Front matter
Les événements rapportés dans le récit qu’on va lire sont pour la plus grande partie historiques. On ne peut nier que vers la fin du x siècle une formidable compagnie libre de Vikings, ou coureurs de mer, s’était établie, sous des lois qui lui étaient propres, dans une forteresse imprenable sur le rivage de la Baltique, à l’embouchure de l’Oder. Il est non moins certain que d’abord sous le commandement de leur fondateur Palnatoki, et après sa mort, sous celui de Sigvald, fils d’Harold le superbe, ces corsaires furent une épine au côté des rois Wendes sur le territoire desquels se trouvait leur forteresse, et une épine plus cruelle encore au côté des rois de Danemark dont les sujets composaient en très-grande partie cette fameuse compagnie. Jomsburg fut un asile pour tous les courages hardis et toutes les lames vaillantes de l’époque, aussi tout homme qui se joignait à la bande était-il autant de force retranchée de la vigueur de la terre à laquelle il appartenait par naissance. En outre, dans le cas du Danemark, il s’ajouta des injures et des rancunes qui, sans être subies et ressenties beaucoup par le peuple danois, le furent par la maison royale. Pendant le règne d’Harold à la dent bleue, non-seulement Palnatoki avait nourri et soutenu Sweyn, son fils proscrit, mais sa flèche infaillible avait tué le roi Harold lui-même et contraint ainsi Sweyn au devoir sacré de la vengeance. Pis encore, Sweyn était à peine assis sur le trône de son père, qu’il fut saisi par Sigvald qui venait de succéder en ce même temps à Palnatoki comme capitaine de la compagnie, et conduit à Jomsburg où il fut contraint, malgré sa volonté, d’épouser une princesse wende.
Il est également certain qu’à la solennité de la bière des funérailles, ou fête de l’héritage, que Sigvald, selon les coutumes de sa race et de son siècle, fut contraint de tenir à l’occasion de la mort de son père, le roi Sweyn se trouvant trop faible pour lutter ouvertement avec les Vikings, les conduisit, lorsqu’ils furent égarés par la boisson, à faire des vœux téméraires qui les obligèrent à attaquer Hacon, le puissant jarl de Norwége, et à s’embarquer ainsi dans une expédition qui faucha toute la fleur de leur compagnie, et amena par suite la ruine de Jomsburg.
Il faut observer, toutefois, que la critique moderne, tout en admettant la vérité de chacun des événements racontés dans cette histoire, a, pour de bonnes raisons qui lui sont propres, jugé légitime de les arranger dans un ordre quelque peu différent, et de troubler ainsi cette succession naturelle selon laquelle nous les trouvons racontés dans la saga des Vikings de Jomsburg qui peut être lue dans l’original au onzième volume des Fornmanna Sôgur. Mais tout en nous inclinant dans les matières de critique historique devant des autorités comme celle de Munch et de Dahlmann, il suffit à notre présent dessein de faire remarquer que la version poétique de l’histoire de ces Vikings, sous la forme qu’elle reçut dans l’islandais du xiv siècle, possède une vérité, une chaleur et une beauté propres, qui l’emportent de beaucoup sur la valeur de n’importe quel squelette historique, quel que soit le soin avec lequel ses os arides ont pu être rassemblés et enchâssés ensemble.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Les Vikings de la Baltique.
