Front matter
La célèbre station thermale de Loèche est située au pied de la Gemmi, à 1415 mètres au-dessus de la mer, dans la belle vallée de la Dala. Les sources, jaillissent du sol à une température de 51.30 degrés centigrades. À proximité, s’élèvent les établissements de bains et plusieurs hôtels confortables auxquels se rattachent le petit village de Loèche-les-Bains.
Cette haute vallée, l’une des plus remarquables de la Suisse, offre au voyageur les sites les plus variés : de vertes pelouses, émaillées de fleurs, de sombres forêts, des cascades, des torrents ; plus haut la région désolée des glaces éternelles et des hauts sommets.
Placé au centre d’un vaste amphithéâtre, le village est dominé au nord et à l’ouest par les rochers géants de la Gemmi, dépouillés de toute végétation, simulant au fond de la vallée un immense jeu d’orgues, où le tonnerre fait entendre sa formidable voix. Près du village s’élèvent les contre-forts du Torrenthorn, couverts de mélèzes verdoyants, tandis que la blanche du Balmhorn brille au-dessus de la vallée, avec les pentes resplendissantes du glacier de la Dala.
Analyse chimique
Température de l’air | = | 14’2° C.
Hauteur du baromètre | = | 643’8 mm
Température de la source | = | 51’35° C.
Poids spécifique de l’ thermale :
a) à 15° par rapport à de l’eau distillée de | = | 1’00194
b) à 15° par rapport à de l’eau distillée de | = | 1’00109
Composition en volume des gaz s’échappant en bulles de la source :
Acide carbonique | 2’12 %
Oxygène | traces
Azote | 97’88 %
1000 gr. d’eau contiennent :
Acide carbonique | 1’97 | = | 0’00390
Oxygène | 0’66 | = | 0’00094
Azote | 7’21 | = | 0’00905
Sulfate de Strontium
Sulfate de Calcium
Sulfate de Magnésium
Sulfate de Sodium
Carbonate de Calcium
Carbonate de Magnésium
Carbonate ferreux
Carbonate de Manganèse
Clorure de Sodium
Clorure de Potassium
Clorure de Lithium
Clorure d’Ammonium
Alumine
Silice
Arsenic — Carbonate de cuivre — Sulfate de Baryum — Phosphate de Calcium — Fluorure de Calcium — Acide azotique. — Substances organiques : traces très-faibles.
Selon l’analyse qui précède les thermes de Loèche, doivent être comptés aux nombre des eaux sulfatées calciques (gypseuses) ; ils se distinguent avantageusement de plusieurs autres eaux de composition chimique analogue par leur très-forte thermalité et le climat alpestre.
Catalogue des plantes rares de la vallée de Loèche
Pas du Loup
Gemmi
Alpes de Lämmern et de Torrent
Gemmi
Polygala alpestris Rchb.
Silene acaulis L.
Sagina saxatilis Wimm
Gemmi, Torrenthorn
Gemmi (d’après Gaudin)
Linum alpinum L.
Loèche-les-Bains
Torrenthorn
Torrenthorn
Rosa cœrulea Christ.
Saxifraga Rudolphiana Hornch.
Gemmi, Fluhalpe
Pas de Loup
Chœrophyllum aureum L.
Gemmi
Pied de la Gemmi
Torrenthorn
Phyteuma Halleri All.
Gemmi
Gemmi
Loèche-les-Bains
Gemmi
Loèche-les-Bains
Loèche-les-Bains
Torrenthorn
Loèche-les-Bains
Gemmi
Gemmi
Gemmi
Loèche-les-Bains
Loèche-les-Bains
Torrenthorn
Torrenthorn
Gemmi, Torrenthorn
Gemmi
Carex curvula All.
Gemmi, etc.
Loèche-les-Bains
Gemmi, etc.
Carex Capillaris L.
Pied de la Gemmi
Gemmi
Contre-indications
Les eaux de Loèche sont nuisibles ou dangereuses dans un certain nombre d’affections qu’il est du devoir du médecin de faire connaître ; ce sont :
1 La pléthore prononcée, la disposition à l’inflammation aiguë d’organes internes, l’état congestif des centres nerveux et des poumons, surtout lorsqu’il est accompagné de phlogose. On peut en dire autant de
ou de l’inflammation de tous les organes un peu importants, sauf certaines tuméfactions chroniques de parties externes, dues au vice scrofuleux ou à un principe herpétique ; dans ces cas, l’affection disparaitra en même temps que la cause qui lui a donné naissance ;
2 La fièvre hectique, quelle qu’en soit la raison, rend l’usage des eaux suspect ou même nuisible dans tous les cas avancés. Les affections fébriles en général et la disposition aux hémorrhagies actives en interdisent totalement l’emploi ;
3 La tuberculose et les affections ulcéreuses ou les abcédations d’organes importants, tel que le poumon, l’estomac, le foie, les reins, etc.
4 Les lésions organiques du cerveau, des poumons, du cœur, du foie, etc. L’action des eaux thermales est généralement peu avantageuse dans ces affections ; en revanche, dans certaines d’entre elles, elle est très nuisible, surtout dans les hypertrophies du cœur ;
5 Les indurations squirrheuses et les cancers, quel qu’en soit le siège ;
6 Les hydropisies générales, hydrothorax et l’ascite. L’œdème localisé des extrémités fait seul exception.
7 La grossesse avancée ;
8 La syphilis ;
9 L’Épilepsie.
Cure de Loèche
Les eaux de Loèche s’utilisent à l’intérieur et à l’extérieur, comme boisson, bains, douches, injections, lotions, fomentations, pulvérisations, suivant les affections à traiter ; mais dans la plupart des cas, ce sont les bains qui constituent la partie essentielle de la cure.
C’est ordinairement la matinée, de cinq à neuf heures, que les eaux de Loèche se prennent en boisson, de un à cinq verres de quart d’heure en quart d’heure, en se promenant, chaudes ou refroidies, pures ou avec d’autres mélanges, comme l’estomac est encore vide, leur digestion s’opère mieux, stimulée qu’elle est du reste par la promenade et par l’air frais. Pour faire cette cure il faut toujours 15 à 20 jours.
Dans la plupart des cas, cette manière d’en faire usage est un puissant adjuvant de la cure des bains à laquelle elle s’allie parfaitement.
Les bains se prennent une à deux fois par jour à une température de 27 à 28 R. soit 34 à 35 C. Les bains du matin sont toujours plus longs que ceux du soir et bien souvent on prend les bains que le matin pour avoir les après-midi libres pour les promenades. On se baigne soit dans les grands carrés de société, qui contiennent de 25 à 30 personnes, soit dans ses carrés particuliers, suivant le goût de chacun. Mais les carrés de société ont cet avantage que le temps y paraît plus court et que l’on y supporte plus aisément les bains prolongés, qui caractérisent la cure de Loèche. On par se baigner une demi heure à une heure par jour, puis on augmente graduellement jusqu’on atteigne un maximum de 5 à 6 et même 8 heures par jour selon le cas qu’on a à traiter.
Pour les maladies de la peau, il faut, sans dépasser naturellement ce que le malade peut supporter, insister sur les bains prolongés ; c’est du reste l’avis de feu Prof. Dr. Hebra de Vienne, qui reconnait à nos eaux une vertu toute spéciale dans le traitement des maladies de la peau.
Mais bien que les bains prolongés soient la règle à Loèche, on a fréquemment des cas dans lesquels la durée maximale du bain ne dépasse jamais une heure par jour, c’est ainsi qu’on traite les personnes faibles qu’on veut fortifier et toutes celles qui ne supportent absolument pas les bains chauds prolongés. Cette méthode du bain court ne date pas d’aujourd’hui, je l’ai pratiquée depuis ma longue pratique et mes anciens collègues, que j’ai eu l’honneur de connaitre ont fait de même.
C’est sur le système cutané que les eaux de Loèche exercent leur principale action, et bien qu’on les emploie avec succès pour diverses maladies, c’est avant tout pour les affections de la peau qu’elles jouissent du pouvoir le plus merveilleux. L’excitation de la peau et l’augmentation de l’activité vasculaire à la surface du corps se traduit ordinairement au bout de 5 à 10 jours par une éruption de taches rouges que l’on nomme la poussée. Elle se montre d’abord à la face interne des coudes et des genoux, par une rougeur plus ou moins prononcée, accompagnée de vives démangeaisons ; puis elle se graduellement sur le corps entier, sous forme de petites taches rouges semblables à celles de la rougeole en épargnant seulement les mains et la figure. Ce phénomène, qui est particulier aux bains de Loèche, est considéré comme une crise salutaire et salué par les baigneurs comme une garantie du succès de leur cure. La poussée diminue d’elle-même au bout de quelques jours de bains ; elle est remplacée par une desquamation plus ou moins abondante de la peau, puis disparaît enfin sans laisser de traces. Il est rare que cette éruption fasse entièrement défaut, mais cela se voit cependant quelquefois, surtout chez les personnes dont la peau est maigre et atrophiée. Les individus sanguins et bien nourris ont, au contraire, une poussée plus forte.
Les bains de Loèche agissent, en outre, sur l’ensemble de l’économie, ils provoquent une grande dérivation de l’intérieur à l’extérieur, déchargent les organes internes, ils activent les sécrétions, celle des urines en particulier et ils favorisent les procédés de désassimilation, augmentent l’appétit et activent l’ensemble de la nutrition. D’une manière générale, nous pouvons dire que les eaux minérales de Loèche sont stimulantes, résolutives et fortifiantes, action qui est encore rehaussée par celle de l’air pur et vivifiant de la montagne.
La durée moyenne de la cure est de 25 jours environ, mais il faut souvent compter plus longtemps, et il n’est pas rare de voir des baigneurs devoir prolonger leur séjour pendant 5 semaines et plus. Ce n’est qu’après la complète disparition de la poussée et de la desquamation qui lui succède, que la cure peut être considérée comme terminée. On a souvent remarqué que les malades qui, contrairement à l’avis de leur médecin, interrompent trop tôt les bains, s’attirent de graves inconvénients. Dans ces cas, l’irritation de la peau peut se prolonger ou persister ; la cuisson et le prurit devenir continus ; il peut se développer des gerçures de la peau ; enfin, la maladie peut revêtir une forme eczémateuse chronique qui ne cède qu’à un nouveau traitement. Je connais différents malades qui ont eu à regretter leur désobéissance sur ce point ; on les a vus reparaître aux eaux, vers la fin de la saison, pour réparer la faute commise et se libérer par une nouvelle cure de leur éruption ou de leurs démangeaisons importunes.
Hôtels
Tous les hôtels sont très bien tenus et se recommandent par leur propreté, leur bonne table et leurs prix modérés. Les prix sont de 5 à 10 fr. par jour ; les bains se payent à part.
Tous les hôtels de premier rang communiquent avec les bains par des galeries vitrées qui évitent aux baigneurs les courants d’air et les refroidissements auxquels ils seraient exposés en sortant du bain.
Voici les noms des hôtels, rangés par ordre alphabétique :
1. Hôtel des Alpes ;
2. Hôtel Bellevue — Casino ;
3. Hôtel de France ;
4. Hôtel des Frères Brunner ;
5. Hôtel de la Maison blanche ;
6. Hôtel de l’Union.
7. Le Guillaume-Tell ;
8. Le Cheval blanc.
L’hôtel des Alpes, le plus grand, qui était malheureusement détruit par le feu dans la nuit du 2 Avril 1888, est aujourd’hui complètement restauré et agrandi d’un étage. Il contient cent Chambres, Salon, Billard, Fumoir, Jardin, grand Parc et un Promenoir vitré pour les jours de mauvais temps. L’hôtel est aussi muni d’un calorifère permettant de chauffer tout l’hôtel si le besoin s’en fait sentir. Le prix de pension est très modéré.
Indications thérapeutiques
D’après le témoignage de tous les médecins qui se sont succédé à Loèche, on peut en recommander la cure pour les maladies suivantes :
Maladies de la peau ou dartres, ichtyosis, pityriasis, psoriasis, prurigo, herpes, acné, urticaire, , pemphigus.
Ulcères chroniques et maladies des os.
Chlorose, anémie, scrofulose, goutte, arthrites, rhumatisme.
Syphilis invétérée, cachexie mercurielle.
Bronchite chronique.
Catarrhe chronique de l’estomac et des intestins, engorgement de la rate et du foie ; anomalies de la menstruation.
Paralysies, névralgies, contractures musculaires, raideur des articulations.
À propos de l’heureuse application des eaux de Loèche aux maladies de la peau, je ne puis mieux faire que de reproduire quelques lignes de feu le docteur J.-H. Grillet :
« C’est particulièrement à la guérison des maladies cutanées chroniques, graves, invétérées, rebelles, que Loèche doit l’affluence de malades qui s’y rendent chaque année. Toutes n’y guérissent pas, comme le prétendaient les anciens ; mais on peut affirmer sans exagération que presque toutes, depuis les formes légères les plus bénignes jusqu’aux plus graves, aux plus compliquées, y trouvent, sinon une guérison complète, au moins une amélioration notable.
« Les maladies cutanées qui cèdent le plus promptement et le plus sûrement à l’emploi des eaux de Loèche peuvent être rangées dans les catégories suivantes :
« Toutes les affections à formes humides, ayant pour caractère la vésicule grande ou petite, ou la pustule sur une surface secrétant une sérosité plus ou moins limpide, quelquefois purulente, se transformant au contact de l’air en squames ou lamelles plus ou moins étendues ou en furfures plus ou moins ténues, trouveront à Loèche une guérison rapide et définitive, souvent dans une seule saison quelquefois en deux ou trois si le cas est très ancien et invétéré. Ce sont donc toutes les variétés d’eczéma chronique, simple ou composé, localisé ou général, humide ou plus ou moins sec.
M. le professeur Hardy recommande spécialement les eaux de Loèche dans le pityriasis et dans certaines formes d’eczéma chronique d’une ténacité exceptionnelle, caractérisées par des récidives fréquentes et une modification profonde de la peau. « Beaucoup de malades, dit-il, trouveront dans cette station une guérison qu’ils avaient inutilement demandée ailleurs. Dans le lichen agrius, avec récidive fréquente, les eaux de Loèche peuvent également rendre de grands services. »
Dans le prurigo, il les place en première ligne pour les résultats obtenus ; de même pour le traitement des diverses formes d’acné.
Médecin depuis longtemps aux bains de Loèche, je pourrais citer une foule de guérisons et de cures merveilleuses que j’ai vu s’accomplir sous mes yeux ; mais, afin de ne pas allonger inutilement, je me borne à rapporter ici quelques-uns des exemples les plus remarquables des vertus curatives des eaux de Loèche.
… Que la foule des baigneurs qui accourront à Loèche la saison prochaine soit légion et que vos précieuses eaux fassent constamment de nouveaux miracles. À ce sujet, j’ai le plaisir de vous annoncer que l’affection cutanée si rebelle (psoriasis) dont ma femme était atteinte, n’a pas seulement subi une amélioration sensible, mais qu’elle a entièrement disparu à la suite des bains. Peu de temps après notre retour, les taches ont pâli insensiblement et actuellement elles ont entièrement disparu. Figurez-vous notre bonheur et notre satisfaction d’un pareil résultat de la cure.
… D’après l’expérience que j’ai faite à Loèche, tant sur moi-même que sur beaucoup d’autres baigneurs, je dois reconnaître que contre la goutte et les maladies chroniques de la peau, les eaux de Loèche, pour leur grande vertu, peuvent être placées à côté des eaux minérales les plus renommées.
… Je vous avais promis à mon départ de vous donner des nouvelles de la santé de MM. ; si je n’ai pas tenu parole jusqu’à ce jour, le motif en est que je voulais poursuivre mes observations et m’assurer de la disparition complète de la maladie. Maintenant que plus de quatre mois se sont écoulés, j’ai la satisfaction de vous apprendre que jusqu’à cette heure il ne s’est manifesté aucune récidive.
… J’espère sous peu me rendre à Loèche, la cure que ma fille y a faite l’année dernière lui a tellement profité que je crois bien faire en y allant encore cette année. Elle a maintenant une superbe chevelure et plus trace de croûtes ou des humeurs qui existaient auparavant. L’effet de la cure a vraiment été miraculeux pour ma fille.
… Je suis persuadé, mon cher docteur, que vous serez satisfait de moi. Je puis vous dire que je suis un tout autre homme, ma santé est comme elle était autrefois. Il se peut bien que je reçoive encore une visite de mon ancien ennemi, mais je puis dire en tout cas que les eaux de Loèche m’ont fait beaucoup de bien. Je suis tellement reconnaissant de la bonne réussite de ma cure, que je me propose de venir de nouveau cet été me plonger dans ces eaux salutaires.
Il ajoute dans une seconde lettre écrite la même année :
… Je puis heureusement vous annoncer que j’ai gardé ma santé, mais je veux de nouveau faire la cure pour « acquit de conscience », comme on dit, et pour preuve de reconnaissance aux bains de Loèche.
Une dame tourmentée de violents accès de goutte survenus vers la fin de septembre à la suite de répétés, fut retenue au lit pendant presque tout l’hiver. L’été suivant, elle se rendit assez souffrante aux bains de Loèche ; elle ne pouvait ni marcher, ni se tenir debout, sans éprouver de vives douleurs. Les articulations des orteils étaient fortement tuméfiées par des concrétions arthritiques ; diverses fonctions organiques étaient entravées, celles de la peau presque supprimées. Les bains et l’usage interne de l’eau furent ordonnés simultanément ; on fit usage de douches sur les parties douloureuses. Le dixième jour de la cure, la réaction s’opéra, les douleurs articulaires augmentèrent, la peau se couvrit de moiteur et une forte poussée envahit rapidement toute la surface du corps. Au bout de quelques jours, la malade éprouva une grande amélioration. Le gonflement et les douleurs articulaires diminuèrent au point que, vers la fin du traitement, elle marchait sans peine et pouvait faire de petites promenades. Ce succès se maintint pendant l’hiver suivant. Cette dame voulut néanmoins faire une nouvelle cure, afin de se garantir autant que possible contre un retour de son mal.
M. K. de L., âgé de 45 ans, célibataire, vint à Loèche accompagné de son pour tenter d’y faire une cure. Tout son être portait l’empreinte de la souffrance ; il était réduit à l’état de squelette ; son teint jaune, ses joues creuses, ses yeux enfoncés dans la tête lui donnaient un aspect repoussant. Il n’éprouvait le besoin ni de boire, ni de manger ; rien ne l’attirait ; il était malheureux et découragé au plus haut degré. La maladie qu’il s’était attirée depuis des années n’avait jamais été l’objet d’une médication suivie et radicale ; le mal s’étant invétéré et ayant pris peu à peu un caractère chronique ; il fut enfin forcé de recourir à un traitement énergique et suivi. Après avoir reçu pendant tout l’hiver les soins éclairés de son médecin, une cure thermale fut ordonnée et L. me fut confié. Il avait alors sur les jambes une vingtaine de plaies larges et profondes, bordées d’un liseré rouge cuivre et sécrétant un pus si fétide, qu’il fallut l’isoler complètement, soit pour la table, soit pour les bains. Ce malade était en un mot dans un état pitoyable et désespéré. Néanmoins la cure fut courageusement entreprise ; les eaux furent administrées largement intus et extra. À part un peu d’infusion de salsepareille, je ne lui administrai que peu de remèdes. Lorsque le malade était hors du bain, il enveloppait ses plaies de compresses d’eau minérale. Grâce à ce traitement, la guérison fut rapide. L’appétit et le sommeil reparurent, l’extérieur s’améliora, les plaies se nettoyèrent et se cicatrisèrent si bien qu’après soixante jours le malade put partir en pleine convalescence.
De retour chez lui, il fit encore usage de compresses pendant deux mois, et il m’écrivit ensuite pour me témoigner son entière satisfaction des résultats de la cure, en exprimant le désir de la répéter par prudence. Il revint en effet à Loèche l’année suivante, se soumit de nouveau à une cure aussi radicale que la première.
Un évèque grec, M. A., vint à Loèche en 1884 pour une énorme hypertrophie de l’épiderme de la paume des mains et de la plante des pieds. Les surfaces malades étaient sillonnées de rhagades profondes, véritables fissures traversant un épiderme dont l’épaisseur atteignait deux lignes. Tout travail manuel était rendu presque impossible et la marche était excessivement douloureuse.
Ce malade prit des bains prolongés ; il y restait jusqu’à 8 heures par jour et ne se trouvait nulle part mieux que dans l’eau de nos thermes. Il eut du reste toute raison d’être satisfait du résultat de sa cure ; l’épiderme épaissi se détacha peu à peu et fut remplacé par un tissu absolument sain.
J’ai revu le malade en 1885 et j’avoue que ma surprise a été grande en constatant qu’il était entièrement guéri.
La cure de raisins
Une cure de raisins est souvent la meilleure manière de terminer une cure aux bains de Loèche. Il faut pour cela faire une consommation méthodique de raisins et la prolonger pendant au moins trois semaines ; ce n’est pas du tout aussi simple et aussi indifférent que beaucoup de personnes le pensent et il faut avant d’entreprendre une cure de ce genre tenir compte exactement d’un grand nombre de circonstances. Les raisins frais contiennent une notable proportion de sels et agissent en conséquence comme un puissant excitant sur toutes les fonctions de l’organisme.
On ne saurait conseiller une cure de raisins qu’à des personnes robustes et bien nourries, souffrant de catarrhes chroniques, de pléthore des organes abdominaux ou d’engorgements des organes glandulaires (foie, rate, etc.). Les personnes faibles ou anémiques ne doivent pas faire la cure.
La parfaite maturité des raisins est la première des conditions nécessaires à la réussite de la cure ; elle se fera donc chez nous de la fin de septembre à la fin d’octobre. Le climat et l’orientation de l’endroit où se trouve le malade sont aussi deux facteurs très importants, car une température douce permet aux malades de prendre de l’exercice et de passer la plus grande partie de la journée en plein air jusqu’assez tard dans la saison ; les endroits bien situés pour la cure de raisins ne manquent pas chez nous : à Sierre chez Zufferey, Hôtel Bellevue ; à Sion à l’hôtel de la Poste très bien tenu par H. Brunner. Les raisins du Valais font du reste l’objet d’un important commerce d’exportation et sont ainsi expédiés à domicile aux malades qui ne peuvent pas séjourner dans le vignoble.
Le malade commence par prendre à jeun le matin une livre environ de raisins en ayant soin de n’avaler ni les pépins, ni l’enveloppe du grain ; trois à quatre heures plus tard, il doit manger de nouveau des raisins en un peu plus considérable et il faut encore en prendre environ deux livres entre 4 et 5 heures du soir. La quantité totale à absorber journellement dépend du reste entièrement de l’état du malade et de sa puissance digestive.
Il faut mener une vie régulière pendant la cure et observer un certain régime. Le repas du milieu du jour ne doit pas être trop copieux, non plus que celui du soir, qui doit consister essentiellement en soupe ou en thé. Le médecin de l’endroit où l’on se trouve devra du reste toujours être consulté et donnera lui-même toutes les indications nécessaires.
De nombreuses observations renouvelées chaque année m’ont démontré qu’une cure de raisins est souvent de la plus grande utilité après une cure de bains à Loèche.
Les bains
nouvellement réparés répondent en tous points aux exigences des temps actuels et sont au nombre de cinq, ils communiquent par des galeries couvertes avec les hôtels de premier rang et ont de grandes piscines générales où les deux sexes sont séparés, ainsi que des piscines particulières et pour familles. Les bains de l’hôpital ont deux grandes piscines et quelques particulières. Un premier progrès a été de transformer entièrement en ciment toutes les piscines. Ensuite, de nouveaux calorifères ont été installés pour chauffer le linge et les vestiaires. Plus, on a construit des salles pour inhalations et pulvérisations, et dans l’installation d’une salle d’hydrotherapie, douches chaudes, douches tempérées, douches froides. Ce sont des douches en jet, des douches en pluie verticale, circulaires et horizontales ; douches locales pour dames etc. Dans tous les établissements de bain un jet de douche, avec lance ou pomme, se trouve annexé à chaque piscine.
Loèche possède aussi un hôpital avec bains attenants, où l’on peut loger de 25 à 30 malades. Les indigents de toutes les nationalités sont admis moyennant la modique somme de 1 fr. 50 par jour. Les malades doivent porteurs des pièces suivantes :
1 Une déclaration de maladie signée par le médecin.
2 Une déclaration de pauvreté.
3 Une déclaration de moralité délivrée par le curé ou le pasteur.
Les eaux thermales
Loèche possède plus de vingt sources thermales, à peu près de même composition chimique. La plus abondante est celle de St-Laurent qui fournit à elle seule plus de deux millions de litres dans les 24 heures. L’eau sort du sol à une température de 51.30 degrés centigrades = 40.8 Réaumur. S’il est vrai, suivant les observations faites dans les mines et les puits artésiens, qu’en dans l’intérieur de la terre, la température s’élève de 1 degré Réaumur par 115 pieds, les sources jailliraient d’une profondeur approximative de 5000 pieds.
L’eau thermale est claire, inodore, d’un goût un peu fade. En grande masse, elle paraît légèrement troublée ou opalescente, grâce à un limon très fin qu’elle tient en suspension.
Loèche-les-bains
La célèbre station thermale de Loèche est située au pied de la Gemmi, à 1415 mètres au-dessus de la mer, dans la belle vallée de la Dala. Les sources, jaillissent du sol à une température de 51.30 degrés centigrades. À proximité, s’élèvent les établissements de bains et plusieurs hôtels confortables auxquels se rattachent le petit village de Loèche-les-Bains.
Cette haute vallée, l’une des plus remarquables de la Suisse, offre au voyageur les sites les plus variés : de vertes pelouses, émaillées de fleurs, de sombres forêts, des cascades, des torrents ; plus haut la région désolée des glaces éternelles et des hauts sommets.
Placé au centre d’un vaste amphithéâtre, le village est dominé au nord et à l’ouest par les rochers géants de la Gemmi, dépouillés de toute végétation, simulant au fond de la vallée un immense jeu d’orgues, où le tonnerre fait entendre sa formidable voix. Près du village s’élèvent les contre-forts du Torrenthorn, couverts de mélèzes verdoyants, tandis que la blanche du Balmhorn brille au-dessus de la vallée, avec les pentes resplendissantes du glacier de la Dala.
Sorti du glacier du même nom, le torrent de la Dala parcourt la vallée dans toute sa longueur, traverse le village et précipite ses flots au fond de gorges profondes, pour aller se jeter dans le Rhône. Outre les eaux si renommées, on jouit à Loèche, même au fort de l’été, d’un air pur, riche en ozone et fortifiant, grâce au voisinage des forêts de sapins, d’un véritable climat de montagne qui fait de cette localité une station de bains unique en son genre. La température moyenne de Loèche-les-Bains, pendant les mois de juin, juillet et août est de 13 degrés centigrades (moyenne des observations de 3 ans). Aussi est-ce par centaines que les baigneurs y affluent pendant la saison, et chaque jour en été ce charmant vallon est parcouru par des touristes de toutes nations, dont la plupart traversent le magnifique passage de la Gemmi.
Le voyageur qui voit cette contrée en été, sous ses aspects les plus riants, ne peut se faire une idée de la rudesse de l’hiver dans ces hautes régions et des dangers auxquels l’habitant des Alpes est exposé.
Plusieurs fois déjà les avalanches ont détruit les établissements de bains. En 1518, tout fut rasé jusqu’à l’église et soixante et une personnes périrent (Bridel). La plus terrible catastrophe fut celle du 17 janvier 1719.
À 8 heures du soir une avalanche épouvantable fondit sur le village avec la rapidité de l’éclair. En un clin d’œil, plus de cinquante maisons furent rasées ; tous les bains, les hôtels, un grand nombre de granges et de greniers furent entièrement détruits. Cinquante-cinq personnes des deux sexes et de tout âge perdirent la vie. Les victimes furent retrouvées, les unes à demi-mortes, les autres entièrement sous les décombres ; d’autres, emportées par le vent à de grandes distances. Une grande quantité d’animaux domestiques périrent en même temps. De la place jusqu’à l’église, quatre maisons seulement restèrent debout. Tout le reste avait disparu.
Aussitôt que la catastrophe fut consommée, le tocsin réunit ce qui restait de cette malheureuse population. Près de l’église on trouva une femme morte, et, auprès d’elle, deux autres miraculeusement sauvées. Au moment de la chute de l’avalanche, la pression de l’air fut si grande, que quatre personnes furent emportées, avec la rapidité de l’éclair, jusque dans les prairies appelées marêches, à une distance considérable du village, où elles ne furent retrouvées que le troisième jour.
Les masses de neige amoncelées sur le village étaient d’une hauteur effrayante. En dix jours on retrouva toutes les victimes du désastre, à l’exception d’un enfant qui ne fut découvert qu’au printemps, après la fonte des neiges, dans les prairies au couchant du village. Il vint beaucoup de monde au secours des malheureux habitants de Loèche-les-Bains, pour aider à ces recherches. Des secours considérables, recueillis en Suisse, furent employés à reconstruire les bains et à élever des barrières capables de prévenir de semblables malheurs.
L’une d’elles, construite en 1826, se développe obliquement sur un espace de 270 mètres, et présente un plan incliné de 5 mètres de hauteur au courant de l’avalanche.
Depuis 1767, grâces à ces sages précautions, Loèche n’a pas eu de grands malheurs à déplorer et a continué à prendre de l’extension. En 1875 on a encore fait, sous la direction de l’ingénieur Jules Zen-Ruffinen, d’autres grands travaux au dessus du village pour empêcher le glissement de la neige et le village a été épargné depuis lors.
Le village, tel qu’il se présente aujourd’hui, a une population de 700 habitants, parlant la langue allemande. Il est séparé en deux parties par la Dala, torrent impétueux qui s’échappe du glacier du même nom, distant de dix kilomètres environ.
Les mois les plus convenables pour bénéficier des eaux de Loèche sont : mai, juin, juillet, août et septembre. Le premier et le dernier offrent cet avantage que des concessions de prix assez sensibles sont faites pour ces deux mois.
En certaines années, en 1875, par exemple, le mois de mai a été le plus beau de la saison, ainsi que les trois premières semaines de septembre. Août et septembre sont les mois des touristes, ce qui s’explique parce que, à cette époque, les sommités des Alpes sont rendues accessibles par la fonte des neiges et offrent aux minéralogistes et aux géologues une abondante moisson de trésors.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Les Bains de Loèche, Suisse, Canton du Valais.
