Dictionnaire de la langue verte (part 2 of 3)
FONDRE, v. n. Maigrir.
FONDRE LA CLOCHE. Terminer une affaire, en arriver à ce qu'elle a d'essentiel, de difficile.
Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent entre plusieurs.
FONDRIÈRE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas d'y descendre avec la main.
FONDS (Être en). Avoir de l'argent dans son porte-monnaie.
Les fonds sont bas. N'avoir presque plus d'argent; être dans la gêne.
FONFE. s. f. Tabatière,--dans le même argot.
On dit aussi Fonfière.
FORCIR, v. n. Engraisser, devenir fort et grand,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des enfants.
FORMES, s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la femme.
Dessiner ses formes. Se serrer dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les reliefs naturels.
FORT, adv. Étonnant, inouï, incroyable,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout ce qui lui semble amer ou difficile à avaler.
On dit aussi Fort de café, fort de moka et fort de chicorée.
C'est plus fort que de jouer au bouchon. C'est extrêmement étonnant.
L'expression ne date pas d'hier: «Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la Cour,» dit de Caillières (1690).
Dans un sens ironique: Cela n'est pas fort! pour Cela n'est pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.
FORTE, s. f. Chose inouïe, incroyable.
En dire de fortes. Raconter des histoires invraisemblables; mentir.
En faire de fortes. Se rendre coupable d'actions délictueuses.
FORT-EN-GUEULE, adj. et s. Insolent, bavard; homme qui crie plus qu'il n'agit.
On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru:
... Vous êtes, ma mie, une fille suivante Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.»
FORT-EN-MIE, s. m. Homme très gras,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent les os pour la croûte du corps.
Les voyous anglais ont la même expression: Crummy.
FORT-EN-THÈME, s. m. Jeune homme qui obtient de brillants succès au collège. Argot des gens de lettres.
FORTIN, s. m. Poivre,--dans l'argot des voleurs.
FORTINIÈRE, s. f. Poivrière.
FORT POUR... (Être). Avoir du goût pour une chose; avoir tendance à faire une chose. Argot des bourgeois.
FORTUNE DU POT (A la), adv. Au hasard, au petit bonheur,--perdrix aux choux ou choux sans perdrix.
FOSSE AUX LIONS, s. f. Loge d'avant-scène, à l'Opéra, où se tenaient, il y a une trentaine d'années, les élégants du jour, les lions.
On disait aussi La loge infernale.
FOSSILE, s. m. Académicien,--dans l'argot des Romantiques, qui prenaient Népomucène Lemercier pour un Megatherium et Andrieux pour un Ichthyosaurus.
FOUAILLER, v. n. Manquer d'énergie, de courage,--dans l'argot du peuple.
FOUAILLER, v. n. Échapper, éclater, manquer,--en parlant des choses.
Signifie aussi Faire faillite.
FOUAILLEUR, s. m. Homme irrésolu et même lâche.
FOUCADE, s. f. Lubie, envie subite, fougue d'un moment, coup de tête.
Travailler par foucades. Irrégulièrement.
On prétend qu'il faut dire fougade, et même fougasse. Je le crois aussi, mais le peuple dit foucade,--comme l'écrivait Agrippa d'Aubigné.
FOUETTE-CUL, s. m. Magister, maître d'école.
FOUETTEUX DE CHATS, s. m. Homme-femme, sans énergie sans virilité morale.
FOUILLE-AU-POT, s. m. Homme qui s'occupe plus qu'il ne le devrait des soins du ménage, qui fait la cuisine au lieu de la laisser faire par sa femme.
Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.
FOUILLE-MERDE, s. m. L'escarbot.
Se dit aussi des gens qui «travaillent sur le tard», et surtout la nuit, comme les goldfinders.
FOUILLER (Se). Chercher inutilement,--dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce verbe que dans cette phrase:
Tu peux te fouiller. C'est-à-dire: Tout ce que tu diras et feras sera inutile.
FOUILLOUSE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs.
Le mot est contemporain de François Villon.
FOUINER, v. n. S'occuper de ce qui ne vous regarde pas,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi S'enfuir.
FOUINEUR ou FOUINARD, s. m. Homme qui se mêle des affaires des autres, et rapporte chez lui ce qui se passe chez ses voisins. Même argot.
Signifie aussi: Malin, et même Lâche.
FOULAGE, s. m. Besogne pressée,--dans l'argot des ouvriers.
Il y a du foulage. Les travaux arrivent en foule.
FOULER LA RATE (Ne pas se). En prendre à son aise, ne pas se donner beaucoup de mal.
On dit aussi absolument: Ne pas se fouler.
FOULETITUDE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses.
FOUR, s. m. L'amphithéâtre,--dans l'argot des coulisses.
FOUR, s. m. «Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les produits de leurs vols.» Argot des voleurs.
FOUR, s. m. Insuccès, chute complète,--dans l'argot des coulisses et des petits journaux.
M. Littré dit à ce propos:
«Rochefort, dans ses Souvenirs d'un Vaudevilliste, à l'article Théaulon, attribue l'origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Egyptiens, et que son père, s'étant chargé de surveiller l'opération, n'avait réussi qu'à avoir des œufs durs. Cette origine n'est pas exacte, puisque l'expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu'elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon; mais c'est ailleurs qu'il faut en chercher l'explication: les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c'est là le sens primitif, faisaient four, c'est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu'un four.»
FOUR BANAL, s. m. Omnibus,--dans l'argot des voleurs.
FOURBI, s. m. Piège; malice,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua.
Connaître le fourbi. Être malin.
Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.
FOURCHETTE, s. f. Baïonnette,--dans l'argot des soldats.
Travailler à la fourchette. Se battre à l'arme blanche.
FOURCHETTE, s. f. Mangeur,--dans l'argot des bourgeois.
Belle fourchette ou Joli coup de fourchette. Beau mangeur, homme de grand appétit.
FOURCHETTE D'ADAM, s. f. Les doigts.
FOURCHU, s. m. Bœuf,--dans l'argot des voleurs.
FOURGAT, s. m. Recéleur,--dans le même argot.
FOURGONNER, v. a. et n. Remuer le feu avec la pelle ou la pincette, comme les ouvriers des forges avec le fourgon. Argot des bourgeois.
On n'emploie guère ce verbe que dans un sens péjoratif.
Signifie aussi: Remuer les tiroirs d'une commode ou d'une armoire pour y chercher quelque chose.
FOURGUER, v. a. Vendre à un recéleur des objets volés.
FOURLIGNER, v. a. Voler, détourner «tirer hors de la ligne droite».
FOURLINE ou FOURLINEUR, s. m. Meurtrier,--dans l'argot des prisons.
Signifie aussi Voleur.
FOURLINE, s. f. Association de meurtriers, ou seulement de voleurs.
FOURLOURD, s. m. Malade,--dans l'argot des prisons.
FOURLOUREUR, s. m. Assassin.
FOURMILLON, s. m. Marché, qui fourmille de monde. Même argot.
Fourmilion à gayets. Marché aux chevaux.
FOURNÉE, s. f. Promotions périodiques à des grades ou à des distinctions honorifiques. Argot des troupiers.
Le mot a deux cents ans de noblesse: Saint-Siméon parle quelque part de «l'étrange fournée» de ducs et pairs de 1663.
FOURNIER, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs. Argot des limonadiers.
FOURNIL, s. m. Lit,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à la chaleur qu'on y trouve ordinairement.
FOURNION, s. m. Insecte, de fournil ou d'ailleurs,--dans l'argot des voyous.
FOURNITURE, s. f. Les fines herbes d'une salade, cerfeuil, estragon, pimprenelle, civette, ciboulette et cresson alénois. Argot des ménagères.
FOUROBE, s. f. Fouille,--dans l'argot des bagnes.
FOUROBER, v. a. Fouiller les effets des forçats.
FOURRAGER, v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d'une femme,--sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.
FOURRAGEUR, adj. et s. Homme qui aime à chiffonner les robes des femmes.
FOURRER DANS LE GILET (S'en). Boire à tire-larigot. Argot du peuple.
FOURRER LE DOIGT DANS L'OEIL (Se). S'illusionner, se faire une fausse idée des choses, des hommes et des femmes. Argot des faubouriens.
Superlativement, ils disent aussi Se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie par le langage disent, eux: Se mettre le doigt dans l'œil.
FOURRER SON NEZ, v. a. Se mêler de ce qui ne vous regarde pas,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi Fourrer son nez partout.
FOURRER TOUT DANS SON VENTRE. Manger sa fortune.
FOUTAISE, s. f. Chose de peu d'importance, morceau de peu de valeur,--dans l'argot du peuple.
Dire des foutaises. Dire des niaiseries.
FOUTIMASSER, v. n. Ne rien faire qui vaille.
FOUTIMASSEUR, s. m. Homme qui fait semblant de travailler.
FOUTRE (Se). Se moquer,--dans l'argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d'ailleurs, n'attache pas à celui-ci d'autre sens que les bourgeois au verbe se ficher. D'un autre côté aussi, n'est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n'a pas craint d'écrire dans Vertu et tempérament,--un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit: «Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons!»
FOUTRE DU PEUPLE (Se). Se moquer du public, braver l'opinion du monde.
FOUTRE LA PAIX. Laisser tranquille.
FOUTRE LE CAMP. Déguerpir, s'enfuir au plus vite.
Signifie aussi: Disparaître,--en parlant des choses. «Le torchon blanc a foutu le camp!» s'écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.
FOUTRE SON BILLET (En). Donner sa parole qu'une chose sera faite, parce qu'on y tient beaucoup. Quand un ouvrier a dit à quelqu'un: Je t'en fous mon billet! c'est comme s'il avait juré par le Styx.
FOUTRE UN COUP DE PIED A QUELQU'UN. Lui faire un emprunt,--le taper d'une somme quelconque.
On dit aussi Lui foutre un coup de pied dans les jambes,--mais seulement lorsqu'il s'agit d'un emprunt plus important. Une nuance!
FOUTRIQUET, s. m. Homme de petite taille.
A signifié, il y a soixante-dix ans, Fat, ridicule, intrigant.
On dit aussi Fautriot.
FOUTU, adj. Mauvais, détestable, exécrable.
Foutue besogne. Triste besogne.
Foutue canaille. Canaille parfaite.
FOUTU, adj. Mal habillé.
Foutu comme quatre sous. Habillé sans goût et même grotesquement.
FOUTU (Être). Être ruiné, ou sur le point de mourir.
FOUYOU, s. m. Gamin,--dans l'argot des coulisses, où l'on a gardé le souvenir de là pièce des Variétés (le Maître d'École) où jouait un enfant de ce nom.
FRACTURER (Se la). S'en aller de quelque part, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
FRAIS (Être). Être dans une situation fâcheuse, à ne pas savoir comment s'en tirer. Argot du peuple.
FRANC, s. m. Complice,--dans l'argot des voleurs.
Franc bourgeois. Escroc du grand monde.
Franc de maison. Recéleur d'objets volés--et même de voleurs.
FRANC DU COLLIER, adj. Homme ouvert, loyal, comme on n'en fait plus assez. Argot du peuple.
FRANCILLON, s. m. Français,--dans l'argot des voleurs.
Les Belges nous appellent Fransquillons.
FRANGIN, s. m. Frère,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi fralin.
Frangin-Dab. Oncle.
FRANGINE, s. f. Sœur.
Frangine-Dabuche. Tante.
FRANQUETTE (A la). Franchement, tout uniment, loyalement,--dans l'argot du peuple.
On dit plutôt A la bonne franquette.
FRASQUE, s. f. Folie aimable, coup de tête,--dans l'argot des bourgeois.
Faire des frasques. Faire des folies, des escapades.
FRAYER, v. n. Convenir, s'accorder, vivre ensemble. Argot du peuple.
FREDAINE, s. f. Intrigue amoureuse,--dans l'argot des bourgeois.
Faire ses fredaines. Aimer «le cotillon».
FRELOCHE, s. f. Filet à prendre les papillons,--dans l'argot des écoliers.
FRELUQUET, s. m. Jeune homme, gandin,--dans l'argot du peuple, probablement par allusion au parler frelu d'autrefois.
FRÉQUENTER (Se). Avoir avec soi-même des relations habituelles--condamnées par le livre de Tissot.
FRÈRE, s. m. Initié,--dans l'argot des francs-maçons.
Faux frère. Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d'un instrument.
FRÈRE, s. m. Philosophe,--dans l'argot des encyclopédistes. On sait que Diderot était, en religion philosophique, frère Platon, Frédéric II, roi de Prusse, frère Luc, etc.
FRÈRE, s. m. Citoyen,--dans l'argot des Jacobins de la première révolution.
FRÈRE ET AMI, s. m. Camarade,--dans l'argot des démocrates de 1848.
FRÈRE DE LIT, s. m. Homme à qui l'on a succédé dans le cœur d'une femme, épouse ou maîtresse. Argot du peuple.
Sœur de lit. Femme qui a succédé à une autre femme dans le cœur d'un homme, amant ou mari.
FRÉROT, s. m. Frère,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Bonaventure Des Périers.
FRÉROT DE LA CAQUE, s. m. Filou,--dans l'argot des prisons.
FRESSURE, s. f. Le cœur et ses dépendances, siège des désirs,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait La Fontaine:
«Telle censure Ne fut si sûre Qu'elle espéroit; De ma fressure Dame Luxure Jà s'emparoit.»
FRÉTILLANTE, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
FRÉTILLON, s. f. Grisette, bonne fille, amoureuse garantie bon teint par feu Béranger. Argot des bourgeois.
FRÉTIN, s. m. Poivre,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Fortin.
FRIAUCHE, s. m. Condamné à mort qui s'est pourvu en cassation. Même argot.
FRICASSÉ (Être). Être ruiné, perdu, déshonoré, à l'agonie. Argot des faubouriens.
Ils disent aussi Être cuit.
FRICASSE (On t'en)! Ce n'est pas pour toi! Terme de refus ironique.
FRICASSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
FRICASSER, v. a. Dépenser.
Fricasser ses meubles. Les vendre.
FRICASSEUR, s. m. Dépensier, ivrogne, libertin.
FRIC-FRAC, s. m. Effraction de meuble ou de porte,--dans l'argot des voleurs.
Faire fric-frac. Voler avec effraction.
FRICHTI, s. m. Ragoût aux pommes de terre,--dans l'argot des ouvriers, qui prononcent à leur manière le früstück allemand.
FRICOT, s. m. Ragoût; mets quelconque,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis plus d'un siècle. Le mot se trouve dans Restif de La Bretonne.
FRICOTER, v. a. et n. Dépenser de l'argent, le boire ou le manger; faire la noce; se régaler.
FRICOTER, v. n. Se mêler d'affaires véreuses; pêcher en eau trouble.
FRICOTEUR, s. m. Homme qui aime les bons repas.
Signifie aussi Agent d'affaires véreuses.
Le bataillon des fricoteurs.
«S'est dit, pendant la retraite de Moscou, d'une agrégation de soldats de toutes armes qui, s'écartant de l'armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre.» (Littré.)
FRIGOUSSE, s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie spécialement: Ragoût de pommes de terre.
FRIGOUSSER, v. a. et n. Cuisiner; préparer un ragoût quelconque.
FRILEUX, adj. et s. Poltron, homme qui a froid aux yeux et au cœur,--dans l'argot du peuple.
S'emploie surtout avec la négative.
FRIMAS, s. m. pl. Le froid, la neige, l'hiver,--dans l'argot des académiciens.
FRIME, s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte,--dans l'argot des faubouriens.
C'est pour la frime. C'est pour rire.
Le mot a quelques siècles de bouteille:
«Renart qui scet de toutes frumes Luy esracha quatre des plumes!»
dit le Roman du Renard.
FRIME, s. f. Apocope de Frimousse,--dans l'argot des voyous et des voleurs.
Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu'un.
«Sans paffs', sans lime et plein de crotte Aussi rupin qu'un plongeur, Un jour un gouapeur en ribote Tombe en frime avec un voleur.»
(National de 1835.)
FRIMER, v. a. Envisager et dévisager.
FRIMOUSSE, s. f. Visage,--dans l'argot des faubouriens.
C'est pour ma frimousse. C'est pour moi.
L'expression a des cheveux blancs:
«... De tartes et de talmouses, On se barbouille les frimouses.»
a écrit l'auteur de la Henriade travestie.
FRIMOUSSER, v. n. Tricher au jeu en se donnant les figures à chaque coup,--dans l'argot des voleurs.
FRIMOUSSEUR, s. m. Tricheur.
FRIPE, s. f. Action de manger ou de cuisiner,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Dépense, écot de chacun.
FRIPER, v. a. et n. Manger.
L'expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux:
«Les dieux du liquide élément, Conviés chez un de leur troupe, Sur le point de friper la soupe, Seront saisis d'étonnement.»
S'emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.
FRIPE-SAUCE, s. m. Cuisinier, marmiton.
Signifie aussi Goinfre.
FRIPOUILLE, s. f. Homme malhonnête et même canaille.
On dit aussi Frapouille.
FRIQUET, s. m. Mouchard,--dans l'argot des voleurs.
FRIRE, v. a. et n. Faire; Manger,--dans l'argot du peuple, dont la cuisine se fait en plein vent, sur le fourneau portatif des friturières.
N'avoir rien à frire. N'avoir pas un sou pour manger ou boire.
L'expression est vieille, car elle se trouve en latin et en français dans Mathurin Cordier: Il n'a que frire; il n'a de quoy se frapper aux dez. Nullam habet rem familiarem. Est pauperio Codro.» (qui est le «pauvre comme Job» de Juvénal).
FRIRE DES OEUFS A QUELQU'UN. Lui préparer une mauvaise affaire; s'apprêter à lui jouer un méchant tour.
J'ai souvent entendu: Prends garde, Jean, on te frit des œufs.
FRISÉ, s. m. Juif,--dans l'argot des voleurs.
FRISER COMME UN PAQUET DE CHANDELLES. Ne pas friser du tout, en parlant des cheveux. Argot du peuple.
FRISES, s. f. pl. Bandes de toiles pendantes qui figurent le haut des décors en scène. Argot des machinistes.
FRISONS, s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd'hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu'elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.
FRISQUET, s. m. Froid vif.
Il fait frisquet. Il fait froid.
FRISQUETTE, adject. subs. fém. Fille jeune, fraîche et avenante.
Le vieux français avait l'adjectif frisque.
FRIT, adj. Perdu, compromis, arrêté, atteint d'une maladie mortelle.
FRITES, s. f. pl. Pommes de terre frites.
FRITURER, v. a. Manger; cuisiner.
FRITURIER, ÈRE s. Marchand, marchande de pommes de terre frites ou de gras-double à la poêle.
FRIVOLISTE, s. m. Littérateur léger, écrivain de journal de modes,--dans l'argot des gens de lettres.
Ce mot a été créé par Mercier.
FROID AUX YEUX, s. m. Manque de courage,--dans l'argot au peuple.
Avoir froid aux yeux. Avoir peur.
N'avoir pas froid aux yeux. Être résolu à tout.
FROIDUREUX, adj. Sujet à avoir froid.
FROLLAU, s. m. Traître, médisant,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Froller sur la balle.
FROMAGES (Faire des). Se dit--dans l'argot des petites filles,--d'un jeu particulier qui consiste à imprimer un mouvement de rotation à leur robe et à se baisser rapidement de façon à former par terre «une belle cloche».
FROME, s. m. Apocope de Fromage,--dans l'argot des voyous.
FRONTIN, s. m. Valet habile, fripon, spirituel,--dans l'argot des gens de lettres.
FROTESKA, s. f. Correction, frottée,--dans l'argot du peuple, qui a saisi cette occasion de donner un nom de plus à la danse qu'il a inventée pour son plaisir et pour sa défense.
FROTIN, s. m. Billard,--dans l'argot des faubouriens.
Coup de frotin. Partie de billard.
FROTTE (La). La gale,--qu'on guérit en frottant énergiquement le corps.
FROTTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
FROTTER, v. a. Battre, donner des coups.
On dit aussi Frotter les reins et Frotter le dos.
FROUFROU, s. m. Bruissement d'une robe de soie,--dans l'argot des amoureux, à qui cette onomatopée fait toujours bondir le cœur.
Au XVIIe siècle, c'était une autre onomatopée, frifilis, mais qui ne valait pas celle-ci,--n'en déplaise à saint François de Sales.
FROUFROU, s. m. Embarras, manières; effet de crinoline,--dans l'argot du peuple.
Faire du froufrou. Faire de «l'épate».
FROUFROU, s. m. Onomatopée par laquelle les voleurs désignent un Passe-partout.
FROUSSE, s. m. Peur, frissonnement,--dans l'argot du peuple.
FRUGES, s. f. pl. Bénéfices plus ou moins licites sur la vente--dans l'argot des commis de nouveautés.
FRUIT, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot des faubouriens, qui, tout en gouaillant, font ainsi une allusion philosophique au fameux pommier du Paradis de nos pères.
FRUIT SEC, s. m. Jeune homme qui sort bredouille du lycée ou d'une école spéciale.
Se dit aussi, par extension, d'un mauvais écrivain ou d'un artiste médiocre.
«Cette appellation,--dit Legoarant, vient de l'Ecole polytechnique, où un jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour savoir quelles étaient ses intentions s'il n'était pas classé. Il répondit: Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs. Et en effet ce fut son lot.»
Les fruits secs de la vie. Les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n'arrivent à rien,--qu'au cimetière.
FRUSQUE, s. f. Habit ou redingote,--dans l'argot des marchandes du Temple.
FRUSQUES, s. f. pl. Vêtements en général,--dans l'argot des faubouriens.
Frusques boulinées. Habits en mauvais état.
FRUSQUIN (Saint), s. m. Vêtements; économies serrées dans une armoire, à même le linge et les habits.
L'expression n'est pas d'hier:
«J'étois parfois trop bête D'aimer ce libertin, Qui venait tête-à-tête Manger mon saint frusquin,»
dit Vadé.
FRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller.
FRUSQUINEUR, s. m. Tailleur.
FUIR, v. n. Mourir, s'en aller,--comme le vin d'un tonneau défoncé.
FUMÉ, adj. Pris, perdu, ruiné, mort.
FUMELLE, s. f. Femme.
Les faubouriens parlent comme écrivait Jean Marot.
«Le masle n'a la fumelle en mépris,»
dit le père du valet de chambre de François Ier.
FUMER, v. n. Enrager, s'impatienter, s'ennuyer.
On dit aussi Fumer sans pipe et sans tabac.
FUMERIE s. f. Science du fumeur, action de fumer.
FUMERON, s. m. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeoises, que la fumée de la pipe incommode et qui ne pardonnent qu'à celle du cigare.
Se dit aussi pour Gamin qui s'essaye à fumer.
FUMERONS, s. m. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela surtout quand elles sont maigres.
FUMER SA PIPE. Se dit,--dans l'argot des infirmiers,--«d'un symptôme qui se présente quelquefois dans les apoplexies: le malade, dont un côté de la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration; mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d'un fumeur.»
FUMER SES TERRES. Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois.
Voltaire a employé cette expression.
FUMER SES TERRES. Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain, riche,--laquelle selon l'expression de Montesquieu, «est comme une espèce de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride».
FUSEAUX, s. m. pl. Jambes grêles,--dans l'argot du peuple, qui parle comme a écrit Voltaire.
FUSÉE, s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d'un homme qui en a trop bu.
Lâcher une fusée. Vomir.
FUSER, s. m. Levare ventri onus,--dans l'argot des troupiers.
FUSIL, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens.
Se coller quelque chose dans le fusil. Manger ou Boire.
Ecarter du fusil. Cracher une pluie de salive en parlant à quelqu'un.
FUSILLER, v. n. Donner un mauvais dîner--dans l'argot des troupiers.
FUTÉ, adj. et s. Malin, rusé, habile,--dans l'argot du peuple qui emploie souvent ce mot en bonne part.
G
GABATINE, s. f. Plaisanterie,--dans l'argot du peuple, héritier des anciens gabeurs, dont il a lu les prouesses dans les romans de chevalerie de la Bibliothèque Bleue.
Donner de la gabatine. Se moquer de quelqu'un, le faire aller, en s'en moquant.
GABEGIE, subst. f. Fraude, tromperie.
Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbe se gaber?
GABELOU, s. m. Employé de l'octroi, le Gabellier de nos pères.
GACHER, v. n. Se dit à propos du mauvais temps, de la boue et de la neige qui rendent les rues impraticables.
Cependant, au lieu de Il gâche, on dit plus fréquemment: Il fait gâcheux ou il fait du gâchis.
GACHER DU GROS, v. a. Levare ventris onus.
GACHEUR, adj. et s. Écrivain médiocre, qui gâche les plus beaux sujets d'articles ou de livres par son inhabileté ou la pauvreté de son style. Argot des gens de lettres.
GACHEUSE, s. f. Femme ou fille du monde de la galanterie, qui ne connaît le prix de rien excepté celui de ses charmes.
GACHIS, s. m. Embarras politique ou financier.
Il y aura du gâchis. On fera des barricades, on se battra.
GADIN, s. m. Bouchon,--dans l'argot des voyous.
Flancher au gadin. Jouer au bouchon.
GADIN, s. m. Vieux chapeau qui tombe en loques. Argot des faubouriens.
GADOUAN, s. m. Garde national de la banlieue,--dans l'argot des voyous.
GADOUE, s. f. Immondices des rues de Paris, qui servent à faire pousser les fraises et les violettes des jardiniers de la banlieue.
D'où l'on a fait Gadouard, pour Conducteur des voitures de boue.
GADOUE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens, sans pitié pour les ordures morales.
GAFFE, s. f. Les représentants de l'autorité en général,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard).
Être en gaffe. Monter une faction; faire sentinelle ou faire le guet.
GAFFE, s. m. Représentant de l'autorité en particulier.
Gaffe à gail. Garde municipal à cheval; gendarme.
Gaffe de sorgue. Gardien de marché; patrouille grise.
On dit aussi Gaffeur.
GAFFE, s. m. Gardien de cimetière,--dans l'argot des marbriers.
GAFFE, s. f. Bouche, langue,--dans l'argot des ouvriers.
Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps.
Coup de gaffe. Criaillerie.
GAFFER, v. a. et n. Surveiller.
GAGA, s. m. Gâteau,--dans l'argot des enfants, qui, de même que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, emploient à leur insu l'allitération, l'aphérèse et l'apocope. Ouf!
GAGNER DES MILLE ET DES CENTS, v. a. Gagner beaucoup d'argent,--dans l'argot des bourgeois.
GAGUIE, s. f. Bonne commère d'autant d'embonpoint que de gaieté. Argot du peuple.
GAI (Être). Avoir un commencement d'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi Être en gaieté.
GAIL, s. m. Cheval,--dans l'argot des souteneurs de filles et des maquignons.
Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu'on écrive gaye et d'autres gayet.
GAILLARDE, s. f. Fille ou femme à qui les gros mots ne font pas peur et qui se plaît mieux dans la compagnie des hommes que dans la société des femmes. Argot des bourgeois.
GALA, s. m. Repas copieux, fête bourgeoise.
GALANTERIE, s. f. Le mal de Naples,--depuis si longtemps acclimaté à Paris.
GALAPIAT, s. m. Fainéant, voyou,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi: Galapiau, Galapian, Galopiau, qui sont autant de formes du mot Galopin.
GALBE, s. m. Physionomie, bon air, élégance,--dans l'argot des petites dames.
Être truffé de galbe. Être à la dernière mode, ridicule ou non,--dans l'argot des gandins.
Ils disent aussi Être pourri de chic.
GALBEUX, adj. Qui a du chic, une désinvolture souverainement impertinente,--ou souverainement ridicule.
GALE, s. f. Homme difficile à vivre, ou agaçant comme un acarus,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Teigne.
GALERIE, s. f. La foule d'une place publique ou les habitués d'un café, d'un cabaret.
Parler pour la galerie. Faire des effets oratoires;--parler, non pour convaincre, mais pour être applaudi,--et encore, applaudi, non de ceux à qui l'on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens, de lettres ou d'autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de leur préoccupation de la galerie?
GALETTE, s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.
GALETTE, s. f. Matelas d'hôtel garni.
GALIFARD, s. m. Cordonnier,--dans l'argot des revendeuses du Temple.
GALIFARDE, s. f. Fille de boutique.
GALIMAFRÉE, s. f. Ragoût, ou plutôt Arlequin,--dans l'argot du peuple.
S'emploie aussi au figuré.
GALIOTE, s. f. «Complot entre deux joueurs qui s'entendent pour faire perdre ceux qui parient contre un de leurs compères.»
On dit aussi Gaye.
GALIPOT, s. m. Stercus humain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
A proprement parler le Galipot est un mastic composé de résine et de matières grasses.
GALIPOTER, v. n. Cacare.
GALLI-BATON, s. m. Vacarme; rixe,--dans l'argot des faubouriens.
GALLI-TRAC, s. m. Poule-mouillée, homme qui a le trac.
GALOCHE, s. f. Jeu du bouchon,--dans l'argot des gamins.
GALONS D'IMBÉCILE, s. m. pl. Grade subalterne obtenu à l'ancienneté,--dans l'argot des troupiers.
GALOP, s. m. Réprimande,--dans l'argot des ouvriers.
GALOPÉ, adj. Fait à la hâte, sans soin, sans goût.
GALOPER, v. n. Se dépêcher.
Signifie aussi Aller çà et là.
Activement, ce verbe s'entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu'un.
GALOPER UNE FEMME. Lui faire une cour pressante.
GALOPIN, s. m. Apprenti,--dans l'argot des ouvriers. Mauvais sujet,--dans l'argot des bourgeois. Impertinent,--dans l'argot des petites dames.
GALOUBET, s. m. Voix,--dans l'argot des coulisses.
Avoir du galoubet. Avoir une belle voix.
Donner du galoubet. Chanter.
GALUCHE, s. m. Galon,--dans l'argot des voleurs.
GALUCHER, v. a. Galonner.
GALUCHET, s. m. Valet,--dans l'argot des voyous.
GALURIN, s. m. Chapeau.
Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin galea, casque, ou plutôt de galerum, chapeau?
GALVAUDAGE, s. m. Désordre, gaspillage de fortune et d'existence. Argot des bourgeois.
GALVAUDER, v. a. Gâcher, gâter, dissiper.
GALVAUDER (Se). Vivre dans le désordre; ou seulement Hanter les endroits populaciers.
GALVAUDEUX, s. m. Fainéant, bambocheur. Argot du peuple.
GAMBILLARD, adj. et s. Homme alerte qu'on rencontre toujours marchant.
GAMBILLER, v. n. Danser, remuer les jambes.
Il est tout simple qu'on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.
«Si souslevas ton train Et ton peliçon ermin, Ta cemisse de blan lin, Tant que ta gambete vitz»
dit le roman d'Aucassin et Nicolette.
GAMBILLES, s. f. pl. Jambes.
GAMBILLEUR, s. m. Danseur,--dans l'argot des voleurs qui, comme de simples vaudevillistes, prennent le bien des autres où ils le trouvent.
Gambilleur de tourtouse. Danseur de corde.
GAMBRIADE, s. f. La danse, et principalement le Cancan.
GAMET, s. m. Raisin des environs de Paris avec lequel on fait de la piquette. Argot du peuple.
GAMIN, s. m. Enfant qui croit comme du chiendent entre les pavés du sol parisien, et qui est destiné à peupler les ateliers ou les prisons, selon qu'il tourne bien ou mal une fois arrivé à la Patte d'Oie de la vie, à l'âge où les passions le sollicitent le plus et où il se demande s'il ne vaut pas mieux vivre mollement sur un lit de fange, avec le bagne en perspective, que de vivre honnêtement sur un lit de misères et de souffrances de toutes sortes.
Ce mot, né à Paris et spécial aux Parisiens des faubourgs, a commencé à s'introduire dans notre langue sous la Restauration, et peut-être même un peu auparavant,--bien que Victor Hugo prétende l'avoir employé le premier dans Claude Gueux, c'est-à-dire en 1834.
GAMIN, s. m. Homme trop impertinent,--dans l'argot des petites dames, qui ne pardonnent les impertinences qu'aux hommes qui en ont les moyens.
GAMINER, v. n. Faire le gamin ou des gamineries.
GAMINERIE, s. t. Plaisanterie que font volontiers les grandes personnes à qui l'âge n'a pas apporté la sagesse et le tact.
Faire des gamineries. Écrire ou faire des choses indignes d'un homme qui se respecte un peu.
GAMME, s. f. Correction paternelle,--dans l'argot du peuple.
Faire chanter une gamme.--Châtier assez rudement pour faire crier.
On dit aussi Monter une gamme.
GANACHE, s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien dire; mâchoire.
Dans l'argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d'Académicien.
«Montesquieu toujours rabâche, Corneille est un vieux barbon; Voltaire est une ganache Et Racine un polisson!»
dit une épigramme du temps de la Restauration.
Père Ganache. Rôle de Cassandre,--dans l'argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.
GANCE, s. f. Clique, bande,--dans l'argot des voleurs.
GANDIN, s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses,--et qui n'y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d'enfer.
Le mot n'a qu'une dizaine d'années. Je ne sais plus qui l'a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.
GANDIN, s. m. Coup monté ou à monter,--dans l'argot des voleurs.
Hisser un gandin à quelqu'un. Tromper.
GANDIN, s. m. Amorce, paroles fallaces,--dans l'argot des marchandes du Temple.
Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
GANDIN D'ALTÈQUE, s. m. Décoration honorifique quelconque,--dans l'argot des voleurs.
GANDINE, s. f. La femelle du gandin,--un triste mâle et une triste femelle.
GANDINERIE, s. f. Actions, habitudes de gandin. Peu usité.
GANTER, v. a. et n. Convenir, agréer,--dans l'argot des bourgeois.
GANTER, v. n. Payer plus ou moins généreusement,--dans l'argot des filles.
Ganter 5 1/2. N'être pas généreux.
Ganter 8 1/2. Avoir la main large et pleine.
GANTS, s. m. pl. Les deux sous du garçon des filles,--avec cette différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buona mancia des Italiens.
GANTS DE... (Avoir les). Avoir tout le mérite d'une découverte, tout l'honneur d'une affaire, etc.
Se donner les gants de... Se vanter d'une chose qu'on n'a pas faite; s'attribuer l'honneur d'une invention, le mérite d'une fine repartie,--en un mot, et il est de Génin, «s'offrir à soi-même un pourboire» gagné par un autre.
GARCE, s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers la compagnie des hommes,--surtout quand ils sont riches.
Un mot charmant de notre vieux langage, que l'usage a défloré et couvert de boue. Il n'y a plus aujourd'hui que les paysans qui osent dire d'une jeune fille chaste: «C'est une belle garce.»
S'emploie fréquemment avec de, à propos des choses.
GARÇON, s. m. Voleur,--dans l'argot des prisons.
Brave garçon. Bon voleur.
Garçon de campagne. Voleur de grand chemin.
GARÇON D'ACCESSOIRES, s. m. Employé chargé de la garde du magasin où sont renfermés les accessoires. Argot des coulisses.
On dit aussi Accessoiriste.
GARÇONNER, v. n. Se plaire avec les petits garçons quand on est petite fille, et avec les jeunes hommes quand on est femme. Argot des bourgeois.
GARÇONNIÈRE, adj. et s. Fille qui oublie son sexe en jouant avec des garçons qui profitent de cet oubli.
GARDE-MANGER, s. m. Water-Closet,--dans l'argot du peuple, moins décent que l'argot anglais, qui ne fait allusion qu'à l'estomac en disant: Victualling-Office.
GARDE NATIONAL, s. m. Paquet de couenne,--dans l'argot des faubouriens, irrévérencieux envers l'institution inventée par La Fayette.
GARDER, v. n. Être près du bouchon ou de l'une des pièces tombées. Argot des gamins.
GARDER A CARREAU (Se). S'arranger de façon à n'être pas surpris par une réclamation, par un désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple.
Signifie aussi: Ne pas dépenser tout son argent.
On dit de même Avoir une garde à carreau.
GARDER UN CHIEN DE SA CHIENNE A QUELQU'UN. Se proposer de lui jouer un tour ou de lui rendre un mauvais office.
On dit aussi Garder une dent, et, absolument, la garder.
GARDER UNE POIRE POUR LA SOIF. Faire des économies; épargner, jeune, pour l'heure où l'on sera vieux.
GARDIEN, s. m. Variété de Sentinelle ou de Factionnaire. (V. Insurgé de Romilly.)
GARE-L'EAU, s. m. «Pot qu'en chambre on demande.»,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Reçoit-tout.
GARGANTUA, s. m. Grand mangeur,--dans l'argot du peuple.
GARGARISER (Se), v. réf. Boire un canon de vin ou un petit verre d'eau-de-vie.
GARGARISME, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie.
GARGOINE, s. f. Gorge, gosier, [grec: gargareôn]. Se rincer la gargoine. Boire.
GARGOT, s. m. Petit restaurant où l'on mange à bon marché et mal.
On dit aussi Gargote.
GARGOTAGE, s. m. Mauvais ragoût; chose mal apprêtée,--au propre et au figuré.
On dit aussi Gargoterie.
GARGOTER, v. a. et n. Cuisiner à la hâte et malproprement.
On trouve «Gargoter la marmite» dans les Caquets de l'accouchée.
Signifie aussi Hanter les gargotes.
GARGOTER, v. a. et n. Travailler sans goût, à la hâte.
GARGOTIER, s. m. Mauvais traiteur, au propre; mauvais ouvrier au figuré.
GARGOUILLADE, s. f. Borborygmes.
Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.
GARGOUILLER, v. n. Avoir des borborygmes.
On dit aussi Trifouiller.
GARGUE, s. f. Bouche,--dans l'argot des voleurs.
C'est l'apocope de Gargoine.
GARNAFFE, s. f. Ferme,--dans le même argot.
GARNAFFIER, s. m. Fermier, paysan.
GARNISON, s. f. Pediculi,--dans l'argot du peuple.
Naturellement c'est une garnison de grenadiers.
GAS, s. m. Garçon, enfant mâle,--dans l'argot du peuple, qui trouve plus doux de prononcer ainsi que de dire gars.
Beau gâs. Homme solide.
Mauvais gâs. Vaurien, homme suspect.
GATEAU FEUILLETÉ, s. m. Bottes qui se délitent,--dans l'argot des faubouriens.
GÂTE-MÉTIER, s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à l'ouvrage; marchand qui vend trop bon marché,--dans l'argot du peuple, qui, s'il le connaissait, citerait volontiers le mot de Talleyrand: «Pas de zèle! Pas de zèle!»
GÂTER LA TAILLE (Se), pour une femme «devenir enceinte».
GÂTE-SAUCE, s. m. Garçon pâtissier.
GATEUX, s. m. Journaliste sans esprit, sans style et sans honnêteté,--dans l'argot des gens de lettres, qui n'y vont pas de plume morte avec leurs confrères.
GAU, s. m. Pou,--dans l'argot des voleurs.
Basourdir des gaux. Tuer des poux.
On a écrit autrefois Goth; Goth a été pris souvent pour Allemand; les Allemands passent pour des gens qui «se peignent avec les quatre doigts et le pouce»: concluez.
GAU PICANTI, s. m. Le pediculus vestimenti.
GAUDINEUR, s. m. Peintre-décorateur.
GAUDISSARD, s. m. Commis-voyageur, loustic,--dans l'argot du peuple.
Le type appartient à Balzac, qui en a fait un roman; mais le mot appartient à la langue du XVIe siècle, puisque Montaigne a employé Gaudisserie pour signifier Bouffonnerie, plaisanterie.
GAUDRIOLE, s. f. Parole leste dont une femme a le droit de rougir,--dans l'argot des bourgeois, qui aiment à faire rougir les dames par leurs équivoques.
GAUDRIOLER, v. n. Rire et plaisanter aux dépens du goût et souvent de la pudeur.
GAUDRIOLEUR, s. et adj. Bourgeois farceur, qui a de l'esprit aux dépens de Piron, qu'il a lu sans le citer, et de la morale, qu'il blesse sans l'avertir.
GAULÉ, s. m. Cidre,--dans l'argot des voleurs et des paysans.
GAULOIS, adj. et s. Homme gaillard en action, et surtout en paroles,--dans l'argot du peuple, qui a conservé «l'esprit gaulois» de nos pères, lesquels étaient passablement orduriers.
GAUPE, s. f. Fille d'une conduite lamentable.
GAUPERIE, s. f. Actions, conduite, dignes d'une gaupe.
GAVÉ, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Gaviolé.
GAVER (Se), v. réfl. Manger,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un pigeon.
GAVIOT, s. m. Gorge, gosier.
Serrer le gaviot à quelqu'un. L'étrangler, l'étouffer.
Autrefois on disait Gavion.
GAVOT, s. m. Rival du Dévorant,--dans l'argot du compagnonnage.
GAVROCHE, s. m. Voyou,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu les Misérables de Victor Hugo.
GAZ, s. m. Les yeux, que la passion allume si vite,--dans l'argot des faubouriens.
Allumer son gaz. Regarder avec attention.
GAZ, s. m. Ventris flatus.
On dit aussi Fuite de gaz.
Lâcher son gaz. Crepitare.
Avoir une fuite de gaz dans l'estomac. Fetidum halitum emittere.
GAZER, v. a. et n. Ne pas dire les choses crûment,--dans l'argot des bourgeois.
GAZON, s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner les crânes affligés de calvitie.
GAZOUILLER, v. n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Répondre.
GEIGNEUR, s. et adj. Homme qui aime à se plaindre sans avoir de sérieux motifs de plainte,--dans l'argot du peuple, ennemi de ces hommes-femmes-là.
GEINDRE, v. n. Se plaindre.
GENDARME, s. m. Hareng saur,--dans l'argot des charcutiers.
GENDARME, s. m. Femme délurée et de grande taille,--dans l'argot du peuple.
GENDARME, s. m. Fer à repasser,--dans l'argot des ménagères, qui ont constaté que la plupart de ces utiles instruments sortaient de la maison de la veuve Gendarme.
Branleuse de gendarme. Repasseuse.
GENDARMER (Se), v. réfl. S'offenser.
Signifie aussi: Regimber, résister.
GENDARMES, s. m. pl. Moisissures que le contact de l'air développe à la surface du vin,--dont cela arrête ainsi le travail de bonification.
GENDELETTRE, s. m. Homme de lettres,--dans l'argot des bourgeois, qui font de ce mot ce que le peuple a fait du mot précédent, primitivement écrit gens d'armes.
GÊNE, s. f. Pauvreté,--dans l'argot du peuple, dont c'est le vice principal.
GÊNÉ DANS SES ENTOURNURES. Ennuyé, agacé par quelqu'un ou par quelque chose,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment les vêtements larges et les «bons enfants».
GÉNÉRAL MACADAM, s. m. Le public, qui est le Salomon de toutes les filles.
On disait le général Pavé, avant l'introduction en France du système d'empierrement des rues dû à l'ingénieur anglais MacAdam.
GÊNEUR, s. et adj. Type essentiellement parisien,--comme la punaise. C'est plus que l'importun, plus que l'indiscret, plus que l'ennuyeux, plus que le raseur: c'est--le gêneur.
GÉNISSE, s. f. Femme trop libre.
GENOU, s. m. Crâne affligé de calvitie.
Avoir son genou dans le cou. Être chauve.
GENRE, s. m. Manières; embarras; pose,--dans l'argot du peuple.
Que ça de genre! est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui «l'épatent».
GENTLEMAN, s. m. Homme d'une correction de langage et de manières à nulle autre pareille,--dans l'argot des gandins.
On dit aussi Parfait Gentleman, mais c'est un pléonasme, puisqu'un Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.
GERBEMENT, s. m. Jugement, condamnation,--dans l'argot des voleurs.
GERBER, v. a. Condamner.
Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité.
Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.
GERBERIE, s. f. Tribunal, Cour d'assises.
GERBIER, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui, certainement à leur insu, donnent à leur défenseur, médiocre porte-toge, le nom du très célèbre avocat au parlement de Paris.
Signifie aussi Juge.
GÉRONTOCRATIE, s. f. Puissance des préjugés, de la routine et des idées caduques, «sous laquelle tout se flétrit en France»,--où les Gérontes sont encore plus nombreux que les Scapins.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
GERCE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des voyous pour qui, sans doute, c'est la vermine.
GÉSIER, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot du peuple.
Avoir mal au gésier. Avoir une laryngite ou une bronchite.
GESSEUR, s. m. Homme qui fait des embarras,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Grimacier, excentrique.
Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie de ce mot est geste, et que c'est par euphonie qu'on le prononce ainsi que je l'écris.
GESSEUSE, s. m. Femme minaudière, qui fait sa sucrée--et même «sa Sophie».
G. G. s. m. Bon sens, jugeotte.
Avoir du g.-g. N'être pas un imbécile.
G. D. G. Phrase ironique qu'emploient fréquemment les faubouriens, qui dédaignent d'en dire plus long, affectant de n'en pas savoir davantage.
Avec ou sans g. d. g.? disent-ils souvent, à propos des moindres choses. Il est inutile d'ajouter que ce sans g. d. g. est l'abréviation de sans garantie du gouvernement.
GIBASSE, s. f. pl. Gorge qui a peut-être promis, mais qui ne tient pas.
GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE, s. f. Chat de toits,--dans l'argot du peuple.
GIBERNE, s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le volume à grand renfort de jupons et de crinolines.
Ce mot,--de l'argot des faubouriens, s'explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.
GIBIER DE CAYENNE, s. m. Voleur, ou meurtrier,--dans l'argot du peuple.
GIBOYER, s. m. Journaliste d'estaminet, homme de lettres à tout faire,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de la comédie d'Emile Augier. Encore un nom d'homme devenu un type.
GIFFE ou GIFFLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle sans doute que ce mot signifiait autrefois joue.
GIFFLER, v. a. Souffleter quelqu'un.
GIGOLETTE, s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet par-dessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer des gigues dans les bals publics,--surtout les bals de barrière.
Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit ailleurs (Les Cythères parisiennes): «La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine,--moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe, elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo, tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter ses sourires et ses leçons.»
GIGOLO, s. m. Male de la gigolette. C'est un adolescent, un petit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan,--moitié nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d'autres observateurs le soin d'observer plus en détail.
GIGOTER, v. n. Remuer les gigues; danser.
GIGOTS, s. m. pl. Cuisses de l'homme,--dans l'argot des faubouriens, toujours contempteurs de l'humanité.
GIGUE, s. f. Femme maigre et d'une taille élevée.
On dit aussi Grande gigue.
GIGUER, v. n. Danser.
GIGUES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot du peuple, qui s'en sert pour danser la gigue ou la faire danser aux gens qui l'ennuient.
On disait autrefois gigoteaux.
GILET, s. m. Estomac; poitrine.
S'emplir le gilet. Boire ou manger.
Avoir le gilet doublé de flanelle. Avoir mangé une soupe plantureuse.
Gilet à la mode. Belle gorge de femme, où le lard abonde.
GILLES, s. m. Nom d'homme devenu celui de tous les hommes dont l'esprit et le cœur ne se sont pas développés autant que les jambes.
Faire Gilles. S'en aller,--s'enfuir.
GILMONT, s. m. Gilet,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Georget.
GILQUIN, s. m. Coup de poing,--dans l'argot des artistes et des canotiers.
On dit aussi Coup de Gilquin.
GIN, s. m. Genièvre,--dans l'argot des faubouriens, qui s'anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.
GIRAFE, s. f. Escalier en spirale,--dans l'argot des écoles de natation.
GIRIES, s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du cœur,--dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'hypocrisie.
Faire des giries. Faire semblant de pleurer quand on n'en a pas envie; refuser ce qu'on meurt d'envie d'accepter.
Faiseuse de giries. Fausse Agnès, fausse prude,--et vraie femme.
GIROFLÉE A CINQ FEUILLES, s. f. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens, qui savent très bien le nombre des feuilles du cheiranthus, et encore mieux celui des doigts de leur main droite.
On dit aussi giroflée à plusieurs feuilles,--autre ravenelle qui pousse sur les visages.
GIROFLÉTER, v. a. Souffleter.--Verbe créé par Balzac.
GIROLLE, adv. Soit,--dans l'argot des voleurs.
GIRON, s. m. La partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux d'une femme assise,--dans l'argot du peuple, qui a conservé précieusement ce mot, en souvenir de ce qu'il représente pour lui, fils reconnaissant.
GIRONDE, adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs.
On dit aussi Girofle.
GIRONDINE, adj. Femme plus jeune et plus gentille que celle qui n'est que gironde.
GIROUETTE, s. f. Homme sans conscience et sans moralité, mais non sans habileté et sans esprit, qui tourne à tous les vents sociaux et politiques: royaliste avec les Bourbons, républicain avec la République, napoléonien avec l'Empire, mouton avec les gens qui bêlent, dogue avec les gens qui mordent, roquet avec les gens qui aboient, enclume avec le peuple et marteau avec le Pouvoir. Argot du peuple.
GÎTER, v. n. Habiter, demeurer.
GIVERNER, v. n. Passer la nuit à vagabonder,--dans l'argot des cochers de fiacre.
GIVERNEUR, s. m. Vagabond, rôdeur de nuit.
GLACIS, s. m. Verre,--dans l'argot des voleurs, qui parlent anglais (glass) sans le savoir.
Un glacis de lance. Un verre d'eau.
GLACIS, s. m. Ton léger et transparent,--dans l'argot des artistes.
Se poser un glacis. Boire,--ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.
GLAÇON, s. m. Homme d'un abord un peu raide,--dans l'argot du peuple, que la distinction effarouche.
GLAIVE, s. m. Couteau à découper,--dans l'argot des francs-maçons.
GLAS, s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la même chose,--comme la cloche qui sonne la mort de quelqu'un. Argot du peuple.
Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: croaker, disent-ils.
GLAUDE, s. m. Innocent, et même niais.
Evidemment le Glaude d'ici est un Claude, comme Colas est un Nicolas, et Miché peut être un Michel.
GLAVIOT, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.
GLAVIOTTER, v. n. Cracher fréquemment et malproprement.
Signifie aussi Débiner.
GLAVIOTTEUR, s. m. Homme qui crache fréquemment et abondamment.
GLIER, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.
C'est une syncope de Sanglier probablement.
Le Glier t'enrôle en son pasclin! Le diable t'emporte en enfer (son pays).
Signifie aussi Enfer.
GLISSADE, s. f. Chute plus déshonorante que dangereuse pour la jeune fille qui la fait: elle ne casse que son sabot, mais il vaudrait mieux qu'elle se fût cassé la jambe. Argot du peuple.
Faire des glissades. Changer souvent d'amants.
GLISSANT, s. m. Savon,--dans l'argot des voleurs.
GLISSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
GLISSOIRE, s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins s'amusent à glisser.
GLOBE, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui la laissent souvent osciller sur son axe.
GLOBES ARRONDIS (Les). La gorge,--dans l'argot des Académiciens. Quelques-uns ajoutent quelquefois: par la main des Grâces.
GLORIA, s. m. Tasse de café noir avec un petit verre d'eau-de-vie. Argot des limonadiers.
GLOUGLOUTER, v. n. Boire, faire des glouglous en buvant. Argot des faubouriens.
GLOUSSER, v. n. Parler.
GLUANT, s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu'il tette et qu'il laisse baver sur lui rend tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque n'est ni son père ni sa mère.
GLUAU, s. m. Expectoration abondante.
Lâcher son gluau. Cracher malproprement.
GNANGNAN, adj. des deux g. Mou, paresseux, sans courage.
GNIAF, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des cordonniers. Savetier,--dans l'argot des ouvriers.
GNIAFFER, v. a. Travailler mal; faire une chose sans soin, sans goût,--comme un savetier.
GNIFF, s. et adj. Clair, dépouillé,--dans l'argot du peuple, qui dit cela spécialement à propos du vin.
GNOGNOTTE, s. f. Marchandise sans valeur; chose sans importance.
Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes,--et dans un sens péjoratif, naturellement.
GNOLLAIS, s. m. Batignollais,--dans l'argot des voyous.
GNOLLE, adj. des 2 g. Paresseux; niais,--dans l'argot des faubouriens.
Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et prononce gniole.
GNOLLES-CEAUX, n. d. l. Batignolles-Monceaux.
GNOLLES-CHY., Batignolles-Clichy.
GNON, s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou un sabot,--dans l'argot des enfants; et par extension, Blessure que se font les hommes en se battant.
S'emploie au figuré.
GO (De, ou Tout de), adv. Librement, sans façon, sans obstacle,--dans l'argot du peuple.
GOBELOTTER, v. a. Aller de cabaret en cabaret.
Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.
GOBELOTTEUR, s. m. Ami des franches lippées, et des plantureuses réfections.
GOBE-MOUCHERIE s. f. La franc-maçonnerie,--dans l'argot des voleurs.
GOBE-MOUCHES, s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.
GOBER, v. a. Croire légèrement aux choses qu'on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c'étaient des vérités.
GOBER, v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu'un; ressentir de l'enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens.
Eprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon,--dans l'argot des petites dames.
GOBER (La). Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets.
Par extension: Mourir.
GOBER (Se). Avoir de la fatuité; s'écouter parler et se regarder dans une glace en parlant.
GOBERGER (Se), v. réfl. Se complaire dans un endroit, dans un bon lit, dans un bon fauteuil, auprès d'un bon feu ou d'une bonne table.
On sait qu'on appelle goberges les ais du fond sanglé du lit.
GOBER SON BOEUF, v. a. Être furieux, d'une chose ou contre quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers.
GOBE-SON, s. m. Calice,--dans l'argot des voleurs.
GOBET, s. m. Morceau de viande quelconque,--dans l'argot des bouchers, qui emploient ce mot à propos de la viande non encore détaillée.
GOBET, s. m. Polisson; ouvrier qui se débauche,--dans l'argot du peuple.
Mauvais gobet. Méchant drôle.
GOBICHONNADE, s. f. Ripaille.
GOBICHONNER, v. n. Courir les cabarets; faire le lundi toute la semaine. Argot des ouvriers.
GOBICHONNEUR, s. m. Ami des franches lippées.
GOBIN, s. m. Bossu.
GODAILLER, v. n. Courir les cabarets.
Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale.
GODAILLEUR, s. m. Ivrogne, pilier de cabaret.
GODAN, s. m. Rubrique, mensonge, supercherie,--dans l'argot des faubouriens.
Connaître le godan. Savoir de quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre à un mensonge.
Tomber dans le godan. Se laisser duper; tomber dans un piège.
GODANCER, v. n. Croire à un mensonge; tomber dans un piège,--dans un godan.
GODDAM, s. m. Anglais,--dans l'argot du peuple, qui a trouvé moyen de désigner toute une nation par son juron favori.
GODELUREAU, s. m. Jeune homme qui fait l'agréable auprès des «dames» et les réjouit,--dans l'argot des bourgeois qui n'aiment pas les Lovelaces.
On écrivait au XVIe siècle gaudelereau,--ce qu'explique l'étymologie gaudere.
GODET, s. m. Verre à boire,--dans l'argot du peuple.
GODICHE, s. et adj. Niais, ou seulement timide.
On dit aussi Godichon.
GODILLER, v. n. Se réjouir, être content.
GODINETTE, s. f. Grisette, maîtresse.
Baiser en godinette. «Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la personne,»--sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de Kock.
GOFFE, adj. Homme mal bâti, ou maladroit, grossier de corps ou d'esprit.
GOGAILLE, s. f. Repas joyeux et plantureux.
GOGO, s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses,--chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire.
A propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route,--parce qu'ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie: l'autre trouve gogo dans François Villon et n'hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l'on promet qu'ils auront tout à gogo?
Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.
GOGO (A), adv. A profusion, en abondance.
GOGOTTE, adj. Faible, mou, sans caractère; malpropre, mauvais, désagréable. Argot des faubouriens.
Avoir la vue gogotte. Avoir de mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne pas voir de loin.
Être gogotte. Être un peu niais; faire l'enfant.
GOGUENOT, s. m. Vase de fer-blanc,--dans l'argot des troupiers d'Afrique, qui s'en servent comme casserole et comme gobelet.
GOGUENOT, s. m. Baquet-latrine,--dans l'argot des prisons et des casernes.
On dit aussi Goguenaux.
GOGUETTE, s. f. Société chantante,--dans l'argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.
GOGUETTE, s. f. Chanson joyeuse.
Être en goguette. Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.
GOGUETTIER, s. m. Chanteur de goguettes; membre d'une société chantante.
GOÏ, s. m. Chrétien,--dans l'argot des voleurs.
GOINFRADE, s. f. Repas copieux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Goinfrerie.
GOINFRE, s. m. Chantre,--dans l'argot des voleurs.
GOINFRER (Se), v. réfl. Boire et manger avec excès,--comme font les gens qui ne mangent pas tous les jours.
GOÎTREUX, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui se croient autorisés à l'adresser à leurs rivaux,--qu'ils appellent aussi crétins, pour varier leurs injures.
GOLGOTHER, v. n. Poser en martyr; se donner des airs de victime; faire croire à un Calvaire, à un Golgotha imaginaire.
Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier--sur bois.
GOMBERGER, v. a. Compter--dans l'argot des prisons.
GONCE, s. m. Homme quelconque du bois dont on fait les dupes,--dans l'argot des voleurs, qui ont remarqué que les bourgeois se parfumaient (concio).
GONCIER, s. et adj. Homme rusé, malin, qui enfonce le gonce.
GONZESSE, s. f. Femme en général, et, en particulier, Maîtresse, concubine.
GORET, s. m. Premier ouvrier,--dans l'argot des cordonniers.
GORET, s. m. Homme malpropre, petit cochon,--dans l'argot du peuple, qui a appelé la reine Isabeau la grande gore.
GORGE, s. f. Étui,--dans l'argot des voleurs.
GORGNIAT, s. m. Homme malpropre, cochon,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient cette expression au propre et au figuré.
GOSSE, s. f. Bourde, menterie, attrape,--dans l'argot des écoliers et du peuple.
Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d'où il vient, et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français se gausser, venu lui-même du verbe latin gaudere. On aurait pu le faire descendre de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit gosseur et gosseuse, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs du mot, n'ont prononcé gausse. C'est une onomatopée purement et simplement,--le bruit d'une gousse ou d'une cosse.
Conter des gosses. Mentir.
Monter une gosse. Faire une farce.
GOSSE, s. m. Apprenti,--dans l'argot des typographes.
Ils disent aussi Attrape-science et Môme.
GOSSE, s. m. Enfant, petit garçon,--dans l'argot du peuple.
GOSSELIN, s. m. Nouveau-né,--dans l'argot des voleurs.
GOSSELINE. Petite fille.
GOSSEMARD, s. m. Gamin,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Goussemard.
GOSSEUR, adj. et s. Menteur.
GOTEUR, s. m. Débauché, libertin,--dans l'argot des voleurs.
GOTHIQUE, adv. Vieux, suranné,--dans l'argot du peuple.
GOTHON, s. f. Cuisinière malpropre.
Signifie aussi Coureuse,--dans l'argot des bourgeois.
GOUALANTE, s. f. Chanson,--dans l'argot des voleurs.
GOUALER, v. a. et n. Chanter.
On dit aussi Galouser.
GOUALEUR, s. m. Chanteur des rues.
Goualeuse. Chanteuse.
GOUAPE, s. f. Vagabondage; fainéantise,--dans l'argot du peuple.
GOUAPE, s. f. Filou,--dans l'argot des faubouriens. Faiseur de poufs,--dans l'argot des cabaretiers.
On dit aussi Gouapeur. Cependant gouape a quelque chose de plus méprisant.
GOUAPER, v. a. Flâner, chercher aventure.
GOUGE, s. f. Fille ou femme qui vend l'amour au lieu de le donner,--dans l'argot du peuple, qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus charmants mots de notre langue. Gouge, comme garce, n'avait pas à l'origine la signification honteuse qu'il a aujourd'hui; cela voulait dire jeune fille ou jeune femme. «En son aage viril espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge,» dit Rabelais.
GOUGNOTTE, s. f. «Femme ou fille qui abuse des personnes de son sexe,--d'où le verbe gougnotter,» dit Francisque Michel.
On dit aussi Gusse.
GOUILLE (A la). A la volée,--dans l'argot des enfants, quand ils jouent à jeter des billes.
Envoyer à la gouille. Renvoyer quelqu'un qui importune,--dans l'argot des faubouriens.
GOUILLOU, s. m. Gamin, voyou,--avec cette différence que le premier est le père du second, comme la lorette est la mère de la boule-rouge.
GOUINE, s. f. Coureuse,--dans l'argot du peuple, qui a un arsenal d'injures à sa disposition pour foudroyer les drôlesses, ses filles.
A qui a-t-il emprunté ce carreau? A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu une Nell Gwynn, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi la queen, qu'on respecte si fort de l'autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez!
GOUJAT, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeoises.
GOUJON, s. m. Homme facile à duper,--dans l'argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et leurs regards;--ainsi que dans l'argot des faiseurs, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.
GOUJONNER, v. a. Tromper, duper quelqu'un.
On disait autrefois Faire avaler le goujon.
GOULE, s. f. La gorge, le gosier,--dans l'argot au peuple, qui parle latin sans le savoir (gula).
GOULÉE, s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.
GOULIAFFE, s. m. Gourmand, ou plutôt goinfre.
Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.
On dit aussi Gouillafre, ou gouillaffe.
GOULOT, s. m. Bouche, gosier,--dans l'argot des faubouriens.
Trouilloter du goulot. Fetidum halitum habere.
GOULU, s. m. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
Se dit aussi pour Puits.
GOUPINER, v. a. Voler,--dans le même argot.
Goupiner les poivriers. Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.
GOUPINEUR, s. m. Voleur.
GOUPLINE, s. f. Litre,--dans le même argot.
GOUR, s. m. Pot à eau ou à vin,--dans le même argot.
Dans la langue des honnêtes gens, le gour est un creux plein d'eau dans un rocher, au pied d'un arbre, etc.
GOURD, DE, adj. Engourdi par le froid,--dans l'argot du peuple.
GOURDEMENT, adv. Beaucoup,--dans l'argot des voyous.
GOURDIN, s. m. Gros bâton,--dans l'argot du peuple, qui pour le manœuvrer ne doit pas avoir les mains gourdes.
GOURDINER, v. a. Bâtonner quelqu'un.
GOURGANDE, s. f. Apocope de Gourgandine,--dans l'argot des faubouriens.
GOURGANDINE, s. f. Fille ou femme qui court plus que ses jambes et la morale le lui permettent, et qui, en courant ainsi, s'expose à faire une infinité de glissades. Argot du peuple.
GOURGANDINER, v. n. Mener une vie libertine.
GOURGANER, v. n. Manger de la prison,--dans l'argot des faubouriens.
GOURGANES, s. f. pl. Lentilles ou haricots,--dans l'argot des prisons et des ateliers, où les hommes sont nourris comme des bestiaux.
Gourganes des prés. Celles qui constituent la nourriture des forçats.
Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce.
GOURGOUSSAGE, s. m. Murmure de mécontentement ou de colère,--dans l'argot des typographes.
GOURGOUSSER, v. n. Murmurer.
GOURME, s. f. La fougue de la jeunesse,--dans l'argot du peuple, qui sait que cet impetigo finit toujours par disparaître avec les années,--malheureusement!
Jeter sa gourme. Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls, des maladies et de la mort.
GOURRER, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs, qui se sont approprié là un verbe du langage des honnêtes gens. (Goure, drogue falsifiée: goureur, qui falsifie les drogues.)
GOURREUR, s. m. Trompeur.
GOUSPIN, s. m. Voyou, jeune apprenti voleur,--dans l'argot des faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.
GOUSPINER, v. n. Vagabonder au lieu de travailler.
GOUSSE (La). Nom donné au banquet mensuel des artistes du Vaudeville. Il a lieu, le premier jeudi de chaque mois, chez Laumônier-Brébant.
GOUSSET, s. m. Aisselle,--dans l'argot du peuple.
Sentir du gousset. Puer.
«[Grec: Maschalê], axila, aisselle, sale odeur,»
dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de Port-Royal.
GOÛTER, v. n. Plaire, faire plaisir.
GOUTTE, adv. Peu ou point.
N'y voir goutte. N'y pas voir du tout.
On dit aussi N'y entendre goutte.
GOUTTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie,--dans l'argot des ouvriers et des soldats.
Marchand de goutte. Liquoriste.
GOUVERNE, s. f. Règle de conduite; façon d'agir.
GOUVERNEMENT, s. m. Épée d'ordonnance,--dans l'argot des Polytechniciens, qui distinguent entre les armes que leur fournit le gouvernement et celles qu'ils se choisissent eux-mêmes. (V. Spickel.)
GRABUGE, s. m. Trouble, vacarme,--dans l'argot du peuple.
GRAFFIGNER, v. a. et n. Saisir, prendre,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Égratigner.
GRAFFIN, s. m. Chiffonnier.
GRAILLON, s. f. Servante malpropre, cuisinière peu appétissante. Argot du peuple.
On dit aussi Marie-Graillon.
GRAILLONNER, v. n. Cracher fréquemment.
GRAILLONNER, v. n. S'entretenir à haute voix, d'une fenêtre ou d'une cour à l'autre,--dans l'argot des prisons.
GRAILLONNEUR, s. m. Homme qui crache à chaque instant.
GRAILLONNEUSE, s. f. Femme qui vient laver son linge au bateau sans être du métier,--dans l'argot des blanchisseuses.
GRAIN, s. m. Pièce de cinquante centimes,--dans l'argot des voleurs.
GRAIN (Avoir un), v. a. Être un peu fou, ou seulement maniaque,--dans l'argot du peuple.
GRAINE D'ATTRAPE, s. f. Mensonge, moquerie, tromperie.
GRAINE DE CHOU COLOSSAL, s. f. Amorce pour duper les simples.
C'est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d'une variété de brassica oleracea fantastique, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable pendant l'été.
GRAINE D'ÉPINARDS, s. f. Épaulettes des officiers supérieurs,--dans l'argot des troupiers, dont ce légume est le desideratum permanent.
Porter la graine d'épinards. Avoir des épaulettes d'officier supérieur.
GRAISSE, s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et l'industrie (p. 193).
GRAISSE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, qui sait que c'est avec cela qu'on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu'elles tournent sur leurs gonds.
GRAISSER, v. a. Gratter,--dans l'argot des voleurs.
GRAISSER LA PATTE, v. a. Acheter la discrétion de quelqu'un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets.
On dit aussi graisser le marteau,--mais plus spécialement en parlant des concierges.
GRAISSER LES BOTTES, v. a. Donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Faire des compliments à quelqu'un, le combler d'aise en flattant sa vanité.
GRAISSER SES BOTTES, v. a. Recevoir l'Extrême-Onction, être en état de faire le grand voyage d'où l'on ne revient jamais.
GRAMMAIRE BENOITON, s. f. La grammaire de la langue verte,--dans l'argot des journalistes, qui ont voulu ainsi fixer le passage, dans la littérature française, de la pièce de M. Victorien Sardou, la Famille Benoiton (1865-66).
On dit aussi le Dictionnaire Benoiton.
GRAND ARROSEUR, s. m. Dieu,--dans l'argot du peuple, qui devrait pourtant savoir (depuis le temps!) comment se forment les nuages et la pluie.
GRAND COURT-BOUILLON, s. m. La mer.
On dit aussi la Grande tasse,--où tant de gens qui n'avaient pas soif ont bu leur dernier coup.
GRANDE BOUTIQUE, s. f. La préfecture de police,--dans l'argot des voleurs, qui voudraient bien dévaliser celle-là de ses sommiers judiciaires.
GRANDE FILLE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des ouvriers.
Petite fille. Demi-bouteille.
GRAND LUMIGNON, s. m. Le soleil,--dans l'argot des voyous.
GRAND RESSORT, s. m. La volonté, le cœur,--dans l'argot du peuple, qui sait quels rouages font mouvoir la machine-homme.
Casser le grand ressort. Perdre l'énergie, le courage nécessaires pour se tirer des périls d'une situation, des ennuis d'une affaire, pour rompre une liaison mauvaise, etc., etc.
GRAND TOUR, s. m. Résultat de la digestion,--dans l'argot des enfants et des grandes personnes timides.
GRAND TROTTOIR (Le). Le répertoire classique,--dans l'argot des coulisses.
GRAND TURC, s. m. Personnage imaginaire qui intervient fréquemment dans l'argot des bourgeois.
S'en soucier comme du Grand Turc. Ne pas s'en soucier du tout.
Travailler pour le Grand Turc. Travailler sans profit.
Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait allusion si souvent.
GRAPPIN, s. m. Main,--dans l'argot du peuple.
Poser le grappin sur quelqu'un. L'arrêter.
Poser le grappin sur quelque chose. Le prendre.
GRAPPINER, v. a. et n. Arrêter,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Cueillir.
GRAS, adj. Gaillard, grivois, et même obscène,--dans l'argot des bourgeois.
Parler gras. Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.
GRAS, s. m. Profit,--dans l'argot des faubouriens.
Il y a gras. Il y a de l'argent à gagner.
Il n'y a pas gras. Il n'y a rien à faire là-dedans.
GRAS, s. m. Réprimande, correction,--dans l'argot des voyous. C'est le suif des faubouriens.
GRAS A LARD, s. et adj. Homme chargé d'embonpoint,--dans l'argot du peuple.
GRAS-DOUBLE, s. m. Plomb volé et roulé,--par allusion à la ressemblance qu'il offre ainsi avec les tripes qu'on voit à la devanture des marchands d'abats.
Les voleurs anglais, eux, disent moos, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.
GRAS-DOUBLE, s. m. Gorge trop plantureuse,--dans l'argot des faubouriens.
L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde, le Sourd ou l'Auberge pleine: «Je ne voudrais pas payer madame Legras--double!» dit Dasnières en parlant de l'aubergiste, femme aux robustes appas.
Castigat ridendo mores, le théâtre! C'est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.
GRAS-DOUBLIER, s. m. Plombier,--dans l'argot des voleurs.
GRATIS, s. m. Crédit,--dans l'argot des marchands de vin.
GRATOU, s. m. Rasoir,--dans l'argot des voleurs.
GRATOUILLE, s. f. Gale,--dans le même argot.
GRATOUSE, s. f. Dentelle,--dans le même argot.
GRATTE, s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe,--dans l'argot des couturières, qui en prélèvent tant et si fréquemment qu'elles arrivent à s'habiller de soie toute l'année sans dépenser un sou pour cela. C'est un vol non puni, mais très punissable.
Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,--car eux aussi ont la conscience large.
GRATTE (La). La gale,--dans l'argot des faubouriens.
GRATTE-CUL, s. m. Femme qui a été jolie comme une rose et n'a rien conservé de sa fraîcheur et de son parfum,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que:
«Si la jeunesse est une fleur, le souvenir en est l'odeur.»
GRATTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
Se donner une grattée. Se battre à coups de poing.
GRATTE-PAPIER, s. m. Employé, clerc d'huissier, expéditionnaire etc.,--tous les scribes enfin.
GRATTER, v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d'étoffe,--de façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un tablier dans une robe.
GRATTOIR, s. m. Rasoir,--dans l'argot du peuple.
Se passer au grattoir. Se raser.
GRAVEUR SUR CUIR, s. m. Cordonnier,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent le tranchet pour un burin.
GREC, s. m. Filou, homme qui triche au jeu,--dans l'argot des ennemis des Hellènes.
Le mot a une centaine d'années de bouteille.
GRECQUERIE, s. f. Tricherie, art ou science des grecs.
Le mot a été créé par Robert-Houdin.
GRÉER (Se), v. réfl. S'habiller,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
GREFFER, v. n. Mourir de faim,--dans l'argot des voyous.
GREFFIER, s. m. Chat,--dans l'argot des faubouriens, qui n'aiment pas les gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où l'on sent la griffe.
GRÊLE, s. f. Petite vérole,--dans l'argot du peuple.
On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus variolique: Il a grêlé sur lui.
GRÊLE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des tailleurs.
Le grêle d'en haut. Dieu.
Grêlesse. Patronne.
GRELOT, s. m. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.
Faire entendre son grelot. Parler.
GRELU, s. m. Blé,--dans l'argot des voleurs, qui font sans doute allusion à la gracilité de cette graminée.
GRELUCHON, s. m. Amant de cœur,--dans l'argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.
GRELUCHONNER, v. n. Se conduire en greluchon, comme se conduisent beaucoup de jeunes gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font de petits articles de petite littérature dans de petits journaux.
GRENADIER, s. m. Pediculus,--dans l'argot des enfants, dont les mères assurent que c'est «la santé», et qui tous pourraient servir de modèles au fameux tableau de Murillo.
GRENAFE, s. f. Grange.--dans l'argot des voleurs.
GRENIER A COUPS DE POING, s. m. Femme d'ivrogne,--dans l'argot du peuple.
GRENIER A COUPS DE SABRE, s. m. Fille à soldats.
GRENIER A LENTILLES, s. m. Homme dont le visage est marqué de la petite vérole.
GRENIER A SEL, s. m. La tête, siège de l'esprit.
GRENOUILLARD, s. m. Buveur d'eau.
GRENOUILLE, s. f. Prêt de la compagnie,--dans l'argot des troupiers.
Manger la grenouille. Dissiper le prêt de la compagnie.
S'emploie aussi, dans l'argot du peuple, pour signifier: Dépenser l'argent d'une société, en dissiper la caisse.
GRENOUILLE, s. f. Femme,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant que font les femmes en échangeant des caquets.
GRENOUILLER, v. n. Boire de l'eau.
GRENOUILLÈRE, s. f. Établissement de bains.
GRÈVE, s. f. Cessation de travail,--dans l'argot des ouvriers, qui avaient, il y a quelques années encore, l'habitude de se réunir sur la place de l'Hôtel-de-Ville.
Faire grève. Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur les moyens d'augmenter le salaire.
On dit aussi Se mettre en grève.
GRIBLAGE, s. m. Plainte, cri, reproche,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Gourpline.
GRIBOUILLAGE, s. m. Écriture mal formée; dessin confus, incohérent. Argot du peuple.
On dit aussi Gribouillis.
GRIBOUILLER, v. a. et n. Écrire illisiblement, dessiner incorrectement.
GRIBOUILLETTE, s. f. Objet quelconque lancé au milieu d'enfants,--dans l'argot des écoliers, qui se bousculent alors pour s'en emparer. Cela constitue un jeu.
Jeter une chose à la gribouillette. La lancer un peu au hasard,--dans l'argot du peuple.
GRIF, adj. Froid,--dans l'argot des voleurs.
Grielle. Froide.
GRIFFER, v. a. Saisir, prendre, dérober,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Agriffer.
GRIGNON, s. m. Morceau, de pain spécialement.
GRIGNOTTER, v. n. Faire de maigres profits, et surtout des profits illicites.
GRIGOU, s. m. Avare, homme qui vit sordidement.
«Ce grigou, d'un air renfrogné Lui dit: Malgré ton joli nez...»
a écrit l'abbé de Lattaignant.
GRIL, s. m. Charpente légère et à jour qui s'étend au-dessus de la scène et où s'accrochent les frises. Argot des coulisses.
GRILLER UNE (En), v. a. Fumer une pipe ou une cigarette,--dans l'argot des artistes et des ouvriers.
GRIME, s. m. Rôle de vieux,--dans l'argot des coulisses.
GRIMOIRE, s. m. Le Code pénal,--dans l'argot des voleurs.
Grimoire mouchique. Les sommiers judiciaires.
GRINCHE, s. m. Voleur.
On dit aussi Grinchisseur.
GRINCHEUX, s. et adj. Homme difficile à vivre,--dans l'argot du peuple et des gens de lettres.
GRINCHIR, v. a. Voler quelque chose.
On dit aussi Grincher.
Grinchir à la cire. Voler des couverts d'argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).
GRINCHISSAGE, s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses variétés de grinchissage: à la limonade, à la desserte, au voisin, aux deux lourdes, etc.)
GRINCHISSEUR A LA CHICANE, s. m. Voleur adroit, qui travaille sans compère.
GRINGALET, s. m. Gamin, homme d'apparence chétive,--dans l'argot des faubouriens.
GRINGUENAUDES, s. f. pl. Ordures des environs du podex,--dans l'argot du peuple qui sent souvent le faguenat à cause de cela.
GRIPPE, s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu'un,--dans l'argot des bourgeois.
Avoir en grippe. Ne pas pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose.
Prendre en grippe. Avoir de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose.
GRIPPER, v. a. Chiper, et même voler,--dans l'argot du peuple.
GRIPPE-JÉSUS, s. m. Gendarme,--dans l'argot des voleurs.
GRIPPE-SOUS, s. m. Usurier, avare,--dans l'argot du peuple.
GRIS, adj. Cher, précieux,--dans l'argot des voleurs.
Grise. Chère, aimable.
GRISAILLE, s. f. Sœur de charité,--dans l'argot des faubouriens qui savent qu'on appelle ces saintes filles des sœurs grises.
GRISE, s. f. Chose extraordinaire et désagréable,--dans l'argot du peuple.
En voir de grises. Peiner, pâtir.
En faire voir de grises. Jouer des tours désagréables à quelqu'un.
GRISERIE, s. f. Ivresse légère,--dans l'argot des bourgeois.
GRIS JUSQU'À LA TROISIÈME CAPUCINE (Être). Être en complet état d'ivresse, à en déborder,--dans l'argot des troupiers, qui savent que la troisième capucine est près de la bouche du fusil.
GRISOTTER (Se), v. réfl. Se griser légèrement, honnêtement, pour ainsi dire,--dans l'argot des bourgeois, ennemis des excès parce qu'ils sont amis de la vie.
GRIVE, s. f. La garde,--dans l'argot des voleurs, qui se rappellent peut-être que les soldats s'appelaient autrefois des grivois.
Corps de grive.--Corps de garde.
Harnais de grive. Uniforme.
GRIVIER, s. m. Soldat.
GRIVOIS, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.
GRIVOISE, s. f. Fille ou femme qui se plaît dans le commerce des hommes riches.
GROGNARD, s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse.
L'expression (qui vient de grundire, grogner) ne date pas de l'empire, comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709.
On dit aussi grognon.
GROGNE, s. f. Mauvaise humeur, chagrin.
GROGNER, v. n. Se plaindre; gronder sans raison.
GROLLER, v. n. Murmurer d'une façon désagréable, gronder, faire un bruit semblable à celui que fait en criant le freux, ou plutôt la grolle, une corneille.
Signifie aussi: Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes,--et alors c'est un verbe actif.
GROMIAU, s. m. Enfant, gamin,--dans l'argot des faubouriens.
GROS, adv. Beaucoup,--dans l'argot du peuple.
Coucher gros. Dire quelque chose d'énorme.
Gagner gros. Avoir de grands bénéfices.
Il y a gros à parier. Il y a de nombreuses chances pour que...
Tout en gros. Seulement.
GROS LÉGUMES, s. m. pl. Les officiers supérieurs,--dans l'argot des troupiers.
GROS LOT, s. m. Mal de Naples.
GROS NUMÉRO, s. m. Prostibulum.
GROS PAPA, s. m. Homme bon enfant, rond de caractère comme de ventre, ayant ou non des enfants.
On dit aussi Gros père.
GROSSE CAVALERIE, s. f. Cureurs d'égout,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux grosses bottes de ces ouvriers troglodytes.
GROSSE CAVALERIE, s. f. Figurantes du corps de ballet qu'on ne fait jamais donner,--dans l'argot des gandins, à qui cette grosse cavalerie fait toujours donner.
GROSSIER COMME DU PAIN D'ORGE, adj. Extrêmement brutal, dans l'argot des bourgeois amis du pain blanc et des discours amènes.
GROUCHY, s. m. Retardataire, flâneur,--dans l'argot du peuple. Passé de mode.
GROUCHY, s. m. Article qui arrive trop tard à l'imprimerie.--dans l'argot des journalistes.
L'expression est d'H. de Balzac.
On dit aussi Rappel de Waterloo.
GROUILLER, v. n. Remuer, s'agiter,--dans l'argot du peuple.
GROUILLIS-GROUILLOT, s. m. Foule de gens ou d'animaux,--par allusion à leurs mouvements vermiculaires.
Ce mot fait image et mérite d'être conservé, malgré sa trivialité.
GROUIN, s. m. Visage,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas le moindre respect pour le «miroir de l'âme».
GROUMER, v. n. Gronder, murmurer,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
GRUE, s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d'autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là.
C'est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l'insolence des filles envers les honnêtes femmes.
Bécasses! disaient-elles. Grues! leur répond-on.
Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n'est pas né d'hier, il y a longtemps que le peuple l'emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.
GRUERIE, s. f. Bêtise rare,--comme il en sort tant de tant de jolies bouches.
GRUGER, v. a. Manger le bien de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues,--ces Ruine-maison!
GRUGEUR, s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d'être aidé dans cette agréable besogne.
GUANO, s. m. Fèces, non pas des phénicoptères des mers du Sud, mais de l'homme,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment les facéties grasses et remuent volontiers la lie de l'esprit pour en dégager les parfums nauséabonds au nez des autres et même à leur propre nez.
GUELTE, s. f. Bénéfice (geld) qu'on abandonne aux commis d'un magasin qui sont parvenus à vendre un objet jugé invendable. Grâce à la faconde des gaudissards modernes, il est rare qu'un rossignol reste sur les rayons, et leur guelte s'en accroît d'autant.
GUENILLON, s. m. Fille ou femme mal habillée,--dans l'argot des bourgeoises, qui ne tolèrent pas les infractions à la mode.
GUENON, s. f. Femme laide ou corrompue,--dans l'argot du peuple.
C'est la trot des Anglais.
On dit aussi Guenippe et Guenuche.
GUÉRETS, s. m. pl. Les blés mûrs,--dans l'argot des Académiciens.
GUÉRITE, s. f. Chapelle,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui s'y réfugient au moment des averses.
GUETTE, s. f. Gardien,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des chiens.
Bonne guette. Chien qui aboie quand il faut, pour avertir son maître.
Être de guette. Aboyer aux voleurs, ou aux étrangers.
GUEULARD, s. m. Gourmand.
Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.
GUEULARD, s. m. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Bissac.
GUEULARDE, s. f. Poche,--dans le même argot.
GUEULARDISE, s.f. Gourmandise,--dans l'argot du peuple.
GUEULE, s. f. Visage.
Bonne gueule. Visage sympathique.
Casser la gueule à quelqu'un. Lui donner des coups de poing en pleine figure.
Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.
GUEULE, s. f. Appétit énorme.
Être porté sur sa gueule. Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles.
Donner un bon coup de gueule. Manger avec appétit.
GUEULE, s. f. Bouche.
Bonne gueule. Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.
GUEULE DE BOIS, s. f. Ivresse,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu exprimer son résultat le plus ordinaire.
Se sculpter une gueule de bois. Commencer à se griser.
GUEULE D'EMPEIGNE, s. f. Homme qui a une voix de stentor ou qui mange très chaud ou très épicé.
Avoir une gueule d'empeigne. Avoir le palais assuré contre l'irritation que causerait à tout autre l'absorption de certains liquides frelatés.
On dit aussi Avoir la gueule ferrée.
GUEULÉE, s. f. Repas.
Chercher la gueulée. Piquer l'assiette.
Signifie aussi une grosse bouchée.
GUEULÉES, s. f. pl. Paroles fescennines, et même ordurières.
GUEULE ENFARINÉE (Avoir la). Être alléché par quelque chose, par une promesse de dîner ou d'amour et se créer par avance une indigestion ou une félicité sans pareilles.
GUEULE FINE, s. f. Gourmet.
GUEULER, v. n. Crier, gronder.
Signifie aussi Parler.
GUEULETON, s. m. Repas plantureux, ou simplement Repas.
Fin gueuleton. Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.
GUEULETONNER, v. n. Faire un gueuleton.
GUEUSAILLER, v. n. Vagabonder, mendier,--dans l'argot des bourgeois.
GUEUSAILLE, s. f. La canaille.
GUEUSARD, s. m. Polisson.
GUEUSE, s. f. Drôlesse qui exploite le plus pur, le plus exquis des sentiments humains, l'amour, et «s'en fait des tapis de pieds»,--pour employer l'abominable expression que j'ai entendu un jour sortir, comme un crapaud visqueux, de la bouche de l'une d'elles.
Courir les gueuses. Fréquenter le monde interlope de Breda-Street.
En 1808 on disait: Courir la gueuse.
GUEUSERIE, s. f. Action vile, honteuse, comme les coquins en peuvent seuls commettre.
GUEUX, s. m. Petit pot de terre qu'on emplit de cendres rouges et que les marchandes en plein vent et les bonnes femmes pauvres placent sous leurs pieds pour se chauffer.
GUEUX, s. m. Coquin,--dans l'argot du peuple, qui, d'un seul mot, prouve ainsi éloquemment que le Vice est le fils naturel de la Misère.
GUEUX D'ARGENT! Expression du même argot, qui équivaut à l'argentum sceleratum (c'est-à-dire causa omnium scelerum) de l'argot des convives de Trimalcion, dans Pétrone. C'est un cri que poussent depuis longtemps les misérables et qui retentira longtemps encore à travers les âges.
GUIBES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des voyous.
GUIBOLLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
Jouer des guibolles. Courir, s'enfuir.
GUICHEMAR, s. m. Guichetier,--dans l'argot des voyous.
GUIGNE, s. f. Mauvaise chance,--dans l'argot des cochers qui ne veulent pas dire guignon.
Porter la guigne. Porter malheur.
GUIGNE A GAUCHE, s. m. Homme qui louche,--dans l'argot des faubouriens.
GUIGNER, v. a. Viser, convoiter, attendre,--dans l'argot du peuple.
GUIGNON, s. m. Pseudonyme moderne du vieux Fatum.
Avoir du guignon. Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu'on entreprend.
GUIGNONNANT, adj. Désagréable.
C'est guignonnant! C'est une fatalité!
On dit aussi--à tort--guignolant.
GUIGNONNÉ (Être). Être poursuivi par la déveine au jeu, par l'insuccès dans ce qu'on entreprend.
GUIMBARDE, s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d'il y a cinquante ans,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à propos de n'importe quelle voiture.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l'emploie à propos d'une «grande voiture à quatre roues chargée de marchandises».
Se dit aussi en parlant d'une vieille guitare.
GUINAL, s. m. Juif,--dans l'argot des voleurs.
Grand-guinal. Le Mont-de-Piété.
GUINCHE, s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.
GUINCHE, s. f. Bal de barrière,--dans l'argot des voyous, qui appellent de ce nom la Belle Moissonneuse, Aux Deux Moulins, le Vieux chêne, rue Mouffetard, le Salon de la Victoire, à Grenelle, etc.
GUINCHER, v. n. Danser.
GUINCHER (Se). S'habiller à la hâte,--et mal.
GUINCHEUR, s. m. Habitué des bastringues.
GUINDAL, s. m. Verre,--dans l'argot des bouchers.
Siffler le guindal. Boire.
GUINGOIS (De), adv. De travers,--dans l'argot du peuple.
GUINGUETTE, s. f. Grisette,--parce qu'elle hante les bals de barrière.
GUITARE, s. f. Rengaîne; plainte banale, blague sentimentale,--dans l'argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers des Orientales de Victor Hugo.
GY, adv. Oui,--dans l'argot des voleurs.
H
HABILLÉ DE SOIE, s. m. Porc,--dans l'argot des faubouriens et des paysans des environs de Paris.
HABILLER, v. a. Médire de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
Habiller de taffetas à 40 sous. Mettre sur le dos de quelqu'un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.
HABILLER, v. a. Préparer un animal pour l'étal,--dans l'argot des bouchers.
HABILLER DE SAPIN (S'), v. réfl. Mourir,--par allusion au bois dont se composent ordinairement les cercueils. Argot du peuple.
Les gueux de Londres appellent le cercueil a wooden coat (un habit de bois ou une redingote en sapin).
HABIN, Chien,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes gens.
On dit aussi Happin et Hubin.
Habin ergamé. Chien enragé.
HABINER, v. a. Mordre.
HABIT NOIR, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des souteneurs de filles, gens au peuple, et, à cause de cela, ennemis de l'habit.
Être habit noir. Être par trop simple, par trop naïf,--comme les bourgeois le sont d'ordinaire aux yeux des voyous, qui ont une morale différente de la leur.
HABITONGUE, s. f. Habitude,--dans l'argot des voleurs.
HACHER DE LA PAILLE, v. a. Parler allemand,--dans l'argot des ouvriers.
HALEINE CRUELLE, s. f. C'est-à-dire fétide--dans l'argot des gens de lettres, qui ne veulent pas dire haleine homicide.
Ils disent aussi Haleine à la Domitien.
HALEINER, v. a. Respirer l'haleine de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, au figuré: Flairer, chercher à deviner ce qu'une personne pense.
HALLE AUX DRAPS, s. f. Le lit,--dans l'argot des faubouriens.
Aller à la halle aux draps. Se coucher.
HALLEBARDE, s. f. Femme trop grande et mal habillée.
On disait autrefois, et plus justement, Hallebréda, qui était une corruption de Halbrené (dépenaillé).
HALOT, s. m. Soufflet,--dans l'argot des voleurs.
HALOTER, v. n. et a. Souffleter.
Signifie aussi Souffler.
HANNETON, s. m. Manie quelconque, idée fixe,--dans l'argot de Breda-Street, où les hannetons-hommes viennent d'eux-mêmes s'attacher le fil à la patte.
Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu'un ou de quelque chose.
Les voyous anglais ont une expression analogue: To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.
HANNETONNER, v. n. Se conduire comme un enfant; avoir des distractions.
HARAUDER, v. n. Crier après quelqu'un, le poursuivre d'injures ou de moqueries,--dans l'argot du peuple.
J'ai respecté l'orthographe de ce verbe, que j'ai entendu souvent après l'avoir lu dans les Matinées du seigneur de Cholières. Mais, à vrai dire, on devrait l'écrire Haroder, puisqu'il vient de Haro. Et, à ce propos, qui se douterait que ce dernier mot, si connu, est composé de l'exclamation Ha! et du nom de Raoul, premier duc de Normandie?...
HARDES, s. f. pl. Vêtements.
HARDI A LA SOUPE, adj. Homme doué de plus d'appétit que de courage,--gulo.
On dit aussi dans le même sens: N'avoir de courage qu'à la soupe.
HARENGÈRE, s. f. Femme du peuple quelconque, «un peu trop forte en gueule»--dans l'argot des bourgeoises, qui se souviennent des plaisanteries salées dont les accablaient jadis les Dames de la Halle, aujourd'hui muselées par ordonnance de police.
HARIA, s. m. Embarras; chose ennuyeuse à faire ou à dire,--dans l'argot du peuple.
J'ai suivi pour ce mot l'orthographe de Balzac, mais je crois que c'est à tort et qu'il doit s'écrire sans H, venant probablement de l'italien aria, air,--d'où arietta, ariette, air de peu d'importance. A moins cependant que Haria ne vienne d'Hariolus, sorcier.
HARICANDER, v. n. Chamailler quelqu'un sur des vétilles; être de mauvaise composition.
HARICOTS, s. m. pl. Maison d'arrêt de la garde nationale, où il est de tradition--fausse--que l'ordinaire de cette prison pour rire se compose de légumes, comme celui des prisons sérieuses.
On dit aussi l'Hôtel des Haricots.
Aug. Villemot prétend que cette expression est une corruption d'Hôtel Darricau. Il a peut-être raison.
HARIDELLE, s. f. Femme maigre et grande.
On dit aussi, mais en moins mauvaise part, Haquenée.
HARNACHÉ, adj. Mal habillé.
HARPE, s. f. Barreaux de fer qui garnissent les fenêtres des prisons,--dans l'argot des voleurs.
Pincer de la harpe. Se mettre à la fenêtre.
HARPIE, s. f. Femme acariâtre comme la femme de Socrate,--dans l'argot des bourgeois, qui ont souvent le malheur d'épouser une Xantippe.
HARPIGNER (Se), v. réfl. Se quereller, se battre,--dans l'argot du peuple.
HASARD! Expression de l'argot des typographes, qui s'en servent ironiquement à propos de choses qu'on répète trop souvent devant eux.
Souvent ils se contentent de dire H!
HASARD DE LA FOURCHETTE (Au). Expression proverbiale de l'argot du peuple, qui, après l'avoir longtemps employée au propre, l'emploie maintenant au figuré.
C'est l'équivalent de Au petit bonheur.
HASARDER LE PAQUET. Tenter une chose, fortune ou danger, après avoir longtemps hésité.
HAUS, s. m. Nom que les commis de nouveautés donnent à toute personne qui entre dans le magasin, y marchande plusieurs choses, et s'en va sans rien acheter.
HAUSSIER, s. m. Spéculateur qui joue plus souvent à la hausse qu'à la baisse,--dans l'argot des boursiers.
HAUT-DE-TIRE, s. m. Bas,--dans l'argot des voleurs, pour qui ce mot a signifié originairement Haut-de-chausses.
Ils disent aussi Tirants.
HAUTE, s. f. La fraction riche de chaque classe de la société, bourgeois, lorettes, et même ouvriers.
Cette expression, très employée par le peuple et par le monde interlope, appartient à l'argot des voleurs, qui se sont divisés en deux grandes catégories, Haute et basse pègre.
HAUTE-BICHERIE, s. f. «Les plus élégantes et les plus connues d'entre les coureuses parisiennes, reines d'un jour qui ne font que paraître et disparaître sur le boulevard, leur champ de bataille.»
HAUT-MAL, s. m. L'épilepsie,--dans l'argot du peuple.
HAUTOCHER, v. n. Monter,--dans l'argot des voleurs.
HAUT-ET-BAS, s. m. pl. Chances diverses de bonheur et de malheur, de perte et de gain, de tristesse et de joie,--dans l'argot du peuple, qui connaît le jeu de bascule de la vie.
Avoir des hauts et des bas. N'avoir pas de position solide, de commerce à l'abri de la ruine.
Les Anglais ont la même expression: the ups and downs, disent-ils à propos de ces vicissitudes de l'existence.
HERBE A GRIMPER, s. f. Belle gorge ou belles épaules,--éperons du cœur, compulsoires d'amour.
HERBE SAINTE, s. f. L'absinthe,--à cause de la désinence, et par antiphrase.
HERBES DE LA SAINT-JEAN, s. f. pl. Moyens extraordinaires employés pour faire réussir une affaire, soins excessifs donnés à une chose,--dans l'argot du peuple, qui a une Flore à lui, comme il a sa Faune.
HIATER, v. n. Bâiller, s'entr'ouvrir comme hiatus.
L'expression appartient à J. Janin, qui l'a employée à propos des guenilles indécentes de Chodruc Duclos.
HIBOU, s. m. Homme d'un commerce difficile et désagréable,--dans l'argot des bourgeois, incapables de comprendre les susceptibilités sauvages d'Alceste, qui préférait la nuit avec son silence solennel au jour avec ses bruits discordants, et le désert avec les loups à la ville avec les hommes.
HIC, s. m. Difficulté, obstacle, ennui quelconque. Hic jacet lepus.
Voilà le hic. Voilà le difficile de l'affaire, son côté scabreux, ou périculoseux, ou seulement désagréable.
HIRONDELLE, s. f. Ouvrier récemment débarqué de province,--dans l'argot des tailleurs.
HIRONDELLE, s. f. Commis voyageur,--dans l'argot des faubouriens.
HIRONDELLE, s. f. Cocher de remise,--dans l'argot des cochers de place.
HIRONDELLE DE GRÈVE, s. f. Gendarme,--dans l'argot des voleurs, qui se souviennent du temps où l'on exécutait en Grève.
On disait autrefois, avant Guillotin, Hirondelle de potence.
Les voleurs anglais disent de même: gallows bird.
HIRONDELLES D'HIVER, s. f. pl. Les marchands de marrons, et aussi les petits ramoneurs, parce que c'est au milieu de l'automne, aux approches de l'hiver, que les premiers viennent s'installer dans les boutiques des marchands de vin, et que les seconds font leur apparition dans les rues de Paris.
HISTOIRE, s. f. Bagatelle, chose de rien, fadaise,--dans l'argot du peuple, qui donne ce nom à tout ce qui n'en a pas pour lui.
HISTOIRE, s. f. Visage de campagne que découvrent si volontiers et si innocemment les petits garçons et les petites filles.
HISTOIRES, s. f. pl. Discussion à propos de quelque chose,--et surtout à propos de rien.
Faire des histoires. Se fâcher sans motif raisonnable; exagérer un événement de peu d'importance.
HOGNER, v. n. Murmurer, se plaindre, pleurer.
HOMARD, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des faubouriens, qui, sans connaître l'anglais, imitent cependant les malfaiteurs de Londres appelant les soldats de leur pays lobsters, à cause de la couleur rouge de leur uniforme.
Signifie aussi: Suisse; domestique en grande livrée.
HOMÉLIE, s. f. Discours ennuyeux,--dans l'argot du peuple, qui se soucie peu des Pères de l'Église, et bâille aussi volontiers devant un sermon profane que Gil Blas devant les sermons religieux de l'archevêque de Grenade.
HOMICIDE, s. m. L'hiver,--dans l'argot des vagabonds, pour qui cette saison est en effet meurtrière.
HOMMASSE, adj. Femme que son embonpoint exagéré rapproche trop de l'homme,--dans l'argot du peuple.
HOMME, s. m. «Nom que les filles donnent à leur amant de prédilection.»
C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.
HOMME A FEMMES, s. m. Homme de galante humeur,--dans l'argot du peuple.
HOMME A CASQUE, s. m. Saltimbanque, dentiste en plein vent, pédicure de place publique, etc.
HOMME AU SAC, s. m. Personne riche, généreuse,--dans l'argot des petites dames qui voudraient que l'Humanité ne fût composée que de ces hommes-là.
HOMME DE LETTRES, s. m. Faussaire,--dans l'argot des voleurs.
HOMME DE PAILLE, s. m. Gérant responsable, machine à signatures,--dans l'argot des bourgeois.
Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient inventer le man of straw,--et l'homme de paille fut.
HOMME DE PAILLE, s. m. Bonhomme, pauvre homme et homme pauvre,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis quelque trois cents ans, comme le témoigne cette épigramme du Seigneur des Accords:
«Jean qui estoit homme de paille, N'ayant que mettre sous la dent, Prit une vieille et de l'argent: Maintenant il vit et travaille.»
HOMME DE PEINE, s. m. Voleur qui a déjà subi une ou plusieurs condamnations.
HOMMELETTE, s. f. Homme qui n'a rien des qualités et des vices de l'homme,--dans l'argot du peuple, ami «des lurons».
HONNÊTE, adj. Plus que suffisant,--dans l'argot des bourgeois.
HÔPITAL, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, dont la conscience est souvent malade.
HORION, s. m. Coup donné ou reçu.
HORLOGER, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des ouvriers, qui y portent volontiers leur montre lorsqu'elle retarde de 20 francs.
HORREUR D'HOMME, s. f. Homme qui fait rougir et que l'on n'ose pas chasser,--dans l'argot des bourgeoises, qui commencent à se shockigner comme les ladies anglaises.
HORREURS, s. f. pl. Ce que Cicéron appelle turpitudo verbarum,--dans l'argot des bourgeois.
Dire des horreurs. Tenir des propos plus que grivois.
Dire des horreurs de quelqu'un. L'accuser de choses monstrueuses, invraisemblables,--par exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.
Faire des horreurs. Agir trop librement.
HOSTO, s. m. Prison,--dans l'argot des ouvriers.
HÔTEL DE LA MODESTIE, s. m. Hôtel garni, mauvaise auberge,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que les locataires de ces maisons-là n'ont pas le droit de faire les fiers.
Ils disent aussi Être logé à l'enseigne des Haricots.
HÔTEL DU RAT QUI PÈTE, s. m. Cabaret populacier,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
HOTTERIAU, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
HOUPE DENTELÉE, s. f. Lien de fraternité,--dans l'argot des francs-maçons.
HOURVARI, s. m. Vacarme, dispute bruyante,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot en l'altérant à l'argot des chasseurs. V. Boulvari.
HOUSPILLER, v. a. Maltraiter quelqu'un par paroles ou par action.
HUCHER, v. a. Appeler quelqu'un, crier après lui.
HUGREMENT, adv. Beaucoup, victorieusement,--dans l'argot des faubouriens.
HUILE, s. f. Vin,--dans l'argot du peuple, qui oint ses membres avec cette onctueuse liqueur.
Pomper les huiles. Boire avec excès.
HUILE, s. f. Soupçon,--dans l'argot des voyous.
HUILE BLONDE, s. f. Bière,--dans l'argot des étudiants, habitués des brasseries.
HUILE DE BRAS, s. f. Vigueur physique, volonté de bien faire, qui remplace avantageusement l'huile pour graisser les ressorts de notre machine. Argot du peuple.
On dit aussi Huile de poignet.
HUILE DE COTRET, s. f. Coups de bâton,--dans l'argot des ouvriers, qui, dans les jours gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers pour demander un litre de cette huile-là.
La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.
HUILE DE MAINS, s. f. L'argent, qui vous glisse toujours entre les doigts,--dans l'argot du peuple, plagiaire involontaire des voyous anglais: Oil of palms disent ces derniers.
HUIT, s. m. Entrechat,--dans l'argot des troupiers.
Battre un huit. S'en aller gracieusement en pirouettant sur les talons.
HUIT ÉCUS, s. m. La mésange,--dans l'argot des paysans des environs de Paris, qui ont voulu faire allusion au chant de cet oiseau.
HUÎTRE, s. f. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent les produits des cryptes muqueuses des bronches pour des mollusques acéphales.
Faire des huîtres. Cracher beaucoup et malproprement.
HUÎTRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui jette volontiers ses coquilles à la tête des gens.
Le parti des huîtres. Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe aux députés du centre, gens satisfaits,--et attachés à leurs bancs.
HUIT-RESSORTS, s. m. Voiture à la mode, coupé de petite dame.
Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.
HUÎTRIFIER (S'). S'embourgeoiser, se parquer dans une vie casanière.--Argot des gens de lettres.
HUMECTER (S'), v. réfl. Boire,--dans l'argot des ouvriers qui avaient assez de poussières malsaines pour avoir le droit de se mouiller un peu le palais.
HUMIDE EMPIRE (L'). La mer,--dans l'argot des académiciens.
Ils disent de même Les plaines humides.
La première expression peut s'appliquer aussi justement à l'Egout collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.
HUMORISTE, s. m. Écrivain de l'école de Swift et de Sterne en Angleterre, et de Jean-Paul Richter et Henri Heine en Allemagne,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté le mot (humourist) et la littérature qu'il représente.
HUMOUR, s. m. Mélange d'esprit et de sentiment, de gaieté et de mélancolie, d'ironie et de tendresse, qui se rencontre à foison chez les écrivains anglais, et qu'on remarque depuis une quarantaine d'années chez quelques-uns des écrivains français, Charles Nodier, Gérard de Nerval, etc. Argot des gens de lettres.
HUPPÉ, adj. Bien habillé,--dans l'argot du peuple.
Monsieur huppé. Personne de distinction.
HURÉ, adj. Riche,--dans l'argot des voleurs.
HURLUBERLU, s. m. Homme fantasque, excentrique, étourdi, et même un peu fou. Argot du peuple.
HURON, s. m. Homme rude d'aspect et de langage,--dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas Alceste.
HUS-MUS! Grand merci,--dans l'argot des voleurs.
HUSSARD A QUATRE ROUES, s. m. Soldat du train,--dans l'argot des troupiers.
HUSSARD DE LA GUILLOTINE, s. m. Gendarme,--dans l'argot des prisons.
On dit aussi Hussard de la veuve.
HYDRE DE L'ANARCHIE (L'). Le socialisme,--dans l'argot des bourgeois qui ont peur de leur ombre.
HYDROPIQUE, adj. et s. Fille ou femme enceinte,--dans l'argot facétieux du peuple.
HYMÉNÉE, s. m. Mariage,--dans l'argot des académiciens.
Serrer les liens ou les nœuds de l'hyménée. Se marier.
I
ICIGO, adv. Ici,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Icicaille.
IDÉE, s. f. Petite quantité de quelque chose, solide ou liquide,--dans l'argot du peuple.
Cette expression est de la même famille que scrupule, larme, soupçon et goutte.
IDÉES, s. f. pl. Soupçons jaloux,--dans l'argot des bourgeoises.
Se forger des idées. Concevoir des soupçons sur la fidélité d'une femme.
IDIOT, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui l'adressent volontiers aux confrères qui leur déplaisent.
IDIOTISME, s. m. Bêtise complète; ânerie renversante.
IL A PLU SUR SA MERCERIE. Se dit--dans l'argot des gens de lettres et des rapins--d'une femme autrefois très avantagée par la Nature, et maintenant tout à fait désavantagée par la Vie.
On connaît l'effet désastreux de la pluie sur les étoffes--sur les étoffes de satin principalement.
IL EST MIDI! Exclamation de l'argot des faubouriens, pour avertir quelqu'un qui parle d'avoir à se méfier des gens devant lesquels il parle.
On dit aussi Il est midi et demi.
ILLICO, adv. Sur-le-champ, tout de suite,--dans l'argot du peuple.
ILLICO, s. m. Potion improvisée,--dans l'argot des pharmaciens, qui composent ordinairement ce garus de teinture de cannelle, de sucre et d'alcool.
IL N'Y A PAS DE BON DIEU! Phrase elliptique de l'argot du peuple, qui ne sent pas le fagot autant qu'on pourrait le croire au premier abord; elle signifie simplement, dans la bouche de l'homme le plus en colère: «Malgré tout, je ferai ce que je veux faire, rien ne m'arrêtera.»
IL PLEUT! Terme de refus ironique,--dans l'argot des gamins et des ouvriers.
IL PLEUT! Exclamation de l'argot des typographes, pour annoncer la présence d'un étranger dans l'atelier.--Exclamation de l'argot des francs-maçons, pour s'avertir mutuellement de l'intrusion d'un profane dans une réunion.
IL TOMBERA UNE ROUE DE VOTRE VOITURE! Phrase souvent employée,--dans l'argot du peuple--à propos des gens trop gais ou d'une gaieté intempestive.
IMAGE, s. f. Lithographie, gravure, dessin,--dans l'argot des enfants et du peuple, ce grand enfant.
IMBIBER (S'), v. réfl. Boire,--dans l'argot des faubouriens.
IMBRIAQUE, s. f. Écervelé, excentrique, maniaque,--dans l'argot du peuple.
A signifié autrefois Homme pris de vin.
Nous ne sommes pas loin de l'ebriacus de Plaute.
IMMEUBLE, s. m. Maison,--dans l'argot des bourgeois.
IMMORTEL, s. m. Académicien,--dans l'argot ironique des gens de lettres, qui savent très bien que l'Institut est un Léthé.
Les quarante immortels. Les quarante membres de l'Académie à tort dite Française.
IMPAIR, s. m. Insuccès, fiasco,--dans l'argot des artistes.
IMPAVIDE, adj. Impassible, que rien ou personne n'émeut.
J'ai employé cette expression il y a quatre ou cinq ans, quelques-uns de mes confrères l'ont employée aussi,--et maintenant elle est dans la circulation.
IMPAYABLE, adj. Qui est d'une haute bouffonnerie, d'un caractère extrêmement plaisant.--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot à propos des choses et des gens.
IMPAYABLE, adj. Etonnant à force d'exigences, ennuyeux à force de caprices,--dans l'argot de Breda-Street.
IMPÈRE, s. f. Apocope d'Impériale,--dans l'argot des faubouriens.
IMPOSSIBLE, adj. Extravagant, invraisemblable à force d'être excentrique.--Argot des gens de lettres.
IMPURE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot des vieux galantins, qui ont conservé les traditions du Directoire.
INCOMMODE, s. m. Réverbère,--dans l'argot des malfaiteurs, ennemis-nés des lumières.
INCONGRUITÉ, s. f. Ventris crepitus, ou Ructus,--dans l'argot des bourgeois, qui oublient que leurs pères éructaient et même crépitaient à table sans la moindre vergogne.
Faire une incongruité. Crepitare vel eructare.
Dire une incongruité. Dire une gaillardise un peu trop poivrée,--turpitudo verborum.
INCONOBRÉ, s. et adj. Inconnu, étranger,--dans l'argot des voleurs.
INCONSÉQUENCE, s. f. Infidélité galante,--dans l'argot de Breda-Street, où le manque de probité en amour est naturellement considéré comme péché véniel.
INCONSÉQUENTE, s. f. Femme qui change souvent d'amants, soit parce qu'elle a la papillonne de Fourier, soit parce qu'ils n'ont pas la fortune de M. de Rothschild.
INCONVÉNIENT, s. m. Infirmité,--dans l'argot du peuple.
Avoir l'inconvénient de la bouche. Mériter cette épigramme de Tabourot à Punaisin:
«Tu t'esbahis pourquoy ton chien, Les estrons de sa langue touche: Se peut-il pas faire aussi bien Qu'il lesche ta lèvre et ta bouche?»
Avoir l'inconvénient des pieds. Suer outrageusement des pieds.
INCROYABLE, s. m. Le gandin du Directoire.
On prononçait Incoïable.
INDÉCROTTABLE, adj. Incorrigible,--dans l'argot des bourgeois.
INEXPRESSIBLE, s. m. Pantalon,--dans l'argot des Anglaises pudiques, qui est devenu celui des gouailleurs parisiens.
INFANTE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des troupiers.
Les infantes étant les filles puînées des rois d'Espagne et de Portugal, sont supposées belles, et l'on sait que tous les amants jouent volontiers de l'hyperbole à propos de leurs maîtresses: ils disent «mon infante» comme ils disent «ma reine». Une couronne leur coûte moins à donner avec les lèvres qu'une robe de soie avec les mains.
INFECT, adj. Détestable, mal écrit,--dans l'argot des gens de lettres qui disent cela à propos des articles ou des livres de ceux de leurs confrères qu'ils n'aiment pas, à tort ou à raison.
INFECT, adj. Peu généreux,--dans l'argot des petites dames, pour qui ne pas regarder à la dépense c'est sentir bon, et n'avoir pas d'argent c'est puer.
INFÉRIEUR, adj. Qui est indifférent; qui semble peu important. Argot des faubouriens.
Cela m'est inférieur. Cela m'est égal.
INFIRME, s. et adj. Imbécile,--dans l'argot du peuple et des gens de lettres.
Jouer comme un infirme. Jouer très mal.
INGÉNUE, s. f. Jeune fille innocente et persécutée par les séducteurs auxquels elle résiste vertueusement--tant que dure son rôle: la toile baissée, c'est différent. Argot des coulisses.
Cet emploi commence à disparaître des théâtres et des pièces comme trop invraisemblable et par conséquent ridicule. Les actrices aiment mieux jouer les travestis.
INGLICHE, s. m. Anglais,--dans l'argot des faubouriens, qui prononcent à peu près bien ce mot, mais qui l'écriraient probablement très mal.
Ils disent aussi Inglichemann (Englishman).
INGRISTE, s. m. Peintre qui fait gris comme M. Ingres et exagère la sécheresse et la froideur de couleur de ce maître. Argot des artistes et des gens de lettres.
INGURGITER, v. a. et n. Boire, ou manger, avaler,--dans l'argot du peuple.
Ce verbe, que n'oseraient pas employer les gens du bel air, est un des mieux formés et des plus expressifs que je connaisse: ingurgitare,--qui évoque naturellement le souvenir du fameux ingurgite vasto, cet abîme goulu où disparurent les Lyciens, les fidèles compagnons d'Enée.
On dit aussi S'ingurgiter quelque chose.
INGURGITER SON BILAN. Mourir,--dans l'argot des commerçants.
IN NATURALIBUS. En chemise, ou nu.
INODORES, s. m. pl. Water-closets,--dans l'argot des bourgeois.
INQUIÉTUDES, s. f. pl. Démangeaisons,--dans l'argot des faubouriens.
Avoir des inquiétudes dans le mollet. Avoir une crampe.
INSINUANT, s. m. Apothicaire,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu détrôner M. Fleurant.
INSOLPÉ, adj. et s. Insolent,--dans le même argot.
INSURGÉ DE ROMILLY, s. m. Résultat probant de toute bonne digestion. Synonyme de factionnaire, sentinelle, etc. Cette expression date de 1848 et est due à une historiette grasse rapportée par le Corsaire de cette époque.
INTERLOPE, s. et adj. Qui appartient au monde de la galanterie,--où les smugglers des deux sexes fraudent sans cesse la Morale, la Pudeur et même la Préfecture de police.
Le monde interlope. La Bohème galante.
INTERLOQUER, v. a. Confondre, stupéfier, humilier,--dans l'argot du peuple.
INTIME, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses.
INVALIDE, s. m. Ancienne pièce de quatre sous,--dans l'argot du peuple.
INVALO, s. m. Apocope d'Invalide,--dans l'argot des faubouriens.
INVITE, s. f. Apocope d'Invitation,--dans l'argot des joueurs de whist.
INVITE, s. f. Apocope d'Invitation.--Argot des faubouriens.
Faire une invite à l'as. Solliciter quelqu'un de vous offrir quelque chose.
IRLANDE (En)! Obliquement, à droite ou à gauche,--dans l'argot des gamins, qui emploient cette expression en jouant au bouchon ou aux billes.
IROQUOIS, s. m. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui ne respecte pas assez les héros de Cooper.
S'habiller en iroquois. D'une manière bizarre, extravagante.
Parler comme un iroquois. Fort mal.
ISOLAGE, s. m. Abandon.--dans l'argot des voleurs.
ISOLER, v. a. Abandonner.
ITRER, v. a. Avoir,--dans le même argot.
C'est un verbe irrégulier. Ainsi: Ire-tu picté ce luisant? (As-tu bu aujourd'hui?)
IVOIRE, s. m. Les dents,--dans l'argot des faubouriens.
Faire un effet d'ivoire. Rire de façon à montrer qu'on a la bouche bien meublée.
Les voyous anglais disent de même: To flash one's ivory.
IVROGNER (S'), v. réfl. Avoir des habitudes d'ivrognerie,--dans l'argot du peuple.
J
JABOT, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens, qui savent pourtant bien que l'homme n'est pas un granivore.
S'arroser le jabot. Boire.
Faire son jabot. Manger.
On dit aussi Remplir son jabot.
L'expression est vieille:
«De ce vin champenois dont j'emplis mon jabot On ne me voit jamais sabler que le goulot!»
dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade le Tempérament (1755).
JABOT, s. m. Gorge de femme.
Chouette jabot. Poitrine plantureuse.
JABOTAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple.
JABOTER, v. n. Parler, bavarder.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne:
«Lise était sotte, Maintenant elle jabotte; Voyez comme l'esprit Dans un jeune cœur s'introduit.»
JABOTEUR, s. m. Bavard.
JACASSE, s. f. Femme bavarde.
Se dit aussi d'un Homme bavard ou indiscret.
JACASSER, v. n. Bavarder.
JACASSEUR, s. m. Bavard, indiscret.
JACOBIN, s. m. Révolutionnaire,--dans l'argot des bourgeois, qui singent les aristocrates.
JACQUE, s. m. Pièce d'un sou,--dans l'argot des voleurs.
JACQUE, s. m. Geai,--dans l'argot du peuple.
JACQUELINE, s. f. Grisette,--dans l'argot des bourgeois; Concubine,--dans l'argot des bourgeoises.
«Notre Jacqueline le fouille, Emporte la grenouille. Laisse là mon nigaud,»
dit une vieille chanson.
JACQUELINE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des soldats.
JACQUES BONHOMME. Le peuple,--dans l'argot des faubouriens, dont les pères firent la Jacquerie.
C'est le John Bull anglais, le Frère Jonathan américain, etc.
JACQUOT, s. m. Niais, bavard, importun,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Grand Jacquot.
JACTER, v. n. Parler,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce verbe à la vieille langue des honnêtes gens (jactare, vanter, prôner).
JAFFE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui s'assimile volontiers les mots des ouvriers provinciaux transplantés à Paris, et qui a certainement emprunté celui-ci au patois normand.
JAFFES, s. f. pl. Les joues.
JAFFIER, s. m. Jardin,--dans l'argot des voleurs.
JAFFIN, s. m. Jardinier.
JAFFLE, s. f. Soupe, potage,--dans le même argot.
JALO, s. m. Chaudronnier,--dans le même argot.
JAMBE DE VIN, s. f. Ivresse,--dans l'argot du peuple.
Faire jambe de vin. Boire à tire-larigot.
JAMBES DE COQ, s. f. pl. Jambes maigres,--dans l'argot du peuple.
Jambes en coton. Flageolantes comme le sont d'ordinaire celles des ivrognes, des poltrons et des convalescents.
Jambes en manches de veste. Jambes arquées, disgracieuses.
JAMBES EN L'AIR, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs.
JAMBONS, s. m. pl. Les cuisses,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un goret, et qui ont quelquefois raison.
Scarron n'a pas été moins irrévérencieux:
«Aussi fut Pélias le bon Fort incommodé d'un jambon.»
dit-il dans son Virgile travesti.
JAPPER, v. n. Crier.
JAR, s. m. Argot des voleurs, qui n'est pas autre chose qu'un jargon.
Dévider le jar. Parler argot.
Le peuple disait autrefois d'un homme très fin, très rusé: Il entend le jar. Et souvent il ajoutait: Il a mené les oies,--le jar étant le mâle de l'oie.
JARDINAGE, s. m. Débinage, médisance,--dans l'argot des voyous.
JARDINER, v. a. et n. Débiner.
JARDINER, v. n. Parler,--dans le même argot.
JARDINIER, s. m. Complice de l'Américain dans le vol au charriage. C'est lui qui est chargé de flairer dans la foule l'homme simple à dépouiller.
JARGOLLE, n. d. l. La Normandie,--dans l'argot des voleurs.
JARGOLLIER, s. m. Normand.
JARGONNER, v. n. Babiller, bavarder,--dans l'argot du peuple.
JARGOUILLER, v. n. Parler confusément.
On dit aussi Gargouiller.
JARGUER, v. n. Parler argot, dévider le jar.
JARNAFFE, s. f. Jarretière,--dans l'argot des voleurs.
Jeu de la jarnaffe. Escroquerie dont Vidocq donne le procédé, pages 233-34 de son ouvrage.
JARRET, s. m. Bon marcheur,--dans l'argot du peuple, qui emploie souvent la métonymie.
JASANTE, s. f. Prière,--dans l'argot des voleurs.
JASER, v. n. Prier.
JASER, v. n. Parler indiscrètement, de manière à compromettre des tiers ou soi-même,--dans l'argot du peuple.
JASPIN, adv. Oui,--dans l'argot des voleurs.
JASPINEMENT, s. m. Aboiement,--dans le même argot.
JASPINER, v. a. et n. Parler, bavarder.
Jaspiner bigorne. Entendre et parler l'argot. V. Bigorne.
En wallon, Jaspiner c'est gazouiller, faire un petit bruit doux et agréable comme les oiseaux.
JAUNE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des chiffonniers.
JAUNE, s. m. Été, la saison mûrissante,--dans l'argot des voleurs.
JAUNE D'OEUF (Avec un). Phrase suffixe que le peuple emploie ironiquement avec le verbe Aimer ou Adorer.
Ainsi Je t'adore avec un jaune d'œuf signifie: «Je ne l'aime pas du tout», et fait une sorte de calembour, par allusion à l'emploi connu du jaune d'œuf.
JAUNET, s. m. Pièce d'or de vingt francs,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Jauniau.
Au XVIIe siècle, on disait Rouget.
JAUNIER, s. m. Débitant ou buveur d'eau-de-vie.
JAVANAIS, s. m. Langue de convention parlée dans le monde des coulisses et des filles, qui consiste à ajouter après chaque syllabe la syllabe va ou av, ad libitum, de façon à rendre le mot prononcé inintelligible pour les profanes.
Les voleurs ont aussi leur javanais, qui consiste à donner des terminaisons en ar et en oc, en al ou en em, de façon à défigurer les mots, soit français, soit d'argot, en les agrandissant.
Quant aux bouchers, étaliers ou patrons, leur javanais consiste à remplacer toutes les premières lettres consonnes d'un mot, par un l et à reporter la première consonne à la fin du mot, auquel on coud une syllabe javanaise. Ainsi pour dire Papier, ils diront Lapiepem, ou Lapiepoc.
Pour les mots qui commencent par une voyelle, on les fait précéder et suivre par un l, sans oublier de coudre à la fin une syllabe javanaise quelconque. Par exemple avis se dit Laviloc ou mieux Lavilour. Quelquefois aussi ils varient pour mieux dérouter les curieux; ils disent nabadutac pour tabac,--quand ils ne disent pas néfoin du tré pour tréfoin, en employant les syllabes explétives na et né qui sont du pur javanais, comme av et va.
JAVARD, s. m. Lin que l'on met en javelles,--dans l'argot des voleurs.
JAVOTTE, s. f. Homme bavard, indiscret,--dans l'argot du peuple.
JEAN, s. m. Imbécile; mari que sa femme trompe sans qu'il s'en aperçoive.
On disait autrefois Janin.
JEAN-BÊTE, s. m. Imbécile.
C'est le cas ou jamais de citer les vers de madame Deshoulières:
«Jean? Que dire sur Jean? C'est un terrible nom Que jamais n'accompagne une épithète honnête: Jean Des Vignes, Jean Lorgne... Où vais-je? Trouvez bon Qu'en si beau chemin je m'arrête.»
JEAN DE LA SUIE, s. m. Savoyard, ramoneur,--dans l'argot du peuple.
JEAN DE LA VIGNE, s. m. Crucifix,--dans l'argot des voleurs.
JEANFESSE, s. f. Malhonnête homme, bon à fouetter,--dans l'argot des bourgeois.
JEANFOUTRE, s. m. Homme sans délicatesse, sans honnêteté, sans courage, sans rien de ce qui constitue un homme,--dans l'argot du peuple, dont cette expression résume tout le mépris.
JEAN GUÊTRÉ. Le peuple des paysans.
L'expression est de Pierre Dupont.
JEAN-JEAN, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers, pour qui tout soldat novice est un imbécile qui ne peut se dégourdir qu'au feu.
JEAN JEAN, s. et adj. Homme par trop simple, qui se laisse mener par le bout du nez,--dans l'argot du peuple.
JEANLORGNE, s. m. Innocent, et même niais.
JEANNETON, s. f. Fille de moyenne vertu,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent leur La Fontaine.
«Car il défend les jeannetons, Chose très nécessaire à Rome.»
JEAN-RAISIN. Le peuple des vignerons.
L'expression est de Gustave Mathieu.
JE NE SAIS QUI, s. f. Femme de mœurs plus que légères,--dans l'argot méprisant des bourgeoises.
JE NE SAIS QUOI, s. m. Qualité difficile à définir; l'inconnue d'un sentiment ou d'un caractère qu'on chercherait en vain à dégager. Argot des gens de lettres.
JÉRÔME, s. m. Canne, bâton,--dans l'argot du peuple.
JÉSUITE, s. m. Dindon,--dans l'argot des voleurs, qui doivent employer cette expression depuis l'introduction en France, par les missionnaires, de ce précieux gallinacé, c'est-à-dire depuis 1570.
JÉSUS, s. m. Innocent,--dans l'argot souvent ironique du peuple.
D'où le grippe-Jésus de l'argot encore plus ironique des voleurs, puisqu'ils appellent ainsi les gendarmes.
JÉSUS, s. m. «Enfant dressé au vol et à la débauche,»--dans l'argot des voleurs.
JET, s. m. Canne, jonc,--dans le même argot.
JETER, v. n. Suppurer,--dans l'argot du peuple.
JETER DES PERLES DEVANT LES POURCEAUX, v. a. Dire ou faire de belles choses que l'on n'apprécie point à leur juste valeur,--dans l'argot des bourgeois.
C'est le margaritas antè porcos des Anciens.
JETER DU COEUR SUR DU CARREAU. Rendre fort incivilement son déjeuner ou son dîner, lorsqu'on l'a pris trop vite ou trop abondant.
JETER LE MOUCHOIR, v. a. Distinguer une femme et lui faire agréer ses hommages et son cœur,--dans l'argot des vieux galantins.
JETER SA LANGUE AUX CHIENS, v. a. Renoncer à deviner une chose, à la comprendre,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi Jeter sa langue aux chats.
JETER SON BONNET PAR DESSUS LES MOULINS. Dire adieu à la pudeur, à l'innocence, et, par suite au respect des honnêtes gens, et se lancer à cœur perdu dans la voie scabreuse des aventures amoureuses. Argot du peuple.
JETER SON LEST, v. a. Se débarrasser involontairement du déjeuner ou du dîner dont on s'était lesté mal à propos.
JETER UN FROID, v. a. Commettre une incongruité parlée, dire une inconvenance, faire une proposition ridicule qui arrête la gaieté et met tout le monde sur ses gardes.
JETON, s. m. Pièce d'argent,--dans l'argot des faubouriens.
JEUNE, s. m. Petit enfant ou petit animal,--dans l'argot du peuple.
JEUNE, adj. Naïf, et même un peu sot.
Quand un ouvrier dit de quelqu'un: Il est trop jeune! cela signifie: il est incapable de faire telle ou telle chose,--il est trop bête pour cela.
JEUNE-FRANCE, s. m. Variété de Romantique, d'étudiant ou de commis--en pourpoint de velours, en barbe fourchue, en cheveux en broussailles, avec le feutre mou campé sur l'oreille.
JEUNE HOMME, s. m. Double moos de bière,--dans l'argot des brasseurs parisiens.
JEUNE HOMME (Avoir son), v. a. Être complètement ivre, de façon à se laisser mater et conduire par un enfant. Argot des faubouriens.
On dit aussi: Avoir son petit jeune homme.
JEUNE SEIGNEUR, s. m. Gandin,--du moins d'après madame Eugénie Foa, à qui je laisse toute la responsabilité de ce néologisme, que je n'ai jamais entendu, mais qu'elle déclare, à la date du 1er mars 1840, être «le titre de bon goût remplaçant ceux de petits-maîtres, beaux-fils, muscadins, etc..» Greffier fidèle, j'enregistre tout.
JEUNESSE, s. f. Jeune fille,--dans l'argot du peuple.
JEUNET, ETTE, adj. Qui est un peu trop jeune, et par conséquent trop naïf.
S'emploie aussi à propos d'un vin trop nouveau et que sa verdeur rend désagréable au palais.
JEUX SANGLANTS DE MARS (Les). La guerre,--dans l'argot des académiciens.
JIGLER, v. a. et n. Sauter en s'éparpillant. Ne s'emploie qu'à propos des liquides, vin, boue ou sang.
JINGLARD, s. m. Petit vin suret, ou le vin au litre en général,--dans l'argot du peuple, qui ne veut plus dire ginguet, et encore moins guinguet, une étymologie cependant.
JOB, s. m. Innocent, imbécile, dupe,--dans l'argot des faubouriens, qui parlent comme écrivaient Noël Du Fail en ses Propos rustiques et d'Aubigné en sa Confession de Sancy.
JOB, s. m. Tromperie, mensonge.
Monter un job. Monter un coup.
Monter le job. Tromper, jouer une farce.
JOBARD, s. m. et adj. Homme par trop crédule, dont chacun se moque, les femmes parce qu'il est trop respectueux avec elles, les hommes parce qu'il est trop confiant avec eux.
C'est un mot de vieille souche, qu'on supposerait cependant né d'hier,--à voir le «silence prudent» que le Dictionnaire de l'Académie garde à son endroit.
JOBARDER, v. a. Tromper, se moquer; duper.
Se faire jobarder. Faire rire à ses dépens.
JOBARDERIE, s. f. Confiance par trop excessive en la probité des hommes et la fidélité des femmes.
JOBERIE, s. f. Niaiserie, simplicité de cœur et d'esprit.
JOBISME, s. m. Pauvreté complète, pareille à celle de Job.
L'expression appartient à H. de Balzac.
JOCKO, s. m. Pain long,--dans l'argot des bourgeois, qui consacrent ainsi le souvenir du singe Jocko, un lion il y a trente ans.
On dit aussi Pain jocko ou à la Jocko.
JOCRISSE, s. m. Mari qui se laisse mener par sa femme,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.
JOCRISSIADE, s. f. Naïveté,--ou plutôt Niaiserie.
JOINT, s. m. Biais pour se tirer d'affaire,--dans l'argot des bourgeois, qui découpent mieux qu'ils ne parlent.
Connaître le joint. Savoir de quelle façon sortir d'embarras; connaître le point capital d'une affaire.
JOJO, adj. Joli,--dans l'argot des voyous.
JOJO, adj. et s. Innocent, et même Niais,--dans l'argot du peuple.
Faire du jojo. Faire l'enfant, la bête.
JOLI, adj. et s. Chose fâcheuse, désagréable.
Voilà du joli! Nous voici dans une position critique.
JOLI GARÇON, s. m. Se dit ironiquement et en manière de reproche de quelqu'un dont on a à se plaindre.
JONC, s. m. Or,--dans l'argot des voleurs, qui appellent ainsi ce métal, non, comme le veut M. Francisque Michel, par corruption de jaune, mais bien parce que c'est le nom d'une bague en or connue de tout le monde, et qui ne se porte qu'en souvenir de l'anneau de paille des gens mariés par condamnation de l'Officialité.
JONCHER, v. a. Dorer.
JONCS, s. m. pl. Lit de prison, à cause de la paille qui en compose les matelas.
Être sur les joncs. Être arrêté ou condamné pour un temps plus ou moins long--toujours trop long!--«à pourrir sur la paille humide des cachots».
JORDONNE, s. m. Homme qui aime à commander, dans l'argot du peuple.
On dit aussi Monsieur Jordonne, et, de même, Madame ou Mademoiselle Jordonne, quand il s'agit d'une femme qui se donne des «airs de princesse».
JORNE, s. m. Jour,--dans l'argot des voleurs, qui d'ordinaire ne travaillent pas a giorno.
JOSEPH, s. m. Homme par trop chaste,--dans l'argot des petites dames, qui ressemblent par trop à madame Putiphar.
Faire son Joseph. Repousser les avances d'une femme, comme le fils de Jacob celles de la femme de Pharaon.
JOSÉPHINE, s. f. Mijaurée, bégueule,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu donner une compagne à Joseph.
Faire sa Joséphine. Repousser avec indignation les propositions galantes d'un homme.
JOUASSER, v. n. Jouer mal ou sans application, pour passer le temps plutôt que pour gagner une partie.
On dit aussi Jouailler.
JOUASSON, s. m. Joueur malhabile ou distrait, redouté des véritables joueurs,--qui lui préféreraient volontiers un Grec.
On dit aussi Jouaillon.
JOUER (se). S'arranger, s'organiser,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos d'une foule de choses étrangères à la musique et au jeu. Ainsi, à propos d'un portefeuille à secret, au lieu de dire: Comment cela s'ouvre-t-il? il dira: Comment cela se joue-t-il?
Ce verbe s'emploie dans un autre sens, celui de faire, pour marquer l'étonnement. Comment cela se joue-t-il donc? Tout à l'heure j'avais de l'argent et maintenant je n'en ai plus!
JOUER A COURIR, v. n. Se défier à la course,--dans l'argot des enfants.
JOUER A LA MAIN CHAUDE, v. n. Être guillotiné,--dans l'argot des voleurs, qui font allusion à l'attitude du supplicié, agenouillé devant la machine, la tête basse, les mains liées derrière le dos.
JOUER A LA RONFLE, v. n. Ronfler en dormant,--dans l'argot des faubouriens.
JOUER COMME UN FIACRE, v. n. Jouer très mal,--dans l'argot du peuple, qui sait que les voitures imaginées, au XVIIe siècle, par Sauvage, sont les plus détestables véhicules du monde.
On dit aussi Jouer comme une huître.
JOUER DE LA HARPE. S'assurer, comme Tartufe, et dans le même but que lui, auprès d'une femme, que l'étoffe de sa robe est moelleuse.
JOUER DE QUELQU'UN, v. n. Le mener comme on veut, en tirer soit de l'argent, soit des complaisances de toutes sortes,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on joue de l'homme comme Liszt du piano, Paganini du violon, Théophile Gautier de la prose, Théodore de Banville du vers, etc., etc.
JOUER DES JAMBES, v. a. S'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
JOUER DEVANT LES BANQUETTES. Jouer devant une salle où les spectateurs ne sont pas nombreux, ainsi que cela arrive fréquemment l'été. Argot des coulisses.
JOUER DU COEUR. Rejeter les vins ou les viandes ingérés en excès ou mal à propos,--dans l'argot du peuple, à qui les concetti ne déplaisent pas.
Nos aïeux disaient Tirer aux chevrotins.
JOUER DU NAPOLÉON, v. a. Payer; dépenser sans compter,--dans l'argot des bohèmes, à qui ce jeu-là est interdit.
JOUER DU PIANO, v. a. Se dit,--dans l'argot des maquignons, d'un cheval qui frappe inégalement des pieds en courant.
JOUER DU POUCE, v. a. Dépenser de l'argent,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Compter de l'argent.
JOUER DU VIOLON, v. a. Scier ses fers,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Jouer de la harpe.
JOUER DU VIOLON, v. n. Se dit,--dans l'argot des écrivains fantaisistes, à propos des mouvements de systole et de diastole du cœur humain en proie à l'Amour, ce divin Paganini.
JOUER LA FILLE DE L'AIR, v. a. S'en aller de quelque part; s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
JOUJOU, s. m. Jouet,--dans l'argot des enfants.
Faire joujou. S'amuser,--au propre et au figuré.
JOUJOU, s. m. La croix d'honeur,--dans l'argot du peuple.
On se rappelle les tempêtes soulevées par Clément Thomas, employant cette expression en pleine Assemblée nationale.
JOUJOUTER, v. n. Jouer, faire joujou,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe au propre et au figuré.
JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE (Le). Le jour de l'exécution,--dans l'argot des prisons. C'est une allusion, comprise même des plus ignorants et des plus païens, à la décollation du Précurseur, dont la belle et cruelle Hérodiade ne pouvait digérer les mercuriales.
Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal, qu'ils appellent le Jour du torticolis (wry-neck day).
JOURNOYER, v. n. Ne rien faire de la journée, flâner. Argot du peuple.
JUBÉCIEN, IENNE, adj. et s. Grimacier, grimacière, qui fait des façons, des giries.
JUBILATION, s. f. Contentement extrême,--dans l'argot du peuple.
Visage de jubilation. Qui témoigne d'un très bon estomac.
JUBILER, v. n. Se réjouir.
JUDAS, s. m. Traître; homme dont il faut se méfier,--dans l'argot du peuple, chez qui est toujours vivante la tradition de l'infamie d'Iscariote.
Baiser de Judas. Baiser qui manque de sincérité.
Barbe de Judas. Barbe rouge.
Bran de Judas. Taches de rousseur.
Le point de Judas. Le nombre 13.
JUDAS, s. m. Petite ouverture au plancher d'une chambre située au-dessus d'une boutique, et qui trahit ainsi la présence d'un étranger dans celle-ci.
Les judas parisiens sont les cousins germains des espions belges et suisses.
JUDASSER, v. n. Embrasser pour tromper--comme Judas Iscariote fit au Christ.
Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.
JUDASSERIE, s. f. Fausse démonstration d'amitié; tour, perfidie; trahison.
JUDÉE, n. de l. Préfecture de police,--dans l'argot des voleurs, qui ont appris à leurs dépens le chemin de la rue de Jérusalem.
Ils disent aussi Petite Judée.
JUGE DE PAIX, s. m. Tourniquet de marchand de vin, qui condamne à payer une tournée celui qui perd en amenant le plus petit nombre. Argot des ouvriers.
JUGE DE PAIX, s. m. Bâton,--parce qu'il est destiné à mettre le holà.
Cette expression fait partie de l'argot des voleurs et de celui des faubouriens.
JUGEOTTE, s. f. Jugement, logique, raison, bon sens,--dans l'argot du peuple, pour qui cela remplace la judiciaire.
JUGULER, v. a. Importuner, ennuyer, égorger d'obsessions.
JUIF, s. m. Prêteur à la petite semaine,--dans l'argot des étudiants.
JUIF ERRANT, s. m. Grand marcheur, homme qui va par monts et par vaux, comme Ahasvérus, que Jésus--«la bonté même»--a condamné à marcher «pendant plus de mille ans».
JUIFFER, v. a. Tromper en vendant; avoir un bénéfice usuraire dans une affaire.
JUILLETISER, v. a. Faire une révolution, détrôner un roi,--dans l'argot du peuple, qui a gardé le souvenir des «glorieuses journées» de 1830.
JULES, s. m. Pot qu'en chambre on demande,--dans l'argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C'est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.
JUMELLES, s. f. pl. Partie du corps qui constitue la Vénus Callipyge,--dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses, lesquelles appelaient cette partie Les deux sœurs.
JUS, s. m. Grâce, élégance, bon goût,--dans l'argot des faubouriens, pour qui certaines qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont la sauce de certaines qualités de l'âme.
Avoir du jus. Avoir du chic, de la tournure.
Être d'un bon jus. Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir un visage qui prête à rire.
JUS, s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.
JUS DE BÂTON, s. m. Coup de bâton.
JUS D'ÉCHALAS, s. m. Vin.
JUS DE RÉGLISSE, s. m. Nègre ou mulâtre.
JUSQU'À PLUS SOIF, adv. A l'excès, extrêmement,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout.
JUSTE, s. f. La Cour d'assises,--dans l'argot des voleurs, qui s'étrangleraient sans doute à prononcer le mot tout entier, qui est Justice.
JUSTE MILIEU, s. m. Député conservateur quand même, ami quand même du gouvernement régnant. Argot des journalistes libéraux.
On dit aussi Centrier.
JUSTE-MILIEU, s. m. L'endroit consacré par la jurisprudence du Palais-Royal comme cible aux coups de pied classiques et aux plaisanteries populaires.
JUTEUX, EUSE, adj. qui donne de grands bénéfices, qui rend un grand profit, qui a du jus enfin.
K
KIF-KIF, adv. Ric-à-ric,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
KINSERLICK, s. m. Autrichien,--dans l'argot des troupiers, qui ont entendu parler des Impériaux (die Kaiserlichen) battus par leurs pères, les soldats de la Grande Armée.
On dit aussi et mieux Kaiserlick.
KLEBJER, v. n. Manger,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui parlent russe (kleb, pain) sans le savoir.
Ils disent aussi Tortorer.
KOKSNOFF, adj. Elégant, beau, brillant, chocnosoff,--dans l'argot des bohèmes et des rapins.
KOLBAC, s. m. Coiffure généralement quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
KRAPSER, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens qui ont fait la guerre d'Orient.
Signifie aussi mourir.
KYRIELLE, s. f. Suite ou procession de gens; famille nombreuse,--dans l'argot du peuple.
Avoir des kyrielles d'enfants. En avoir beaucoup.
L
LA, s. m. Mot d'ordre, signal; invitation à se mettre à l'unisson,--dans l'argot des gens de lettres.
Donner le la. Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les autres doivent faire, dire, écrire.
LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,--dans l'argot des filles, qui n'aiment à parler qu'allusivement de ce Paraclet forcé.
LABORATOIRE, s. m. Cuisine,--dans l'argot des restaurateurs, chimistes ingénieux qui savent transformer les viandes et les vins de façon à dérouter les connaisseurs.
LACETS, s. m. pl. Poucettes,--dans l'argot des voleurs.
Les marchands de lacets. Les gendarmes.
LACHE, s. et adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Saint Lâche.
LACHER, v. a. Quitter.
Lâcher d'un cran. Abandonner subitement.
LACHER LA RAMPE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
LACHER (Se), v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête, ventris flatum emittere,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi En lâcher un ou une,--selon le sexe de l'incongruité.
LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN, v. a. Cesser de l'importuner,--dans l'argot des faubouriens.
C'est plutôt une exclamation qu'un verbe: Ah! tu vas me lâcher le coude! dit-on à quelqu'un qui ennuie, pour s'en débarrasser.
LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a. Meiere,--dans l'argot des voyous.
LACHER UN CRAN, v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné,--dans l'argot des bourgeois.
LACHER UNE NAÏADE, v. a. Meiere,--dans l'argot facétieux des ouvriers.
Ils disent aussi Lâcher les écluses.
LACHER UNE TUBÉREUSE. (V. Se lâcher.)
LACHEUR, s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme,--dans l'argot de Breda-Street, où le rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa juste valeur.
LACHEUR, s. m. Homme qui laisse ses camarades «en plan» au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu'ils sont ivres,--dans l'argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne.
Beau lâcheur. Homme qui fait de cette désertion une habitude.
LACHEUR, s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres.
Lâcheur ici est synonyme de Lâche.
LAFARGER, v. a. Se débarrasser de son mari en l'empoisonnant ou de tout autre façon,--dans l'argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu'il fait survivre le châtiment au coupable.
LAFFE, s. f. Potage, soupe,--dans l'argot des voleurs.
LAGO, adv. Là,--dans le même argot.
Labago. Là-bas.
LAIDERON, s. m. Fille ou femme fort laide,--dans l'argot des bourgeois, dont l'esthétique laisse beaucoup à désirer.
On dit aussi Vilain laideron,--quand on veut se mettre un pléonasme sur la conscience.
LAINE, s. f. Ouvrage,--dans l'argot des tailleurs.
LAINÉ, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs.
LAISSER ALLER (Se), v. réfl. N'avoir plus d'énergie, s'habiller sans goût et même sans soin; se négliger. Argot du peuple.
LAISSER ALLER LE CHAT AU FROMAGE. Perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.
L'expression est vieille,--comme l'imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos, un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»
LAISSER DE SES PLUMES, v. a. Perdre de l'argent dans une affaire; ne sortir d'un mauvais pas qu'en finançant.
LAISSER FUIR SON TONNEAU. Mourir,--dans l'argot des marchands de vin.
LAISSER PISSER LE MÉRINOS, v. n. Ne pas se hâter; attendre patiemment le résultat d'une affaire, d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.
LAISSER SES BOTTES QUELQUE PART, v. a. Y mourir,--dans l'argot du peuple.
LAISSER TOMBER SON PAIN DANS LA SAUCE. S'arranger de manière à avoir un bénéfice certain sur une affaire; montrer de l'habileté en toute chose.
LAIT, s. m. Encre,--dans l'argot des voleurs.
Lait à broder. Encre à écrire.
Lait de cartaudier. Encre d'imprimerie.
LAIT DE VIEILLARD, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela pour avoir le droit de téter jusqu'à cent ans.
LAÏUS, s. m. Discours quelconque,--dans l'argot des Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire à traiter par les élèves avait été l'époux de Jocaste.
Piquer un Laïus. Prononcer un discours.
Les Saint-Cyriens, eux, disent Brouta (du nom d'un professeur de l'Ecole), broutasser et broutasseur.
LAMBERT. Nom qu'on donne, depuis l'été de 1864 à toute personne dont on ignore le nom véritable.
Appeler Lambert. Se moquer de quelqu'un dans la rue.
LAMBIN, s. et adj. Paresseux, flâneur,--dans l'argot du peuple.
Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si l'on en croit le Dictionnaire historique de M. L.-J. Larcher, qui le fait venir de Lambin, philosophe français, «lent dans son travail et lourd dans son style».
Signifie aussi hésitant.
LAMBINER, v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre un parti; flâner.
LAME, s. f. Tombeau,--dans l'argot des romantiques, qui avaient ressuscité les vieux mots des poètes du XVIe siècle.
Être couché sous la lame. Être mort.
LAMINE, n. d. v. Le Mans,--dans l'argot des voleurs.
LAMPE, s. f. Verre à boire,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Canon.
LAMPÉE, s. f. Grand coup de vin,--dans l'argot du peuple.
LAMPER, v. a. et n. Boire abondamment.
On disait, il y a deux siècles: Mettre de l'huile dans la lampe pour emplir un verre de vin.
LAMPIE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.
LAMPION, s. m. Chapeau,--dans l'argot des voyous.
LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens.
«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire A ton perruquier du bon ton, Calypso, j'suis fâché d'te l'dire, Foi d'homme! j'te crève un lampion!»
dit une chanson qui court les rues.
Lampions fumeux. Yeux chassieux.
LANCE, s. f. Pluie,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
A qui qu'il appartienne, il fait image.
LANCE, s. f. Balai,--dans le même argot.
LANCE DE SAINT CRÉPIN, s. f. Alène,--dans l'argot du peuple, qui sait que saint Crépin est le patron des cordonniers.
LANCÉ, s. m. Effet de jambes, dans l'argot des bastringueuses.
LANCÉ, adj. Sur la pente de l'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.
LANCER, v. n. Meiere,--dans l'argot des voleurs.
LANCER (Se), v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes. Argot des bourgeois.
LANCEUR, s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu'il édite,--dans l'argot des gens de lettres.
Bon lanceur. Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des rossignols,--par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc.
Le contraire de lanceur c'est Etouffeur,--un type curieux, quoiqu'il ne soit pas rare.
LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon, et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation galante est cependant suffisamment déclarée.
LANCIER DU PRÉFET, s. m. Balayeur,--dans l'argot des faubouriens.
LANCIERS, s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une dizaine d'années.
Danser les lanciers. Danser ce quadrille.
LANDERNAU, n. d. l. Ville de Bretagne située entre la Madeleine et la porte Saint-Martin,--dans l'argot des gens de lettres, qui ne se doutent peut-être pas que l'expression est octogénaire.
Il y a du bruit dans Landernau. Il y a un événement quelconque dans le monde des lettres ou des arts.
LANDIER, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des voleurs, qui ont conservé le souvenir du Landit de Saint-Denis.
LANDIÈRE, s. f. Boutique de marchand forain.
LANGUARD, e, adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise langue,--dans l'argot du peuple.
Le mot sort des poésies de Clément Marot.
LANGUE DES DIEUX (La). La poésie,--dans l'argot des académiciens, dont cependant les vers n'ont rien de divin.
LANGUE VERTE, s. f. Argot des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y a, dans les Nuits de la Seine, drame de Marc Fournier, un professeur de langue verte qui enseigne et pratique les tricheries ordinaires des grecs. Le sens du mot s'est étendu: on sait quel il est aujourd'hui.
Langue verte! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu!
LANSQUE, s. m. Apocope de Lansquenet,--dans l'argot de Breda-Street.
Faire un petit lansque. Jouer une partie de lansquenet.
LANSQUAILLER, v. n. Meiere,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Lascailler.
LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,--dans le même argot.
LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.
Lansquiner des chasses. Pleurer.
LANTERNER, v. n. Temporiser; hésiter; marchander et n'acheter rien. Argot du peuple.
LANTERNER, v. a. Ennuyer quelqu'un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.
LANTERNES DE CABRIOLET, s. m. pl. Yeux gros et saillants.
LANTERNIER, s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.
LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile; jocrisse,--dans l'argot des faubouriens.
LANTIPONNAGE, s. m. Discours importun, hésitation à faire ou dire une chose,--dans l'argot du peuple.
LANTIPONNER, v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.
LANTURLU, s. m. Ecervelé, extravaguant, hurluberlu.
On disait autrefois L'Enturlé.
LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse de la bohème galante, de bal et de trottoir,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le souvenir de La Palférine de H. de Balzac.
LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
LAPIN, s. m. Homme solide de cœur et d'épaules,--dans l'argot du peuple.
Fameux lapin. Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.
LAPIN s. m. Camarade de lit,--dans l'argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls.
On sait quel était le lapin d'Encolpe, dans le Satyricon de Pétrone.
LAPIN (En), adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher,--dans l'argot du peuple.
LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m. Chat.
LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme à cheval,--dans l'argot des voleurs.
Ils l'appellent aussi Liège.
LARBIN, s. m. Domestique,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
LARBINERIE, s. f. Domesticité, valetaille.
LARD, s. m. La partie adipeuse de la chair,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un porc.
Sauver son lard. Se sauver quand on est menacé.
Les ouvriers anglais ont la même expression: To save his bacon, disent-ils.
LARDER, v. a. Percer d'un coup d'épée ou d'un coup de sabre,--dans l'argot des troupiers.
Se faire larder. Recevoir un coup d'épée.
LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.
LARGE, adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot:
«.... Ils sçavent bien Que vostre père est homme large; A souper l'auront, à la charge Pour dix buveurs maistres passez.»
(Traduction du Colloque d'Erasme.)
LARGE DES ÉPAULES. Avare. Cette expression se trouve dans le Dictionnaire de Leroux, édition de 1786, qui n'est pas la première édition.
LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,--dans l'argot des voleurs et des souteneurs.
Larguepé. Femme publique.
LARGUOTTIER, s. m. Libertin, ami des largues.
On dit aussi Larcottier.
LARME, s. f. Très petite quantité,--dans l'argot des bourgeois, qui prennent une larme d'eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent gris.
LARTIF, ou LARTILLE, ou LARTON, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs qui ne veulent pas dire artie.
Larton brut. Pain bis.
Larton savonné. Pain blanc.
Lartille à plafond. Pâté,--à cause de sa croûte.
LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger, boulangère.
LASCAR, s. m. Nom que,--dans l'argot des troupiers et du peuple--on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies.
C'est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.
LATIF, s. m. Linge blanchi,--dans l'argot des voleurs.
LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.
«Je suis latine Gaiment je dine Sur le budget de mon étudiant!»
dit une chanson moderne.
LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.
Se ficher un coup de latte. Se battre en duel.
LAUMIR, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
LAVABE, s. m. Place de parterre à prix réduit,--dans l'argot des voyous.
LAVAGE, s. m. Vente au rabais d'objets ayant déjà eu un premier propriétaire,--dans l'argot des filles et des bohèmes, qui ont l'habitude de laver précisément les choses les plus neuves et les plus propres, afin de s'en faire de l'argent comptant.
LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d'eau, où la viande a été trop épargnée. Argot des bourgeois.
Se dit aussi du mauvais café.
LAVEMENT, s. m. Homme ennuyeux, tracassier, canulant,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les détersifs.
LAVER, v. a. Vendre à perte les objets qu'on avait achetés pour les garder.
Pourquoi laver au lieu de vendre? M. J. Duflot prétend que cela vient de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit chaque jour. (L'Institution Porcher--la claque--ne fonctionnait pas encore.) «Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets.--«C'est mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi.» Le petit paquet que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre que laver voulait dire vendre. Depuis ce jour, il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le blanchisseur de Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»
LAVER LA TÊTE, v. a. Faire de violents reproches, et même dire des injures,--dans l'argot du peuple, qui ne fait que traduire le verbe objurgare de Cicéron.
LAVETTE, s. f. Langue,--dans l'argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos des hommes que des chiens.
LAVOIR, s. m. Le confessionnal,--dans l'argot des voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu'elle est le plus chargée d'impuretés.
LAZAGNE, s. f. Lettre,--dans l'argot des voleurs.
LAZZI-LOFF, s. m. Maladie qui ne se guérit qu'à l'hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot.
LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré; flagorneur,--dans l'argot du peuple.
LÉCHER UN TABLEAU, v. a. Le peindre trop minutieusement, à la hollandaise,--dans l'argot des artistes.
LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime à embrasser; qui se plaît à recevoir et à donner des baisers,--dans l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de la tribu des Amalécites.
LÉGITIME, s. f. Épouse,--dans l'argot des bourgeois.
LÉGRE, s. f. Foire, marché,--dans l'argot des voleurs.
LÉGUMES, s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds,--dans l'argot des faubouriens.
J'en ai entendu un s'écrier: «Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied de Louis XIV!»
On dit aussi Champignons.
LÉGUMISTE, s. m. Homme qui, par respect pour les bêtes, se nourrit exclusivement de légumes, comme un vertueux brahmine. Il y a une Société des légumistes.
LENDORE, s. m. Paresseux, nonchalant, endormi,--dans l'argot du peuple.
LÉON, n. d'h. Le président des assises,--dans l'argot des voleurs, renards qui se sentent en présence du lion.
LERMON, s. m. Etain,--dans le même argot.
LERMONER, v. a. Etamer.
LEM. Désinence javanaise,--mais d'un javanais spécial aux saltimbanques, et quelquefois aussi aux voleurs.
Parler en lem. Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre inintelligibles au vulgaire.
On dit aussi Parler en luch--et alors on remplace lem par luch.
LESBIEN, s. m. Ce que les voleurs anglais appellent un gentleman of the back-door. Argot de gens de lettres.
LESBIENNE, s. f. Fleur du mal, et non du mâle.
LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui ont grand besoin d'être blanchis.
Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut dire Lessiveur.
LESSIVE, s. f. Plaidoirie,--tout avocat ayant pour mission de blanchir ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la Cour d'assises.
LESSIVE, s. f. Perte,--dans l'argot des joueurs.
LESSIVE, s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de livres,--dans l'argot des bohèmes et des lorettes.
Faire sa lessive. Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou par les auteurs,--dans l'argot des bibliopoles, qui n'en enlèvent pas assez souvent les ex-dono.
LESSIVE DE GASCON, s. f. Propreté douteuse qui ne résiste pas à l'examen,--dans l'argot des bourgeois, heureux d'avoir du linge.
Faire la lessive du Gascon. Retourner sa chemise quand elle est sale d'un côté,--ce que font beaucoup de bohèmes.
On connaît ce mot d'un vaudevilliste propret à propos d'un autre vaudevilliste goret: «Faut-il que cet homme ait du linge sale, pour pouvoir en mettre ainsi tous les jours!»
LESSIVER. Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en Cour d'assises.
LESSIVER (Se faire). Perdre au jeu.
LETTRE DE JÉRUSALEM, s. f. Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le détail aux pages 241-253 de son livre.
LETTRE MOULÉE, s. f. Le journal,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à Paul-Louis Courier.
LEVAGE, s. m. Escroquerie,--dans l'argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin,--dans l'argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès,--dans l'argot des gandins.
LEVÉ (Être). Être suivi par un garde du commerce,--dans l'argot des débiteurs.
LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle, escalier,--dans l'argot des voleurs.
LEVER, v. a. Capter la confiance,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi voler.
Se faire lever de tant. Se laisser gagner ou «emprunter une somme de...»
LEVER LA JAMBE, v. a. Danser le chahut d'une façon supérieure. Argot des gandins.
LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite pièce sans importance, de l'ancien ou du nouveau répertoire, qui se joue la première devant les banquettes, au milieu du bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils arrivent. Argot des coulisses.
LEVER LA LETTRE, v. a. Être compositeur d'imprimerie,--dans l'argot des typographes.
LEVER LE BRAS, v. a. N'être pas content,--dans le même argot.
LEVER LE COUDE, v. a. Boire,--dans l'argot du peuple.
LEVER LE PIED, v. a. Fuir en emportant la caisse.
LEVER UNE FEMME, v. a. «Jeter le mouchoir» à une femme qu'on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de lettres et des commis.
Lever une femme au crachoir. La séduire à force d'esprit ou de bêtises parlées.
LEVER UN HOMME, v. a. Attirer son attention et se faire suivre ou emmener par lui. Argot des petites dames.
Lever un homme au souper. S'arranger de façon à se faire inviter à souper par lui.
LEVEUR, s. m. Pick-pocket.
LEVEUR, s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.
LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,--dans l'argot des voleurs.
LÉZINER, v. a. Tromper au jeu; hésiter avant de faire un coup. Même argot.
LIARDEUR, s. et adj. Homme qui couperait un liard en quatre pour moins dépenser,--dans l'argot du peuple, qui n'est point avare, n'étant pas riche.
LICHADE, s. f. Embrassade,--dans l'argot des faubouriens.
LICHANCE, s. f. Repas plus ou moins plantureux.
Lichance soignée. Gueuleton.
On dit aussi Lichade.
LICHER, v. a. et n. Manger et boire à s'en lécher les lèvres.
LICHETTE, s. f. Petite quantité de quelque chose.
Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie; petit verre.
LICHEUR, EUSE, s. Homme, femme, qui aime à manger et à boire.
On dit aussi Lichard.
LIE DE FROMENT, s. f. Les fumées humaines,--dans l'argot du peuple.
LIGNARD, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des faubouriens.
LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,--dans l'argot des voleurs, qui répugnent sans doute à employer lignette, un mot de la langue des honnêtes gens.
Ils disent aussi Ligotte.
LIGOTTER, v. a. Lier,--dans le même argot.
LILANGE, n. d. l. Lille,--dans le même argot.
LILLOIS, s. m. Fil à coudre.
LIMACE, s. f. Fille à soldats,--dans l'argot des faubouriens.
LIMACE, s. f. Chemise,--dans l'argot des voleurs et des vendeurs du Temple.
LIMACIÈRE, s. f. Lingère.
LIMANDE, s. f. Homme plat,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
LIMER, v. n. «Aller lentement en affaire,»--dans l'argot du peuple.
LIME SOURDE, s. f. Sournois,--dans l'argot des voleurs.
LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,--dans le même argot.
LIMONADE, s. f. Eau,--dans l'argot des faubouriens.
Tomber dans la limonade. Se laisser choir dans l'eau.
LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.
LIMONADE, s. f. Assiette,--dans l'argot des voleurs.
LIMOUSIN, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple, qui sait que les castors qui ont bâti Paris et qui sont en train de le démolir appartiennent à l'antique tribu des Lémovices.
LIMOUSINE, s. f. Blouse de charretier.
LIMOUSINE, s. f. Plomb,--dans l'argot des voleurs.
LIMOUSINER, v. a. et n. Bâtir des maisons.
LIMOUSINEUR, s. m. Voleur de plomb sur les toits.
LINGE, s. m. Chemise,--dans l'argot du peuple. Jupon blanc de dessous,--dans l'argot des filles.
Avoir du linge. Porter une chemise blanche.
Faire des effets de linge. Retrousser adroitement sa robe, de façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de dentelles--de coton.
LINGE LAVÉ (Avoir son). S'avouer vaincu; être pris,--dans l'argot des voleurs, qui, une fois en prison, n'ont plus à s'occuper de leur blanchisseuse.
LINGRE, s. m. Couteau,--dans l'argot des voleurs, qui savent que Langres est la patrie de la coutellerie.
Lingriot. Petit couteau; canif; bistouri.
LINGRER, v. a. Frapper à coups de couteau.
LINGRERIE, s. f. Coutellerie.
LINSPRÉ, s. m. Prince,--dans l'argot des voleurs, qui cultivent l'anagramme comme le grand Condé les œillets.
LION, s. m. Homme qui, à tort ou à raison,--à tort plus souvent qu'à raison,--a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure, pendant un jour, rarement pendant plus d'un mois, l'attention capricieuse de la foule, soit parce qu'il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce qu'il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela, et même pour autre chose; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s'est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,
Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.
Être le lion du jour. Être le point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.
LION, s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d'il y a vingt-cinq ans, le successeur du fashionable--qui l'était du beau--qui l'était de l'élégant--qui l'était de l'incroyable--qui l'était du muscadin,--qui l'était du petit-maître, etc.
Ce mot nous vient d'Angleterre.
LIONCEAU, s. m. Apprenti lion,--garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d'Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l'héroïsme.
LIONNE, s. f. Femme à la mode--il y a trente ans. C'était «un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le champagne frappé.» Aujourd'hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu'on appelle drôlesse.
LIONNERIE, s. f. Haute et basse fashion.
LIPPE, s. f. Moue, grimace,--dans l'argot du peuple.
Faire sa lippe. Bouder.
LIPPÉE, s. f. Simple bouchée; repas insuffisant.
Franche lippée. Repas copieux.
LIPPER, v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger,--et surtout y boire.
LIQUIDE, s. f. Apocope de Liquidation,--dans l'argot des coulissiers.
LIQUIDE, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui fait semblant d'ignorer qu'il existe d'autres corps aqueux.
Avoir absorbé trop de liquide. Être ivre.
LIRE AUX ASTRES, v. n. Muser, faire le gobe-mouches; regarder en l'air au lieu de regarder par terre,--comme l'astrologue de la fable.
LISETTE, s. f. Gilet long,--dans l'argot des voleurs.
LITHOGRAPHIER (Se). Tomber par terre,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que lorsqu'on tombe, on a le visage désagréablement impressionné par la pierre.
LITRER, v. a. Avoir, posséder,--dans l'argot des voleurs. V. Itrer.
LITRON, s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n'a pas toujours la contenance légale. Argot du peuple.
LITTÉRATURE JAUNE, s. f. Le Réalisme,--une maladie ictérique désagréable qui a sévi avec assez d'intensité dans les rangs littéraires il y a une dizaine d'années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury, aujourd'hui (1867) presque guéri.
L'expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.
LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais écrivain,--dans l'argot des gens de lettres.
LIVRE ROUGE, s. m. Les registres du Dispensaire,--dans l'argot des filles.
LIVRAISON DE BOIS DEVANT SA PORTE (Avoir une), v. a. Se dit,--dans l'argot des faubouriens, d'une femme richement avantagée par la Nature.
LIVRE D'ARCHITECTURE, s. m. Registre qui contient les procès-verbaux d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.
LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de cartes. Argot des faubouriens.
LOCANDIER, s. m. Variété de voleur au bonjour.
LOCATIS, s. m. Cheval de louage,--dans l'argot des commis de nouveautés, à qui leurs moyens défendent les pur-sang.
LOCHE, s. f. Paresseux, gras, mou,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge, qu'on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.
LOCHE, s. f. Oreille,--dans l'argot des voleurs.
LOCHER, v. a. et n. Ecouter.
LOCHER, v. n. Branler, être près de tomber,--dans l'argot du peuple.
LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeois, qui, sans s'en douter emploient là une expression de l'argot des voleurs anglais: Steamer.
LOFFARD ou LOFF, s. et adj. Innocent, niais, pleurard,--dans l'argot des comédiens, qui ne se doutent pas qu'ils ont emprunté ce mot à l'argot des forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes à l'argot des marins.
Le lof est le côté d'un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le fait crier. Le loffard, au bagne, est le forçat frappé par une condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.
LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
LOFFITUDE, s. f. Niaiserie, bêtise.
LOGE, s. f. Lieu de réunion,--dans l'argot des francs-maçons.
Loge irrégulière. Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.
LOGE INFERNALE, s. f. Petite loge d'avant-scène, où se mettent par tradition, les gandins,--imitateurs serviles des lions.
Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein vent comme ceux des Champs-Elysées.
LOGER AUX QUATRE VENTS, v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le vent entre comme chez lui.
LOGER RUE DU CROISSANT, v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne dans le contrat autant de coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.
LOIR, s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises,--dans l'argot du peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme le mus nitela, mange les meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le vieux verbe loirer, pour dérober, voler.
LOLO, s. m. Lait,--dans l'argot des enfants.
LOLOTTE, s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au lieu de vivre pour aimer. Argot des faubouriens.
LOMBARD, s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété,--dans l'argot des ouvriers qui ont travaillé avec les Belges; car c'est en effet le nom qu'on donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa valeur historique.
LONDRÈS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la Havane,--ou d'ailleurs.
LONGCHAMP, s. m. Procession plus ou moins considérable de gens,--dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont on ne parlera plus dans quelques années.
LONGCHAMP, s. m. Promenade favorite,--dans l'argot des Polytechniciens. C'est une cour oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant les heures d'étude.
LONG DU MUR (Le). Avec son argent,--dans l'argot du peuple.
Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur:
«Combien gagnez-vous chez votre patron?--Trois francs par jour.--Alors vous êtes nourri?--Nourri et blanchi, oui... le long du mur!»
LONGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu'ils sont en prison.
LONGÉ, adj. Agé.
LONGIS, s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce qu'il entreprend. Argot du peuple.
On dit aussi Saint Longin.
Longie. Nonchalante, paresseuse.
On dit aussi Sainte-Longie.
LOPIN, s. m. Morceau.
Signifie aussi: Postillon, crachat, expectoration abondante.
LOQUES, s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon, en cuivre,--dans l'argot des écoliers, qui les recueillent avec soin.
Jouer aux loques. Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la bloquette, à la pigoche, etc.
LORCEFÉ, s. f. La prison de la Force,--dans l'argot des voleurs, qui, pour ce mot, se sont contentés de changer la place des lettres et de mettre un é au lieu d'un a.
La Lorcefé des largues. Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de Force où l'on renferme les femmes.
LORET, s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui vit volontiers des miettes de la table amoureuse de la lorette.
Le mot appartient à Nestor Roqueplan.
LORETTE, s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre.
Le mot a une vingtaine d'années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection,--le quartier Notre-Dame-de-Lorette.
LORGNE, s. m. Borgne,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Lorgne-bè.
LORGUE, s. m. As,--dans le même argot.
LOUBION, s. m. Bonnet d'homme ou de femme,--dans le même argot.
LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.
LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,--dans l'argot du peuple.
Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.
LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.
LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,--dans l'argot des voleurs.
LOUCHER (Faire). Donner envie; exciter la convoitise,--dans l'argot du peuple, où l'on emploie souvent cette expression ironique pour refuser quelque chose.
LOUCHER DE LA JAMBE, v. n. Boîter.
Loucher de l'épaule. Être bossu.
Loucher de la bouche. Avoir le sourire faux.
LOUCHES, s. f. pl. Les mains,--dans l'argot des voleurs, qui ne savent pas prendre franchement, honnêtement, et en en demandant la permission.
LOUCHON, s. m. Individu affligé de strabisme,--dans l'argot du peuple.
LOUFIAT, s. m. Voyou, homme crapuleux,--dans l'argot des faubouriens.
LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de Romilly,--dans l'argot facétieux des faubouriens, qui entendent dire depuis si longtemps et qui répètent eux-mêmes si volontiers que marcher dedans c'est signe d'argent.
On dit aussi Pièce de vingt francs.
LOUIS D'OR (N'être pas). Ne pouvoir plaire à tout le monde, soit par son visage quand on est femme, soit par son caractère quand on est homme, soit par son talent quand on est artiste ou écrivain.
C'est une phrase souvent employée, de l'argot du peuple, qui sait que les Louis--XV ou non--seront toujours les bien-aimés, mais qui ignore les âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit nombre d'amis ou de lecteurs de choix.
Odi profanum vulgus, et arceo.
LOUISETTE, s. f. Premier nom donné à la guillotine, «en l'honneur» du docteur Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie et inventeur, du moins importateur de cet instrument de mort.
On l'a appelée aussi Louison.
LOULOU, s. m. Petit chien-loup,--dans l'argot du peuple.
LOULOU. Terme d'amitié, caresse de femme à amant ou d'amant à maîtresse.
On dit aussi Gros loulou.
LOUP, s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n'en sort que lorsqu'il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple.
Malgré le væ soli! de l'Ecriture et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que le méchant qui vit seul,» les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons: la forêt vaut mieux que l'abattoir.
LOUP, s. m. Créancier,--dans l'argot des typographes.
Faire un loup. Faire une dette,--et ne pas la payer.
LOUP, s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot.
LOUP, s. m. Pièce manquée ou mal faite,--dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi Bête ou Loup qui peut marcher tout seul.
LOUP-CERVIER, s. m. Homme qui fait des affaires d'argent; Boursier,--dans l'argot des gens de lettres.
LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,--dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. «Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L'allemand a laufer... le danois lœber...: enfin le suédois possède lopare... Tous ces mots doivent avoir pour racine l'anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir.»
L'ardeur philologique de l'estimable M. Francisque Michel l'a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s'acquérant que dans la pauvreté;--soit les Lupanarii, où l'on ne fait rien de bon, du moins; soit les lupilli, qu'enployaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s'étend au soleil comme un lézard; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.
LOUPE (Camp de la), s. m. Réunion de vagabonds. C'était une guinguette du boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d'un côté par un pâtissier nommé Laflème, et, de l'autre, par un marchand de vin, nommé Feignant...
LOUPEL, s. m. Avare; homme tout à fait pauvre,--dans l'argot des voleurs.
LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,--dans l'argot des ouvriers.
LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.
LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n'aimant pas le travail honnête et doux de l'atelier, préfère le rude et honteux travail de la débauche.
LOUPIAT, s. m. Fainéant, Loupeur,--dans l'argot des faubouriens.
LOUPION, s. m. Chapeau d'homme, rond. Même argot.
LOURDE, s. f. Porte,--dans l'argot des voleurs.
LOURDIER, s. m. Portier.
LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,--dans l'argot des francs-maçons.
On dit aussi Louveton et Louftot.
LOUVRE, s. m. Maison quelconque en pierre de taille,--dans l'argot des bourgeois, pour lesquels la colonnade de Perrault est le nec plus ultra de l'art architectonique.
Ils disent aussi Petit Louvre,--pour ne pas scandaliser dans leurs tombes François Ier, Henri II et Charles IX.
LOVELACE, s. m. Libertin, grand séducteur,--dans l'argot des bourgeois, qui éternisent ainsi le souvenir du principal héros du roman de Richardson (Clarisse Harlowe).
LUCARNE, s. f. Monocle,--dans l'argot des faubouriens.
Crever sa lucarne. Casser le verre de son lorgnon.
LUCRÈCE, s. f. Femme chaste, en apparence du moins,--dans l'argot du peuple, qui a entendu parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et qui n'y croit que sous bénéfice d'inventaire.
Faire la Lucrèce. Contrefaire la prude et l'honnête femme.
LUISANT, s. m. Soleil, ou Jour,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Luisard.
LUISANTE, s. f. La Lune.
On dit aussi Luisarde.
LUNCH, s. m. Collation légère entre le déjeuner et le dîner--dans l'argot des gandins, qui répudient ainsi notre ancien goûter.
Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais a cet avantage sur le lunch parisien, qu'il est une réfection copieuse,--un troisième déjeuner ou un premier dîner,--destiné à ravitailler les estomacs épuisés par les luttes des hustings, quand il y a des élections.
LUNCHER, v. n. Manger des gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier en renom.
LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste du lundi,--dans l'argot des gens de lettres.
Ce mot appartient à M. Pierre Véron.
LUNE, s. f. Caprice; mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.
Être dans ses lunes. Avoir un accès de mauvaise humeur, de misanthropie.
LUNE, s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé.
On dit aussi Pleine lune.
LUNE, s. f. Le second visage que l'homme a à sa disposition, et qu'il ne découvre jamais en public,--à moins d'avoir toute honte bue.
On dit aussi Pleine lune.
LUNE A DOUZE QUARTIERS, s. f. Roue,--dans l'argot des voleurs.
LUNETTE, s. f. Le cercle de la trulla,--dans l'argot du peuple.
LUNETTES, s. f. pl. Les nates,--qui sont en effet de petites lunes.
LUQUE, s. m. Faux certificat, faux passeport, loques de papier,--dans l'argot des voleurs.
Porte-luque. Portefeuille.
Luque signifie aussi image, dessin.
LURELURE (A), loc. adv. Au hasard, sans dessein, sans réflexion surtout,--dans l'argot du peuple.
LURON, s. m. Homme hardi, déluré.
Joyeux luron. Bon compagnon.
LUSQUIN, s. m. Charbon,--dans l'argot des voleurs.
Lusquine. Cendre.
LUSTRE, s. m. La claque,--dans l'argot des coulisses.
Chevaliers du lustre. Gens payés pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre.
On dit aussi Romains.
LUSTRE, s. m. Juge,--dans l'argot des voleurs.
LUSTRER, v. a. et n. Juger.
LUSTUCRU, s. m. Imbécile; évaporé, extravagant,--dans l'argot du peuple.
LYCÉE, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, qui y font leurs humanités et parmi lesquels se trouve, de temps en temps, un Aristote de la force de Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa Philosophie de la guillotine.
LYONNAISE, s. f. Soierie,--dans l'argot des faubouriens, qui pratiquent volontiers l'hypallage et la métonymie.
M
MAC, s. m. Apocope de Maquereau,--dans l'argot des faubouriens.
MACACHE, adj. Mauvais, détestable,--dans l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.
On emploie ordinairement ce mot avec bono:
Macache-bono. Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.
Signifie aussi Zut!
MACADAM, s. m. Boue épaisse et jaune due à l'ingénieur anglais Mac Adam.
MACADAM, s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la boue des boulevards macadamisés.
MACADAMISER, v. a. Empierrer les voies publiques d'après le système de Mac Adam.
MACAIRE, s. m. Escroc; agent d'affaires véreuses; saltimbanque,--dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir du type créé par Frédérick-Lemaître au théâtre et par Daumier au Charrivari.
On dit aussi Robert-Macaire.
MACARON, s. m. Huissier,--dans l'argot des voyous. Traître,--dans l'argot des voleurs.
MACARONER, v. a. et n. Agir en traître.
MACCHABÉE, s. m. Cadavre,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion, sans s'en douter, aux sept martyrs chrétiens.
Mauvais macchabée. Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu'on est forcé de tasser,--dans l'argot des employés des pompes funèbres.
MAC-FARLANE, s. m. Paletot sans manche,--dans l'argot des gandins et des tailleurs.
MÂCHER DE HAUT, v. a. Manger sans appétit,--dans l'argot des bourgeois.
MÂCHER LES MORCEAUX, v. a. Préparer un travail, faire le plus difficile d'une besogne qu'un autre achèvera. Argot du peuple.
MACHER LES MOTS, v. a. Choisir les expressions les plus chastes, les moins blessantes.
Ne pas mâcher les mots à quelqu'un. Lui dire crûment ce qu'on a à lui dire.
MACHIN, s. m. Nom qu'on donne à une personne ou à une chose sur laquelle on ne peut mettre une étiquette exacte.
On dit aussi Chose.
MACHINE, s. f. Chose quelconque dont on ne peut trouver le nom,--dans l'argot des bourgeois, qui ne connaissent pas exactement la propriété des termes. Ainsi il n'est pas rare d'entendre l'un d'eux dire à un artiste, en parlant de son tableau: «Votre petite machine est très jolie.»
Grande machine. Grande toile ou statue de grande dimension.
MÂCHOIRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle arme Samson assomma tant de Philistins.
Signifie aussi: Suranné, Classique,--dans l'argot des romantiques,--ainsi que cela résulte d'un passage des Jeune France de Théophile Gautier, qu'il faut citer pour l'édification des races futures: «L'on arrivait par la filière d'épithètes qui suivent: ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l'épithète la plus infamante, académicien et membre de l'Institut.»
MACHICOT, s. m. Mauvais joueur,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Mâchoire.
MACHONNER, v. n. Parler à voix basse; murmurer, maugréer.
MACHURER, v. a. Barbouiller, noircir.
MAÇON DE PRATIQUE, s. m. Ouvrier en bâtiment,--dans l'argot des francs-maçons.
MAÇON DE THÉORIE, s. m. Franc-maçon.
MADAME, s. f. Dame,--dans l'argot des petites filles.
Jouer à la Madame. Contrefaire les mines, les allures des grandes personnes.
MADAME. Nom que les filles de maison donnent à leur maîtresse,--à l'abbesse.
MADAME LA RESSOURCE, s. f. Marchande à la toilette; revendeuse.
MADAME TIREMONDE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des faubouriens.
Les voyous disent Madame Tirepousse.
Au XVIe siècle, on disait Madame du guichet et Portière du petit guichet.
MADEMOISELLE MANETTE, s. f. Malle.
MADRICE, s. f. Finesse, habileté, madrerie,--dans l'argot des voleurs.
MADRIN, adj. et s. Habile, fin, madré.
MAFFLU, adj. et s. Qui a une face large, épanouie,--dans l'argot du peuple.
Grosse mafflue. Grosse commère.
On dit aussi grasse maffrée et grosse mafflée.
MAGNEUSE, s. f. «Femme qui se déprave avec des individus de son sexe,» dit M. Francisque Michel, qui va bien loin chercher l'étymologie de ce mot,--dans lequel il veut voir une allusion malveillante à une communauté religieuse, tandis qu'il l'a sous la main, cette étymologie.
MAGOT, s. m. Economies, argent caché,--dans l'argot du peuple.
Manger son magot. Dépenser l'argent amassé.
MAGOT, s. m. Homme laid comme un singe ou grotesque comme une figurine chinoise en pierre ollaire.
MAIGRE COMME UN CENT DE CLOUS, adj. Extrêmement maigre.
On dit aussi Maigre comme un coucou, et Maigre comme un hareng-sauret.
MAIGRE (Du)! interj. Silence!--dans l'argot des voleurs.
MAINS DE BEURRE, s. f. pl. Mains maladroites, qui laissent glisser ce qu'elles tiennent. Argot du peuple.
MAISON DE SOCIÉTÉ, s. f. Abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des bourgeois.
MAISON DE MOLIÈRE (La). Le Théâtre-Français,--dans l'argot des sociétaires de ce théâtre, qui n'y exercent pas précisément l'hospitalité à la façon écossaise.
Sous le premier Empire c'était le Temple du goût, et, sous la Restauration, le Temple de Thalie.
MAISONNÉE, s. f. Les personnes, grandes et petites, qui composent une famille,--dans l'argot du peuple.
MAÎTRESSE DE PIANO, s. f. Dame d'âge ou laide qui vient chaque matin chez les petites dames leur faire les cors, ou les cartes, ou leur correspondance amoureuse. Argot de Breda-Street.
MAJOR, s. m. Chirurgien,--dans l'argot des soldats.
MAJOR DE TABLE D'HÔTE, s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches, à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui sert de protecteur aux tripots de la banlieue.
MALADE, adj. et s. Prisonnier,--dans l'argot des voleurs, qui ont perdu la santé de l'âme.
Être malade. Être compromis.
MALADE DU POUCE, adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Avoir le pouce démis pour son argent.
MALADE DU POUCE, adj. Avare, homme qui n'aime pas à compter de l'argent,--aux autres. Argot des faubouriens.
MALADIE, s. f. Emprisonnement. Argot des voleurs.
MAL-A-GAUCHE, s. et adj. Maladroit,--dans l'argot facétieux et calembourique des faubouriens.
MALANDREUX, s. et adj. Infirme; malade; mal à son aise,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois Landreux.
MAL BLANCHI, s. et adj. Nègre,--dans l'argot des faubouriens.
MALECHANCE, s. f. Fatalité, mauvaise chance,--dans l'argot du peuple.
MAL CHOISI, s. m. Académicien,--dans l'argot des faubouriens, qui ont parfois raison.
MALDINE, s. f. Pension bourgeoise,--dans l'argot des voyous.
MAL-DONNE, s. f. Fausse distribution de cartes.--dans l'argot des joueurs.
MALE, s. m. Homme,--dans l'argot des faubouriennes, qui préfèrent les charretiers aux gandins.
Beau mâle. Homme robuste, plein de santé.
Vilain mâle. Homme d'une apparence maladive, ou de petite taille.
Signifie aussi Mari.
MAL EMBOUCHÉ, adj. et s. Insolent, grossier,--dans l'argot du peuple.
MAL FICELÉ, s. m. Garde national de la banlieue,--dans l'argot des faubouriens.
MALFRAT, s. m. Vaurien, homme qui mal fait, ou gamin qui mal fera,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.
M. Francisque Michel donne Malvas, en prenant soin d'ajouter que ce mot est «provençal» et qu'il est populaire à Bordeaux. M. F. Michel a beaucoup plus vécu avec les livres qu'avec les hommes. D'ailleurs, les livres aussi me donnent raison, puisque je lis dans l'un d'eux que le peuple parisien disait jadis un Malfé (malefactus) à propos d'un malfaiteur, et donnait le même nom au Diable.
MALINGRER, v. n. Souffrir,--dans l'argot des voleurs.
MALINGREUX, s. et adj. Souffreteux,--dans l'argot du peuple.
MALITORNE, s. f. Femme disgracieuse, laide, mal faite,--malè tornata.
MALTAIS, s. m. Cabaretier,--dans l'argot des troupiers qui ont été en Algérie.
MALTAISE, s. f. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voleurs.
MALTOUZE, s. f. Contrebande,--dans l'argot des voleurs, les maltôtiers modernes (malle tollere, enlever injustement).
Pastiquer la maltouze, Faire la contrebande.
MALTOUZIER, s. m. Contrebandier.
MANCHE, s. f. Partie,--dans l'argot des joueurs.
Manche à (sous-entendu: Manche), Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et qu'il reste à faire la belle.
MANCHE, s. f. Quête; aumône,--dans l'argot des saltimbanques.
Faire la manche. Quêter, mendier.
MANCHE (Avoir dans sa). Disposer de quelqu'un comme de soi-même,--dans l'argot du peuple.
MANCHON, s. m. Chevelure absalonienne,--dans l'argot des faubouriens.
Avoir des vers dans son manchon. Avoir çà et là des places chauves sur la tête.
MANCHOT, s. m. Homme maladroit comme s'il avait un bras de moins.
N'être pas manchot. Être très adroit,--au propre et au figuré.
MANDARIN, s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les criminels timides,--dans l'argot des gens de lettres.
Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant sans les trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu'un roi, parce que vous supposez avec raison que l'argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger, sans même faire un geste, rien qu'avec la Volonté, vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, sans qu'on sache jamais que vous êtes son meurtrier.
Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en chargeant Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches, mais non sans en être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier de le signaler dans ce Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire des idées modernes que des mots contemporains. D'ailleurs, il a passé dans la littérature et dans la conversation, puisqu'on dit Tuer le mandarin. A ce titre déjà, je lui devais une mention honorable.
MANDIBULES, s. f. pl. Le bas du visage,--dans l'argot du peuple.
Jouer des mandibules. Manger.
On dit aussi Jouer des badigoinces.
MANDOLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
Jeter une mandole. Donner un soufflet.
MANDOLET, s. m. Pistolet,--dans l'argot des voleurs.
MANDRIN, s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la société qu'il appartienne, sur quelque échelon qu'il se soit posé.
Cette expression--de l'argot du peuple--est dans la circulation depuis longtemps.
On dit aussi Cartouche,--ces deux coquins faisant la paire.
MANGEAILLE, s. f. Nourriture.
MANGEOIRE, s. f. Restaurant, cabaret,--dans l'argot des faubouriens.
MANGER, v. a. Subir, avoir, faire,--dans l'argot du peuple.
Manger de la misère. Être besogneux, misérable.
Manger de la prison. Être prisonnier.
Manger de la guerre. Assister à une bataille.
MANGER DANS LA MAIN, v. n. Prendre des familiarités excessives, abuser des bontés de quelqu'un.
MANGER DE CE PAIN-LÀ (Ne pas). Se refuser à faire une chose que l'on croit malhonnête, malgré le profit qu'on en pourrait retirer; répugner à certains métiers, comme ceux de domestique, de souteneur, etc.
MANGER DE LA MERDE. Souffrir de toutes les misères et de toutes les humiliations connues; en être réduit comme l'escarbot, à se nourrir des immondices trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par les hommes et dédaignés même des chiens.
Cette expression--de l'argot des faubouriens--est horrible, non parce qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je l'ai entendue, cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord à lui donner asile dans mon Dictionnaire, mais je n'hésite plus: il faut que tout ce qui se dit se sache.
MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE, v. a. Pâtir beaucoup; souffrir du froid, de la soif et de la faim; n'avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre enfin dans la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en attendant le bonheur.
Cette expression est de l'argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête apocalyptique.
MANGER DES PISSENLITS PAR LA RACINE, v. a. Être mort.
MANGER DU BOEUF, v. a. Être pauvre,--dans l'argot des ouvriers, qui savent combien l'ordinaire finit par être fade et misérable.
MANGER DU FROMAGE. Être mécontent; avoir de la peine à se débarbouiller de ses soucis.
On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme:
«Le duc de Parme déménage; Plus d'hôtel, plus de courtisan! Monseigneur mange du fromage, Mais ce n'est plus du parmesan...»
MANGER DU MÉRINOS, v. a. Jouer au billard,--dans l'argot des habitués d'estaminet.
Ils disent aussi Manger du drap.
MANGER DU PAIN ROUGE, v. a. Vivre d'assassinats impunis,--dans l'argot du peuple.
MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher de l'ouvrage et n'en jamais trouver,--dans l'argot des coiffeurs. Trimer,--dans l'argot du peuple.
MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,--dans l'argot des comédiens.
MANGER LA CHANDELLE (Ne pas). N'avoir rien contre soi qu'on puisse reprocher,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens qu'il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand il dit: C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle, cela signifie: Je n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni mon ennemi.
MANGER LA LAINE SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le tromper, et même le voler, sans qu'il proteste ou s'en aperçoive. Même argot.
MANGER LE BLANC DES YEUX (Se). Se dit de deux personnes qui se regardent avec colère, comme prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.
MANGER LE BON DIEU, v. a. Communier,--dans l'argot des faubouriens.
MANGER LE GIBIER, v. a. Ne rien exiger des hommes, ou ne pas rapporter intégralement l'argent qu'ils ont donné,--dans l'argot des souteneurs qui disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.
MANGER LE MORCEAU, v. a. Faire des révélations, nommer ses complices,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Casser le morceau.
MANGER LE MORCEAU, v. a. Trahir un secret; ébruiter trop tôt une affaire,--dans l'argot du peuple.
MANGER LE MOT D'ORDRE, v. a. Ne plus se le rappeler,--dans l'argot des troupiers.
MANGER LE NEZ (Se). Se battre avec acharnement,--dans l'argot des faubouriens, qui jouent parfois des dents d'une manière cruelle.
Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs «engueulements»,--qui rappellent beaucoup ceux des héros d'Homère,--s'il leur arrive de dire, en manière de début: «Je vais te manger le nez!» ils se contentent de se moucher.
MANGER LE PAIN HARDI, v. a. Être domestique,--dans l'argot du peuple, qui veut marquer que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres, sans se soucier autrement de le gagner.
MANGER LE POULET, v. a. Partager un bénéfice illicite,--dans l'argot des ouvriers, qui disent cela à propos des ententes trop cordiales qui existent parfois entre les entrepreneurs et les architectes, grands déjeuneurs.
MANGER LES SENS (Se). S'impatienter, se mettre en colère,--dans l'argot des bourgeois.
MANGER SON BEEFSTEAK, v. a. Se taire,--dans l'argot des faubouriens, qui ne devraient pourtant pas ignorer qu'il y a des gens qui parlent la bouche pleine.
MANGER SON PAIN BLANC LE PREMIER, v. a. De deux choses faire d'abord la plus aisée; s'amuser avant de travailler, au lieu de s'amuser après avoir travaillé.
Cette expression,--de l'argot du peuple, signifie aussi: Se donner du bon temps dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa vieillesse.
MANGER SUR L'ORGUE, v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son propre crime,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Manger sur quelqu'un.
MANGER UNE SOUPE AUX HERBES. Coucher dans les champs. Argot des faubouriens.
MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer un camarade,--dans l'argot des typographes, qui, comme tous les ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le marchand de vin en revenant du cimetière.
MANGEUR, s. m. Dissipateur, viveur,--dans l'argot du peuple.
MANGEUR DE BLANC, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens.
MANGEUR DE BON DIEU, s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l'église que le cabaret. Argot du peuple.
MANGEUR DE CHOUCROUTE, s. m. Allemand.
MANGEUR DE GALETTE, s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de l'argent.
MANGEUR DE POMMES, s. m. Normand.
MANGEUSE DE VIANDE CRUE, s. f. Fille publique.
L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.
MANICLE, s. f. Se dit de toutes les choses gênantes, embarrassantes, comme le sont en effet les manicles des prisonniers.
Ce mot vient de manicæ, menottes. Les forçats, qui ne sont pas tenus de savoir le latin, donnent ce nom aux fers qu'ils traînent aux pieds; en outre, au lieu de l'employer au pluriel, comme l'exigerait l'étymologie, ils s'en servent au singulier: c'est ainsi que de la langue du bagne il est passé dans celle de l'atelier.
Frère de la manicle. Filou.
MANIÈRE, s. f. Façon de se conduire avec les hommes,--dans l'argot des drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et en actions peut être la première manière d'une courtisane, et la pudicité, voire l'honnêteté, sa troisième manière,--la plus remarquable et la plus dangereuse.
MANIÈRES, s. f. pl. Embarras, importance exagérée; mines impertinentes; simagrées,--dans l'argot des faubouriens.
MANIGANCE, s. f. Intrigue, fourberie,--dans l'argot du peuple.
MANIGANCER, v. a. Méditer une fourberie; préparer une farce, un coup, une affaire.
MANIQUE, s. f. Métier; cuir dont les cordonniers se couvrent la main.
Connaître la manique. Connaître à fond une affaire.
Sentir la manique. Sentir le cuir ou toute odeur d'atelier.
MANIVELLE, s. f. Chose qui revient toujours fastidieusement; travail monotone, ennuyeux.
C'est toujours la même manivelle. C'est toujours la même chanson.
MANNEAU, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Mézingaud et Mézière.
MANNEQUIN, s. m Imbécile, homme de paille,--dans l'argot du peuple.
MANNEQUIN, s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tapecul,--dans l'argot du peuple.
MANNEQUIN DU TRIMBALLEUR DES REFROIDIS, s. m. Corbillard,--dans l'argot des voleurs.
MANNEZINGUE, s. m. Cabaret; marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce mot que depuis une trentaine d'années.
On dit aussi Minzingouin et Mannezinguin.
Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le concernent sont plus difficiles à obtenir que s'il s'agissait d'un mot plus ancien. J'ai bien envie de hasarder ma petite étymologie: Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant le tire-bouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.
MANNEZINGUEUR, s. m. Habitué de cabaret.
MANON, s. f. Gourgandine,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Maîtresse,--dans l'argot des bourgeois.
MANQUE, (A la), adv. A gauche,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Endommagé et Malade.
MANTEAU D'ARLEQUIN, s. m.
Draperie qui entoure le rideau d'avant-scène,--dans l'argot des coulisses.
«On l'a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps de la Comédie italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas comme des rideaux d'alcôve en glissant sur des tringles; or, comme Arlequin, au dénoûment de la pièce, était toujours le dernier comédien qui saluait le public de sa batte, le rideau, qui se fermait sur lui, semblait lui faire un manteau.»
MAQUA, s. f. Entremetteuse,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques cents ans.
On a écrit Maca au XVIe siècle.
MAQUECÉE, s. f. Abbesse de l'abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des voleurs.
MAQUEREAU, s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles,--dans l'argot du peuple.
Il est regrettable que Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas réduits à la conjecturer.
Il y a longtemps qu'on emploie cette expression; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà; mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi l'a-t-il employée? Est-ce une corruption du mæchus d'Horace («homme qui vit avec les courtisanes,» mœcha, fille)? Est-ce le [grec: machros] grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle)? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord? Je l'ignore,--et c'est précisément pour cela que je voudrais le savoir; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Etudes de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc,--par aphérèse.
MAQUEREAUTAGE, s. m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les hommes; maquignonnage.
On prononce Macrotage.
MAQUEREAUTER, v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes qui ne vivant elles-mêmes qu'aux dépens des hommes.
On prononce Macroter.
Maquereauter une affaire. Intriguer pour la faire réussir.
MAQUEREAUTIN. s. m. Apprenti débauché, jeune maquereau.
On prononce Macrotin.
MAQUERELLAGE, s. m. Proxénétisme.
MAQUERELLE, s. f. Femme qui trafique des filles.
Au XVIIIe siècle on disait Maqua.
MAQUI, s. f. Rouge, fard,--dans l'argot des voleurs.
C'est probablement une apocope du vieux mot Maquignonnage.
MAQUIGNON, s. m. Homme qui fait tous les métiers, excepté celui d'honnête homme,--dans l'argot du peuple.
MAQUIGNONNAGE, s m. Proxénétisme; tromperie sur la qualité et la quantité d'une marchandise; abus de confiance.
MAQUIGNONNER, v. a. Faire des affaires véreuses.
MAQUILLAGE, s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur le visage,--dans l'argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande qu'à être trompé.
Blanc de céruse et rouge végétal,--je ne dis pas assez; et pendant que j'y suis, je vais en dire davantage afin d'apprendre à nos petits-neveux, friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de l'Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes modernes: Blanc de céruse ou blanc de baleine; rouge végétal ou rouge liquide; poudre d'iris et poudre de riz; cire vierge fondue et pommade de concombre; encre de Chine et crayon de nitrate,--sans compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher; l'âge et les veilles l'ont jauni, il faut le roser; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser; les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. O les miracles du maquillage!
MAQUILLÉE, s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame enfin,--dans l'argot des faubouriens.
MAQUILLER, v. a. Faire agir, machiner,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie.
Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes,--dans le même argot.
Signifie aussi Tricher à l'écarté.
Maquiller son truc. Faire sa manœuvre;
Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre;
Maquiller un suage. Se charger d'un assassinat. Même argot.
MAQUILLER (Se), v. réfl. Se couvrir le visage de carmin et de blanc,--dans l'argot des petites dames, dont la beauté est l'unique gagne-pain, et qui cherchent naturellement à dissimuler les outrages que les années--et la débauche--peuvent y faire.
MAR, Désinence fort à la mode vers 1830,--comme les Osages. On retranchait la dernière syllabe des mots et on y substituait ces trois lettres qui donnaient un «cachet» au langage des gens d'esprit de ce temps-là. On disait Boulangemar pour Boulanger, Epicemar pour Epicier, etc. C'était une sorte de javanais mis à la portée de tout le monde. Il en est resté malheureusement quelques éclaboussures sur notre langue. (Lire les Béotiens de Louis Desnoyers.)
MARAILLE, s. f. Le peuple, le monde,--dans l'argot des voleurs.
MARAUDER, v. n. Raccrocher des pratiques en route,--dans l'argot des cochers de voitures de place, qui frustrent ainsi leur administration.
On dit aussi Aller à la maraude et Faire la maraude.
MARAUDEUR, s. m. Cocher en quête d'un «bourgeois».
On dit aussi Hirondelle.
MARBRE, s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes posent les paquets destinés à être mis en page.
Avoir un article sur le marbre. Avoir un article composé, sur le point de passer,--dans l'argot des typographes et des journalistes.
MARCANDIER, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs, qui emploient là une expression de la vieille langue des honnêtes gens.
MARCASSIN, s. m. Petit garçon malpropre et grognon,--dans l'argot du peuple.
MARCHAND D'EAU CHAUDE, s. m. Cafetier.
MARCHAND DE CERISES, s. m. Mauvais cavalier.
MARCHAND DE FEMMES, s. m. Négociateur en mariages.
MARCHAND DE SOMMEIL, s. m. Logeur en garni,--dans l'argot des faubouriens.
MARCHAND DE SOUPE, s. m. Maître de pension,--dans l'argot des écoliers.
MARCHAND D'HOMMES, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot du peuple.
MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,--dans l'argot de la cavalerie.
MARCHE DE FLANC, s. f. Le sommeil, ou seulement le repos,--dans l'argot des sous-officiers.
MARCHER, v. n. Être de la même opinion; consentir,--dans l'argot des typographes.
MARCHER DEDANS. Rencontrer sous son pied un insurgé de Romilly,--dans l'argot du peuple.
MARCHER AU PAS. Obéir, filer doux,--dans le même argot.
Faire marcher quelqu'un au pas. Agir de rigueur envers lui.
On dit aussi: Mettre au pas.
MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ, v. n. N'avoir pas de souliers ou avoir des souliers usés,--dans le même argot.
MARCHER SUR LE PIED, v. n. Chercher querelle à quelqu'un,--une querelle d'Allemand; saisir le moindre prétexte pour se fâcher,--dans l'argot des bourgeois.
N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied. Être très chatouilleux, très susceptible.
MARCHES DU PALAIS, s. f. pl. Rides du front,--dans l'argot du peuple.
MARCHEUSE, s f. Rat d'une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa jeunesse elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un débris de la fille d'Opéra du XVIIIe siècle.
MARCHEUSE, s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions «sont d'appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu'elle représente».
MARCO, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis la pièce de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les Filles de marbre, dont l'héroïne principale s'appelle Marco.
MARDI, S'IL FAIT CHAUD!
Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers quand il veut se moquer ou se débarrasser d'un importun.
Ce mardi-là et le Dimanche après la grand'messe font partie de la fameuse Semaine des quatre jeudis.
MARGAUDER, v. n. Dénigrer quelqu'un; décrier une chose. Argot des bourgeois.
Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle de la pie, dite margot, qui joue le rôle de commère parmi les oiseaux? Mais alors il faudrait écrire margoter, ou tout au moins margoder.
MARGOT, s. f. Pie,--dans l'argot du peuple.
MARGOT, s. f. Fille ou femme qui a jeté son bonnet et sa pudeur par-dessus les moulins.
On dit aussi Margoton.
MARGOT, s. f. Maîtresse, concubine,--dans l'argot des bourgeois.
Vivre avec des margots. Vivre avec des filles; passer le meilleur de son temps à filer le plus imparfait amour aux pieds d'Omphales d'occasion, sans avoir l'excuse du fils d'Alcmène,--qui du moins était un hercule.
MARGOUILLIS, s. m. Gâchis,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré.
MARGOULETTE, s. f. La bouche, considérée comme avaloir.
Rincer la margoulette à quelqu'un. Lui payer à boire.
MARGOULIN, s. m. Débitant,--dans l'argot des commis voyageurs.
MARGUERITES, s. f. pl. Poils blancs de la barbe,--dans l'argot du peuple, qui a parfois des images aussi poétiques que justes.
Il dit aussi Marguerites de cimetière.
MARIAGE À LA DÉTREMPE, s. m. Union morganatique,--dans l'argot des ouvriers.
«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même famille: Wife in water colours (femme à l'aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos d'une concubine.
MARIANNE, s. f. La République,--dans l'argot des démocrates avancés.
Avoir la Marianne dans l'œil.
Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.
MARIE-BON-BEC, s. f. Femme bavarde, «un peu trop forte en gueule»,--dans l'argot du peuple.
MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f. Femme facile,--trop facile.
MARIER JUSTINE. Précipiter un dénouement, arriver vite au but,--dans l'argot des coulisses.
Cette expression date de la première représentation d'un vaudeville des Variétés, Thibaut et Justine, joué sous la direction de Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public s'impatiente, il est sur le point de siffler. L'auteur ne mariait Justine qu'à la dernière scène, encore bien éloignée. «Il faut marier Justine tout de suite», s'écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria des coulisses aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et l'on maria Justine, et la pièce fut sauvée,--et l'argot théâtral s'enrichit d'une expression.
MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.
MARIE-SALOPE, s. f. Bateau dragueur,--dans l'argot des mariniers de la Seine.
MARI MALHEUREUX, s. m. «Le dernier de Paul de Kock»,--dans l'argot pudibond des bourgeois.
MARIN D'EAU DOUCE, s. m. Canotier de la Seine,--dans l'argot du peuple.
MARIOLLE, s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un peu voleur,--dans l'argot des souteneurs.
J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes, les mariolles boulotteront.»
MARIOLLE, s. et adj. Malin, ingénieux, rusé,--dans l'argot des faubouriens.
MARIONNETTE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.
MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d'une bastringueuse du nom de Maria, qui florissait en l'an de grâce 1839 à la Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte du nom de Clara disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage.
Les partisans de cette dernière s'appelaient Clarinettes.
MARLOU, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens.
Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des marguilliers? Puisqu'il lui fallait absolument une étymologie, que ne l'a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais! Mar (gâter) love (amour); les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n'est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français marcou.
MARLOU, s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.
MARLOUSERIE, s. f. Profession de Marlou.
Se dit aussi pour Habileté.
MARLOUSIER, s. m. Apprenti marlou.
MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée d'enfants,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Marmaillerie.
MARMITE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des souteneurs, qui n'éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles.
Marmite de cuivre. Femme qui gagne--et rapporte beaucoup.
Marmite de fer. Femme qui rapporte un peu moins.
Marmite de terre. Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.
MARMITEUX, s. et adj. Piteux, ennuyé, malade,--dans l'argot du peuple.
MARMITON DE M. DOMANGE, s. m. Vidangeur,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent guère qu'ils ne font que répéter une expression du XVIe siècle: «Marmiton de la gadouarde», lit-on dans les Après-disnées du seigneur de Cholières.
Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, le goldfinder des Anglais.
MARMONNER, v. a. Parler entre les dents d'un air fâché; murmurer, gronder,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Marmotter.
MARMOT, s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif.
Croquer le marmot. Attendre en vain.
MARMOTTE, s. f. Boîte ou carton d'échantillons,--dans l'argot des commis-voyageurs.
MARMOTTE, s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.
MARMOTTIER, s. m. Savoyard,--dans l'argot des faubouriens.
MARMOUSE, s. f. Barbe,--dans l'argot des voleurs.
MARMOUSER, v. n. Bruire, comme l'eau qui bout,--dans l'argot du peuple.
MARMOUSET, s. m. Gamin, homme de mine chétive.
MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,--dans l'argot des voleurs, par allusion au marmousement du bouillon.
Le marmouset riffode. Le pot bout.
MARNER, v. a. Voler,--dans l'argot des revendeuses du Temple.
MARNER, v. n. Travailler avec ardeur,--dans l'argot des faubouriens.
MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement, manie,--dans l'argot des bourgeois.
MAROTTIER, s. m. Bimbelottier, camelotteur,--dans l'argot des voleurs.
MARQUANT, s. m. Maître, chef,--dans le même argot.
MARQUE, s. f. Femme,--dans le même argot.
Marque de cé. Femme légitime d'un voleur.
Marque franche. Concubine.
MARQUÉ, s. m. Mois,--dans le même argot.
Quart de marqué. Semaine.
MARQUÉ (Être). S'être battu et avoir l'œil poché. Argot des faubouriens.
MARQUÉ A LA FESSE, adj. et s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux,--dans l'argot des typographes.
MARQUÉ AU B, adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard,--dans l'argot du peuple.
MARQUER (Ne plus), v. n. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE, v. a. Exagérer le compte d'un débiteur, en marquant 4 quand il a dépensé 1,--ainsi qu'il arrive à beaucoup de cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une bonne paye, distraite, des pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise, plus distraite encore.
MARQUER LE COUP, v. a. Trinquer,--dans l'argot des ouvriers.
MARQUER LE COUP, v. a. Toucher légèrement son adversaire,--dans l'argot des professeurs d'escrime, boxe, etc.
MARQUER SON LINGE, v. a. Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du peuple.
MARQUIS D'ARGENTCOURT, s. m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne pourrait lui rendre que cela,--n'ayant absolument rien autre.
On dit aussi Marquis de la bourse plate.
MARQUISE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUISE, s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois,--comme le saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.
MARRAINE, s. f. Témoin femelle, dans l'argot des voleurs.
MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde,--dans l'argot des soldats.
MARRON, s. m. Livre imprimé clandestinement,--dans l'argot des typographes.
MARRON (Être). Être la victime de quelque chose, être la dupe de quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
Être servi ou paumé marron. Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits,--dans l'argot des voleurs.
Je ne crois pas qu'il faille, à propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de Bertrand et Raton, comme l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de cette expression. Le verbe marronner, que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu'il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce verbe est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment? Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné naissance à Être marron. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il, qu'on appelle nègre marron un nègre fugitif,--qu'on reprend toujours. Que le lecteur daigne conclure.
MARRONNER, v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.
Faire marronner quelqu'un. Le faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison ne le permettent.
Signifie aussi Faire enrager, taquiner.
MARRONNER UNE AFFAIRE, v. a. Manquer un vol par maladresse,--dans l'argot des voleurs.
MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête grotesque, personnage ridicule,--dans l'argot du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les marrons d'Inde, à la mode il y a une vingtaine d'années.
On dit aussi Pomme de canne.
MARSEILLAISE, s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.
MARSOUIN, s. m. Homme laid et mal fait; marin.
MARTYR, s. m. Le caporal,--dans l'argot des soldats, qui ont constaté que ce simple gradé se donnait plus de mal que les autres gradés ses supérieurs et pour une paye moins haute.
MASQUE, s. f. Fille ou femme un peu coquine,--dans l'argot du peuple, qui ne dit pas cela en trop mauvaise part.
MASQUE, s. m. Vilaine figure, homme fort laid.
MASSACRE, s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l'ouvrage,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.
MASSE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses,--dans l'argot du peuple.
En masse. En grand nombre, en grande quantité.
MASSÉ, s. m. Coup de queue donné perpendiculairement à une bille,--dans l'argot des joueurs de billard.
MASSER, v. n. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.
MASSER, v. a. et n. Payer, donner l'argent de sa masse. Argot des faubouriens.
MASSEUR, s. et adj. Homme laborieux.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des canotiers.
MASTIC, s. m. Sens interverti, lignes ou mots déplacés dans le trajet de la galée au marbre, et occasionnant par cela même une confusion où souvent l'auteur a grand'peine à se reconnaître. Argot des typographes.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des voleurs.
MASTIC, s. m. Le pain ou la viande,--dans l'argot des francs-maçons.
MASTIQUER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la mastication comme de simples profanes.
MASTOC, s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd,--dans l'argot du peuple.
MASTROQUET, s. m. Marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens.
Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?
MATADOR, s. m. Homme riche, de fait ou d'apparence,--dans l'argot du peuple.
Faire le matador. Faire des embarras.
MATAGOT, s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa laideur de singe.
MATASSIN, s. m. Personnage ridicule, en parole ou en action,--dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de leur Molière.
MATELASSER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe d'assez de coton pour tromper les yeux--des myopes.
MATELOT, s. m. Copain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments en général,--dans l'argot des francs-maçons, pour qui manger c'est travailler.
Ils disent aussi Parfums.
MATHURINS, s. m. pl. Dés à jouer,--dans l'argot des voleurs.
Mathurins plats. Dominos.
MATIGNON, s. m. Messager,--dans le même argot.
MÂTIN, s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de choses,--dans l'argot du peuple.
Mâtine, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.
MÂTIN! Exclamation qui sert à marquer l'admiration la plus violente ou la douleur la plus vive.
On dit aussi Sacré mâtin.
MATOIS, s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe.
On dit aussi fin matois, malgré le pléonasme.
MATOISE, s. f. Intrigante,--ou seulement Femme habile à vendre sa marchandise.
On dit aussi Fine matoise.
MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.
Bon matou. Libertin.
MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire: ma traque pour ma trique, et ils ont pris cela pour du sabir.
MAUVAIS COUCHEUR, s. m. Homme difficile à vivre.
MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement, vagabond, fainéant,--dans l'argot du peuple.
Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme, par exemple, pour convier quelqu'un au départ: Allons, en route, mauvaise troupe! lui dit-on.
MAUVIETTE, s. et adj. Enfant, et même grande personne d'un tempérament délicat, d'une apparence chétive.
MAUVIETTE, s. f. Décoration à la boutonnière,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Trompe-l'œil.
MAYEUX, s. m. Bossu,--dans l'argot du peuple, qui se souvient du type créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830.
Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.
MAZAGRAN, s. m. Café froid à l'eau de Seltz,--dans l'argot des garçons de café.
Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope de verre, au lieu de l'être dans une tasse.
MAZARO, s. m. Prison,--dans l'argot des troupiers.
MAZETTE, s. f. Conscrit,--dans l'argot des troupiers. Homme de petite taille,--dans l'argot du peuple.
MÉCANISER, v. a. Vexer quelqu'un, le tourmenter, se moquer de lui, et même en médire un peu,--dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel «trouve le germe de cette locution dans un passage des Vies des dames illustres de Brantôme», et ce germe, c'est mœquaniqueté... Le malheur est que jamais «locution ne fut plus moderne. Quant à son «germe», le premier mécanicien venu le trouverait en conduisant sa machine.
MÉCANISEUR, s. m. Railleur, médisant.
MÈCHE, s. f. Possibilité de aire une chose.
Il y a mèche. Il y a moyen.
Il n'y a pas mèche. Cela n'est pas possible.
On dit aussi elliptiquement: Mèche!
MÈCHE, s. f. Intrigue, secret.
Découvrir la mèche. Tenir les fils d'une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.
MÈCHE, s. m. Travail, ouvrage à faire,--dans l'argot des typographes.
Chercher mèche. Chercher de l'ouvrage.
MÈCHE, s. f. Moitié, demi,--dans l'argot des voleurs.
Être de mèche. Partager un butin avec celui qui l'a fait.
Signifie aussi Demi-heure. D'où, sans doute, l'expression des faubouriens: Et mèche.
MÉCHI, s. m. Malheur,--dans le même argot.
C'est assurément le meschief de notre vieille langue.
MÉCHILLON, s. m. Quart d'heure.
MÉDAILLE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des artistes et des faubouriens.
Le mot sort de la Vie de Bohême, d'Henry Murger.
Médaille d'or. Pièce de vingt francs.
MÉDAILLE DE SAINT HUBERT, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui savent que ces médailles-là préservent de la rage de dents.
MÉDAILLE EN CHOCOLAT, s. f. Médaille de Sainte-Hélène,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir.
On a dit aussi Médaille de commissionnaire et Contre-marque du Père-Lachaise.
MÉDAILLON, s. m. La partie du corps où Paul de Kock fait se fendre la culotte de ses héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber.
C'est un mot de l'argot des voleurs, qui donnent ainsi un pendant au portrait de l'argot des faubouriens.
Médaillon de flac. Impasse, cul-de-sac.
MÉDECIN, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs, qui ont besoin d être guéris de l'accusation, souvent mortelle, qui pèse sur eux.
MÉDECINE, s. f. Plaidoirie.
MÉDECINE, s. f. Conseil.
Médecine flambante. Bon conseil, avis salutaire.
MÉDECINE, s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à contre-cœur les discours. Argot du peuple.
MÉDIANIMIQUE, adj. Qui appartient au médium.
Facultés médianimiques. Celles que possèdent les médiums et qui leur permettent d'entrer en communication avec les Esprits,--à ce qu'ils disent.
L'expression a été forgée par Delaage.
MÉDIUM, s. m. Individu qui évoque les Esprits,--les lémures, auxquelles les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens.
Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.
MEG, s. m. Maître, roi,--dans l'argot des voleurs, qui, quoique affranchis, sont volontiers les esclaves de quiconque est plus fort, plus rusé, plus coquin qu'eux.
Meg des megs. Dieu.
Meg de la rousse. Le préfet de police.
Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu'il faut écrire et prononcer mec et non meg.
MÊLÉ, s. m. Mélange d'eau-de-vie et de cassis, ou d'anisette et d'absinthe,--dans l'argot des faubouriens.
MELET, TE, adj. Petit, petite,--dans l'argot des voleurs.
MÉLI-MÉLO, s. m. Confusion, mélange chaotique,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression au propre et au figuré.
MELON, s. et adj. Imbécile, nigaud.
Cette injure,--quoique le melon soit une chose exquise,--a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd'hui que du temps d'Homère: «Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle [grec: pepones].»
Il y a longtemps, en effet, que l'homme, «ce Dieu tombé», ne se souvient plus des cieux, puisqu'il y a longtemps que la moitié de l'humanité méprise et conspue l'autre moitié.
MELON, s. m. Elève de première année,--dans l'argot des Saint-Cyriens.
MEMBRE DE LA CARAVANE, s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses,--dans l'argot du peuple, qui emploie une périphrase pour dire camelus.
MENÉE, s. f. Douzaine,--dans l'argot des voleurs.
MENER LARGE (N'en pas). Avoir peur, se faire humble et petit,--dans l'argot des faubouriens.
MENER LES POULES PISSER. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un homme qui s'amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte.
L'expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d'Orléans, on voit Jocrisse qui mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.
MENER PAR LE BOUT DU NEZ, v. a. Faire ce qu'on veut d'une femme, quand on est homme, d'un homme quand on est femme.
Se laisser mener par le bout du nez. Être d'une faiblesse extrême, faire la volonté des autres et non la sienne propre.
MENER PISSER, v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des troupiers.
On ne le mène pas pisser! Une phrase de l'argot du peuple, qui l'emploie pour indiquer le caractère d'un homme qui ne fait que ce qu'il veut, et non ce que les autres veulent.
Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.
MENESSES, s. f. pl. Filles de maison,--dans l'argot des soldats.
MENESTRE, s. f. Soupe, potage,--dans l'argot des voleurs et des honnêtes gens.
«Mon docteur de menestre en sa mine altérée, Avoit deux fois autant de mains que Briarée,»
dit Mathurin Régnier, en sa satire du Souper ridicule.
«L'ingrat époux lui fit tater D'une menestre empoisonnée,»
dit Scarron, en sa satire contre Baron.
MENGIN, s. m. Charlatan politique et littéraire.
Encore un nom d'homme devenu un type applicable à beaucoup d'hommes.
MENOTTES, s. f. pl. Mains,--dans l'argot des enfants, des mères et des amoureux.
On disait mainettes au temps jadis, comme le prouvent ces vers de Coquillart:
«Tousjours un tas de petits ris, Un tas de petites sornettes. Tant de petits charivaris, Tant de petites façonnettes, Petits gants, petites mainettes. Petite bouche à barbeter...»
MENTEUSE, s. f. La langue,--dans l'argot des voleurs, dont M. de Talleyrand s'est fait le plagiaire prolixe en disant: La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.»
Les voleurs anglais ont la même expression; ils appellent la langue prating cheat (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).
MENTON DE GALOCHE, s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de Polichinelle. Argot du peuple.
MENUISIÈRE, s. f. Redingote longue, très longue, trop longue, comme les affectionnent les ouvriers, pour prouver qu'ils ne ménagent pas plus le drap que les bourgeois. Argot des rapins.
MÉQUARD, s. m. Commandant, mec, dans l'argot des voleurs.
MÉQUER, v. a. Commander.
MER, s. f. Le fond du théâtre, quel que soit le décor. Argot des coulisses.
Aller voir la mer. Remonter la scène jusqu'au dernier plan.
MER A BOIRE (C'est la). Se dit--dans l'argot du peuple--de toute chose ennuyeuse ou difficile à faire; et,--dans l'argot des bourgeois--de toute affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir.
Ce n'est pas la mer à boire. Se dit, au contraire, de toute chose facile à faire, de toute entreprise qu'on peut aisément mener à bonne fin.
MERCADET, s. m. Nom d'un personnage de Balzac qui est devenu celui de tous les brasseurs d'affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons en eau trouble.
MERCANDIER, s. m. Boucher qui ne trafique que sur les viandes de qualité inférieure.
MERCENAIRE DE L'IMMOBILITÉ, s. m. Modèle,--dans l'argot des rapins.
MERDAILLON, s. m. Homme sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du peuple.
On dit aussi Merdeux.
MERDAILLE, s. f. Troupe importune de petits enfants.
MERDE! Exclamation énergique dont Cambronne ne s'est servi qu'une fois, le 18 juin 1815, et dont le peuple se sert tous les jours,--dix fois plutôt qu'une.
Ah! merde alors! Exclamation qui n'échappe que dans les situations critiques, fatales, comme, par exemple, lorsqu'on perd au jeu, lorsqu'on casse sa pipe, etc.
MERDE, s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n'y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.
MERDEUX (Bâton), s. m. Homme d'un caractère inégal, fantasque, ombrageux, désagréable, qu'on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le faire agir.
MÈRE-ABBESSE, s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de demoiselles--indignes d'orner leur corsage du bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
MÈRE AU BLEU, s. f. La guillotine,--dans l'argot des voleurs, qui veulent faire croire aux autres que c'est le chemin du ciel, sans le croire eux-mêmes.
MÈRE D'OCCASION, s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui veut se faire respecter--des gens pauvres. C'est ordinairement une vieille drôlesse chevronnée par le vice.
«Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,»
et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les nobles étrangers attirés autour de sa fille--adoptive--comme les papillons autour d'une lampe.
MÉRINOS, s. m. Personne qui a l'haleine forte,--dans l'argot des faubouriens, qui se plaisent aux calembours.
MERLAN, s. m. Coiffeur,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'invention de la poudre à poudrer, parce qu'alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le Journal de Barbier en fait mention, ce qui lui donne plus d'un siècle de circulation.
MÉRUCHE, s. f. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
Méruchée. Poêlée.
Méruchon. Poêlon.
MESS, s. m. Table où mangent en commun les officiers d'un même régiment.
Encore un mot d'importation anglaise, à ce qu'il paraît: The Mess, dit le Dictionnaire de Spiers; to mess, ajoute-t-il. C'est plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir, soit de notre Mense (mensa), qui a la même signification, soit de notre Messe (missa), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du vin.
MESSE DU DIABLE, s. f. Interrogatoire,--dans l'argot des voleurs, qui sont volontiers athées.
MESSIÈRE, s. m. et f. Victime,--dans le même argot.
Messière franc. Bourgeois.
Messière de la haute. Homme comme il faut.
Ne serait-ce pas le Messire du vieux temps?
MESSIRE LUC, s. m. Anagramme facile à deviner,--dans l'argot des érudits amis de la scatologie.
MÉTAL, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple, qui, sans s'en douter, se sert de la même expression qu'Horace: Metallis potior libertas (La liberté vaut tout l'or du monde).
MÉTAUX, s. m. pl. L'argent; or, argent ou cuivre,--dans l'argot des francs-maçons.
MÉTHODE CHEVÉ, s. f. Manière de jouer au billard contraire à l'usage: y jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des bohèmes.
S'applique aussi au Bilboquet, quand on le prend par la boule et qu'on veut faire entrer le manche dedans.
MÉTIER, s. m. Habileté d'exécution, adresse de main,--dans l'argot des artistes.
Avoir un métier d'enfer. Être d'une grande habileté.
METTRE A L'OMBRE, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot du peuple. Tuer,--dans l'argot des voleurs.
METTRE A MÊME. Tromper,--dans l'argot des faubouriens.
«Voyez quel emblême! Sa nièc' d'Angoulème Nous met tous à même!»
dit une chanson de 1832.
METTRE A PIED, v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus ou moins de temps. Argot des bourgeois.
METTRE A QUELQU'UN (Le), v. a. Le tromper; lui conter des bourdes qu'il accepte pour des vérités,--dans l'argot des faubouriens.
METTRE A TABLE (Se). Être disposé à dénoncer ses complices; être sur le point de faire des révélations,--dans l'argot des voleurs qui veulent manger le morceau.
METTRE A TOUTES LES SAUCES (Se), v. réfl. Faire tous les métiers pour gagner sa vie,--dans l'argot du peuple.
METTRE AVEC QUELQU'UN (Se), v. réfl. Vivre maritalement,--dans l'argot des ouvriers et des grisettes.
METTRE BIEN (Se), v. réfl. Ne rien se refuser,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en voyant quelqu'un boire beaucoup, il lui dira: «Tu te mets bien, toi!»
METTRE DANS DE BEAUX DRAPS, v. a. Engager quelqu'un dans une affaire scabreuse, dans un mauvais pas, dans un danger quelconque.
On dit aussi: Être dans de beaux draps.
METTRE DANS LA POMMADE, v. a. Gagner quelqu'un au jeu. Argot des faubouriens.
Signifie aussi Tromper, jouer un tour.
METTRE DANS LE MILLE, v. a. Réussir dans une entreprise.
Se dit aussi pour: Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.
METTRE DANS SON SAC. Recevoir des injures ou des coups sans y répondre; encaisser des soufflets ou des sottises sans en donner reçu.
METTRE DEDANS, v. a. Mettre en prison.
Signifie aussi Tromper.
METTRE DE L'EAU DANS SON VIN, v. a. S'humilier après avoir été arrogant; reconnaître ses torts.
METTRE DU BEURRE DANS SES ÉPINARDS, v. a. Introduire un peu de gaieté dans sa vie; avoir des chances heureuses.
METTRE EN BRINGUE, v. n. Mettre en morceaux, briser.
METTRE EN PATE, v. a. Renverser un ou plusieurs paquets en les transportant ou en imposant,--dans l'argot des typographes.
On dit aussi Tomber en pâte.
METTRE EN QUATRE (Se), v. réfl. Montrer du zèle pour quelqu'un ou pour quelque chose,--dans l'argot des bourgeois.
METTRE EN RANG D'OGNONS (Se). Se placer les uns derrière les autres,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois d'un homme, qu'il se mettait en rang d'ognons quand il se plaçait dans celui où il y avait des gens de plus grande condition que lui.
METTRE LA MAIN A LA PATE. Aider à un vol et participer à ses bénéfices.
METTRE LA PUCE A L'OREILLE, v. a. Inquiéter quelqu'un par une fausse nouvelle.
C'est l'alicui curam et angorem animi creare des Latins.
METTRE LA TABLE POUR LES ASTICOTS. Mourir,--dans l'argot des voyous.
METTRE LA TÊTE A LA FENÊTRE, v. a. Être guillotiné,--dans l'argot des voleurs.
METTRE LE CHIEN AU CRAN DU REPOS. Dormir,--dans l'argot des soldats.
METTRE LE MOINE, v. a. Passer un nœud coulant au pouce du pied d'un soldat pendant son sommeil, et tirer de temps en temps la corde par petites secousses: les contorsions douloureuses qu'il fait, sans se réveiller, sont très drôles, au dire des troupiers farceurs.
Au XVIe siècle on disait Bailler le moine.
METTRE LES PETITS PLATS DANS LES GRANDS, v. a. Se mettre en frais pour bien recevoir ses invités,--dans l'argot des bourgeois.
METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT. Ne conserver aucun ménagement, ne prendre aucune précaution, ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant. Argot du peuple.
METTRE SOUS PRESSE, v. a. Mettre en gage.
METTRE SUR LES DENTS, Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu'un.
METTRE SUR LES FONTS DU BAPTÊME (Se). Se mettre dans une position difficile, embarrassante, compromettante. Argot des voleurs.
METTRE TOUS SES OEUFS DANS LE MÊME PANIER. Confier toute sa fortune à un seul banquier; aventurer tout ce qu'on a dans une entreprise. Argot des bourgeois.
MEUBLANT, s. m. Entreteneur, galant homme qui met une femme galante dans ses meubles.
L'expression est toute récente.
MEULARD, s. m. Veau,--dans l'argot des voleurs.
MEULES DE MOULIN, s. f. plur. Les dents, principalement les molaires, qui broient le pain,--dans l'argot du peuple, qui emploie sans s'en douter une expression tout à fait biblique.
Les ouvriers anglais disent grinders (les broyeuses).
MEUNIER, s. m. Recéleur de plomb volé.
MEURT-DE-FAIM, s. m. Misérable, pauvre diable,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Meurt-la-faim et Crève-la-faim.
MEURT-DE-FAIM, s. m. Petit pain d'un sou,--dans l'argot des faubouriens.
MÉZIGO, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Mézigue, Mézère, et Ma fiole.
MIB ou MIBRE, s. m. Tour de force quelconque, chose où l'on excelle,--dans l'argot des gamins.
C'est mon mib! C'est mon triomphe!
Signifie aussi Défi. C'est ton mib, c'est-à-dire: Tu ne feras jamais cela.
MICHE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
MICHÉ, s. f. Gros morceau de pain,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi pour Pain entier.
«Et moins encor il fait du bien Aux pauvres gens, tant il est chiche; Si il a mangé de leur miche.»
(Les Touches du seigneur des Accords.)
MICHE, s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre,--dans l'argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de michon (argent) et de miche (pain).
«On appelle miché... Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchette,»
dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
Miché de carton. Amant de passage, qui n'offre que des gants de filoselle.
Miché sérieux. Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.
MICHÉ, s. m. Client,--dans l'argot des photographes; homme ou femme qui achète, qui paie,--dans plusieurs autres argots.
MICHETON, s. m. Petit miché, homme à qui les marchandes d'amour font un rabais.
MIC-MAC, s. m. Fourberie, tromperie cachée, intrigue,--dans l'argot du peuple.
MIDI! Exclamation du même argot, employée pour signifier: Trop tard!
Il est midi! C'est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites; «Je ne coupe pas dans ce pont-là!»
MIE DE PAIN, s. f. Pou,--dans l'argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.
MIE DE PAIN, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot des typographes.
Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.
MIEL! Interjection de l'argot des bourgeois, amis de l'euphémisme.
MIEL (C'est un). Phrase de l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle: C'est un miel. Ils entrent dans un endroit qui pue: C'est un miel. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule: C'est un miel, etc., etc.
MIETTE (Une). Un peu,--dans l'argot du peuple.
MIJAURÉE, s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu'il convient,--dans l'argot des bourgeois.
Faire la mijaurée. Faire des manières et des façons pour accepter une chose.
On dit aussi Minaudière.
MIJOTER, v. a. Entreprendre à la sourdine; préparer lentement,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.
MIKEL, s. m. Dupe,--dans l'argot des saltimbanques.
MILLE-LANGUES, s. m. Personne bavarde, indiscrète,--dans l'argot du peuple.
MILLERIE, s. f. Loterie,--dans l'argot des voleurs.
MILLIASSES, s. f. pl. Fort grand nombre. Argot du peuple.
MILORD, s. m. Homme riche, en apparence du moins,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'occupation de Paris par les Anglais.
MILORD, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames.
Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses, disaient Milord pot-au-feu, comme en témoigne ce couplet de Désaugiers:
«Lorsque nous aimons, Nous finançons Afin de plaire. D'où vient qu'en tout lieu On dit: «Un milord pot-au-feu.»
MILORD, s. m. Cabriolet à quatre roues,--dans l'argot des cochers.
MIMI, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des artistes et des bohèmes, qui ont emprunté cette expression à Henry Murger, qui l'avait empruntée à Alfred de Musset.
MINABLE, adj. et s. Pauvre, misérable; mesquin; de mauvaise mine,--dans l'argot du peuple.
MINCE, s. m. De peu de valeur, morale ou physique,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. Mince alors!
MINCE, s. m. Papier à lettres,--dans l'argot des voleurs.
MINCES, s. m. pl. Billets de banque,--dans l'argot des faubouriens, qui, originairement, ont donné ce nom aux assignats.
MINET, s. m. Chat,--dans l'argot des enfants.
Ils disent aussi Minon.
MINOIS, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs.
MINOTAURISER, v. a. Tromper un homme avec sa femme, comme Pâris avec la femme de Ménélas. Argot des gens de lettres.
L'expression sort de la Physiologie du mariage d'H. de Balzac.
MINUIT, s. m. Nègre,--dans l'argot des voleurs.
MIOCHE, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, pour qui un nouveau-né est une miette d'homme, et dont le corps pétri de lait, presque sans os et sans muscles, ressemble à de la mie de pain.
MIRADOU, s. m. Miroir,--dans l'argot des voleurs.
MIRECOURT, s. m. Nom d'homme qui est devenu celui de tous les pamphlétaires de plus de passion que de talent.
Théodore de Banville est le premier qui, en littérature, ait fait de ce nom propre un substantif courant. Il restera, il doit rester.
MIRE-LAID, s. m. Miroir,--dans l'argot du peuple.
MIRETTES, s. f. pl. Yeux,--dans l'argot des voyous.
MIRLIFLORE, s. m. Le gandin de la Restauration, qui est toujours le
Lion pour le peuple.
MIRLITON, s. f. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.
Jouer du mirliton. Parler, causer.
MIROBOLAMMENT, adv. Merveilleusement.
Cet adverbe appartient à H. de Balzac.
MIROBOLANT, adj. Inouï, merveilleux, féerique.
MIROIR A PUTAINS, s. m. Beau garçon,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoignent ces vers de Scarron:
«Dis-lui qu'un miroir à putain, Pour dompter le Pays Latin Est un fort mauvais personnage.»
MISE A PIED, s. f. Privation de fonctions et d'appointements. Argot des bourgeois.
MIRQUIN, s. m. Bonnet,--dans l'argot des voleurs.
MIRZALES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans le même argot.
MISE (Faire sa). Payer le droit de circulation sur «le pont d'Avignon»,--dans l'argot des filles.
MISE-BAS, s. f. Vêtements des maîtres qui reviennent de droit aux domestiques, lesquels se croiraient lésés et réclameraient si l'on portait trop longtemps ces vêtements.
MISE-BAS, Accouchement,--dans l'argot du peuple.
MISE-BAS, s. f. Grève, chômage volontaire,--dans l'argot des typographes.
MISÉRABLE, s. m. Verre d'eau-de-vie d'un sou,--dans l'argot des ouvriers.
MISÈRE, s. f. Petite quantité; chose de peu d'importance: petite somme,--dans l'argot des bourgeois.
MISÉRER, v. n. Souffrir de la misère,--dans l'argot du peuple. On dit aussi: Ficher la misère.
MISÈRES, s. f. pl. Taquineries, petites méchancetés,--dans l'argot des bourgeois.
Dire des misères. Taquiner quelqu'un en lui contant des choses qui le contrarient, qui l'inquiètent.
Faire des misères. Agacer quelqu'un, lui jouer un tour plus ou moins désagréable.
MISLOQUE, s. f. Théâtre,--dans l'argot des voleurs.
Jouer la misloque. Jouer la comédie.
MISLOQUIER, ÈRE, s. Acteur, actrice.
MISSISSIPI (Au), adv. Très loin,--dans l'argot du peuple, pour qui l'Amérique est un pays aussi éloigné de lui que la lune.
C'est l'équivalent de: Au diable au vert (ou Vauvert).
MISTI, s. m. Apocope de Mistigri,--dans l'argot des brelandières de brasseries.
MISTIGRI, s. m. Valet de trèfle,--dans l'argot des joueurs.
Se dit aussi d'un Jeu de cartes où l'on a gagné quand on a fait brelan avec le valet de trèfle escorté de deux autres valets.
MISTIGRIS, s. m. Apprenti,--dans l'argot des peintres en bâtiment.
Balzac a-t-il emprunté son rapin de ce nom aux peintres en bâtiment, ou ceux-ci à l'auteur de la Comédie humaine?
MISTOUFLE, s. f. Farce; méchanceté; trahison,--dans l'argot des typographes.
MISTRON, s. m. Le jeu de mistigri,--dans l'argot de Breda-Street.
MISTRONEUR, EUSE, s. et adj. Amateur de mistron.
MITAN, s. m. Milieu,--dans l'argot du peuple.
MITE, s. f. Chassie des yeux.
MITEUX, adj. Qui a les yeux chassieux.
MITON-MITAINE, s. m. Remède inoffensif, expédient inutile, secours inefficace.
On dit aussi: Onguent miton-mitaine.
MITONNER, v. a. Préparer de longue main.
MITRAILLE, s. f. Monnaie, gros sous,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela depuis longtemps.
MITRE, s. f. Cachot,--dans l'argot des voleurs.
MITRON, s. m. Ouvrier boulanger,--dans l'argot du peuple.
Le petit mitron. Le Dauphin, fils de Louis XVI,--du boulanger, comme l'appelaient les Parisiens en 1792.
MOBILE, s. f. La garde nationale mobile formée en 1848 avec les fils du peuple--et aux dépens du peuple.
C'est aussi le nom que portait, en 1830, la légion des Volontaires de la Charte.
MOBILE, s. m. Soldat de la garde nationale mobile.
MOBILIER, s. m. Les dents,--dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses qui disaient l'ameublement de la bouche.
MOBLO ou MOBLOT, s. m. Garde mobile,--dans l'argot des faubouriens.
MOCASSINS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des ouvriers qui ont lu les romans américains de Cooper, de Gabriel Ferry et de Gustave Aymard.
MODÈLE, s. m. Homme ou femme qui pose dans les ateliers. Argot des artistes.
Modèle d'ensemble. Qui pose pour l'Académie, pour tout le corps, au lieu de ne poser que pour la tête, ou pour n'importe quelle partie spéciale du corps.
MODERNE, s. m. Fashionable,--dans l'argot des faubouriens.
MOINE, s. m. Bouteille de grès que l'on remplit d'eau chaude et que l'on place au pied du lit. Argot des bourgeois.
MOINE, s. m. Partie d'une épreuve qui n'a pas pris l'encre et vient blanche au lieu d'être imprimée. Argot des typographes.
On dit aussi Loup.
Les typographes anglais ont le même mot; ils en ont même deux pour un: monk and friar. Le monk, c'est notre moine, c'est-à-dire une feuille maculée ou imprimée trop noire Le friar, c'est un moine blanc, c'est-à-dire une feuille qui est imprimée trop pâle.
MOINEAU, s. m. Se dit par ironie,--dans l'argot du peuple,--d'un homme dont on a à se plaindre, ou qui se vante mal à propos.
On ajoute un qualificatif pour renforcer l'ironie: Tu es un joli moineau!
C'est le pendant de: Tu es un joli coco!
MOINE-LAI, s. m. Invalide tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns dans la Salle de la Victoire,--l'infirmerie de l'Hôtel des vieux braves.
MOIS DE NOURRICE, s. m. pl. Les années qu'oublie volontairement de compter une femme qu'on interroge sur son âge.
Se dit aussi de toute personne qui se trompe dans un calcul et oublie quelques fractions importantes.
MOISIR, v. n. Rester longtemps à la même place, ou en possession du même emploi,--dans l'argot du peuple qui emploie surtout ce verbe avec la négative.
MOITIÉ, s. f. Epouse,--dans l'argot des bourgeois, qui ne disent pas cela avec le même respect que les Anglais disant the better half.
MOLANCHE, s. f. Laine,--dans l'argot des voleurs.
MOLARD, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.
MOLARDER, v. n. Graillonner, expectorer abondamment.
MOLIÈRE, s. m. Décor de salon simple dans lequel peuvent se jouer presque toutes les comédies de feu Poquelin. Argot des coulisses.
Tous les théâtres, notamment ceux de province, ont un certain nombre de décors de magasin, d'un emploi fréquent et commun: le molière, le rustique, le salon riche, la place publique, la forêt, la prison, le palais, et le gothique (intérieur). Avec cela on peut tout représenter, les tragédies de Racine et les vaudevilles de M. Clairville.
MOLLASSE, s. f. Femme lymphatique, dolente, sans énergie,--dans l'argot du peuple.
MOLLUSQUE, s. m. Homme à l'esprit étroit, aux idées arriérées, qui se renferme dans la tradition comme l'escargot dans sa coquille.
MOLOSSE, s. m. Gros chien,--dans l'argot des bourgeois qui ne sont pas fâchés de prouver de temps en temps qu'ils ont quelque teinture d'Histoire ancienne.
MOMAQUE, s. m. Enfant,--dans l'argot des voleurs.
MÔME, s. m. Petit garçon: voyou; apprenti,--dans l'argot des ouvriers.
On pourrait croire cette expression moderne; on se tromperait, car voici ce que je lis dans l'Olive, poème de Du Bellay adressé à Ronsard, à propos des envieux:
«La Nature et les Dieux sont Les architectes des hômes Ces deux (ô Ronsard) nous ont Bâtis des mêmes atômes. Or cessent donques les mômes De mordre les écriz miens...»
MÔME, s. f. Jeune fille; maîtresse,--dans l'argot des voleurs, pour qui elle ressemble plus à une enfant qu'à une femme.
Ils disent aussi Mômeresse.
MÔME D'ALTÈQUE, s. m. Adolescent,--dans le même argot.
MOMERIE, s. f. Hypocrisie; fausse dévotion,--dans l'argot du peuple.
MOMIE, s. f. Homme ou femme sans énergie, qui n'aime pas à se remuer.
MOMIÈRE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Momeuse et Madame Tire-môme.
MOMIGNARD, s. m. Petit garçon, plus petit encore que le môme.
On dit au féminin Momignarde.
MÔMIR, v. n. Accoucher.
MONACO, s. m. Sou de cuivre,--dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'un roitelet, Honoré V, prince de Monaco, mort de dépit en 1841, dit A. Villemot, de n'avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos, qui ne valaient qu'un sou.
MONANT, s. m. Ami,--dans l'argot des voleurs.
Monante. Amie.
MONARQUE, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot du peuple.
Monarques. Les rois d'un jeu de cartes.
MONDE RENVERSÉ, s. f. La guillotine,--dans l'argot des faubouriens.
MONFIER, v. a. Embrasser,--dans l'argot des voleurs.
MONNAIE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple.
Plus que ça de monnaie! Quelle chance!
MON OEIL! Exclamation ironique et dédaigneuse de l'argot des faubouriens, qui l'emploient soit comme formule de refus, soit comme marque d'incrédulité.
MONSEIGNEUR, s. m. Pince de voleur, qui sert à crocheter les portes.
Les voleurs anglais disent de même Bess ou Betty.
MONSEIGNEURISER, v. a. Crocheter une porte.
MONSIEUR, s. m. Bourgeois, homme bien mis,--dans l'argot du peuple.
Faire le Monsieur. Trancher du maître; dépenser de l'argent; avoir une maîtresse.
MONSIEUR, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussi Monsieur Chose.
Monsieur bien. Homme distingué,--qui ne regarde pas à l'argent.
MONSIEUR, s. m. Verre d'eau-de-vie de quatre sous,--dans l'argot des ouvriers.
MONSIEUR BAMBOU, s. m. Canne,--dans l'argot des souteneurs, qui en procurent la connaissance aux épaules des filles réfractaires à leur demande d'argent.
MONSIEUR DE PARIS, s. m. L'exécuteur des hautes œuvres,--dans l'argot des bourgeois.
MONSIEUR LEBON. Bon compagnon qui paye volontiers pour les autres. Argot du peuple.
MONSIEUR DE PÈTESEC, s. m. Homme un peu roide, un peu orgueilleux.
MONSIEUR DIMANCHE, s. m. Créancier,--dans l'argot des bohèmes, qui jouent souvent la scène de Don Juan.
MONSIEUR DUFOUR EST DANS LA SALLE. Phrase par laquelle un acteur avertit un de ses camarades qu'il joue mal et va se faire siffler.
Quelquefois on dit: Le vicomte Du Four est dans la salle.
MONSIEUR HARDI, s. m. Le vent,--dans l'argot du peuple.
MONSIEUR PERSONNE. Personne, nul.
MONSIEUR PIGEON. Type du garde national de la Restauration.
MONSIEUR RAIDILLON, s. m. Homme fier et susceptible.
On dit aussi: Monsieur Pointu.
MONSIEUR VAUTOUR, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des bohèmes, qui disent cela depuis l'opéra comique intitulé: Maison à vendre, dans lequel on chante:
«La maison de M. Vautour Est celle où vous voyez un âne.»
MONSIEUR VETO. Louis XVI,--dans l'argot des révolutionnaires de 1792, par allusion au véto du 19 juin sur les décrets concernant le camp sous Paris et la déportation des ecclésiastiques.
MADAME VÉTO. Marie-Antoinette.
On connaît la chanson;
«Madam' Véto s'était promis De faire égorger tout Paris; Mais son coup a manqué, Grâce à nos canonniers! Dansons la carmagnole, Vive le son Du canon!»
MONSTRE, s. m. Les paroles qu'un musicien adapte à un air trouvé par lui, en attendant les paroles plus poétiques du librettiste.
MONSTRE, adj. Étonnant, colossal,--dans l'argot du peuple.
MONSTRICO, s. m. Personne laide comme un petit monstre.
Le mot appartient à H. de Balzac.
MONT, s. m. Établissement du Mont-de-Piété,--dans l'argot des faubouriens.
Le grand Mont. Le Mont-de-Piété de la rue des Blancs-Manteaux.
Le Petit Mont. Le commissionnaire au Mont-de-Piété.
MONTAGNARD, s. m. Cheval de renfort destiné à être mis en flèche aux omnibus pour les montées difficiles.
MONTAGNARD, s. m. Beignet au centre duquel est un peu de confitures de groseilles.
L'expression date de 1848: elle a été appliquée à cette sorte de beignet, par les Associations de cuisiniers, et n'a pas plus duré qu'elles.
MONTANT, s. m. Forte saveur; relief bien accusé.
Se dit à propos des choses et des personnes. Une phrase a du montant quand elle est énergique. Une femme a du montant quand elle a du cynisme.
MONTANT, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.
MONTANTE, s. f. Echelle,--dans le même argot.
MONTER, v. n. S'emporter, se mettre en colère,--dans l'argot du peuple.
Faire monter quelqu'un. L'exaspérer, l'agacer.
MONTER A L'ARBRE, v. n. Être le jouet innocent de quelques farceurs qui font pour vous, homme, ce que d'autres farceurs font pour Martin, ours, au Jardin des Plantes,--sans réfléchir que, furieux d'être ainsi joué, vous pouvez leur casser les reins d'un coup de griffe.
On dit aussi Monter à l'échelle.
MONTER EN GRAINE, v. n. Vieillir,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des filles destinées à coiffer sainte Catherine.
MONTER LA TÊTE (Se), v. réfl. Se donner un courage factice, soit en buvant, soit en se répétant les outrages qu'on a subis et dont on veut tirer raison. Argot du peuple.
MONTER LE COUP (Se), v. réfl. Se faire des illusions à propos de quelqu'un ou de quelque chose; s'attendre à une félicité improbable ou à une fortune impossible.
On dit aussi se monter le baluchon.
MONTER LE COUP A QUELQU'UN, v. a. Le tromper; lui promettre une chose qu'il désire et qu'on sait ne pas pouvoir lui donner; mentir.
On dit aussi Monter des couleurs et monter le Job.
MONTER QUELQU'UN, v. a. L'exciter par des paroles à faire une chose qu'il ne ferait pas de lui-même.
MONTER SUR LA TABLE, v. n. Lever le masque,--dans l'argot des voleurs, qui ne font cela que par bravade, comme Lacenaire s'accusant lui-même d'un crime pour entraîner dans sa chute un complice.
MONTER SUR SES ERGOTS, v. n. S'emporter, faire de violents reproches à quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Monter sur ses grands chevaux.
MONTEUR DE COUPS, s. m. Homme qui vit de mensonges et d'expédients, chevalier d'industrie; escroc.
MONTEUSE DE COUPS, s. f. Drôlesse qui joue du sentiment avec plus ou moins d'habileté et s'en fait plus ou moins de revenus.
MONTMORENCY, s. f. Cerises de Montmorency,--dans l'argot du peuple, qui dit de même Montreuil pour pêche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence pour orange.
MONTRER LA COUTURE DE SES BAS, Rompre son engagement,--dans l'argot des cabotins.
MONTRER LES TALONS, v. a. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot du peuple.
MONTRER SON NEZ, v. a. Faire une courte apparition quelque part,--dans l'argot des employés qui, après avoir montré leur nez à leur ministère, ne craignent pas de lui montrer aussitôt les talons.
MOQUER COMME DE L'AN QUARANTE (S'en). Complètement, comme d'une année qui n'arrivera jamais. Argot des bourgeois.
Le peuple dit: S'en foutre comme de l'an 40.
MORACE, s. f. Inquiétude, danger, remords,--dans l'argot des voleurs, qui ont cependant très rarement des «puces à la muette».
Battre morace. Crier à l'assassin.
MORASSE, s. f. Dernière épreuve d'un journal,--dans l'argot des typographes, qui savent mieux que personne être moracii, c'est-à-dire en retard, morari.
MORCEAU D'ARCHITECTURE, s. m. Discours lu ou parlé,--dans l'argot des francs-maçons.
MORCEAU DE GRUYÈRE, s. m. Figure marquée de la petite vérole,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux trous du fromage de Gruyère.
MORCEAU DE ROI, s. m. Belle fille, jeune et appétissante,--dans l'argot des bourgeois, parmi lesquels on trouverait sans peine quelques Lebel, si on en avait besoin pour quelque Parc-aux-Cerfs.
MORCEAU DE SALÉ, s. m. Femme chargée d'embonpoint,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi de quelqu'un malpropre d'habits ou de discours.
MORCEAU HONTEUX, s. m. Le dernier morceau d'un plat,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas y toucher, malgré les sollicitations de leur appétit, parce que la «civilité puérile et honnête» le leur défend.
MORDANTE, s. f. Scie, lime,--dans l'argot des voleurs.
MORDRE (Ne pas), v. n. Être sans force, sans esprit, sans beauté,--dans l'argot des faubouriens et des filles.
On dit aussi, en employant la même ironie: N'être pas méchant.
MORDRE (Se faire). Se faire reprendre, réprimander, humilier, battre,--dans l'argot du peuple.
MORFE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot et ses dérivés à la vieille langue des honnêtes gens.
MORFIAILLER, v. n. Manger,--dans le même argot, plagiaire de la bonne langue: «Là, là, là, c'est morfiaillé, cela!» dit Rabelais au Propos des beuveurs.
On dit aussi Morfer, Morfier et Morfiller.
MORFIANTE, s. f. Assiette.
On dit aussi Limonade.
MORFILLER LE DARDANT (Se). Se faire du mauvais sang, se manger le cœur.
MORGANE, s. f. Sel,--dans le même argot.
Flouant de la morgane. Escroquerie commise au moyen d'un paquet de sel et d'un mal de dents supposé.
MORGANER, v. a. Mordre,--dans le même argot.
Signifie aussi Nuire, comme le prouvent ces deux vers de la parodie du Vieux Vagabond de Béranger, par MM. Jules Choux et Charles Martin:
«Comme un coquillon qui morgane Que n'aplatissiez-vous l'gonsier?...»
MORICAUD, s. m. Charbon,--dans le même argot.
Signifie aussi Broc de marchand de vin,--qu'un long usage a noirci.
MORICAUD, s. et adj. Nègre, mulâtre,--dans l'argot des faubouriens.
Moricaude. Négresse.
MORILLO, s. m. Chapeau à petits bords que portaient les royalistes au temps de la guerre entre Bolivar et Morillo, c'est-à-dire entre les Républiques de l'Amérique du Sud et le roi d'Espagne. Les libéraux, eux, portaient le bolivar.
MORNANTE, s. f. Bergerie,--dans l'argot des voleurs.
MORNE, s. f. Brebis, mouton.
On dit aussi Morné, ou plutôt mort-né, qui est la véritable orthographe, parce que c'est la véritable étymologie du mot.
MORNÉE, s. f. Bouchée.
MORNIER, s. m. Berger.
MORNIFLE, s. f. Soufflet, coup de poing,--dans l'argot du peuple.
MORNIFLE, s. f. Monnaie,--dans l'argot des voleurs, qui se la disputent à coups de poing.
Mornifle tarte. Fausse monnaie.
MORNIFLEUR TARTE, s. m. Faux-monnayeur.
MORPHÉE, s. m. Sommeil,--dans l'argot des académiciens et des bourgeois.
Se jeter dans les bras de Morphée. Se coucher.
Être dans les bras de Morphée. Dormir.
MORPION, s. m. Gamin, enfant désagréable, irritant,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi, par respect humain, morbaque; mais la première expression vaut mieux, parce qu'elle est plus franche. Elle se trouve avec son sens entomologique dans les Touches du seigneur des Accords, qui dit à Barbasson:
«Tu as ta barbe si rude, Et les cheveux si épais, Qu'il semble avoir deux forêts Où loge une multitude De morpions et de poux, Au lieu de cerfs et de loups.»
MORT, s. m. Partner imaginaire à qui l'on réserve des cartes comme s'il était vivant,--dans l'argot des joueurs de whist et de mistigri.
Faire un mort. Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu de la quatrième--absente.
Prendre le mort. Changer les cartes qu'on vous a données, et qu'on trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.
MORUE, s. f. Femme sale, dégoûtante,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi, comme injure, d'une Femme laide et d'une gourgandine.
MORVEUX, s. m. Gamin; homme sans conséquence,--dans l'argot du peuple, qui daigne quelquefois moucher ces adversaires-là comme les autres.
MORVIAU, s. m. Le nez,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi pour les Mucosités qui sortent du nez.
MOT, s. m. Trait spirituel, repartie plaisante,--dans l'argot des gens de lettres.
Faire des mots. Emailler la conversation de plaisanteries et de concetti.
MOT DE CAMBRONNE (Le). Ce n'est pas «La garde meurt et ne se rend pas!» mais tout simplement «Merde!» La phrase propre n'eût peut-être pas été entendue au milieu du bruit du canon, dans cette mêlée sanglante de Waterloo; tandis que le mot énergique que tout le monde connaît était la seule réponse possible en un pareil moment.
MOT DE LA FIN.--La nouvelle à la main, souvent cruelle pour quelqu'un, par laquelle un chroniqueur doit terminer sa chronique.
MOT DE VALEUR, s. m. Mot ou phrase d'un rôle, qu'un acteur lance avec finesse ou avec énergie, selon les cas, et qui produit un grand effet sur le public. Argot des coulisses.
La Croix de mon père ou de ma mère,--Je ne mange pas de ce pain-là,--J'ai l'habit d'un laquais, et vous en avez l'âme, etc., etc., sont des mots de valeur.
MOTIF, s. m. Sujet de paysage,--dans l'argot des artistes.
MOTS, s. m. pl. Injures; reproches,--dans l'argot des ouvriers et des grisettes.
Avoir des mots avec quelqu'un. Se fâcher avec lui.
MOTS GRAS, s. m. pl. Gaillardises,--dans l'argot des bourgeois, dont le langage est taché de ces mots-là.
MOTTEUX, s. m. Ouvrier en mottes à brûler,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Marchand de mottes.
MOUCHAILLER, v. n. Regarder, observer sans en avoir l'air,--dans l'argot des voyous.
MOUCHARD, s. m. Agent de police,--dans l'argot du peuple qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.
Se dit aussi de tout individu qui a l'air d'espionner, de tout ouvrier qui rapporte, etc.
MOUCHARD, s. m. Portrait peint, parce qu'il a l'air de vous regarder, où que vous vous mettiez.
MOUCHARD A BECS, s. m. Réverbère,--dans l'argot des voyous.
MOUCHARDE, s. f. La lune, qui, de ses gros yeux ronds, a l'air d'assister au détroussement ou au meurtre d'un homme sur une route.
MOUCHARDER, v. a. et n. Espionner la conduite de quelqu'un.
MOUCHE, s. f. Agent de police,--en général et en particulier.
MOUCHE, s. f. Mousseline,--dans l'argot des voleurs.
MOUCHE, adj. des 2 g. Mauvais, laid, désagréable, embêtant comme une mouche,--dans l'argot des faubouriens.
MOUCHER, v. a. Attraper, donner une correction, un soufflet,--dans le même argot.
Se faire moucher. Se faire battre.
On dit aussi Se faire moucher le quinquet.
MOUCHER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple.
MOUCHER DU PIED (Ne pas se). Avoir le geste prompt et le soufflet facile.
Signifie aussi Avoir des allures de bourgeois, et même de grand seigneur.
On dit dans le même sens: Ne pas se moucher du coude.
MOUCHER LA CHANDELLE, v. a. Être décidé à mourir sans postérité.
On dit aussi Effacer.
MOUCHER SA CHANDELLE. Mourir.
MOUCHER SUR SA MANCHE (Se), v. réfl. N'avoir pas encore l'expérience nécessaire, la rouerie indispensable; en être à ses débuts dans la vie.
Ne pas se moucher sur sa manche. Être hardi, résolu, expérient, «malin».
Cette expression est la révélation d'un trait de mœurs certainement oublié, et peut-être même ignoré de ceux qui l'emploient: elle apprend qu'autrefois on mettait son mouchoir sur sa manche gauche pour se moucher de la main droite.
MOUCHERON, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.
MOUCHES D'HIVER, s. f. pl. Flocons de neige.
Il tombe des mouches d'hiver. Il neige.
MOUCHETTES, s. f. pl. Mouchoir,--dans l'argot des faubouriens, qui s'en servent pour les chandelles.
MOUCHETTES (Des)! Exclamation de refus, de la même famille que _Des navets!Du flan! etc.
MOUCHIQUE, adj. Extrêmement muche,--dans l'argot de Breda-Street.
MOUCHIQUE, adj. Laid, mauvais,--dans l'argot des voleurs, qui, pour forger ce mot, n'ont pas dû songer aux moujiks russes de 1815, comme l'insinue Francisque Michel, mais ont eu certainement en vue leurs ennemis naturels, les mouchards.
Être mouchique à la section. Être mal noté chez le commissaire de police de son quartier.
MOUCHOIR, s. m. Aniterge,--dans l'argot des bourgeois.
MOUCHOIR, s. m. La main,--dans l'argot des faubouriens, qui ont l'habitude de s'en servir pour moucher les autres et se moucher eux-mêmes.
Ils s'en servent aussi comme Aniterge.
MOUCHOIR D'ADAM, s. m. Les doigts.
MOUCHOIR DE POCHE, s. m. Pistolet de poche, avec lequel on peut moucher les importuns de nuit à quinze pas. Argot des faubouriens.
MOUDRE, v. a. et n. Jouer de l'orgue de Barbarie ou de la serinette.
On dit aussi Moudre un air.
MOUFFLET, s. m. Enfant, gamin, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui a dit autrefois moufflard, dérivé du verbe mouffler (enfler le visage), inusité aujourd'hui.
MOUILLANTE, s. f. Soupe,--dans l'argot des voyous.
MOUILLÉ (Être), v. pron. Être signalé comme suspect,--dans l'argot des agents de police.
MOUILLÉ (Être), Être ivre,--dans l'argot des faubouriens.
MOUILLER (Se), v. réfl. Boire avec excès.
MOUISSE, s. f. Soupe économique, potage à la Rumfort,--dans l'argot des voleurs et des troupiers.
MOULE A BLAGUES, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.
MOULE A BOUTONS, s. m. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voyous.
MOULE A CLAQUES, s. m. Figure impertinente qui provoque et attire des soufflets,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi pour la main, qui distribue si généreusement les soufflets.
MOULE A GAUFRES, s. m. Figure marquée de trous de petite vérole,--par allusion cruelle aux dessins capricieux des deux plaques de fer qui servent à faire la pâtisserie légère et croquante qui nous vient des Flandres et qu'affectionnent les enfants.
MOULE AUX GUILLEMETS, s. m. C'est l'Huile de cotrets des troupiers.
MOULE DE GANT, s. m. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens.
MOULE DU BONNET, s. m. La tête,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais.
MOULIN, s. m. Maison du recéleur de plomb volé, qu'on appelle le meunier.
MOULIN A CAFÉ, s. m. Orgue de Barbarie, qui semble en effet moudre des airs. Argot du peuple.
MOULIN A MERDE, s. m. La bouche,--dans l'argot du peuple. L'expression est horriblement triviale, j'aurais mauvaise grâce à le dissimuler, mais le peuple est excusé de l'employer par certaine note du 1er volume de la Régence, d'Alexandre Dumas.
MOULIN A VENT, s. m. Le podex,--dans l'argot facétieux et scatologique des faubouriens.
MOULINAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot des voleurs.
MOULINER, v. n. Bavarder.
MOULOIR, s. m. La bouche,--dans l'argot des voleurs.
MOUNIN, s. m. Petit garçon, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSCAILLE, s. f. Le résultat de la digestion,--dans l'argot des voleurs.
MOUSCAILLER, v. a. Alvum deponere.
MOUSQUETAIRE GRIS, s. m. Pou,--dans l'argot du peuple, qui aime les facéties.
MOUSSANTE, s. f. Bière de mars,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSSE, s. m. Apprenti commis,--dans l'argot des calicots.
MOUSSE, s. f. Le résultat de la fonction du plexus mésentérique,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
MOUSSELINE, s. f. Fers dont on charge un prisonnier,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
MOUSSELINE, s. f. Pain blanc, léger, agréable au toucher comme au goût,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSSER, v. n. Alvum deponere.
MOUSSER, v. n. S'emporter, être en rage, de dépit ou de colère,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSSER, v. n. Avoir du succès,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
Faire mousser. Préparer le succès d'un auteur ou d'une pièce par des éloges exagérés et souvent répétés.
MOUSSER (Se faire). Se vanter, parler sans cesse de ses talents ou de ses qualités. Argot du peuple.
MOUSSERIE, s. f. Water-closets,--dans l'argot des voyous.
MOUSSEUX, adj. Redondant, hyperbolique,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
MOUSSU, s. m. Le sein de la femme, d'où sort le lait,--dans l'argot des voleurs.
MOUSSUE, s. f. Châtaigne,--dans le même argot.
MOUSTACHU, s. et adj. Homme à moustaches,--dans l'argot des bourgeois.
MOUTARD, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui, n'en déplaise à P. J. Leroux et à Francisque Michel, n'a eu qu'à regarder la chemise du premier polisson venu pour trouver cette expression.
MOUTARDE, s. f. Le stercus humain.
MOUTARDIER, s. m. Le podex.
On disait autrefois Baril à la moutarde, et Réservoir à moutarde.
MOUTARDIER, s. m. Goldfinder.
On dit aussi Parfumeur.
MOUTARDIER DU PAPE, s. m. Homme qui s'en fait accroire, imbécile vaniteux. On dit qu'il se croit le premier moutardier du pape.
MOUTON, s. m. Matelas,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement.
Mettre son mouton au clou. Porter son matelas au Mont-de-Piété.
MOUTON, s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.
MOUTONNAILLE, s. f. La foule,--dans l'argot du peuple, qui sait par expérience personnelle quelle est la contagion de l'exemple.
MOUTONNER, v. a. et n. Moucharder et dénoncer.
MOUVER (Se), v. réfl. Se remuer,--dans l'argot du peuple.
MOYEN-AGISTE, s. et adj. Amateur des choses et admirateur des idées du moyen âge.
Le mot est de H. de Balzac.
MOYENS, s. m. pl. Richesse,--dans l'argot des bourgeois.
Avoir des moyens. Être à son aise.
Signifie aussi: Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.
MUCHE, s. m. Jeune homme poli, doux, aimable, réservé,--dans l'argot des petites dames qui le trouvent trop collant.
MUCHE, adj. Excellent, délicieux, parfait,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos d'une soupe à l'oignon.
MUETTE, s. f. La conscience,--dans l'argot des voleurs, qui ont arraché la langue à la leur.
Avoir une puce à la muette. Avoir un remords; entendre--par hasard!--le cri de sa conscience.
MUETTE, s. f. Exercice muet, c'est-à-dire pendant lequel on ne fait pas résonner les fusils, par taquinerie ou par fantaisie. Argot des Saint-Cyriens.
Donner une muette. Faire un exercice.
MUFFLE, s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu'humain,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents ans.
Il trouve plus euphonique de prononcer Muffe.
MUFFLE, s. et adj. Imbécile, goujat, brutal.
M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s'en va jusqu'à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et il en rapporte muf et mouf,--afin qu'on puisse choisir. Je choisis muffle, tout naturellement, autorisé que j'y suis par un trope connu de tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à l'individu tout entier le nom donné à une partie de l'individu.
MUFFLE, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas la blouse.
MUFFLERIE, s. f. Sottise, niaiserie; brutalité.
On dit aussi Muffletonnerie.
MUFFLETON, s. m. Petit muffle, jeune imbécile.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on prononce Muffeton.
MULET, s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page,--dans l'argot des typographes.
MURETTE, s. f. La giroflée des murailles,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.
MURGÉRISME, s. m. Littérature mal portante, marmiteuse, pleurarde; affectation de sensibilité; exagération du style et de la manière d'Henry Murger,--dont les imitateurs n'imitent naturellement que les défauts.
MURGÉRISTE, s. et adj. Qui appartient à l'école de Murger, qui en a les défauts sans en avoir les qualités.
MURON, s. m. Sel,--dans l'argot des voleurs.
MURONNER, v. a. Saler.
MURONNIER, s. m. Saunier.
MURONNIÈRE, s. f. Salière.
MUSARD, s. et adj. Flâneur, gobe-mouche,--dans l'argot du peuple.
Nous avons, en vieux langage, Musardie pour Sottise.
MUSARDER, v. n. Flâner.
On dit aussi Muser.
MUSARDINE, s. f. Habituée des Concerts-Musard,--où n'allait pas précisément la fine fleur de l'aristocratie féminine.
Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.
MUSCADIN, s. m. Fat, dandy plus ou moins authentique,--dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir des gandins du Directoire.
MUSEAU, s. m. Entonnoir en carton, au petit bout duquel est adaptée la loupe,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui s'en coiffent le front.
MUSELÉ, s. m. Imbécile, homme qui n'est bon à rien qu'à bavarder,--dans l'argot du peuple.
MUSETTE, s. f. Gibecière en toile à l'usage des troupiers et des ouvriers.
MUSETTE, s. f. Sac à avoine,--dans l'argot des charretiers, qui le pendent au museau de leurs chevaux.
Ils disent aussi Pochet.
MUSETTE, s. f. Voix.
Couper la musette à quelqu'un. Le forcer à se taire.
MUSICIEN, s. m. Dictionnaire,--dans l'argot des voleurs.
MUSICIENS, s. m. pl. Les haricots, qui provoquent le crepitus ventris,--dans l'argot du peuple.
MUSIQUE, s. f. Ce qui reste au fond de l'auge,--dans l'argot des maçons.
Par extension, Résidu d'un verre, d'un vase quelconque.
MUSIQUE, s. f. Lots d'objets achetés à l'Hôtel des Ventes,--dans l'argot des Rémonencqs.
MUSIQUE, s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.
MUSIQUER, v. n. Faire de la musique d'amateur,--dans l'argot du peuple.
MUSSER, v. n. Sentir, flairer.
MUTUELLE, s. f. L'École mutuelle.
N
NA! Exclamation boudeuse de l'argot des enfants, qui l'emploient au lieu de Là!
NABAB, s. m. Homme immensément riche,--qu'il soit ou non gouverneur dans l'Inde. Argot des bourgeois.
NABOT, s. et adj. Homme de petite taille, nain,--dans l'argot du peuple.
On ait aussi Nabotin.
Nabote. Naine.
Je n'ai jamais entendu dire Nabotine.
NAGEOIR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.
NAGEOIRES, s. f. pl. Favoris,--dans l'argot des faubouriens.
NAGEOIRES, s. f. pl. Les bras,--dans l'argot des voyous qui voient des poissons partout.
Les voyous anglais ont la même expression: Fin.
NANAN, s. m. Friandise, gâteau,--dans l'argot des enfants, qui disent cela de tout ce qui excite leur convoitise.
NANAN, s. m. Chose exquise, curieuse, rare,--dans l'argot des grandes personnes.
C'est du nanan! C'est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une anecdote scandaleuse, ou n'importe quoi alléchant.
NARRÉ, s. m. Racontage ennuyeux, bavardage insipide.
Faire des narrés. Faire des cancans.
NASE, s. m. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils parlent latin comme Ovide-Nason, et français comme Brantôme.
NASER, v. a. et n. Avoir quelqu'un dans le nez.
NATURE (Être). Être vrai comme la nature,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des gens et des choses.
NATURE (Faire), v. n. Peindre avec exactitude,--dans l'argot des artistes, qui savent que l'Art consiste précisément à ne pas faire nature.
NAUTONIER, s. m. Pilote,--dans l'argot des académiciens.
Ils disent aussi Nocher.
NAVARIN, s. m. Navet,--dans l'argot des voleurs.
NAVARIN, s. m. Ragoût de mouton, de pommes de terre et de navets,--dans l'argot des restaurants du boulevard. C'est un nom nouveau donné à un mets connu depuis longtemps.
NAVET, s. m. Flatuosité sonore,--dans l'argot du peuple, qui l'attribue ordinairement au Brassica napus, quoiqu'elle ait souvent une autre cause.
NAVETS, s. m. pl. Jambes ou bras trop ronds, sans musculature apparente,--dans l'argot des artistes.
NAVETS (Des)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient toutes les fois qu'ils ont à dire catégoriquement non.
NAYER, v. a. Noyer,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais: «Zalas! mes amis, mes frères, je naye!» s'écrie le couard Panurge durant la tempête.
NAZARETH, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs. Ils disent aussi Nazicot.
NÈFLES (Des)! Non,--dans l'argot des faubouriens.
On dit plus élégamment: Ah! des nèfles!
NÉGOCIANT, s. m. Bourgeois, homme à son aise,--dans l'argot des matelots, qui ne connaissent pas de position sociale plus enviable.
NÉGOCIANT AU PETIT CROCHET, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
NÈGRE BLANC, s. m. Remplaçant militaire,--dans l'argot des voleurs; ouvrier,--dans l'argot du peuple.
NÉGRESSE, s. f. Toile cirée,--dans l'argot des voyous.
NÉGRESSE, s. f. Litre ou bouteille de vin,--dans l'argot des faubouriens.
Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille.
On dit aussi Éternuer sur une négresse.
NÉGRESSE, s. f. Punaise.
NÉGRIOT, s. m. Coffret, d'ébène ou d'autre bois.
On dit aussi Moricaud.
NÉNETS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des grisettes.
Quelques-uns écrivent nénais; mais ce mot n'est pas plus français que l'autre.
NÉNETS D'HOMME, s. m. pl. Les biceps,--dans l'argot des filles.
NEPS, s. m. pl. Nom d'une certaine catégorie de voleurs israélites qui, dit Vidocq, savent vendre très cher une croix d'ordre, garnie de pierreries fausses.
NET COMME TORCHETTE, adj. Se dit,--dans l'argot du peuple,--des choses ou des gens excessivement propres.
NETTOYER, v. a. Voler; ruiner, gagner au jeu; dépenser; battre, et même tuer,--dans l'argot des faubouriens.
Se faire nettoyer. Perdre au jeu; se laisser voler, battre ou tuer.
NETTOYER UN PLAT, v. a. Manger ce qu'il contient,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Torcher un plat.
NEZ, s. m. Mauvaise humeur.
Faire son nez. Avoir l'air raide, ennuyé, mécontent.
NEZ (Avoir dans le), v. a. Détester une chose ou quelqu'un.
C'est le Ne pouvoir sentir de l'argot des bourgeois.
NEZ, s. m. Finesse, habileté, adresse.
Avoir du nez. Flairer les bonnes affaires, deviner les bonnes occasions.
Manquer de nez. N'être pas habile en affaires.
NEZ (Ce n'est pas pour ton)! Ce n'est pas pour toi.
On dit aussi: Ce n'est pas pour ton fichu nez!
On trouve cette expression dans Mathurin Régnier (Satyre XIII):
«Ils croyent qu'on leur doit pour rien la courtoisie, Mais c'est pour leur beau nez.»
dit la vieille courtisane à une plus jeune qu'elle veut mettre en garde contre les faiblesses de son cœur.
NEZ CREUX (Avoir le), v. a. Avoir le pressentiment d'une chose, d'un événement; flairer une bonne occasion, une bonne affaire.
Signifie aussi Arriver quelque part juste à l'heure du dîner.
On dit aussi Avoir bon nez.
NEZ DANS LEQUEL IL PLEUT, s. m. Nez trop retroussé, dont les narines, au lieu d'être percées horizontalement, l'ont été perpendiculairement.
C'est le Nez en as de treuffle de Rabelais.
NEZ-DE-CHIEN, s. m. Mélange de bière et d'eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
Avoir le nez de chien. Être gris,--parce qu'on ne boit pas impunément ce mélange.
NEZ QUI A COUTÉ CHER, s. m. Nez d'ivrogne, érubescent, plein de bubelettes, qui n'a pu arriver à cet état qu'après de longues années d'un culte assidu à Bacchus.
On dit aussi Nez qui a coûté cher à mettre en couleur.
NEZ TOURNÉ A LA FRIANDISE, s. m. Nez retroussé, révélateur d'une complexion amoureuse,--dans l'argot des bourgeois qui préfèrent Roxelane à la Vénus de Médicis.
NIAIS, s. m. Voleur qui a des scrupules; prisonnier qui a des remords de sa faute ou de son crime.
NIB ou NIBERGUE, adv. Rien, zéro,--dans l'argot des voleurs.
Nib de braise! Pas d'argent.
NICHÉE, s. f. Réunion d'enfants de la même famille,--dans l'argot du peuple.
NICHER, v. n. Demeurer, habiter quelque part.
Se nicher. Se placer.
NICHET, s. m. OEuf de plâtre qu'on met dans un nid pour que les poules y viennent pondre.
NICHONNETTE, s. f. Drôlesse à la mode, coiffée à la chien. Argot de gens de lettres.
NICHONS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des enfants.
NICODÈME, s. m. Niais, imbécile. Argot du peuple.
NICOLAS-J'-T'EMBROUILLE! Exclamation de défi,--dans l'argot des écoliers.
NID A PUNAISES, s. m. Chambre d'hôtel garni,--dans l'argot du peuple.
NID D'HIRONDELLE, s. m. Chapeau d'homme, rond et à bords imperceptibles, tel enfin que les élégants le portent aujourd'hui, ou l'ont porté hier.
NIÈRE, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot des voleurs.Bon nière. Bon vivant, bon enfant.
Mon nière bobèchon. Moi.
NIGAUDINOS, s. m. Imbécile, nigaud,--dans l'argot du peuple, qui se souvient du Pied de Mouton de Martainville.
NIGUEDOUILLE, s. m. Imbécile, nigaud,--dans l'argot des faubouriens.
C'est une des formes du vieux mot français niau,--le nidasius de la basse latinité,--dont nous avons fait niais. Gniolle--qu'on devrait écrire niolle, mais que j'ai écrit comme on le prononce a la même racine.
N, I, NI, C'EST FINI! Formule qu'on emploie--dans l'argot des grisettes et du peuple--pour faire mieux comprendre l'irrévocabilité d'une rupture, l'irrémédiabilité d'un dénouement, en amour, en amitié ou en affaires.
NINI. Diminutif caressant d'Eugénie.
On dit aussi Niniche.
NIOLE, s. m. Chapeau d'occasion,--dans l'argot des marchandes du Temple.
NIOLEUR, s. m. Chapelier.
NIORTE, s. f. Viande,--dans l'argot des voleurs.
NIQUE DE MÈCHE (Être). Sans aucune complicité,--dans le même argot.
NISCO! interj. Rien, zéro, néant,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Nix,--pour parodier le Nicht des Allemands.
Nisco braisicoto! Pas d'argent.
NISETTE, s. f. Olive,--dans l'argot des voleurs.
NISETTIER, s. m. Olivier.
NIVET, s. m. Chanvre.--dans le même argot.
NIVETTE, s. f. Chenevière.
NI VU NI CONNU, J' T'EMBROUILLE! Exclamation de l'argot du peuple, qui signifie: Cherchez, il n'y a plus rien.
NOBLE ÉTRANGÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu la Vie de Bohème.
NOC, s. et adj. Imbécile parfait.
NOCE, s. f. Débauche de cabaret,--dans l'argot du peuple.
Faire la noce. S'amuser, dépenser son argent avec des camarades ou avec des drôlesses.
N'être pas à la noce. Être dans une position critique; s'ennuyer.
NOCE DE BATONS DE CHAISES, s. f. Débauche plantureuse de cabaret,--dans l'argot des faubouriens, qui, une fois en train de s'amuser, cassent volontiers les tables et les bancs du «bazar».
NOCER, v. n. S'amuser plus ou moins crapuleusement.
NOCEUR, s. et adj. Ouvrier qui se dérange; homme qui se débauche avec les femmes.
NOCEUSE, s. f. Drôlesse de n'importe quel quartier, qui fuit toutes les occasions de travail et recherche tous les prétextes à plaisir.
NOCTAMBULE, s. et adj. Bohème, qui va des cafés qui ferment à minuit et demi dans ceux qui ferment à une heure, et de ceux-là dans les endroits où l'on soupe.
NOCTAMBULER, v. n. Se promener la nuit, dans les rues, en causant d'amour et d'art avec quelques compagnons.
NOEUD D'ÉPÉE, s. m. Couennes de lard rassemblées en un petit paquet,--dans l'argot des charcutiers.
NOIR, s. f. Café noir,--dans l'argot des voyous.
Ils disent aussi Nègre pour un gloria, et Négresse pour une demi-tasse.
NOMBRIL, s. m. Midi, le centre du jour,--dans l'argot des voleurs, qui emploient, sans s'en douter, une expression familière aux Latins: Ad umbilicum jam dies est.(Il est déjà midi), écrivait Plaute il y a plus de deux mille ans.
NOM D'UN! Juron innocent ou semblant de juron de la même famille que: Nom de d'là! Nom de çà! Nom de deux! Nom d'un nom! Nom d'une pipe! Nom d'un chien! Nom d'un petit bonhomme! Nom d'un tonnerre!
NONNE, s. f. Encombrement volontaire,--dans l'argot des voleurs.
Faire nonne. Simuler à huit ou neuf un petit rassemblement afin d'arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs poches.
NONNEUR, s. m. Compère du tireur (V. ce mot); variété de voleur.
Manger sur ses nonneurs. Dénoncer ses complices.
NORDISTE, s. et adj. Partisan du gouvernement fédéral américain, et, en même temps, de l'abolition de l'esclavage et de la liberté humaine, sans distinction de couleur d'épiderme.
Cette expression, qui date de la guerre de sécession aux Etats-Unis est désormais dans la circulation générale.
NOS VOISINS. Les Anglais,--dans l'argot des journalistes et des bourgeois.
NOS VOISINS VIENNENT. Se dit, dans l'argot des bourgeoises,--lorsque leurs menses font leur apparition.
NOTAIRE, s. m. Comptoir du marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens, qui y font beaucoup de transactions, honnêtes ou malhonnêtes, et un certain nombre de mariages à la détrempe.
NOUNOU, s. f. Nourrice,--dans l'argot des enfants et des mamans.
NOURRICE, s. f. Femme que la nature a avantagée,--dans l'argot du peuple.
NOURRIR LE POUPARD, v. a. Préparer un vol, le mijoter, pour ainsi dire, avant de l'exécuter.
Quelques grammairiens du bagne prétendent qu'il faut dire: Nourrir le poupon.
NOURRIR UN QUINE A LA LOTERIE. Se bercer de chimères, vivre d'illusions folles. Argot des bourgeois.
NOURRISSEUR, s. m. Voleur qui indique une affaire, qui la prépare à ses complices.
NOURRISSEUR, s. m. Restaurateur, cabaretier,--dans l'argot des bohèmes.
NOURRISSON DES MUSES, s. m. Poète,--dans l'argot des académiciens, qui ont été allaités par des Naïades.
NOUSAILLES, pr. pers. Nous,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Nosigues.
NOUVEAU, s. m. Elève récemment arrivé au collège,--dans l'argot des collégiens; soldat récemment arrivé au régiment,--dans l'argot des troupiers; ouvrier récemment embauché,--dans l'argot du peuple; prisonnier récemment écroué,--dans l'argot des voleurs.
NOUVEAUTÉ, s. f. Livre qui vient de paraître,--dans l'argot des libraires, qui souvent rééditent sous cette rubrique de vieux romans et de vieilles histoires.
NOUVELLE A LA MAIN, s. f. Phrase plus ou moins spirituelle, où il doit toujours y avoir un mot, et que le public blasé lit de préférence à n'importe quel bon article,--parce que cela se retient facilement comme les centons et peut se citer dans la conversation.
NOYAUX, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
L'expression est plus que centenaire, comme le prouvent ces deux vers de Vadé:
«L'sacré violon qu'avait joué faux Voulut me d'mander des noyaux.»
NUMÉRO (Être d'un bon). Être grotesque, ou ennuyeux,--dans l'argot des artistes.
NUMÉRO CENT, s. m. Water-closet,--dans l'argot des bourgeois, qui ont la plaisanterie odorante.
NUMÉROTE TES OS! C'est la phrase par laquelle les faubouriens commencent une rixe. Ils ajoutent: Je vais te démolir!
NUMÉRO UN, adj. Très bien, très beau, très grand,--dans l'argot du peuple.
NYMPHE, s. f. Fille de prostibulum,--dans l'argot des bourgeois.
NYMPHE DE GUINÉE, s. f. Négresse,--dans l'argot des faubouriens.
NYMPHE POTAGÈRE, s. f. Cuisinière.
O
OBÉLISQUAL, adj. Écrasant d'étonnement, «ruisselant d'inouïsme»,--dans l'argot des romantiques, amis des superlatifs étranges.
OBJET, s. m. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.
OCCASE, s. f. Apocope d'Occasion,--dans l'argot des faubouriens.
OCCASION, s. f. Chandelier,--dans l'argot des voleurs.
OCCASION (D'). De peu de valeur, d'un prix très réduit,--dans l'argot du peuple qui dit cela à propos des choses.
OCRÉAS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des Saint-Cyriens, qui se souviennent de leur Virgile et de leur Horace. Ocreatus in nive dormis, a dit ce dernier, qui n'était pas fait pour dormir tout botté sous la neige, comme un soldat, car on sait qu'à la bataille de Philippes il prit la fuite en jetant son bouclier aux orties.
OEIL, s. m. Crédit,--dans l'argot des bohèmes.
Avoir l'œil quelque part. Y trouver à boire et à manger sans bourse délier.
Faire ou ouvrir un œil à quelqu'un. Lui faire crédit.
Crever un œil. Se voir refuser la continuation d'un crédit.
Fermer l'œil. Cesser de donner à crédit.
Quoique M. Charles Nisard s'en aille chercher jusqu'au 1er siècle de notre ère un mot grec «forgé par saint Paul» (chap. VII de l'Épître aux Éphésiens, et chap. III de l'Épître aux Colossiens), j'oserai croire que l'expression A l'œil--que ne rend pas du tout d'ailleurs l'[grec: ophthalmodouleia] de l'Apôtre des Gentils--est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme actuelle, il n'y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par faire de l'œil aux dames de comptoir, qui ont fini par leur faire l'œil: une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.
OEIL, s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d'être d'une robe, d'un tableau, d'un paysage, etc.
On dit: Cette chose a de l'œil.
OEIL, s. m. Le podex,--dans l'argot des faubouriens facétieux.
Crever l'œil à quelqu'un. Lui donner un coup de pied au derrière.
OEIL (Avoir l'). Faire bonne garde autour d'une personne ou d'une chose.
On dit aussi Ouvrir l'œil.
OEIL (Faire de l'). Donner à penser des choses fort agréables aux hommes,--dans l'argot des petites dames; regarder langoureusement ou libertinement les femmes, dans l'argot des gandins.
OEIL AMÉRICAIN (Avoir l'). Voir très clair là où les autres voient trouble,--dans l'argot du peuple, qui a peut-être voulu faire allusion aux romans de Cooper et rappeler les excellents yeux de Bas-de-Cuir, qui aurait vu l'herbe pousser.
OEIL BORDÉ D'ANCHOIS, s. m. Aux paupières rouges et décillées,--dans l'argot des faubouriens.
OEIL DE BOEUF, s. m. Pièce de cinq francs.
OEIL DE VERRE, s. m. Lorgnon.
OEIL EN COULISSE, s. m. Regard tendre et provocateur,--ce que Sénèque appelle en son langage sévère oculorum fluxus.
Faire les yeux en coulisse. Regarder amoureusement quelqu'un.
OEIL EN TIRELIRE, s. m. Regard chargé d'amour, provocateur, à demi clos.
OEIL MARÉCAGEUX, s. m. Regard langoureux, voluptueux,--dans l'argot des petites dames.
OFFICIER, s. m. Garçon d'office,--dans l'argot des limonadiers.
OFFICIER DE LOGE, s. m. Frère chargé d'un office,--dans l'argot des francs-maçons.
OFFICIER DE TOPO, s. m. Homme qui triche au jeu de la bassette,--dans l'argot des joueurs.
On dit aussi Officier de tango.
OGNON, s, m. Grosse montre, de forme renflée comme un bulbe,--dans l'argot du peuple, ami des mots-images.
On remarquera que, contrairement à l'orthographe officielle, j'ai écrit ognon et non oignon. Pour deux raisons: la première, parce que le peuple prononce ainsi; la seconde, parce qu'il a raison, oignon venant du latin unio. J'ai même souvent entendu prononcer union.
OGNON (Il y a de l'), On va se fâcher, on est sur le point de se battre, par conséquent de pleurer. Argot des faubouriens.
OGNONS (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme superlatif de bien, de bon et de beau.
On dit aussi Aux petites ognons! et même Aux petites oignes!
Cette expression et celle-ci: Aux petits oiseaux! sont les descendantes de cette autre: Aux pommes! qu'explique à merveille une historiette de Tallemant des Réaux.
OGRE, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Usurier, Escompteur.
OGRE, s. m. Marchand de chiffons,--dans l'argot des chiffonniers.
OGRESSE, s. f. Maîtresse de tapis-franc, de maison borgne,--dans l'argot des voleurs, qui ont sans doute voulu faire allusion à l'effroyable quantité de chair fraîche qui se consomme là dedans.
OGRESSE, s. f. Marchande à la toilette, proxénète,--dans l'argot des filles, ses victimes.
OH! LA! LA! Exclamation ironique et méprisante de l'argot des faubouriens, qui la mettent à toutes sauces.
OIE DU FRÈRE PHILIPPE, s. f. Jeune fille ou jeune femme,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu les Contes de la Fontaine.
L'expression tend à s'introduire dans la circulation générale: à ce titre, j'ai dû lui donner place ici. Pourquoi le peuple, qui a à sa disposition, à propos de la «plus belle moitié du genre humain», tant d'expressions brutales et cyniques, n'emploierait-il pas cette galante périphrase? Le peuple anglais dit bien depuis longtemps, à propos des demoiselles de petite vertu, les Oies de l'évêque de Winchester (The bishop of Winchester's geese).
OISEAU, s. m. Auge à plâtre.--dans l'argot des maçons.
OISEAU, s. m. Original; homme difficile à vivre,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie presque toujours ce mot que dans un sens péjoratif ou ironique. Ainsi il dira, à propos d'un homme qu'on lui vante et qu'il n'aime pas: «Oui, un bel oiseau!» Ou, à propos d'un homme taré ou suspect: «Quel triste oiseau!» Ou, à propos d'un homme laid ou ennuyeux: «Le vilain oiseau!» Ou, à propos d'un homme excentrique: «Drôle d'oiseau!»
Les Anglais disent de même: Queer bird.
OISEAUX (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme le superlatif de bien, de beau, de bon. Une femme est aux oiseaux quand elle réunit la sagesse à la beauté. Un mobilier est aux oiseaux quand il réunit l'élégance et la solidité au bon marché, etc., etc.
On dit aussi Aux petits oiseaux!
OISEAU DE CAGE, s. m. Prisonnier.
Les ouvriers anglais disent: Jail bird (oiseau de prison).
OLIM, s. m. Suranné, académicien,--dans l'argot des romantiques, qui cherchaient et trouvaient les injures les plus corsées pour en contaminer la gloire de leurs adversaires naturels, les classiques.
Celle-ci appartient à T. Gautier, qui, heureusement pour lui et pour nous, a fait Émaux et Camées.
OLIVET, s. m. Ognon,--dans l'argot des voleurs.
OLIVIER DE SAVETIER, s. m. Navet,--dans l'argot des faubouriens, qui font sans doute allusion à l'huile qu'on extrait de la navette, un Brassica napus aussi, mais oleifera.
OLLA PODRIDA, s. f. Représentation à bénéfice, où l'on fait entrer de tout, du chant et de la danse, du drame et du vaudeville, de l'opéra-comique et de la tragédie. Pot-pourri. Argot des coulisses.
OMBRE (A l'). En prison,--dans l'argot du peuple.
S'emploie aussi quelquefois dans un sens plus sinistre, celui de: Au cimetière, et, dans ce cas, mettre quelqu'un à l'ombre, c'est le tuer.
OMBRES CHINOISES, s. f. pl. Revue de l'année, jouée à la façon de Séraphin, par les élèves de l'Ecole polytechnique, le jeudi qui précède Noël, et dans laquelle on n'épargne pas plus le sel aux professeurs, et même au général commandant l'Ecole, qu'Aristophane ne l'épargnait à Socrate dans ses Nuées.
OMELETTE, s. f. Mystification militaire qui consiste à retourner sens dessus dessous le lit d'un camarade endormi.
Omelette du sac. Autre plaisanterie de même farine qui consiste à mettre en désordre tous les objets rangés dans un havre-sac,--ce qui est une façon comme l'autre de casser les œufs et de les brouiller.
OMNIBUS, s. m. Résidu des liquides répandus sur le comptoir d'un marchand de vin, et servi par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des arlequins.
OMNIBUS, s. m. Verre de vin de la contenance d'un demi-setier, la mesure ordinaire de tout buveur.
OMNIBUS, s. m. Garçon supplémentaire pour les jours de fête,--dans l'argot des garçons de café.
OMNIBUS, s. m. Femme banale,--dans l'argot du peuple, pour qui cette Dona Sol au ruisseau lucet omnibus.
OMNIBUS DE CONI, s. m. Corbillard,--dans l'argot des voleurs.
ONCLE, s. m. Guichetier,--dans le même argot.
ONCLE, s. m. Usurier,--dans l'argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur tante à quelqu'un.
ONGLE CROCHE, s. m. Avare et même voleur,--dans l'argot du peuple, qui suppose avec raison que ce qui est bon à garder pour l'un est bon à prendre pour l'autre.
Avoir les ongles croches. Avoir des dispositions pour la tromperie--et même pour la filouterie.
ONGLES EN DEUIL, s. m. pl. Ongles noirs, malpropres.
ONGUENT, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs, qui savent que l'on guérit tout, ou presque tout, avec cela.
ON PAVE! Phrase de l'argot des bohèmes, signifiant: «Il ne faut pas passer dans cette rue, dans ce quartier, à cause des créanciers qu'on pourrait y rencontrer.»
OPINEUR HÉSITANT, s. m. Juré,--dans l'argot des voyous, piliers de Cour d'assises.
ORANGE A COCHONS, s. f. Pomme de terre,--dans l'argot des voleurs, qui apprennent ainsi aux gens honnêtes et ignorants qu'avant Parmentier le savoureux tubercule dont nous sommes si friands aujourd'hui, pauvres et riches, était abandonné comme nourriture aux descendants du compagnon de saint Antoine.
Le peuple dit Orange de Limousin.
ORANGER, s. m. La gorge,--dans l'argot de Breda-Street.
M. Prudhomme, dans un accès de galanterie, s'étant oublié jusqu'à comparer le buste d'une belle femme au classique «jardin des Hespérides», et les fruits du jardin des Hespérides étant des pommes d'or, c'est-à-dire des oranges, on devait forcément en arriver à prendre toute poitrine féminine pour un oranger.
ORANGER DE SAVETIER, s. m. Le basilic,--dans l'argot des faubouriens, qui connaissent l'odeur exquise de l'ocymum, bien faite pour neutraliser celle des cuirs amoncelés dans les échoppes de cordonnier.
On le dit aussi du réséda.
ORANGES SUR LA CHEMINÉE (Avoir des). Avoir une gorge convenablement garnie,--dans l'argot de Breda-Street.
ORDINAIRE, s. m. Soupe et bœuf,--dans l'argot des ouvriers.
ORDINAIRES, s. f. pl. Les menses de la femme,--dans l'argot des bourgeois.
OR-DUR, s. m. Cuivre,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment à équivoquer. Ça, de l'or? disent-ils; de l'ordure (or-dur) oui!
OREILLARD, s. m. Baudet,--dans le même argot.
ORGANEAU, s. m. Anneau de fer placé au milieu de la chaîne qui joint entre eux les forçats suspects.
ORGUE. Pronom personnel de l'argot des voleurs.
Mon orgue, moi.
Ton orgue, toi.
Son orgue, lui.
Leur orgue, eux.
ORGUES, s. f. pl. Affaires,--dans le même argot.
ORIENTALISTE, s. m. Homme parlant le pur argot,--qui est du sanscrit et du chinois pour les gens qui n'ont appris que les langues occidentales.
ORIGINAL, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne. Argot des bourgeois.
On dit aussi Original sans copie.
ORLÉANS, s. m. Vinaigre.
ORNICHON, s. m. Poulet.
ORNIE, s. f. Poule,--dans l'argot des voleurs, pour qui cette volaille est l'oiseau par excellence ([grec: ornis]), au propre et au figuré, à manger et à plumer.
ORNIE DE BALLE, s. f. Dinde,--«à cause de la balle d'avoine dans laquelle elle est forcée de chercher sa nourriture, le grain étant réservé aux autres habitants de la basse-cour.»
ORNIÈRE, s. f. Poulailler.
ORNION, s. m. Chapon.
ORPHELIN, s. m. Orfèvre,--dans l'argot des voleurs.
ORPHELIN DE MURAILLE, s. m. Résultat solide de la digestion,--dans l'argot des faubouriens.
ORPHELINS, s. m. pl. Bande de camarades, ou plutôt de complices,--dans l'argot des voleurs.
ORPHIE, s. f. Oiseau chanteur (Orphicus). Même argot.
OS, s. m. Argent, or, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
Avoir l'os. Être riche.
OSSELETS, s. m. Les dents,--dans l'argot des voleurs.
OSTROGOTH, (on prononce Ostrogo) s. m. Importun; niais,--dans l'argot du peuple.
OUATER, v. a. et n. Dessiner ou peindre avec trop de morbidesse et de flou,--dans l'argot des artistes, qui prétendent qu'en peignant ou en dessinant ainsi, on ne peut faire que des bonshommes en coton.
OUICHE! adv. Oui,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot ironiquement.
C'est le ouais des paysans.
OUI, EN PLUME! Expression de l'argot des typographes qui équivaut à cette autre plus claire: «Tu blagues!»
OUI, GARIBALDI! Expression de dénégation méprisante qui a succédé, dans l'argot du peuple, depuis les événements d'Italie, à cette autre si connue: Oui! mon œil!
On a dit aussi Oui! les lanciers!
OURLER LE BEQ, v. a. Terminer sa besogne,--dans l'argot des graveurs sur bois.
OURS, s. m. Vaudeville, drame ou comédie qui brille par l'absence d'intérêt, de style, d'esprit et d'imagination, et qu'un directeur de théâtre bien avisé ne joue que lorsqu'il ne peut pas faire autrement,--comme autrefois, aux cirques de Rome on ne faisait combattre les ours que lorsqu'il n'y avait ni lions, ni tigres, ni éléphants.
On le dit aussi d'un mauvais article ou d'un livre médiocre.
OURS, s. m. Ouvrier imprimeur,--dans l'argot des typographes.
OURS, s. m. La salle de police,--dans l'argot des soldats.
OURSON, s. m. Bonnet de grenadier,--dans l'argot des gardes nationaux.
OUTIL DE BESOIN, s. m. Souteneur de carton,--dans l'argot des filles.
OUTILS, s. m. pl. Ustensiles de table, en général,--dans l'argot des francs-maçons.
OUTU, adj. Ruiné, perdu, atteint de la maladie mortelle,--dans l'argot des bourgeois désireux de ménager la chèvre de la décence et le chou de la vérité.
Il y a longtemps qu'ils parlent ainsi, frisant la gaillardise et défrisant l'orthographe. On trouve dans les Contes d'Eutrapel: «Et bien, dit-elle, soit! Ce qui est faict est faict, il n'y a point de remède, qui est outu est outu (quelques docteurs disent qu'elle adjoucta une F).»
OUVRAGE, s. m. L'engrais humain, à l'état liquide,--dans l'argot des faubouriens.
Tomber dans l'ouvrage. Se laisser choir dans la fosse commune d'une maison.
OUVRAGE, s. m. Vol,--dans l'argot des prisons.
OUVRIER, s. m. Voleur,--dans le même argot.
OUVRIR SA TABATIÈRE, v. a. Crepitare sournoisement, sans bruit, mais non sans inconvénient,--dans l'argot du peuple, qui, en parlant de cet inconvénient, ajoute: Drôle de prise!
P
PACANT, s. m. Paysan,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Palot.
PACHALESQUEMENT, ad. Voluptueusement,--dans l'argot des romantiques.
Cet adverbe oriental appartient à Théophile Dondey, plus inconnu sous le pseudonyme de Philotée O'Neddy.
PACKET, s. m. Paquebot,--dans l'argot des anglomanes et des créoles.
PACLIN ou PASQUELIN, s. m. Pays natal,--dans l'argot des voleurs.
Pasquelin du Rabouin. L'enfer, pays du diable.
PACLINAGE ou PASQUELINAGE, s. m. Voyage.
PACLINER, v. n. Voyager.
PACLINEUR, s. m. Voyageur.
PADOUE, s. f. Cordonnet rouge avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons.
PAF, adj. Gris, ivre,--dans l'argot des faubouriens.
PAFFER (Se), v. réfl. Boire avec excès.
PAFS, s. m. pl. Chaussures, neuves ou d'occasion.
PAGE BLANCHE, s. f. Homme distingué, ouvrier supérieur à son état,--dans l'argot des typographes.
Être page blanche en tout. Ne se mêler jamais des affaires des autres; être bon camarade et bon ouvrier.
PAGNE, s. m. Provisions que le malade ou le prisonnier reçoit du dehors et qu'on lui porte ordinairement dans un panier. Argot des voleurs.
PAIE (Bonne), s. f. Homme qui fait honneur à sa parole ou à sa signature,--dans l'argot des bourgeois.
Mauvaise paie. Débiteur de mauvaise foi.
Il faut prononcer paye, à la vieille mode.
PAÏEN, s. m. Débauché, homme sans foi ni loi, ne craignant ni Dieu ni diable,--dans l'argot du peuple, qui emploie là une expression des premiers temps de notre langue.
PAILLASSE, s. f. Corps humain,--dans l'argot des faubouriens.
Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel,--ou à coups de pied dans le ventre.
On dit aussi Paillasse aux légumes.
PAILLASSE, s. f. Femme ou fille de mauvaise vie.
On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.
PAILLASSE, s. m. Homme politique qui change d'opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu'il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu'il met.
On dit aussi Pitre et Saltimbanque.
PAILLASSON, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d'une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu'a aujourd'hui la chanson de l'Assommoir:
«Chaque soir sur le boulevard Ma petit' femm' fait son trimar, Mais si elle s'port' sus l'paillasson, J'lui coup' la respiration: Je suis poisson!»
PAILLE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
PAILLE (C'est une)! Ce n'est rien! Argot du peuple.
L'expression est très ironique, et signifie toujours, dans la bouche de celui qui l'emploie, que ce rien est un obstacle sérieux.
PAILLE AU CUL (Avoir la). Être réformé, congédié; mis hors de service, par allusion au bouchon de paille qu'on met aux chevaux à vendre.
PAILLE DE FER, s. f. Baïonnette,--dans l'argot des troupiers.
Signifie aussi: Fleuret, Epée.
PAILLETÉE, s. f. Drôlesse du boulevard,--dans l'argot des voyous, qui sont souvent les premiers à fixer dans la langue une mode ou un ridicule. Pour les curieux de 1886, cette expression voudra dire qu'en 1866 les femmes du monde interlope portaient des paillettes d'or partout, sur leurs voilettes, dans leurs cheveux, sur leurs corsages, etc. Elle a été employée pour la première fois en littérature par M. Jules Claretie.
J'ai entendu aussi un voyou s'écrier, en voyant passer dans le faubourg Montmartre une de ces effrontées drôlesses qui ne savent comment dépenser l'or qu'elles ne gagnent pas: Ohé! la Dantzick.
PAILLOT, s. m. Paillasson à essuyer les pieds,--dans l'argot du peuple.
PAIN, s. m. Coussin de cuir,--dans l'argot des graveurs, qui placent dessus la pièce à graver, bois ou acier.
PAIN (Et du)! Exclamation ironique de l'argot du peuple, qui la coud à beaucoup de phrases, quand il veut refuser à des importuns ou se moquer de gens prétentieux. Ainsi: «As-tu cent sous à me prêter?--Cent sous! Et du pain?» Ou bien à propos d'un gandin qui passe, stick à la bouche, pince-nez sur l'œil: «Plus que ça de col! Et du pain?» etc.
PAIN BÉNIT (C'est). Ce n'est que justice, c'est bien fait.
PAIRE DE CYMBALES, s. f. Pièce de dix francs,--dans l'argot facétieux des faubouriens.
PALABRE, s. m. Discours ennuyeux, prudhommesque,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux marins, qui l'avaient emprunté à la langue espagnole, où, en effet, palabra signifie parole.
PALAIS DU FOUR, s. m. Monument élevé par Charles Monselet, dans le Figaro, en l'honneur des victimes malheureuses de la littérature et de l'art, des artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une œuvre digne d'admiration, n'ont fait qu'une œuvre digne de risée.
PALE, s. m. As et deux,--dans l'argot des joueurs de dominos.
Asinet. As tout seul.
PALETOT, s. m. Cercueil,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
PALETTE, s. f. Guitare,--dans l'argot des musiciens ambulants.
PALICHON, s. m. Double blanc,--dans l'argot des joueurs de dominos.
Ils disent aussi Blanchinet.
PALLAS, s. m. Discours, bavardage,--dans l'argot des typographes et des voleurs.
Faire pallas. Faire beaucoup d'embarras à propos de peu de chose.
PALLASSEUR, s. m. Faiseur de discours, bavard.
PALMÉ, s. et adj. Homme bête comme une oie,--dans l'argot du peuple.
PALPER, v. a. et n. Toucher de l'argent,--dans l'argot des employés.
PALPITANT, s. m. Le cœur,--dans l'argot des voleurs.
PALTOQUET, s. m. Drôle, intrus, balourd,--dans l'argot des bourgeois.
PAMEUR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs qui ont remarqué que les poissons une fois hors de leur élément natal, font les yeux blancs.
PAMURE, s. f. Soufflet violent, à faire pâmer de douleur la personne qui le reçoit,--dans l'argot des faubouriens et des paysans de la banlieue de Paris.
PANACHER, v. a. Mélanger, mêler,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au propre et au figuré, à propos des choses et à propos des gens.
PANADE, s. et adj. Chose molle, de peu de valeur; femme laide. Argot des faubouriens.
PANAIS (Être en). Être en chemise, sans aucun pantalon.
PANAMA, s. m. Gandin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela par allusion à la mode des chapeaux de Panama, prise au sérieux par les élégants.
Le mot s'applique depuis aux chapeaux de paille quelconques.
PANAMA, s. m. Écorce d'arbre exotique qui sert à dégraisser les étoffes.
PANIER A SALADE, s. m. Voiture affectée au service des prisonniers,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Souricière.
PANIER A SALADE, s. m. Petite voiture en osier à l'usage des petites dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.
PANIER AU PAIN, s. m. L'estomac.
Les ouvriers anglais ont la même expression: bread basket, disent-ils.
PANIER AUX CROTTES, s. m. Le podex et ses environs,--dans l'argot du peuple.
Remuer le panier aux crottes. Danser.
PANIER AUX ORDURES, s. m. Le lit,--dans l'argot des faubouriens.
PANIER PERCÉ, s. m. Prodigue, dépensier,--dans l'argot des bourgeois.
PANNA, s. m. Chose de peu de valeur, bonne à jeter aux ordures.
PANNE, s. f. Misère, gène momentanée,--dans l'argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.
PANNE, s. f. Rôle de deux lignes,--dans l'argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle.
Se dit aussi d'un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d'un acteur ou la beauté d'une actrice.
PANNÉ, s. m. Homme qui n'a pas un sou vaillant,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas ces garçons-là.
PANNER, v. a. Gagner au jeu,--dans l'argot des faubouriens.
PANOUFLE, s. f. Vieille femme ou vieille chose sans valeur,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion au lambeau de peau qu'on mettait encore, il y a quelques années, aux sabots pour amortir le contact du bois.
Signifie aussi Perruque.
PANSER DE LA MAIN, v. a. Battre, donner des coups,--dans le même argot.
PANTALONNER UNE PIPE, v. a. La fumer jusqu'à ce qu'elle ait acquis cette belle couleur bistrée chère aux fumeurs.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que c'est le même verbe que culotter, mais un peu plus décent,--pas beaucoup.
PANTALON ROUGE, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Pantalon garance.
PANTALONS, s. m. pl. Petits rideaux destinés à dérober au public la vue des coulisses, qui sans cette précaution s'apercevraient par les portes ou les fenêtres au fond et nuiraient à l'illusion de la mise en scène.
PANTALZAR, s. m. Pantalon,--dans l'argot des faubouriens.
PANTE, s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs,--volontairement avec les premières, contre son gré avec les seconds.
Pante argoté. Imbécile parfait.
Pante arnau. Dupe qui s'aperçoit qu'on la trompe et qui renaude.
Pante désargoté. Homme difficile à tromper.
Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent pantre. Francisque Michel, lui, dit pantre, et fidèle à ses habitudes, s'en va chercher un état civil à ce mot jusqu'au fond du moyen âge. Pourquoi pante ne viendrait-il pas de pantin (homme dont on fait ce qu'on veut), ou de Pantin (Paris)? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens comme leur proie! Si cette double étymologie ne suffisait pas, j'en ai une autre en réserve: Ponte. Le ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s'expose à payer souvent. Pourquoi pas? Dollar vient bien de thaler.
PANTIN, n. de v. Paris,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Pampeluche et Pantruche. «Pantin, dit Gérard de Nerval, c'est le Paris obscur. Pantruche, c'est le Paris canaille.»
Dans le goût de Pantin. Très bien, à la dernière mode.
PANTIN, s. m. Homme sans caractère,--dans l'argot du peuple qui sait que nous sommes cousus de fils à l'aide desquels on nous fait mouvoir contre notre gré.
PANTINOIS, s. m. Parisien.
PANTOUFLE. Mot que le peuple ajoute ordinairement à Et cætera, comme pour mieux marquer son dédain d'une énumération fastidieuse.
Sert aussi de terme de comparaison péjorative.
Bête comme ma pantoufle. Très bête.
Raisonner comme une pantoufle. Très mal.
PANTOUFLÉ, s. m. Ouvrier tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que ces ouvriers sortent volontiers en pantoufles.
PANTUME, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des voleurs.
Quelques lexicographes de Clairvaux disent Panturne.
PAPA, s. m. Père,--dans l'argot des enfants, dont ce mot est le premier bégaiement.
Bon-papa. Grand-père.
PAPA (A la), adv. Avec bonhomie, tranquillement,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec une nuance d'ironie.
PAPAVOINER, v. a. Assassiner aussi froidement que fit Papavoine des deux petits enfants dont il paya la vie de sa tête.
L'expression, qui a eu cours il y a une trentaine d'années, a été employée en littérature par le chansonnier Louis Festeau.
PAPE, s. m. Imbécile,--dans l'argot des faubouriens.
PAPE COLAS, s. m. Homme qui aime à prendre ses aises, à se prélasser,--dans l'argot du peuple.
PAPELARD, s. m. Papier,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu coudre une désinence de fantaisie au papel espagnol.
PAPIER JOSEPH, s. m. Billet de banque,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Papier de soie.
PAPIER PUBLIC, s. m. Journal,--dans l'argot des paysans de la banlieue.
PAPILLON, s. m. Blanchisseur,--dans l'argot des voleurs, qui ont transporté à la profession l'épithète qui conviendrait à l'objet de la profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.
PAPILLONNE, s. f. Amour du changement, ou plutôt Changement d'amour,--dans l'argot des fouriéristes.
On dit aussi Alternante.
PAPILLONNER, v. n. Aller de belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur,--dans l'argot du peuple.
Il y a près de deux siècles que le mot est en circulation. On connaît le mot de madame Deshoulières à propos de mademoiselle d'Ussel, fille de Vauban: «Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige.» Fourier n'a inventé ni le nom ni la chose.
PAPILLOTES, s. f. pl. Billets de banque,--dans lesquels les gens aussi riches que galants enveloppent les dragées qu'ils offrent aux petites dames.
PAPOTAGE, s. m. Causerie familière; bavardage d'enfants ou d'amoureux. Argot des gens de lettres.
PAPOTER, v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.
PAQUEMON, s. m. Paquet ou ballot,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Paquecin.
PAQUET, s. m. Compte,--dans l'argot du peuple.
Avoir son paquet. Être complètement ivre.
Recevoir son paquet. Être congédié par un patron, ou abandonné par un médecin, ou extrême-onctionné par un prêtre.
Faire son paquet. Faire son testament.
Risquer le baquet. S'aventurer, oser dire ou faire quelque chose.
PAQUETS, s. m. pl. Médisance, ragots.
Faire des paquets. Médire et même calomnier.
PARADIS, s. m. Amphithéâtre des quatrièmes,--dans l'argot des coulisses.
PARADIS, s. m. La fosse commune,--dans l'argot ironique des marbriers de cimetière.
PARADOUZE, s. f. Paradis,--dans l'argot calembourique du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme en témoignent ces vers extraits du Roman du Renart:
«..... Li sainz Esperiz De la seue ame s'entremete Tant qu'en paradouse la mete, Deux lieues outre Paradiz, Où nus n'est povre ne maudis.»
PARE-A-LANCE, s. m. Parapluie,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi En-tous-cas. Cette dernière expression, dit Vidocq,--et cela va scandaliser beaucoup de bourgeoises qui l'emploient de confiance, lui croyant une origine honnête,--cette dernière expression a été trouvée par un détenu de Bicêtre, le nommé Coco.
PARAPHE, s. m. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se plaît à déposer son seing sur la joue de ses adversaires.
Détacher un paraphe. Donner un soufflet.
PARÉ (Être). Avoir subi la «fatale toilette» et être prêt pour la guillotine,--dans l'argot des prisons.
Les bouchers emploient la même expression lorsqu'ils viennent de faire un mouton.
PAREIL AU MÊME (Du). La même chose ou le même individu,--dans l'argot des faubouriens.
PARER LA COQUE, v. a. Echapper par la fuite à un châtiment mérité; parer habilement aux inconvénients d'une situation, dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
PARFAIT AMOUR, s. m. Liqueur de dames,--dans l'argot des faubouriens. On dit aussi Crème de cocu.
PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER. Eau-de-vie d'une qualité au-dessous de l'inférieure.
PARISIEN, s. m. Homme déluré, inventif, loustic,--dans l'argot des troupiers.
PARISIEN, s. m. Niais, novice,--dans l'argot des marins.
PARISIEN, s. m. Vieux cheval invendable,--dans l'argot des maquignons.
PARLER BOUTIQUE, v. n. Ne s'entretenir que des choses de l'état qu'on exerce, de l'emploi qu'on remplit, contrairement aux règles de la civilité, qui veulent qu'on s'occupe peu de soi quand on cause avec les autres. Argot du peuple.
PARLER CHRÉTIEN, v. n. Parler nettement, clairement, de façon que personne ne s'y trompe.
PARLER EN BAS-RELIEF, v. n. A voix basse, entre ses dents. Argot des artistes.
PARLER LANDSMAN, v. n. Parler la langue allemande,--dans l'argot des ouvriers.
PARLER PAPIER, v. n. Écrire,--dans l'argot des troupiers.
PARLER ZE-ZE, v. n. Bléser, substituer une consonne faible à une consonne forte, ou l's au g, ou le z à l's. Argot du peuple.
PARLOIR DES SINGES, s. m. Parloir où les prisonniers sont séparés des visiteurs par un double grillage. Argot des voleurs.
PARLOTTE, s. f. Lieu où l'on fait des commérages, que ce soit la Chambre des députés ou le Café Bouvet; tel foyer de théâtre ou telle loge de danseuse.
Plus spécialement l'endroit où se réunissent les avocats.
PARLOTTER, v. n. Bavarder.
PARLOTTERIE, s. f. Abondance de paroles avec une pénurie d'idées.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
PARLOTTEUR, s. m. Bavard.
PARMESARD, s. m. Pauvre diable à l'habit râpé comme parmesan,--dans l'argot facétieux des faubouriens.
PAROISSIEN, s. m. Individu suspect,--dans l'argot du peuple.
Drôle de paroissien. Homme singulier, original, qui ne vit pas comme tout le monde.
PAROISSIEN DE SAINT PIERRE AUX BOEUFS, s. m. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui sait que ce saint est le patron des grosses bêtes.
PARON, s. m. Palier de maison, carré,--dans l'argot facétieux des voleurs.
PAROXISTE, s. m. Écrivain qui, comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval et Ponson du Terrail, recule les limites de l'invraisemblance et de l'extravagance dans le roman.
Le mot est de Charles Monselet.
PARQUE (La). La Mort,--dans l'argot des académiciens.
PARRAIN, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Témoin.
Parrain fargueur. Témoin à charge.
Parrain d'altéque. Témoin à décharge.
PARTAGEUSE, s. f. Femme entretenue qui a l'habitude de prendre la moitié de la fortune des hommes,--quand elle ne la leur prend pas tout entière. Argot des gens de lettres.
L'expression date de 1848, et elle appartient à Gavarni.
PARTAGEUX, s. m. Républicain,--dans l'argot des paysans de la banlieue.
PARTI (Être). Être gris, parce qu'alors la raison s'en va avec les bouchons des bouteilles vidées. Argot des bourgeois.
On dit aussi Être parti pour la gloire.
PARTICULIER, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers.
PARTICULIER, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot du peuple, qui prend ordinairement ce mot en mauvaise part.
PARTICULIÈRE, s. f. Maîtresse, bonne amie,--dans l'argot des troupiers.
D'après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon, c'est-à-dire au XVIIe siècle. «On lit à chaque instant dans l'Astrée: Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des Amants à nos soldats, qui n'ont fait que les abréger.»
PARTIE, s. f. Aimable débauche de vin ou de femmes.
Partie carrée. Partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes.
Partie fine. Rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier.
Être en partie fine. Être avec une dame n'importe où.
PARTIE, s. f. Pièce montée où chacun paie son rôle,--dans l'argot des acteurs amateurs. C'est une sorte de pique-nique théâtral.
Monter une partie. Monter une pièce destinée à être jouée sur un théâtre de campagne.
PARTIE DE TRAVERSIN (Faire une). Dormir à deux,--dans l'argot des faubouriens.
Les Anglais ont une expression analogue: To read a curtain lecture (faire un cours de rideaux), disent-ils.
PARTIES CHARNUES (Les). Les nates,--dans l'argot des bourgeois.
PARTIR DU PIED DROIT. Bien commencer une affaire, l'engager gaiement et résolument. Argot du peuple.
Quand on veut décider quelqu'un on dit: «Allons, partons du pied droit!» C'est un ressouvenir des superstitions païennes. Quand Encolpe et Ascylte se disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux esclaves de Trimalcion leur crie: Dextro pede! Dextro pede!
PASCAILLER, v. n. Prendre le tour de quelqu'un, lui enlever un avantage, le supplanter. Argot des voleurs.
PAS DE ÇA, LISETTE! Formule de refus ou de négation,--dans l'argot du peuple, qui connaît son Béranger.
PAS GRAND'CHOSE, s. m. Fainéant; homme sans moralité et sans courage, vaurien.
PAS GRAND'CHOSE, s. f. Drôlesse, bastringueuse, vaurienne.
PAS MÉCHANT, adj. Laid, pauvre, sans la moindre valeur,--dans l'argot des faubouriens et des filles, qui emploient cette expression à propos des gens comme à propos des choses. Ainsi, un chapeau qui n'est pas méchant est un chapeau ridicule--parce qu'il est passé de mode; un livre qui n'est pas méchant est un livre ennuyeux,--parce qu'il ne parle pas assez de Cocottes et de Cocodès, etc.
PASSADE, s. f. Feu de paille amoureux,--dans l'argot des bourgeois.
PASSADE, s. f. Action de passer sur la tête d'un autre nageur en le faisant plonger ainsi malgré lui. Argot des écoles de natation.
Donner une passade. Forcer quelqu'un à plonger en lui passant sur la tête.
PASSADE, s. f. Jeu de scène qui fait changer de place les acteurs,--dans l'argot des coulisses.
Régler une passade. Indiquer le moment où les personnages doivent se ranger dans un nouvel ordre,--le numéro un se trouvant à la gauche du public.
PASSE, s. f. Guillotine,--dans l'argot des voleurs.
Être gerbé à la passe. Être condamné à mort.
PASSE, s. f. Situation bonne ou mauvaise,--dans l'argot du peuple.
PASSE, s. f. «Echange de deux fantaisies», dont l'une intéressée. Argot des filles.
Maison de passe. Prostibulum d'un numéro moins gros que les autres. M. Béraud en parle à propos de la fille à parties: «Si elle se fait suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup d'œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s'arrête à la porte d'une maison ordinairement de belle apparence; là elle attend son monsieur, elle s'explique ouvertement avec lui, et, s'il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l'on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison».
Faire une passe. Amener un noble inconnu dans cette maison «de belle apparence».
PASSÉ AU BAIN DE RÉGLISSE (Être). Appartenir à la race nègre,--dans l'argot des faubouriens.
PASSE-CARREAU, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les coutures des manches. Argot des tailleurs.
PASSE-CRIC, s. m. Passeport,--dans l'argot des voleurs.
PASSE-LACET, s. m. Fille d'Opéra, ou d'ailleurs,--dans l'argot des libertins d'autrefois, qui est encore celui des libertins d'aujourd'hui.
PASSE-LANCE, s. m. Bateau,--dans l'argot des voleurs.
PASSEPORT JAUNE, s. m. Papiers d'identité qu'on délivre aux forçats à leur sortie du bagne.
PASSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des bourgeois.
PASSER AU BLEU, v. a. Supprimer, vendre, effacer; manger son bien. Argot des faubouriens.
On disait, il y a cinquante ans: Passer ou Aller au safran. Nous changeons de couleurs, mais nous ne changeons pas de mœurs.
PASSER AU DIXIÈME, v. n. Devenir fou,--dans l'argot des officiers d'artillerie.
PASSER DE BELLE (Se). Ne pas recevoir sa part d'une affaire,--dans l'argot des voleurs.
PASSER DEVANT LA GLACE, v. n. Payer,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que, même dans leurs cafés populaciers, le comptoir est ordinairement orné d'une glace devant laquelle on est forcé de stationner quelques instants.
PASSER DEVANT LA MAIRIE, v. n. Se marier sans l'assistance du maire et du curé,--dans l'argot du peuple.
PASSER LA JAMBE, v. a. Donner un croc-en-jambe.
PASSER LA JAMBE A THOMAS, v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée,--dans l'argot des soldats et des prisonniers.
PASSER LA MAIN SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le flatter, lui dire des choses qu'on sait devoir lui être agréables. Argot du peuple.
On dit aussi Passer la main sur le ventre.
PASSER L'ARME A GAUCHE, v. a. Mourir,--dans l'argot des troupiers et du peuple.
On dit aussi Défiler la parade.
PASSER LA RAMPE (Ne point). Se dit--dans l'argot des coulisses--de toute pièce ou de tout comédien, littéraire l'une, consciencieux l'autre, qui ne plaisent point au public, qui ne le passionnent pas.
PASSÉ-SINGE, s. m. Roué, roublard,--dans l'argot des voleurs.
PASSEUR, s. m. Individu qui passe les examens de bachelier à la place des jeunes gens riches qui dédaignent de les passer eux-mêmes,--parce qu'ils en sont incapables.
PAS SI CHER! Exclamation de l'argot des voleurs, pour qui c'est un signal signifiant: «Parlez plus bas» ou: «Taisez-vous.»
PASSIFLEUR, s. m. Cordonnier,--dans le même argot.
PASSIFS, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
Le mot est expressif: des souliers qui ont longtemps servi ont naturellement pâti, souffert,--passifs, passivus, passif.
On dit aussi Passifles.
PAS TANT DE BEURRE POUR FAIRE UN QUARTERON! Phrase populaire par laquelle on coupe court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons nombreuses mais insuffisantes.
Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l'a mise dans la bouche de Mathieu Gareau, du Pédant joué.
PASTIQUER, v. a. Passer,--dans l'argot des voleurs.
Pastiquer la maltouze. Faire la contrebande.
PATAFIOLER, v. a. Confondre,--dans l'argot du peuple.
Ce verbe ne s'emploie ordinairement que comme malédiction bénigne, à la troisième personne de l'indicatif:--«Que le bon Dieu vous patafiole!»
PATAGUEULE, s. m. Homme compassé, oui fait sa tête et surtout sa gueule,--dans l'argot des sculpteurs sur bois.
PATAPOUF, s. m. Homme et quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud.
On dit aussi Gros Patapouf mais c'est un pléonasme inutile.
PATAQUÈS, s. m. Faute de français grossière, liaison dangereuse,--dans l'argot des bourgeois, qui voudraient bien passer pour des puristes.
PATARASSES, s. f. pl. Tampons que les forçats glissent entre leur anneau de fer et leur chair, afin d'amortir la pesanteur de la manicle sur les chevilles et le cou-de-pied.
PATARD, s. m. Pièce de monnaie, gros sou,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils emploient là une expression du temps de François Villon:
«Item à maistre Jehan Cotard Auquel doy encore un patard... A ceste heure je m'en advise.»
(Le Grand-Testament.)
PATAUD, s. et adj. Lourdaud, grossier, niais,--dans l'argot du peuple.
PATAUGER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on fait ni ce qu'on dit.
PATE, s. m. Apocope de patron,--dans l'argot des graveurs sur bois.
PATÉ, s. m. Tache d'encre sur le papier,--dans l'argot des écoliers, qui sont de bien sales pâtissiers.
On dit aussi Barbeau.
PATÉ, s. m. Mélange des caractères d'une ou plusieurs pages qui ont été renversées,--dans l'argot des typographes.
Faire du pâté, c'est distribuer ou remettre en casse ces lettres tombées.
PATÉ D'ERMITE, s. m. Noix,--dans l'argot du peuple, qui sait que les anachorètes passaient leur vie à mourir de faim.
PATÉE, s. f. Nourriture,--dans l'argot des faubouriens.
Prendre sa pâtée. Déjeuner ou dîner.
PATÉE, s. f. Correction vigoureuse et même brutale.
Recevoir une pâtée. Être battu.
PATE FERME, s. f. Article sans alinéas,--dans l'argot des journalistes.
PATENTE, s. f. Casquette,--dans l'argot des faubouriens, qui ont traduit à leur façon le patent qui se trouve sur tous les produits anglais, chapeaux, manteaux, etc.
PATIENCE, s. f. Jeu de cartes,--ou plutôt série de jeux de cartes, car il y a une trentaine de jeux de patience: la Loi salique, la Blocade, la Nivernaise, la Gerbe, le Crapaud, la Poussette, la belle Lucie, etc., etc.
PATINER, v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe d'une femme pour s'assurer que l'étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle du dessus. Argot du peuple.
PATINEUR, adj. et s. Homme qui aime à patiner les femmes.
PATIRAS, s. m. Souffre-douleur de l'atelier.
Les gens distingués disent Patito, comme à Florence.
PATOCHE. s. f. Férule,--dans l'argot des enfants, dont les mains en conservent longtemps le souvenir.
PATOCHES, s. f. pl. Mains.
PATOUILLER, v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.
PATOUILLER, v. n. Barboter, patauger.
On dit aussi Patrouiller. Ce verbe est dans Rabelais.
PATOUILLEUR, s. m. Peloteur.
PATRAQUE, s. f. Vieille montre qui marche mal; machine usée, sans valeur.
PATRAQUE, adj. Malade ou d'une santé faible, dans l'argot des bourgeois.
PATRES (Ad), adv. Au diable,--dans l'argot du peuple, qui se soucie peu de ses «pères.»
Envoyer ad patres. Tuer.
Aller ad patres. Mourir.
PATRIE, s. f. Commode,--dans l'argot des bohèmes, qui serrent leurs hardes dans les grands journaux comme la Patrie, le Siècle, etc., leurs seuls meubles souvent.
PATRON-MINETTE (Dès), adv. Dès l'aube,--dans l'argot du peuple.
PATRON-MINETTE, s. f. Association de malfaiteurs, célèbre il y a une trentaine d'années, à Paris comme la Camorra, à Naples.
PATROUILLE (Être en). Courir les cabarets, ne pas rentrer coucher chez soi. Argot du peuple.
PATROUILLER, v. a. et n. Peloter.
PATROUILLER, v. n. Faire patrouille,--dans l'argot des bourgeois, soldats-citoyens.
PATTE, s. f. Main,--dans l'argot des faubouriens. Le coup de patte, au figuré, est plutôt un coup de langue.
PATTE, s. f. Grande habileté de main,--dans l'argot des artistes.
Avoir de la patte. Faire des tours de force de dessin et de couleur.
PATTE-D'OIE, s. f. Les trois rides du coin de l'œil, qui trahissent ou l'âge ou une fatigue précoce. Argot du peuple.
PATTE-D'OIE, s. f. Carrefour,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.
PATTE-MOUILLÉE, s. f. Vieux chiffon imprégné d'eau, qui, à l'aide d'un carreau chaud, sert à enlever les marques du lustre sur le drap.
Expression de l'argot des tailleurs.
PATTES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
Fournir des pattes. S'en aller, s'enfuir.
On dit aussi Se payer une paire de pattes, et Se tirer les pattes.
PATTES, s. f. pl. Pieds,--dans l'argot des bourgeois.
PATTES (A), adv. Pédestrement.
PATTES DE MOUCHE, s. f. pl. Lettre de femme ou grimoire d'avocat. Argot du peuple.
PATINER (Se). Se sauver, Jouer des pattes,--dans l'argot des faubouriens.
PATTU, adj. Épais, lourd,--dans l'argot du peuple.
PATURER, v. n. Manger,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Prendre sa pâture.
PATURONS, s. m. pl. Les pieds,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela au moins depuis Vadé:
«A cet ensemble on peut connoître L'élégant et le petit-maître Du Pont-aux-Choux, des Porcherons, Où l'on roule ses paturons.»
Jouer des paturons. Se sauver.
PATUROT, s. m. Bonnetier, homme crédule,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du roman de Louis Reybaud.
PAUME, s. f. Perte, échec quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
Faire une paume. Faire un pas de clerc.
PAUMER, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.
PAUMER, v. a. Empoigner, prendre--avec la paume de la main.
S'emploie au propre et au figuré.
Être paumé. Être arrêté.
Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.
PAUVRARD, e, adj. et s. Excessivement pauvre.
PAVÉ, s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l'ours de la Fontaine.
Réclame-pavé. Eloge ridicule à force d'hyperboles, qu'un ami,--ou un ennemi,--fait insérer à votre adresse dans un journal.
PAVÉ, adj. Insensible,--dans l'argot du peuple.
Avoir le gosier pavé. Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.
PAVÉ MOSAÏQUE, s. m. Le sol de la salle des réunions,--dans l'argot des francs-maçons.
PAVILLON, s. et adj. Fou,--dans l'argot des faubouriens.
PAVILLONNER, v. n. Avoir des idées flottantes; déraisonner.
On dit aussi Être pavillon.
PAVOIS, adj. et s. En état d'ivresse.
Être pavois. Être gris, déraisonner à faire croire que l'on est gris.
PAVOISER (Se). S'endimancher. Argot des marins.
S'endimancher, pour les faubouriens, a un double sens: il signifie d'abord mettre ses habits les plus propres; ensuite s'amuser, c'est-à-dire boire, comme ils en ont l'habitude à la fin de chaque semaine.
PAYER (Se), v. réfl. S'offrir, se donner, se procurer,--dans l'argot des petites dames et des faubouriens.
Se payer un homme. Avoir un caprice pour lui.
Se payer une bosse de plaisir. S'amuser beaucoup.
PAYER BOUTEILLE. Offrir à boire chez le marchand de vin. Argot des ouvriers.
PAYER LA GOUTTE (Faire), Siffler,--dans l'argot des coulisses.
PAYER UNE COURSE (Se). Courir,--dans l'argot des faubouriens.
PAYOT, s. m. Forçat chargé d'une certaine comptabilité.
PAYS, s. m. Compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
PAYS, s. m. Compatriote,--dans l'argot des soldats.
PAYS-BAS, s. m. pl. Les possessions de messire Luc,--métropole et colonies.
PAYS BRÉDA. Le quartier Bréda, une des Cythères parisiennes. Argot des gens de lettres.
PAYS DES MARMOTTES (Le). La terre,--dans l'argot du peuple.
S'en aller dans le pays des marmottes. Mourir.
On dit aussi le Royaume des taupes.
PAYSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des soldats, qui sont volontiers du même pays que la bonne d'enfants qu'ils courtisent.
PAYS LATIN. Le quartier des Ecoles, genus latinum.
On dit plutôt le Quartier latin.
PEAU, s. f. Fille ou femme de très mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
C'est le jeu de mots latins: pellex et pellis.
On dit aussi Peau de chien.
PEAU D'ANE, s. f. Tambour,--dans l'argot des troupiers, qui ne savent pas que cet instrument de percussion est plus souvent recouvert d'une peau de chèvre ou de veau.
Faire chanter ou ronfler la peau d'âne. Battre le rappel,--dans l'argot du peuple, à qui cette chanson cause toujours des frissons de plaisir.
PÊCHE A QUINZE SOUS, s. f. Lorette de premier choix,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du demi-Monde d'Alexandre Dumas fils.
PÊCHER UNE FRITURE DANS LE STYX. Être mort,--dans l'argot des faubouriens qui ont lu M. de Chompré.
Aller pêcher une friture dans le Styx. Mourir.
PÉCUNE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (pecunia) et à la tradition: «Repoignet-om nostre tresor el champ, et nostre pecune allucet-om el sachet.»
(Sermons de saint Bernard.)
PÉDÉ, s. m. Apocope de Pédéraste,--dans l'argot des voyous, imitateurs inconscients de ces grammairiens toulousains du VIe siècle, qui disaient tantôt ple pour plenus, tantôt ur pour nominatur.
PÉDÉRO, s. f. Non conformiste,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent quelquefois aussi, facétieusement, Don Pédéro.
PÉGOCE, s. m. Pou,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Puce d'hôpital.
PÉGRAINE, s. f. Faim,--dans l'argot des vagabonds et des voleurs.
A proprement parler, cela signifie, non qu'on n'a rien du tout à manger, mais bien qu'on n'a pas trop de quoi,--une nuance importante.
Caner la pégraine. Mourir de faim.
PÈGRE, s. m. Voleur.
Ce mot est fils du précédent, comme le vice est fils de la misère--et surtout de la fainéantise (pigritia,--piger).
Pègre à marteau. Voleur de petits objets ou d'objets de peu de valeur.
PÈGRE, s. f. Le monde des voleurs.
Haute pègre. Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque partout.
Basse pègre. Petits voleurs en blouse, qui n'exercent que sur une petite échelle et qui ne sont reçus nulle part--qu'aux Madelonnettes ou à la Roquette.
PÉGRER, v. n. Voler.
Signifie aussi: Être misérable, souffrir.
PÉGRIOT, s. m. Apprenti voleur, ou qui vole des objets de peu de valeur.
PEIGNE, s. m. Clé,--dans l'argot des voleurs.
PEIGNE-CUL, s. m. Fainéant, traîne-braies,--dans l'argot du peuple.
PEIGNE DES ALLEMANDS, s. m. Les cinq doigts.
PEIGNÉE, s. f. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens, qui se prennent souvent aux cheveux.
On dit aussi Coup de peigne.
Se foutre une peignée. Se battre.
PEIGNER (Se), v. réfl. Se battre.
C'est le verbe to pheese des Anglais.
On dit aussi Se repasser une peignée.
PEINARD, s. m. Vieillard; homme souffreteux, usé par l'âge ou les chagrins,--dans l'argot du peuple.
PEINDRE EN PLEINE PATE, v. a. Peindre à pleines couleurs,--dans l'argot des artistes.
PEINTRE, s. m. Balayeur,--dans l'argot des troupiers.
PEINTURLURE, s. f. Mauvaise peinture,--dans l'argot du peuple.
PEINTURLURER, v. a. et n. Barbouiller une toile sous prétexte de peindre.
PEINTURLURER (Se). Se maquiller.
PEINTURLUREUR, s. m. Barbouilleur, mauvais peintre.
PÉKIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers, qui ont le plus profond mépris pour tout ce qui ne porte pas l'uniforme.
On écrit aussi Péquin.
PÉLAGO, n. de l. La prison de Sainte-Pélagie,--dans l'argot des voleurs.
PELARD, s. m. Foin,--dans le même argot.
PELARDE, s. f. Faulx.
PELÉ, s. m. Sentier battu.
PELOTE, s. f. Gain plus ou moins licite,--dans l'argot du peuple.
Faire sa pelote. Amasser de l'argent.
PELOTER, v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d'Elmire.
Par extension, Amadouer par promesses quelqu'un dont on attend quelque chose.
PELOTER (Se), v. réfl. Se disputer et même se battre,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Peloter avec quelqu'un.
PELOTER SA BUCHE, v. a. Travailler avec soin, avec goût, avec amour du métier. Argot des tailleurs.
PELOTEUR, adj. et s. Homme qui aime à flatter les femmes--de la main.
PELURE, s. f. Habit ou redingote,--dans l'argot des faubouriens.
PENDANTES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans l'argot des voleurs.
PENDRE AU NEZ. Se dit--dans l'argot du peuple--à propos de tout accident, heureux ou malheureux, coups ou million, dont on est menacé.
On a dit autrefois Pendre aux oreilles. (V. le Tempérament, 1755.)
PENDU GLACÉ, s. m. Réverbère. Argot des voleurs.
PENDULE A PLUMES, s. f. Coq,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu la Vie de Bohème.
PENTE (Avoir une), v. a. Être gris ou commencer à se griser,--dans l'argot des faubouriens.
PÉPÉE, s. f. Poupée,--dans l'argot des enfants.
PÉPÈTE, s. f. Pièce d'un sou,--dans l'argot des ouvriers; de cinquante centimes,--dans l'argot des voleurs; d'un franc,--dans l'argot des filles.
PÉPIE (Avoir la). Avoir soif,--maladie des oiseaux, état normal des ivrognes.
Mourir de la pépie. Avoir extrêmement soif.
PÉPIN, s. m. Vieux parapluie,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rifflard.
PÉPIN, s. m. Enfant--dans l'argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare (Conte d'Hiver).
De l'enfant-pépin sort en effet l'homme-arbre.
PERCER D'UN AUTRE (En). Raconter une autre histoire; faire une plaisanterie d'un meilleur tonneau.
PERCHER, v. n. Habiter, loger au hasard,--dans l'argot des bohèmes, qui changent souvent de perchoir, et qui devraient bien changer plus souvent de chemise.
PERDRE LE GOUT DU PAIN. Mourir,--dans l'argot du peuple.
Faire perdre à quelqu'un le goût du pain. Le tuer.
PERDRE LE NORD, v. a. Se troubler; s'égarer; dire des sottises ou des folies,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas inventé pour rien le mot boussole.
Autrefois on disait Perdre la tramontane, ce qui était exactement la même chose, tramontane étant une corruption de transmontane (transmontanus, ultramontain, au delà des monts, d'où nous vient la lumière).
PERDRE SES BAS. Ne plus savoir ce que l'on fait, par distraction naturelle ou par suite d'une préoccupation grave.
PERDRE SON BATON. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela probablement par allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour marcher droit.
PERDRE UN QUART, v. a. Aller au convoi d'un camarade,--dans l'argot des tailleurs, qui, pendant qu'ils y sont, perdent bien toute la journée.
PERDU (L'avoir). N'avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger symbolique. Argot des bourgeois.
On dit de même, en parlant d'une jeune fille vierge: Elle l'a encore. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans l'un comme dans l'autre cas, il s'agit de Pucelage.
PERDU SON BATON (Avoir). Être de mauvaise humeur,--dans l'argot des coulisses.
L'expression date d'Arnal et du Sergent Mathieu, sa pièce de début au théâtre du Vaudeville. Il s'était choisi, pour jouer son rôle, un bâton avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir beaucoup. Malheureusement, le jour de la première représentation, au moment où il allait entrer en scène, impossible de retrouver le bâton magique! Arnal est furieux et surtout troublé; il entre en scène, il joue, mais sans verve,--et l'on siffle!
PÈRE AUX ÉCUS, s. m. Homme riche,--dans l'argot du peuple.
PÈRE FAUTEUIL, s. m. Le cimetière du Père Lachaise,--dans l'argot facétieux des marbriers.
PÈRE FRAPPART, s. m. Marteau,--dans l'argot du peuple.
PÈRE LA TUILE (Le). Dieu,--dans l'argot des faubouriens, qui ne sont pas plus irrévérencieux que les peintres qui l'appellent le Père Eternel.
PÈRE LA VIOLETTE (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l'époque où mademoiselle Mars était forcée d'arracher une guirlande de violettes qu'elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.
PÉRITORSE, s. m. Paletot ou redingote,--dans l'argot des étudiants, qui, frais émoulus du collège, n'ont pas de peine à parler grec.
PERLER, v. a. Travailler avec soin, avec minutie,--dans l'argot des bourgeois.
Perler sa conversation. N'employer, en parlant, que des expressions choisies--et prétentieuses.
PERLOTTE, s. f. Boutonnière,--dans l'argot des tailleurs, qui perlent ordinairement cette partie des vêtements.
PERMISSION DE DIX HEURES, s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.
PÉROU (Ce n'est pas le). Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie ironiquement à propos d'une chose qui ne lui paraît pas difficile à faire, ou qu'on lui vante trop.
Se dit aussi à propos d'une affaire qui ne paraît pas destinée à rapporter de gros bénéfices.
PERPÈTE, s. f. Apocope de Perpétuité,--dans l'argot des forçats.
PERROQUET, s. m. Homme qui ne sait que ce qu'il a appris par cœur. Argot du peuple.
PERROQUET, s. m. Verre d'absinthe,--dans l'argot des troupiers et des rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l'on devrait prononcer à l'allemande: poison.
Étouffer un perroquet. Boire un verre d'absinthe.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature par Charles Monselet.
PERROQUET DE SAVETIER, s. m. Le merle,--dans l'argot des faubouriens.
On le dit quelquefois aussi de la Pie.
PERRUQUE, s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés,--dans l'argot des bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.
PERRUQUE, s. f. Détournement de matériaux appartenant à l'Etat,--dans l'argot des invalides, souvent commis à leur garde.
Faire une perruque. Vendre ces matériaux.
PERRUQUE, adj. et s. Vieux, suranné, classique,--dans l'argot des romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV.
Le parti des perruques. L'École classique,--qu'on appelle aussi l'École du Bon Sens.
PERRUQUEMAR, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des faubouriens.
PERRUQUER (Se). Porter de faux cheveux pour faire croire qu'on en a beaucoup. Argot du peuple.
Du temps de Tabourot, on disait une perruquée en parlant d'une Coquette à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses cheveux naturels,--comme faisaient les coquettes du temps de Martial, comme font les femmes de notre temps. D'où vient cette épigramme du seigneur des Accords:
«Janneton ordinairement Achepte ses cheveux, et jure Qu'ils sont à elle entièrement: Est-elle à vostre advis perjure?»
Vous devinez la réponse: Non, elle n'est point «perjure» parce que ce que nous achetons est nôtre.
PERSIENNES, s. f. pl. Lunettes,--dans l'argot des voyous.
PERSIL DANS LES PIEDS (Avoir du). Se dit d'une femme qui a les pieds sales--à force d'avoir marché.
PERSILLER, v. n. Raccrocher,--dans l'argot des souteneurs de filles.
On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil.
Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu'il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que Pesciller, prendre. En l'absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d'insinuer que le verbe Persiller pourrait bien venir de l'habitude qu'ont les filles d'exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues--où pousse le persil?
PERSILLEUSE, s. f. Femme publique.
Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès des Encolpes de bas étage.
PERTUIS AUX LÉGUMES, s. m. La gorge,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
D'où: Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes, pour: Etrangler quelqu'un.
PESCILLER D'ESBROUFFE, Prendre de force, d'autorité--dans l'argot des voleurs.
PÈSE ou PÈZE, s. f. Résultat d'une collecte faite entre voleurs libres au profit d'un voleur prisonnier; résultat pesant.
PESSIGUER, v. a. Ouvrir, soulever,--dans l'argot des voleurs.
Pessiguer une lourde. Ouvrir une porte.
PET, s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de Deus Crepitus, ou dieu frère de Stercutius, le dieu merderet.
Glorieux comme un pet. Extrêmement vaniteux.
Lâcher quelqu'un comme un pet. L'abandonner, le quitter précipitamment.
PET, s. m. Embarras, manières.
Faire le pet. Faire l'insolent; s'impatienter, gronder.
Il n'y a pas de pet. Il n'y a rien à faire là dedans; ou: Il n'y a pas de mal, de danger.
PÉTARADE, s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crépitus,--dans l'argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands amateurs de ventriloquie.
PÉTARD, s. m. Derrière de l'homme ou de la femme.
Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.
PÉTARD, s. m. Bruit, esclandre.
«N'bats pas l'quart, Crains l' pétard, J'suis Bertrand l'pochard!»
dit une chanson populaire.
PÉTARDS, s. m. pl. Haricots.
PÉTASE, s. m. Chapeau ridicule,--dans l'argot des romantiques, qui connaissent leur latin (petasus).
Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (Perruque et Noblesse, 1837).
PÉTAUDIÈRE, s. f. Endroit tumultueux, où l'on crie tellement qu'il est impossible de s'entendre,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent de réputation la cour du roi Pétaud.
PET A VINGT ONGLES, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot du peuple.
Faire un pet à vingt ongles. Accoucher.
PÉTER, v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.
PÉTER DANS LA MAIN, v. n. Être plus familier qu'il ne convient. Argot du peuple.
Signifie aussi: Manquer de parole; faire défaut au moment nécessaire.
PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL, v. n. Faire le glorieux; entreprendre une chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens; avoir un train de maison exagéré, ruineux.
Faire le pet plus haut que le cul, c'est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelle Sauter plus haut que les jambes.
PÉTER SON LOF, v. n. Mourir,--dans l'argot des marins, pour qui c'est changer de lof, c'est-à-dire naviguer sur un autre bord.
Ils disent aussi Virer de bord.
PÉTER SUR LE MASTIC, v. n. Renoncer à travailler; envoyer promener quelqu'un. Argot des faubouriens.
PÈTE-SEC, s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit jamais.
PÉTEUR, adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
PÉTEUX, s. m. Messire Luc, l'éternelle cible aux coups de pied.
PÉTEUX, s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.
PETIT, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, qui ne fait aucune différence entre la portée d'une chienne et celle d'une femme.
PETIT BLANC, s. m. Vin blanc.
PETIT BONHOMME D'UN SOU, s. m. Jeune soldat.
PETIT BORDEAUX, s. m. Cigare de cinq centimes, de la manufacture de Tonneins. Argot du peuple.
PETIT BORDEAUX, s. m. Petit verre de vin de Bordeaux.
PETIT CAMARADE, s. m. Confrère malveillant, débineur,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux acteurs.
Pour la rendre plus ironique, on dit: Bon petit camarade.
PETIT CAPORAL, n. d'h. Napoléon,--dans l'argot des vieux troupiers.
Ils disaient encore: l'Autre, le Petit Tondu et le Père la Violette.
PETIT COCHON, s. m. Dame qu'on n'a pu rentrer assez vite et qui se trouve bloquée dans le camp de l'adversaire. Argot des joueurs de jacquet.
Engraisser des petits cochons. Avoir plusieurs dames bloquées.
PETITE BIÈRE (Ce n'est pas de la)! Expression de l'argot du peuple qui l'emploie le plus souvent avec ironie, en parlant de choses d'importance ou qu'on veut faire passer pour importantes.
PETITE CHATTE, s. f. Drôlesse qui joue avec le cœur des hommes comme une véritable chatte avec une véritable souris,--dans l'argot de M. Henri de Kock, romancier, élève et successeur de son père.
PETITE DAME, s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l'amour.
PETITE FILLE, s. f. Bouteille. Argot des faubouriens.
PETIT LAIT, s. m. Chose de peu d'importance; vin faible,--dans l'argot des bourgeois.
PETIT MANTEAU BLEU, s. m. Homme bienfaisant,--dans l'argot du peuple, qui a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.
PETIT MONDE, s. m. Les membres de la famille, femme et enfants.
Se dit aussi à propos d'une Maîtresse.
PETIT MONDE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.
PETIT NOM, s. m. Prénom, nom patronymique,--dans l'argot du peuple, et spécialement celui des petites dames.
C'est le short name des biches anglaises.
PETIT-NOMMER, v. a. Appeler quelqu'un par son petit nom.
PETIT PÈRE NOIR, s. m. Broc de vin rouge,--dans l'argot des faubouriens.
Petit père noir de quatre ans. Broc de quatre litres.
PETITS PAINS (Faire des). Faire l'aimable, le gentil, afin de se rabibocher. Argot des coulisses.
PETIT TONDU (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des invalides.
PÉTONS, s. m. pl. Pieds,--dans l'argot des enfants, des mères et des amoureux.
PÉTRA, s. m. Paysan, homme grossier,--dans l'argot des bourgeois.
PÉTRIN, s. m. Embarras, position fausse; misère,--dans l'argot du peuple, qui geint alors.
Être dans le pétrin jusqu'au cou. Être dans une misère extrême.
PÉTROUSQUIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Petzouille.
Privat d'Anglemont (Paris-Anecdote) donne à ce mot la signification de Bourgeois, public. Il s'est trompé.
PEUPLE, s. m. Public,--dans le même argot.
Se foutre du peuple. Insulter à l'opinion reçue, accréditée.
Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu'il est molesté par lui ou lorsqu'il en reçoit une blague un peu trop forte: Est-ce que tu te fous du peuple?
PEUPLE, s. et adj. Commun, vulgaire, trivial,--dans l'argot des bourgeoises, qui peut-être s'imaginent être sorties de la cuisse de Jupiter ou d'un Montmorency.
Être peuple. Dire ou faire des choses de mauvais goût.
PHARAMINEUX, adj. Etonnant, prodigieux, inouï,--dans l'argot du peuple.
PHARAON, s. m. Roi de n'importe quel pays,--dans l'argot gouailleur des gens de lettres.
PHARE, s. m. Lampe,--dans l'argot des typographes.
PHÉNOMÈNE, s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la visiter,--dans l'argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.
PHILANTHROPE, s. m. Filou,--dans l'argot des voyous.
PHILIPPE, s. m. Pièce de cent sous en argent à l'effigie de Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu avoir leurs louis comme les gentilshommes.
PHILISTIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des romantiques.
PHILISTIN, s. m. Vieil ouvrier abruti,--dans l'argot des tailleurs.
PHILOSOPHE, s. m. Misérable,--dans l'argot du peuple.
PHILOSOPHES, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.
PHILOSOPHES DE NEUF-JOURS. Souliers percés.
PHILOSOPHIE, s. f. Misère.
PHRASEUR, s. m. Beau diseur de phrases, c'est-à-dire bavard,--dans l'argot du peuple.
PIAFFE, s. f. Orgueil, vantardise, esbrouffe.
PIAILLER, v. a. Crier.
PIAILLEUR, s. m. Homme qui aime à gronder, à crier après les gens.
On dit aussi Piaillard.
PIANE-PIANE, adv. Doucement, piano-piano,--dans l'argot des bourgeois.
PIANOTER, v. n. Toucher du piano, médiocrement ou non,--dans l'argot du peuple, ennemi de cet instrument de bourgeois.
PIANOTEUR, adj. et s. Amateur qui connaît le piano pour en avoir entendu parler et qui tape dessus comme s'il était sourd--et ses voisins aussi.
Au féminin Pianoteuse.
PIAU, s. f. Mensonge, histoire, blague,--dans l'argot des typographes.
PIAULE ou PIOLLE, s. f. La maison, le logis,--dans l'argot des voleurs, qui peut-être ont voulu faire allusion aux nombreux enfants qui y piaillent comme autant de moineaux affamés.
La piaule a l'air rupin. L'appartement est bon à dévaliser.
PIAUSSER, v. n. Mentir, blaguer,--dans l'argot des typographes.
PIAUSSER (Se), v. réfl. Revêtir un vêtement nouveau, une nouvelle peau,--dans l'argot des voyous.
Quelques-uns, puristes du ruisseau, disent Peausser.
PIAUSSEUR, s. m. Menteur, blagueur.
PIAUTRE, s. m. Mauvais garnement,--dans l'argot du peuple.
Envoyer au piautre. Envoyer au diable.
Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.
PIC (A), adv. A point nommé, à propos, heureusement.
Venir ou Tomber à pic. Arriver au moment le plus opportun.
PICAILLONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
PICHENET, s. m. Petit vin de barrière agréable,--dans l'argot des ouvriers.
PICHET, s. m. Litre de vin.
PICK-POCKET, s. m. Voleur,--dans l'argot des anglomanes et des gens de lettres.
PICORAGE, s. m. Travail sur les grandes routes,--dans l'argot des voleurs.
PICOTIN, s. m. Déjeuner ou souper,--dans l'argot du peuple, qui travaille en effet comme un cheval.
Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (peck).
Gagner son picotin. Travailler avec courage.
PICOURE, s. f. Haie,--dans l'argot des voleurs, qui, en leur qualité de vagabonds, ont eu de fréquentes occasions de constater que les oiseaux y viennent picorer.
Déflotter la picoure. Voler le linge qui flotte sur les haies.
La picoure est fleurie. Le linge sèche sur les haies.
On dit aussi Picouse.
PICTON, s. m. Vin bleu, suret--dans l'argot du peuple, qui se pique la langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. «Il en boit comme un Poitevin,» dirait un étymologiste en s'appuyant sur les habitudes d'ivrognerie qu'on prête aux Pictones.
PICTONNER, v. n. Boire ferme et longtemps.
On dit aussi Picter et Pictancer.
PIÈCE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Entière et Petit Monde.
PIÈCE A TIROIRS, s. f. Drame à changements à vue, vaudeville à travestis. Argot des coulisses.
PIÈCE D'ARCHITECTURE, s. f. Discours en prose ou pièce de vers,--dans l'argot des francs-maçons.
PIÈCE DE BOEUF, s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l'on a le plus de succès. Argot des coulisses.
On dit aussi Rôle de bœuf.
PIÈCE DE BOEUF, s. f. «Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris.» Argot des journalistes.
On dit aussi Pièce de résistance.
PIÈCE DE DIX SOUS, s. f. Le derrière du corps humain,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi Double six.
PIÈCE D'ÉTÉ, s. f. Vaudeville ou drame médiocre,--dans l'argot des comédiens, qui ne jouent leurs bonnes pièces que l'hiver.
PIÈCE D'ESTOMAC, s. f. Amant,--dans l'argot des filles.
L'expression a plus d'un siècle.
PIED BLEU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des troupiers.
PIED DE BANC, s. m. Sergent,--dans le même argot.
PIED DE COCHON, s. m. Pistolet.
PIED DE NEZ, s. m. Polissonnerie des gamins de Paris, que connaissaient déjà les gamins de Pompéi.
Faire des pieds de nez à quelqu'un. Se moquer de lui.
Avoir un pied de nez. Ne pas trouver ce qu'on cherche; recevoir de la confusion d'une chose ou d'une personne.
PIED DE NEZ, s. m. Pièce d'un sou,--dans l'argot des voyous.
PIED-PLAT, s. m. Homme du peuple; goujat,--dans l'argot des bourgeois, qui s'imaginent peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel lady Stanhope fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait réaliser en partie la révolution de Février.
PIEDS A DORMIR DEBOUT, s. m. pl. Pieds plats et spatulés,--dans l'argot du peuple.
PIEDS DE MOUCHE, s. m. pl. Notes d'un livre, ordinairement imprimés en caractères minuscules,--dans l'argot des typographes.
Et, à ce propos, qu'on me permette de rappeler le quiproquo dont les bibliophiles ont été victimes. On avait attribué à Jamet l'aîné, bibliographe, un livre en 6 vol. in-8º, intitulé: Les Pieds de mouche, ou les Nouvelles Noces de Rabelais (V. la France littéraire de 1769). Or, savez-vous, lecteur, ce que c'était que ces nouvelles noces de maître Alcofribas Nasier? C'étaient les notes--en argot de typographes, pieds de mouche--qui se trouvent dans l'édition de Rabelais de 1732, en 6 vol. pet. in-8º. Faute d'impression au premier abord, et plus tard ânerie dont eût ri François Rabelais à ventre déboutonné.
PIEDS DE PHILOCTÈTE, s. m. pl. Pieds fâcheusement sudateurs,--dans l'argot des gens de lettres, qui font allusion à l'empoisonnement de l'île de Lemnos par l'exécuteur testamentaire d'Hercule.
Avoir avalé le pied de Philoctète. Avoir une haleine digne du pied du fils de Pœan.
PIE-GRIÈCHE, s. f. Femme criarde et querelleuse,--dans l'argot du peuple, qui a souvent le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunata pica pulvinaris.
PIERRE A AFFÛTER, s. f. Le pain,--dans l'argot des bouchers.
PIERRE A DÉCATIR, s. f. Farce des tailleurs à l'usage de tout nouveau. C'est leur huile de cottrets.
PIERRE BRUTE, s. f. Pain,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Manne.
PIERRE DE TOUCHE, s. f. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.
PIERREUSE, s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l'abjection. Son nom lui vient de ce qu'elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de démolition, etc.
PIERROT, s. m. Vin blanc,--dans l'argot des faubouriens.
Asphyxier le pierrot. Boire un canon de vin blanc.
PIERROT, s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.
PIERROT, s. m. Couche de savon appliquée à l'aide du blaireau sur la figure de quelqu'un,--dans l'argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurs pratiques malpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir.
Le pierrot n'est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l'on ne fête pas souvent.
PIERROT! Terme de mépris, fréquemment employé par les ouvriers, et qui sert de prologue à beaucoup de rixes,--celui qui est traité de pierrot voulant prouver qu'il a la pince d'un aigle.
Les femmes légères emploient aussi ce mot,--mais dans un sens diamétralement opposé au précédent.
PIEU, s. m. Lit, couchette,--dans l'argot des faubouriens.
Aller au pieu. Aller se coucher.
Se coller dans le pieu. Se coucher.
Être en route pour le pieu. S'endormir.
PIEUVRE, s. f. Petite dame, femme entretenue,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis l'apparition des Travailleurs de la mer, où V. Hugo décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un poulpe monstrueux.
L'analogie est heureuse: jamais les drôlesses n'ont été plus énergiquement caractérisées.
PIEUVRISME, s. m. Métier de fille, corruption galante, commerce d'amour.
PIF, s. m. Nez, dans l'argot du peuple.
N'en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot compatriote de Barbey d'Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefois se piffer de vin, ou seulement se piffer:
«On rit, on se piffe, on se gave!»
chante Vadé en ses Porcherons. Se piffer de vin, c'est s'empourprer le visage et spécialement le nez,--le pif alors!
On dit aussi Piton.
PIFFARD, s. et adj. Homme d'un nez remarquable, soit par son volume, soit par sa couleur.
PIGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.
PIGE, s. f. Défi,--dans l'argot des écoliers.
Faire la pige. Se défier à jouer, à courir, etc.
PIGE, s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit faire dans une heure.
Prendre sa pige. Prendre la longueur d'une page, d'une colonne.
PIGEON, s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour.
Avoir son pigeon. Avoir fait un amant,--dans l'argot des petites dames.
Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l'honnêteté des hommes et à celle des femmes.
On dit aussi Pigeonneau.
Le mot est vieux,--comme le vice. Sarrazin (Testament d'une fille d'amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue:
«.....De mes pigeonneaux Conduisant l'inexpérience, Je sus, dans le feu des désirs, Gagner par mes supercheries Montres, bijoux et pierreries, Monuments de leurs repentirs.»
PIGEON, s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite,--dans l'argot des vaudevillistes.
PIGEONNER, v. a. Tromper.
PIGER, v. n. Mesurer,--dans l'argot des écoliers lorsqu'ils débutent.
On dit aussi Faire la pige.
PIGER, v. a. Prendre; appréhender au collet,--dans l'argot du peuple.
Se faire piger. Se faire arrêter, se faire battre.
Signifie aussi S'emparer de... Piger une chaise. Piger un emploi.
PIGER, v. a. et n. Considérer, contempler, admirer.
Piges-tu que c'est beau? C'est-à-dire: Vois-tu comme c'est beau?
PIGET, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.
PIGNOCHER, v. n. Manger avec dégoût, trier les morceaux qu'on a sur son assiette. Argot du peuple.
On disait autrefois Epinocher.
PIGNOCHER, v. a. Peindre ou dessiner avec un soin méticuleux,--dans l'argot des artistes, ennemis de l'art chinois.
PIGNOUF ou PIGNOUFLE, s. m. Paysan,--dans l'argot des voyous. Voyou,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris. Apprenti,--dans l'argot des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé,--dans l'argot de Breda-Street.
PIGOCHE, s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords.
Jouer à la pigoche. Faire sauter un sou en l'air. C'est l'enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.
PILE, s. f. Correction méritée ou non,--dans l'argot des faubouriens.
PILE! Exclamation du même argot, lorsque quelque chose tombe et se casse.
PILER, v. a. Pousser plus ou moins brutalement,--plutôt plus que moins,--dans l'argot des gamins.
Signifie aussi Battre.
PILER DU POIVRE. Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d'une très longue marche,--dans l'argot du peuple.
Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d'exercices équestres trop prolongés.
S'emploie aussi pour signifier Médire de quelqu'un en son absence, et S'ennuyer à attendre.
Faire piler du poivre à quelqu'un. Le jeter plusieurs fois par terre, en le maniant avec aussi peu de précaution qu'un pilon.
PILER LE POIVRE. Monter une faction,--dans l'argot des troupiers.
PILIER, s. m. Homme qui ne bouge pas plus d'un endroit que si on l'y avait planté. Argot du peuple.
Pilier de cabaret. Ivrogne.
Pilier d'estaminet. Culotteur de pipes.
Pilier de Cour d'assises. Qui a été souvent condamné.
PILIER DE BOUTANCHE, s. m. Commis,--dans l'argot des voleurs.
Pilier de paclin. Commis voyageur.
Pilier du creux. Patron, maître du logis.
PILONS, s. m. pl. Les doigts, et spécialement le pouce,--dans le même argot.
PILOTER, v. a. Conduire, guider,--dans l'argot du peuple.
PIMBÊCHE, s. f. Femme dédaigneuse,--dans l'argot des bourgeois.
PIMPELOTTER (Se). S'amuser, rigoler, gobichonner,--dans l'argot des faubouriens.
PIMPIONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des voleurs.
PINÇANTS, s. m. pl. Ciseaux,--dans le même argot.
PINCEAU, s. m. Plume à écrire,--dans l'argot des francs-maçons.
PINCEAU, s. m. La main ou le pied,--dans l'argot des faubouriens, qui ont entendu parler du peintre Ducornet.
Détacher un coup de pinceau. Donner un soufflet.
PINCEAU, s. m. Balai,--dans l'argot des troupiers.
PINCE-CUL, s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.
PINCE-DUR, s. m. Adjudant,--dans l'argot des soldats, qui ont la mémoire des punitions subies.
PINCER, v. n. Être vif,--dans l'argot du peuple.
Cela pince dur. Il fait très froid.
PINCER, v. a. Voler, filouter,--dans l'argot des faubouriens.
PINCER, v. a. Prendre sur le fait, arrêter.
Pincer au demi-cercle. Arrêter quelqu'un, débiteur ou ennemi, que l'on guettait depuis longtemps.
PINCER, v. a. Exécuter.
Pincer le cancan. Le danser.
Pincer de la guitare. En jouer.
Pincer la chansonnette. Chanter.
PINCER DE LA GUITARE, v. n. Être prisonnier,--par allusion à l'habitude qu'ont les détenus d'étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou sur le treillage en fer du parloir grillé.
On dit aussi pincer de la harpe.
PINCER UN COUP DE SIROP, v. a. Boire à s'en griser un peu,--dans l'argot des faubouriens.
PINCE-SANS-RIRE, s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir l'air d'y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se dérider.
On dit aussi Monsieur Pince-sans-rire.
PINCE-SANS-RIRE, s. m. Agent de police,--dans l'argot des voleurs.
PINCETTES, s. f. pl. Mouchettes,--dans l'argot des francs-maçons, qui disent aussi Pinces.
PINCETTES, s. f. pl. Les jambes,--surtout lorsqu'elles sont longues et maigres. Argot des faubouriens.
PINCHARD, E, adj. De mauvais goût, un peu canaille,--dans l'argot des gens de lettres.
Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées à parler haut dans les soupers de garçons.
PINCHARD, s. m. Siège pliant,--dans l'argot des artistes.
PINGRE, s. et adj. Avare; homme qui pousse l'économie jusqu'au vice. Argot du peuple.
Signifie aussi Voleur.
PINGRERIE, s. f. Ladrerie.
PINTER, v. n. Boire abondamment.
PINXIT, s. m. Peintre,--dans l'argot des artistes, qui font ainsi allusion au verbe latin qu'ils ajoutent toujours à leur nom au bas de leurs toiles.
PIOCHE, s. f. Le no 7,--dans l'argot des joueurs de loto.
PIOCHE, s. f. Fourchette,--dans l'argot des francs-maçons.
PIOCHE, s. f. Travail, besogne quelconque,--dans l'argot des ouvriers. Se mettre à la pioche. Travailler.
PIOCHE, s. f. Etude, apprentissage de la science des mathématiques,--dans l'argot des Polytechniciens.
Temps de pioche. Les quinze jours qui précèdent les interrogations générales et pendant lesquels les élèves repassent soigneusement l'analyse, la géométrie et la mécanique.
PIOCHE (Être). Être bête comme une pioche,--dans l'argot du peuple.
PIOCHER, v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens,--dans l'argot des étudiants.
Piocher son examen. Se préparer à le bien passer.
PIOCHER, v. n. Avoir recours au tas,--dans l'argot des joueurs de dominos, dont la main fouille ce tas.
On dit aussi Aller à la pioche.
PIOCHER, v. a. Battre, donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
Se piocher. Se battre.
PIOCHEUR, s. m. Etudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de Bullier, et des cours de l'Ecole que des demoiselles des bastringues du quartier.
PION, s. m. Maître d'études,--dans l'argot des collégiens, qui le font marcher raide, cet âge étant sans pitié.
PION (Être). Avoir bu, être ivre-mort,--dans l'argot des typographes.
PIONCE, s. f. Sommeil,--dans l'argot des faubouriens.
PIONCER, v. n. Dormir.
PIONCEUR, adj. et s. Homme qui aime à dormir.
PIOU, s. m. Soldat.
On dit plutôt Pioupiou.
PIPE, s. f. Tête, visage.
«Ils dis'nt en la voyant picter: Sa pipe enfin commence à s'culotter!»
dit une chanson qui court les rues.
PIPÉ, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.
PIPELET, s. m. Concierge,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des Mystères de Paris d'Eugène Sue.
Chapeau-Pipelet. Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d'Eugène Sue, la victime de Cabrion.
PIPER, v. n. Fumer la pipe ou le cigare.
PIPI, s. m. Résultat du verbe meiere,--dans l'argot des enfants.
Faire pipi. Meiere.
PIPIT, s. m. L'alouette,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.
PIQUANTE, s. f. Epingle,--dans l'argot des voleurs.
PIQUE, s. f. Petite querelle d'amis, petite brouille d'amants,--dans l'argot des bourgeois.
PIQUÉ DES VERS (N'être pas). Être bien conservé, avoir de l'élégance, de la grâce,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens et des choses.
On dit aussi N'être pas piqué des hannetons.
PIQUE-EN-TERRE, s. f. Volaille quelconque vivante,--dans l'argot des faubouriens.
PIQUELARD, s. m. Charcutier.
Le mot sort du Théâtre italien de Ghérardi (les Deux Arlequins).
PIQUE-POUX, s. m. Tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire une allusion au mouvement de l'aiguille sur l'étoffe.
On dit aussi Pique-puces et Pique-prunes. Pourquoi ne dit-on pas plutôt Pique-Pouce?
PIQUER, v. a. Faire quelque chose,--dans l'argot des Polytechniciens.
Piquer l'étrangère. S'occuper d'une chose étrangère à la conversation.
PIQUER EN VICTIME, v. n. Plonger dans l'eau, les bras contre le corps, au lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.
PIQUER LE NEZ (Se), v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre,--dans l'argot du peuple.
PIQUER SA PLAQUE, v. a. Dormir,--dans l'argot des tailleurs.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
PIQUER SON CHIEN. Dormir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi, Piquer un chien.
D'où vient cette expression? S'il faut en croire M. J. Duflot, elle viendrait de l'argot des comédiens et sortirait de l'Aveugle de Montmorency, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l'acteur qui jouait le rôle de l'aveugle, tenant à ne pas s'endormir, avait armé l'extrémité de son bâton d'une pointe de fer qui, par suite du mouvement d'appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait, c'est qu'il avait piqué son chien, c'est-à-dire qu'il s'était laissé aller au sommeil.
PIQUER UN CINABRE, v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des oreilles aux mains. Argot des artistes.
PIQUER UN SOLEIL, v. n. Rougir subitement,--dans l'argot du peuple.
PIRONIEN, adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la tristesse; disciple de Lord Piron, le poète gaillard. Argot des gens de lettres.
PIRONISME, s. m. La gaie science--où excellait Piron.
PIS, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot malséant du peuple:
«Les femmes, plus mortes que vives, De crainte de se voir captives, Et de quelque chose de pis De la main se battent le pis.»
dit Scarron dans son Virgile travesti.
PISSAT, s. m. Résultat du verbe Meiere.
PISSAT DE VACHE, s. m. Mauvaise bière.
PISSE-FROID, s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers,--dans l'argot du peuple, ennemi des flegmatiques.
PISSER (Envoyer). Congédier brutalement un ennuyeux.
On dit aussi Envoyer chier.
PISSER A L'ANGLAISE, v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.
PISSER AU CUL DE QUELQU'UN, v. a. Le mépriser.--dans l'argot des voyous.
PISSER CONTRE LE SOLEIL, v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement.
On connaît l'enfance de Gargantua, lequel «mangeoit sa fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil,» etc.
PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS (Faire). Ennuyer extrêmement quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas d'expression plus énergique pour rendre l'agacement que leur causent certaines importunités.
On dit aussi Faire chier des baïonnettes.
PISSER DES OS, v. a. Accoucher,--dans l'argot du peuple. On dit aussi d'une femme qui met au monde un enfant qu'Elle pisse sa côtelette.
PISSE-TROIS-GOUTTES, s. m. Homme qui s'arrête à tous les rambuteaux.
On dit parfois: Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre, pour désigner un homme qui produit moins de besogne qu'on ne doit raisonnablement en attendre de lui.
PISSEUSE, s. f. Petite fille.
PISSOTE, s. f. Endroit où l'on conjugue le verbe Meiere.
Le petit café situé vis-à-vis le théâtre du Palais-Royal n'est pas désigné autrement par les artistes.
PISSOTER, v. n. Avoir une incontinence d'urine.
PISTOLE, s. f. Cellule à part,--dans l'argot des prisons, où l'on n'obtient cette faveur que moyennant argent.
Être à la pistole. Avoir une chambre à part.
PISTOLET, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne.
On dit aussi Drôle de pistolet.
PISTOLET, s. m. Demi-bouteille de champagne.
PISTON, s. m. Interne ou externe qu'affectionne, que protège le médecin en chef d'un hôpital. Argot des étudiants en médecine.
PISTON, s. m. Préparateur du cours de physique,--dans l'argot des lycéens.
PISTON, adj. et s. Remuant, tracassier, ennuyeux,--dans l'argot des aspirants de marine.
PISTONNER, v. a. et n. Diriger, protéger, aider.
PISTONNER, v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.
PITANCHER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé:
«Le beau sexe lave sa gueule Et pitanche tout aussi sec Que si c'étoit du Rometsec.»
On dit aussi Pictancer.
PITON, s. m. Nez d'un fort volume et coloré par l'ivrognerie. Argot des faubouriens.
PITRE, s. m. Paillasse de saltimbanque; bouffon de place publique.
Par extension on donne ce nom à tout Farceur de société, à tout homme qui amuse les autres--sans être payé pour cela.
PITRE DU COMME, s. m. Commis voyageur,--dans l'argot des voleurs.
Quant ils veulent être plus clairs, ils disent: Pitre du commerce.
PITROU, s. m. Pistolet, fusil,--dans le même argot.
PITUITER, v. d. Médire, faire des indiscrétions, bavarder. Argot des faubouriens.
PIVERT, s. m. Scie faite d'un ressort de montre,--dans l'argot des voleurs.
PIVOINER, v. n. Rougir,--dans l'argot du peuple.
PIVOIS ou PIVE, s. m. Vin,--dans l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi peut-être parce qu'il est rouge comme une pivoine, ou parce qu'il est poivré comme l'eau-de-vie qu'ils boivent dans leurs cabarets infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au peuple, qui le réclamera un de ces jours.
Pivois maquillé. Vin frelaté.
Pivois de Blanchimont. Vin blanc.
On dit aussi Pivois savonné.
Pivois citron. Vinaigre.
PIVOT, s. m. Plume,--dans le même argot.
PLACARDE, s. f. La place où se font les exécutions,--dans le même argot.
Avant 1830, c'était la place de Grève; sous Louis-Philippe, ç'a été la barrière Saint-Jacques; depuis une douzaine d'années, c'est devant la prison de la Roquette.
On dit aussi Placarde au quart d'œil.
PLACE, s. f. Chambre meublée ou non,--dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
A Bruxelles, en effet, une chambre seule est une place; deux chambres sont un quartier. (V. ce mot.)
PLACIER, s. m. Homme qui fait la place de Paris; courtier en marchandises. Argot des marchands.
PLAFOND, s. m. Crâne, cerveau,--dans l'argot des faubouriens.
Se crever le plafond. Se brûler la cervelle.
PLAMOUSSE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui a dit jadis Mouse pour Visage.
PLAN, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des faubouriens.
Être en plan. Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu'un ami est à la recherche de l'argent nécessaire à l'acquit de la note.
Laisser en plan. Abandonner, quitter brusquement quelqu'un, l'oublier, après lui avoir promis de revenir.
Laisser tout en plan. Interrompre toutes ses occupations pour s'occuper d'autre chose.
PLAN, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.
Être au plan. Être en prison.
Tomber au plan. Se faire arrêter.
«Quoi tu voudrais que je grinchisse Sans traquer de tomber au plan?»
dit une chanson publiée par le National de 1835.
PLAN, s. m. Arrêts,--dans l'argot des soldats.
Être au plan. Être consigné.
PLAN, s. m. Moyen, imagination, ficelle,--dans l'argot des faubouriens.
Tirer un plan. Imaginer quelque chose pour sortir d'embarras.
Il n'y a pas plan. Il n'y a pas moyen de faire telle chose.
PLANCHE (Faire sa). Témoigner du dédain, faire sa Sophie,--dans l'argot des faubouriens.
Sans planche. Avec franchise, rondement.
PLANCHE A TRACER, s. f. Table,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Plate-forme et Atelier.
PLANCHE A TRACER, s. f. Feuille de papier blanc,--dans le même argot.
Signifie aussi Lettre, missive quelconque.
PLANCHE AU PAIN, s. f. Le banc des accusés,--dans l'argot des prisons.
Être mis sur la planche au pain. Passer en Cour d'assises.
PLANCHÉ (Être). Être condamné,--dans l'argot des voleurs.
PLANCHER, v. n. Se moquer, rire,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi Flancher.
PLANCHER DES VACHES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple, à qui Rabelais a emprunté cette expression pour la mettre sur les lèvres de ce poltron de Panurge.
PLANCHES, s. f. La scène, le théâtre en général,--dans l'argot des acteurs.
Balayer les planches. Jouer dans un lever de rideau; commencer le spectacle.
Brûler les planches. Cabotiner. Signifie aussi Débiter son rôle avec un entrain excessif.
PLANCHES, s. f. L'établi,--dans l'argot des tailleurs.
Avoir fait les planches. Avoir été ouvrier avant d'avoir été patron.
PLANÇONNER, v. a. Bredouiller,--dans l'argot des coulisses, où l'on a conservé le souvenir du brave Plançon, acteur de la Gaîté.
PLANQUÉ, s. f. Cachette,--dans l'argot des voleurs.
Être en planque. Être prisonnier.
Signifie aussi Être en observation.
PLANQUER, v. a. Cacher.
Signifie aussi Emprisonner.
PLANQUER, v. a. et n. Mettre quelque chose de côté,--dans l'argot des typographes.
PLANQUER, v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au plan. Argot des faubouriens.
PLANTER LÀ QUELQU'UN, v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu'il vous ennuie, soit parce qu'on est pressé.
C'est l'ancienne expression: Planter là quelqu'un pour reverdir, mais écourtée et plus elliptique.
PLANTER LE HARPON, v. a. Lancer une idée, avancer une proposition,--dans l'argot des marins.
PLANTER SON POIREAU, v. a. Attendre quelqu'un qui ne vient pas,--dans l'argot des faubouriens.
PLAQUER, v. a. et n. Abandonner, laisser là.
PLAT D'ÉPINARDS, s. m. Paysage peint,--dans l'argot du peuple et des bourgeois, dédaigneux des choses d'art presque au même degré.
Ils devraient varier leurs épigrammes. Je vais leur en indiquer une, que j'ai entendu sortir de la bouche d'un enfant que l'on interrogeait devant un Corot: «Ça, dit-il, c'est de la salade!»
PLATEAU, s. m. Plat,--dans l'argot des francs-maçons.
PLATÉE, s. f. Grande quantité de choses ou de gens,--dans l'argot du peuple, par corruption de Plenté, vieille expression qu'on trouve dans le roman d'Aucassin:
»Se je vois u gaut ramé. Jà me mengeront li lé, Li lion et sengler Dont il i a plenté.» (beaucoup.)
PLATÉE, PLATELÉE, s. f. La quantité de mets contenue dans un plat.
PLATINE, s. f. Faconde, éloquence gasconne,--dans le même argot.
Avoir une fière platine. Parler longtemps; mentir avec assurance.
PLÂTRE, s. m. Argent monnayé,--dans l'argot des voleurs.
PLATUE, s. f. Galette,--dans le même argot.
PLEIN (Être). Être ivre--à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce qu'on a précédemment ingéré. Argot du peuple.
On dit aussi explétivement Plein comme un œuf et Plein comme un boudin.
PLEIN DE SOUPE, s. m. Homme dont le visage annonce la santé.
On dit aussi Gros plein de soupe.
PLEINE LUNE, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
On dit aussi Demi-lune.
PLEURANT, s. m. Ognon,--dans l'argot des voleurs.
PLEURER EN FILOU. Hypocritement, sans larmes,--dans l'argot du peuple.
PLEURNICHER, v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.
PLEURNICHERIE, s. f. Plainte hypocrite, larmes de crocodile.
PLEURNICHEUR, s. et adj. Homme qui pleure mal, qui joue la douleur.
Pleurnicheuse. Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.
PLEUTRE, s. m. Pauvre sire, homme méprisable.
S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.
PLEUVOIR A VERSE. Aller mal, très mal,--en parlant des choses ou des gens. Argot des faubouriens.
S'emploie surtout à la troisième personne de l'indicatif présent: Il pleut à verse.
PLEUVOIR COMME DU CHIEN, v. n. A verse.
Les Anglais ont à peu près la même expression: To rain cats and dogs (Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C'est l'équivalent de: Il tombe des hallebardes.
PLEUVOIR DES CHASSES, v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des voleurs.
PLIER SES CHEMISES, v. n. Mourir,--dans l'argot du peuple.
PLIS (Des)! Exclamation faubourienne de la même famille que Des navets! du flan!
PLOMB, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot des faubouriens.
L'expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s'habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs.
Jeter dans le plomb. Avaler.
PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d'aisances,--dans l'argot du peuple.
PLOMB, s. m. Sagette empoisonnée décochée par le «divin archerot.»
PLOMBE, s. f. Heure,--dans l'argot des voleurs.
Mèche. Demi-heure.
Méchillon. Quart d'heure.
PLOMBER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,--dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent des plombs du vieux Paris, plus funestes que ceux de Venise.
Plomber de la gargoine. Fetidum halitum emittere.
PLOMBER, v. n. Donner à quelqu'un des raisons de se plaindre du «divin archerot».
PLOMBER, v. n. Être lourd, pesant--comme du plomb.
PLONGEUR, adj. et s. Homme misérable, déguenillé,--dans l'argot des voleurs. Celui qui lave la vaisselle,--dans l'argot des cuisiniers.
PLOYANT, s. m. Portefeuille,--dans l'argot des voleurs.
PLUME, s. f. Monseigneur,--dans le même argot.
PLUME DE BEAUCE, s. f. La paille,--dans le même argot.
PLUMER UN HOMME, v. a. Le dépouiller au jeu de l'amour ou du hasard.
PLUMET, s. m. Ivresse,--dans l'argot des ouvriers.
Avoir son plumet. Être gris.
On dit aussi Avoir son panache.
PLUS-FINE, s. f. Le stercus humain séché et pulvérisé.
L'expression est vieille--comme toutes les plaisanteries fécales.
«Et dit-on que de la plus fine Son brun visage fut lavé?...»
(Cabinet satyrique.)
PLUS SOUVENT! Jamais! Terme de dénégation et de refus. Argot du peuple.
PLUS SOUVENT, s. m. Sacrifice au Dieu Crépitus.
POCHARD, s. m. Homme qui a l'habitude de s'enivrer.
Malgré tout mon respect pour l'autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle--non d'Allemand, mais de Français. L'un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l'acte de naissance d'une expression toute parisienne, prend le coche et s'en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pêche un poisson dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d'or, mais l'origine du mot pochard: des frais de voyage et d'érudition bien mal employés! L'autre, qui brûle davantage, veut qu'un pochard soit un homme «qui en a plein son sac ou sa poche». Si cette étymologie n'est pas la bonne, elle a au moins le mérite de n'être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu'à preuve du contraire, je croirai que l'ivrogne ayant l'habitude de se battre, de se pocher, on a dû donner tout naturellement le nom de pochards aux ivrognes.
POCHARDER (Se), v. réfl. S'ivrogner, vivre crapuleusement.
POCHARDERIE, s. f. Ivrognerie.
POCHE, s. f. Ivrognesse,--dans l'argot des faubouriens, qui de cochon a déjà fait coche.
On dit aussi Poche, au masculin, à propos d'un ivrogne.
POCHE-OEIL, s. m. Coup de poing appliqué sur l'œil,--dans l'argot au peuple.
On dit aussi Pochon.
POCHER, v. a. Meurtrir, donner des coups.
Se pocher. Se battre, surtout à la suite d'une débauche de vin.
POÊLE A CHATAIGNES, s. f. Visage marqué de petite vérole,--par allusion aux trous de la poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.
POÉTRIAU, s. m. Mauvais poète, rapin du Parnasse.
Le mot est d'H. de Balzac, à qui il répugnait sans doute de dire poétereau,--comme tout le monde.
POGNE, s. f. Apocope de Poignet,--dans l'argot du peuple.
Avoir de la poigne. Être très fort--et même un peu brutal.
POGNE-MAIN (A), ad. Lourdement, brutalement, à la main pleine.
POGNON, s. m. Argent, monnaie qu'on remue à poignée,--dans l'argot des faubouriens.
POIGNARD, s. m. Retouche à un vêtement terminé,--dans l'argot des tailleurs et des couturières.
POIGNARDER LE CIEL, v. a. Se dit--dans l'argot du peuple--de tout ce qui se redresse: cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.
POIL, s. m. Paresse, envie de flâner,--dans le même argot.
Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N'avoir pas envie de travailler.
Nos pères disaient d'un homme fainéant: «Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper.»
POIL, s. m. Réprimande, objurgation,--dans l'argot des ouvriers paresseux.
POIL, s. m. Courage,--dans l'argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, Histoire naturelle), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l'énergie que ceux a corps glabre. D'où les deux expressions: Avoir du poil, c'est-à-dire du courage, et Être à poils, c'est-à-dire résolu.
POIL (Faire le). Surpasser, faire mieux ou plus vite,--dans le même argot.
Signifie aussi: Jouer un tour. Supplanter.
Autrefois on disait Faire la barbe.
POILS (Être à). Être nu.
Monter à poils. Monter un cheval sans selle.
POINT, s. m. Pièce d'un franc,--dans l'argot des marchands d'habits.
POINT DE CÔTÉ, s. m. Tiers gêneur,--celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de lever une femme ou de l'emmener après l'avoir levée.
Signifie aussi Créancier.
POINT DE JUDAS, s. m. Le nombre treize,--dans l'argot du peuple.
POINTE, s. f. Demi-ivresse,--dans l'argot des faubouriens.
Avoir sa pointe. Être gris.
Avoir une petite pointe. Avoir bu un verre de trop.
POINT GAMMA. Epoque des examens de fin d'année,--dans l'argot des Polytechniciens, pour qui c'est le temps de l'équinoxe c'est-à-dire celui où le travail de nuit est égal à celui du jour.
POINT M, s. m. Expression en usage à l'Ecole polytechnique, et qui sert à indiquer la limite dans laquelle on accepte, soit des faits, soit des idées. Ainsi, quand un élève demande à un autre: «Aimes-tu la tragédie?--Euh! répond l'autre, je l'aime jusqu'au point M.»
POINT Q, s. m. Le derrière humain,--dans l'argot des Polytechniciens.
POINTU, s. et adj. Homme qui ne plaisante pas volontiers, désagréable à vivre,--dans l'argot du peuple.
POINTU, s. m. Evêque,--dans l'argot des voyous.
POINTU, s. m. Clystère,--dans l'argot des bourgeois.
POIQUE, s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de romans. Argot des voleurs.
POISON, s. f. Femme désagréable, ou de mauvaises mœurs,--dans l'argot du peuple, qui trouve cette polio amère à boire et dure à avaler.
POISSARDE, s. f. Femme grossière,--dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens «un peu trop forts en gueule».
POISSE, s. m. Voleur,--dans l'argot des voyous.
POISSER, v. a. Voler.
Poisser des philippes. Dérober des pièces de cinq francs.
POISSER (Se), v. réfl. S'enivrer,--dans l'argot des faubouriens.
POISSON, s. m. Grand verre d'eau-de-vie, la moitié d'un demi-setier,--dans l'argot du peuple.
Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.
POISSON, s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.
POISSON D'AVRIL, s. m. Mauvaise farce, attrape presque toujours de mauvais goût, comme il est encore de tradition d'en faire, chez le peuple le plus spirituel de la terre, le 1er avril de chaque année,--sans doute en commémoration de la PASSION de Jésus-Christ.
POISSON FRAYEUR, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui ont observé que ces sortes de gens frayaient volontiers, eux pas fiers!
POITOU, adj. Point, non, nullement,--dans l'argot des voleurs.
POITOU, s. m. Le public,--dans le même argot.
POITRINAIRE, adj. Femme qui a beaucoup de gorge. Argot du peuple.
POIVRE, s. m. Poisson de mer, parce que salé,--dans le même argot, parfois facétieux.
POIVRE, adj. Complètement ivre,--dans l'argot des faubouriens, habitués à boire des vins frelatés et des eaux-de-vie poivrées.
Être poivre. Être abominablement gris.
POIVRE ET SEL (Être). Avoir les cheveux moitié blancs et moitié bruns,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi de la barbe.
POIVREMENT, s. m. Payement, compte,--dans l'argot des voleurs.
POIVRER, v. a. Payer.
POIVRER, v. a. Charger une note, une addition,--dans l'argot des consommateurs.
C'est poivré! C'est cher.
On dit de même: C'est salé.
POIVRER QUELQU'UN, v. a. Lui faire regretter amèrement la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et l'expédition de Naples par Charles VIII. Argot du peuple.
POIVREUR, s. m. Payeur,--dans l'argot des voleurs.
POIVRIER, s. m. Ivrogne,--dans le même argot.
C'est aussi le nom qu'on donne aux voleurs qui dévalisent les ivrognes.
POIVRIÈRE, s. f. Fille ou femme galante punie par où elle a péché et exposée à punir d'autres personnes par la même occasion. Argot du peuple.
«Va, poivrière de Saint-Côme, Je me fiche de ton Jérôme.»
dit un poème de Vadé.
POIVROT, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.
POLICHINELLE, s. m. Homme amusant, excentrique,--dans l'argot des bourgeois.
POLICHINELLE, s. m. Enfant,--dans l'argot des faubouriens et des petites dames.
Avoir un polichinelle dans le tiroir. Être enceinte.
POLICHINELLE, s. m. L'hostie,--dans l'argot des voyous.
Avaler le polichinelle. Communier; recevoir l'extrême-onction.
POLICHINELLE, s. m. Grand verre d'eau-de-vie,--dans l'argot des chiffonniers, qui aiment à se payer une bosse.
Agacer un polichinelle sur le zinc. Boire un verre d'eau-de-vie sur le comptoir du cabaretier.
POLI COMME UNE PORTE DE PRISON, adj. Brutal,--dans l'argot ironique du peuple, qui sait avec quel sans-façon les guichetiers vous rejettent la porte au nez.
POLISSON, s. m. Gamin.
POLISSON, s. m. Impertinent,--dans l'argot des bourgeois.
POLISSON, s. m. Libertin,--dans l'argot des bourgeoises.
POLISSON, s. m. Amas de jupons pour avantager les hanches.
Le mot est de madame de Genlis.
Aujourd'hui on dit mieux Tournure.
POLISSONNER, v. n. Faire le libertin,--dans l'argot des bourgeois.
POLITESSE, s. f. Offre d'un verre de vin sur le comptoir,--dans l'argot du peuple qui entend la civilité à sa manière.
Une politesse en vaut une autre. Un canon doit succéder à un autre canon.
POLKA, s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu'en 1843-44, époque de l'apparition de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, il était de bon goût de s'habiller à la polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel: ils ont pour fumier la bêtise.
POLKA, s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale. Argot des modèles.
POLKA (A la). Très bien, à la mode du jour.
POLKA, s. f. Correction, danse,--dans l'argot des faubouriens.
Faire danser la polka à quelqu'un. Le battre.
POLONAIS, s. m. Ivrogne, dans l'argot du peuple.
L'expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d'être conservée, d'abord parce qu'elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s'en guérira difficilement; ensuite parce qu'elle est, à ce qu'il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l'ancienne rue d'Errancis,--depuis rue du Rocher,--au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de la Petite-Pologne, et ce cabaret n'avait-il pas été fondé vers l'époque du démembrement de la Pologne?
POLONAIS, s. m. Epouvantail dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, mais tolérées. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s'apaise comme par enchantement. «Et le plus souvent, dit l'auteur anonyme moderne auquel j'emprunte cette expression, le Polonais n'est autre qu'un pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les combles de la maison.»
POLYTECHNICIEN, s. m. Elève de l'Ecole polytechnique,--dans l'argot des bourgeois.
POLYTECHNIQUE, s. m. Polytechnicien,--dans l'argot du peuple.
POMAQUER, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
Être pomaqué. Être arrêté.
POMMADER, v. a. Battre quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui peignent ainsi les gens.
POMMADER, v. a. Amadouer, peloter.
POMMADER (Se). Se saoûler.
POMMADIN, s. m. Coiffeur. Signifie aussi ivrogne.
POMMADIN, s. m. Gandin, imbécile musqué,--dans l'argot du peuple.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature par M. Fortuné Calmels.
POMME, s. f. Tête,--dans l'argot des faubouriens.
Pomme de canne. Figure grotesque, physionomie bouffonne.
POMMÉ, - ÉE. Excessif, exorbitant, remarquable.
Bêtise pommée. Grande ou grosse bêtise.
C'est pommé! C'est réussi à souhait.
L'expression ne date pas d'aujourd'hui, puisque je trouve dans le Tempérament (1755):
«Admirez le pouvoir de ce Dieu fou pommé: Je l'adore et je meurs si je ne suis aimé.»
POMME-A-VERS, s. m. Fromage de Hollande,--dans l'argot des voleurs.
POMME D'ADAM, s. f. Le cartilage thyroïde,--que le peuple regarde comme la marque de la pomme que le premier homme mangea dans le Paradis à l'instigation de la première femme, et dont un ou deux quartiers lui restèrent dans la gorge.
POMMELER (Se), v. réfl. Grisonner.
POMMES (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme superlatif de Bien, de Bon et de Beau.
On dit aussi Bath aux pommes! pour renchérir encore sur l'excellence d'une chose.
Cette expression est l'aïeule des petits ognons et autres petits oiseaux en circulation à Paris.
POMMIER, s. m. La gorge.
Pommiers en fleurs. Seins de jeune fille.
Pommier stérile. Poitrine maigre et plate.
C'est aux poètes poudrés du XVIIIe siècle que nous devons cette expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes, rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de Pâris sur le mont Ida et la séduction d'Adam par Eve dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux produisissent un pommier. OEuf implique forcément l'idée de poule.
POMPADOUR, adj. Suranné, rococo,--dans l'argot des gens de lettres.
Dans l'argot des artistes, c'est le synonyme de Prétentieux.
POMPADOUR, adj. Du dernier galant,--dans l'argot des bourgeois.
POMPAGE, s. m. Action de boire, c'est-à-dire de se griser,--dans l'argot du peuple.
POMPE, s. f. Retouche,--dans l'argot des tailleurs.
Petite pompe. Retouche des pantalons et des gilets.
Grande pompe. Retouche des habits et des redingotes.
POMPER, v. a. et n. Boire continuellement,--dans l'argot du peuple.
C'est le to guzzle anglais.
POMPER. Travailler dur,--dans l'argot des typographes.
POMPER LE GAZ, v. a. Être le jouet d'une mystification,--dans l'argot des calicots, qui se plaisent à faire monter tout nouveau sur le comptoir et à lui faire manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse, la prétendue pompe à gaz.
POMPETTE, adj. Gris,--dans l'argot du peuple.
L'expression a des chevrons, car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.
POMPIER, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.
POMPIER, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voyous.
POMPIER, s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l'Ecole polytechnique.
Pompier d'honneur. Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l'Ecole, au commencement du mois de mai.
POMPIER, s. m. Ouvrier chargé de faire les poignards,--dans l'argot des tailleurs.
Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.
POMPON, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens.
Dévisser le pompon à quelqu'un. Lui casser la tête d'un coup de poing ou d'un coup de pied.
C'est la même expression que Dévisser le trognon.
POMPON, s. m. Supériorité, mérite, primauté.
A moi le pompon! A moi la gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont pu faire.
Avoir le pompon de la fidélité. Être le modèle des maris ou des femmes.
POMPONNER (Se), v. réfl. S'attifer, s'endimancher.
PONANT, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans l'argot du peuple.
Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant, poner signifiant vesser dans le vieux langage. «La vieille ponoit,» dit Rabelais.
PONANTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
PONCIF, s. m. «Formule de style, de sentiment, d'idée ou d'image, qui, fanée par l'abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet.»
L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des peintres et des gens de lettres.
Faire poncif. Travailler, peindre, écrire sans originalité.
PONDEUSE, adj. et s. Femme féconde,--dans l'argot du peuple.
PONDRE SUR SES OEUFS, v. n. S'enrichir encore, quand on est déjà suffisamment riche.
PONDRE UN OEUF, v. a. Déposer discrètement, le long d'un mur ou d'une haie, le stercus humain,--dans l'argot du peuple, ami de toutes les plaisanteries qui roulent sur les environs du périnée.
On connaît cette anecdote: Une bonne femme était accroupie, gravement occupée à remplir le plus impérieux de tous les devoirs, car omnes cacant, etiam reges; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut se relever pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en empêchant de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie, j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»
PONIFLE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Magnuce et Ponisse.
PONIFLE, s. f. Femme,--dans l'argot des voyous.
PONIFLER, v. a. Aimer.
PONSARDISER, v. a. Ennuyer les gens,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune à l'auteur de Lucrèce et d'Agnès de Méranie.
PONT, s. m. Congé que s'accorde l'employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier.
Faire le pont. Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.
PONT D'AVIGNON, s. m. Fille publique,--dans l'argot des gens de lettres.
PONTER, v. n. Payer,--dans l'argot des bohèmes.
PONTES POUR L'AF, s. f. pl. «Galerie des étouffoirs, fripons réunis,»--dit Vidocq.
PONTEUR, s. m. Entreteneur, miché.
PONTIFE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des cordonniers.
PONTONNIÈRE, s. f. Fille de mauvaises mœurs qui exerce sous les ponts.
POPOTE, s. f. Cuisine,--dans l'argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée heureuse: le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces dans les casseroles, etc.
Signifie aussi Table d'hôte.
POPOTE, adj. Médiocre,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.
POPULO, s. m. Le peuple,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain que les Anglais the mob.
POPULO, s. m. Marmaille, grand nombre d'enfants,--dans l'argot des ouvriers.
PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,--dans l'argot des voleurs.
POREAU, s. m. Poireau,--dans l'argot du peuple, qui parle beaucoup mieux que ceux qui se moquent de lui, poreau venant d'allium porrum, comme légume, ou de [grec: poros], comme excroissance verruqueuse de la main.
PORTANCHE, s. m. Portier,--dans l'argot des voleurs.
PORTANT, s. m. Armature en bois qui forme l'entrée des coulisses et sur laquelle se placent les appliques.
PORTE-CHANCE, s. m. Le stercus humain,--dans l'argot du peuple, chez qui il est de tradition, depuis un temps immémorial, que marcher là dedans est un signe d'argent et porte bonheur.
PORTEFEUILLE, s. m. Lit,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux différentes épaisseurs formées par les couvertures et les draps.
S'insérer dans le portefeuille. Se coucher.
PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Porte-mince.
PORTE-LYRE, s. m. Poète,--dans l'argot ironique des gens de lettres.
PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,--dans l'argot des coulisses.
PORTE-MANTEAU, s. m. Epaules,--dans l'argot des faubouriens.
PORTE-PIPE, s. m. Bouche,--dans le même argot.
PORTER (En). Être trompé par sa femme,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux cornes dont la tradition orne depuis si longtemps le front des maris malheureux.
En faire porter. Tromper son mari.
PORTER A LA PEAU, v. n. Provoquer à l'un des sept péchés capitaux,--dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussi Pousser à la peau.
PORTER LA FOLLE ENCHÈRE, v. n. Payer pour les autres,--dans l'argot des bourgeois.
PORTER LE BÉGUIN, v. a. Celui des deux époux, nouvellement mariés, qui perd le premier les couleurs de la santé,--dans l'argot du peuple, un peu trop indiscret.
PORTER LE DEUIL DE SA BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir une chemise sale,--dans le même argot.
PORTER SA MALLE, v. a. Être bossu. Argot des faubouriens.
On dit aussi Porter son paquet.
PORTER UNE CHOSE EN PARADIS (Ne pas). La payer avant de mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des mauvais tours qu'on lui a joués et dont il compte bien tirer vengeance un jour ou l'autre.
PORTÉ SUR SA BOUCHE (Être). Ne songer qu'à boire et à manger plutôt qu'à travailler,--dans l'argot des bourgeois.
Le peuple--sans connaître le gulæ parens d'Horace--dit: Être porté sur sa gueule.
PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.
PORTIER, s. m. Homme qui se plaît à médire,--dans l'argot des artistes.
PORTRAIT, s. m. Visage,--dans l'argot du peuple.
Dégrader le portrait. Frapper au visage.
POSE, s. f. Affectation de sentiments qu'on n'a pas,--vices ou vertus; étalage de choses qu'on ne possède pas,--maîtresses ou châteaux. Lacenaire a bien imaginé la pose au meurtre!
POSE, s. f. Tour,--dans l'argot du peuple qui a emprunté ce mot aux joueurs de dominos qui posent le leur à tour de rôle.
A moi la pose! dit parfois un ouvrier, qui vient de recevoir un coup de pied, en lançant un coup de poing à son adversaire.
POSER, v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu'on n'a pas; se vanter de succès et de richesses imaginaires.
Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu'on a ou qu'on croit avoir.
Poser pour le torse. Passer pour un garçon bâti comme l'Antinoüs.
Poser pour la finesse. Se croire très fin, très malin.
POSER, v. a. Mettre en évidence.
Se poser. Faire parler de soi.
POSER (Faire). Faire attendre, mystifier, se moquer des gens.
POSER UN GLUAU, v. a. Préparer une arrestation, trouver un individu que l'on cherchait, savoir où il loge et où il fréquente, pour n'avoir plus qu'à le grappiner à la première occasion. Argot des voyous et des voleurs.
Se faire poser un gluau. Se faire mettre en prison.
POSSÉDER SON EMBOUCHURE. Savoir bien jouer de la parole,--cette flûte traversière. Argot des faubouriens.
POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le canot aux provisions,--dans l'argot des marins.
POSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,--dans l'argot des bourgeois.
POSTICHE, s. m. Histoire douteuse,--discours ennuyeux, blague,--dans l'argot des typographes.
POSTICHE, s. f. Rassemblement sur la voie publique,--dans l'argot des voleurs.
POSTIGE, s. f. Travail sur les places publiques,--dans l'argot des saltimbanques.
POSTILLON, s. m. La première dame mise en circulation,--dans l'argot des joueurs de jacquet.
POSTILLON, s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.
«Ces postillons sont d'une maladresse!»
POSTILLONNER, v. n. Envoyer des postillons au nez des gens,--qui n'aiment pas à voyager.
POT, s. m. Trou fait au pied d'un mur ou au pied d'un arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.
POT, s. m. Cabriolet,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Cuiller à pot et Potiron roulant.
POTACHE, s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot,--dans l'argot des lycéens. Voir dans un autre sens Potasseur.
On dit aussi Pot-à-chien.
POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage qui devrait être gras, avoir des yeux de graisse, et qui est maigre. Argot du peuple.
POTAGER, s. m. Prostibulum,--dans l'argot des voyous, pour qui, sans doute, les femmes sont vraiment les choux sous lesquels poussent les enfants.
POTARD, s. m. Pharmacien,--dans l'argot des faubouriens.
Plus spécialement Pharmacien militaire.
POTASSER, v. n. S'impatienter, bouillir de colère ou d'ennui,--dans le même argot.
POTASSER, v. n. Travailler beaucoup,--dans l'argot des Saint-Cyriens et des lycéens.
POTASSEUR, s. m. Elève très bien coté à son cours et très mal quant aux aptitudes militaires.
POT-AU-FEU, s. m. L'endroit le plus charnu du corps humain,--dans l'argot des faubouriens, qui l'ont pris depuis longtemps pour cible de leurs plaisanteries et de leurs coups de pied.
POT-AU-FEU, s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois,--dans l'argot des petites dames.
Être pot-au-feu. Être mesquin.
Devenir pot-au-feu. Se ranger épouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur leur vie.
POT-BOUILLASSER (Se). Se marier de la main gauche ou de la main droite,--dans l'argot des troupiers.
POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,--ou plutôt chose cuisinée. Argot des ouvriers.
Au figuré, Faire sa petite pot-bouille. Arranger ses petites affaires dans l'intérêt de son propre bien-être.
POTENCE, s. f. Homme ou femme d'une grande rouerie, qui ne vaut pas la corde qu'on achèterait pour les pendre.
On dit aussi Roué comme une potence.
POTEAUX, s. m. pl. Jambes solides,--dans l'argot des faubouriens.
On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse maigre de partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants: «Deux poteaux qui montrent la route de Clichy.»
POTET, s. et adj. Maniaque, radoteur, vieil imbécile.
On dit aussi Vieux potet,--même à un jeune homme.
Ne serait-ce pas une syncope d'empoté? ou une allusion à la vieille toupie qui sert de potet aux enfants?
POTIN, s. m. Bavardage de femmes, cancan de portières,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au patois normand.
Faire des potins. Cancaner.
Se faire du potin. Se faire du mauvais sang, s'impatienter à propos de médisance ou d'autre chose.
POTINER, v. n. Bavarder, faire des cancans, des potins.
POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux à qui l'on a donné un emploi lucratif et qui veut s'y enrichir en peu de temps.
POUCE (Avoir du). Avoir de la vigueur; être fièrement campé, crânement exécuté,--dans l'argot des artistes.
POUDRE DE PERLINPINPIN, s. f. Remède sans efficacité; graine d'attrape,--dans l'argot du peuple.
POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f. Fuite.
Prendre la poudre d'escampette. S'enfuir.
C'est ce qu'on appelait autrefois Faire escampativos.
POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,--dans l'argot des francs-maçons.
On disait autrefois Huile blanche.
Poudre forte. Vin.
On disait autrefois Huile rouge.
Poudre fulminante. Eau-de-vie.
Poudre noire. Café noir liquide.
POUDRER, v. a. et n. Se moquer,--dans l'argot des gamins, qui font le geste bien connu par lequel ils ont l'air de poudrer la tête de la personne dont ils se moquent.
On dit aussi Poudrer à blanc.
POUF, s. m. Dette qu'on ne paye pas; crédit qu'on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple.
Signifie aussi Banqueroute.
Quoique pouf ait l'air de venir de puff, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.
POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce village est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.
On dit aussi plus élégamment: Gadoûville.
POUFFIASSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise fille.
POUFFIASSER, v. n. Mener une conduite déréglée--quand on est femme. Fréquenter avec les drôlesses--quand on est homme.
POUIC! Rien! non!--dans l'argot des voleurs.
POUILLARD, s. m. Dernier perdreau d'une couvée ou dernier levraut d'une portée. Argot des chasseurs.
POUILLEUX, adj. et s. Homme pauvre,--dans l'argot méprisant des bourgeois.
Signifie aussi Econome--et même avare.
POULAILLER, s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous le nom d'Amphithéâtre. Argot du peuple.
POULAINTE, s. f. Vol par échange.
POULE LAITÉE, s. f. Homme sans énergie,--dans l'argot du peuple.
Il dit aussi Poule mouillée.
POULES, s. f. pl. La population d'une abbaye des S'offre-à-tous.
POULET, s. m. Billet doux, ou lettre raide,--dans l'argot du peuple, qui se sert du même mot que Shakespeare (capon).
POULET DE CARÊME, s. m. Hareng saur.
Les gueux de Londres appellent le hareng saur Yarmouth capon (chapon de Yarmouth).
POULET D'HOSPICE, s. m. Homme maigre.
POULET D'INDE, s. m. Cheval.
POULET D'INDE, s. m. Imbécile, maladroit.
POULETTE, s.f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre au cocorico des séducteurs bien accrêtés.
Lever une poulette. «Jeter le mouchoir» à une femme, dans un bal ou ailleurs.
POULEUR, s. m. Souscripteur de poules, parieur de courses.
POUPARD, s. m. Affaire préparée de longue main,--dans l'argot des voleurs.
POUPARD, s. m. Nourrisson bien portant,--dans l'argot du peuple.
Gros poupard. Se dit d'un homme aux joues roses, sans barbe, ressemblant à un nourrisson de belle venue.
On dit aussi poupon.
On a dit autrefois poupin, comme en témoigne cette épigramme du seigneur des Accords:
«Estant popin et mignard, Tu veus estre veu gaillard; Mais un homme si popin Sent proprement son badin.»
POUPÉE, s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé.
On dit aussi Cathau.
POUPÉE, s. f. Concubine,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants.
C'est la mammet des ouvriers anglais.
On dit aussi,--quand il y a lieu: Poupée à ressorts.
POUPÉE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.
POUPOUILLE, s. f. Cuisine, popote,--dans l'argot des faubouriens.
POUPOULE, s. f. Chère amie,--dans l'argot des bourgeois.
POUR, adv. Peut-être,--dans l'argot des voleurs.
POUR-COMPTE, s. m. Vêtement marqué dont le client ne veut pas,--dans l'argot des tailleurs.
Armoire aux Pour-compte. C'est le carton aux ours chez les vaudevillistes.
POUR DE VRAI, adv. Véritablement, sérieusement,--dans l'argot du peuple.
Femme pour de vrai. Femme légitime.
Ami pour de vrai. Ami sûr.
On dit aussi Pour de bon.
POURRI, adj. et s. Homme vénal, corrompu, ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa conscience le ver du scepticisme et dans son cœur le taret de l'égoïsme.
POURRI DE CHIC, adj. A la dernière mode et de la première élégance,--dans l'argot des gandins et des petites dames.
POURRITURISME, s. m. Etat des esprits et des consciences à Paris, ville où l'on s'effémine trop facilement,--dans l'argot du caricaturiste Lorenz, qui affectionne la désinence isme.
POUSSE, s. f. Les gendarmes,--dans l'argot des voleurs.
POUSSE (Ce qui se), s. m. Argent, or ou monnaie,--dans l'argot du peuple.
Substantif bizarre,--mais substantif. J'ai entendu dire: «Donne-moi donc de ce qui se pousse.»
POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide, et généralement tous les aphrodisiaques. Argot des voleurs.
POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre d'eau-de-vie ou de rhum pris après le café,--dans l'argot des bourgeois.
POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,--dans l'argot des faubouriens.
POUSSE-CUL, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces agents de l'autorité ne prennent pas toujours des mitaines pour faire circuler la foule.
Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de celui-là: Chien courant du bourreau.
POUSSÉE, s. f. Bourrade; coups de coude dans la foule.
Par extension: Reproches, réprimande.
POUSSÉE, s. f. Besogne pressée, surcroît de travail,--dans l'argot des ouvriers.
POUSSÉE DE BATEAUX, s. f. Se dit ironiquement--dans l'argot du peuple--d'une chose vantée d'avance et trouvée inférieure à sa réputation, ainsi que de toute besogne ridicule et sans profit.
On dit mieux: Une belle poussée de bateaux!
POUSSE-MOULIN, s. f. Eau courante,--dans l'argot des voleurs.
POUSSER, v. n. Surenchérir,--dans l'argot des habitués de l'Hôtel des ventes.
POUSSER, v. a. et n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi: Pousser son glaire.
POUSSER DE L'AIR (Se). S'en aller de quelque part.
On dit aussi: Se pousser un courant d'air.
POUSSER DU COL (Se), v. réfl. Être content de soi, et manifester extérieurement sa satisfaction,--dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que les gens fats remontaient volontiers le col de leur chemise.
Une chanson populaire--moderne--consacre cette expression; je me reprocherais de ne pas la citer ici:
«Tiens! Paul s'est poussé du col! Est-il fier, parc'qu'il promène Sarah, dont la douce haleine Fait tomber les mouch's au vol.»
Signifie aussi S'enfuir.
POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer aux échecs ou aux dames,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce verbe au neveu de Rameau.
POUSSER DANS LE BATTANT (Se). Boire ou manger, mais surtout boire.
POUSSER LE BOUM DU CYGNE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des garçons de café et de leur fatigant boum! pas de crème, messieurs?
POUSSER SA POINTE, v. ac. S'avancer dans une affaire quelconque,--mais surtout dans une entreprise amoureuse.
«Que de projets ma tête avorte tour à tour! Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour.»
dit une comédie-parade du XVIIIe siècle (le Rapatriage).
POUSSER SON ROND, v. a. Alvum deponere,--dans l'argot des maçons.
POUSSER UN BATEAU, v. a. Avancer une chose fausse, inventer une histoire, mentir. Argot des faubouriens.
On dit aussi: Monter un bateau.
POUSSER UNE GAUSSE, v. a. Faire un mensonge,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi: Pousser une histoire.
POUSSIER, s. m. Monnaie,--dans l'argot des voleurs.
POUSSIER, s. m. Lit d'auberge ou d'hôtel garni de bas étage,--dans l'argot des faubouriens.
POUSSIER DE MOTTE, s. m. Tabac à priser.
On dit aussi simplement Poussier.
POUSSIF, adj. Qui n'a plus de souffle, qui n'en peut plus,--dans l'argot du peuple, qui, travaillant comme un cheval, en a naturellement les infirmités.
POUVOIR EXÉCUTIF, s. m. Enorme canne en spirale que portaient les Incroyables sous le Directoire.
L'expression est encore employée de temps en temps.
POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN PEINTURE (Ne). Le haïr; le détester extrêmement,--dans l'argot des bourgeois.
PRANDION, s. m. Repas copieux,--dans l'argot des artistes, dont quelques-uns, je pense, savent que cette expression est le mot latin (prandium) francisé par quelque écrivain fantaisiste.
C'est un provincialisme, maintenant naturalisé parisien.
PRANDIONNER, v. n. Faire un repas plantureux.
PRAT, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.
PRATICABLE, s. m. Partie de décors accessible aux acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot des coulisses.
PRATIQUE, s. f. Petit instrument plat, composé de deux lames d'ivoire jointes, à l'aide duquel les saltimbanques imitent la voix stridente de Polichinelle.
PRATIQUE, s. f. Libertin; homme d'une probité douteuse; débiteur qui ne paye pas ses dettes; soldat qui passe son temps à la salle de police, etc. Quand un homme a dit d'un autre homme: «C'est une pratique!» c'est qu'il n'a pas trouvé de terme de mépris plus fort.
PRÉ, s. m. Bagne,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi le Grand pré.
Aller au pré. Être condamné aux travaux forcés.
On dit aussi: Aller faucher au pré.
PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite dame, drôlesse, habituée de bals publics, du pré Catelan et de Mabille. Hors d'usage.
PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur ennuyeux,--dans l'argot du peuple.
PRÉDESTINÉ, s. m. Galant homme qui a épousé une femme trop galante.
PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture de police,--dans l'argot des voyous.
PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique de désigner la première représentation d'une pièce de théâtre,--dans l'argot des comédiens et des gens de lettres.
PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons de première classe.
On dit de même Secondes et Troisièmes, pour les voitures de 2e et de 3e classe.
PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent, parfait, numéro un.
PREMIER-PARIS, s. m. Article de tête d'un journal politique où l'on voit, d'après Alphonse Karr, «une série de longues phrases, de grands mots qui, semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont creux».
PRENDRE AU SOUFFLEUR. Jouer son rôle le sachant mal, en s'aidant du souffleur. Argot des coulisses.
On dit aussi: Prendre du souffleur.
PRENDRE DE BEC (Se), v. pron. Se dire des injures,--dans l'argot des bourgeois.
PRENDRE DES MITAINES, v. a. Prendre des précautions pour dire ou faire une chose,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec ironie.
On dit aussi: Prendre des gants.
PRENDRE DES TEMPS DE PARIS. Augmenter l'effet d'un mot par une pantomime préalable,--dans l'argot des comédiens de la banlieue et de la province.
PRENDRE LA TANGENTE. S'échapper de l'Ecole,--dans l'argot des Polytechniciens.
PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE, v. a. Se mettre au travail,--dans l'argot du peuple, qui prend et reprend ce collier-là depuis longtemps.
Quitter le collier de misère. Avoir fini sa journée et sa besogne et s'en retourner chez soi.
PRENDRE SES INVALIDES, v. n. Se retirer du commerce,--dans l'argot des bourgeois.
PRENDRE SES JAMBES A SON COU. Courir.
PRENDRE SON CAFÉ AUX DÉPENS DE QUELQU'UN. Se moquer de lui par parole ou par action.
PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE, v. a. Tomber sur le dos,--dans l'argot facétieux du peuple.
PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se laisser pincer le doigt entre deux pierres ou deux battants.
PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant--qui est toujours l'héritier présomptif de quelqu'un.
PRESSE, s. f. Nécessité à faire ou dire une chose; empressement.
Il n'y a pas de presse. Il n'est pas nécessaire de faire cela,--du moins pour le moment. Cela ne presse pas.
PRESSER A CARREAU FROID, v. a. Faire ce qu'un autre ne pourrait pas faire,--dans l'argot des tailleurs, qui savent qu'on ne peut venir à bout d'une pièce qu'avec un carreau très chaud.
PRÊT, s. m. Paie,--dans l'argot des soldats.
PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN. Lui donner un soufflet, c'est-à-dire les cinq doigts sur le visage,--dans l'argot des faubouriens.
PRÊTER LOCHE. Prêter l'oreille, écouter,--dans l'argot des voleurs.
PREU, s. et adj. Premier--dans l'argot des enfants et des ouvriers.
PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,--dans l'argot des prisons.
PRIANTE, s. f. Eglise,--dans l'argot des voleurs.
PRINCE, s. m. Galeux,--dans l'argot facétieux et elliptique des faubouriens. Ils disent Prince, mais ils sous-entendent de Galles.
Princesse. Galeuse.
PRINCE DU SANG, s. m. Meurtrier,--dans l'argot sinistrement facétieux du peuple.
PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street, où il semble que la générosité, comme la lumière, vienne exclusivement du Nord.
PRINCESSE DE L'ASPHALTE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres.
On dit aussi Princesse du trottoir.
PRISE, s. f. Mauvaise odeur respirée tout à coup,--dans l'argot du peuple.
PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.
PRISON DE SAINT-CRÉPIN (Être dans la). Être dans des souliers trop étroits.
PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,--dans l'argot des bourgeois.
PRODUISANTE, s. f. La terre,--dans l'argot des voleurs, reconnaissants envers la vieille Cybèle.
PROFANE, s. m. Étranger,--dans l'argot des francs-maçons, qui ont leurs mystères comme autrefois les païens, avec cette différence que la révélation n'en est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de toute autre chose que des farces spéciales aux mystères de la Bonne Déesse, ou à ceux d'Isis, ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.
PROFOND, s. m. Fossé, trou,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.
PROFONDE, s. f. Poche de pantalon,--dans l'argot des voyous et des voleurs.
PROFONDE, s. f. Cave,--dans l'argot des voyous.
PROMENER QUELQU'UN. Se moquer de lui,--dans l'argot du peuple.
PROMONT, s. m. Procès,--dans l'argot des voleurs.
PROMONTOIRE NASAL, s. m. Le nez,--dans l'argot des romantiques, qui avaient, eux aussi, l'horreur du mot propre, tout comme les classiques, leurs ennemis.
Théophile Gautier a le premier employé cette expression, qu'emploient depuis longtemps les médecins zagorites: [grec: to mpourno].
PROPRE, adj. Antiphrase de l'argot du peuple, qui l'emploie au figuré.
Être propre: pour lui, est l'équivalent de: Être dans de beaux draps.
PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche canaille, misérable digne de la roue,--dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas, après feignant, d'injure plus sanglante à jeter à la tête d'un homme, fût-il le plus honnête et le plus brave des hommes.
PROTE A TABLIER, s. m. Prote qui lève la lettre comme les autres ouvriers,--dans l'argot des typographes.
PROTECTEUR, s. m. Galant homme qui entretient une femme galante.
On dit aussi Milord protecteur.
Les actrices disent Bienfaiteur.
PROTÉGER, v. a. Entretenir une femme.
PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,--dans l'argot des marins.
Filer le cable de proue. Alvum deponere.
PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,--dans l'argot des voleurs.
PROUTER, v. n. Porter plainte, gronder.
PROUTER, v. a. et n. Appeler, héler,--dans l'argot du peuple, qui crie souvent: Prout! prout!
Se dit aussi--dans le même argot--des sacrifices faits au dieu Crépitus. C'est une onomatopée.
PROUTEUR, s. et adj. Plaignant, grondeur.
PROUTEUR, s. et adj. Qui fait de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
PRUDHOMME, s. m. Imbécile solennel dont le type a été inventé par Henry Monnier. On se rappelle et l'on cite souvent en riant, dans la conversation, cette phrase supercoquentieuse, digne du bourgeois sur les lèvres duquel elle est éclose: «Si cela peut faire votre bonheur, soyez-le.» Soyez-le pour soyez heureux! L'ellipse est un peu forte.
Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le nom de Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même famille: «Il ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le sont pas,» a-t-il dit très sérieusement dans le Figaro du 7 décembre 1865.
PRUNE, s. f. Balle ou boulet,--dans l'argot des soldats, qui ne se battent vraiment que pour des prunes.
Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier de damas blanc: «Pardieu! Sire! lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collection de bien autres prunes que celles-ci, et un peu plus dures à digérer.»
On dit aussi Pruneau.
Gober la prune. Recevoir une blessure mortelle.
PRUNE, s. f. Griserie,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis la création de rétablissement de la Mère Moreaux, c'est-à-dire depuis 1798.
Avoir sa prune. Être saoul.
PRUNEAU, s. m. Chique de tabac,--dans l'argot des faubouriens.
PRUNEAU, s. m. Alvi dejectio.
Poser un pruneau. Levare ventris onus.
PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.
Boucher ses pruneaux. Dormir.
PRUNE DE MONSIEUR, s. f. Archevêque,--dans l'argot des voleurs, qui savent que ces prélats sont habillés de violet.
PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl. Fumées d'un animal,--dans l'argot des chasseurs.
PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc,--dans l'argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les reins des soldats prussiens.
On connaît la chanson:
«Le général Kléber, A la barrièr' d'Enfer, Rencontra un Prussien Qui lui montra le sien.»
C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les Zingaris, une étymologie--toute moderne.
PUANT, s. et adj. Fat,--dans l'argot du peuple, qui fait peut-être allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu'exhalent les vêtements des élégants.
PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,--plus sot qu'il ne convient.
PUCELAGE (Avoir encore son). Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir pas encore la rouerie nécessaire dans un métier.
Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.
PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des faubouriens.
PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses et des gens qui souvent puent le moins.
PUER BON, v. n. Sentir bon.
PUFF, s. m. Charlatanerie.
Vient du verbe anglais to puff, bouffer, boursoufler, faire mousser.
PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles, d'élixirs invraisemblables; montreur de phénomènes c'est-à-dire, par exemple, d'un cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une Malibran noire, de frères spirites, etc.
Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi lesquels il faut citer M. Barnum, le prince de la blague (prince of humbug).
PUISSANT, adj. Gros, fort,--dans l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas autant du sens latin (potens) que seraient tentés de le croire les bourgeois moqueurs.
PUITS DE SCIENCE, s. m. Homme profond par son savoir--ou par ses apparences de savoir.
PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,--dans l'argot des gens de lettres.
Encore une punaise dans le beurre! Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d'un petit théâtre pour y faire des hommes plus respectables,--comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise! encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.
PUNAISE, s. f. Fleur de lit,--dans l'argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.
PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre, puante de méchanceté,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression même employée par le prince des poètes latins: Cimex, dit Horace.
PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement hanté par des gigolettes et leurs gigolos.
PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.
Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.
PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme politique ou philosophique intraitable, qui n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses opinions, pour philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de Jésus, pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur le Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux, comme le bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du lion. J'aurais regretté d'oublier ce mot et ce type--modernes.
PURÉE, s. f. Cidre,--dans l'argot des voleurs.
PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,--dans l'argot des faubouriens.
Faire de la purée de marrons. Appliquer un vigoureux coup de poing en pleine figure.
PURGATION, s. f. Plaidoyer,--dans l'argot des voleurs.
PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition d'eau ni d'alcool,--dans l'argot des cabaretiers.
PUR-SANG, s. m. Cheval de race,--dans l'argot du Jockey-Club.
PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être à cause de sa beauté--et de ses vices. Argot des viveurs.
PUT! Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le mépris,--plus souvent encore le mépris que le doute.
PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour--ou qui le donne trop facilement. Argot du peuple.
L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est peut-être pas un seul poète français--un ancien--qui ne s'en soit servi.
Putain comme chausson. Extrêmement débauchée.
On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale: C'est une putain.
Avoir la main putain. Donner des poignées de main à tout le monde, même à des inconnus.
PUTASSIER, s. et adj. Libertin.
PUTINER, v. n. Courir les gueuses.
PUTINERIE, s. f. Libertinage,--en parlant des femmes. Amitié banale,--en parlant des hommes.
PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un jouvenceau,--dans l'argot de Breda-Street. Le mot date de 1830 et de Pétrus Borel.
Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écrit putipharder.
Q
QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Quand les poules auront des dents.
QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.
QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.
QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne intéressée pour un quart dans une charge d'agent de change. Argot des boursiers.
Il y a aussi des cinquièmes, des sixièmes et même des dixièmes d'agent de change.
QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.
QUART-D'OEIL, s. m. Commissaire de police,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.
QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,--dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait,--dans l'argot du peuple, qui a lu Notre-Dame de Paris.
QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,--dans l'argot des coulisses.
L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des légumes, et celles-là des poissons,--crustacés ou non. Vous avez compris?
QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voleurs.
QUATRE SOUS. Etalon à l'aide duquel le peuple apprécie la valeur des choses--qui n'en ont pas pour lui.
Fichu ou Foutu comme quatre sous. Mal habillé.
QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.
QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,--dans l'argot des marchands forains.
Vendre le quatre-vingt-dix. Révéler le secret.
QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,--dans l'argot du peuple.
QUATUOR, s. m. Le quatre,--dans l'argot des joueurs de dominos.
QUELPOIQUE, adv.--Rien,--dans l'argot des voleurs.
QUELQUE PART, Adverbe de lieux,--dans l'argot des bourgeois.
QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à recevoir des coups de pied,--dans l'argot du peuple.
Avoir quelqu'un quelque part. En être importuné,--en avoir plein le dos.
QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance ou se donnant de l'importance.
Se croire un quelqu'un. S'imaginer qu'on a de la valeur, de l'importance.
Faire son quelqu'un. Prendre des airs suffisants. Faire ses embarras.
QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré,--dans l'argot du peuple, qui pourtant n'a pas lu les Aventures du baron de Fœneste.
QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.
QUENOTTES, s. f. pl. Dents,--dans l'argot des enfants.
Ils les appellent aussi Louloutes.
QUENOTTIER, s. m. Dentiste,--dans l'argot des faubouriens.
QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou à un homme par sa maîtresse.
Faire une queue à sa femme. La tromper en faveur d'une autre femme.
QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, carotte. Argot des soldats.
Faire sa queue. Tromper.
QUEUE, s. f. Reliquat de compte,--dans l'argot des débiteurs.
Faire une queue. Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.
QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est vert. Argot des faubouriens.
QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,--dans l'argot des bourgeois.
QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une longue et étroite lanière.
QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages accusateurs d'un dîner mal digéré. Argot du peuple.
QUEUE D'UN CHAT (Pas la). Solitude complète.
QUEUE-LEU-LEU (A la), adv. L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme les loups.
QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais,--dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé par eux.
QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu,--dans l'argot des typographes, dont c'est le javanais.
Un échantillon de ce système de coquesigruïtés, que l'on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouve bonne.» Aussitôt un loustic ajoute d'enfant, puis un autre ticide, puis d'autres de Normandie,--t-on--taine--ton ton--mariné--en trompette--tition--au Sénat--eur de sanglier--par la patte--hologie--berne--en Suisse--esse--vous que je vois, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne d'enfant,--infanticide,--cidre de Normandie,--dit-on,--ton taine ton ton,--thon mariné,--nez en trompette,--pétition au Sénat,--hure de sanglier, etc.
QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.
QUIBUS, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple.
QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot, souvent employée pour répondre à une importunité.
QUIGNON, s. m. Gros morceau de pain.
QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu'un,--par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.
QUILLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
QUIMPER, v. n. Tomber,--dans l'argot des voleurs.
QUIMPER LA LANCE, v. a. Meiere. Même argot.
QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,--dans l'argot des faubouriens.
Belle paire de quinquets. Yeux émerillonnés.
Allumer ses quinquets. Regarder avec attention.
Éteindre les quinquets. Crever les yeux.
QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital du Midi.
Avoir quinte-et-quatorze. N'avoir pas su écarter la dame de cœur,--ou plutôt la dame de pique.
QUINTETTE, s. m. Le cinq,--dans l'argot des joueurs de dominos.
QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.
QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,--dans l'argot du peuple.
QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,--dans l'argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».
QUI-VA-LA, s. m. Passeport,--dans l'argot des faubouriens.
QUI-VA-VITE, s. f. Ventris fluxus, courante,--dans l'argot des bourgeois.
QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,--dans l'argot du peuple.
QUOQUANTE, s. f. Armoire,--dans l'argot des voleurs.
QUOQUARD, s. m. Arbre,--dans le même argot.
QUOQUERET, s. m. Rideau--dans le même argot.
R
RABACHAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés,--dans l'argot des gens de lettres.
RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.
RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.
RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Père Rabat-joie.
RABIAGE, s. m. Rente,--dans l'argot des voleurs.
RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des marins.
On dit aussi Rabiautage.
RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent, des restes de soupe.
RABIAU, s. m. Temps qui reste à faire,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi Surcroît de punition.
RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.
Je ne sais pas d'où vient rabiau, mais rabiauter vient certainement de rebibere (boire de nouveau).
RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement, consolation,--dans l'argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en rendent une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres--à d'autres.
RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,--dans l'argot des bourgeois.
Se rabibocher. Se réconcilier.
RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,--dans l'argot du peuple.
RABOTER LE SIFFLET (Se). Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.
RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que demeures humaines.
RABOUIN, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.
RABOULER, v. n. Revenir, abouler de nouveau,--dans l'argot des faubouriens.
RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Rembarrer.
RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus crapuleux,--populi fex.
C'est le tag-rag des Anglais.
RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,--dans l'argot des coulisses.
RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.
RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,--dans l'argot des voleurs.
On disait autrefois Raccourcir d'un pied, ce qui est une longueur de tête.
On dit aussi Rogner.
RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés,--dans l'argot du peuple.
RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs.
RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées,--comme celles que Bilboquet arracha jadis devant «Monsieur et madame le maire de Meaux».
RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
RACLER, v. a. Prendre; perdre.
On dit aussi Rafler.
RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,--dans l'argot des musiciens.
RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,--dans l'argot des voleurs.
RACONTAINE, s. f. Récit familier, cancan.
RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, échos,--dans l'argot des journalistes.
C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui en laisse la responsabilité.
RADE OU RADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont les radis,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Boutique.
RADE, s. m. Apocope de Radis,--dans l'argot des voyous.
RADEAU DE LA MÉDUSE, s. m. Misère extrême,--dans l'argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault.
Être sur le radeau de la Méduse. N'avoir pas d'argent.
RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,--dans l'argot des voleurs.
Friser le radin. Le débarrasser de sa montre.
RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
N'avoir pas un radis: Être tout à fait pauvre.
RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé,--dans le langage des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
On dit aussi: Passer au grand radoub.
RADURER, v. a. Repasser sur la meule,--dans l'argot des voleurs.
RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.
RAFALE, s. f. Misère,--dans l'argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.
RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine.
Ne faudrait-il pas dire plutôt affalé? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au figuré Être affalé sur la côte,--ce qui est, en somme, être à la côte.
RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,--dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent ravaler un homme.
RAFALER (Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des vêtements usés,--dans l'argot du peuple.
RAFFURER, v. a. Regagner,--dans l'argot des voleurs.
RAFFUT, s. m. Tapage,--dans l'argot du peuple.
RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.
RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.
Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.
RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.
RAFISTOLER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.
RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.
RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main basse faite sur une certaine quantité de choses. Argot du peuple.
RAFLER, v. a. Prendre, saisir, chiper.
RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se battre au sabre,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi: Se rafraîchir d'un coup de sabre.
RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,--dans l'argot du peuple.
RAGOT, s. m. Cancan, médisance,--sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.
RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.
On dit aussi Ragonner.
RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir quelconque.
S'emploie souvent en mauvaise part:
«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine, Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin Des ragousts qu'un malade offre à son médecin,»
dit Mathurin Régnier en sa satire la Poésie toujours pauvre.
RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse,--dans l'argot des artistes.
RAGOÛT, s. m. Soupçon,--dans l'argot des voleurs.
Faire des ragoûts. Éveiller des soupçons.
RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant, agréable,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses.
Vieillard ragoûtant. Qui est propre,--et surtout sans infirmités.
Femme ragoûtante. Qui excite l'appétit des amoureux.
RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.
RAIDE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rude.
RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,--c'est-à-dire à avaler.
Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.
La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.
RAIDE, adj. Complètement gris,--parce que l'homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité.
On dit aussi Raide comme la Justice.
RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.
RAIDIR, v. n. Mourir.
On dit aussi Raidir l'ergot, ou les ergots.
RAILLE, s. f. Les agents de police en général,--dans l'argot des voleurs.
RAILLE, s. m. Mouchard.
RAISINÉ, s. m. Sang,--dans le même argot.
RAISINÉ (Faire du), v. a. Saigner du nez,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas emprunté cette expression aux voleurs.
RAJOUTER, v. a. Ajouter,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.
RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien acheter. Argot des bouquinistes.
RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter,--dans l'argot des boutiquiers.
RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les passants pour leur proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.
RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838, d'attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres Géoramas alors en vogue. C'était leur javanais.
Parler en rama. Ajouter rama à toutes les phrases.
RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,--dans l'argot des faubouriens.
Se faire ramasser. Se faire arrêter.
RAMASSER (Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est tombé.
RAMASSER SES OUTILS. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.
RAMASTIQUER, v. a. Ramasser,--dans l'argot des voleurs.
RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.
RAMBUTEAU, s. m. Colonne ad usum lotii des promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l'édilité du comte de Rambuteau.
RAME, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en ramenant habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête--et «empruntant ainsi un qui vaut dix».
RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y nouer connaissance avec quelque galant homme.
RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés--dans l'argot du peuple.
Se ramicher. Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.
RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux,--dans l'argot des faubouriens.
RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d'automne, s'en vient crier: haut en bas, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.
RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents,--par allusion au bruit désagréable que fait le ramona en montant et en descendant dans la cheminée qu'il nettoie.
RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène,--dans l'argot des coulisses.
Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.
Princesse de la rampe. Actrice.
Se brûler à la rampe. Jouer pour soi,--s'approcher trop près du public, sans s'occuper des autres acteurs en scène.
RAMPEAU! Coup nul,--dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux billes ou à la balle.
Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d'une partie en deux coups de boule.
RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.
L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.
RANCART, v. Rencart.
RANG, s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers typographes.
RAPATRIER (Se). Se réconcilier,--dans l'argot du peuple.
RAPE, s. f. Le dos,--dans l'argot des voleurs.
RAPIAT, s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot.
RAPIAT, s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même,--dans l'argot du peuple.
RAPIN, s. m. Mauvais peintre,--dans l'argot des bourgeois.
RAPIOT, s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier,--dans l'argot des faubouriens.
RAPIOTER, v. a. Rapiécer.
RAPIOTER, v. a. Fouiller,--dans l'argot des voleurs.
RAPIQUER, v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens.
On dit aussi et mieux Rappliquer.
RAPPORTEUR, s. m. Elève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.
RASER, v. a. Ennuyer, être importun,--comme le sont ordinairement les barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres.
On disait il y a cent ans: Faire la barbe.
RASIBUS, prép. Tout près, tout contre, au ras,--dans l'argot du peuple.
RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.
Rasoir anglais. Le plus ennuyeux,--les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d'être les plus coupants du monde.
On dit aussi Raseur.
RASOIR! Exclamation de la même famille que Des navets!
RASOIR NATIONAL, s. m. La guillotine,--dans l'argot des révolutionnaires de 1793.
Passer sous le rasoir national. Être exécuté.
RAT, s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu'il est assuré de l'impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors.
On dit aussi Raton.
Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.
RAT, s. m. Caprice,--dans l'argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine.
Autrefois, Avoir des rats c'était «avoir l'esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson».
RAT, s. et adj. Avare; homme intéressé.
RAT, s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l'appelle aussi, rat de cave.
RAT, s. m. Retardataire,--dans l'argot des Polytechniciens.
Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées.
Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
RAT, s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler.
Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes--mal informées--lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
RATA, s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard,--dans l'argot des troupiers.
RATAFIAT DE GRENOUILLE, s. m. L'eau,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi Anisette de barbillon et Bourgogne de cheval.
RATAPOIL, s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l'empereur Napoléon.
RATATOUILLE, s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.
RATATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus.
RAT DE CAVE, s. m. Employé de la régie,--dans l'argot des marchands de vin V.--Rat.
RAT DE PRISON, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs.
RATER, v. a. Echouer dans une entreprise, manquer une affaire,--amoureuse ou autre. Argot du peuple.
Rater une femme. Ne pouvoir réussir à s'en faire aimer après l'avoir couchée en joue.
RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,--dans l'argot des voyous et des voleurs.
Serpillière de ratichon. Soutane de prêtre.
On dit aussi Rasé ou Rasi.
RATICHON, s. m. Peigne,--dans l'argot des faubouriens.
RATICHONNER, v. a. Peigner.
RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.
RATISSER, v. a. Prendre, chiper,--dans l'argot des faubouriens.
Se faire ratisser. Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.
RATISSER (En), v. a. Se moquer de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième personne de l'indicatif présent.
RATON, s. m. Petit voleur.
RATTRAPAGE, s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on dit rattraper) jusqu'au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.
RAVAGE, s. m. Débris métalliques volés.
RAVAGEUR, s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.
Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années, leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.
RAVAUDER, v. a. Raccommoder du linge, des vêtements,--dans l'argot du peuple.
RAVAUDER, v. n. Être lent à faire quelque chose; s'amuser au lieu de travailler.
RAVIGNOLE, s. f. Récidive,--dans l'argot des voleurs.
RAVIGOTE (A la), adv. D'une façon piquante. Argot du peuple.
RAVIGOTER, v. a. Soulager; refaire, remettre en bon état; réjouir.
RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
RAZZIA, s. f. Rafle,--dans l'argot du peuple, retour d'Afrique.
RÉAC, adj. et s. Bourgeois, réactionnaire,--dans l'argot des faubouriens.
Le mot date de 1848.
REBATIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.
RÉBECCA, s. f. Fille ou femme qui ne répond qu'avec aigreur aux observations qu'on lui fait,--qui se rebèque en un mot. Argot des bourgeois.
On dit aussi Mademoiselle Rébecca. (Rien de la Bible.)
REBÉQUER (Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec colère,--dans l'argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l'honneur d'emprunter ce verbe expressif.
REBÉQUER, v. n. Répéter,--dans l'argot des faubouriens.
REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement,--dans l'argot du peuple.
REBIFFER (Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,--dans l'argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.
REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,--dans l'argot des faubouriens.
REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,--dans l'argot des voleurs.
Rebonneter pour l'af. Flatter ironiquement.
REBONNETER (Se), v. réfl. Devenir meilleur,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.
REBONNETEUR, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.
REBOUIS, adj. Mort, refroidi,--dans le même argot.
REBOUISER, v. a. Tuer,--dans le même argot.
A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.
REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,--dans l'argot des faubouriens.
Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'Assommoir (o lepida cantio!) où l'on dit:
«Faut pas blaguer, le treppe est batte; Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins. Si queuq's gonziers train'nt la savate, J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.
REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.
REBOUISEUR, s. m. Savetier,--dans l'argot des revendeurs.
REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,--dans l'argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)
REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.
REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.
RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.
RECALER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade,--dans l'argot du peuple.
RECARRER (Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.
RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un emploi.
«Mon rival, j'en suis convaincu, Va recevoir la pelle au cul!»
dit une chanson du temps de l'Empire.
RECEVOIR SON DÉCOMPTE. Mourir,--dans l'argot des troupiers.
RECHANGER (Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit; quitter les vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.
RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.
RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après coup. Argot du peuple.
Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.
RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,--dans l'argot des voleurs.
RÊCHE, s. m. Sou,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent le billon rude.
RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,--dans l'argot du peuple.
RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les journaux décernent--moyennant cinq francs la ligne--à toute œuvre ou à tout médicament qui est le moins digne d'être loué.
RECONDUIRE, v. a. Siffler,--dans l'argot des coulisses.
RECONDUIRE QUELQU'UN. Le renvoyer à coups de pied ou à coups de poing,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Faire la conduite.
RECONOBRER, v. a. Reconnaître,--dans l'argot des voleurs.
RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.
RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver,--dans l'argot des voleurs.
RECTA, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,--dans l'argot du peuple.
Payer recta. Payer jusqu'au dernier sou.
C'est l'adverbe latin détourné de son sens.
RÉCURER (Se), v. réfl. Se purger.
Se faire récurer. Se faire traiter à l'hôpital du Midi.
RÉDAM, s. f. Grâce,--dans l'argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leur rédemption.
REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un nouveau fait à charge,--dans le même argot.
REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur refuserait pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et des fripons.
Chevalier de la Redresse. Industriel qui carotte le vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.
REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,--dans l'argot des faubouriens.
REFAIRE (Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.
REFAIT AU MÊME (Être). Être joué par quelqu'un à qui l'on avait précédemment joué quelque méchant tour.
REFAITE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.
Refaite du mattois. Déjeuner.
Refaite de jorne. Dîner.
Refaite de sorgue. Souper.
Refaite de côni. Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.
REFAITER, v. n. Manger.
REFILER, v. a. Rendre, restituer,--dans l'argot des voyous.
REFILER, v. a. Suivre, rechercher,--dans l'argot des voleurs.
REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,--dans l'argot des ouvriers.
Refouler au travail. Fêter la Saint-Lundi.
RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps.
L'expression n'est pas de Jules Vallès,--comme on serait excusable de le croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelle Camp des réfractaires un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l'Hôtel des réfractaires, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.
REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,--dans l'argot des voleurs.
REFROIDIR, v. a. Tuer.
RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,--dans l'argot du peuple.
A la régalade. Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.
RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.
RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.
REGARDANT, adj. Économe, avare,--dans l'argot des domestiques, habitués à considérer le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,--dans l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour, mais ne veulent pas qu'on le marchande.
RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,--en parlant des choses et des gens.
Être régence. Se donner des airs de roué.
Souper régence. Souper où les femmes légères sont spécialement admises.
RÉGIMENT DES BOULES DE SIAM, s. m. La confrérie abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le monde a lue,--quoiqu'elle n'eût été écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.
REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.
REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.
RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des bourgeois.
C'est le pendant de Sage comme une image.
REGON, s. m. Dette,--dans l'argot des voleurs.
REGONCER, v. a. Devoir.
REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,--dans le même argot.
Faire du regout. Être arrêté.
RÉGUISÉ (Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.
RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.
RELEVANTE, s. f. Moutarde,--dans l'argot des voleurs.
RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,--dans l'argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire Se relever de la misère.
On dit aussi Être à la relève.
RELICHER (Se). S'embrasser tendrement.
On dit aussi Se relicher le morviau.
RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,--dans l'argot du peuple.
RELUIT, s. m. OEil,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Jour.
RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire les yeux doux.
REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; un débinage,--dans l'argot des voyous.
REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.
REMBROQUER, v. a. Reconnaître.
Signifie aussi Regarder.
REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou repoussante,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.
REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner son congé à un ouvrier,--dans l'argot des bourgeois.
REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Remercier son boulanger.
REMETTEZ DONC LE COUVERCLE! disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine fétide, pour l'empêcher de parler davantage.
REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE. Répliquer vertement à quelqu'un qui vous manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.
REMISER SON FIACRE. Se taire,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme qui touche une remise sur les affaires qu'il procure à un agent de change.
RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat, chineur,--dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de la Comédie humaine de Balzac.
REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en temps sa femme,--dans l'argot des ouvriers.