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Dans la Haute-Gambie (part 3 of 3)

Part 3 of 3 · Rançon, A. (André) · Public domain text

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Dans la Haute-Gambie (part 3 of 3)

Limites. Frontières. — Comme tous les pays que nous avons déjà décrits, le Dentilia n’a pas de limites naturelles et ses frontières sont mal déterminées. Toutefois nous pouvons dire, d’une façon approximative, qu’il est compris entre les 12° 29′ et 12° 55′ de latitude Nord et les 13° 50′ et 14° 40′ de longitude à l’Ouest du méridien de Paris. Mesuré dans ses plus grandes dimensions, il a environ 85 kilomètres du Sud-Est au Nord-Ouest et 60 kilomètres du Nord au Sud. Sa superficie est d’environ 4.500 kilomètres carrés. Au Nord, sa ligne frontière commence à environ cinq kilomètres de Gondoko, au point où elle coupe le marigot de Sandoundou-Kô. De là elle se dirige au Sud-Est en coupant le Séniébouli-Kô, à environ douze kilomètres de Dalafi. Du Séniébouli-Kô, elle se dirige directement au Sud-Est jusqu’à Daléma-Kô, qu’elle coupe à environ quinze kilomètres de la Falémé. Elle suit le cours de ce marigot pendant environ vingt kilomètres, jusqu’à trois kilomètres au Nord du petit village de Candaina, qui appartient au Gounianta. De là, elle se dirige droit à l’Ouest en suivant le cours du Kobali-Kô et en passant à environ trois kilomètres au Nord de Kobali. Elle abandonne ce marigot à vingt-deux kilomètres de la Gambie pour se diriger brusquement au Nord. Elle suit cette direction jusqu’à la mare de Temodalla, dans le désert de Coulicouna. Elle oblique alors vers l’Est pour venir se terminer au marigot de Sandoundou. Ainsi délimité, le Dentilia a à peu près la forme d’une ellipse dont le grand axe serait orienté Nord-Ouest Sud-Est. Ses villages frontières sont, au Nord, Gondoko, au Nord-Ouest, Barbri-Médina, Sakoto et Bembou, à l’Ouest, Médina-Dentilia et Mansakouko, au Sud, Daguiri, Samé et Nafadji, à l’Est, Dalafi et Diaka-Médina.

Le Dentilia confine au Nord au désert de Coulicouna qui le sépare de Bélédougou et du Sirimana, à l’Ouest, au pays de Badon et au Niocolo, au Sud, au Gounianta et à l’Est au pays de Satadougou, au Konkodougou-Sintédougou et au Bafé.

Bien que ce pays n’ait pas de limites naturelles et que ses frontières soient absolument conventionnelles, il ne surgit jamais aucune difficulté de territoire avec les pays voisins. Cela tient à deux causes principales. D’abord il est absolument isolé et séparé des centres habités appartenant aux Etats auxquels il confine par de vastes territoires absolument déserts. Il n’y a qu’au Sud que ses villages frontières soient situés non loin de ceux du Gounianta. Mais la communauté d’intérêts, la parenté de race et une situation analogue absolument isolée en font, pour ainsi dire, son allié naturel. La seconde raison de cette bonne intelligence qui règne dans ces contrées est en ce que les Noirs, habitués à vivre dans la brousse, ont des points de repère certains qui nous échappent à nous autres blancs. Ils savent, en pleine forêt, reconnaître aisément dans quel pays ils se trouvent, chose absolument impossible pour un voyageur qui ne fait que visiter la contrée en passant. Aussi, est-ce en connaissance de cause qu’ils s’aventurent chez leurs voisins, et il est excessivement rare qu’ils se permettent de faire des lougans ou de construire leurs cases sur un territoire étranger. Ils ne manquent jamais, dans ce cas-là, d’en solliciter l’autorisation du chef auquel il appartient, autorisation qui n’est jamais refusée. Ils font alors partie du pays où ils viennent de se fixer, et le fait d’y avoir établi leur demeure est regardé, dans tous ces pays Noirs, comme une véritable naturalisation d’office, et ils doivent se soumettre aux coutumes et aux lois qui régissent leurs nouveaux compatriotes.

Aspect général du Dentilia. — La description géographique du Dentilia sera des plus simples, car nous sommes là dans un pays de plaines, où les reliefs du terrain sont peu nombreux et surtout peu appréciables, et où les cours d’eau sont, en général, de peu d’importance. On éprouve une impression pénible quand on parcourt les régions Est et Ouest de ce pays. Le paysage est absolument plat. Pas d’horizon. Rien qui vous repose la vue. Partout une stérilité et une monotonie désespérantes. Pas la moindre éclaircie. Toujours l’horizon est borné par cet éternel rideau d’arbres rabougris qui semble fuir devant vous au fur et à mesure que l’on en approche. Pendant des kilomètres et des kilomètres, les plaines argileuses arides, les plateaux stériles formés de roches et de conglomérats ferrugineux et absolument dénudés, les marécages au bord de certains marigots, se succèdent sans interruption. C’est la terre de la désolation, par excellence. Aussi, éprouve-t-on un véritable soulagement quand, après une longue étape dans un semblable désert, on aperçoit tout à coup, sans que rien ne vous y ait préparé pendant la route, un village situé sur un petit monticule dominant une plaine parfois assez étendue, bien cultivée et où s’étalent de beaux lougans de mil, de maïs et d’arachides. L’œil du voyageur, fatigué de n’avoir jamais vu, pendant tout le voyage, que cette couleur grisâtre qui est propre aux argiles, se plaît à contempler les tons rouges des terrains à latérite au milieu desquels sont presque toujours construits les villages. Malgré leurs sombres tatas et leur tristesse infinie, les villages prennent pendant quelques instants, à vos yeux, un air de fête et de gaieté qui ne frappe et réjouit malheureusement que de loin et qui disparaît dès que l’on a franchi la porte et que l’on est obligé de parcourir ses rues étroites. Il vous semble, qu’après un pénible voyage, vous êtes enfin arrivé au port si ardemment souhaité et où vous allez enfin pouvoir vous reposer un peu. Et pourtant, malgré tous ces désavantages, les habitants du Dentilia sont fort attachés à leur pays.

Il faut dire aussi qu’ils ont supérieurement choisi les endroits où ils ont construit leurs villages, et que tout autour la terre y est d’une fertilité remarquable. D’une façon générale, on peut dire que tout ce qui est cultivable au Dentilia est ensemencé chaque année, et que partout où se sont installés les habitants, la terre leur donne abondamment tout ce dont ils peuvent avoir besoin. En résumé le Dentilia appartient, dans sa plus grande partie, à ces pays de steppes soudaniennes dont nous avons eu si souvent l’occasion de parler. Mais là, ces steppes sont parsemées d’ilots nombreux de terres cultivables, véritables oasis qui rendent le pays habitable et lui donnent, dans sa région centrale du moins, un aspect relativement agréable.

Hydrologie. — Le Dentilia est faiblement arrosé. On n’y trouve aucun grand cours d’eau, pas de fleuve, pas de rivière. Nulle part on ne trouve d’eau courante pendant la saison sèche. Seuls, quelques marigots forment tout son système hydrologique. A ce point de vue, on peut le diviser en deux régions bien distinctes, une région Ouest qui appartient au bassin de la Gambie et une région Est qui fait partie de celui de la Falémé. La ligne de partage des eaux qui sépare les bassins de ces deux grands cours d’eau est peu marquée dans le Dentilia. Elle est à peine indiquée par une petite série de collines peu élevées et l’on peut dire qu’en certaines régions les marigots dépendant d’un bassin empiètent sur l’autre. Je ne serais même pas éloigné de croire qu’en certains endroits de petits marigots les font communiquer l’un avec l’autre. Toutefois la ligne de démarcation pourrait être à peu près déterminée comme il suit. Elle suit une direction générale Nord-Ouest-Sud-Est et est à peu près dirigée dans le sens du grand axe de l’ellipse dont le Dentilia a la forme. Au Nord, elle commence à la mare de Temodalla et se dirige directement au Sud jusqu’aux environs de Médina-Dentilia. Elle est indiquée là par une chaîne de hauteurs assez élevées qui se prolonge au Nord dans le désert de Coulicouna ; à environ cinq kilomètres au Nord de Médina-Dentilia, elle oblique brusquement vers l’Est et suit cette orientation pendant environ douze kilomètres. Là, les collines s’affaissent sensiblement et nous ne trouvons plus que de légères ondulations du sol. Le Vandioulou-Kô, qui dépend du bassin de la Gambie, est parallèle à cette ligne pendant quarante kilomètres. De ce point, elle se dirige au Nord-Est jusqu’aux environs de Oualia. Elle oblique alors directement au Sud jusqu’à Bandiciraïla, d’où elle se dirige au Sud-Est pendant trente kilomètres pour obliquer ensuite vers le Sud et le Sud-Ouest en passant non loin de Samé entre le Daguiri-Kô, qui appartient à la Gambie, et le Samakoto-Kô, qui est de la Falémé. Dans tout ce trajet cette ligne a environ 120 à 130 kilomètres de développement.

Dans la région Est, nous trouvons, dans sa partie Nord, un grand marigot, le Séniébouli-Kô. Sa direction est à peu près Sud-Nord. Il naît dans les environs de Bandiciraïla, dans le Dentilia, où, dans la partie ultime de son cours, il s’étale en un vaste marais. De là, il passe non loin de Diaka-Médina, et, après avoir traversé la région Ouest du Bafé et le Sirimana dans toute sa largeur, il se jette dans la Falémé. Il reçoit dans le Dentilia, à l’ouest, le Marigot de Sandoundou, qui reçoit lui-même le Sacodofi-Kô, lequel est formé par les eaux d’un grand nombre de marigots de peu d’importance, qui arrosent la région Nord-Ouest de ce pays. Plus au Sud nous trouvons le Fao-Fao-Kô, qui passe à quatre kilomètres au Sud de Dalafi. Dans la même direction et à trois kilomètres de ce dernier, se trouve le Badanbali-Kô. La route de Dalafi à Diaka-Médina coupe ces deux marigots. A l’est le Seniébouli-Kô ne reçoit dans le Dentilia qu’un seul marigot de peu d’importance, le Sama-Kô, que l’on trouve à un kilomètre et demi de Diaka-Médina, sur la route de Faraba.

On trouve encore dans le Dentilia un marigot important qui appartient au bassin de la Falémé ; c’est le Daléma-Kô. Il forme, dans une partie de son cours, la séparation entre le Dentilia et le Koukodougou-Sintédougou, et se jette dans la Falémé, un peu en aval de Faraba. Il reçoit un grand nombre de branches que l’on traverse en allant de Diaka-Médina à Faraba. Elles n’ont pas reçu de noms particuliers. Mentionnons enfin, tout-à-fait au Sud-Est, le Samakoto-Kô, qui passe à Samécouta, un peu au nord du Daléma-Kô, et qui se jette dans la Falémé, non loin du gué de Komba-N’-Soukou.

La région Ouest du Dentilia est beaucoup plus arrosée. Nous trouvons, en procédant du Sud au Nord, les marigots suivants :

Le Kobali-Kô, qui passe non loin de Kobali dans le Gounianta et qui, dans la partie moyenne de son cours, forme la limite entre le Dentilia et le Gounianta.

Le Daguiri-Kô, qui passe à Daguiri et naît entre Samé et Balori, où il n’est qu’un vaste marécage. Il reçoit plusieurs branches, dont la plus importante passe à Sanela.

Enfin le Koumountourou-Kô, le plus important de tous. Il se forme non loin de Badioula, se dirige d’abord du Sud-Est au Nord-Ouest jusqu’aux environs des ruines de Soutouto, puis son cours s’infléchit vers l’Ouest-Sud-Ouest jusqu’à la Gambie, dans laquelle il se jette à cinq kilomètres en aval de Sillacounda. Il passe à peu de distance des ruines de Tasiliman. Dans ce trajet il reçoit, en procédant de l’Ouest à l’Est, au Sud, le Niguia-Kô, qui reçoit lui-même le Douta-Kô, et enfin le Noukou-Kô. Au Nord, nous trouvons une branche importante dont la direction est franchement Nord-Est et qui reçoit le Faraba-Kô et le Vandioulou-Kô.

Ce dernier reçoit le Samania-Kô et le Bancoroti-Kô, qui passe à quelques centaines de mètres à l’Ouest de Médina-Dentilia, qu’il contourne du Nord-Est au Nord-Ouest en passant par le Sud du village. Le Vandioulou, dans la partie la plus Est de son cours, passe à Oualia. Tous ces marigots reçoivent, en outre, un grand nombre d’autres petits cours d’eau insignifiants qui sont à sec pendant la belle saison et auxquels les habitants n’ont pas donné de noms spéciaux.

Dans tous les villages du Dentilia, on ne fait usage que de l’eau des puits. Elle est très bonne. La nappe d’eau souterraine se trouve très profondément, à 20 ou 25 mètres suivant les régions. Les eaux des puits peuvent donc être considérées comme des eaux d’infiltration, et comme les couches de terrain qu’elles traversent ne renferment aucun principe nuisible, il en résulte qu’elles sont excellentes pour tous les usages domestiques.

La plupart des marigots sont complètement desséchés pendant la belle saison. Seules, les branches principales contiennent un peu d’eau croupissante. Ils sont rares ceux dans lesquels on trouve de l’eau courante. Cela se comprend aisément, car ils sont tous fort éloignés de la source qui les alimente. Mais, pendant la saison des pluies, ils se remplissent rapidement, débordent et envahissent les plaines qu’ils arrosent. Dès que les pluies, ont cessé, ils se vident aussi vite qu’ils s’étaient remplis. Ils suivent en cela le régime des eaux du fleuve ou de la rivière dont ils sont tributaires.

Orographie. — L’orographie du Dentilia est des plus sommaires. Nous n’avons là aucun système bien défini. A peine quelques collines sillonnent-elles ces plaines arides et incultes pour la plupart, reliefs peu importants, du reste. A l’Ouest, cependant, nous trouvons la chaîne de collines qui forme la limite Est du désert de Caulicouna. Cette chaîne émet des contre-forts qui longent les marigots qui vont se jeter dans le Koumountourou-Kô. L’un de ces contre-forts passe même non loin de Médina-Dentilia, au Nord, et se termine dans la plaine qui s’étend à l’Est de ce village.

Si le Dentilia n’a pas de système orographique bien déterminé, il est un fait pourtant constant qu’il est bon de signaler. C’est le suivant, à savoir que les marigots coulent tous dans des vallées que bordent de petites collines peu élevées (huit à dix mètres, au plus) et qui sont parallèles à leur cours. Des villages sont construits sur de petits monticules et l’on rencontre dans ce pays comme partout ailleurs dans cette partie de l’Afrique de ces collines isolées au milieu des plaines, de peu d’étendue et de peu d’élévation et qui sont absolument indépendantes de tout système.

La région Ouest est de beaucoup la plus accidentée. Dans les autres régions, le pays est absolument plat ou ne présente que des reliefs de terrains sans aucune importance. Ce ne sont, pour ainsi dire, que de légères ondulations à peine sensibles.

Constitution géologique du sol. — Au point de vue géologique, on peut rattacher à la période secondaire, la formation du sol du Dentilia tout entier. Les collines que l’on y rencontre dans la région Ouest ont dû émerger au commencement de cette période. Nul doute, en effet, que toute cette région n’ait été couverte par les eaux. Car les roches que l’on y rencontre partout sont usées, limées et tout indique qu’elles ont été pendant de longues années submergées et battues par les flots. Quant aux plaines de la partie centrale ce ne doit être que longtemps, fort longtemps après qu’elles se sont découvertes. Quant aux rares alluvions que l’on y rencontre par ci par là, elles sont généralement peu épaisses et sont surtout formées par le limon que, chaque année, en se retirant, les eaux déposent sur les bords des marigots. Elles recouvrent, presque partout, un sous-sol de terrain argileux ou de terrain ardoisier. Quant à l’humus il fait absolument défaut.

Le sous-sol du Dentilia est formé des mêmes éléments que celui des pays voisins. Ici du terrain ardoisier, là du terrain ferrugineux. Les roches que l’on y rencontre sont, du reste, absolument caractéristiques. Dans les terrains ardoisiers, ce sont des schistes, ardoisiers et lamelleux surtout, dans les terrains ferrugineux ce sont des quartz, des grès soit simples, soit ferrugineux et alors fortement colorés en rouge, et enfin des conglomérats à gangue silico-argileuse. Ces collines sont généralement formées de ces deux dernières roches.

La croûte terrestre ne s’est pas non plus sensiblement modifiée. Les argiles compactes, imperméables, alternent avec la latérite, mais cette dernière est de beaucoup la moins fréquente. On ne la trouve qu’autour des villages.

Quant à la distribution des deux sortes de terrain, elle est des plus simples. Au centre du pays la latérite, c’est la partie fertile. Tout autour les argiles compactes recouvrant un sous-sol de terrain ardoisier ou bien un sous-sol formé de grès, quartz et conglomérats ferrugineux. En maints endroits, la roche émerge du sol et forme de vastes plateaux absolument arides. La couche d’argiles est beaucoup plus épaisse au Sud et à l’Est que dans les autres parties.

Le fond des marigots, vaseux dans la région Ouest, est plutôt rocheux dans la région Est. Leurs bords sont, en général, argileux ou couverts de limon, taillés à pic et difficiles à franchir.

De la surface du sol à la nappe d’eau souterraine, les couches des différents terrains sont ainsi disposées : 1o une couche d’argiles ou de latérite plus au moins épaisse ; 2o Schistes ou grès, quartz et conglomérats ferrugineux ; 3o Sable quartzeux et siliceux ; 4o Argiles ; 5o Nappe d’eau souterraine reposant en général soit sur le sable qui est rare, soit sur des argiles. Il résulte de cela que les puits dont le fond est de sable donnent, en toutes saisons, une eau limpide et claire et, au contraire, ceux dont le fond est argileux ont une eau de couleur blanchâtre fortement chargée de matières terreuses, pendant la saison des pluies principalement. Il est facile de les en débarrasser en les laissant reposer en décantant et, enfin, en filtrant, si toutefois on a ce qu’il faut à sa disposition.

Du fait que, dans certaines régions, on a trouvé, en certains endroits, quelques échantillons de roches granitiques, on a cru devoir en conclure que certaines parties du Soudan appartenaient à la période primitive. On pourrait le dire du Dentilia également, car nous avons vu plus haut que nous avions trouvé aux environs de Médina-Dentilia d’énormes blocs de beau granit gris. La présence de ces roches dans des terrains qui appartiennent à une période de formation géologique tout différente de celle à laquelle elles sont généralement rattachées peut s’expliquer aisément. Il n’y a pour cela qu’à les examiner attentivement. Elles ne forment pas, en effet, de bancs réguliers inhérents au sol environnant. Ce ne sont pas de ces couches rocheuses caractéristiques des terrains de la période primitive qui s’étendent au loin sous la croûte terrestre et forment parfois de véritables montagnes. Ce sont des blocs isolés, plus ou moins volumineux, noyés dans des argiles, comme nous l’avons remarqué à Irimalo sur la Falémé, ou bien entourés de toutes parts de grès ou de quartz ou même de terrain ardoisier, comme cela existe à Médina-Dentilia. De plus, pas la moindre arête, par la plus petite rugosité. Elles sont, au contraire, lisses et polies comme si elles sortaient des mains d’un bon ouvrier. Très glissantes, les chevaux n’y marchent qu’avec mille précautions. Tout cela nous permet de conclure qu’elles ont été déposées là par les flots alors que le pays était encore complètement couvert par les eaux. Ce sont de véritables blocs erratiques sur lesquels la mer immense qui les a recouverts pendant des milliers d’années a laissé son empreinte ineffaçable.

Climatologie. — Nous n’aurons que quelques mots à ajouter à ce que nous venons de dire sur l’hydrologie, l’orographie et la constitution géologique du sol du Dentilia, pour faire connaître quel doit être son climat. Par sa latitude et sa longitude, ce pays se place naturellement dans les climats chauds. Le régime de ses eaux, le peu de profondeur de la nappe souterraine en font un foyer de paludisme. Et si nous ajoutons que, vu la presque imperméabilité de son sol, les eaux qui tombent à sa surface n’étant pas absorbées, finissent par croupir et ne disparaissent que lentement, par évaporation due à la chaleur solaire, on sera convaincu que ce pays est peu habitable pour une race humaine autre que celle qui le possède. Le blanc ne s’y pourrait pas acclimater. Disons, en plus, que rien ne le protège contre l’action des vents. Son système orographique est presque nul, aussi est-il exposé, sans aucune défense, aux vents brûlants d’Est et de Nord-Est pendant la saison sèche, et, pendant l’hivernage, aux vents humides et malsains du Sud et du Sud-Ouest. Son climat ne diffère, en un mot, de celui des autres parties du Soudan qu’en ce que la saison des pluies y est plus longue que dans les régions septentrionales.

Flore. — Productions du sol. — Cultures. — La Flore du Dentilia est peu riche, surtout dans les plaines argileuses de l’Ouest et de l’extrême Est. Ce n’est que dans les terrains à latérite que la végétation est un peu plus active. Les bords des marigots sont également très favorisés sous ce rapport.

Le karité, qui est très rare dans les plaines de terrain argileux, est, au contraire, très abondant dans les terrains ferrugineux et à latérite. Nous en avons vu dans la plaine de Médina-Dentilia qui atteignaient des dimensions fort respectables. Beaucoup étaient en fleurs. Il y aurait là une source énorme de richesse pour le pays ; mais il faudrait avoir affaire à d’autres gens qu’à des Noirs et surtout à des Malinkés. D’une façon générale, on peut dire que ce végétal est très abondant dans les régions qu’il habite.

Les lianes à caoutchouc (Vahea), qui manquent absolument dans la région Ouest, sont très abondantes dans le reste du pays et surtout le long des marigots. On les trouve également sur les plateaux rocheux et ferrugineux. Mais elles sont moins développées dans ces sortes de terrains que dans le limon qui couvre les bords des marigots.

Mentionnons encore quelques palmiers le long des cours d’eau, quelques caïl-cédrats et surtout une énorme quantité de fromagers un peu partout. Quand nous y sommes passés, au mois de janvier, ils étaient en fleurs. Les Légumineuses sont assez rares. Nous avons remarqué cependant quelques nétés et quelques mimosées. Ces dernières se rencontrent surtout dans les plaines désertes et incultes de l’Est et de l’Ouest. Le gommier y est inconnu.

On peut dire que, dans le Dentilia, tout ce qui était cultivable est cultivé. Partout où le sol a permis de faire un lougan, le noir l’a fait. Mais c’est surtout autour des villages qu’ils sont nombreux et bien entretenus. Tout ce qui entre dans l’alimentation du noir y est cultivé, mil, arachides, maïs, etc., etc. Peu de riz, le terrain n’étant pas propice à la culture de ce végétal, mais, par contre, de beaux champs de coton et d’indigo. Autour des villages se trouvent de nombreux jardinets entretenus avec soin et où les femmes et les enfants cultivent des oignons et du tabac, dont les Malinkés sont, nous le savons, très friands.

Les lougans sont cultivés en sillons quand la quantité de terre végétale le permet ou bien en petits monticules d’environ 40 centimètres de diamètre. Toutes ces précautions sont prises pour permettre aux eaux de séjourner plus longtemps autour des semis. Ils sont parfaitement entretenus et on n’y voit aucune mauvaise herbe. Aussi les récoltes sont-elles toujours fort abondantes.

Faune. Animaux domestiques. — La Faune du Dentilia diffère peu de celle des autres pays du Soudan. Ce sont toujours les mêmes animaux. Parmi les carnassiers, le lion, la panthère, la hyène, le lynx, le chat-tigre. Les animaux non nuisibles sont représentés par les antilopes de toutes variétés, biches, gazelles, bœufs sauvages, etc., etc. Enfin, dans les régions de l’Est et de l’Ouest, on rencontre encore l’hippopotame et l’éléphant. Ce dernier commence à y devenir fort rare. Le sanglier, par contre, y est très commun. Les pintades et les perdrix grises y sont très nombreuses et leur chair est excessivement savoureuse.

Les Malinkés du Dentilia sont de grands éleveurs de bestiaux et chaque village possède un troupeau de bœufs fort nombreux. On y trouve les deux espèces, la grande et la petite ; mais la première y est plus commune que la seconde. Citons encore les moutons, chèvres et poulets, qui abondent dans tous les villages.

Populations. Ethnographie. — La population du Dentilia, sauf trois villages, est uniquement formée de Malinkés : les Diakankés y sont peu nombreux. D’après la tradition, il a été colonisé par une seule famille, les Damfakas. Venus du Manding dans le Bambouck, lors de la seconde grande migration Malinkée, avec Noïa-Moussa-Sisoko, ils se fixèrent d’abord dans le Bambougou et de là émigrèrent dans le Dentilia qu’ils peuplèrent peu à peu. La légende dit qu’étant allés un jour à la chasse aux bœufs et aux éléphants, plusieurs guerriers de cette famille avaient poursuivi à travers le Diébédougou, le Bafé et le Sirimana, un troupeau de ces gros animaux. Ils avaient traversé la Falémé aux environs du petit village de Kolia et étaient arrivés ainsi au centre du Dentilia alors complètement inhabité. Captivés par la fertilité relative du terrain et surtout par sa situation isolée qui leur permettrait d’échapper aux envahisseurs qui continuaient à venir de l’Est, ils étaient revenus par le Konkodougou dans leur pays et avaient entraîné à leur suite toute leur famille, malgré tout ce qu’avait pu faire Moussa-Sisoko pour les retenir. On dit même que celui-ci, voulant les retenir de force, avait saisi par l’oreille le chef des Damfakas, mais que ce dernier, ne voulant plus habiter le Bambougou et désirant à toutes forces s’affranchir de toute domination, fit un mouvement si brusque pour se délivrer des mains de Moussa, que son oreille resta entre les doigts de ce dernier. Ce que voyant, tous les membres de la famille s’enfuirent avec leur chef, et, guidés par leurs chasseurs, arrivèrent dans ce Dentilia, sans encombre, où ils se fixèrent. Depuis cette époque, on chante dans presque tous les tam-tams, pour perpétuer le souvenir de ce fait, une sorte de complainte dont les premiers mots sont : « Tu ne t’en iras pas, je te tiens par l’oreille ». Je n’ai jamais pu obtenir la traduction du reste. Cette légende m’a été racontée dans le Bambouck par un vieux griot de Nanifara (Bambougou).

Du jour où ils sont venus l’habiter, les Damfakas n’ont pas quitté le Dentilia. Il leur a toujours appartenu et ils l’ont toujours dirigé. Les uns sont musulmans et les autres non. Mais il est facile de constater combien la religion du prophète y fait chaque année de rapides progrès. Aujourd’hui, buveurs de dolo et marabouts sont à peu près en nombre égal ; mais ce jour n’est pas éloigné où tous feront salam.

Peu après leur installation, on ne tarda pas à apprendre dans le Bambouck combien la nouvelle colonie était prospère et quelle sécurité y régnait. Aussi, bon nombre de familles malinkées quittèrent elles le Bambouck pour venir habiter avec les Damfakas ; c’est ainsi que nous trouvons dans le Dentilia des Cissés et des Camaras qui sont musulmans, des Dabos et même des Sisokos qui ne le sont pas. Ils n’ont pas formé de villages spéciaux, et habitent avec les Damfakas avec lesquels, par des unions fréquentes, ils finiront par se confondre.

A quelle époque l’islamisme fit-il sa première apparition dans ce pays, nous ne saurions le dire ? Tout porte à croire cependant que cette date est encore très récente, car leur religion est encore mélangée de pratiques et de superstitions que nous retrouvons vivaces chez les Malinkés qui ne se sont pas encore convertis.

La population entière du Dentilia est d’environ neuf mille habitants. Ce pays, comme on le voit, est relativement peu habité, mais si l’on ne tient compte que de la partie où s’élèvent les villages, la population y est au contraire très dense. Relativement à sa superficie totale, il n’y aurait que deux habitants par kilomètre carré. Mais la partie habitée n’ayant, à peu près, que 1,200 kilomètres carrés de superficie, la population y aurait une densité de 7 habitants par kilomètre. Voici la liste des villages Malinkés du Dentilia :

Villages Malinkés du Dentilia.

Médina-Dentilia. Dioulafoundou.

Badioula. Nafadgi.

Sekoto. Sita-counda.

Sekoto-Kokaba. Dalafi.

Saraïa. Diacorea.

Bandiciraïla. Barbri-Médina.

Sanela. Gondoko.

Barocoumbaïa. Baïtillaë.

Binéa. Diabérécoto.

Bembou. Bani-Bani.

Samé. Daloto.

Outre ces village Malinkés, il existe encore dans le Dentilia trois autres villages qui sont habités par des Diakankés venus du Bondou, chassés par les exactions des Almamys. Ce sont :

Samécouta. — Balalori. — Diaka-Médina.

Les villages Malinkés du Dentilia n’ont pas l’aspect que présentent les autres villages de cette race. Ils sont plus propres et mieux entretenus. Le mode de construction des habitations et des tatas est le même. Nous l’avons décrit plus haut. Nous n’y reviendrons pas. Quant à l’intérieur des villages, il est toujours et dans tous d’une saleté repoussante. Les rues sont couvertes d’immondices de toute nature et, seuls, les chiens sont chargés du service de la voirie.

Le Malinké, buveur de dolo, est là ce qu’il est partout ailleurs, sale, puant, dégoûtant, suant la vermine, vantard, pillard, paresseux et ivrogne fieffé.

Tout autre est le Malinké musulman ; il est un peu plus policé. Il est plus propre et ne boit jamais, du moins en public. Il ne vaut certes pas mieux que ses congénères. Il est comme lui vantard et paresseux. Par contre, il est beaucoup plus brave. Mais il est supérieurement hypocrite et sait cacher ses défauts sous des dehors plus séduisants et moins repoussants.

Les villages Diakankés sont tous ouverts et démunis de tatas. Ils sont un peu plus propres que les villages Malinkés et les cases en ruines y sont moins communes. Leurs habitants y vivent tranquilles, cultivant leurs lougans, élevant leurs troupeaux et pratiquant en paix leur religion. Les Diakankés sont tous musulmans fanatiques. Ils sont excessivement hospitaliers, comme tous les noirs, du reste, en général. Contrairement aux Malinkés, ils se livrent rarement au pillage des dioulas et des caravanes qui viennent se reposer chez eux.

Situation et organisation politiques. — Il n’y a pas dans le Dentilia de chef du pays, de Massa, comme dans les autres Etats Malinkés dont nous avons fait l’histoire plus haut. Chaque village règle ses affaires comme bon lui semble, sans que personne ait à s’en occuper en quoi que ce soit. Le chef du village est, en principe, omnipotent, mais, en fait, il ne jouit absolument d’aucune autorité, comme cela a lieu dans tous les villages Malinkés. Les vieillards et les chefs de case forment auprès de lui une sorte de conseil, dont il peut parfaitement ne pas suivre les avis. Mais de tous les habitants du village, celui qui a le plus d’influence auprès du chef est son griot. Le forgeron jouit bien de quelques prérogatives aussi, mais moins que le griot. Celui-ci donne son avis dans toutes les affaires publiques et souvent même dans les affaires privées du chef, et il est rare qu’il ne soit pas suivi. Il peut tout dire et tout faire, certain d’avance d’être pardonné.

Malgré ce désordre apparent, il n’y a guère de contestations de village à village. Cela tient à ce que les chefs sont tous de la même famille, et que tout se règle à l’amiable. Lorsqu’il s’agit de faire une expédition de guerre quelconque, ce qui est excessivement rare, je me hâte de le reconnaître, chaque village fournit son contingent qui est commandé par son chef ou par un guerrier que celui-ci a désigné. Nous n’avons pas besoin de dire que c’est la confusion à son plus haut degré.

Lorsqu’en 1888, nous avons signé avec le Dentilia le traité qui place ce pays sous le protectorat de la France, c’est avec le chef de Médina-Dentilia, agissant en son nom et au nom des autres chefs, que les signatures ont été échangées. Par analogie sans doute avec les autres pays, nous avons voulu en faire le chef de tout le Dentilia. L’article Ier du traité est, en effet, ainsi conçu : « La France reconnaît pour chef du pays de Dentilia Ansoumané, fils de Sokona-Ahmadi ». C’est le nom du chef de Médina. Or, veut-on savoir quel a été le résultat de cette reconnaissance. Lorsque je suis passé à Médina-Dentilia, je fus très bien reçu par Ansoumané lui-même. En causant, je lui demandai quel était le chef du pays ; il me répondit qu’il n’y en avait pas, et c’est lui-même qui nous a donné les renseignements politiques que nous venons de relater.

Cependant, au point de vue de la justice, il est d’usage d’en appeler au chef de village le plus âgé du pays. Ses jugements sont presque toujours exécutés. Actuellement, c’est le chef de Dioulafoundou qui jouit de cette prérogative.

En résumé, il y a dans le Dentilia comme un embryon d’organisation politique, malgré le désordre apparent. C’est une sorte de république fédérale.

Les Diakankés vivent absolument à part et leurs affaires sont réglées par leurs chefs et leurs marabouts. Vis-à-vis des Malinkés, ils ne sont que les locataires de la terre qu’ils habitent, le sol appartenant aux Damfakas, qui sont les premiers occupants.

Les habitants du Dentilia ne payent aucun impôt comme redevance de quelque nature que ce soit, à qui que ce soit.

Rapports du Dentilia avec les pays voisins. — Malgré le voisinage du Niocolo et du Gounianta, qui sont tributaires de Fouta-Djallon, le Dentilia n’a jamais eu affaire aux colonnes de guerre de ce puissant empire Peulh. Il s’est rarement mêlé des affaires des Etats qui l’avoisinent. Depuis quarante ans il n’a pris part qu’à deux expéditions. En 1861, il prêta main-forte aux gens de Marougou (Sirimana), que Boubakar-Saada, almamy du Bondou, était venu attaquer. Marougou se défendit vigoureusement et l’arrivée du contingent du Dentilia décida de la victoire. Boubakar-Saada fut complètement battu et obligé de battre en retraite. Il laissa bon nombre des siens sur le carreau et fut obligé d’abandonner ses blessés et, parmi eux, un de ses cousins, Ahmady-Sôma, qui n’échappa aux bandes du Dentilia que grâce aux ténèbres. En 1868, il s’unit de nouveau à Marougou pour tomber sur Mamakono, dont les guerriers s’étaient joints aux troupes de Boubakar-Saada dans la précédente campagne. Cette fois-ci, l’almamy du Bondou remporta une victoire complète sur ses alliés, mais le Dentilia eut le bon esprit de se retirer à temps de la lutte et de s’entendre avec le vainqueur. Aussi ne fut-il pas inquiété. Depuis cette époque, aucune guerre n’est venue troubler ce pays. Aujourd’hui il vit en bonne intelligence avec la Badon, le Niocolo, le Gounianta et le Konkodougou. Il n’a jamais de contestations avec eux. Mais il n’en est pas de même avec le Bélédougou et le Sirimana, au Nord. Les habitants de ces deux pays, pillards et voleurs fieffés, mettent souvent à contribution les villages du Dentilia. Ils vont jusqu’à enlever sous les murs mêmes des tatas des femmes, des enfants, des captifs et des bœufs. De plus, ils infestent les routes pendant toute l’année, à tel point qu’un homme qui s’aventurerait seul dans la brousse, courrait grand risque d’être fait captif. La situation est telle que les gens du Dentilia ne peuvent cultiver leurs lougans que le fusil auprès d’eux.

Les Peulhs du Tamgué font aussi de fréquentes apparitions dans le pays et s’y livrent aux mêmes rapines que les Malinkés du Bélédougou et du Sirimana.

Rapports du Dentilia avec les autorités Françaises. — Le Dentilia tout entier est placé sous le protectorat de la France depuis le 10 janvier 1888, à la suite d’un traité conclu entre M. le sous-lieutenant d’infanterie de marine, Levasseur, représentant le lieutenant-colonel d’infanterie de marine Galliéni, commandant supérieur du Soudan Français, et Ansoumané, chef de Médina-Dentilia, agissant au nom de tous les chefs du pays. Les clauses principales en sont fidèlement observées. Mais le Dentilia est trop éloigné pour que notre protectorat s’y fasse sentir d’une façon efficace. De plus, il est rare que les habitants viennent soumettre leurs affaires aux autorités françaises dont relève leur pays. Au point de vue politique, administratif et judiciaire, il relève actuellement du commandant du cercle de Kayes. Vu son éloignement, il échappe au contrôle de cet officier. Quoi qu’il en soit, ce que nous pouvons affirmer, pour en avoir fait l’expérience, c’est que tous les officiers français y sont bien reçus.

Le Dentilia au point de vue commercial. Conclusions. — Le Dentilia avait autrefois une triste réputation, c’était un véritable coupe-gorge et les dioulas ne pouvaient s’y aventurer sans être pillés jusqu’au dernier kola et étaient, de plus, souvent même roués de coups. Depuis le traité, la situation a changé, et le commerce s’y fait plus sûrement. Il y a bien encore quelques vols, mais plus de pillage en règle. Par sa situation, ce pays a une réelle importance au point de vue commercial. C’est par là que passent tous les dioulas qui se rendent du Bambouck, en Gambie, au Niocolo et au Fouta-Djallon. Pour en augmenter la prospérité, il serait bon de mettre un terme aux pillages des Malinkés du Bélédougou et du Sirimana, et d’en chasser les Peulhs du Tamgué. Sans doute, on n’en fera jamais une colonie de rapport, mais il pourra, à la longue, s’y créer un commerce d’échange assez important.

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CHAPITRE XXV

Départ de Diaka-Médina. — Marche de nuit. — Fuite d’un porteur. — Rencontre d’une nombreuse caravane. — Le commerce du sel au Soudan. — Passage de la Falémé. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Kaki. — Arrivée à Faraba. — Nous sommes en pays de connaissance. — Le village, le chef. — Recherche de l’or. — Départ de Faraba. — A travers le Sintédougou et le Bambouck. — Sansando. — Dioulafoundoundi. — Soukoutola. — Notes sur le Sintédougou. — La vallée de Batama. — Mouralia. — Les mines d’or. — Sékonomata. — Batama. — Ascension de la chaîne du Tambaoura. — Yatéra. — Malaoulé. — Koudoréah. — Difficultés de la route. — Guibourya. — Le Diébédougou. — Kéniéti. — Guénobanta. — Le Diabeli. — Yérala. — Dialafara. — Le Tambaoura. — Les circoncis et la circoncision au Soudan. — Orokoto. — Panique des habitants. — Nouvelle ascension du Tambaoura. — Téba. — Malembou. — Le Natiaga. — Arrivée à Faidherbe-sur-Galougo. — Le chemin de fer. — Mauvaises nouvelles. — Arrivée à Boufoulabé. — Cordiale réception.

23 janvier. — Nuit relativement chaude. Ciel clair et étoilé. Brise de Nord-Est. Au point du jour, ciel un peu couvert dans l’Est. Le soleil est un peu voilé à son lever. Température chaude. Brise de Nord-Est assez forte. Vers huit heures, le ciel est complètement dégagé. Je réveille mes hommes à une heure quarante-cinq minutes du matin, car nous allons avoir une grande étape à faire. Malgré l’heure matinale, les préparatifs du départ se font rapidement et les porteurs sont réunis à l’heure dite. Le chef vient me serrer une dernière fois la main et m’accompagne pendant environ un kilomètre. Il me quitte quand il voit que je suis dans la bonne route. Il était deux heures trente minutes quand nous quittâmes Diaka-Médina. La lune se levait et la température était excessivement fraîche. Aussi marchons-nous d’une bonne allure pour nous réchauffer. A 2 h. 50, nous traversons, à environ deux kilomètres du village, le marigot de Sama-Kô, affluent du Séniébouli-Kô, et quand nous faisons la première halte, il fait encore une nuit profonde. Un porteur en profite pour se sauver. Malgré nos recherches, nous ne pouvons le retrouver. J’aurais été fort embarrassé si je n’en avais pas eu deux haut le pied. Je puis donc le remplacer sans difficulté et me remettre en route sans retard. A sept heures, nous traversons le marigot de Daléma-Kô, qui forme la frontière entre le Dentilia et le Koukodougou-Sintédougou. Le passage de cet important cours d’eau est assez délicat, non pas parce qu’il est profond, mais parce que son lit est encombré de roches excessivement glissantes. De plus, ses berges sont absolument défoncées par les nombreux passages d’hippopotames qui sont très nombreux dans cette région, d’après le dire des hommes de Diaka-Médina qui m’accompagnent. Nous faisons halte sur les bords de ce marigot et je puis m’assurer en explorant ses rives pendant un kilomètre environ en aval du point où nous nous trouvions que, dans cette région, ses berges sont escarpées et qu’il coule entre deux rangées d’énormes rochers. Après avoir pris un quart d’heure de repos nous nous remettons en route, et à onze heures nous sommes sur les bords de la Falémé, en face de Faraba, où j’ai décidé que nous allions passer la journée. Un peu avant d’y arriver nous avions laissé sur notre gauche la route de Dalafi. Le chef de Diaka-Médina ne m’avait donc pas trompé.

A mi-route environ, j’avais rencontré une caravane de 93 hommes et femmes dont 79 étaient chargés de pains de beurre de karité. Ils venaient du Koukodougou et allaient vendre leur karité et leur or à Mac-Carthy. Les griots marchaient en tête, frappant sur leurs tam-tams, pinçant de la guitare. Les femmes chantaient à tue-tête et tout ce monde faisait un vacarme étourdissant. Je remarquai qu’ils avaient eu la précaution de se munir de leurs marmites pour pouvoir faire leur cuisine en route. A mon aspect, la caravane entière s’arrêta et le chef vint me saluer. Entre autres choses, je lui demandai pourquoi ils n’allaient pas, de préférence, vendre leurs produits à Bakel, Khayes ou Médine, qui étaient bien plus rapprochés que Mac-Carthy, il me répondit tout simplement parce que : « à Mac-Carthy, on nous donne un meilleur prix de nos marchandises et que les dioulas français essaient toujours de nous tromper » (sic). Ceci n’a pas besoin de commentaires.

En parlant ainsi, mon interlocuteur faisait sans doute allusion à la déplorable habitude qu’ont ces dioulas du Sénégal et du Soudan de mélanger le sel avec du sable. Cette fraude est pratiquée sur une si grande échelle depuis Podor jusqu’au Niger que le sel qui est ainsi vendu aux indigènes contient parfois 75 % de sable. Ces procédés sont absolument inconnus en Gambie. A Mac-Carthy notamment, la Compagnie Française et la Bathurst trading Company, ainsi que leurs agents de l’intérieur, ne livrent aux indigènes que du sel de première qualité. Nous pouvons en parler en connaissance de cause ; car nous nous en sommes servis, pendant la plus grande partie de notre voyage, aussi bien pour notre cuisine que pour nos échanges. Nous avons cru devoir insister, un peu longuement peut-être, sur cette question du sel. Elle est, en effet, capitale au Soudan qui, sous ce rapport, est fort deshérité. C’est peut-être la matière d’échange qui, avec les étoffes, donne lieu aux transactions les plus importantes. Nous estimons qu’il serait bon d’enrayer ces manœuvres frauduleuses, tout au moins dans nos centres commerciaux, si nous ne voulons pas voir réduit à néant notre commerce du sel, et cela à brève échéance. Ce sera le seul moyen de ramener à nos escales les caravanes de l’intérieur qui s’en écartent de jour en jour davantage.

Le passage de la Falémé se fit sans aucun accident. Je la traversai en pirogue, et les porteurs et les animaux la passèrent à gué un peu plus bas.

La route de Diaka-Médina à Faraba présente deux grosses difficultés ; le passage du Daléma-Kô et celui de la Falémé. Le Daléma-Kô, au point où on le traverse, est à sec à cette époque de l’année ; mais son passage n’en est pas moins rendu difficile par les roches glissantes qui obstruent son lit. Il peut avoir environ vingt mètres de largeur. Le passage de la Falémé au gué est assez facile, mais ce gué n’existe que pendant la saison sèche, de janvier à juin. Le passage en pirogue offre plus de difficultés, surtout pour embarquer ; car les bords sont absolument à pic, et je n’ai pas besoin de dire que les noirs ne font rien pour améliorer l’embarcadère. Aussi faut-il se livrer à une véritable gymnastique, peu facile pour ceux qui n’y sont pas habitués.

La nature du terrain de Diaka-Médina à Faraba est peu variée. A quelques centaines de mètres du premier village, la latérite cesse brusquement, et, à partir de ce point jusqu’à environ trois kilomètres de la Falémé, nous ne trouvons plus que des argiles compactes qui recouvrent un sous-sol de quartz, grès et conglomérats ferrugineux. A trois kilomètres de la Falémé, la latérite réapparaît et se continue jusqu’à la rivière. La rive droite est, au contraire, formée de terrain ardoisier que recouvre une épaisse couche de sables et d’argiles qui s’avance fort peu dans les terres. Les sables des rives de la Falémé à Faraba, et particulièrement ceux de la rive droite, contiennent une assez forte proportion d’or en paillettes, qui fait l’objet d’une exploitation dont nous parlerons plus loin.

La végétation est, dans toute cette région, d’une pauvreté rare, sauf sur les bords de la Falémé. Jamais je n’ai trouvé pays plus deshérité sous ce rapport. C’est la brousse des steppes Soudaniennes dans toute l’acception du mot. Les Karités disparaissent à peu de distance de Diaka-Médina. Nous ne les retrouvons plus et encore très rares qu’à environ 6 kilom. de la Falémé. Les lianes à caoutchouc ont également disparu, et dans tout ce trajet je n’ai rencontré d’intéressant à mentionner que quelques rares échantillons de ce végétal que les indigènes désignent sous le nom de Kaki.

Le Kaki (Diospyros mespiliformis Hochst), de la famille des Ebénacées, est un arbre de taille moyenne à feuilles alternes, fleurs axillaires, fruits charnus comestibles. Il croît de préférence sur le sommet des collines et est assez rare dans tout le Soudan. C’est ce végétal que nous désignons généralement sous le nom de « faux ébénier ». Son bois est compact, excessivement serré. Lorsqu’il est poli, il est impossible d’y découvrir traces de fibres. Le cœur est noir, le plus souvent marqué de lignes fauves. C’est ce qui lui a fait donner le nom d’Ébène. Mais il est rare de rencontrer des échantillons sans défaut, et fréquemment, il est veiné de blanc. Très cassant, surtout quand il est sec, les indigènes ne s’en servent guère qu’aux environs de nos postes. Ils en fabriquent des cannes qu’ils vendent aux Européens. En certains cas, il pourrait remplacer l’ébène dont il est loin toutefois d’avoir le brillant.

J’arrivai à Faraba vers onze heures et demie, quand je me fus bien assuré que tout mon personnel avait franchi sans accident la Falémé. Nous étions là en plein pays de connaissance, j’avais déjà visité ce village en 1889, et bien des habitants dès notre arrivée nous reconnurent Almoudo et moi et vinrent me saluer. Je n’ai pas besoin de dire que je fus excessivement bien reçu. Dès que je fus installé dans une case bien propre, le chef vint me faire visite avec ses principaux notables. C’était le même qu’en 1889. Il me souhaite la bienvenue, me dit que dans son village je suis chez moi et que je puis rester me reposer chez lui tant je voudrai, qu’il ne nous laissera manquer de rien, ni mes hommes ni moi. Immédiatement après qu’il m’eût quitté, ce vieux brave homme m’envoya du lait, des œufs, du couscouss, en un mot, tout ce dont je pouvais avoir besoin. De plus, il fit abattre un beau bœuf dont il m’envoya la viande pour « mon déjeûner ». Je la fis distribuer entre mes hommes et les gens du village au grand étonnement des habitants, qui n’étaient pas habitués à pareille aubaine. Naturellement je fis porter au chef ce qui lui revenait, un quartier de devant.

La journée se passa sans incidents. Tout le monde se reposa des fatigues de la longue étape du matin. Dans la soirée, j’envoyai un courrier à Sansando, où réside le chef du Sintédougou, pour lui annoncer ma visite pour le lendemain. Au moment où, la nuit tombante, j’allais me mettre au lit, un homme du village vint me saluer et me demanda à me servir de guide le lendemain pour me rendre à Sansando. Je ne refusai pas son offre, surtout quand il m’eut dit que c’était lui qui nous avait servi de guide deux ans avant pour aller de Faraba à Irimalo, et que nous lui avions donné un boubou blanc. Je compris son empressement et tout le désir qu’il avait de m’être utile. Le contraire m’eût étonné, car je savais depuis longtemps qu’au Soudan, on ne fait rien pour rien, surtout quand c’est pour nous. Je lui promis, en conséquence, que je ne serais pas moins généreux que ne l’avait été, dans la circonstance qu’il venait si adroitement de me rappeler, mon ami le capitaine Quiquandon, chef de notre mission.

Faraba est un village Malinké dont la population peut s’élever à environ 650 habitants. Lorsque nous l’avons visité en 1889, il était complètement en ruines et n’avait pas plus d’une centaine d’habitants. Il a réellement prospéré depuis cette époque. Les cases ainsi que le tata du chef ont été reconstruits. De même du reste que l’enceinte extérieure qui, de loin, nous a parue bien entretenue. Intérieurement, c’est le village Malinké, par excellence, sale, dégoûtant, puant. Sa population est presque uniquement formée de Sisokos. Il est situé à environ deux cents mètres en amont du gué de la Falémé qui porte son nom, et sur la rive droite de cette rivière. Son chef nous est absolument dévoué. Ses habitants cultivent pendant l’hivernage leurs lougans, et, pendant la saison sèche, se livrent à la récolte de l’or en lavant les sables de la Falémé, qui en contiennent en quantité relativement considérable. C’est peut-être, après Mouralia, dans le Diébédougou, le point où l’on en extrait le plus. Faraba est, en outre, un lieu de passage très fréquenté par les dioulas qui viennent du Koukodougou, du Bambouck et se rendent dans le Dentilia, le Niocolo et le Fouta-Diallon. Il y en avait plusieurs dans le village qui sont venus me saluer dès qu’ils eurent appris mon arrivée. Dans cette saison ils y séjournent toujours pendant plusieurs semaines, afin de pouvoir acheter sur place l’or qui se récolte et vont ensuite le revendre à Khayes, Bakel et Médine.

21 janvier. — En 1889, nous étions passés, pour nous rendre à Faraba, par Kéniéba et Sanougou ; connaissant donc cette route, je me résolus cette fois à prendre celle de Sansando, Dioulafoundoundi et Soukoutola. J’aurais ainsi visité tout le Sintédougou. Donc, à 4 h. 15 du matin, nous nous mîmes en route pour Sansando. Mon guide d’hier soir n’a eu garde d’être en retard. Je crois même qu’il a couché non loin de la case où je suis logé pour ne pas manquer l’heure du départ. Il est debout le premier et organise lui-même le convoi. A environ un kilomètre et demi de Faraba nous traversons le marigot de Senkouli-Kô, sur les bords duquel se terminent les lougans du village. A six heures, nous franchissons celui de Bokkolongo-Kô. A sept heures cinquante minutes celui de Kelengo-Kô, à huit heures vingt-cinq celui de Doudé-Kô et enfin à huit heures cinquante nous sommes à Sansando, but de l’étape. La route s’est faite rapidement et les porteurs ont très bien marché.

L’aspect du pays que nous traversons a complètement changé, nous sommes en plein pays de montagnes, et de temps en temps nous voyons enfin de larges horizons qui nous changent des mornes plaines du Dentilia.

La route de Faraba à Sansando est loin d’être belle. Elle présente de réels obstacles. C’est tout d’abord le Senkouli-Kô que l’on a à traverser à un kilomètre et demi du village environ. L’endroit où on le passe est absolument impraticable pour les animaux et il nous faut aller plus loin pour trouver un meilleur gué. A partir de ce point, la route traverse une plaine qui ne présente aucun obstacle ; mais peu après, il faut franchir des collines relativement élevées, par de véritables sentiers de chèvres encombrés de roches qui rendent la route pénible pour les hommes et les animaux. Le passage du marigot de Bokkolengo-Kô ne présente pas de difficultés sérieuses. Il n’en est pas de même de celui de Kelengo-Kô, dont le lit est profondément vaseux et les bords à pic, couverts de roches ferrugineuses qui y forment de véritables escaliers. Enfin, malgré ses bords glissants, le Doudé-Kô se franchit assez facilement. En résumé, route plutôt mauvaise que bonne. Au point de vue géologique, toujours les mêmes terrains. La latérite cesse brusquement au marigot de Senkouli-Kô, et à partir de là nous n’avons que des argiles dans les plaines et des conglomérats ferrugineux sur les collines. La latérite reparaît à environ un kilomètre du village de Sansando et le monticule sur lequel il est construit n’est formé que de ce terrain. — Au point de vue botanique, végétation d’une pauvreté rare. Quelques karités rachitiques par ci par là, quelques fromagers et de rares échantillons de lianes à gutta le long des marigots, partout ailleurs la brousse dans tout ce qu’elle a de triste et de désespérant.

Sansando, où nous faisons étape, est un petit village de 250 habitants environ. Sa population est uniquement formée de Malinkés de la famille des Sisokos. C’est la résidence de Diourouba-Sisoko, le chef du Sintédougou. Il habitait autrefois Dioulafoundoundi, mais il quitta dernièrement ce village pour se fixer à Sansando, où le sol est plus fertile.

Sansando est un village de peu d’importance. Il est presque uniquement formé par les cases de la famille du chef et par celles de ses captifs. Il est situé sur un petit monticule qui domine une plaine de peu d’étendue, qui s’étend au pied d’un des contreforts de la chaîne du Tambaoura qui traverse le Bambouck du Nord au Sud, et que l’on aperçoit à l’horizon. Ce village est complètement ouvert. Seules, les cases du chef sont entourées d’un tata élevé et bien entretenu. Sansando est assez propre.

Le chef, Diourouba-Sisoko, est un vieillard d’environ 70 ans. Il me reçut à merveille et me logea très bien dans une belle case située au centre du village. Je m’y trouvai si bien que je décidai de rester un jour de plus à Sansando ; car, après les fatigues que nous avions éprouvées depuis Badon, nous avions tous besoin de repos.

De Faraba à Sansando la route suit une direction Est-Nord-Est, et la distance qui sépare ces deux villages est d’environ dix-neuf kilomètres.

Notes sur le Sintédougou. — C’est à tort que l’on regarde le Sintédougou comme faisant partie, absolument intégrante, du Koukodougou. Certes, ces deux pays ont bien des points communs, mais ils sont absolument indépendants l’un de l’autre au point de vue politique. Il s’étend sur les deux rives de la Falémé ; mais la partie située à l’Est de cette rivière est seule habitée. Il a environ, dans ses plus grandes dimensions, cinquante kilomètres de l’Est à l’Ouest et trente du Nord au Sud. Sa superficie atteint douze cents kilomètres carrés, et sa population ne dépasse pas 2,500 habitants. Ce qui nous donne à peu près 2,3 habitants par kilomètre carré. Dans sa région Ouest, c’est un pays de steppes, et dans sa région Est, un pays de montagnes. Il confine, à l’Ouest, au Dentilia ; au Nord, au Diébédougou et au Bafé ; à l’Est, au Koukodougou ; au Sud, au pays de Satadougou et au Koukodougou. Il est supérieurement arrosé par la Falémé qui coule sur son territoire pendant vingt-cinq kilomètres et par les marigots qui s’y jettent. Sur sa rive gauche, nous ne trouvons que le Daléma-Kô, et sur sa rive droite nous avons, du Sud au Nord, le Senkouli-Kô, le Kelougo-Kô qui reçoit le Bokkolengo-Kô ; le Dandé-Kô, qui reçoit le Koukokolendi-Kô, et enfin le Diombokho-Kô, qui borne sa frontière Nord. Ce dernier marigot reçoit deux affluents importants : le Soroukoloukilé-Kô, qui passe à peu de distance de Dioulafoundoundi, et le Yaranbouré-Kô, qui passe à un kilomètre et demi environ de Soukoutola au Nord de ce village et dans les environs de Galassi. Tous ces marigots sont alimentés, surtout pendant l’hivernage, par les eaux qui coulent le long des versants des nombreuses montagnes que l’on trouve dans cette région. Au point de vue orographique, le Sintédougou fait partie du système général du Koukodougou, que l’on peut considérer comme un véritable épanouissement de la chaîne du Tambaoura.

La constitution géologique de son sol est la même que celle des autres parties du Soudan. Le terrain ardoisier et le terrain ferrugineux sont les seuls que l’on y rencontre. Ils sont recouverts soit par des argiles, soit par une mince couche de latérite. Les roches que l’on y trouve sont caractéristiques de ces terrains. Dans le premier ce sont des schistes, dans le second des grès, des quartz simples, ferrugineux ou aurifères. La flore est horriblement pauvre. Seuls les terrains à latérite sont cultivés. La faune, par contre, est riche. On y trouve tous les animaux nuisibles ou non que l’on rencontre au Soudan et les animaux domestiques y sont représentés surtout par les bœufs, les chèvres et les moutons. Pas de chevaux, mais beaucoup de poulets.

La population du Sintédougou est uniquement formée de Malinkés de la famille des Sisokos. Venus du Manding, dit la légende, sous la conduite de Kilia-Moussa-Sisoko, frère de Noïa-Moussa-Sisoko, le grand colonisateur du Bambouck, ils se fixèrent d’abord dans le Konkodougou, d’où ils chassèrent les Dabos. Mais, chassés à leur tour par les Tarawarés et les Couloubalys venus également du Manding sous la conduite de Sambou-Senouman-Couloubaly, ils se réfugièrent sur les bords de la Falémé où ils formèrent le Sintédougou. La majorité d’entre eux gagna le Bambougou et se fixa auprès des descendants de Noïa-Moussa-Sisoko à Kama, Kourba et dans le Diébédougou. Les Sisokos forment dans le Sintédougou douze villages qui sont :

Soukoutola. Dialafara. Naréna.

Dioulafoundoundi. Mokaiafara. Sanangau.

Sansando. Fombiné. Linguékoto.

Kéniéba. Goléa. Faraba.

Le chef du pays est un peu mieux obéi que dans les autres Etats Malinkés ; cela tient à ce que les chefs de villages appartiennent tous à sa famille et lui touchent de près.

Les Sisokos du Sintédougou vivent en bonne intelligence avec le Dentilia et le Diébédougou. Ils n’ont que peu de relations avec les Malinkés du Sintédougou. Les Peulhs du Tamgué viennent, d’après ce qu’ils m’ont dit, souvent les piller. Ils s’avancent jusque là après avoir traversé le Gounianta et le Dentilia. Peu nombreux, en général, car ils sont excessivement redoutés, ils parcourent le pays par groupes de huit ou dix au plus, volent les bœufs dans la brousse, les captifs, les enfants et les femmes dans les lougans et jusque sous les murs des villages. Nous n’avons pas besoin de dire qu’ils peuvent, sans courir aucun danger, se livrer à leurs incursions, car la frayeur qu’ils inspirent aux Malinkés est telle que dix Peulhs suffiraient pour faire fuir deux cents des leurs, alors même qu’ils seraient sans armes et les autres armés.

Le Sintédougou est placé depuis 1887 sous le protectorat de la France. Il dépend du cercle de Bafoulabé. La situation y est excellente et il est absolument inféodé à notre cause. Il paye, sans récrimination aucune, le faible impôt que nous lui demandons.

La récolte de l’or est, pendant la saison sèche, la principale occupation de ses habitants. C’est à Kénieba, Saougou et Mokaiabana que se trouvent les principaux gisements. Là, le rendement est relativement faible, car l’eau vient souvent à manquer et l’on ne peut plus alors laver les sables. A Faraba, au contraire, on en récolte des quantités relativement considérables. Lorsque la Falémé, en se retirant, à la fin de l’hivernage, a laissé à découvert une assez grande étendue de terrains, les habitants creusent des puits sur les bords et en lavent la vase et les sables. Ces puits ont tout au plus deux mètres de profondeur. Un homme travaillant toute la journée gagne environ deux francs par jour, tandis que, dans les mines de l’intérieur, il ne gagnerait pas plus de soixante centimes. C’est la principale, pour ne pas dire l’unique ressource du pays.

26 janvier. — Je passai deux bonnes journées à Sansando et quittai cet hospitalier village le 26 janvier, à quatre heures et demie du matin, par une température des plus agréables. La route se fit rapidement. A un kilomètre et demi du village nous traversons le marigot de Koukokolendi-Kô : un peu plus loin, celui de Soroncolenkilé et, enfin, à cinq heures quarante-cinq, nous traversons, sans nous y arrêter, le village de Dioulafoundoundi. Le jour commence à poindre. Le soleil se lève brillant derrière la cîme du Tambaoura.

Dioulafoundoundi est un village qui n’a pas plus aujourd’hui de trois cents habitants. Son nom veut dire : « le petit Dioulafoundou », sans doute pour ne pas le confondre avec le village de Dioulafoundou, qui est situé dans le Konkodougou. Il fut construit par les premiers Sisokos qui quittèrent le Konkodougou après la conquête de ce pays par les Couloubalys et les Tarawarés. Ancienne résidence du chef, ce pays, depuis le départ de ce dernier, a vu sa population diminuer considérablement, et la plus grande partie de ses cases tomber littéralement en ruines. Il n’existe plus que quelques vestiges de l’ancien tata, qui devait être assez fort. Le chef actuel est le propre frère de Diourouba-Sisoko, le chef du Sintédougou. Il était déjà venu me saluer à Sansando.

A environ un kilomètre et demi du village, nous traversons le marigot de Diombokho et, à six heures trente, nous faisons halte dans le petit village de Soukoutola.

Soukoutola est un village d’environ deux cent cinquante habitants. C’est le dernier village du Sintédougou au Nord. Jamais je n’ai rien vu de plus sale, de plus mal entretenu, de plus Malinké, en un mot, que ce village, dont les cases et le tata tombent littéralement en ruines. Les habitants ne se donnent même pas la peine de reconstruire les toits en paille qui recouvrent leurs habitations. Ils sont d’une malpropreté repoussante et complètement abrutis, dans le sens exact du mot.

Pendant que je me reposais sous un magnifique fromager, l’arbre à palabres du village, un marabout vint me saluer et me rappela les circonstances dans lesquelles il m’avait connu. Je l’avais rencontré, en 1889, à Guénou-Goré, où il assistait de ses conseils le chef de ce village Foali qui nous avait rendu de réels services et nous était très dévoué. Je ne manquai pas de lui demander des nouvelles de son ami et il me répondit qu’il avait été bien éprouvé cette année. Il avait perdu trois de ses femmes, et la moitié de son village était morte d’une maladie qu’aucun médicament ne pouvait guérir. Lorsqu’en arrivant à Bafoulabé, j’appris combien nos troupes avaient été décimées, dès le début de la campagne, par une épidémie terrible dont la nature n’est pas encore établie d’une façon définitive, j’ai bien regretté de ne pas l’avoir su plus tôt, car je n’aurais pas manqué de me rendre à Guénou-Goré afin de constater s’il n’y avait pas quelque lien de parenté entre ces deux épidémies.

A 6 h. 45 nous nous remîmes en route ; dix minutes après, à un kilomètre du village, nous traversons le marigot de Yaranbouré qui, en cette région, forme la limite entre le Sintédougou et le Diébédougou. Peu après, nous franchissons une petite colline du haut de laquelle nous voyons se dérouler devant nous le plus splendide des panoramas. C’est la vallée de Batama. Le coup d’œil est féérique : à notre droite, toute la chaîne du Tambaoura ; à gauche, la plaine immense qui s’étend jusqu’à la rive droite de la Falémé ; en face, enfin, barrant la vallée dans le nord, le contrefort de la chaîne centrale qu’il nous faudra gravir pour arriver à Yatéra. Par une pente douce nous arrivons dans l’immense plaine. La route longe, à un kilomètre à peine, le Tambaoura, et, à huit heures dix minutes, nous arrivons enfin à Mouralia, où nous allons passer la journée.

De Sansando à Mouralia, la route suit une direction générale Nord et la longueur de l’étape est d’environ dix-sept kilomètres. On rencontre pour la parcourir de réelles difficultés. Citons d’abord les marigots dont la traversée demande de grandes précautions. Celui de Yaranbouré avec ses bords à pic et son lit de vase n’est pas d’un accès facile et demande une grande prudence. Ailleurs, la route est profondément ravinée et peu praticable pour les animaux.

Au point de vue géologique, toujours les mêmes terrains. De Sansando à Dioulafoundoundi, les argiles et la latérite alternent ; mais c’est cette dernière qui domine. A partir de Dioulafoundoundi et jusqu’à Soukoutola, nous rencontrons des argiles et du terrain ferrugineux. En quittant Soukoutola, et, après avoir traversé un vaste marécage, on arrive sur un plateau de latérite de plusieurs kilomètres de longueur où se trouvent de beaux lougans. De ce point à Mouralia, quand on est descendu dans la vallée du Batama, nous n’avons plus que de l’argile dans la plaine et des roches ferrugineuses au pied du Tambaoura. Enfin, autour de Mouralia, nous retrouvons la latérite et les sables aurifères apparaissent ; mais c’est surtout à l’Ouest du village que se trouvent les mines les plus importantes. — La végétation est peu riche et peu variée. Toute cette contrée est excessivement riche en karités de la variété Shée surtout. Citons encore quelques rares fromagers et quelques lianes à caoutchouc sur les bords des marigots. Les lougans sont, en général, maigres et mal entretenus.

Mouralia est un village Malinké de 450 habitants environ. La population sédentaire est uniquement formée de Sisokos. Quant à la population flottante ou y trouve des représentants de toutes les races qui habitent les contrées voisines. Ce sont surtout des dioulas qui s’y rendent en grand nombre pendant la saison sèche pour y acheter de l’or. Je l’avais déjà visité en 1889. Il a peu changé d’aspect depuis cette époque. J’ai constaté toutefois avec plaisir que le chef avait fait reconstruire ses cases et son tata. Quelques habitants semblent vouloir en faire autant pour leurs demeures particulières. Du tata qui entourait autrefois le village il ne reste plus que quelques vestiges. Le village est toujours aussi sale et ses habitants sont toujours aussi malpropres. Mouralia fait partie du Diébédougou. C’est, dans cette région, le village le plus septentrional.

Aux environs de Mouralia et surtout au Sud et à l’Ouest du village, se trouvent les fameuses mines d’or du Bambouck. A cette époque de l’année, on commence à peine à y travailler. Ce n’est guère qu’en février que l’exploitation bat son plein. Elle dure jusqu’au mois de Juin, époque à laquelle l’eau vient à manquer : car là encore on ne connaît pour découvrir le métal précieux que le lavage des sables. Pendant l’hivernage, on ne se livre pas à ce travail, et cela pour deux raisons : la première est que les Noirs sont alors occupés aux travaux des champs, la seconde, qui est capitale, c’est que pendant la saison des pluies l’or que l’on trouve est en très petite quantité. Les indigènes prétendent, pour expliquer ce fait, que, pendant la saison des pluies, l’or se promène et qu’on ne peut l’attraper. Cette explication fantaisiste du manque d’or dans les puits, pendant l’hivernage, a cependant sa raison d’être. Voici quelles en sont les causes, à notre avis. Tout l’or que l’on trouve dans les marigots et les sables du Diébédougou provient des montagnes environnantes. Les quartz aurifères qui sont si abondants dans le Tambaoura, se désagrégent par les grandes pluies, et les paillettes de métal sont entraînées. A la baisse des eaux, elles se déposent dans le fond des marigots et sur les sables des vallées où on les récolte. Ce qui pourrait justifier ce que nous venons d’avancer, c’est ce fait, à savoir que là où l’on en trouve le plus, c’est précisément dans les racines, le chevelu des bambous où il est plus facilement arrêté.

L’or que l’on récolte à Mouralia se présente en paillettes. Les forgerons en confectionnent de gros anneaux de 12 à 15 grammes, et c’est ainsi qu’il se trouve dans le commerce. Les pépites sont excessivement rares, et la quantité qu’en contiennent certaines roches, comme les quartz, par exemple, est absolument infime.

Quand les récoltes sont terminées et que l’on estime que l’or « ne se promène plus », de tous les coins du Diébédougou on accourt à Mouralia. Le nombre des chercheurs peut être évalué à environ un millier, et en peu de temps, sur le terrain même que l’on exploite, s’élève un village en paille beaucoup plus considérable que Mouralia lui-même. Point n’est besoin de dire que ce sont les femmes et les enfants que ce travail regarde. Du reste, dans cet étrange pays, les hommes faits sont créés et mis au monde pour ne rien faire. Le procédé d’extraction employé est des plus primitifs : on se contente, comme je le disais plus haut, de laver les sables dans des calebasses. On comprend aisément combien doit être grand le déchet. A l’Ouest de Mouralia surtout, le sol est absolument bouleversé, creusé d’un grand nombre de puits d’où l’on extrait le sable aurifère, et fouillé dans toutes les directions. Le rendement est très peu lucratif, et un bon travailleur ne gagne pas plus, en moyenne, de 1 fr. à 1 fr. 30 par jour. Ils auraient plus de bénéfice à cultiver leurs lougans avec plus de soin et à en augmenter la superficie.

La chaîne de collines du Tambaoura qui traverse tout le Bambouck du Nord-Ouest au Sud-Est, peut être comparée, dans son ensemble, à une véritable arête de poisson dont le corps serait formé par la partie centrale, la queue par la partie Nord, et la tête par le massif du Koukodougou. Dans sa partie centrale, en effet, le Tambaoura émet, à l’Ouest et à l’Est, de nombreux contreforts qui forment les systèmes orographiques du Bambougou, du Kouroudougou, du Diébédougou et du Kamana. Elle traverse le Tambaoura, le Diabeli et le Diébédougou. Au Sud, elle s’épanouit en un massif, un nœud que l’on peut regarder comme une véritable dilatation du Tambaoura. Cette partie du système orographique du Bambouck porte le nom de Kouroudougou. De ce massif se dirige, vers le Sud, une série de collines, d’arêtes qui viennent mourir dans le Dialloungala. Ce sont ces collines, ces arêtes qui forment le système orographique du Koukodougou. La direction de ces collines est en éventail, de l’Est à l’Ouest et tournée vers le Sud. En certains points, elles se rejoignent, se confondent pour former de véritables massifs secondaires, dont les principaux seraient ceux de Dumbia à l’Est, de Tombé au Sud-Est, et de Kéniéba au Sud-Ouest. Ces massifs secondaires sont réunis entre eux par une chaîne ininterrompue de collines relativement élevées et absolument à pic.

Véritable falaise de 150 à 200 mètres de hauteur, elle forme de Tombé à Kéniéba une muraille d’où naissent, au Sud, les vallées que laissent entre elles les collines émanées du Kouroudougou. Deux trouées seulement permettent, au Sud, de franchir cette gigantesque barrière. Ce sont les trouées de Tombé et de Linguékoto. La route y est très mauvaise pour les piétons, comme pour les animaux. Au Nord, nous trouvons également deux passages : l’un à l’Ouest, par la vallée de Batama et le col de Dioulafoundoudi, l’autre à l’Est par Kobato et Dioulafoundou. Cette dernière route est exécrable et présente de grandes difficultés.

Dans sa partie Nord, la chaîne centrale du Tambaoura se divise en deux branches principales dont l’une, dirigée à l’Est, traverse le Niambia et le Natiaga et vient se rejoindre aux collines qui longent la rive gauche du Sénégal. La seconde, la plus importante, continue la chaîne origine et vient se terminer après avoir traversé le Niagala au plateau du Félou non loin de Médine. Elle émet de nombreux contre-forts à l’Est et à l’Ouest dans le Niambia, le Natiaga, le Kamana et le Niagala ; un de ces contre-forts se termine non loin de Khayes par la montagne de Paparaha. Le plateau sur lequel est construit Médine fait aussi partie de ce système orographique auquel se rattachent, du reste, les collines de toute cette partie du Soudan.

Le Tambaoura a dans toute sa longueur l’aspect d’une véritable falaise à pic, absolument abrupte, stérile et inhabitée. Son plateau est absolument dénudé, et ses flancs profondément ravinés. Les grandes pluies d’hivernage entraînent, en effet, dans les plaines, le peu de terre végétale qui pourrait s’y former. En certains endroits, les roches qui le forment sont disposées en assises régulières, en d’autres, au contraire, c’est un chaos absolument indescriptible. Les éléments géologiques que l’on y trouve sont des plus variés ; mais ce sont les grès, les quartz et les schistes qui y dominent. Les conglomérats ferrugineux se rencontrent de préférence au pied de cette immense falaise. Toutes ces roches contiennent plus ou moins de fer. Le granit y est peu abondant. On ne l’y trouve jamais en bancs prolongés, mais simplement sous forme de blocs erratiques, isolés au milieu des grès ou des quartz. La plupart des roches du Tambaoura sont usées, limées par les eaux et souvent affectent les formes les plus étranges et les plus fantastiques.

Je fus très bien reçu à Mouralia, et le chef, qui m’avait de suite reconnu, me fit mille prévenances et ne nous laissa manquer de rien. Je passai dans son village une excellente journée. Tous les dioulas qui s’y trouvaient vinrent me saluer et parmi eux il s’en trouvait quelques-uns que je connaissais depuis longtemps déjà pour les avoir rencontrés à Khayes, Bakel ou Médine. Dans la soirée, j’envoyai un courrier à Yatéra pour y annoncer mon arrivée pour le lendemain.

27 janvier. — Nuit très chaude. Brise de Nord-Est. Ciel bas et couvert. Chaleur lourde. Au lever du soleil, ciel couvert. Quelques gouttes de pluie. Chaleur étouffante. C’est le petit hivernage qui commence. Ma santé est toujours aussi précaire et j’ai presque tous les jours des accès de fièvre que la quinine n’arrive même plus à combattre. Il est temps que j’arrive dans un centre européen. Je n’en puis plus.

Nous quittons Mouralia à quatre heures vingt du matin, par une nuit noire. La route se fait rapidement. A cinq heures dix nous traversons le village de Sekonomata.

Sekonomata est un village Malinké d’environ six cents habitants. Depuis 1889, époque à laquelle je l’avais déjà visité, il s’est beaucoup accru et, actuellement, on y construit de nouveau. Cela tient à ce que l’on a recommencé à chercher de l’or dans ses environs. Le tata du chef et celui du village nous ont parus en assez bon état. Nous le traversons sans nous y arrêter. Il y avait, il y a environ vingt ans, à Sokonomata, une mine d’or qui, d’après les renseignements que j’ai pu me procurer, était beaucoup plus riche que celles de Mouralia. Mais l’or y disparut en peu d’années. Aussi fut-elle abandonnée pendant douze ou quinze ans. Quand nous y sommes passés en 1889, elle n’était pas exploitée. Il paraîtrait que le métal précieux y a reparu en grande abondance et, depuis deux années, on y travaille même pendant l’hivernage.

Aucun incident à noter pendant le trajet de Sekonomata à Batama, où nous arrivons à six heures trente, après avoir traversé un peu avant le village le marigot de Sagouia-Kô.

Batama est un village Malinké de quatre cent cinquante habitants environ. Nous l’avions déjà visité en 1889 et il est loin d’avoir prospéré depuis cette époque. La plupart de ses cases tombent en ruines et les habitants ne font rien pour réparer ces désastres du temps. Il est d’une saleté repoussante, de même que ses habitants, du reste. Son tata est en ruines dans sa plus grande partie et le tata du chef n’est même pas en bon état. Nous faisons la halte sous l’arbre où nous avions campé, il y a trois ans. Les notables et le fils du chef viennent me saluer. Après un repos d’un quart d’heure, nous nous remettons en route. A un kilomètre et demi du village nous traversons le Diati-Kô, sur les bords duquel nous constatons la présence d’une dizaine de fours servant à extraire le fer. A 7 heures 30 nous arrivons au pied d’un contrefort du Tambaoura, qu’il va falloir gravir. Les porteurs l’enlèvent pour ainsi dire au pas de course ; quant à moi, ne pouvant l’escalader à cheval, il me faut une demi-heure pour arriver au sommet. Mais aussi quand on est sur le plateau qui couronne ce mamelon, quel spectacle enchanteur se déroule aux yeux. On se trouve là sur un des points les plus élevés du Tambaoura. Devant nous s’étale toute la vallée de Batama et nous pouvons même découvrir au Sud les premières collines de Konkodougou. C’est un des plus beaux points de vue que j’aie jamais admirés.

La route se fait sans encombre jusqu’à Yatéra, but de l’étape, où nous arrivons, exténués, vers neuf heures. — De Mouralia à Yatéra on suit à peu près une direction générale Nord et l’étape n’a pas moins de vingt kilomètres. Elle présente deux grosses difficultés. D’abord le passage du Sagouia-Kô, un peu avant d’arriver à Batama, et, en second lieu, l’ascension du Tambaoura. Le passage du Sagouia-Kô est rendu difficile par la vase qui obstrue son lit et par l’argile qui rend ses bords excessivement glissants. L’ascension du Tambaoura présente des difficultés bien plus grandes. C’est par un sentier de chèvres, à pic et transformé par les roches en véritables escaliers, dans sa partie supérieure, que l’on arrive au sommet. Dans cette moitié, le sentier longe le flanc de la montagne. Au-dessous de nous, la falaise est à pic, ce qui rend l’ascension fort dangereuse, pour les animaux surtout. Sur le plateau, on a environ un kilomètre à faire au milieu des roches ; ce qui demande de grandes précautions. Partout ailleurs, la route est excellente.

La nature du terrain de Mouralia au Tambaoura est absolument argileuse partout, sauf en deux ou trois endroits où l’on trouve la latérite. Aux environs de Sekonomata et de Batama se trouvent encore des bancs de sables aurifères. Le sous-sol du Tambaoura au point où on le traverse est formé de schistes, de quartz et de rares conglomérats ferrugineux. Le pente est si raide qu’il n’y a pas trace de terre végétale. Le sol est profondément raviné et la roche se montre à nu partout. Mentionnons, à son sommet, un vaste ilot de latérite auquel succèdent des argiles qui nous conduisent jusqu’aux environs de Yatéra, où reparaît la latérite.

La végétation est peu riche partout. Signalons toutefois dans la vallée de nombreux karités et quelques palmiers sur les bords des marigots. Sur le plateau de Yatéra, les karités abondent ainsi que les palmiers et les lianes à caoutchouc, le long du Faracoumba-Kô, qui passe à quelques centaines de mètres au Sud-Est du village. Mentionnons encore de splendides caïl-cédrats.

Yatéra est un village malinké dont la population, entièrement formée de Sisokos, peut s’élever à environ 600 habitants. Comme Batama, il est loin d’avoir prospéré. Il tombe littéralement en ruines et sa population a considérablement diminué. Yatéra est entouré de toutes parts par la chaîne principale et les contre-forts du Tambaoura, et est construit, au milieu de cette gorge, sur un petit monticule qui domine de fort peu la plaine enserrée par les montagnes. Au pied du village se trouve un petit marigot, à sec pendant la belle saison, le Faracoumba-Kô. Dans son lit se trouve actuellement bon nombre de petits jardinets plantés avec soin de tabac et d’oignons. Il n’existe plus que des vestiges sans importance de l’ancien tata du village. Le tata du chef lui-même commence à tomber en ruines.

Cané-Mady-Sisoko, le chef actuel de Yatéra, avait fait construire, il y a une vingtaine d’années, une véritable maison européenne à à un étage, surmonté d’une terrasse. D’après ce qu’il me disait, cela lui avait coûté plus de 3,500 gros d’or, soit environ trente mille francs. Cet édifice, élevé sans chaux et maçonné uniquement avec de l’argile, ne devait pas durer longtemps. Déjà, en 1889, quand nous l’avions visité, il menaçait ruine. Il s’est écroulé complètement pendant l’hivernage de 1891. Il n’en reste plus aujourd’hui que les décombres.

Je suis à Yatéra en pays de connaissance, car en 1889 nous y avions passé quelques jours, et beaucoup de guerriers du village, sous la conduite du frère du chef, Cané-Moussa-Sisoko, avaient fait campagne avec nous dans le Konkodougou et avaient pris part au combat de Dumbia. Aussi y suis-je très-bien reçu. Il me faut subir des visites, pendant toute la journée, auxquelles je ne puis me soustraire, malgré la lassitude extrême qui m’accable. Dans la soirée, j’expédie un courrier à Guibourya pour y annoncer mon arrivée pour le lendemain.

28 janvier. — La nuit a été très fraîche, il a fait une forte brise d’ouest. Légère pluie vers quatre heures du matin. Au lever du jour, ciel couvert et bas. Soleil voilé pendant deux heures environ, il tombe de temps en temps quelques gouttes de pluie. Température assez bonne, buée épaisse à l’horizon. Les préparatifs du départ sont lestement faits et, à six heures précises, nous nous mettons en route, il fait à peine jour, tant le ciel est couvert. Nous marchons rapidement ; à 6 h. 30, nous franchissons un premier contre-fort du Tambaoura et, à 6 h. 50, nous traversons le marigot de Sansan-Kô, dont le lit est formé de quartz et de sables aurifères. La même roche se trouve sur ses rives, et quand nous y passâmes, il commençait à s’y élever quelques huttes de chercheurs. Ce placer est surtout exploité par les habitants de Yatéra. Dix minutes plus loin et nous sommes au petit village de Malaoulé.

Malaoulé est un village d’environ 150 habitants. Il est uniquement habité par les captifs de Cané-Mady, chef de Yatéra : ils cultivent là ses lougans pendant la saison des pluies et extraient l’or du Sansan-Kô pendant la saison sèche. Il est situé dans une petite vallée, comprise entre deux contreforts du Tambaoura.

A 7 h. 30 nous franchissons le contrefort qui limite au Nord cette petite vallée, et à 8 h. nous sommes à Koudoréah, où nous faisons une halte d’un quart d’heure.

Koudoréah est un village Malinké de 350 habitants. Inutile de dire que c’est la quintessence de la malpropreté. Il ne possède pas de tata extérieur. Les cases du chef sont entourées d’un petit tata fort mal entretenu, comme tout le village du reste. Koudoréah est situé sur un plateau rocheux où l’on rencontre par ci par là quelques ilots de terre végétale. A quelques centaines de mètres du village, nous arrivons sur la crête du versant Nord de ce plateau qu’il va falloir descendre. Ce passage nous prend environ trois quarts d’heure, pendant lesquels nous n’avons marché qu’à travers les rochers les plus escarpés. Enfin tout se passe sans incidents et à 9 h. 15 nous sommes à Guibourya.

La route de Yatéra à Guibourya suit une direction Nord et la distance qui sépare ces deux villages est environ de 13 kilom. 500. Elle est littéralement hérissée d’obstacles et de difficultés. Je n’en ai jamais rencontré de plus mauvaise. Le passage du marigot de Sansan-Kô est très facile. Il n’en est pas de même des contreforts du Tambaoura que l’on a à franchir. A 2 kilom. 1/2 de Yatéra, il faut descendre dans un profond ravin, par un sentier abrupt, absolument transformé en escaliers. Ce passage a environ 800 mètres de longueur. A trois kilomètres de Malaoulé, nous trouvons un second passage aussi difficile. Il mesure à peu près un kilomètre de longueur. Mais celui qui, de tous, offre le plus de dangers, surtout pour les animaux, c’est celui de Koudoréah. Ce n’est qu’une succession de véritables falaises qu’il faut escalader, des sentiers hérissés de roches glissantes où on n’avance qu’à grand peine et en prenant mille précautions. Tout cela est absolument à pic.

Au point de vue géologique, nous avons fort peu d’argiles ; dans les vallées, presque partout la latérite alterne avec le terrain ferrugineux. Les collines sont surtout formées de quartz, de roches et de conglomérats. Mentionnons également quelques grès. Les schistes font absolument défaut. Pas de trace de terrain ardoisier.

La flore y est d’une pauvreté remarquable, surtout sur les plateaux et les montagnes. Elle est un peu plus riche dans les vallées, mais pas plus variée. Mentionnons particulièrement de nombreux karités, des lianes à caoutchouc, fromagers, nétés et quelques caïls cédrats. Les flancs des collines sont, en général, couverts de bambous.

Guibourya, où nous faisons étape, est un village Malinké de 500 habitants environ. C’est le dernier village du Diébédougou, dans le Nord. Il est construit au milieu d’une vaste plaine que limite au Nord la chaîne principale du Tambaoura et au Sud le versant du plateau de Koudoréah. Il est un peu moins sale que la plupart des villages Malinkés, mais toute sa partie moyenne est en ruines. De telle sorte qu’il est divisé en deux parties égales. Il ne reste plus que des vestiges de l’ancien tata qui l’entourait. Le tata du chef est assez bien entretenu, il en est de même de deux autres petits tatas particuliers. Il fait une journée assez agréable comme température, mais triste. Le ciel est couvert, le soleil voilé. Forte brise d’Ouest. Nous sommes en plein petit hivernage. Nous ne tarderons pas à avoir quelques pluies.

Notes sur le Diébédougou. — Le Diébédougou, que nous venons de traverser, est l’Etat Malinké le plus important du Bambouck. Il se compose de deux provinces, le Diébédougou à proprement parler et le Kouroudougou. Sa superficie est environ de 2500 kilomètres carrés et il est relativement très peuplé. Il ne comprend pas moins de 51 villages dont la population forme un total d’environ 18,000 habitants. La densité est à peu près de 7,2 habitants par kilomètre carré. Dans sa partie Est, qui est traversée par le Tambaoura, c’est un pays de montagnes, et sa partie ouest, qui touche à la Falémé, est un pays de plaines. Il est médiocrement arrosé par des marigots qui sont pour la plupart tributaires de la Falémé ou du Bafing. Le Tambaoura en cette région forme la ligne de partage des eaux entre les bassins de ces deux rivières. Voici la liste de ses villages :

Kassama (résidence du Dangoutakolé. Oundouman. chef du pays.).

Salingui. Yateria. Betea.

Kolobo. Malaoulé. Batama.

Kéniéko. Bambadigua. Sitakili.

Lagola. Anguira. Koulaya.

Linguékoto. Diakouba. Bokobokoto.

Kobokoto. Kama. Gounganko.

Koudoréah. Faracounda. Mali.

Guibourya. Kouffara. Diomfare.

Diantissa. Dialadiou. Diodan.

Bourama. Sékoto no 1. Kegnoto.

Kembélé. Sékoto no 2. Médina.

Fabakaya. Sékoto no 3. Dembala.

Dialakegui. Sansanko. Sagala.

Guénobanta. Sébédougou. Dabara.

Kénédiguato. Goudofara. Balou.

Yatia. Mouralia. Sekonomata.

La population de ces différents villages est uniquement formée de Malinkés appartenant à la famille des Sisokos. Il est bien entendu que nous ne nous occupons là que de la famille à laquelle appartient le pays. Nous ne parlons nullement des captifs. Les chefs de village appartiennent tous à cette ancienne famille. Les Sisokos du Diébédougou descendent, par les femmes, de Noïa-Moussa-Sisoko, le grand colonisateur du Bambouck. Ils ont donc usurpé un nom qui ne leur revenait pas de droit. La légende nous apprend, en effet, que la seule fille qu’eut Moussa se maria avec un Couté, qui en eut cinq fils qui s’établirent dans le Diébédougou. C’étaient : Sountou-Bouri, Sountou-Ali, Kandio, Sila-Maka et Famalé. Famalé fut le chef de cette nouvelle colonie et, depuis cette époque, tous les chefs du Diébédougou prirent le nom de Famalé.

Le Diébédougou est placé sous le protectorat de la France et dépend du cercle de Bafoulabé. L’autorité du chef est vigoureusement contrebalancée par celle du chef de Yatéra, Cané-Mady-Sisoko, qui réunit autour de lui la plus grande partie des villages du Diébédougou. Ils vivaient presque en état d’hostilité ouverte lorsqu’en 1889 le capitaine Quiquandon, agissant conformément aux ordres de M. le commandant supérieur du Soudan Français, les réconcilia et fit jurer obéissance à Famalé par tous les chefs des villages dissidents. Il n’y eut que le village de Kénioto qui s’y refusa, malgré tout ce que nous fîmes pour le ramener à de meilleurs sentiments. Il fallut le bombarder et le brûler. Les habitants s’enfuirent, mais peu après vinrent à Guénou-Goré dans le Konkodougou faire leur soumission. Ordre leur fut donné d’aller habiter à Kassama ; mais l’année suivante ils furent autorisés à reconstruire leur village. Depuis cette époque, les affaires se sont de nouveau brouillées et, actuellement, Gané-Mady est regardé, même par l’autorité française, comme le chef, sinon de droit, mais de fait d’une partie du Diébédougou. Ainsi c’est lui qui est chargé de faire rentrer l’impôt des villages qui lui obéissaient jadis et qui ont recommencé à méconnaître l’autorité de Famalé. Pour le bien du pays, il serait bon que cet état de choses fût promptement modifié et que le vrai chef du pays soit rétabli dans tous ses droits et prérogatives. Je me hâte de dire que Mané-Mady ne fait rien de contraire au serment qu’il a prêté et qu’il est le plus humble des sujets de Famalé. Kassama est la résidence de ce dernier. C’est un gros village où le docteur Collin, un des premiers explorateurs du Bambouck, s’était établi en 1887, lorsqu’il est allé prospecter ce pays au point de vue commercial. Les officiers français y sont très bien vus et Famalé serait très heureux si nous y établissions un poste militaire. Pendant le séjour que nous y avons fait en 1889, il a souvent, devant nous, manifesté ce désir au capitaine Quiquandon, le chef de notre mission.

29 Janvier. — Je quittai Guibourya à 5 h. 45 du matin par une température très douce. Il a plu une partie de la nuit. A un kilomètre et demi du village environ, nous traversons le marigot de Gara-Kô et à 7 h. 45 nous faisons halte au petit village de Kéniéti, où j’avais promis de m’arrêter.

Kéniéti est un petit village de Malinkés de la famille des Fofanas. Il n’a pas plus de 150 habitants et fait partie du petit État de Diabéli. Il est construit au pied du Tambaoura, comme, du reste, tous les villages de cette région, et est démuni de tata. Seules les cases du chef sont construites dans une petite enceinte qui est en assez bon état. Le reste du village est assez mal entretenu. Hier, le chef m’avait envoyé son frère à Guibourya pour me saluer et m’inviter à aller passer la journée dans leur village. Je le remerciai et lui promis que, ne pouvant pas y rester aussi longtemps, je m’y arrêterais en passant. A peine étions-nous arrivés que ce brave homme vint me saluer et fit apporter du couscouss pour les hommes. Je les laisse manger et n’absorbe que deux verres d’un excellent lait. A huit heures nous nous remettons en marche, après avoir chaudement remercié le chef de sa bonne réception et lui avoir fait un petit cadeau.

En quittant Kéniéti, nous traversons, à environ un kilomètre du village, un second village en construction. Ce sont les habitants du premier qui, se trouvant à l’étroit, s’agrandissent de ce côté. Une heure après, nous sommes à Guénobanta, où nous ferons étape aujourd’hui. Un peu avant d’y arriver, on traverse un petit marigot, le Yagoudoura-Kô, sur les bords duquel se trouvent de belles plantations de tabac.

De Guibourya à Guénobanta, la route ne présente absolument aucune difficulté. Elle longe tout le temps le flanc Ouest du Tambaoura et traverse une vallée absolument plane qui s’étend de la montagne à la Falémé. La direction est Nord et la distance qui sépare ces deux villages est de 15 kilomètres environ.

Au point de vue géologique, nous n’avons presque partout que de la latérite. Les argiles ne se montrent qu’aux environs des marigots, mais en petites bandes fort étroites. Pas de schistes. Par contre rien que des quartz fortement colorés en rouge par de l’oxyde de fer. Les roches et conglomérats ferrugineux sont peu abondants. Le Tambaoura est là uniquement formé de quartz qui sont aurifères en certains endroits.

La flore est peu variée. Toujours beaucoup, beaucoup de karités (variété Shée). Les lianes à caoutchouc sont rares. A signaler encore quelques beaux caïl-cédrats, nétés, baobabs et fromagers. Les mimosées ont fait leur apparition et en maints endroits sont fort communes.

Guénobanta est un village de Malinkés Sisokos dont la population est tout au plus de trois cents habitants. Il est situé au pied du Tambaoura, sur un petit monticule peu élevé. Il ne possède pas de mur d’enceinte. Seules, les cases du chef sont entourées par un petit tata en assez bon état. Il est fort mal entretenu et cela tient à ce que les habitants sont des Malinkés d’abord, et, en second lieu, à ce qu’ils passent tout leur temps à chercher l’or dans les environs. C’est la résidence du chef du Diabéli.

Le Diabéli est un petit Etat Malinké situé aux pieds du Tambaoura. Il appartient à la famille des Sisokos, qui y forment quatre villages.

Guénobanta — Yérala — Niafato — Foutouba

Outre ces quatre villages Sisokos, il y a encore un village Fobana, Kéniéti, et un village Daniogo, Linguékotendi.

La population totale du Diabéli peut être estimée à environ 1,500 habitants. Le chef actuel est un vieillard qui ne jouit d’aucune autorité sur ses sujets. Il se nomme Tantombo-Famori-Sisoko. Le Diabéli a été colonisé par deux fils de Moussa-Sisoko, Sambou et Coubacka. Les Fofanas et les Daniogos ne vinrent s’y établir que bien après eux. Les premiers sont originaires du Bafing de Sandénia et les seconds du Soubou de Dioulaguénou. Ce petit État est également placé sous le protectorat de la France.

30 janvier. — Je quittai Guénobanta à 5 h. 20 du matin par un ciel excessivement couvert. Il fait un vent épouvantable. Peu après notre départ la pluie se met à tomber en abondance. C’est une véritable pluie d’hivernage.

A quelques centaines de mètres du village, nous traversons le marigot de Toulicoto-Kô et, à 6 h. 50, nous arrivons, absolument trempés, à Yérala.

Yérala est un village Malinké de 250 habitants environ. C’est le dernier village du Diabéli au Nord. Il est construit au pied du Tambaoura, et, à l’encontre des autres villages de cette région, entouré de beaux lougans. Il ne possède pas de tata extérieur et les cases du chef sont entourées d’une enceinte en fort mauvais état. Le village est lui-même fort mal entretenu. La pluie et le vent font rage quand nous y arrivons. Heureusement que nous trouvons de bonnes cases pour nous abriter et de bous feux pour nous sécher. Je suis littéralement trempé et je grelotte la fièvre à outrance. A peine sommes-nous arrivés que le chef du village vient me saluer et fait apporter une douzaine de calebasses de couscouss pour mes hommes. Tous se repaissent, je prends deux verres d’excellent lait, et, la pluie ayant cessé, nous nous remettons en route à 7 h. 40.

Nous arrivons sans encombre à Dialafara à 9 h. 15, après avoir traversé le Nété-Kô, qui forme la limite entre le Diabéli, et le Tambaoura, et, un peu avant d’arriver à Dialafara, le Dagoussa-Kô, qui coule au pied du monticule sur lequel s’élève le village. A mi-chemin nous avions rencontré le fils du chef, que son père avait envoyé à notre avance. Il fait toujours un vent atroce.

De Guénobanta à Dialafara, la direction générale est Nord et l’étape n’a pas plus de 17 kilomètres. La route ne présente absolument aucune difficulté. Elle longe à environ huit cents mètres le pied du Tambaoura, dans une plaine absolument unie qui ne présente pas de reliefs de terrain appréciables. Au point de vue géologique, toujours les mêmes terrains. En quittant Guénobanta, et après avoir traversé le Toulicoto-Kô, on traverse une vaste plaine argileuse qui s’étend jusqu’aux environs de Yérala, où la latérite apparaît. En thèse générale, dans cette région, c’est au pied du Tambaoura que se trouve la latérite, les plaines qui s’étendent à l’Ouest sont uniquement formées d’argiles. Peu après Yérala, nous avons de nouveau les argiles. Nous trouvons un petit banc de latérite aux environs du Nété-Kô, puis de nouveau l’argile jusqu’à Dialafara, où reparaît la latérite.

La flore n’a pas changé. Beaucoup de karités, dont quelques-uns sont énormes. Les caïl-cédrats, fromagers, nétés sont aussi fort communs. Dans les terrains argileux, beaucoup de mimosées. Peu de lianes à caoutchouc.

Dialafara, où nous faisons étape, est un village Malinké d’environ 500 habitants. Il tombe littéralement en ruines. C’est la résidence du chef du petit État de Tambaoura. Il est démuni de tata extérieur. A l’intérieur, quelques petits tatas appartenant à des particuliers. Celui qui entoure les cases du chef est fort mal entretenu. Les lougans qui entourent le village sont relativement peu étendus, parce que la population ne s’occupe guère qu’à rechercher l’or dans les environs. C’est, du reste, la caractéristique de tous les villages dans le voisinage desquels se trouvent des placers. Ils sont beaucoup plus pauvres que les autres et la famine y est plus fréquente.

Je suis assez bien logé, malgré tout, sur la place principale du village, en face l’arbre à palabres qui disparaît littéralement sous une gigantesque liane Saba.

Le village est construit sur un petit monticule qui s’élève au pied du Tambaoura et qui domine une plaine où se trouvent de superbes karités.

Le Tambaoura, dont Dialafara est la capitale, est un petit État Malinké qui doit son nom à la chaîne de montagnes aux pieds de laquelle il s’étend. C’est un des pays les plus riches en or du Bambouck. Il a pour chefs des Sisokos. Mais on y trouve aussi d’autres familles Malinkées. D’après la légende il fut d’abord peuplé par des Keitas, des Guétas, des Dabos et des Tarawarés. Ces quatre familles Malinkées vinrent s’y établir à peu près à l’époque de la grande migration de Koli-Tengrela. Les Sisokos ne vinrent que plus tard et soumirent les premiers à leur autorité. Ils furent conduits à la conquête de ce pays par Bandé-Maka, un des nombreux fils de Moussa-Sisoko. Depuis cette époque, ils y ont toujours régné en maîtres. Le Tambaoura a été placé sous le protectorat de la France par le gouverneur Faidherbe, en 1858. Il fait partie actuellement du cercle de Khayes et acquitte assez régulièrement l’impôt qui lui est demandé. Il est peu peuplé et n’a que dix villages qui ne comptent pas plus de 2,500 habitants. En voici les noms par famille :

1o Villages Sisokos : Dialafara, Bouroudela, Kama, Diokéba, Galadio.

2o Village Keita : Salingui.

3o Village Guéta : Samafaradala.

4o Village Dabo : Dangara.

5o Villages Tarawarés : Boubou, Sokoto.

La densité de la population, dans le Tambaoura, n’est pas plus de 1,5 habitant par kilomètre carré.

A peine suis-je installé dans ma case, que les frissons que j’avais éprouvés tout le long de la route ne font qu’augmenter. Je suis obligé de me coucher aussitôt. Toute la journée, j’ai eu une forte fièvre, et ce n’est que le soir que, me sentant un peu mieux, je pus rédiger mes notes. Je suis arrivé à Dialafara un bien mauvais jour pour un malade. C’est, en effet, aujourd’hui que rentrent dans leurs familles les jeunes filles qui ont été circoncises. Aussi, jusqu’à la nuit, ce n’a été dans le village que chants, cris, beuglements, tam-tams, coups de fusil. Le soir, j’en avais la tête absolument brisée. De plus, il fait un véritable temps d’hivernage. Chaleur lourde et orageuse, et pluie abondante dans la soirée. Elle est venue à temps pour mettre en fuite le tam-tam et me permettre un peu de reposer pendant la nuit.

La circoncision est, de toutes les mutilations ethniques qui se pratiquent sur les organes génitaux, la seule qui soit en usage au Soudan. Elle se pratique presque dans toutes les peuplades sur les hommes. Toutefois, il nous a été dit qu’elle était inconnue chez les Bobos, qui habitent dans la boucle du Niger. Nous tenons ce détail de notre excellent et malheureux ami, le Dr Crozat, qui, après Binger, visita cette curieuse peuplade. Dans tout le Soudan, la femme y est également soumise, sauf cependant chez les Ouolofs. Nous allons décrire la façon dont se pratique cette opération chez les deux sexes, en exposant en même temps les fêtes, pratiques religieuses, coutumes, etc., etc., qui l’accompagnent chez les différents peuples du Soudan.

1o Circoncision chez l’homme. — Chez tous les Soudanais, à quelques détails insignifiants près, c’est le même mode de procéder. L’opération se fait vers l’âge de 14 à 17 ans.

Le matin du jour où les patients doivent être opérés, on les conduit au bain. Dans une grande calebasse remplie d’eau, on plonge des gris-gris réservés pour cette circonstance et qui ont, paraît-il, des vertus spéciales, comme, par exemple, de donner force et vigueur aux enfants et de leur donner, dans la suite, une nombreuse lignée. Chacun des enfants vient alors procéder à ses ablutions intimes avec cette eau. Puis, sous la garde d’un surveillant nommé à cet effet, ils sont conduits au lieu où doit être pratiquée l’opération ; pendant le temps que met la cicatrisation à se faire, trois ou quatre hommes sont désignés par les anciens du village pour surveiller les opérés et pour se bien assurer qu’ils se livrent bien aux coutumes et pratiques en usage en cette circonstance. Ces surveillants doivent, bien entendu, être des circonscis.

L’appareil opératoire est des plus simples. Un couteau bien effilé, de la ficelle, de l’eau dans une calebasse, des chiffons et du sable. Au Soudan, ce sont généralement les forgerons qui procèdent à l’opération aussi bien chez les peuples musulmans que chez ceux qui ne le sont pas. Chez les Ouolofs et les Maures, ce sont plutôt les marabouts qui opèrent. Voici comment on procède. Le patient se place, assis à cheval sur un mortier à couscouss de façon à avoir le périnée reposant sur le corps même du mortier. Chez les Bambaras et les Malinkés, au lieu du mortier, on se sert d’une simple bille de bois. Le résultat est le même. Le mortier est surtout employé chez les peuples d’origine Peulhe. La verge reposant bien sur le mortier ou le morceau de bois, le prépuce est attiré fortement en avant. Tout ce qui dépasse le gland est solidement ligoté à plusieurs tours. C’est un des temps les plus douloureux de l’opération ; un aide en est chargé. Puis ceci fait, la verge est maintenue solidement appuyée sur le mortier ou le morceau de bois et l’opérateur d’un coup sec sectionne le tout, ficelle et prépuce. Ce temps de l’opération est absolument indolore. La plaie opératoire est ensuite lavée à grande eau. Très douloureuse cette aspersion. La quantité de sang qui s’écoule est absolument insignifiante. On procède alors au pansement. Oh ! il n’est pas long : du sable fin, quelques chiffons et tout est dit. Le pansement est refait chaque jour.

Cette opération, bien que douloureuse, se fait sans que l’on entende un cri de la part des patients. Il y aurait déshonneur à se plaindre. De plus, ils sont persuadés que s’ils criaient, ils mourraient dans le courant de l’année, aussi sont-ils tous d’une impassibilité remarquable et ne bronchent-ils pas en présence de l’instrument du supplice.

Que deviennent les lambeaux de chair ainsi excisés ? En aucune circonstance, ils ne sont jetés aux ordures. Les uns les enterrent, les autres les mangent. D’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, les conservent précieusement, les font sécher et s’en font des gris-gris qui jouissent de propriétés miraculeuses.

Dès que tous ont été opérés, ils sont revêtus d’un long boubou bleu muni dans le dos d’une grande poche, et coiffés d’un bonnet pointu haut d’environ 35 à 40 centimètres. Cela leur donne l’air le plus bizarre qu’on puisse voir. Ils ressemblent au médecin malgré lui. Le boubou ample et très étoffé est destiné à éviter les frottements que ne manquerait pas d’occasionner le pantalon. La grande poche qu’il présente, est destinée à recevoir le produit de leurs quêtes ou de leurs rapines ; car les circoncis, pendant tout le temps que met la cicatrisation à se faire, ont le droit de prendre tout ce qui, en fait de victuailles, leur tombe sous la main.

Aussitôt après l’opération et dès qu’ils ont revêtu leur costume, ils sont promenés dans tout le village, sous la conduite de leurs surveillants, avec accompagnement de tam-tams et de chants. Qu’ils le peuvent ou non, il faut marcher, ou sans cela, gare le fouet. Ils sont ensuite réunis dans une grande case, construite à leur intention et située, en général, un peu en dehors du village. C’est là qu’ils doivent habiter et manger jusqu’à ce que tous soient parfaitement guéris. Là aussi on les gave littéralement. Il faut manger et toujours manger, quand l’heure est venue, qu’on ait faim ou non. Autrement, en avant le fouet. Mon interprète me racontait à ce sujet que lorsqu’il fut circoncis, un jour que, repu, le surveillant le forçait à manger encore, il avait rendu dans sa calebasse l’excédent de nourriture qu’on lui avait fait avaler malgré lui. Le surveillant le força à l’avaler de nouveau.

La cicatrisation se fait assez vite soit en moyenne de 15 à 20 jours. Elle est d’autant plus rapide que le sujet est plus jeune. Mais il faut au minimum 40 à 45 jours pour que le tissu cicatriciel ait pris la couleur noire des tissus environnants. C’est à ce moment-là seulement, et quand tous sont absolument guéris, qu’on leur donne liberté de manœuvre. Ils endossent alors le pantalon. Le jour où ils sortent de leur case est jour de fête dans le village.

La nuit, ils dorment sous l’œil d’un surveillant, et ils doivent, pendant toute la durée de leur séjour dans la case, dormir sur le dos. Si, par hasard, ils se mettent sur le côté, un coup de fouet les a bientôt remis en place.

Pendant toute la durée de leur traitement, ils sont soumis à la discipline la plus sévère. Ils ne peuvent et ne doivent rien faire en dehors de leurs camarades. Ainsi, si l’un d’eux se permet de chanter, seul, par exemple, immédiatement le surveillant lui inflige une correction ou simplement le force à chanter pendant trois ou quatre heures sans interruption. Ils doivent tout faire ensemble, manger, chanter, jouer, aller à la promenade, etc., etc.

Celui qui est opéré le premier est appelé le chef des circoncis de l’année, celui qui l’est le dernier doit servir de domestique aux autres pendant toute la durée de leur claustration. Ainsi, c’est lui qui leur porte leur calebasse de couscouss, qui va chercher l’eau nécessaire aux pansements, etc., etc. Il n’y a pour cela aucune considération de caste ou de famille. Tous sont égaux pendant ce laps de temps.

A proprement parler, il n’y a pas un âge fixe auquel se pratique la circoncision. Tout d’abord cela serait assez difficile ; car le noir ignore son âge, celui de sa femme et celui de ses enfants. Il est des garçons qui ne se laissent opérer que peu de temps avant leur mariage, c’est-à-dire de 20 à 25 ans, il en est d’autres, au contraire, qui le sont plus jeunes. Mais d’une façon générale, on peut dire que c’est de 14 à 17 ans que se pratique généralement sur les hommes cette opération ethnique.

2o Circoncision chez la femme. — Toutes les peuplades de la Sénégambie et du Soudan, à l’exception toutefois des Ouolofs, pratiquent aux femmes, quand elles atteignent l’âge de puberté, une opération analogue à la circoncision chez les garçons. On y procède habituellement, après l’apparition des premières règles, jamais avant. Il existe même certaines familles Malinkées et Ouassouloukées chez lesquelles les femmes ne sont soumises à cette opération que lorsqu’elles ont eu leur premier enfant.

Chacun sait que les négresses ont les petites lèvres fort développées. Tout le monde a entendu parler plus ou moins du « tablier des hottentotes ». L’opération première et son véritable but étaient de sectionner cette partie de leurs organes génitaux. Mais l’opération étant toujours mal faite on en est venu à couper également tout ou partie du clitoris. Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, elle consiste donc à supprimer toute la partie des petites lèvres qui dépasse les grandes et à faire l’ablation complète ou partielle du clitoris. Voici comment cela se pratique.

La patiente est étendue sur le dos, les jambes fléchies sur les cuisses et les cuisses relevées et perpendiculaires à l’axe du corps. Un billot, généralement un pilon à couscouss, est placé sous le sacrum pour faire fortement saillir le pubis. Ces préparatifs achevés, l’opérateur, qui est toujours une femme de forgeron, procède à l’opération à l’aide d’un petit couteau à lame très mince, très étroite et bien aiguisée. L’opération est faite avec si peu de soins que le clitoris est toujours sectionné en partie ou en totalité. Chez les Bambaras, c’est une condition sine quâ non de bonne opération. Ils sont imbus de cette idée que si elle n’était pas ainsi pratiquée ils mourraient inévitablement. Aussi ne verra-t-on jamais un Bambara épouser une Ouolove parce que, disent-ils « la Ouolove a un dard qui, s’il les piquait au ventre, les ferait infailliblement mourir. »

Les filles ou femmes qui viennent d’être opérées sont soumises aux mêmes pratiques que les garçons jusqu’à ce qu’elles soient guéries. Par exemple, elles ne sortent que deux fois par jour, le matin et le soir, pour se baigner. Elles sont surveillées par les matrones et doivent dormir étendues sur le dos, les jambes légèrement écartées.

La circoncision, aussi bien pour les femmes que pour les hommes, se pratique généralement un mois et demi ou deux mois avant l’hivernage. Mais il n’y a rien d’absolument fixe à ce sujet. C’est l’occasion de grandes fêtes, tam-tams, coups de fusil, danses, etc., etc., et d’agapes monstres. Chez les Bambaras et les Malinkés, qui font usage de boissons fermentées, c’est une des plus grandes soûleries de l’année. On fabrique, pour la circonstance, d’énormes calebasses de dolo (bière de mil), et l’on ne cesse de boire que lorsqu’il n’y a plus rien à absorber ou que tout le monde est ivre-mort.

Chez les musulmans, qui ne font point usage de boissons alcooliques, on se contente d’engloutir force calebasses de couscouss et de dévorer moutons, bœufs, poulets et chèvres. Dans certains villages toutes les provisions y passent.

J’avais l’intention de ne rester qu’un jour à Dialafara, mais je fus obligé d’y passer encore la journée du 31 janvier ; car l’accès de fièvre que j’avais eu la veille m’avait tellement affaibli que j’aurais été absolument incapable de faire l’étape.

1er février. — La nuit ayant été assez bonne, je puis quitter Dialafara à 5 h. 45 du matin, par une douce température. La route se fait bien et assez rapidement. A deux kilomètres de Dialafara, il nous faut franchir le Tambaoura par de véritables sentiers de chèvres. Je suis si faible que je suis obligé de me faire porter. Je ne m’étais jamais vu dans un pareil état. Et pourtant nous n’avons plus que trois étapes à faire pour atteindre, au Galougo, la ligne de chemin de fer de Kayes à Bafoulabé. Y arriverai-je jamais ? Enfin, malgré des souffrances inouïes et de fréquents vomissements bilieux, je puis faire cette étape. A 9 h. 30, nous traversons de beaux lougans, et laissons sur notre gauche quelques petites cases dont l’ensemble forme un village de culture, appartenant à Orokoto, où nous mettons pied à terre, à 10 h. 45. De Dialafara à Orokoto, l’orientation de la route est N.-N.-E., et la distance qui sépare ces deux villages n’a pas plus de 21 kilomètres. Cette étape est une des plus mauvaises que nous ayons faite depuis le commencement de notre voyage. Je n’en ai pas rencontré qui présentent plus de difficultés. Le passage du Tambaoura est excessivement pénible. Le sentier ne fait que traverser des amoncellements de roches énormes. A partir de là, la route traverse des plateaux rocheux, où l’on n’avance qu’avec mille précautions. Ce n’est que cinq kilomètres environ avant d’arriver à Orokoto que la route devient meilleure. Elle est très difficilement praticable pour les animaux. Au point de vue géologique, rien de bien particulier à signaler. De Dialafara au Tambaoura, s’étend une vaste plaine de latérite.

Dans toute cette partie du Tambaoura, de même, du reste, que tout le long de la route, on ne trouve absolument que des quartz et des grès. Les conglomérats ferrugineux et les schistes sont fort rares. Très peu d’argiles. La latérite reparaît aux environs d’Orokoto. La végétation est, on le comprend aisément, des plus maigres. Les karités sont excessivement rares et finissent par disparaître complètement aux abords du village. Plus de caïl-cédrats, plus de nétés. Quelques rares fromagers et bambous rachitiques, quelques maigres lianes à caoutchouc également.

Orokoto, où nous faisons étape, est un village Malinké de quatre cents habitants environ. Sa population est uniquement formée de Sisokos. C’est la résidence du chef du Niambia. Il est construit sur un petit monticule que dominent des collines peu élevées. Son tata extérieur tombe en ruines. Celui du chef est en assez bon état, ainsi que deux ou trois autres petits tatas particuliers. Quant au village lui-même, il est fort mal entretenu, sale et dégoûtant.

Le Niambia, dont Orokoto est la capitale, est un petit Etat Malinké situé à l’Ouest de la chaîne principale du Tambaoura, dans l’angle qu’elle forme avec son contrefort Nord-Est. Au Nord et au Nord-Ouest il confine au Natiaga et au Niagala, à l’Ouest au Tambaoura, au Sud au Bambougou et à l’Est au Barnita. Sa superficie est d’environ 1,800 kilomètres. Il est peuplé de Malinkés et ce sont les Sisokos qui sont les maîtres du pays et les propriétaires du sol. Il fut colonisé par eux peu après leur arrivée dans le Bambouck et sous la conduite de deux fils de Moussa-Sisoko qui se nommaient : Haoussa N’Digui et Mansa-Gadio. Ils y sont restés depuis cette époque. Le Niambia n’a que onze villages et sa population est au plus de trois mille habitants. Elle est peu nombreuse, relativement à l’étendue du pays, et sa densité n’est que 1,6 habitant par kilomètre carré. Voici les noms de ces villages :

Orokoto (résidence du chef), Boundéri, Banguilima, Daraleo, Faragounkoto, Téba, Sédiankoto, Koungou, Gadiani, Dialakoto, Malembou.

Son aspect général est plutôt celui d’un pays de montagnes que celui d’un pays de plaines. Il est placé sous le protectorat de la France et relève du commandant du cercle de Kayes. Très pauvre, il arrive difficilement à s’acquitter chaque année du faible impôt auquel il a été taxé. C’était autrefois un véritable repaire de bandits et de détrousseurs de grands chemins. Aujourd’hui encore, malgré sa proximité des centres de Bafoulabé, Médine et Kayes, les dioulas n’osent guère s’y aventurer, tant est mauvaise sa réputation, et de temps en temps même actuellement, il n’est pas rare d’entendre dire qu’un marchand y a été dévalisé. Les réclamations de ce genre sont fréquentes à Bafoulabé et à Kayes.

Il existe entre Orokoto et Dialafara depuis quelques années une vieille haine dont le motif est assez curieux pour être rapporté ici. A Orokoto existe un individu, véritable chef du pays, bandit remarquable, qui a nom Siliman-Koy ou Siliman le blanc, pour le distinguer de son frère Siliman fi ou Siliman le noir, parce que ce dernier est plus foncé que le premier. Tous les deux sont excessivement redoutés dans le pays et ils annihilent complètement l’autorité du véritable chef du pays. Ce sont de plus des adversaires déclarés de l’influence française dans la région. Siliman-fi a même déclaré qu’il ne voulait jamais voir un blanc. Aussi dès qu’un officier est signalé ou annoncé dans les environs, quitte-t-il le village et se réfugie-t-il dans les environs où il possède un petit village de culture. Cet homme possède absolument le génie du vol. Le fait suivant en est la preuve. Il avait pu se procurer, je ne sais comment, un uniforme complet de tirailleur. Ainsi habillé, il partit un jour à la tête de ses hommes et se rendit à Linguékoto, dans le Kamana. Il exhiba là au chef du village un papier revêtu de la signature du commandant de Bafoulabé et portant le timbre du cercle, et lui annonça qu’il était chargé par ce fonctionnaire de lui réclamer le paiement immédiat de 10 gros d’or, soit environ 100 fr. Le chef s’exécuta sur le champ et paya. Je doute que Siliman-fi lui ait jamais donné bonne et valable quittance. Ces deux individus ont ainsi beaucoup de faits de ce genre à leur actif. Mais revenons à notre sujet. Il y a quelques années, Siliman-Koy s’éprit d’une jeune fille du village d’Orokoto, et il fut convenu avec le père que leur mariage serait célébré dès qu’elle serait nubile. Siliman-Koy devait payer en dot une vache, huit gros d’or et une pièce de guinée. La vache et la pièce de guinée furent immédiatement payées. Il n’en fut pas de même des huit gros d’or. Mais, entre temps, le cœur de la jeune enfant parla et un beau jour elle déclara à son père qu’elle ne voulait à aucun prix de Siliman-Koy et qu’elle voulait épouser un des fils du chef de Dialafara. Celui-ci paya au père la dot entière qu’il réclamait et offrit à Siliman de lui rendre ce qu’il avait déjà versé. Ce dernier refusa absolument. Mais pendant tous ces pourparlers, le mariage fut conclu avec le fils du chef de Dialafara et la femme eût même des enfants de lui, Inde iræ. Siliman-Koy alla réclamer à Médine et sut si bien exposer sa plainte au commandant de ce poste et l’entortiller que celui-ci ne trouva rien de mieux que de faire enlever par des tirailleurs à Dialafara la femme et le mari. Ce dernier fut ramené à Médine sous bonne escorte, et sévèrement puni. Je me demande pourquoi. La femme et ses enfants furent donnés à Siliman-Koy. Mais, un an après, elle s’enfuit de la maison de son nouveau mari et retourna avec l’ancien. Siliman-Koy vint la chercher à la tête de ses hommes et s’empara même d’une partie du troupeau de Dialafara.

En 1890, lorsque le capitaine Quiquandon, envoyé en mission spéciale dans le Bambouck, passa par là, les habitants de Dialafara lui firent part de leurs griefs contre Orokoto. Il leur fit rendre les bœufs qui leur avaient été volés, mais il ne fut nullement question de la femme. Depuis cette époque, chaque fois qu’ils en trouvent l’occasion, les gens d’Orokoto commettent, sur le territoire de Dialafara, toutes sortes de rapines. Les réclamations affluent à Kayes et à Bafoulabé, et, lorsque j’y suis passé, cette grave affaire n’était pas encore réglée. Mais à la suite d’une conférence qui eut lieu entre les commandants de ces deux cercles et à laquelle nous prîmes part comme témoins, tout paraissait être sur le point de s’arranger. Cette petite histoire montre, d’une façon évidente, que le sentiment de l’amour n’est pas inconnu des Noirs et qu’ils sont susceptibles d’attachement.

Tous ces faits qui, en somme, étaient de fraîche date, contribuèrent à me faire recevoir avec méfiance à Orokoto. Aussi, ne fus-je pas étonné, en arrivant, de constater qu’il n’y avait plus dans le village que les hommes. Les femmes et le troupeau avaient été envoyés dans la brousse. Je fis au chef de vifs reproches sur la façon dont se conduisait son village en cette circonstance. Quelques heures après mon arrivée, tout le monde était revenu. On s’était imaginé que je venais pour brûler le village et m’emparer du troupeau. La journée se passa mieux qu’elle n’avait commencé, et je n’eus qu’à me louer de la conduite de tous à mon égard.

2 février. — Nous quittâmes Orokoto à cinq heures du matin. La nuit a été relativement chaude. Petite brise de Sud-Est. Ciel clair et étoilé. Au lever du jour, le ciel se couvre un peu. Forte brise de Sud-Est. Le soleil ne paraît pas. Le ciel est resté couvert toute la journée. Il est tombé quelques gouttes de pluie vers onze heures, et, à midi, il fait une chaleur lourde et orageuse et un fort vent de Sud-Est. C’est la fin du petit hivernage. Cette petite saison pluvieuse ne dure jamais plus de huit à dix jours au maximum. Elle s’établit généralement vers la fin de la lune de janvier et cesse dans les premiers jours de la lune suivante. Pendant ce laps de temps, les vents passent par les quatre points cardinaux et il tombe quelques averses quand ils sont à l’Ouest et au Sud-Est. Dès qu’ils remontent vers l’Est, les pluies cessent, la chaleur devient lourde et orageuse, et lorsqu’ils sont redevenus franchement Est et Nord-Est, elle est sèche et se maintient ainsi jusqu’à la fin de la belle saison, au retour de l’hivernage, vers la mi-juin.

Ma santé s’est un peu améliorée ; mais je suis toujours excessivement faible et de plus j’ai les pieds tellement enflés que je ne puis plus mettre mes bottes. Je suis anémié au plus haut degré. Je n’ai plus aucune illusion à me faire à ce sujet. Heureusement que dans deux jours je vais enfin pouvoir me soigner un peu.

La route d’Orokoto à Malembou se fit rapidement. A l’heure dite, les porteurs sont réunis, les préparatifs du départ lestement faits et une demi-heure après ce réveil, nous pouvons nous mettre en route. A six heures, nous faisons la halte au petit village de Téba.

Téba est un petit village Malinké de 150 habitants. Sa population est uniquement formée de forgerons. Il s’élève au pied d’une falaise à pic et est entouré de toutes parts de hautes collines. Il est absolument ouvert et ne possède aucun tata ni intérieur ni extérieur. J’y suis très bien reçu, le chef vint me saluer dès mon arrivée et m’offre du lait en abondance pour mes hommes et pour moi. Inutile de dire que le village est sale comme tout bon village Malinké doit l’être. Après nous être reposé pendant une demi-heure nous nous remettons en route. A peu de distance du village il nous faut gravir un passage escarpé d’environ un kilomètre de longueur. Ce ne sont que des escaliers rocheux auxquels succèdent de vastes plateaux formés de grès absolument lisses et polis. On voit que pendant des siècles, il a dû couler là un fleuve immense et que des masses d’eau considérables ont dû passer par-dessus ces énormes rochers. Il devait y avoir en cet endroit une chute majestueuse. Du reste, tout semble indiquer que la plus grande partie de la route de Malembou à Orokoto suit le cours d’un ancien cours d’eau. Elle est épouvantable. Ce ne sont partout que des roches gigantesques et c’est au milieu d’un véritable chaos que l’on chevauche. Partout l’eau a laissé sa trace ineffaçable. Les quelques marigots que l’on rencontre et notamment le Tamba-Kô, le seul important de la région, sont à fond de roches et très difficiles à traverser. Il n’y a qu’à environ six kilomètres de Malembou qu’elle devient réellement praticable. Au point de vue géologique, des quartz, des grès, des schistes et des conglomérats ; toutes roches absolument ferrugineuses. Mentionnons tout spécialement les énormes blocs de schistes lamelleux que l’on trouve entre Orokoto et Téba. Par ci par là quelques ilots d’argiles. Enfin à 5 kilomètres environ de Malembou, la latérite apparaît et forme un vaste plateau qui s’étend jusqu’au village. Nous y arrivons à 10 b. 50. Végétation très pauvre : quelques caïls-cédrats, fromagers, lianes à caoutchouc. Au bord des marigots, de superbes palmiers. Les karités, rares au début de la route, deviennent plus communs à la fin et sont très abondants aux environs de Malembou.

Malembou est un petit village Malinké dont la population s’élève à 100 habitants tout au plus. C’est le dernier village du Niambia dans cette direction. Il est situé à 25 kilomètres au Nord-Est d’Orokoto. Fort mal entretenu, il ne possède aucun moyen de défense. Il est construit comme tous les villages Malinkés sur un petit monticule au centre d’une plaine que dominent au Nord et au Sud de petites collines. J’y suis très bien reçu et les habitants me donnent, moyennant une petite redevance, tout ce qu’il me faut pour mon personnel et pour moi. La journée se passe sans incident et je m’endormis tout heureux en songeant que l’étape prochaine sera la dernière. Demain nous serons au Galougo. Demain ce sera la fin de la brousse, le chemin de fer, Kayes, le repos.

3 février. — Je n’ai pas de peine à réveiller mon monde. Personne n’a dormi, tant on a hâte d’arriver. Aussi les préparatifs du départ sont-ils lestement faits et à cinq heures nous nous mettons en route. Le jour commence à poindre. Nous arrivons enfin sans encombre à Faidherbe-sur-Galougo, à 10 h. 45, tout heureux de voir enfin cette ligne de chemin de fer tant désirée.

La route de Malembou à Faidherbe-sur-Galougo ne présente aucune difficulté dans sa première partie. Elle se déroule au milieu d’une plaine absolument unie que ne traverse aucun marigot. Il n’en est pas de même dans sa seconde partie. On ne chevauche alors que dans des sentiers obstrués par des roches énormes et la route est difficilement praticable pour les animaux. Le passage du Tamba-Kô que l’on franchit deux fois est des plus difficiles. Son fond formé de roches énormes et glissantes rend l’opération très délicate. Au point de vue géologique, rien de particulier. En quittant Malembou et après avoir traversé une petite bande de latérite d’environ un kilomètre de largeur, on marche pendant environ 15 kilomètres au milieu d’une vaste plaine d’argile. A partir de ce point, nous ne trouvons plus que des quartz, grès, conglomérats ferrugineux et schistes. Ces derniers sont assez rares. La latérite apparaît aux environs du petit village de Faidherbe-sur-Galougo. Végétation très maigre, quelques rares karités dans la première partie de la route. Ils sont plus abondants dans la seconde et finissent par disparaître trois kilomètres environ avant d’arriver au Galougo. Les lianes à caoutchouc sont peu abondantes, et les fromagers, caïl-cédrats, Légumineuses ont presque tous complètement disparu.

Faidherbe-sur-Galougo est un petit village Malinké que les indigènes désignent sous le nom de Gossi. Sa population n’est pas de plus de 130 habitants. Fondé en 1887, par le lieutenant-colonel Galliéni, alors commandant supérieur du Soudan Français, il fut détruit en 1890 par les cavaliers Toucouleurs d’Ahmadou et reconstruit depuis. Appelé Faidherbe-sur-Galougou par le commandant de Monségur, alors commandant des cercles à Kayes, il n’est connu d’aucun noir sous ce nom. Il est mal construit, mal entretenu et fort sale. Ceci est classique, chacun le sait, pour les villages Malinkés. Nous le traversons sans nous y arrêter et allons tout droit au campement du chemin de fer, situé à environ 150 mètres du village. Bien entendu, le train pour Kayes est passé depuis une heure et demie à peine et il n’y en aura plus que dimanche prochain. Mais dans l’après-midi il y en aura un pour Bafoulabé. Je décide alors de me rendre à ce poste pour y attendre le départ pour Kayes. Mes animaux s’y rendront par étapes. Je comptais trouver un officier au Galougo et un magasin pour pouvoir m’y ravitailler. Il n’y a plus maintenant que deux canonniers qui y sont chargés de l’entretien de la voie. Ils m’offrent du pain et un peu de vin. Je n’ai garde de refuser. Il y a si longtemps que je n’en ai goûté. Je suis obligé de leur faire préparer, moyennant rétribution bien entendu, du couscouss par les habitants du village. Enfin, vers deux heures, arrive le train. J’ai la bonne chance d’y trouver nos amis Huvenoit, capitaine d’artillerie de marine, directeur du chemin de fer, Cruchet, aide-commissaire, le docteur Collomb, mon excellent collègue, et d’autres officiers que leur service appelle soit sur la ligne, soit à Bafoulabé. Tous me font la plus cordiale des réceptions.

Nous arrivons à Bafoulabé à six heures du soir. A la gare de Talahari nous avions laissé Huvenoit et la plupart des officiers qui voyageaient avec nous. Seuls, Collomb, Cruchet et moi continuons jusqu’à Bafoulabé. Chemin faisant, Collomb me raconte que la colonie vient d’être cruellement éprouvée par une épidémie analogue à la fièvre jaune qui a sévi dans la plupart de nos postes, et qui y a fait de nombreuses victimes. Quatorze officiers entre autres ont succombé et parmi eux deux de nos collègues. Au débarcadère à Bafoulabé, nous fûmes reçus par le commandant du cercle, le capitaine Conrard, un vieux Soudanais et un de mes meilleurs amis, et par mon collègue, le Dr Gallas, médecin-major du poste. Je fus obligé de m’appuyer sur leurs bras pour pouvoir arriver jusqu’à leur logement. J’étais bien épuisé, mais la joie du retour, la perspective de coucher dans un bon lit et surtout les soins si attentionnés et si affectueux dont m’entourèrent ces bons amis me firent oublier ma fatigue. Que tous reçoivent ici le témoignage de ma profonde reconnaissance. Je ne saurais oublier les marques de sympathie qu’ils m’ont manifestées pendant que je suis resté leur hôte. Je ne manquai pas dès mon arrivée d’annoncer mon retour à M. le délégué du commandant supérieur du Soudan Français.

La réponse ne se fit pas attendre. M. le chef d’escadron d’artillerie de marine de Labouret, qui remplissait alors ces fonctions à Kayes pendant l’absence de M. le lieutenant-colonel Humbert qui, à cette époque, dirigeait les opérations contre Samory, m’adressa aussitôt le télégramme suivant que je transcris ici fidèlement.

« Délégué commandant supérieur à docteur Rançon. Bafoulabé, no 347. Vous adresse amitiés et dépêche colonel no 748 de Bissandougou. « 19 novembre 1892, commandant supérieur à docteur Rançon, Kayes ; en communication, délégué commandant supérieur Kayes. Reçu votre lettre du 11 décembre. Suis très content vous savoir en bonne santé. Je prie mon délégué à Kayes de faire payer votre palefrenier Moussa-Sacko de sa solde et de lui faire un cadeau pour le récompenser de ses bons services avec vous. Serais très heureux causer avec vous à mon retour de votre mission qui, je l’espère, sera très utile pour le commerce futur du Soudan. Souhaits de bonne santé et de bonne réussite ».

Ce témoignage particulier de sympathie et d’estime, émané de l’autorité supérieure, tout l’intérêt et toute l’affection que me manifestaient mes amis à Bafoulabé, à Kayes et en France, me récompensèrent grandement de mes travaux et ne tardèrent pas à me faire oublier les déceptions et les fatigues que j’avais éprouvées pendant mon voyage.

FIN

NOTES :

[Note 1 : Cette disparition, aujourd’hui à peu près réalisée, tient aux procédés barbares employés par les Malais des îles de la Sonde, qui, pour obtenir un plus grand rendement immédiat de l’Isonandra ou Palachium Gutta, n’hésitent pas à couper l’arbre au lieu de le saigner discrètement, et sans atteindre par cette exploitation ses œuvres vives, comme la prévoyance la plus élémentaire le commanderait.]

[Note 2 : On trouvera dans le IIe volume des Annales du Musée colonial de Marseille un mémoire posthume de Geoffroy sur un produit intéressant de la Guyane. La valeur de ce travail laisse présager ce qu’aurait été le rapport de mission de ce savant et scrupuleux observateur.]

[Note 3 : Marchand ambulant, colporteur.]

[Note 4 : Parkia biglobosa Benth.]

[Note 5 : Champs cultivés.]

[Note 6 : Borassus flabelliformis L., palmier à vin.]

[Note 7 : Voir pour plus amples détails le travail de MM. Heckel et Schlagdenhauffen sur cette graine comestible. (Journ. de pharm. et chimie du 15 juin 1887 et Bull. de la Soc. de Géog. de Marseille). C’est le Oull des Woloffs.]

[Note 8 : Voir pour plus amples détails sur ce poison d’épreuve le mémoire de MM. Heckel et Schlagdenhauffen dans le journal Les Nouveaux Remèdes, 1886.]

[Note 9 : Cola cordifolia de Rob. Brown : on ignore si la graine de ce végétal renferme de la caféine comme celle du Cola acuminata R. Brown. (Voir la monographie des Kolas africains par E. Heckel dans le 1er vol. des Annales de l’Institut colonial, 1893). Ce végétal est encore nommé N’Dimb dans certains dialectes.]

[Note 10 : Khaya senegalensis A. de Jussieu ; c’est le Quinquina du Sénégal, bon fébrifuge par son écorce.]

[Note 11 : Sorgho vulgare Pers.]

[Note 12 : Arachis hypogæa L.]

[Note 13 : Hibiscus esculentus L.]

[Note 14 : Carica Papaya L.]

[Note 15 : Voir au sujet de ce végétal, le travail de MM. Heckel et Schlagdenhauffen dans le journal Les nouveaux Remèdes. — 1888.]

[Note 16 : Zea Maïs L.]

[Note 17 : Cet intéressant animal a été l’objet de récentes observations sur ses mœurs, son anatomie et sa physiologie, dans le journal La Nature, de Tissandier (1891), de la part de MM. les professeurs Heckel, de Marseille, et Vaillant, du Muséum de Paris. Plus tard M. Dubois, de la Faculté des Sciences de Lyon, a communiqué à l’Association scientifique de France (1892) des observations physiologiques sur sa respiration.]

[Note 18 : C’est une opinion, du reste aujourd’hui reconnue erronée, qui a été soutenue, avec beaucoup d’autres du même genre, par Ch. Martins.]

[Note 19 : Voir, au sujet de ce végétal précieux et de son utilisation, un travail du professeur Édouard Heckel intitulé « Un arbre à beurre et une nouvelle source de Gutta » dans le journal La Nature, de G. Tissandier, 1885.]

[Note 20 : Voir sur cette curieuse plante le mémoire de M. le professeur Edouard Heckel qui l’a fait connaître le premier dans les Annales de la Faculté des sciences de Marseille, 1891, 1er fascicule.]

[Note 21 : Cette plante médicinale très intéressante est en ce moment en même temps que sa congénère le Sangol (Cocculus Leæba D. C.), l’objet d’une étude détaillée de la part de MM. les professeurs Heckel et Schlagdenhauffen. Ce travail sera inséré dans le IIIe volume (1895) des Annales de l’Institut colonial de Marseille.]

[Note 22 : Ceratanthera Beaumetzi Heckel, rhizôme purgatif et tænifuge.]

[Note 23 : Le Nando est le Sarcocephelus esculentus Afz. trouvé sous ce nom par Corre près de Joal et connu comme remède employé par les indigènes contre les maux de ventre. Voir à ce sujet le mémoire de MM. E. Heckel et Schlagdenhauffen (Archives de Médecine navale, Décembre 1885 et Janvier 1886. (Note de M. Heckel).]

[Note 24 : Le Fouff serait, d’après Lecart, un nom Woloff donné à un Polygala usité au Sénégal et au Soudan contre la morsure des serpents (Note de M. Heckel).]

[Note 25 : Cette odeur est vraisemblablement due à l’éther méthylsalicilique dont la présence a été constatée récemment par M. Bourquelot dans plusieurs espèces du genre Polygala (Note de M. Heckel).]

[Note 26 : C’est probablement l’Asclepias Curassavica L.]

[Note 27 : Le Cantacoula dont je n’ai vu que les coques renfermant le hammout, est certainement une Rutacée-Aurantiacée, qui se rapproche beaucoup des Feronia de l’Inde. Ces derniers ont aussi une pulpe acidule agréable dans laquelle sont noyées les graines (E. Heckel).]

[Note 28 : Ce végétal appartient évidemment au genre Balsamodendron et doit être voisin de l’espèce B. africanum Arnott, qui fournit le Bdellium d’Afrique (Heckel).]

[Note 29 : Il est formé par les feuilles d’une Verbénacée du genre Verbena (E. Heckel).]

[Note 30 : Espèce très rapprochée du Ximenia americana et que je nomme X. Seno D. C. (E. Heckel).]

[Note 31 : Tué depuis aux côtés du colonel Bonnier, à l’affaire de Goundam.]

[Note 32 : L’écorce de la racine de cette plante est connue depuis longtemps en matière médicale sous le nom d’écorce de Mudar ; elle est réputée tonique et diaphorétique (E. Heckel).]

TABLE DES MATIÈRES * * * * *

INTRODUCTION 7

=CHAPITRE I= 11

Comment je fus amené à visiter la Haute-Gambie. — Aperçu rapide de l’itinéraire que j’ai suivi pour m’y rendre. — Composition de ma caravane. — Mon interprète Almoudo Samba N’ Diaye. — De Kayes à Nétéboulou (Ouli). — Séjour à Nétéboulou. — Maladie. — Manque de vivres. — Comment je fus ravitaillé par la Compagnie Française de la côte occidentale d’Afrique. — Extrême complaisance de M. le capitaine Roux, de l’infanterie de marine, commandant du cercle de Bakel. — Je puis quitter Nétéboulou. — Préparatifs de départ. — Projet d’itinéraire. — Nétéboulou. — Son histoire. — Sa population. — Son chef Sandia-Diamé. — Importance de sa situation au point de vue commercial. — Son avenir.

=CHAPITRE II= 23

Départ de Nétéboulou. — Témoignages de sympathie de la population. — En route pour Sini. — Ordre de marche de la caravane. — La plaine de Genoto. — Arrivée à Makadian-Counda. — De Makadian-Counda à Sini. — Arrivée à Sini. — Belle réception. — Le tam-tam. — Le Balafon. — Sérénade. — Le chef du Ouli, Massa-Ouli. — Sa famille. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Nété. — Le Téli. — Le N’taba. — Sini. — Sa population. — Belles cultures. — Départ de Sini. — Canapé. — Lait et beurre en abondance. — Soutoko. — La mosquée. — Villages Peulhs. — Fatigue de la route. — Arrivée à Barocounda. — Départ de Barocounda. — Arrivée à Toubacouta. — Épisode de la guerre du marabout Mahmadou-Lamine-Dramé. — Réception peu cordiale à Toubacouta. — Belle case. — Traces du passage de la mission de délimitation des possessions Françaises et Anglaises en Gambie. — Toubacouta. — L’ancien et le nouveau village. — L’envoyé de Guimmé-Mahmady, le chef du Sandougou. — Beaux lougans. — Belles rizières. — Le marigot de Maka-Doua, frontière du Ouli et du Sandougou. — Description de la route de Sini à Toubacouta. — Géologie. — Botanique. — Le dougoura.

=CHAPITRE III= 53

Le Ouli. — Situation. — Limites. — Aspect général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations. — Ethnologie. — Rapports du chef du pays avec les différents villages. — Rapports du Ouli avec les autorités françaises. — Conclusions.

=CHAPITRE IV= 72

Départ de Toubacouta. — Beaux lougans de mil. — Le Caïl-cédrat. — Arrivée à Dalésilamé. — Village Sarracolé et village Malinké Musulman. — Rencontre d’un dioula. — De l’hospitalité chez les indigènes. — Souma-Counda. — De Souma-Counda à Missira. — Cordiale réception. — Guimmé-Mahmady, chef du Sandougou. — Séjour à Missira. — Visite des chefs des villages du Sandougou. — Beurre, lait, kolas en abondance. — Violente tornade. — Départ de Missira. — Vastes champs d’arachides. — Pioche spéciale pour les arracher. — Le Diabéré. — Diakaba. — Nombreux papayers. — Sidigui-Counda. — Saré-fodé. — Saré-Demba-Ouali. — Son chef Demba. — Visite du frère de Maka-Cissé, chef du Sandougou occidental. — Cordiale réception des Peulhs. — Puces et punaises. — Départ de Saré-Demba-Ouali. — Le village Ouolof de Tabandi. — Arrivée au village Toucouleur Torodo de Oualia. — Ousman-Celli, son chef. — Belle réception. — Belle case. — Excursion au Sandougou. — Saré-Demboubé. — Le Sandougou frontière du Niani et du Sandougou. — Le gué de Oualia. — Description de la route de Toubacouta au Sandougou. — Le Baobab. — Le Kinkélibah. — Violent accès de fièvre.

=CHAPITRE V= 98

Le Sandougou. — Description géographique. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations. — Ethnologie. — Situation et organisation politiques. — Rapports avec les autorités françaises. — Conclusions.

=CHAPITRE VI= 113

Départ de Oualia. — Passage du Sandougou. — Cissé-Counda-Teguenda. — Countiao. — Cissé-Counda. — Arrivée à Koussalan. — Grande fatigue éprouvée pendant la route. — Description de la route du Sandougou à Koussalan. — Koussalan, sa population, son chef. — Beaux lougans. — Le mil. — Le maïs. — Le tamarinier. — Départ de Koussalan. — Carantaba. — Beaux jardins d’oignons. — Calen-Foulbé. — Calen-Ouolof. — Description de la route de Koussalan à Calen-Ouolof. — Le Laré ou Saba, liane à caoutchouc. — Je reçois une lettre de M. l’Agent de la Compagnie française à Mac-Carthy. — Nuit sans sommeil. — Les moustiques. — Départ de Calen-Ouolof. — Rosée abondante. — Yola. — Couiaou. — Lamine-Sandi-Counda. — Medina-Canti-Countou. — Arrivée à Lamine-Coto. — J’y trouve M. Joannon, agent de la Compagnie française à Mac-Carthy. — Réception amicale. — Arrivée à Mac-Carthy. — Description de la route de Calen-Ouolof à Mac-Carthy. — Le riz et les rizières. — Le rônier. — Installation et séjour à Mac-Carthy. — Réception sympathique. — Arrivée de MM. Frey et Trouint, agents de la Compagnie. — Nombreux achats en prévision de mon voyage au Kantora, à Damentan et aux pays des Coniaguiés. — Nous sommes tous malades. — Départ retardé.

=CHAPITRE VII= 145

Mac-Carthy. — Situation géographique. — Notice historique. — Description géographique. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Climatologie. — Flore. — Productions du sol ; cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Le Protopterus ou Mudfisch des Anglais, ou Schlammfisch des Allemands, ou poisson de vase. — Ethnographie ; populations. — Organisation politique et administration. — Conclusions.

=CHAPITRE VIII= 158

Départ de Mac-Carthy. — En route pour le Kalonkadougou. — Diamali. — La vigne du Soudan. — Canouma. — Le Fonio. — Le Fromager. — Counté-Counda. — Arrivée à Demba-Counda. — Fatigue extrême. — Bonne réception. — Le village. — Son chef. — Je suis forcé d’y rester deux jours. — Description de la route de Mac-Carthy à Demba-Counda. — Géologie. — Botanique. — Bizarre superstition. — Départ de Demba-Counda. — Arrivée à Kountata, premier village du Kalonkadougou. — De Kountata à Diambour. — Beaux lougans. — Les puits de Diambour. — Belle réception. — Le village. — Massa-Diambour. — Séjour à Diambour. — Départ pour Goundiourou. — Arrivée à Goundiourou. — Village en ruines. — Oseille et tomates indigènes. — Description de la route de Diambour à Goundiourou. — De Goundiourou à Daouadi. — Guiriméo. — Mansa-Bakari-Counda. — Saré-Dadi. — Daouadi. — Aspect du village. — Un courrier rapide. — Lettre de M. Frey. — Description de la route de Goundiourou à Daouadi. — La gomme et les gommiers. — La gomme de Kellé. — De Daouadi à Coutia. — Boulou. — Coutia. — Massa-Coutia. — Aspect du village. — Les tisserands. — Description de la route de Daouadi à Coutia. — Le coton. — Les Niébès-Ghertés ou Tigalo-N’galo. — Patates douces.

=CHAPITRE IX= 186

Le Kalonkadougou. — Limites-frontières. — Description géographique. — Aspect général. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Situation et organisation politiques actuelles. — Rapports avec les autorités françaises. — Conclusions.

=CHAPITRE X= 196

Départ de Coutia. — Kalibiron. — Diabaké. — Paquira. — Arrivée à Koussanar. — Description de la route de Coutia à Koussanar. — Géologie. — Botanique. — Cultures. — Koussanar. — Aspect du village. — Nombreuses variétés d’acacias. — Beaux jardins de tabac. — De Koussanar à Goundiourou. — Coumbidian. — Ahmady-Faali-Counda. — Description de la route suivie. — Goundiourou. — Remarquable propreté du village. — Nombreuses visites. — Belles plantations de haricots. — De Goundiourou à Sini. — Siouoro. — Massara vient à mon avance. — Arrivée à Sini. — Cordiale réception. — Description de la route de Goundiourou à Sini. — Géologie. — Botanique. — Départ de Sini. — Arrivée à Nétéboulou. — Séjour à Nétéboulou. — Grands préparatifs. — Organisation d’un convoi pour Kayes. — Pas de courrier. — Un voyage extraordinaire. — Étrange superstition. — Le génie du foyer. — Départ de Nétéboulou. — Arrivée à Passamassi. — Belle réception. — Belle case. — Description de la route de Nétéboulou à Passamassi. — Belles plantations d’indigo. — De Passamassi à Son-Counda. — Yabouteguenda. — Le traitant Niamé-Lamine. — Passage de la Gambie. — Les caïmans. — Arrivée à Son-Counda. — Description de la route de Passamassi à Son-Counda. — Nous sommes dans le Kantora. — Le vieux chef du pays. — Aspect du village. — Courges. — Calebasses. — Gombos. — Je me dispose à partir pour Damentan.

=CHAPITRE XI= 223

Le Kantora. — Limites, frontières. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Rapports du chef avec ses administrés. — Situation politique actuelle. — Rapports avec les autorités françaises. — Émigration.

=CHAPITRE XII= 233

Départ de Son-Counda. — Marche de nuit. — Frayeur des Malinkés. — Héméralopie. — Itinéraire de Son-Counda au marigot de Tabali. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Le Dion-Mousso-Dion-Soulo. — Campement en plein air. — Un gourbi en paille. — De Tabali à la rivière Grey. — Itinéraire. — Passage de la rivière Grey. — Ingénieuse embarcation. — De la rivière Grey au marigot de Konkou-Oulou-Boulo. — Itinéraire. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Les lianes Delbi et Bonghi. — Le Barambara. — Du marigot de Konkou-Oulou-Boulou à Damentan. — Itinéraire. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Le Karité. — Arrivée à Damentan. — Belle réception. — Le chef Alpha-Niabali. — Séjour à Damentan. — Palabres. — Influence du chef dans la région. — Fanatisme musulman. — Arrivée d’un Coniaguié. — Je l’envoie annoncer ma visite à son chef. — Environs de Damentan. — Belles cultures. — Le Ricin. — Préparatifs de départ pour le Coniaguié.

=CHAPITRE XIII= 258

Le pays de Damentan. — Limites. — Frontières. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations, ethnographie. — Rapports de Damentan avec les pays voisins. — Rapports de Damentan avec les autorités françaises.

=CHAPITRE XIV= 270

Départ de Damentan. — Le guide Fodé. — De Damentan au marigot de Bamboulo. — Itinéraire. — Description de la route. — Le Belancounfo. — Le Raphia vinifera. — Du marigot de Bamboulo au marigot de Oudari. — Itinéraire. — Description de la route. — Rencontre de quatre chasseurs Coniaguiés. — Traces laissées par une troupe d’éléphants. — Le campement de Oudari. — Départ de Oudari. — Passage du marigot. — Les termitières. — Le marigot de Oupéré. — Le marigot de Mitchi. — Belle végétation. — Un pont dans les branches. — Le palmier oléifère (Elæis Guineensis). — Le marigot de Bankounkou. — Nous apercevons le plateau du Coniaguié. — Les lougans. — Frayeur des enfants et des femmes Coniaguiés à mon aspect. — Curiosité des hommes. — Le Bakis. — Iguigni, le premier village Coniaguié. — Karakaté. — Ouraké. — Halte sous un fromager. — Le chef du village, grand-prêtre et gardien du territoire. — Étrange superstition. — En route pour Yffané, la capitale. — Nombreux sentiers, nombreux détours. — Une curieuse escorte. — Arrivée à Yffané. — Halte sous un beau tamarinier. — Le chef Tounkané. — Je suis autorisé à me reposer dans le village Malinké. — Défense à mes hommes et à moi d’entrer dans le village Coniaguié. — Curiosité indiscrète des indigènes. — Description de la route du marigot de Oudari à Yffané. — Géologie. — Botanique.

=CHAPITRE XV= 292

Séjour à Yffané. — Deuxième journée. — Tam-tam. — Chiens. — Chacals. — Cris bizarres dans le village. — Étrange coutume. — Nombreux visiteurs. — Visite de Tounkané. — Grand palabre. — Pas de vivres. — Cordiale et généreuse hospitalité des Malinkés. — Tounkané me demande en cachette une bouteille de gin. — Abondance du gibier dans les environs d’Yffané. — Troisième journée. — Nombreuses visites de dioulas Malinkés établis dans le pays. — Les pintades. — Tounkané me fait cadeau d’un bœuf. — Je puis enfin me procurer un peu de mil et de fonio. — Refus de Tounkané de me donner des porteurs pour retourner à Damentan. — Dans la soirée il me promet de m’en donner le lendemain matin. — Il enverra deux délégués à Nétéboulou pour s’aboucher avec le commandant de Bakel. — Heureux résultat de mon voyage. — Départ d’Yffané. — Tounkané me donne deux guides, mais pas de porteurs. — D’Yffané au marigot de Oudari. — Campement à Oudari. — Inquiétudes de Sandia. — Arrivée de quatre Coniaguiés qui font route avec nous. — Du marigot de Oudari à Damentan. — Les antilopes. — Les sangliers. — Arrivée à Damentan. — Joie d’Alpha-Niabali de me revoir. — Récit de Sandia et d’Almoudo. — Ils m’apprennent les dangers que nous avons courus au Coniaguié.

=CHAPITRE XVI= 309

Le pays de Coniaguié et le pays de Bassaré. — Limites. — Frontières. — Aspect général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Faune. — Animaux domestiques. — Les bœufs. — Les poulets. — Les pintades. — Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Populations. — Ethnographie. — Ethnologie. — Sociologie. — Opinions diverses sur l’origine des Coniaguiés et des Bassarés. — Les villages. — Les habitations. — La nourriture. — La coiffure. — Le vêtement. — Organisation de la société. — La famille. — Rôle de la femme dans les affaires publiques. — Religion. — La guerre. — Les armes. — Fabrication de la poudre. — Langage. — Situation politique actuelle. — Rapports des Coniaguiés avec leurs voisins. — Notes diverses sur les Bassarés.

=CHAPITRE XVII= 344

Repos à Damentan. — Départ de Damentan. — De Damentan à la Gambie. — Le Manioc. — La Pourghère. — Traces du passage d’une hyène. — Arrivée sur la rive droite de la Gambie. — Une forêt de rôniers. — Le gué de Voumbouteguenda entre Damentan et Bady. — Le fils du chef de Damentan vient me rejoindre. — Passage de la Gambie. — Entre la Gambie et Bady. — Immense incendie. — Une superstition bizarre. — Description de la route entre Damentan et Bady. — Géologie. — Botanique. — Datura. — Sendiègne. — M’Bolon-M’Bolon. — Arrivée à Bady. — Le village. — Le chef. — Nous sommes bien reçus. — La population. — Grand nombre de goîtreux. — Maladies de la peau. — Palabres. — Sandia me quitte pour retourner à Nétéboulou. — Départ de Bady. — Sansanto. — Niongané. — Beaux lougans d’arachides. — Arrivée à Iéninialla. — Belle réception. — Description de la route de Bady à Iéninialla. — Géologie. — Botanique. — Le Vène. — Départ de Iéninialla. — Le pont sur le Barsancounti. — Passage de la rivière Balé. — Rencontre d’une députation des notables de Gamon venus au devant de moi. — Arrivée à Gamon. — Belle réception. — Belle case. — Description de la route de Iéninialla à Gamon. — Géologie. — Botanique. — Le Nando. — Le Fouff. — Les dattiers. — Les piments. — Description du village. — Le chef. — Palabres. — Plaintes des habitants.

=CHAPITRE XVIII= 364

Le Tenda et le pays de Gamon. — Frontières, Limites. — Aspect général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Organisation politique. — Rapports avec les pays voisins. — Rapports avec les autorités françaises.

=CHAPITRE XIX= 386

Départ de Gamon. — Difficultés au moment de se mettre en route. — Toujours les porteurs sont en retard. — De Gamon au marigot de Firali-Kô. — Route suivie. — Tumulus. — Respect des Noirs pour les morts. — Campement sur les bords du marigot. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Fogan ou Tirba. — Le Cantacoula. — Nouvelle lune. — Pratique religieuse des Noirs à cette occasion. — Départ du Firali-Kô. — Route suivie du Firali-Kô au marigot de Sandikoto-Kô. — Rencontre d’un lion. — Le Niocolo-Koba. — Campement sur les bords du Sandikoto-Kô. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Hammout. — Du Sandikoto-Kô à Sibikili. — Route suivie. — Chasse au bœuf sauvage. — Récit de Mahmady au sujet d’un éléphant. — Arrivée à Sibikili. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Bambou. — Une maladie particulière sur ce végétal. — Réception à Sibikili. — Tout le village est ivre. — Description du village. — Fortifications Malinkées. — En route pour Badon. — Route suivie. — Rencontre d’une députation que le chef envoie au devant de moi. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Le Calama. — Arrivée à Badon. — Belle réception. — Le village. — Le chef. — La population. — Je tombe sérieusement malade.

=CHAPITRE XX= 412

Le pays de Badon. — Limites, frontières. — Aspect général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Faune, animaux domestiques. — Flore, productions du sol, cultures. — Populations, ethnographie. — Situation et organisation politiques. — Rapports du pays de Badon avec les pays voisins. — Rapport du pays de Badon avec les autorités françaises. — Le Badon au point de vue commercial. — Conclusions. — Traités passés par le pays de Badon avec la France.

=CHAPITRE XXI= 429

Séjour à Badon. — Je suis gravement malade d’un accès de fièvre à forme bilieuse hématurique. — Générosité de Toumané pour mes hommes et pour moi. — Sa passion pour le dolo. — Arrivée à Badon d’un envoyé du commandant supérieur du Soudan se rendant au Fouta-Diallon. — Plaintes de Toumané au sujet des gens du Bélédougou. — Ma santé s’améliore un peu. — Passage de nombreux dioulas à Badon. — Plaintes de Toumané au sujet des dioulas. — Comment on tue un bœuf chez les Malinkés. — Je puis enfin partir. — Nombreuse escorte. — Faiblesse extrême. — Départ de Badon pour Tomborocoto (Niocolo). — Route suivie. — Passage de la Gambie. — Arrivée à Tomborocoto. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Les Sénés. — Le thé de Gambie. — Tomborocoto. — Mauvaise réputation des habitants. — Je suis bien reçu. — Départ de Tomborocoto. — Route suivie. — Les lougans et les villages de cultures. — Arrivée à Dikhoy. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Poivre. — Enormes haricots. — Dikhoy. — Belle case. — Légende Malinkée. — Un chef parent d’un oiseau. — Départ de Dikhoy. — De Dikhoy à Laminia. — Route suivie. — Médina. — Diengui. — Sillacounda. — Les Karités. — Les troupeaux. — Palabre à Sillacounda. — Passage de la Gambie. — Un bœuf pris par un caïman. — Façon de pêcher des habitants de Sillacounda et de Laminia. — Arrivée à Laminia. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — La chasse. — Le Touloucouna. — Laminia. — Description du village. — Sa population. — Riches troupeaux. — Belles cultures. — Arrivée d’une caravane de dioulas chargée de kolas. — Le kola au Soudan français. — Fanatisme musulman des Diakankés. — Une école de marabouts et de talibés. — Une séance de tatouage.

=CHAPITRE XXII= 473

Le Niocolo. — Limites, frontières. — Aspect général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Climatologie. — Flore, productions du sol, cultures. — Faunes, animaux domestiques. — Populations, Ethnographie. — Situation et organisation politiques actuelles. — Rapports du Niocolo avec les pays voisins. — Rapports du Niocolo avec les autorités Françaises. — Le Niocolo au point de vue commercial. — Conclusions.

=CHAPITRE XXIII= 496

Départ de Laminia. — Souhaits de bon voyage. — Pratique religieuse à ce sujet. — De Laminia à Médina. — Dentilia. — Route suivie. — Extraction du fer. — Hauts-fourneaux. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Le Diabé. — La Fève de Calabar. — Arrivée à Médina. — Dentilia. — Le pavillon tricolore. — Belle réception. — Orchestre original. — Description du village. — En route pour Saraia. — Route suivie. — Bembou. — Badioula. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Les ficus. — Le Seno. — Les Strophanthus. — Arrivée à Saraia. — Le village. — Un mariage chez les Malinkés. — Départ pour Dalafi. — Beaux lougans. — Le Caoutchouc. — Arrivée à Dalafi. — Mensonges des habitants. — Respect des indigènes pour les bœufs blancs. — En route pour Diaka. — Médina. — Route suivie. — L’Anacarde. — Cordiale réception.

=CHAPITRE XXIV= 528

Le Dentilia. — Frontières, limites. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, production du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations, Ethnographie. — Situation et organisation politiques. — Rapport du Dentilia avec les pays voisins. — Rapport du Dentilia avec les autorités Françaises. — Le Dentilia au point de vue commercial. — Conclusions.

=CHAPITRE XXV= 545

Départ de Diaka-Médina. — Marche de nuit. — Fuite d’un porteur. — Rencontre d’une nombreuse caravane. — Le commerce du sel au Soudan. — Passage de la Falémé. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Kaki. — Arrivée à Faraba. — Nous sommes en pays de connaissance. — Le village, le chef. — Recherche de l’or. — Départ de Faraba. — A travers le Sintédougou et le Bambouck. — Sansando. — Dioulafoundoundi. — Soukoutola. — Notes sur le Sintédougou. — La vallée de Batama. — Mouralia. — Les mines d’or. — Sékonomata. — Batama. — Ascension de la chaîne du Tambaoura. — Yatéra. — Malaoulé. — Koudoréah. — Difficultés de la route. — Guibourya. — Le Diébédougou. — Kéniéti. — Guénobanta. — Le Diabeli. — Yérala. — Dialafara. — Le Tambaoura. — Les circoncis et la circoncision au Soudan. — Orokoto. — Panique des habitants. — Nouvelle ascension du Tambaoura. — Téba. — Malembou. — Le Natiaga. — Arrivée à Faidherbe-sur-Galougo. — Le chemin de fer. — Mauvaises nouvelles. — Arrivée à Boufoulabé. — Cordiale réception.

* * * * *

* * * * * Lille. — Typ. & Lith. Le Bigot frères, Rue Nationale, 68.

Note du transcripteur :

Page 23, " de la popula n. " a été remplacé par " population "

Page 23, " plaine e Genoto. " a été remplacé par " de Genoto "

Page 34, " est évidemmeut bien " a été remplacé par " évidemment "

Page 38, " 6 heures 15 qnand " a été remplacé par " quand "

Page 51, " Le sarcocape est " a été remplacé par " sarcocarpe "

Page 52, " dont il il n’a pas été " a été remplacé par " dont il n’a pas été "

Page 54, " appartient à à cette " a été remplacé par " appartient à cette "

Page 55, " d’une façon génésale " a été remplacé par " générale "

Page 80, " L’arachide (arachis hypogoea) " a été remplacé par " hypogæa "

Page 80, " légumineuse cœsalpinée " a été remplacé par " cæsalpinée "

Page 83, " si on peut arrriver " a été remplacé par " arriver "

Page 92, " celle de l’Althœa " a été remplacé par " l’Althæa "

Page 95, " les Riviêres du Sud " a été remplacé par " Rivières "

Page 96, " On prend un verrre " a été remplacé par " verre "

Page 99, " du pays cbange " a été remplacé par " change "

Page 99, " région Nord du Sandaugou " a été remplacé par " Sandougou "

Page 102, " sables du et Nordles argiles " a été remplacé par " sables du Nord et les argiles "

Page 120, " l’extrémilé de la tige " a été remplacé par " l’extrémité "

Page 126, " les feuillles desséchées " a été remplacé par " feuilles "

Page 128, " Koussalan teoù nous arrivons " a été remplacé par " et où "

Page 145, " Situation géographiqne " a été remplacé par " géographique "

Page 149, " particulièrement es chiens " a été remplacé par " les chiens "

Page 152, " réussir à les conservver " a été remplacé par " conserver "

Page 164, " Mungo-Park lorqu’il passa " a été remplacé par " lorsqu’il "

Page 165, " An pied de l’arbre " a été remplacé par " Au pied "

Page 170, " plus que que des décombres " a été remplacé par " plus que des décombres "

Page 196, " à cinq neures " a été remplacé par " heures "

Page 208, " ces beaux longans " a été remplacé par " lougans "

Page 209, " arrivée à Baboulabé " a été remplacé par " Bafoulabé "

Page 220, " expulser le tœnia " a été remplacé par " tænia "

Page 251, " Tenda, Coniagué, Ouli " a été remplacé par " Coniaguié "

Page 259, " 15° 53′ et et 15° 14′ " a été remplacé par " 15° 53′ et 15° 14′ "

Page 268, " la richessse de son sol " a été remplacé par " richesse "

Page 285, " que l’on arrrive sur " a été remplacé par " arrive "

Page 299, " celui qui paraisssait " a été remplacé par " paraissait "

Page 311, " Le pays des Goniaguiés " a été remplacé par " Coniaguiés "

Page 325, " fixent sur sur le sommet " a été remplacé par " fixent sur le sommet "

Page 335, " pêche est abolument inconnue " a été remplacé par " absolument "

Page 339, " les colonies du Fouta-Djallon " a été remplacé par " colonnes "

Page 363, " je pou ais lui répondre " a été remplacé par " pouvais "

Page 381, " rentrer à Beutenani " ; " janvier 1883, à Beutenani " ; " hiverna à Beutenani " ont été remplacés par " Bentenani "

Page 363, " Jusqu’au Coudouko-Boulo " a été remplacé par " Condouko-Boulo "

Page 370, " Balé et Nicolo-Koba " a été remplacé par " Niocolo-Koba "

Page 403, " quartz de {et}c onglomérats " a été remplacé par " quartz et de conglomérats " ({et} à l’envers)

Page 406, " les hommes de Sibiliki " ; " bien reçu à Sibiliki " ont été remplacés par " Sibikili "

Page 407, " ouze heures environ " a été remplacé par " onze "

Page 412, " partie du Soudan francais " a été remplacé par " français "

Page 415, " l{es}rend très-glissantes " a été remplacé par " les rend " ({es} à l’envers)

Page 423, " en rccoltent le fruit " a été remplacé par " récoltent "

Page 425, " distance de la Gamble " a été remplacé par " Gambie "

Page 429, " Arrivé à Badon " a été remplacé par " Arrivée "

Page 434, " au au moment du départ " a été remplacé par " au moment du départ "

Page 436, " Légumineuse cœsalpinée " a été remplacé par " cæsalpinée "

Page 444, " au mileu duquel " a été remplacé par " milieu "

Page 448, " Mais es bergers " a été remplacé par " les bergers "

Page 452, " Il y deux récoltes " a été remplacé par " Il y a deux récoltes "

Page 456, " 14° 5, de latitude Nord " a été remplacé par " 14° 5′ de latitude Nord "

Page 464, " Européens ou Soudan Français " a été remplacé par " au "

Page 479, " cette partie du Nicolo " a été remplacé par " Niocolo "

Page 490, " avons donné plus baut " a été remplacé par " haut "

Page 491, " almamys du Bondon " a été remplacé par " Bondou "

Page 491, " plaindre à moi de de ce " a été remplacé par " plaindre à moi de ce "

Page 496, " Arrivée à Dalabi " a été remplacé par " Dalafi "

Page 502, " s’offrent porfois aussi " a été remplacé par " parfois "

Page 505, " le rhythme monotome " a été remplacé par " monotone "

Page 509, " marigot de Baucoroti-Kô " ; " marigot de Baucoroti " ont été remplacés par " Bancoroti "

Page 530, " soumettre aux contumes " a été remplacé par " coutumes "

Page 531, " ces steppes sant parsemées " a été remplacé par " sont "

Page 548, " Lorqu’il est poli " a été remplacé par " Lorsqu’il "

Page 554, " par les Gouloubalys " a été remplacé par " Couloubalys "

Page 554, " au Sud et et à l’Ouest " a été remplacé par " au Sud et à l’Ouest "

Page 572, " que chex ceux qui ne le sont " a été remplacé par " que chez ceux "

Page 576, " De Dialabara à Orokoto " a été remplacé par " Dialafara "

Page 578, " Inde irœ " a été remplacé par " iræ "

Page 586, " Lamine-Sandi-Couda " a été remplacé par " Lamine-Sandi-Counda "

De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe ont été apportés.

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