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Souvenirs d’outre-mer

Zéphirin Mayrand · 1912 · Free in the US

20,126 words · about 1 h 25 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1912 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Souvenirs_d’outre-mer&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Zéphirin Mayrand
Language
French
Published
1912
Length
20,126 words · about 1 h 25 min
Sections
16 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (16)
  1. Front matter about 42 min
  2. 01 about 2 min
  3. 02 about 4 min
  4. 03 about 2 min
  5. 04 about 5 min
  6. 05 about 1 min
  7. 06 about 1 min
  8. 07 about 8 min
  9. 08 about 2 min
  10. 09 about 3 min
  11. 10 about 1 min
  12. 11 about 1 min
  13. 12 about 7 min
  14. 13 about 2 min
  15. 14 about 1 min
  16. 15 about 1 min

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par

membre de la société des gens de lettres

MONTRÉAL

01

Qui ne s’est pas laissé bercer dans sa jeunesse par l’idéal d’un voyage d’outre-mer ?

Pour l’être humain, pour cette intelligence servie par des organes, où de sublimes aspirations font entendre leur grande voix sous le souffle divin, y a-t-il rien de plus attrayant que de voguer vers l’inconnu, de contempler l’immensité des mers faisant face à l’immensité des cieux ?

Enfin, mon rêve allait se réaliser : par une brillante matinée du mois d’août, j’étais au nombre des heureux passagers du « Victorian ».

Je voyais, non sans éprouver de vives émotions, le fier léviathan évoluer majestueusement dans le port de Montréal, auquel je disais un adieu momentané, au milieu des salutations affectueuses de mes parents et amis, agitant leurs mouchoirs, comme pour me souhaiter un heureux voyage.

Lorsque notre palais flottant défila vis-à-vis l’église Bonsecours, mes regards se portèrent naturellement avec amour et confiance vers la patronne des marins, ayant ses bras maternels tendus vers la rade de la métropole, comme pour la bénir et la sauvegarder.

O *

Nous descendons le fleuve St-Laurent, aux rives fleuries, jalonnées par les clochers étincelants de nos belles paroisses canadiennes, les premières colonisées par nos pieux ancêtres.

Quand je vis apparaître à l’horizon la flèche de l’église de mon village natal, je sentis mon cœur battre plus fort :

— J’avais devant moi l’inoubliable tableau des lieux qui m’ont vu naître, témoins de mes premières courses dans la carrière de la vie ; et que de beaux souvenirs y sont attachés !

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme, « Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

Ce grand fleuve sur le sein duquel notre navire glissait rapidement, me représentait la course de nos jours, que rien ne peut arrêter, jusqu’au moment inéluctable où nous nous engouffrons dans cet océan inconnu que l’on nomme éternité.

O *

Nous stoppons à Québec, à l’heure où les ombres de la nuit commençaient à voiler l’horizon.

Nous admirons les sites pittoresques de la vieille cité de Champlain et de Lévis, scintillante sous l’éblouissante lumière des myriades de lampes électriques qui éclairent le port.

Plus tard, défilent devant nous les bords enchantés de l’île d’Orléans, Beauport et son temple majestueux, la chute Montmorency, Ste-Anne de Beaupré, ce sanctuaire si cher au cœur des Canadiens nous rappelant les inépuisables faveurs de la grande Thaumaturge.

— Puis les rives semblent s’éloigner et nous fuir, les horizons s’élargissent ; nous sommes dans le golfe, nous longeons les côtes de la Gaspésie, l’île d’Anticosti, le Labrador ; nous voici déjà dans le détroit de Belle-Isle, à la sortie duquel la mer nous attend.

Bientôt nous perdons de vue les côtes de Terre-neuve et nous ne voyons plus que notre navire, le ciel et l’eau.

O *

02

Voici l’instant solennel pour le voyageur d’outre-mer qui est à sa première traversée ; instinctivement nous vient cette pensée :

« Je suis à la merci des flots ; au-dessus et autour de moi, le vide, l’immensité ; »

« Au-dessous de moi, des abîmes insondables. »

Le steamer qui nous porte semble un jouet sur le vaste empire de Neptune, exposé aux tempêtes et aux cyclones.

Rien de mieux que l’aspect de l’océan pour nous faire songer à la puissance de Dieu, à la fragilité humaine, à la petitesse de l’homme, à la grandeur de l’âme immortelle.

Me promenant sur le tillac, j’aimais à laisser errer mon imagination dans le vague de la grande nature qui m’environnait et me dominait sous un charme mystérieux.

Voulant garder mémoire des inspirations dont j’étais bercé sur les flots, je pris la plume et j’écrivis les vers qui suivent :

« Je ne vois devant moi que l’atmosphère et l’onde ; « On n’entend pour tout bruit que la voix des autans ; « Je parais un atome en l’océan qui gronde ; « Tous les orgueils humains me semblent des néants. »

« Que de drames affreux, immensité muette, « N’as-tu pas vus, hélas ! et celés à jamais ! « Si tu pouvais parler, confidente discrète, « La terre en frémissant apprendrait tes secrets. »

« En bravant les fureurs de la vague écumante, « J’aime à voir le vapeur ballotté par les flots ; « J’aime entendre mugir et siffler la tourmente, « Où se mêle parfois le chant des matelots. »

« J’aime errer sur la mer au si lointain rivage, « Regardant vers la plaine aux humides sillons, « Où la houle se dresse et s’élance avec rage, « Arrosant notre nef de ses poudreux bouillons. »

« Tout à coup retentit sur le flanc du navire « Un formidable coup frappé par l’océan : « Dans un suprême effort la tempête en délire « Sur la carène en fer bondit comme un géant. »

« Mille monstres marins affamés de victimes, « Suivent notre sillage en cortège hideux, « Guettant ceux que la mort lance au fond des abîmes : « Dans ces tombeaux vivants plongent les malheureux. »

« L’équipage est debout et lutte avec courage, « Nous voguons fièrement entre le ciel et l’eau ; « Nous devenons plus forts, approchant du rivage ; « Majestueusement file notre vaisseau. »

« Nous demeurons sans peur, pleins de foi dans Marie. « Refuge des marins, douce étoile des mers ; « Elle nous apparaît dans l’orage en furie, « Pareille à l’arc-en-ciel, calmant les flots amers. »

« Comme les exilés nous recherchons la terre ; « Oh ! voici des oiseaux, messagers précurseurs ; « On voit se dessiner les côtes d’Angleterre : « L’espoir est triomphant et fait battre les cœurs. »

O *

La mer, cette grande inspiratrice des poètes, a fait dire à Victor Hugo :

« Orage, passions, taisez-vous dans mon âme, « Jamais si près de Dieu mon cœur n’a pénétré : « Le couchant me regarde avec ses yeux de flamme ; « La vaste mer me parle, et je me sens sacré ! »

O *

Lamartine, à la vue de ce spectacle grandiose, s’est exclamé :

« Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, « Dans la nuit éternelle emportés sans retour, « Ne pourrons-nous jamais, sur l’océan des âges, « Jeter l’ancre un seul jour ? »

Je vous avouerai qu’après avoir été ballotté sur l’océan pendant sept longs jours, je commençais à me trouver rassasié de la vie de marin.

Le mal de mer m’avait épargné ; voici les préservatifs qui m’avaient réussi, et que je suggère à mes lecteurs :

« Une purgation avant le départ ; choisir une cabine aussi près que possible du centre du navire ; »

« À bord, grande sobriété dans le boire et le manger ; »

« Se promener souvent au grand air, sur le pont ; »

« Se distraire et s’égayer ; »

« Si vous êtes chantre, chantez ; »

« Si vous êtes tant soit peu musicien, allez souvent au piano. »

J’avais donc remporté la victoire sur l’affreux mal de mer, mais je me sentais atteint d’un autre mal, que je pourrais appeler le mal de terre, disons : un violent désir de voir la terre.

Je m’expliquai alors facilement pourquoi les compagnons de voyage de Christophe Colomb se mutinèrent contre lui, parce que cette terre promise de l’Amérique tardait de se montrer à leurs yeux ; pourquoi ils menaçaient de le jeter à la mer, avant la découverte de l’île San Salvador.

Mais le doigt de Dieu était là, — le voile de l’inconnu se leva tout à coup, un nouveau continent était découvert, Colomb était sauvé, et s’immortalisait ; au sombre désespoir succédait une joie délirante.

O *

— Enfin le huitième jour, nous voyons des mouettes voltiger et là autour de nous ;

— Bienvenue à ces fidèles messagères, nous annonçant joyeusement que la terre n’est pas loin !

Bientôt les côtes de l’Irlande se dessinent à l’horizon bleu, puis disparaissent pour laisser, à leur tour, s’estomper au gracieux tableau les côtes de l’Angleterre. Déjà la proue du « Victorian » sillonne fièrement les eaux de la Mersey, et Liverpool, sous les rayons d’un beau soleil du mois d’août, nous apparaît dans toute sa splendeur.

Quand je vois se dérouler le tableau de ces nombreux et magnifiques docks, où se balancent les steamers de toutes les nations de l’univers, je sens que je suis dans le plus beau port de l’empire britannique.

O *

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