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Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même (part 3 of 3)

Part 3 of 3 · Sainte Thérèse de Lisieux · Public domain text

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Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même (part 3 of 3)

O ma sœur chérie, je vous en prie, comprenez-moi! comprenez que pour aimer Jésus, être sa victime d'amour, plus on est faible et misérable, plus on est propre aux opérations de cet amour consumant et transformant... Le seul désir d'être victime suffit; mais il faut consentir à rester toujours pauvre et sans force, et voilà le difficile, car le véritable pauvre d'esprit, où le trouver? Il faut le chercher bien loin[250], dit l'auteur de l'Imitation... Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais bien loin, c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ah! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir; alors nous serons pauvres d'esprit, et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons; il nous transformera en flammes d'amour!... Oh! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens! C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour... La crainte ne conduit-elle pas à la justice sévère telle qu'on la représente aux pécheurs? Mais ce n'est pas cette justice que Jésus aura pour ceux qui l'aiment.

Le bon Dieu ne vous donnerait pas ce désir d'être possédée par son Amour miséricordieux, s'il ne vous réservait cette faveur; ou plutôt, il vous l'a déjà faite, puisque vous êtes toute livrée à Lui, puisque vous désirez être consumée par Lui, et que jamais le bon Dieu ne donne de désirs qu'il ne veuille réaliser.

Puisque nous voyons la voie, courons ensemble. Je le sens, Jésus veut nous faire les mêmes grâces, il veut nous donner gratuitement son Ciel.

Marraine chérie, vous voudriez encore entendre les secrets que Jésus confie à votre petite fille; mais la parole humaine est impuissante à redire des choses que le cœur humain peut à peine pressentir. D'ailleurs, ses secrets, Jésus vous les confie aussi, car c'est vous qui m'avez appris à recueillir ses divins enseignements; c'est vous qui, en mon nom, avez promis au jour de mon baptême que je ne voulais servir que Lui seul; vous avez été l'ange qui m'a conduite et guidée sur la route de l'exil, c'est vous qui m'avez offerte au Seigneur! Aussi je vous aime comme une enfant sait aimer sa mère; au ciel seulement vous connaîtrez toute la reconnaissance qui déborde de mon cœur.

Votre petite fille,

Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Lettres à Sœur Françoise-Thérèse[251].

Lettre Ire.

13 août 1893.

CHÈRE PETITE SŒUR Thérèse,

Tes vœux sont donc comblés! Comme la colombe sortie de l'arche, tu ne pouvais trouver sur la terre du monde où poser le pied, tu as volé longtemps, cherchant à rentrer dans la demeure bénie où ton cœur avait pour jamais fixé son séjour. Jésus s'est fait attendre, mais enfin les gémissements de sa colombe l'ont touché, il a étendu sa main divine, il l'a prise et l'a placée dans son Cœur, dans le tabernacle de son amour.

Ah! sans doute, ma joie est toute spirituelle puisque désormais je ne dois plus te revoir ici-bas, je ne dois plus entendre ta voix en épanchant mon cœur dans le tien. Mais je sais que la terre est un lieu de passage, nous sommes des voyageurs qui cheminons vers notre patrie; qu'importe si la route que nous suivons n'est pas absolument la même, puisque notre terme unique c'est le Ciel, où nous serons réunies pour ne plus nous quitter. C'est là que nous goûterons éternellement les joies de la famille... Que de choses nous aurons à nous dire après l'exil de cette vie! Ici-bas la parole est impuissante, mais là-haut un seul regard suffira pour nous comprendre et, je le crois, notre joie sera encore plus grande que si jamais nous ne nous étions séparées.

En attendant, il nous faut vivre de sacrifices, sans cela la vie religieuse serait-elle méritoire? Non, n'est-ce pas! Comme on nous le disait dans une instruction: «Si les chênes des forêts atteignent une si grande hauteur, c'est parce que, pressés de tous côtés, ils ne dépensent pas leur sève à pousser des branches à droite et à gauche, mais s'élèvent droit vers le ciel. Ainsi, dans la vie religieuse, l'âme se trouve pressée de toutes parts par sa règle, par l'exercice de la vie commune, et il faut que tout lui devienne un moyen de s'élever très haut vers les Cieux.»

Ma sœur bien-aimée, prie pour ta petite Thérèse afin qu'elle profite de l'exil de la terre et des moyens abondants qu'elle a pour mériter le Ciel...

Lettre IIe.

Janvier 1895.

CHÈRE PETITE SŒUR,

Comme l'année qui vient de s'écouler a été fructueuse pour le Ciel!... Notre père chéri a vu ce que «l'œil de l'homme ne peut contempler», il a entendu l'harmonie des anges... et son cœur comprend, son âme jouit des récompenses que Dieu a préparées à ceux qui l'aiment!... Notre tour viendra aussi; oh! qu'il est doux de penser que nous voguons vers l'éternel rivage!

Ne trouves-tu pas, comme moi, que le départ de notre père bien-aimé nous a rapprochées des Cieux? Plus de la moitié de la famille jouit maintenant de la vue de Dieu, et les cinq exilées ne tarderont pas à s'envoler vers leur Patrie. Cette pensée de la brièveté de la vie me donne du courage, elle m'aide à supporter les fatigues du chemin. «Qu'importe un peu de travail sur la terre, nous passons et n'avons point ici de demeure permanente[252]!»

* * * * *

Pense à ta Thérèse pendant ce mois consacré à l'Enfant-Jésus, demande-lui qu'elle reste toujours petite, toute petite!... Je lui ferai pour toi la même prière, car je connais tes désirs et je sais que l'humilité est ta vertu préférée.

Laquelle des Thérèse sera la plus fervente? Celle qui sera la plus humble, la plus unie à Jésus, la plus fidèle à faire toutes ses actions par amour. Ne laissons passer aucun sacrifice, tout est si grand dans la vie religieuse... Ramasser une épingle par amour peut convertir une âme! C'est Jésus qui seul peut donner un tel prix à nos actions, aimons-le donc de toutes nos forces...

Lettre IIIe.

12 juillet 1896.

MA CHÈRE PETITE LÉONIE,

J'aurais répondu à ta lettre dimanche dernier, si elle m'avait été donnée; mais tu sais qu'étant la plus petite, je suis exposée à ne voir les lettres que bien après mes sœurs, ou même pas du tout... Ce n'est que vendredi que j'ai lu la tienne, ainsi pardonne-moi si je suis en retard.

Oui, tu as raison, Jésus se contente d'un regard, d'un soupir d'amour. Pour moi, je trouve la perfection bien facile à pratiquer, parce que j'ai compris qu'il n'y a qu'à prendre Jésus par le cœur. Regarde un petit enfant qui vient de fâcher sa mère, soit en se mettant en colère ou bien en lui désobéissant; s'il se cache dans un coin avec un air boudeur et qu'il crie dans la crainte d'être puni, sa maman ne lui pardonnera certainement pas sa faute; mais s'il vient lui tendre ses petits bras en disant: «Embrasse-moi, je ne recommencerai plus», est-ce que sa mère ne le pressera pas aussitôt sur son cœur avec tendresse, oubliant tout ce qu'il a fait?... Cependant elle sait bien que son cher petit recommencera à la prochaine occasion, mais cela ne fait rien, et, s'il la prend encore par le cœur, jamais il ne sera puni.

Au temps de la loi de crainte, avant la venue de Notre-Seigneur, le prophète Isaïe disait déjà en parlant au nom du Roi des Cieux: «Une mère peut-elle oublier son enfant?... Eh bien! quand même une mère oublierait son enfant, moi, je ne vous oublierai jamais[253].» Quelle ravissante promesse! Ah! nous qui vivons sous la loi d'amour, comment ne pas profiter des amoureuses avances que nous fait notre Epoux? Comment craindre Celui qui se laisse enchaîner par un cheveu qui vole sur notre cou[254]? Sachons donc le retenir prisonnier, ce Dieu qui devient le mendiant de notre amour. En nous disant que c'est un cheveu qui peut opérer ce prodige, il nous montre que les plus petites actions faites par amour sont celles qui charment son Cœur. Ah! s'il fallait faire de grandes choses, combien serions-nous à plaindre! Mais que nous sommes heureuses, puisque Jésus se laisse enchaîner par les plus petites!... Ce ne sont pas les petits sacrifices qui te manquent, ma chère Léonie, ta vie n'en est-elle pas composée? Je me réjouis de te voir en face d'un pareil trésor et surtout en pensant que tu sais en profiter, non seulement pour toi, mais encore pour les pauvres pécheurs. Il est si doux d'aider Jésus à sauver les âmes qu'il a rachetées au prix de son sang, et qui n'attendent que notre secours pour ne pas tomber dans l'abîme.

Il me semble que, si nos sacrifices captivent Jésus, nos joies l'enchaînent aussi; pour cela il suffit de ne pas se concentrer dans un bonheur égoïste, mais d'offrir à notre Epoux les petites joies qu'il sème sur le chemin de la vie, pour charmer nos cœurs et les élever jusqu'à lui.

Tu me demandes des nouvelles de ma santé. Eh bien, je ne tousse plus du tout. Es-tu contente? Cela n'empêchera pas le bon Dieu de me prendre quand il voudra. Puisque je fais tous mes efforts pour être un tout petit enfant, je n'ai pas de préparatifs à faire. Jésus doit lui-même payer tous les frais du voyage et le prix d'entrée au Ciel!

Adieu, ma sœur bien-aimée, n'oublie pas, près de lui, la dernière, la plus pauvre de tes sœurs.

Lettre IVe.

17 juillet 1897.

MA CHÈRE LÉONIE,

Je suis bien heureuse de pouvoir m'entretenir avec toi, il y a quelques jours je ne pensais plus avoir cette consolation sur la terre; mais le bon Dieu paraît vouloir prolonger un peu mon exil. Je ne m'en afflige pas, car je ne voudrais point entrer au Ciel une minute plus tôt par ma propre volonté. L'unique bonheur ici-bas, c'est de s'appliquer à toujours trouver délicieuse la part que Jésus nous donne; la tienne est bien belle, ma chère petite sœur. Si tu veux être une sainte cela te sera facile, n'aie qu'un seul but: faire plaisir à Jésus, t'unir toujours plus intimement à lui.

Adieu, ma sœur chérie, je voudrais que la pensée de mon entrée au Ciel te remplît de joie, puisque je pourrai plus que jamais te prouver ma tendresse. Dans le Cœur de notre céleste Epoux, nous vivrons de la même vie, et pour l'éternité je resterai

Ta toute petite sœur,

Thérèse de l'Enfant-Jésus.

A sa cousine Marie Guérin.

Lettre Ire.

1888.

Avant de recevoir tes confidences (à propos des scrupules), je pressentais tes angoisses; mon cœur était uni au tien. Puisque tu as l'humilité de demander des conseils à ta petite Thérèse, elle va te dire ce qu'elle pense. Tu m'as causé beaucoup de peine en laissant tes communions, parce que tu en as causé à Jésus. Il faut que le démon soit bien fin pour tromper ainsi une âme! Ne sais-tu pas, ma chérie, que tu lui fais atteindre ainsi le but de ses désirs? Il n'ignore pas, le perfide, qu'il ne peut faire pécher une âme qui veut être toute au bon Dieu; aussi, s'efforce-t-il seulement de lui persuader qu'elle pèche. C'est déjà beaucoup; mais, pour sa rage, ce n'est pas encore assez... il poursuit autre chose: il veut priver Jésus d'un tabernacle aimé. Ne pouvant entrer, lui, dans ce sanctuaire, il veut du moins qu'il demeure vide et sans maître. Hélas! que deviendra ce pauvre cœur!... Quand le diable a réussi à éloigner une âme de la communion, il a tout gagné, et Jésus pleure!...

O ma petite Marte, pense donc que ce doux Jésus est là, dans le Tabernacle, exprès pour toi, pour toi seule, qu'il brûle du désir d'entrer dans ton cœur. N'écoute pas le démon, moque-toi de lui, et va sans crainte recevoir le Jésus de la paix et de l'amour.

Mais je t'entends dire: Thérèse pense cela parce qu'elle ne sait pas mes misères... Si, elle sait bien, elle devine tout, elle t'assure que tu peux aller sans crainte recevoir ton seul Ami véritable. Elle a aussi passé par le martyre du scrupule, mais Jésus lui a fait la grâce de communier toujours, alors même qu'elle pensait avoir commis de grands péchés. Eh bien, je t'assure qu'elle a reconnu que c'était le seul moyen de se débarrasser du démon; s'il voit qu'il perd son temps, il nous laisse tranquille.

Non, il est impossible qu'un cœur dont l'unique repos est de contempler le Tabernacle--et c'est le tien, me dis-tu--offense Nôtre-Seigneur au point de ne pouvoir le recevoir. Ce qui offense Jésus, ce qui le blesse au Cœur, c'est le manque de confiance.

Prie-le beaucoup, afin que tes plus belles années ne se passent pas en craintes chimériques. Nous n'avons que les courts instants de la vie à dépenser pour la gloire de Dieu; le diable le sait bien; c'est pour cela qu'il essaie de nous les faire consumer en travaux inutiles. Petite sœur chérie, communie souvent, bien souvent, voilà le seul remède si tu veux guérir.

Lettre IIe.

1894.

Tu ressembles à une petite villageoise qu'un roi puissant demanderait en mariage, et qui n'oserait accepter sous prétexte qu'elle n'est pas assez riche, qu'elle est étrangère aux usages de la cour. Mais son royal fiancé ne connaît-il pas mieux qu'elle sa pauvreté et son ignorance?

Marie, si tu n'es rien, oublies-tu que Jésus est tout? Tu n'as qu'à perdre ton petit rien dans son infini tout, et à ne plus penser qu'à ce tout uniquement aimable.

Tu voudrais voir, me dis-tu, le fruit de tes efforts? C'est justement ce que Jésus veut te cacher. Il se plaît à regarder tout seul ces petits fruits de vertu que nous lui offrons et qui le consolent.

Tu te trompes, ma chérie, si tu crois que ta Thérèse marche avec ardeur dans le chemin du sacrifice: elle est faible, bien faible; et, chaque jour, elle en fait une nouvelle et salutaire expérience. Mais Jésus se plaît à lui communiquer la science de se glorifier de ses infirmités[255]. C'est une grande grâce que celle-là, et je le prie de te la donner, car dans ce sentiment se trouvent la paix et le repos du cœur. Quand on se voit si misérable, on ne veut plus se considérer; on regarde seulement l'unique Bien-Aimé.

Tu me demandes un moyen pour arriver à la perfection. Je n'en connais qu'un seul: L'AMOUR. Aimons, puisque notre cœur n'est fait que pour cela. Parfois, je cherche un autre mot pour exprimer l'amour; mais sur la terre d'exil, la parole qui commence et finit[256] est bien impuissante à rendre les vibrations de l'âme; il faut donc s'en tenir à ce mot unique et simple: AIMER.

Mais à qui notre pauvre cœur prodiguera-t-il l'amour? Qui donc sera assez grand pour recevoir ses trésors? Un être humain saura-t-il les comprendre? et surtout, pourra-t-il les rendre? Marie, il n'existe qu'un Etre pour comprendre l'amour: c'est notre JÉSUS; Lui seul peut nous rendre infiniment plus que nous ne lui donnerons jamais...

A sa cousine Jeanne Guérin.

(Mme La Néele.)

Août 1895.

Il est bien grand, ma chère Jeanne, le sacrifice que Dieu t'a demandé en appelant au Carmel ta petite Marie; mais souviens-toi «qu'il a promis le centuple à celui qui, pour son amour, aura quitté son père, ou sa mère, ou sa sœur[257].» Eh bien, puisque tu n'as pas hésité, pour l'amour de Jésus, à te séparer d'une sœur, chérie au delà de tout ce qu'on peut dire, il se trouve obligé de tenir sa promesse. Je sais qu'ordinairement ces paroles sont appliquées aux âmes religieuses; cependant, je sens au fond de mon cœur qu'elles ont été prononcées aussi pour les généreux parents, qui font à Dieu le sacrifice d'enfants plus chers qu'eux-mêmes.

Aux deux missionnaires

ses Frères spirituels.

FRAGMENTS

Lettre Ire.

26 décembre 1895.

Notre-Seigneur ne nous demande jamais de sacrifice au-dessus de nos forces. Parfois, il est vrai, ce divin Sauveur nous fait sentir toute l'amertume du calice qu'il présente à notre âme. Lorsqu'il demande le sacrifice de tout ce qui est le plus cher au monde, il est impossible, à moins d'une grâce toute particulière, de ne pas s'écrier comme lui au jardin de l'Agonie: «Mon Père, que ce calice s'éloigne de moi...» Mais empressons-nous d'ajouter aussi: «Que votre volonté soit faite et non la mienne.»[258] Il est bien consolant de penser que Jésus, le divin Fort, a connu toutes nos faiblesses, qu'il a tremblé à la vue du calice amer, ce calice qu'il avait autrefois si ardemment désiré.

Monsieur l'Abbé, votre part est vraiment belle, puisque Notre-Seigneur vous l'a choisie et que, le premier, il a trempé ses lèvres à la coupe qu'il vous présente. Un saint l'a dit: «Le plus grand honneur que Dieu puisse faire à une âme, ce n'est pas de lui donner beaucoup, c'est de lui demander beaucoup.» Jésus vous traite en privilégié; il veut que, déjà, vous commenciez votre mission et que, par la souffrance, vous sauviez des âmes. N'est-ce pas en souffrant, en mourant, que lui-même a racheté le monde? Je sais que vous aspirez au bonheur de sacrifier votre vie pour lui; mais le martyre du cœur n'est pas moins fécond que l'effusion du sang; et, dès maintenant, ce martyre est le vôtre. J'ai donc bien raison de dire que votre part est belle, qu'elle est digne d'un apôtre du Christ.

Lettre IIe.

1896.

Travaillons ensemble au salut des âmes; nous n'avons que l'unique jour de cette vie pour les sauver, et donner ainsi au Seigneur des preuves de notre amour. Le lendemain de ce jour sera l'éternité; alors Jésus vous rendra au centuple les joies si douces que vous lui sacrifiez. Il connaît l'étendue de votre immolation, il sait que la souffrance de ceux qui vous sont chers augmente encore la vôtre; mais Lui-même a souffert ce martyre pour sauver nos âmes. Il a quitté sa Mère, il a vu la Vierge Immaculée debout au pied de la Croix, le cœur transpercé d'un glaive de douleur; aussi j'espère que notre divin Sauveur consolera votre bonne mère, et je le lui demande instamment.

Ah! si le divin Maître laissait entrevoir à ceux que vous allez quitter pour son amour la gloire qu'il vous réserve, la multitude d'âmes qui formeront votre cortège au Ciel, ils seraient déjà récompensés du grand sacrifice que votre éloignement va leur causer.

Lettre IIIe.

24 février 1896.

Je vous demande de faire chaque jour pour moi cette petite prière qui renferme tous mes désirs:

«Père miséricordieux, au nom de votre doux Jésus, de la sainte Vierge et des saints, je vous demande d'embraser ma sœur de votre Esprit d'amour, et de lui accorder la grâce de vous faire beaucoup aimer.»

Si le Seigneur me prend bientôt avec Lui, je vous supplie de continuer chaque jour la même prière, car je désirerai au Ciel la même chose que sur la terre: AIMER JÉSUS ET LE FAIRE AIMER.

Lettre IVe.

* * * * *

La seule chose que je désire, c'est de voir le bon Dieu aimé; et j'avoue que si, dans le ciel, je ne pouvais plus travailler pour sa gloire, j'aimerais mieux l'exil que la Patrie.

Lettre Ve.

21 juin 1897.

Vous pouvez chanter les divines miséricordes! elles brillent en vous dans toute leur splendeur. Vous aimez saint Augustin, sainte Madeleine, ces âmes auxquelles beaucoup de péchés ont été remis, parce qu'elles ont beaucoup aimé; moi aussi, je les aime, j'aime leur repentir et surtout leur amoureuse audace. Lorsque je vois Madeleine s'avancer devant les nombreux convives de Simon, arroser de ses larmes les pieds de son Maître adoré, qu'elle touche pour la première fois, je sens que son cœur a compris les abîmes d'amour et de miséricorde du Cœur de Jésus, et que, non seulement il est disposé à lui pardonner, mais encore à lui prodiguer les bienfaits de son intimité divine, à l'élever jusqu'aux plus hauts sommets de la contemplation.

Ah! mon frère, depuis qu'il m'a été donné de comprendre, moi aussi, l'amour du Cœur de Jésus, j'avoue qu'il a chassé de mon cœur toute crainte. Le souvenir de mes fautes m'humilie, me porte à ne jamais m'appuyer sur ma force qui n'est que faiblesse; mais, plus encore, ce souvenir me parle de miséricorde et d'amour. Comment, lorsqu'on jette ses fautes, avec une confiance toute filiale, dans le brasier dévorant de l'amour, comment ne seraient-elles pas consumées sans retour?

Je sais qu'un grand nombre de saints passèrent leur vie à faire d'étonnantes mortifications pour expier leurs péchés, mais que voulez-vous! «Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste[259]...» Jésus l'a dit, et c'est pour cela que je suis la voie qu'il me trace: je tâche de ne plus m'occuper de moi-même en rien; et ce que Jésus daigne opérer dans mon âme, je le lui abandonne sans réserve.

Lettre VIe.

1897.

Sur cette terre où tout change, une seule chose reste stable: la conduite du Roi des Cieux à l'égard de ses amis. Depuis qu'il a levé l'étendard de la Croix, c'est à son ombre que tous doivent combattre et remporter la victoire. «Toute vie de missionnaire est féconde en croix», disait Théophane Vénard; et encore: «Le vrai bonheur est de souffrir, et, pour vivre, il nous faut mourir.»

Mon frère, les débuts de votre apostolat sont marqués du sceau de la croix: réjouissez-vous! C'est bien plus par la souffrance et la persécution que par de brillantes prédications que Jésus veut affermir son règne dans les âmes.

Vous dites: «Je suis encore un petit enfant qui ne sait pas parler.» Le Père Mazel, qui fut ordonné prêtre le même jour que vous, ne savait pas parler non plus; cependant, il a déjà cueilli la palme... Oh! que les pensées divines sont au-dessus des nôtres!... En apprenant que ce jeune missionnaire était mort, avant même d'avoir foulé le sol de sa mission, je me suis sentie portée à l'invoquer; il me semblait le voir au Ciel dans le glorieux chœur des martyrs. Sans doute, aux yeux des hommes, il ne mérite pas le titre de martyr; mais, au regard du bon Dieu, ce sacrifice sans gloire n'est pas moins fécond que ceux des confesseurs de la foi.

S'il faut être bien pur pour paraître devant le Dieu de toute sainteté, je sais, moi, qu'il est infiniment juste; et cette justice qui effraie tant d'âmes fait le sujet de ma joie et de ma confiance. Etre juste, ce n'est pas seulement exercer la sévérité envers les coupables, c'est encore reconnaître les intentions droites et récompenser la vertu. J'espère autant de la justice du bon Dieu que de sa miséricorde; c'est parce qu'il est juste «qu'il est compatissant et rempli de douceur, lent à punir et abondant en miséricorde. Car il connaît notre fragilité, il se souvient que nous ne sommes que poussière. Comme un père a de la tendresse pour ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de nous[260]!...» O mon frère! en entendant ces belles et consolantes paroles du Roi-Prophète, comment douter que le bon Dieu ne veuille ouvrir les portes de son royaume à ses enfants qui l'ont aimé jusqu'à tout sacrifier pour lui, qui, non seulement, ont quitté leur famille et leur patrie, pour le faire connaître et aimer, mais encore désirent donner leur vie pour lui!... Jésus avait bien raison de dire qu'il n'est pas de plus grand amour que celui-là! Comment donc se laisserait-il vaincre en générosité? Comment purifierait-il, dans les flammes du purgatoire, des âmes consumées des feux de l'amour divin?...

Voici bien des phrases pour exprimer ma pensée, ou plutôt pour ne pas arriver à le faire. Je voulais simplement vous dire que, selon moi, tous les missionnaires sont martyrs par le désir et la volonté; et que, par conséquent, pas un ne devrait aller en purgatoire.

Voilà, mon frère, ce que je pense de la justice du bon Dieu; ma voie est toute de confiance et d'amour, je ne comprends pas les âmes qui ont peur d'un si tendre Ami. Parfois, lorsque je lis certains traités où la perfection est montrée à travers mille entraves, mon pauvre petit esprit se fatigue bien vite, je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le cœur, et je prends l'Ecriture Sainte. Alors tout me paraît lumineux, une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis, la perfection me semble facile, je vois qu'il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner, comme un enfant, dans les bras du bon Dieu. Laissant aux grandes âmes, aux esprits sublimes les beaux livres que je ne puis comprendre, encore moins mettre en pratique, je me réjouis d'être petite, puisque «les enfants seuls et ceux qui leur ressemblent seront admis au banquet céleste.»[261] Heureusement que le Royaume des Cieux est composé de plusieurs demeures! car, s'il n'y avait que celles dont la description et le chemin me semblent incompréhensibles, certainement je n'y entrerais jamais...

Lettre VIIe.

13 juillet 1897.

Votre âme est trop grande pour s'attacher aux consolations d'ici-bas! C'est dans les Cieux que vous devez vivre par avance, car il est dit: «Là où est votre trésor, là aussi est votre cœur.»[262] Votre unique trésor, n'est-ce pas Jésus? Puisqu'il est au Ciel, c'est là que doit habiter votre cœur. Ce doux Sauveur a, depuis longtemps, oublié vos infidélités; seuls vos désirs de perfection lui sont présents pour réjouir son cœur.

Je vous en supplie, ne restez plus à ses pieds; suivez ce premier élan qui vous entraîne dans ses bras; c'est là votre place, et je constate, plus encore que dans vos autres lettres, qu'il vous est interdit d'aller au Ciel par une autre voie que celle de votre petite sœur.

Je suis tout à fait de votre avis: le Cœur de Jésus est bien plus attristé des mille petites imperfections de ses amis que des fautes, même graves, que commettent ses ennemis. Mais, mon frère, il me semble que c'est seulement quand les siens se font une habitude de leurs indélicatesses et ne lui en demandent pas pardon, qu'il peut dire: «Ces plaies que vous voyez au milieu de mes mains, je les ai reçues dans la maison de ceux qui m'aimaient.»[263]

Pour ceux qui l'aiment et qui, après chaque petite faute, viennent se jeter dans ses bras en lui demandant pardon, Jésus tressaille de joie. Il dit à ses anges ce que le père de l'enfant prodigue disait à ses serviteurs: «Mettez-lui un anneau au doigt et réjouissons-nous.»[264] Ah! mon frère, que la bonté et l'amour miséricordieux du Cœur de Jésus sont peu connus! Il est vrai que, pour jouir de ces trésors, il faut s'humilier, reconnaître son néant, et voilà ce que beaucoup d'âmes ne veulent pas faire...

Lettre VIIIe.

1897.

Ce qui m'attire vers la Patrie des Cieux, c'est l'appel du Seigneur, c'est l'espoir de l'aimer enfin comme je l'ai tant désiré, et la pensée que je pourrai le faire aimer d'une multitude d'âmes qui le béniront éternellement.

Jamais je n'ai demandé au bon Dieu de mourir jeune: cela m'aurait paru de la lâcheté; mais lui, dès mon enfance, a daigné me donner la persuasion intime que ma course ici-bas serait courte.

Je le sens, nous devons aller au Ciel par la même voie: la souffrance unie à l'amour. Quand je serai au port, je vous enseignerai comment vous devez naviguer sur la mer orageuse du monde: avec l'abandon et l'amour d'un enfant qui sait que son père le chérit, et ne saurait le laisser seul à l'heure du danger.

Oh! que je voudrais vous faire comprendre la tendresse du Cœur de Jésus, ce qu'il attend de vous! Votre dernière lettre a fait tressaillir doucement mon cœur. J'ai compris jusqu'à quel point votre âme est sœur de la mienne, puisqu'elle est appelée à s'élever à Dieu par l'ascenseur de l'amour, et non à gravir le rude escalier de la crainte. Je ne m'étonne pas de voir que la familiarité avec Jésus vous semble difficile: on ne peut y arriver en un jour; mais j'en suis sûre, je vous aiderai beaucoup plus à marcher dans cette voie délicieuse, quand je serai délivrée de mon enveloppe mortelle; et bientôt vous direz, comme saint Augustin: «L'amour est le poids qui m'entraîne.»

Lettre IXe.

26 juillet 1897.

Quand vous lirez ce petit mot, peut-être ne serai-je plus sur la terre. Je ne connais pas l'avenir; cependant, je puis dire avec assurance que l'Epoux est à la porte. Il faudrait un miracle pour me retenir dans l'exil, et je ne pense pas que Jésus le fasse, car il ne fait rien d'inutile.

O mon frère, que je suis heureuse de mourir! Oui, je suis heureuse, non parce que je serai délivrée des souffrances d'ici-bas: la souffrance unie à l'amour est, au contraire, la seule chose qui me paraît désirable en cette vallée de larmes; je suis heureuse de mourir parce que, bien plus qu'ici-bas, je serai utile aux âmes qui me sont chères.

Jésus m'a toujours traitée en enfant gâtée... C'est vrai que sa croix m'a accompagnée dès le berceau; mais cette croix, il me l'a fait aimer avec passion.

Lettre Xe.

14 août 1897.

Au moment de paraître devant le bon Dieu, je comprends plus que jamais qu'il n'y a qu'une chose nécessaire: travailler uniquement pour Lui, et ne rien faire pour soi ni pour les créatures. Jésus veut posséder complètement votre cœur; pour cela, il vous faudra beaucoup souffrir... mais aussi quelle joie inondera votre âme quand vous serez arrivé à l'heureux moment de votre entrée au Ciel!...

Je ne meurs pas, j'entre dans la vie... et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendre du haut des Cieux...................

PREMIÈRE PARTIE

Mon chants d'aujourd'hui.

Air: Dieu de paix et d'amour.

Ma vie est un instant, une heure passagère, Ma vie est un moment qui m'échappe et qui fuit. Tu le sais, ô mon Dieu, pour t'aimer sur la terre, Je n'ai rien qu'aujourd'hui!

Oh! je t'aime Jésus!... vers toi mon âme aspire... Pour un jour seulement reste mon doux appui! Viens régner en mon cœur, donne-moi ton sourire Rien que pour aujourd'hui!

Que m'importe, Seigneur, si l'avenir est sombre! Te prier pour demain, oh! non, je ne le puis... Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre Rien que pour aujourd'hui!

Si je songe à demain, je crains mon inconstance, Je sens naître en mon cœur la tristesse et l'ennui; Mais je veux bien, mon Dieu, l'épreuve, la souffrance Rien que pour aujourd'hui!

Je dois te voir bientôt sur la rive éternelle, O Pilote divin, dont la main me conduit! Sur les flots orageux guide en paix ma nacelle, Rien que pour aujourd'hui!

Ah! laisse-moi, Seigneur, me cacher en ta Face; Là je n'entendrai plus du monde le vain bruit. Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce Rien que pour aujourd'hui!

Près de ton Cœur divin, oubliant ce qui passe, Je ne redoute plus les traits de l'ennemi. Ah! donne-moi, Jésus, dans ton Cœur une place, Rien que pour aujourd'hui!

Pain vivant, Pain du ciel, divine Eucharistie, O mystère touchant que l'amour a produit! Viens habiter mon cœur, Jésus, ma blanche Hostie, Rien que pour aujourd'hui!

Daigne m'unir à toi, Vigne sainte et sacrée, Et mon faible rameau te donnera son fruit, Et je pourrai t'offrir une grappe dorée, Seigneur, des aujourd'hui.

Cette grappe d'amour dont les grains sont les âmes, Je n'ai pour la former que ce jour qui s'enfuit... Oh! donne-moi, Jésus, d'un apôtre les flammes, Rien que pour aujourd'hui!

O Vierge Immaculée! O toi la douce Etoile Qui rayonne Jésus et qui m'unit à lui, O Mère! laisse-moi me cacher sous ton voile, Rien que pour aujourd'hui!

O mon Ange gardien! couvre-moi de ton aile, Eclaire de tes feux ma route, ô doux ami! Viens diriger mes pas, aide-moi, je t'appelle, Rien que pour aujourd'hui!

Je veux voir mon Jésus, sans voile, sans nuage; Cependant ici-bas je suis bien près de lui... Il ne sera caché son aimable Visage Rien que pour aujourd'hui!

Je volerai bientôt pour dire ses louanges, Quand le jour sans couchant sur mon âme aura lui; Alors je chanterai sur la lyre des anges L'ÉTERNEL AUJOURD'HUI!

Juin 1894.

Vivre d'amour!

Air du cantique: Il est à moi!

«Si quelqu'un m'aime, il gardera ma Parole, et mon Père l'aimera... et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure.....

Je vous donne ma paix... demeurez en mon amour.»

(Joan., XIV, 23, 27.--XV, 9.)

Au soir d'amour, parlant sans parabole, Jésus disait: _«Si quelqu'un veut m'aimer, «Fidèlement qu'il garde ma parole, «Mon Père et moi viendrons le visiter; «Et, de son cœur, faisant notre demeure, «Notre palais, notre vivant séjour, «Rempli de paix, nous voulons qu'il demeure «En notre amour.»_

Vivre d'amour, c'est te garder toi-même, Verbe incréé! Parole de mon Dieu! Ah! tu le sais, divin Jésus, je t'aime! L'Esprit d'amour m'embrase de son feu. C'est en t'aimant que j'attire le Père, Mon faible cœur le garde sans retour; O Trinité! vous êtes prisonnière De mon amour.

Vivre d'amour, c'est vivre de ta vie, Roi glorieux, délices des élus! Tu vis pour moi caché dans une hostie... Je veux pour toi me cacher, ô Jésus! A des amants il faut la solitude, Un cœur à cœur qui dure nuit et jour; Ton seul regard fait ma béatitude, Je vis d'amour!

Vivre d'amour, ce n'est pas sur la terre Fixer sa tente au sommet du Thabor; Avec Jésus, c'est gravir le Calvaire, C'est regarder la croix comme un trésor! Au ciel, je dois vivre de jouissance, Alors l'épreuve aura fui sans retour: Mais, ici-bas, je veux dans la souffrance Vivre d'amour!

Vivre d'amour, c'est donner sans mesure, Sans réclamer de salaire ici-bas; Ah! sans compter je donne, étant bien sûre Que lorsqu'on aime on ne calcule pas. Au Cœur divin, débordant de tendresse, J'ai tout donné! légèrement je cours... Je n'ai plus rien que ma seule richesse: Vivre d'amour!

Vivre d'amour, c'est bannir toute crainte, Tout souvenir des fautes du passé. De mes péchés je ne vois nulle empreinte, Au feu divin chacun s'est effacé. Flamme sacrée, ô très douce fournaise, En ton foyer je fixe mon séjour; Jésus, c'est là que je chante à mon aise: Je vis d'amour!

Vivre d'amour, c'est garder en soi-même Un grand trésor en un vase mortel. Mon Bien-Aimé! ma faiblesse est extrême! Ah! je suis loin d'être un ange du ciel. Mais, si je tombe à chaque heure qui passe, Me relevant, m'embrassant tour à tour, Tu viens à moi, tu me donnes ta grâce, Je vis d'amour!

Vivre d'amour, c'est naviguer sans cesse, Semant la joie et la paix dans les cœurs; Pilote aimé! la charité me presse, Car je te vois dans les âmes, mes sœurs. La charité, voilà ma seule étoile: A sa clarté, je vogue sans détour; J'ai ma devise écrite sur ma voile: «Vivre d'amour!»

Vivre d'amour, lorsque Jésus sommeille, C'est le repos sur les flots orageux. Oh! ne crains pas, Seigneur, que je t'éveille, J'attends en paix le rivage des cieux... La Foi bientôt déchirera son voile, Et mon Espoir ne comptera qu'un jour; La Charité gonfle et pousse ma voile, Je vis d'amour!

Vivre d'amour, c'est, ô mon divin Maître! Te supplier de répandre tes feux En l'âme élue et sainte de ton prêtre; Qu'il soit plus pur qu'un séraphin des cieux! Protège-la ton Eglise immortelle, Je t'en conjure à chaque instant du jour. Moi, son enfant, je m'immole pour elle, Je vis d'amour!

Vivre d'amour, c'est essuyer ta Face, C'est obtenir des pécheurs le pardon. O Dieu d'amour! qu'ils rentrent dans ta grâce, Et qu'à jamais ils bénissent ton Nom! Jusqu'à mon cœur retentit le blasphème; Pour l'effacer je redis chaque jour: O Nom sacré! je t'adore et je t'aime, Je vis d'amour!

Vivre d'amour, c'est imiter Marie Baignant de pleurs, de parfums précieux Tes pieds divins, qu'elle baise ravie, Les essuyant avec ses longs cheveux; Puis, se levant, dans une sainte audace, Ton doux Visage elle embaume à son tour: Moi, le parfum dont j'embaume ta Face, C'est mon amour!

«Vivre d'amour, quelle étrange folie! Me dit le monde, ah! cessez de chanter; Ne perdez pas vos parfums, votre vie; Utilement, sachez les employer!» --T'aimer, Jésus, quelle perte féconde! Tous mes parfums sont à toi sans retour. Je veux chanter en sortant de ce monde: Je meurs d'amour!

Mourir d'amour, c'est un bien doux martyre, Et c'est celui que je voudrais souffrir. O Chérubins! accordez votre lyre, Car, je le sens, mon exil va finir... Dard enflammé, consume-moi sans trêve, Blesse mon cœur en ce triste séjour. _Divin Jésus, réalise mon rêve: Mourir d'amour!_

Mourir d'amour, voilà mon espérance! Quand je verrai se briser mes liens, Mon Dieu sera ma grande récompense; Je ne veux point posséder d'autres biens. De son amour je suis passionnée; Qu'il vienne enfin m'embraser sans retour! Voilà mon ciel, voilà ma destinée: VIVRE D'AMOUR!...

25 février 1895.

LA SAINTE FACE

DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

(D'après le Saint Suaire de Turin.)

PRIÈRE

O Jésus, qui dans votre cruelle Passion êtes devenu «l'opprobre des hommes et l'homme de douleurs», je vénère votre divin Visage, sur lequel brillaient la beauté et la douceur de la divinité, maintenant devenu pour moi «comme le visage d'un lépreux!» Mais sous ces traits défigurés, je reconnais votre amour infini, et je me consume du désir de vous aimer et de vous faire aimer de tous les hommes. Les larmes qui coulèrent si abondamment de vos yeux m'apparaissent comme des perles précieuses que je veux recueillir, afin d'acheter, avec leur valeur infinie, les âmes des pauvres pécheurs.

O Jésus, dont le Visage est la seule beauté qui ravit mon cœur, j'accepte de ne pas voir ici-bas la douceur de votre regard, de ne pas sentir l'inexprimable baiser de votre bouche; mais je vous supplie d'imprimer en moi votre divine ressemblance et de m'embraser de votre amour, afin qu'il me consume rapidement, et que j'arrive bientôt à voir votre glorieux Visage dans le Ciel!

Ainsi soit-il.

(_Prière de la servante de Dieu, Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face._)

Indulgence de 300 jours, chaque fois, applicable aux âmes du Purgatoire.

PIE X, 13 Février 1905.

* * * * *

FAVEURS ACCORDÉES PAR SA SAINTETÉ PIE X

LE 9 DÉCEMBRE 1905

à tous ceux qui méditeront pendant quelques instants sur la Passion devant cette Image de la Sainte Face.

1º Toutes les indulgences accordées précédemment par les Souverains Pontifes à la Couronne des Cinq Plaies.

2º La Bénédiction Apostolique.

Cantique à la sainte Face.

Air: Les regrets de Mignon. (F. BOISSIÈRE.)

Jésus, ton ineffable image Est l'astre qui conduit mes pas; Tu le sais bien, ton doux Visage Est pour moi le ciel ici-bas! Mon amour découvre les charmes De tes yeux embellis de pleurs. Je souris à travers mes larmes, Quand je contemple tes douleurs.

Oh! je veux pour te consoler Vivre ignorée et solitaire; Ta beauté que tu sais voiler Me découvre tout son mystère, Et vers toi je voudrais voler!

Ta Face est ma seule patrie, Elle est mon royaume d'amour; Elle est ma riante prairie, Mon doux soleil de chaque jour; Elle est le lis de la vallée Dont le parfum mystérieux Console mon âme exilée, Lui fait goûter la paix des cieux.

Elle est mon repos, ma douceur, Et ma mélodieuse lyre... Ton Visage, ô mon doux Sauveur, Est le divin bouquet de myrrhe Que je veux garder sur mon cœur!

Ta Face est ma seule richesse; Je ne demande rien de plus. En elle, me cachant sans cesse, Je te ressemblerai, Jésus! Laisse en moi la divine empreinte De tes traits remplis de douceurs, Et bientôt je deviendrai sainte, Vers toi j'attirerai les cœurs!

Afin que je puisse amasser Une belle moisson dorée, De tes feux daigne m'embraser! Bientôt, de ta bouche adorée, Donne-moi l'éternel baiser!

12 août 1895.

Dirupisti, Domine, vincula mea!

Vous avez rompu mes liens, Seigneur! (Ps. cxv, 7.)

A Sr MARIE DE L'EUCHARISTIE

POUR LE JOUR DE SON ENTRÉE AU CARMEL

Air: Mignon, connais-tu le pays? (A. THOMAS.)

O Jésus, en ce jour tu brises mes liens! C'est dans l'Ordre béni de la Vierge Marie Que je pourrai trouver les véritables biens. Seigneur, si j'ai quitté ma famille chérie, Tu sauras la combler de célestes faveurs... A moi, tu donneras le pardon des pécheurs!

Jésus, au Carmel je dois vivre, Puisqu'en cette oasis ton amour m'appela; C'est là que je veux te suivre, T'aimer et bientôt mourir... C'est là, oui, c'est là!

O Jésus, en ce jour tu combles tous mes vœux: Je pourrai désormais, près de l'Eucharistie, M'immoler en silence, attendre en paix les cieux! M'exposant aux rayons de la divine Hostie, A ce foyer d'amour je me consumerai, Et comme un séraphin, Seigneur, je t'aimerai.

Jésus, bientôt je dois te suivre Au rivage éternel, quand finiront mes jours; Toujours, au ciel je dois vivre, T'aimer et ne plus mourir, Toujours, oui, toujours!

15 août 1895.

Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi!...

Air: Rappelle-toi.

«Ma fille, cherche celles de mes paroles qui respirent le plus d'amour; écris-les, et puis, les gardant précieusement comme des reliques, aie soin de les relire souvent. Quand un ami veut réveiller au cœur de son ami la vivacité première de son affection, il lui dit: Souviens-toi de ce que tu éprouvais quand tu me dis un jour telle parole; ou bien: Te souviens-tu de tes sentiments à telle époque, un tel jour, en un tel lieu? Crois-le donc, les plus précieuses reliques qui demeurent de moi sur la terre sont les paroles de mon amour, les paroles sorties de mon très doux Cœur.»

NOTRE-SEIGNEUR à sainte Gertrude.

Oh! souviens-toi de la gloire du Père, Rappelle-toi les divines splendeurs Que tu quittas, t'exilant sur la terre, Pour racheter tous les pauvres pécheurs. O Jésus! t'abaissant vers la Vierge Marie, Tu voilas ta grandeur et ta gloire infinie. De ce sein maternel Qui fut ton second ciel, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi qu'au jour de ta naissance, Quittant le ciel, les Anges ont chanté: «_A notre Dieu: gloire, honneur et puissance! Et paix aux cœurs de bonne volonté!_» Depuis dix-neuf cents ans, tu remplis ta promesse. Seigneur, de tes enfants, la paix est la richesse: Pour goûter à jamais Ton ineffable paix, Je viens à toi!

Je viens à toi, cache-moi dans tes langes, En ton berceau je veux rester toujours! Là, je pourrai, chantant avec les anges, Te rappeler les fêtes de ces jours: O Jésus! souviens-toi des bergers et des mages Qui t'offrirent, joyeux, leurs cœurs et leurs hommages; Du cortège innocent Qui te donna son sang, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi que, les bras de Marie, Tu préféras à ton trône royal; Petit enfant, pour soutenir ta vie, Tu n'avais rien que le lait virginal! A ce festin d'amour que te donne ta Mère, Oh! daigne m'inviter, Jésus, mon petit frère, De ta petite sœur Qui fit battre ton Cœur, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi que tu nommas ton père L'humble Joseph, qui, par l'ordre du Ciel, Sans t'éveiller sur le sein de ta Mère, Sut t'arracher aux fureurs d'un mortel. Verbe-Dieu, souviens-toi de ce mystère étrange: Tu gardas le silence et fis parler un ange! De ton lointain exil Sur les rives du Nil, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi que, sur d'autres rivages, Les astres d'or et la lune d'argent, Que je contemple en l'azur sans nuages, Ont réjoui, charmé tes yeux d'enfant. De ta petite main qui caressait Marie, Tu soutenais le monde et lui donnais la vie. Et tu pensais à moi! Jésus, mon petit Roi, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que, dans la solitude, Tu travaillais de tes divines mains; Vivre oublié fut ta plus chère étude, Tu rejetas le savoir des humains! O toi qui d'un seul mot pouvais charmer le monde, Tu te plus à cacher ta sagesse profonde... Tu parus ignorant! O Seigneur tout-puissant, Rappelle-toi!

Rappelle-toi qu'étranger sur la terre, Tu fus errant, toi, le Verbe éternel! Tu n'avais rien, non pas même une pierre, Pas un abri, comme l'oiseau du ciel. O Jésus! viens en moi, viens reposer ta tête, Viens!... à te recevoir mon âme est toute prête. Mon bien-aimé Sauveur, Repose dans mon cœur, Il est à toi!

Rappelle-toi les divines tendresses Dont tu comblas les tout petits enfants; Je veux aussi recevoir tes caresses. Ah! donne-moi tes baisers ravissants! Pour jouir dans les cieux de ta douce présence, Je saurai pratiquer les vertus de l'enfance: Tu nous l'as dit souvent: «Le Ciel est pour l'enfant.....» Rappelle-toi!

Rappelle-toi qu'au bord de la fontaine Un Voyageur, fatigué du chemin, Fit déborder sur la Samaritaine Les flots d'amour que renfermait son sein. Ah! je connais Celui qui demandait à boire: Il est le «Don de Dieu», la source de fa gloire! C'est toi l'eau qui jaillit, Jésus! tu nous as dit: «Venez à moi!

_«Venez à moi, pauvres âmes chargées; «Vos lourds fardeaux bientôt s'allégeront, «Et, pour toujours, dans mon Cœur submergées, «De votre sein des sources jailliront.»_ J'ai soif, ô mon Jésus! cette eau, je la réclame. De ses torrents divins daigne inonder mon âme; Pour fixer mon séjour En l'océan d'amour, Je viens à toi!

Rappelle-toi qu'enfant de la lumière, Souvent, hélas! je néglige mon Roi; Oh! prends pitié de ma grande misère, Dans ton amour, Jésus, pardonne-moi! Aux affaires du ciel daigne me rendre habile, Montre-moi les secrets cachés dans l'Evangile. Ah! que ce livre d'or Est mon plus cher trésor, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que ta divine Mère A sur ton Cœur un pouvoir merveilleux! Rappelle-toi qu'un jour, à sa prière, Tu changeas l'onde en vin délicieux! Daigne aussi transformer mes œuvres indigentes... A la voix de Marie, ô Dieu! rends-les ferventes: Que je suis son enfant, Mon Jésus, bien souvent, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que souvent les collines Tu gravissais au coucher du soleil; Rappelle-toi tes oraisons divines, Tes chants d'amour à l'heure du sommeil! Ta prière, ô mon Dieu, je l'offre avec délice Pendant mes oraisons, pendant le saint office: Là, tout près de ton Cœur, Je chante avec bonheur, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que, voyant la campagne, Ton divin Cœur devançait les moissons; Levant les yeux vers la sainte Montagne, De tes élus tu murmurais les noms! Afin que ta moisson soit bientôt recueillie, Chaque jour, ô mon Dieu, je m'immole et je prie. Que ma joie et mes pleurs Sont pour tes moissonneurs, Rappelle-toi!

Rappelle-toi cette fête des Anges, Cette harmonie au royaume des cieux, Et le bonheur des sublimes phalanges, Lorsqu'un pécheur vers toi lève les yeux! Ah! je veux augmenter cette grande allégresse... Jésus, pour les pécheurs je veux prier sans cesse; Que je vins au Carmel Pour peupler ton beau ciel, Rappelle-toi!

Rappelle-toi cette très douce flamme Que tu voulais allumer dans les cœurs: Ce feu du ciel, tu l'as mis en mon âme, Je veux aussi répandre ses ardeurs. Une faible étincelle, ô mystère de vie, Suffit pour allumer un immense incendie. Que je veux, ô mon Dieu, Porter au loin ton feu, Rappelle-toi!

Rappelle-toi cette fête splendide Que tu donnas à ton fils repentant; Rappelle-toi que pour l'âme candide, Tu la nourris toi-même, à chaque instant! Jésus, avec amour tu reçois le prodigue... Mais les flots de ton Cœur, pour moi, n'ont pas de digue. Que tes biens sont à moi, Mon Bien-Aimé, mon Roi, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que, méprisant la gloire, En prodiguant tes miracles divins Tu t'écriais: «Comment pouvez-vous croire «Vous qui cherchez l'estime des humains? «Les œuvres que je fais vous semblent surprenantes: «Mes amis en feront de bien plus éclatantes.» Que tu fus humble et doux, Jésus, mon tendre Epoux, Rappelle-toi!

Rappelle-toi qu'en une sainte ivresse L'Apôtre-vierge approcha de ton Cœur! En son repos il connut ta tendresse; Et tes secrets il les comprit, Seigneur! De ton disciple aimé je ne suis pas jalouse; Je connais tes secrets, car je suis ton épouse... O mon divin Sauveur, Je m'endors sur ton Cœur. Il est à moi!

Rappelle-toi qu'au soir de l'agonie, Avec ton sang se mêlèrent les pleurs; Perles d'amour! leur valeur infinie A fait germer de virginales fleurs. Un Ange, te montrant cette moisson choisie, Fit renaître la joie en ton âme bénie; Jésus, que tu me vis Au milieu de tes lis, Rappelle-toi!

Ton sang, tes pleurs, cette source féconde Virginisant les calices des fleurs, Les a rendus capables, dès ce monde, De t'enfanter un grand nombre de cœurs. Je suis vierge, ô Jésus! Cependant, quel mystère! En m'unissant à toi, des âmes je suis mère... Des virginales fleurs Qui sauvent les pécheurs, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi qu'abreuvé de souffrance Un Condamné, se tournant vers les cieux, S'est écrié: «Bientôt dans ma puissance «Vous me verrez paraître glorieux!» Qu'il fût le Fils de Dieu, nul ne le voulait croire, Car elle se cachait son ineffable gloire. O Prince de la Paix! Moi, je te reconnais... Je crois en toi!

Rappelle-toi que ton divin Visage, Parmi les tiens, fut toujours inconnu! Mais tu laissas pour moi ta douce image... Et tu le sais, je t'ai bien reconnu! Oui, je te reconnais, même à travers tes larmes, Face de L'Eternel, je découvre tes charmes. Que ton regard voilé Mon cœur a consolé, Rappelle-toi!

Rappelle-toi cette amoureuse plainte Qui, sur la croix, s'échappa de ton Cœur. Ah! dans le mien, Jésus, elle est empreinte: Oui... de ta soif il partage l'ardeur! Plus il se sent blessé de ses divines flammes, Plus il est altéré de te donner des âmes. Que, d'une soif d'amour, Je brûle nuit et jour, Rappelle-toi!

Rappelle-toi, Jésus, Verbe de vie, Que tu m'aimas jusqu'à mourir pour moi! Je veux aussi t'aimer à la folie; Je veux aussi vivre et mourir pour toi: Tu le sais, ô mon Dieu, tout ce que je désire, C'est de te faire aimer, et d'être un jour martyre. _D'amour je veux mourir. Seigneur, de mon désir, Oh! souviens-toi!_

Rappelle-toi qu'au jour de ta victoire, Tu nous disais: «Celui qui n'a pas vu «Le Fils de Dieu tout rayonnant de gloire, «Il est heureux... si quand même il a cru!» Dans l'ombre de la foi, je t'aime et je t'adore: O Jésus, pour te voir j'attends en paix l'aurore. Que mon désir n'est pas De te voir ici-bas, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que, montant vers le Père, Tu ne pouvais nous laisser orphelins; Que, te faisant prisonnier sur la terre, Tu sus voiler tes rayons tout divins; Mais l'ombre de ton voile est lumineuse et pure, Pain vivant de la foi, céleste nourriture. O mystère d'amour! Mon Pain de chaque jour: Jésus, c'est toi!

Jésus, c'est toi qui malgré les blasphèmes Des ennemis du Sacrement d'amour, C'est toi qui veux montrer combien tu m'aimes, Puisqu'en mon cœur tu fixes ton séjour. O Pain de l'exilé! sainte et divine Hostie! Ce n'est plus moi qui vis; mais je vis de ta vie: Ton ciboire doré, Entre tous préféré, Jésus, c'est moi!

Jésus, c'est moi ton vivant sanctuaire Que les méchants ne peuvent profaner. Reste en mon cœur, n'est-il pas un parterre Dont chaque fleur vers toi veut se tourner? Mais, si tu t'éloignais, ô blanc Lis des vallées! Je le sais bien, mes fleurs seraient vite effeuillées. Toujours, mon Bien-Aimé, Jésus, Lis embaumé, Fleuris en moi!

Rappelle-toi que je veux sur la terre Te consoler de l'oubli des pécheurs; Mon seul Amour, exauce ma prière: Ah! pour t'aimer, donne-moi mille cœurs! Mais c'est encore trop peu, Jésus, beauté suprême, Donne-moi pour t'aimer ton divin Cœur lui-même; De mon désir brûlant, Seigneur, à chaque instant, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi que ta volonté sainte Est mon repos, mon unique bonheur; Je m'abandonne et je m'endors sans crainte Entre tes bras, ô mon divin Sauveur! Si tu t'endors aussi lorsque l'orage gronde, Je veux rester toujours en une paix profonde; Mais pendant ton sommeil, Jésus! pour le réveil Prépare-moi!

Rappelle-toi que souvent je soupire Après le jour du grand avènement. Qu'il vienne enfin l'Ange qui doit nous dire: «Le temps n'est plus, venez au jugement!» Alors rapidement je franchirai l'espace, Et j'irai me cacher en ta divine Face. Qu'au séjour éternel Tu dois être mon ciel, Rappelle-toi!

21 octobre 1895.

Au Sacré-Cœur.

Air: Petit soulier de Noël.

Auprès du Tombeau, sainte Madeleine, Cherchant son Jésus, se baissait en pleurs. Les Anges voulaient adoucir sa peine, Mais rien ne pouvait calmer ses douleurs. Votre doux éclat, lumineux Archanges, Ne suffisait pas à la contenter; Elle voulait voir le Seigneur des Anges, Le prendre en ses bras, bien loin l'emporter.

Au Sépulcre Saint, restant la dernière, Marie était là, bien avant le jour; Son Dieu vint aussi, voilant sa lumière. Elle ne pouvait le vaincre en amour... Lui montrant alors sa Face bénie, Bientôt un seul mot jaillit de son Cœur; Murmurant le nom si doux de «Marie», Jésus lui rendit la paix, le bonheur.

* * * * *

Un jour, ô mon Dieu, comme Madeleine, J'ai voulu te voir, m'approcher de toi; Mon regard plongeait dans l'immense plaine Dont je recherchais le Maître et le Roi. Et je m'écriais, voyant l'onde pure, L'azur étoilé, la fleur et l'oiseau: Si je ne vois Dieu, brillante nature, Tu n'es rien pour moi qu'un vaste tombeau.

J'ai besoin d'un cœur brûlant de tendresse, Restant mon appui sans aucun retour; Aimant tout en moi, même ma faiblesse, Ne me quittant pas la nuit et le jour. Je n'ai pu trouver nulle créature Qui m'aimât toujours sans jamais mourir; Il me faut un Dieu prenant ma nature, Devenant mon frère et pouvant souffrir.

Tu m'as entendue, oh! l'Epoux que j'aime... Pour ravir mon cœur, te faisant mortel, Tu versas ton sang, mystère suprême! Et tu vis encor pour moi sur l'Autel. Si je ne puis voir l'éclat de ta Face, Entendre ta voix pleine de douceur, Je puis, ô mon Dieu, vivre de ta grâce, Je puis reposer sur ton Sacré-Cœur!

O Cœur de Jésus, trésor de tendresse, C'est toi mon bonheur, mon unique espoir! Toi qui sus bénir, charmer ma jeunesse, Reste auprès de moi jusqu'au dernier soir. Seigneur, à toi seul j'ai donné ma vie, Et tous mes désirs te sont bien connus. C'est en ta bonté toujours infinie Que je veux me perdre, ô Cœur de Jésus!

Ah! je le sais bien, toutes nos justices N'ont, devant tes yeux, aucune valeur; Pour donner du prix à mes sacrifices, Je veux les jeter en ton divin Cœur. Tu n'as pas trouvé tes Anges sans tache; Au sein des éclairs tu donnas ta loi; En ton Cœur Sacré, Jésus, je me cache, Je ne tremble pas: ma vertu c'est toi!

Afin de pouvoir contempler ta gloire, Il faut, je le sais, passer par le feu. Et moi, je choisis pour mon purgatoire Ton amour brûlant, ô Cœur de mon Dieu! Mon âme exilée, en quittant la vie, Voudrait faire un acte de pur amour, Et puis, s'envolant au ciel, sa patrie, Entrer dans ton Cœur, sans aucun détour!...

Octobre 1895.

Le Cantique éternel

Chanté dès l'exil.

Air: Mignon regrettant sa patrie. (LUIGI BORDÈSE.)

Ton épouse, ô mon Dieu, sur la rive étrangère Peut chanter de l'amour le cantique éternel; Puisqu'au sein de l'exil tu daignes, sur la terre, Du feu de ton amour l'embraser comme au ciel!

Mon Bien-Aimé, beauté suprême! A moi tu te donnés toi-même; Mais en retour, Jésus, je t'aime: Fais de ma vie un seul acte d'amour!

Oubliant ma grande misère, Tu viens habiter dans mon cœur. Mon faible amour, ah! quel mystère! Suffit pour t'enchaîner, Seigneur.

Amour qui m'enflamme, Pénètre mon âme! Viens, je te réclame, Viens, consume-moi!

Ton ardeur me presse, Et je veux sans cesse, Divine fournaise, M'abîmer en toi.

Seigneur, la souffrance Devient jouissance, Quand l'amour s'élance Vers toi sans retour.

Céleste patrie, Douceur infinie, Mon âme ravie Vous a chaque jour... Céleste patrie O joie infinie, _Vous n'êtes que l'_AMOUR!

10 mars 1896.

J'ai soif d'amour!

Air: Au sein de l'heureuse patrie.

Dans ton amour, t'exilant sur la terre, Divin Jésus, tu t'immolas pour moi. Mon Bien-Aimé, reçois ma vie entière; Je veux souffrir, je veux mourir pour toi.

Seigneur, tu nous l'as dit toi-même: _«L'on ne peut rien faire de plus «Que de mourir pour ceux qu'on aime.»_ Et mon amour suprême C'est toi, Jésus!

Il se fait tard, déjà le jour décline: Reste avec moi, céleste Pèlerin. Avec ta croix je gravis la colline; Viens me guider, Seigneur, dans le chemin!

Ta voix trouve écho dans mon âme: Je veux te ressembler, Seigneur La souffrance, je la réclame... Ta parole de flamme Brûle mon cœur!

Avant d'entrer dans l'éternelle gloire, «Il a fallu que l'Homme-Dieu souffrît». C'est par sa croix qu'il gagna la victoire; O doux Sauveur, ne nous l'as-tu pas dit?

Pour moi, sur la rive étrangère, Quels mépris n'as-tu pas reçus!... Je veux me cacher sur la terre, Etre en tout la dernière, Pour toi, Jésus.

Mon Bien-Aimé, ton exemple m'invite A m'abaisser, à mépriser l'honneur: Pour te ravir, je veux rester petite; En m'oubliant, je charmerai ton Cœur.

Ma paix est dans la solitude, Je ne demande rien de plus. Te plaire est mon unique étude, Et ma béatitude C'est toi, Jésus!

Toi, le grand Dieu que l'univers adore, Tu vis en moi, prisonnier nuit et jour; Ta douce voix à toute heure m'implore, Tu me redis: «J'ai soif! j'ai soif d'amour!...»

Je suis aussi ta prisonnière, Et je veux redire à mon tour Ta tendre et divine prière, Mon Bien-Aimé, mon Frère: J'ai soif d'amour!

J'ai soif d'amour! Comble mon espérance: Augmente en moi, Seigneur, ton divin feu! J'ai soif d'amour! bien grande est ma souffrance. Ah! je voudrais voler vers toi, mon Dieu!

Ton amour est mon seul martyre; Plus je le sens brûler en moi, Et plus mon âme te désire. _Jésus, fais que j'expire D'amour pour toi!_

30 avril 1896.

Mon ciel à moi.

Air: Dieu de paix et d'amour.

Pour supporter l'exil de la terre des larmes, Il me faut le regard de mon divin Sauveur; Ce regard plein d'amour m'a dévoilé ses charmes, Il m'a fait pressentir le céleste bonheur. Mon Jésus me sourit, quand vers lui je soupire; Alors je ne sens plus l'épreuve de la foi. Le regard de mon Dieu, son ravissant sourire, Voilà mon ciel à moi!

Mon ciel est d'attirer sur l'Eglise bénie, Sur la France coupable et sur chaque pécheur, La grâce que répand ce beau fleuve de vie Dont je trouve la source, ô Jésus, dans ton Cœur. Je puis tout obtenir lorsque, dans le mystère, Je parle cœur à cœur avec mon divin Roi. Cette douce oraison, tout près du sanctuaire, Voilà mon ciel à moi!

Mon ciel, il est caché dans la petite hostie Où Jésus, mon Epoux, se voile par amour. A ce foyer divin je vais puiser la vie; Et là, mon doux Sauveur m'écoute nuit et jour. Oh! quel heureux instant, lorsque dans ta tendresse Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en toi! Cette union d'amour, cette ineffable ivresse, Voilà mon ciel à moi!

Mon ciel est de sentir en moi la ressemblance Du Dieu qui me créa de son souffle puissant; Mon ciel est de rester toujours en sa présence, De l'appeler mon Père et d'être son enfant; Entre ses bras divins je ne crains pas l'orage... Le total abandon, voilà ma seule loi! Sommeiller sur son Cœur, tout près de son Visage, Voilà mon ciel à moi!

Mon ciel, je l'ai trouvé dans la Trinité sainte Qui réside en mon cœur, prisonnière d'amour. Là, contemplant mon Dieu, je lui redis sans crainte Que je veux le servir et l'aimer sans retour. Mon ciel est de sourire à ce Dieu que j'adore, Lorsqu'il veut se cacher pour éprouver ma foi; Sourire, en attendant qu'il me regarde encore, Voilà mon ciel à moi!

7 juin 1896.

Mon espérance.

Air: O saint autel qu'environnent les Anges.

Je suis encor sur la rive étrangère; Mais, pressentant le bonheur éternel, Oh! je voudrais déjà quitter la terre Et contempler les merveilles du ciel! Lorsque je rêve à l'immortelle vie, De mon exil je ne sens plus le poids; Bientôt, mon Dieu, vers ma seule patrie Je volerai pour la première fois!

Ah! donne-moi, Jésus, de blanches ailes, Pour que, vers toi, je prenne mon essor. Je veux voler aux rives éternelles, Je veux te voir, ô mon divin Trésor! Je veux voler dans les bras de Marie, Me reposer sur ce trône de choix, Et recevoir de ma Mère chérie, Le doux baiser pour la première fois!

Mon Bien-Aimé, de ton premier sourire Fais-moi bientôt entrevoir la douceur; Ah! laisse-moi, dans mon brûlant délire, Oui, laisse-moi me cacher en ton Cœur. Heureux instant!... O bonheur ineffable! Quand j'entendrai le doux son de ta voix... Quand je verrai, de ta Face adorable L'éclat divin, pour la première fois!

Tu le sais bien, mon unique martyre C'est ton amour, Cœur sacré de Jésus! Vers ton beau ciel, si mon âme soupire, C'est pour t'aimer... t'aimer de plus en plus! Au ciel, toujours m'enivrant de tendresse, Je t'aimerai sans mesure et sans lois. Et mon bonheur me paraîtra sans cesse Aussi nouveau que la première fois!

12 juin 1896.

Jeter des fleurs.

Air: Oui, je le crois, elle est immaculée.

Jésus, mon seul amour, au pied de ton calvaire, Que j'aime, chaque soir, à te jeter des fleurs! En effeuillant pour toi la rose printanière, Je voudrais essuyer tes pleurs!

Jeter des fleurs!... c'est t'offrir en prémices Les plus légers soupirs, les plus grandes douleurs. Mes peines, mon bonheur, mes petits sacrifices: Voilà mes fleurs!

Seigneur, de ta beauté mon âme s'est éprise; Je veux te prodiguer mes parfums et mes fleurs. En les jetant pour toi sur l'aile de la brise, Je voudrais enflammer les cœurs!

Jeter des fleurs! Jésus, voilà mon arme Lorsque je veux lutter pour sauver les pécheurs. La victoire est à moi: toujours je te désarme Avec mes fleurs!

Les pétales des rieurs caressant ton Visage Te disent que mon cœur est à toi sans retour. De ma rose effeuillée, ah! tu sais le langage, Et tu souris à mon amour...

Jeter des fleurs! redire tes louanges, Voilà mon seul plaisir sur la rive des pleurs. Au ciel j'irai bientôt avec les petits anges Jeter des fleurs!

28 juin 1896.

Mes désirs près du Tabernacle.

Air: Prévenons les feux de l'aurore.

Petite clef, oh! je t'envie, Toi qui peux ouvrir chaque jour La prison de l'Eucharistie, Où réside le Dieu d'amour. Mais je puis, quel touchant miracle! Par un seul effort de ma foi, Ouvrir aussi le Tabernacle, M'y cacher près du divin Roi...

Je voudrais, dans le sanctuaire, Me consumant près de mon Dieu, Toujours briller avec mystère, Comme la lampe du saint Lieu. O bonheur! en moi, j'ai des flammes, Et je puis gagner chaque jour, A Jésus, un grand nombre d'âmes, Les embraser de son amour...

A chaque aurore, je t'envie, O pierre sainte de l'autel! Comme dans l'étable bénie, Sur toi veut naître l'Eternel. Ecoute mon humble prière: Viens en mon âme, doux Sauveur! Bien loin d'être une froide pierre, Elle est le soupir de ton Cœur.

O corporal entouré d'Anges, Que je te porte envie encor! Sur toi, comme en ses humbles langes, Je vois Jésus, mon seul trésor. Change mon cœur, Vierge Marie, En un corporal pur et beau, Pour recevoir la blanche hostie Où se cache ton doux Agneau.

Sainte patène, je t'envie... Sur toi, Jésus vient reposer! Oh! que sa grandeur infinie, Jusqu'à moi daigne s'abaisser... Jésus, comblant mon espérance, De l'exil n'attend pas le soir: Il vient en moi!... par sa présence, Je suis un vivant ostensoir.

Je voudrais être le calice Où j'adore le Sang divin! Mais je puis, au saint Sacrifice, Le recueillir chaque matin. Mon âme à Jésus est plus chère Que les précieux vases d'or; L'autel est un nouveau Calvaire, Où, pour moi, son Sang coule encor.

Jésus, Vigne sainte et sacrée, Tu le sais, ô mon divin Roi, Je suis une grappe dorée Qui doit disparaître pour loi. Sous le pressoir de la souffrance, Je te prouverai mon amour. Je ne veux d'autre jouissance Que de m'immoler chaque jour.

Quel heureux sort! Je suis choisie Parmi les grains de pur froment Qui, pour Jésus, perdent la vie; Bien grand est mon ravissement! Je suis ton épouse chérie, Mon Bien-Aimé, viens vivre en moi. Oh! viens, ta Beauté m'a ravie, Daigne me transformer en toi!

1896.

Jésus seul.

Composé pour une novice.

Air: Près d'un berceau.

Mon cœur ardent veut se donner sans cesse, Il a besoin de prouver sa tendresse. Ah! qui pourra comprendre mon amour? Quel cœur voudra me payer de retour? Mais, ce retour, en vain je le réclame; Jésus, toi seul peux contenter mon âme. Rien ne saurait me charmer ici-bas; Le vrai bonheur ne s'y rencontre pas.

Ma seule paix, mon seul bonheur, Mon seul amour, c'est toi, Seigneur!

O toi qui sus créer le cœur des mères, Je trouve en toi le plus tendre des pères. Mon seul Amour, Jésus, Verbe éternel, Pour moi, ton Cœur est plus que maternel! A chaque instant, tu me suis, tu me gardes; Quand je t'appelle, ah! jamais tu ne tardes. Et si parfois tu sembles te cacher, C'est toi qui viens m'aider à te chercher...

C'est à toi seul, Jésus, que je m'attache; C'est dans tes bras que j'accours et me cache. Je veux t'aimer comme un petit enfant; Je veux lutter comme un guerrier vaillant. Comme un enfant plein de délicatesses, Je veux, Seigneur, te combler de caresses; Et, dans le champ de mon apostolat, Comme un guerrier je m'élance au combat!

Ton Cœur, qui garde et qui rend l'innocence, Ne saurait pas tromper ma confiance; En toi, Seigneur, repose mon espoir: Après l'exil, au ciel j'irai te voir.

Lorsqu'en mon cœur s'élève la tempête, Vers toi, Jésus, je relève la tête; En ton regard miséricordieux, Je lis: Enfant... pour toi, j'ai fait les cieux!

Je le sais bien, mes soupirs et mes larmes Sont devant toi tout rayonnants de charmes; Les Séraphins, au ciel, forment ta cour, Et cependant tu cherches mon amour... Tu veux mon cœur... Jésus, je te le donne! Tous mes désirs je te les abandonne; Et ceux que j'aime, ô mon Epoux, mon Roi, Je ne veux plus les aimer que pour toi.

15 août 1896.

La volière de l'Enfant-Jésus.

Air: Au Rossignol. (GOUNOD.)

Pour les exilés de la terre, Le bon Dieu créa les oiseaux; Ils vont, gazouillant leur prière, Dans les vallons, sur les coteaux. Les enfants joyeux et volages, Ayant choisi leurs préférés, Les emprisonnent dans des cages Dont les barreaux sont tout dorés.

* * * * *

O Jésus, notre petit Frère, Pour nous, tu quittas le beau ciel; Mais, tu le sais bien, ta volière, Divin Enfant, c'est le Carmel.

Notre cage n'est pas dorée, Cependant nous la chérissons; Dans les bois, la plaine azurée, Plus jamais nous ne volerons! Jésus! les bosquets de ce monde Ne peuvent pas nous contenter; Dans la solitude profonde, Pour toi seul nous voulons chanter. Ta petite main nous attire; Enfant, que tes charmes sont beaux! O divin Jésus! ton sourire Captive les petits oiseaux.

Ici l'âme simple et candide Trouve l'objet de son amour; Ici la colombe timide N'a plus à craindre le vautour. Sur les ailes de la prière, On voit monter le cœur ardent, Comme l'alouette légère Qui, bien haut, s'élève en chantant! Ici l'on entend le ramage Du roitelet, du gai pinson. O petit Jésus! dans leur cage, Tes oiseaux gazouillent ton Nom.

Le petit oiseau toujours chante: Son pain ne l'inquiète pas... Un grain de millet le contente, Jamais il ne sème ici-bas. Comme lui, dans notre volière, Nous recevons tout de ta main; L'unique chose nécessaire, C'est de t'aimer, Enfant divin! Aussi nous chantons tes louanges Avec les purs esprits du ciel; Et, nous le savons, tous les Anges Aiment les oiseaux du Carmel.

Jésus, pour essuyer les larmes Que te font verser les pécheurs, Tes oiseaux redisent tes charmes, Leurs doux chants te gagnent des cœurs. Un jour, loin de la triste terre, Lorsqu'ils entendront ton appel, Tous les oiseaux de ta volière Prendront leur essor vers le ciel. Avec les charmantes phalanges Des petits chérubins joyeux, Eternellement, tes louanges Nous les chanterons dans les cieux!

25 décembre 1896.

Glose sur le Divin.

D'après saint Jean de la Croix.

Appuyé sans aucun appui; sans lumière et dans les ténèbres, je vais me consumant d'amour. (S. JEAN DE LA CROIX.)

Au monde, quel bonheur extrême! J'ai dit un éternel adieu. Elevé plus haut que lui-même, Mon cœur n'a d'autre appui que Dieu; Et maintenant je le proclame: Ce que j'estime près de lui, C'est de voir mon cœur et mon âme Appuyés sans aucun appui!

Bien que je souffre sans lumière, En cette existence d'un jour, Je possède au moins sur la terre L'Astre céleste de l'amour. Dans le chemin qu'il me faut suivre Se rencontre plus d'un péril; Mais, par amour, je veux bien vivre Dans les ténèbres de l'exil.

L'amour, j'en ai l'expérience, Du bien, du mal qu'il trouve en moi, Sait profiter; quelle puissance! Il transforme mon âme en soi. Ce feu qui brûle dans mon âme Pénètre mon cœur sans retour; Ainsi dans son ardente flamme Je vais, me consumant d'amour!

1896.

A l'Enfant-Jésus.

Jésus, tu connais mon nom, Et ton doux regard m'appelle... Il me dit: «Simple abandon, Je veux guider ta nacelle.»

De ta petite voix d'enfant, Oh! quelle merveille! De ta petite voix d'enfant Tu calmes le flot mugissant, Et le vent.

Si tu veux te reposer, Alors que l'orage gronde, Sur mon cœur daigne poser Ta petite tête blonde.

Que ton sourire est ravissant Lorsque tu sommeilles! Toujours avec mon plus doux chant, Je veux te bercer tendrement, Bel Enfant!

Décembre 1896.

Ma Paix et ma Joie.

Air: Petit oiseau, dis, où vas-tu?

Il est des âmes sur la terre Qui cherchent en vain le bonheur; Mais, pour moi, c'est tout le contraire, La joie habite dans mon cœur. Cette fleur n'est pas éphémère, Je la possède sans retour; Comme une rose printanière, Elle me sourit chaque jour.

Vraiment je suis par trop heureuse. Je fais toujours ma volonté; Pourrais-je n'être pas joyeuse Et ne pas montrer ma gaîté? Ma joie est d'aimer la souffrance, Je souris en versant des pleurs. J'accepte avec reconnaissance L'épine au milieu de mes fleurs.

Lorsque le ciel bleu devient sombre, Et qu'il semble me délaisser, Ma joie est de rester dans l'ombre, De me cacher, de m'abaisser. Ma paix, c'est la volonté sainte De Jésus, mon unique amour: Ainsi je vis sans nulle crainte; J'aime autant la nuit que le jour.

Ma paix, c'est de rester petite; Aussi, quand je tombe en chemin, Je puis me relever bien vite, Et Jésus me prend par la main. Alors, le comblant de caresses, Je lui dis qu'il est tout pour moi... Et je redouble de tendresses, Lorsqu'il se dérobe à ma foi.

Ma paix, si je verse des larmes, C'est de les cacher à mes sœurs. Oh! que la souffrance a de charmes, Quand on sait la voiler de fleurs! Je veux bien souffrir sans le dire, Pour que Jésus soit consolé; Ma joie est de le voir sourire Lorsque mon cœur est exilé.

Ma paix, c'est de lutter sans cesse Afin d'enfanter des élus; C'est de redire avec tendresse, Bien souvent, à mon doux Jésus: Pour toi, mon divin petit Frère, Je suis heureuse de souffrir! Ma joie unique sur la terre, C'est de pouvoir te réjouir.

Longtemps encor je veux bien vivre, Seigneur, si c'est là ton désir. Dans le ciel je voudrais te suivre, Si cela te faisait plaisir. L'amour, ce feu de la patrie, Ne cesse de me consumer; Que me fait la mort ou la vie? Mon seul bonheur, c'est de t'aimer!...

21 janvier 1897.

Mes Armes.

A une novice pour sa Profession.

Air: Partez, hérauts...

«L'épouse du Roi est terrible comme une armée rangée en bataille; elle est semblable à un chœur de musique dans un camp d'armée.» Cant., VI, 3; VII, I.

«Revêtez-vous des armes de Dieu, afin que vous puissiez résister aux embûches de l'ennemi.» Ephes., VI, II.

Du Tout-Puissant j'ai revêtu les armes, Sa main divine a daigné me parer; Rien désormais ne me cause d'alarmes, De son amour qui peut me séparer? A ses côtés, m'élançant dans l'arène, Je ne craindrai ni le fer ni le feu; Mes ennemis sauront que je suis reine, Que je suis l'épouse d'un Dieu.

O mon Jésus! je garderai l'armure Que je revêts sous tes yeux adorés; Jusqu'au soir de l'exil, ma plus belle parure Sera mes vœux sacrés.

O Pauvreté, mon premier sacrifice, Jusqu'à la mort tu me suivras partout; Car, je le sais, pour courir dans la lice, L'athlète doit se détacher de tout. Goûtez, mondains, le remords et la peine, Ces fruits amers de votre vanité; Joyeusement, moi je cueille en l'arène Les palmes de la Pauvreté.

Jésus a dit: «_C'est par la violence Que l'on ravit le royaume des cieux._» Eh bien! la Pauvreté me servira de lance, De casque glorieux.

La Chasteté me rend la sœur des Anges, De ces esprits purs et victorieux. J'espère un jour voler en leurs phalanges; Mais, dans l'exil, je dois lutter comme eux. Je dois lutter, sans repos et sans trêve, Pour mon Epoux, le Seigneur des seigneurs. La Chasteté, c'est le céleste glaive Qui peut lui conquérir des cœurs.

La Chasteté, c'est mon arme invincible; Mes ennemis, par elle, sont vaincus; Par elle je deviens, ô bonheur indicible! L'épouse de Jésus.

L'Ange orgueilleux, au sein de la lumière, S'est écrié: «Je n'obéirai pas!...» Moi, je répète en la nuit de la terre: Je veux toujours obéir ici-bas. Je sens en moi naître une sainte audace, De tout l'enfer je brave la fureur. L'Obéissance est ma forte cuirasse Et le bouclier de mon cœur.

O Dieu vainqueur! je ne veux d'autres gloires Que de soumettre en tout ma volonté; Puisque l'obéissant redira ses victoires Toute l'éternité!

Si du guerrier j'ai les armes puissantes, Si je l'imite et lutte vaillamment, Comme _la vierge aux grâces ravissantes, Je veux aussi chanter en combattant_. Tu fais vibrer de ta lyre les cordes, Et cette lyre, ô Jésus, c'est mon cœur! Alors je puis de tes miséricordes Chanter la force et la douceur.

En souriant je brave la mitraille, Et dans tes bras, ô mon Epoux divin, En chantant je mourrai sur le champ de bataille, Les armes à la main!

25 mars 1897.

Un lis au milieu des épines.

Composé pour une novice.

Air: L'envers du ciel.

O Seigneur tout-puissant! dès ma plus tendre enfance, Je puis bien m'appeler l'œuvre de ton amour; Je voudrais, ô mon Dieu, dans ma reconnaissance, Ah! je voudrais pouvoir te payer de retour. Jésus, mon Bien-Aimé, quel est ce privilège? Pauvre petit néant, qu'avais-je fait pour toi? Et je me vois ici, suivant le blanc cortège Des vierges de ta cour, aimable et divin Roi!

Hélas! je ne suis rien que la faiblesse même; Tu le sais bien, mon Dieu, je n'ai pas de vertus! Mais tu le sais aussi, pour moi, le bien suprême Qui me charma toujours... c'est toi, mon doux Jésus! Lorsqu'en mon jeune cœur s'alluma cette flamme Qui se nomme l'amour... tu vins la réclamer. Et loi seul, ô Jésus, pus contenter mon âme, Car jusqu'à l'infini j'avais besoin d'aimer!

Comme un petit agneau loin de la bergerie, Gaîment je folâtrais, ignorant le danger; Mais, ô Reine des cieux, ma Bergère chérie, Ton invisible main savait me protéger! Ainsi, tout en jouant au bord des précipices, Déjà tu me montrais le sommet du Carmel; Je comprenais alors les austères délices Qu'il me faudrait aimer pour m'envoler au ciel.

Seigneur, si tu chéris la pureté de l'Ange, De ce brillant esprit qui nage dans l'azur, N'aimes-tu pas aussi, s'élevant de la fange, Le lis que ton amour a su conserver pur? S'il est heureux, mon Dieu, l'Ange à l'aile vermeille Qui paraît devant toi tout blanc de pureté, Ma robe, dès ce monde, à la sienne est pareille, Puisque j'ai le trésor de la virginité!

1897.

La rose effeuillée.

Air: Le fil de la Vierge ou La Rose mousse.

Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère, Quitter ses bras, Essayer en tremblant sur notre triste terre Tes premiers pas; Devant toi je voudrais effeuiller une rose En sa fraîcheur, Pour que ton petit pied bien doucement repose Sur une fleur.

Cette rose effeuillée est la fidèle image, Divin Enfant! Du cœur qui veut pour toi s'immoler sans partage A chaque instant. Seigneur, sur tes autels plus d'une fraîche rose Aime à briller; Elle se donne à toi, mais je rêve autre chose: C'est m'effeuiller...

La rose en son éclat peut embellir ta fête, Aimable Enfant! Mais la rose effeuillée, on l'oublie, on la jette Au gré du vent... La rose, en s'effeuillant, sans recherche se donne Pour n'être plus. Comme elle, avec bonheur, à toi je m'abandonne, Petit Jésus!

L'on marche sans regret sur des feuilles de rose, Et ces débris Sont un simple ornement que sans art on dispose, Je l'ai compris... Jésus, pour ton amour j'ai prodigué ma vie, Mon avenir; Aux regards des mortels, rose à jamais flétrie, Je dois mourir!

Pour toi je dois mourir, Jésus, beauté suprême, Oh! quel bonheur! Je veux en m'effeuillant te prouver que je t'aime De tout mon cœur. Sous tes pas enfantins je veux avec mystère Vivre ici-bas; Et je voudrais encore adoucir au Calvaire Tes derniers pas...

Mai 1897.

L'abandon.

«L'abandon est le fruit délicieux de l'amour.»

Saint Augustin.

Il est sur cette terre Un arbre merveilleux; Sa racine, ô mystère! Se trouve dans les cieux. Jamais, sous son ombrage, Rien ne saurait blesser; Là, sans craindre l'orage, On peut se reposer. De cet arbre ineffable, L'amour, voilà le nom; Et son fruit délectable S'appelle l'abandon!

Ce fruit, dès cette vie, Me donne le bonheur; Mon âme est réjouie Par sa divine odeur. Ce fruit, quand je le touche, Me paraît un trésor; Le portant à ma bouche, Il m'est plus doux encor. Il me donne en ce monde Un océan de paix; En cette paix profonde Je repose à jamais.

Seul, l'abandon me livre En tes bras, ô Jésus! C'est lui qui me fait vivre Du pain de tes élus; A toi je m'abandonne, O mon divin Epoux! Et je n'ambitionne Que ton regard si doux. Toujours je veux sourire, M'endormant sur ton Cœur... Et là, je veux redire Que je t'aime, Seigneur!

Comme la pâquerette Au calice vermeil, Moi, petite fleurette, Je m'entr'ouvre au soleil. Mon doux soleil de vie, O mon aimable Roi! C'est ta divine Hostie, Petite comme moi... De sa céleste flamme Le lumineux rayon Fait naître dans mon âme Le parfait abandon.

Toutes les créatures Peuvent me délaisser; Je saurai sans murmures Près de toi m'en passer. Et si tu me délaisses, O mon divin Trésor! N'ayant plus tes caresses, Je veux sourire encor. En paix je veux attendre, Doux Jésus, ton retour, Et sans jamais suspendre Mes cantiques d'amour!

Non, rien ne m'inquiète, Rien ne peut me troubler. Plus haut que l'alouette Mon âme sait voler! Au-dessus des nuages, Le ciel est toujours bleu; On touche les rivages Où règne le bon Dieu! J'attends en paix la gloire Du céleste séjour, Car je trouve au ciboire Le doux fruit de l'amour!

Mai 1897.

A ce Festin d'Amour que te donne ta Mère Oh! daigne m'inviter, Jésus, mon petit Frère!]

DEUXIÈME PARTIE

Première poésie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

La Rosée divine ou le Lait virginal de Marie.

Air: Noël d'Adam.

Mon doux Jésus, sur le sein de ta Mère Tu m'apparais tout rayonnant d'amour; Daigne à mon cœur révéler le mystère Qui t'exila du céleste séjour. Ah! laisse-moi me cacher sous le voile Qui te dérobe à tout regard mortel. Près de toi seule, ô matinale étoile, Mon âme trouve un avant-goût du ciel!

Quand, au réveil d'une nouvelle aurore, Du soleil d'or on voit les premiers feux, La tendre fleur qui commence d'éclore Attend d'en haut un baume précieux: C'est du matin la perle étincelante, Mystérieuse et pleine de fraîcheur, Qui, produisant une sève abondante, Tout doucement fait entr'ouvrir la fleur.

C'est toi, Jésus, la Fleur à peine éclose. Je te contemple à ton premier éveil; C'est toi, Jésus, la ravissante rose, Le frais bouton, gracieux et vermeil. Les bras si purs de ta Mère chérie Forment pour toi: berceau, trône royal. Ton doux soleil, c'est le sein de Marie, Et ta rosée est le lait virginal!

Mon Bien-Aimé, mon divin petit Frère, En ton regard je vois tout l'avenir: Bientôt pour moi tu quitteras ta Mère; Déjà l'amour te presse de souffrir! Mais sur la croix, ô Fleur épanouie! Je reconnais ton parfum matinal; Je reconnais les perles de Marie: Ton sang divin c'est le lait virginal!

Cette rosée, elle est au sanctuaire, L'Ange voudrait s'en abreuver aussi; Offrant à Dieu sa sublime prière, Comme saint Jean il redit: «Le Voici!» Oui, le voici ce Verbe fait Hostie, Prêtre éternel, Agneau sacerdotal! Le Fils de Dieu, c'est le Fils de Marie... Le Pain de l'Ange est le lait virginal!

Le Séraphin se nourrit de la gloire, Du pur amour et du bonheur parfait; Moi, faible enfant, je ne vois au ciboire Que la couleur, la figure du lait. Mais c'est le lait qui convient à l'enfance, Du Cœur divin, l'amour est sans égal... O tendre amour, insondable puissance! Ma blanche Hostie est le lait virginal!

2 février 1893.

La Reine du ciel à sa petite Marie.

A une postulante nommée Marie.

Air: Petit oiseau, dis, où vas-tu?

Je cherche un enfant qui ressemble A Jésus, mon unique Agneau, Afin de les cacher ensemble, Tous deux en un même berceau.

L'Ange de la sainte patrie De ce bonheur serait jaloux; Mais je le donne à toi, Marie, L'Enfant-Dieu sera ton Epoux!

C'est toi-même que j'ai choisie Pour être de Jésus la sœur. Veux-tu lui tenir compagnie? Tu reposeras sur mon cœur!

Je te bercerai sous le voile Où se cache le Roi des cieux, Mon Fils sera la seule étoile Désormais brillante à tes yeux.

Mais pour que, toujours, je t'abrite Sous mon voile, près de Jésus, Il te faudra rester petite Avec d'enfantines vertus.

Je veux que sur ton front rayonne La douceur et la pureté; Mais la vertu que je te donne Surtout, c'est la simplicité.

Le Dieu, l'Unique en trois Personnes, Qu'adorent les anges tremblants... L'Eternel veut que tu lui donnes Le simple nom de Fleur des champs!

Comme une blanche pâquerette Qui toujours regarde le ciel, Sois aussi la simple fleurette Du petit Enfant de Noël.

Le monde méconnaît les charmes Du Roi qui s'exile des cieux; Bien souvent tu verras des larmes Briller en ses doux petits yeux.

Il faudra qu'oubliant tes peines Pour réjouir l'aimable Enfant, Tu bénisses tes nobles chaînes, Et que tu chantes doucement...

Le Dieu dont la toute-puissance Arrête le flot qui mugit, Empruntant les traits de l'enfance, Est devenu faible et petit.

Le Verbe, Parole du Père, Qui, pour toi, s'exile ici-bas, Mon doux Agneau, ton petit Frère, Enfant, ne te parlera pas!

Le silence est le premier gage De son inexprimable amour. Comprenant ce muet langage, Tu l'imiteras chaque jour.

Et si parfois Jésus sommeille, Tu reposeras près de lui; Son Cœur divin, qui toujours veille, Te servira de doux appui!

Ne t'inquiète pas, Marie, De l'ouvrage de chaque jour; Ton seul travail en cette vie Doit être uniquement l'amour!

Et si quelqu'un vient à redire Que tes œuvres ne se voient pas: J'aime beaucoup, pourras-tu dire: Voilà mon travail ici-bas.

Jésus tressera ta couronne, Si tu ne veux que son amour; Si ton cœur à lui s'abandonne, Il te fera régner un jour.

Après la nuit de cette vie, Tu verras son très doux regard; Et là-haut ton âme ravie Volera sans aucun retard...

Noël 1894.

Dernière poésie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Pourquoi je t'aime, ô Marie!

Air: La plainte du Mousse.

Oh! je voudrais chanter, Mère, pourquoi je t'aime! Pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur! Et pourquoi de penser à ta grandeur suprême Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur. Si je te contemplais dans ta sublime gloire, Et surpassant l'éclat de tous les bienheureux; Que je suis ton enfant, je ne pourrais le croire..... Marie, ah! devant toi je baisserais les yeux.

Il faut, pour qu'un enfant puisse chérir sa mère, Qu'elle pleure avec lui, partage ses douleurs. O Reine de mon cœur, sur la rive étrangère, Pour m'attirer à toi, que tu versas de pleurs! En méditant ta vie écrite en l'Evangile, J'ose te regarder et m'approcher de toi; Me croire ton enfant ne m'est pas difficile, Car je te vois mortelle et souffrant comme moi.

Lorsqu'un Ange des cieux t'offre d'être la Mère Du Dieu qui doit régner toute l'éternité, Je te vois préférer, quel étonnant mystère! L'ineffable trésor de la virginité. Je comprends que ton âme, ô Vierge immaculée, Soit plus chère au Seigneur que le divin séjour. Je comprends que ton âme, humble et douce vallée, Contienne mon Jésus, l'Océan de l'amour!

Je t'aime, te disant la petite servante Du Dieu que tu ravis par ton humilité. Cette grande vertu te rend toute-puissante, Elle attire en ton cœur la Sainte Trinité!

Alors l'Esprit d'amour te couvrant de son ombre, Le Fils égal au Père en toi s'est incarné... De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre, Puisqu'on doit l'appeler: Jésus, ton premier-né!

[Illustration: ORATOIRE

où se trouve actuellement la «Vierge de la chambre de Thérèse».

Cet oratoire communique avec la cellule de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus dont ou voit la porte entr'ouverte.

Là sont déposées journellement les nombreuses suppliques adressés à la Servante de Dieu.)

Marie, ah! tu le sais, malgré ma petitesse, Comme toi je possède en moi le Tout-Puissant. Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse: Le trésor de la Mère appartient à l'enfant... Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie! Tes vertus, ton amour ne sont-ils pas à moi? Aussi, lorsqu'en mon cœur descend la blanche Hostie, Jésus, ton doux Agneau, croit reposer en toi!

Tu me le fais sentir, ce n'est pas impossible De marcher sur tes pas, ô Reine des élus! L'étroit chemin du ciel, tu l'as rendu visible En pratiquant toujours les plus humbles vertus. Marie, auprès de toi j'aime à rester petite; Des grandeurs d'ici-bas je vois la vanité. Chez sainte Elisabeth recevant ta visite, J'apprends à pratiquer l'ardente charité.

Là, j'écoute à genoux, douce Reine des Anges, Le cantique sacré qui jaillit de ton cœur; Tu m'apprends à chanter les divines louanges, A me glorifier en Jésus, mon Sauveur. Tes paroles d'amour sont de mystiques roses Qui doivent embaumer les siècles à venir: En toi, le Tout-Puissant a fait de grandes choses: Je veux les méditer, afin de l'en bénir.

Quand le bon saint Joseph ignore le miracle Que tu voudrais cacher dans ton humilité, Tu le laisses pleurer tout près du tabernacle Qui voile du Sauveur la divine beauté. Oh! que je l'aime encor ton éloquent silence! Pour moi, c'est un concert doux et mélodieux Qui me dit la grandeur et la toute-puissance D'une âme qui n'attend son secours que des cieux...

Plus tard, à Bethléem, ô Joseph, ô Marie, Je vous vois repoussés de tous les habitants; Nul ne veut recevoir en son hôtellerie De pauvres étrangers... la place est pour les grands! La place est pour les grands, et c'est dans une étable Que la Reine des cieux doit enfanter un Dieu. O Mère du Sauveur, que je te trouve aimable! Que je te trouve grande en un si pauvre lieu!

Quand je' vois l'Eternel enveloppé de langes, Quand, du Verbe divin, j'entends le faible cri... Marie, à cet instant, envierais-je les Anges? Leur Seigneur adorable est mon Frère chéri! Oh! que je te bénis, toi qui sur nos rivages As fait épanouir cette divine Fleur! Que je t'aime, écoutant les bergers et les mages, Et gardant avec soin toute chose en ton cœur!

Je t'aime, te mêlant avec les autres femmes Qui, vers le Temple saint, ont dirigé leurs pas; Je t'aime, présentant le Sauveur de nos âmes Au bienheureux vieillard qui le presse en ses bras; D'abord en souriant j'écoute son cantique; Mais bientôt ses accents me font verser des pleurs... Plongeant dans l'avenir un regard prophétique, Siméon te présente un glaive de douleurs!

O Reine des martyrs, jusqu'au soir de ta vie Ce glaive douloureux transpercera ton cœur. Déjà tu dois quitter le sol de ta patrie, Pour éviter d'un roi la jalouse fureur. Jésus sommeille en paix sous les plis de ton voile, Joseph vient te prier de partir à l'instant; Et ton obéissance aussitôt se dévoile: Tu pars sans nul retard et sans raisonnement.

Sur la terre d'Egypte, il me semble, ô Marie, Que dans la pauvreté ton cœur reste joyeux; Car Jésus n'est-il pas la plus belle patrie? Que t'importe l'exil?... Tu possèdes les cieux Mais à Jérusalem une amère tristesse, Comme un vaste océan, vient inonder ton cœur... Jésus, pendant trois jours, se cache à ta tendresse. Alors c'est bien l'exil dans toute sa rigueur!

Enfin tu l'aperçois, et l'amour te transporte... Tu dis au bel Enfant qui charme les Docteurs: «O mon Fils, pourquoi donc agis-tu de la sorte? «Voilà ton père et moi qui te cherchions en pleurs!...» Et l'Enfant-Dieu répond--oh! quel profond mystère!-- A la Mère qu'il aime et qui lui tend les bras: «Pourquoi me cherchiez-vous?... Aux œuvres de mon Père «Je dois penser déjà!... Ne ne le savez-vous pas?»

L'Evangile m'apprend que, croissant en sagesse, A Marie, à Joseph, Jésus reste soumis; Et mon cœur me révèle avec quelle tendresse Il obéit toujours à ses parents chéris. Maintenant je comprends le mystère du Temple, La réponse, le ton de mon aimable Roi: Mère, ce doux Enfant veut que tu sois l'exemple De l'âme qui le cherche en la nuit de la foi...

Puisque le Roi des Cieux a voulu que sa Mère Fût soumise à la nuit, à l'angoisse du cœur, Alors, c'est donc un bien de souffrir sur la terre? Oui!... souffrir en aimant, c'est le plus pur bonheur! Tout ce qu'il m'a donné, Jésus peut le reprendre, Dis-lui de ne jamais se gêner avec moi; Il peut bien se cacher, je consens à l'attendre Jusqu'au jour sans couchant où s'éteindra ma foi.

Je sais qu'à Nazareth, Vierge pleine de grâces, Tu vis très pauvrement, ne voulant rien de plus; Point de ravissements, de miracles, d'extases N'embellissent ta vie, ô Reine des élus! Le nombre des petits est bien grand sur la terre, Ils peuvent, sans trembler, vers toi lever les yeux; Par la commune voie, incomparable Mère, Il te plaît de marcher pour les guider aux cieux!

Pendant ce triste exil, ô ma Mère chérie, Je veux vivre avec toi, te suivre chaque jour; Vierge, en te contemplant je me plonge ravie, Découvrant dans ton cœur des abîmes d'amour! Ton regard maternel bannit toutes mes craintes: Il m'apprend à pleurer, il m'apprend à jouir. Au lieu de mépriser les jours de fêtes saintes, Tu veux les partager, tu daignes les bénir.

Des époux de Cana voyant l'inquiétude Qu'ils ne peuvent cacher, car ils manquent de vin, Au Sauveur tu le dis, dans ta sollicitude, Espérant le secours de son pouvoir divin. Jésus semble d'abord repousser ta prière: «Qu'importe, répond-il, femme, à vous comme à moi?» Mais, au fond de son cœur il te nomme sa Mère, Et son premier miracle il l'opère pour toi!

Un jour que les pécheurs écoutent la doctrine De Celui qui voudrait au ciel les recevoir: Je te trouve avec eux, Mère, sur la colline; Quelqu'un dit à Jésus que tu voudrais le voir. Alors ton divin Fils, devant la foule entière, De son amour pour nous montre l'immensité; Il dit: «Quel est mon frère, et ma sœur, et ma mère, «Si ce n'est celui-là qui fait ma volonté?»

O Vierge immaculée, ô Mère la plus tendre! En écoutant Jésus tu ne t'attristes pas, Mais tu te réjouis qu'il nous fasse comprendre Que notre âme devient sa famille ici-bas. Oui, tu te réjouis qu'il nous donne sa vie, Les trésors infinis de sa Divinité! Comment ne pas t'aimer, te bénir, ô Marie! Voyant, à notre égard, ta générosité?...

Tu nous aimes vraiment comme Jésus nous aime, Et tu consens pour nous à t'éloigner de lui. Aimer, c'est tout donner, et se donner soi-même: Tu voulus le prouver en restant notre appui. Le Sauveur connaissait ton immense tendresse, Il savait les secrets de ton cœur maternel... Refuge des pécheurs, c'est à toi qu'il nous laisse Quand il quitte la croix pour nous attendre au ciel!

Tu m'apparais, Marie, au sommet du Calvaire, Debout, près de la Croix, comme un prêtre à l'autel; Offrant, pour apaiser la justice du Père, Ton bien-aimé Jésus, le doux Emmanuel. Un prophète l'a dit, ô Mère désolée: «Il n'est pas de douleur semblable à ta douleur!» O Reine des martyrs, en restant exilée, Tu prodigues pour nous tout le sang de ton cœur!

La maison de saint Jean devient ton seul asile; Le fils de Zébédée a remplacé Jésus! C'est le dernier détail que donne l'Evangile: De la Vierge Marie il ne me parle plus... Mais son profond silence, ô ma Mère chérie, Ne révèle-t-il pas que le Verbe éternel Veut lui-même chanter les secrets de ta vie Pour charmer tes enfants, tous les élus du ciel?

Bientôt je l'entendrai cette douce harmonie; Bientôt, dans le beau ciel, je vais aller te voir! _Toi qui vins me sourire au matin de ma vie, Viens me sourire encor... Mère, voici le soir!_ Je ne crains plus l'éclat de ta gloire suprême; Avec toi j'ai souffert... et je veux maintenant _Chanter sur tes genoux, Vierge, pourquoi je t'aime..... Et redire à jamais que je suis ton enfant!_

Mai 1897.

A saint Joseph.

Air: Par les chants les plus magnifiques.

Joseph, votre admirable vie Se passa dans l'humilité; Mais de Jésus et de Marie Vous contempliez la beauté! Le Fils de Dieu dans son enfance, Plus d'une fois, avec bonheur, Soumis à votre obéissance S'est reposé sur votre cœur!

Comme vous dans la solitude Nous servons Marie et Jésus; Leur plaire est notre seule étude, Nous ne désirons rien de plus. Sainte Thérèse, Notre Mère, En vous se confiait toujours; Elle assure que sa prière Vous l'exauciez d'un prompt secours.

Quand l'épreuve sera finie, Nous en avons le doux espoir, Près de la divine Marie, O Père, nous irons vous voir! Alors nous lirons votre histoire Inconnue au monde mortel; Nous découvrirons votre gloire Et la chanterons dans le ciel.

A mon Ange gardien.

Air: Par les chants les plus magnifiques.

Glorieux gardien de mon âme, Toi qui brilles dans le beau ciel Comme une douce et pure flamme, Près du trône de l'Eternel; Tu viens pour moi sur cette terre, Et m'éclairant de ta splendeur, Bel Ange, tu deviens mon frère, Mon ami, mon consolateur!

Connaissant ma grande faiblesse, Tu me diriges par la main; Et je te vois, avec tendresse, Oter la pierre du chemin. Toujours ta douce voix m'invite A ne regarder que les cieux; Plus tu me vois humble et petite, Et plus ton front est radieux.

O toi qui traverses l'espace Plus promptement que les éclairs, Vole bien souvent à ma place Auprès de ceux qui me sont chers; De ton aile sèche leurs larmes, Chante combien Jésus est bon! Chante que souffrir a des charmes, Et tout bas murmure mon nom.

Je veux, pendant ma courte vie, Sauver mes frères les pécheurs; O bel Ange de la patrie, Donne-moi tes saintes ardeurs. Je n'ai rien que mes sacrifices, Et mon austère pauvreté; Unis à tes pures délices, Offre-les à la Trinité.

A toi, le royaume et la gloire, Les richesses du Roi des rois. A moi, le Pain du saint ciboire, A moi, le trésor de la Croix. Avec la Croix, avec l'Hostie, Avec ton céleste secours, J'attends en paix, de l'autre vie, Le bonheur qui dure toujours!

Février 1897.

A mes petits Frères du ciel, les saints Innocents.

Air: Le fil de la Vierge ou La Rose mousse.

«Le Seigneur rassemblera les petits Agneaux et les prendra sur son sein.» Is., XL, II.

«Heureux ceux que Dieu tient pour justes sans les œuvres! car à l'égard de ceux qui font les œuvres, la récompense n'est point regardée comme une grâce, mais comme une chose due. C'est donc gratuitement que ceux qui ne font pas les œuvres sont justifiés par la grâce, en vertu de la Rédemption dont Jésus-Christ est l'Auteur.»

Rom., IV, 4, 5, 6.

Heureux petits enfants! avec quelles tendresses Le Roi des cieux Vous bénit autrefois, et combla de caresses Vos fronts joyeux! De tous les Innocents vous étiez la figure, Et j'entrevois Les biens que, dans le ciel, vous donne sans mesure Le Roi des rois.

Vous avez contemplé les immenses richesses Du paradis, Avant d'avoir connu nos amères tristesses, Chers petits lis! O boutons parfumés, moissonnés dès l'aurore Par le Seigneur... Le doux soleil d'amour qui sut vous faire éclore, Ce fut son Cœur!

Quels ineffables soins, quelle tendresse exquise, Et quel amour Vous prodigue ici-bas notre Mère l'Eglise, Enfants d'un jour! Dans ses bras maternels vous fûtes en prémices Offerts à Dieu. Toute l'éternité vous ferez les délices Du beau ciel bleu.

Enfants, vous composez le virginal cortège Du doux Agneau; Et vous pouvez redire, étonnant privilège! Un chant nouveau. Vous êtes, sans combats, parvenus à la gloire Des conquérants; Le Sauveur a pour vous remporté la victoire, Vainqueurs charmants!

On ne voit point briller de pierres précieuses Dans vos cheveux, Seul, le reflet doré de vos boucles soyeuses Ravit les cieux... Les trésors des élus, leurs palmes, leurs couronnes, Tout est à vous! Dans la sainte patrie, enfants, vos riches trônes Sont leurs genoux.

Ensemble vous jouez avec les petits anges Près de l'autel; Et vos chants enfantins, gracieuses phalanges, Charment le ciel! Le bon Dieu vous apprend comment il fait les roses, L'oiseau, les vents; Nul génie ici-bas ne sait autant de choses Que vous, Enfants!

Du firmament d'azur, soulevant tous les voiles Mystérieux, En vos petites mains vous prenez les étoiles Aux mille feux. En courant vous laissez une trace argentée; Souvent le soir, Quand je vois la blancheur de la route lactée, Je crois vous voir.....

Dans les bras de Marie, après toutes vos fêtes, Vous accourez; Sous son voile étoilé cachant vos blondes têtes, Vous sommeillez...

Charmants petits lutins, votre enfantine audace Plaît au Seigneur; Vous osez caresser son adorable Face, Quelle faveur!

C'est vous que le Seigneur me donna pour modèle, Saints Innocents! Je veux être ici-bas votre image fidèle, Petits enfants. Ah! daignez m'obtenir les vertus de l'enfance; Votre candeur, Votre abandon parfait, votre aimable innocence Charment mon cœur.

O Seigneur, tu connais de mon âme exilée Les vœux ardents: Je voudrais moissonner, beau Lis de la vallée, Des lis brillants... Ces boutons printaniers, je les cherche et les aime Pour ton plaisir; Sur eux daigne verser l'eau sainte du baptême: Viens les cueillir!

Oui, je veux augmenter la candide phalange Des Innocents; Ma joie et mes douleurs, j'offre tout en échange D'âmes d'enfants. Parmi ces Innocents je réclame une place, Roi des élus, Comme eux je veux au ciel baiser ta douce Face, O mon Jésus!

Février 1897.

La mélodie de sainte Cécile.

«Pendant le son des instruments, Cécile chantait en son cœur.»

OFF. DE L'EGLISE.

O Sainte du Seigneur, je contemple ravie Le sillon lumineux qui demeure après toi; Je crois entendre encor ta douce mélodie, Oui, ton céleste chant arrive jusqu'à moi! De mon âme exilée écoute la prière, Laisse-moi reposer sur ton cœur virginal: Ce lis immaculé qui brilla sur la terre D'un éclat merveilleux et presque sans égal.

O très chaste colombe, en traversant la vie Tu ne cherchas jamais d'autre époux que Jésus; Ayant choisi ton âme, il se l'était unie, La trouvant embaumée et riche de vertus. Cependant un mortel, radieux de jeunesse, Respira ton parfum, blanche et céleste fleur; Afin de te cueillir, de gagner ta tendresse, Valérien voulut te donner tout son cœur. Bientôt il prépara des noces magnifiques, Son palais retentit de chants mélodieux; Mais ton cœur virginal redisait des cantiques Dont l'écho tout divin s'élevait jusqu'aux cieux... Que pouvais-tu chanter si loin de ta patrie, Et voyant près de toi ce fragile mortel? Sans doute tu voulais abandonner la vie Et t'unir pour jamais à Jésus dans le ciel? Mais non! j'entends vibrer ta lyre séraphique, Lyre de ton amour, dont l'accent fut si doux; Tu chantais au Seigneur ce sublime cantique: «Conserve mon cœur pur, Jésus, mon tendre Epoux!» Ineffable abandon! divine mélodie! Tu révèles l'amour par ton céleste chant: L'amour qui ne craint pas, qui s'endort et s'oublie Sur le Cœur de son Dieu, comme un petit enfant...

Dans la voûte d'azur parut la blanche étoile Qui venait éclairer, de ses timides feux, La lumineuse nuit qui nous montra sans voile Le virginal amour des époux dans les cieux. . . . . . . . . . . . . . . . .

Alors Valérien rêvait la jouissance, Cécile, ton amour était tout son désir; Il trouva plus encor dans ta noble alliance: Tu lui montras d'en haut l'éternel avenir! «Jeune ami, lui dis-tu, près de moi toujours veille «Un Ange du Seigneur qui garde mon cœur pur; «Il ne me quitte pas, même quand je sommeille, «Et me couvre joyeux de ses ailes d'azur. «La nuit, je vois briller son aimable visage «D'un éclat bien plus doux que les feux du matin; «Sa face me paraît la transparente image, «Le pur rayonnement du Visage divin.» Valérien reprit: «Montre-moi ce bel Ange, «Afin qu'à ton serment je puisse ajouter foi; «Autrement, crains déjà que mon amour ne change «En terrible fureur, en haine contre toi.»

O colombe cachée aux fentes de la pierre, Tu ne redoutais pas les filets du chasseur! La Face de Jésus te montrait sa lumière, L'Evangile sacré reposait sur ton cœur... Tu lui dis aussitôt avec un doux sourire: «Mon céleste Gardien exauce ton désir; «Bientôt tu le verras, il daignera te dire «Que pour voler aux cieux, tu dois être martyr... «Mais avant de le voir, il faut que le baptême «Répande dans ton âme une sainte blancheur; «Il faut que le vrai Dieu l'habite par lui-même, «Il faut que l'Esprit-Saint donne vie à ton cœur.

«Le Verbe, Fils du Père, et le Fils de Marie, «Dans son immense amour s'immole sur l'autel; «Tu dois aller t'asseoir au Banquet de la vie, «Afin de recevoir Jésus, le Pain du ciel. «Alors le Séraphin t'appellera son frère, «Et, voyant dans ton cœur le trône de son Dieu, «Il te fera quitter les plages de la terre; «Tu verras le séjour de cet esprit de feu.» --«Je sens brûler mon cœur d'une nouvelle flamme», S'écria, transformé, l'ardent patricien; «Je veux que le Seigneur habite dans mon âme, «Cécile, mon amour sera digne du tien!»

Revêtu de la robe, emblème d'innocence, Valérien put voir le bel Ange des deux; Il contempla ravi sa sublime puissance, Il vit le doux éclat de son front radieux. Le brillant Séraphin tenait de fraîches roses, Il tenait de beaux lis éclatants de blancheur... Dans les jardins du ciel, ces fleurs étaient écloses Sous les rayons d'amour de l'Astre créateur.

--«Epoux chéris des cieux, les roses du martyre «Couronneront vos fronts, dit l'Ange du Seigneur. «Il n'est pas une voix, il n'est pas une lyre «Capable de chanter cette grande faveur. «Je m'abîme en mon Dieu, je contemple ses charmes, «Mais je ne puis pour lui m'immoler et souffrir, «Je ne puis lui donner ni mon sang, ni mes larmes; «Pour dire mon amour, je ne saurais mourir. «La pureté, de l'Ange est le brillant partage, «Son immense bonheur ne doit jamais finir; «Mais sur le Séraphin vous avez l'avantage: «Vous pouvez être purs et vous pouvez souffrir! . . . . . . . . . . . . . . . . . . «De la virginité, vous voyez le symbole «Dans ces lis embaumés, doux présent de l'Agneau; «Vous serez couronnés de la blanche auréole, «Vous chanterez toujours le cantique nouveau... «Votre chaste union enfantera des âmes «Qui ne rechercheront d'autre époux que Jésus; «Vous les verrez briller comme de pures flammes, «Près du trône divin, au séjour des élus.»

Cécile, prête-moi ta douce mélodie; Je voudrais convertir à Jésus tant de cœurs! Je voudrais, comme toi, sacrifier ma vie, Je voudrais lui donner tout mon sang et mes pleurs... Obtiens-moi de goûter, sur la rive étrangère, Le parfait abandon, ce doux fruit de l'amour; O Sainte de mon cœur! bientôt, loin de la terre, Obtiens-moi de voler près de toi, sans retour...

28 avril 1893.

Cantique de sainte Agnès.

Air: Le Lac (NIEDERMEYER).

Le Christ est mon amour, il est toute ma vie, Il est le Fiancé qui seul ravit mes yeux; J'entends déjà vibrer de sa douce harmonie Les sons mélodieux.

Mes cheveux sont ornés de pierres précieuses, Déjà brille à mon doigt son anneau nuptial; Il a daigné couvrir d'étoiles lumineuses Mon manteau virginal.

Il a paré ma main de perles sans pareilles, Il a mis à mon cou des colliers de grand prix; En ce jour bienheureux, brillent à mes oreilles De célestes rubis.

Oui, je suis fiancée à Celui que les Anges Serviront en tremblant toute l'éternité; La lune et le soleil racontent ses louanges, Admirent sa beauté.

Son empire est le ciel, sa nature est divine, Une Vierge ici-bas, pour Mère, il se choisit; Son Père est le vrai Dieu qui n'a pas d'origine, Il est un pur esprit.

Lorsque j'aime le Christ et lorsque je le touche, Mon cœur devient plus pur, je suis plus chaste encor; De la virginité, le baiser de sa bouche M'a donné le trésor...

Il a déjà posé son signe sur ma face, Afin que nul amant n'ose approcher de moi; Mon cœur est soutenu par la divine grâce De mon aimable Roi.

De son sang précieux je suis tout empourprée, Je crois goûter déjà les délices du ciel! Et je puis recueillir sur sa bouche sacrée Le lait avec le miel.

Aussi je ne crains rien, ni le fer, ni la flamme, Non, rien ne peut troubler mon ineffable paix; Et le feu de l'amour qui consume mon âme Ne s'éteindra jamais...

21 janvier 1896.

Au Vénérable Théophane Vénard.

Air: Les adieux du Martyr.

Tous les élus célèbrent tes louanges, O Théophane, angélique martyr! Et je le sais, dans les saintes phalanges, Le Séraphin aspire à te servir. Ne pouvant pas, sur la rive étrangère, Mêler ma voix à celle des élus, Je veux du moins, sur cette pauvre terre, Prendre ma lyre et chanter tes vertus.

Ton court exil fut comme un doux cantique Dont les accents savaient toucher les cœurs, Et, pour Jésus, ton âme poétique, A chaque instant, faisait naître des fleurs... En t'élevant vers la céleste sphère, Ton chant d'adieu fut encore printanier; Tu murmurais: _«Moi, petit éphémère, «Dans le beau ciel, je m'en vais le premier!»_

Heureux martyr, à l'heure du supplice, Tu savourais le bonheur de souffrir! Souffrir pour Dieu te semblait un délice; En souriant, tu sus vivre et mourir. A ton bourreau tu t'empressas de dire, Lorsqu'il t'offrit d'abréger ton tourment: _«Plus durera mon douloureux martyre, «Mieux ça vaudra, plus je serai content!»_

Lis virginal, au printemps de ta vie, Le Roi du ciel entendit ton désir; Je vois en toi _«la fleur épanouie «Que le Seigneur cueillit pour son plaisir»_. Et maintenant tu n'es plus exilée, Les bienheureux admirent ta splendeur; Rose d'amour, la Vierge immaculée De ton parfum respire la fraîcheur...

Soldat du Christ, ah! prête-moi tes armes; Pour les pécheurs, je voudrais ici-bas Lutter, souffrir, donner mon sang, mes larmes; Protège-moi, viens soutenir mon bras. Je veux pour eux, ne cessant pas la guerre, Prendre d'assaut le royaume de Dieu; Car le Seigneur apporta sur la terre, Non pas la paix, mais le glaive et le feu.

Je la chéris, cette plage infidèle Qui fut l'objet de ton ardent amour; Avec bonheur je volerais vers elle, Si mon Jésus le demandait un jour... Mais devant lui s'effacent les distances; Il n'est qu'un point tout ce vaste univers! Mes actions, mes petites souffrances Font aimer Dieu jusqu'au delà des mers.

Ah! si j'étais une fleur printanière Que le Seigneur voulût bientôt cueillir! Descends du ciel à mon heure dernière, Je t'en conjure, ô bienheureux Martyr! De ton amour aux virginales flammes, Viens m'embraser en ce séjour mortel, Et je pourrai voler avec tes âmes Qui formeront ton cortège éternel.

2 février 1897.

TROISIÈME PARTIE

La Bergère de Domremy écoutant ses Voix.

Fragments.

RÉCRÉATION PIEUSE

Moi, Jeanne la bergère, Je chéris mon troupeau; Ma houlette est légère Et j'aime mon fuseau.

J'aime la solitude De ce joli bosquet; J'ai la douce habitude D'y venir en secret.

J'y tresse une couronne De belles fleurs des champs; Je l'offre à la Madone Avec mes plus doux chants.

J'admire la nature, Les fleurs et les oiseaux; Du ruisseau qui murmure Je contemple les eaux.

Les vallons, les campagnes Réjouissent mes yeux; Le sommet des montagnes Me rapproche des cieux.

J'entends des voix étranges Qui viennent m'appeler... Je crois bien que les anges Doivent ainsi parler.

J'interroge l'espace, Je contemple les cieux; Je ne vois nulle trace D'êtres mystérieux.

Franchissant le nuage Qui doit me les voiler, Au céleste rivage Que ne puis-je voler!

* * * * *

Sainte Catherine et Sainte Marguerite.

Air: L'Ange et l'âme.

Aimable enfant, notre douce compagne, Ta voix si pure a pénétré le ciel, L'Ange gardien qui toujours t'accompagne A présenté tes vœux à l'Eternel.

Nous descendons de son céleste empire, Où nous régnons pour une éternité; C'est par nos voix que Dieu daigne te dire Sa volonté.

Il faut partir pour sauver la patrie, Garder sa foi, lui conserver l'honneur; Le Roi des cieux et la Vierge Marie Sauront toujours rendre ton bras vainqueur.

(Jeanne pleure.)

Console-toi, Jeanne, sèche tes larmes, Prête l'oreille et regarde les cieux: Là, tu verras que souffrir a des charmes, Tu jouiras de chants harmonieux.

Ces doux refrains fortifieront ton âme Pour le combat qui doit bientôt venir; Jeanne, il te faut un amour tout de flamme, Tu dois souffrir!

Pour l'âme pure, en la nuit de la terre, L'unique gloire est de porter la croix; Un jour au ciel, ce sceptre tout austère Sera plus beau que le sceptre des rois.

Saint Michel.

Air: Partez, hérauts.

Je suis Michel, le gardien de la France, Grand Général au royaume des cieux; Jusqu'aux enfers j'exerce ma puissance, Et le démon en est tout envieux. Jadis aussi, très brillant de lumière, Satan voulut régner dans le saint lieu; Mais je lançai comme un bruit de tonnerre Ces mots: «Qui peut égaler Dieu?»

Au même instant la divine vengeance, Creusant l'abîme, y plongea Lucifer; Car pour l'ange orgueilleux il n'est point de clémence, Il mérite l'enfer.

Oui, c'est l'orgueil qui, renversant cet ange, De Lucifer a fait un réprouvé: Plus tard aussi, l'homme chercha la fange, Mais de secours il ne fut pas privé. C'est l'Eternel, le Verbe égal au Père, Qui, revêtant la pauvre humanité, Régénéra son œuvre tout entière Par sa profonde humilité.

Ce même Dieu daigne sauver la France; Mais ce n'est pas par un grand conquérant. Il rejette l'orgueil et prend de préférence Un faible bras d'enfant.

Jeanne, c'est toi que le ciel a choisie, Il faut partir pour répondre à sa voix; Il faut quitter tes agneaux, ta prairie, Ce frais vallon, la campagne et les bois. Arme ton bras! vole et sauve la France! Va... ne crains rien, méprise le danger; Va! je saurai couronner ta vaillance, Et tu chasseras l'étranger.

Prends cette épée et la porte à la guerre; Depuis longtemps Dieu la gardait pour toi: Prends pour ton étendard une blanche bannière, Et va trouver le roi...

Jeanne seule.

Air: La plainte du Mousse.

Pour vous seul, ô mon Dieu, je quitterai mon père, Tous mes parents chéris et mon clocher si beau. Pour vous je vais partir et combattre à la guerre, Pour vous je vais laisser mon vallon, mon troupeau. Au lieu de mes agneaux je conduirai l'armée... Je vous donne ma joie et mes dix-huit printemps! Pour vous plaire, Seigneur, je manierai l'épée, Au lieu de me jouer avec les fleurs des champs. Ma voix, qui se mêlait au souffle de la brise, Doit bientôt retentir jusqu'au sein du combat; Au lieu du son rêveur d'une cloche indécise, J'entendrai le grand bruit d'un peuple qui se bat! Je désire la croix, j'aime le sacrifice: Ah! daignez m'appeler, je suis prête à souffrir. Souffrir pour votre amour, ô Maître, c'est délice! Jésus, mon Bien-Aimé, pour vous je veux mourir...

Saint Michel.

Air: Les Rameaux (de FAURE).

Il en est temps, Jeanne, tu dois partir. C'est le Seigneur qui t'arme pour la guerre; Fille de Dieu, ne crains pas de mourir, Bientôt viendra l'éternelle lumière!

Sainte Marguerite.

O douce enfant, tu régneras.

Sainte Catherine.

Tu suivras de l'Agneau la trace virginale...

Les deux Saintes ensemble.

Comme nous tu chanteras Du Dieu Très-Haut, la puissance royale.

Saint Michel.

Jeanne, ton nom est écrit dans les cieux, Avec les noms des sauveurs de la France; Tu brilleras d'un éclat merveilleux, Comme une reine en sa magnificence.

Les saintes offrant à Jeanne la palme et la couronne.

Avec bonheur nous contemplons Ce reflet qui déjà sur ta tête rayonne, Et du ciel nous t'apportons.

Sainte Catherine.

La palme du martyre.

Sainte Marguerite.

Et la couronne.

Saint Michel, présentant l'épée.

Il faut combattre avant d'être vainqueur; Non, pas encor la palme et la couronne! Mérite-les dans les champs de l'honneur; Jeanne, entends-tu le canon qui résonne?

Les Saintes ensemble.

Dans les combats nous te suivrons, Nous te ferons toujours remporter la victoire, Et bientôt nous poserons Sur ton front pur l'auréole de gloire.

Jeanne seule.

Avec vous, saintes bien-aimées, Je ne craindrai pas le danger; Je prierai le Dieu des armées, Et je chasserai l'étranger. J'aime la France, ma patrie; Je veux lui conserver la foi, Je lui sacrifierai ma vie Et je combattrai pour mon roi. Non, je ne crains pas de mourir, C'est l'éternité que j'espère. Maintenant qu'il me faut partir, O mon Dieu, consolez ma mère... Saint Michel, daignez me bénir!

Saint Michel.

J'entends déjà tous les élus du ciel Chanter joyeux en écoutant la lyre Du Pape-Roi, du Pontife immortel Appelant Jeanne une sainte Martyre.

J'entends l'univers proclamer Les vertus de l'enfant qui fut humble et pieuse; Et je vois Dieu confirmer Le beau nom de Jeanne la Bienheureuse!

En ces grands jours la France souffrira, L'impiété souillera son enceinte; De Jeanne, alors, la gloire brillera; Toute âme pure invoquera la Sainte.

Des voix monteront vers les cieux, S'harmonisant en chœur, vibrantes d'espérance: Jeanne d'Arc, entends nos vœux; Une seconde fois, sauve la France!

1894.

Hymne de Jeanne d'Arc après ses victoires.

Air: Les regrets de Mignon.

A vous tout l'honneur et la gloire, O mon Dieu, Seigneur tout-puissant! Vous m'avez donné la victoire A moi, faible et timide enfant. Et vous, ô ma divine Mère, Bel astre toujours radieux, Vous avez été ma lumière, Me protégeant du haut des cieux! De votre éclatante blancheur, O douce et lumineuse étoile, Quand donc verrai-je la splendeur? Quand serai-je sous votre voile, Me reposant sur votre cœur?...

Mon âme en l'exil de la terre Aspire au bonheur éternel; Rien ne saurait la satisfaire... Il lui faut son Dieu dans le ciel! Mais, avant de le voir sans ombre, Je veux combattre pour Jésus, Lui gagner des âmes sans nombre, Je veux l'aimer de plus en plus. L'exil passera comme un jour; Bientôt au céleste rivage Je m'envolerai sans retour; Bientôt, sans ombre, sans nuage, Je verrai Jésus, mon amour!

Prière de Jeanne d'Arc dans sa prison.

Air: La plainte du Mousse.

Mes voix me l'ont prédit: me voici prisonnière; Je n'attends de secours que de vous, ô mon Dieu! Pour votre seul amour j'ai quitté mon vieux père, Ma campagne fleurie et mon ciel toujours bleu; J'ai quitté mon vallon, ma mère bien-aimée, Et montrant aux guerriers l'étendard de la croix, Seigneur, en votre nom j'ai commandé l'armée: Les plus grands généraux ont entendu ma voix.

Une sombre prison, voilà ma récompense, Le prix de mes travaux, de mon sang, de mes pleurs!... Je ne reverrai plus les lieux de mon enfance, Ma riante prairie avec ses mille fleurs... Je ne reverrai plus la montagne lointaine Dont le sommet neigeux se plonge dans l'azur, Et je n'entendrai plus, de la cloche incertaine, Le son doux et rêveur onduler dans l'air pur...

Dans mon cachot obscur, je cherche en vain l'étoile Qui scintille le soir au firmament si beau! La feuillée, au printemps, qui me servait de voile, Lorsque je m'endormais en gardant mon troupeau. Ici, quand je sommeille au milieu de mes larmes, Je rêve les parfums, la fraîcheur du matin; Je rêve mon vallon, les bois remplis de charmes, Mais le bruit de mes fers me réveille soudain...

* * * * *

Seigneur, pour votre amour j'accepte le martyre, Je ne redoute plus ni la mort, ni le feu. C'est vers vous, ô Jésus, que mon âme soupire; Je n'ai plus qu'un désir, et c'est vous, ô mon Dieu! Je veux prendre ma croix, doux Sauveur, et vous suivre, Mourir pour votre amour, je ne veux rien de plus. Je désire mourir pour commencer à vivre, Je désire mourir pour m'unir à Jésus.

1894.

Les Voix de Jeanne pendant son martyre.

Air: Au sein de l'heureuse patrie.

Nous descendons de la rive éternelle Pour te sourire et t'emporter aux cieux; Vois en nos mains la couronne immortelle Qui brillera sur ton front glorieux.

Viens avec nous, vierge chérie, Oh! viens en notre beau ciel bleu; Quitte l'exil pour la patrie, Viens jouir de la vie, Fille de Dieu!

De ce bûcher la flamme est embrasée, Mais plus ardent est l'amour de ton Dieu; Bientôt pour toi l'éternelle rosée Va remplacer le supplice du feu.

Enfin voici la délivrance, Regarde, ange libérateur... Déjà la palme se balance, Vers toi Jésus s'avance, Fille au grand cœur!

Vierge martyre, un instant de souffrance Va te conduire au repos éternel. Ne pleure pas, ta mort sauve la France; A ses enfants tu dois ouvrir le ciel!

Jeanne, expirant.

J'entre dans l'éternelle vie, Je vois les anges, les élus... Je meurs pour sauver ma patrie! Venez, Vierge Marie; «Jésus... Jésus!...»

Le jugement divin.

Air: Mignon regrettant sa patrie.

Je te réponds d'en haut, puisque ta voix m'appelle; Je brise le lien qui t'enchaîne en ces lieux. Oh I vole jusqu'à moi, colombe toute belle, Viens... l'hiver est passé; viens régner dans les cieux! Jeanne, ton Ange te réclame, Et moi, le Juge de ton âme, En toi, toujours, je le proclame, J'ai vu briller la flamme de l'amour.

Oh! viens, tu seras couronnée, Tes pleurs, je veux les essuyer. De l'exil l'ombre est déclinée, Je veux te donner mon baiser!

Avec tes compagnes, Viens sur les montagnes; Et dans les campagnes, Tu suivras l'Agneau.

O ma bien-aimée, Je t'ai réclamée; Chante, transformée, Le refrain nouveau.

De tous les saints Anges, Les blanches phalanges Chantent tes louanges Près de l'Eternel.

Timide bergère, Vaillante guerrière, Ton nom sur la terre Doit être immortel. Timide bergère, Vaillante guerrière, Je te donne le ciel!...

Le cantique du triomphe.

Air: Oui, je le crois, elle est immaculée.

Les Saints.

Elle est à toi l'immortelle couronne; Martyre du Seigneur, cette palme est à toi. Nous t'avons préparé cet admirable trône, Tout près du Roi.

Ah! reste dans les cieux, Jeanne, colombe pure Echappée à jamais du filet des chasseurs. Tu trouveras ici le ruisseau qui murmure, L'espace avec des champs en fleurs.

Prends ton essor, ouvre tes blanches ailes, Et tu pourras voler en chaque étoile d'or; Tu pourras visiter les voûtes éternelles. Prends ton essor!

Jeanne, plus d'ennemis, plus de prison obscure, Le brillant Séraphin va te nommer sa sœur; Epouse de Jésus, ton Bien-Aimé t'assure L'éternel repos sur son Cœur!

Jeanne.

Il est à moi... quelle douceur extrême! Tout le ciel est à moi!

Les Saints.

Tout le ciel est à toi!

Jeanne.

Les anges et les saints, Marie et Dieu lui-même, Ils sont à moi!

* * * * *

Les Saints.

Des siècles ont passé sur la terre lointaine Depuis l'instant heureux où tu volas au ciel. Mille ans sont comme un jour en la céleste plaine; Mais ce jour doit être éternel!

Jeanne.

Jour éternel, sans ombre, sans nuage, Nul ne me ravira ton éclat immortel. Du monde elle a passé la fugitive image... A moi le ciel!

Les Saints.

A toi le ciel!

Prière de la France à la Vénérable Jeanne d'Arc.

Air: Rappelle-toi.

Oh! souviens-toi, Jeanne, de ta patrie, De tes vallons tout émaillés de fleurs. Rappelle-toi la riante prairie Que tu quittas pour essuyer mes pleurs. O Jeanne, souviens-toi que tu sauvas la France. Comme un ange des cieux tu guéris ma souffrance, Ecoute dans la nuit La France qui gémit: Rappelle-toi!

Rappelle-toi tes brillantes victoires, Les jours bénis de Reims et d'Orléans; Rappelle-toi que tu couvris de gloire, Au nom de Dieu, le royaume des Francs. Maintenant, loin de toi, je souffre et je soupire. Viens encor me sauver, Jeanne, douce martyre! Daigne briser mes fers... Des maux que j'ai soufferts, Oh! souviens-toi!

Je viens à toi, les bras chargés de chaînes, Le front voilé, les yeux baignés de pleurs; Je ne suis plus grande parmi les reines, Et mes enfants m'abreuvent de douleurs! Dieu n'est plus rien pour eux! Ils délaissent leur Mère O Jeanne, prends pitié de ma tristesse amère! Reviens, «fille au grand cœur». Ange libérateur, J'espère en toi!

1894

Cantique pour obtenir la canonisation de la Vénérable Jeanne d'Arc.

Air: Pitié, mon Dieu.

O Dieu vainqueur! l'Eglise tout entière Voudrait bientôt honorer sur l'autel Une martyre, une vierge guerrière Dont le doux nom retentit dans le ciel.

Par ta puissance, O Roi du ciel! Donne à Jeanne de France L'auréole et l'autel.

Un conquérant pour la France coupable, Non, ce n'est pas l'objet de son désir; De la sauver Jeanne seule est capable: Tous les héros pèsent moins qu'un martyr!

Jeanne, Seigneur, est ton œuvre splendide. Un cœur de feu, une âme de guerrier, Tu les donnas à la vierge timide, La couronnant de lis et de laurier.

Elle entendit, dans son humble prairie, Des voix du ciel l'appeler aux combats; Partant alors pour sauver la patrie, Son seul aspect ébranla les soldats.

Des fiers guerriers, Jeanne gagna les âmes: L'éclat divin de cet ange des cieux, Son pur regard, ses paroles de flammes, Surent courber les fronts audacieux.

Par un prodige unique dans l'histoire, On vit alors un monarque tremblant Reconquérir sa couronne et sa gloire Par le moyen d'un faible bras d'enfant.

Ce ne sont pas de Jeanne les victoires Que nous voulons célébrer en ce jour; Nous appelons ses véritables gloires: La pureté, le martyre et l'amour.

En combattant elle sauva la France, Mais il fallait à ses grandes vertus Le sceau divin d'une amère souffrance, Cachet béni de son Epoux, Jésus.

Sur le bûcher, sacrifiant sa vie, Jeanne entendit la voix des bienheureux, Elle quitta l'exil pour la patrie. L'ange sauveur remonta vers les cieux!...

Enfant, c'est toi notre douce espérance; Nous t'en prions, daigne entendre nos voix; Descends vers nous! Viens convertir la France, Viens la sauver une seconde fois!

Par la puissance Du Dieu vainqueur, Sauve, sauve la France, Ange libérateur!

Chassant l'Anglais hors du pays de France, Fille de Dieu, que tes pas étaient beaux! Mais souviens-toi qu'aux jours de ton enfance, Tu ne gardais que de faibles agneaux.

Prends la défense Des impuissants, Conserve l'innocence Dans le cœur des enfants.

Douce martyre, à toi nos monastères! Tu le sais bien, les vierges sont tes sœurs: Et, comme toi, l'objet de leurs prières C'est de voir Dieu régner dans tous les cœurs.

Sauver les âmes Est leur désir, Ah! donne-leur tes flammes D'apôtre et de martyr!

Bien loin de nous s'enfuira toute crainte, Quand nous verrons l'Eglise couronner Le front si pur de Jeanne notre sainte; Et c'est alors que nous pourrons chanter:

Notre espérance Repose en vous, Sainte Jeanne de France, Priez, priez pour nous!

8 mai 1894.

Histoire d'une Bergère devenue Reine.

A une jeune Sœur converse du nom de Mélanie Marie-Madeleine pour le jour de sa profession.

En ce beau jour, ô Madeleine, Nous venons chanter près de vous La merveilleuse et douce chaîne Qui vous unit à votre Epoux. Ecoutez la charmante histoire D'une bergère qu'un grand Roi Voulut un jour combler de gloire, Et qui répondit à sa voix:

Refrain:

Chantons la bergère, Pauvre sur la terre, Que le Roi du ciel Epouse en ce jour au Carmel.

Une petite bergerette, En filant, gardait ses agneaux. Elle admirait chaque fleurette, Ecoutait le chant des oiseaux; Comprenant bien le doux langage Des grands bois et du beau ciel bleu, Tout pour elle était une image Qui lui révélait le bon Dieu.

Elle aimait Jésus et Marie Avec une bien grande ardeur. Ils aimaient aussi Mélanie, Et vinrent lui parler au cœur. «Veux-tu, disait la douce Reine, Près de moi, sur le Mont Carmel, Veux-tu devenir Madeleine, Et ne plus gagner que le ciel? «Enfant, quitte cette campagne, Ne regrette pas ton troupeau; Là-bas, sur ma sainte Montagne, Jésus sera ton seul Agneau.» --«Oh! viens, ton âme m'a charmée», Redisait Jésus à son tour; «Je te prends pour ma fiancée, Tu seras à moi sans retour.»

Avec bonheur l'humble bergère Répondit à ce doux appel, Et, suivant la Vierge, sa Mère, Parvint au sommet du Carmel.

* * * * *

C'est vous, petite Madeleine, Que nous fêtons en ce grand jour. La bergère est maintenant reine Près du Roi Jésus, son Amour!

Vous le savez, ô sœur chérie, Servir notre Dieu, c'est régner. Le doux Sauveur, pendant sa vie, Ne cessait de nous l'enseigner: _«Si, dans la céleste patrie, Vous voulez être le premier, Il faudra, toute votre vie, Vous cacher, être le dernier.»_

Heureuse êtes-vous, Madeleine, De votre place, en ce Carmel! Serait-il pour vous quelque peine, Etant si proche du beau ciel? Vous imitez Marthe et Marie: Prier, servir le doux Sauveur, Voilà le but de votre vie; Il vous donne le vrai bonheur.

Si parfois l'amère souffrance Venait visiter votre cœur, Faites-en votre jouissance; Souffrir pour Dieu, quelle douceur! Alors les tendresses divines Vous feront bien vite oublier Que vous marchez sur les épines, Et vous croirez plutôt voler...

Aujourd'hui l'Ange vous envie, Il voudrait goûter le bonheur Que vous possédez, ô Marie, Etant l'épouse du Seigneur! Bientôt, dans les saintes phalanges, Parmi les Trônes, les Vertus, Vous direz bien haut les louanges De votre Epoux, le Roi Jésus.

Bientôt la bergère, Pauvre sur la terre, S'envolant au ciel, Régnera près de l'Eternel!

20 novembre 1894.

Le divin petit Mendiant de Noël.

Récréation pieuse.

Un ange apparaît portant l'Enfant-Jésus dans ses bras et chante ce qui suit:

Air: SANCTA MARIA--J'ai vu les séraphins en songe. (FAURE.)

Au nom de Celui que j'adore, Mes sœurs, je viens tendre la main, Et chanter pour l'Enfant divin, Car il ne peut parler encore! Pour Jésus, l'Exilé du ciel, Je n'ai rencontré dans le monde Qu'une indifférence profonde; C'est pourquoi je viens au Carmel.

Toujours, toujours, que vos caresses, Votre louange et vos tendresses, Soient pour l'Enfant! Brûlez d'amour, âme ravie; Un Dieu pour vous s'est fait mortel. O mystère touchant! Celui qui vous mendie C'est le Verbe éternel!

O mes sœurs, approchez sans crainte: Venez, chacune à votre tour, Offrir à Jésus votre amour; Vous saurez sa volonté sainte. Je vous apprendrai le désir De l'Enfant couché dans les langes, A vous, pures comme des anges Et qui, de plus, pouvez souffrir!

Toujours, toujours, que vos souffrances, Et de même vos jouissances Soient pour l'Enfant

Brûlez d'amour, âme ravie; Un Dieu pour vous s'est fait mortel. O mystère touchant! Celui qui vous mendie C'est le Verbe éternel!

* * * * *

L'Ange ayant déposé l'Enfant-Jésus dans la crèche, présente à la Mère Prieure, puis à toutes les carmélites, une corbeille remplie de billets; chacune en prend un au hasard, et, sans l'ouvrir, le donne à l'Ange qui chante l'aumône demandée par le divin Enfant.

Les strophes suivantes se chantent sur l'air du Noël (d'HOLMÈS).

Un trône d'or.

De Jésus, votre seul trésor, Ecoutez le désir aimable: Il vous demande un trône d'or, N'en trouvant aucun dans l'étable. L'étable est comme le pécheur Où Jésus ne voit nulle chose Qui puisse réjouir son Cœur, Où jamais il ne se repose... Sauvez, ma sœur, L'âme du pécheur! Vers ce trône, Jésus soupire. Mais, plus encor, Pour son trône d'or, C'est votre cœur pur qu'il désire.

Du lait.

Celui qui nourrit les élus De sa sainte et divine essence, S'est fait pour vous l'Enfant-Jésus; Il réclame votre assistance! Au ciel son bonheur est parfait; Mais il est pauvre sur la terre... Donnez, ma sœur, un peu de lait A Jésus votre petit Frère! Il vous sourit, Tout bas vous redit: C'est la simplicité que j'aime. Noël! Noël! Je descends du ciel; Mon doux lait d'amour, c'est toi-même.

Des petits oiseaux.

Ma sœur, vous brûlez de savoir Ce que l'Enfant-Jésus désire; Eh bien! je vous dirai ce soir Comment vous le ferez sourire: Attrapez des oiseaux charmants; Faites-les voler dans l'étable. Ils sont l'image des enfants Que chérit le Verbe adorable. A leurs doux chants, Leurs gazouillements, Son visage enfantin rayonne. Priez pour eux; Un jour dans les cieux, Ils formeront votre couronne.

Une étoile.

Parfois, lorsque le ciel est noir Et couvert d'un nuage sombre, Jésus est bien triste le soir, Etant sans lumière, dans l'ombre. Pour réjouir l'Enfant-Jésus, Comme une étoile scintillante, Brillez par toutes vos vertus... Soyez une lumière ardente! Ah! que vos feux, Les guidant aux cieux, Des pécheurs déchirent le voile. L'Enfant divin, L'Astre du matin, Vous choisit pour sa douce étoile.

Une lyre.

Ecoutez, ma petite sœur, Ce que l'Enfant-Jésus désire: Il vous demande votre cœur Pour sa mélodieuse lyre! Il avait bien, dans son beau ciel, L'harmonie et l'encens des Anges; Mais il veut que, sur le Carmel, Comme eux, vous chantiez ses louanges. Aimable sœur, C'est de votre cœur Que Jésus veut la mélodie... La nuit, le jour, En des chants d'amour, Se consumera votre vie.

Des roses.

Votre âme est un lis embaumé Qui charme Jésus et sa mère; Ecoutez votre Bien-Aimé Dire tout bas avec mystère: Ah! si je chéris la blancheur Des lis, symboles d'innocence, J'aime aussi la riche couleur Des roses de la pénitence. Lorsque tes pleurs Arrosent les cœurs, Quel charmant plaisir tu me causes! Car je pourrai, Tant que je voudrai, A pleines mains, cueillir des roses!

Une vallée.

Comme, par l'éclat du soleil, La nature est tout embellie; Qu'il dore de son feu vermeil Et la vallée, et la prairie: Ainsi Jésus, Soleil divin, N'approche rien qu'il ne le dore. Il resplendit à son matin, Bien plus qu'une brillante aurore. A son réveil, Le divin Soleil Répand sur votre âme exilée, Avec ses dons, Ses plus chauds rayons: Soyez sa riante vallée!...

Des moissonneurs.

Là-bas, sous d'autres horizons, Malgré les frimas et la neige, Déjà se dorent les moissons Que le divin Enfant protège. Mais, hélas! pour les recueillir Il faudrait de brûlantes âmes: Des Moissonneurs voulant souffrir, Se jouant du fer et des flammes; Noël! Noël! Je viens au Carmel, Sachant que mes vœux sont les vôtres. Au doux Sauveur Enfantez, ma sœur, Un grand nombre d'âmes d'apôtres...

Une grappe de raisin[265].

Je voudrais un fruit savoureux, Une grappe toute dorée, Pour rafraîchir du Roi des cieux La petite bouche altérée. Ma sœur, qu'il est doux votre sort! _C'est vous cette grappe choisie; Jésus vous pressera bien fort Dans sa main mignonne et chérie._ En cette nuit, Il est trop petit Pour manger le raisin lui-même; Le jus sucré, Par lui tout doré, Voilà simplement ce qu'il aime!

Une petite hostie.

Jésus, le bel Enfant divin, Pour vous communiquer sa vie, Transforme en lui, chaque matin, Une petite et blanche hostie; Avec bien plus d'amour encor, Il veut vous changer en lui-même. Votre cœur est son cher trésor, Son bonheur, son plaisir suprême. Noël! Noël! Je descends du ciel, Pour dire à votre âme ravie: L'Agneau si doux S'abaisse vers vous; Soyez sa blanche et pure hostie!

Les strophes suivantes se chantent sur l'air: Au Rossignol. (GOUNOD.)

Un sourire.

Le monde méconnaît les charmes De Jésus votre aimable Epoux, Et je vois de petites larmes Scintiller en ses yeux si doux. Consolez, ô ma sœur chérie, Cet Enfant qui vous tend les bras. Pour le charmer, je vous en prie, Souriez toujours ici-bas! Voyez... son regard semble dire: Lorsque tu souris à tes sœurs, O mon épouse, ton sourire Suffit pour essuyer mes pleurs!

Un jouet.

Voulez-vous être sur la terre Le jouet de l'Enfant divin? Ma sœur, désirez-vous lui plaire? Restez en sa petite main. Si l'aimable Enfant vous caresse, S'il vous approche de son Cœur, Ou si, parfois, il vous délaisse, De tout, faites votre bonheur! Recherchez toujours ses caprices, Vous charmerez ses yeux divins. Désormais, toutes vos délices Seront ses désirs enfantins.

Un oreiller.

Dans la crèche où Jésus repose, Souvent je le vois s'éveiller. Voulez-vous en savoir la cause? Il n'y trouve pas d'oreiller... Je le sais, votre âme n'aspire Qu'à le consoler nuit et jour; Eh bien! l'oreiller qu'il désire, C'est votre cœur brûlant d'amour. Ah! soyez toujours humble et douce, Et le plus chéri des Trésors Pourra vous dire: Mon épouse, En toi doucement je m'endors!...

Une fleur.

La terre est couverte de neige, Partout règnent les durs frimas. L'hiver et son triste cortège Ont flétri les fleurs d'ici-bas. Mais pour vous s'est épanouie La ravissante Fleur des champs Qui vient de la sainte patrie, Où règne un éternel printemps. Ma sœur, cachez-vous dans l'herbette, Près de la Rose de Noël; Et soyez aussi la fleurette De votre Epoux, le Roi du ciel.

Du pain.

Chaque jour, en votre prière, Parlant à l'Auteur de tout bien, Vous répétez: O notre Père! Donnez-nous le pain quotidien. Ce Dieu, qui s'est fait votre Frère, Comme vous souffre de la faim. Ecoutez son humble prière: Il vous demande un peu de pain!... O ma sœur, soyez-en bien sûre, Jésus ne veut que votre amour. Il se nourrit de l'âme pure; Voilà son pain de chaque jour.

Un miroir.

Tout enfant aime qu'on le place Devant un fidèle miroir, Alors il sourit avec grâce A l'autre petit qu'il croit voir. Ah! venez dans la pauvre étable: Votre âme est un cristal brillant; Reflétez le Verbe adorable, Les charmes du Dieu fait enfant... Oui, soyez la vivante image, Le pur miroir de votre Epoux; L'éclat divin de son Visage, Il veut le contempler en vous!

Un palais.

Les grands, les nobles de la terre Ont tous des palais somptueux; Des masures sont, au contraire, Les asiles des malheureux. Ainsi, voyez dans une étable Le petit Pauvre de Noël: Il voile sa gloire ineffable En quittant son palais du ciel. La pauvreté, votre cœur l'aime, En elle vous trouvez la paix; Aussi, c'est votre cœur lui-même Que Jésus veut pour son palais!

Une couronne de lis.

Les pécheurs couronnent d'épines La tête aimable de Jésus. Admirez les grâces divines Que la terre ne connaît plus... Oh! que votre âme virginale Lui fasse oublier ses douleurs; Et, pour sa couronne royale, Offrez-lui les vierges, vos sœurs. Approchez tout près de son trône... Pour charmer ses yeux ravissants, Devant lui, tressez sa couronne: Formez-la de beaux lis brillants!

Les strophes suivantes se chantent sur l'air du Passant. (MASSENET.)

Des bonbons.

Ma sœur, les petits poupons Aiment beaucoup les bonbons; Remplissez-en donc bien vite, De Jésus la blanche main. A ce don, l'Enfant divin Par son regard vous invite.

Les pralines du Carmel Qui charment le Roi du ciel, Ce sont tous vos sacrifices. Ma sœur, votre austérité, Votre grande pauvreté, De Jésus font les délices!

Une caresse.

A vous le petit Jésus Ne demande rien de plus Qu'une très douce caresse. Donnez-lui tout votre amour; Et vous saurez en retour La charité qui le presse.

Si quelqu'une de vos sœurs Venait à verser des pleurs, Aussitôt, avec tendresse, Suppliez l'Enfant divin, Que, de sa petite main, Doucement il la caresse.

Un berceau.

Sur terre il est peu de cœurs Qui n'aspirent aux faveurs De Jésus, le Roi de gloire; Mais, s'il vient à s'endormir, Ils cessent de le servir, En lui ne voulant plus croire.

Si vous saviez le plaisir Que l'Enfant trouve à dormir Sans craindre qu'on le réveille, Vous serviriez de berceau A Jésus, le doux Agneau, Souriant lorsqu'il sommeille!

Des langes.

Voyez que l'aimable Enfant, De son petit doigt charmant, Vous montre la paille sèche. Ah! comprenez son amour, Et garnissez en ce jour, De langes, la pauvre crèche.

Excusant toujours vos sœurs, Vous gagnerez les faveurs De Jésus, le Roi des Anges; C'est l'ardente charité, L'aimable simplicité Qu'il réclame pour ses langes.

Du feu.

Ma sœur, le petit Jésus, Le doux foyer des élus, Tremble de froid dans l'étable... Cependant, au beau ciel bleu, Des Anges, flammes de feu, Servent le Verbe adorable! Mais, sur la terre, c'est vous Le foyer de votre Epoux... Il vous demande vos flammes. C'est vous qui devez, ma sœur, Pour réchauffer le Sauveur, Embraser toutes les âmes!

Un gâteau.

Vous savez que tout enfant Préfère un gâteau brillant A la gloire d'un empire. Offrez donc au Roi des cieux Un gâteau délicieux, Et vous le verrez sourire.

Savez-vous, du Roi des rois, Quel est le gâteau de choix? C'est la prompte obéissance! Votre Epoux vous ravissez, Lorsque vous obéissez Comme lui, dans son enfance.

Du miel.

Aux premiers feux du matin, Formant son riche butin, On voit la petite abeille Voltiger de fleur en fleur, Visitant avec bonheur Les corolles qu'elle éveille.

Ainsi, butinez l'amour: Et revenez chaque jour, Près de la crèche sacrée, Offrir au divin Sauveur Le miel de votre ferveur, Petite abeille dorée!

Un agneau.

Pour charmer le doux Agneau, Ne gardez plus de troupeau; Et, délaissant toute chose, Ne songez qu'à le ravir; Désirez le bien servir, Tout le temps qu'il se repose.

O ma sœur, dès aujourd'hui, Abandonnez-vous à lui, Et vous dormirez ensemble... Marie, allant au berceau, Verra près de son Agneau Un agneau qui lui ressemble!

* * * * *

L'Ange, ayant pris de nouveau l'Enfant-Jésus dans ses bras, chante ce qui suit:

Air: «AINSI SOIT-IL.» Chaque matin dans sa prière... (RUPÉS.)

L'Enfant divin vous remercie; Il est charmé de tous vos dons. Aussi, dans son Livre de vie, Il les écrit avec vos noms.

Jésus a trouvé ses délices En ce Carmel; Et pour payer vos sacrifices, Il a son beau ciel!

Si vous êtes toujours fidèles A contenter ce doux Trésor, L'amour vous donnera des ailes Pour voler d'un sublime essor!

Un jour, dans la sainte patrie, Après l'exil, Vous verrez Jésus et Marie: Ainsi soit-il!

Noël 1895.

Les Anges à la Crèche.

RÉCRÉATION PIEUSE

L'Ange de l'Enfant-Jésus.

(Rôle rempli par Sr Thérèse.)

Air: Tombé du nid.

O Verbe-Dieu! gloire du Père! Je te contemplais dans le ciel; Maintenant je vois sur la terre Le Très-Haut devenu mortel! Enfant, dont la lumière inonde Les Anges du brillant séjour, Jésus, tu viens sauver le monde, Qui donc comprendra ton amour?

O Dieu dans les langes, Tu ravis les Anges! Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Qui donc comprendra ce mystère: Un Dieu se fait petit enfant? Il vient s'exiler sur la terre, Lui, l'Eternel, le Tout-Puissant! Divin Jésus, beauté suprême, Je veux répondre à ton amour: Pour témoigner combien je t'aime, Je te veillerai nuit et jour.

L'éclat de tes langes Attire les Anges; Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Depuis que ce séjour de larmes Possède le Roi des élus, Pour moi, les cieux n'ont plus de charmes, Et j'ai volé vers toi, Jésus! Je veux te couvrir de mes ailes, Te suivre partout ici-bas; Et toutes les fleurs les plus belles, Je les sèmerai sous tes pas.

Je veux d'une étoile brillante, Enfant, te former un berceau; Et, de la neige éblouissante, Te faire un gracieux rideau. Je veux, des lointaines montagnes, Abaisser pour toi les hauteurs; Je veux que pour toi les campagnes Produisent de célestes fleurs.

De Dieu, la fleur est le sourire; Elle est l'écho lointain du ciel, Le son fugitif de la lyre Que tient en sa main l'Eternel. Cette note mélodieuse De la bonté du Créateur Veut, de sa voix mystérieuse, Glorifier le Dieu Sauveur.

Douce mélodie, Suave harmonie, Silence des fleurs, D'un Dieu vous chantez les grandeurs!

Je sais que tes chères amies, Jésus, sont les vivantes fleurs... Tu viens des célestes prairies Pour chercher les âmes, tes sœurs. Une âme est la fleur embaumée, Enfant, que tu voudrais cueillir; Ta petite main l'a semée Et pour elle tu veux mourir!

Mystère ineffable! Le Verbe adorable Versera des pleurs En cueillant sa moisson de fleurs!

L'Ange de la sainte Face.

Air: L'encens divin.

Divin Jésus, au matin de ta vie, Ton beau Visage est tout baigné de pleurs! Larmes d'amour, sur la Face bénie, Vous coulerez jusqu'au soir des douleurs...

Divine Face, Oui, ta beauté, Pour l'Ange efface La céleste clarté!

Je reconnais, de ton divin Visage Tous les attraits, sur ce voile sanglant; Je reconnais, Jésus, en cette image, L'éclat si pur de ta Face d'enfant.

Divin Jésus, la souffrance t'est chère, Ton doux regard pénètre l'avenir: Tu veux déjà boire la coupe amère; Dans ton amour, tu rêves de mourir!

Rêve ineffable! Enfant d'un jour, Face adorable, Vous m'embrasez d'amour!

L'Ange de la Résurrection.

Air: Noël! Noël! læta voce Noël!

Ne pleurez plus, Anges du Dieu Sauveur, Je viens du ciel consoler votre cœur. Ce faible Enfant Un jour sera puissant; Il ressuscitera, Et toujours régnera.

O Dieu caché sous les traits d'un enfant, Je te vois rayonnant, Et déjà triomphant!

Je lèverai la pierre du tombeau, Et, contemplant ton Visage si beau, Je chanterai Et me réjouirai, Te voyant de mes yeux T'élever glorieux!

Je vois briller des divines splendeurs Tes yeux d'enfant, ce soir mouillés de pleurs. Verbe de Dieu, Ta parole de feu Doit retentir un jour Consumante d'amour!

L'Ange de l'Eucharistie.

Air: Par les chants les plus magnifiques.

Contemplez, bel Ange, mon frère, Notre Roi montant vers le ciel; Moi, je descends sur cette terre Pour l'adorer au saint autel. Voilé dans son Eucharistie, Je reconnais le Tout-Puissant, Je vois le Maître de la vie Bien plus petit qu'un humble enfant.

Ah! désormais, au sanctuaire Je veux établir mon séjour, Offrant au Très-Haut ma prière, L'hymne de mon ardent amour. Sur ma lyre mélodieuse, Je chanterai le Dieu Sauveur, Et la Manne délicieuse Qui nourrit l'âme du pécheur!

Que ne puis-je, par un miracle, Me nourrir aussi de ce Pain! Ah! que ne puis-je au Tabernacle, Prendre ma part du Sang divin! Du moins, à l'âme aimante et sainte, Je communiquerai mes feux, Afin que, sans la moindre crainte, Elle approche du Roi des cieux.

L'Ange du jugement dernier.

Air: Noël (d'ADAM).

Bientôt viendra le jour de la vengeance, Ce monde impur passera par le feu. Tous les mortels entendront la sentence Qui sortira de la bouche de Dieu. Nous le verrons dans l'éclat de sa gloire, Non plus caché sous les traits d'un enfant, Nous serons là pour chanter sa victoire, Et proclamer qu'il est le Tout-Puissant!

Ils brilleront d'un éclat ineffable, Ces yeux voilés de larmes et de sang. Nous la verrons cette Face adorable, Dans la splendeur de son rayonnement! Sur le nuage, en voyant apparaître Jésus, portant le sceptre de sa croix: L'impie, alors, pourra le reconnaître Ce Roi, ce Juge, aux éclats de sa voix!

Vous tremblerez, habitants de la terre; Vous tremblerez à votre dernier jour! Ne pouvant plus soutenir la colère De cet Enfant, aujourd'hui Dieu d'amour. Pour vous, mortels, il choisit la souffrance, Ne réclamant que votre faible cœur; Au jugement vous verrez sa puissance, Vous tremblerez devant le Dieu vengeur.

Tous les Anges, à l'exception de l'Ange du jugement dernier.

Air: O Cœur de notre aimable Mère.

Oh! daigne écouter la prière De tes Anges, divin Jésus! Toi qui viens racheter la terre, Prends la défense des élus.

De ta main, ah! brise ce glaive, Apaise cet Ange en courroux! Bel Enfant, que ta voix s'élève Pour sauver le cœur humble et doux.

L'Enfant-Jésus.

Air: Petit oiseau, dis, où vas-tu?

Consolez-vous, Anges fidèles; Vous seuls, pour la première fois, Loin des collines éternelles, Du Verbe, écouterez la voix:

Je vous chéris, ô pures flammes! Anges du céleste séjour! Mais, comme vous, j'aime les âmes, Je les aime d'un grand amour.

Je les ai faites pour moi-même, J'ai fait leurs désirs infinis; La plus petite âme qui m'aime Devient pour moi le paradis.

L'Ange de l'Enfant-Jésus lui demande de cueillir sur la terre une abondante moisson d'âmes innocentes, avant qu'elles soient ternies par le souffle impur du péché.

Réponse de l'Enfant-Jésus.

O bel Ange de mon enfance! J'exaucerai tes vœux ardents: Je saurai garder l'innocence En l'âme des petits enfants.

Je les cueillerai dès l'aurore, Charmants boutons, pleins de fraîcheur; Au ciel tu les verras éclore Sous les purs rayons de mon Cœur.

Leur belle corolle argentée, Plus brillante que mille feux, Formera la route lactée De l'azur étoilé des cieux.

Je veux des lis pour ma couronne, Moi, Jésus, le beau Lis des champs, Et je veux, pour former mon trône, Une gerbe de lis brillants.

L'Ange de la Sainte Face demande le pardon des pécheurs.

Réponse de l'Enfant-Jésus.

Toi qui contemples mon Visage Dans un ravissement d'amour, Et qui, pour garder mon image, Quittas le céleste séjour,

Je veux exaucer ta prière: Toute âme obtiendra son pardon, Je la remplirai de lumière, Dès qu'elle invoquera mon Nom.

O toi qui voulus sur la terre Honorer ma croix, ma douleur; Bel Ange, écoute ce mystère: Toute âme qui souffre est ta sœur.

Au ciel, l'éclat de sa souffrance Sur ton front viendra rejaillir; Et le rayon de ton essence Illuminera le martyr.

L'Ange de l'Eucharistie demande ce qu'il pourra faire pour le consoler de l'ingratitude des hommes.

Réponse de l'Enfant-Jésus.

Ange de mon Eucharistie, C'est toi qui charmeras mon Cœur; Oui, c'est ta douce mélodie Qui consolera ma douleur.

J'ai soif de me donner aux âmes; Mais bien des cœurs sont languissants: Séraphin, donne-leur tes flammes, Attire-les par tes doux chants.

Je voudrais que l'âme du prêtre Ressemblât à l'Ange du ciel! Ah! je voudrais qu'il pût renaître Avant de monter à l'autel.

Afin d'opérer ce miracle, Il faut que, brûlantes d'amour, Des âmes, près du Tabernacle, S'immolent la nuit et le jour.

L'Ange de la Résurrection demande ce que deviendront les pauvres exilés de la terre, quand le Sauveur sera monté aux cieux.

Réponse de l'Enfant-Jésus.

Je remonterai vers mon Père, Afin d'attirer mes élus; Après l'exil de cette terre, Dans mon Cœur ils seront reçus.

Quand sonnera la dernière heure, Je rassemblerai mon troupeau; Et, dans la céleste demeure, Je lui servirai de flambeau.

L'Ange du jugement dernier.

Oublieras-tu, Jésus, bonté suprême, Que le pécheur doit être enfin puni? Oublieras-tu, dans ton amour extrême, Que, des ingrats, le nombre est infini? Au jugement je châtierai le crime, Et ma fureur saura se décharger. Mon glaive est prêt!... Jésus, douce Victime, Mon glaive est prêt; je viendrai te venger!

L'Enfant-Jésus.

O bel Ange, abaisse ton glaive, Ce n'est pas à toi de juger La nature que je relève: De la paix, je suis Messager.

Celui qui jugera le monde: C'est moi... que l'on nomme Jésus! De mon sang, la source féconde Purifiera tous mes élus.

Sais-tu que les âmes fidèles Me consoleront chaque jour Des blasphèmes des infidèles, Par un simple regard d'amour?

Aussi, dans la sainte patrie, Mes élus seront glorieux; Et, leur communiquant ma vie, J'en ferai comme autant de dieux.

L'Ange du jugement dernier.

Air: Dieu de paix et d'amour.

Devant toi, doux Enfant, le Chérubin s'incline: Il admire, éperdu, ton ineffable amour, Il voudrait, comme toi, sur la sombre colline Pouvoir mourir un jour!

REFRAIN

Chanté par tous les Anges.

Qu'il est grand le bonheur de l'humble créature! Le Séraphin voudrait, dans son ravissement, Délaisser, ô Jésus, l'angélique nature, Et devenir enfant...

Noël 1894.

La fuite en Egypte.

Récréation pieuse (Fragment).

L'Ange avertit saint Joseph.

Air: La folle de la plage.

Vers l'Egypte, bien vite, Il faut prendre la fuite!... Joseph, dès cette nuit, Eloigne-toi sans bruit.

Hérode, en sa furie, Cherche le Roi nouveau: A ce divin Agneau Il veut ôter la vie. Prends la Mère et l'Enfant, Fuyez rapidement!

Chant des Anges accompagnant la sainte Famille.

Air: Les gondolières vénitiennes.

Ineffable mystère! Jésus, le Roi du ciel, Exilé sur la terre, Fuit devant un mortel! A ce Dieu dans les langes, Offrons tout notre amour; Que nos blanches phalanges Viennent former sa cour.

Couvrons-le de nos ailes Et des fleurs les plus belles; Far nos concerts joyeux, Berçons le Roi des cieux. Pour consoler sa Mère, Chantons avec mystère Les charmes du Sauveur, Sa grâce et sa douceur!

Ah! quittons ce rivage, Bien loin de l'orage, Fuyons cette nuit, Loin de tout bruit.

La Vierge sous son voile Cache notre étoile: L'astre des élus, L'Enfant-Jésus.

Le Roi du ciel Fuit devant un mortel!...

L'Ange du désert.

Air: du Credo d'Herculanum.

Je viens chanter, de la sainte Famille, L'éclat divin qui m'attire en ces lieux; Dans le désert, cette étoile qui brille Me charme plus que la gloire des cieux. Ah! qui pourra comprendre ce mystère: Parmi les siens, Jésus est rejeté! Il est errant, voyageur sur la terre, Et nul ne sait découvrir sa beauté.

Mais, si les grands redoutent votre empire, O Roi du ciel, Astre mystérieux! Depuis longtemps plus d'un cœur vous désire, C'est vous l'espoir de tous les malheureux. Verbe éternel, ô Sagesse profonde! Vous répandez vos ineffables dons Sur les petits, les faibles de ce monde: Et dans le ciel vous écrivez leurs noms.

Si vous donnez la sagesse en partage A l'ignorant, s'il est humble de cœur, C'est que toute âme est faite à votre image. Vous appelez, vous sauvez le pécheur! Un jour viendra qu'en la même prairie, L'agneau paîtra doucement près du lion; Et le désert, votre unique patrie, Plus d'une fois entendra votre Nom.

O Dieu caché! des âmes virginales, Brûlant de zèle au foyer de l'amour, S'élanceront sur vos traces royales, Et les déserts se peupleront un jour. Ces cœurs ardents, ces âmes séraphiques Réjouiront tous les Anges des cieux, Et l'humble accent de leurs divins cantiques Fera trembler l'abîme ténébreux.

Dans sa fureur, sa basse jalousie, Satan voudra dépeupler les déserts; Il ne sait pas la puissance infinie Du faible Enfant qu'ignore l'univers. Il ne sait pas que la vierge fervente Trouve toujours le repos en son cœur; Il ne sait pas combien elle est puissante Cette âme unie à son divin Sauveur!

Peut-être un jour vos épouses chéries Partageront votre exil, ô mon Dieu! Mais les pécheurs qui les auront bannies, De leur amour n'éteindront pas le feu. Du monde impur la haine sacrilège N'atteindra pas les vierges du Seigneur Jusqu'à souiller leur vêtement de neige, Jusqu'à ternir leur céleste blancheur.

O monde ingrat, déjà ton règne expire; Ne vois-tu pas que ce petit Enfant Cueille joyeux la palme du martyre, La rose d'or, le lis éblouissant? Ne vois-tu pas que ses vierges fidèles Tiennent en main la lampe de l'amour? Ne vois-tu pas les portes éternelles, Qui, pour les saints, doivent s'ouvrir un jour?

Heureux instant! ô bonheur sans mélange, Quand les élus, paraissant glorieux, De leur amour recevront en échange L'éternité pour aimer dans les cieux! Après l'exil, plus jamais de souffrance, Mais le repos du céleste séjour; Après l'exil, plus de foi, d'espérance, Rien que la paix, l'extase de l'amour!

21 janvier 1896.

Jésus à Béthanie.

Récréation pieuse.

Air: L'Ange et l'aveugle.

Marie-Madeleine.

O Dieu, mon divin Maître, Jésus, mon seul amour! A vos pieds je veux être, J'y fixe mon séjour. En vain sur cette terre J'ai cherché le bonheur. Une tristesse amère Seule a rempli mon cœur...

Jésus.

Marie, ô Madeleine! Je suis ton doux Sauveur! Oubliant toute peine, Jouis de ton bonheur. Tes regrets sont extrêmes, Et mon Cœur te redit: Je sais bien que tu m'aimes. Ton amour me suffit!

Marie-Madeleine.

C'en est trop, mon bon Maître, Je me sens défaillir... Que ne puis-je renaître En ce jour, ou mourir! Comprenez mes alarmes, O Jésus, mon Sauveur! J'ai fait couler vos larmes: Quelle immense douleur!

Jésus.

Il est vrai, sur ton âme J'ai répandu des pleurs; Mais d'un seul trait de flamme, Te puis changer les cœurs. Ton âme, rajeunie Par mon regard divin, Dans l'éternelle vie Me bénira sans fin!

Marie-Madeleine.

Jésus, votre amour même Vient déchirer mon cœur, Votre bonté suprême Augmente ma douleur; J'ai méconnu vos charmes Et, dans mon repentir, Je n'ai plus que des larmes, Seigneur, à vous offrir!

Jésus.

Ces larmes précieuses Brillent plus à mes yeux Que les perles nombreuses Qui scintillent aux Cieux. A l'étoile charmante Rayonnant dans l'azur, Je préfère l'amante Au cœur devenu pur.

Marie-Madeleine.

Quel étonnant mystère! O mon divin Sauveur, N'est-il rien sur la terre Qui charme votre Cœur? Les lointaines montagnes, Le blanc et doux agneau, Les fleurs de nos campagnes, Est-il rien de plus beau?

Jésus.

Tu vois la fleur éclose Et son éclat charmant; Pour moi, je vois la rose De ton amour ardent. Cette rose empourprée A su ravir mon cœur; Elle est ma préférée Entre toute autre fleur.

Marie-Madeleine.

L'oiseau, de sa voix pure, Chante votre grandeur; Le ruisseau qui murmure Vous donne sa fraîcheur; Le lis de la vallée Vous offre son trésor: Sa blancheur étoilée De fines perles d'or.

Jésus.

Salomon, dans sa gloire, Était moins bien paré Sur son trône d'ivoire Que ce beau lis nacré; Les simples pâquerettes Surpassent le grand roi, Et toutes ces fleurettes N'éclosent que pour toi.

Marie-Madeleine.

Du virginal cortège Vous offrant son amour, Le blanc manteau de neige Brillera sans retour... Moi, d'une triste vie, Je vous offre la fin; Hélas! je l'ai flétrie Encore à son matin!...

Jésus.

Si j'aime, de l'aurore, Les purs et brillants feux: Marie... ah! j'aime encore Un beau soir radieux. Ma bonté sans égale Placera le pécheur Et l'âme virginale Ensemble sur mon Cœur!

Marie-Madeleine.

N'avez-vous pas vos Anges, Aux sublimes ardeurs? Sur leurs blanches phalanges Répandez vos faveurs! Moi, pauvre pécheresse, Je n'ai pas mérité L'ineffable tendresse De votre intimité.

Jésus.

Bien plus haut que les Anges Tu monteras un jour; Ils diront tes louanges, Enviant ton amour! Mais il faut sur la terre, Pour tes frères pécheurs, Que, vivant solitaire, Tu m'attires leurs cœurs.

Marie-Madeleine.

Seigneur, d'un zèle extrême Je sens brûler mon cœur; Et votre voix que j'aime En redouble l'ardeur. Mais, pour être un apôtre, Bien trop faible est ce cœur; Ah! prêtez-moi le vôtre, Jésus, mon doux Sauveur!

Marthe.

Considérez ma sœur, bon Maître, elle s'oublie: Voyez: tout mon travail ne l'inquiète pas. Dites-lui donc, Seigneur, ah! je vous en supplie, Dites-lui de m'aider à servir le repas.

Jésus.

Marthe! ma charitable hôtesse, Pourquoi voudriez-vous blâmer Votre sœur qui toujours s'empresse Vers Celui qui sait la charmer?

Marthe.

Mais, ô divin Sauveur, voilà ce qui m'étonne: Ne devrait-elle pas détourner un instant Ses regards de Celui qui chaque jour lui donne, Et songer à donner aussi quelque présent?

Jésus.

O Marthe, je vous le confie: Si votre amour est généreux, Celui de votre sœur Marie M'est infiniment précieux!

Marthe.

Vos paroles, Seigneur, sont pour moi des mystères, Et je ne puis encor m'empêcher de penser Qu'il vaut mieux travailler que dire des prières; Moi, je sens mon amour qui veut se dépenser.

Jésus.

Le travail est bien nécessaire, Je viens moi-même l'honorer; Mais, au moyen de la prière, Vous devez le transfigurer.

Marthe.

Je savais bien, Seigneur, que, restant inactive, Je ne pouvais avoir de charmes à vos yeux; C'est pourquoi je m'empresse, adorable Convive, A préparer pour vous des mets délicieux.

Jésus.

Votre âme est généreuse et pure, Votre travail peut le prouver; Mais savez-vous la nourriture Que je désirerais trouver?

Un seul ouvrage est nécessaire: Si votre sœur reste à l'écart Dans une amoureuse prière, Elle a choisi la bonne part!

Oui, cette part est la meilleure, Je le proclame dès ce jour; O Marthe! venez à cette heure Partager ce repos d'amour...

Marthe.

Je le comprends enfin, Jésus, bonté suprême! Votre divin regard a pénétré mon cœur. Tous mes dons sont trop peu: c'est mon âme elle-même Que je dois vous offrir, ô très aimant Sauveur!

Jésus.

Oui, c'est votre cœur que j'envie. Jusqu'à lui, je viens m'abaisser: Les cieux et leur gloire infinie, Pour lui, j'ai voulu délaisser.

Marthe.

Pourquoi, divin Sauveur, avez-vous, de Marie, Fait un si grand éloge à Simon le lépreux? Il me semble pourtant, que, dans toute sa vie, Vous auriez dû compter plus d'un jour orageux...

Jésus.

J'ai su comprendre le langage, D'un cœur par l'amour entraîné; Celui-là chérit davantage A qui l'on a plus pardonné...

Marthe.

Oh! qu'il en soit ainsi, je m'en étonne encore: Car vous m'avez, Seigneur, épargné le danger; Je vous dois mon amour, puisque dès mon aurore Vous avez bien voulu me suivre et protéger.

Jésus.

Il est bien vrai qu'une âme pure, Le chef-d'œuvre de mon amour, Devrait, sans aucune mesure, M'aimer, me bénir sans retour.

Vous m'avez charmé dès l'enfance Par votre grande pureté; Mais, si vous avez l'innocence, Madeleine a l'humilité.

Marthe.

Jésus, pour vous ravir, je veux toute ma vie Mépriser les honneurs, la gloire des humains; En travaillant pour vous, j'imiterai Marie, Ne recherchant jamais que vos regards divins.

Jésus.

Ainsi vous sauverez les âmes, Et les attirerez vers moi; Bien loin, vous porterez mes flammes Avec le flambeau de la foi.

Marthe et Marie-Madeleine.

Votre voix, doux Jésus, est une mélodie Qui nous ravit d'amour, enflammant notre cœur. Restez donc avec nous pour charmer notre vie; Restez ici toujours, aimable Rédempteur!

Jésus.

Je suis heureux à Béthanie, Je m'y reposerai souvent; Et votre Dieu, dans la patrie, Se montrera reconnaissant...

Vous avez compris le mystère Qui m'a fait descendre en ces lieux: L'âme intérieure m'est chère, Bien plus que la gloire des cieux.

Cette gloire, un jour, sera vôtre, Et tous mes biens seront à vous: Honneur comparable à nul autre: Vous m'appellerez votre Epoux!

Ici-bas, fidèles amies, Vous vous chargez de me nourrir; Au festin des noces bénies, Je me ceindrai pour vous servir.

29 juillet 1895.

Prière de l'enfant d'un Saint.

A son bon Père, rappelé à Dieu le 29 juillet 1894.

Rappelle-toi qu'autrefois sur la terre Ton seul bonheur était de nous chérir: De tes enfants exauce la prière, Protège-nous, daigne encor nous bénir! Tu retrouves là-haut notre mère chérie, Depuis longtemps déjà dans la sainte patrie; Maintenant, dans les cieux, Vous régnez tous les deux... Veillez sur nous!

Rappelle-toi ton ardente Marie, Celle qui fut la plus chère à ton cœur; Rappelle-toi qu'elle remplit ta vie, Par son amour, de charme et de bonheur. Pour Dieu, tu renonças à sa douce présence, Et tu bénis la main qui t'offrait la souffrance. De ton beau «diamant[266]» Toujours plus scintillant, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi ta belle «perle fine», Que tu connus faible et timide agneau; Vois-la, comptant sur la force divine, Et du Carmel conduisant le troupeau. De tes autres enfants elle est aujourd'hui mère, Viens guider ici-bas celle qui t'est si chère; Et sans quitter le ciel, De ton petit Carmel, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi cette ardente prière Que tu formas pour ta troisième enfant. Dieu l'entendit!... elle estime la terre Un lieu d'exil et de bannissement. La Visitation la cache aux yeux du monde, Elle aime le Seigneur, sa douce paix l'inonde; De ses brûlants soupirs, De ses ardents désirs, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi ta fidèle Céline Qui fut pour toi comme un ange des cieux, Lorsqu'un regard de la Face divine Vint t'éprouver par un choix glorieux. Tu règnes dans le ciel... sa tâche est accomplie; Maintenant à Jésus elle donne sa vie... Protège ton enfant Qui redit bien souvent: Rappelle-toi!...

Oh! souviens-toi de ta «petite reine», Du tendre amour dont son cœur déborda... Rappelle-toi que sa marche incertaine Ce fut toujours ta main qui la guida. Papa, rappelle-toi qu'aux jours de son enfance Tu voulus pour Dieu seul garder son innocence. Ses boucles de cheveux Qui ravissaient tes yeux, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que dans le belvédère, Tu l'asseyais souvent sur tes genoux, Et, murmurant alors une prière, Tu la berçais par ton refrain si doux! Elle voyait du ciel un reflet sur ta face, Quand ton regard profond se plongeait dans l'espace... Et de l'éternité Tu chantais la beauté, Rappelle-toi!

Rappelle-toi ce radieux dimanche Où, la pressant sur ton cœur paternel, Tu lui donnas une fleurette blanche, Et lui permis de voler au Carmel. O père, souviens-toi qu'en ses grandes épreuves, Du plus sincère amour tu lui donnas des preuves; A Rome après Bayeux Tu lui montras les cieux; Rappelle-toi!

Rappelle-toi que la main du Saint-Père, Au Vatican, sur ton front se posa; Mais tu ne pus comprendre le mystère Du sceau divin qui sur toi s'imprima. Maintenant tes enfants t'adressent leur prière; Ils bénissent ta croix et ta douleur amère! Sur ton front glorieux Rayonnent dans les cieux Neuf lis en fleurs!

Août 1894.

Ce que j'aimais...

Composé à la demande de sa sœur Céline pendant son noviciat.

Air: Combien j'ai douce souvenance.

J'ai en mon Bien-Aimé les montagnes. Les vallées solitaires et boisées, Les îles étrangères, Les fleuves retentissants, Le murmure des zéphyrs amoureux.

* * * * *

La nuit paisible, Pareille au lever de l'aurore; La musique silencieuse, La solitude harmonieuse, Le souper qui charme et qui accroît l'amour.

(SAINT JEAN DE LA CROIX.)

Oh! que j'aime la souvenance Des jours bénis de mon enfance! Pour garder la fleur de mon innocence, Le Seigneur m'entoura toujours D'amour.

Aussi, malgré ma petitesse, A Dieu je donnai ma tendresse; Et de mon cœur s'échappa la promesse D'épouser le Roi des élus, Jésus.

J'aimais, au printemps de ma vie, Saint Joseph, la Vierge Marie; Déjà mon âme se plongeait ravie Quand se reflétaient dans mes yeux Les cieux!

J'aimais les champs de blé, la plaine, J'aimais la colline lointaine; Dans mon bonheur, je respirais à peine. En moissonnant avec mes sœurs, Les fleurs.

J'aimais à cueillir les herbettes, Les bluets, toutes les fleurettes; Je trouvais le parfum des violettes Et surtout celui des coucous Bien doux.

J'aimais la pâquerette blanche, Les promenades du dimanche, L'oiseau léger gazouillant sur la branche, Et l'azur toujours radieux Des cieux.

J'aimais à poser chaque année Mon soulier dans la cheminée; Accourant dès que j'étais éveillée, Je chantais la fête du ciel: Noël!

De maman, j'aimais le sourire, Son regard profond semblait dire: «L'éternité me ravit et m'attire, «Je vais aller dans le ciel bleu «Voir Dieu!

«Je vais trouver dans la patrie «Mes anges, la Vierge Marie. «De mes enfants que je laisse en la vie, «A Jésus j'offrirai les pleurs, «Les cœurs!»

Oh! que j'aimais Jésus-Hostie Qui vint, au matin de ma vie, Se fiancer à mon âme ravie! Oh! que j'ouvris avec bonheur Mon cœur!

J'aimais encore, au belvédère Inondé de vive lumière, A recevoir les doux baisers d'un père, A caresser ses blancs cheveux Neigeux.

Sur ses genoux, étant placée Avec Thérèse, à la veillée, Je m'en souviens, j'étais longtemps bercée. J'entends encor, de son doux chant, L'accent.

O souvenir! tu me reposes. Tu me rappelles bien des choses... Les repas du soir, le parfum des roses, Les Buissonnets pleins de gaîté L'été.

A l'heure où tout vain bruit s'apaise, J'aimais à confondre à mon aise Mon âme avec celle de ma Thérèse; Je ne formais avec ma sœur Qu'un cœur!

Alors nos voix étaient mêlées, Nos mains, l'une à l'autre enchaînées; Ensemble, chantant les noces sacrées, Déjà nous rêvions le Carmel, Le ciel!

De la Suisse et de l'Italie, Ciel bleu, fruits d'or m'avaient ravie. J'aimai surtout le regard plein de vie Du saint Vieillard, Pontife-Roi, Sur moi.

Avec amour je t'ai baisée, Terre sainte du Colysée! Des Catacombes la voûte sacrée A répété bien doucement Mon chant.

Mon bonheur fut suivi de larmes; Bien grandes furent mes alarmes! De mon Epoux je revêtis les armes, Et sa croix devint mon soutien, Mon bien.

Alors j'aimais, fuyant le monde, Que l'Echo lointain me réponde; En la vallée ombragée et féconde Je cueillais, à travers mes pleurs, Les fleurs.

J'aimais, de la lointaine église, Entendre la cloche indécise. Pour écouter les soupirs de la brise, Dans les champs j'aimais à m'asseoir Le soir.

J'aimais le vol des hirondelles, Le chant plaintif des tourterelles; Avec plaisir j'entendais le bruit d'ailes De l'insecte au bourdonnement Bruyant.

J'aimais la perle matinale Ornant la rose de Bengale; J'aimais à voir l'abeille virginale Préparer sous les feux du ciel Le miel.

J'aimais à cueillir la bruyère; Courant sur la mousse légère, Je prenais, voltigeant sur la fougère, Les papillons au reflet pur D'azur.

J'aimais le ver luisant dans l'ombre, J'aimais les étoiles sans nombre... Surtout j'aimais l'éclat, en la nuit sombre, De la lune au disque d'argent Brillant.

A mon père, dans sa vieillesse, J'offrais l'appui de ma jeunesse... Il m'était tout: bonheur, enfant, richesse. Ah! je l'embrassais tendrement Souvent.

Nous aimions le doux bruit de l'onde, L'éclat de l'orage qui gronde; Le soir, en la solitude profonde, Du rossignol au fond du bois La voix.

Mais un matin son beau visage Du Crucifix chercha l'image..... De son amour il me laissa le gage, Me donnant son dernier regard: Ma part!...

Et de Jésus la main divine Prit le seul trésor de Céline, Et, l'emportant bien loin de la colline, Le plaça près de l'Eternel, Au ciel!

* * * * *

Maintenant je suis prisonnière, J'ai fui les bosquets de la terre, J'ai vu que tout en elle est éphémère, J'ai vu tout mon bonheur finir, Mourir!

Sous mes pas l'herbe s'est meurtrie, La fleur en mes mains s'est flétrie... Jésus, je veux courir en ta prairie, Sur elle ne marqueront pas Mes pas.

Comme un cerf, en sa soif ardente, Soupire après l'eau jaillissante, O Jésus, vers toi j'accours défaillante: Il faut, pour calmer mes ardeurs, Tes pleurs...

C'est ton seul amour qui m'entraîne; «Mon troupeau je laisse en la plaine, «De le garder je ne prends pas la peine»; Je veux plaire à mon seul Agneau Nouveau.

Jésus, c'est toi l'Agneau que j'aime; Tu me suffis, ô Bien suprême! En toi j'ai tout: la terre et le ciel même: La fleur que je cueille, ô mon Roi, C'est toi!

Jésus, beau lis de la vallée, Ton doux parfum m'a captivée. Bouquet de myrrhe, ô corolle embaumée, Sur mon cœur je veux te garder, T'aimer!

Toujours ton amour m'accompagne; En toi j'ai les bois, la campagne, J'ai les roseaux, la lointaine montagne, La pluie et les flocons neigeux Des cieux.

En toi, Jésus, j'ai toutes choses, J'ai les blés, les fleurs demi-closes, Myosotis, boutons d'or, belles roses; Du blanc muguet, j'ai la fraîcheur, L'odeur.

J'ai la lyre mélodieuse, La solitude harmonieuse, Fleuves, rochers, cascade gracieuse, Le doux murmure du ruisseau, L'oiseau.

J'ai l'arc-en-ciel, j'ai l'aube pure, Le vaste horizon, la verdure; J'ai l'île étrangère et la moisson mûre, Les papillons, le gai printemps, Les champs.

En ton amour je trouve encore Les palmiers que le soleil dore, La nuit pareille au lever de l'aurore; En toi je trouve pour jamais La paix!

J'ai les grappes délicieuses, Les libellules gracieuses, La forêt vierge aux fleurs mystérieuses; J'ai tous les blonds petits enfants, Leurs chants.

En toi j'ai sources et collines, Lianes, pervenche, aubépines, Frais nénuphars, chèvrefeuille, églantines, Le frisilis du peuplier Léger.

J'ai l'avoine folle et tremblante, Des vents la voix grave et puissante, Le fil de la Vierge et la flamme ardente, Le zéphir, les buissons fleuris, Les nids.

En toi j'ai la colombe pure; En toi, sous ma robe de bure, Je trouve joyaux et riche parure, Colliers, bagues et diamants Brillants.

J'ai le beau lac, j'ai la vallée Solitaire et toute boisée; De l'Océan j'ai la vague argentée, Perles, corail, trésors divers Des mers.

J'ai le vaisseau fuyant la plage, Le sillon d'or et le rivage; J'ai, du soleil festonnant le nuage Alors qu'il disparaît des cieux, Les feux.

En toi j'ai la brillante étoile; Souvent ton amour se dévoile, Et j'aperçois comme à travers un voile, Quand le jour est sur son déclin, Ta main!

O toi qui soutiens tous les mondes! Qui plantes les forêts profondes; D'un seul coup d'œil, toi qui les rends fécondes, Tu me suis d'un regard d'amour Toujours!

J'ai ton Cœur, ta Face adorée, De ta flèche je suis blessée... J'ai le baiser de ta bouche sacrée, Je t'aime et ne veux rien de plus, Jésus!

J'irai chanter avec les Anges De l'amour sacré les louanges... Fais-moi voler bientôt en leurs phalanges. _O Jésus, que je meure un jour D'amour!_

Attiré par sa transparence, Vers le feu l'insecte s'élance; Ainsi ton amour est mon espérance, C'est en lui que je veux voler, Brûler...

Je l'entends déjà qui s'apprête, Mon Dieu, ton éternelle fête! Aux saules, prenant ma harpe muette, Sur tes genoux je vais m'asseoir, Te voir!

Près de toi, je vais voir Marie, Les Saints, ma famille chérie; Je vais, après l'exil de cette vie, Retrouver le toit paternel Au ciel...

28 avril 1895.

Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur.

Armoiries de Jésus et de Thérèse[267].

Jours de grâces accordés par le Seigneur à sa petite épouse.

Naissance: 2 janvier 1873.--Baptême: 4 janvier 1873.--Sourire de la sainte Vierge: 10 mai 1883.--Première Communion: 8 mai 1884.--Confirmation: 14 juin 1884.--Conversion: 25 décembre 1886.--Audience de Léon XIII: 20 novembre 1887.--Entrée au Carmel: 9 avril 1888.--Prise d'Habit: 10 janvier 1889.--Profession: 8 septembre 1890.--Prise de Voile: 24 septembre 1890.--Offrande de moi-même à l'Amour: 9 juin 1895.

EXPLICATION DES ARMOIRIES

Le blason J.H.S.† est celui que Jésus a daigné apporter en dot à sa pauvre petite épouse, l'appelant Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Ce sont là ses titres de noblesse, sa richesse et son espérance.--La vigne qui sépare le blason est encore la figure de Celui qui daigna nous dire: «Je suis la vigne et vous êtes les branches; je veux que vous me rapportiez beaucoup de fruit[268].» Les deux rameaux, entourant l'un la Sainte Face, l'autre le petit Jésus, sont l'image de Thérèse qui n'a qu'un désir ici-bas, celui de s'offrir comme une petite grappe de raisin pour rafraîchir Jésus-Enfant, l'amuser, se laisser presser par lui au gré de ses caprices... et puis étancher aussi la soif ardente qu'il ressentit pendant sa Passion. La harpe représente encore Thérèse qui veut chanter sans cesse à Jésus des mélodies d'amour.

Le blason FMT† est celui de Marie-Françoise-Thérèse, la petite fleur de la sainte Vierge; aussi cette petite fleur est-elle représentée recevant les rayons bienfaisants de la douce Etoile du matin.--La terre verdoyante, c'est la famille bénie au sein de laquelle la fleurette a grandi. Plus loin se voit la montagne du Carmel, où Thérèse figure en ses armoiries le dard enflammé de l'amour qui doit lui mériter la palme du martyre. Mais elle n'oublie pas qu'elle n'est qu'un faible roseau; aussi l'a-t-elle placé sur son blason. Le triangle lumineux représente l'adorable Trinité qui ne cesse de répandre ses dons inestimables sur l'âme de la petite Thérèse; aussi, dans sa reconnaissance, n'oubliera-t-elle jamais cette devise:

«L'amour ne se paie que par l'amour.»

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face.

QUELQUES-UNES

Des Grâces et Guérisons

ATTRIBUÉES A L'INTERCESSION

DE LA SERVANTE DE DIEU

THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS

ET DE LA SAINTE FACE

Récit de son exhumation.

Bayeux, le 4 janvier 1911.

Nous, Evêque de Bayeux, sur le rapport qui Nous a été fait, autorisons d'imprimer en appendice à la Vie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus écrite par elle-même, la relation des grâces et guérisons attribuées à l'intercession de la Servante de Dieu et publiée sous le titre: Pluie de Roses.

Nous autorisons pareillement l'adjonction du récit qui Nous a été soumis de l'exhumation des restes de la Servante de Dieu, au cimetière de Lisieux.

† THOMAS, Ev. de Bayeux et Lisieux.

AVERTISSEMENT

Ces pages ne sont pas destinées à publier tous les bienfaits de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, mais seulement à en désigner quelques-uns à l'attention du pieux lecteur.

Les faveurs de tout genre attribuées à son intercession se multiplient d'une manière toujours plus rapide et plus universelle, comme on le verra dans ce premier recueil et dans un second opuscule: Pluie de Roses, II.

Ce second opuscule, contrairement à celui-ci, ne peut trouver place à la fin de l'«HISTOIRE D'UNE AME».

* * * * *

Il ne sera parlé qu'incidemment des parfums. Les personnes qui ont été favorisées de ces émanations mystérieuses sont en très grand nombre. Il ne se passe guère de jour sans qu'il en soit question dans le volumineux courrier concernant la Servante de Dieu. Sur sa tombe et dans l'intérieur de son monastère les mêmes manifestations ne cessent de se produire.

Pluie de Roses.

I

JE VEUX PASSER MON CIEL A FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE.

APRÈS MA MORT, JE FERAI TOMBER UNE PLUIE DE ROSES.

(Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.)

1.

Monastère des Carmes Déchaussés, Wadourie, Autriche (Gallicie), 9 octobre 1902.

Réparation.

TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE,

L'inscription placée en tête de cette lettre indique mon devoir de réparer une faute commise par moi envers votre petite sainte, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Il y a deux ou trois ans, quand on me présenta le manuscrit, avec traduction en langue polonaise de la vie de cette petite fleur du Carmel, je me suis permis de faire la remarque que la langue de notre pays ne sied aucunement au style de l'original, et que la lecture ne causerait que du dégoût. C'était comme mettre un frein à l'apostolat de cette élue de Dieu. Elle a dû prendre cela à cœur; et, en revanche, non seulement a su agir de manière que la dite traduction fût mise au jour, mais, de plus, s'est prise directement à ma personne.

Il y a une huitaine de jours, je suis rentré à la cellule, l'âme toute ballottée par les flots d'une mer orageuse de peines intérieures, et ne sachant où trouver refuge pour s'abriter. Voilà que mon regard s'arrête sur le livre français de la vie de la sœur vengeresse... Je l'ouvre, et je tombe sur la poésie: «VIVRE D'AMOUR.»

Soudain, l'orage s'apaise, le calme revient, quelque chose d'ineffable envahit tout mon être et me transforme de fond en comble. Ce cantique fut donc pour moi la barque de sauvetage: l'aimable sœur s'étant offerte pour pilote.

Je dois donc constater aujourd'hui que la promesse: «Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre... Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses», s'est réalisée en vérité.

Fr. RAPHAEL DE ST-JOSEPH, _Carm. Déch.,

Vicaire-Provincial_.

(Le R. P. Raphaël Kalinowski mourut en odeur de sainteté, en l'année 1907. Sa cause de béatification est soumise à la sainte Eglise.)

2.

Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 10 novembre 1902.

Mme Héloïse Debossu, habitant à Reims, actuellement 9, rue Luiquet, et précédemment 5, avenue de Laon, souffrait depuis une dizaine d'années d'une tumeur fibreuse, située du côté gauche, un peu au-dessous des côtes. De nombreux médecins consultés réclamaient avec instance une opération, devenant chaque jour plus urgente. La malade ne voulut jamais y consentir. En désespoir de cause, elle fut soumise à divers traitements de massage et d'électricité qui ne lui procurèrent qu'un soulagement très passager. Au mois de janvier 1901, son état s'aggrava tellement qu'elle dut garder la chambre et même le lit à peu près continuellement. La maigreur et les souffrances étaient devenues effrayantes. Au mois de septembre, une péritonite venait même de se déclarer. C'est alors que, désespérant du côté de la terre, j'envoyai à la pauvre malade un sachet de cheveux de la chère et vénérée petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, en l'engageant à s'unir à une neuvaine que j'allais demander à votre Carmel. Le résultat ne se fit pas attendre. Le dernier jour de la neuvaine, la malade, guérie de sa tumeur, pouvait se rendre à sa paroisse et y faire la sainte communion en action de grâces. Depuis, ses forces n'ont fait qu'aller en augmentant. Sa figure annonce une santé parfaite, et sa maigreur a fait place à un embonpoint et à une fraîcheur de teint qui ne laissent aucun doute sur sa guérison. Tous ceux qui connaissent cette personne, qui l'ont vue si malade et si désespérée, s'accordent à proclamer la chère petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus comme l'agent merveilleux de sa guérison.

Voilà, ma Révérende Mère, simplement, sans phrases et sans exagération, l'entière et sincère vérité. Aussi, impossible de vous dire la reconnaissance de Mme Debossu pour son incomparable bienfaitrice.

Cinq ans après: 23 février 1907.

Je soussigné certifie que Mme Héloïse Debossu, née Dauphinot, qui fut guérie à la suite d'une neuvaine faite à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face, décédée au Carmel de Lisieux en 1897, a continué depuis 1902 à jouir d'une excellente santé et qu'elle demeure convaincue que sa guérison, aussi prompte que complète, est due entièrement et uniquement à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Les médecins l'avaient condamnée et, même avec une opération, ne répondaient pas de sa guérison. Elle n'a pas été opérée et, à la fin de la neuvaine, elle qui gardait le lit depuis de longs mois, elle allait à pied communier à l'église de sa paroisse.

En foi de quoi, je signe la présente attestation.

L'abbé D. PETIT,

Ancien directeur du Séminaire de Versailles, actuellement curé de Marnes-la-Coquette[269].

3.

Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 23 janvier 1903.

Une dame Jouanne, mariée à un jardinier, et mère de deux enfants dont l'aîné a dix ans, eut à subir, il y a plus d'un an, une opération pour une double hernie étranglée. Elle faillit y laisser la vie. Depuis elle pouvait à peine se traîner, et sa maigreur était extrême. Il y a trois semaines environ, cette femme est retombée gravement malade d'une appendicite compliquée d'une péritonite complète. Les médecins déclarent qu'elle est perdue. Un matin de la semaine dernière, le mari se précipite chez moi: «Venez vite, Monsieur le Curé, elle se meurt.» Un grand chirurgien de Paris, celui-là même qui précédemment l'avait opérée de sa double hernie, appelé par son confrère de Ville-d'Avray, était venu la veille pour tenter une opération. La malade avait été endormie. On lui ouvre le ventre, mais on se trouve en présence de tels abcès et de pus répandu, que vite on renonce à toute opération et qu'après quelques points de suture, pour rejoindre tant bien que mal les bords de la plaie, on déclare qu'elle n'a plus que quelques heures à vivre, un jour ou deux tout au plus.

J'arrive promptement. La malade ne pouvait plus parler, avait le teint cadavérique, était glacée et semblait ne plus avoir qu'un souffle. Elle gardait cependant sa connaissance. Je lui adresse du fond du cœur quelques mots, je lui recommande de se mettre intérieurement sous la protection de notre bien-aimée petite Thérèse, puis je lui donne l'absolution et l'indulgence de la bonne mort. J'avais oublié les Saintes Huiles, peut-être par une permission de Dieu.

La religieuse qui était près d'elle déclarait qu'elle baissait de minute en minute. Alors je glisse, en la prévenant, sous le traversin de la malade, un sachet renfermant des feuilles de roses dont Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus avait caressé son crucifix.

Le même jour, les vomissements, qui depuis six jours étaient continuels, cessaient entièrement; le surlendemain, les médecins déclaraient qu'elle était hors de danger et lui permettaient des aliments. Cinq jours après, le mari venait me dire et la joie de la malade et toute sa reconnaissance pour la chère petite sainte.

Vous le voyez, ma Révérende Mère, un rien qu'a touché cet ange a une valeur et une vertu inexprimables...

Du même, 23 juillet 1907.

M{me} Jouanne, femme du jardinier, guérie miraculeusement, il y a près de cinq ans, par S{r} Thérèse de l'Enfant-Jésus, n'habite plus depuis longtemps déjà ma paroisse; elle demeure actuellement à Versailles. Je l'ai revue plusieurs fois en parfaite santé; elle conserve pour notre chère petite sainte la plus vive et la plus durable reconnaissance. Comme moi, elle attribue uniquement sa guérison si surprenante, si éclatante et si subite à la relique de S{r} Thérèse. Tous les détails que je vous ai donnés au moment de sa guérison sont de la plus exacte vérité et je les confirme de nouveau en son nom et au mien par la présente.

L'abbé D. PETIT,

Curé de Marnes-la-Coquette.

4.

T. (Morbihan), 28 mai 1903.

Que je l'aime, cette petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus! Combien de fois n'est-elle pas venue à mon secours dans les luttes acharnées, et pour ainsi dire corps à corps, que me livre l'enfer contre la sainte vertu! Je ne puis les nombrer. Hélas! ma bonne Mère, depuis trente ans, je subis ce martyre. J'ai soixante ans passés, et l'ennemi est toujours sur la brèche. La mort me serait préférable mille fois à ces luttes journalières. Mon auxiliaire de tous les jours, de tous les instants a été notre bonne Mère du Ciel. Mais depuis cinq ou six mois, la Très Sainte Vierge m'a confié à votre chère sainte que j'aime autant et plus que si j'étais son frère. Et le bien qu'elle m'a fait, je serais prêt à en rendre témoignage 'devant quelque tribunal que ce soit, quand viendra le moment où l'Eglise s'occupera d'elle.

Je ne puis que vous engager, ma bonne Mère, à exhorter les âmes que vous sauriez soumises à cette épreuve humiliante de s'adresser à cette chère petite bienheureuse.

R. P. Eugène (décédé).

5.

N. (Meurthe-et-Moselle), 7 mai 1905.

Une jeune fille de dix-neuf ans, très chère à ma famille, était atteinte de l'appendicite. Quand les médecins s'aperçurent du mal, il était déjà trop tard. Cependant, après avoir longtemps hésité, l'opération fut décidée; mais la gangrène s'était déjà étendue aux parties environnantes, et l'opération dut être écourtée. Huit jours après, la pauvre jeune fille était à toute extrémité, et on n'attendait plus qu'un dénouement prochain. De plus, une fissure s'était produite dans l'intestin et avait singulièrement compliqué le cas: bref, suivant toutes les prévisions humaines, tout espoir était perdu.

Je m'empressai de porter à la mourante ce que j'avais de plus cher; des cheveux de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et une neuvaine fut commencée. Deux jours après, subitement, la fissure se ferma; et, depuis ce moment, le mieux a continué, si bien et si vite que la chère malade est absolument hors de danger, se lève plusieurs heures par jour et n'a plus qu'à reprendre des forces.

L'étonnement des médecins ne peut s'exprimer. «Je vous avoue, disait le chirurgien en chef, que je n'avais jamais eu le moindre espoir, je la croyais bien perdue... Cette guérison est un phénomène, c'est à n'y rien comprendre!»

Nous, ma Révérende Mère, nous comprenons bien!

R. P. M. R.

6.

Cracovie (Autriche), 19 mai 1906.

Le frère Ignace Boron, coadjuteur de notre Compagnie de Jésus, souffrait cruellement de pierres dans le foie, depuis Noël 1905 jusqu'au 20 mars de cette année. Deux médecins, professeurs de l'Université, MM. P. et D., avaient déclaré le mal incurable. Le professeur K., célèbre chirurgien, disait qu'une opération était indispensable.

Après avoir fait inutilement plusieurs neuvaines, nous en avons commencé une au Sacré-Cœur et à la très sainte Vierge par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus de Lisieux. Le deuxième jour de la neuvaine, le frère eut une crise, et le troisième, il se leva complètement guéri, au grand étonnement des docteurs qui déclarèrent le fait inconnu à la médecine.

R. P. K., S. J.

Carmel de Cracovie, 20 mai 1906.

Le 19 mai, le R. P. K. est venu dire chez nous une messe d'action de grâces, où le frère Boron a communié. Ce dernier a dit qu'il se sent tout rajeuni, tout renouvelé, et mieux portant qu'il ne l'a jamais été.

7.

Nancy (Meurthe-et-Moselle), 11 septembre 1906.

Gabrielle-Marie-Antoinette Barroyer, née le 4 août 1896, est tombée malade en décembre 1900. Des suites d'un fort rhume et d'une rougeole infectieuse lui est venue la terrible maladie appelée tuberculose. Du nez et des yeux, il sortait un pus dont l'odeur nauséabonde était si repoussante qu'il fallait vraiment la tendresse et le dévouement de ses parents pour procéder au nettoyage si minutieux de ces parties malades.

En mars et avril 1901, le mal empira et le péritoine se contamina comme les yeux et le nez; le ventre devint très gros et très dur: il se couvrit de boutons énormes d'où s'écoulait également du pus. La petite malade eut des crises très violentes qui formèrent des nœuds sur le dessus de la main droite et au pied gauche. C'était la tuberculose qui gagnait les extrémités. A partir de ce jour, on ne put lever la pauvre enfant que pour la mettre dans une longue voiture, où elle passait ses journées au grand air, dans le jardin.

Vers la fin de cette année 1901, les douleurs des yeux, du nez et du ventre semblèrent diminuer d'intensité; mais les grosseurs, celle de la main droite surtout, augmentèrent d'une manière effrayante. Le docteur nous dit que c'était la tuberculose qui se localisait, qu'il fallait absolument une opération. Après avoir au préalable essayé toutes sortes de remèdes sans aucun résultat, l'opération fut fixée au mois de mai 1902; elle réussit bien, mais la maladie était restée; et, après de grandes souffrances, la grosseur reparut avec une nouvelle vigueur, un peu en dessous de l'ancienne.--En avril 1903, on recommença de nouveau l'opération, on enleva un petit bout de l'os du dessus de la main, os fonctionnant avec le grand doigt et qui se putréfiait; mais on ne fut pas plus heureux que la première fois; et, toujours après quantité de soins de toute nature, on recommença une troisième opération en mars 1904. Ce fut en vain; le mal revint ensuite, plus intense encore que les fois précédentes; on brûla, pendant de longues séances, au crayon de nitrate d'argent; rien ne fit.

Un jour, je demandai à voir la main de ma pauvre petite fille, on refusa d'abord, puis on céda enfin à mes instances; mais quelle douleur j'éprouvai à ce triste spectacle: on aurait dit deux énormes lèvres d'un bleu noirâtre, toutes tuméfiées. Ce jour-là, on m'avoua qu'il fallait recommencer un quatrième grattage de l'os. Il faut être mère pour comprendre tout ce que renfermait d'inquiétudes pour nous le sort de notre chère enfant.

Quand enfin mon cher cousin, M. l'abbé Renard, touché de notre affliction, ému de voir souffrir ainsi ce petit ange, nous proposa de faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Nous acceptâmes cette nouvelle espérance, car depuis longtemps nous avions adressé neuvaines sur neuvaines à différents saints de notre choix; mais Dieu voulait se manifester pour la gloire et l'honneur de sa jeune et si dévouée servante, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Mon cousin nous apporta une relique de cette angélique sœur, et chaque soir, pendant la neuvaine, nous l'appliquions sur la main malade. Est-il besoin de dire la foi, l'espérance que nous avions en adressant notre prière à Dieu par l'intercession de sa fidèle épouse? Mais ce n'est pas à nos prières seulement que nous devons d'avoir fléchi le bon Dieu; mon cher cousin priait et faisait prier légion de belles âmes avec nous.

Dès le quatrième jour de la neuvaine, un mieux très sensible fut constaté par le médecin et on conclut que l'opération ne serait peut-être pas nécessaire. Le huitième jour, nouvelle visite du docteur; non seulement le mieux se maintenait, mais cette fois, il nous dit qu'on n'opérerait pas. La bonne sœur Charles, qui soignait ma petite fille, me demanda ce que nous faisions, car la rapidité de cette belle amélioration l'avait frappée. Nous lui donnâmes notre recette. «Ah! ne vous arrêtez pas, nous dit-elle, et faites une autre neuvaine, je me joindrai à vous.» Nous recommençâmes immédiatement une autre supplique, dans les mêmes conditions que la précédente. A la fin de cette seconde requête, ma petite Gabrielle fut guérie complètement. Je lui laissai néanmoins un petit linge sur la main pendant une partie du mois de juillet de la même année 1904, parce que la peau reformée était encore trop fine, mais, après cela, je lui laissai la main libre, et depuis elle se fortifie et l'enfant aussi.

Nous gardons une profonde reconnaissance à Dieu et à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, que nous continuons d'invoquer en notre particulier, en attendant que nous puissions la prier comme une sainte.

E. BARROYER.

8.

P. R. (Bretagne), 7 janvier 1907.

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus vient de m'accorder une grâce inespérée de conversion.

A la fin d'une neuvaine à cette petite sainte, une femme âgée, en état de péché mortel dès avant sa première Communion qui fut mauvaise, après une vie toute de désordres, de scandales et de sacrilèges, s'est sentie prise d'un tel repentir, après avoir contemplé cinq minutes au plus l'image de la Sainte Face, peinte par une de vos sœurs, qu'elle a fondu en larmes et a voulu faire au plus tôt sa confession générale. Vous dire son bonheur actuel et sa reconnaissance envers Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus est chose impossible.

9.

R. (Bretagne), 11 janvier 1907.

Au mois de juillet dernier, ma santé, déjà ébranlée par une longue maladie d'estomac, me laissa dans un état de langueur difficile à décrire; j'étais devenue si maigre qu'il me fut bientôt impossible de faire un mouvement. Je m'alitai le 20 juillet, et, depuis ce jour, incapable même de soulever ma tête sur l'oreiller, je fus obligée de me confier complètement aux religieuses qui me soignaient. Cependant, mon état s'aggravait encore: mon bras droit, devenu paralysé, me refusait tout service; et les médecins me condamnèrent.

Ma sœur aînée, Carmélite à A., eut la pensée d'invoquer la sainte Vierge, par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, pour obtenir ma guérison. Deux neuvaines successives n'amenèrent aucune amélioration. Enfin, nous commençâmes une troisième neuvaine, et la Prieure des Carmélites m'envoya une relique de la robe de Sr Thérèse, m'engageant à la porter sur moi. Pendant cette troisième neuvaine, mon état devint plus alarmant, les médecins, perdant tout espoir, cessèrent leurs visites; mes parents et les autres personnes qui m'entouraient reconnurent que c'était la fin. Je reçus l'extrême-onction le 29 août au soir; et, dans la pensée de chacun, tout devait être fini le lendemain matin.

Ma mère eut cependant un dernier espoir; elle écrivit aussitôt au sanctuaire de Notre-Dame des Victoires pour demander une messe. Nous recourions ainsi de nouveau à la sainte Vierge, toujours par l'entremise de la petite Sr Thérèse.

La messe fut célébrée le lendemain à 10 h. 1/2; pendant ce temps les supplications redoublèrent, et cette fois le ciel se laissa fléchir. Pendant la messe, une vigueur toute nouvelle me transforma: Sr Thérèse, le dernier jour de la troisième neuvaine, exauçait enfin nos prières en me guérissant.

MARIE-THÉRÈSE L. (22 ans).

10.

Carmel de Nîmes exilé à Florence, Italie, 3 avril 1907.

Avec quel bonheur je viens vous dire le miracle opéré par notre angélique Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Aidez-nous à lui dire merci! Oh! qu'elle est puissante, ma Mère!

Sr Joséphine, l'une de nos sœurs converses, fut atteinte, le 18 janvier 1907, d'une pneumonie déclarée infectieuse. En quatre jours, elle fut à toute extrémité, la fièvre montait à 43°. Aussitôt que je compris la gravité du mal, je m'adressai avec une confiance inébranlable à l'ange de Lisieux; je plaçai son image au chevet du lit de la malade qui, elle, ne désirait pas guérir.

Cependant, le sixième jour de la maladie, le docteur ne nous laissa plus aucun espoir, et nous avertit de lui faire recevoir les derniers sacrements, craignant un dénouement fatal pour le lendemain.

Je voulus passer cette dernière nuit auprès de notre chère enfant: mais nos sœurs m'obligèrent à aller prendre un peu de repos, ce que je fis pour ne pas les contrister, mais en redoublant mes instantes prières à notre sœur du Ciel.

Vers 2 heures du matin, je fus réveillée par une force mystérieuse, j'avais l'intuition que notre Sr Joséphine était à l'agonie. J'accourus immédiatement et la trouvai, en effet, sur le point de rendre le dernier soupir, elle était noire... les yeux vitrés... D'une voix étouffée elle balbutia: «Ma Mère, je ne puis pas mourir!»

Je dis à la Mère Sous-Prieure qui me pressait de faire les prières des agonisants: «Non, la petite Thérèse la guérira», et je récitai le Credo avec toute l'énergie de ma foi. J'avais dans l'âme une sorte de saisissement, comme si notre petite S' Thérèse de l'Enfant-Jésus m'eût touchée, pour me signifier que le miracle était obtenu. Et je crus à cette touche inoubliable et je dis tout haut: «S' Joséphine est sauvée!» Elle l'était, en effet. La crise de suffocation s'apaisa, les yeux reprirent de la vie et de l'éclat. Le lendemain, le docteur vint constater lui-même la résurrection de celle dont il croyait constater la mort. A plusieurs reprises, il s'écria: «C'est un miracle! oui, c'est bien un miracle.»

Et maintenant, ma Révérende Mère, que vous dirai-je? Jusqu'à mon dernier soupir, ces souvenirs resteront gravés dans mon cœur pour en rendre grâce à Dieu.

Sr M., prieure.

Suit le certificat du médecin.

11.

Dinan (Côtes-du-Nord), 7 mai 1907.

Au mois de juin 1902, le jour de la Fête-Dieu, ma mère, souffrante depuis le matin, fut obligée de se coucher. Nous croyions à une grippe, mais, le lendemain et les jours suivants, elle fut très malade. Le docteur vint chaque jour pendant plusieurs semaines, essayant de tout et ne voyant pas de quelle nature pouvait être la maladie. Il était impossible de faire prendre à ma mère aucune nourriture, les œufs l'empoisonnaient. Elle était arrivée à un tel état de faiblesse que le docteur ne put nous cacher la gravité du mal. Un second médecin fut alors appelé. Tous deux disaient: «Elle se meurt.»

Madame la Supérieure de l'hospice de Dinan, très dévouée à ma famille, ne nous cachait pas son extrême inquiétude. Un jour, la sœur qui soignait ma mère nous appela en toute hâte. Nous montâmes, mon frère et moi. Maman n'avait plus de connaissance, ses yeux étaient vitrés. Epouvantés, nous envoyons chercher le docteur; il fit une piqûre d'éther et la connaissance revint. Depuis plusieurs jours, elle ne pouvait parler qu'avec une extrême difficulté; ce jour-là, ce fut bien pis et les crises se renouvelèrent dans l'après-midi. Enfin, le soir, vers 8 h. 1/2, une dernière faiblesse survint. Quand la violence de la crise fut un peu calmée, la connaissance ne revenant pas, Monsieur l'Aumônier de l'hospice apporta les Saintes Huiles. Mon frère et moi, nous étions comme fous de douleur. Alors, je me rappelle que nous avions une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus: c'étaient des cheveux. Je la mets au cou de maman: immédiatement elle s'endort. Quelques heures après, elle se réveille, parlant parfaitement; elle me dit qu'elle était très bien. La sœur et moi n'eûmes pas un instant de doute, ce n'était pas un mieux trompeur. Maman était guérie. Le lendemain elle s'est levée, a voulu manger des œufs; je ne les lui donnai qu'en tremblant, mais ils ne lui firent aucun mal. Le docteur vint encore pendant plusieurs jours, car il ne voulait pas croire à cette guérison. Il fut bien forcé de convenir de la vérité.

Est-il nécessaire de vous dire, ma Révérende Mère, quels furent notre bonheur et notre reconnaissance. Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, une fois de plus, avait fait du bien sur la terre.

M. P.

12.

Carmel de R. (Aveyron), 27 avril 1908.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Permettez à une humble petite sœur du Carmel de venir vous faire part d'une grande faveur dont elle vient d'être l'objet ces jours-ci, par l'intercession de notre chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Depuis six ans, ma santé était mauvaise et la faiblesse m'avait occasionné une extinction de voix. Je ne parlais qu'à voix basse depuis seize mois et encore avec beaucoup de peine. Un grand nombre de remèdes avaient été employés, et tous étaient restés sans effet. La communauté avait adressé de ferventes prières au Saint Enfant Jésus de Prague, mais notre aimable «Petit-Grand» était resté sourd à nos supplications.

Notre Révérende Mère nous ayant lu, en récréation, les nombreuses faveurs déjà obtenues par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et consignées dans la grande édition de sa Vie, la pensée de s'adresser à cette petite sainte pour solliciter le recouvrement de ma voix fut générale, et, le lundi de Pâques, 20 avril, notre Mère commençait en communauté une neuvaine en l'honneur de la Sainte Face, afin d'obtenir, par l'intercession de sa dévouée Servante, la grâce désirée. Elle promit, si nous étions exaucées, de propager le plus possible les images de la Sainte Face et aussi la Vie de la petite sainte.

Le second jour de la neuvaine, dans la matinée, étant occupée à un travail manuel, je repassais intérieurement le cantique «Vivre d'amour». Arrivée à ces vers:

Vivre d'amour, ce n'est pas sur la terre Fixer sa tente au sommet du Thabor,

il me prit envie de les chanter. O surprise! Sans effort, je pus en fredonner quelques mots, quoique péniblement. Le lendemain, je parlais bien distinctement; enfin, le jeudi, quatrième jour de la neuvaine, je fus complètement guérie. Depuis je chante, je fais la lecture au réfectoire, sans la moindre difficulté; il y a six ans que j'étais privée de cette satisfaction!

Vous trouverez ci-joint, ma Révérende Mère, un mandat de 300 francs, sur lesquels vous voudrez bien nous envoyer quelques exemplaires de la Vie de notre puissante «petite Reine». Le reste vous est envoyé par ma famille, pour aider à l'achat de la châsse qui devra renfermer son corps, lorsque l'Eglise l'aura déclarée bienheureuse.

Témoignage de la Révérende Mère Prieure.

Dès le second jour de la neuvaine, la voix de notre chère malade devint un peu plus libre; chaque jour, le mieux s'accentuait, et vers la fin de la neuvaine, elle était entièrement revenue à son état normal. Notre chère sœur put reprendre immédiatement l'office de lectrice au réfectoire, ce qu'elle continua toute la semaine sans fatigue. Quatre mois se sont écoulés depuis, et notre sœur jouit toujours de sa bonne voix. L'état général s'est aussi sensiblement amélioré, et plusieurs accidents qui se produisaient souvent, tels que crachements de sang, n'ont pas reparu.

Notre angélique Sr Thérèse a bien voulu donner une preuve de son affection fraternelle à notre sœur et à toute notre Communauté: qu'elle en soit mille fois remerciée!

Carmel de R., le 27 août 1908.

Sr S., prieure.

Suit le certificat du médecin.

13.

Saint-S. (Creuse), 12 mai 1908.

Devant aller prêcher une mission, j'en mis le succès sous la protection de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, cette âme si fidèle à la grâce pendant toute sa vie. Je promis en retour, au cas où les prédications produiraient des fruits de salut, de les lui attribuer pleinement et de les publier pour hâter sa béatification.

Je tiens à vous dire aujourd'hui, ma Révérende Mère, que cette mission a été particulièrement bénie. Grâce à la puissante intercession de votre sœur du Ciel, les pécheurs se sont convertis en grand nombre. Nous étions très surpris, mon confrère et moi, des accents que le divin Maître nous mettait dans le cœur et sur les lèvres, pour tenir notre auditoire attentif, d'une façon soutenue. Et certes, ils avaient du mérite à nous écouter, les pauvres gens! car, pendant huit jours, ils venaient tous les soirs de plusieurs kilomètres, parfois de deux lieues, malgré la neige, la pluie et le vent, dans une église où nous les gardions deux longues heures. En s'en retournant, ils étaient obligés de s'éclairer avec des flambeaux pour se préserver des précipices, dans des chemins épouvantables.

Que Dieu bénisse votre Carmel d'avoir fait connaître un ange qui lui ramène tant d'âmes!

C.

14.

S., Belgique, 15 mai 1908.

Le Curé de la paroisse de H. se recommande particulièrement à vos prières. Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, à laquelle il avait confié le succès d'une retraite d'hommes, a attiré de telles bénédictions sur celle-ci et opéré de si éclatantes conversions que toutes ses espérances de pasteur ont été dépassées.

T. P.

15.

Je reconnais que ma fille Reine, âgée de 4 ans 1/2, était atteinte, depuis le 11 janvier 1906, d'une maladie des yeux reconnue incurable par les médecins.

Après seize mois de soins inutiles, ma femme porta notre enfant aveugle sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et nous commençâmes une neuvaine à cette petite sainte. Dès le deuxième jour, le 26 mai 1908, avant-veille de l'Ascension, pendant que ma femme était à la Messe de 6 heures, car elle se proposait d'y aller tous les jours de la neuvaine, ma petite Reine, après une crise violente, recouvra subitement la vue. Ce que ma femme a d'abord constaté, et moi ensuite.

Le docteur L. tient de ma femme elle-même tous les détails qu'il donne à ce sujet et je les reconnais conformes à la vérité.

En foi de quoi, avec beaucoup de reconnaissance pour le miracle opéré en notre faveur, nous signons le présent certificat avec les témoins.

A. F.--J. F.

Suivent 11 signatures.

Samedi, 12 décembre 1908.

Observation médicale de la jeune Reine F., âgée de 4 ans et demi, demeurant à L..., atteinte de kératite phlyctémulaire et guérie le 26 mai 1908.

Reine F. n'a jamais été malade, sauf de la rougeole quand elle avait un an.

Le 11 janvier 1906, elle a commencé à souffrir des yeux. Ses paupières étaient collées et renfermaient du pus, les yeux étaient rouges et irrités. Au bout de quinze jours, on la conduisit au docteur D., qui lui continua ses soins pendant plus d'un an. La malade avait des rémissions pendant quelque temps, puis survenaient des crises plus aiguës. Elle vit trois oculistes: le docteur D. à L., et les docteurs M. et L. à C. Ceux-ci dirent à la mère de ne pas leur ramener l'enfant, parce que ses yeux étaient perdus. Ils étaient, en effet, injectés de sang et couverts de taies blanchâtres (une douzaine environ). L'enfant souffrait beaucoup, surtout la nuit. Elle ne voyait pas pour se conduire et ne distinguait aucun objet placé devant elle. Elle tenait les yeux fermés et portait des lunettes pour souffrir moins.

Touchée de cet état, une religieuse de la Providence à L., maîtresse de la classe enfantine, conseilla à la mère de demander la guérison de sa petite infirme à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la porter sur sa tombe, en lui recommandant d'avoir d'autant plus de confiance que sa fille s'appelait Reine, nom que M. Martin, père de Sr Thérèse, se plaisait à donner à celle-ci. La mère hésitait. Elle se décida cependant, après la lecture de la vie abrégée de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et porta l'enfant au cimetière. Elle demanda au Carmel une neuvaine de prières.

Le lendemain, 26 mai 1908, avant-veille de l'Ascension, elle assista à la Messe de six heures et demie et mit un cierge à la sainte Vierge en l'honneur de Sr Thérèse.

En rentrant chez elle, on lui apprend que sa fille a eu une crise de souffrance plus forte que les autres. «Mets tes lunettes, puisqu'elles te soulagent», dit la mère à la fillette. Mais celle-ci de s'écrier toute joyeuse: «Maman, je n'en ai plus besoin, je vois aussi bien que toi, à présent.»

Alors la mère approche l'enfant de la fenêtre et appelle son mari: «Regarde ta fille! Tu te moquais de ma confiance, vois ses yeux! Elle est guérie!»

En effet, les yeux grands ouverts n'étaient plus rouges; il n'y avait plus de pus, d'inflammation ni de taies, et l'enfant voyait distinctement tout ce qui l'entourait.

Depuis elle n'a eu aucune rechute. Le docteur D. la déclara complètement guérie de sa kératite phlyctémulaire et délivra un certificat à la date du 6 juillet 1908.

Cette maladie, très fréquente chez les enfants à constitution faible et lymphathique, est caractérisée par des ulcérations de la cornée. Elle est sujette à des récidives très fréquentes, d'abord, puis, à intervalles plus éloignés, à mesure que l'enfant se fortifie. Elle ne peut donc guérir que très lentement, et elle laisse presque toujours des traces indélébiles, sous forme de taies plus ou moins opaques.

Dr L.

L., le 7 décembre 1908.

Suivent les témoignages recueillis par le docteur, des différentes personnes qui ont vu l'enfant avant et après sa guérison.

Témoignage des Carmélites de Lisieux.

Nous, soussignées, avons entendu les parents de Reine F, et vu cette enfant au parloir. La mère nous a fait exactement le même récit qu'au docteur L. Elle a ajouté que le premier jour de la neuvaine, elle avait cueilli sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus deux petites feuilles de géranium et les avait placées chez elle avec respect. Le père nous a affirmé que le docteur D. leur avait déclaré que, s'ils voyaient les yeux de leur petite fille devenir phosphorescents, c'était signe qu'ils étaient perdus, sans aucun espoir de guérison; or, qu'ils avaient vu tous deux ce phénomène se produire.

La femme nous a dit encore que le 25 mai 1908, elle était allée chez Mme D., boulangère, dans la même rue, pour acheter un petit pain; que, le lendemain, elle y était retournée pour montrer son enfant guérie, et que cette dame, après avoir examiné les yeux de l'enfant qu'elle avait vus si malades, la veille encore, s'était écriée avec une grande émotion: «Ah! ma pauvre femme, c'est un grand miracle qui s'est opéré chez vous!»

Marie F., âgée de 9 ans et demi, nous a dit avoir vu sa petite sœur, au matin du 26 mai, s'apaiser tout à coup, après sa grande crise, puis regarder fixement quelque chose en souriant, et faisant des gestes d'amitié avec son petit bras; enfin, s'endormir paisiblement. «J'ai pensé, nous dit-elle, quelle se guérissait et regardait les objets au fond de la chambre. Je lui ai demandé ensuite ce qu'elle avait tant regardé et pourquoi elle avait ri. Elle m'a répondu: «J'ai vu la petite Thérèse, là, tout près de mon lit, elle m'a pris la main, elle me riait, elle était belle, elle avait un voile, et c'était tout allumé autour de sa tête.»

L'enfant nous a raconté la même chose à nous-mêmes. Devant nous, sa mère a essayé de l'effrayer en lui disant de prendre garde de mentir, ou bien que la «petite Thérèse» lui reprendrait ses yeux. Elle s'est retournée vers sa mère et lui a répété avec assurance: «Oui, maman, c'est vrai, je l'ai vue...»--«Comment était-elle habillée, ma petite Reine?» lui dîmes-nous.--«Pareille à vous!»

5 février 1909.

Suivent les signatures de la Mère Prieure et de plusieurs religieuses.

16.

Le C., Juin 1908.

Un matin, en allant à la Messe, je demandai avec une très grande confiance au Sacré-Cœur et à Notre-Dame des Victoires, par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, la conversion d'une âme qui--je le savais par ses confidences--n'était point sincère dans ses confessions.

Le soir de ce même jour, je rencontre cette personne qui me dit: «Oh! je ne sais pourquoi, mais aujourd'hui j'ai été très tourmentée au sujet de la confession et c'est ce qui ne m'arrive jamais.» Le lendemain, elle alla se confesser et revint aussitôt me voir pour me dire combien elle était heureuse.

X.

17.

Constantinople, 8 juin 1908.

Mon mari vivait depuis seize ans loin des sacrements et ne voulait rien entendre à ce sujet. Un jour, ma fille, en revenant de l'école, me parla de la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et ce qu'elle m'en dit m'inspira beaucoup de confiance. Le soir même, nous récitâmes un Pater et un Ave pour obtenir de la chère sainte la conversion désirée et, dès le lendemain matin, mon mari me dit spontanément: «Cette année, je veux faire mes Pâques et désormais je m'approcherai plus souvent des sacrements.» C'était le Mercredi Saint, et, tout transformé et tout joyeux, il communia le Jeudi Saint. Maintenant, il communie tous les mois.

X.

18.

X., Italie, 8 août 1908.

Quelques mois avant mes vœux perpétuels et mon sous-diaconat, je traversai une crise violente dont mon avenir sacerdotal et religieux a évidemment dépendu. Au plus fort de la lutte, sans aucune initiative de ma part, la pensée de votre sainte s'est imposée à mon esprit avec une obstination et un charme irrésistibles. Elle a continué à m'occuper ainsi tout le jour, sans que je dusse faire des efforts pour chercher sa chère pensée; elle m'a appris à l'appeler ma Mère, et à mettre en elle toute l'espérance de mon âme. Elle m'a béni mieux encore que par ses joies sensibles; elle a «tourné» mon cœur. Mon directeur, un homme prudent et réservé s'il en fut, a été extrêmement frappé de ce qui s'était passé en moi, des changements subits et inexplicables qu'elle y avait faits, et il m'a dit: «Il y a là quelque chose d'extraordinaire: c'est une grande grâce que vous avez reçue!» Ce que je vous dis en termes un peu voilés, ma bonne Mère, je serais heureux de pouvoir vous le dire clairement de vive voix. Alors vous comprendriez mieux comment elle est ma Mère, la mère de mon sacerdoce et de tous mes apostolats futurs; vous comprendriez combien je désire la faire bénir comme je la bénis, aimer comme je l'aime.

B.

19.

Estado do Ceara, Brésil, 21 août 1908.

Mon père était très malade et avait déjà reçu les derniers sacrements, quand, providentiellement, une personne amie m'apporta une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle-même adressa ces questions au malade qui souffrait extrêmement: «Croyez-vous que cette petite sainte puisse obtenir votre guérison? Voulez-vous suspendre à votre cou cette relique?--Oui!» a répondu mon père avec une grande foi.

Alors j'ai fait une prière à la «petite Reine», et aussitôt mon père s'est trouvé très bien.

J'ai promis de publier cette guérison extraordinaire.

A. C.

20.

S. J. (Calvados), 23 septembre 1908.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Je suis allée faire un pèlerinage sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus en reconnaissance d'une grande faveur obtenue par son intercession.

Voici le fait.

Le jour de la Pentecôte, mon frère a été pris d'une arthrite infectieuse dans le genou gauche. Quelques jours après, une péricondite se déclarait au cœur, puis une miocardite. Son état alors réclama son transport dans une maison de santé; il fallait près de lui la présence continuelle d'un médecin. En arrivant à l'hôpital Saint-Joseph, médecins, internes, religieuses se sont écriés: «C'est un mourant que vous nous amenez, il ne passera pas la nuit.» Pendant plusieurs jours, son état était si désespéré que les personnes qui le soignaient ne lui faisaient aucun traitement, aucun remède, prétextant que c'était un condamné à mort et qu'il valait mieux le laisser mourir tranquille. Pendant trois semaines, il ne prit qu'un peu de champagne, et sa faiblesse était si grande qu'il perdait souvent connaissance.

Nous avons été amenés à prier Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus par ma sœur aînée, religieuse Carmélite. Ma sœur, mon frère et moi avons commencé une neuvaine, et, le dernier jour, mon frère était hors de danger.

Les personnes qui l'ont soigné sont encore dans l'étonnement de cette guérison.

L. M.

21.

F., Angleterre.

Dans la troisième semaine de juin 1908, sœur Catherine C., postulante au noviciat de la congrégation de X., Londres, glissa malheureusement deux marches d'un escalier et se foula gravement le pied. Le repos et les remèdes ordonnés par le médecin n'apportèrent aucune amélioration. Le pied restait enflé et décoloré, de sorte que la sœur ne pouvait marcher.

On fait examiner la blessure à l'Hôpital du Royal Collège au moyen des Rayons X,

et le pied malade est enfermé dans une gouttière de plâtre. Le chirurgien ordonne qu'il reste ainsi durant six semaines. Au bout de ce temps, le mal n'ayant point diminué, et la sœur souffrant beaucoup, on essaya un vésicatoire pour réduire l'enflure, mais sans plus de succès. Enfin, le spécialiste de l'Hôpital fut appelé à F. Après une consultation avec le médecin du couvent, il donna une très sérieuse appréciation du mal, et déclara qu'il n'espérait le guérir que sous sa particulière surveillance.

Une opération devient nécessaire.

Ayant su que les parents de la novice désiraient qu'elle fût soignée chez eux, le spécialiste parla d'écrire à un certain professeur du pays pour lui donner ses conseils au sujet de l'opération. De plus, il avertit que les plus grandes précautions seraient à prendre pour le voyage, et que le moindre choc suffirait pour aggraver le mal et rendre une amputation inévitable.

Le mardi suivant, 3 novembre, le Révérend Père C., frère de la novice, arriva à F. dans le but de la ramener chez elle. Il fut bien affligé de l'état de son pied, et, en le voyant d'une si mauvaise couleur, enflé et complètement informe, il comprit clairement qu'une opération devenait urgente.

On prit des mesures pour qu'une voiture d'ambulance se trouvât prête dès l'arrivée de l'infirme à G. Jusqu'alors on avait caché à sœur Catherine la nécessité de son départ. Elle fit des instances pour rester au monastère, mais le cas était trop grave et il lui fallut accepter l'épreuve. Elle fit donc bien tristement ses adieux au noviciat, et la voiture qui devait l'emporter loin du couvent qu'elle aimait et regrettait si vivement, fut demandée pour le lendemain matin, à huit heures et demie.

Venons maintenant à la Thaumaturge

qui intervint si merveilleusement cette nuit-là même.

Lors de l'accident, on avait placé sur le pied malade une médaille du Sacré-Cœur, on avait employé de l'eau de Lourdes pour les pansements. Des neuvaines furent faites au Sacré-Cœur, à la très sainte Vierge et à plusieurs saints, mais le Ciel semblait sourd à toutes les demandes.

Le 30 octobre, après la décision du chirurgien, sœur Catherine, de l'avis de sa Supérieure, commença une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et plaça parmi ses bandages un pétale de rose avec lequel Sr Thérèse avait autrefois embaumé et caressé son crucifix, sur son lit d'agonie. On avait d'ailleurs dans le couvent une grande dévotion à cette jeune sainte contemporaine, et cette dévotion était sur le point de recevoir sa récompense.

«Le vendredi soir, 30 octobre, écrit sœur Catherine dans sa relation, j'avais commencé une neuvaine à la «Petite Fleur» avec une grande confiance. Je ne la perdais pas de vue un seul instant, toujours je la priais d'avoir pitié de moi et de me guérir pour sauver ma vocation.

«Le 3 novembre, veille de mon départ, je me couchai vers 9 heures, ressentant une excessive douleur dans le pied. Je conjurai alors la Petite Fleur» de m'obtenir enfin du Dieu Tout-Puissant ma guérison. A chaque fois que je m'éveillais, je lui faisais les mêmes instances. Vers 3 heures, je m'éveillai encore, mais cette fois, ma cellule était remplie de lumière. Je ne savais quoi penser de cette exquise clarté et je m'écriai: «O mon Dieu! qu'est-ce que cela?» Je restai dans cette «lumière pendant trois quarts d'heure, et je n'arrivais pas à me rendormir, malgré mes efforts. Alors je sentis comme l'impression de quelqu'un qui enlevait les couvertures de mon lit et m'excitait à me lever. Je remuai mon pied, et quelle ne fut pas ma surprise de trouver les sept mètres de bandages, qui avaient été liés très fortement et dont je n'aurais pu me passer, complètement retirés. Je regardai mon pied, il était entièrement guéri. Je me levai, je marchai, et, ne sentant plus aucun mal, je tombai à genoux en m'écriant: «O Petite Fleur de Jésus, qu'est-ce que vous avez fait pour moi ce matin! Je suis guérie!»

Vers l'heure de la Messe, on vint chercher sœur Catherine pour la conduire à la chapelle, mais elle dit qu'elle n'avait plus besoin de l'appui d'un bras, ni de la canne dont elle se servait d'habitude. Elle descendit seule l'escalier et courut vers sa Supérieure.

«La «Petite Fleur» m'a guérie!

ma Mère», lui dit-elle. Et tout aussitôt, la nouvelle se répandit dans la communauté, comme une traînée de poudre. Une sorte de crainte planait sur la maison avec le sentiment que Dieu avait passé par là.

La Mère Provinciale vint bientôt et se rendit compte par elle-même de l'événement. Pour prouver qu'elle était bien guérie, la novice marcha de long en large à l'extérieur de l'église, et montra qu'elle portait sa chaussure ordinaire, au lieu de la chaussure d'infirme qu'on lui avait préparée à cause de l'enflure.

Enfin, elle resta tout le temps de la Messe à genoux et marcha d'un pas ferme pour recevoir la sainte Communion des mains de son frère. Celui-ci ignorait encore le miracle, mais il avoua ensuite que jamais, depuis sa première Messe, il n'avait reçu autant de consolations divines qu'à cette Messe-là. Témoignage touchant encore du pouvoir d'intercession de Sr Thérèse en faveur des prêtres, pour lesquels elle aimait tant à prier!

Immédiatement après la Messe, la Mère Prieure alla le trouver et lui raconta ce qui était arrivé. Alors, très ému, il entonna le Te Deum, que la novice poursuivit debout avec la Communauté entière, dans une joie et une émotion indicibles.

L'examen du pied montra que la décoloration, l'enflure, les marques du vésicatoire et des pointes de feu avaient disparu et qu'il était revenu à sa forme naturelle.

La gratitude de la novice et des sœurs fut profonde, en vérité, devant cette intervention de leur bien-aimée «Petite Fleur». D'autres, pour lesquels son parfum odorant est une joie toujours renaissante, apprendront avec plaisir ce nouveau gage de sa puissance au milieu d'une génération incroyante.

«Vous nous regarderez d'en haut, n'est-ce pas?» disait-on à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, lorsque, âgée de 24 ans, elle était mourante à Lisieux.

«Non, répondit-elle, je descendrai.»

A F., comme en bien d'autres lieux, la «Fleur de Jésus» descendit.

T. N. T.

22.

Vendée, 5 novembre 1908.

J'aurais pu, dès le premier jour de la neuvaine, vous écrire pour vous annoncer la guérison de mon petit Jean, mais je ne l'ai pas voulu pour ne pas agir avec témérité.

Dès que nous avons eu attaché à la robe du petit malade le morceau d'étoffe ayant appartenu à votre Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, les vomissements et autres accidents ont cessé; ils ont cessé si brusquement que nous n'osions pas y croire. Depuis ce jour, l'enfant se porte à merveille; jamais il n'avait été aussi gai. C'est de grand cœur que ma femme et moi nous remercions Sr Thérèse.

Docteur C.

23.

G., Ecosse, 8 novembre 1908.

Une guérison spirituelle--délivrance d'une tentation qui durait depuis plusieurs années--a été obtenue en un instant par une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dans un couvent de G. La religieuse avait déjà demandé de quitter la Congrégation, et maintenant elle est si heureuse d'y être restée!

T.

24.

V. (Seine-et-Oise), 4 décembre 1908.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Je suis très heureuse de venir vous annoncer que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus a exaucé vos prières et mes supplications en guérissant Mademoiselle S., âgée de 67 ans, et atteinte d'une bronchite aiguë, suivie de deux congestions pulmonaires. Son état nous inspirait beaucoup d'inquiétudes.

Lorsque je reçus le sachet contenant de la laine de l'oreiller de la petite sainte, je le posai aussitôt sur la malade, qui l'accepta avec bonheur, me disant qu'elle avait pensé à demander une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. C'était la première fois qu'elle me parlait depuis plusieurs jours. Elle ajouta en me regardant: «Oh! que cela sent bon! Quelle odeur de roses! Quel délicieux parfum!» Et pendant cinq minutes, elle respira ce même parfum. Moi qui étais près d'elle, je ne sentais absolument rien!

Le soir, à 6 h., le docteur revint, et quelle ne fut pas sa surprise de voir que la fièvre avait disparu. Il n'en voulait pas croire ses yeux et, quatre fois, il remit le thermomètre.

Depuis ce jour, Mademoiselle S. est allée de mieux en mieux. Aujourd'hui elle est guérie et me charge de vous dire, ma Révérende Mère, que nous viendrons cet été remercier nous-mêmes la chère petite Reine à son tombeau. Veuillez nous envoyer sa «Vie», et croyez que nous sommes prêtes à nous dévouer pour la faire connaître et avancer sa béatification.

M. M.

25.

Carmel de S. P., Espagne, 15 décembre 1908.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

J'ai la consolation d'écrire à Votre Révérence ce qui suit:

Une de nos sœurs, âgée de trente et quelques années, était reconnue tuberculeuse par le médecin qui lui donnait, tout au plus, deux ans de vie.

Nous commençâmes une neuvaine à l'Immaculée Conception par l'intercession de votre aimable petite sainte, et nous la terminâmes le 20 septembre par la sainte Communion.

La malade, se voyant dans le même état, me dit: «Ma Mère, le 30 de ce mois, c'est l'anniversaire de la mort de la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Ce jour-là, je crois qu'elle fera quelque chose pour moi.»

Voyant sa confiance, nous recommençâmes une neuvaine et, le lendemain du dernier jour, je fis appeler le docteur qui, après avoir ausculté notre chère sœur, me dit tout surpris: «Mais elle est beaucoup mieux!»

Cependant, je croyais qu'il fallait un certain temps pour constater une guérison complète. Ces jours derniers, je la fis donc examiner de nouveau. Après l'auscultation, le médecin se tourna vers moi et me dit: «Il n'y a plus rien, elle est guérie!» Il me promit volontiers le certificat que je vous envoie. Vous y lirez que: «Cette guérison, si prompte, lui paraît étrange et merveilleuse.»

Je ne puis vous dire, ma Révérende Mère, avec quel bonheur et quelle reconnaissance nous avons récité, au chœur, un Te Deum et un Magnificat en actions de grâces.

Chère petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, combien nous l'aimons!

Sr T., prieure.

Suit le certificat du médecin.

26.

D., Suisse, 18 décembre 1908.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Pardonnez-moi si je viens un peu tard vous raconter la guérison de ma petite fille, Marie-Thérèse, âgée de deux ans, guérison obtenue par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

En 1907, cette enfant, d'ailleurs très chétive, fut atteinte d'un mal à l'index de la main droite. La phalange supérieure devint si enflée qu'elle égalait en grosseur le pouce d'une grande personne.

Ce mal, paraît-il, était la tuberculose osseuse localisée (Spina ventosa), et on l'appelle doigt en radis.

Le docteur jugea une opération indispensable. Il ouvrit donc le petit doigt malade et gratta l'os. Pendant cinq mois, je dus lui conduire tous les deux ou trois jours ma petite fille pour les pansements, mais l'état ne s'améliorait guère. Il se forma même une excroissance de chair, que l'on dut enlever, au moyen du cautère électrique, et le doigt suppurait toujours un peu.

En rentrant en France, au mois d'avril, je le fis voir à un autre docteur qui, ne le trouvant pas bien du tout, me dit qu'une seconde opération serait nécessaire.

C'est alors que, désolé, mais confiant en votre angélique sœur, je résolus de conduire mon enfant à son tombeau.

Arrivé là, j'assis tout simplement Marie-Thérèse sur la tombe de la petite sainte en disant: «Bonne petite Sr Thérèse, vous qui avez promis de faire du bien sur la terre, guérissez ma petite Marie-Thérèse.»

Eh bien, ma Révérende Mère, le doigt qui, jusqu'alors, ne cessait point de suppurer, sécha; une petite croûte se forma, puis tomba, et huit jours après, tout était cicatrisé et guéri.

Depuis cette époque, ma petite fille se porte à merveille.

De la part de son père et de sa mère, mille fois merci et vive reconnaissance à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

G. H.--C. H.

27.

21 décembre 1908.

C'est un devoir de reconnaissance qui m'amène aujourd'hui près de vous. Ayant obtenu par l'intermédiaire de la petite Sr Thérèse une grâce signalée, je me fais une joie de venir vous la raconter:

Depuis un certain temps, j'allais voir un pauvre malade. Elevé dans la religion, cet homme, sans devenir sectaire, était devenu plus qu'indifférent; il avait beaucoup lu, et, de ses lectures, il avait retiré avec l'incroyance la volonté de se faire enterrer civilement; cette volonté, il l'avait manifestée à ses enfants.

C'est dans ces dispositions que je le trouvai il y a deux mois. Je ne fis d'abord que des visites d'ami; quand j'en arrivai aux visites de prêtre, quand je parlai du bon Dieu, de l'Eternité, un sourire sceptique et des paroles de dénégation accueillirent mes premières tentatives d'apostolat. Je revins souvent sur la question et toujours ce fut la même réponse: «J'ai trop lu, mon cher Monsieur, pour ne pas savoir la fausseté de toutes les religions.» Un miracle seul pouvait sauver cette âme, et ce miracle c'est à l'ange de Lisieux que je le réclamai. Je priai, je fis prier; une neuvaine fut entreprise. Elle n'était pas terminée qu'une nuit le pauvre malade, de lui-même, en pleine connaissance, me fit demander: «Va me chercher Monsieur l'abbé», dit-il à sa femme. Et, cette demande, il la réitéra depuis 1 h. jusqu'à 6 h. du matin. A 6 h., la femme, vaincue par cette persistance, vint me chercher. J'arrivai en toute hâte et en toute joie surtout. Le malade m'accueillit tout heureux; il se confessa, reçut l'Extrême-Onction. Le loup était devenu agneau, l'impie d'autrefois était devenu subitement un chrétien repenti. Oh! ils seront pour moi inoubliables ces instants de retour subit et convaincu vers Dieu. Longtemps j'entendrai dans mon cœur la voix, maintenant éteinte, de ce pauvre malade qui, en embrassant son Christ, lui disait avec une réelle piété: «Seigneur, avez pitié de moi qui vous ai offensé!... Seigneur, je vous aime!... Mon Dieu, pardonnez-moi!...»

Oui, Dieu t'a pardonné, cher ami! Plus heureux que nous, tu jouis maintenant, peut-être, de Celui que tu ne connaissais plus, de Celui que, pendant les huit jours qui suivirent ta conversion, tu prias avec tant d'humilité confiante! Tu me pardonneras d'avoir levé le voile sur tes derniers instants: il s'agissait de glorifier celle qui se fit auprès de Dieu ton avocate et ton sauveur...

L'abbé M.

28.

Collège de X., États-Unis, 11 janvier 1909.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Je viens vous relater, avec une reconnaissance bien profonde, le fait d'une protection merveilleuse dont j'ai été l'objet de la part de votre angélique Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Le 22 septembre 1908, étant à New-York avec notre Révérende Mère, nous eûmes à traverser, pour reprendre le train, un croisement de voies ferrées encombré de voitures, de tramways, d'automobiles, etc. Je crus que notre Mère était passée et je voulus la suivre, mais elle avait vu venir, sans avoir eu le temps de m'en prévenir, un tramway électrique qui me heurta en plein front et me fit tomber. Lorsque le mécanicien parvint à l'arrêter (après un trajet de 5 ou 6 mètres), tout le monde me croyait écrasée et la foule se pressait autour de moi; mais je me relevai sans le moindre mal! Notre Mère s'était approchée, pâle comme sa guimpe... On nous entourait, on voulait m'aider à marcher. Des «reporters» de journaux demandaient mon nom. Notre Mère disait: «C'est une religieuse exilée de France, le bon Dieu a fait un miracle en sa faveur.» Alors on nous laissa passer avec une sorte de respect, bien que la foule augmentât toujours. Pour nous soustraire à une ovation, nous entrâmes dans une maison où l'on nous reçut avec la plus grande bonté et je dis à notre Mère: «C'est la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus qui m'a préservée: je l'ai sentie au moment de l'accident.» Et sortant de ma poche une de ses petites photographies que j'avais dans un carnet, je la baisai avec reconnaissance. Depuis, elle ne me quitte plus.

Je ne puis dire quelle impression de surnaturel nous avait envahies. Cependant, les «reporters» nous avaient suivies pour demander des détails. Ils me regardaient avec ébahissement, ne semblant pouvoir admettre que je n'eusse pas été blessée; car sous ces lourdes machines, appelées ici «streets cars» et beaucoup plus volumineuses que nos tramways français, il y a tout un attirail de chaînes qui devraient au moins blesser ceux qui sont dessous. Le mécanicien avait dit à notre Mère que j'avais été enfermée entre les roues avec tant de précision, que c'est comme si la mesure de mon corps avait été prise. Plusieurs journaux ont dû relater le fait.

Enfin, lorsque la foule fut presque dispersée, nous nous dirigeâmes vers la gare, marchant assez vite pour ne pas être suivies de nouveau. Quand nous fûmes installées dans notre compartiment, notre Mère encore tout émue me demanda: «N'avez-vous pas mal à la tête?--Pas du tout, pas plus que si j'étais tombée sur un lit de plumes.--Ne portiez-vous pas vos lunettes bleues quand vous êtes tombée?--Oui, je les avais et les ai remises inconsciemment dans ma poche en me relevant: les voici, elles sont intactes. Je ne sais vraiment, ni comment je suis tombée, ni comment je me suis relevée; tout ce que je puis dire, c'est qu'il m'a semblé pendant quelques instants être dans un autre monde, une puissance surnaturelle agissait.»

Nous convînmes, notre Révérende Mère et moi, de ne parler de cet événement qu'à M. l'Aumônier, pour lui demander une messe d'action de grâces. Cependant, notre Mère crut de son devoir de tout raconter au docteur du couvent. Il vint, me croyant du moins couverte de blessures; mais... rien, pas même une égratignure! et il partagea notre sentiment que cette protection tenait du miracle.

Veuillez, ma Révérende Mère, avec toute votre communauté, m'aider à remercier celle qui a été pour moi ce que l'ange Raphaël a été au jeune Tobie, et croyez à mes sentiments à jamais dévoués en Nôtre-Seigneur.

Sr M., née C. de V.,

Sr X., Prieure.

29.

Carmel de X., janvier 1909.

Une de nos Sœurs souffrait depuis dix ans de peines morales qui la torturaient et lui faisaient délaisser la sainte communion des semaines entières. Elle fit plusieurs neuvaines à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus qu'elle aime beaucoup. Il y a trois semaines, un soir, pendant l'oraison de 5 h., s'y étant rendue encore plus bouleversée que jamais et tout à fait découragée, elle redoubla de ferveur et de supplication auprès de Thérèse, priant devant son image et baisant sa sainte relique.

Tout à coup, en un clin d'oeil, dit-elle, son cœur se trouva rempli de paix et de consolation, avec l'assurance, comme le sentiment intime, que la «Petite Thérèse» avait passé près d'elle et lui avait ôté comme un lourd vêtement. Elle ne pouvait même plus se rappeler ce qui avait tant de fois tourmenté sa pauvre âme! «Alors, dit-elle encore, j'aurais voulu pouvoir communier deux fois au lieu d'une!» Elle est toute changée depuis ce jour de grâces, et son visage, autrefois si triste, ne reflète plus qu'une joie profonde.

C'est en reconnaissance de cette inestimable faveur que notre Révérende Mère vous envoie une offrande pour la béatification tant désirée.

Sr G.

30.

Saint-H. (Vendée), 18 janvier 1909.

Mon fils Louis, né le 27 septembre 1908, était très fort et se portait très bien, lorsque le jeudi, 8 octobre, dans l'après-midi, il fut pris d'une forte fièvre accompagnée d'une sueur abondante. Il ne dormit point la nuit suivante et ne cessa de crier. Le lendemain, ses petites mains étaient fermées, sans qu'il fût possible de les lui ouvrir. La sage-femme, le trouvant très mal, nous dit d'aller chercher le médecin. Celui-ci déclara qu'il était atteint du tétanos et ne nous laissa aucun espoir de guérison. Il nous dit cependant d'essayer de mettre l'enfant dans les bains; mais la maladie ne fit qu'augmenter. Bientôt mon petit garçon devint raide comme un cadavre, sa bouche était fermée, à peine si l'on pouvait faire couler entre ses lèvres quelques gouttes d'eau ou de lait, il était absolument impossible de passer la cuiller. Ses bras étaient allongés, ses mains fermées, ses poignets tournés à l'envers et repliés, de sorte que ses petites mains touchaient aux bras. Son dos et son estomac étaient contrefaits, on aurait dit deux bosses de chaque côté. Ses jambes étaient serrées l'une contre l'autre; bientôt la droite passa par-dessus la gauche et tourna. Enfin, tous les membres étaient contractés. Le pauvre petit ne pouvait faire aucun mouvement, il n'avait point de sommeil et ne cessait de crier jour et nuit. Sa maigreur était telle qu'on aurait dit un squelette. Sa peau avait, au toucher, la dureté d'une pierre. Dans les crises il devenait tout bleu.

Le médecin revint la semaine suivante; il fut surpris de le trouver dans un état pareil et nous dit: «Pour moi, cet enfant est perdu, il ne vivra pas et la mort est préférable, car, s'il survit, il restera en cet état. Jamais encore, de ma vie de médecin, je n'ai vu pareille chose.» Toutes les personnes qui voyaient mon enfant me plaignaient beaucoup.

Cinq semaines s'écoulèrent ainsi. Je priais et faisais prier, accompagnant mes supplications de toutes sortes de promesses, sans rien obtenir. Touchées de mon extrême affliction, les demoiselles institutrices m'envoyèrent, le dimanche 15 novembre, une image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, à laquelle était attachée une relique, me disant qu'elles allaient prier et faire prier leurs petites filles, et nous recommandant de commencer une neuvaine à la petite sainte. Le soir même, nous commencions la neuvaine; chaque jour je faisais toucher l'image à mon enfant, demandant à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus sa guérison ou sa mort. J'ajoutai que, s'il devait être plus tard un mauvais chrétien, je préférais le voir mourir.

La petite sainte ne fut pas sourde à nos prières. Le jeudi suivant, cinquième jour de la neuvaine, je pus faire plier le bras gauche de mon petit enfant, puis son autre bras. Bientôt il reprit le sein, et, à Noël, il était complètement guéri. Aujourd'hui, on ne le reconnaît plus, tant il est beau et fort! Il rit et commence à gazouiller; les personnes qui le voient n'en reviennent pas et croient bien à un miracle.

A sa naissance, mon petit Louis avait à la tête une bosse qui lui restait encore après sa guérison. Je fis alors toucher à sa tête l'image de Sr Thérèse, et depuis la bosse diminue de jour en jour.

Ma reconnaissance est bien grande envers Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, de même que ma confiance. Je demande à cette chère petite sainte de m'accorder maintenant toutes les grâces nécessaires à mon état, que mon mari et mes enfants soient toujours de bons chrétiens. Je lui demande de m'accorder cette grâce encore, de voir au moins l'un de mes enfants se consacrer à Dieu.

M. G.

Suivent 19 signatures.

31.

Couvent du Bon Pasteur de X., France, 9 février 1909.

Si les miracles extérieurs opérés par votre petite thaumaturge sont grands et admirables, que dire des miracles intérieurs de la grâce qui sont toujours plus grands et plus nombreux! C'est une pluie serrée de roses. Dieu soit béni de cette grande consolation qu'il nous ménage au milieu d'épreuves toujours plus pénibles et plus dures! Il serait bien difficile, je crois, d'arriver à exprimer tous les bienfaits spirituels que Sr Thérèse n'a cessé de faire descendre sur notre grande famille religieuse depuis un an et plus. C'est le secret du bon Dieu et du sacrement de Pénitence où le cœur du prêtre ne peut moins faire que d'être sans cesse débordant de reconnaissance.

L'abbé B.,

aumônier.

32.

I. (Seine), 11 février 1909.

MA BONNE MÈRE,

Nous avons ici une jeune fille atteinte d'un ulcère à l'estomac, elle vomit le sang. Entendant parler des nombreuses guérisons obtenues par l'intercession de votre chère petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, elle y a recours. Nous allons commencer une neuvaine, et nous demandons à votre communauté de bien vouloir s'y unir pour obtenir sa guérison.

Sr X.

Télégramme reçu le dimanche 21 février, dernier jour de la neuvaine:

Malade entièrement guérie par Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Sr X., supérieure.

Relation de la jeune fille guérie.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Depuis quatre ans je souffrais de l'estomac. Le 29 décembre 1908, j'ai eu, pour la première fois, un vomissement de sang. Le 30 et le 31, les médecins étaient encore indécis; mais le 1er janvier 1909, ils se prononcèrent et déclarèrent que j'avais un ulcère. Du 29 au 31 décembre, j'eus plusieurs vomissements; on essayait de me faire boire du lait, mais je le rejetais immédiatement. Du 1er au 21 janvier, je restai en traitement à l'hôpital Saint-Joseph où l'on me soumit au régime lacté. Pointes de feu, vésicatoires, calmants, tout fut essayé sans succès; je souffrais toujours. A la fin de janvier je suis venue me faire soigner chez les Dames de... à I. Le 8 février j'eus une très forte crise avec plusieurs vomissements de sang. Je ne gardais pas le lait, mais seulement un peu d'eau de Vals, et, encore, pas toujours. On écrivit alors au Carmel de Lisieux, afin de me mettre sous la protection spéciale de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. La Mère Prieure m'envoya un petit sachet contenant de la laine de son oreiller d'infirmerie; je le mis immédiatement sur moi et l'on commença une fervente neuvaine à la petite Sœur, en union avec Lisieux.

Pendant la neuvaine les souffrances étaient plus vives, les vomissements continuels, l'insomnie était perpétuelle. On ne pouvait plus me nourrir par les moyens ordinaires.

Le 21 février, jour où la neuvaine se terminait, je voulus absolument aller à la messe de 6 h., avec le désir d'y communier, persuadée que je serais guérie. Pendant tout le temps de la messe je souffrais horriblement, mais je priais avec beaucoup de ferveur et mon espérance était bien grande. Lorsque je revins de la sainte Table, où je m'étais traînée bien péniblement, mes souffrances redoublèrent. Enfin, au troisième Ave Maria que dit le prêtre au bas de l'autel, je sentis une douleur atroce à l'estomac, cette douleur correspondait dans le dos; il me semblait qu'on m'arrachait l'estomac. J'eus ensuite la sensation très nette d'une main qui se posait sur la partie malade et y répandait un baume céleste... puis, plus rien, un grand calme... J'étais guérie!

Je sentis alors que j'avais faim et j'avalai une grande tasse de lait que je trouvai exquise. Je restai ensuite à la messe de 7 h. en action de grâces, et je l'entendis à genoux. Après cette deuxième messe, j'allai au réfectoire où je pris une grande tasse de chocolat accompagnée de deux morceaux de pain, moi qui, depuis quatre mois, n'avais pas mis une bouchée de pain dans ma bouche! Et j'avais encore faim!

A en juger par le bien-être que j'éprouve, je ne croirais pas avoir été malade. Je suis absolument guérie. Il ne me reste qu'une faiblesse dans les jambes qui me rappelle seule les heures douloureuses que j'ai vécues.

Cette nuit j'ai parfaitement dormi; je me sens tout à fait bien. Toutes les personnes qui m'ont connue malade admirent en moi l'œuvre de Sr Thérèse, ma chère bienfaitrice. Voilà, ma Révérende Mère, le compte rendu de ma maladie et de ma guérison si miraculeuse.

Notre bonne Mère Supérieure espère avoir demain le certificat du docteur. Je commence une neuvaine d'action de grâces que j'irai terminer par un pèlerinage au tombeau de la petite sainte de Lisieux.

Agréez, etc.

M. C.

Suit le certificat du médecin.

33.

C., Autriche, 25 février 1909.

Ma Révérende Mère,

Je vous renvoie la notice sur le miracle d'Angleterre, en vous remerciant de me l'avoir communiquée. Mais tout cela n'est rien à côté des grâces que je sais avoir été reçues par l'intervention de sœur Thérèse, grâces de conversions vraiment immenses et miraculeuses. Une jeune personne, par exemple, a passé en moins d'une année de la boue la plus dégradante à un état de pureté tel qu'on peut l'imaginer chez les saints, et à la présence de Dieu presque continuelle; et cela dans le milieu le plus mondain et le plus frivole, entourée de toutes les occasions de chute!

Ah! vous avez bien raison de dire qu'une pluie de roses est descendue sur la terre, depuis que cette sainte est montée au ciel. Oui, cette remarque qu'elle descend de nouveau sur la terre est littéralement vraie. Que de fois je l'ai sentie près de moi dans cette dernière année!

M.-H. D.,

professeur à l'Université de X.

34.

L. (Normandie), 29 janvier 1907.

Je suis un séminariste âgé de 23 ans. Après de nombreux crachements de sang et hémorragies violentes, j'étais arrivé à un tel degré d'affaiblissement que je dus m'aliter le 28 août 1906. Deux médecins jugèrent mon état très grave: une caverne profonde s'était formée au poumon droit, les bronches étaient très endommagées, et l'analyse des crachats révéla la présence du bacille de la tuberculose. Les médecins s'avouèrent impuissants et me condamnèrent.

Alors, mes parents, éplorés, sollicitèrent ma guérison de Notre Dame de Lourdes par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je passai à mon cou un sachet des cheveux de cette petite sainte. Les premiers jours de cette neuvaine, mon état s'aggrava: j'eus une hémorragie si violente que je pensai mourir; on appela en toute hâte un prêtre; mais, bien que l'on m'engageât à faire le sacrifice de ma vie, je ne pouvais m'y résoudre et j'attendais avec confiance la fin de cette neuvaine. Le dernier jour, aucun mieux ne s'était produit. Alors le souvenir de Thérèse se présenta à mon cœur, la parole qui a si nettement esquissé sa grande âme me pénétra d'une confiance indicible: «Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.» Je pris au mot la jeune Carmélite. Elle était au ciel, oh! oui, j'en étais sûr; j'étais sur la terre, je souffrais, j'allais mourir: il y avait du bien à faire, il fallait qu'elle le fît. Serrant donc fortement contre ma poitrine la chère relique, je priai la petite sainte avec tant de force, qu'à la vérité, les efforts mêmes, faits en vue de la vie, eussent dû me donner la mort.

Nous recommençâmes une neuvaine, demandant cette fois ma guérison à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus elle-même, avec promesse, si elle nous exauçait, d'en publier la relation. Dès le lendemain la fièvre baissa subitement, et, les jours suivants, après l'auscultation, le médecin conclut au rétablissement d'une façon aussi catégorique qu'il avait affirmé la fin. De la caverne du poumon il n'y avait plus trace; l'oppression avait cessé et l'appétit revenait sensiblement. J'étais guéri.

Mais en même temps qu'elle renouvelait mes forces physiques, Thérèse accomplissait aussi en mon âme une transformation merveilleuse. En un jour, elle a fait en moi le travail de toute une vie.

Je m'arrête, ma Révérende Mère, Dieu m'a mis au cœur une telle reconnaissance que je ne saurai jamais l'exprimer. Aidez-moi à lui rendre grâce.

L'abbé A.[270]

Suit le certificat du médecin.

35.

Q. (Eure), mars 1909.

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus semble favoriser particulièrement ma famille. Il y a deux ans, c'était moi qu'elle guérissait de la tuberculose; aujourd'hui c'est mon jeune frère, âgé de 11 ans, qui vient d'être soudainement sauvé et rétabli par elle.

Voici en quelles circonstances: Le samedi, 22 août 1908, il fut victime d'un accident terrible. Etant tombé d'une hauteur d'environ six mètres, par une trappe donnant sur une cave, sa tête vint frapper brutalement à terre. On releva le pauvre petit sans connaissance et perdant son sang à pleine bouche. Le médecin, mandé aussitôt, déclara que c'était l'affaire de deux heures; le crâne était, en effet, fracturé en plusieurs endroits, la mort était imminente. Cependant la nuit se passa sans le dénouement qu'on attendait. Le docteur se fit assister d'un chirurgien spécialiste de R... qui, sans aucune hésitation, confirma le jugement de son confrère. Nous n'avions donc plus rien à espérer, humainement du moins; moi-même j'avais entendu le docteur, et c'eût été de la folie d'espérer quand même.

J'eus cette folie, mes parents l'eurent avec moi: et, le 24 août, ma Révérende Mère, vous commenciez, sur ma demande, une neuvaine à Sr Thérèse pour la guérison de mon frère.

Cependant, des crises violentes et réitérées nous jetaient dans de cruelles alarmes. Nous avons cru quatre fois que la mort allait venir. Le pauvre enfant resta huit jours entiers sans connaissance et se débattait continuellement dans son délire.

Le neuvième jour, il reconnut tout son monde, le calme revint, c'était fini! Il n'avait qu'à reprendre des forces; ce qu'il fit. Il est aujourd'hui en classe, ne conservant aucune trace, ni physique ni morale, de son accident.

L'abbé A.

36.

Lisieux (Calvados).

En mars 1908, un petit enfant de cinq ans était atteint d'une méningite des plus graves. J'engageai sa mère à prier avec confiance Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Une neuvaine fut commencée. L'enfant était dans un perpétuel délire; et, cependant, lorsqu'on voulait lui faire baiser la relique de Sr Thérèse qu'il portait sur lui, il la retenait et la pressait sur son cœur. Il allait toujours plus mal. «Il y a deux jours qu'il devrait être mort», disait le docteur. Mais sa mère ne perdait pas courage. Tandis qu'il était presque agonisant et que, depuis plusieurs jours, il ne pouvait articuler une parole, elle vint à l'église et dit à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus: «Ma petite sainte, si je dois croire que vous voulez bien guérir mon fils, faites qu'en revenant de la messe il me demande à boire.»--«Maman, donne-moi à boire», dit l'enfant aussitôt que sa mère eut mis le pied sur le seuil de sa chambre. Dès lors il alla de mieux en mieux. Aujourd'hui il se porte bien.

L'abbé L.

16 avril 1909.

37.

X. (Seine-Inférieure), 9 avril 1909.

Le 8 mars dernier M. D. tombait gravement malade. Le docteur le déclarait atteint d'une grippe infectieuse. Au bout de quelques jours le mal se compliquait d'une fluxion de poitrine double. M. D. était en proie à un délire effrayant; jamais une minute de raison. Deux hommes étaient nécessaires pour le tenir. Le docteur dit qu'il n'y avait plus aucun espoir, qu'il était absolument perdu.

Tous les regards se portèrent alors vers le ciel. On appliqua une relique de Sr Thérèse sur la poitrine du malade qui s'endormit et recouvra ensuite au bout de quelques heures l'usage de sa raison; c'est alors que la famille s'empressa de lui faire recevoir l'Extrême-Onction.

Dans l'après-midi le malade demanda à sa femme ce que tout cela signifiait.--«Ai-je donc été si malade?» dit-il; «mais je ne souffre pas et j'ai grand'faim!» On manda à nouveau le docteur, il crut que c'était pour constater le décès. Grande fut sa stupéfaction! «Je n'y comprends rien, dit-il, M. D. est sauvé; qu'il se lève et mange!»

Et depuis, ma bonne Mère, le mal ne laisse plus aucune trace; le malade déborde de reconnaissance envers la chère thaumaturge.

D.

Suit le certificat du docteur.

38[271].

Carmel de.... Espagne, 7 avril 1909.

J'éprouve un désir très grand, ma Révérende Mère, de vous raconter un petit miracle opéré par notre bien-aimée Sr Thérèse. Nous possédons ici sa Vie abrégée, en espagnol; mais, la première fois que je lus ce livre, je n'eus pour elle qu'une grande indifférence, je me dis: «Cette petite Sœur est par trop enthousiaste!» Un jour qu'on me demandait ce que je pensais de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, ma réponse fut celle-ci: «Ce que j'en pense? c'est qu'elle ne me plaît pas!» Thérèse allait se venger en reine... Quelque temps après, une de nos postulantes nous apporte un exemplaire français de l'Histoire d'une âme. Je ne comprenais pas un seul mot de cette langue; mais, tentée d'une très grande curiosité, je dis à notre Révérende Mère: «Ma Mère, voudriez-vous me permettre de lire ce livre?» Notre Mère Prieure, toute surprise, répondit: «Permission pour lire ce livre? et de quel profit vous peut-il être puisque vous ne comprenez pas le français?--Mais je ne sais quelle force intérieure m'attire et me dit de le lire.» La permission me fut accordée.

Et que vous dirai-je, ma bien chère Mère, de mon impression et de la très grande allégresse qu'éprouva mon pauvre cœur, de voir qu'en commençant à lire les premières pages de ce livre d'or, je compris dans la perfection la langue française!... Toute la communauté en resta dans un grand étonnement. Ma Mère, que de lumières j'ai reçues en lisant ces pages embaumées d'un parfum si céleste! que de grâces intimes connues de Jésus seul! Lorsque mon esprit se trouve dans la sécheresse, quelques pages seulement de la vie de l'angélique Thérèse suffisent pour enflammer mon âme de l'amour divin.

Aussi toute l'indifférence que j'avais pour elle s'est transformée en amour le plus reconnaissant et le plus profond. Que de fois, en me jetant à genoux, lui ai-je demandé pardon de ma faute! Qu'elle m'accorde la grâce d'aimer Jésus comme elle l'a aimé, afin qu'un jour je puisse faire partie de la légion des petites victimes de l'amour divin et chanter en sa compagnie les miséricordes du Seigneur!

Sr...

Cette religieuse, ayant été interrogée plus tard sur la manière dont elle avait réussi à écrire en français la lettre qui précède, répondit que c'était une continuation de la faveur reçue.

En novembre 1910, une jeune Sœur d'un autre Carmel d'Espagne nous confia avoir reçu une grâce identique en tous points à la première, soit pour la forme extérieure, soit pour les effets intérieurs. Interrogée à son tour sur son récit, fait par elle-même en français, elle écrivit ce qui suit:

«Je ne savais pas si vous alliez pouvoir lire ma lettre, je la croyais comblée de fautes, car je n'avais jamais écrit un seul mot de français en toute ma vie; de même qu'avant de lire l'Histoire d'une âme, je ne comprenais pas un seul mot de cette langue. C'est par un effet de la même grâce que j'ai pu lire et écrire. Notre angélique Sr Thérèse a été ma seule maîtresse de français. Ah! cette faveur m'en a procuré une autre incomparablement plus grande, celle de l'avoir pour maîtresse en sa petite voie d'enfance spirituelle. Je ne puis dire, ma Révérende Mère, ma reconnaissance envers cette bien-aimée sainte!

39.

Paris, 24 avril 1909.

Dans la dernière quinzaine de février, je fus prise d'un coryza aigu qui dégénéra vite en grippe infectieuse. Une otite des plus douloureuses fit suite à cette grippe, je devins complètement sourde et, après avoir subi deux fois la paracentèse du tympan, une mastoïdite se déclara. Elle fut des plus graves; ses débuts amenèrent vite des symptômes de méningisme.

Le spécialiste qui me soignait ne voulut pas prendre sur lui seul la responsabilité de cette maladie si terrible en complications, et appela à mon chevet le célèbre spécialiste des hôpitaux, qui lui-même voulut avoir l'avis d'un autre confrère. Les six premiers jours de ces consultations, les progrès du mal furent étroitement et savamment surveillés; les soins les plus minutieux, les plus énergiques me furent prodigués et, malgré cela, la fièvre allait croissant, alternant de 40° à 41°. Enfin le matin du septième jour, le mot d'opération fut prononcé et j'y fus préparée par de délicats ménagements. Dès le premier jour de la consultation des trois docteurs, je commençai avec ferveur une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus du Carmel de Lisieux. Le mal pourtant allait s'aggravant, mais je gardais très ferme ma confiance.

Ma famille, plusieurs Carmels et d'autres personnes s'unirent dans la même prière. L'opération semblait pour tous une évidence et devait se faire le dimanche qui était le neuvième jour de ma neuvaine. La veille je voulus recevoir la sainte communion; les préparatifs se faisaient, je lisais une douloureuse angoisse dans les yeux rougis de ma sœur.

Le soir j'eus 41° de fièvre; ma nuit fut atroce; les douleurs cérébrales m'arrachaient des cris et, malgré cela, ma foi était inébranlable... une voix intérieure, infiniment douce, m'insinuant le triomphe de mes prières, celles de ma chère famille sur le Cœur de Jésus!...

Oh! cette voix intérieure je l'entendrai toujours!... «Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, suppliai-je avec ferveur, j'ai foi en votre sainteté, ne m'abandonnez pas, demandez à Jésus qu'il ait pitié de ma mère, qu'il exauce les prières de mes chères tantes, qu'il entende les invocations des Carmels, qu'il ait pitié de moi!» Et toujours cette même voix si douce faisait descendre en moi une suave confiance!... Ma tante, carmélite, eut la même intuition très énergique, elle était certaine que je ne serais pas opérée.

Le matin de l'opération arriva: à 7 h., j'avais 40° de fièvre! je priai, m'isolant dans une foi absolue.

A 8 h. 1/2 les docteurs arrivèrent, prêtant la main aux derniers préparatifs... J'eus un dernier élan! «Sœur Thérèse, suppliai-je, restez avec moi, ne m'abandonnez pas, j'ai foi, j'ai confiance!» Les docteurs entrèrent: il fallait me résigner... Quand, soudain, un apaisement de mon mal, une décroissance subite de ma fièvre et l'écoulement de l'abcès de ma mastoïde se faisant normalement par l'oreille! J'eus un cri d'allégresse, j'étais guérie! Les docteurs ne voulaient pas en croire leurs yeux; ils observèrent, constatèrent, et furent muets de stupéfaction, enregistrant un cas unique dans la mastoïdite.

Oh! merci de toute mon âme à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus que je vénère et glorifie comme une sainte!

40.

Relations de la Révérende Mère Saint-Jean Berchmans, Fondatrice et Supérieure des Missions des Sœurs de la Providence à Madagascar.

I

Ambatolampy (Madagascar), 16 mai 1909.

Je suis depuis deux jours à l'hôpital de X. auprès de ma Sœur Ste-R., atteinte de fièvre bilieuse hématurique. Le cas est mortel. Deux Européens de Tananarive viennent d'être enlevés en quarante-huit heures par cette maladie. Notre si chère Sœur a été plusieurs fois sur le point d'expirer; un miracle seul peut la sauver, nous le demandons ardemment à Notre-Dame de Lourdes par l'intercession de l'angélique Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

13 août 1909.

Quelques heures après mon arrivée, les derniers sacrements furent administrés à la chère malade. Elle fit généreusement le sacrifice de sa vie, disant qu'elle était heureuse de mourir missionnaire...

Nous avions perdu tout espoir. Nos Malgaches étaient inconsolables; ils assiégeaient les portes de l'hôpital pour essayer de voir leur bonne Mère une dernière fois.

Le lundi 17 mai, vers 6 h. du soir, une dernière absolution lui fut donnée. Tout à coup elle m'appela et me dit d'un accent dont je fus frappée: «Vous savez ma Mère, que jusqu'à ce jour j'ai cru que j'allais mourir. Eh bien, ce soir je sens naître la confiance...»

Depuis lors notre chère Sœur alla mieux; maintenant elle est guérie. Gloire et reconnaissance à Notre-Dame de Lourdes et à Thérèse de l'Enfant-Jésus!

II

19 décembre 1909.

Notre petite sainte continue à travailler fort à la mission et nous fait constater une fois de plus la vérité de ses paroles: «Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.» Ce bien, je vois qu'elle aime surtout à le faire chez les plus petits, les plus pauvres, les plus déshérités des biens de la fortune et même de la grâce.

J'avais une pauvre infirme qui, depuis plus de dix ans, ne pouvait se mouvoir. Après plusieurs neuvaines à Sr Thérèse, elle s'est trouvée guérie et peut maintenant marcher. Elle vient d'être baptisée et a pris le nom de Marie-Thérèse.

III

Il y a un peu plus d'un mois, j'administrai le baptême à un petit enfant que je quittai ayant déjà le râle de la mort sur les lèvres. J'avais remis à la mère une image de Sr Thérèse en l'engageant à la prier. Quelques jours plus tard, je vois arriver la pauvre Malgache portant dans ses bras son bébé plein de santé. Et me le présentant, ainsi que l'image que nous lui avions donnée pour tout remède, elle me dit: «La belle dame que tu m'as donnée a guéri mon fils pendant la nuit; je le croyais mort et déjà je pleurais... et elle arriva en portant une robe blanche qu'elle déposa sur lui, et quand mon petit se réveilla, il était guéri.»

N'est-il pas vrai, ma Révérende Mère, que ce sont là de beaux traits à insérer dans la «Pluie de roses»?

IV

29 mai 1910.

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus continue à descendre souvent dans notre île. Sa pieuse intervention, nous aide beaucoup à prouver la vérité de notre sainte Religion.

En mai dernier, une de nos nouvelles Sœurs malgaches, la filleule de Thérèse (car la petite sainte, étant une des premières protectrices de notre noviciat, nous avons appelé: Thérèse de l'Enfant-Jésus, la plus jeune de nos novices, celle qui par sa simplicité nous rappelle le mieux notre petite sœur du Ciel), sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, dis-je, accompagnée de Flore, une de nos postulantes, visitait les malades d'une petite chrétienté qui a nom: Ambadivona, près d'Ambatolampy. Elles rencontrèrent dans une case délabrée une pauvre femme minée par la fièvre. Après l'avoir fait prier et lui avoir donné quelques remèdes, la sœur et sa compagne se préparaient à sortir, lorsqu'elles entendirent un profond gémissement: «Y a-t-il quelque autre malade ici?» demandèrent-elles à la pauvre femme. Cette dernière, leur montrant un trou au fond de la case, leur dit: «Il y a là mon fils qui est mourant.» Nos deux visiteuses pénétrèrent par le trou et virent étendu sur une natte, faisant entendre le râle de l'agonie, un jeune homme de 16 à 17 ans. Près de lui était blottie la grand'mère. «Est-il baptisé?» lui demandèrent-elles; la vieille fit un signe négatif. Alors sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus essaya de dire quelques mots du baptême, mais le malade paraissait avoir perdu connaissance. La sœur eut alors la pensée de sortir une image de Thérèse qu'elle portait sur elle, et de la mettre devant les yeux du mourant. A l'aspect de cette image, le regard de ce dernier parut s'illuminer et la connaissance lui revenir. La sœur profita de cette lueur de raison pour instruire le jeune homme, puis elle l'ondoya. Enfin, elle invita fortement la famille à prier et à suivre les catéchismes préparatoires au baptême. Tous promirent.

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et sa compagne sortirent, laissant la petite image de Thérèse au père du jeune homme qui venait de rentrer dans la case, apportant un linceul pour l'ensevelir. Elles remercièrent leur protectrice, à qui elles devaient la consolation d'avoir donné une âme de plus à Dieu; mais elles n'espéraient guère la guérison du malade qui n'avait plus qu'un souffle de vie.

Quel ne fut pas leur étonnement quand une huitaine de jours après cet incident, la femme du catéchiste d'Ambadivona vint leur dire que le malade presque mourant était complètement guéri. Elles crurent d'abord à une erreur.

Pour en avoir le cœur net, elles me demandèrent la permission d'aller s'assurer de la vérité. Leur surprise fut grande lorsque, arrivées à quelques pas de la case, elles aperçurent le jeune homme qui s'avançait à leur rencontre, aussi vigoureux que s'il n'avait jamais été malade. «Quel remède as-tu pris, lui dirent-elles, pour retrouver si vite tes forces?--Mais aucun, répondit-il, c'est l'image que vous m'avez laissée qui m'a guéri; chaque fois que je la regardais, je sentais mes forces revenir.»

Cette petite image est toujours dans la case, elle fait l'admiration de tous ces pauvres païens.

V

Il y a quelques mois, une pauvre mère nous amenait son petit enfant couvert de plaies; pas une place sur tout ce petit corps qui fût intacte. Comme toujours, ma première question fut de demander si l'enfant était baptisé. A la réponse négative de ses parents, j'appelai une de nos sœurs, nouvellement arrivée de France et qui brûlait du désir de faire un baptême. Après avoir conduit les parents de l'enfant dans notre chapelle et les avoir fait prier, la sœur toute tremblante d'émotion fit couler l'eau sur la tête de ce pauvre petit dont la seule vue et l'odeur nauséabonde, s'échappant des plaies, soulevaient le cœur. Elle donna ensuite une image de Thérèse aux parents de l'enfant en leur disant: «Priez bien la petite sœur qui est là sur cette (sary) image. Elle seule peut guérir votre enfant, ou, si ce n'est pas la volonté de Dieu, elle viendra le chercher pour le mettre au ciel.» Ils partirent; nous ne pensions plus du tout à cet enfant, lorsque, une quinzaine de jours après, la jeune sœur m'appela: «Venez vite voir mon petit Paul, me dit-elle, il est tout à fait guéri, il n'a plus une seule plaie»; et la jeune sœur était vivement émue.

«Qui a guéri ton fils?» demandai-je à la mère du petit. Et soulevant les pauvres haillons qui couvraient le corps de son enfant, la femme me montra une image de Thérèse, pliée dans un petit chiffon, et attachée à son cou: «Depuis que l'image est là, me dit-elle, les plaies ont séché presque subitement.»

VI

Une de nos chrétiennes, atteinte de la tuberculose, après s'être fait soigner à l'hôpital, fut congédiée par le docteur qui avait perdu tout espoir de guérison pour sa malade. En s'en allant dans son pays (Andraraty, 8 kilom. d'Ambatolampy), elle entra au couvent pour me demander des prières. Je lui donnai une image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus en lui disant de solliciter sa guérison auprès de cette religieuse dont elle emportait le portrait.

Le dimanche suivant, à la réunion des chrétiens d'Andraraty, je fus bien étonnée d'y trouver la pauvre femme toute transformée. Son visage était plein de santé.

«Qui t'a guérie? lui dis-je.--Mais, c'est l'image que vous m'avez donnée!»

Toute sa famille est dans l'admiration et croit fermement à l'efficacité de la prière.

VII

La petite relique de Thérèse vient encore de guérir une de nos meilleures chrétiennes d'Ambatolampy, Angèle Rasoa. La pauvre femme venait de perdre sa fille, en quelques heures, d'un fort accès de fièvre. Le lendemain de cette mort presque subite, elle fut terrassée elle-même. Son fils nous appela immédiatement. Je prévins le R. P. Roblet, et je partis en toute hâte. Je fis respirer de l'ammoniaque à la mourante, ce qui lui rendit assez de connaissance pour que le Père pût la confesser. Ensuite nous fîmes quelques prières auprès de son lit; elle paraissait n'avoir plus qu'un souffle de vie. Voyant la douleur de ses pauvres enfants qui l'entouraient, il me vint à la pensée de demander sa guérison à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et j'épinglai une de ses reliques à la couverture de la malade. A partir de ce moment, cette dernière parut aller mieux; le lendemain, elle était hors de danger, et deux jours après complètement guérie. Depuis lors, elle et sa famille ne cessent de remercier leur bienfaitrice.

VIII

10 novembre 1910.

Dans notre orphelinat de Betafo (Madagascar) était élevée, depuis cinq ans, Justine Raivo, jeune fille d'une très robuste constitution. En octobre 1907, elle tomba malade, et depuis, sa santé alla de jour en jour en déclinant. Deux ans après, les crises étaient si violentes qu'elle devint bientôt méconnaissable. Plus d'appétit, de forces, de sommeil. Après quelques instants de repos au dortoir, la pauvre enfant commençait à gémir, se plaignant de douleurs vers le cœur, puis criait, délirait, se promenait dans la maison, dans la cour, ne sachant que faire pour obtenir quelque soulagement. Elle était alors, tantôt transie de froid, tantôt brûlante de fièvre.

Deux docteurs prodiguèrent les soins les plus intelligents et les plus assidus à la jeune fille, sans obtenir aucun résultat. La malade était devenue maigre, son teint était terne, ses yeux tantôt hagards, tantôt brillants démesurément.

Elle se plaignait de souffrances violentes dans la tête, les reins, les genoux, etc... Les deux docteurs finirent par nous avouer qu'on pouvait la prolonger de quelques mois; «mais une guérison était impossible», disaient-ils.

Dix mois s'étaient ainsi écoulés quand la jeune fille, qui, depuis longtemps, nous avait témoigne le désir de se faire religieuse, m'écrivit pour me supplier de vouloir bien l'accepter au noviciat indigène. Sa demande aie m'étonna pas; mais comment penser à recevoir une postulante dans un pareil état de santé? Nous commençâmes alors immédiatement une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je donnai une réponse affirmative à la jeune fille. Le lendemain de son arrivée (31 juillet), commencement d'une seconde neuvaine à la petite sainte. La nuit suivante fut extrêmement douloureuse; jamais peut être la pauvre enfant n'avait autant gémi, déliré, souffert. On eût dit que Thérèse voulait nous prouver à toutes que la terrible maladie existait bien toujours. Puis ce fut fini; depuis ce moment, les journées et les nuits de la jeune fille ont été parfaitement calmes.

Chaque jour de la neuvaine on la voyait redevenir plus fraîche, plus forte, et, à partir du dernier jour, elle reprit son appétit d'autrefois, toutes ses forces lui revinrent.

Elle n'a cessé depuis d'étudier, de même que ses compagnes, d'aller faire des catéchismes dans les chrétientés environnantes assez éloignées, et jamais elle n'a ressenti la moindre lassitude.

Aidez-nous, ma Rde Mère, à remercier notre chère petite Sr Thérèse de l'Enfant Jésus et demandez-lui de multiplier ses visites; alors, malgré notre petit nombre, nous pourrons donner à Nôtre-Seigneur les âmes de tous les païens qui nous entourent.

Sr St-JEAN BERCHMANS.

* * * * *

Je soussigné, évêque titulaire de Soruze, vicaire apostolique de Madagascar central, déclare que Sr St-Jean Berchmans est tout à fait digne de foi.

Tananarive (Madagascar), le 22 novembre 1910.

† J.-B. CAZET,

Vic. apost. de Madagascar central.

41.

Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 7 juin 1909.

MA TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE,

Vous serez heureuse d'apprendre que votre petite Sœur, qui aimait tant les Carmels des missions, a bien voulu nous favoriser d'une de ses visites.

Nous avions une de nos chères Sœurs très mal d'une pneumonie compliquée d'une maladie de foie et d'une affection des reins; le docteur avait peu d'espoir et d'autant moins que notre bien-aimée malade ne voulait pas guérir, étant si heureuse d'entrevoir le ciel, objet de tous les désirs de son cœur.

Elle venait de recevoir avec une piété touchante le saint Viatique et l'Extrême-Onction, lorsque nous arriva la circulaire relatant les faits merveilleux opérés par l'intervention toute-puissante, auprès de Dieu, de votre aimable petite sainte.

Nous commençâmes une neuvaine en communauté, pour obtenir la guérison de notre chère malade qui voulut s'unir à nos supplications, dans le but de glorifier le bon Dieu et de contribuer aussi, autant que possible, à la glorification de la Servante de Dieu, par sa guérison.

Elle vous dit elle-même comment elle a été guérie.

Cette grâce obtenue au Carmel a fait grand bruit dans la ville, et on nous demande des neuvaines. Nous vous serions bien reconnaissantes, si vous vouliez nous envoyer quelques reliques et images.

SR MARIE DE L'ENFANT-JÉSUS.

prieure.

Relation de la Sœur.

Sans me rendre exactement compte des maladies graves dont j'étais atteinte, souffrant beaucoup sous l'influence d'une forte fièvre, crachant le sang et comme des morceaux de poumon, j'interrogeai le docteur afin de savoir si ma vie était en danger, pour recevoir les derniers sacrements. Il me répondu que, depuis trois jours, je me trouvais dans ce cas.

J'exprimai alors mon désir à notre Révérende Mère de ne point différer à me procurer cette grâce et, dans l'après-midi de ce même jour, 16 mars 1909, je reçus la sainte communion en viatique ainsi que l'Extrême-Onction, et me disposai de mon mieux au grand passage du temps à l'éternité.

Voyant que le docteur réitérait ses visites trois et même quatre fois par jour, et qu'il s'était adjoint un autre médecin en consultation, je fus affligée de sa sollicitude à vouloir m'arracher à la mort, moi qui me sentais si heureuse de quitter cette terre d'exil, et je lui en exprimai ma peine, lui reprochant d'agir contrairement aux desseins de Dieu qui m'appelait.

Il était attristé de mes dispositions, contraires, disait-il, aux efforts de la science pour me guérir.

Sa piété avait cependant plus d'espoir dans la puissance de la prière que dans les secours humains. Ce jour même, la communauté commençait une neuvaine pour solliciter un miracle par l'intercession de la Servante de Dieu, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Bien après le départ du docteur, j'éprouvai quelque chose qui ne saurait s'exprimer; j'étais seule et ne dormais point; il me semblait que j'étais comme suspendue dans l'espace. Je ne vis rien, mais je m'entendis interroger ainsi: «Pourquoi voulez-vous mourir?» Croyant parler à Dieu, je répondis: «Pour vous voir.» Mais la voix reprit qu'il serait plus glorieux à Dieu de m'abandonner à lui, soit pour vivre, soit pour mourir, et de m'unir à la neuvaine que faisait la communauté.

J'entendis encore ces paroles: «Quelle plus grande gloire pour Dieu, pour la sainte Eglise, pour votre saint Ordre et votre communauté, si le miracle de votre guérison doit hâter la glorification de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus!»

Aussitôt mes dispositions furent complètement changées, je répondis: «Non, je ne veux plus désirer mourir, je veux prier et commencer une neuvaine.»

Lorsque le docteur revint dans l'après-midi, je lui fis réparation des reproches que je lui avais adressés; le même jour, sur ma demande, on me donna une image représentant Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, que je plaçai près de mon chevet. Je la priais sans cesse, avec une grande confiance, à proportion de mes souffrances qui s'accentuaient davantage, à mesure que la neuvaine approchait de son terme.

La veille du dernier jour, 23 mars, vers 5 h. de l'après-midi, alors que toute la communauté se trouvait réunie au chœur pour l'oraison, étant seule avec la Sœur infirmière, je fus subitement prise de violentes suffocations. A la quatrième crise, qui fut la dernière, j'endurai toutes les angoisses de l'asphyxie. M'étant soulevée du lit par l'excès de la souffrance, j'étreignais la Sœur qui me soutenait dans ses bras, croyant, comme moi, que j'allais expirer. L'air me manquait absolument pour respirer. Lorsque je fus remise de cette terrible lutte, aussitôt que je pus parler, j'invitai la pauvre Sœur bien émotionnée à remercier Dieu. «Puisque je n'en suis pas morte, lui dis-je, c'est une preuve que nos prières seront exaucées.»

J'avais l'espoir que je serais guérie le lendemain à la sainte communion. La nuit fut très mauvaise. A 3 h. du matin, j'endurai une véritable agonie, j'étais inondée d'une sueur froide, grelottant malgré les fortes chaleurs de l'été et la couverture de laine dont j'étais enveloppée; j'en demandai même une autre plus chaude. A 3 h. 1/2 j'éprouvai soudainement un indéfinissable bien-être, je dis aux Sœurs qui me prodiguaient leurs soins: «Retirez-vous dans vos cellules, allez vous reposer, je n'ai plus besoin que personne me veille, je suis guérie! Aussitôt que notre Mère sera levée, veuillez le lui annoncer.»

En effet, je dormis d'un bon sommeil jusqu'à l'Angélus.

La veille encore, je recevais la sainte communion dans mon lit en viatique et ne pouvais avaler qu'une parcelle de la sainte Hostie avec difficulté. Ce dernier jour de la neuvaine je me levais, m'habillais, recevais la sainte communion et demeurais à genoux, sans appui, environ une demi-heure.

A la fin de mon action de grâces, je chantais un des cantiques composés par notre chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus!

Quelques instants après, le docteur vint m'ausculter et déclarait qu'il n'y avait plus aucune trace de la pneumonie qui m'avait conduite aux portes du tombeau, et qui était compliquée d'une affection au foie et d'une maladie non moins sérieuse des reins. Ma santé, si éprouvée depuis plusieurs années, m'a été rendue bien meilleure. En peu de jours j'ai pu reprendre et exercer sans interruption mon office de portière avec d'autres occupations fatigantes. La nuit du Jeudi Saint, 7 avril, j'ai pu veiller avec la communauté devant le Saint Sacrement. Je prends la nourriture commune de nos Sœurs au réfectoire et ne ressens nullement aucune des indispositions des maladies précédentes. J'ai su depuis, par une religieuse du Tiers-Ordre, qu'ayant interrogé le docteur sur mon état le soir, veille de ma guérison, celui-ci avait répondu: «Elle expirera peut-être cette nuit.» Gloire soit rendue à Dieu et à la chère âme qui a daigné intercéder pour son indigne petite sœur! Qu'elle achève maintenant son œuvre en m'obtenant l'inappréciable grâce de marcher fidèlement sur ses traces dans la pratique des vertus religieuses.

SR MARIE DU CALVAIRE.

Suit le certificat du docteur.

42.

Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 31 juillet 1909.

La santé de notre chère miraculée est bonne, très bonne. Elle, qui depuis de bien longues années endurait de cruelles douleurs, privée des exercices de communauté, vient maintenant partout. La joie est répandue dans tout son être, on sent qu'une divine transformation s'est opérée en elle. Jamais nous ne pourrons oublier l'expression du visage de notre bien-aimée Sœur le jour de sa guérison; elle était transfigurée, comme en extase, et encore, quand elle parle de sa céleste bienfaitrice, elle est toute rayonnante de reconnaissance et d'amour.

Une de nos Sœurs eut la pensée d'obtenir, elle aussi, la guérison d'un écoulement d'oreille qui la faisait bien souffrir et la privait de sa voix au chœur, soit pour la psalmodie, soit pour le chant; elle avait encore des ulcères extérieurs. Eh bien! pendant la neuvaine, tout a disparu! Et maintenant elle donne sa voix librement, et il n'y a aucune trace des ulcères d'où sortait un pus verdâtre qui nous inquiétait.

Nous faisons quelques économies afin d'offrir notre obole pour la glorification de notre douce sainte.

Nous vous prions de faire faire une visite pour nous à sa glorieuse tombe et de lui recommander plusieurs intentions.

SR MARIE DE L'ENFANT-JÉSUS,

Prieure.

43.

Communauté de X. (Finistère), 15 juin 1909.

Thérèse, la gracieuse «petite Reine», vient de jeter sur notre monastère un de ses pétales de rose.

Depuis le 1er décembre 1908, une de nos Sœurs, âgée de 31 ans, était atteinte d'une maladie infectieuse du cerveau et de la moelle épinière, le tout augmenté d'une phlébite aux deux jambes.

Le 16 mars, le docteur, ayant constaté que les phlébites avaient disparu, mais que la jambe droite était ankylosée, plia lui-même les deux jambes afin de permettre à la Sœur de marcher: ce fut une souffrance ajoutée à tant d'autres, car quand il fallut faire circuler la patiente, les jambes fléchissaient et étaient incapables de la porter. Dès l'abord, on crut à de la faiblesse et l'on espérait que le temps en aurait raison. Hélas! la malade restait impotente, et le docteur disait que, probablement, elle serait paralysée toute sa vie et que, seule, Notre-Dame de Lourdes, pourrait la guérir. C'était le jeudi 3 juin.

Le vendredi, 11 juin, la malade, dès son réveil, se sentit plus fatiguée encore qu'à l'ordinaire et souffrit cruellement pendant la sainte Messe. Au moment de la communion, quand l'infirmière la prit pour la conduire à la sainte Table, elle faillit tomber, tant ses jambes étaient rebelles.

De retour à l'infirmerie, la Sœur dit à la malade: «Quand vous êtes seule, il faudrait essayer de vous lever du fauteuil.» Elle répondit tristement: «Je ne le puis j'essaie souvent, mais il m'est impossible de remuer les reins.» L'infirmière n'insista pas, persuadée, en effet, de son impuissance; elle la prit par le bras et la fit marcher dans l'appartement. La Sœur coadjutrice,--aide pour les malades--arrivant à ce moment, dit à l'infirmière: «Pourquoi vous fatiguer ainsi? On n'est pas plus avancé de faire marcher la Sœur aujourd'hui qu'au premier jour.»

L'infirmière remit la malade dans son fauteuil, puis alla prendre une image sur laquelle est imprimée la poésie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus: «Les Anges à la crèche», avec le portrait de Sr Thérèse. Elle fit baiser ce portrait à la malade et lui dit en s'éloignant de quelques pas: «Maintenant, venez chercher l'image.» Aussitôt la Sœur fit quelques efforts des reins, s'appuya sur le bras du fauteuil, se leva et suivit l'infirmière qui, tenant l'image à la main, faisait le tour de la chambre. Vivement impressionnée, elle dit à la malade: «Retournez au fauteuil et levez-vous sans vous appuyer.» Ce qu'elle fit.

Depuis ce jour, elle marche et suit en tout la communauté. Elle a repris son emploi et se porte très bien. On ne dirait jamais qu'elle est restée six mois sans bouger.

Le docteur, appelé à constater le fait, s'est écrié: «C'est merveilleux! car cette Sœur avait des symptômes de méningite cérébro-spinale avec paralysie des quatre membres.»

Suit le certificat de ce docteur.

44.

Monastère de la Trappe.

Tarrega, Espagne, 27 juin 1909.

Relation de la guérison du Frère Marie-Paul.

Dans le courant du mois de septembre de l'année dernière, notre bon frère Marie-Paul (dans le siècle Philippe Tobzanc, né à Narbonne, diocèse de Carcassonne, département de l'Aude, le 12 juin 1877, entré en religion le 9 mai 1905), convers de notre monastère, sentit dans la région du cœur les premières atteintes d'un mal auquel, tout d'abord, il ne prit pas garde. Mais ce qui, au début, n'était qu'une simple oppression, se changea peu à peu en douleur si intense que tout travail prolongé ou trop pénible lui devint impossible. Le docteur, consulté, déclara que le mal venait de l'estomac et soumit le malade à un régime exclusivement lacté. Après six mois de ce traitement, un mieux s'étant produit, notre bon frère crut pouvoir reprendre la vie de communauté.

Mais deux mois ne s'étaient pas écoulés que les douleurs se réveillèrent plus vives et plus intenses que la première fois, et nous dûmes recourir aux mêmes remèdes. Cette fois-ci, nulle fut leur efficacité; le mal empirait tous les jours et les souffrances devenaient parfois si cruelles que, pour soulager le patient, nous dûmes employer des injections de morphine.

Notre bon frère dut cesser alors tout travail, car il était d'une faiblesse extrême; manger était pour lui un véritable supplice; son estomac ne pouvait rien conserver, pas même quelques cuillerées de bouillon qui ne servaient qu'à lui faire éprouver de violentes douleurs.

Parfois aussi le malade crachait comme de la chair hachée; et, de plus, son haleine était si fétide que la charité seule nous pouvait faire rester auprès de lui.

Après un nouvel examen, le médecin conclut à une ulcération de l'estomac qui, facilement, pouvait dégénérer en cancer et me prévint de l'opportunité d'une opération dans le cas de complications graves. Pour pouvoir sustenter de quelque manière le malade, le docteur prescrivit des lavements aux œufs et au lait, mais ce mode d'alimentation ne pouvait durer longtemps, car notre frère s'affaiblissait et dépérissait à vue d'œil.

Pour se conformer aux prescriptions du docteur, notre cher malade faisait chaque jour une petite promenade. Le lundi 3 mai, il en revint plus fatigué que de coutume; et, cependant, elle n'avait pas duré un quart d'heure. Rencontrant alors le Père sous-Prieur, il lui dit: «Priez pour moi, mon Père, car je sens que c'est bien fini...»

Tout espoir n'était cependant pas perdu, et le Seigneur allait, dès le lendemain de ce jour, faire éclater le pouvoir qu'a sur son Cœur miséricordieux l'intercession de sa petite Thérèse.

«--Puisque les moyens humains sont impuissants à vous soulager, dit notre Père infirmier au malade, faites une neuvaine de prières à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, religieuse du Carmel de Lisieux, morte, il y a quelques années, en odeur de sainteté.»

La proposition est acceptée avec d'autant plus de joie que le bon frère avait grande confiance en la «Petite Fleur blanche» dont il avait lu un résumé de la vie dans la petite brochure intitulée: «Appel aux petites âmes.» Depuis ce jour, en effet, il portait sur lui une photographie de Sr Thérèse, disant qu'elle lui porterait bonheur.--Elle ne trompa pas sa confiance.

Le lendemain, mardi 4 mai, notre malade ne put conserver les lavements, les douleurs se portèrent sur les reins avec tant d'acuité qu'il fallut cette fois encore avoir recours à la morphine: le pauvre frère n'en pouvait plus.--«Cela ne peut pas durer, dit-il alors au Père infirmier. Si vous voulez bien demander pour moi à mon Père X... une relique de Sr Thérèse, je l'appliquerai sur mon mal, et j'ai confiance qu'elle me guérira.»

Le soir, le Père infirmier lui remit la relique et lui conseilla, en même temps, de prendre un autre lavement.

Mais notre malade avait son idée; plein de confiance, il avait résolu de boire le liquide. Il pria la «Petite Fleur» de lui rendre la santé pour aider ses frères déjà si accablés de travail; puis il détache quelques parcelles de la relique et les met dans son breuvage. Après en avoir avalé quelques gorgées, il craint de commettre une imprudence en voulant absorber une si grande quantité de liquide (3/4 de litre). Mais, toujours plein de confiance qu'il va guérir, il ajoute quelques nouvelles parcelles de la relique et boit le tout. Il attend... Plus de souffrances! plus de cruels maux d'estomac! Le mal est complètement disparu, notre bon frère est guéri!

Il sort alors, fait une longue promenade, gravit sans éprouver ni malaise, ni fatigue, le plateau qui domine notre propriété. Il rentre ensuite tout ragaillardi, se sentant fort, vigoureux, et aussitôt demande à manger.--«Prenez des œufs», lui dit le Père infirmier. Et notre bon frère, dont l'estomac ne pouvait supporter la plus légère nourriture, prend non seulement des œufs, mais encore des pommes de terre frites, des raisins secs, des noix, des figues sèches, et achève son repas par un bon verre de vin, boisson dont il était obligé de s'abstenir depuis huit mois... Pas la moindre souffrance!

Notre heureux frère me fait part de sa guérison qui me réjouit souverainement et, dès le lendemain, il reprend la vie de communauté, en suit le régime austère et se remet à son pénible travail. Il continue sa neuvaine, la transformant en action de grâces. A la fin de la neuvaine, la guérison s'étant maintenue, j'ai cru de mon devoir, ma Rde Mère, de vous envoyer ma première relation.

Aujourd'hui, près de deux mois se sont écoulés depuis la faveur insigne dont notre cher frère a été l'objet, et nous pouvons tous certifier ici qu'il ne se ressent nullement de son mal, a repris de bonnes couleurs et continue avec générosité et joie le travail que l'obéissance lui a imposé.

En notre Abbaye de Notre-Dame du Suffrage, ce 27 juin 1909.

R. P. MARI HAVUR, abbé de N.-D. de Fontfroide.

(Réfugié avec sa Communauté à N.-D. du Suffrage.)

Suit le certificat du docteur, du curé de Tarrega et du maire.

* * * * *

Le frère Marie-Paul a été, en 1910, miraculeusement protégé par Sr Thérèse dans une explosion où il aurait dû trouver la mort ou être grièvement blessé.

La lampe d'acétylène qui a éclaté, faisant projectile, l'a frappé en pleine poitrine à l'endroit même où se trouvait une image de la servante de Dieu. Le frère a été renversé à terre par la violence du choc, mais s'est relevé sans aucun mal.

45.

Monastère de X., Belgique, 2 juillet 1909.

Un vieillard de 80 ans qui, depuis près de 50 ans, ne s'approchait plus des sacrements et pour lequel nous avons fait une neuvaine au Sacré-Cœur par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, est transformé; sa conversion va faire un bien immense dans la localité qu'il habite, car il est ires connu.

Il fallait un miracle de grâce, nous disait-on, pour amener le retour de cet octogénaire qui, dans son testament, on le savait, donnait 6.000 fr. pour son enterrement civil. Or, à la première visite qu'on lui fait après avoir invoqué la petite Sr Thérèse, il accepte volontiers une médaille du Sacré-Cœur et un scapulaire du Carmel; à la deuxième visite, le septième jour de la neuvaine, on peut lui administrer les sacrements, qu'il reçoit avec des sentiments admirables de piété. Il a vécu onze jours après sa conversion, faisant l'édification des personnes qui l'approchaient et se prêtant volontiers à ce qu'on demandait de lui pour ses funérailles.

L'enterrement fut donc religieux et très édifiant; on eût dit un triomphe, et c'en était un! Remerciements et actions de grâces au Sacré-Cœur et à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

46.

Paris, 8 juillet 1909.

Ainsi que je vous l'écrivais il y a huit jours, mon frère avait formellement refusé les sacrements. Le Révérend Père X., qui s'était présenté, avait complètement échoué dans sa tentative. «Il n'y a plus qu'à prier, nous dit-il: c'est une barre de fer, il n'y a rien à tenter.»

C'est alors que j'eus la pensée de m'adresser au Carmel de Lisieux, comptant sur l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Voyant mon frère au plus mal vendredi, on lui envoya encore le prêtre, qui revint près de nous tout ému, nous disant que le malade, en pleine lucidité, avait reçu avec reconnaissance l'absolution après un entretien assez long. Sa femme, ses enfants, étaient dans le plus grand étonnement... Moi, je pensais que les prières faites au Carmel avaient été exaucées.

Cependant, je désirais beaucoup avoir une preuve comme quoi ce retour à Dieu avait été obtenu par l'intercession de Sr Thérèse, et je demandai pour signe à cette chère petite sainte que mon frère m'adressât une parole de reconnaissance que je désignai--chose en dehors de ses habitudes et de son caractère.--Je me rendis chez lui, et quelle ne fut pas mon émotion d'entendre sortir de sa bouche cette même parole que j'avais demandée... Il ne dit pas un mot de plus.

C***** DE W.

47.

Porto-Novo (Dahomey), 15 juillet 1909.

Depuis un mois, une de nos chrétiennes ressentait une douleur insignifiante dans toute la jambe gauche; cela ne l'empêchait pas de vaquer à ses occupations. Un samedi, cette jambe enfle horriblement, causant la plus vive douleur, puis il se forme un gros bouton, genre abcès. On sait que c'est le ver de Guinée, voulant sortir.

Ce ver a la grosseur du vermicelle et une longueur d'au moins 75 centimètres. On l'absorbe avec l'eau, il se répand dans l'organisme; ordinairement il sort par les jambes. Les médecins européens ont trouvé des remèdes pour s'en défaire assez promptement: mais avec les traitements indigènes, l'extraction de ce ver est très longue. Jamais il ne se montre avant trois jours, et alors on se contente de le fixer au dehors avec un fil, sans exercer de traction, car celles-ci font beaucoup souffrir. Ce n'est que dans les cas extrêmes que les noirs ont recours aux procédés chirurgicaux. Avec ce genre de soins, il survient souvent de graves ulcères qui peuvent devenir mortels.

Ce matin, samedi, je rencontre le mari de la malade: il m'annonce qu'il l'a confiée aux soins du médecin indigène. Le lendemain dimanche, je reçois une image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. La pensée me vient de demander une faveur au Cœur eucharistique de Jésus par l'intercession de sa chère petite épouse. Comme prêtre-adorateur, je vais faire mon heure de garde de 4 à 5 heures, et pendant ce temps je présente ma requête.

Le jeudi suivant, je vais visiter la malade. Quel n'est pas mon étonnement de la voir dans le jardin, venir à pas pressés, tenant son bébé dans ses bras!

--«Mais ce ver de Guinée?--Il est parti, et tout le monde est très étonné.--Mais, vous ne souffrez plus?--Non, mon Père (et elle me montre une profonde cicatrice); ce matin, j'étais à la Messe (elle habite à près d'un kilomètre de l'église), et hier, je suis allée au marché (2 kilomètres); c'est la neuvaine qui m'a guérie!--Mais, à quel moment exact ce ver est-il sorti?--Dimanche soir, quand on tintait la cloche pour la bénédiction (exactement 4 h. 1/3).--Avez-vous souffert?--Point du tout! Quand le ver a commencé à sortir, j'ai tire dessus, mais il s'est cassé.--Avez-vous alors souffert? (le ver ainsi cassé cause ordinairement de très vives douleurs; il ne meurt pas et l'état du malade empire).--Point du tout; mais il est sorti de l'eau épaisse et ma jambe a désenflé tout de suite.»

Ainsi c'était à l'instant même où je commençais la neuvaine que l'intervention d'en haut se manifestait... Trois mois se sont passés depuis, et la protégée de Sr Thérèse a continué à se porter parfaitement.

R. P. B.

48.

Chine, 20 juillet 1909.

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'a aidé auprès d'une païenne dont je désirais plus spécialement la conversion. Pendant son sommeil, elle vit un être ravissant et mystérieux qui lui montrait le ciel sans proférer une parole; elle me parla longuement de son costume, et je fus frappé en reconnaissant, dans sa description, l'habit de carmélite, absolument inconnu au Sutchuen. A la fin, je lui montrai une image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, devant laquelle elle s'écria, comme en présence d'une découverte: «Mais c'est cela, mais c'est bien cela! je la reconnais!»

Elle va donc se faire instruire; déjà ses deux enfants étudient chez moi depuis une semaine.

R. Père A.

49.

Monastère de la Visitation de Caen (Calvados), 25 juillet 1909.

Vers le mois de décembre 1908, je commençai à souffrir de l'estomac; je pus cependant encore continuer les travaux de nos sœurs converses jusqu'au mois de février. Mais au commencement de ce mois, je fus prise de douleurs si aiguës qu'il me semblait qu'une bête me dévorait l'estomac. Quand ces douleurs me prenaient, je ne pouvais plus marcher, et lorsqu'il me fallait prendre un peu de nourriture, elles augmentaient encore.

Le docteur, ayant reconnu un ulcère, me condamna au repos complet et me fit suivre un régime qui consistait à ne prendre que du lait coupé d'eau de Vals. Mais bientôt les vomissements reprirent et devinrent plus fréquents; quatre à cinq fois par jour, je rejetais le peu de lait que je prenais, et chaque vomissement était mêlé de sang.

Me voyant dans ce triste état, je fus inspirée de faire une neuvaine à S' Thérèse de l'Enfant-Jésus. Nous la commençâmes le jeudi 24 juin; nos sœurs la firent avec moi. Pendant la neuvaine, les souffrances ne firent qu'augmenter; malgré cela ma confiance était inébranlable.

Le dernier jour de la neuvaine, vers midi, j'eus une crise très forte; il me semblait que l'on m'arrachait l'estomac, la douleur était la même dans le dos; cela dura un quart d'heure à peu près.

A 1 heure, sœur Françoise-Thérèse (LÉONIE), sœur de la bien-aimée petite Thérèse de l'Enfant-Jésus, me donna à boire un peu d'eau dans laquelle elle avait mis un pétale de rose dont Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus s'était servie pour caresser son crucifix, et, en même temps, notre Mère, pleine de foi en la puissante intercession de la petite sainte, se mit à genoux et dit un Laudate et un Gloria Patri. Sa confiance ne fut pas déçue... Aussitôt que j'eus pris cette eau miraculeuse, je sentis quelque chose de très doux qui cicatrisait la plaie.

A partir de ce moment, je ne ressentis plus aucune douleur, mais une faim dévorante. Je bus aussitôt une tasse de lait qui passa très bien, puis, jusqu'au soir, j'en bus un litre et j'avais encore faim.

Le lendemain, au déjeuner, on me servit comme la communauté: je mangeai de l'omelette, des pois, de la salade... Enfin, je me trouve aujourd'hui dans un état de santé des meilleurs. J'ai fait une neuvaine d'action de grâces pour remercier ma chère bienfaitrice, mais mon cœur aura pour elle une éternelle reconnaissance.

SR MARIE-BÉNIGNE.

Suit le certificat du docteur.

50.

New-York, 12 août 1909.

A la gloire de Dieu tout-puissant et de sa servante Thérèse, la petite Fleur de Jésus, je raconterai la grande faveur reçue par l'intercession de la sainte carmélite.

Cette grâce obtenue est la guérison extraordinaire de ma sœur mortellement blessée. Cette chère sœur marchait dans les rues de New-York le matin du 30 juillet 1909, quand un cheval indompté se précipita sur elle et la piétina. Sa figure fut horriblement contusionnée et sa tête reçut un tel coup qu'elle était tout en sang. Bien plus, les côtes brisées percèrent le poumon; le cœur fut également blessé et comprimé; en un mot elle offrait l'aspect le plus pitoyable.

Dans son intense agonie, elle ne perdit pas cependant connaissance et put se confesser dans la rue, au prêtre accouru de l'église la plus proche.

Le docteur de l'ambulance de New-York ne pensait pas qu'il lui fût possible d'arriver vivante à l'hôpital et, pour tout espoir, dit seulement qu'une personne sur mille pouvait en réchapper après de si terribles brisements.

Tout le jour, la pauvre jeune fille resta suspendue entre la vie et la mort et, vers minuit, tout espoir de guérison était abandonné. Chaque respiration semblait être la dernière. Elle resta dans cette agonie jusqu'au 3 août. Le médecin la croyait si bien perdue que, pour lui redonner un peu de respiration, il osa lui faire une piqûre qui devait infailliblement amener la mort par l'empoisonnement.

Le 3 août, tandis que le médecin attendait sa mort, une religieuse très dévote à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus nous conseilla de placer en elle toute notre espérance et de lui commencer une neuvaine. Je donnai à ma sœur une image-relique de la petite sainte; elle l'appliqua, avec la plus grande confiance, sur son corps broyé. Aussitôt une amélioration se produisit, et le dernier jour de la neuvaine, la malade était sauvée.

6 septembre 1909.

Je pensais que du moins ma chère sœur resterait un peu délicate des poumons; mais il n'en a rien été; elle jouit maintenant d'une santé aussi forte qu'avant son accident.

Sr M. A.

51.

X. (Loiret), 31 août 1909.

Il m'est venu un mal au bras à la suite d'un coup. Je le fis voir au médecin qui me dit que j'avais un très mauvais mal. Et, en effet, je ne dormais plus et je souffrais horriblement. Alors j'eus la pensée d'appliquer sur mon bras une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Quelques heures après que la relique l'eut touché, je sentis un mieux extraordinaire; je passai une très bonne nuit, et le lendemain j'étais complètement guérie.

En reconnaissance je veux faire connaître ma bienfaitrice et la prier tous les jours de ma vie.

M. D.

52.

Communauté de G. (Eure-et-Loir), 15 septembre 1909.

Depuis quelques mois j'avais un larmoiement perpétuel et douloureux de l'œil gauche; la glande lacrymale s'était enflammée et rendait de l'humeur.

Notre Mère m'envoya alors chez l'oculiste qui me dit que souvent cette inflammation amenait un flegmon, et commença à me soigner en m'enfonçant une sonde qui me fit très mal. Sur ma demande s'il aurait à y revenir, il me répondit: «C'est toujours très long; il faut parler au moins de 14 ou 15 fois, en venant trois fois par semaine.»

Je me résignai et retournai le surlendemain; il prit une sonde un peu plus grosse et, après avoir examiné mon œil qui me faisait beaucoup souffrir, il parla de 20 sondages. C'était jeudi dernier, 9 septembre.

Le vendredi l'écoulement continuait et la douleur aussi; c'est alors que j'ai eu la pensée de m'adresser à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et que je vous ai écrit pour demander des prières. Mais, ma Révérende Mère, votre petite sainte ne les a pas attendues pour m'exaucer car, à partir du moment où j'ai fait cette démarche, je n'ai plus souffert et je n'ai plus eu à l'œil le plus petit suintement. Dès le lendemain, samedi, je retournai chez l'oculiste; il m'examina et parut positivement stupéfait de me voir si bien et si rapidement guérie contre toutes ses prévisions.

Sr X.

53.

Piacenza, Italie, 25 septembre 1909.

Notre petite Henriette, âgée de 11 ans, était depuis deux ans malade d'entérite aiguë opiniâtre. Tous les remèdes employés avaient été impuissants à la guérir, même à l'améliorer.

Elle demeura un mois à l'hôpital, soumise aux traitements des médecins les plus distingués, mais le mal ne faisait qu'empirer. Nul aliment ne pouvait s'arrêter dans l'intestin et la pauvre petite malade en était venue à un affaiblissement extrême. Emaciée, décolorée, elle n'avait qu'à fermer les yeux au sommeil de la mort. On lui prescrivit les bains de mer, les bains de salsemaggiore; rien ne lui profita. Le médecin frappait du pied en voyant l'insuccès de la science.

Affligés, découragés, nous ne songions plus désormais ni à médecins, ni à remèdes. Ce fut alors qu'on nous remit providentiellement un objet ayant appartenu à une religieuse carmélite: Thérèse de l'Enfant-Jésus. Une neuvaine fut commencée, et le dernier jour la guérison était parfaite.

Aujourd'hui, après deux mois, notre petite Henriette se porte aussi bien que si elle n'avait jamais été malade; pas de rechute, pas de menaces de rechute. C'est un miracle pour nous, car la longue durée et la gravité du mal, la guérison soudaine au moment où la maladie semblait s'aggraver, c'est là un fait que nous ne saurions expliquer par notre courte raison humaine.

X. X.

54.

S., Angleterre. 13 octobre 1909.

Je prends la liberté de vous écrire pour vous raconter la guérison merveilleuse que la chère petite «Fleur de Jésus» a opérée en ma faveur.

Je suis une Pénitente et désirais beaucoup entrer dans la communauté des Madeleine, mais je tombai malade. En juillet, une névrite se déclara au bras droit: les douleurs que je souffrais la nuit étaient intolérables, il m'était impossible de dormir. Le docteur me donna des remèdes très énergiques, mais rien ne me soulageait.

Le 4 septembre, j'allai voir la Mère maîtresse des Pénitentes, qui me donna un feuillet de la chère «Petite Fleur» en me disant de lui faire une neuvaine. Je commençai le soir même, cessant tout remède.

Dès le troisième jour je ne ressentis plus aucune douleur; j'étais guérie.

A. C.

55.

Barcelone, Espagne, 14 octobre 1909.

J'étais atteinte depuis douze ans de douleurs à la jambe gauche. Pendant 18 mois, elles furent intolérables, malgré les soins que l'on me prodiguait. Notre Révérende Mère Supérieure me fit conduire alors chez un spécialiste. A la vue de ma jambe qui se desséchait, celui-ci déclara la gravité du mal, ordonna du repos et dit qu'il fallait craindre une paralysie.

J'en étais là, quand une religieuse de notre communauté me prêta une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, m'engageant à la prier avec une confiance absolue. Je lui fis alors une neuvaine et cessai tout traitement, n'attendant de secours que de notre chère sainte. Les sept premiers jours les douleurs augmentèrent; j'étais tentée de me décourager, mais une voix intérieure que je ne saurais rendre me disait: «Tu guériras».

Le huitième jour je me sentis grandement soulagée, mais ma guérison n'était pas encore complète; alors je fis une seconde neuvaine, et la chère petite sainte me prit en pitié.

Depuis un an, non seulement je n'ai donné aucun soin à ma jambe; mais je remplis une charge qui me force à marcher ou à me tenir debout la plus grande partie de la journée, sans prendre jamais une heure de repos. Quelle reconnaissance je garde à Sr Thérèse pour une guérison si inespérée!

Sr J. D.

56.

X., Angleterre, 15 octobre 1909.

Depuis onze ans, Mme D. souffrait de douleurs presque incessantes, causées par le développement d'une tumeur qui poussait de profondes racines visibles jusque sur le dos de la malade.

A mesure que le temps s'écoulait, les douleurs devenaient plus intenses et la tumeur plus volumineuse. Durant les trois dernières années avant la guérison, la malade n'eut pas une heure de répit; elle passait des nuits blanches, rongée par la douleur incessante, ne dormant jamais plus de sept minutes de suite.

En 1909, son médecin lui conseilla de se faire opérer; mais plusieurs chirurgiens l'ayant examinée, la déclarèrent inopérable, la tumeur affectant tous les organes du corps.

A partir de ce moment, elle ne cessa de s'affaiblir; et, durant les dix dernières semaines qui précédèrent sa guérison, elle ne put boire que de l'eau gazeuse, additionnée d'alcool, ou un peu de glace sucrée. Cette alimentation si légère lui causait des crises de vomissements. La tumeur, devenue énorme, pesait sur les organes intérieurs et en paralysait toutes les fonctions.

Sa vie semblait toucher au terme, et on était sur le point de lui administrer de nouveau les derniers sacrements.

Bien des neuvaines avaient été faites pour obtenir sa guérison; mais une de ses amies lui ayant fait connaître Sr Thérèse, «LA PETITE FLEUR DE JÉSUS», une neuvaine fut commencée le dimanche 22 août, en l'honneur de l'angélique sainte.

Durant les trois premiers jours la malade baissa rapidement, et le jeudi on s'attendait à ce qu'elle mourût dans la nuit. Ses douleurs étaient aiguës, ses yeux voilés.

A onze heures du soir elle eut un vomissement qui l'épuisa complètement, puis elle s'endormit et, pour la première fois depuis bien des années, reposa paisiblement jusque vers cinq heures et demie du matin. Elle fut réveillée par un léger attouchement sur les épaules, comme si quelqu'un se penchait sur elle; elle sentit en même temps une douce chaleur, telle qu'une respiration, et comprit qu'il y avait auprès d'elle une présence invisible...

Toute douleur, toute souffrance avait disparu.

Mme D. ne dit rien à personne du miracle dont elle venait d'être favorisée; elle attendait la visite du docteur pour qu'il s'en rendît compte lui-même. Pendant une heure, il l'examina, la palpa et avoua que tous les organes fonctionnaient bien; que l'enflure et la tumeur avaient disparu, ne laissant qu'une petite grosseur sur le côté, telle qu'une petite bille, comme pour prouver que la tumeur avait existé. Il ne restait plus trace de ces racines qu'on avait constatées auparavant jusque sur le dos de la malade.

Quand, à la fin de cet examen, une des filles de Mme D. rentra dans la chambre, elle trouva le docteur--un protestant--la tête dans ses mains, stupéfait: «Après tout, lui dit-il, je crois en Dieu; je sais qu'il peut faire des miracles: certes, en voici un!»

X.

Suit le certificat du médecin.

57.

X. (Maine-et-Loire), 15 octobre 1909.

Depuis de longues années, ma domestique souffrait de malaises d'estomac allant toujours s'aggravant. Finalement, le docteur dit: «Il n'y a plus qu'une chance de prolongement de vie: l'opération.»

La malade, ne pouvant plus se nourrir, s'y résigna. Il y avait rétrécissement et affection grave au pylore. C'était l'affaire de quelques jours, de quelques semaines au plus.

L'opération eut lieu un vendredi. Le dimanche j'allai voir la malade que je trouvai dans un état épouvantable. Des vomissements de sang à pleine cuvette l'avaient réduite à ce qu'il y a de pire: physionomie sans vie, yeux ternes. Comme voix, un souffle à peine perceptible, inconscience presque complète. Comme nourriture, une seule chose possible: de la glace trempée dans du lait. On croyait si bien à sa mort, que les démarches étaient faites auprès des municipalités pour obtenir les pièces nécessaires à l'inhumation.

Mais la fille de la malade m'avait envoyé une petite relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, me demandant avec instance de la faire appliquer à sa mère. Je la confiai à la religieuse qui la soignait, et elle lui fut appliquée.

A partir de ce moment, je reçus chaque jour des nouvelles de plus en plus rassurantes. Au cours de la neuvaine, la malade avait considérablement repris. Elle mourait de faim et avait grand'peine à s'en tenir au régime exigé.

Quinze jours après, je la ramenai chez moi. Depuis longtemps elle a repris son travail, ne sent point de malaises, mange bien, en un mot se sent guérie.

L'abbé B., curé.

58.

X., Turquie d'Asie, 18 octobre 1909.

Je soussigné, pour la plus grande gloire de Dieu et la glorification de ses saints, déclare ce qui suit:

Au mois de juin dernier, ma belle-sœur, se trouvant dans son cinquième mois, reçut un sérieux coup de la part de son premier enfant âgé de deux ans qui, tout en s'amusant, se précipita sur elle. Il s'ensuivit des douleurs tellement vives que le docteur, appelé en toute hâte, déclara qu'il y avait à craindre sur l'heure un terrible accident ou bien que l'enfant naîtrait estropié.

Je recommandai aussitôt la chère malade et son enfant aux prières des religieuses carmélites de cette ville, qui demandèrent à Dieu la guérison de la mère en même temps que le parfait état de l'enfant, par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, morte en odeur de sainteté au Carmel de Lisieux. En même temps, elles me remirent pour la malade un morceau de vêtement de ladite sainte.

Aussitôt que la relique fut appliquée sur le mal, les douleurs cessèrent et la mère se leva le lendemain pour reprendre ses occupations habituelles.

Depuis, tout marcha bien et jamais plus douleur ne reparut. La mère était sauvée... Restait à examiner l'état de l'enfant.

Ce fut une fillette qui vint au monde le 13 octobre, dans un parfait état de santé et nullement estropiée, au grand étonnement du docteur. En signe de reconnaissance, toute la famille a décidé à l'unanimité que l'enfant portera le nom entier de «Thérèse de l'Enfant-Jésus».

Abbé X.

Aumônier du Carmel de X.

59.

Rome, 30 octobre 1909.

En lisant la brochure des faveurs attribuées à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, j'ai pensé qu'un petit chapitre y manquait: celui de ma guérison spirituelle qui, à mon avis, est un grand miracle. Je vais le dire le plus brièvement possible:

Ma pauvre âme répondait en tout au portrait de ce qu'on pourrai appeler d'une manière générale, l'âme moderne: ténèbres de l'esprit et sentimentalité maladive et non moins pénible du cœur.

J'avais reçu une de ces formations si communes de nos jours, où tout est superficiel, où, comme le disait un religieux éminent, l'on croirait trouver l'élément du semi-pelligianisme. C'est une étude continuelle, énervée de soi, et un oubli complet de la grâce. Il arrive alors que les meilleures volontés succombent, se croyant seules à lutter contre la mauvaise nature.

Il faut connaître cet état par expérience, ma Révérende Mère, pour pouvoir s'en faire une idée exacte. Aujourd'hui que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus a donné la paix à mon âme, je puis jeter un regard sur ce passé et en comprendre toutes les misères.

Ce que j'ai souffert pendant ma première année de noviciat, je renonce à vous en parler. Je crois tout dire en vous assurant que ce fut un martyre perpétuel.

Le scrupule avait formé en moi comme une seconde nature, mon esprit voyait tout en noir. C'était la nuit, nuit horrible, nuit que je sentais et que je me voyais impuissant à éviter. On ne marche pas impunément dans les ténèbres, dans un chemin composé d'une suite de précipices; aussi ma pauvre âme tomba à diverses reprises dans des abîmes de misères. Jésus le permit sans doute pour mieux manifester un jour la puissance de sa petite épouse, car le salut devait me venir par elle.

Je souffrais toujours beaucoup lorsque «l'Histoire d'une âme» arriva providentiellement dans notre monastère. Je voulus la lire à mon tour, et cette lecture produisit en mon esprit une telle impression qu'un rayon d'espérance vint éclairer les ténèbres de mon âme.

Sachant que je ne pouvais garder le livre, je m'empressai de prendre des notes car je crus voir là comme l'aurore de ma délivrance. C'était bien cela en effet. Cette petite «reine» venait d'étendre son royaume jusque dans ma pauvre âme, et elle agit en vraie souveraine dans le royaume qu'elle venait de conquérir. Elle commença en moi un travail de transformation qui, en peu de temps, allait remplacer une vie de trouble et de souffrances par une autre toute de paix et de joie sainte.

La première parole qui sortit des lèvres de mon vénéré Père Abbé, en constatant par lui-même l'action toute divine de cette élue de Dieu sur moi, fut un conseil pressant de vous le faire savoir afin que cela pût servir à la gloire de celle que j'appelle ma libératrice, la vraie mère de mon âme...

Rd P. X.

60.

N. (Aube), 2 novembre 1909.

Le 2 août dernier, mon petit garçon, âgé de cinq ans, fut atteint d'une péritonite à la suite de la rougeole. Malgré les soins du médecin, l'enfant s'affaiblissait de jour en jour de sorte qu'on craignait pour la poitrine. Il avait une forte fièvre, un point douloureux au côté et était devenu d'une extrême maigreur.

Au bout de deux mois, le médecin ayant déclaré qu'il n'y avait ni médecin, ni médicament capable de le guérir, on eut recours à un spécialiste qui ne fit que confirmer le diagnostic du docteur, ne nous cachant pas que l'enfant était perdu, et que la seule chose à tenter était le grand air et la suralimentation. Nous comprenions qu'un miracle seul pouvait le sauver.

Madame la Supérieure du Carmel de X. nous conseilla de faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dont elle avait éprouvé pour elle-même la puissante intercession.

Dieu nous a exaucés! Le huitième jour de notre neuvaine, le cher enfant se lève, l'appétit revient, et l'obstruction intestinale disparaît, c'est une véritable résurrection.

Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Sr Thérèse! Que Dieu nous accorde sa prompte béatification afin qu'elle soit connue et aimée de tous!

A. R.

Suit le certificat du médecin.

61.

Carmel de V. (Espagne), 7 novembre 1909.

Pour comprendre combien je suis redevable à votre chère petite Sainte, vous devez savoir de quel mal elle m'a guérie; je vous confierai donc mon secret afin que vous rendiez grâces à Dieu qui seul peut opérer de pareils changements.

Depuis plus de six années, je souffrais d'une tentation terrible qui semblait vouloir empoisonner toute ma vie religieuse. Si heureuse pourtant dans ma vocation, je me demandais souvent si je ne m'étais pas trompée et à quoi me servirait ma vie austère de Carmélite, si je n'avais en perspective qu'une éternité de tourments, car je croyais déjà mon arrêt de damnation prononcé!... Ces suggestions entravèrent mes élans vers Dieu que je n'osais plus regarder comme mon Père, mais comme un juge terrible et irrité.

Pendant cette dernière année 1909, à cet état d'âme si pénible vinrent se joindre des souffrances physiques continuelles qui rendaient les épreuves morales encore plus insupportables. C'est alors que je commençai une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pour obtenir ma double guérison.

Au matin du deuxième jour, je la sentis près de moi, infusant dans mon âme, avec cette paix qui surpasse tout sentiment, un ardent désir de ma sanctification, une volonté ferme de ne plus vouloir que celle de Dieu. Ma céleste libératrice opérait en moi une transformation telle que, depuis lors, l'ombre même de la défiance ne m'a plus effleurée.

Cette grâce ne peut s'exprimer.

Sr X.

62.

S. M., Portugal, 14 novembre 1909.

Au commencement du mois de mai, mon frère s'était fait mal à la jambe et la blessure, d'abord insignifiante, devint de plus en plus grande et prit un aspect horrible: elle allait du genou au pied. Il souffrait de grandes douleurs, et tous les jours le mal devenait plus grave. Ce qui nous faisait perdre courage, c'était l'exemple de notre oncle, affligé, depuis bien des années, d'une semblable blessure qu'on n'a jamais pu guérir... Je me suis alors tournée avec confiance vers Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Nous fîmes trois neuvaines de suite, et, à la dernière, la jambe fut guérie.

J. M. de B.

63.

D., Sénégal, 18 novembre 1909.

Vers la mi-janvier 1909, je fus pris d'un chagrin immense, d'une tristesse et d'un abattement insupportables.

J'avais perdu tout appétit, toute gaieté, je maigrissais à vue d'œil, le temps me paraissait ne pas s'écouler; et, ne prenant de plaisir absolument à rien, la neurasthénie vraiment horrible qui m'étreignait me rendait l'existence d'une amertume que pourront comprendre seuls ceux qui ont subi les effets de cette mauvaise maladie...

Je m'adressai au Sacré-Cœur de Jésus, à Notre-Dame de Lourdes, les suppliant de faire cesser cet état de découragement si profond et cette lassitude dont je ne pouvais m'affranchir.

Pendant quatre longs mois, le ciel sembla demeurer sourd à mes prières et à mes supplications, et je songeais à me faire rapatrier du Sénégal, quand, vers les premiers jours du mois de Marie, je me pris à rougir de mon manque d'énergie, je me sentis pris d'un grand courage pour réagir contre mon état mental, cause de tous les maux dont je souffrais. Les forces me revinrent avec l'appétit: la neurasthénie avait totalement disparu. La vie me réapparut pour ainsi dire belle et pleine de charmes.

Le 17 mai, je reçus de ma famille une lettre où l'on m'annonçait que l'on avait commencé et même terminé, à mon intention, une neuvaine en l'honneur de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, carmélite, morte en 1897, en odeur de sainteté, au Carmel de Lisieux.

Je dois dire que mes souffrances morales ont pris fin vers les premiers jours de mai, c'est-à-dire précisément au moment où commençait la neuvaine en l'honneur de la sainte carmélite.

Je délivre cette attestation en reconnaissance de la faveur obtenue.

O. B., officier.

64.

N. (Alpes-Maritimes), 21 novembre 1909.

TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE,

Je viens accomplir un devoir bien doux que m'impose ma conscience, en vous écrivant ces quelques lignes.

Atteint depuis plus de vingt ans d'une maladie d'estomac, je croyais être au terme d'une longue durée de souffrances, car, au mois de juillet dernier, mon mal empira d'une façon inquiétante et mon docteur ne conservait qu'un bien faible espoir. Les médications n'opéraient plus et ne m'apportaient aucun adoucissement. L'appétit était nul et je n'avais plus de sommeil. Les professeurs et élèves devaient partir, vers le 8 juillet, en colonie de vacances, et j'avais depuis longtemps renoncé au plaisir de les suivre, tant j'étais épuisé, puisque mon pauvre estomac ne pouvait plus supporter la moindre nourriture, même quelques gorgées de lait.

Je reçus alors la visite d'un jeune séminariste qui me parla, en termes très émus, de la dévotion à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus; il me proposa de m'associer à une neuvaine de prières faites au Carmel pour ma guérison. Je priai avec toute la confiance que m'avait inspirée mon ami, et le 6 juillet, au soir, je demandai à la «petite reine» de pouvoir dormir jusqu'au lendemain, cinq heures.

Moi qui ne dormais plus, je ne me réveillai le lendemain qu'à l'heure fixée. Mieux encore: l'appétit était revenu, et le 8 juillet, au matin, je partis pour un long voyage.

Quinze jours après, je pus suivre une excursion et faire 40 km. à pied dans une seule journée! Bien des amis qui m'avaient vu si près de la mort témoigneraient volontiers aujourd'hui du miracle de ma guérison.

Je fais des vœux pour que Sr Thérèse soit connue, vénérée et bientôt glorifiée sur nos autels.

A. H., professeur.

65.

A., 9 décembre 1909.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Je suis chargée par une de mes amies de vous écrire le fait suivant.

Avant de commencer, permettez-moi de vous donner quelques détails pour vous la faire connaître:

Mme X. est protestante; sa fille, mariée à un Hollandais catholique, a fait son abjuration et sa première communion depuis son mariage; ce jeune ménage habite Buenos-Ayres.

Au commencement de cette année, mon amie vous écrivit, vous demandant un livre de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, car elle voulait faire une neuvaine à cette petite sainte; elle avait appris que sa fille était malade et, en même temps, elle recevait la nouvelle que son gendre se disposait à revenir en Hollande pour recevoir un dernier adieu de son père mourant. Cette pensée était pour elle une véritable épreuve, sachant loin d'elle sa fille restée seule et malade.

Chaque jour de la neuvaine, Mme X. lisait un chapitre de la vie de Sr Thérèse. Or, un jour qu'elle venait d'achever sa lecture, après avoir senti plusieurs fois une odeur de fleurs et d'encens, elle voit tout à coup devant elle une mer bleue, sur laquelle voguait un bateau qu'elle reconnut pour être un de ceux de la Compagnie hollandaise; en même temps elle entendit comme des bruits de cloches et des voix célestes qui la ravissaient. Cela dura quelques instants, puis tout cessa... «Qu'est-ce que ceci?!...» se dit-elle.

Elle ne parla d'abord à personne de ce qui venait de lui arriver; mais au bout de quelques jours, elle dit à son mari: «Nous avons la certitude que notre gendre est en route; mais si toute la famille revient, notre gendre, notre fille, notre petit-fils, je puis te dire que mes idées religieuses seront changées: je croirai à la communion des saints, car voilà ce que, pendant ma neuvaine, j'ai vu et entendu.»

Les choses s'étant réalisées à la lettre, Mme X. a tenu sa promesse, elle croit maintenant à la communion des saints.

Elle-même veut signer cette lettre que je vous écris en son nom.

Veuillez, etc...

C. TH. de C.

Après avoir lu la lettre de mon amie, j'affirme que c'est la vérité.

D. B.-P.

66.

L. (Calvados), 16 décembre 1909.

Voilà quinze jours, une jeune parente, âgée de vingt-deux ans, descendait chez moi pour se faire opérer d'une fistule. Je lui donne à lire les faveurs attribuées à votre petite sainte; et, profondément touchée de ces guérisons, elle se recommande elle-même avec confiance à votre chère sœur.

Nous commençons ensemble une neuvaine et, le jeudi 9 novembre, la malade voulut faire un pèlerinage sur sa tombe. A mesure que nous priions, il nous semblait qu'un petit oignon de fleurs sortait de terre; la malade le prit et, rentrée à la maison, je l'appliquai avec une grande foi sur la fistule qui était grosse comme un œuf.

Le dernier jour de la neuvaine, cette jeune fille était complètement guérie. Depuis, elle fait de longues marches sans se fatiguer et ne souffre plus du tout. Nous ne savons comment exprimer notre reconnaissance à la chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, si puissante auprès du bon Dieu.

V. L.

67.

R. R. (Orne), 10 janvier 1910.

En allant à Lisieux, le 4 août dernier, accomplir un pèlerinage à la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je passai à Caen pour consulter un oculiste renommé, car je souffrais beaucoup des yeux. Il me les trouva, en effet, très malades et me condamna à subir une opération dans le délai d'un mois.

Sur la tombe de la petite sainte je fus délivrée de doutes cruels dont je souffrais depuis plusieurs années, je retrouvai la paix de l'âme et je passai des horreurs de l'enfer aux suavités du ciel. Pendant que Sr Thérèse soulevait ainsi la montagne de ma détresse d'âme, j'eus la pensée de lui demander de guérir aussi mes yeux. Je les appuyai sur la croix de sa tombe avec confiance. Il me sembla alors qu'elle y mettait du velours et le mal disparut... Je n'ai fait aucun remède et n'ai point eu à subir d'opération. Je travaille sans fatigue à la lumière, ce que je ne pouvais plus faire.

L. A.

68.

S. (Mayenne), Il janvier 1910.

Au mois de mai 1909, ma mère tomba très gravement malade et le médecin me dit en particulier: «Votre mère est perdue: elle est atteinte d'un ulcère à l'estomac.» J'étais désolée et ne savais à quel saint la recommander, quand une de mes amies me conseilla de faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Ma mère avait vomi plusieurs fois un sang noir et fétide; depuis 15 jours, elle ne pouvait plus digérer ni les œufs, ni le lait, et passait des nuits épouvantables.

Le premier jour de la neuvaine, je fis tremper dans l'eau une relique de la petite sainte; ma mère en but et se trouva mieux; le troisième jour elle éprouva, au moment où elle buvait l'eau, quelque chose d'anormal, comme un resserrement subit à l'estomac. Elle était guérie, et, pleine de joie et de confiance, elle se mit à manger du pain et de la viande, ce qu'elle n'avait pas fait depuis quatre mois.

Aujourd'hui, 11 janvier 1910, son parfait état de santé s'est très bien maintenu. Je garde, ainsi que toute ma famille, une profonde reconnaissance à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

M. H., couturière.

Suit la signature de M. le Curé et de plusieurs autres personnes.

69.

X., 17 janvier 1910.

J'étais souffrante depuis plusieurs jours d'un grand mal de tête, j'avais de plus mal aux jambes et ne pouvais me tenir debout, de sorte que ma maîtresse m'avait envoyée coucher. Bientôt je fus prise d'une sueur froide et, au bout de deux jours, me sentant de plus en plus malade, je mis la relique de votre chère petite sainte sur mon front. A l'instant même je me sentis guérie. Je me levai et je repris mon travail sans éprouver aucune fatigue.

Mais voici une autre grâce que j'estime bien autrement grande. J'ai demandé à mon confesseur si je pouvais vous la faire connaître. Il m'a répondu que non seulement je le pouvais, mais que c'était un devoir de le faire.

Depuis environ 22 ans, je n'avais pas cessé d'éprouver des doutes contre la foi. J'en étais réduite, la plupart du temps, à aimer le bon Dieu, à le servir, au cas où il existerait. En même temps, j'avais une grande soif de Dieu; de sorte que cette soif de Dieu, avec l'impossibilité de le trouver, me faisait quelquefois penser aux souffrances des damnés dans l'enfer.

Mais depuis que j'ai lu, dans la vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, ce qu'elle dit de l'Amour miséricordieux du Seigneur, les doutes se sont enfuis, la reconnaissance et la confiance ont pris tout mon cœur.

Pour remercier la chère petite sainte, j'ai l'intention de prélever sur mes gages ce qui me sera possible, pour aider à faire connaître sa «petite voie d'amour et d'abandon»; ce sera mon humble merci.

A. F., servante à X.

De la même; quelques mois plus tard.

Je viens de faire la donation complète de moi-même à votre chère petite sainte. Voici comment: je connais une âme qui, dans son enfance, s'est livrée au démon. Songeant à l'influence que celui-ci avait exercé sur elle, je me suis dit qu'en me donnant à Sr Thérèse, elle n'aurait pas moins de zèle pour ma sanctification que le diable n'en avait eu pour la perte de cette âme.

Après avoir soumis ce projet à mon confesseur qui l'a pleinement approuvé, je me suis livrée totalement et irrévocablement à ma chère sainte pour qu'elle me donne au bon Dieu.

Depuis ce jour, je ne cesse d'éprouver sa bienfaisante influence.

70.

N. (Oise), 17 janvier 1910.

Mon petit garçon avait été pris de fièvre, points dans le dos, vomissements et violents maux de tête.

Il était ainsi depuis deux jours, quand, lui ayant posé sur la poitrine la relique de votre chère sainte, il se trouva guéri à l'instant même. Il s'est mis alors à tousser et à chanter pour me prouver qu'il n'avait plus aucun mal. Depuis, il ne s'est ressenti de rien.

L. B.

71.

Monastère de X.. Canada, 18 janvier 1910.

Je venais à peine d'achever la lecture du récit des grâces extraordinaires que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus accorde de tous côtés, que l'occasion s'est présentée pour moi d'avoir recours à sa puissance sur le divin Cœur de Jésus.

Un de nos frères qui travaille au moulin s'était fait une blessure grave. Il venait de descendre au bas du moulin (à la turbine) lorsqu'il s'aperçoit que quelque dérangement se produisait à l'étage supérieur. Il remonte précipitamment l'escalier, quand tout à coup le couteau qu'il porte toujours suspendu à la ceinture est venu heurter le manche contre le degré de l'escalier, et la lame sur laquelle il a frappé de toute sa force est entrée profondément dans le genou, entre la rotule et le kondyle; cette lame, de 6 centimètres de long, était si fortement engagée que le pauvre frère ne pouvait la retirer. Mais le plus grand mal venait de ce que le sang, au lieu de sortir de la plaie, avait coulé à l'intérieur; le médecin, qui ne se dissimulait pas la gravité du coup, disait que la poche ou récipient à synovie était percé, et il eut grand'peine à faire sortir un peu de sang au dehors; il restait au fond du récipient, ce qui faisait craindre qu'il ne se corrompît et ne formât un abcès. Le docteur décida, que, dans quelques jours, il faudrait seringuer fortement la plaie.

Le travail était urgent au moulin, et personne pour remplacer notre frère meunier. J'eus alors l'inspiration de m'adresser à la chère sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Pendant qu'on donnait des soins au blessé, je disais intérieurement: «Puisque vous avez promis de faire descendre du ciel une pluie de roses, laissez tomber une petite feuille de rose sur ce genou.»

Tout le jour, le frère souffrit beaucoup; son estomac ne pouvait rien supporter, pas même du liquide, et il se trouvait toujours près de s'évanouir. Il m'a avoué depuis qu'il avait pensé à me demander les derniers sacrements.--Nuit sans sommeil.--Le lendemain, le bon frère me dit: «J'ai vu Sr Thérèse cette nuit, elle était vêtue de blanc et couronnée de fleurs blanches. Elle passa près de moi et me sourit...»

De fait, la plaie était fermée... plus de douleur, même à forte pression. L'obéissance seule a été capable de retenir le blessé au repos; trois jours après, il a échappé et est revenu au moulin.

Ma reconnaissance et ma confiance sont acquises pour toujours à cette âme privilégiée. Je la prie souvent, et mon grand désir serait d'avoir quelque petit objet qui lui ait appartenu.

Fr. X., prieur.

72.

Québec, Canada, 18 janvier 1910.

Ma mère souffrait depuis longtemps de vives douleurs à un pied, tellement qu'au mois de décembre, elle n'avait plus d'espoir que dans une opération. Je pris alors une image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus que je plaçai le soir dans le bandage, et le lendemain tout mal avait disparu.

A. B.

73.

M., Indes, 19 janvier 1910.

Un prodige de grâces s'est opéré par la lecture de la vie de votre aimable sainte.

Cette histoire est tombée entre les mains d'une dame veuve qui a passé toute la nuit à la lire... Le matin, elle était convertie! Accablée de remords, elle s'est confessée, et maintenant elle n'aspire plus qu'à la vie religieuse.

X.

74.

E., Belgique, 19 janvier 1910.

C'est à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus que j'attribue d'être guérie d'un abcès au foie sans avoir dû subir l'opération jugée nécessaire par plusieurs docteurs. Je l'ai priée avec grande confiance, lui promettant de propager sa dévotion et de faire un pèlerinage à son tombeau si elle m'accordait la grâce demandée.

Aujourd'hui je suis mieux portante qu'avant ma maladie.

E. V.

75.

L. S., 9 février 1910.

Un petit garçon de sept ans, qui paraissait possédé du démon, était délaissé par tous les médecins, il criait nuit et jour et déchirait tout son petit corps qui n'était qu'une plaie. Après une neuvaine faite à la sainte Vierge par l'intercession de Sr Thérèse, l'enfant s'est calmé, les cris ont cessé et son corps est redevenu sain[272].

L. L.

76.

T., Italie, 11 février 1910.

C'est la reconnaissance qui m'amène à vous, ma Révérende Mère, pour vous annoncer une nouvelle grâce reçue au milieu d'innombrables autres moins grandes, mais continuelles, par l'intercession de votre petite sainte.

Une de nos jeunes sœurs de la Maison centrale des Filles de la Charité de T. avait été frappée d'un érésipèle si violent qu'en quatre jours elle fut à toute extrémité.

Profitant d'une lueur d'intelligence au milieu de son douloureux délire, on lui fit recevoir les derniers sacrements.

Nous en étions à ce point quand je me sentis inspiré de recourir à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Je fis commencer une neuvaine aux petites élèves de la malade et, au troisième jour, notre chère Sœur était hors de danger.

Aidez-nous, ma Révérende Mère, à remercier Sr Thérèse dont la charitable et suave mission se fait sentir au milieu des épines de notre chemin.

D., pr., Directeur de l'Œuvre de...

77.

Carmel de Gallipoli, Italie, 25 février 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Le Cœur de Jésus a voulu se servir de moi, la plus indigne de cette communauté, pour faire éclater son infinie miséricorde.

Je vous envoie la relation du miracle accompli en notre faveur. Mais il y a à Rome un grand document signé non seulement de toutes nos Sœurs, mais encore de l'Illme Mgr l'Evêque et d'une commission de Révérends.

Dans la nuit du 16 janvier, je me trouvai très souffrante et préoccupée de graves difficultés[273]. Trois heures venaient de sonner, et, presque épuisée, je me soulevai un peu sur mon lit comme pour mieux respirer, puis je m'endormis et, en rêve, il me semble, je me sentis touchée par une main qui, faisant revenir la couverture sur mon visage, me couvrait avec tendresse. Je crus qu'une de mes Sœurs était venue me faire cette charité, et, sans ouvrir les yeux, je lui dis: «Laissez-moi, car je suis tout en sueur, et le mouvement que vous faites me donne trop d'air.» Alors une douce voix inconnue me dit: «Non, c'est une bonne chose que je fais.» Et continuant de me couvrir: «Ecoutez... le bon Dieu se sert des habitants célestes comme des terrestres pour secourir ses serviteurs. Voilà 500 francs, avec lesquels vous paierez la dette de votre Communauté.»

Je répondis que la dette de la Communauté n'était que de 300 francs. Elle reprit: «Eh bien, le reste sera en plus. Mais comme vous ne pouvez garder cet argent dans votre cellule, venez avec moi.» Comment me lever, étant tout en sueur? pensai-je. Alors la céleste vision, pénétrant dans ma pensée, ajouta souriante: «La bilocation nous viendra en aide.»

Et déjà je me trouvai hors de ma cellule, en compagnie d'une jeune Sœur carmélite dont les habits et le voile laissaient transparaître une clarté de Paradis qui servit pour nous éclairer dans notre chemin.

Elle me conduisit en bas dans l'appartement du tour, me fit ouvrir une cassette en bois où il y avait la note de la dette de la Communauté, et elle y déposa les 500 fr. Je la regardai avec une joyeuse admiration et je me prosternai pour la remercier en disant: «O ma sainte Mère!...» Mais elle, m'aidant à me relever et me caressant avec affection, reprit: «Non, je ne suis pas notre sainte Mère, JE SUIS LA SERVANTE DE DIEU, SŒUR THÉRÈSE DE LISIEUX. Aujourd'hui, au Ciel et sur la terre, on fête le Saint Nom de Jésus.» Et moi, émue, troublée, ne sachant que dire, je m'écriai plus encore avec mon cœur qu'avec mes lèvres: «O ma Mère...» mais je ne pus continuer. Alors l'angélique Sœur, après avoir posé sa main sur mon voile comme pour l'ajuster et m'avoir fait une caresse fraternelle, s'éloigna lentement. «Attendez, lui dis-je, vous pourriez vous tromper de chemin.» Mais avec un sourire céleste elle me répondit: «Non, non, MA VOIE EST SÛRE, ET JE NE ME SUIS PAS TROMPÉE EN LA SUIVANT...»

Je m'éveillai et, malgré mon épuisement, je me levai, je descendis au Chœur, et je fis la sainte Communion.

Les Sœurs me regardaient et, ne me trouvant pas comme à l'habitude, elles voulaient faire appeler le médecin. Je passai par la sacristie et les deux sacristines insistèrent beaucoup pour savoir ce que j'avais. Elles aussi voulaient absolument m'envoyer au lit et faire appeler le médecin. Pour éviter tout cela, je leur dis que l'impression d'un rêve m'avait beaucoup émue et je le leur racontai en toute simplicité.

Ces deux religieuses me pressèrent alors d'aller ouvrir la cassette, mais je répondis qu'il ne fallait pas croire aux rêves. Enfin, sur leurs instances, je fis ce qu'elles voulaient: j'allai au tour, j'ouvris la boîte et... j'y trouvai réellement la somme miraculeuse de cinq cents francs!...

Je laisse le reste, ma Révérende Mère, à votre considération.....

Nous toutes, nous nous sentons confuses d'une si immense bonté et nous appelons de nos vœux le moment de voir sur les autels la petite sœur Thérèse, notre grande protectrice.

Suor M. Carmela del Cuore di Gesu, r. c. i. prieure.

78.

De la même. Septembre 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Il m'en coûte beaucoup de vous confier ce que ma chère petite Sr Thérèse a fait pour nous depuis le mois de janvier. Mais je ne peux pas résister plus longtemps à vos prières ni à ma petite sainte qui veut m'obliger à manifester les prodiges de Dieu opérés par elle.

A la fin du mois de janvier, malgré les soins avec lesquels notre sœur dépositaire, la clavière et les deux sœurs du tour tiennent leurs livres de comptes, nous avons trouvé dans la recette un surplus de 25 lires que nous n'avons pas pu nous expliquer, si ce n'est en pensant que Sr Thérèse l'avait glissé dans notre caisse. Alors Mgr notre Evêque voulut que je séparasse l'argent de la communauté d'avec les deux billets qui nous restaient des dix apportés du Ciel.

A la fin de février, de mars et d'avril, nous avons remarqué la même chose étrange; seulement la somme variait.

Au mois de mai, j'ai revu ma petite Thérèse; elle m'a d'abord parlé de choses spirituelles, et elle m'a dit ensuite: «Pour vous prouver que c'est bien moi qui vous ai apporté le surplus d'argent constaté à vos différents règlements de comptes, vous trouverez dans la cassette un billet de 50 fr.» Puis elle ajouta: «La parole de Dieu opère ce qu'elle dit.»--Vous l'avouerai-je, ma bonne Mère, pour ma grande confusion? Cette fois encore, je n'osais pas aller voir dans la cassette; mais le bon Dieu, qui voulait que je constate la nouvelle merveille, permit que l'un des jours suivants, deux sœurs vinssent par dévotion me demander à revoir les deux billets miraculeux... Et, ma Mère, que vous dirai-je? Vous devinez notre émotion: au lieu des deux billets, il y en avait trois!...

Au mois de juin, nous trouvâmes 50 fr. de la manière ordinaire.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet, je revis ma sœur bien-aimée, elle me promit d'apporter bientôt 100 fr. Et puis elle me souhaita ma fête[274], en me donnant un billet de 5 lires. Mais moi je n'osais pas l'accepter, et alors elle le déposa au pied de la petite statue du Sacré-Cœur qui est dans notre cellule; et peu après, l'heure du réveil étant sonnée, je trouvai en effet le billet où je l'avais vue le déposer.

Quelques jours après, Mgr notre Evêque, en causant, nous dit qu'il avait perdu un billet de 100 fr. en faisant les comptes pour son clergé, et qu'il espérait que Sr Thérèse les apporterait chez nous.

Le 6 août arriva; c'était la veille de la fête de Monseigneur, qui s'appelle Gaétan. Je vis encore ma bien-aimée Sr Thérèse..... elle tenait à la main un billet de 100 fr.!!! Elle me dit alors «que la puissance de Dieu retire ou donne avec la même facilité dans les choses temporelles aussi bien que dans les choses spirituelles.» Ayant trouvé ce billet de 100 fr. dans la cassette, je me hâtai de l'envoyer à Monseigneur avec les souhaits de la communauté; mais lui me le renvoya aussitôt.

Depuis ce temps, elle ne nous a plus apporté d'argent, car notre détresse ayant été connue par toutes ces merveilles, nous avons reçu quelques aumônes.

Mais le 5 septembre, la veille de son exhumation, je l'ai revue et, après m'avoir parlé comme elle le fait toujours du bien spirituel de la communauté, elle m'a annoncé qu'on retrouverait «à peine ses ossements». Et puis elle m'a fait comprendre quelque chose des prodiges qu'elle fera dans l'avenir. Soyez sûre, ma chère Mère, que ses ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon.

Presque toutes les fois, elle s'est fait voir vers l'aurore, en quelque moment de prière particulière. Son visage est très beau, brillant; ses vêtements luisent d'une lumière comme d'argent transparent, ses paroles ont une mélodie d'ange. Elle me révèle ses grandes et occultes souffrances supportées héroïquement sur cette terre... Ma petite Thérèse a beaucoup, beaucoup souffert!!!

Que dois-je vous dire de plus? Qu'il vous suffise de savoir, ma chère Mère, que nous sentons autour de nous l'esprit de votre angélique enfant. Toutes les sœurs affirment, avec franche et tendre vénération, que, outre les grâces temporelles accordées à la communauté, chacune a reçu des grâces intimes et très grandes.

Suor M. Carmela del Cuore Gesu, r. c. i. prieure.

79.

S. (Meuse), 1er avril 1910.

Une de nos deux religieuses de la Doctrine chrétienne, Sr A., souffrait depuis longtemps d'un mal intérieur (tumeur) qui ne pouvait guérir sans une opération chirurgicale fort dangereuse. Après bien des soins inutiles et un repos prolongé, le mal ne cessait d'empirer, au point que le moment arriva où elle fut envoyée à Nancy pour y subir l'opération. Elle fut mise en observation pendant huit jours, au bout desquels devait être tentée l'opération.

Durant ce temps, une neuvaine fut commencée à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, avec promesse de répandre son culte par une distribution d'images si l'opération réussissait.

Or, le moment d'opérer étant arrivé, le docteur constata que le mal avait disparu; il ne restait plus qu'un peu de sensibilité à la place où avait été la tumeur.

Abbé F. N.

80.

Quimper (Finistère), 18 avril 1910.

Souffrant depuis huit ans d'un épanchement de synovie et d'une arthrite au genou gauche, et, ne trouvant aucun soulagement dans les remèdes, j'eus la pensée d'invoquer la «petite Fleur de l'Enfant Jésus» et de lui faire une neuvaine.

Dix-huit petites filles se préparant à leur première Communion s'unirent à moi.

Le huitième jour, je ressentis du mieux, et le neuvième (3 avril), la douleur avait complètement disparu. Depuis je marche très bien, ne souffre plus du tout et sors tous les jours.

Mlle M. T.

Le Docteur a promis un certificat.

81.

Carmel de N., avril 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Je vous envoie la lettre d'une pénitente guérie au cours d'une neuvaine à Sr Thérèse.

(Lettre à une amie.)

Couvent de la Préservation, N., mars 1910.

Je suis une miraculée de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

J'étais atteinte d'une grippe infectieuse et le docteur désespérait de me sauver. Il dit un soir en me quittant: «Madame la Supérieure, commencez une neuvaine pour que nous la tirions de là.» Je souffrais de vomissements continuels, mes lèvres étaient noires et j'avais déjà le hoquet de la mort: les infirmières apprêtaient ce qu'il fallait pour m'ensevelir; et moi, je voyais bien que j'allais mourir.

Quand notre Mère Supérieure revint me voir, elle me dit: «Charlotte, si vous voulez me promettre d'être fidèle à Dieu, je vais demander votre guérison.» Je répondis en rassemblant mes forces: «Oh! oui, Madame, je vous le promets.» Les compagnes qui entouraient mon lit me dirent: «O Charlotte! c'est une promesse sacrée!» Notre Mère Supérieure me dit encore: «Me promettez-vous que, si vous guérissez, votre vie sera pour la gloire de Dieu et pour votre salut?» Je répondis de nouveau: «Oh! oui, Madame, je vous le promets.»--«Eh bien! reprit-elle, nous allons faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et demain je vous apporterai une relique de cette petite sainte.»

A ce moment suprême où je voyais déjà s'entr'ouvrir ma tombe, j'ai tout oublié, même les petites austérités de la vie des pénitentes, et j'ai promis de rester toute ma vie dans la maison si je guérissais.

Une demi-heure après, j'étais mieux; je m'endormis, et quand je me réveillai le lendemain matin, j'étais complètement guérie. Tout le monde fut stupéfait dans la maison. Ma première parole à notre Mère fut celle-ci: «Je suis à vous pour toujours.»

Maintenant mes forces sont bien revenues. Ah! c'est un vrai miracle! Comment en remercierai-je assez le bon Dieu! Il voulait que je lui fasse le sacrifice de ma liberté, car, lorsque je suis tombée malade, je voulais absolument retourner dans le monde, où j'aurais sans doute repris ma vie de péchés.

C'est donc à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus que je dois la vie de l'âme et celle du corps.

CHARLOTTE X.

(Lettre de la Supérieure.)

Préservation, N., 3 janvier 1911.

Je vous ai déjà écrit, ma Révérende Mère, que nous avions remarqué une frappante coïncidence entre la rechute de Charlotte et une infidélité à sa promesse: elle avait voulu en effet nous quitter. Le miracle que fit Sr Thérèse en lui redonnant pour si peu de temps la santé était destiné, je crois, à l'amener à faire une confession générale. La pauvre enfant a racheté son moment de faiblesse, car sa famille étant venue la voir et voulant l'emmener pour mourir à Q., elle se montra vraiment généreuse et refusa.

Jusqu'au dernier moment elle n'a cessé d'invoquer la petite sainte. Une fois, elle assura l'avoir vue à ses côtés. Voici ce que m'en a raconté son infirmière:

«C'était pendant la nuit; Charlotte m'appela pour lui ramasser un objet qu'elle avait fait tomber. Je me levai. Charlotte avait les yeux fixés sur quelque chose. J'en fus frappée et lui dis: «Vous voyez donc le ciel?» Elle me répondit: «Je vois la petite Sr Thérèse.» Alors j'eus peur et, pour cacher mon trouble, je feignis de me moquer d'elle: «Allons donc, nous voilà bien si vous avez des visions!» Mais Charlotte, les yeux toujours fixes, redit: «J'ai vu la petite Sr Thérèse!» Et comme je cherchais la relique qui avait disparu du chevet de son lit: «Elle est là, me dit-elle en la serrant fortement dans sa main.»

Pour moi, je me souviens de la consolation qu'elle me confia avoir éprouvée de cette visite de votre ange: «Je l'ai vue comme je vous vois», m'a-t-elle dit.

Pendant son agonie, elle avait toute sa connaissance et n'a cessé de prier durant les trois dernières heures. Ses compagnes pleuraient et disaient: «Quelle belle mort!»

C'était le 26 septembre.

82.

Carmel de X. (Espagne), mai 1910.

Je viens vous faire part de la guérison d'une de mes filles, guérison due à votre petite sainte. Voici le fait:

«La miraculée est une créole de près de 70 ans, d'une nature craintive et peu crédule de tempérament, croyant difficilement aux faits surnaturels, comme visions, guérisons, etc. Elle était atteinte depuis des années d'un affreux rhumatisme au bras droit, qui lui rendait tout travail pénible et la faisait souffrir au point qu'elle ne pouvait rester couchée, la chaleur du lit excitant le mal. Elle fit neuvaines sur neuvaines à l'Ange de Lisieux, et chaque fois qu'elle fit une neuvaine, elle fut favorisée la nuit d'une lumière argentée et merveilleuse qui éclairait sa cellule. Cette sœur, très peureuse, avoue ingénuement qu'elle fermait les yeux pour ne pas voir cette lumière qui ne ressemblait en rien à celles de la terre. Avant et après l'apparition de la lumière argentée, la cellule était plongée dans la plus profonde obscurité.

A la dernière neuvaine, la guérison survint si complète que, depuis un an passé, sans faire les remèdes prescrits (remèdes qu'on disait indispensables), la sœur n'a pas senti la moindre petite atteinte de ses anciennes douleurs, malgré l'hiver humide et pluvieux que nous venons de traverser.»

Sr X., Prieure.

83.

Un artiste-peintre, ami du Carmel de L. (France), mai 1910.

J'ai l'honneur de porter à votre connaissance le fait suivant:

«Ayant travaillé toute la journée au portrait de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je rentrais le soir dans mon atelier quand, portant les yeux à la place de mon chevalet, je vis Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus dans un nuage lumineux. Je fus saisi!... Lorsque je revins de ma surprise, tout avait disparu.»

La Mère Prieure du Carmel de L. ajoute ceci:

Notre Fra Angelico a senti les parfums pendant l'exécution du portrait.

«De quelle nature étaient-ils? demandai-je.

--C'était comme des parfums d'autel!...»

84.

Carmel d'Oloron (Basses-Pyrénées), 4 mai 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Je veux vous raconter un fait qui vous montrera une fois de plus la bienfaisante intervention de votre petite sainte.

C'était en automne dernier. J'étais en souffrance, et toute la maison avec moi, du manque d'eau pour nos lessives et l'arrosage du jardin. Ce n'est pas que l'eau fasse défaut dans notre grand enclos, mais les sources se sont détournées peu à peu. Comme il s'agit d'une forte réparation, on ajourne sans cesse, à cause de l'incertitude de l'avenir. Il en résulte que le besoin est pressant. Diverses fois, nous avions confié à l'angélique Thérèse nos inquiétudes, mais à elle seulement. Et quelle n'est pas notre surprise quand, en octobre dernier, une dame vient nous apporter 100 fr. à cette intention. Elle avait compris, je ne pus savoir par quelle voie, notre besoin d'eau. Je lui promis que nous emploierions son aumône aux premiers frais de la recherche des sources, je veux dire à l'examen du terrain. Notre but était de profiter d'un prêtre du Midi qui a reçu de Dieu un talent rare pour cela. Aussitôt je me procurai son adresse, qu'on ne me donna pas comme certaine, et je lui écrivis. J'eus soin de mettre dans la lettre une image de Sr Thérèse, en disant à la petite faiseuse de miracles, avec beaucoup de foi: «Sœur Thérèse, allez droit au but!» Elle y fut en effet, mais M. l'abbé X. se trouva juste parti pour l'Autriche où mon courrier alla le rejoindre, dans un monastère où il procédait aussi à une canalisation. Il y séjourna trois semaines. Le temps nous parut long, car il ne donna pas signe de vie.

De retour en France, ce bon prêtre se posa la question--lui-même me l'a dit--: «Devrai-je, oui ou non, aller au Carmel? Que me voulait-on? sans doute peu de chose, et on y aura pourvu, après un long mois.»

Dans la nuit,--il assure qu'il ne dormait pas--une religieuse se montre dans sa chambre, majestueuse dans un rayon de lumière, et lui dit: «Monsieur l'Abbé, vous oubliez les Carmélites d'Oloron qui ont besoin de vous! Allez au Carmel d'Oloron, on vous attend.»--Le prêtre reconnaît aussitôt la Carmélite qui avait accompagné ma lettre, je veux dire l'image de Sr Thérèse. Et vous le comprenez, ma Révérende Mère, il n'hésita plus, et nous arriva aussitôt. Son travail fut merveilleux, car il trouva le nœud de toutes les sources de notre enclos qui, ayant dévié de leur vrai sens, nous causent des préjudices extraordinaires par l'humidité à la chapelle, au chœur et dans presque toute la maison.

85.

Conversion d'un soldat d'infanterie coloniale.

M. Alfred-Marie L. vint au Carmel de Saïgon la première lois pour demander un scapulaire. En lui remettant le scapulaire demandé, je sentais qu'il voulait dire autre chose, et, pour le mettre à l'aise, je lui posai plusieurs questions. Il me dit qu'il désirait beaucoup se faire Carme après l'année de service militaire qui lui restait à faire. Puis il me raconta son histoire. Il avait perdu sa mère peu après sa première Communion: elle était pieuse et il faisait sa désolation, car il était diable et ne voulait pas travailler au collège. Il eut beaucoup de peine de la mort de sa mère. Son père ne pratiquait pas. N'ayant pas voulu travailler pour ses examens, il s'engagea comme simple soldat et vint à Saïgon où il se livrait plus librement à toutes ses passions. Les premières années de service achevées, il s'engagea de nouveau pour deux ans au grand mécontentement de son père. Enfin il tomba malade et dut aller à l'hôpital. C'est là que le bon Dieu l'attendait.

Pendant sa convalescence, on lui prêta la Vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Le portrait du commencement le frappa d'abord; l'air si pur de Thérèse lui disait quelque chose; à mesure qu'il lisait, il se mit à aimer la petite sainte et le dégoût lui venait de sa vie mauvaise. Rentré à la caserne, il n'était plus le même déjà; le souvenir de Thérèse le poursuivait, puis il comparait les sœurs qui l'avaient soigné avec tant de douceur et d'abnégation aux personnes vicieuses qu'il avait l'habitude de fréquenter, et il résolut d'en finir avec sa vie honteuse et coupable.

Voulant retrouver Sr Thérèse, les Sœurs et l'aumônier, il fit croire qu'il était malade, et on le renvoya à l'hôpital. C'est alors qu'il revint pour tout de bon à Dieu, et ce fut peu de temps après sa seconde sortie de l'hôpital qu'il nous demanda le scapulaire. Il fit, depuis, plusieurs visites au Carmel, et je ne puis dire combien j'étais émerveillée de voir une âme, tombée au point où en était la sienne, s'élever si rapidement et si haut dans l'intelligence des choses de Dieu. Il venait à la messe dans notre chapelle, où il communiait tous les dimanches, à moins d'impossibilité, et souvent il emmenait ses camarades auprès desquels il commençait un véritable apostolat, les entraînant avec lui dans le bien comme autrefois il les avait entraînés dans le mal. «Comme je suis grand et fort, me racontait-il, ils me craignaient tous, ils avaient peur de mes poings; ceux qui me fâchaient, je les roulais par terre.»

Quand il se convertit on n'osa rien lui dire d'abord, mais ensuite en le voyant doux et tout changé, quelques-uns de la chambrée commencèrent à le taquiner. Il me dit un jour avec beaucoup de confusion que, s'étant senti bouillonner devant les grossièretés d'un de ses camarades, il avait eu la tentation de lui jeter son balai à la tête et de le «rouler», mais qu'il s'était souvenu de Nôtre-Seigneur essuyant les affronts des soldats et qu'alors il n'avait plus éprouvé que de la joie. Que de traits de ce genre j'ai oubliés!

Au commencement du mois de mai 1900, il voulut s'imposer un sacrifice en l'honneur de la sainte Vierge: il trouva que de ne plus fumer serait ce qui lui coûterait le plus, et il s'en abstint pour le reste de sa vie. Je lui demandais un jour s'il pensait souvent au bon Dieu à la caserne. Il parut un peu étonné de ma question et me répondit: «Mais j'y pense tout le temps! comment pourrais-je ne pas penser à Lui?»

Vers la fin du mois de juin, son régiment reçut l'ordre de se tenir prêt à partir pour la guerre de Chine qui commençait. Le départ devait avoir lieu le samedi matin. Le jeudi il vint me voir, disant qu'il désirait bien communier encore une fois avant de partir, mais qu'il craignait de ne pouvoir sortir vendredi matin. Il me demanda de prier notre Père Aumônier de lui donner la sainte Communion quand il pourrait venir. Il fut convenu ainsi. Le lendemain, à 7 heures du soir, il arrivait à jeun: il n'avait pu s'échapper plus tôt de la caserne. Il se confessa et reçut la sainte Communion avec une ferveur touchante. Je lui remis une petite mèche des cheveux de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. «Demandez que je meure là-bas si je ne dois pas être Carme à mon retour», dit-il en me quittant. Il a été exaucé, car, peu avant d'arriver à Tientsin, il est mort d'une insolation à bord, assisté de M. l'Aumônier. Frappé le soir sur le pont, il eut la fièvre toute la nuit. Dans son délire, il parlait du Carmel et d'une lettre à nous remettre. Son âme s'envola avec celle de Sr Thérèse qui l'avait tant protégé.

On peut voir par ses lettres combien il l'aimait. Je vous en envoie quelques passages.

Sr X., prieure, 31 mai 1910.

* * * * *

_Lettres de M. Alfred-Marie L., soldat d'infanterie coloniale (converti par Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus), adressées à la Rde Mère X., Prieure du Carmel de Saïgon_:

6 mai 1900.--Samedi matin nous faisions la pose durant une manœuvre, et, comme il était 6 h. 10, ma pensée était dans la chapelle du Carmel, car c'était l'heure de la messe et je désirais ardemment recevoir mon Dieu. J'étais un peu triste en pensant à la longue année qu'il me faut encore passer dans la dissipation forcée, quand, levant machinalement la tête, j'aperçus la grande croix du cimetière d'Han-Hoï et, sans recherche aucune de ma part, cette pensée me vint que je ne devais pas envier le bonheur que vous avez de communier tous les jours, car moi aussi je le puis à chaque instant, sinon en recevant le Corps adorable de notre Sauveur, du moins en embrassant avec amour les croix qu'il sème sous mes pas et en coopérant en quelque sorte avec lui à l'œuvre de la Rédemption.

Si Dieu veut bien commencer à me faire comprendre qu'il accepte la donation que je lui ai faite de moi-même, il a exaucé, je crois, ma prière et n'a pas voulu permettre que je l'offense volontairement depuis ma conversion. Grâces lui soient rendues! J'éprouve le besoin de m'entretenir de nouveau avec Sr Thérèse et de lui demander de m'enseigner par son exemple la simplicité et l'humilité. Je voudrais la revoir au pied de la croix, dans le jardin du monastère. C'est là qu'elle m'a dit d'aimer... J'espère que vous pourrez me prêter ce livre, ma sœur; c'est elle qui me donnera la confiance qui me manque.

19 juin 1900.--Tout à l'heure je feuilletais, au hasard, la Vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et je me laissais aller à la tristesse en comparant sa jeunesse avec la mienne. Quand, brusquement, un passage fixa mon attention; c'est celui où elle raconte qu'il lui fut révélé intérieurement que sa gloire consisterait à devenir une grande sainte: «Ce désir pourrait sembler téméraire si l'on considère combien j'étais imparfaite et le suis encore après tant d'années passées en religion; cependant je me sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande sainte. Je ne compte pas sur mes mérites, n'en ayant aucun, mais j'espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté même...» Cela m'a suffi et, j'ose à peine le dire tellement c'est insensé, humainement parlant, si je considère ma vie passée, cependant je sens en moi, non pas le même désir, mais la même conviction. Avoir cette pensée, il y a quelques heures, m'eût semblé une insulte à Dieu. Mais n'est-il pas le Tout-Puissant et ne peut-il pas, en une minute, faire du plus grand pécheur un saint? Bien que je ne le mérite nullement, ma sœur, conjurez Marie Immaculée de me livrer totalement à l'amour du Cœur de Jésus, mais comme l'entendait Sr Thérèse, pour souffrir et expier pour les autres et obtenir la grâce d'une conversion sincère aux pécheurs, pour consoler ce Cœur adorable et le faire aimer. Vendredi prochain, en union avec ma sœur du Ciel, je réciterai son acte d'offrande à l'Amour miséricordieux.

24 juin 1900.--C'est à 6 heures ce matin que nous quitterons la caserne pour embarquer le «Vaucan»; je ne sais ce qui arrivera, mais je pars bien en paix et bien résolu à tout. Que Dieu est bon pour moi! Il va au-devant de tous mes désirs! J'avais l'intention d'écrire au Carmel de Lisieux pour solliciter un morceau du vêtement de Sr Thérèse. Je ne vous avais pas fait part de ce désir, et voilà que vous me donnez une mèche de ses cheveux!

Je ne puis vous dire ma reconnaissance. Demandez pour moi à notre petite sœur la grâce de mourir sur le champ de bataille plutôt que d'être infidèle. Et si je ne dois jamais revoir Saïgon, au revoir au Carmel des Cieux! Je vais préparer une lettre à votre adresse que je porterai sur moi; j'en ai averti le camarade qui marchera à mes côtés, il se charge de vous la faire parvenir en cas de malheur. Cette lettre contiendra la précieuse mèche de cheveux que, pour rien au monde, je ne voudrais perdre, ni laisser tomber aux mains des Chinois.

A.-M. L., Corps expéditionnaire de Chine.

86.

Couvent de N.-D. de la Compassion, M. (France),

20 mai 1910.

J'avais reçu une éducation chrétienne chez les religieuses de la Compassion à X., près M.--Mais, rentrée dans le monde, j'eus vite oublié tout et j'abandonnai bientôt les saintes pratiques de notre religion. Je revins, quelques années après, pensionnaire au même couvent, et je puis dire, à ma confusion, que les sentiments chrétiens s'étaient complètement éteints en moi.

Cependant, on me prêta la Vie de la «petite fleur de Jésus». Machinalement,--car je n'avais aucun attrait pour tout ce qui était religieux--je lus ce livre; je l'avais fini le même jour. Mes sentiments, durant cette lecture, ne changèrent pas; mais pourtant je me sentis attirée vers cette âme si pure et si sainte; le soir, lorsque j'eus fini, un quelque chose d'indéfinissable s'emparait de mon âme; la petite sainte commençait son œuvre.

Le lendemain, 15 juillet 1909, mon esprit était encore plus fortement préoccupé par le même objet; en même temps, le regret de mes fautes passées entrait dans mon cœur et l'appel divin se faisait entendre. Alors il s'engagea en moi une lutte acharnée entre la nature et la grâce. Le monde m'appelait en me montrant tous ses charmes, et Jésus m'invitait à le suivre en me faisant voir sa croix et son amour. Je ne pourrai jamais exprimer ce qui se passa dans mon âme en cette inoubliable journée!...

Enfin, vaincue par la grâce, j'allai confier mon bonheur à une religieuse qui tient auprès de moi la place de ma mère. Je lui racontai le miracle que Sr Thérèse venait d'opérer, je lui dis le désir que j'avais de me donner entièrement à Nôtre-Seigneur. Puis j'allai trouver mon confesseur à qui je fis une confession générale de ma vie passée..... C'était bien fini, la «petite Reine» venait d'effeuiller sa rose sur mon âme, et désormais j'appartenais à Jésus!.....

Et aujourd'hui, ma Révérende Mère, que j'ai revêtu le saint Habit, j'attends de notre grande sainte de voir se lever pour moi l'aurore du beau jour de ma profession. Quelle reconnaissance et quel amour j'ai pour elle! Ah! remerciez-la avec moi pour le miracle opéré en ma faveur!...

87.

Couvent du Sacré-Cœur, W. (Angleterre). 24 juin 1910.

Au mois d'août dernier, j'ai dû subir une sérieuse opération qui avait très bien réussi; mais, quelques mois plus tard, un autre mal ayant fait son apparition, une nouvelle opération fort critique devint urgente; je (?)us administrée, il semblait ne plus y avoir d'espoir. Cependant, pour des raisons à Lui seul connues, Nôtre-Seigneur ne m'appela pas encore; mais ma santé restait des plus précaires.

Au mois d'avril, j'eus une terrible crise de foie, et cette partie de l'organisme restait sérieusement atteinte.

Quand je reçus la Vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je me sentis alors vivement pressée de lui faire une neuvaine. Avec la permission de ma Supérieure, je vous priai d'avoir la bonté de m'envoyer une relique de votre chère petite sainte et, dimanche dernier, je commençai la neuvaine.

La journée, depuis mon lever, fut très mauvaise; j'éprouvais de telles douleurs, que je me demandais si je pourrais me tenir sur les jambes jusqu'à la fin du jour. Quand, au moment de la Bénédiction du Saint Sacrement, toutes douleurs disparurent, et depuis je ne m'en ressens plus. Je vais très bien, et les forces reviennent à vue d'œil.

Que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'aide à faire un bon usage de cette santé que je lui dois, après Dieu!

Sr X.

88.

L. (Calvados), 20 juin 1910.

Je ne puis passer sous silence le miracle que notre chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus vient de faire.

Notre lessiveuse, Mme G..., avait des plaies variqueuses depuis des années; sa jambe faisait peur, tant les plaies étaient profondes. Elle fut examinée par plusieurs médecins. Quand l'un d'eux, qui avait déjà guéri des malades atteints de cette infirmité, examina sa jambe, il fut surpris de voir de pareilles plaies; il lui ordonna un grand repos et d'aller deux fois la semaine se faire panser au dispensaire, ce qu'elle fit; et après des mois, sa jambe était toujours très mal. Il lui eût fallu le repos complet au lit, mais cela était impossible à cette pauvre femme qui vit uniquement de son travail. Elle souffrait donc atrocement, surtout la nuit. Emue de pitié, je lui conseillai une neuvaine à notre chère petite sainte et lui donnai aussi une relique pour la poser sur sa jambe. A la fin de la seconde neuvaine, toutes les plaies étaient fermées.

Sr X., religieuse garde-malade.

Suit le certificat du docteur.

89.

S. (Alsace), juin 1910.

Les personnes les plus réfractaires à la piété--personnes du monde et jetées dans le tourbillon des œuvres matérielles--se sont trouvées conquises d'emblée à la vie d'union au Sacré-Cœur, à la communion, au pur esprit de l'Evangile par quelques mots à peine sur la chère petite sainte, par quelques pages, que dis-je? quelques lignes de ses écrits pétris d'amour de Dieu et d'onction du Saint-Esprit. Elles suivent, depuis, allègrement la voie des aigles et étonnent leur entourage... A leur tour, elles sont apôtres et des intimes de leur amie du ciel.

Un autre groupe d'âmes, maintenant parues devant Dieu, a consolé mon ministère--grâce à l'œuvre et à la voie de Sr Thérèse--: les agonisants! Oh! que de transformations intimes obtenues par elle à ces minutes dernières où le soleil couchant de la grâce se hâte de mûrir ses élus pour la récolte, dans la gloire! Ici, les traits sont innombrables et ravissants...

Rd P. H.

90.

Couvent de X. (Espagne), 3 juillet 1910.

Guérison de Sœur M.

Il y avait huit ans que notre chère Sr M***, Converse de ce Couvent, souffrait d'une maladie d'estomac. Plusieurs médecins, à diverses reprises, dirent que ce pouvait être un cancer ou un ulcère; mais ils ne l'affirmèrent pas, la maladie n'étant pas arrivée à son dernier degré, où les vomissements de sang ne laissent plus de doute.

Pendant ce long espace de temps, la malade eut des intervalles de mieux, elle pouvait alors travailler et suivre en partie la communauté, non pour la nourriture, car elle était à un régime spécial. Les crises violentes arrivaient ensuite; alors elle ne pouvait prendre que du lait et en petite quantité, la morphine seule la calmait dans ce cas. Ces derniers six mois, les crises se succédèrent très rapprochées; la malade, d'une maigreur extrême, était très faible. On comprenait que le mal progressait, et à grands pas; déjà la morphine ne lui produisait plus l'effet ordinaire. Notre chère sœur souffrait avec une patience angélique, elle était contente de souffrir pour expier ses péchés, faire son purgatoire ici-bas et convertir les pécheurs, à l'exemple de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, à laquelle elle était très dévote, ayant déjà reçu d'elle, il y a quelques mois, une grande grâce qu'elle estimait davantage que sa guérison. Les choses en étaient là, lorsqu'une des Mères françaises exilées, qui venait de lire la dernière édition de la grande Vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et les nouveaux miracles qu'elle raconte, parla à la malade de ces guérisons, surtout de celles de quatre ulcères à l'estomac, et l'engagea à faire une neuvaine. La sœur s'y refusa absolument: «Non, dit-elle, car je sais que je guérirais, et je veux souffrir pour aller au ciel, ou plutôt je ne veux pas demander la santé, parce que je ne veux que la volonté de Dieu.» Mais le soir, la Révérende Mère Supérieure visitant la malade, celle-ci lui raconta l'offre de la Mère française: «Oui, dit la Supérieure, vous devez faire la neuvaine et demander la santé, car vous savez que la communauté a besoin de sujets.»

En vraie fille d'obéissance, la sœur, voyant là l'ordre du ciel, commença dès le lendemain, dimanche 12 juin, une neuvaine très fervente ayant la conviction intime qu'elle allait guérir. Elle plaça sur son estomac une relique de «Térésita», rendit tous les médicaments à l'infirmière, disant: «A présent, j'attends Térésita, c'est elle qui doit me guérir.»

Les premiers jours de la neuvaine furent pénibles, surtout de nuit où la malade ne pouvait trouver aucun repos (depuis longtemps d'ailleurs). De jour, elle travaillait tant qu'elle pouvait à son emploi de cordonnière, trop même, et comme une des sœurs qui faisait la neuvaine avec elle l'en reprenait, disant qu'elle gâterait l'œuvre de Sr Thérèse: «Laissez-moi, répondit la vaillante sœur, quand Térésita verra que je n'en puis plus, elle viendra, je l'attends, je l'attends!»

Sa grande foi fut récompensée. Le soir du 18, elle se coucha comme à l'ordinaire, ne pouvant trouver de position reposante dans son lit. Un peu avant minuit, elle s'assoupit; alors il lui sembla qu'elle sentait près d'elle une personne qui voulait la guérir. Comprenant que c'était Térésita, la malade lui dit: «Non, non, je ne veux pas guérir, si ce n'est pour la plus grande gloire de Dieu.» Mais Sr Thérèse, sans faire cas de ces paroles, ou plutôt accomplissant la volonté divine, soulevait les couvertures et passait doucement sa main sur l'estomac de la sœur. «Alors, dit celle-ci, je sentis comme une rosée céleste qui tombait goutte à goutte dans tout mon intérieur et le rafraîchissait d'une manière qui ne se peut dire. Le bien-être surnaturel que j'éprouvais m'éveilla et je me dis à moi-même: «Mon Dieu! serait-ce vrai? suis-je guérie?...»

Elle se leva, fit plusieurs mouvements qu'avant cette guérison miraculeuse elle ne pouvait absolument se permettre sans beaucoup souffrir; plus rien... aucune douleur! elle se sentait bien, très bien.

Au même instant, minuit sonna: «Oui, pensa la malade, c'est vrai, Thérèse de l'Enfant-Jésus est descendue à l'heure de la naissance de l'Enfant-Dieu», et, profondément émue, elle pleura. Puis, elle récita le Te Deum et la prière à la sainte Trinité, si en honneur en Espagne, et passa le reste de la nuit en actions de grâces. A 4 heures, elle se leva comme la communauté et courut chez la Mère Supérieure: «Ma Mère, je suis guérie; Térésita est venue!» La prudente Prieure demanda à la miraculée une épreuve de quinze jours avant de rien publier de ce fait merveilleux.

Pendant cette quinzaine, Sr Marie a repris toute la vie commune: lever, nourriture, travail. Elle a mangé exprès les choses les plus indigestes et dont elle était privée depuis des années, elle a bu du vin... et tout a été trouvé excellent, rien ne lui a fait mal. Les premiers jours il lui restait une grande faiblesse, dans les jambes surtout, mais peu à peu les forces sont revenues avec l'alimentation. Aujourd'hui, sa santé est excellente et elle semble rajeunie. Son visage, très souvent enflammé autrefois par l'ardeur intérieure qui lui dévorait l'estomac, a repris une teinte naturelle. Enfin, tout prouve que Thérèse est «descendue» et que, voyant du bien à faire sur ce petit coin de terre, elle a laissé tomber du ciel un pétale de rose ou plutôt une rosée bienfaisante qui a rendu la santé à sa privilégiée.

Nous l'appelons ainsi, puisque voilà deux fois qu'elle reçoit de Sr Thérèse des preuves de son affection.

Sr X.

91.

Couvent de la Providence, X., 14 juillet 1910.

Ma sœur et son mari étaient un sujet de mauvais exemple pour leur nombreuse famille de sept enfants. Aucun moyen n'avait été épargné pour les rappeler à leurs devoirs. Ne sachant plus à quel saint me recommander, j'abandonnai à la bonne Providence le soin d'intérêts si chers et si sacrés.

Cependant, sur les instances réitérées d'une de nos sœurs, je me décidai, quoique avec un peu d'hésitation, à prier Sr Thérèse, et je demandai à la chère petite sainte qu'elle me fit savoir par un signe manifeste, le 2 janvier, qu'elle s'occupait de ma requête. Ce jour même, au matin, sans que rien pût le faire pressentir, sans que j'aie fait aucune démarche nouvelle, ma sœur et mon beau-frère venaient me témoigner leurs regrets et me faire des promesses pour l'avenir.

Toute saisie de ce résultat inespéré, je le fus bien davantage au récit qu'ils me firent. Ne pensant nullement la veille à faire ce voyage, ils s'étaient sentis comme poussés par une force surnaturelle et s'étaient décidés, presque malgré eux, à venir vers moi.

Vous pensez, ma Révérende Mère, que non seulement j'étais ébranlée, mais convaincue de la puissance de Sr Thérèse au ciel!

Après avoir fait connaître la petite sainte à ces pauvres égarés et glissé son image dans leur foyer, je lui demandai instamment d'achever son œuvre en ramenant aux pratiques de la vie chrétienne cette famille d'infidèles baptisés. Elle n'a pas fait les choses à demi. J'ai eu dernièrement le bonheur de voir mon beau-frère et ma sœur s'approcher du tribunal sacré et de la Table sainte avec une foi et une simplicité vraiment édifiantes.

Sr B.

92.

Trouville-sur-Mer (Calvados), 16 juillet 1910.

Je soussignée, Mme M., demeurant à Trouville-sur-Mer, certifie l'exactitude absolue des faits ci-dessous relatés et en autorise la publication pour la plus grande gloire de Dieu et de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Ma fille aînée, Thérèse, née le 6 octobre 1898, se trouva prise, 14 jours avant la première Communion de l'année dernière, fixée au 6 juin, d'une entérite aiguë telle qu'elle ne pouvait plus rien prendre que de l'eau bouillie. Un remède donné imprudemment à dose trop forte l'avait affaiblie à ce point que, trois jours avant la première Communion, le jeudi dans l'après-midi, quand elle voulut se lever pour essayer ses habits de première communiante, elle s'évanouit et dut aussitôt se remettre au lit. Le docteur, qui la voyait tous les jours, déclara qu'il était impossible de songer à ce qu'elle prît part à la cérémonie du dimanche.

Le lendemain vendredi, découragée, j'allai assister à la Messe. Je rencontrai M. l'abbé L., il me parla de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et m'engagea à l'invoquer pour la guérison de ma fille. Je le fis aussitôt, et quels ne furent pas mon étonnement et ma joie en rentrant quand je constatai une amélioration subite et considérable! Le docteur, revenu dans la matinée, m'autorisa à lever l'enfant une heure, et, si le mieux continuait le lendemain samedi, à la faire confesser dans son lit, et à la faire assister à la Messe de communion le dimanche matin, à condition qu'elle se recoucherait aussitôt et se reposerait toute la journée.

Le lendemain, le mieux s'était confirmé et même augmenté. Thérèse alla se confesser à l'église et prit part à tous les exercices de retraite de l'après-midi. Le dimanche, levée dès 5 heures du matin, elle assista, non seulement à la Messe de communion, mais encore à la grand'Messe, aux Vêpres et à la procession extérieure, sans aucune fatigue. Le lendemain, elle assista à la Messe d'actions de grâces, et le surlendemain, au pèlerinage de Notre-Dame de Grâce, à Honfleur.

Depuis, elle n'a jamais été malade, si bien que je suis heureuse de pouvoir la compter au nombre de ceux qui ont manifestement éprouvé la bienfaisante protection de la petite Sr Thérèse dont elle porte le nom.

En foi de quoi j'ai signé la présente attestation.

Mme M.

93.

X. (Loire-Inférieure), 20 juillet 1910.

Le 2 janvier, une de nos élèves, âgée de onze ans, enfant de complexion délicate, est prise de la fièvre; on la soigne pour un point de côté.

Quinze jours plus tard, la fillette se lève et constate que les jambes lui font mal, qu'elle a beaucoup de peine à marcher. Le médecin attribue ses souffrances à la faiblesse, ordonne des fortifiants et fait frictionner les jambes; mais notre petite malade ne peut souffrir qu'on y touche sans pousser des cris, tant les douleurs sont vives et le mal fait des progrès.

Un second médecin consulté déclare de la métrifrictrique et veut forcer l'enfant à marcher; celle-ci ne peut plus faire un pas seule et sans grandes douleurs, les frictions deviennent intolérables.

Désolés de voir tant souffrir leur fillette sans qu'aucun remède puisse enrayer le mal, les parents font appel à un autre médecin, qui la soigne pour de la coxalgie. Après un mois de nouveaux traitements, la maladie, loin de céder, s'accentue toujours. Ce ne sont plus les jambes seules qui, en lui refusant service, la font souffrir; les reins sont aussi attaqués, les os se disjoignent, une bosse se forme. Le médecin veut mettre sa malade dans une gouttière, mais il fait d'abord consulter un spécialiste qui croit que l'enfant est atteinte de paralysie de la moelle épinière. «Essayons l'électricité, dit le praticien, peut-être obtiendrons-nous un peu d'amélioration, peut-être marchera-t-elle dans un an.»

Notre petite élève s'attristait beaucoup, car l'époque de la première Communion approchait et elle comprenait qu'elle serait hors d'état de la faire avec ses compagnes.

Voyant que la science humaine était impuissante, nous eûmes la pensée de lui faire connaître Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus dont nous lisions la Vie, et nous l'engageâmes à lui demander sa guérison.

Cette pensée mit la joie dans son âme, elle s'écria: «La petite Fleur de Jésus me guérira! je marcherai pour ma première Communion!» Depuis ce jour, elle l'invoquait sans cesse. Ses parents s'unissaient à elle matin et soir, nos enfants priaient aussi avec confiance; mais la «petite Fleur» semblait sourde à nos supplications. Trois semaines avant la première Communion, l'enfant allait plus mal. Tout espoir de guérison était perdu. Suivant l'avis du dernier docteur, elle avait été électrisée deux fois sans succès; n'avait-il pas dit: «Peut-être marchera-t-elle dans un an!»

Or, dans la nuit du mercredi au jeudi de Pâques (il y avait toujours de la lumière dans la chambre, l'enfant étant devenue très peureuse et dormant très peu), en ouvrant les yeux elle vit, selon son expression, «une jolie petite figure» qui lui souriait. Elle fut légèrement effrayée et fit un signe de croix. L'apparition sourit davantage, sembla se rapprocher d'elle et lui dit: «Tu marcheras dans peu de temps..... aujourd'hui même!» Puis elle resta quelques instants, toujours souriante, à contempler sa petite protégée, tout à fait rassurée, et disparut.....

Le matin, l'heureuse voyante dit à ses parents: «Je vais marcher aujourd'hui; j'ai vu cette nuit ma «petite Fleur» qui me l'a dit.» Elle n'avait jamais vu de photographie de Sr Thérèse, mais son cœur lui disait que cette angélique vision ne pouvait être que la petite sainte qu'elle invoquait avec tant de confiance.

Vers 3 heures de l'après-midi, une voix suave et douce, qu'elle reconnaît bien, se fait entendre à son oreille: «Marche!» dit-elle. La malade se lève aussitôt et elle court se jeter dans les bras de sa mère, qui ne peut croire à tant de bonheur...

Il y avait trois mois que l'enfant ne marchait plus.

Quelques jours plus tard, l'heureuse privilégiée vint nous voir et nous lui mîmes dans les mains l'Histoire d'une âme. Lorsqu'elle fut en face de la première gravure, l'enfant s'écria: «C'est bien elle que j'ai vue, je la reconnais!» puis elle ajouta: «Elle était en religieuse, cependant je n'avais pas remarqué le voile, sa figure seule s'est gravée dans mon âme.»

Sa physionomie en porte l'empreinte... La petite sainte lui a inspiré des pensées sérieuses pendant sa maladie; elle nous l'a rendue, je pourrais dire convertie!

A partir du jeudi de Pâques, 31 mars, notre petite élève marcha très bien. Elle a eu le grand bonheur, grâce à Sr Thérèse, de faire sa première Communion et d'être confirmée avec ses compagnes.

Mlle X., directrice de l'école libre.

94.

Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées), 23 juillet 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Je vous adresse enfin sous ce pli la relation de la guérison vraiment merveilleuse de ma vue. J'ai laissé au temps le loisir d'imprimer à cette guérison le cachet de la réalité et de la persévérance. Si, immédiatement après la première amélioration et même à la suite des progrès plus étonnants encore de ma vue, j'avais publié ce merveilleux bienfait, on se serait avec raison demandé ce que, tout d'abord, je me suis demandé moi-même: «N'est-ce pas une de ces facilités de voir, momentanées et purement accidentelles, qui, parfois, se produisent chez des vieillards de mon âge (je suis dans ma 76e année), lueurs passagères qui ne prouvent rien?»

Voici le fait, en toute simplicité et vérité:

Au printemps 1900, M. le Dr X., de C., que je consultais au sujet d'une anémie, me regardant incidemment dans les yeux, me dit: «Savez-vous que vous êtes menacé d'une cataracte?»--«D'une cataracte, moi? lui répliquai-je; mais je vois encore assez bien pour mon âge, et jamais personne de ma famille n'a été affligé de ce mal.»--«Dites tout ce que vous voulez, insista-t-il, vous avez un commencement de cataracte bien caractérisée.»

Je crus à une erreur de la part du médecin. Cependant, me trouvant en septembre suivant à Paris, je suis allé consulter le distingué oculiste Abadie, du boulevard Saint-Germain. Je fus reçu par l'un de ses aides: «Je ne vois rien, me dit celui-ci, mais venez...» Et il m'introduisit dans la chambre noire. Là, il m'examina minutieusement les yeux, à la lumière électrique. «Oui, convint-il alors, vous avez un commencement de cataracte; mais que cela ne vous inquiète pas, ça vous viendra plus tard... et dans une dizaine d'années, quand elle sera mûre, vous viendrez nous trouver et l'on vous fera l'opération gratuitement.»

«La belle fiche de consolation! pensai-je en m'en allant: vivre dix ans dans la perspective d'avoir les yeux gratuitement charcutés! Et quel en sera le résultat?»

Depuis lors, je n'ai plus consulté aucun oculiste ni aucun médecin au sujet de mes yeux, ni employé aucun remède. J'attendais que la cataracte fût «mûre».

Cependant le pronostic de l'aide de M. Abadie ne tarda pas à se réaliser. Faible d'abord, le trouble de ma vue devint petit à petit tel que, dès l'année 1906, je ne pouvais plus que difficilement lire et écrire, même avec de fortes lunettes. J'avais comme un voile sur les yeux, et ce voile s'épaississait de plus en plus les années suivantes.

A partir du commencement de 1908, je ne pouvais plus reconnaître à douze pas mes meilleurs amis. Le crépuscule venu, je n'osais plus me hasarder dehors de peur de heurter les passants, de manquer le trottoir et de me faire écraser par les voitures.

En mai 1909, un opticien de passage ici, voulant me vendre des lunettes, me fit avec ses instruments lire, à des distances variées, des imprimés à caractères gradués, tour à tour des deux yeux et de chaque œil à part. Il finit par me déclarer «l'œil droit complètement éteint et l'autre œil bien malade».

Il avait quelque peu exagéré, car d'une personne placée à deux pas de moi je voyais encore, de ce seul œil droit, la silhouette, mais une silhouette vague, imprécise, informe, dont je n'aurais pas pu dire si elle était d'homme ou de quoi. La vision de l'œil gauche était devenue si faible que le dimanche des Rameaux 1909, je suis tombé en bas des degrés du chœur que je ne distinguais plus, et cela devant toute la paroisse. Depuis lors, je tremblais de descendre les marches de l'autel, que j'étais obligé de chercher au tâtonnement du pied.

Bref, j'étais menacé de cécité complète à prochaine échéance, et me sentais à la veille de ne pouvoir plus ni réciter mon bréviaire, ni dire la sainte Messe.

J'envisageais déjà avec angoisse le voyage à Paris pour la fameuse opération gratuite, opération en elle-même scabreuse et de chance douteuse. Mais la divine Providence, qui dispose toutes choses avec suavité, m'avait, à mon insu, mis en relation avec les consœurs d'une «oculiste» qui sait rendre la vue aux aveugles, sans onguent ni scalpel chirurgical.

Au printemps dernier, la Rde Mère Prieure du Carmel de Bordeaux, exilé à Zaraüz, Espagne, fit appel à mon talent d'apiculteur, et je dus lui exposer le triste état de ma vue qui me rendait incapable d'accéder à son désir. Alors elle, avec sa robuste foi de Carmélite, me répondit: «Puisque la prière est toute-puissante, nous allons faire violence au bon Dieu, et il sera bien obligé de vous rendre la vue.»

Quelques jours après, je fus tout étonné de la facilité avec laquelle je pouvais lire et distinguer à mes pieds les marches de l'autel.

Je me rendis donc au Carmel de Zaraüz, et là, j'appris que la communauté avait fait une neuvaine pour obtenir la guérison de ma vue, par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dont jusqu'alors j'avais ignoré l'existence.

C'est donc à un prêtre qui ne la connaissait pas, qui ne lui avait--lui personnellement--rien demandé, que votre angélique sœur avait obtenu de son divin Epoux une insigne amélioration de sa vue. Je dis «amélioration», car, pour grand et surprenant que fût ce changement en mieux, je n'avais pas recouvré la vision claire et pleine. Nous convînmes donc, la Rde Mère et moi, de faire une seconde neuvaine, et elle me remit une image-relique de celle que des lors j'appelais «ma céleste oculiste», me recommandant de l'appliquer sur mes yeux chaque soir de la neuvaine. Or, cette neuvaine n'était pas finie que déjà je pouvais lire aisément les «Décrets de la Sacrée Congrégation des Rites» qui se trouvent imprimés en caractères très fins en tête du Bréviaire Romain de Tournai (édition de 1902, de la Société de Saint-Jean l'Evangéliste) et qui, auparavant, ne présentaient à mes yeux qu'une page maculée, indéchiffrable. Bien plus, je reconnais depuis lors les personnes à plus de cent pas.

Nous avions commencé cette neuvaine dans l'octave de la Pentecôte (19 mai). Vers la mi-juin, je suis retourné en Espagne pour mettre ordre aux ruchées du Carmel. Nous décidâmes alors de faire une troisième neuvaine, en action de grâces celle-là, et en même temps pour obtenir une plus parfaite lucidité de vue. Et, cette fois encore, ma céleste oculiste exauça nos prières!

Ayant recouvré la vue, je voulais redevenir apiculteur. J'achète donc une colonie d'abeilles; quelques jours après, je visite ma ruchée et j'y trouve plusieurs cellules royales, dont les unes contenaient des larves déjà écloses et d'autres de simples œufs.

Oh! la vue de ces minimes œufs d'abeille, pareils a de petits bouts de ténu fil à coudre d'un blanc bleuâtre! Depuis des années, il m'avait été impossible de les apercevoir, même avec de puissantes lunettes, et maintenant je les voyais de nouveau a l'œil nu! Aussi avec quelle reconnaissance mes yeux se sont instantanément levés vers le ciel où ma céleste oculiste venait de réaliser en ma faveur sa résolution de faire du bien sur la terre.

Il n'y a donc plus de doute possible: la guérison de ma vue est réelle et persévérante. Et cette guérison, incontestablement merveilleuse puisqu'elle est obtenue sans l'intervention d'aucun secours ni remède humains, je la dois évidemment à l'intercession de celle que nous avions invoquée: Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, morte en 1897, au Carmel de Lisieux.

Gloire à Dieu! et reconnaissance à ma céleste oculiste!

Abbé CH. WÉBER, prêtre habitué.

95.

Alençon (Orne), 25 juillet 1910.

En lisant l'Histoire d'une âme, j'éprouvai une émotion profonde, et, voyant que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus voulait employer sa vie du ciel à convertir les pécheurs, je la priai d'avoir pitié de moi car j'étais du nombre de ces derniers... Je lui demandai d'être ma médiatrice près du bon Dieu, d'être mon guide; chaque jour, matin et soir, je répétais cette prière.

Mais bientôt je désirai un signe évident de sa protection et je me disais: «Oh! si je pouvais la voir, je serais certain alors qu'elle veut bien être ma protectrice et mon guide!» Puis je me repentis de ce désir que je trouvai présomptueux, et je n'y pensai plus.

Or, à quelque temps de là, vers 3 h. 1/2 du matin (c'était en été et, par conséquent, au moment de l'aurore) alors que je dormais si profondément que je n'avais plus conscience de l'existence, j'eus tout à coup une vision en esprit. J'aperçus au fond de ma chambre une nuée lumineuse et j'entendis un appel. Je me dirigeai donc en esprit vers cet être mystérieux, et comme j'approchais, la nuée s'ouvrit et je me trouvai en présence d'une jeune religieuse toute brillante de lumière et couronnée d'un nimbe d'or. Ses traits et ses vêtements étaient ceux des portraits de Sr Thérèse; son regard était très vif et son visage étincelant; une lumière argentée baignait l'ensemble de l'apparition. Elle s'avança vers moi jusqu'au milieu de l'appartement et me dit: «Monsieur, suivez-moi!» Puis elle disparut et, peu après, la lumière argentée qui l'enveloppait s'évanouit à son tour.

Je m'éveillai très ému et réfléchis à la signification de cette vision. «Suivez-moi», m'avait dit Sœur Thérèse; c'était la réponse à ma prière quotidienne: «Soyez mon guide, conduisez-moi à Dieu».

J'ai fait part à mon confesseur de cette faveur insigne et des sentiments qu'elle m'avait inspirés; il m'a dit qu'il fallait y croire.

Et maintenant je comprends mieux que jamais que, pour aller au ciel, je dois suivre Sœur Thérèse dans sa voie d'humilité, de confiance et d'amour.

A. V.

96.

Tours (Indre-et-Loire), 28 juillet 1910.

Vous recevrez, à la fin de cette semaine ou au commencement de l'autre, un ex-voto que j'offre avec une pieuse reconnaissance à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Voici dans quelle circonstance j'avais fait cette promesse:

Il y a environ douze jours, une de mes tantes faisait une malheureuse chute dans la rue et se cassait la cuisse. L'os sortant fit plaie, et le mal s'aggrava tellement qu'au bout de quelques jours tout espoir était perdu. Je ne quittais guère ma pauvre blessée car une angoisse me torturait: je savais ma tante très incroyante, et je ne voulais pas la voir partir ainsi pour l'au delà.

Cependant le 22 juillet arriva, apportant une nouvelle aggravation du mal et aucune amélioration morale. La gangrène s'était déclarée et faisait de terribles progrès. La Sœur garde-malade me demanda s'il fallait parler. Je crus que le moment était venu. Alors ce fut une lutte terrible: la mort approchait, ma pauvre tante ne voulait pas recevoir le prêtre, elle ne voulait pas prier, elle nous repoussait même avec violence et en blasphémant. Ce fut bientôt une question de minutes...

Malgré toute mon angoisse, je ne désespérais pas et répétais sans cesse: «Cœur sacré de Jésus, j'ai confiance en vous!» Quand, tout à coup, poussée par une impulsion irrésistible, je fis mentalement cette prière: «Mon Jésus, glorifiez votre petite servante Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus; si ma tante consent à se confesser et si elle le peut faire en pleine connaissance, je lui enverrai un ex-voto au Carmel de Lisieux.»

A peine avais-je terminé que je me penchai sur la mourante et lui demandai si elle voulait baiser ma médaille du Sacré-Cœur: elle fit un signe d'acquiescement et l'embrassa; puis, je lui demandai si elle me permettait d'amener un prêtre: elle dit «oui» deux fois, et fermement.

L'aumônier, découragé, était parti; personne à la cathédrale, personne à l'archevêché; enfin je ramenai un prêtre. Je pus en quelques mots le mettre au courant; ma tante se confessa en pleine lucidité et, à peine l'absolution donnée, elle perdait connaissance et expirait.

Au ressouvenir de cette grâce inespérée, mon âme s'est émue d'une reconnaissance sans nom, et c'est avec une joie profonde que je viens exécuter ma promesse.

Mlle M. V.

97.

(Calvados), 31 juillet 1910.

Le mardi 5 avril 1910, vers 4 h. 1/2 du soir, passant devant le monument funèbre de M. le comte de Colbert-Laplace, qui se trouve en face du cimetière de Lisieux, je fus poussée à invoquer Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pour lui demander la guérison de Mme G...

La manière dont j'avais été attirée à la prier me causa une vive impression et me donna une certaine assurance d'être exaucée. Cinquante mètres plus loin, je trouvai une personne qui était chargée, de la part de Mr G..., de me demander de passer la nuit près de sa femme presque agonisante.

Vers 8 h. j'arrivai chez la malade que je voyais pour la première fois, ce ménage n'étant installé dans notre paroisse de Saint-J. de M. que depuis le 28 décembre 1909. Je la trouvai très mal, éprouvant des étouffements terribles et de vives douleurs dans le côté gauche, répandant d'abondantes sueurs froides. Elle me fit remarquer l'enflure de l'abdomen et de l'estomac; tout faisait prévoir une mort prochaine. Il faut dire que cette pauvre femme, affaiblie par une pleurésie qui avait exigé dix vésicatoires, était de plus épuisée par la venue d'un enfant qu'elle avait porté en ce triste état. Cet enfant, le douzième, était né six jours avant, le 30 mars 1910.

J'exhortai la malade à la confiance et je lui suggérai d'invoquer la petite Sr Thérèse dont elle n'avait jamais, me dit-elle, entendu parler. Ensuite je lui dis de dormir... que je me chargeais du reste.

Dans la soirée, vers 8 h. 3/4, le docteur vint et parut réfléchir longuement avant de rédiger son ordonnance. Il fut reconduit jusqu'à la barrière de la cour par le mari et lui dit: «Mon pauvre homme, qu'allez-vous devenir? Votre femme peut mourir à l'instant; et, si elle passe la nuit, elle ne passera pas la journée de demain.» Puis il le fit se tourner et lui traça sur le dos un carré: «Tout cela est creux comme une lanterne, dit-il, et le poumon gauche est complètement pourri.»

Pendant la nuit, la malade n'eut aucun repos. Entre 5 h. 1/4 et 5 h. 1/2 du matin, alors que j'étais dans la cuisine contiguë à la chambre, elle se sentit plus mal et appela son mari; un instant après, ses yeux se portèrent sur un tableau de Jésus en croix qui était près de son lit et elle s'écria: «Oh! que c'est beau! que c'est beau!» puis elle se mit à rire et à pleurer.

A ce bruit qui me parut étrange, je me rendis près d'elle; aussitôt elle me dit: «O ma Sœur, que c'était beau! J'ai vu le ciel ouvert, puis j'ai entendu distinctement à mon oreille une petite voix si douce qui m'a dit: «Aie confiance! tu guériras...» Mais, ma Sœur, criez donc au miracle! je suis guérie, je ne souffre plus du tout, je ne suis plus enflée, je marcherais bien, je veux me lever!»

On ne le lui permit pas. A ce moment je ne pensais nullement au miracle, mais simplement à un délire qui annonçait la mort prochaine. Alors elle dit à son mari, à sa mère et à moi: «Otez toute cette pharmacie qui est là devant moi; retirez-vous, fermez la porte, que je sois seule pour penser aux belles choses que j'ai vues!...»

Dans la journée le médecin revint et dit au mari: «Je suis stupéfait, je n'y comprends plus rien!» et à la femme: «Je ne sais pas d'où vous revenez, vous êtes ressuscitée!...»--«Cette guérison est un miracle», dit-il encore à d'autres.

Le miracle était bien réel, car voilà plusieurs mois que Mme G... jouit d'une parfaite santé et peut donner elle-même à sa nombreuse famille tous les soins qu'elle réclame.

Sr St-J.

La guérison s'est parfaitement maintenue jusqu'à ce jour.

2 janvier 1911.

98.

(Loire-Inférieure), 17 août 1910.

Une pauvre vieille femme infirme, Mme V., âgée de 84 ans, ne peut marcher. Elle demeure seule toute la journée. Sa vie toute de privation était bien triste avant qu'elle connût Sr Thérèse. Mais un jour je lui portai une image de la petite sainte. Ce fut alors le bonheur qui entra dans sa maison; sa tristesse a disparu, elle ne s'ennuie plus et quand, le matin, je la quitte pour aller à mes autres pauvres et malades, elle me dit en souriant: «Vous me quittez, ma Sœur, mais je ne suis plus seule, je cause avec la petite sainte qui me garde et ne me quitte pas.» Le soir, je la trouve à la même note. La chère sainte a apporté avec elle dans ce pauvre réduit la paix de l'âme, la joie du cœur, elle y a comblé toutes les absences.

Tous mes malades auxquels j'ai pu donner son portrait ont éprouvé de sa présence un bien-être évident que je constate avec reconnaissance.

Sr St-P., religieuse garde-malade.

99.

N., Belgique, 30 août 1910.

Je soussigné, F. F., avocat, me fais un devoir d'attester l'exactitude des faits suivants:

Je souffrais depuis plusieurs années d'eczéma étendu et permanent à la partie inférieure des jambes, depuis la cheville jusqu'au genou. Fréquemment il se produisait des poussées inflammatoires douloureuses, quelquefois des abcès ou furoncles. Cette affection cutanée ne paraissait guère laisser d'espoir de guérison, et le traitement consistait uniquement dans l'emploi de simples palliatifs: enveloppements humides, compresses, poudres adoucissantes telles que talc ou autres du même genre.

Aucune amélioration ne se produisait, lorsque, dans mon entourage, on eut la pieuse pensée de recourir à l'intercession de la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, envers qui ma femme et ma fille professaient une dévotion particulière.

Aux bandages qui entouraient la partie malade, on attacha une relique provenant d'objets ayant appartenu à cette sainte religieuse, et des neuvaines de prières eurent lieu pour obtenir ma guérison.

Bientôt l'inflammation disparut avec les rougeurs, rugosités, pustules et tous les phénomènes douloureux ou pénibles par lesquels le mal n'avait cessé de s'accuser depuis des années. La peau a repris complètement son aspect normal, et il ne reste aucune trace, soit externe, soit interne, des désordres passés. Il en est ainsi depuis un an environ et, à en juger par les apparences, il n'y a, semble-t-il, aucune raison de supposer que la guérison, qui est complète, n'ait pas le caractère d'une guérison durable et définitive.

Je fais la présente déclaration pour rendre hommage à la vérité, et je serais heureux si l'autorité compétente pouvait un jour en faire état, en vue de la glorification de la pieuse carmélite à l'intercession de laquelle nous avons eu, en famille, la confiance d'avoir recours[275].

F. F., avocat.

Signature légalisée à l'Evêché de N...

100.

C. (Angleterre), 16 septembre 1910.

Un mal de gorge persistant me faisait craindre de ne plus pouvoir remplir les obligations de mon saint ministère.

Après une courte instruction d'un quart d'heure que j'avais faite avec beaucoup de peine, je rentrais triste à la maison, quand un sentiment de confiance envers Sr Thérèse ranima mon courage. Avec son portrait je traçai le signe de la croix sur ma gorge. Immédiatement je remarquai un parfum exquis de violettes qui s'exhalait de l'image, et dès le lendemain j'étais complètement guéri.

Rd Père Ed. J.

101.

X., septembre 1910.

Etant allée rendre visite à Mme X., je la trouvai dans une très grande affliction. Son mari, âgé de 35 ans, était bien malade depuis 7 mois, perdu au dire des médecins... Je lui conseillai de lire la vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la prier, ce qu'elle fit.

Le 15 mars, le malade ayant reçu une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, une neuvaine fut commencée à la petite sainte. Il se trouvait alors à toute extrémité, et ce que sa femme demandait, ce n'était plus sa guérison mais sa conversion: depuis l'âge de 20 ans, il avait laissé toute pratique religieuse!

Le 19 mars, cinquième jour de la neuvaine, il était mourant, dans le coma, il râlait; son corps était tout noir par la décomposition et sentait comme un mort de trois jours.

Sa femme, au désespoir, priait tout haut: «Mon Dieu! disait-elle, et dire qu'il meurt sans s'être converti!... pourtant j'ai tant prié!...»

Tout à coup, le mourant ouvre les yeux, s'assied sur son lit, reste un moment comme en contemplation et dit: «C'est elle... oui... c'est bien elle!... Je suis guéri!»

Il demande un prêtre, se confesse et communie à la grande édification de chacun. Il était radicalement converti.

«Commençons une neuvaine pour remercier Sr Thérèse, dit-il, elle m'a guéri... Ah! je n'ai plus qu'un désir: c'est de vivre en bon chrétien, c'est de réparer tant d'années passées loin de Dieu!»

Il ne souffrait plus et avait repris toutes les fonctions de la vie; c'était une guérison bien réelle, il ne lui restait plus qu'une grande faiblesse.

Mais cette guérison, ou plutôt ce retour à la vie ne lui avait été accordé qu'afin de lui permettre de revenir à Dieu avec toute sa lucidité d'esprit et toute la force de sa volonté; quinze jours plus tard, les crises le reprenaient. Sa femme et les religieuses rappelées en toute hâte, craignirent pour sa foi, mais elle n'en reçut aucune atteinte; au contraire, de converti qu'il était pendant les quinze jours de retour à la santé, il devint un saint dans sa maladie qui devait durer six semaines encore. Alors, il donna les plus beaux exemples de patience et de résignation, craignant de prendre ce qui pouvait le soulager. Pour n'en citer qu'un exemple: «J'ai tant à expier, disait-il à la religieuse qui voulait lui faire une piqûre pour calmer d'extrêmes douleurs, ne serait-ce pas mieux de souffrir?...»

Un mois après l'événement, sa femme lui ayant demandé s'il avait vu la petite sainte: «Non, dit-il, je ne l'ai pas vue; mais elle était là, je la sentais, je ne saurais expliquer comment...» Et après une hésitation: «J'ai vu, ajouta-t-il, la sainte Face de Nôtre-Seigneur.» Plus tard lorsqu'on lui montra une image de la sainte Face, peinte au Carmel de Lisieux: «C'est ainsi que je l'ai vue», dit-il. Les religieuses m'ont dit qu'il avait dû la revoir plusieurs fois. Quelques jours avant sa mort, comme il venait de dicter ses dernières volontés et qu'il voyait tous les visages attristés: «Pourquoi tant vous désoler?» dit-il. Puis, après avoir hésité un moment... «Il faut que je vous fasse une confidence: Je sais que je vais au Ciel.» Alors il demanda qu'on mît avec lui sa relique et recommanda à la religieuse de prier bien haut quand il ne pourrait plus parler, afin qu'il pût s'y unir. Il fit de tout cœur le sacrifice de sa vie, disant «qu'il n'avait désiré vivre qu'afin de pouvoir réparer». Le matin de sa mort, il s'efforçait encore de s'unir aux prières.

Sept personnes de la famille et le valet de chambre se convertirent et firent leurs Pâques, tant cette conversion les avait touchés.

Sr X.

102.

Strasbourg (Alsace), 17 septembre 1910.

Notre petit garçon, François, âgé de 5 ans, languissait depuis deux jours lorsque le médecin nous déclara, dans la nuit du 13 au 14 août 1910, qu'il était atteint d'une broncho-pneumonie; il avait à ce moment une très forte fièvre. Dans la journée du 14, ma tante, Mme K., me remit une petite relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus afin que je la mette à l'enfant. Je le fis avec une grande confiance; aussi deux heures après, la fièvre qui, le matin, était encore de 38°5, tomba à 37°4, et le soir, quand le médecin revint, le thermomètre ne marquait plus que 37°3.

Le médecin, qui venait trois fois par jour, tant il jugeait le cas grave, me dit alors: «Ce n'est pas possible que le thermomètre ne marque que 37°3, vous vous êtes trompée.» A son tour il vérifia, c'était bien cela. Il n'en revenait pas et ajoutait: «Ne vous faites pas illusion, c'est une nouvelle crise qui se prépare...» Moi, j'étais sûre de la guérison miraculeuse, et je ne m'étais pas trompée. La fièvre ne revint plus: notre petit était sauvé! L'enfant qui avait perdu tout appétit et trouvait tout amer, a commencé, le 15 déjà, à bien manger; le poumon était dégagé, et la toux diminuait. Dès ce jour, il était tout à fait remis.

Ce qu'il y a d'extraordinaire dans les faits que je vous relate, c'est que le mal a été coupé pour ainsi dire instantanément, qu'il n'y a pas eu un mieux progressif, mais subit.

Mme N.

103.

Carmel de X. (Alsace), 29 septembre 1910.

Il y a un lien très fort entre mon âme et Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Dans des affaires personnelles, elle m'a exaucée d'une manière sensible et je l'ai même vue une fois passer devant moi en souriant. Une autre fois, il y a 6 ans, alors que tout était à redouter pour notre pauvre France, je me vis transportée, en un songe mystérieux que je n'oublierai jamais, dans une sorte d'oratoire où se trouvait un grand Christ et à ses pieds une religieuse plongée dans la prière. Elle pleurait et, à mesure que ses larmes tombaient à terre, je les voyais se transformer en diamants...

M'approchant alors, je pus voir le doux visage de la sainte et je reconnus Sr Thérèse: «C'est pour la France, n'est-ce pas?» lui demandai-je. Elle leva vers moi son regard plein de larmes: «Oui, dit-elle, Jésus ne veut plus attendre, il va sévir». Elle se remit à prier, et je pleurai et priai avec elle. Soudain elle se releva et dit d'un accent que je n'oublierai jamais: «Jésus m'a promis de ne pas punir encore.»

Je le répète, cette vision a laissé dans mon âme un inoubliable souvenir.

Sr X.

104.

Carmel de St-Ch. (France), 3 octobre 1910.

Mme X., après une maladie dont elle se croyait à peu près remise, eut une de ses jambes qui enfla démesurément et devint noire comme du charbon. Pendant vingt-quatre heures, elle en souffrit atrocement. Ne trouvant de soulagement en aucun des moyens essayés, elle mit sur sa jambe malade une image-vêtement de notre vénérée Sœur. Aussitôt enflure et douleur disparurent.

105.

Congrégation des Sœurs de Ste-Marie. T. (M.-et-L.), 5 octobre 1910.

Depuis treize ou quatorze ans, je souffrais d'ulcères de l'intestin avec entérite membraneuse. Les douleurs, plus ou moins vives, étaient presque continuelles. Je ne pouvais supporter aucune fatigue sérieuse sans être obligée de me mettre au lit. J'avais parfois des crises aiguës qui duraient trois ou quatre semaines, quelquefois plus.

Tous les remèdes et traitements ne m'ont jamais procuré qu'un soulagement momentané; aussi, ces deux dernières années, je n'en faisais plus aucun, je me contentais de prendre des calmants quand les douleurs devenaient plus fortes.

Depuis que notre Rde Mère Supérieure nous a fait connaître Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je me suis sentie attirée vers elle... Et, voyant un jour une petite plante prise sur sa tombe, il m'a semblé qu'elle m'apportait ma guérison.

Aussi le dimanche de la Passion, 28 mars 1909, me sentant prise de douleurs aiguës, j'en appliquai une feuille sur la partie malade, et je commençai avec grande confiance une neuvaine à Sr Thérèse. Au cours de la neuvaine je me trouvai mieux; mais le dernier jour, lundi des Rameaux, je fus reprise, pendant la Messe, de douleurs si vives que je me demandais si je pourrais aller faire la sainte Communion.

Je priai alors Sr Thérèse avec plus d'insistance et de confiance que jamais, et aussitôt les douleurs disparurent pour ne plus revenir. J'étais complètement guérie!

Depuis dix-huit mois, j'ai pu supporter la marche et le travail sans fatigue.

J'ai reçu en même temps de Sr Thérèse des faveurs spirituelles que je n'estime pas moindres que ma guérison miraculeuse.

Sr M.

Suivent les signatures de la Supérieure et de plusieurs religieuses.

106.

Paris, 9 octobre 1910.

Depuis un an, mon fils âgé de 9 ans 1/2 souffrait de violents maux de tête. Le samedi matin, 28 mai, il se plaignit d'une douleur dans l'oreille gauche; malgré cela, je l'envoyai à l'école comme d'habitude. En revenant à midi, il souffrait horriblement, il avait le délire et, pendant trois jours, il ne fit que crier, appelant le petit Jésus à son secours. Alors, le docteur me dit qu'il fallait voir un spécialiste.

Je conduisis mon enfant à l'hôpital le 31 mai; les docteurs déclarèrent qu'il avait une mastoïdite double,--le mal avait gagné l'autre oreille et il ne pouvait plus poser sa tête sur l'oreiller--qu'une intervention chirurgicale était nécessaire et qu'il fallait le trépaner.

Ah! ma Révérende Mère, comment vous dire notre désespoir! Ce petit enfant, c'est notre seul bonheur, nous n'avons plus que lui, le bon Dieu nous a déjà repris deux petits anges; allait-il encore nous prendre celui-ci?... Je courus à l'église Sainte-Marie des Batignolles; un prêtre était de garde; je lui dis ma peine, mon désespoir. Alors ce bon prêtre, que je ne connaissais pas, me réconforta en me disant de demander avec confiance à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus la guérison de mon petit Edmond. Tous les jours, à sept heures, j'assistais à la Messe, et avec quelle confiance je priais Sr Thérèse!... puis j'allais voir mon enfant.

De jour en jour, l'opération a été remise; le dépôt qu'il avait dans la tête s'écoula de lui-même par les oreilles, et le 10 juin, j'avais le bonheur de ramener chez nous mon fils entièrement guéri.

Mme G.

107.

Lisieux, 21 octobre 1910.

Notre enfant, âgé aujourd'hui de dix ans et demi, était malade depuis l'âge de sept ans, d'une coxalgie tuberculeuse. Pendant que nous habitions Lisieux, il reçut les soins de docteurs dévoués, qui furent obligés de constater leur impuissance; l'un d'eux nous conseilla d'aller à Paris chez un spécialiste, lequel, après consultation de l'enfant, ne nous cacha pas ses craintes. Il nous dit que le cas était très grave et qu'il en voyait rarement de pareils. Le petit avait des douleurs si aiguës qu'il ne faisait que crier, ce que le docteur n'avait pas encore vu jusque-là.

Après l'avoir endormi pour lui redresser le côté, car il avait une déviation de la colonne vertébrale, il lui mit un appareil en nous disant de revenir tous les quatre mois, car il fallait cette durée pour que le docteur se prononçât.

A cause des inondations de Paris, nous ne retournâmes qu'au mois de février cette année 1910, voir ce spécialiste. L'enfant s'était encore affaibli et était maigre comme un squelette, et il lui était survenu une entérite aiguë qui aggravait beaucoup son état. Il souffrait de plus en plus et ne pouvait prendre que très peu de nourriture et difficilement. Sa respiration était si faible et il était d'une telle pâleur, que souvent, la nuit, je me levais pour m'assurer, quand il dormait, s'il vivait encore; mais son sommeil était rare, car cet appareil de plâtre le faisait beaucoup souffrir.

Cela dura jusqu'au mois d'avril; ayant entendu parler des miracles obtenus par votre petite sainte, j'en entretins M. l'abbé X., vicaire de St-J., lorsqu'il vint voir notre petit Ernest, et il nous conseilla de l'invoquer pour obtenir la guérison de notre enfant. Puis il dit à celui-ci: «Prie bien la petite sainte du Carmel, elle opère beaucoup de miracles, et même elle apparaît quelquefois pour guérir les petits enfants malades comme toi, qui ont confiance en elle.» Et mon petit Ernest se mit à la prier de tout son cœur. Seulement il s'étonnait de ne pas la voir apparaître et il dit à M. l'abbé: «J'ai prié la petite sainte pour qu'elle vienne me guérir, mais je ne l'ai pas encore vue.»

Le 25 avril, malgré que je sois moi-même très souffrante et obligée de garder le lit, je me sentis poussée d'aller au cimetière; mon mari voulait s'y opposer, ayant peur que je fasse une imprudence; mais je partis quand même, et là, sur la tombe de Sr Thérèse, je la suppliai de bien vouloir m'obtenir, avec l'aide de Notre-Dame de Lourdes, la guérison de notre enfant si malheureux. Je rapportai deux fleurs que je fis baiser au petit malade. Nous priions tous en famille la chère petite sainte. L'enfant souffrait toujours, on ne pouvait le toucher pour le mettre sur la chaise longue sans qu'il jette des cris. Mais, voilà que le 15 mai, jour de la Pentecôte, après avoir soupé, il s'écria devant plusieurs personnes qui étaient là avec nous: «Oh! comme j'ai chaud!» Sa tante lui dit: «Découvre-toi, mon petit Ernest», mais il répondit: «Non, je vais me lever car je ne souffre plus, ça ne me fait plus mal». Alors il se leva et vint nous trouver, et fit le tour de la table.

O ma Mère! je ne croyais pas à un tel bonheur et aussitôt je dis devant tout le monde: «Oh! Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'a exaucée, mon petit Ernest est guéri!...» Tous étaient stupéfaits de le voir se tenir debout, lui qui, le matin, criait encore. A partir de ce moment il se levait tous les jours, marchant comme il pouvait avec son lourd appareil et descendant même l'escalier.

Mais votre petite sainte ne voulait pas seulement la guérison de notre enfant, elle voulait aussi la guérison de nos âmes, et cela fut obtenu à la fin d'une neuvaine que nous faisions à Sr Thérèse pour qu'elle affermisse la guérison de notre enfant.

En lisant quelques traits de la vie de cette véritable sainte, une transformation s'opéra en nous, et après quatorze ans d'oubli de Dieu, mon mari et moi nous approchâmes du sacrement de Pénitence la veille de la Fête-Dieu, ainsi que de la sainte Table, en suppliant Notre-Seigneur, par l'intercession de sa petite épouse, que notre enfant fût bien guéri et bien fort pour que lui aussi puisse faire sa première Communion.

Le docteur X., émerveillé de ce qui était arrivé à notre petit Ernest, ne voulut pas se charger de retirer son appareil; il préféra me renvoyer pour cela au spécialiste de Paris, afin qu'il pût, lui aussi, constater la guérison. Je ne pus y aller qu'au mois de juin, mais ce docteur ne voulut pas croire mon enfant guéri et refusa d'enlever l'appareil, disant qu'il lui fallait le porter encore plusieurs années, si, toutefois, il arrivait à le guérir. Je lui dis: «Vous voyez bien, docteur, que mon enfant est guéri puisqu'il marche.» Alors, devant la clinique entière, il me dit: «Cet enfant n'est pas guéri, il en est loin et je ne retire pas l'appareil, ou alors je ne réponds pas des suites fâcheuses qui en résulteront.» Le petit, intimidé et effaré, ne voulait plus qu'on le touche et pleurait. Voyant tout cela, je dis au docteur que je voulais lui parler seule. Je sortis de la salle avec lui et, une fois dans son cabinet de consultation, je lui avouai, bien émue, ce que j'avais fait, comment cette guérison avait été obtenue par la prière et comment mon mari et moi étions revenus à Dieu. Ce docteur, qui est pratiquant, me crut alors et me dit: «Cela est autre chose!» Et, rentrant dans la salle, il dit à ses aides: «Messieurs, coupez l'appareil!» Puis, se tournant vers moi, il me dit: «L'enfant marche avec son appareil, maïs je ne serais pas surpris qu'il y ait un abcès, et certainement il y en a un; nous allons voir.»

Certes, je n'en croyais rien, puisque l'enfant ne souffrait pas depuis ce jour béni de la Pentecôte!... Enfin, un interne coupa le plâtre après m'avoir dit: «Vous avez tort.»

Le côté et la jambe de mon fils apparurent très beaux, tandis qu'au mois de février la peau était toute tuméfiée. Alors le docteur dit: «Oui, il y a un abcès, et un très grave»; et il fit une ponction pour vider l'abcès qui s'était formé et qui était la preuve de la coxalgie tuberculeuse. Il retira deux seringues de pus en me disant: «C'était mortel. Vous avez bien fait de venir et d'insister pour faire enlever l'appareil; cet abcès profond serait venu à la peau et aurait causé un ulcère qu'on n'aurait pu guérir; mais, à présent, il faut de toute nécessite remettre un nouvel appareil».

Aussitôt je m'écriai: «Non, non, je ne veux pas d'appareil, je suis certaine que mon enfant est guéri.--Eh bien, allez, dit le docteur d'un air mécontent; mais votre enfant va endurer de si cruelles souffrances que d'ici deux jours vous reviendrez, s'il n'est rien survenu avant.»

Il voulait dire: «Si votre enfant n'est pas mort», car il pensait, nous a dit la sœur directrice de la clinique, qu'il ne ferait pas le voyage.

L'enfant avait le côté sensible, c'est vrai, mais l'avoir eu si longtemps immobilisé, ce n'était pas extraordinaire!

Je ne dis rien et partis en gardant toute ma confiance. Je me rendis chez une tante, ma seconde mère, qui est femme de chambre au Luxembourg. La dame de la maison fit donner à mon petit Ernest un consommé de bouillon, une aile de poulet, une tartine de confiture, un gâteau et deux verres de vin qu'il trouva excellents.

Le voyage de Paris à Lisieux se fit sans qu'il ressentît aucune douleur; il dormit paisiblement dans le wagon, ce que le docteur apprenant, il n'en revenait pas; car il croyait bien apprendre sa mort ou qu'il avait souffert d'une manière épouvantable, plutôt qu'une chose aussi miraculeuse!

Au mois d'août nous retournâmes à Paris, et le docteur trouva à peine une demi-seringue de pus dans l'abcès qui s'était formé sans occasionner la moindre souffrance. «C'est vraiment merveilleux, dit-il, un cas pareil! en si peu de temps, s'asseoir et se mettre à genoux! Cela me surpasse!»

Nous y retournâmes encore fin septembre et, après examen de quatre docteurs, on ne trouva plus rien: ni abcès, ni ankylose; l'articulation de la hanche se faisait très bien; ces messieurs étaient stupéfaits: «Mais, où tout cela est-il passé en si peu de temps?» disaient-ils; ils ne trouvaient même plus la place de l'ancien abcès.

Or, ma bonne Mère, dans l'état où était le petit, il fallait compter au moins six ans, si toutefois on avait pu le guérir.

Encore un fait que je dois vous dire. D'abord il faut que vous sachiez qu'Ernest n'osait pas se risquer à marcher sans deux petits bâtons. Le 15 août, en rentrant de la grand'messe, il se mit tout à coup à fixer un objet invisible; sa figure était illuminée. Puis il se mit à marcher sans bâtons, très droit, pendant cinq minutes; on aurait cru que quelqu'un le tenait par les épaules; mon mari et moi, nous nous demandions ce qu'il avait. Il nous dit: «C'est ma petite Mère Thérèse qui me tient comme cela et qui me fait marcher sans m'appuyer; je ne la vois pas, mais je la sens derrière moi.» Et comme i! fixait toujours le mur, les yeux comme éclairés d'une céleste vision, nous lui dîmes: «Mais, que vois-tu, mon petit Ernest?» Il s'écria: «Oh! ma petite Mère est partie!» En effet, tout était fini... Mais que nous étions heureux!.....

A partir de ce jour béni, il marcha sans se tenir et beaucoup mieux; l'appétit revint tout à fait; maintenant il mange très bien et dort de même, marche sans appui et va tous les jours à l'école. Sa jambe encore bien faible le fait boiter, mais j'ai confiance en la petite Sr Thérèse pour lui enlever cette faiblesse. L'autre jour, en jouant, il est tombé et ne s'est aperçu de rien, malgré que le docteur nous ait prévenus qu'il fallait éviter la moindre chute qui, pour lui, serait très grave.

Voilà, ma révérende Mère, comment Sr Thérèse protège son petit enfant. Aussi est-ce avec une profonde reconnaissance que nous vous adressons, mon mari et moi, cette relation et que nous serions heureux si elle pouvait aider à glorifier Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. C'est là notre plus grand désir!

Suivent les signatures de la mère, du père et de l'enfant, avec l'attestation d'un des médecins.

108.

24 octobre 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Le récit que vous avez bien voulu m'envoyer m'a prouvé encore davantage que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus est au ciel pour nous, et m'a rappelé une de ses visites, quelques mois avant mon départ de Trinidad. Elle ne vint pas pour me faire des caresses, mais pour m'adresser un reproche fraternel, car, dans la journée, j'avais manqué à la charité.

J'avais, à la procure, un petit bout de crayon que je regardais comme une relique, car il venait de mon pauvre père. Un jour, ce crayon disparaît et, intérieurement, j'accuse une de nos sœurs qui se servait parfois des plumes et crayons à notre usage. Pendant plusieurs jours j'oubliai le crayon, lorsqu'un matin l'attachement a cette relique se fit de nouveau sentir. En récréation, je demande à la sœur d'un ton un peu fâché si le crayon en question ne se trouve pas à l'externat. La bonne sœur me dit que, pour le moment, elle ne se souvient pas de ce larcin, mais qu'elle est bien capable d'oublier de me rendre un objet prêté. Peu satisfaite, je vais dans l'après-midi chez la Mère Prieure lui exposer ma peine et lui dire que certainement le crayon était à l'externat. Une bonne leçon de détachement fut la consolation que me donna la Mère Prieure.

Dans la nuit, je vois en rêve Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus qui, d'un air doux mais un peu mécontent, me dit: «Vous avez, manqué à la charité en accusant injustement Sr X. d'avoir pris votre crayon. Le crayon que vous cherchez est dans le tiroir du bureau de la procure entre le bois et le papier que vous avez mis pour le préserver.» En même temps, je vois le tiroir s'ouvrir et j'aperçois le crayon à la place indiquée. Après m'avoir encore recommandé la charité, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus disparaît et l'Angélus sonne. Pendant l'oraison, la messe et même l'action de grâces, je ne voyais que ma céleste visiteuse me reprochant mon manquement à la charité et m'indiquant la place du crayon. Vous comprenez, ma Mère, qu'au premier moment libre j'allai à la procure, j'ouvris le tiroir, et ce n'est pas sans émotion que je trouvai le crayon exactement à la place où je l'avais vu la nuit. Alors, en hâte, je le portai à la Mère Prieure qui, émue elle aussi des attentions de Sr Thérèse, me recommanda d'être bien fidèle à suivre les conseils du second ange gardien que le bon Dieu m'avait donné.

Sr X., religieuse dominicaine.

109.

Lisieux (Calvados), novembre 1910.

Il y a quatorze ans, mon fils aîné fit sa première Communion. Ce jour-là, le prêtre chargé du catéchisme nous prit à part, son père et moi, et nous dit: «Je vous plains de n'avoir que cet enfant; il a de mauvaises dispositions, et vous aurez beaucoup à en souffrir plus tard.»

Cette déclaration laissa mon mari tout pensif. Pour moi, je me mis à prier de tout mon cœur pour obtenir de Dieu un autre enfant que je promis de lui consacrer.

Dix mois après naissait mon second fils.

A cette époque, notre aine commençait déjà à se perdre, et bientôt il nous quitta tout à fait et ne nous donna plus de ses nouvelles qu'à de rares intervalles.

Le cadet, à peine âgé de 7 ans, disait qu'il voulait être prêtre, et il entra au petit Séminaire. Je le donnai avec joie au bon Dieu, mais il n'en était pas de même de mon mari qui, à plusieurs reprises, voulut le retirer du Séminaire pour lui faire apprendre un métier. Cette année 1910, à Pâques, l'enfant tomba malade, et un jour, pendant sa maladie, son père lui raconta un rêve mystérieux qu'il avait fait la nuit précédente: «J'ai vu, dit-il, Sr Thérèse avec son manteau blanc; elle paraissait triste...» Le petit, regardant son père, lui dit: «Papa, c'est parce que tu ne veux pas que je sois prêtre. Je t'en supplie, va la prier sur sa tombe pour ma guérison.»

Ce jour-là même, mon mari alla deux fois au cimetière; et peu de temps après, notre fils pouvait reprendre ses études. Mais quand il fut rentré à la maison pendant les vacances, son père recommença à dire qu'il ne consentirait jamais à le laisser suivre sa vocation. Puis il déclara qu'il ne s'approcherait pas des Sacrements pour la fête de l'Assomption.

Dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 août, il vit en songe le prêtre (mort depuis plusieurs années) qui s'était occupé de notre fils aîné pour sa première Communion. Ce prêtre lui serra la main en lui rappelant ses paroles d'autrefois. Comme il y restait indifférent, il leva les yeux et vit Sr Thérèse; en même temps, il entendit ces paroles prononcées d'un ton solennel: «Souvenez-vous de ce qui vous a été prédit, il y a quatorze ans, sur votre fils aîné. Rappelez-vous encore que le second ne vous a été donné que pour répondre au pieux désir de sa mère.»

Il s'éveilla très ému et me raconta ce qui lui était arrivé, ajoutant: «Je me confesserai et communierai aujourd'hui.»

Le dimanche 4 septembre, je me rendis au cimetière avec mon fils. Chemin faisant, je me mis à lui parler, avec douleur, de son frère aîné, et l'enfant me répondit avec animation: «Maman, puisque Sr Thérèse t'a accordé toutes les grâces que tu lui as demandées pour moi, je t'en prie, laisse-moi de côté maintenant et prions ensemble pour la conversion de mon frère.»

Arrivé sur la tombe, l'enfant se mit à réciter avec ferveur un Ave Maria pour son frère. A peine avait-il commencé sa prière qu'il sentit un parfum délicieux et inconnu. Au retour, en descendant le chemin du cimetière, au moment où je lui parlais de l'exhumation de Sr Thérèse qui devait avoir lieu deux jours après, nous sentîmes passer à côté de nous comme un être céleste que je ne saurais pas définir, c'était comme un souffle chaud et embaumé. Ce passage fut très rapide.

Nous restâmes tout impressionnés, et le petit me dit: «C'est la petite Sr Thérèse! Je suis sûr qu'en ce moment mon frère a une bonne inspiration et qu'il vient d'obtenir une grande grâce. Sr Thérèse vient nous dire que nous sommes exaucés.»

L'enfant ne s'était pas trompé. Le matin du 8 septembre, comme nous sortions de la Messe, le facteur vint à nous en souriant pour nous dire qu'une lettre nous attendait à la maison.

Cette lettre, datée du 4 septembre, était de mon malheureux enfant. Ce nouveau prodigue avait obtenu la grâce du repentir au jour et à l'heure même où nous accomplissions pour lui notre pèlerinage à la tombe de la «petite sainte», et il nous demandait de l'aider à quitter sa vie coupable et à mettre fin à sa situation irrégulière.

X.

110.

B. (Belgique), 9 novembre 1910.

Intimement persuadé que le bon Dieu s'est servi de l'intermédiaire de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pour m'accorder la plus grande des grâces, je crois de mon devoir d'en marquer ici l'expression de ma profonde reconnaissance.

Bien qu'ayant reçu une éducation profondément chrétienne, j'étais, hélas! comme Augustin, la victime de toutes les séductions, et sauf un naturel instinct de révolte contre toute intolérance sectaire, tout en moi démentait les pieuses ardeurs de ma jeunesse. Je lisais cependant parfois des vies de saints, mais je n'y cherchais que de curieux problèmes de psychologie; j'étais un dilettante, et je ne trouvais dans ces lectures que l'amusement d'un instant.

C'est ainsi qu'un jour,--je dirais par hasard, si tout ici n'était providentiel--disons: sans motif humainement plausible, le samedi 23 juillet 1904 (je n'oublierai jamais cette date!) j'achetai l'Histoire d'une âme. J'en entamai la lecture, je la poursuivis toute la nuit et, remué jusqu'aux fibres les plus intimes de l'être, je ne cessai de sangloter comme un enfant. J'avais à cette date 36 ans. Le surlendemain, je me confessai. L'année suivante, j'étais tertiaire du Carmel. Je suis loin d'être un saint, et Sr Thérèse a en moi un bien triste client; mais enfin, ce que je puis avoir de bon, c'est à coup sûr à elle que je le dois.

Inutile de vous dire, ma révérende Mère, que depuis lors je professe pour sa mémoire un véritable culte. Le Père Jésuite auquel je me suis confessé--vous pouvez avoir son témoignage si vous le désirez--estimait que j'étais l'objet d'une grâce extraordinaire.

Je vous autorise, ma révérende Mère, à faire de cette communication l'usage que vous jugerez bon pour la gloire de ma céleste bienfaitrice.

X., avocat à la Cour d'appel.

111.

Hospice de Lisieux (Calvados), 18 novembre 1910.

Je suis heureuse d'ajouter aux témoignages de reconnaissance déjà si nombreux pour Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, celui de ma profonde et vive gratitude, car elle a exaucé mes prières en m'obtenant la guérison d'une tumeur que le chirurgien jugeait inopérable, et notre docteur ne pouvait même plus me soulager.

Il y a six ans (j'en ai 70), je commençai à éprouver de vives douleurs dans un côté de l'abdomen; mais depuis quatre ans, les souffrances étaient devenues plus vives et continuelles.

Cette tumeur[276], dont le docteur me disait atteinte, gênait plusieurs organes intérieurs, ce qui augmentait et multipliait les souffrances.

Au mois d'août 1910, je fis une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. J'avais d'abord reçu une relique de la petite Sœur; puis un jour, on me donna de la terre et des fleurs de sa tombe, je les mis sur moi, et je les portai et les porte encore avec respect et vénération.

Pendant cette neuvaine, j'éprouvai des douleurs terribles. Un jour même, en descendant l'escalier, elles redoublèrent de violence et je sentis quelque chose qui me torturait les membres à tel point que je tombai sur les degrés. Le docteur, appelé par notre Mère, ne put en aucune façon me soulager. Cependant je continuais à prier, ayant toujours confiance que, si c'était la volonté de Dieu, Sr Thérèse m'obtiendrait ma guérison.

Mon espoir si grand ne fut pas trompé, car le 23 août, dernier jour de la neuvaine, je me sentis tout à coup complètement guérie et débarrassée de mon mal. Je pus faire un voyage et passer quelques jours chez ma nièce. Là, je me nourris de tout ce que l'on me présenta; entre autres, je mangeai des tripes et du canard que je digérai très bien, tandis qu'auparavant je ne pouvais prendre que du lait, quelques potages, et l'estomac ne les digérait pas toujours.

Je ne cesse de remercier chaque jour ma chère petite sainte car, en plus de ma guérison, elle m'a obtenu de très grandes grâces spirituelles. Aussitôt que je me sentis guérie, j'éprouvai un bonheur inexprimable, une sorte de faim de prière. Il me semblait m'entendre dire: «Prie, prie sans cesse.» J'aurais voulu, je voudrais encore pouvoir le faire jour et nuit et être retirée dans un cloître afin de prier avec plus de recueillement.

Comment après cela, ma révérende Mère, vous dire mon affection et ma reconnaissance pour Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus?... Je voudrais faire connaître partout la bonté et la puissance de ma céleste bienfaitrice et répéter sans cesse des paroles à sa louange. Si j'entendais dire quelque chose contre elle, jamais je ne pourrais le supporter.

Sr M.-J., religieuse converse.

Suivent les signatures de la Mère Supérieure, de M. l'Aumônier de l'établissement et le certificat du docteur X.

112.

R., France, 27 novembre 1910.

M.-M. L., dont les parents demeurent à P. (Côtes-du-Nord), était, il y a trois ans, chez les Sœurs Franciscaines de R., comme aide garde-malade.

Certain jour elle venait de la cuisine portant à bout de bras un grand plateau contenant le repas des malades, quand, à la descente d'un escalier de ciment dont les marches sont bordées de fer, elle glissa, tomba en arrière et se blessa grièvement aux reins et à la hanche droite.--Souffrant beaucoup de ces deux blessures, elle continua très courageusement son travail pendant cinq mois environ.

Elle rentra ensuite chez elle, à P..., pour aider sa mère chargée d'enfants. De plus en plus malade, elle fit ce qu'elle put, s'arrêtant ou marchant, selon le répit laissé par les crises. A ce moment on s'aperçut d'un commencement de claudication. Dix mois environ se passèrent en pareille alternative.

Alors il y eut aggravation du mal par une enflure de la hanche, par «une poussée du corps vers la gauche», comme dit la malade; enfin par un plus sensible rapetissement de la jambe droite.

N'y tenant plus, elle revint à R... le 24 juillet 1910. Malgré les soins des religieuses, la malade dut s'aliter le 3 août suivant, tant les souffrances lui rendaient la marche intolérable. Le 3 août, visite du médecin ordinaire de la communauté, le docteur B., qui diagnostiqua une coxalgie. Le 20 août, il ordonna la mise en gouttière. Les souffrances de la malade étaient passées entre temps à l'état si aigu qu'elle ne pouvait supporter, sans crier, qu'on la touchât aux parties malades: la hanche, les reins et le genou.

C'est à cette époque de douleurs intenses que lui vint l'idée de faire une neuvaine à la «petite sainte de Lisieux»; cette neuvaine commença le 17 septembre 1910, pendant laquelle elle appliqua sur le mal une petite relique. Le 26 septembre, jour final de la neuvaine, aucun changement sensible. On décida de continuer les prières avec application de la relique.

Le lundi 3 octobre, commencement d'une nouvelle neuvaine. Le soir la malade est réveillée subitement par des douleurs atroces qui durèrent sans répit depuis 11 h. jusqu'à 3 h. du matin. A 3 h. elle croit entendre une sorte de craquement dans sa hanche; la souffrance disparaît, elle s'endort. A son réveil, elle assure à la garde-malade qu'elle est guérie; celle-ci ne veut pas le croire; alors la miraculée se lève et se jette dans ses bras.

La Sœur ne peut retenir ses larmes en voyant la réalité du prodige.

La malade était en effet complètement guérie.

(Récit de l'aumônier complété par la miraculée à son pèlerinage d'action de grâces au tombeau de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.)

Suit le certificat du docteur légalisé à la mairie de R.

113.

St-D. (Seine), 29 novembre 1910.

L'une de nos jeunes Sœurs novices était atteinte d'entérite muco-membraneuse, occasionnant de continuelles souffrances augmentées par des crises aiguës très fréquentes que le docteur déclarait être des crises appendiculaires. Les médecins, après avoir songé à une intervention chirurgicale, jugèrent plus prudent de ne pas la tenter à cause de la faiblesse du tempérament et prescrivirent un régime alimentaire très sévère qui débilitait la malade sans amener l'amélioration désirée. Elle y était condamnée depuis dix mois et ne pouvait d'ailleurs s'en écarter, ni se livrer à une occupation quelque peu fatigante, sans souffrir extrêmement.

La pauvre enfant se désolait dans la crainte fondée de n'être pas admise à la profession et de se trouver obligée de rentrer dans le monde, malgré son désir ardent de se consacrer à Nôtre-Seigneur. Lors du pèlerinage national à Lourdes, au mois d'août dernier, elle avait demandé et obtenu l'autorisation d'aller solliciter sa guérison sur la terre privilégiée de la sainte Vierge. Mais notre petite malade nous était revenue dans un état de souffrance qu'aggravait la fatigue du voyage.

Alors tout le noviciat implora avec une ferveur persévérante l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dont la vie offre naturellement à ces petites âmes désireuses d'aimer Nôtre-Seigneur un idéal bien capable de les attirer.

Jusqu'au 15 octobre, rien ne changea dans la situation de la malade. Ce jour-là, à 4 h. de l'après-midi, elle ressentit tout à coup de vives douleurs et crut qu'une crise plus violente que les précédentes s'annonçait. Mais après quelques minutes, dit la jeune Sœur, une sorte de secousse intérieure se produisit, et instantanément toute douleur disparut. Croyant à peine à son bonheur, elle le fit connaître discrètement autour d'elle et, le soir même, elle put prendre un repas plus substantiel sans éprouver aucune souffrance. Convaincue de sa guérison radicale, elle désirait se mettre immédiatement au régime commun; nous ne l'y autorisâmes que peu à peu. Maintenant elle suit, sans aucune exception, la vie de communauté, elle prend sa part de travail et ne ressent aucun retour du mal qui a disparu avec toutes ses conséquences.

Cette guérison instantanée ne nous laisse aucun doute sur la douce et puissante intervention qui nous l'a obtenue.

Après une attente de plus de six semaines, nous regardons comme un devoir sacré de faire connaître cette faveur, selon le très vif désir de l'heureuse novice qui craint déjà de se montrer ingrate envers sa sainte protectrice.

Sr St-V.,

Supérieure générale des religieuses de N.-D. de la Compassion.

114.

L. (Hautes-Pyrénées), novembre 1910.

Notre fillette, âgée de trois ans, tomba malade après avoir mangé des mûres où se trouvait probablement quelque insecte venimeux. Elle fut prise d'un tel délire qu'elle ne nous reconnaissait plus. Elle avait le ventre enflé et dur comme une pierre; elle reposait très peu et ne pouvait supporter qu'on la touche sans pousser de grands cris, tant la souffrance était atroce. Ses violentes crises la laissaient épuisée et mourante; à peine pouvait-elle prendre quelques gouttes de lait. Le médecin était très inquiet.

Le 24 octobre, une personne pieuse, touchée de notre douleur, donna à la grand'mère qui soignait notre pauvre petite, une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et l'engagea à commencer une neuvaine à cette sainte religieuse. De retour à la maison, notre mère profita d'un moment très court où la petite s'était assoupie--car elle criait lorsqu'on s'approchait d'elle, craignant qu'on ne la touche--pour poser la relique sur la partie douloureuse. Un instant après, l'enfant se réveillait en souriant. Emue et pleine de confiance, la grand'mère se mit alors à genoux, reprit dans ses mains la relique et demanda avec ferveur à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus la guérison de sa petite-fille. Immédiatement elle se sentit enveloppée d'un parfum délicieux qui l'embauma pendant plusieurs minutes. A partir de ce moment, sans recourir à aucun remède humain, l'enfant alla de mieux en mieux, et le dernier jour de la neuvaine, qui était celui de la Toussaint, elle était complètement guérie.

Suit la signature des parents.

115.

A., Belgique, 2 décembre 1910.

Le soussigné E. T., vicaire de Saint-Augustin à A., atteste que Mlle Marie V., âgée de 74 ans, portait depuis quatre à cinq ans sur la joue droite une espèce de durillon bien vilain. Ce mal, tout petit dans les commencements de son apparition, se développait peu à peu et prenait dans ces derniers temps des proportions inquiétantes, à tel point qu'on songea à le faire enlever par une opération chirurgicale; mais on craignait un résultat désastreux, surtout pour une personne d'un âge si avancé. En un mot, il s'agissait d'un cancer.

Au mois de novembre dernier, une religieuse du Carmel de M... envoya à l'intéressée une petite relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, avec conseil d'appliquer la relique sur la partie malade et d'invoquer avec confiance la petite sainte. Il fut fait ainsi; et, dés le premier jour de la neuvaine, après qu'on eut appliqué la relique, le durillon commença à diminuer progressivement.--Il noircit, blanchit, enfin se détacha et disparut.

Les membres de la famille et les connaissances de Mlle V. sont unanimes à exprimer leur grand étonnement au sujet de cette disparition merveilleuse, disparition coïncidant d'une façon surprenante avec l'application de la relique ainsi qu'avec les prières de la neuvaine.

Le soussigné déclare avoir suivi les différentes phases du développement et surtout de la disparition rapide et extraordinaire de ce mal si inquiétant.

Abbé E. T., vicaire.

116.

Carmel de Tulle (Corrèze), novembre 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

En même temps que je vous demandais des prières pour la guérison de Mme X., j'écrivis à une personne de notre connaissance pour lui demander de faire la neuvaine avec vous. A peine cette dame recevait-elle ma lettre et l'image de Sr Thérèse qu'elle posa celle-ci sur son front et se trouva complètement guérie, car elle était très malade elle-même.

Il n'est pas étonnant que notre bien-aimée Sœur se soit penchée vers elle; âgée, malade et accablée de grandes peines, elle était bien digne d'attirer sa compassion.

Relation de la personne guérie.

Nîmes (Gard), 13 décembre 1910.

Souffrante depuis 25 ou 30 ans (j'ai 80 ans), je passais une partie de l'année au lit, ne pouvant prendre d'autre nourriture qu'un peu de lait ou presque rien.

Vers l'époque de la fête de sainte Thérèse, j'endurais des douleurs très vives dans le cerveau, dans les yeux et dans les oreilles; ma vue était troublée, mes idées semblaient m'abandonner; je ne pouvais rester debout sans me trouver mal.

Le 15 octobre, j'eus la pensée d'écrire au Carmel de Tulle afin qu'on intercède pour moi auprès de la grande sainte Thérèse.

Le jour même, on m'écrivait de ce Carmel en m'envoyant l'image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et me disant de la prier.

Je reçus cette lettre le 16 octobre; je pris l'image bénie et la posai sur mon front en invoquant Sr Thérèse. Immédiatement toute souffrance disparut; je ne ressentis plus les douleurs qui me venaient du cœur, du foie, des rhumatismes et de l'albumine; ma vue devint claire, je pus lire et travailler sans éprouver aucune fatigue. En outre, depuis ce jour, je mange avec appétit, je dors bien, et j'assiste à la Messe tous les matins, à 7 h., ce qui fait l'admiration de tout le monde. On m'appelle la ressuscitée. Je suis toute transformée.

Ma fille et ma petite-fille, qui sont venues passer les fêtes de la Toussaint chez la grand'mère paternelle, n'en pouvaient croire leurs yeux. Elles ont répandu la grâce obtenue. Les malades viennent chez moi prier devant la sainte image qui m'a guérie et la baiser.

Gloire à Dieu et remerciements à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus! Sa Vie est un festin délicieux pour mon âme; elle me ravit tellement que je suis continuellement absorbée dans sa pensée.

V** ROUMIEUX.

117.

Fours (Nièvre), 10 décembre 1910.

Je venais de m'offrir en victime à Nôtre-Seigneur quand je reçus le livre de la petite Sr Thérèse. Je l'ouvris par hasard le 6 août, jour de la Transfiguration, et aussitôt je me sentis envahi, comme je ne l'avais jamais été, par les ardeurs de l'amour divin. Au même instant où je commençais à lire, je sentis--oh! mais intensément--la présence à côté de moi de la petite Sr Thérèse.

FERNAND RICHARD[277].

118.

29 décembre 1910.

Relation de la Rde Mère Prieure du Carmel de X.

En février 1909, Sr X. fut atteinte d'un gros rhume, accompagné d'une toux fatigante. Le 1er mars, elle eut une hémorragie, suivie de fortes douleurs à la poitrine et au dos, et sa faiblesse devint grande. Les hémorragies se renouvelèrent, presque chaque jour, jusqu'au 1er avril. Ce jour-là, le médecin déclara que les poumons étaient sérieusement atteints.

En avril et en mai, le mal empira, et elle fut condamnée par le docteur qui exigea qu'elle fût séparée du reste de la communauté à cause de la contagion. Je remis alors à la malade une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et je fis avec les Sœurs deux neuvaines à la chère petite sainte que nous vénérons beaucoup ici et qui nous a obtenu de grandes grâces.

A la fin de la deuxième neuvaine (le 2 juillet 1909), la malade était guérie. Il y a de cela dix-huit mois et elle continue à jouir d'une santé parfaite.

Relation du docteur.

J'ai soigné la Sr X. au cours d'une maladie très prolongée qui s'était annoncée par tous les symptômes de l'influenza aiguë et qui, s'étendant aux deux poumons, présenta ensuite les symptômes d'une consomption aiguë. Il y avait expectoration abondante, muco-purulente; une fièvre hectique d'un caractère très prononcé; un pouls extrêmement rapide et très faible, des sueurs abondantes la nuit, et un dépérissement tel que la malade fut presque réduite à l'état de squelette.

Les remèdes habituels: inhalations de formol, absorptions de créosote furent employés sans succès et je m'attendais tous les jours à recevoir la nouvelle de sa mort. Alors les religieuses de sa communauté eurent recours à la prière et, à mon grand étonnement, je l'avoue, une amélioration rapide se manifesta, et bientôt eut lieu la guérison complète. Le cas de la malade était cependant désespéré et rien moins qu'un miracle ne pouvait la sauver de la mort.

Docteur X.

119.

Belgique, décembre 1910.

Quelques jours après avoir subi ma douloureuse opération, le 9 décembre, Dieu me fit la grâce de comprendre et de sentir que je n'étais pas inutile à la Cause de Sr Thérèse et que ma vie de souffrances, offerte dans ce but, l'aiderait à accomplir sa mission. Depuis cette lumière, mon âme est dans un ineffable abandon, dans un état d'acquiescement complet à tout ce que Dieu voudra pour aider l'œuvre de la chère petite sainte.

Celle-ci a voulu me montrer, par une vision symbolique, jusqu'où elle pourrait m'entraîner dans cette voie; elle m'a fait entrevoir le calice de Jésus avec ses amertumes.

Il me semble, ma Mère, que le démon serait intéressé à ce que je ne parle pas de cette faveur, car le jour où je fus engagée à vous en faire la confidence et au moment même où je m'y décidai, je fus torturée pendant un quart d'heure par une puissance infernale qui voulait m'empêcher de parler.

Je dois dire d'abord que, depuis mon opération, je reçois chaque jour Nôtre-Seigneur dans ma chambre. La religieuse qui me soigne me fait boire, après l'action de grâces, l'eau des ablutions.

Le lundi 12 décembre 1910, je faisais comme d'ordinaire mon action de grâces, les yeux fermés, quand une religieuse s'approcha de moi, ayant à la main un petit verre dont le contenu un peu trouble, comme laiteux, me frappa. Je bus une longue gorgée du liquide qui m'était présenté; aussitôt une amertume affreuse se répandit dans ma bouche; je pensais au fiel qui abreuva Nôtre-Seigneur et j'hésitais à achever disant: «O ma Sœur, comme c'est amer! j'en ai pris assez, je vous assure, et n'en pourrais prendre davantage.» Mais la religieuse, me le présentant de nouveau, me dit: «Buvez, buvez encore, car au fond c'est Jésus!» J'achevai avec effort de boire l'amer breuvage et repris mon action de grâces. Un moment après survint mon infirmière apportant le verre d'eau habituel. Je lui dis avec simplicité: «Pourquoi m'en donner deux aujourd'hui, vous venez de me l'offrir déjà tout à l'heure?»--«Mais non, répondit-elle en riant, à quoi donc pensez-vous?»

Alors je commençai à comprendre qui m'avait apporté le premier verre à la mystérieuse amertume!

Dans la même matinée, Dieu acheva de m'éclairer. Il permit qu'une personne de mon entourage ayant vu, dans mon état, des symptômes alarmants qui ne m'auraient pas inquiétée à cause de mon inexpérience, eut la maladresse de me dire que je ne guérirais pas et qu'il me faudrait deux opérations successives et des plus graves. A cette épreuve s'en ajoutèrent, en même temps, d'autres plus intimes et non moins crucifiantes.

C'était bien Sr Thérèse qui était venue me présenter le calice de ma passion! Depuis elle continue de m'abreuver divinement; chaque jour amène sa goutte d'amertume, goutte délicieuse puisque la chère sainte est là pour m'aider à la boire et à l'offrir à Jésus.

Dans les sacrifices plus grands qui m'attendent encore, c'est Jésus que je vois; Thérèse me l'a dit, et ce mot d'elle a suffi pour jeter sur ma vie entière cette lumière pénétrante qui réduit tout en joie.

X.

120.

Hospice de Cl. (Seine), 30 décembre 1910.

Nous avons été témoin de la guérison d'une jeune fille de 17 ans, atteinte d'hydrarthrose du genou droit, en traitement ici depuis quatre mois, sans aucune amélioration, et qui devait, d'après l'avis du docteur, subir une grave opération.

Malade depuis l'enfance, elle a déjà été opérée plusieurs fois et a été longtemps traitée dans les hôpitaux pour des humeurs froides.

Dans l'attente de son admission à l'hôpital Necker (Paris), nous eûmes la pensée de vous écrire pour demander des reliques de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. A leur arrivée, la pauvre malade pleine de confiance commença pieusement une neuvaine avec son infirmière, et nous appliquâmes sur le genou un sachet contenant un morceau du rideau du lit d'infirmerie de la petite sainte.

Dès le premier jour, qui était le 10 décembre 1910, la malade fut prise de vomissements violents, ce qui nous parut étrange, car elle a un très bon estomac et montrait d'habitude un excellent appétit. Les vomissements durèrent ainsi jusqu'au 13. La pauvre enfant souffrait beaucoup aussi d'un violent point de côté. Chaque jour l'infirmière lui lisait, pour l'encourager, quelques guérisons dues à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Alors sa confiance se ranimait; elle voulait être toute seule et priait continuellement l'angélique sainte. Elle affirme que, dans la nuit du 13 au 14, Sr Thérèse lui dit en songe: «Je te guérirai» (la malade ordinairement ne rêvait jamais).

La journée du 14 fut fort pénible; les douleurs s'accentuèrent. Pas de changement le 15. Le vendredi 16 décembre 1910, septième jour de la neuvaine, le calme se fit, la malade sentit un grand mieux et, pleine de joie, se mit à chanter. Le samedi matin, au réveil, ne ressentant plus aucune douleur, elle sauta hors de son lit en s'écriant: «Je suis guérie!»

Nous examinâmes son genou: tout avait disparu. A midi, elle mangea sans aucun malaise. Le médecin arriva le lendemain, il regarda le genou, le tâta et s'écria: «C'est renversant! plus rien! Elle est guérie! renvoyez-la chez elle.»

Depuis, la miraculée se porte parfaitement et marche sans aucune fatigue.

SR TH., supérieure.

121.

Asile des Petites Sœurs des Pauvres, Lisieux, 30 décembre 1910.

Guérison d'un cancer à la langue.

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus a exaucé la prière d'un de nos bons vieillards (car bien qu'âgé de 60 ans seulement, il paraissait en avoir 80) qui lui demandait sa guérison.

Ferdinand Aubry--c'est le nom du privilégié de la petite Sainte--est entré dans notre asile au mois de mai 1910. Dès ce moment nous avons remarqué sur sa langue des taches qui nous firent craindre pour plus tard un cancer. Il commençait déjà à souffrir un peu. Aux mois d'août et septembre, les douleurs augmentèrent; il ne pouvait plus manger de viande ni prendre d'aliments chauds.

Le 22 septembre, la langue se trouvait très envenimée; le lendemain 23, la Sœur infirmière s'aperçut que le mal commençait à ronger les chairs. Le 24, M. le docteur V. vint le voir. Il trouva en effet la langue dans un état très grave. Selon notre conviction il était atteint, soit de gangrène, soit d'un cancer; mais nous pensions plutôt que c'était un cancer, à cause des taches que nous avions constatées à son entrée à l'asile.

Le docteur ordonna de l'envoyer à l'hôpital, car, disait-il, nous n'avions pas ici les tubes et ce qu'il fallait pour le soulager dans les horribles souffrances qui l'attendaient; il voulait en même temps nous épargner le spectacle de sa mort qu'il prévoyait devoir être affreuse. Nous pensions bien, nous aussi, qu'elle serait cruelle, car nous avions soigné déjà un vieillard atteint de cette maladie. En attendant son transfert, le docteur approuva que nous prenions des précautions sérieuses, comme celle de laver son linge à part. Il aurait voulu que nous l'isolions des autres vieillards à cause de l'odeur infecte qu'il exhalait. Il nous conseilla aussi de lui procurer sans tarder la sainte Communion afin qu'il pût la faire encore une fois avant de mourir, car le mal faisait des progrès rapides; il jugea même prudent de dire à Monsieur l'Aumônier de ne lui donner qu'une parcelle de la sainte hostie.

Dès le lendemain 25, on fit communier le malade. Quelques instants plus tard, nous lui donnâmes une image et une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus en lui disant d'avoir confiance en elle, et de lui faire une neuvaine pour obtenir sa guérison.

Nous avions confiance nous-mêmes, car cette petite Sainte si pure aime les pécheurs, et nous savions que les antécédents de ce pauvre homme n'empêcheraient pas sa céleste charité de s'exercer sur lui. Il avait vécu de longues années loin du bon Dieu, adonné au vice abrutissant de l'ivrognerie. A son arrivée ici, nous avions agi avec lui selon notre coutume en pareil cas, ne le sevrant pas tout à coup, mais l'habituant peu à peu à la sobriété; et, sa bonne volonté et son courage aidant, il avait fini par se corriger tout à fait.

Quand je lui fis connaître la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je lui lus le passage de sa vie où elle parle d'un pauvre vieillard à qui elle porta l'aumône et qui lui inspira une si vive compassion qu'elle se souvint de lui le jour de sa première Communion. Le bon Ferdinand en fut touché; cette petite Sainte qui aimait les pauvres et les vieillards l'avait conquis. Aussi fit-il sa neuvaine, selon son expression, «avec deux cœurs». Tous les vieillards, émus d'une vive pitié, s'unirent à sa neuvaine en récitant la «prière pour demander la béatification de Sr Thérèse».

Ce même jour, 25 septembre 1910, deux Petites Sœurs allèrent en pèlerinage à la tombe de la Servante de Dieu, à la même intention; et, le lendemain, M. l'Aumônier offrit le saint sacrifice de la Messe pour demander à Dieu la béatification de l'angélique Sr Thérèse et, par son intercession, la guérison de notre malade.

Le lendemain, lundi 26, l'infirmière, en pansant le pauvre homme, arracha avec un linge un lambeau de chair pourrie qui pendait de la langue. Elle en fut très impressionnée, car le mal parut encore plus visible; le bout de la langue avait disparu, et le reste continuait à se ronger. Le cou était très enflé. A chaque pansement, on voyait les progrès du mal. L'infirmière déclara plusieurs fois qu'il était impossible, à moins d'un miracle, que le malheureux guérisse.

Le mercredi 28, nous allâmes au Carmel demander un pétale de roses avec lesquelles Sr Thérèse avait embaumé et caressé son crucifix sur son lit de mort. Au retour, nous posâmes la relique auprès du malade. Revenant un instant après, nous fûmes surprises de ne rien retrouver dans le petit sachet authentiqué; nous lui demandâmes ce qu'il avait fait du précieux pétale: «Mais, ma Sœur, je l'ai mangé!» répondit-il d'un ton résolu et qui révélait sa foi profonde.

A partir de ce moment nous constatâmes une légère amélioration. Pour lui il ne disait rien, mais il ne souffrait plus. Nous l'apprîmes le 2 octobre lorsque, à notre grande surprise, il nous déclara tout à coup: «Je suis guéri!--Mais depuis quand?--Depuis trois ou quatre jours!»

Le lendemain, 3 octobre 1910, dernier jour de la neuvaine, nous priâmes notre docteur de venir voir notre miraculé. Nous le prévînmes de la guérison, mais il crut que nous nous trompions. Lorsqu'il arriva près du bon Ferdinand, celui-ci tout heureux ouvrit la bouche, et le docteur s'écria: «Il est guéri, sa langue est cicatrisée!»

Alors, d'une voix rendue à peine intelligible à cause de l'absence du morceau de langue que la gangrène avait fait disparaître, le vieillard demanda: «Ma langue va-t-elle repousser?--Oh! pour ça non, mon ami; n'y comptez pas, c'est bien impossible!» lui répondit le docteur étonné de cette foi naïve.

Mais la petite Sainte ne voulut pas se contenter d'avoir miraculeusement guéri son vieux protégé, elle lui obtint encore la merveille extraordinaire qu'il désirait; sa langue se mit aussitôt à repousser, et, à la fin d'octobre, elle avait repris l'aspect normal d'une langue parfaitement saine.

Notre vieillard était atteint de paralysie; aussi en lui faisant demander la guérison de sa langue, l'avions-nous engagé à demander en même temps celle de son autre maladie. Mais il ne l'avait pas voulu, disant que, pourvu qu'il ne meure pas de son cancer, tout le reste lui était égal. Il ne tenait pas à la vie et préférait même mourir dans les bonnes dispositions où il était.

Après être resté quelque temps dans un état stationnaire qui permit à de nombreux témoins d'admirer en lui la puissance d'intercession de la petite Sainte du Carmel, il s'affaiblit graduellement. Il put cependant encore, le 8 décembre, aller en voiture jusqu'au cimetière pour remercier sa céleste bienfaitrice; mais ce fut sa dernière sortie. Quelques jours plus tard, le 18 décembre 1910, il rendait doucement son âme à Dieu après avoir reçu les derniers sacrements avec une grande piété.--Il était dans une parfaite tranquillité d'âme. Un des soirs qui précéda sa mort, il dit: «Je suis si faible, je crois que je vais mourir cette nuit; pour ne pas déranger Monsieur l'Aumônier, on pourrait me donner tout de suite l'Extrême-Onction.»

Pendant son agonie, on l'encourageait par la pensée d'aller voir au ciel son angélique protectrice; alors il demanda dans une pensée d'humilité: «Mais, vais-je pouvoir entrer dans l'«appartement» où elle est?»

La nuit de sa mort, à onze heures et demie, l'infirmière voulut lui donner de l'eau bénite. Le malade lui prit la main et fit un geste qui indiquait son désir d'être aidé à faire le signe de la croix; il fixait en même temps avec attention le portrait de Sr Thérèse attaché au bénitier et paraissait ne pouvoir en détacher les yeux. On l'exhortait à avoir confiance en Dieu, lui promettant l'assistance de sa céleste bienfaitrice au moment de sa mort. En entendant le nom de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, il eut comme un tressaillement d'allégresse; son regard mourant s'illumina tout à coup et se dirigea en haut vers un certain point de la chambre. Il y avait dans ce regard comme une assurance de salut!!!

Encore une remarque sur l'organe guéri: avant de mettre le corps dans le cercueil, un docteur voulut examiner la langue, et nous pûmes voir avec lui qu'elle était restée belle et saine.

Puisse-t-elle chanter maintenant les miséricordes du Seigneur!

Sr X., supérieure.

122.

X., France, janvier 1911.

A la suite d'une fièvre typhoïde je fus prise, vers la fin de 1908, de vives douleurs au bras gauche qui annonçaient la carie des os. Une large plaie suppurante s'était formée au poignet et un jour, en baignant mon bras, je vis avec frayeur un petit fragment d'os s'en détacher.

Le médecin déclara l'urgence d'une opération: il s'agissait de mettre l'os à nu et de nettoyer la partie atteinte afin d'arrêter--si c'était possible--les progrès du mal.

Un retard forcé me permit d'aller, le 15 avril 1909, me recommander aux prières du Carmel de X. Là on m'engagea à prier Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et on me remit une de ses reliques. Je l'appliquai sur mon mal et elle y resta pendant la neuvaine que je commençai dès le lendemain, 16 avril, en union avec le Carmel.

Au jour fixé pour l'opération, le médecin arrive avec ses instruments de chirurgie, il stérilise la lancette qui doit fouiller mon pauvre bras tandis que je le débande. J'entre dans la salle d'opération, le docteur s'approche, regarde ma plaie: elle est cicatrisée; il s'écrie: «Mais c'est guéri, il n'y a pas besoin d'opération!» En effet je ne souffrais plus!

Près de deux ans se sont écoulés depuis et jamais la moindre douleur n'a reparu.

X.

123.

N.-D. de la Miséricorde de Lisieux, 2 janvier 1911.

Louise Lamy a été atteinte de grosseurs le long de la jambe droite en 1900. Il s'est formé du pus et une plaie. Avec les soins le mal a cédé, mais pour reparaître les années suivantes, et, à deux reprises surtout, a été très difficile à enrayer.

La malade ne pouvait rester couchée sur le côté droit sans être réveillée par les douleurs, et souffrait en marchant.

En 1907, le mal fit de tels progrès que, le 28 janvier, Louise dut entrer à l'infirmerie. Le médecin constata une nécrose à la cuisse droite. Il s'y forma trois trous sur une superficie de 15 à 20 centimètres. Le pus sortait en telle abondance qu'il fallait passer des drains pour l'écoulement, la plaie était pansée plusieurs fois par jour, et des paquets de linge étaient employés à chaque fois.

Les plaies et l'état général donnaient des craintes si sérieuses que le docteur commençait à désespérer de la guérison.

La malade ne pouvait supporter le moindre pansement sans souffrir d'atroces douleurs; elle ne pouvait s'appuyer aucunement sur la jambe, l'appétit avait disparu ainsi que le sommeil, et on s'attendait à un dénouement prochain.

Notre chère malade, qui aimait beaucoup Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, eut l'idée de lui faire une neuvaine. Elle la commença avec une grande confiance. Pendant cette neuvaine elle souffrit davantage. On lui conseilla d'en recommencer une seconde, puis, pour les pansements, on se servit d'une goutte d'huile bénite de la Sainte Face, pour laquelle Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus avait tant de dévotion. Vers le milieu de la neuvaine, Jeudi Saint, 28 mars, notre malade, qui avait passé une bonne nuit, sentit en s'éveillant qu'elle pouvait remuer la jambe et dit à la Mère infirmière qui se disposait à faire le pansement matinal: «Vous pouvez aller à la Messe sans me changer, je suis mieux.»

En effet, il restait de petits trous, mais qui ne la faisaient pas souffrir. La suppuration avait cessé. Les plaies mirent deux ou trois jours à se fermer. La malade s'était levée vers neuf heures. Le docteur venu pour la voir ne pouvait en croire ses yeux. «Je suis guérie, lui dit-elle, je ne souffre plus.»

L'après-midi, elle descendit à la cuisine et remonta les escaliers sans souffrance.

Le jour de Pâques, 31 mars, elle fut à la Messe à la chapelle, et s'agenouilla à la sainte Table, comme ses compagnes. Le docteur ne pouvait revenir d'un tel changement, car il ne voyait pas de remède à ce mal affreux.

L'année suivante, novembre 1908, ce même docteur demande à voir sa malade. Il est frappé de sa mine de santé; puis, après examen sérieux, ne trouvant aucune trace de l'horrible plaie, il se retire persuadé de l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Depuis, aucune rechute, la santé est excellente.

Sr X.

Supérieure.

Suit le certificat du médecin.

124.

Trouville-s.-Mer (Calvados), 2 janvier 1911.

J'avais, depuis l'enfance, une grosseur sous l'aisselle droite, semblable à une bille mobile placée entre cuir et chair. Elle se sentait très nettement à la palper, mais n'était pas visible à l'extérieur. Je n'en souffrais nullement.

Il y a quatre ans, elle augmenta de volume et devint douloureuse. Je consultai alors un médecin de Bernay qui l'appela «ganglion tubéreux» et me conseilla une opération pour plus tard.

Souffrant davantage, je consultai durant l'été 1905 un médecin de Trouville qui me fit subir un traitement continu, pendant trois mois et dix-sept jours. Il appela mon mal «kyste néogéne» et me l'ouvrit très souvent, c'est-à-dire plusieurs fois chaque semaine. Il en extrayait alors, à l'aide de pinces, de petits cheveux enroulés en forme de limaçon. Après ce traitement je souffris un peu moins, mais je n'étais nullement guéri.

Au printemps 1910, je fus repris plus violemment et incapable de travailler. La douleur se faisait sentir non pas seulement sous le bras qui me semblait comme rongé intérieurement, mais encore dans tout le côté du corps et de la tête, si bien que mon caractère avait complètement changé et que j'étais devenu, par la persistance du mal, d'humeur chagrine et irascible.

Une opération fut donc décidée par le docteur X. et le jour fixé à l'un des derniers samedis de mai, je ne sais plus lequel.--Par une coïncidence providentielle, une personne pieuse engagea ma femme à faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pour ma guérison. C'était la première fois que nous entendions parler de cette Sœur; nous nous empressâmes quand même de suivre le conseil.

Or, chaque jour de la neuvaine, nous constations que le kyste diminuait de grosseur et de dureté, si bien que le samedi, jour de clôture de la neuvaine et jour fixé pour mon entrée à la clinique, où l'opération devait avoir lieu le surlendemain lundi, la grosseur avait complètement disparu. J'hésitai à me rendre à la consultation; sur les instances de ma femme, je m'y décidai. Je trouvai le docteur X. en compagnie d'un autre chirurgien qu'il me demanda de faire assister à l'opération, à titre de témoin, car, disait-il, mon cas était intéressant et rare. Je lui répondis en souriant--car j'avais repris ma gaieté d'autrefois--que la présence d'un autre docteur ne me gênait nullement... puis je découvris l'épaule et le bras, et le docteur parut stupéfait quand, après avoir examiné et palpé de toutes façons le siège du mal, il constata qu'il n'y avait plus rien, que j'étais complètement guéri. Il me demanda si j'avais employé des remèdes nouveaux et lesquels; et, sur ma réponse négative, il me renvoya en disant: «C'est étrange! Enfin, si le mal vous reprend, je suis toujours là: vous viendrez me retrouver.»

Depuis cette époque, fin mai 1910, je n'ai plus jamais senti la moindre trace de cette grosseur, ni éprouvé la moindre douleur à l'endroit jadis malade; et pourtant, je me suis livré aux plus pénibles travaux.

En foi de quoi j'ai signé de plein cœur la présente attestation, attribuant ma guérison uniquement à la puissante intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus dont je n'ai jamais cessé depuis lors de porter les reliques et d'implorer la bienfaisante protection.

X.

125.

X., 2 janvier 1911.

Parmi les faveurs que l'on nous signale des cinq parties du monde, citons enfin celle-ci:

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Vous vous souvenez de mon pèlerinage à Lisieux, vous vous rappelez dans quel état de découragement je me présentai à vous. Vous m'avez promis alors de prier pour moi, et vous l'avez fait certainement car le même jour, sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, tandis que je sanglotais le front appuyé sur la croix, subitement le calme, la paix, l'abandon succédèrent à une angoisse mortelle; quand je dis paix, je veux parler d'un état de quiétude que je n'ai jamais ressenti, même aux heures divines de mes ordinations, et qui, depuis lors, ne m'a jamais quitté.

En même temps, une lumière subite inonda mon âme et la transforma. Sr Thérèse me faisait comprendre et m'obtenait la force de vouloir suivre la voie du renoncement total et continu. Ce fut un vrai miracle.

A cette même heure, ma mère, restée dans ma paroisse, reçut cette inspiration: «Inutile de te préoccuper, ton fils est guéri.» Elle ouvrit alors au hasard un livre de piété qu'elle tenait à la main, et ce fut le portrait de Thérèse qui s'offrit à ses regards. Elle le couvrit de larmes de joie.

Depuis lors, je suis comme sur un rivage béni, en possession d'une paix inexprimable.

Mais tout cela, ma Révérende Mère, n'est que le prélude des faveurs admirables dont je suis l'objet de la part de notre angélique Sœur. Je sens à tout moment l'assistance de quelqu'un qui féconde et conduit merveilleusement mon ministère et mes labeurs, et me fait demeurer avec Notre-Seigneur dans une ineffable intimité. Mes plus grosses difficultés sont réduites à néant comme par enchantement. Malgré l'opposition humainement insurmontable des méchants, le bien s'accentue tous les jours davantage.

Parfois, au moment de monter en chaire, je change subitement mon sujet d'instruction, une force mystérieuse m'inspire et me dicte des paroles que je trouve étranges; il me serait souvent impossible de me les rappeler ensuite pour les mettre par écrit. Et après, l'on me fait cette réflexion: «Mais ce que vous nous avez dit, c'est divin!»

Enfin, ma Révérende Mère, je dois vous avouer que non seulement je sens la présence de Sr Thérèse, mais aussi que je l'ai vue--sous les traits de sa photographie, celle qui se trouve au commencement de l'Histoire d'une âme.

La première fois, j'étais dans une grande tentation de découragement; l'angoisse dont elle me délivra sur sa tombe me revenait. Je disais le bréviaire dans mon jardin; tout à coup, à bout de forces, je m'arrêtai et m'écriai tout haut: «Thérèse! Thérèse!»..... Et je la vis apparaître devant moi; elle souriait et me dit avec une autorité toute céleste: «CONFIANCE!» et elle disparut, ayant mis fin par ce seul mot à mon tourment intime.

La seconde fois, je revenais de visiter un confrère; chemin faisant, je songeais aux mille obstacles que l'impiété fait surgir contre moi dans mon ministère paroissial, et le découragement me saisit de nouveau avec une telle violence que je fus tenté de rebrousser chemin. Alors, avec la simplicité et l'insistance d'un enfant, j'appelle ma libératrice... Que vois-je? Comme un ange elle plane dans les airs, étendant son blanc manteau sur ma paroisse, tandis que j'entends ces paroles: «Ce n'est pas vous seulement que je protège, je protège aussi votre peuple. Soyez, en paix, je dirigerai tout, je serai votre bouclier.»

Confus des tendresses du Ciel, je me mis à pleurer et rentrai chez moi l'âme inondée de joie et de confiance.

Dans une autre circonstance, l'appelant à mon secours, je la vis se précipiter sur le démon et le terrasser, puis elle me couvrit de son manteau avec une sollicitude de mère. A ce moment, j'avais l'intelligence de la grandeur du prêtre. Oui, cette âme privilégiée est terrible aux démons «comme une armée rangée en bataille».

Lorsqu'elle est auprès de moi, je perds conscience des personnes et des choses, je ne vois plus les objets qui m'environnent, je ne vois qu'elle, toute baignée de lumière, la physionomie rayonnante de grâce divine, de tendresse et de force. Ces visions très rapides ne durent que le temps de faire naître un sentiment profitable à mon âme et glorieux à Dieu.

* * * * *

Depuis quelque temps, au commencement du saint Sacrifice, je lui demande de me suivre dans l'oblation divine, et, ô merveille! elle m'apparaît avec une dignité et une majesté célestes. Elle me fait alors comprendre l'amour infini de Jésus pour l'homme pécheur, et je me sens pénétré de tendresse pour les âmes.

Ah! ma Révérende Mère, vous le voyez, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus s'est chargée de moi. Au ciel seulement on saura tout ce que je lui dois. Elle m'a donné l'attrait de la vie cachée et oubliée, elle me fait vivre dans la pratique constante du renoncement absolu; elle m'a révélé le vrai sens de l'humilité du cœur; maintenant détaché de tout, je comprends que je suis l'instrument indigne entre les mains de Dieu, et j'ose dire que mon amour pour Jésus est devenu un feu qui me consume.

Je supplie à genoux mes confrères, qui ne me connaîtront jamais, de mettre toute leur confiance en cette élue de Dieu. Qu'ils me croient: Sr Thérèse aime les prêtres comme elle aimait Jésus sur ta terre. Le prêtre, n'est-ce pas Jésus avec son autorité et sa miséricorde? ON NE CONNAÎT PAS ASSEZ LA PUISSANCE ET LE ZÈLE DE CETTE SAINTE CARMÉLITE POUR LA SANCTIFICATION DES PRÊTRES. Elle a daigné me le faire comprendre, non seulement par sa sollicitude à mon égard, mais par une vision spéciale où elle me montrait le Ciel, m'excitant à travailler avec elle à la sanctification de mes frères dans le sacerdoce.

Oui, Sr Thérèse sera le salut des prêtres. C'est la mission qui lui a été confiée par le Seigneur!

* * * * *

La main sur le saint Evangile, je jure que tout ce que j'ai dit dans cette relation est conforme à la vérité.

X., curé.

Suivent les attestations du directeur et du confesseur de ce prêtre.

Les Carmélites de Lisieux demandent aux personnes qui reçoivent des grâces attribuées à l'intercession de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, de bien vouloir, sans tarder, les faire connaître à leur monastère.

Elles remercient des relations déjà envoyées, ainsi que des dons offerts en reconnaissance des grâces obtenues,--dons de toute nature, gardés précieusement et discrètement, jusqu'au jour où il sera permis de les exposer et de s'en servir:--ex-voto de marbre blanc, objets d'art, dentelles de prix, bijoux d'or, pierreries, etc.; dons en argent, faits en vue du Procès de Béatification.

Le six Septembre 1910, au Cimetière de Lisieux

Bien des fois durant sa dernière maladie, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus avait annonce qu'on ne retrouverait d'elle, selon son désir, que des ossements.

«Vous avez trop aimé le bon Dieu, il fera pour vous des merveilles, nous retrouverons votre corps sans corruption», lui disait une novice peu de temps avant sa mort.--«Oh non! répondit-elle, pas cette merveille-là! ce serait sortir de ma petite voie d'humilité, il faut que les petites âmes ne puissent rien m'envier.»

L'exhumation des restes de la Servante de Dieu, faite dans le but d'assurer leur conservation et non de les exposer déjà à la vénération des fidèles, eut lieu le 6 septembre 1910.

On avait essayé de tenir la chose secrète, mais elle fut cependant assez connue pour permettre à plusieurs centaines de personnes d'accourir au cimetière.

Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux et Lisieux, Mgr de Teil, vice-postulateur de la cause, MM. les chanoines Quirié et Dubosq, vicaires généraux, et beaucoup de prêtres parmi lesquels tous les membres du Tribunal chargé d'instruire le Procès de Béatification, étaient présents.

Le travail de l'exhumation offrait de grandes difficultés, le cercueil se trouvant placé à une profondeur de 3 m. 50, et dans un très mauvais état. Un expert en ces sortes de manœuvres dirigeait celle-ci. Il fit glisser des planches sous le cercueil, pour faire un fond artificiel destiné à soutenir l'autre qui menaçait de s'effondrer; puis on enveloppa le tout de fortes toiles maintenues par de solides courroies. Avec bien du temps et des anxiétés, on parvint ainsi à remonter le cercueil sans accident. Lorsqu'il apparut à ses regards, le Pontife entonna d'une voix émue le chant de David louant le Seigneur qui «tire l'humble de la poussière pour le faire asseoir avec les princes de son peuple». Et tandis que les prêtres psalmodiaient le LAUDATE PUERI DOMINUM, on aperçut au travers des planches disjointes, toute verte et fraîche comme au premier jour, la palme que le 4 octobre 1897, on avait placée sur la dépouille virginale de la Servante de Dieu[278]. N'était-ce point le symbole de la palme immortelle qu'elle avait remportée par le martyre du cœur? ce martyre au sujet duquel elle avait écrit: «_A tout prix je veux cueillir la palme d'Agnès; si ce n'est par le sang, il faut que ce soit par l'_AMOUR.»

On ouvrit alors le cercueil.

Deux ouvriers, le père et le fils, se tenaient près de là; ils sentirent à ce moment un suave et fort parfum de violettes qu'aucune cause naturelle ne pouvait expliquer et qui les émut profondément[279].

Les vêtements apparurent en ordre; ils semblaient aussi conservés, mais ce n'était qu'une apparence. Les voiles et la guimpe n'existaient plus, la grosse bure des carmélites avait perdu toute consistance et se déchirait sans effort... Enfin, comme l'humble enfant l'avait souhaité, on ne retrouvait d'elle que des ossements!

Un des médecins présents voulut en offrir une parcelle à Mgr Lemonnier, mais Sa Grandeur s'y opposa et défendit qu'on en emportât la moindre partie. Il accepta seulement la petite croix de buis qui avait été placée dans les mains de la Servante de Dieu.

L'ancien cercueil fut alors déposé dans une bière de plomb disposée dans un cercueil de chêne. Puis on recouvrit le corps de vêtements neufs qui avaient été préparés, et la tête d'un voile que l'on entoura de roses, les dernières cueillies à ces mêmes rosiers du Carmel dont tant de fois l'angélique Thérèse avait jeté les fleurs au pied du Calvaire.

A ce moment, sur l'ordre de Mgr Lemonnier, pour contenter la foule qui stationnait dans le cimetière, silencieuse et recueillie, on écarta les toiles qui dérobaient aux regards le petit enclos des Carmélites et le cercueil fut placé sur des tréteaux devant la porte grillée.

Pendant trois quarts d'heure, on ne cessa de défiler, de prier, de faire toucher des objets de piété. Monseigneur l'évêque de Bayeux avait été le premier à faire toucher aux ossements des morceaux de soie violette apportés par lui à cette intention. On vit des ouvriers approcher leur alliance de mariage; tous ceux qui avaient travaillé à l'exhumation semblaient pénétrés de respect. On estima à plus de cinq cents personnes celles qui vénérèrent les restes, après trois heures d'attente.

Une impression extraordinaire de surnaturel, une émotion dont ils n'étaient pas maîtres envahissait les assistants. L'âme de Sœur Thérèse planait sans doute auprès de sa dépouille mortelle, heureuse d'offrir à son Créateur l'anéantissement de son être physique... On sentait qu'il se passait quelque chose de grand, de solennel. Malgré les réalités lugubres et humiliantes du tombeau, les âmes, au lieu d'être déconcertées, troublées, refroidies dans leur foi et leur amour, sentaient croître au contraire la ferveur et la tendresse de leur vénération.

Quand le défilé eut pris fin, un procès-verbal, écrit sur parchemin timbré aux armes de Mgr Lemonnier, fut renfermé dans un tube de métal et déposé dans le cercueil de plomb. Puis on ferma celui-ci, sur la couverture duquel est soudée une plaque avec l'inscription:

SŒUR THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS ET DE LA SAINTE FACE.

MARIE-FRANÇOISE-THÉRÈSE MARTIN.

1873-1897.

Le même texte se lit sur une plaque de cuivre fixée sur le cercueil de chêne. Deux empreintes de chacun des cachets de Mgr Lemonnier et de Mgr de Teil furent apposées sur la soudure aux quatre angles du cercueil de plomb. Il ne restait plus qu'à fixer le couvercle en bois de chêne.

A quelques pas de la première tombe, on en avait creusé une nouvelle, de deux mètres de profondeur, où l'on avait préparé un caveau en briques, aux dimensions du cercueil. Mgr Lemonnier l'avait bénite en arrivant, et c'est là que fut descendue la précieuse dépouille.

Le soir, les planches enlevées au cercueil, quelques fragments des vêtements et la palme, que la dévotion indiscrète des ouvriers avait mise en lambeaux, furent rapportés au Carmel, et la Sœur chargée de les ramasser sentit par deux fois un parfum de roses. Des parcelles des vêtements et du cercueil exhalèrent ailleurs un parfum d'encens.

Une autre planche, détachée de la tête du cercueil et qui n'avait pu être retrouvée le jour même, fut également, huit jours après, rapportée au monastère. La Sœur tourière qui l'avait découverte, doutant un peu de son authenticité, supplia Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus de la manifester par un signe sensible. Elle fut exaucée, car plusieurs Sœurs, qui n'avaient point été averties, furent embaumées d'un merveilleux parfum d'encens qui s'exhalait de cette planche et que l'une d'elles sentit à une assez grande distance.

Mais le cœur si tendre de Sœur Thérèse voulait encore consoler ceux qui l'aiment en leur donnant une image saisissante de la plénitude de vie dont elle jouit dans le Ciel.

Une des âmes qu'elle a favorisées en cette circonstance de ses célestes communications, et qui est fort estimée de prêtres pieux et éclairés, a attesté sous la foi du serment la vérité du récit qu'on va lire.

Cette personne souhaitait vivement assister à l'exhumation et avait projeté de s'informer de l'époque où elle aurait lieu, mais elle la croyait fort éloignée encore. Le fait suivant s'est passé dans la nuit même qui suivit l'exhumation, du 6 au 7 septembre.

Dans sa vision, elle aperçut d'abord une grande foule qu'elle prit à la fois pour un cortège triomphal et un enterrement très solennel. «Puis, dit-elle, je vis une jeune vierge resplendissante de lumière. Son vêtement de neige et d'or étincelait de toute part. Je ne distinguais pas ses traits, tant ils étaient imprégnés de lumière. A demi couchée, elle se souleva, paraissant sortir d'un suaire lumineux. Avec une candeur et un sourire d'enfant, elle m'entoura de ses bras et me donna un baiser. A ce céleste contact il me sembla que j'étais dans un océan de pureté et que je buvais à la source des joies éternelles. Je n'ai point de mots pour exprimer l'intensité de vie qui émanait de tout son être. Tout en elle disait sans parole, par un rayonnement inexprimable de tendresse, comment en Dieu, foyer de l'amour infini, les bienheureux aiment au Ciel...»

Ignorant ce qui se passait à Lisieux, l'heureuse privilégiée se demandait quelle était cette jeune vierge et pourquoi elle lui était apparue couchée et sortant d'un suaire. Trois jours après, lisant dans La Croix le récit de l'exhumation, elle eut aussitôt la certitude que c'était Sœur Thérèse qui était venue l'avertir de l'événement, et elle partit immédiatement pour l'en remercier sur sa tombe.

Mais ce n'était pas assez pour la Servante de Dieu d'avoir donné aux siens cette preuve d'affection, de leur avoir dit comme l'ange à Madeleine: «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celle qui est pleine de vie?», elle voulut encore leur faire des promesses pour l'avenir.

Le 5 septembre, veille de l'exhumation, elle était apparue à la révérende Mère Prieure d'un Carmel étranger, et, lui annonçant que le lendemain on ne retrouverait d'elle que des ossements, «à peine des ossements», elle lui avait fait pressentir les merveilles qu'elle doit opérer dans la suite. La révérende Mère les résume ainsi: «Ces ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon.»

Quelques semaines plus tard, le résultat de l'exhumation parvenait à la connaissance d'un professeur de l'Université de X., homme d'une grande valeur intellectuelle, d'une éminente piété et, de plus, très favorisé par la Servante de Dieu de grâces de tout genre, depuis plus de dix ans qu'il la connaît. Il s'attrista d'abord de ce que l'angélique vierge avait été soumise à la loi commune, et comme il se laissait aller à ces pensées mélancoliques, il entendit une voix intérieure lui répondre:

«C'était la robe de mes jours de travail que J'ai déposée; j'attends la robe du dimanche éternel: peu m'importe ce qui arrivera à l'autre.»

«Et alors, dit-il, j'eus une lumière qui me consola, je compris que cette dissolution répandra des atomes de son corps en tous lieux, de façon que non seulement son âme, mais encore quelque chose de son corps pourra être présent et FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE.

«Il me semble, en effet, que tout ce qui a réellement appartenu au corps d'un saint est une relique, et s'il en est ainsi, non seulement ses os, mais encore les molécules invisibles de matière peuvent porter en elles la grâce des reliques.»

N'est-ce pas la réponse à ce désir si poétiquement exprimé:

Seigneur, sur tes autels, plus d'une fraîche rose Aime à briller, Elle se donne à toi... mais je rêve autre chose: C'EST M'EFFEUILLER...

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

LETTRES D'APPROBATION V

AU LECTEUR XXIII

PRÉFACE XXV

INTRODUCTION XXXIII

HISTOIRE D'UNE AME

Chapitre premier.

Les premières notes d'un cantique d'amour.--Le cœur d'une mère.--Souvenirs de deux à quatre ans 3

Chapitre II.

Mort de sa mère.--Les Buissonnets.--Amour paternel.--Première confession.--Les veillées d'hiver.--Vision prophétique 19

Chapitre III.

Le pensionnat.--Douloureuse séparation.--Maladie étrange.--Un visible sourire de la Reine du ciel 37

Chapitre IV.

Première Communion.--Confirmation.--Lumières et ténèbres.--Nouvelle séparation.--Gracieuse délivrance de ses peines intérieures 53

Chapitre V.

La grâce de Noël.--Zèle des âmes.--Première conquête.--Douce intimité avec sa sœur Céline.--Elle obtient de son père la permission d'entrer au Carmel à quinze ans.--Refus du Supérieur.--Elle en réfère à sa Grandeur Mgr Hugonin, évêque de Bayeux 73

Chapitre VI.

Voyage de Rome.--Audience de Sa Sainteté Léon XIII.--Réponse de Monseigneur l'Evêque de Baveux.--Trois mois d'attente 93

Chapitre VII.

Entrée de Thérèse dans l'Arche bénie.--Premières épreuves.--Les fiançailles divines.--De la neige.--Une grande douleur 115

Chapitre VIII.

Les Noces divines.--Une retraite de grâces.--La dernière larme d'une sainte.--Mort de son père.--Comment Nôtre-Seigneur comble tous ses désirs.--Une victime d'amour 131

Chapitre IX.

L'Ascenseur divin.--Première invitation aux joies éternelles.--La nuit obscure.--La table des pécheurs.--Comment cet ange de la terre comprend la charité fraternelle.--Une grande victoire.--Un soldat déserteur 151

Chapitre X.

Nouvelles lumières sur la charité.--Le petit pinceau: sa manière de peindre dans les âmes.--Une prière exaucée.--Les miettes qui tombent de la table des enfants.--Le bon Samaritain.--Dix minutes plus précieuses que mille ans des joies de la terre 177

Chapitre XI.

Deux frères prêtres.--Ce qu'elle entend par ces paroles du livre des Cantiques: «Attirez-moi...»--Sa confiance en Dieu.--Une visite du ciel.--Elle trouve son repos dans l'amour.--Sublime enfance.--Appel à toutes les petites âmes 199

Chapitre XII.

Le Calvaire.--L'essor vers le ciel 223

APPENDICE

Conseils et Souvenirs.--Prières 257

Acte d'offrande 301

Consécration à la sainte Face 304

Prières 305

Prière à l'Enfant-Jésus 305

Prière à la sainte Face 306

Prière inspirée par une image représentant la Vénérable Jeanne d'Arc 306

Prière pour obtenir l'humilité 307

LETTRES

FRAGMENTS

Lettres de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus à sa sœur Céline 311

Lettres à la Rde Mère Agnès de Jésus 337

Lettres à Sœur Marie du Sacré-Cœur 344

Lettres à Sœur Françoise-Thérèse 351

Lettres à sa cousine Marie Guérin 356

Lettre à sa cousine Jeanne Guérin 359

Lettres à ses Frères spirituels 360

POÉSIES

Première partie.

Mon chant d'aujourd'hui 371

Vivre d'amour 393

Cantique à la Sainte Face 377

Dirupisti, Domine, vincula mea! 379

Jésus mon Bien-Aimé, rappelle-toi! 380

Au Sacré-Cœur 389

Le Cantique éternel chanté des l'exil 391

J'ai soif d'amour 392

Mon ciel à moi 394

Mon espérance 396

Jeter des rieurs 397

Mes désirs près du Tabernacle 398

Jésus seul 400

La volière de l'Enfant-Jésus 402

Glose sur le Divin 404

A l'Enfant-Jésus 405

Ma Paix et ma Joie 406

Mes Armes 408

Un lis au milieu des épines 410

La rose effeuillée 411

L'abandon 413

Deuxième partie.

La Rosée divine ou le lait virginal de Marie 415

La Reine du ciel à sa petite Marie 417

Pourquoi je t'aime, ô Marie! 420

A saint Joseph 426

A mon Ange gardien 427

A mes petits Frères du ciel, les saints Innocents 429

La mélodie de sainte Cécile 430

Cantique de sainte Agnès 436

Au Vénérable Théophane Vénard 438

Troisième partie.

La Bergère de Domremy écoutant ses voix 441

Hymne de Jeanne d'Arc après ses victoires 447

Prière de Jeanne d'Arc dans sa prison 448

Les voix de Jeanne pendant son martyre 449

Le jugement divin 450

Le cantique du triomphe 451

Prière de la France à la Vénérable Jeanne d'Arc 453

Cantique pour obtenir la canonisation de la Vénérable Jeanne d'Arc 454

Histoire d'une Bergère devenue reine 457

Le divin petit Mendiant de Noël 460

Les Anges à la crèche 472

La fuite en Egypte 482

Jésus à Béthanie 485

Prière de l'enfant d'un saint 493

Ce que j'aimais 496

PLUIE DE ROSES

Quelques-unes des grâces et guérisons attribuées à l'intercession de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 1*

Le six Septembre 1910, au Cimetière de Lisieux 107*

TABLE DES GRAVURES

Portrait de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus II

Thérèse enfant et sa mère 11

Maison où naquit Thérèse. Alençon (Orne).--Eglise Notre-Dame d'Alençon où Thérèse fut baptisée.--Les Buissonnets (Lisieux) 23

La Vierge de la chambre de Thérèse 49

Le Pensionnat des Bénédictines de Lisieux.--Thérèse le jour de sa Première Communion.--Chœur des religieuses où Thérèse fit sa Première Communion 63

Thérèse à 15 ans et son père 83

Thérèse aux pieds de Léon XIII 107

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus novice 125

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, sacristine 141

Cellule de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.--Le Préau du Carmel de Lisieux 165

Chapelle du Carme! de Lisieux.--Chœur des Carmélites 189

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus dans le jardin du monastère 209

Vue générale du Carmel de Lisieux.--Cloître d'où l'on aperçoit l'infirmerie où mourut Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 239

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus après sa mort, d'après un tableau de «Céline» 255

Allée des marronniers dans le jardin du Carmel de Lisieux 280

Tombe de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 301

Thérèse et Céline 339

Portrait de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus d'après un tableau de «Céline» 368

La Sainte Face 395

Intérieur de la Chapelle du Carmel de Lisieux 396

La Vierge-Mère 413

Oratoire où se trouve actuellement la «Vierge de la chambre de Thérèse» 418

L'Enfant Jésus du Cloître 458

Fresque composée et peinte par Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 476

Les armoiries de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 505

Exhumation de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 103*

ÉDITIONS ÉTRANGÈRES

L'=Histoire d'une Ame= et les diverses publications sur la Servante de Dieu, Thérèse de l'Enfant-Jésus, sont traduites et éditées en diverses langues: =anglaise=, =espagnole=, =portugaise=, =italienne=, =allemande=, =polonaise=, =flamande=, =hollandaise=, =japonaise=.

Des traductions en d'autres langues sont également en préparation.

Pour avoir le Catalogue détaillé de ces différentes éditions étrangères s'adresser au Carmel de Lisieux (Calvados) ou à l'Imprimerie Saint-Paul, 36, boulevard de la Banque, Bar-le-Duc (Meuse).

NOTES:

[1] Une boucle des cheveux de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et sa première petite dent enchâssée dans un de ses bijoux.

[2] Publiée seule à la première édition.

[3] Univers, 11 juillet 1906.

[4] Mgr d'Aviau, le saint et illustre archevêque de Bordeaux, fit aux parents l'honneur de baptiser le petit Louis. Lisant dans l'avenir, il leur dit: «Réjouissez-vous, cet enfant est un prédestiné.»

[5] Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.

[6] Devenue bientôt après Sœur Marie-Dosithée, au Monastère de la Visitation du Mans, elle y pratiqua constamment toutes les vertus religieuses. De son propre aveu, jamais, dans toute sa vie, elle ne commit de propos délibéré la faute la plus légère. Dom Guéranger, qui la connaissait, la citait comme un modèle de parfaite religieuse.

Mgr d'Outremont, de sainte mémoire, vint la visiter quelques jours avant sa mort et lui dit cette parole qui la combla de joie: «Ma fille, n'ayez aucune crainte, où l'arbre tombe, il demeure: vous allez tomber sur le Cœur de Jésus pour y demeurer éternellement.» Ainsi encouragée, elle mourut dans d'admirables sentiments de confiance, le 24 février 1877, dans sa quarante-huitième année.

[7] R. P. de Santanna.

[8] Cette vierge précieuse, bien que sans aucune valeur artistique, s'était animée deux fois pour éclairer et consoler, en de graves circonstances, la mère de Thérèse. Elle-même reçut, par cette statue bénie, des grâces signalées, comme nous le verrons plus loin.

[9] Marci, III, 13.

[10] Exod., XXXIII, 18, 19.

[11] Rom., IX, 16.

[12] Ps. XXII, 1, 2, 3, 4.

[13] Ps. CII, 8.

[14] Cette vénérée Mère avait fait profession au Carmel de Poitiers, d'où elle fut envoyée pour fonder celui de Lisieux en 1838.

Sa mémoire est restée en bénédiction dans ces deux monastères; elle y pratiqua constamment sous le regard de Dieu seul les vertus les plus héroïques, et couronna par une mort très sainte une vie chargée de bonnes œuvres, le 5 décembre 1891. Elle était âgée de quatre-vingt-six ans.

[15] Marie Guérin entra au Carmel de Lisieux, le 15 août 1895, et prononça ses vœux sous le nom de Sœur Marie de l'Eucharistie.

Elle se fit remarquer par son grand esprit de pauvreté et sa patience au milieu de longues souffrances. «Je ne sais pas si j'ai bien souffert, dira-t-elle pendant sa dernière maladie, mais il me semble que THÉRÈSE me communique ses sentiments et que j'ai son même abandon. Oh! si je pouvais comme elle mourir d'amour! Ce ne serait pas étonnant, puisque je fais partie de la légion des petites victimes qu'elle a demandées au bon Dieu. Ma Mère, pendant mon agonie, si vous voyez que la souffrance m'empêche de faire des actes d'amour, je vous en conjure, rappelez-moi mon désir. Je veux mourir en disant à Jésus que je l'aime.»

Ce désir fut réalisé. La Mère Prieure, dans une lettre circulaire adressée à tous les Carmels, raconte ainsi ses derniers moments:

«On respirait vraiment, dans sa cellule, une autre atmosphère que celle d'ici-bas. Une de nos sœurs y apporta «LA VIERGE DE THÉRÈSE». Le regard déjà si beau de la petite Marie s'illumina d'un reflet céleste. «Que je l'aime! dit-elle en lui tendant les bras. Oh! qu'elle est belle!»

«Le moment suprême approchait, et les élans de notre douce mourante devenaient toujours plus expressifs et plus embrasés: «Je ne crains pas de mourir! oh! quelle paix!... Il ne faut pas avoir peur de la souffrance... Il donne toujours la force... Oh! que je voudrais bien mourir d'amour!... d'amour pour le bon Dieu... MON JÉSUS, JE VOUS AIME!» Et l'âme de notre angélique sœur, quittant son enveloppe fragile, s'exhala dans cet acte d'amour...

«C'était le 14 avril 1905. Elle avait 34 ans.»

[16] Joan., XI, 4.

[17] Du haut du ciel, Thérèse sut lui rendre ses soins maternels. Pendant sa dernière maladie, elle la protégea visiblement. Un matin, on la trouva paisible et radieuse: «Je souffrais beaucoup, dit-elle, mais ma petite Thérèse m'a veillée avec tendresse. Toute la nuit je l'ai sentie près de mon lit. A plusieurs reprises, elle m'a caressée, ce qui m'a donné un courage extraordinaire.» Mme Guérin avait vécu et mourut comme une sainte, à l'âge de 52 ans. Elle répétait, le sourire sur les lèvres: «Que je suis contente de mourir! C'est si bon d'aller voir le bon Dieu! Mon Jésus, je vous aime. Je vous offre ma vie pour les prêtres, comme ma petite Thérèse de l'Enfant-Jésus.» C'était le 13 février 1900.

M. Guérin, après avoir pendant bien des années employé sa plume à la défense de l'Eglise et sa fortune au soutien des bonnes œuvres, mourut saintement, tertiaire du Carmel, le 28 septembre 1909, dans sa 69e année.

[18] Cant., II, 11.

[19] Sap., IV, 12.

[20] Eccles., I, 2.

[21] Imit., l. I, ch. I, 3.

[22] Cant., II, 1.

[23] Galat., II, 20.

[24] Imit., l. III, c. XXVI, 3.

[25] Ps. LIV, 6.

[26] Lucæ, VII, 47.

[27] Lucæ, V, 32.

[28] Sap., IV, 11.

[29] Sap., V, 10.

[30] Elle entra au Carmel de Lisieux le 15 octobre 1886, et prit le nom de Sœur Marie du Sacré-Cœur.

[31] Lucæ, V, 5.

[32] Joan., IV, 7.

[33] Ezech., XVI, 8, 9, 13.

[34] Imit., l. III, c. XLIII, 4.

[35] Cant., VIII, 1.

[36] Lucæ, XIX, 26.

[37] Lucæ, X, 21.

[38] Cant., II, 3.

[39] Matt., XVIII, 6.

[40] Imit., l. III, c. V, 4.

[41] Imit., l. III, c. XXIV, 2.

[42] Is., LXV, 15.

[43] Apoc., II, 17.

[44] I Cor., IV, 5.

[45] Matt., V, 13.

[46] Tit., I, 15.

[47] Cant., VII, 1.

[48] Office de sainte Cécile.

[49] Lucæ, XII, 32.

[50] Id., XXII, 29.

[51] Lucæ, XXIV, 26.

[52] Matt., XX, 22.

[53] Ps. CIII, 33.

[54] Ancien missionnaire de la Compagnie de Jésus au Canada.

[55] Joan., XVIII, 36.

[56] Imit., l. I, c. II, 3.

[57] Is., LIII, 3.

[58] Pour honorer Jésus, le divin Roi dont sa petite reine allait devenir la fiancée, M. Martin avait voulu que, ce jour-là, elle fût vêtue d'une robe de velours blanc, garnie de cygne et de point d'Alençon. Ses grandes boucles de cheveux blonds flottaient sur ses épaules et des lis composaient sa parure virginale.

[59] Léonie étant entrée aux Clarisses, ordre trop austère pour sa santé délicate, dut revenir chez son père. Plus tard elle fut reçue à la Visitation de Caen, où elle prononça ses vœux sous le nom de Sœur Françoise-Thérèse.

[60] Sap., III, 6.

[61] Elle fut chargée jusqu'à sa mort d'orner cette statue de l'Enfant-Jésus.

[62] Ps. LXXXIX, 15.

[63] Ps. CII, 14.

[64] Philip., IV, 7.

[65] Corridor.

[66] Is., LII, 11.

[67] Ce désir, Thérèse le gardait dans son cœur depuis son enfance. Voici ce qu'elle nous confia plus tard:

«J'avais dix ans le jour où mon père apprit à Céline qu'il allait lui faire donner des leçons de peinture, j'étais là et j'enviais son bonheur. Papa me dit: «Et toi, ma petite reine, cela te ferait-il plaisir aussi d'apprendre le dessin?» J'allais répondre un oui bien joyeux, quand Marie fit remarquer que je n'avais pas les mêmes dispositions que Céline. Elle eut vite gain de cause: et moi, pensant que c'était là une bonne occasion d'offrir un grand sacrifice à Jésus, je gardai le silence. Je désirais avec tant d'ardeur apprendre le dessin que je me demande encore aujourd'hui comment j'eus la force de me taire.»

[68] Eccles., II, 11.

[69] Ce fut le 14 septembre 1894. Céline devint Sr Geneviève de Sainte-Thérèse.

[70] Lucæ, XVII, 21.

[71] Notre-Seigneur à la B** Marguerite-Marie.

[72] Cant., VIII, 7.

[73] Ps., CXII, 1.

[74] Lucæ, XV, 31.

[75] Ps. XXXV, 5.

[76] I Reg., XVI, 7.

[77] Tob., XII, 7.

[78] Is., III, 10.

[79] Prov., IX, 4.

[80] Is., LXVI, 13.

[81] Ps. LXX, 18.

[82] Elle exerçait la charge de maîtresse des novices, sans en porter le titre.

[83] Ps. CXVIII, 141, 100, 105, 106.

[84] Lucæ, I, 49.

[85] Joan., I, 5.

[86] Lucæ, XVIII, 13.

[87] Ps. XCI, 4.

[88] Ps. CXLIII, 1, 2.

[89] Ps. CXXXII, 1.

[90] Matt., XXII, 39.

[91] Id., VII, 21.

[92] Joan., XIII, 34.

[93] Id., XV, 13.

[94] Lucæ, XI, 33.

[95] Joan., XV, 12.

[96] I Cor., IV, 3, 4.

[97] Lucæ, VI, 37.

[98] Matt., V, 43, 44.

[99] Lucæ, VI, 32.

[100] Id., VI, 30.

[101] Matt., XI, 30.

[102] Matt., V, 40.

[103] Ibid., 41.

[104] Ibid., 42.

[105] Lucæ, VI, 34, 35.

[106] Imit., l. III, c. XLIV, 1.

[107] Prov., I, 17.

[108] Id., X, 12.

[109] Ps. CXVIII, 32.

[110] Rom., VIII, 15.

[111] Exod., IX, 14.

[112] Ps. XXXIII, 5.

[113] Ps. CXI, 4.

[114] Prov., XVIII, 19.

[115] Joan., X, 12.

[116] II Reg., XVI, 10.

[117] Marci, VII, 28.

[118] Lucæ, XIV, 12, 13, 14.

[119] II Cor., IX, 7.

[120] Matt., XXV, 40.

[121] Sa sœur Pauline.

[122] Cant., I, 3.

[123] Joan., XVII.

[124] Lucæ, XV, 31.

[125] Joan., VI, 44.

[126] Lucæ, X, 41.

[127] Ps. XLIX, 9, 10, 11, 12, 13, 14.

[128] Joan., IV, 7.

[129] Lucæ, II, 19.

[130] Tob., XII, 7.

[131] La Vénérable Mère Anne de Jésus, dans le monde Anne de Lobera, naquit en Espagne en 1545. Elle entra dans l'Ordre du Carmel, au premier monastère de Saint-Joseph d'Avila, en 1570, et devint bientôt la conseillère et la coadjutrice de sainte Thérèse qui la nommait «sa fille et sa couronne». Saint Jean de la Croix, son directeur spirituel pendant quatorze ans, se plaisait à l'appeler «un séraphin incarné» et l'on faisait une telle estime de sa sagesse et de sa sainteté, que les savants la consultaient dans leurs doutes et recevaient ses réponses comme des oracles. Fidèle héritière de l'esprit de sainte Thérèse, elle avait reçu du Ciel la mission de conserver à la Réforme du Carmel sa perfection primitive. Après avoir fondé trois monastères de cette réforme en Espagne, elle l'implanta en France, puis en Belgique, où, déjà célèbre par les dons surnaturels les plus élevés, particulièrement celui de la contemplation, elle mourut en odeur de sainteté au Couvent des carmélites de Bruxelles, le--mars 1621.

Le 3 mai 1878, Sa Sainteté le Pape Léon XIII signa l'introduction de la cause de béatification de cette grande servante de Dieu.

[132] Matt., VIII, 26.

[133] Saint Jean de la Croix.

[134] I Cor., XII, 31.

[135] Saint Jean de la Croix.

[136] Lucæ, XVI, 9.

[137] Ibid., 8.

[138] Saint Jean de la Croix.

[139] Is., XXXVIII, 14.

[140] Matt., IX, 13.

[141] Dom Guéranger.

[142] C'était la Révérende Mère Marie de Gonzague. Elle avait reconnu en sa novice «une âme extraordinaire, déjà sainte, et capable de devenir plus tard une Prieure d'élite». C'est pourquoi elle lui donna cette éducation religieuse si virile dont Thérèse profita si bien et dont elle se montra si filialement reconnaissante, comme elle le dit dans l'Histoire de son âme. Ce fut entre ses mains que sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus rendit le dernier soupir, «heureuse, disait-elle, de n'avoir pas, à ce moment, pour Supérieure sa petite Mère, afin de pouvoir exercer davantage son esprit de foi en l'autorité.»

Mère Marie de Gonzague mourut le 17 décembre 1904, assistée de la Révérende Mère Agnès de Jésus, alors Prieure. Elle était âgée de 71 ans.

[143] Job, xiii, 15.

[144] Joan., iii, 34.

[145] Cant., II, 9.

[146] Apoc., x, 6.

[147] Prov., XIX, 11.

[148] Matt., XXV, 40.

[149] Sap., vi, 7.

[150] Ps. lxxv, 9.

[151] Ps. xvii, 5.

[152] Ps. xxii, 4.

[153] Matt., XX, 23.

[154] Ps. LXVII, 29.

[155] Prov., I, 4.

[156] Judith, XV, 11.

[157] Eccl., XI, 12, 13, 22, 23, 24.

[158] Jerem., X, 23.

[159] Ps. XCIII, 18.

[160] Imitation, l. XVI, 4.

[161] Joan., XIV, 2.

[162] Ps. CXL, 5.

[163] Cant., I, 2.

[164] Esdras, IIe, iv, 17.

[165] Matt., xxv, 36.

[166] Prov., xvi, 32.

[167] Lucæ, II, 50.

[168] Ibid., 33.

[169] J'ai incliné mon cœur à l'observation de vos préceptes, à cause de la récompense, Ps. CXVIII, 12.

[170] Ephes., VI, 17.

[171] Cant., V, 7; III, 4.

[172] Saint Jean de la Croix.

[173] Ephes., VI, 17.

[174] Joan., III, 8.

[175] Lucæ, XXII, 32.

[176] Gen., II, 17.

[177] Apoc., XXII, 12.

[178] Ps. LXXXIX, 4.

[179] Cant., IV, 6.

[180] Cant., V, 2.

[181] Is., LIII, 3.

[182] Ps. CXXXVI, 4.

[183] Joan., XV, 16.

[184] Matt., X, 34.

[185] Ps. CXLIII, 1, 2.

[186] Joan., XII, 26.

[187] Matt., XI, 29.

[188] Joan., XIII, 15, 16, 17.

[189] Joan., XIII, 8.

[190] Matt., III, 10.

[191] Matt., V, 48.

[192] Apoc., XI, 4.

[193] S. Jean de la Croix.

[194] Mme Swetchine.

[195] Exod., IV, 25.

[196] I Cor., VII, 31.

[197] Ps. CXXXVI, 2.

[198] Ibid., I, 4.

[199] Is., LXIV, 4.

[200] Véronique signifie vrai portrait. Il est bien remarquable que Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus ait appelé ainsi sa sœur Céline, qui devait plus tard, sous son inspiration, reproduire si fidèlement le vrai portrait de NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, d'après le Saint Suaire de Turin.

Il est bien remarquable encore, que ce fut aussitôt après la mort de Thérèse que cette précieuse relique sortit du mystère: l'heure était venue où les secrets renfermés dans ses plis allaient être révélés au monde. Lorsque se fit l'ostension solennelle de 1898, personne n'avait vu le Saint Linceul depuis 30 ans. C'est alors que fut expliquée, par le cliché positif de la photographie, la mystérieuse empreinte négative du corps de Jésus qui, jusque-là, avait déconcerté les savants mêmes, et qu'apparut la majestueuse Figure du Christ; mais les contours étaient indécis, les traits effacés, et il devenait nécessaire de la retracer avec plus de netteté et de précision pour la présenter à la piété des fidèles.

On sait quel accueil ému lui fit Notre Saint-Père le Pape PIE X, et les indulgences nombreuses qu'il attacha à cette sainte Effigie, manifestant hautement le désir «qu'elle eût sa place dans toutes les familles chrétiennes».

Une indulgence de 300 jours, toties quoties, fut accordée, dans le même temps, à une prière à la Sainte Face composée par Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, et qui est désormais inséparable de l'image peinte par sa sœur.--On trouvera cette image, p. 378.

[201] Joan., XI, 16.

[202] Is., LXIII, 3.

[203] Is., LXIII, 5.

[204] Ibid., LIII, 3.

[205] Cant., V, 2.

[206] Is., LIII, 4.

[207] C'était la veille de la cérémonie de sa Prise de Voile.

[208] Joan., IV, 35.

[209] Matt., IX, 37, 38.

[210] S. Jean de la Croix.

[211] Lucæ, XIX. 5.

[212] Joan., I, 38.

[213] Lucæ, IX, 58.

[214] Cant. I.

[215] Malach., IV, 2.

[216] Cant., III, 2, 3, 4.

[217] Lucæ, XIX, 48.

[218] Matt., XXVI, 65.

[219] Ibid., XXV, 34, 35, 36.

[220] Imit., l. I, c. II, 3.

[221] Ibid., l. II, c. XI, 4.

[222] Ibid., l. III, c. XLIX, 7.

[223] Ps. CXXVI, 1.

[224] S. Jean de la Croix.

[225] Lucæ, XV, 31.

[226] Cant., I, 6.

[227] Cant., VII, 1.

[228] Off. de sainte Cécile.

[229] Lucæ, II, 14.

[230] Sap., IV, 1.

[231] Joan., XXI, 5.

[232] Lucæ, V, 5.

[233] Cant., VI, 10, 11.

[234] Cant., VI, 12.

[235] Joan., XIV, 23.

[236] Ibid., XVII, 18.

[237] Ibid., XIV, 6.

[238] Ibid., XVIII, 38.

[239] Cant., I, 12.

[240] Lucæ, XXII, 28, 29.

[241] Marci, XIV, 3.

[242] Joan., XII, 3.

[243] Matt., XXVI, 46.

[244] Joan., VIII, 10.

[245] Eccli., XXXIV, 20.

[246] Apoc., XXI, 4.

[247] Is., LIII, 3.

[248] Lucæ, XVI, 11.

[249] Ibid., XXII, 42.

[250] Imit., l. II, c. XI, 4.

[251] Presque toutes les lettres adressées par Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus à sa sœur Léonie, ont été perdues. On n'a retrouvé que celles-ci.

[252] Hebr., XIII, 14.

[253] Is., XLIX, 15.

[254] Cant., IV, 9.

[255] II Cor., XI, 5.

[256] Saint Augustin.

[257] Marci, X, 30.

[258] Matt., XXVI, 39.

[259] Joan., XIV, 2.

[260] Ps. CII, 8, 13, 14.

[261] Matt., XIX, 14.

[262] Lucæ, XII, 34.

[263] Zach., XIII, 6.

[264] Lucæ, XV, 22.

[265] Ce billet fut tiré par SŒUR THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS, et, trois mois après, le divin Maître lui faisait entendre son premier appel.

[266] «Diamant» «perle fine», surnoms donnés aux deux aînées.

[267] D'après une peinture de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

[268] Joan., xv, 5.

[269] En 1910, Mme Debossu a écrit plusieurs fois que la guérison se maintenait parfaitement.

[270] Devenu prêtre M. l'abbé A. est actuellement vicaire dans une paroisse importante et suffit sans fatigue a un travail laborieux.

[271] Les grâces suivantes s'expliquent facilement lorsqu'on sait que l'édition espagnole de la Vie complète de la servante de Dieu n'était pas encore parue.

[272] On ne peut livrer à la publicité les révélations arrachées aux démons dans les exorcismes à propos de la Servante de Dieu; mais les observations faites sur ce sujet permettent de croire que sa puissance sur les esprits de ténèbres leur est grandement redoutable.

[273] Le Carmel de Gallipoli se trouvait à ce moment dans la plus extrême détresse. La Mère Prieure avait eu l'inspiration de faire un triduum en l'honneur de la Sainte Trinité, prenant pour médiatrice Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dont la vie avait été lue en communauté quelques mois auparavant.

Le triduum se terminait précisément ce 16 janvier.

[274] La Mère Prieure se nomme Sr Marie du Mont-Carmel, ou Carmela.

[275] En janvier 1911, Mr F. F. a fait savoir que sa guérison se maintenait.

[276] «Corps fibreux volumineux de l'utérus. Ce fibrome, par son volume, faisait obstacle à toutes les fonctions de l'organisme.» (Extrait du certificat du docteur X.)

[277] M. Fernand Richard, jeune poète chrétien, mort comme un prédestiné en 1911. Un de ses derniers chants a été consacré à Sr Thérèse.

[278] Il est vrai que cette palme était stérilisée; mais les semblables, aux feuilles très minces, que l'on avait en 1897 à la sacristie du Carmel, devaient être préservées avec soin de l'humidité et essuyées en temps pluvieux; sans quoi elles jaunissaient et se remplissaient de points de moisissure; finalement on dut les brûler.

[279] L'un de ces ouvriers est le menuisier qui a fait les cercueils. En reconnaissance de la faveur qu'ils avaient reçue, ils apportèrent au Carmel, le 30 septembre, pour être déposée dans la cellule de la Servante de Dieu, une très belle couronne de violettes blanches artificielles.

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