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Les Polonais et la commune de Paris

Apollo Mlochowski de Belina · 1871 · Free in the US

40,465 words · about 2 h 50 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Apollo Mlochowski de Belina
Language
French
Published
1871
Length
40,465 words · about 2 h 50 min
Sections
14 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (14)
  1. Front matter about 1 h 26 min
  2. Introduction about 3 min
  3. Chapitre 1 about 10 min
  4. Chapitre 2 about 5 min
  5. Chapitre 3 about 2 min
  6. Chapitre 4 about 14 min
  7. Chapitre 5 about 5 min
  8. Chapitre 6 about 3 min
  9. Chapitre 7 about 4 min
  10. Chapitre 8 about 4 min
  11. Chapitre 9 about 5 min
  12. Chapitre 10 about 11 min
  13. CONCLUSION about 3 min
  14. ANNEXE about 15 min

Continue:

Front matter

-

Quelque désireux qu’on soit de détourner les yeux de l’horrible spectacle que nous a laissé la Commune de Paris, il faut s’y arrêter encore pour y puiser des enseignements salutaires.

L’opinion publique a cherché en vain des termes pour flétrir comme ils le méritent les crimes commis par la bande Pyat, Delescluze, Dombrowski et tutti quanti, qui se sont vengés de leur impuissance en donnant froidement l’ordre de fusiller tant de dignes et illustres citoyens et d’incendier le beau Paris.

Introduction

-

Quelque désireux qu’on soit de détourner les yeux de l’horrible spectacle que nous a laissé la Commune de Paris, il faut s’y arrêter encore pour y puiser des enseignements salutaires.

L’opinion publique a cherché en vain des termes pour flétrir comme ils le méritent les crimes commis par la bande Pyat, Delescluze, Dombrowski et tutti quanti, qui se sont vengés de leur impuissance en donnant froidement l’ordre de fusiller tant de dignes et illustres citoyens et d’incendier le beau Paris.

Que doit-elle penser aussi du rôle joué par tant de membres de l’émigration polonaise pendant cette lamentable époque, au mépris de toutes convenances et de l’hospitalité que la France leur a accordée avec tant de générosité et de légèreté depuis plus de quarante ans ?

Dans une étude que nous avons publiée il y a quelque temps, nous avons indiqué le nombre de millions donnés par la France aux émigrés polonais depuis 1831 ; nous avons décrit les actes de l’émigration polonaise en 1848, et prévu l’attitude qu’elle prendrait dans le cas où un mouvement démagogique éclaterait à Paris. — Nous avons aussi signalé à l’indignation publique les manifestes des Polonais qui pactisaient avec les chefs de la révolution cosmopolite, alors même qu’ils mendiaient et recevaient des subsides du gouvernement français.

Cette étude nous valut un procès en diffamation, intenté par un membre du parti d’action polonais, et nous fûmes défendu par l’honorable Chaudey, qui expira plus tard sous les balles des sectaires, tandis que notre adversaire était chef d’un bataillon de partisans de la Commune.

Certes, nous n’avons jamais eu l’illusion de croire que tout le monde en France partagerait les appréhensions qui se sont si fatalement réalisées en 1871, mais nous avons pensé, en publiant cette étude, que nous rendrions service à la France en sonnant le tocsin d’alarme et que nous empêcherions les Polonais d’accomplir leurs sinistres desseins.

Nous avons fait notre devoir, même en présence d’une certaine presse qui professait une sympathie si tendre pour les « martyrs polonais », qu’elle comblait de ses et de ses caresses. — On ne voulut pas nous entendre quand nous racontâmes les crimes innombrables commis par ces pseudo-martyrs dans leur propre patrie, durant les années néfastes de 1861, 1862, 1863, 1864.

Les Polonais, des criminels ! — allons donc ! — nous répondit-on. Les Ryll, les Rzonca, les Jaroszynski, les Chmielinski, qui tentèrent d’assassiner le grand-duc Constantin et le marquis Wielopolski, étaient, aux yeux de cette presse, les modèles du plus pur patriotisme. — Les Landowski, les Klimkiewicz, qui avaient versé de la strychnine dans la soupe des soldats russes, et les tuèrent à coups de poignards après avoir incendié leurs casernes, étaient des hommes parfaitement irréprochables. — Les ex-gendarmes pendeurs, qui assassinèrent par ordre du « Comité central polonais » plus de 6,000 personnes, étaient à Paris les lions du jour ; on leur décernait les immunités du droit d’asile et on s’apitoyait sur les « infortunées victimes de la tyrannie moscovite ».

Nous qui n’avons jamais pu comprendre la subtilité psychologique ou judiciaire qui trouve qu’un Polonais peut être incendiaire, assassin et faussaire dans son pays, et citoyen honorable en France, et qu’on estime que l’assassin Philippe était digne de la guillotine, tandis qu’on plaide pour le régicide Berezowski les circonstances atténuantes, — nous n’avons jamais cessé d’avertir la France qu’elle réchauffait dans son sein des vipères qui la mordraient cruellement un jour.

L’expérience est là pour prouver que notre jugement n’a pas été sévère. — Nos prévisions ont été dépassées ; toute la meute révolutionnaire polonaise s’est ruée sur Paris et sur la bourgeoisie parisienne, qui l’avait applaudie, honorée et nourrie pendant si longtemps.

Ô philanthropes et polonophiles ! que aujourd’hui de ces « braves Polonais » qui ont versé le sang français, brûlé la ville qui leur avait accordé l’hospitalité et craché dans l’assiette que vous leur avez tendue pleine pendant tant d’années ?

Que diront aujourd’hui le Siècle, l’Opinion nationale, et autres journaux parisiens, insulteurs de Mouraview et de sa justice sommaire ?

Qui donc recommencerait aujourd’hui la campagne diplomatique de 1863 ?

Qui, aussi, après les exécutions sommaires accomplies à Paris, osera blâmer encore les généraux russes qui étaient investis de la tâche obscure et tant calomniée de rétablir l’ordre et de mater l’insurrection ?

Ceci posé, nous entrons en matière, et nous allons prouver à la France que la conspiration du désordre contre l’ordre fermentait depuis longtemps dans le camp polonais. — Les Polonais n’ont pas fait un coup de tête ; leur immixtion dans le mouvement en France a été préparée de longue main, étudiée et combinée avec soin.

Nous le répétons, il faut analyser le rôle des réfugiés Polonais avant et pendant la Commune incendiaire de Paris, pour y puiser un enseignement salutaire.

Chapitre 1

Nous parlerons d’abord de l’Internationale et du rôle que les Polonais y jouèrent.

L’Internationale est jugée aujourd’hui. Chacun sait que cette formidable association, qui a enveloppé l’Europe de son immense réseau, a toujours cherché à donner le change au public en déclarant, dans ses diverses communications à la presse, qu’elle ne s’occupait que de l’affranchissement de la classe ouvrière et demeurait étrangère aux préoccupations politiques et religieuses, tandis que Mazzini, l’infernal génie qui a fondé « l’Internationale », n’avait eu en vue que d’organiser une vaste conspiration européenne contre tous les gouvernements établis.

Cette conspiration devait enfanter des insurrections dans toute l’Europe, et non dans un seul pays. Il fallait donc grouper en un seul faisceau les réfugiés et les mécontents de tous les pays, si nombreux en Angleterre, et leur donner une direction.

On créa donc, à Londres, un « Comité central » dirigeant, composé de réfugiés pris dans toutes les nationalités, qu’on trouva facilement parmi ces déclassés, ennemis de l’ordre et du travail, qui, après avoir tout exploité, trouvent commode de lever à leur profit une dîme sur la sueur du peuple. Ces réfugiés mirent volontiers la main à la pâte, persuadés qu’ils continueraient de vivre dans la paresse et la débauche sur les produits des cotisations de l’œuvre.

Mazzini méprisait ses collaborateurs, mais il en avait besoin, car il savait qu’ils coopéreraient activement à son œuvre pour ne pas voir tarir la source de leurs revenus, et ils ne trompèrent pas son attente. Ces réfugiés procédèrent à la propagande d’après les données suivantes, arrêtées par Mazzini :

1 L’unité est une fraction de la dizaine.

2 La dizaine est une fraction de la nation.

3 La nation est une fraction de l’humanité.

L’action de l’association ne devait donc pas s’étendre sur une seule nation, mais sur le monde entier, au moyen de l’action individuelle de chaque membre du Comité central sur ses dizainiers respectifs et appartenant à la nation qui lui était particulière.

Mazzini s’était proposé de fusionner les mécontents de tous les pays, pour les diriger vers un but commun : le renversement de tous les gouvernements, et leur remplacement par un « Comité central international », composé d’individus appartenant à chaque nationalité, et qui serait le gouvernement des États-Unis d’Europe, avec Mazzini pour directeur suprême.

Pour atteindre cet idéal le concours de quelques hommes ne suffisait pas. Le Comité central international, lors de sa création, n’était pas une force ; il lui fallut faire des adeptes, depuis 1862 jusqu’à la fin de 1870, pour obtenir une armée à sa dévotion.

L’inertie, la faiblesse et la négligence des divers gouvernements sont la cause réelle de l’extension que put prendre l’Internationale, qui compte aujourd’hui ses affiliés par centaines de mille dans chaque pays.

Albert Richard (de Lyon), qui se proclame lui-même « l’un des membres les plus anciens et les plus fidèles de l’Internationale », a déclaré récemment (3 juin 1870) que l’association a déjà organisé sept millions de travailleurs américains et européens.

Tel est l’effectif de l’armée révolutionnaire que les divers gouvernements ont commis la faute de laisser lever et organiser, parce que leur attention n’était tournée que vers les armements des gouvernements voisins.

Quel souverain pourrait disposer d’une armée aussi formidable que celle de l’Internationale ?

Pendant que la France fabriquait secrètement ses mitrailleuses à Meudon, que la Prusse organisait son armée et commandait des canons Krupp, que les autres États épiaient les inventions des armuriers pour chercher le meilleur fusil à donner à leurs troupes, l’Internationale avait le champ libre. Elle faisait plus que des mitrailleuses, plus que des canons Krupp, plus que des fusils Dreyse, Chassepot, Kruk, Baranow, etc. — Elle organisait son immense armée, et pensait : « Quand les États se seront fait la guerre et seront épuisés, alors mon tour viendra, et je tomberai sur eux.

« Que feront des centaines de mille hommes contre mes sept millions d’hommes réunis volontairement et sans aucune loi coercitive ? Que m’importent les forces des États ? Je les écraserai par mes masses. Aux armes nouvelles j’opposerai la nitro-glycérine, le picrate de potasse, le pétrole. J’ai le feu grégeois, et la convention de Saint-Pétersbourg ne me concerne point. »

Voici ce que le Polonais Mroczkowski a dit au congrès de Bâle, en 1869 :

« L’Internationale est et doit être un État dans les États ; qu’elle laisse ceux-ci marcher à leur guise jusqu’à ce que notre État soit le plus fort. Alors, sur les ruines de ceux-là nous mettrons le nôtre tout préparé, tout fait, tel qu’il existe dans chaque . « Ote-toi de là, que je m’y mette », telle sera la question. »

L’Internationale a été la Genèse de la Commune de Paris. Le drame lugubre qui vient de s’accomplir à Paris n’a été qu’une démonstration, un engagement d’avant-garde, un effort restreint. L’Internationale a fait la part du feu, pour tâter ses forces. Elle a sacrifié quelques uns des siens pour exciter les autres à la vengeance.

Que sera-ce quand la lutte sera collective et quand « l’armée internationale », obéissant à un ordre impérieux, donnera en masse ? — Ce seront des hordes dont les armées régulières auront facilement raison, me répondra-t-on.

— Que Dieu le veuille ! Mais nous, nous redoutons ces hordes. Les Tamerlan, les Gengis-Khan, sont dépassés par le Comité central de Londres ; les masses de l’Internationale disposent du pétrole, du picrate de potasse, et de tous les moyens destructeurs que les autres n’avaient pas.

Les gouvernements entretiennent de coûteuses ambassades. Qu’ont-elles donc fait de 1864 à 1870 ? — Pourquoi ne se sont-elles pas émues en voyant les progrès de l’exécrable création de Mazzini ? Va-t-on blâmer encore l’aveuglement de en présence de l’impéritie de tout le corps diplomatique européen, qui n’a rien dit ni rien prévu au sujet de l’Internationale ?

Est-ce que les gouvernements attendront le choc de la masse internationale, son effort collectif, pour aviser à prendre des mesures de précaution ?

Le prince de Bismarck, tout homme de génie qu’il soit, s’est grandement trompé en disant qu’il avait laissé faire la Commune de Paris, persuadé que tous les chefs de la révolution cosmopolite se rendraient dans la capitale de la France et seraient pris dans la souricière. Erreur et chimère ! Paris n’a jamais pu être une souricière destinée à prendre les chefs de sept millions de révolutionnaires.

On a pris et fusillé à Versailles quelques chefs de l’armée cosmopolite, sacrifiés d’avance par le Comité central de l’Internationale. On en nommera d’autres à leur place, et, si on n’entreprend pas aussitôt d’empêcher dans chaque État les affiliés de l’association de tenir leurs conciliabules secrets et leurs meetings au grand jour, avant peu il sera trop tard, et les gouvernements déploreront amèrement leur hésitation.

Aux grands maux il faut de grands remèdes, qu’on ne l’oublie pas ! Les gouvernements ont moins le droit que quiconque de ne pas s’en souvenir, car ils ont la tâche de veiller sur la tranquillité et le bien-être des peuples qui leur sont confiés.

C’est à eux aussi de mettre l’Angleterre en demeure d’arrêter la marche de la conspiration européenne qui s’organise à Londres, à l’abri du pavillon britannique, contre tous les gouvernements établis, en expulsant les misérables qui ont secrètement dirigé les crimes de la Commune de Paris et qui sont en sûreté à Londres, bien que ce soient plutôt des assassins et des révolutionnaires buveurs de sang que des réfugiés politiques. John Bull leur donne asile. Peut-être, quand il sera bien convaincu qu’ils complotent de brûler la moitié des capitales de l’Europe et de livrer Londres aux flammes, se décidera-t-il à les chasser du territoire anglais.

Que l’Angleterre médite ce passage de la circulaire de , du 6 juin 1871 : « L’Europe est en face d’une œuvre de destruction systématique dirigée contre chacune des nations qui la composent, et contre les principes mêmes sur lesquels reposent toutes les civilisations. »

Étudions maintenant la coopération des Polonais aux actes de l’Internationale. Nous les verrons ensuite dans le mouvement communaliste de Paris.

Lors de la création du premier comité central de l’Internationale, nous trouvons dans ce comité les Polonais A. Zabicki, éditeur d’une feuille qui s’imprime à Londres, sous le titre Glos Wolny (la Voix libre), et Bobczynski. Ces deux réfugiés déléguèrent, pour conduire la propagande parmi les émigrés polonais : A. Bobrownicki, un ancien failli de Varsovie qui se fait passer pour réfugié politique, et Mroczkowski, aujourd’hui collaborateur du journal l’Égalité, et constituèrent des bureaux polonais de l’Internationale à Paris, Bruxelles, Vienne, Genève et Posen. Les réfugiés polonais adhérèrent en foule à la nouvelle association, et leurs journaux publièrent tous les manifestes de l’Internationale.

Ce furent eux qui organisèrent le meeting en faveur de la Pologne qui eut lieu le 28 septembre 1864 à Londres, Saint-Martin’s Hall, où l’on adopta la résolution suivante : « Attendu que tous les gouvernements ont abandonné la Pologne, celle-ci se confie, par la voix de ses représentants accrédités à l’étranger, à la protection des ouvriers des différents pays. »

« La section polonaise est assurée que le concours mutuel et le complet affranchissement de la classe ouvrière seront suivis du rétablissement de la nationalité polonaise, d’autant plus nécessaire que les Polonais, marchant à la tête de la civilisation slave, peuvent seuls effectuer l’instruction sociale des peuples slaves et émanciper le prolétariat en Russie et dans les pays slaves qui entreront dans la confédérations des États libres de l’Europe. »

Zabicki fit un tirage de près de cent mille exemplaires de la traduction polonaise des discours prononcés dans ce meeting et les répandit à profusion dans les pays polonais. — On les traduisit également en russe, en tchèque et en petit russien.

La Russie n’a que très-peu de réfugiés politiques vivant à l’étranger. L’émigration russe était représentée à cette époque par A. Herzen, Ogarew et Bakounine. — Les deux premiers s’émurent en lisant la résolution prise au meeting. Ils protestèrent en termes indignés contre cette phrase : « Les Polonais, marchant à la tête de la civilisation slave, peuvent seuls effectuer l’instruction des peuples slaves et émanciper le prolétariat en Russie…… » Le célèbre Herzen démontra dans le « Kolokol » (la Cloche) : 1 que les Polonais ne marchaient pas à la tête de la civilisation slave ; 2 que le prolétariat n’avait nul besoin d’être émancipé en Russie, vu que l’empereur Alexandre, suivant sa devise : « Il vaut mieux que les réformes viennent d’en haut que d’en bas », n’avait pas attendu la réunion du meeting de « l’Internationale » pour accorder la liberté et les droits politiques tant aux paysans qu’aux ouvriers, qui n’étaient plus attachés à la glèbe depuis l’acte libérateur de mars 1861.

Les Polonais se vengèrent d’Herzen en annonçant immédiatement dans leurs journaux qu’il « s’était vendu à la Russie et avait sollicité et obtenu son amnistie », tandis qu’il fut prouvé que le célèbre patriote russe, bien que satisfait de voir les progrès accomplis en Russie depuis l’avènement de l’empereur Alexandre II, n’a jamais demandé une grâce quelconque. Il est mort en exil.

Quant à Bakounine, ce fut différent : ce drôle, qui est arrivé à se faire un nom dans la démocratie européenne à force de mensonges et d’aplomb, et qui, à bout de ressources, errait à la recherche d’une position révolutionnaire quelconque pouvant lui procurer quelques revenus, le lait de la vache polonaise s’étant tari depuis longtemps pour lui, et Herzen et Ogarew lui refusant leur appui financier ; Bakounine donc adhéra aux idées de l’Internationale et se posa auprès d’elle en pontife de la démocratie slave, dont les membres polonais du comité central de Londres n’étaient, d’après lui, que des représentants infimes.

Ce fut Bakounine qui appuya le fameux axiome de Tartaret, ainsi formulé : « Tout propriétaire qui veut louer un immeuble prouve par cela même qu’il n’en a pas besoin ; qu’on l’exproprie..... » Bakounine compléta cette idée en disant : « Je demande la liquidation sociale, et par liquidation sociale j’entends l’expropriation de tous les propriétaires actuels. » Or, on savait de longue date que Bakounine était si bien l’ennemi de la propriété qu’il n’avait pas craint de voler à Dresde tout ce que possédait son père et de mettre ce vieillard sur la paille.

Un journal démocratique russe, la Cause du peuple, a répondu en ces termes aux écrits de Bakounine :

« Si nos lecteurs avaient lu ces feuilles volantes, insipides jusqu’à l’indécence et nigaudes jusqu’à l’absurdité, nous n’aurions pas à en parler : ils auraient compris eux-mêmes que nous n’en pouvons parler qu’avec dégoût…… Une ignorance brutale à côté d’une gasconade effrontée ; la rodomontade de leurs succès fantastiques n’ayant jamais existé, à côté de la ruade envieuse du passé des héros qui ont péri…… Où l’on insulte Tcherniszewsky et toute son activité libératrice et celle de ses disciples, où l’on insulte la Cause du peuple, tous les émigrés et toute l’émigration, et où l’on ne comble de louanges que et un certain , l’assassin de l’étudiant Iwanow. »

Cependant il n’y eut jamais d’union parfaite entre les Polonais et Bakounine, car ce dernier ne trouvait pas les Polonais à sa hauteur. Il avait mal jugé leur perversité morale, les Polonais pouvaient lui rendre des points.

Quelques semaines après le meeting du 28 septembre 1864, le « centre polonais » (Ognisko) put envoyer à tous ses adhérents un manifeste non signé, portant un timbre rouge, avec la devise Laboremus, que nous traduisons mot à mot : « En adhérant à l’Internationale, nous ne nous désintéressons pas de la question qui nous est si chère, et nous avons reconnu que nous avons fait deux insurrections, en 1830-31 et en 1863-64, qui n’ont pas réussi parce qu’elles n’étaient pas appuyées par le peuple. Il nous faut faire une révolution de fond, et non de forme ; le véritable terrain que nous devons aborder, c’est la question sociale préconisée par l’Internationale, qui nous est si sympathique.

nous faut combattre d’abord le clergé et la noblesse, qui sont les principaux soutiens de la tyrannie. »

Chapitre 2

La plupart des membres polonais de l’Internationale assistèrent au premier congrès qui eut lieu à Genève le 3 septembre 1866. — Ils ne prirent aucune part à la discussion des questions purement sociales, mais ils défendirent audacieusement le huitième paragraphe, posé par le congrès, et rédigé en ces termes par Zabicki : « De la nécessité d’anéantir l’influence du despotisme russe en Europe, par l’application du droit des peuples de disposer d’eux-mêmes, et la reconstitution d’une Pologne sur des bases démocratiques et sociales. » — Le Polonais Cwierciakiewicz invita le congrès à ne pas perdre de vue que le gouvernement russe était le plus puissant obstacle au triomphe de la sociale en Europe. — Longuet répondit qu’il ne croyait pas nécessaire de travailler au rétablissement de la Pologne aristocratique cléricale ; qu’on devait au contraire s’efforcer de réconcilier la Pologne avec la Russie et repousser la vieille politique qui oppose les peuples les uns aux autres. Lors de la discussion du neuvième paragraphe, de « l’abolition des armées permanentes », les Polonais protestèrent en ces termes, par l’organe du général Bosak : « Comme vous nous condamnons les armées permanentes, mais nous voulons l’armement général du peuple et son instruction dans le maniement des armes. — Les Polonais resteront armés tant que la Pologne ne sera pas libre. Leur devise est : Pour notre liberté et pour la vôtre. »

Lors de l’arrivée de l’empereur Alexandre à Paris, le comte Victor de publia dans les journaux radicaux de Paris l’adresse suivante, signée par cinq cents ouvriers adhérents de l’Internationale.

« Il y a quatre ans, nous demandions pour la Pologne aide, secours, justice, protection.

D’autres démonstrations ont prévalu alors. »

« Aujourd’hui, nous tous électeurs, ouvriers français à Paris, tous égaux, pères, frères, accablés par le souvenir de notre impuissance et atteints en même temps dans les malheurs de la Pologne, nous supplions le Corps législatif de suivre l’exemple de glorieux devanciers, et qu’il lui plaise, dans son adresse au czar Alexandre II, lors de sa prochaine visite au palais du Suffrage universel, de rappeler l’ancienne motion : « La nationalité polonaise reste toujours intacte. »

On se rappelle la conduite inconvenante tenue par certains avocats qui insultèrent le Czar lors de sa visite au Palais de justice, celle des Arago, des Floquet, Parent, Germain Casse, etc. Ce qu’on a sans doute oublié, c’est l’adresse suivante, publiée par les Polonais dans les journaux le lendemain de l’attentat Berezowski :

« L’attentat politique est contraire à toutes nos traditions. C’est le fait d’un jeune homme égaré par l’excès de la douleur domestique et nationale. — Aussi osons-nous espérer que cela ne troublera point la sympathie plusieurs fois séculaire de la France pour sa sœur la Pologne, qui souffre depuis la Baltique jusqu’à la mer Noire la plus implacable des persécutions.

Ont signé : Bronilas Zalewski, W. Mickiewicz, Kleczowski, Borzobohaty, Pozerski, Daleski, B. Smolkien, Brzeski, N. Akielewic, Parniewski, Szoldrski, Ozimowski, A. Pozerski. » — Ces messieurs espéraient donner le change au gouvernement français, qui savait cependant que les Polonais ne répudiaient pas tant l’assassinat politique lors de l’insurrection de 1863.

Peu après, les journaux polonais publièrent l’entrefilet suivant : « Après la première impression défavorable à l’attentat, il y eut une réaction dans l’opinion publique. — On sait que le conseil municipal de Marseille a refusé d’envoyer une adresse pour flétrir l’attentat. — Il a déclaré que, si on commettait de nouvelles violences en Pologne, il serait obligé de protester aussi. Le barreau français est indigné qu’on ait fait l’instruction contrairement au règlement qui dit que le juge d’instruction seul peut conduire l’instruction. Malgré cela, les ministres Baroche, Rouher, le préfet de police Piétri, et même deux étrangers, le chef des gendarmes comte

Schouvalov et le conseiller de Schulz, ont pu interroger Berezowski. — En présence de ces abus énormes et de l’histoire connue de la famille de Berezowski, l’arrêt du jury pourra être peu agréable au gouvernement. — Il est même question de déférer cette affaire à un tribunal spécial, à une haute cour de justice. »

Au congrès de Lausanne du 2 septembre 1867, les Polonais signèrent l’adresse au congrès de la paix à Genève et se déclarèrent « les soldats » de la révolution sociale.

Le 23 septembre de la même année parut une adresse au régicide Berezowski, rédigée par le centre polonais, qui sollicitait la démocratie de s’intéresser au sort de cette victime de la tyrannie moscovite et de « protester contre l’arrêt inique rendu par les juges pourris qui ont condamné ce noble jeune homme (sic). »

Puis on ouvrit une souscription pour offrir un souvenir à E. Arago, le défenseur de Berezowski.

Le 4 novembre 1867, les Polonais protestèrent contre l’expédition romaine. En septembre 1868, lors du congrès de Bruxelles, la section polonaise invite les membres de l’Internationale à faire des réserves en faveur des sur la question : « Quelle devait être l’attitude des travailleurs dans le cas d’une guerre « entre les puissances européennes ? » — Le polonais Jaroslav Dombrowski, nouvel affilié de l’association, déclara que ses croyances politiques l’empêchaient de protester contre la guerre tant que les peuples ne seraient pas libres de disposer d’eux-mêmes. Il lut une adresse au congrès, signée par deux cent vingt-huit Polonais réfugiés à Paris, qui affirmaient leurs convictions républicaines et leur dévouement absolu au comité central de « l’Internationale ».

Zienkowicz lut aussi au congrès une adresse envoyée par les mêmes Polonais à Juarez, pour le féliciter d’avoir sauvé la république mexicaine en donnant l’ordre de fusiller « le tyran Maximilien, frère d’un oppresseur de la Pologne ».

Ceci fut du réchauffé ; mais les membres présents au congrès s’empressèrent de confectionner une adresse absolument identique, dans laquelle on invitait le président Juarez à honorer les Internationaux de son appui.

Zienkowicz donna ensuite lecture d’une correspondance de Vienne, annonçant qu’une société ouvrière polonaise s’était constituée par ses soins dans cette capitale et avait pour chefs de file les ouvriers Hobgarski, Doroszynski, Fedun, Sokolowski, Kostka, Wontorski et Wedekam.

Quelques semaines plus tard il parut un manifeste de la section polonaise, que nous traduisons textuellement : « La branche polonaise de l’Internationale déclare qu’elle ne déposera pas les armes tant qu’il existera une monarchie ou n’importe quelle forme de gouvernement non républicain ; tant qu’il existera une aristocratie et un clergé ennemis de la forme républicaine, démocratique et sociale, seule en parfaite harmonie avec les principes et le but où doit tendre tout la patriote convaincu.

Elle déclare qu’elle s’est constituée en société républicaine, démocratique et sociale. Son champ d’action n’est pas seulement en Pologne, mais dans chaque pays où la liberté n’est pas établie.

Ont signé : Valère Mroczkowski, Jean Zagorski, L. Czerniecki, Jean Skupienski, Joseph Zych, Kowalewski, J. Lawrowski, Zychon, Tchorzewski, Danicz, J. Bosak, Hauke, Joseph Ulrich, St-Peplowski, Seredynski, Mika, Mierzwierski, Wieniawski, Sieradzki, Julien Jelita, Constantin Zaborowski, Pierre Olczak, Vincent Basinski, André Szot, J. Jaworowski, Léon Krogalski. »

Dans les congrès suivants, les Polonais se firent remarquer par la violence de leurs discours et prêchèrent dans leurs journaux : l’athéisme, le régicide, la guerre civile, l’assassinat, la spoliation, la communauté de biens et l’abolition de la famille. Ils défendirent aussi leurs idées dans les réunions publiques de Paris, où ils débitèrent tous les soirs, en mauvais français, et en présence des démagogues de Paris, les discours les plus extravagants et les plus criminels, insultant les hommes et les choses avec une audace qui dépassait celle des Orateurs jacobins, hébertistes et autres qui formèrent en 1871 l’état-major de la Commune. C’est de cette façon qu’ils méritèrent plus tard la confiance de leurs confrères en démagogie.

Chapitre 3

Un fait qui frappe bien des gens sérieux, c’est que l’émigration polonaise a devancé de longtemps les misérables qui ont fait l’exécrable Commune de 1871.

Pleins d’enthousiasme pour les idées préconisées dans les divers congrès de l’Internationale, les Polonais réfugiés se constituèrent dès 1868 en Commune centrale à Paris, avec des communes provinciales dans les villes de France et dans toute l’Europe où il y avait des groupes d’émigrés.

Nous retrouvons un manifeste signé : Alexandre Biernawski, Bosak, Jaroslav Dombrowski, St. Jarmund, Boleslav Swietorzecki, Valère Wroblewski, l’abbé Zulinski, dans lequel il est dit ce qui suit : « Le comité représentatif de l’émigration polonaise, dans le but d’établir l’organisation stable de l’émigration, décide ce qui suit :

« 1 Dans chaque localité, l’émigration se constituera en commune, et choisira un caissier et un secrétaire pour s’entendre avec le comité représentatif.

« 2 Les sociétés existant déjà sont reconnues comme communes organisées, et on en attend les procès-verbaux.

« 3 La ville de Paris, en raison de son étendue, formera au moins trois communes.

« ….. 5 Outre des cotisations pour des buts speciaux, chaque réfugié est tenu de verser,

pour les affaires générales, 25 centimes par mois. Cette cotisation sera versée par le caissier communal entre les mains du caissier du Comité représentatif. »

Voici en quels termes le manifeste est conçu :

« L’émigration ne peut pas se contenter de faire de la propagande dans l’intérieur du pays. Elle doit se révéler dans tous ses rapports avec les étrangers. Non-seulement dans la presse étrangère, et en présence des peuples libres, l’émigration manifestera les et les aspirations du pays, mais encore elle prendra part à chaque lutte armée entreprise pour la délivrance de n’importe quel peuple opprimé : elle montrera ainsi sa solidarité avec l’idée républicaine. »

À la suite de ce manifeste, on organisa quatre-vingt-onze communes polonaises, succursales de la Commune centrale de Paris. Il y eut des réunions périodiques, auxquelles on invita les principaux énergumènes des réunions de Belleville, de la Redoute, du Waux-Hall, du Vieux-Chêne et du Pré-aux-Clercs, qui étaient émerveillés des progrès accomplis par la démagogie polonaise. Raoul Rigault, Ducasse, Briosne, Amouroux et tant d’autres, allaient chaque jour aux réunions des communes polonaises de la Villette et du Panthéon. Ils y furent conduits par la Polonaise Paule Minck, qui fit traduire en polonais son discours finissant ainsi : « Nous n’admettons pas la puissance de Dieu, parce que nous ne voulons ni Dieu ni puissance d’aucune sorte », pour enseigner les progrès à ses chers compatriotes.

La commune polonaise du Panthéon envoya un délégué au congrès de Lausanne de septembre 1869, où Bosak lut un rapport sur la situation actuelle de la Pologne. Le congrès déclara qu’il ne connaissait pas suffisamment la question, et qu’on convoquerait une commission composée de cinq membres, qui recueillerait tous les documents concernant la question polonaise.

Chapitre 4

Il existe à Paris une société démocratique polonaise qui compte près de 2,000 adhérents en France. Cette société a pour président le général Mieroslawski, qui n’a pas pris une part plus grande au mouvement démagogique de 1871 à Paris qu’à celui de Varsovie en 1863. Nous savons que la prudence est l’une des plus grandes vertus du grand lama de la démocratie polonaise ; mais que penser de l’organe de la démocratie polonaise, le Peuple polonais, qui a osé publier des excitations de toutes sortes et n’a jamais cessé de jeter de l’huile sur le feu quand la meute socialiste aboyait contre l’ordre et la propriété ?

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