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Montesquieu (Albert Sorel)

Albert Sorel · 1887 · Free in the US

82,384 words · about 5 h 46 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1887 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Montesquieu_(Albert_Sorel)&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Albert Sorel
Language
French
Published
1887
Length
82,384 words · about 5 h 46 min
Sections
11 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (11)
  1. Front matter about 2 h 53 min
  2. CHAPITRE I about 20 min
  3. CHAPITRE II about 16 min
  4. CHAPITRE III about 12 min
  5. CHAPITRE IV about 15 min
  6. CHAPITRE V about 24 min
  7. CHAPITRE VI about 27 min
  8. CHAPITRE VII about 20 min
  9. CHAPITRE VIII about 14 min
  10. CHAPITRE IX about 11 min
  11. CHAPITRE X about 14 min

Continue:

Front matter

Les Lettres persanes parurent en 1721. Ce livre fit un éclat merveilleux. Jamais écrivain n’a mieux répondu à l’état d’une société, n’en a dévoilé le secret d’une main plus légère, n’en a débrouillé d’une plume plus alerte les vœux encore cachés et les pensées encore confuses. L’auteur sentait se dissoudre autour de lui des institutions sociales vieilles de plusieurs siècles : les croyances, les coutumes et les mœurs, qui avaient formé et soutenu la monarchie, se ruinaient en France. Il voulut analyser ce mal et tenta d’y remédier ; il ne s’aperçut point qu’en le décrivant comme il faisait, il le propageait dans les esprits, et que son ouvrage offrait le plus grave symptôme de la crise qu’il croyait pouvoir conjurer. Ce n’était point un avertissement et un appel à la réforme, c’était le signal d’une révolution dont l’instinct couvait dans toutes les âmes et dont les causes se manifestaient par tous les événements. Les Lettres persanes contiennent, en germe, lEsprit des lois. L’homme qui avait composé ces lettres avait trente-deux ans lorsqu’il les publia. Sa naissance, son éducation, le développement primitif de sa pensée le rattachent au XVII. Personne ne fait mieux comprendre, par sa vie et par ses écrits, comment une révolution démocratique sortit, à l’insu même de ceux qui la préparèrent, de ce règne de , qui semblait avoir fixé en France sur des bases indestructibles l’institution de la monarchie. Cherchons donc ce qu’était Montesquieu à l’époque où il composa son premier ouvrage, et essayons de définir le caractère de son génie, avant de voir comment ce génie se révéla.

La famille de Montesquieu était de bonne noblesse, d’épée et de robe. Elle avait adopté la Réforme, en son temps, et l’avait abjurée avec . Jacques de Secondat, second fils du baron de Montesquieu, président à mortier au parlement de Guyenne, épousa, en 1686, Françoise de Penel, qui lui apporta la terre et le château de La Brède, auprès de Bordeaux. C’est là que de leur union naquit, le 18 janvier 1689, Charles-Louis, le futur auteur de LEsprit des lois. Son père avait de l’austérité aristocratique à la Vauban et à la Catinat ; sa mère était pieuse ; l’un et l’autre étaient de ces nobles qui se font peuple et populaires, à la fois par devoir de leur rang et par sentiment chrétien. Dans l’instant que Charles-Louis naissait, un mendiant se présenta au château ; les Secondat le retinrent pour être parrain de l’enfant, afin « que ce parrain lui rappelât toute sa vie que les pauvres sont ses frères ». Ainsi en avait usé autrefois le père de Montaigne, compatriote de celui de Montesquieu.

Charles-Louis porta d’abord le nom de La Brède, qui était celui de la terre patrimoniale. Il passa trois années en nourrice chez des paysans : il y fortifia sa constitution et apprit à parler le patois. Il revint chez ses parents, en ce château de La Brède, auquel son souvenir reste attaché. C’est un grand manoir du XIII, en forme de donjon, crénelé, massif, sans ornements d’architecture, dressant ses murs noirs, irrégulièrement percés de fenêtres, sur de larges fossés remplis d’eau : on y entre par un pont-levis. Charles-Louis y vécut jusqu’à l’âge de sept ans ; il perdit alors sa mère, et fut envoyé chez les Oratoriens, à Juilly, où il resta de 1700 à 1711.

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