'est une lettre supposée, un cadre, comme nous disons dans notre argot de journalisme.» (XIXe Siècle, 1881.)
CAFARD. Argot militaire. Insecte qui travaille la tête d'un officier et le rend intolérable pour ses hommes. Par extension, l'officier lui-même, atteint de cette infirmité. (Ginisty: Manuel du réserviste.)
CAGE. Tête. Ne plus avoir de mouron sur la cage, être chauve.
CAGNE. Mauvais chien. «Dans la bonté des chiens, il y a des bizarreries inouïes; les disgraciés sont quelquefois les intelligents et, dans la même portée, il y a trois cagnes pour un bon chien.» (Carteron: Premières chasses.)
CAGNER. Faire la cagne; reculer devant une besogne difficile ou dangereuse. (Littré).
CAÏMAN. Maître, surveillant. Argot des élèves de l'Ecole normale. «Je rentrai si en retard, que le père Estiévant, le portier, qui me vendait du chocolat, fut obligé de me marquer tout comme un autre sur sa liste. Je pensais avoir une excuse et je l'exposai au caïman...» (Gaulois, 1880.)
CAISSE NOIRE. Fonds secrets mis à la disposition du Ministre de l'Intérieur et du Préfet de police. «Croyez-vous que l'argent de la caisse noire ne pourrait pas être plus utilement employé?» (Figaro, 1882.)
CALEBASSE. Secret. Vendre la calebasse, révéler le secret. (Littré.)
CALÉ (Être). Dans l'argot des écoles, cette expression est synonyme de savoir ses leçons, ses cours, connaître à fond les matières d'un examen.
CALIC. Commis de magasin de nouveautés. Abr. de Calicot.
CALIN. Tonnelet d'étain dont se servent les marchands de coco. Le tonnelet lui caresse, lui câline le dos. (Richepin.)
CALOT. Argot des commis de nouveautés: acheteur difficile, ennuyeux à servir. «Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.» (P. Giffard.) V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.
CALOTTE. Assiette creuse. Sorte de pâtisserie où il entre des confitures. «Vous vous imaginez peut-être qu'il est question de quelques petites friandises dont on nous donnait de nombreuses indigestions durant notre jeunesse et qui portaient ce nom si joli, si gracieux, si adorable de petites calottes; il y avait là-dedans des confitures.» (Gazette des Tribunaux.)--Pot de confiture ayant la forme d'une grande calotte sans anse ni oreilles. (Littré.)
«Les calottes dont nous nous entretenons sont des pots de confitures.» (Gazette des Tribunaux, avril 1874.)
CALYPSO (Faire sa). Faire des manières, des embarras. C'est la variante savante de faire sa tête.
«Tu peux r'tourner à ton potage! Ah! monsieur fait sa Calypso! En v'la z'un muf!...»
(L'entr'acte à Montparnasse.)
CAMBRIOLE. Boutique. (Richepin.)
CAMBROUSER. Servir comme domestique. (Richepin.)
CAMEMBERT. Montre. Argot du peuple.--«Quelle heure avez-vous à votre camembert?--Mon ca...?--Ah! c'est vrai! vous parlez correctement, vous. J'ai voulu dire votre montre.» (Vie parisienne, novembre 1883.)
CAMERLUCHE. Camarade. (Richepin.)
CAMOUFLÉ (Être). Avoir reçu les derniers sacrements. «Dès qu'il fut, suivant la pittoresque expression, camouflé, c'est-à-dire dès qu'il eut reçu le sacrement de l'Extrême-Onction...» (Humbert: Mon bagne.)
CAMPÊCHE. Vin. «Pourvu qu'on ait du campêche à douze sous le litre...» (Figaro, 1882.)
CANNE (Vieille). «Quels gens appelez-vous vieilles cannes?--Les repris de justice.» (Barron: Paris-Etrange.)
CANULARIUM. Argot des élèves de l'Ecole normale. Sorte d'investiture; épreuves que subissent à l'Ecole les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre 1887 du journal La Paix, M. Joseph Montet a fait une curieuse description de cette cérémonie.
CANULEUR. (V. Delvau, Canule.)
CAP (Doubler le). Faire un détour pour éviter un créancier. (V. Delvau: Rue barrée.)
CAPITAL. Vertu, virginité de la femme. Le mot a été créé par M. Alexandre Dumas. «Généralement, c'est une femme dont le capital s'est perdu depuis de longues années.» (Théo-Critt: Nos farces à Saumur.)
CAPONNER. Argot des écoles. Rapporter au maître les fautes de ses condisciples.
CARABINIER DE LA FACULTÉ. Pharmacien.
CARFOUILLER. Fouiller jusqu'au fond, dans tous les sens. «Il délibéra longtemps avec lui-même pour savoir... s'il lui carfouillerait le cœur avec son épée ou s'il se bornerait à lui crever les yeux.» (Figaro, 1882.)
CAROTTAGE. (V. Delvau: Carotte.)
CAROUBLAGE. Sorte de vol. (V. Delvau: Caroubleur.)
CARPE (Faire la). S'évanouir, se pâmer.
CARRÉ. Elève de seconde année à l'Ecole normale.
CARTOUCHIÈRE A PORTÉE. Réservoir de cartes que les grecs placent sous leur gilet et où ils trouvent classées et numérotées toutes les portées possibles.
CASER. Abrév. de casernement. Argot des élèves de l'Ecole Polytechnique.
CASQUEUR. Argot des coulisses. Le public payant, par opposition aux billets de faveur et au service de presse.
CASSER SON LACET. Abandonner sa maîtresse, rompre toutes relations avec elle. «Alors, c'est dit, nous cassons notre lacet?» (Huysmans: Les Sœurs Vatard.)
CASSER (A tout). Considérable, fantastique, inouï. «Le public voit la quatrième page de son journal occupée par la réclame à tout casser du grand bazar.» (Giffard: Les grands bazars.)
CASSER SA BOUTEILLE. Expression populaire datant de l'année 1885; c'est vouloir se donner de l'importance, se gonfler, se faire aussi gros que le bœuf... et n'y point réussir.
CASSEROLE. Prostituée. «La casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.» (Réveil, juin 1882.)
CASTAPIANNE. Blennorrhée. Argot militaire.
CASTORISER (Se). Argot des officiers de marine. Ne pas embarquer; rester sur le plancher des vaches, pourvu d'un poste soit au ministère, soit autre part.
CATO. Maîtresse. «Alors comme il (le souteneur) n'a plus d'argent, il en demande à sa cato qui devient rapidement sa marmite.» (Voltaire, 1881.)
CAVALERIE (Grosse). Cureurs d'égout. Allusion à leurs bottes.
CAVALIER SEUL. Danse plus ou moins échevelée qu'on exécute seul, dans un quadrille, en face des trois autres personnes qui complètent la figure. «Peu à peu, elle se laissa aller à exécuter un étourdissant cavalier seul.» (Vie Parisienne, 1881.)
CAVIAR. Ce mot, sans doute trouvé dans un restaurant à la mode, avait la prétention de détrôner V' lan, Pschutt et Bécarre, tous vocables aussi idiots d'ailleurs et synonymes d'élégance, de chic. Comme ses aînés, Caviar n'a point eu de succès; il est mort en bas-âge. «On dit d'une demoiselle ultra-chic qu'elle est on ne peut plus Caviar.» (Charivari, 1886.)
CENTRAL. Bureau télégraphique de la place de la Bourse, à Paris. Argot des employés du ministère des Postes. Être nommé au Central.--Elève de l'Ecole centrale; un central, des centraux. «Les élèves de l'Ecole centrale se sont livrés hier à une fantaisie que la police a eu le bon goût de ne pas gêner... Les centraux se sont réunis sur la place de la Bastille, et, se formant en monome...» (Rappel, 1881.)
CENTRIOT. Surnom, sobriquet, «Il a surtout le génie des centriots (surnoms). C'est lui qui a donné à un pâle gringalet, mauvaise langue et joueur de méchants tours... le joli surnom de Fleur de teigne.» (Humbert: Mon bagne.)
CERISE. Ouvrier maçon des environs de Paris (Littré). «Messieurs, ce n'est pas là une appellation insultante; nous appelons marchands de cerises, les ouvriers de la banlieue de Paris, ceux qui nous environnent.» (Nadaud: Journal officiel.)
CERISIER. Petits chevaux de louage, ainsi nommés parce qu'ils portent ordinairement les cerises de Montmorency aux marchés de Paris. «Sterny sur un cerisier, Sterny en compagnie d'une grosse dame à âne.» (Soulié: Le Lion amoureux.)
«Les Cerisiers de Montmorency sont les petits chevaux pacifiques qu'on loue pour se promener dans les environs; autrefois, ils transportaient des cerises; de là leur nom.» (Rappel, 1874. V. Littré.)
CHABROL. Mélange de bouillon et de vin.
CHA-FUST. Cours de machine professé à l'Ecole navale. Argot de l'Ecole. «Chacun de ces cours, outre son titre officiel, porte un nom spécial pour les élèves du Borda. Le cours de machine est le cha-fust, mot formé par onomatopée... Naturellement les professeurs empruntent leur titre au nom du cours.»
On dit: le chafustard... (Illustration, septembre 1885.)
CHAIREZ! Hardi! Courage! Cette interjection se trouve dans l'ouvrage d'Alph. Humbert intitulé: Mon bagne.
CHALEUR! Exclamation qui sert à marquer la surprise, le mépris, l'intention de ne pas faire telle ou telle chose. S'emploie toujours ironiquement; elle est synonyme de Maladie! ou de ça ne serait pas à faire! «Dans le Casino susdit, on jouerait le baccarat et les dames seraient admises! Oh! chaleur!» (Le Joueur, 1881.)
CHAMBARD. Bruit, tapage, «Il est de tradition à l'Ecole (Polytechnique) que, à la rentrée, les anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires. C'est ce qu'on appelle faire le chambard.» (Temps, 1881.)
CHAMBARDEMENT. Renversement, bris.
«Gambetta, vil objet de mon ressentiment, Ministres ennemis de tout chambardement, Sénateurs que je hais...»
(Événement, 1881.)
CHAMBARDER. Faire du bruit, du chambard. «Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l'Ecole (Polytechnique), comme vous en avez l'habitude...» (XIXe Siècle, 1881.)
On dit familièrement en Bretagne chambarder pour: remuer, bousculer quelqu'un ou quelque chose. (V. Delvau: Chambarder.)
CHAMBRER. Perdre, voler. Argot des grecs.
CHAMP. Argot de sport. L'ensemble des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c'est parier pour un cheval contre tous ses concurrents. (Littré.)
CHAMPS. Champs-Elysées. Argot des filles, des souteneurs et de toute la population interlope qui, la nuit venue, fait élection de domicile aux Champs-Elysées.
CHAND, CHANDE. Marchand, marchande.
CHANDELLE (Faire une). Lancer une balle en hauteur de telle sorte qu'elle puisse facilement retomber dans les mains des joueurs. Argot des enfants. Allusion à la chandelle romaine, sorte de fusée.
CHANDELLE (Faire fondre une). Boire une bouteille de vin. «La chiffonnière faisait alors un bout de toilette avant d'aller faire fondre une chandelle dans le sous-sol du père Grandesomme.» (Réveil, 1882.)
CHANDELIER. Souteneur de filles. «Dans l'argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur de filles.» (Figaro, janvier 1886. V. Infra: Relever le chandelier.)
CHANOINE. Récidiviste des maisons centrales.
CHAPEAU. Homme de paille, remplaçant sans titre sérieux. «Ce ne sont pas des chapeaux que j'ai laissés à mon siège d'administrateur (de compagnie financière), mais bien des titulaires réels.» (Journal officiel belge, mars 1874, cité par Littré.) Cet emploi vient de l'habitude, dans les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.
CHAPELLE. Coterie.
CHARGER. Verser du vin, remplir un verre de liquide. «Charge-moi vite une gobette de champoreau.» Traduction: Sers-moi un verre de café additionné d'eau-de-vie. (Réveil, 1882.)
CHARRETÉE. (En avoir une). Être complètement ivre.
CHARRIER. Chercher à savoir.
CHARRIEUR, adj. Curieux.--Subst. Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le compte desquels il racole les joueurs. «Ces nobles personnes ont toujours deux ou trois grecs à leur solde. Elles ont aussi des charrieurs et des charrieuses qui sont chargés de rabattre les pigeons.» (Henri IV, 1881.)
CHARTREUSE DE VIDANGEUR. Demi-setier de vin rouge.
CHASSELAS. Vin. «Je prendrais bien quelque chose de chaud. Est-ce qu'il y a du chasselas sur le feu, madame Antoine?» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
CHASSEUR. Domestique, petit groom qui, dans les cafés et restaurants bien tenus, est à la disposition des consommateurs, pour faire leurs commissions.
CHATEAU. Abrév. de Châteaubriand. (V. Delvau.)
CHATON. Petit chat. Individu charmant. (Richepin.)
CHATOUILLAGE AU ROUPILLON. Vol au poivrier.
CHATTE. Pédéraste. Argot des voleurs. Terme injurieux que s'adressent les enfants des rues.
CHAUFFER UN ÉLÈVE. Lui appliquer des moyens d'instruction qui hâtent ses connaissances aux dépens du développement total. (Littré.) «Il ne réussit qu'après avoir été chauffé dans une maison spéciale, par un professeur qui lui mâchait ses devoirs.» (Pellerin: Le roman d'un blasé.)
CHEF DE CALOTTE. «Dans les pensions militaires, on appelle chef de calotte le plus ancien et le plus élevé en grade des officiers qui mangent ensemble...» (H. Malot: Le lieutenant Bonnet.)
CHEMISE RONDE. Argot des troupiers qui désignent ainsi le civil, l'individu qui n'est pas soldat. Engager dans les chemises rondes, ne pas s'engager ou se réengager, rester dans la vie civile.
CHEVAL DE CORBILLARD (Faire son). Faire le malin, poser.
CHEVALIER DU BIDET. Souteneur.
CHEVEU. Argot des coulisses. Mot dit pour un autre quand la langue vous fourche: «Majesté, votre sire est bien bonne!»--Travail difficile, ennuyeux.--Voilà le cheveu; voilà la difficulté.
CHEVEUX (Se faire des). S'inquiéter, se tourmenter.
CHIBIS! Attention!
CHIEN (Faire le). Dans l'argot des cordons bleus, c'est suivre Madame au marché avec un panier dont, en pareil cas, on ne peut faire danser l'anse. «Une cuisinière à une de ses amies: Du moment qu'on ne fait pas le chien, la maison me va!» (Figaro, 1882.)
CHIER. Mot élégant qu'emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. J'ai chié, je n'ai pas attrapé la bille.
CHIER DANS LA VANETTE. Argot militaire. Être sans gêne.
CHIFFONNAGE. Le contenu de la hotte du chiffonnier. «On trouva une quantité étonnante de chiffonnage dans les trois hottes.» (Clairon, 1881.)
CHINAGE. Action de faire la chine.--Plaisanterie.
CHINE. Sorte de vol.
CHINER. Travailler. (Richepin.)--Plaisanter.
CHIOTTES. Cabinets d'aisances.
CHIPOTER. Être regardant, liarder. «Il doit également ne jamais chipoter sur le prix des consommations.» (Frondeur, 1880.)
CHIQUE (Coller sa). Argot des enfants qui se servent surtout de cette expression au jeu dit de saute-mouton. Colle ta chique et fais le mort.
CHOCOLAT. Naïf, crédule. Argot des voleurs et principalement des joueurs de bonneteau. «Ils (les bonneteurs) s'associent à trois: celui qui fait le chocolat et qui est chargé de commencer la partie, de l'allumer en jouant; l'enquilleur ou lourdier qui tient la portière de la voiture, invitant les voyageurs à monter dans le compartiment, et, enfin, le patineur, qui monte lorsqu'il n'y a plus qu'une place et qui doit tenir les trois cartes.» (Temps, 1886.)
CHOLÉRA. Débris de fromages. Argot du peuple.
«--Que désire monsieur?
«--Deux sous de choléra, s'il vous plaît!
«On peut entendre cette demande et cette réponse s'échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux.
«Or, qu'est-ce que le choléra? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l'étalage et sur les tables de service.» (Figaro, oct. 1886.)
CHOUTER. Caresser. (Richepin.)
CIBOULOT. Tête. Argot du peuple.
CINQ A SEPT. Argot des gens mondains. Réceptions, visites entre intimes. Elles ont lieu avant le dîner, de cinq à sept heures du soir. «Madame du Deffand qui fut une des fondatrices de ce que nous appelons de nos jours des cinq à sept. (Gaulois, 1882.)
CINTIÈME. Casquette à ponts. (Richepin.)
CIRAGE. Eloge; réclame élogieuse, compte rendu sur le mode dithyrambique.
CIRER. Faire un éloge outré de quelqu'un ou de quelque chose.
CITADELLE (Grande). Gardien-chef dans une prison. Argot des malfaiteurs. «Il paraît que, dans le Dictionnaire de la prison, grande citadelle signifie gardien chef.» (Gazette des Tribunaux, août 1883.)
CITROUILLE. Argot militaire. Cavalier-dragon.
CLAQUE. CLAQUE-DENTS. Restaurant de bas étage.
CLAQUE-PATIN. Individu dont la savate claque contre le talon. (Richepin.)
CLEF (Perdre sa). Avoir la colique.
CLEPTOMANIE, «On imagina le mot de cleptomanie, ou manie du vol, pour désigner l'état de ces voleuses maladives.» (Giffard: Les grands bazars.)
CLICHÉ (Tirer son). Argot des typographes. «Quand un compositeur fait une réplique ou un propos toujours le même, on dit: c'est un cliché. Tirer son cliché est synonyme d'avoir toujours la même raison à objecter, dire constamment la même chose.» (Typologie-Tucker, juin, 1886.)
CLIGNOT. OEil. Baver des clignots. Pleurer.
CLIQUE. Argot militaire. Le soldat qui joue du clairon.--Musique militaire.
CLIQUETTE. Oreille.
COCASSE. Drôle, amusant.
COCOTER. Faire la cocote, la fille galante.
COL-DE-ZING. Qualificatif qu'avaient reçu il y a deux ans les jeunes élégants. Le mot n'a pas vécu. «Gaston de Chauvigné, un de nos cols-de-zing les plus affirmés...» (Charivari, avril 1887.)
COLLER UNE DOUCE (Se). Se masturber. Rigaud dit: Se coller un rassis.
COLLETINER. A aussi, dans le peuple, le sens plus étendu de porter un fardeau quelconque.
COLON (Petit). Argot militaire. Abréviation de lieutenant-colonel.
COLTINEUR, EUSE. Fainéant, mauvais ouvrier. «C'est sûrement pas pour des coltineuses de votre espèce qu'on ferait des sacrifices!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
CON. Monosyllabe injurieux que le peuple a constamment à la bouche et qu'il emploie à propos de tout et à propos de rien.
CONDÉ. Influence. «Ils avaient accaparé les meilleurs postes, ceux qui procurent le plus de condé (influence). (Humbert: Mon bagne.)
CONFORTABLE. Verre de bière.
CONNAÎTRE DANS LES COINS (La). C'est la variante de l'expression citée par Delvau: Connaître le numéro.
CONSCRAR. Elève de première année à l'Ecole Polytechnique. «C'est la première chose que les anciens apprennent aux conscrars lorsqu'ils arrivent à l'école.» (Gil Blas, 1882. V. Delvau: Conscrit.)
CONSCRIT. Normalien de première année.
CONSOLATION. Jeu de hasard à l'usage des filous. «Au lieu du rendez-vous, on jouait la consolation, partie qui consiste à diviser un tapis vert en cases, au moyen de lignes tracées à la craie, à numéroter chaque compartiment depuis un jusqu'au chiffre maximum que peuvent produire un certain nombre de dés et à payer enfin à chaque individu le montant de la mise qui se trouve dans la case que désigne la somme des points amenés par le coup de dés.» (La Loi, 1882).
CONSULTER LAROUSSE, ou, pour parler plus clairement: consulter le Dictionnaire rédigé par M. Larousse. Argot des écoles. Je vais consulter Larousse à la bibliothèque, disent à leurs parents les jeunes collégiens de seize à dix-huit ans. Et au lieu de se rendre à la bibliothèque Sainte-Geneviève ou dans un cabinet de lecture, ils s'en vont tout droit... à la plus proche brasserie desservie par des femmes. «Les tout jeunes gens y vont (dans ces brasseries) sous prétexte de boire un bock et de consulter le Dictionnaire Larousse. Aujourd'hui, ces deux mots: Consulter Larousse ont, dans le langage des lycées, un sens sur lequel je n'ai pas besoin d'insister.» (La Ligue, juillet 1885.)
CONTER QUELQUE CHOSE AU PERRUQUIER DES ZOUAVES. Argot militaire. Ne pas croire à cette chose.
COPURCHIC. Elégant, homme qui donne le ton à la mode. Ce mot, un des derniers mis en circulation, vient de «pur» et de «chic», le premier indiquant la perfection absolue du second. La syllabe co ne vient là que pour l'euphonie. «Le copurchic ne parle plus argot; il se contente de parler doucement, lentement...» (Figaro, 1886.) «Le petit vicomte de X, un de nos plus sémillants copurchics...» (Gil Blas, juillet 1886.)
De copurchic est dérivé copurchisme qui désigne l'ensemble des gens asservis à la mode. «Les élégantes de copurchisme veulent, elles aussi, donner une fête au profit des inondés.» (Illustration, janvier 1887.)
COQUEMART. Chaudron. (Richepin.)
COQUILLARD. OEil. S'en tamponner le coquillard, s'en battre l'œil, s'en moquer.
CORBILLARD DE LOUCHERBEM. «Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l'immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée.» (Richepin.)
CORIO. Fontaine. Argot des élèves de l'Ecole Polytechnique. C'est le général Coriolis qui fit installer des fontaines dans les cours de l'Ecole.
CORPS DE POMPE. L'ensemble des professeurs de l'Ecole de Saint-Cyr. «Ceux qui savent quelques bribes de dessin, pochent en quatre traits la caricature du corps de pompe.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
CORRECTEUR. Argot des établissements pénitentiaires. Détenu qui est chargé d'exercer une surveillance sur ses camarades.
COSTUME (Faire un). Argot théâtral. Applaudir un acteur dès son entrée en scène et avant même qu'il ait pu prononcer une parole.
COTE. Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses. «Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.» (Carnet des courses.)
CÔTIER. Cheval de renfort. Homme qui le conduit. «Plus curieux encore sont les côtiers, c'est-à-dire les chevaux de renfort pour les montées.» (Estafette, 1882.)
COUCHE (En avoir une). Sous-entendu, de bêtise. Être inintelligent.
COUDE (Ne pas se moucher du). Se faire valoir. Expression ironique.
COUP (Valoir le). Mériter attention. Valoir la peine.
COUP DE CACHET. «Un jeune premier suivant le cœur de M. Zola... a sournoisement introduit un couteau entre les épaules de son rival... en imprimant à son arme, s'il en faut croire l'acte d'accusation, un mouvement de rotation destiné à donner au coup une force inévitablement mortelle. C'est ce que M. Huysmans appelle le coup de cachet.» (L. Chapron.)
COUPE-FILE. Carte délivrée par la Préfecture de police aux membres du corps diplomatique, aux ministres, aux personnages de distinction et qui sert à couper les files de voitures, à circuler ou à stationner dans des endroits où le public ne peut ni circuler, ni stationner.
«Tu ne verras pas, conduisant Leur bois peint, tout frais reluisant, Un groom en croupe, Avec un coupe-file, au Bois, Des gens qui faisaient autrefois Filer la coupe!»
(Clairon, 1882.)
COUPE-GUEULE. V. Biboire.
COUPER DANS LE CEINTURON. Même signification que Couper dans le pont. (V. Delvau.) «Une vieille ambitieuse qui est simple marchande des quatre saisons, et que j'ai coupé dans son ceinturon.»
(Gazette des Tribunaux, 1881.)
COUPER LA VERTE, L'ALFA. Argot militaire. Boire de l'absinthe.
COURRIER DE LA PRÉFECTURE. Voiture cellulaire.
COUTURES (Rabattre les). Battre. Argot des écoliers. «Selon l'usage, on voulut commencer par lui rabattre les coutures, c'est-à-dire le brimer à coups de poing.» (A. Theuriet: Michel Verneuil.)
COUVERTURE.--Dans le jargon militaire, la couverture, mot tout récent, signifie l'ensemble des troupes et des ouvrages de fortification qui couvrent une frontière et sont destinés à soutenir un premier choc. «Surtout ne dites pas que le général Février a le commandement de la couverture.» (Figaro, mars 1887.)
CRAMPONNER (Se). Être saisi d'étonnement, d'admiration. Cramponne-toi, Gugusse, est une phrase ironique que le peuple emploie souvent en s'adressant à quelqu'un pour l'avertir qu'il va voir ou entendre quelque chose d'extraordinaire.
CRAN. (Se serrer d'un). Se priver de. Se serrer le ventre, ne pas manger à sa faim.
CRAYON. Commis boursier, employé d'agent de change, «Habile, finaud, un des malins crayons de la coulisse, Luzy n'avait pas le grand flair de Blancheron.» (De Goncourt: La Faustin.)
CRAVACHE (Être à la).--On se sert aussi de cette expression d'abord pour exprimer l'état de quelqu'un qui, riche, se trouve dans une situation sinon précaire, tout au moins bien au-dessous de celle qu'il possédait, au point de vue de la fortune s'entend. «La nouvelle du jour est le mariage d'une demi-mondaine très décatie, mais fort riche, avec un clubman très titré, mais fortement à la cravache depuis le krack.» (Gil Blas, juin 1887.)
CRÉTINISÉ (Être). Être ébaubi, stupéfait d'admiration, «--C'est la plus belle créature de notre temps.--J'en suis crétinisé!» (Vie Parisienne, 1882.)
CREVANT. Très drôle, à crever de rire.
CROIX DE DIEU. Alphabet. «Je connaissais la croix de Dieu. La croix de Dieu, vous le savez, n'est rien moins que l'alphabet avec une belle croix au commencement.» (B. Pifteau.)
CROTAL. Sergent à l'Ecole Polytechnique. «L'on s'installe par demi-section présidée par un crotal. Le crotal c'est le sergent.» (Gil Blas, juin 1882.)
CROTTARD. Trottoir. V. plus bas Magasin.
CUIRE (Se faire). Se faire arrêter.
CUL LEVÉ. Partie d'écarté à trois où deux des joueurs s'entendent pour dépouiller le troisième.
CULASSES MOBILES (Revue des). Argot militaire. Inspection médicale qui a lieu tous les mois.
CULBUTANT. Pantalon. (Richepin.)
CULOTTE ROUGE (Donner dans la). Choisir ses amants dans l'élément militaire.
CYLINDRE. Chapeau haute forme.
D
DANDÉE. Coup, frottée. (V. Delvau: Dandinette.)
«Qui a composé cette chanson? C'est un Cotric tourangeau Par joie et satisfaction D' la dandée de ce Morvandiau.»
(Chanson, 1884.)
DANSE. Puanteur. (V. Delvau, Danser.)
DARIOLE. Pâtisserie commune. Darioleur: pâtissier.
DAVID. Casquette de soie. Du nom du bon faiseur. «Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front...» (Humbert: Mon bagne.)
DÉBALLER DES FONDS DE CHAPEAUX (Faire). Ennuyer, obséder quelqu'un, dans l'argot des placiers et des commis voyageurs.
DÉBECTANT. Ennuyeux, désagréable. «Mentor qui connaissait tout le fourbi, dit alors à Télémaque: C'est débectant, mais au fond, ça ne fait rien...» (A. Leroy: Les mistouf's de Télémaque.)
DÉBECQUETER. Vomir.
DÉBOULER. Accoucher.
DÉBOUCLEUR DE LOURDES. Voleur qui a la spécialité de fracturer tes portes.
DÉBOURRER. Jargon des maquignons. Cheval débourré, cheval qui a perdu l'embonpoint factice qu'on lui avait donné pour le vendre. «Au bout de quelque temps, les fraudes se découvrent, l'embonpoint factice s'affaisse, les côtes reparaissent, et la bête est ce qu'on appelle débourrée...» (Siècle, 1867. Cité par Littré.)
DÉBRIDER. Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. supra, Brider.)
DÉBROUILLE. Argot des enfants. Débarras. S'emploie surtout dans le jeu de billes. Quand devant une bille visée se trouve un obstacle quelconque, un caillou, du sable, l'enfant qui vise s'écrie: débrouille! et aussitôt il ôte l'objet qui le gênait, à moins que son camarade n'ait crié avant lui: sans débrouille!
DÉCARREMENT. Evasion. (V. Delvau: Décarrade.)
DÉCATISSEMENT. Mot plus trivial qu'argotique et synonyme de décrépitude, d'affaiblissement. «De là,--toujours style des jolis gommeux,--ce décatissement inouï, accompagné de phénomènes comateux...» (De Montépin: Sa Majesté l'Argent.)
DÉCIMADORÈS. Cigare de dix centimes. «--Cochon de cigare!--En voulez-vous un autre?--Volontiers. Les miens sont pourtant d'une bonne marque; des décimadorès de choix!» (Charivari, juillet 1884.)
DÉCOLLER (Se). Manquer, ne pas réussir, ne pas avoir lieu. «Voilà que le banquet du 13 se décolle!» (Bataille, 1882.)
DÉCULOTTER. Faire faillite.
DÉFLAQUE. Excrément. (Richepin.)
DÉGLINGUER. Détériorer.
DÉGOMMER. Mourir. Dégommé, mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.
DÉGRINGOLER DE LA MANSARDE. Sentir mauvais de la bouche.
DÉGRINGOLEUR, EUSE. Voleur, euse. «Malgré la réputation de dégringoleuse de la prévenue, le vol du chronomètre n'a pas été suffisamment établi à sa charge.» (Gazette des Tribunaux, août 1884.)
DÉGUEULATOIRE. Repoussant, dégoûtant, qui donne envie de dégueuler.
DÉGUEULADE, DÉGUEULAGE, DÉGUEULIS. Vomissement. Dégueulage a aussi, dans le peuple, le sens de cravate.
DEMI-CASTOR. «Demi-castor est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne suspecte, équivoque, sous des dehors soignés; mais en grattant le castor on trouverait le lapin.» (Figaro, janvier 1887.)
DEMI-POIL. Demi-vertu. «Allez donc établir une distinction quelconque entre une marquise célébrée par les reporters de salon et une fille de demi-poil.» (L. Chapron.)
DEMI-TOUR. Jargon des élèves de l'école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et à renverser leur literie. «Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu'ils appellent le demi-tour.» (Evénement, juillet 1884.)
DÉPOTER. Accoucher. «Une tante qui, sans être sage-femme, était experte en ce genre d'ouvrage, dépota l'enfant.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
DÉRAILLER. Divaguer.
DÉROBER. Argot de turf. Un cheval se dérobe quand il s'écarte de la piste.
DESCENDRE. Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C'est aller dans la direction de la rampe.--Terme de turf; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu'il descend, parce qu'en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre--1, et qui est aujourd'hui à 5 contre--1 est un cheval qui descend (Littré.)
DESCENDRE DES TRAVAUX. Argot ouvrier. Travailler d'arraché pied. «Le patron avec qui nous avons traité... était étonné de la façon dont nous avons descendu les travaux...» (Enquête de la Commission extra-parlementaire des associations ouvrières.)
DÉTACHÉ. Argot de sport. Qui est en avant des autres chevaux. Tel cheval est arrivé second, mais il était complètement détaché du reste du champ, c'est-à-dire qu'à l'exception du vainqueur, tous ses rivaux étaient loin derrière lui.
DÉTAR. Veston. Argot du peuple.
DEUIL (Très). Homme du monde ou mieux voulant se faire passer comme tel. Le mot, d'usage boulevardier, n'a fait qu'une courte apparition en 1886. Il faisait allusion au deuil porté avec ostentation par certaines personnes à l'occasion de la mort de la comtesse de Chambord.
DEUX GALONS. Lieutenant. Argot militaire. «Comment, disait-on, un médecin de deuxième classe qui n'a que le grade de lieutenant dans l'armée, un deux galons va commander des amiraux!» (Evénement, juin 1884.)
DÉVISSER (Se). «C'était l'école préparatoire de Sainte-Barbe qui dévissait. Et pourquoi dévissait-elle l'école préparatoire? Parce que beaucoup d'élèves étaient mécontents de ce que quelques-uns de leurs camarades avaient été renvoyés...» (Constitutionnel, février 1883.)
DIFFICULTÉ. Argot de sport. Être en difficulté, se dit d'un cheval qui a de la peine à garder son avance. «Au dernier tournant Gladius était en difficulté pour conserver son rang à côté de Bivouac qui prenait le dessus.» (Journal officiel.)
DISCRÉTION. Pari. «Des paris gagnés ou perdus qui, le plus souvent, prennent la forme compromettante et le titre étrange de discrétion.» (Indépendance belge, 1868.)
DISQUALIFIÉ. Argot de turf. Cheval disqualifié, cheval mis hors concours par suite d'une infraction au règlement commise par son propriétaire ou par son jockey. (Littré.)
DISTINGUÉ. Verre de bière.
DOMINO. (V. Retaper le domino.)
DONNER (La). Penser, croire, juger. Argot des voyous.
DONNER DU CHASSE A LA ROUSSE. Faire le guet.
«Tu donneras du chasse à la rousse, au moment Où le patron fera son petit boniment.»
(De Caston: Le Voyou et le Gamin.)
DONNER DU FLAN, DE LA GALETTE. Argot des grecs. Jouer honnêtement.
DORÉE (Petite). Femme de mœurs légères. Ce mot lancé vers l'année 1884 n'a point été adopté et a duré autant que la mode qui, à cette époque aussi bien pour les femmes honnêtes que pour celles qui ne le sont pas, était de porter des vêtements brodés, soutachés, pailletés d'or. «On a déjà débaptisé certaines parisiennes qu'on appelait hier encore des horizontales; le nom qu'elles portent est les petites dorées.» (Temps, octobre 1885.) «Le Soir a pris pour des ouvrières les petites dorées, autrement dit: les cocottes.» (Bataille, novembre 1884.)
DRAINER. Ruiner. Le mot est expressif et fait image. «--Il se fera remisier ou il vendra des lorgnettes.--A moins qu'il n'épouse Coralie quand elle aura drainé le planteur et le fils du fabricant.» (Du Boisgobey: Paris-Bandit.)
DRAP MORTUAIRE. Filet. Argot des braconniers. «La perdrix grise est ensevelie chaque jour dans le drap mortuaire.» (France, octobre 1885.)
DRINGUE. Vêtement, redingote.
DUC. Grande voiture se rapprochant de la victoria. Le duc est à deux places avec un siège par derrière et un par devant pour deux domestiques sur chaque.--Petit chapeau rond, de la forme du melon et que portent les souteneurs qui ont des prétentions à l'élégance.
DUVAL. Argot des filles. On désigne ainsi les petites mendiantes, bouquetières ou autres qui, arrêtées par les agents, sont depuis le préfectorat de M. Ferdinand Duval placées à Saint-Lazare, dans un local spécial bien entendu, et cela jusqu'à leur majorité à moins que leurs parents ne les viennent réclamer.
E
EAU DE SAVON. Absinthe. Argot du peuple.
EAUX GRASSES (Être dans les). Occuper une haute situation dans une administration.
ÉCAILLÉ. Souteneur. Allusion aux écailles de poisson.
ÉCOLE PRÉPARATOIRE. Prison.
ÉDUQUER. Elever, instruire, donner de l'éducation. «Nous sommes trop bien éduqués pour refuser de boire un petit verre à votre intention.» (De Montépin.)
EFFONDRER. Battre, assommer. Argot du peuple. «Te souviens-tu de cette lutte en plein champ? Pauvre garçon, avec tes vingt-cinq ans, j'en aurais effondré quatre comme toi.» (Belot et Dantin: Le Parricide.)
ÉGAILLER LES CARTES. Les étaler. Argot des cercles.
ÉGRENÉ. «Quand on (un journal) est installé, c'est d'une simplicité extrême... Pour le Clairon, il a fallu, durant ces premiers jours écrire les bandes à la main, les affranchir et les porter au bureau central d'où elles partent individuellement au lieu de partir par paquets. On appelle cela le service des égrenés et le service des égrenés se fait après le service des classés. (Clairon.)
ÉLECTEUR. Client,--dans l'argot des commis voyageurs. Quand la tournée a donné de bons résultats, l'électeur a bien voté; si les commandes ont été rares, il a mal voté.
ÉLECTEUR (Se mettre en). Argot de caserne. C'est, pour le soldat, revêtir des habits civils.
ÉLÉPHANT. Argot du Quartier latin. On appelle ainsi l'étudiant en médecine à la veille de passer sa thèse ou le jeune docteur qui suit bénévolement les cours d'un professeur dans un hôpital.
EMBAU. Embauchage. Argot des ateliers. «Vous savez bien, aux environs de l'Hôtel de Ville, là où il y a de si grandes places que les ouvriers sans travail arrivent à s'y tasser, attendant l'embau.» (Cri du peuple, août 1884.)
EMBAUCHE. Travail, ouvrage, emploi quelconque. Terme populaire. Pourquoi avoir laissé tomber dans le bas langage ce mot parfaitement usité au XVIIe siècle? «Viens avec moi; mon frère a un peu de galette; nous le taperons de quelques ronds et nous irons chercher de l'embauche.» (Gagne-petit, avril 1886.)
EMBAUMÉ. Jeune homme élégant dans le jargon parisien. L'embaumé est le descendant direct du faucheur qui, lui-même, succédait au bécarre qui descendait des boudinés, grelotteux et autres pschutteux. Embaumé qui donnait assez bien l'idée du jeune élégant pommadé, mais exsangue, fit fureur pendant la saison d'été 1885-1886 et a été détrôné à son tour par de nouveaux vocables, «De la Bastille à la Madeleine, l'embaumé règne en maître absolu.» (Voltaire, décembre 1885.)
EMBOÎTER. Insulter.--Se faire emboîter, argot théâtral, être sifflé.
EMBOUCANER (S'). S'ennuyer. Argot des voyous.
EMBUSQUÉ. Argot militaire. Soldat dispensé, en raison de fonctions spéciales, du service commun. «Pas plan de carotter la revue, tous les embusqués, soldats de cantine, garçons du mess, secrétaires du major, tout le monde est là.» (Monde comique, no 195.)
ÉMÉCHEUR DE PARTIES. Certains fondateurs de cercles ou maisons de jeux réunissent un capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes qu'ils gagnent presque toujours. En argot des joueurs, on nomme ceux qui se livrent à des opérations de ce genre des voraces ou des émécheurs de parties.
ÉMOUSSÉ. Encore un des nombreux surnoms qui ont été donnés à la fleur de nos jeunes élégants. «Quant aux jeunes étriqués, efféminés, rachitiques dérivés des grelotteux, crevés, rez-de-chaussée, ils s'appelleront désormais des émoussés.» (Voltaire, mars 1887.)
EMPIERGEONNER. S'empêtrer. (Richepin.)
EMPLUCHER. Piller.
ENCADRER QUELQU'UN (Faire). Se dit d'une personne qui présente quelque particularité prêtant à rire.
ENCAMBRONNER. Ennuyer considérablement. C'est une variante adoucie de l'autre verbe dont le peuple a plein la bouche. «Quant aux politiciens qui battent la grosse caisse autour de quelques noms, ils nous encambronnent supérieurement.» (L'Egalitaire, journal 1885.)
ENDORMEUR. Homme ennuyeux.
ENFIFRÉ. Non-conformiste.
ENFILER. Se faire enfiler, se faire arrêter.
ENGAGER. Argot de turf. Prendre inscription pour faire participer à une course publique un cheval dont on est propriétaire.
ENGUEULER LE TROTTOIR. Porter des chaussures éculées, percées. «Des souliers éculés avec des semelles... qui engueulent le trottoir.» (Vie Parisienne, 1882.)
ENQUILLEUR. Argot des voleurs et surtout des bonneteurs. (V. Chocolat.)
ENTRÉE. Argot de turf. Somme versée par le propriétaire qui engage un cheval pour une course.
ENVIANDER. Copuler. On dit aussi, tremper sa mouillette.
ÉPATOUFFLER. Variante d'épater. «On est un peu épatoufflé--pour employer une expression familière de Mme de Rémusat elle-même--par ce sans-gêne mondain.» (Liberté, novembre 1883.)
ÉPINGLER. Arrêter.
ÉPOUFFER (S'). Fuir, se sauver.
ÉPROUVÉ. Condamné qui, ayant déjà subi la moitié de sa peine s'est, par une bonne conduite, recommandé à l'administration.
ESBIGNER DANS SA BOITE A PUCES (S'). Rentrer chez soi. «Si c'est comme ça qu'on vous reçoit dans le monde chic, des mâches! J'aime mieux m'esbigner dans ma boite à puces.» (Mahalin: La patte de fer.)
ESBLOQUER. Etonner, stupéfier.
ESCAVER. Empêcher.
ÉCRABOUILLER. Écraser; réduire en morceaux, en miettes.
ESCOUADE (Parapluie de l'). Argot militaire. Envoyer chercher le parapluie de l'escouade: moyen poli de se débarrasser d'un importun. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
ESSENTIEL. «Dans le quart du monde, ces demoiselles ont trouvé une nouvelle façon d'appeler leur monsieur sérieux. Elles le nomment l'essentiel,» (Evénement, décembre 1886.) Essentiel fait penser à ce que les joueurs de profession appellent leur matérielle. (V. infra ce mot.)
ESTAPHE. Poule. Jargon des voleurs.
ESTOMAC (Avoir beaucoup d'). Argot des cercles. Jouer gros jeu.--Avoir une grosse fortune; présenter des garanties sérieuses au point de vue commercial. C'est une variante de: Avoir les reins solides. «Blancheron, un coulissier et un des plus fiers estomacs de la Bourse.» (De Goncourt: La Faustin.)
ÉTAGÈRE. Femme qui dans les restaurants parisiens est préposée au service des desserts qui sont en général exposés sur une étagère.
ÉTANCHE (Avoir le goulot en). Avoir le gosier altéré. «Charge-moi vite une gobette de champoreau; j'ai le gosier en étanche! (Réveil, 1882.)
ÉTAT-MAJOR. Argot de caserne. Boisson composée de vin, d'eau-de-vie et de sirop de groseille. (P. Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
ÉTEINT. Une des dernières incarnations du bon jeune homme à la mode. «Rastaquouères fraîchement débarqués, jeunes éteints du dernier cri, millionnaires sans le sou...» (France libre, juillet 1885.)
ÉTOUFFÉ. C'est ainsi qu'on a surnommé pendant quelque temps les jeunes poseurs qui ont la prétention de représenter l'élégance, le bon ton et les belles manières. «Songez que cela ne s'adresse point aux petits étouffés qui amènent dix-sept ou dix-huit au dynamomètre.» (France libre, juillet 1884.)
ÉTEINDRE SON GAZ. Mourir.
ÉTOUFFAGE. Vol. Etouffer, voler. Étouffeur, grec, voleur. Argot des joueurs. (V. Delvau: Étouffoir.)
ÊTRE AU SAC. Avoir de l'argent. «Les deux amis se tombent dans les abatis l'un de l'autre et Hégésippe qui était au sac propose à Philoclès de venir prendre un petit quelque chose sur le pouce.» (Les mistouf's de Télémaque.)
ÉVACUER DU COULOIR. Sentir mauvais de la bouche.
EXÉCUTION. V. Delvau: Exécuter quelqu'un.
EXHIBITIONNISTE. Non conformiste.
EXTRAVAGANT. Verre de bière d'une capacité plus qu'ordinaire.
F
FABRIQUER. Faire, dans le sens général. Qu'est-ce que tu fabriques là?
FACILE A LA DÉTENTE. Généreux.
«Mon mari, dit une marquise, Hier s'est généreusement Fendu d'une parure exquise. --C'est fort aimable, assurément, Dit une comtesse charmante; Mon époux, malheureusement, Est moins facile à la détente.»
(Marcellus: Le langage d'aujourd'hui.)
FAIRE. Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
«Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin... puis il part. Dans l'après-midi il était fait.» (Gil Blas, juin, 1886.)
FAIRE QUATRE CHIFFRES. Argot de théâtre. Faire une recette d'au moins mille francs. «On se frottait les mains au théâtre, le soir, quand, par hasard, on avait atteint ce qu'on appelait les quatre chiffres. Les quatre chiffres cabalistiques, c'était mille francs.» (F. Sarcey: Temps, 1882.)
FAIRE SIPHON. Argot des voyous. Vomir.
FAIRE SON CHEVAL DE CORBILLARD. Faire le malin. Poser.
FAISAN. On appelle ainsi, dans le commerce parisien, des filous qui ont cette spécialité: exploiter des fonds de commerce qu'ils se repassent entre eux tous les trois mois, au moment de l'échéance des traites, soldant les marchandises qu'ils se sont procurées à crédit. Le faisan est proche parent du fouilleur. (V. ce mot.) «Certains inculpés, tels que Colson, ont joué le rôle de faisans.» (Droit, août, 1886.)
FAISEUSE D'ANGES. Nourrice qui, de propos délibéré, laisse mourir les enfants qu'on lui confie.
FALLOPHAGE. Argot des savants. (V. Avale-tout.)
FALOURDE. Réclusionnaire. Argot des malfaiteurs. «Tous ces filous font partie d'une bande parfaitement organisée, embrigadée; une véritable association avec ses chefs, ses banquiers, ses professeurs dont le maître suprême est un falourde répondant au surnom de Dragon.» (Temps, 1886.)
FANTASBOCHE. Fantassin.
FAUCHEUR. Type de l'homme à la mode qui a fleuri en l'an de grâce 1885. Ça a été le successeur au grelotteux. «Paris a eu ses dandys, ses lions, ses gommeux, ses pschutteux. Il a maintenant un type nouveau qui s'appelle le faucheur. Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq ans, que vous rencontrez sur les boulevards une canne à la main et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien. Le faucheur est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant traîner la pomme à terre; le bras droit qui se balance énergiquement de gauche à droite ou bien du nord-ouest au sud-est, rappelle l'allure des gens de la campagne fauchant les blés murs et les foins odorants. De là le sobriquet.» (Figaro, 1885.)
FAUCONNIER, ou mieux GREC FAUCONNIER. Grec qui taille des banques pour le compte d'un gérant ou d'un président de cercle véreux.
FÉDÉRÉ DANS LA CASEMATE (Avoir un). Être enceinte.
FEMME AU PETIT POT. Concubine. Argot des chiffonniers.
FERBLANTERIE. Brochette de décorations.
FERBLANTIER. Commissaire de la marine. Ainsi nommé à cause de ses galons d'argent. «Une amertume gâtait toujours ses satisfactions d'employé: l'accès des commissaires de marine, des ferblantiers, comme on disait à cause de leurs galons d'argent, aux emplois de sous-chef et de chef.» (Guy de Maupassant.)
On désigne aussi de ce nom, depuis la révélation de scandales qu'on n'a point oubliés les individus qui se livrent au trafic des décorations. Pendant que les ferblantiers et les ferblantières continuent à accaparer l'attention publique...» (National, octobre 1887.)
FER A REPASSER. Soulier.
FERMER SON PLOMB. Se taire.
FERRÉ (Être). Argot des écoles: connaître parfaitement les matières qui figurent au programme d'un examen; être instruit.
FESSE. Argot des voyous. Prostituée.
FÊTARD. Le langage populaire qui avait déjà fêteur a trouvé que cela ne suffisait pas. Fêtard, fêteur, qui fait la fête, la noce, en un mot qui passe son temps à s'amuser. «Le fêtard est un être particulier dont toute l'occupation en ce monde est de se divertir. «Le fêtard ne se met jamais martel en tête que lorsque le grand H... ou la petite Valérie se font excuser au prochain souper.» (Illustration, nov. 1885.)
FEU (Avoir du). Argot des enfants qui se servent, dans un sens ironique, de cette locution au jeu dit des quatre-coins. As-tu du feu? signifie: Es-tu prêt à échanger ton coin contre le mien. Voici, je suppose, l'origine de cette expression: on sait que les gamins ne se gênent pas pour fumer. Or, l'un d'eux ayant un jour une cigarette éteinte, voulut prendre du feu à la cigarette allumée d'un des trois autres joueurs et, pendant ce temps se vit prendre sa place par le cinquième, le patient, le pot.
FEUILLE. «Les filles d'Eve ont reçu différents noms, suivant les époques, les règnes et les modes... A Saumur, leur nom ne varie plus. On les appelle des Feuilles.» (Théo-Critt: Nos farces à Saumur.)
FEUILLES (Bonnes). Les passages les plus remarquables d'un livre, d'une brochure.
FEUILLÉES. Latrines. Argot du régiment. Allusion aux branches d'arbres que l'on place, au camp, autour des cabinets pour les dissimuler.
FICHER DANS LA DOUANE (S'en). S'ennuyer énormément. Argot de ces messieurs de la douane.
FIGNOLE. Joli. (Richepin.) V. Delvau, Fignoler.
FIGURANT DE LA MORGUE. Cadavre.
FILER UNE PURGE. Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. L..., de lui filer une purge, dit Baylac (un inculpé).» (Autorité, janvier 1888.)
FILLE (Petite). Demi-bouteille de vin.
FILS D'ARCHEVÊQUE. Argot des élèves des écoles spéciales qui nomment ainsi ceux de leurs camarades qui sont les fils de leur père, c'est-à-dire dont la famille est haut placée et pour lesquels protection et passe-droits ne font pas défaut. «Une promotion (à l'Ecole navale) aussi forte que celle qui était annoncée ne se justifiait... que par le nécessité de faire une position à quelque fils d'archevêque.» (Mot d'ordre, 1887.)
FIOLE. Souper de la fiole de quelqu'un, en être fatigué, importuné.
FIOLER. Dévisager.
FISTOT. Elève de première année à l'Ecole navale. «Les anciens attendaient leurs fistots pour les piloter et commencer leur éducation maritime.» (Illustration, octobre 1885.)
FLAMBÉ (Être). Être perdu. (V. Delvau.) «Avec votre loi, mes cent écus auraient été flambés!» (Journal officiel, juin 1882.)
FLAMBEAU. Factionnaire. Argot des soldats.
FLAQUIN. Recherché dans sa mise.
FLAUPER. Battre.
FLEUR DE MACADAM. Fille galante qui bat le trottoir. «Encore eût-elle (madame de Metternich) éclipsé cette fleur de macadam par la crânerie de sa désinvolture.» (Evénement, 1880.)
FLÛTE. Verre de bière.
FOIES BLANCS (Avoir les). Être timide, manquer de courage, d'audace.
FOIRER. Avoir la dysenterie. Expression très triviale. (V. Foire au Dictionnaire.)
FOIRER. Avoir la foire.
FOIRON. Derrière.
FORTIFES. Fortifications. «C'est tout en haut de la rue d'Allemagne, près des fortifes, comme dit le voyou.» (Evénement, juillet 1887.)
FOUILLE. Poêle. Delvau donne Fouillouse et Littré fouilleuse.
FOUILLEUSE. Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir. «Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme...» (Gazette des Tribunaux, 1875.)
FOULE (Faire). Avoir du succès; attirer la foule.
FOUR A BACHOT. «Déjà, dès cette époque, il s'était créé à Paris et même en province des établissements spéciaux que l'on connaissait alors sous le nom pittoresque de fours à bachots; leur spécialité, c'était de gaver en quelques mois les jeunes gens de toutes les connaissances que comportait un programme qui devait se répartir sur dix années d'études.» (XIXe Siècle, mai 1884.)
Le Four à bachot existe encore aujourd'hui sous cette appellation plaisante et vraie.
FOURCHETTE (Lancer un coup de). Porter à l'adversaire avec lequel on se bat un coup dans les deux yeux à la fois en y enfonçant, d'un mouvement rapide, l'index et le doigt majeur écartés.
FOURNAISE. «Ils fabriquaient des pièces de deux francs à l'effigie de la République qu'ils vendaient soixante-quinze centimes à des fournaises; c'est ainsi qu'on désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie.» (Figaro, mars 1884.)
FOURNEAU. Vagabond,--dans l'argot des saltimbanques.
FOUTOIR. Petite maison ou petite chambre réservée et discrète. Se dit aussi d'un lieu public ou d'une maison privée qui admettent une grande licence.
FRAIS (Mettre au). Emprisonner. On dit aussi Mettre à l'ombre.
FRANC. Argot militaire. Bon, agréable. Pas d'exercice, demain! c'est franc! (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
FRANGEUSE. Nécromancienne. «Il apprit que le mot frangeuse voulait dire magicienne et que Mme Bailly lisait l'avenir dans le marc de café.» (Gil Blas, juillet 1884.)
FRÉQUENTÉE. Femme galante et à la mode. «Le baccarat, les belles fréquentées, le krack ont réduit à la misère un nombre considérable de viveurs et de boursiers.» (Evénement, septembre 1884.)
FRICOTER. «Les secrétaires, les commis d'état-major qu'on appelle fricoteurs au régiment, sont assis dans une salle au rez-de-chaussée, autour d'une immense table.» (Constitutionnel, août 1882.)
FROTTEUR. Argot de Police. «Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle; pour toucher d'une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d'eux.» (Giffard: Les grands bazars.)
FRUCHE. Objet disqualifié. Argot des commis de nouveautés.
FUMERON. Repasseuse.
FUMEUSE. Siège où l'on s'assied pour fumer commodément.--Chandelier.
FUMEUX. Sobriquet donné en 1884 pour désigner les jeunes gens du monde où l'on s'amuse. «Tout le monde pschutteux s'était donné rendez-vous à cette solennité parisienne entre toutes: les petits fumeux et les horizontales de toutes marques s'écrasaient dans le promenoir.» (Evénement, juillet 1884.)
FUMISTER. Mentir.
FUMISTERIE. Mauvaise plaisanterie.
FURET. «Une des grèves les plus curieuses de Paris est celle qui se tient rue Vaucanson. Les hommes qui la composent se nomment furets. C'est à cette grève que les personnes qui ont besoin d'un individu pour porter un fardeau ou qui désirent faire faire un grossier ouvrage, se rendent et choisissent un de ces malheureux...» (Rappel, octobre 1884.)
FUSÉE. Argot des gens de Bourse. La fusée est l'enlevée en hausse d'une valeur. On entend dire couramment à la Bourse: Le Trois vient de faire une fusée de quinze sous.
FUSIL. Chasseur. «Ils (les reporters) n'appellent pas un chat, un chat; ils ne disent pas d'un chasseur, un chasseur, ils disent un fusil. J'ai lu, cette semaine, à propos d'une battue chez une demi-mondaine fort célèbre, cette phrase étonnante: «Invités: douze fusils des deux sexes.» (Claretie.)
FUSIL A DEUX COUPS. Pantalon.
FUSILLEUR. On appelle ainsi, dans l'argot des commerçants, les filous qui achètent argent comptant, mais à vil prix, des marchandises à des escrocs qui, eux-mêmes, les ont obtenues à crédit avec l'intention de ne jamais les payer. «Les fusilleurs ont été certainement de mauvaise foi, mais les précautions prises par eux pour masquer leurs agissements n'ont point permis de relever contre eux des faits assez précis pour établir leur entière culpabilité.» (Droit, août 1886.)
G
GAFF. Gardien de la paix en bourgeois. V. plus bas Guignol.
GAFFER. Commettre des fautes, des sottises.
GAFFEUR, EUSE. Du verbe argotique gaffer, commettre des impairs. «J'en connais (une femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement fréquenté... Un peu gaffeuse, par exemple.» (Charivari, avril 1887.)
GAFFIER. Synonyme de l'argot gaffeur. «Lucien D..., soixante ans, député de la Seine-Inférieure, terriblement maladroit; réputation méritée de gaffier.» (Bataille, nov. 1885.) Gaffeur est beaucoup plus usité.
GAFILLER. Ecouter attentivement; prêter attention à... Argot des rôdeurs.
GALETTE. Petit pain rond et plat qu'on sert dans certains restaurants.
GALOPIN. Petit verre de bière.
GALUPE. Femme, fille de mauvaise vie.
«Les galup's qu'a des ducatons Nous rincent la dent.»
(Richepin.)
GALUPIER. Qui entretient des galupes. (Richepin.)
GAMAHUTER. Assassiner. Argot du peuple. Du nom de l'assassin Gamahut. «B... est venu gamahuter dans les bureaux du Cri du Peuple et il a été acquitté.» (Cri du Peuple, avril 1885.)
GAMBETTE. Jambe. Jouer des gambettes, fuir.
GAMBIER. Pipe en terre. Du nom du fabricant.
GAMELLE (Ramasser une). Argot militaire. Tomber.
GANDIN. Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple. «Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. A présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai! c'est pas gandin!» (Fournière: Sans métier.)
GANTIÈRE. «En langage parisien, ce mot est un pavillon qui couvre certain commerce où il ne se débite pas que de la peau de chien ou de la peau de chevreau.» (Voltaire.)
GARGAROUSSE. Gosier. (Richepin.)
GATEAU. Séquence. Argot des joueurs. V. infra: séquence.
GATEZAR. Elève de l'Ecole des arts et métiers. Il est facile de voir dans ce mot une corruption de Gars des Arts. Le mot est employé dans toutes les écoles d'arts et métiers et aussi par le peuple des villes où se trouvent ces écoles.
GAVE. Estomac. (Richepin.)
GÉNÉ. Général. Argot de l'Ecole polytechnique. «L'habitude est à l'école d'abréger tous les mots. On ne dit pas le colonel, mais le colo, le général, mais le géné... (Gil Blas, juin 1882.)
GIBERNEUR. «On appelle vulgairement giberneurs des industriels qui se livrent au commerce des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc., servant à l'étalage des fruits et à l'ornementation des vitrines des restaurateurs et marchands de comestibles.» (Journal des Débats, déc. 1882.)
Ils ont aussi reçu le nom d'hommes sauvages, car beaucoup d'entre eux n'ont d'autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu'ils commettent dans les propriétés de la banlieue.
GLU. Ce mot a été inspiré par la pièce de M. Richepin, La Glu, jouée au théâtre de l'Ambigu. La Glu, c'est l'ancienne cocotte, la belle petite ou la tendresse d'hier. «Depuis quelques jours, on appelle ces dames des Glus. Le mot fera-t-il fortune? Une jeune glu... une vieille glu... Parmi les glus à la mode... Cela a le défaut de faire pour l'oreille un peu calembourg avec les grues. Bis in idem. Cela a l'avantage, par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser le sujet.» (Monde illustré, 1883.)
GNIASSE (Mon). Je, moi, me. (Richepin.)
GNIOLE. V. Delvau. Gnon.
GONDOLE. «Gondole est passé dans la langue; on le dit couramment de l'objet qui a cessé de plaire, de la toilette de la femme et du talent que l'actualité récuse et dont la mode ne veut plus.--Non, trop gondole! a remplacé le canaille: A Chaillot! d'autrefois.» (Evénement, mai 1887.)
GONDOLER (Se). C'est, dans l'argot courant, l'équivalent exact de notre expression familière: rire à se tordre.
GOSSINET. Petit enfant dans le langage du peuple. «Y a pas classe à la laïque, tantôt; puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera, c' t' enfant.» (Petite République française, février 1887.)
GOUPILLONNARD. Clérical, religieux. «Il ne pourra faire autrement... pour obtenir du bon Dieu le service dont a besoin le correspondant du journal goupillonnard.» (République anti-cléricale, août 1882.)
GOURDE. Niais, imbécile.
GRAND SINGE. Président de la République.
GRAS. Latrines. (Richepin.)
GRATE. Le bénéfice accordé aux commis de nouveautés sur la vente de certains articles.
GRATIN. Le gratin, c'est dans l'argot boulevardier l'ensemble du monde élégant ou soi-disant tel. «Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères--non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage--appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c'est le gratin du gratin.»
«Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.» (Du Boisgobey: Le Billet rouge.)
De gratin, on a forgé le verbe gratiner, suivre la mode, être à la mode et l'adjectif gratinant, signifiant beau, joli, distingué. «La toquade pour l'instant, c'est la fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux: c'est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (Monde illustré, juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus gratinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (Figaro, mars 1884.)
GRELOTTEUX, GRELOTTEUSE. Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa compagne la grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse. Et maintenant pourquoi grelotteux?
Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont plus qu'un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre intempérie. «On rencontre des grelotteux (c'est, je crois, le dernier terme en usage) avec l'habit noir et la cravate blanche chez Bidel...» (Moniteur universel, juillet 1884.) «La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.» (Echo de Paris, juillet 1884.) «Aujourd'hui le clubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.» (Gil Blas, octobre 1885.)
GRECQUER. Tricher au jeu. Se faire grecquer, se faire voler au jeu. «J'ai rencontré mon vieux camarade Mavernot qui venait de se faire grecquer dans un tripot clandestin.» (Gil Blas, juillet 1884.)
GRÈVE. Lieu d'embauchage pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n'a point la consécration du Dictionnaire de l'Académie et ne se trouve pas davantage dans le Dictionnaire de Littré. C'est d'ailleurs moins un terme d'argot qu'un néologisme employé aussi bien par le peuple que par l'Administration qui s'en sert dans ses avis officiels, ainsi qu'en témoignent les Ordonnances de Police. «Une des grèves les plus curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens de lieu d'embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui se tient rue Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.» (Rappel, octobre 1884.)
GRILLANTE. Cigarette. Argot du peuple.
GRILLER (Se faire). Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.
GRIMACE. Petite boîte en usage dans les administrations publiques et qui renferme des pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à épingles.
GRIPPART. Chat. (Richepin.)
GROS CUL. Chiffonnier aisé.
GRUBLER. Grogner. (Richepin.)
GUEULARD. Argot du peuple, de celui surtout qui, par métier, fréquente les Halles. Le gueulard est un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs petites voitures. Ce n'est point une profession à dédaigner que celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la partie! «... Les autres s'emploient comme gueulards, profession non classée dans le Bottin...» (Français, nov. 1884.)
GUIGNOL. Gendarme. Argot des voleurs. «Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)... Petit Journal, mai 1886.
GUINDER LES PORTES. Argot théâtral. En attacher les deux battants à l'aide de cordes dites fils de façon à pouvoir aisément manœuvrer les décors.
H
HARICOTER. Spéculer. «Il négocie sur tout, spécule sur tout, gagne sur tout, se mêle à toutes les entreprises, s'immisce à tous les négoces. On appelle cela haricoter.» (Echo de Paris, nov. 1884.)
HARNACHÉ. Terme de joueurs. Préparé d'avance, falsifié. Roulette harnachée, roulette pipée, machinée clandestinement.
«Cette affaire de roulette harnachée a fait grand bruit il y a quelques années à Paris...» (Henri IV, 1881.)
HARNAQUÉ. Même sens que le mot précédent dont il est une déformation. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses... qui vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité de harnaquer les petits chevaux.» (Temps, avril 1887.)
HIRONDEAU. Les tailleurs qui changent fréquemment de maisons reçoivent la qualification d'hirondeau. (Henri IV, 1882.)
HIRONDELLE. Bateau qui, sur la Seine, sert au transport des voyageurs. (V. Mouche.)--Dans les stations balnéaires, en Bretagne surtout, on désigne sous le nom d'hirondelle le voyageur, le touriste qui vient se promener, prendre des bains de mer ou faire une saison. Comme l'hirondelle, le voyageur vient aux approches du beau temps et disparaît avec la belle saison.
HORIZONTALE. Femme galante. Il y a plusieurs sortes d'horizontales. D'abord l'horizontale de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l'on s'amuse; puis, l'horizontale de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie; enfin l'horizontale de petite marque qui n'a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mot horizontale a été bien accueilli et s'est aujourd'hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d'après l'auteur même de Denise, les horizontales virent le jour. «Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait «une tendresse» comme on dit un steamer, par abréviation.
«Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position horizontale. J'ai pris le mot de X. de Maistre pour l'appliquer à celles qui sont de son avis. L'horizontale fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain... Je n'en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l'intérêt des glossateurs...» Cette explication n'a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d'aucuns veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de La République française fait remonter jusqu'à Casanova l'emploi de ce mot horizontale dans l'acception spéciale qu'il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante: «On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale qui désigne les vieilles et jeunes personnes d'accès facile. On ne s'est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n'appartient pas de prime-abord à l'un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l'édition italienne de Périno, à Rome.» «Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque...» (Illustration, juin, 1883.)
D'horizontale est dérivé horizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l'ensemble de ce monde spécial. «Le vrai monde ma foi, tout ce qu'il y a de plus pschutt... et aussi tout le haut horizontalisme...» (Figaro, juillet, 1884.)
HOUSETTE. Botte.
HUILE. Officier supérieur, dans la langue verte du troupier. «Le général convie demain dans un repas de trente couverts tous les gros bonnets militaires, ceux que les soldats appellent indifféremment les Huiles ou les Grosses légumes.» (Figaro, sept. 1887.)
HUILE (A l'). Gratis, pour rien. Argot de coulisses. «Comme un figurant doit toujours faire la première semaine à l'œil, c'est-à-dire à l'huile, en terme de métier...» (Figaro, déc. 1885.)
HUITRERIE. «C'est la drôlerie de pensée, l'erreur de plume, qui, par précipitation, par manque de réflexion, échappe surtout à l'écrivain.» (J. Claretie: Le Temps, avril 1882.)
Le mot a été précédemment employé par V. Jacquemont.
HURF. Beau, joli. On écrit aussi urph.
HURLUBIER. Vagabond, idiot, fou.
I
IGNORANTIN. Frère des Ecoles de la Doctrine chrétienne.
On dit aussi Ignoramus. «Les ignoramus auxquels la plus grande partie des municipalités ont la faiblesse de confier l'enseignement de la jeunesse ouvrière...» (Anti-clérical, mai 1880.)
ILOTIER. Ce mot, dans le langage policier, désigne le gardien de la paix chargé de surveiller continuellement un certain nombre de rues, toujours les mêmes et qui forment, pour ainsi dire, les limites d'un îlot. «Il est clair qu'après le passage de l'îlotier en un point déterminé, ce point reste un certain temps dégarni.» (Petite République française, mai 1882.)
IMPÉRATRICE (Faire l'). Le français ne bravant pas l'honnêteté dans les mots, il est impossible de traduire ici cette locution fort usitée chez les non-conformistes. Aux lecteurs trop curieux, je rappellerai les singulières relations de Julia et Pompée, et les renverrai, les lecteurs, à un ouvrage aussi curieux que rare: Centuria librorum absconditorum. pp. 404 et circa.
INDIENNE. Vêtements, effets. Argot des voleurs. «De quoi! de quoi! il va me fusiller mes indiennes! Veux-tu laisser ça ou je te mets une pouce.» (Humbert: Mon Bagne.)
INFLUENCÉ (Être). Être légèrement ivre.
INSECTE. Gamin.
INSÉPARABLES. Cigares qui se vendent quinze centimes les deux; les débitants n'en délivrent pas moins de deux à la fois. «Cela lui permet, l'aristo, de fumer orgueilleusement des inséparables de choix.» (Dix-neuvième Siècle, avril 1885.)
INTERVIEWER. Encore un mot d'importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou reporter, courriériste. Ex.: «Félicie L... est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n'est allé interwiever la regrattière d'en bas, ou la repasseuse du cinquième.» (L. Chapron.) «Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses! Blowitz, interwiever... le grand interwiever Blowitz... C'est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.» (P. Ferrier.)
INVITEUSE. Fille qui sert dans les brasseries. «L'inviteuse, c'est l'agente provocatrice du consommateur.» (Citoyen, avril 1882.)
J
JABLO (Grand). Lumière électrique. Argot du peuple qui trouve trop difficile à prononcer le nom de Jablockoff.
JACOBITE. Argot politique. On appelle ainsi tout légitimiste dissident du comte de Paris et rallié à la cause de don Jayme, c'est-à-dire Jacques, fils aîné de don Carlos. «M. Cornély consacre dans le Matin un article aux Jacobites ainsi que ce journal quatricolore nomme les rares partisans de la candidature royale des princes de la maison d'Anjou.» (Univers, juillet 1884.)
JACQUES (Faire le). Argot militaire. Manœuvrer et, plus spécialement, manœuvrer en décomposant. S'applique de préférence aux exercices de l'Ecole du soldat. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
JAM' DE LAV'. Traduction: Jamais de la vie! Expression couramment usitée il n'y a point longtemps encore et qui tend à tomber en désuétude: «On lui dit... qu'il serait bien aimable de verser une cinquantaine de francs à la caisse de l'agence.--Jam' de lav'! répond le jeune homme.--Comment! jamais de la vie? reprend l'employé de l'agence, qui comprenait le parisien.» (Figaro, 1886.)
JÉROMISTE. Partisan du prince Jérôme Napoléon. «Et en effet la dégringolade des intransigeants, collectivistes et anarchistes est tout aussi marquée que celle des ultramontains et des jéromistes.» (Henri IV, 1881.)
JOSEPH. Couteau. Argot des malfaiteurs. «Bébé, condamné a mort pour un simple coup de Joseph.» (A. Humbert: Mon Bagne.)
JOSÉPHINE. La cagnotte, dans le jargon des joueurs. Bourrer Joséphine; entretenir la cagnotte. «Le gérant propriétaire du cercle ne tolère cette débauche que parce que ledit croupier bourre fortement Joséphine.» (Tricolore, mars 1884.) V. sur une autre acception de Joséphine, infra au mot princesse.
JOUER LE POINT DE VUE. Argot de cercle ou mieux de tripot. «De la même famille est la «ficelle» qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution; il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l'on peut arriver, avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l'on aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu'on peut ajouter. Cette grosse indélicatesse s'appelle jouer le point de vue.» (Carle des Perrières: Le Monde qui triche.)
JOUER LE MOT. Argot théâtral. Souligner chaque mot à effet au point d'atténuer le caractère général du personnage qu'on représente.
JOUER A L'AVANT-SCÈNE. Argot théâtral. Dire son rôle le plus près possible de la rampe de façon à se mettre en plus intime communication avec le public.
JUS. Voici un mot qui, en argot, a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées. On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme de vin, mais il sert aussi à désigner l'eau. Je l'ai plusieurs fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaient jus de grenouille et les autres jus, tout court. «L'autre le suit, l'empoigne par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant: Va dans le jus.» (Gazette des Tribunaux, août 1884.)
L
LAD. Garçon d'écurie. «Autour du favori un cercle s'est formé pendant que les lads sellent le cheval sous la surveillance de l'entraîneur.» (Vie Parisienne, 1882.)
LAÏQUE (La). L'école laïque. «Ya pas classe à la laïque, tantôt, puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera c't'enfant.» (Petite République française, février 1887.)
LAMA (Grand). Chef, maître suprême. «Le grand lama est arrivé hier soir. Pendant que M. Raynal se couchait, affolé par les toasts et les feux d'artifice à Montauban, M. Ferry débarquait à Cahors.» (Figaro, avril 1884.)
LAMPION ROUGE. Poste de police. Allusion aux réverbères à vitres rouges qui indiquent les postes et les commissariats de police.
LANGOUSTE. Argot du peuple. Chaussettes.
LANCINER. Ennuyer. Lancinant, ennuyeux.
LANGUILLEUR. «Joseph, deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l'homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serre jusqu'à ce qu'ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n'est pas saine et doit être refusée par les bouchers.» (Paris-Journal, 1882.)
LANTERNER. N'être plus apte aux choses de l'amour. «--Dis-moi, petite... crois-tu que...?--Dame! vous savez, monsieur, avec mamz'elle, faut pas lanterner...--Ben oui! mais voilà! à présent c'est que j'lanterne!...» (Almanach des Parisiennes, 1882.)
LAOUTH. Cheval. Argot des régiments d'Afrique.
LAPIN DU BOIS DE BOULOGNE. Filles publiques qui, l'été venu, font élection de domicile au Bois de Boulogne, quaerentes quos devorent. «Ces amoureuses vagabondes, qu'on appelle en langage familier les lapins du Bois de Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes...» (République française, juin 1885.)
LARDON. Jeune homme. Argot du peuple. «C'que c'est que la vie! On était quat'cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse.» (Mirliton, journal, oct. 1885.)
LARGE (Envoyer quelqu'un au). L'envoyer promener. «Hier, je comptais presque sur lui... Ah! bien ouiche! il m'a envoyé au large.» (Vie Parisienne, 1882.)
LAVER! (Va te). Expression injurieuse, synonyme de: Vous m'ennuyez!
LEDRU-ROLLIN. Ouvrier ébéniste. Argot du peuple et notamment des ouvriers du faubourg Saint-Antoine. «Plusieurs maisons du côté de la rue de Charonne sont toutes pleines d'ouvriers de ce genre qui ont leur établi chez eux et qui travaillent pour la trôle. Quelques-uns portent un nom spécial. On les appelle les Ledru-Rollin, parce que les bâtiments où ils ont leur nid appartenaient à l'ancien montagnard de 1848 et sont encore aujourd'hui la propriété de sa veuve.» (J. Vallès: Tableau de Paris.)
LÉGITIMARD. Partisan du comte de Chambord, de la monarchie légitime.--Qui se rapporte à la monarchie.
«De Chambord, le vingt-neuf septembre, Les légitimards ont fêté Par un petit banquet en chambre L'anniversaire peu vanté.»
(L'Esclave Ivre, no 4.)
LÉSÉE. Femme. «La frangine! Je n'y ai seulement pas parlé! Elle ferait bien mieux de s'occuper de ses lésées (femmes)!» (A. Humbert: Mon bagne.)
LÉGUME. Fonctionnaire. Gros légume. Fonctionnaire puissant et haut placé.
LEVER. Trouver. «Il avait appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité de lever les chopins (de dénicher des affaires)...» (Humbert: Mon bagne.)
LICHE-A-MORT. Buveur intrépide. Langage plus que familier. «Il absorbe une bouteille qui file gentiment, puis une seconde; jamais on n'avait vu un liche-à-mort de sa force.» (Gazette des Tribunaux, juillet 1884.)
LICHER LE MORVIAU. (Se). S'embrasser.
LICHOTER UN RIGOLBOCHE. Argot du peuple. Faire un bon dîner. «On va trimballer sa blonde, mon vieux; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
LICO. Immédiatement. Abrév. d'illico.
LIGNE. Bande d'individus.
LIGOT. Grande ficelle dont se servent les agents de police et qui entoure le poignet droit, puis le corps, à la ceinture.
LITTÉRAL. Argot des élèves des écoles militaires qui désignent ainsi le petit livre où se trouvent la théorie, les principes de la manœuvre, livre qu'il faut savoir littéralement par cœur.
«Salle affreuse, où de la théorie Nous avons tant beuglé le littéral, Adieu...»
(Echo de Paris, avril 1884.)
LOCATIS. Mauvaise voiture de louage.
LOUFLON. Fils de franç-maçon.
LOUP. Dans l'argot théâtral, défaut que produit un vide dans l'enchaînement des scènes. «Les auteurs ont fort bien senti qu'il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître...» (A. Daudet.)
LOURDIER. Concierge, portier. Argot des voleurs, des joueurs de bonneteau. V. Chocolat.
LUIS. Jour. Delvau donne luisant.
LUISANT. Le descendant direct du dandy et du lion. De mode en 1884, ce qualificatif n'a point tardé à être délaissé. «De toutes les appellations données depuis le commencement du siècle aux créateurs de la mode et de l'élégance, celle qui se rapproche le plus du type baptisé aujourd'hui luisant est le lion.» (Gaulois, 1884.)
LUNDISTE. V. Delvau: Lundicrate. «Ce fut cette fois un succès éclatant. J'ai voulu lire les appréciations des lundistes d'alors, j'y ai trouvé ce que j'attendais.» (P. Perret.)
LUNE. Pièce de vingt sous. Argot du bagne. «On arrivait à supprimer tout risque en achetant à la fois le servant et l'argousin. L'un ne coûtait pas plus cher que l'autre. C'était affaire de quelques lunes.» (Humbert: Mon bagne.)
LUNETTES (Donner une paire de). Argot des joueurs de billard. Livrer deux billes tellement rapprochées que l'adversaire ne peut manquer de caramboler.
LURETTE (Belle). Longtemps: Corruption de belle heurette, il y a belle heure que...
LUX. Jargon des lycéens, qui entendent parler ainsi du jardin du Luxembourg.
M
MABOUL. Niais, un peu fou. «Suivant l'expression d'Eugène Tourte, elle était un peu maboule, rêvassant près de son bon ami à des amours câlins. (Huysmans: Les Sœurs Vatard.) «Le père? dit Landart, il ne peut pas gagner sa vie; malheureusement il est un peu maboul.» (Sirven et Siegel: Les Drames du Mont-de-Piété, 1886.)
MACARONI. C'est ainsi que les gens de bourse désignent plaisamment dans leur jargon le fonds d'Etat italien. «Le Macaroni se cramponne; il voudrait se fixer, ou, si vous aimez mieux, se figer au pair.» (Gil Blas, juin 1887.) «Le bourgeois commerçant ou boursicotier dit: Je prends ferme; le macaroni se soutient; les huiles fléchissent.» (Gazette de France, octobre 1886.)
MAGASIN. Trottoir, dans le jargon des filles et de leurs souteneurs. «C'est là (dans un cabaret) que les macs vont régler leurs affaires avec leurs marmites lorsqu'elles arrivent du magasin.» (Courrier Français, nov. 1888.)
MAGNUM. Bouteille de capacité plus qu'ordinaire. Argot de restaurant. «Quelques-uns des prix méritent d'être cités. Ce sont d'abord six bouteilles de Château-Lafitte, 1865--de ces doubles bouteilles qu'en style de sommelier on appelle des magnum...» (Lanterne, décembre 1884.)
MAHOMET. Petit sac de cuir que les forçats portent suspendu sur la poitrine, entre la peau et la chemise et qui leur sert à enfermer leurs économies.» (V. Humbert: Mon bagne.)
MAIN (Acheter à la). Acheter comptant. «Il joignait à ce commerce connu... les prêts usuraires à la petite semaine et la vente au bazar avec de gros bénéfices, d'objets fabriqués en salle et qu'il achetait à la main, bien au-dessous de leur valeur.» (Humbert: Mon bagne.)
MALFRAT. Argot des vagabonds. Le malfrat est un ouvrier travaillant parfois dans les carrières situées aux environs de Paris, mais qui cherche surtout dans ces carrières un gîte et un abri pour échapper aux recherches de la police. Le malfrat s'appelle aussi malfera ou malfranc.
MALGACHE. Argot boulevardier. Ce mot, synonyme de chic, d'élégant, n'a pas vécu. D'ailleurs il n'était pas né viable et avait été mis en circulation en 1886, alors qu'un certain nombre de Malgaches étaient venus s'exhiber au Jardin d'acclimatation. «De mondaines, peu ou point; en revanche, plusieurs de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.» (Evénement, février 1887.)
MALHEUREUX. C'est ainsi que dans les gargotes, dans les restaurants à bas prix, le consommateur nomme le dessert connu sous le nom de quatre mendiants. «Garçon, un lapin chasseur, un panaché, quatre-malheureux et un litre de piccolo, cria notre voisin de table.» (Gagne-Petit, mai 1886.)
MALLE EN CUIR. Solliciteur. Argot des officiers de marine qui désignent ainsi ceux de leurs camarades sans cesse voyageant... sur la ligne de Paris, une petite valise à la main, pour aller solliciter une faveur quelconque au Ministère.
MANGEUR. Dénonciateur, espion. Argot des prisons. «Ce sont les révélateurs qu'on appelle les mangeurs, la musique.» (J. Vallès.)
MANIER (Se). Se masturber.--Se sauver, fuir.
MANTEAU. Argot théâtral. Rôle où l'acteur porte un manteau. (Littré.) «Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d'études des plus attrayants.» (Revue britannique.)
MAQUIGNON A BIDOCHE. Variété de souteneur.
MARCHAND DE CIRAGE. Commandant d'un navire. Argot du bagne. «Est-ce que le marchand de cirage (elles appelaient ainsi le commandant) nous faisait peur?» (Humbert: Mon bagne.)
MARCHAND DE PUCES. Argot militaire. Individu qui a dans les régiments la fourniture des lits.
MARCHÉ DES PIEDS HUMIDES. La petite Bourse qui pendant longtemps s'est tenue en plein air; les spéculateurs étaient ainsi exposés à toutes les intempéries, et, quand il pleuvait, pataugeaient dans les flaques d'eau. «Le marché des pieds humides qu'on est venu plaisanter, est bien plus loyal qu'on ne le pense. Là, pas d'affaires à terme; argent contre titres; titres contre argent.» (Le Mercure, journal, 1882.)
MARCHFELD. C'est ainsi que les élèves de l'Ecole de Saint-Cyr appellent le champ de manœuvres. «Que les jours d'hiver nous parurent longs, les après-midi sombres pendant lesquels nous épelions le b a ba du métier dans le marchfeld que balayaient âprement les bises.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
MARGOUILLAT. Argot militaire. Spahis.
MARIAGE DE GARNISON. Liaison qu'un militaire en garnison contracte avec une femme et qui n'a pas d'autre durée que celle du séjour dans la garnison.
MARIE-JE-M'EMBÊTE. (Faire sa). Faire des façons; se faire prier. «Ah çà! voyons! quand tu resteras là à faire ta Marie-je-m'embête! Ça n'avancera à rien! Venez-vous oui ou non? (Huysmans: Sœurs Vatard.)
MARIE-MANGE-MON-PRÊT. Argot militaire. Maîtresse du soldat.
MARINE. Argot des lycéens. Est marine dans leur jargon, le camarade qui se prépare à l'école navale.
MARQUE. Femme qui a deux cordes à son arc: la prostitution et le vol.
MARQUE-MAL. Individu contrefait.--Variété de souteneur.
MARTIN. Argot des marchands de vin qui désignent ainsi un horrible breuvage composé d'eau-de-vie de marc teintée de cassis; d'où marc teint et de là Martin. «Si parfois un étranger vers les deux heures du matin, vous offre un martin, prenez garde! Cette boisson traîtresse en diable produit sur l'organisme les effets les plus désastreux.» (Charivari, octobre 1885.)
MASSEPAIN. Individu sur lequel on fait, dans certaines maisons, des... expériences, in anima vili.--Argot militaire: Valet d'un jeu de cartes.
MATATANE. Argot militaire. Salle de police.
MATÉRIELLE. «Et alors, quelques malheureux pontes... se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle.» (Belot: La Bouche de Madame X.)
MATH. Mathématiques. Argot des collégiens. «Ils (les médecins) démolissent l'infranchissable barrière qui, dès le collège, sépare les forts en math des forts en thème.» (Evénement, août 1885). «Je suis obligé de les bûcher très dur, ces sales math!» (Vie Parisienne, février 1888.)
MATHURIN. Matelot. «Je veux parler du simple matelot à qui l'on donne le nom de mathurin, de même qu'on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.» (Figaro, 1882.)
MATHURIN. Nom que les marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois. «Est-ce que vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons, pour remplacer les bateaux à vapeur?» (Amiral Saisset: Journal officiel, janvier 1872.)
MATRICULER (Se faire). Se faire punir. Argot militaire.
MAUBERT, MAUBERTE. Argot des voyous qui désignent ainsi l'homme, la femme nés dans le quartier de la place Maubert, la place Maube: comme ils disent, ou y habitant. «Celle-ci est née rue Galande. C'est une Mauberte, et les Maubertes ne rompent jamais tout à fait avec leur famille...» (Du Boisgobey: Paris-Bandit.)
MAUVAISE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'ils viennent de jouer ne compte pas. (V. Bonne.)
MEC. Souteneur.
«C'est tout d'même chouette pour [une pierreuse] D'avoir un mec comme celui-là?
(De Gramont: La Femme à Polyte.)
MEC A LA REDRESSE. Tout individu qui en impose par ses qualités ou ses vices. «Seules, quelques individualités hors pair, des mecs à la redresse, parviennent à se faire dans l'opinion une haute place.» (Humbert: Mon bagne.)
Aujourd'hui le mot mec a pris une très grande extension. Il s'emploie pour désigner avec mépris un individu quelconque.
MÉDAILLE (Avoir la). Argot de sport. «Il y a une expression consacrée dans l'argot du turf et qui est très significative: Avoir la médaille. On dit d'un monsieur qu'il a la médaille quand il fait une commission pour le compte du propriétaire. Cela veut dire qu'il est commissionnaire. Il a la médaille. Dès qu'on s'aperçoit qu'un monsieur a la médaille, c'est-à-dire qu'il a reçu mission du propriétaire de parier pour son cheval, il ne reste plus qu'à lui emboîter le pas...» (Paris Illustré, 1884.)
MÉGOTTIER. Industriel qui ramasse les bouts de cigares, les mégots. «Là, sont réunis pêle-mêle des biffins... le mégottier avec son pistolet à la saindhomme.» (Réveil, 1882.)
MÉLASSON. Niais, imbécile. «Faut-il que vous soyez mélasson pour vous être ainsi fourré la gueule dans le beurre!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
MELON. On appelle ainsi au prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon. «C'est au troisième bataillon des élèves, c'est-à-dire au bataillon des melons que l'agitation est très grande.» (Revue alsacienne, juillet 1887.) (V. Melon au Dictionnaire.)
MÉNAGE À LA COLLE. V. Delvau: Mariage à la détrempe. «Les commissaires iront-ils vérifier le désintéressement de 60,000 ménages à la colle qui se cachent dans les faubourgs?» (Télégraphe, 1882.)
MENDIGOT. «Le mendigot n'est pas tout à fait le mendiant. Le mendigot est une sous-variété du trimardeur. Il va mendier dans les châteaux ou dans les maisons aisées et renseigne les Monteurs de coups.» (Clairon, 1882.)
MENEUSE. Femme qui attire le passant dans une rue écartée pour le livrer à des travailleurs qui le volent toujours et l'assassinent quelquefois.
MENFOUTISTE. Indifférent, sceptique. La paternité de ce mot qui a jusqu'ici vécu appartient à M. Aurélien Scholl. «Le grand parti des menfoutistes fait chaque jour de nouvelles recrues. L'indifférence a gangrené tous les cœurs.» (Evénement, 1884.) De menfoutiste est dérivé menfoutisme, synonyme d'indifférence, de scepticisme. «Le menfoutisme a soufflé aujourd'hui sur toutes les conventions, sur tous les partis sociaux, sur toutes les illusions, sur toutes les croyances.» (Evénement, 1884.) Il parut en cette même année 1884 au mois de janvier un canard qui avait pour titre: Le Jemenfoutiste.
MÉQUILLON. Variété de souteneur.
MERDE DE PIE. Pièce de cinquante centimes. Argot du bagne. «Un blavin! Tu me le redemanderas demain pour une merde de pie.» (Humbert: Mon bagne.)
METTRE EN BRASSERIE (Se). Servir dans une brasserie. «Cédant à des suggestions funestes, elle se mit en brasserie, c'est l'expression consacrée.» (F. Sarcey: XIXe Siècle, 1881.)
METTRE DU LINGE SUR SES SALSIFIS. Mettre des gants.
METTRE DU PAIN DANS LE SAC DE QUELQU'UN. Lui faire son affaire; le battre, le tuer.
METTRE UNE POUCE. Frapper, battre. «De quoi, de quoi, il va me fusiller mes indiennes (me voler mes vêtements). Vas-tu laisser ça? ou je te mets une pouce.» (Humbert: Mon bagne.)
MEUBLER. Réparer des ans l'irréparable outrage, se mettre de faux mollets, de faux appas. «--Je suis devenue si maigre que je n'ose mettre une robe décolletée.--On met un corsage carré.--Impossible aussi, car il faut encore meubler le carré et avoir des bras.» (Le Voltaire, 1882.)
MIC-MAC. Difficulté, complication, chose inintelligible. «C'est un mic-mac où personne ne comprend rien.» (Zola: Pot-Bouille.)
MIGNOTER. Cajoler, embrasser, faire mignon. «Elle mignotait Céline, sa préférée, dont la tignasse jaune de chrome l'intéressait.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
MILLE. Argot des libraires. L'édition totale d'un ouvrage, d'un roman quelconque, étant donné--ce qui est une supposition--que cet ouvrage est tiré à mille exemplaires. «Depuis quelque temps on lit sur la couverture des volumes d'une maison de librairie: Premier mille ou sixième mille ou dixième mille. Mille quoi? Mille exemplaires, cela se devine, mais cela n'en est pas moins de l'argot et quel argot!» (Evénement, 1883). «Le dernier roman de M. Daudet a eu une envolée heureuse. Le cinquantième mille est depuis longtemps dépassé.» (Français, juillet 1884.)
MILLE (Mettre dans le). Réussir pleinement.
MILLE-PATTES. Fantassin.
MINCE! Exclamation qui répond à zut! ou à: ah! non! alors! «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse.» (Meilhac et Halévy: Lolotte.)
A aussi le sens de beaucoup.
MINERVE. Argot de joueurs. Filouterie qui rappelle celle dite du neuf de campagne. (V. cette expression). «D'ordinaire, le baccara se joue avec deux cartes dont l'assemblage forme le point et, si le banquier veut bien y consentir, une troisième qu'il donne découverte au tableau qui la demande. Quelquefois dans ces trois cartes il n'y a pas de quoi gagner sa vie, au contraire. Les malins en ont ajouté une quatrième, cachée celle-là qu'ils tiennent dans leur main gauche et que, par un travail analogue à celui dont j'ai parlé plus haut, ils arrivent à substituer à l'une de celles qui leur sont données régulièrement. D'habitude, les prestidigitateurs qui font la minerve adoptent un quatre ou un cinq, une carte qui peut s'adapter à toutes les combinaisons pour faire un point très honorable.» (C. des Perrières: Paris qui triche.)
MITAINE. Voleuse, détourneuse à la mitaine. Femme portant des souliers très plats, sans talons et qui, dans un magasin, fait tomber des objets qu'elle ramasse avec le pied déchaussé et cache dans son soulier. Cette sorte de voleuse ne s'attaque, en général, qu'aux dentelles de prix.
MITRAILLEUSE (Etouffer une). Boire un verre de vin.
MIXTE. Argot des gens à la mode pour qui cet adjectif, détourné de son vrai sens, a remplacé le mot épicier qu'on prit en 1830 et longtemps après cette époque pour désigner toute chose commune, de mauvais goût, toute personne ayant un genre vulgaire. L'expression être mixte couramment employée en 1886 est aujourd'hui abandonnée. «Quant au rire, n'en parlons pas; rire n'est plus seulement canaille, c'est mixte.» (Gazette de France, janvier 1886.)
MOBILISER (Se). Faire un voyage. Allusion à l'essai de mobilisation fait en 1887 dans le sud-ouest. «Je me suis mobilisé; j'ai bouclé une valise, pris une voiture...» (Voltaire, septembre 1887.)
MOC-AUX-BEAUX. Quartier de la place Maubert.--On dit aussi Mocaubocheteau. «Les mèques de la Mocaubocheteau, v'là des mèques sérieux, des gonsiers qui crachent noir comme de l'encre... (Humbert: Mon bagne.)
MODÈLE (Vieux). Grand-parent. «Il avait éloigné tous les vieux modèles, comme nous disons au couvent, pour désigner les grands-parents.» (Vie Parisienne, 1882.)
MODISTE EN RAGOÛT. Cuisinière. Argot des garçons bouchers.
MOELONNEUSE. Femme qui se prostitue dans les chantiers.
MOL ou MOLLE (Être). Argot du peuple. N'avoir pas d'argent; être sans le sou.
MÔME BASTAUD. Individu aux mœurs inavouables et qui se prête à toutes les exigences. «--Et de la môme?--De la môme bastaud, oui, tant que tu voudras... les autres, de la peau.--Chouette alors.» (Humbert: Mon bagne.)
MOMENTANÉE. Femme galante avec laquelle on n'a qu'un entretien d'un moment. Deux journalistes ont réclamé la paternité de ce mot. M. Pierre Véron d'abord qui l'aurait imprimé tout vif dans le Charivari du 17 août 1885; M. Guillaume Livet, ensuite, qui l'a inventé et donné dans le Figaro en 1884.
MONÔME. Promenade qu'exécutent à Paris et à l'époque des examens, les candidats aux diverses écoles du gouvernement. Le monôme consiste à marcher l'un derrière l'autre, en file indienne. Le monôme le plus connu est celui de l'X.
MONSIEUR BAZAR. Argot de l'école de Saint-Cyr. Le Saint-Cyrien lui-même. «La dernière quinzaine a été dure pour Monsieur Bazar, ainsi que se qualifie l'élève de l'Ecole militaire.» (Soleil, 1887.)
MONTER LE BALUCHON (Se). (V. Delvau.) Se monter le coup.
MONTER UN CHOPIN. Argot des voleurs. Préparer un mauvais coup, un vol.
MORT. Malade. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Se faire porter élève-mort.
MOUCHE. On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l'usage des voyageurs. «Malgré... les chiens et les chevaux qu'on baigne... les bateaux qu'on décharge, les mouches qui passent en fouettant l'eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.» (Bernadille.) On désigne aussi ces bateaux sous le nom d'hirondelles.
MOUCHE A MIEL. Argot des écoles. Se dit des aspirants à l'Ecole centrale.
MOUF. Abréviation de Mouffetard. La rue Mouf, la rue Mouffetard. «Le garçon du marchand de vin d'à côté secouait un panier à salade et quelques gouttes d'eau atteignirent le front de la jeune fille qui se retourna et s'écria avec une voix de rogomme et le plus pur accent mouf-mouf: Ah! mince... tu pourrais donc pas secouer tes pissenlits d'équerre, espèce ed'mastroc empaillé!» (Clairon, 1882.)
MOUFION. Mouchoir; Moufionner, se moucher.
MOUILLER. Argot théâtral. Jouer bien.--Mouiller à ou dans; toucher des droits d'auteur.
MOUILLER LES PIEDS (Se). Aller à Nouméa. «Interrogé, il s'écria: Vous me ferez faucher le pré, mais je ne veux pas que les camarades se mouillent les pieds.» (Evénement, 1882.)
MOUKALA. Fusil. Argot des régiments d'Afrique.
MOUSCAILLEUR. Vidangeur. «Là sont réunis pêle-mêle des biffins... des mouscailleurs.» (Réveil, 1882.)
MOUQUETTE. Femme galante. Le mot a été pour la première fois, croyons-nous, lancé par M. Delpit. Le romancier était-il alors hanté par le souvenir de l'héroïne de Germinal, la Mouquette, car le livre de Zola venait de paraître, cela est possible, mais nous n'affirmons rien. Toujours est-il que peu de temps après l'apparition de ce mot, un rédacteur du journal Le Dix-neuvième siècle en donnait cette étymologie, très vraisemblable d'ailleurs: «Les Arabes appellent les femmes moukair; les soldats d'Afrique ont rapporté ce mot en France, et, chez les ouvriers qui ont fait campagne en Algérie, il n'est pas rare d'entendre adresser aux femmes l'appellation de mouquerre, corruption évidente de moukair. C'est d'ailleurs le mot espagnol mujer prononcé avec l'accent guttural. C'est mouquerre qui est le père de mouquette. La généalogie du nouveau mot peut donc ainsi s'établir: moukair, mot arabe ou espagnol; mouquerre, mot d'argot de barrière; mouquette, mot d'argot pschutteux.» Qu'en pense M. Delpit? «La mouquette de haute marque qui vient de faire sa vente...» (Evénement, 1885.)
MOUSSEUSE. Femme galante, à la mode. «Mousseuse est pimpant, léger, provocant, vaporeux; mousseuse donne bien l'idée du bruissement de la soie, du froufrou du satin, de la joyeuse envolée des jupes de batiste et de dentelles. La mousse est ce qui brille, scintille, pétille, émoustille. Voilà pourquoi mousseuse, un mot significatif et complet, mérite droit de cité; voilà pourquoi mousseuse court grand'chance d'être adopté par la gent boulevardière... Les débutantes ès-galanterie deviendront des moussettes.» (Voltaire, mars 1887.)
MOUVEMENT (Être dans le). «Cet hôte arrivait de Paris; il avait un nom connu presque célèbre, il était dans le mouvement...» (De Montépin: Sa Majesté l'Argent.)
MUFFÉE. Argot du peuple pour qui ce mot est synonyme de verrée. «D'temps en temps, un' pauv' muffée au Caveau ou chez les bistros de la Révolte.» (Mirliton, journal, octobre 1885. )
MUFFÉE (En avoir une vraie). Être gris, en état d'ivresse.
MUSELER. Imposer silence.--Se museler, se taire.
MUSIQUE. Dénonciateur. «Il est trop musicien!» (Gil Blas, 1882.) «Bon enfant au surplus, du sang et pas de musique (incapable d'une dénonciation).» (Humbert: Mon bagne.)
MUSIQUE. (Faire, jouer de la). Dénoncer.
N
NAVARIN. «L'étalier connaît les clients, leur mesure les égards et vend aux pauvres le navarin, c'est-à-dire les rognures, les balayures de l'étal, à raison de dix sous la livre.» (L'Esclave ivre, no 3.)
NÉGOCIANT EN VIANDE CHAUDE. Souteneur.
NET. Dans le langage des ouvriers, atelier net, atelier que des ouvriers mettent en interdit et où ils défendent à leurs camarades d'aller travailler.
NETTOYER UN BOCART. Piller une maison.
NETTOYER LES LUCARNES. Dessiller les yeux. «O Mentor, vous me nettoyez les lucarnes, s'écria Idoménée.» (Les mistouf's de Télémaque.)
NEUF DE CAMPAGNE. Argot de joueurs. Procédé peu délicat employé par le ponte vis-à-vis du banquier et que dévoile ainsi M. Carle des Perrières dans son livre: Paris qui triche. «Dans sa poche il (le ponte) a son neuf tout prêt; valet de pique, neuf de cœur; rien n'est plus simple. Lorsque la main arrive à son tour, le neuf de campagne est extrait de sa poche pour passer dans sa main gauche; le banquier donne les cartes; le ponte s'en empare comme c'est son droit et sous prétexte d'empêcher ses voisins de voir son point, parce que, dit-il, cela lui porte la guigne, il fait disparaître les deux cartes qu'on vient de lui donner dans ses deux mains rapprochées; il substitue son valet de pique et son neuf de cœur aux deux cartes qu'il a reçues et abat sur le tapis un magnifique neuf de campagne...» (V. Minerve.)
NID A POUSSIÈRE. Nombril.
NINGLE. Fille publique. «Les souteneurs... se réjouissent de voir les jours diminuer et par conséquent les nuits augmenter, double avantage pour les fils de Neptune et leurs ningles.» (Estafette, 1882.)
NOCER EN PÈRE PENARD. S'amuser tout seul. Faire un bon dîner ou une orgie seul. L'expression est usitée surtout dans le quartier Saint-Antoine.
NOIRE-FONTAINE. Encrier. Argot des élèves de l'École de Saint-Cyr.
NOIX (Être dans la). Avoir de la chance, être heureux. Un boucher aurait lancé cette expression, d'ailleurs peu usitée, que cela ne serait point surprenant. Le gîte à la noix n'est-il pas un des meilleurs morceaux du bœuf et ne recommandez-vous pas à votre cuisinière de vous choisir un morceau dans la noix? Être dans la noix a donc tout d'abord et naturellement signifié ce qui est bon, puis a dévié peu à peu de ce sens pour prendre celui que nous indiquons. «Quinze cent louis de bénéfice! Très pur! Vous êtes dans la noix, dites, alors? Donnez-moi un cheval. Soyez assez blêche pour me prendre dix louis du gagnant?» (Vie parisienne, juin 1884).
NOUNE. Argot du bagne. Receleur qui suit le voleur à la tire et reçoit la camelotte à mesure que son associé opère. (V. Humbert: Mon bagne.)
NOURRIR. En argot de Bourse, «nourrir des titres c'est les conserver de liquidation en liquidation en les faisant reporter. On paye les différences, les reports, les courtages, on nourrit. A force de nourrir, on arrive même quelquefois à en mourir de faim.--X... nourrit deux cents Lombards depuis le mois de juin et Y... cinq mille Italiens--il ne faut pas prendre l'expression au pied de la lettre». (Don Quichotte, 1884.)
NOURRISSEUR. Voleur qui dévalise les appartements dont les maîtres sont en voyage. La banlieue de Paris est pendant l'hiver infestée de nourrisseurs qui déménagent les villas.
NOURRISSON. Argot des employés de la Banque de France qui désignent ainsi le négociant gêné qui ne demande que du temps pour rétablir son crédit et auquel un banquier a prêté de l'argent.
NOVEMBRE 33 (Un). Officier à cheval sur tous les règlements militaires dont la loi fondamentale est celle du 2 novembre 1833; et aussi, en terme de pension, un ragoût qui contient toute espèce de choses, sans doute parce que le règlement de 1833 prévoyait tous les cas du métier militaire. (Merlin: La langue verte du troupier.)
NUAGE. C'est, croyons-nous, le mot le plus récent usité dans le langage populaire pour désigner la tournure, cet objet de toilette que portent les femmes autour de leurs reins de façon à faire bouffer la robe. Pourquoi nuage? me demanderez-vous. Les irrévérencieux vous répondront: Parce qu'il cache la lune.
O
OFF, Officier. «Il a tout pris, le vieil off, et le lit du major et sa femme.» (A. Delpit: Figaro, février 1887.)
OISEAU DES ILES MARQUISES. Absinthe. Rapprochement de couleur.
OMNIBUS. Les employés des télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées qui sont expédiées par les tubes. «Le temps qu'ils (les télégraphistes) distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les omnibus à tuber attendent aussi.» (Cri du Peuple, août 1885.) Ces cartes-télégrammes sont aussi nommées petit-bleu à cause de la couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.
OMNIUM. Argot du turf. Course réservée aux chevaux de toute provenance âgés de trois ans et au-dessus. L'omnium se court au bois de Boulogne, à la réunion d'automne.
ORATEUR. Argot des francs-maçons. L'un des officiers d'une loge. Il y joue un rôle analogue à celui du ministère public dans les tribunaux.
OS A MOELLE. Lorgnette.
OUSTE! Synonyme de zut! «Dis-lui: Ouste pour l'Allemagne!» (De Goncourt: La Faustin.)
OUTIL. Maladroit, gauche. Argot du peuple. «Fais donc attention, outil!» est une de ces phrases qu'on entend journellement dans la rue et à l'atelier. «L'autre, sûr de l'impunité, répondra: Va donc, eh! outil!» (Figaro, nov. 1883.)
P
PAGE D'ALPHAND. Égoutier au service des travaux de la ville de Paris dont M. Alphand est le directeur.
PAGNOTER. Coucher. Pagnoter avec une grognasse. Coucher et faire la noce avec une femme.
PALET. Argent.
PALETOT COURT. Une des dernières incarnations du gommeux. «Les poisseux essayèrent de prévaloir, mais ils n'étaient en somme que des gommeux déguisés; ils n'eurent aucun succès. A présent, nous avons les paletots courts.» (La Comédie moderne, journal, 1882.)
PALMÉ (Être). Avoir les palmes d'officier d'Académie. Locution ironique et plus que familière. «Quand le maire ne reçoit pas le ruban rouge, il reçoit le ruban violet, il est palmé.» (Illustration, juillet 1885.)
PALPER (Pouvoir se). Ne pas obtenir ce que l'on désire. C'est une variante de pouvoir se fouiller. (V. ce mot au Dictionnaire.) «C'est pour ça que vous m'avez fait monter? Ah bien! Vous pouvez vous palper, par exemple!» (Evénement, octobre 1885.)
PANACHÉ. Plat de haricots verts et de flageolets mélangés. «Dans l'estomac de la victime on a trouvé des haricots verts et des flageolets. Si le plat se composait de ces deux légumes, un panaché, comme on dit...» (Figaro, 1882.)
PANTALON. Faire pantalon, dans le langage des écrivains, c'est ne pas atteindre le bas de la feuille de papier sur laquelle on écrit.
PANTHÈRE. Individu qui professe des idées révolutionnaires, anarchistes. Il faut voir dans ce mot une allusion à une société d'anarchistes fondée à Paris sous ce titre: La Panthère des Batignolles. «Les rentes de M. Clémenceau sont, en somme, aussi enviées par les panthères que celles de M. de La Rochefoucauld.» (Figaro, mars 1887.)
PAQUET. Injure employée surtout dans la classe ouvrière et qui est synonyme d'imbécile. «Tout à coup deux... braves gens, porteurs de deux belles casquettes neuves, les abordent et l'un d'eux, sur un air connu, en fixant Joseph: Oh! regarde-moi donc ce paquet!» (Gazette des Tribunaux, 1882.)
PAQUET (Faire le). Argot de grecs. Ranger les cartes en les battant de façon à se donner les bonnes.
PARFAITE ÉGALITÉ. Sorte de jeu de hasard.
PARIGOT. «C'est le surnom qu'on donne à la campagne au malheureux enfant de Paris, placé par l'Assistance publique.» (Bibliothèque universelle, novembre 1887.) Mme de Pressensé a écrit une nouvelle qui a pour titre: Parigot.
PARTICULIÈRE. Femme légitime. Argot du peuple. Trimballer sa particulière, promener son épouse.
PASSADE. Femme galante. On l'appelait autrefois fille à parties. Quant à ce mot de passade, il n'est point difficile à expliquer pour celui qui sait sous quelle appellation triviale on désigne les maisons dites de rendez-vous. «Nous ne saurions trop féliciter l'Administration, puisqu'on veut une soirée tout à fait bécarre, d'exclure de cette représentation (une soirée de gala à l'Opéra) toutes les passades qui sont aux grandes courtisanes ce que sont les souteneurs de Montmartre aux petits rez-de-chaussée.» (Gil Blas, décembre 1886.) «Elle est d'un maintien très décent et, sans être absolument jolie, peut être considérée comme une passade fort aimable.» (Gil blas, Février 1888.)
PASSER SUR LE BANC. Expression qu'emploient les forçats quand ils vont, pour une infraction au règlement, recevoir des coups de corde. «Combien j'ai vu d'hommes passer sur le banc et s'en relever, atteints pour jamais dans les sources de la vie, parce qu'ils avaient, en présence d'un argousin, imprudemment laissé tomber de leur poche un mince cahier ou simplement quelques feuilles de papier à cigarette!» (Humbert: Mon bagne.)
PASSER A LA SORGUE. Dormir. (V. Delvau: Sorgue.)
PATELIN. Compatriote. «En qualité de patelins, nous avions été assez bien accueillis...» (Humbert: Mon bagne.)--Signifie aussi pays, lieu de naissance,--dans l'argot militaire.
PATENTÉ. Souteneur.
PATINAGE. Attouchement indécent. (V. Delvau: Patiner.)
PATINEUR. Argot des voleurs et notamment des joueurs de bonneteau. Le patineur, c'est le banquier, celui qui tient les cartes, les patine et peut ainsi se livrer à toutes les tricheries. (V. Chocolat.)
PATRON. Colonel. Argot militaire.
PAYER. Argot des lycées. S'exonérer, au moyen d'une exemption, d'un satisfecit, d'une punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. Sortie payante, sortie de faveur accordée à l'élève qui remet en paiement une ou plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont fait obtenir. «Depuis longtemps, la France a protesté contre les sorties dites payantes ou de faveur et contre les punitions actuellement en vigueur.» (France, 1881.)
PAYER UN MOOS, LA GOUTTE (Se faire). Argot théâtral. Jouer un rôle à emboîtage.
PEAU (De la)! Non! Rien!
PEAU DE BOUC. Sein. Argot des régiments d'Afrique qui donnent aussi le nom de peau de bouc aux petites outres goudronnées qui leur servent de bidons.
PÊCHE. Tête, physionomie.
PÊCHE (Poser une). Alvum deponere.
PÈLERIN. Gardien de la paix. Argot du peuple. Allusion aux pèlerines en caoutchouc que les gardiens portent depuis l'année dernière.
PÉNITENCE (Être en). «Un autre coin amusant est celui des femmes en pénitence. On appelle Être en pénitence, à Monte-Carlo, ne pas jouer. Elles sont en pénitence pour la journée, la semaine ou la fin du mois, parce qu'elles ont perdu ce qu'elles avaient à jouer et que leurs maris ou leurs fils ne veulent plus desserrer les cordons de leurs bourses. C'est un véritable enfer que de voir jouer et de ne pas jouer.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
PERDRE SA CLEF. Avoir la colique.
PERFORMANCES. Argot de turf. Manière de courir d'un cheval, de se comporter pendant la course.
PERMANENCE. Argot de joueurs. Série de numéros qui sortent à la roulette ou au trente et quarante, «Il (le marqueur) a d'abord ses abonnés à qui il vend les permanences vingt francs par semaine.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
PERMISSION (Se faire signer une). Argot militaire. Présenter une feuille de papier à cigarette et se faire donner le tabac. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
PERMISSION DE 24 HEURES (Avoir une). Argot militaire. Prendre la garde.
PERPIGNAN. Nom que les charretiers donnent au manche de leur fouet. Les meilleurs manches de fouet se fabriquent, paraît-il, en cette ville.
PERROQUET DE FALAISE. Douanier. Allusion de couleur.
PET-EN-L'AIR. Petit veston court.
«Contre l'habit léger et clair La loutre a perdu la bataille: Nous arborons le pet-en-l'air, Et les femmes ne vont qu'en taille.»
RICHEPIN.
PÉTARD. Sou.
A droite, un comptoir en étain Qu'on astique chaque matin. C'est là qu'on verse Le rhum, les cognacs et les marcs A qui veut mettre trois pétards Dans le commerce.
(Gaulois, 1882.)
PÉTARD. Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant. «Pourquoi ce qui n'avait pas réussi jusqu'alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie? ce qu'on appelle, en argot artistique, un pétard.» (Gazette des Tribunaux, 1882.)
PETIT-BLEU. Carte-télégramme. V. Omnibus.
PETITE-MAIN. Il est assez difficile de définir exactement ce que, dans l'argot des ateliers, on entend par cette expression. L'exemple suivant le fera comprendre: «Ils n'étaient que sept pour suffire à cela: un homme, un contre-maître, une femme, la monteuse et sept enfants, les petites-mains. On appelle petites-mains des jeunes gens, filles et garçons qui ne sont plus des apprentis et ne sont pas encore des ouvriers. Il y en a beaucoup même qui n'ont jamais été des apprentis et ne seront jamais des ouvriers. On les reconnaît à ceci: qu'ils reçoivent un salaire d'apprenti pour un travail d'ouvrier.» (Fournière: Sans métier.)
PEUPLE (Faire un). Argot des voyous. Faire partie de la figuration dans un théâtre quelconque.
PEUPLIER. Gros fragment de tabac.
PHALANGE. Main.
Ils vous ont des façons étranges, Pires que des étaux de fer. De vous écraser les phalanges, En vous disant: «Bonjour, mon cher!»
(Frondeur, déc. 1879.)
PHILISTIN. Ouvrier tailleur, «Les ouvriers aux pièces, les plus gais, ont la qualification de philistins.» (Henri IV, 1882.)
PHILOSOPHE. Argot des lycéens. Elève de la classe de philosophie.
PIAFFEUSE. La dernière expression du chic est celle de piaffeuse pour désigner la femme élégante et bien prise dans le harnais de la mode. Le mot n'a rien de désobligeant; piaffeuse: qui se tient droite et porte beau.» (Gaulois, sept. 1887.)
PIÈCE GRASSE. Argot militaire. Cuisinier.
PIÈCE DE SEPT. Individu corpulent.
PIED. Part. Ce à quoi on a droit, «Mon pied! ou je casse! Ma part ou je te dénonce.» (Humbert: Mon bagne.)
PIED DE COCHON. Farce, tromperie. Jouer un pied de cochon à quelqu'un, lui faire une plaisanterie d'un goût douteux.
PIEDS (Où mets-tu tes). Locution militaire voulant dire: De quoi te mêles-tu?
PIERRE BLANCHE. Échafaud. Guillotine. Allusion aux pierres blanches qui se voient encore sur la place de la Roquette et sur lesquelles reposaient autrefois les montants de la guillotine.» Je sais ce qui m'attend, les trois pierres blanches ou la perpett.» (Gazette des Tribunaux, août 1883.)
PIERROT. Argot d'école. Dans les écoles d'arts et métiers on désigne ainsi l'élève de première année. «Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.» (Univers, 1886.)
PIGER. Lutter. Se mesurer avec quelqu'un. «Je ne vois guère que le Président de la République qui pourra piger avec lui, et encore!» (Figaro, 1882.)--Battre.
PIGNOCHER. Peindre minutieusement. Argot des artistes.--Manger du bout des dents. «Un soir qu'il pignochait des œufs qui sentaient la vesse.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
PIGNOUF. Elève reçu à l'École normale, mais qui n'a pas encore subi l'épreuve du canularium. (V. ce mot.)
PIGUT. Argot des lycées. Lieux d'aisances. Piguter, aller aux lieux d'aisances.
PILLEROT. Voleur.
PILON. Argent. Argot du peuple. Pilonner, tuer pour avoir de l'argent.
PINÇARD. Bon cavalier. Argot des élèves de l'école de Saumur.
«Il s'en va de la queue au crâne de la bête, Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord. S'il est vraiment pinçard, il entre dans le port. Mais s'il est maladroit, hélas! pique sa tête.»
(Nos farces à Saumur.)
PINGOUIN. Terme injurieux. Synonyme d'imbécile, de propre à rien.
PIQUE-CHIEN. Argot des élèves de l'Ecole polytechnique. Le pique-chien n'est point, à proprement parler, comme le dit Rigaud dans son Dictionnaire d'argot moderne, le concierge de l'Ecole. C'est un adjudant chargé de surveiller la sortie et la rentrée des élèves. Comme là se borne presque toutes ses occupations, il a tout le loisir de dormir, de piquer son chien.
PIQUER UNE MUETTE. Faire silence. Argot de Saint-Cyr. «Aujourd'hui, il sera piqué une muette au réfectoire.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
PIQUER UNE PLATE. Ne pouvoir, ne savoir répondre aux questions posées à un examen. Jargon des élèves de l'École navale. Nos lycéens disent: piquer une sèche. «Le timonier apparaît.--M. A..., au cabinet de babord!--M. A... court un grand danger de piquer une plate. Heureusement l'interrogation est remise à huitaine.» (Illustration, octobre 1885.)
PIQUER L'ÉTRANGÈRE. Argot du régiment. Tomber de cheval.
PIQUER UNE ROMANCE. Dormir. Argot militaire.
PIQUER UNE SÈCHE. Argot des lycéens et des élèves des Écoles. Avoir un zéro, c'est-à-dire la note très mal, pour une des parties d'un examen. «Il est constant que tout pipo qui est sorti sans piquer une sèche, de ses examens généraux, se croit parfaitement apte à régenter l'État.» (Gaulois, mars 1881. V. Delvau: Sec.)
PIQUER LE TASSEAU (Se). V. Delvau: Se piquer le nez.
PISSER DESSUS. Pisser sur quelqu'un. Le mépriser, n'en pas faire cas. «J'en demande pardon à M. le maire et à mes collègues du conseil: Je les couvre de mon mépris et je leur pisse dessus.» (Moniteur universel, 1883.)
PISTOLET A LA SAINDHOMME. Petit crochet avec lequel le mégottier exerce son industrie.
PISTER. Suivre les voyageurs à la piste lors de leur arrivée dans une ville et leur offrir un hôtel qu'on leur vante.
PIVOTER. Argot militaire. Manœuvrer dur et beaucoup.
PLACÉ. Argot de turf. Un cheval est placé quand il n'est distancé par le gagnant que de quelques longueurs.
«Si votre patriotisme vous pousse à prendre un cheval gaulois gagnant, gardez-vous à carreau en prenant en même temps les goddems placés.» (Voltaire, juin 1882.)
PLANCHE (Faire la). «Ta maîtresse? il y a un mois qu'elle vient faire la planche dans mon garni!» (Evénement, 1885.)
PLANTER. Coïre.
PLANTER UN CHOU. Tromper indignement. «Mon ci-devant m'a planté un chou colossal.» (Réveil, 1882.)
PLAQUER SA VIANDE SOUS L'ÉDREDON. Se coucher. «A onze heures et demie on a levé la séance. Le fait est qu'il était bien temps d'aller plaquer sa viande sous l'édredon.» (Henri IV, 1882.)
PLEIN. Argot des joueurs de roulette. L'un des casiers sur lesquels se trouvent inscrits les numéros correspondant à ceux de la roulette. Faire un plein, c'est placer sa mise en plein sur un numéro, au lieu de la disposer soit à cheval, soit d'une façon transversale.
PLEUVOIR. Être abondant.
POCHETÉE. Inintelligence. En avoir une pochetée, avoir la compréhension difficile.
POIREAUTER. Attendre quelqu'un dans la rue.
POISSEUX. Gandin; fashionable. Le successeur du petit-crevé. «Ils se réunissent six ou sept viveurs ou poisseux au café.» (Siècle, 1882.) Poisseuse, compagne du poisseux. «Dans un boudoir de la rue des Martyrs, une jeune poisseuse, étendue sur une chaise longue, lit...» (Henri IV, 1882.)
POIVROTTER (Se). Se griser.
POLKA. «Polka ne veut pas seulement dire danse: c'est sous ce nom que les photographes et les dessinateurs désignent certains sujets décolletés.» (Evénement, 1882.)
POLONAIS. Souteneur.--Sorte de fer à repasser. Argot des blanchisseuses.
POMPE. Étude. Cours. Argot des Élèves de l'École de Saumur.
«La Pompe! A ce grand mot votre intellect se tend Et cherche à deviner... La Pompe, c'est l'étude, La Pompe, c'est la longue et funeste habitude De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs Le suc et l'élixir de leurs doctes labeurs.»
(Nos farces à Saumur.)
POMPIER. Membre de l'Institut de France. «Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l'Institut. Au feu! au feu! Voilà un pompier.» (J. Claretie: Le Million.)
POMPIER. Dans l'argot spécial des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.
POMPIER (Faire). Cette expression s'applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l'inspiration originale et à l'étude de la nature. C'est ainsi qu'on peut être nouveau et moderne dans l'interprétation d'un sujet emprunté à l'Iliade et qu'on peut, au contraire, faire pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s'est passée hier. (V. Le Gil Blas du mois de novembre 1880.)
PONT (Faire le). Cette expression est surtout usitée chez les employés d'administration. Quand un jour non férié se trouve entre deux jours de fête et qu'on ne vient pas à son bureau le jour de travail, on fait le pont.
PORTE-CRÈME. Vidangeur.
PORTEUR DE CAMOUFLE. Souteneur.
POSE (Être à la). Afficher de grandes manières, des prétentions de grand seigneur. «Elle est bonapartiste, la famille à papa; c'est pas à la pose du tout.» (Vie parisienne, 1882.)
POSER UN RAMOLL. Argot des voyous non conformistes qui désignent ainsi la mise en action de certaine pratique honteuse dont parle le livre du Dr Tissot, et sur laquelle il est inutile d'insister. Cette expression, véritablement imagée, fait songer au ramollissement du cerveau ou de la moelle épinière dont finissent par être atteints la plupart du temps les disciples d'Onan.
POTEAU. Chef de bande,--dans l'argot des voleurs.
POTIRON. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Ils appellent ainsi les jeunes gens qui, bien que de nationalité étrangère, sont admis à suivre les cours de l'Ecole.
«Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d'élève de Saint-Cyr, à titre d'étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à l'Ecole des Potirons.» (Paris, octobre 1885.)
Pouce! Exclamation que poussent les enfants dans leurs jeux en tenant le bras levé et les doigts fermés, moins le pouce. Les gamins indiquent ainsi avec cette sorte de drapeau parlementaire qu'ils cessent momentanément de jouer et qu'on n'a aucune prise sur eux. Ils disent aussi trèfle, par corruption de trêve.
POULAINE. Cabinets d'aisance. Argot du bagne. «On s'entassait à la poulaine (lieux d'aisance) où une pompe, installée tout exprès, fournissait en grande abondance l'eau nécessaire à ces ablutions.» (Humbert: Mon bagne.)
POUR CHIQUER! Allons donc! Plaisanterie! Argot du bagne.
POURLICHE. Pourboire. Jargon du peuple.
POUSSER LA GOUALANTE. Chanter. (V. Delvau: Goualer.)
POUSSER DANS LE CORNET, L'ESCARCELLE, LE FUSIL (S'en). Boire, manger. (V. Delvau: S'en pousser dans le battant.)
POUSSER UNE BLAGUE. Fumer une pipe. Argot de l'Ecole Polytechnique.
POUSSIÈRE (Faire de la). Faire des embarras.
POUVOIR SIFFLER. Ne pas obtenir ce qu'on demande; se passer de quelque chose.
PRÉFECTANCE. Préfecture de police. «Sans doute, tant qu'il y aura une préfectance et un préfet de police, on cognera...» (J. Vallès.) Delvau donne Préfectanche.
PREMIER, ÈRE. De qualité supérieure. «Puis ils inaugurèrent l'argot, parlèrent nègre et proposèrent aux dîneurs une douzaine, une chablis première, au lieu de dire: une douzaine d'huîtres, du vin de Chablis, première qualité.» (G. Claudin.)
PRENDRE. Terme de turf. Parier. Prendre un cheval à 6 contre 1 en admettant que le pari soit de 10 louis, signifie; si le cheval perd, je vous donnerai 10 louis, s'il gagne vous me donnerez 60 louis.
PRENDRE QUELQUE CHOSE A LA BLAGUE. S'en moquer; la tourner en ridicule. «C'est dans le pauvre peuple qu'on l'a prise (une pièce de théâtre) tout d'abord à la blague.» (F. Sarcey.)
PRENDRE SES DRAPS. Prendre le chemin de la salle de police. Argot des élèves de l'Ecole Saint-Cyr. «Le bazof court le long des lits secouant de la phrase sacramentelle: Prenez vos draps, les malheureux qui n'ont pas eu le temps de rapporter leurs matelas.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
PRIME. Premier. Argot des enfants.
PRINCESSE. Nom que donnent les employés de l'Etat à l'administration à laquelle ils appartiennent. «Un employé du ministère, qui fait une course pour le service du ministère et qui profite de la voiture pour faire une visite pour son propre compte, peut passer pour avoir malversé des fonds de l'Etat en faisant payer à la princesse (c'est comme cela qu'on dit dans les administrations) 2 fr. 25 de fiacre.» (XIXe Siècle, avril 1887.)
On dit aussi Joséphine.
PROCHAINE (La). La prochaine Commune. Argot des partisans de la Révolution sociale qui désignent ainsi la revanche à laquelle ils aspirent depuis 1871.
PROLO. Prolétaire, ouvrier. «M. Jules Ferry, qui est un riche bourgeois, confie aux gendarmes la garde de sa caisse et la surveillance des prolos.» (Journal de l'Instruction publique 1882.)
PSCHUTT. «Le chic est mort, vive le pschutt.»
Qu'est-ce que le pschutt? On ne le sait pas exactement, et c'est ce mystère qui en fait tout le mérite. Le pschutt, c'est le chic ou à peu près. Il y avait trop longtemps qu'on disait: «M. de un tel a du chic.» On a imaginé de dire: «M. de un tel a du pschutt.» (Gaulois, janvier 1883.)
PUBLIC. Dans le langage des bureaux, un public est la première personne venue qui se présente dans ces bureaux pour y traiter une affaire. «L'individu qui se présente au Mont-de-Piété, pour emprunter, s'appelle un public.» (Max. du Camp: Paris, ses organes.)
PUR. Elégant, dandy. «Vous ignorez complètement que de ne pas mettre de pardessus constitue actuellement ce que nous appelons être pur, ou, si vous aimez mieux, le chic anglais.» (Evénement, 1882.)
PURÉE DE CORINTHE. Vin.
Q
QUATRE A SIX. Réception. Argot des gens du monde. «Il croyait même parfois qu'Olga avait deviné son désir, et lorsqu'à ces quatre à six de Mme de Barberine.» (F. Coppée.) Actuellement le quatre à six a fait place au cinq à sept; c'est toujours la même chose; il n'y a que l'heure de changée. «Les soirées du reste ne sont pas difficiles à passer; dès qu'arrivent les cinq à sept on a maint salon accueillant et mainte potinière mondaine.» (Illustration, janvier 1888.)
QUITOURNE. Fenêtre.
R
RABATTEUSE. Petite voiture qui va chercher des voyageurs dans les communes avoisinant Paris.
RABIAU. Bénéfice. «Les pourboires cachés;... les rabiaus sur le fourrage...» (Huysmans; Sœurs Vatard.)
RADIS NOIR. Gardien de la paix.
RAMASSER UNE PELLE. Tomber. Jargon des voyous. «M... alors...; j'ramasse une pelle... C'est c'cui-là qui m'a poussé.» (R. Ponchon.)
RAFRAÎCHIR (Se faire). Se faire couper les cheveux, la barbe. «L'autre soir, j'étais entré chez un coiffeur du boulevard, avec l'intention de me faire rafraîchir...» (Gil Blas, 1881.)
RANCART. Objet de peu de valeur. «La plupart des volumes entassés dans les caisses étaient des rancarts de librairie, des rossignols sans valeur; des romans mort-nés...» (Huysmans: A vau-l'eau.) Mettre au rancart, abandonner, jeter dans un coin. C'est le synonyme de mettre au cabinet, d'Alceste.
RAMONER (Se faire). Se confesser.
RANCKÉ. Pièce de deux francs.
RASSEMBLER (Se faire). Argot militaire. Se faire réprimander, punir.
RATEAU. Gendarme, agent, dans l'argot des malfaiteurs. «Le terme est nouveau; veuillez ne pas l'oublier et remarquer toute la justesse de l'expression. L'agent de police en effet nous ratisse et nous englaise dans la piaule.» (A. Belot: Le Roi des Grecs).
«Faut suriner les pantres A coups d'couteaux dans le ventre Et crever d'coups d'marteaux La cervelle aux rateaux.»
(Chanson, 1884.)
RATISSÉ. Gandin, fashionable. Ç'a été le nom à la mode en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux. «Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La Goulue et Grille d'Egout... Pourquoi les ratissés? Est-ce parce que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et les ratissent comme le rateau du croupier? Est-ce au contraire parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure (quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d'un jardin bien entretenu?
«Je n'en sais rien; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.
«Le ratissé a son féminin: la ratissée. Et je m'imagine qu'aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.» (Illustration, octobre 1885.)
RAVINE. Plaie. Cicatrice. «Est-elle bête de suivre un homme qui la bat! C'est moi qui le ficherais en plan! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon ou des ravines sur le visage...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
RÉCENT (Avoir l'air). Marcher droit, avoir l'air de pouvoir se tenir sur ses jambes, quand on a trop fêté Bacchus. «Allons Ringuet, faut être sérieux; v'là qu' t'approche de ta turne; faut qu' t'aies l'air récent.» (Monde plaisant, 1880.)
RÉFEC. Réfectoire. Argot de Polytechnique.
RELANCEUR DE PLEINS. Variété de grec. «Plus nombreux encore ceux qui n'ont jamais soupçonné l'existence du relanceur de pleins.» (Henri IV, 1881.)
RELEVER LE CHANDELIER. Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d'une fille.
RELEVEUR DE FUMEUSE. Souteneur.
REMUER LA CASSEROLE. Faire partie de la préfecture de police. Argot des voleurs.
RENACLE. Police de sûreté.
RENDU. «Petit ou gros, cher ou bon marché, l'objet qui déplaît au public rentre dans le grand bazar, et le caissier qui a reçu l'argent rend cet argent... Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus.» (Giffard: Les grands bazars.)
RENIFLETTE. La police. Argot des malfaiteurs. Le mot est joli, imagé et rend bien l'idée de l'agent qui renifle, donne du nez comme le chien en quête de gibier.
RENIQUER. Être de mauvaise humeur, rager. Argot de barrières.
RENIFLER. Aspirer, prendre l'eau. «La plus jeune avait... des bottines qui renifflaient l'eau.» (Goncourt: La Faustin.)
RENOUVELLEMENT. Argot de café-concert. Dans ces établissements, le prix de la place occupée donne droit à une «consommation» gratuite. Si vous désirez prendre de nouvelles consommations vous les payez suivant le tarif des cafés ordinaires. Ce sont ces nouvelles consommations oui prennent le nom de renouvellement.--«Au dedans, la salle était comble... les garçons ne savaient où donner de la tête; les renouvellements pleuvaient. Les bocks et les flacons vides s'amoncelaient sur les comptoirs...» (Gaulois, 1882.)
RÉPARER. Argot des collèges et pensions. Réparer, c'est apprendre à nouveau une leçon qui n'est pas suffisamment sue.
REPOSOIR. Hôtel garni. Argot des voyous. «Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms: reposoirs ou assommoirs!» (Henri IV, 1882.)
REPOUSSER DU GOULOT. V. Delvau: Repousser du tiroir.
RESPECTER SES FLEURS. Garder sa virginité. «Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu'à la fin du monde...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
REQUINQUAGE. Mise, accoutrement ridicule. «Elle ne songeait pas le moins du monde à lui reprocher son requinquage qui n'avait rien à voir avec la dernière mode.» (Barot: Le fort de la halle.)
RESSORTS. Parties génitales de la femme.
RETAPER LE DOMINO (Se faire). Se faire arranger la denture. On dit aussi Se faire repaver la rue du bec.
REVERS (Faire un). Argot de Grecs. Perdre volontairement en taillant une banque et céder la place à un compère auquel on a le soin de donner des séquences.
REVOLVER A DEUX COUPS. Arc rot des voyous. Le membre viril.
REVOYURE (A la). Expression parisienne synonyme de: Au revoir. «Les opinions sont libres... Comme tu voudras... adieu... à la revoyure.» (Job: L'homme à Toinon.)
REZ-DE-CHAUSSÉE (Petit). «On appelle petits rez-de-chaussée les jeunes gens à la mode qui ont, en quelque coin de Paris, un rez-de-chaussée, la plupart du temps meublé avec un grand goût et où les jolies visiteuses peuvent entrer. Les petits rez-de-chaussée sont les élégants et les gommeux du moment.» (Illustration, juillet 1887.)
RICHE (Être bien). Se griser.
RIGADE. Soulier.
RIGOLADE (Être à la). S'amuser. «Le vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas assez à l'étude.» (Réveil du Père Duchêne, 1881.)
RIGOLO. Revolver. Argot du peuple. «Les expulsés furieux cherchèrent à enfoncer la porte (du cabaret). Vacheron sortit armé d'un bâton pour les repousser. A ce moment, l'un des agresseurs dit à Gauthier (un inculpé): Prends ton rigolo.» (Le Droit, avril 1886.)
RINCER L'OEIL (Se). Regarder complaisamment quelque chose ou quelqu'un. «Depuis notre arrivée, vous n'avez cessé de vous rincer l'œil de toutes ces créatures éhontées...» (Chavette.)
RINCLEUX. Avare. Terme d'atelier.
ROGNURE. «Quand le concours (du Conservatoire) est achevé, quand le dernier élève a fini d'envoyer son morceau, sa rognure, comme disent ces jeunes gens dans leur argot, alors vient se placer l'instant pénible et douloureux de la délibération.» (Figaro, juillet 1884.)
ROND DE CUIR. Vieil employé. Fonctionnaire inintelligent. S'endormir sur son rond de cuir, ne pas faire son chemin.
RONDE DES GUEUX. «La police, en son argot pittoresque, appelle ronde des gueux le voyage circulaire qu'accomplissent autour de la capitale, en bande organisée, les sans-logis de la banlieue.» (National, janvier 1888.)
RONDIER. Surveillant. Il fait des rondes. Argot du bagne.
RONGEUR. Voiture de place prise à l'heure.
ROSSIGNOLISER. Vendre des objets défraîchis, sans valeur, des rossignols.
ROUEN (Faire un). Argot des commis de nouveauté. Id est faire l'article à un client qui part sans acheter; le Rouen c'est le client. «Ça paraît vouloir s'allumer un peu, dit Hutin à Favier; je n'ai pas de chance, il va des jours de guignon, ma parole. Je viens encore de faire un Rouen; cette tuile ne m'a rien acheté.» (Zola: Au bonheur des Dames.)
ROUFLAQUETTE. Souteneur de bas étage.
ROULANTE. Fille publique. On dit plus communément rouleuse.
ROULER LA BROUETTE A BIRIBI. Être envoyé dans un régiment de discipline. Argot de caserne. «Il amassa un nombre incalculable de jours de consigne et de salle de police, et vint enfin, comme disent les troupiers, rouler la brouette à biribi, c'est-à-dire qu'il fut envoyé aux compagnies de discipline.» (Triboulet, mars 1884.)
ROULIER. V. Delvau. Roulottier.
ROUPION. Commis de nouveautés. Il tient le milieu entre le commis vendeur et le bistot.
ROUPILLON. V. Delvau. Roupilleur.
ROUPIOU. Dans les hôpitaux de Paris, étudiant en médecine qui remplace bénévolement un externe dans son service.
ROUSTONS. Le scrotum.
ROUTIÈRE. Prostituée qui exerce son métier sur les grandes routes.
S
SAC (En avoir son). Ne plus pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose. «Entre nous, le mari d'Emma! j'en ai mon sac!» (Cadol: La colonie étrangère.)
SAC A CHARBON. Prêtre,--dans l'argot des voyous. «Le prêtre qui tout à l'heure leur a fait entrevoir (aux enfants) la douce figure du Jésus évangélique, ils le rencontrent; du coin d'un carrefour, ils crieront: couac, l'appelleront corbeau ou, d'un mot plus à la mode en ce moment: sac à charbon.» (Figaro, août 1884.)
SACHET. Bas, chaussette.
SALBINET. Argot de l'Ecole Polytechnique. «Salbinet!» crie un tambour, en ouvrant la porte d'une salle où travaillent une dizaine d'élèves. Cela veut dire: Le capitaine prie le sergent de la salle de passer au cabinet du chef de service pour y entendre une communication du commandant de l'école et la transmettre à ses camarades.
SALÉ. Mordant, violent. «Le lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un peu salée.» (Armand Silvestre.)
SALER (Se faire). Contracter une maladie vénérienne.
SALIR LE NEZ (Se). Se griser.
SALOPER. Argot des élèves de l'école des Beaux-Arts. «La seule chose qui soit interdite, c'est de saloper. Ne vous effarouchez pas de ce mot, c'est le mot usuel, adopté. M. Dubois (le directeur de l'école) met son nom au bas d'un avis dans lequel on lit: Il est formellement interdit de saloper avant tel jour. Qu'est-ce donc que saloper? C'est entrer dans la loge les uns des autres pour y formuler son appréciation sur l'œuvre du voisin.» (Liberté, août 1883.)
SANDWICH. Le mot date de 1884, époque à laquelle on vit à Paris, pour la première fois, de pauvres diables se promener, moyennant une modique rétribution, sur les boulevards et dans les endroits les plus fréquentés avec deux grandes pancartes, fixées l'une sur la poitrine et l'autre sur le dos, pancartes sur lesquelles sont collées des réclames de maisons de commerce. Le mot est assez bien trouvé et la comparaison serait encore plus juste si les malheureux qui exercent cette industrie n'étaient haves et déguenillés et ne rappelaient qu'approximativement le gros jambon placé entre les deux tartines beurrées qu'aimait si fort le comte Sandwich. «On s'amusa d'abord des sandwiches qui déambulaient mélancoliquement, à la file indienne, enserrés dans des espèces de carapaces couvertes de réclames bariolées.» (Dix-neuvième siècle, décembre 1886.)
SANG DE BOEUF. Saladier de vin chaud. Argot du peuple. «Assise à une table graisseuse, vis-à-vis d'un homme en accroche-cœurs, elle aspire les parfums grossiers d'un saladier de vin chaud, d'un sang de bœuf, comme cela s'appelle là-bas.» (Evénement, septembre 1885.)
SANSONNET. Gendarme. Argot des rôdeurs de barrière.
SANTARELLE (Faire une). Argot des grecs. Lancer à son partenaire les cartes aussi haut que possible afin de pouvoir jeter un coup d'œil en dessous, ce qui permet de les voir et de jouer en conséquence.
SATISFAIRE (Se). Aller à la selle.--Copulare. «Sa faim charnelle lui permettait d'accepter les rebuts de l'amour. Il y avait même des soirs où, sans le sou, et par conséquent sans espoir de se satisfaire...» (Huysmans: A vau-l'eau.)
SAUMURIEN. Elève de l'Ecole de Saumur. «Tout Saumurien qui se respecte ne lit que le Figaro, l'Union et la Gazette de France.» (Nos farces à Saumur.)
SAUVETTE. Argent.
SAVONNER. Argot de chanteurs. Faire des ports de voix. «Mademoiselle S... a de l'habileté quoiqu'elle ait savonné certains traits.» (Liberté, 1882.)
SCHNAPPS. Eau-de-vie.
SCOLO. C'est ainsi que le peuple, à Paris, appelle l'enfant qui fait partie d'un bataillon scolaire. Scolo est d'un usage courant. «Vous connaissez les scolos, n'est-ce pas? C'est ainsi que l'on nomme en langage populaire, les bataillons scolaires.» (Liberté, février 1886.)
SCORPION. «On appelle ainsi, paraît-il, à l'école de la rue des Postes, les minorés qui suivent les cours des élèves.» (Figaro, avril 1887). Il a paru, en 1887, sous ce titre: Le Scorpion, un roman de M. Marcel Prévost.
SÉCHER. Boire. «Sa plus grande privation était de ne plus pouvoir sécher une douzaine de bocks chaque soir.» (Figaro, 1882.)
SECOUER LE PETIT HOMME. Polluer.
SECOUSSE (N'en pas f... une). Argot militaire. Paresser, ne rien faire. On dit plus communément: N'en pas f... un coup.
SECOUER SES PUCES. Danser. «Elle s'était trémoussée dans un ballet de la Porte-Saint-Martin; maintenant, elle secouait ses puces, comme elle disait élégamment, dans tous les bastringues voisins.» (Gaulois, 1881.)
SEMAINE. Expression empruntée au service des caporaux et des sous-officiers. Ex.: C'est à moi que tu contes cela? je ne suis pas de semaine.--Moyen expéditif de faire rompre un fâcheux. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
SEMPERLOT. Tabac.--«Eh! Rocambole, par ici! Un cornet de semperlot.» (Humbert: Mon bagne.)
SÉNATEUR. On appelle ainsi les malheureux qui, dans les garnis du dernier degré, ont des planches particulières au lieu de coucher à la corde. Ce sont les richards de l'hôtel. La planche coûte un sou par jour. (Voltaire, 1882.)
SERGENT DE CROTTIN. Sous-officier à l'Ecole de Saumur. «Quant aux malheureux sous-officiers, baptisés du nom poétique de sergents de crotin...» (Nos farces à Saumur.)
SHOOTER. Qui fait partie d'une société de tir aux pigeons. Shooting, tir aux pigeons. Encore l'anglomanie. «Aucun des shooters qui fréquentent le Gun Club n'a quitté Paris.» (Bien Public, 1882.)--«Mon devoir de chroniqueur m'oblige à signaler les épreuves internationales qui viennent d'avoir lieu dans les deux grands centres de shooting d'Outre-Manche.» (Union, 1882.)
SIBIGEOISE. Cigarette. «Parmi eux, pas une pipe; c'est trop commun! La sibigeoise (cigarette), à la bonne heure.» (Humbert: Mon bagne.)
SILOS. Punition infligée aux soldats des compagnies de discipline.
SIPHON (Faire). Argot du peuple. Vomir.
SLAZE. Ivrogne.
SOCE. Société.
SOIRÉE BLANCHE. Soirée où il n'y a que des intimes, où se trouve banni l'apparat des grandes réceptions. «Chaque hiver, elle donnait plusieurs grandes fêtes...; entre temps, elle conviait ses intimes à des soirées blanches.» (H. Tessier: Madame Vidocq.)
SOIREUX, SOIRISTE. Nous avions déjà les lundistes et les salonniers, voici maintenant les soireux et les soiristes (l'un et l'autre se dit ou se disent), c'est-à-dire, dans le jargon du jour, les journalistes chargés de faire ce genre d'articles, qu'Arnold Mortier inventa dans le Figaro sous cette rubrique: La Soirée parisienne. C'est, je crois, à M. E. Bergerat que revient la paternité de ces deux nouveaux vocables. «Quelles patraquées petites femmes que vos confrères éminents, les soireux sympathiques!» (France libre, janvier 1886.)
SOIXANTE-SIX. Variété de souteneur.
SOMMIER DE CASERNE. Fille à soldats.
SONNETTE. Auxiliaire, femme de service, chargée, à la prison de Saint-Lazare, de se tenir à la disposition des employées et des sœurs et de répondre à leur appel. Les sonnettes vont chercher dans les cours, dans les préaux, dans les bâtiments et amènent dans les bureaux les détenues dont on a besoin pour un service quelconque.
SOUBROCHE. Souteneur. Argot des voyous.
SOUPER DE. Avoir assez de quelque chose. Argot militaire.
SOURDE. Prison.
SOURNOISE. Dans le langage spécial des employés, qu'ils appartiennent à une administration publique ou particulière, la sournoise est ce que leurs chefs et eux-mêmes appellent en style correct la feuille de présence, feuille traîtresse sur laquelle on doit plusieurs fois par jour et à des moments imprévus apposer sa signature de façon à prouver qu'on est bien à son bureau et non au café voisin. Le plus souvent par une malchance fréquente la sournoise passe quand la plupart des employés sont illégalement absents.
SOUS-DERN. Argot des écoliers. Avant-dernier.
STARTER. Argot de courses. Celui qui donne aux jockeys le signal au départ.
STRAPONTIN. Petit matelas en galette, étroit et plat.
STRAPONTIN. Ce mot, en langage très familier, désigne l'objet de toilette que les femmes appellent du nom de tournure. «Grande bataille! Entre qui? Entre les strapontinistes et les antistrapontinistes. On appelle strapontin en langue fantaisiste, l'appendice proéminent que les dames portent en ce moment au-dessous de la taille.» (Monde illustré, novembre 1885.) (V. les mots nuage et tapez-moi ça dans le Supplément.)
SUBLIMEUR. Bon écolier.
SUBURBAIN. Le public qui suit les courses de chevaux appelle ainsi dans son jargon particulier tout champ de courses situé dans la banlieue de Paris; celui de Saint-Ouen, par exemple. «Elle ne manquait pas une journée de courses; oh! à Longchamps et à Chantilly, tout au plus à Vincennes; elle ne se commettait pas dans les suburbains, là où l'écurie n'était pas représentée.» (Vie Parisienne, septembre 1887.)
SUIFFARD. Argot de cercles, de tripots. Le suiffard est un grec qui fréquente des établissements borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard est en quelque sorte un diminutif de graisseur (filou en argot) le suif étant fait avec de la graisse.
SURFINE. Femme qui s'introduit chez les personnes âgées et les vole sous prétexte de quêter en faveur des pauvres.
SURMENEUSE. C'est ainsi qu'on désigne maintenant les les filles à la mode. Elles surmènent de toutes façons les heureux mortels qu'elles ont daigné distinguer. Allusion au surmenage intellectuel dont on parle tant aujourd'hui. «Une voiture emportant une de nos surmeneuses connues croise une victoria où sont deux de ses collègues.» (Charivari, nov. 1888.)
SURNU. Surnuméraire. Argot des employés d'administration, en général.
T
TABLEAU DES IDIOTS (Être sur le). Être pourvu d'un conseil judiciaire. Jargon des clercs de notaire. On sait que dans chaque étude se trouve à la disposition du public, un tableau ou un livre sur lequel figurent les interdits, les prodigues, tous ceux enfin qui ne jouissent pas de la plénitude de leurs droits.
TALA. Elève de l'Ecole normale ayant des principes religieux et pratiquant.
TAMBOUILLE. Delvau donne à ce mot le sens de ragoût, de fricot, ce qui est exact; tambouille s'emploie aussi chez les soldats d'Afrique qui appellent ainsi leur gamelle.
TAPEZ-MOI ÇA. Le tapez-moi ça, désigne dans le langage plus que familier cet objet de toilette qu'on nomme une tournure. «Voici que nous sommes toutes contraintes de porter la tournure, l'ajustement qu'on a appelé irrévérencieusement le tapez-moi ça.» (Gil Blas, octobre 1885.) On dit aujourd'hui nuage; v. Supra.
TAMPONNER LE COQUILLARD. (Se). Se moquer de.
TAMPONNER. Rudoyer. «Ah! tu me tamponnes, s'écrie-t-il, je te reconnaîtrai à la prochaine.» (Figaro, 1880.)
TAPE-CUL. Argot militaire. Manœuvre sans étriers.
TAPER (Se). Se voir refuser quelque chose; s'en passer.--Se masturber.
TAPEUSE. Prostituée qui, sans faire payer ses services, emprunte aux clients des sommes plus ou moins élevées qu'elle ne rend bien entendu jamais. (Réveil.)
TATEUR. Fausse clef.
TAUPINER. Assassiner.
TÉLÉGRAPHE (Faire le). «A cette énumération il faut ajouter le truc du télégraphe qui s'emploie pour tous les jeux de cartes. Faire le télégraphe, envoyer le duss ou le sert (V. Delvau, Sert), c'est faire connaître au complice qui tient les cartes, le jeu de la victime derrière laquelle on se tient à cet effet en paraissant prendre un grand intérêt à sa partie.» (Henri IV, 1881.)
TENIR. Argot théâtral. Tenir l'affiche, se dit d'un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent souvent sur l'affiche. «Voici maintenant dix-sept ans bien comptés qu'il (M. V. Sardou) tient l'affiche, comme on dit dans le familier langage des coulisses.» (Revue des Deux-Mondes, 1er mars 1877.)
TÉNOR. Argot de journaliste. Ecrivain qui rédige habituellement l'article de tête du journal.
TERRASSE. La partie du trottoir envahie par les tables et les chaises de MM. les cafetiers.
TÊTE A L'HUILE. Chef de la figuration dans un théâtre.
TÊTE DE PATÈRE. Variété de souteneur.
TÊTE DE PIPE. Idiot. La variante est: moule à chenets.
TIERCE. Argot de bagne. Bande d'individus.
TIFFES. Cheveux.
TOMBAGE. Critique, éreintement. Mot très familier. (V. Tomber dans le corps du Dictionnaire.) «On s'attendait à un rapport de M. M... et à un tombage du préfet et l'on s'est perdu dans des broutilles.» (Gil Blas, juillet 1886.)
TOMBER DANS LA DÈCHE. (V. Delvau au mot Dèche.) «Certains naïfs libidineux se laissent duper par les macettes qui ont la spécialité de fournir aux bons jeunes gens tout ce qu'il y a de mieux en fait de femmes du monde tombées dans la dèche.» (Figaro, mars 1887.)
TOMPIN. Tompin qui, en 1882, n'était qu'un adjectif a passé depuis au rang de substantif argotique et est devenu synonyme d'homme élégant, à la mode. Au féminin on dit, ou plutôt on a dit (car le mot n'est plus usité) tompinette. «Le vrai bel air est aujourd'hui de s'étudier à paraître simple et de laisser aux tompins et aux tompinettes les exhibitions de quatre ou cinq toilettes par jour.» (Figaro, août 1885.)
TOPO. Circulaire; proposition, motion. Argot des élèves de l'Ecole polytechnique.
TOQUARD. Argot de courses. Cheval sur lequel on a placé son argent, d'inspiration, sans savoir pourquoi. «Il y a trois manières de jouer très en usage. L'inspiration, c'est-à-dire prendre un toquard, parce qu'il porte le nom de la personne aimée, celui de votre chien ou le numéro d'un cabinet particulier...» (Vie parisienne, juin 1884.)
TORCHÉE. Coups. Rixe.
TORCHER. Faire vite et mal.--Manger. Torcher les plats. Avoir appétit.
TORCHON. Argot de cabotins. La toile, le rideau.
TORTILLER LE CARTON. Jouer aux cartes. «Parfois deux sociétés font alliance pour tortiller le carton. C'est l'expression consacrée par les joueurs de besigue, de piquet à quatre, ou de rams.» (Réveil, 1882.) V. Delvau: Carton.
TORTILLER LA VIS. Étrangler. «Je l'avais prévenu que s'il faisait un mouvement, j'allais lui tortiller la vis.» (Gazette des Tribunaux, 1864.)
TORTORAGE. Nourriture.
TOUPIE. Dame d'un jeu de cartes.
TOUR (La). La Préfecture de Police.
TOUR DE CLEF (Se donner un). Se reposer, se refaire, se mettre au vert. «Apollinaris est venu passer cinq ou six semaines à Aix-les-Bains, histoire de se redonner un tour de clef.» (Raoul Nest: Les mains dans mes poches.)
TOURLOUSINE (Administrer une). Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. P..., de lui administrer une tourlousine, dit Zulpha (un des inculpés).» (Autorité, janvier 1888.)
TOURNÉE PASTORALE. Tournée qui a lieu en bande, le soir, après un bon dîner, dans des maisons hospitalières. La tournée pastorale implique ordinairement la flanelle.
TOURNE-VIS. Gendarme. Argot des malfaiteurs. «Le gendarme est naturellement l'obsession du repris de justice; il le voit partout et l'a baptisé d'un nom caractéristique; le tourne-vis.» (Figaro, février 1885.)
TRAIN (Être dans le). Suivre les caprices de la mode; accepter toutes les innovations. Nous avions déjà dans la langue familière: être dans le mouvement, suivre le mouvement, cela ne suffit plus et, le progrès aidant, il faut être aujourd'hui dans le train!--«Je crois devoir avertir Monsieur qu'il n'est plus dans le train.--...?--Encore un progrès, Monsieur, les voyages n'ont rien à faire ici; être dans le train veut dire: suivre le progrès.» (National, décembre 1886.)
TRAIN JAUNE. «Elles (les femmes de mœurs faciles) commencent à persiller dans les trains de chemins de fer; il y en a même qui ne font qu'exploiter les trains jaunes qui emmènent chaque samedi de Paris, pour les ramener le lundi, les commerçants dont les femmes sont aux bains de mer.» (Figaro, 1882.)
TRAINARDS (Faire les). Argot des cercles, des tripots. C'est ramasser les masses, les jetons oubliés sur les tables de jeux.
TRANCHE (En avoir une). Être inintelligent.
TRANSVERSALE. Argot de joueurs. On joue la transversale, quand, à la roulette, on place son enjeu transversalement, c'est-à-dire sur la ligne qui sépare deux numéros entre eux.
TRAVAILLEUR. Voleur.
TRÈFLE! Argot des enfants. (V. Pouce.)
TRÈFLE. Argent monnayé. Argot des gavroches.
TREMBLEUSE. Sonnette électrique.
TRIMARDEUR. Voleur de grand chemin. (V. Delvau: Trimar.)
TRIMBALLEUR DE ROUCHIES. Souteneur.
TRINQUER. Ce verbe, qui, dans l'argot, a le sens propre de être battu, s'emploie aussi au figuré comme synonyme de: être malmené, être tancé. «Il faut que M. B... (qui a fortement trinqué dans cette séance) et les actionnaires résilient leurs baux.» (Intransigeant, sept. 1888.)
TRIPATOUILLER. Manier maladroitement quelque chose; mêler, embrouiller, rendre confus, tripoter. N'en déplaise à M. Bergerat qui a lancé ce verbe au commencement de cette année 1888, ce mot est un barbarisme, barbarisme voulu, je le veux bien, mais enfin barbarisme. Que ne se servait-il pour exprimer sa pensée, du mot touiller, inusité aujourd'hui, sauf dans le centre de la France, où il signifie crotter, salir. Touiller a ses quartiers de noblesse puisqu'au temps de Charles VII, c'est-à-dire au XVe siècle, on l'employait aux sens de salir et brouiller. Il y avait même le substantif touilleur, brouillon, qu'on trouve dans Cotgrave et qui est aujourd'hui remplacé par tripatouilleur. On a même inventé tripatouille et tripatouillage.
«Il (M. Bergerat) a accusé M. Porel, directeur du théâtre de l'Odéon, d'avoir voulu tripatouiller dans sa comédie. Notez le verbe, il est pittoresque.» (Illustration, janvier 1888.)
«C'est à vous, Caliban, à qui je veux parler. Vous avez un défaut que je ne puis céler. Vous créez chaque jour quelque néologisme Qui n'est, le plus souvent, qu'un affreux barbarisme. Ainsi tripatouillage est votre enfant nouveau; Tripatouille est de mode. On ne sait ce qu'il vaut Mais on s'en sert...... On dit: je tripatouille et nous tripatouillons. Tripatouiller est donc le vocable à la mode.»
(Événement, janvier 1888.)
TROIS-PONT. Casquette en soie assez haute; à l'usage de MM. les voyous. «Je les (les Alphonses) rencontre encore qui rôdent en bande, les cheveux effilés, en corne de bœuf, sur les tempes obscurcies par le trois-pont.» (Huysmans: Une goguette.)
TROLIER. Individu, commissionnaire qui va offrir de porte en porte aux marchands de meubles le travail de l'ouvrier qui est à son compte. Dans l'argot du faubourg Saint-Antoine on appelle cet ouvrier un choutier.
TRONC D'ARBRE. Nervure de la feuille de tabac que l'on trouve dans le scaferlati non trié. (V. Peuplier.)
TRUC (Faire le). Argot des filles. Raccoler.
TRUQUEUR. Individu du troisième sexe qui vit de son... industrie.
TUILER. Regarder quelqu'un d'un œil soupçonneux.
TURBAN (Valeur à). Valeur turque. «Les valeurs à turban résistent difficilement.» (Presse, 1882.)
TUTOYER. Dérober; on dit aussi effaroucher.
TUYAU. Argot de sport. Renseignement. «De plus, sportwoman passionnée et renseignée admirablement. Elle possède, comme on dit, les meilleurs tuyaux.» (Gazette de Cythère, journal, 1882.)--En argot financier, avoir un tuyau signifie avoir reçu confidence d'un mouvement préparé par les banquiers, maîtres du parquet. «Rachetons, avait dit Léontin.--Pas encore, avait répondu le fils Marleroi. Ça n'est pas fini. La panique gagne les départements. J'ai un tuyau. Nous pouvons racheter plus bas encore.» (Cadol, La colonie étrangère.)
U
UN, DEUX, TROIS, etc... Argot théâtral. Acte premier, deuxième, troisième, etc... d'une pièce. «A partir du quatre, mademoiselle Sarah Bernhardt est supérieure à elle-même.» (Evénement, 1882.) «Il suffit d'obtenir un engagement de M. Montrouge et de venir annoncer à la fin du deux que le dîner est servi.» (Evénement, 1881.) C'est le deux, le trois, qui marche. C'est le deuxième, le troisième acte que l'on joue.
URBAINE. Fiacre; voiture de place appartenant à la Compagnie dite l'Urbaine. «Une Urbaine accoste, une tête de femme paraît à la portière.» (Vie Parisienne, 1882.)
V
VACHARD. Paresseux, fainéant; qui s'étend paresseusement comme une vache au lieu de travailler.
VACHE. Qui se vend à la police, mouchard.
VACHER. Paresser.
VALSER DU BEC. Avoir l'haleine fétide.
VANDALE. Poche vide.
VAUTOUR. Grec. «Tous les joueurs ont commencé par être d'honnêtes joueurs; ils ont été pigeons avant d'être vautours.» (Henri IV, 1881.)
VELOURS (Jouer sur le). Cette expression fait aussi partie de l'argot du turf. «En Angleterre, les grandes écuries ont presque toutes une personne de confiance qui s'occupe spécialement des paris à faire sur leurs chevaux. Ces spécialistes ont besoin d'aides, car si l'on donne de gros ordres, il faut qu'ils soient exécutés simultanément dans les divers cercles de Londres.
De cette façon, on écrème le marché dans une matinée et quand le cheval sur lequel on fonde des espérances arrive en bon état au poteau, on peut le rendre à une cote très inférieure et, de cette façon, gagner beaucoup en ne risquant guère. C'est ce qu'on appelle en argot du turf: jouer sur le velours.» (Charivari, avril 1884.)
VENDÔME. «Il est défendu (à Nouméa) de jouer à des jeux de hasard. Cependant, toutes les nuits, dans l'une de ces chambrées, on joue le vendôme, sorte de lansquenet spécial.» (Nouvelle Revue, 1er avril 1884.)
VENTRE D'OSIER. Homme maigre. On dit aussi sac d'os.
VERRE EN FLEURS (Donner un beau). Donner de belles cartes à son adversaire. «Cette locution n'a cours que dans les tripots et parmi les joueurs qui les fréquentent. «Je vous ai relevé par un beau verre en fleurs,» c'est-à-dire que je vous ai distribué de belles cartes pour vous donner du courage, vous allumer, vous faire augmenter votre enjeu.» (Belot: Le Roi des Grecs.)
VERSEUSE. «Il fréquente les établissements dits cafés à femmes, où les garçons sont remplacés par des demoiselles appelées verseuses.» (Frondeur, 1880.)
VÉSUVE (Faire son). Faire des manières, des embarras; poser. «Plantin, rappelle-toi que le vol conduit aux plus grandes fautes et même au vice!--Plantin: Fais donc pas ton Vésuve!...» (Petit Journal.)
VÉSUVER. Donner largement, libéralement. «Tu as un nourrisseur qui te vésuve des jaunets quand tu lui dis: Mon Prince.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
VEUVE. Non conformiste qui se prête... aux plus bizarres exigences.
VIATIQUE. «Littré appelle viatique l'argent qu'on donne aux religieux pour leurs dépenses de voyage. Enlevez les religieux, expulsez-les, remplacez-les par des joueurs et vous aurez la véritable signification du mot en langage monégasque.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
VIATIQUE VERT. Absinthe. «Le commandant Monistrol se versant, au moment d'expirer, le viatique vert.» (Th. de Banville.)
VIDER. Assommer, tuer. «On dut s'interposer; la mère Teston perdant toute mesure, ne parlait de rien moins que de le vider. (Huysmans: Sœurs Vatard.)
VIGOUSSE. Vigueur, entrain. «Ça ne va pas, mais ça ne va pas du tout aujourd'hui... pour l'amour de Dieu, Mesdames et Messieurs, un peu de vigousse, donc!...» (De Goncourt: La Faustin.)
VIEILLISSEUSE. «J'ai fait la connaissance d'une vieille femme qui exerce aujourd'hui la profession de vieillisseuse... nos boulevards, vous le savez, sont sillonnés de petites marchandes d'amour que leur extrême jeunesse expose souvent aux indiscrétions de la police... A l'aide de certains onguents, elle (la vieillisseuse) parvient à donner aux traits trop tendres des gamines l'expression d'un visage de 18 à 25 ans.» (Figaro.)
VINAIGRETTE. Argot des voyous et des malfaiteurs. La vinaigrette est cette voiture, peinte en vert foncé, que nous avons vu circuler par les rues et qui va prendre dans les différents postes de police, pour les conduire au Dépôt près la Préfecture, les personnes qui, après avoir été arrêtées, sont retenues par le commissaire de police ou le chef de poste.
VINASSE. Vin.
VINGT-HUIT JOURS. Soldat faisant la période d'exercice exigée de ceux qui font partie de la réserve de l'armée active, parce que cette période dure vingt-huit jours. On dit aussi réservoir.
VISQUEUX. Souteneur de bas étage.
VITRINE (Faire). Se parer, se faire beau, s'endimancher.
V'LAN. «Au temps où le Grand-Seize s'emplissait chaque soir, au café Anglais, d'une société qu'on ne remplacera pas, car les gens d'esprit d'alors ont été remplacés par des imbéciles, on avait trouvé mieux que pchutt. On disait de quelqu'un, homme ou femme, qui se distinguait par une attitude, par un parti pris, un laisser-aller, une originalité tranchée: Il a du v'lan! Elle a du v'lan. C'était net, cassant, absolu.» (Evénement, 1883.)--Ce terme, abandonné depuis longtemps, vient de reprendre faveur.--«Soirée dansante très réussie, très animée et très v'lan hier, chez la comtesse de L.» (Gil Blas, 1883.)
VOLAILLE. Terme de mépris à l'adresse d'une femme quelconque.--Etudiant, dans le jargon des écoles. «Des collégiens et quelques étudiants; des volailles, comme on dit sur la montagne Sainte-Geneviève.» (XIXe Siècle.)
VOYANTE. «Un autre type amusant (à la roulette de Monaco) c'est la Voyante. Elle indique les numéros qui vont sortir et se loue moyennant 20 francs par heure.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
VOYAGEUR SEC. Voyageur qui ne fait aucune dépense dans l'hôtel où il est descendu.
VOYAGEUSE. Femme galante qui travaille (?) sur les paquebots et les lignes de chemin de fer.
VRIGNOLE. Viande.
W
WATERLOO (Avoir son). «Il (M. Ad. Belot) lui restait à étudier pour la dernière partie de son drame le grec en liberté. Il s'adressa pour cela à un ancien inspecteur du service des jeux... Cet inspecteur lui apprit, entre autre révélations étonnantes, qu'il y avait, à Paris seulement, plus de deux mille grecs, parfaitement connus et classés à la Préfecture et que malgré la vigilance la plus excessive, il y avait bien peu de cercles, même parmi les plus grands, qui n'eussent eu leur Waterloo. Un cercle qui a son Waterloo, en langage technique, est un cercle où l'on prend un grec la main dans le sac. (Figaro, 1883.)
WATRINER. Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.
«Il ne manque dans ma boutique Que le tonnerre et les éclairs Pour watriner toute la clique Des exploiteurs de l'univers.»
(Gazette anecdotique, février 1887.)
«En avant! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement. (Grève sociale, février 1886.)
De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat. «Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l'assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.» (Parti national, mars 1887.)
Z
ZINGUOT. Hangar, préau. Jargon de l'Ecole de Saint-Cyr.
ZUTANT. Ennuyeux. «C'est rien zutant d'n'être pas libre.» (Evénement, août 1885.)
ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY