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a Bibliothèque nationale possède deux manuscrits du livre des oraisons de Gaston-Phébus. On les trouve à la suite des traités de chasse du même Prince, classés sous les numéros 616 et 1292. Notre copie, tout entière de notre main, a été prise sur le texte du . Ce dernier ouvrage, véritable œuvre d’art, pour la beauté scripturaire, pour la perfection et la vivacité du coloris dans les enluminures nombreuses qui illustrent ses pages, a son histoire.
Gaston-Phébus le fit composer pour Philippe, duc de Bourgogne, comte de Flandre, à qui il est dédié. Au sortir de cette famille princière, ce devint la propriété de Philippe d’Orléans, frère de . Le grand roi l’obtint à son tour, puis s’en en faveur du comte de Toulouse. Comment de ces dernières mains arriva-t-il au rayon où chacun le peut admirer aujourd’hui, à sa vraie place ? Il importe assez peu. Le royal manuscrit est définitivement bien national.
Vers 1840, Rivarès et Émile Vignancour, deux noms bien connus et vénérés en Béarn, éditèrent le Traité de Chasse, mais le Livre des Oraisons, où le trouver ? Hatoulet lui-même, ce bibliophile passionné qui avait perdu ses yeux à déchiffrer les documents des Archives si riches des Basses-Pyrénées, ne l’avait point découvert. Qu’on juge de notre joie, lorsque le titre de l’opuscule désiré s’offrir à notre curiosité, à la page 122 du précieux .
Cette joie sera partagée, nous l’espérons, par ce public spécial à qui s’adressent ces pages : les amis fervents de la patrie béarnaise, les amateurs des vieilles lettres et des documents historiques.
Les premiers sont nombreux. Tout Béarnais aime son Béarn, même alors que n’ayant jamais quitté le sol natal, il ignore qu’il coule ses jours dans le plus beau pays du monde. Mais celui que les hasards de la vie ont exilé loin du ciel de Pau, ressent bien plus vivement l’amour de la patrie béarnaise. Tout ce qui se rapporte à elle l’intéresse très particulièrement.
Les philologues, moins nombreux, aimeront à voir comment après Joinville, au temps de Froissart, un étranger, prince montagnard, écrit la langue française. L’idiome béarnais était la langue naturelle de Gaston-Phébus. Celui-ci nous révèle pourquoi de préférence il use de la langue de France : « Ma langue, écrit-il, n’est pas si bien dite et parle français comme mon propre langage ».
Nous mettons enfin aux mains des historiens un document qui, sans doute, ne saurait réformer l’histoire de Gaston-Phébus, telle que nous l’ont faite Froissart, les pièces de la collection Doat, les vieux écrivains, Mgr de Marca et les travaux savants de Paul Raymond, mais qui, néanmoins, jette sur les dernières années du célèbre comte de Foix, un jour bien nouveau.
Les deux premiers chapitres, écrits en latin, rappellent les Confessions de St-Augustin, par l’expression parfois, toujours par les sentiments de contrition qui les caractérisent. Les autres chapitres sont autant de psaumes dans lesquels le nouveau David ne cesse de faire appel à la pitié divine, à cause de la miséricorde infinie par laquelle tout a été créé.
Le copiste nous apprend que son travail a été commencé le jour de mai 1387. Né en 1319 et mort en 1391, Gaston-Phébus nous a donc dépeint dans son Livre des Oraisons, l’état de son âme avant sa 66 année. À cet âge, le Prince était encore vert.
Sur la fin du xiv, avons-nous lu, ou en 1500, ce Livre reçut les honneurs de l’impression. À cette époque, on le sait, on m’imprimait que les livres de première importance.
Plus de cinq cents ans se sont écoulés depuis le jour où Gaston-Phébus reconnut les services de son « Trésorier » par le fief du Basacle qu’il créa. En publiant ce document, tout à l’honneur de la mémoire de ce Prince, il ne nous déplait point de penser que nous payons peut-être au bienfaiteur un tribut personnel de reconnaissance, au nom des générations qui se sont succédé à ; de celles, moins éloignées, qui dorment là-bas, sur le plateau du village natal, en face de la belle chaine des Pyrénées, à l’ombre du grand châtaignier.
Paris, le 16 juillet 1892.
donaï, Domine, Deus omnipotens ; qui fecisti ex solo verbo tuo cœlum et terram, mare et omnia quæ in eis sunt ; qui salvasti Noë servum tuum in diluvio aquarum, dum magnus furor tuus erat contra orbem terræ pro peccatis corum ; qui salvasti populum tuum Israel de manu Pharaonis regis Egypti per Moysen servum tuum ; qui humilias superbos et exaltas humiles ; qui non deficis sperantibus in te ; qui es cum magnâ misericordia innumerabilis omnibus creaturis
tuis ; qui pro magnâ dilectione quam habeas humano generi et pro salvatione eorum voluisti Verbum hoc est Jesum Christum filium tuum mittere in terram, incarnari in benedicta Virgine Maria sine ulla labe et corruptione ; qui facis et fecisti et habes plenam potestatem faciendi tanta miracula quæ aures audire, nec lingua loqui, nec oculi cernere nequirent ; quia omnia in manu tua sunt. Ergo, meus Deus, per tuam magnam potestatem et tuam misericordiam magnam et propter nomen tuum sanctum tetragiamaton, ego indignus servus tuus Phœbus, tibi supplico et rogo humiliter quod tibi placeat parcere et misericordiam habere mihi cui tu, Domine, tanta fecisti miracula et bonitates ; sit Domine ut placeat tibi quod ego maneam in tuâ firma spe ; et administra mihi gubernare populum meum ad beneplacitam tuum ut in vita et in morte possim requiescere in tua gratia. Amen.
Miserere mei, Domine Deus, per tuam dulcem pietatem et tuam misericordiam magnam, quia nulla miserabilis creatura peccator plus quam ego fuit, nec qui minus debeat habere tuam gratiam. Verum tamen, Domine, quia tu fecisti tot bona quæ per humanum
non posset dici, tamen aliquâ in parte ego dicam ut omnes persone habeant firmam spem in te. Primo quando fui natus, eram multa puer et frivolis, in tantum quod meus pater et mea mater verecundebantur ; et omnes gentes dicebant : “ Iste nil poterit valere et ve erit terre cujus erit dominus. ” Sed tu, Domine, jam illico expirasti tuâ bonitate et me fecisti habere in te spem, et pro malo quod dicebantur de me rogavi te qualibet die quod dares mihi vim et bonitatem. Et tu, Domine, plenus omni bonitate, audivisti cito preces meas et dedisti mihi plusquam alicui qui fuisset in meo tempore.
Deus Domine, tibi supplicam quod sensum et discretionem mihi dares sic quod terram meam et meas gentes possem gubernare ad beneplacitum tuum ; et tam cito tue benigne aures me audierunt, et aperuit Spiritus tuus sanctus meum intellectum ad intelligendum omnia.
Postquam domine fui fortis et sapiens, habui pejus quia omnes gentes dicebant : “ Magna perditio tanti hominis tam fortis et tam sapientis qui nil valet in armis ”. Et ego feci orationem tibi,
Deus, quod dares mihi honorem armarum et dedisti mihi multipliciter gaudere. In tantum quod in Sarracenis, Judeis, Christianis, in Ispania, Francia et Anglia, Alemania et Lombardia, citra omne mare et ultra latum nomen meum per tuam gratiam. In omnibus locis in quibus fui obtinui victorias et omnes meos inimicos tradidisti in manibus meis ex quo habeo perfectam noticiam de te. Omnia delectamenta et solatia et omnia bona, quæ in hac mortali vita unus homo potest habere, mihi dedisti quia tibi placuit absque ullâ ratione de me. Breviter de aliquo quod tibi petierim ut dares mihi, nullo tempore defecisti ; esset justum, vel non : et ab omnibus malis et tribulationibus me eripuisti. Ergo, Domine Deus pie, postquam tot gratias et miraculosas bonitates fecisti mihi et plusquam homo scribere posset ; erit facta tua justicia supra me sine tuâ misericordiâ. Et si est, non oportet mihi quod omnes demones sint parati et omnes pene profundorum infernorum stabilitate ad me vorandum. Et ultimum, plus corpus meum subjectioni omnium precor et omnia bona quæ mihi dedisti, quoniam gratia reducta in
tuo odio et ira, tamen jam ex toto hoc, non satisfieretur justiciæ juxta mea multa peccata et imnumerabilia. Sed, Domine, spero in uno quia scio quod omnes creaturæ sentierunt tuam bonitatem et tuam misericordiam, quæcunque sint. Numquid velaverunt tuam bonitatem in cœlis angeli, archangeli, throni et dominationes, patriarche et prophete, sancti et sancte martyres atque confessores ? Et ultra nesciunt tuum posse, colles, luna, stelle, corpora, aera et momentum throni ? nesciunt ergo tua beneficia terra, herbe, bestie, volucres maris et omnes pisces, in abyssis, ubi non sunt mihi tormenta et obscuritates, non sentiunt tuam dulcedinem in aliquo casu ? Gentes facte ad tuam similitudinem infirme sane et mortue ; et in quocumque statu nesciunt aliquo tempore tuam misericordiam et amicitiam. — Et ego infelix ero solus quod in me deficiat tua misericordia. — Non… quia indignus supplico omnibus qui sunt in tua gratia ut dignentur rogare pro me peccatore. Et tu, misericors Domine, velis aures tuas dulces inclinare eorum precibus et meis ; et administra mihi facere opera tibi placentia et me tene in tuâ firmâ spe. Amen.
donaï, Seigneur Dieu tout-puissant, qui, d’une seule de vos paroles, avez fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment ; qui avez sauvé du déluge des eaux Noë votre serviteur, tandis que votre colère se déchainait contre l’univers à cause de ses péchés ; qui avez sauvé votre peuple d’Israël, de la main de Pharaon, roi d’Égypte, par Moyse votre serviteur ; qui humiliez les superbes et élevez les humbles ; qui ne manquez pas à qui espère en vous ; dont la grande miséricorde est sans borne envers toutes vos créatures ; qui à cause de votre grand-amour pour l’humanité et pour son salut, avez voulu envoyer en terre le Verbe, c’est-à-dire Jésus-Christ, votre Fils ; qui avez voulu qu’il s’incarnât dans la bienheureuse Vierge Marie sans tache et sans souillure ; qui faites, qui avez fait et avez plein pouvoir de faire tant et de si grands miracles qu’il serait impossible aux oreilles de les entendre ; à la langue de les dire ; aux yeux de les discerner, parce que toutes choses sont en vos mains. Donc, mon Dieu, par votre-grande puissance et votre grande miséricorde et à cause de votre nom trois fois saint, moi, votre indigne serviteur, Phébus, je vous demande humblement et vous supplie qu’il vous plaise de me pardonner et de m’avoir en pitié, moi que vous, Seigneur, avez comblé de bienfaits si prodigieux et de bontés ; qu’il vous plaise, Seigneur, que je reste dans votre ferme espérance ; accordez-moi de gouverner mon peuple selon votre bon plaisir, afin que dans la vie et dans la mort je puisse reposer dans votre grâce. Ainsi soit-il.
Ayez pitié de moi, Seigneur Dieu, par votre douce pitié et votre grande miséricorde, parce que nulle misérable créature n’a été pécheresse plus que moi, ne méritant, moins que moi, d’obtenir votre grâce. Cependant, Seigneur, parce que vous n’avez fait tant de biens que les hommes ne pourraient les énumérer, je veux, néanmoins, les rapporter, en partie, afin que toute personne ait ferme confiance en vous. D’abord, dès que je fus né, j’étais, en tout, enfant et léger, à tel point, que mon père et ma mère en rougissaient ; et tout le monde disait : « Ce garçon ne vaudra jamais rien ; malheur à la terre dont il sera le maitre ! » Mais vous, Seigneur, vous êtes mort par votre bonté et m’avez fait avoir espoir en vous : en place du mal qu’on disait de moi, je vous ai demandé, un jour, de m’accorder force et bonté. Et vous, Seigneur, plein de toute bonté, vous avez promptement entendu mes prières et vous m’avez donné plus qu’à aucun autre de mes contemporains.
Seigneur Dieu, je vous ai supplié de me donner sens et discernement de façon que je puisse gouverner ma terre et mes sujets à votre bon plaisir ; et tout aussitôt vos oreilles favorables m’ont entendu et votre Saint-Esprit n’a ouvert l’intelligence pour comprendre toute chose.
Après, Seigneur, que je suis devenu fort et sage, pire m’est advenu, tout mon peuple disant : « C’est grand malheur qu’un tel homme, si fort et si sage, ne vaille rien dans les armes. » Et moi je vous ai fait ma prière, Dieu tout-puissant, pour que vous me donniez honneur à la guerre, et vous m’avez joie de toute manière. Si bien que chez les Sarrazins, chez les Juifs et chez les Chrétiens, en Espagne, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Lombardie, en deçà et au-delà des mers, mon nom a été porté par votre grâce. Dans tous les lieux où je suis allé, j’ai remporté des victoires ; vous avez livré en mes mains tous mes ennemis ; d’où j’ai une parfaite connaissance de vous-même. Tous les agréments, toutes les consolations, tous les biens que, dans cette vie mortelle, un même homme peut avoir, vous me les avez donnés parce que cela vous a plu, sans aucun mérite de ma part. Bref, tout ce que je vous ai demandé de n’octroyer, juste ou non, vous ne me l’avez en aucun temps refusé ; et de tous les maux et tribulations m’avez toujours délivré. Donc, Seigneur, Dieu miséricordieux, après m’avoir comblé de tant de grâces, de tant de merveilleuses bontés, au-delà de ce qu’un homme en pourrait écrire, votre justice sur moi s’exercera sans pitié. Et s’il en est ainsi, il ne faut pas que tous les démons, que tous les êtres infernaux sortent du profond de leurs abîmes prêts à me dévorer. Finalement, mon corps, tous les biens que vous m’avez donnés, je les livre à l’indulgence de tous, parce que si votre grâce se change en colère et en haine, il ne serait plus possible de satisfaire complètement à la justice, vu la multitude innombrable de mes péchés. Mais, Seigneur, ce qui me donne espoir c’est ceci : que je sais que toutes les créatures, quelles qu’elles soient, ont éprouvé votre bonté et votre miséricorde. Est-ce que les Anges dans les cieux ont voilé votre bonté, et les Archanges, et les Thrônes, et les Dominations, les Patriarches et les Prophètes, les Saints et les Saintes, martyrs et confesseurs ? Ne connaissent-ils pas aussi votre puissance, les monts, la lune, les étoiles, le monde terrestre, le monde des airs, escabeau de votre trône ? ne connaissent-ils pas aussi vos bienfaits, la terre, les herbes, les bêtes, les oiseaux de mer et tous les poissons ? Dans les abimes où il n’y a pour moi problèmes ni obscurités, ne ressent-on pas votre douceur, en toute occasion ? Les générations faites à votre image sont infirmes certes et mortelles ; mais dans tout état n’éprouvent-elles pas, un jour, votre miséricorde et votre amitié ? — Et moi, malheureux, je serais le seul en qui votre miséricorde se serait épuisée. — Non… parce que, dans mon indignité, je supplie tous ceux qui sont en votre grâce qu’ils daignent se faire solliciteurs pour moi pécheur. Et vous, miséricordieux Seigneur, qu’il vous plaise incliner vos douces oreilles à leurs prières et aux miennes : accordez-moi de faire des œuvres qui vous plaisent et conservez-moi dans la ferme confiance en vous. Ainsi soit-il.
Magna est misericordia Domini et magna est potestas ejus. Quia nullus est qui speret firmiter in eo quem ipse dimittat in aliquo errore. Domine pro me scio hoc ego cui existenti peccatori graviter consilium præbuisti tuâ pietate. Loco illo in quo nullum videbant consilium : Vino, dicebant, iste perdetur. In tuâ pietate me eripuisti et eruisti a magnis tribulationibus. Domine mi, furor faciei tuæ contra gentes est versus et non est sine causâ. Domine, si placet tibi non sumus nos duo devapulati. Gentes sunt minus quam bestiæ que vident vindictam Dei et nolunt videre vino faciunt cot hidie pejus. Verumptamen non est mirandum quia diabolus cujus ipsi faciunt opera execat, exordescit et obmutuit eos. Ordines prelati et alii in vestimentis bonis peiores sunt quam alie gentes. Domine, postquam tam maximum malum est venturum, misericorditer te deprecor ut miserearis mei et illius secundum tuam misericordiam tam magnam.
Quia si respicias facta nostra, anime erunt dampnate. Domine, converte oculos tuos ad nos duos servos tuos et inclina aures tuas ad preces nostras. Sapienti opes sunt stultitiores et plus sperant in falsis vanitatibus.
Tu omnia nosti et cognoscis mala corda et punies ea dolorose. O quam seculum est in ira tua, quia ego qui cognosco te, quando video facta predicta, sum turbatus et dubitans. Sed ego cognosco bene quod es justus et ideo spero in te firmiter semper. Gentes vident et admirantur cum quis narrat tuam veritatem et non credunt illam. Tot in profundum cupiditatis intrarunt quia nullam de te nec de sui ipsis commode cognitionem habent. Domine, per sanctam incarnationem tuam quam suscepisti de utero virginis Marie, adjuva me et illum. Domine, per sanctam Nativitatem tuam, custodi me et illum in seculo et semper. Domine, per dolorosam passionem tuam quam tu suscepisti pro nobis dolentibus, salva me et illum. Domine, per sanctam resurrectionem tuam, guberna me et illum nunc et semper. Dulcis virgo Maria, fons pietatis et misericordie, ora pro me et pro illo. Deus Pater, creator omnium, Alpha et o., mei, illius, miserere. Amen.
Elle est grande, la miséricorde de Dieu, et grande est sa puissance. Car, il n’y a personne espérant fermement en lui qu’il abandonne en quelque égarement que ce soit. Je sais cela par moi-même, Seigneur, à qui, dans mon grave état de péché, votre pitié est venue grandement en aide. De celui en qui l’on ne voyait aucune raison, on disait : Le vin le perdra. Dans votre miséricorde vous m’avez préservé et m’avez tiré de grandes tribulations. Mon Seigneur, la fureur de votre visage s’est tournée contre les nations et ce n’est pas sans cause. Seigneur, s’il vous plait, nous ne sommes pas, nous deux, intempérants. Les gens sont moins que les bêtes ; voyant la vengeance de Dieu et ne voulant pas la reconnaître, ils font, chaque jour, pire que le vin. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que le diable, dont ils font les œuvres, les aveugle, les abaisse et les rende muets. Ceux d’un rang élevé, ceux bien vêtus, sont pire que les autres. Seigneur, puisque un mal si grand doit venir, je vous supplie humblement d’avoir pitié de moi et de lui, selon votre infinie miséricorde. Car, si vous regardez à nos actes, nos âmes seront perdues. Seigneur, tournez vos regards vers nous deux, vos serviteurs, tendez une oreille favorable à nos prières. À l’homme sage les riches paraissent plus stupides ; ils mettent plus un fol espoir dans la vanité.
Vous, vous savez tout ; vous connaissez les mauvais cœurs et vous les punirez douloureusement. Oh ! combien ce monde se trouve dans votre colère ; puisque moi qui vous connais, quand je vois les actes ci-dessus, je suis troublé et anxieux. D’autre part, je sais bien que vous êtes juste ; c’est pourquoi j’espère fermement en vous. Les peuples voient, admirent, quand quelqu’un leur raconte la vérité, et ils ne croient pas. Un si grand nombre se sont laissés tellement envahir par la passion qu’ils n’ont aucune convenable connaissance ni de vous ni d’eux-mêmes. Seigneur, par votre sainte Incarnation dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie : aidez-nous, moi et lui. Seigneur, par votre sainte Nativité, gardez-moi, gardez le, en ce monde et toujours. Seigneur, par votre douloureuse Passion que vous avez soufferte pour nous malheureux, sauvez-nous, moi et lui. Seigneur, par votre sainte Résurrection, gouvernez-nous, moi et lui, maintenant et toujours. Douce Vierge Marie, source de pitié et de miséricorde, priez pour moi et pour lui. Dieu le Père, créateur de toute chose, Alpha et Oméga, ayez pitié de moi, de lui. Ainsi soit-il.
Devant toy sancte Trinité, un Dieu omnipotent, Père, Fils et saint Esperit qui ne desires pas la mort des pécheurs mais la repentance, moy chétif et foible pécheur, ne me repellisses de ta souveraine pitié. Ne regarde, Sires, mes péchiez immondes et laides cogitations par lesqueles ploureusement ie sui séparé de toi. Mais espande sur moi la large clémence de ta bénignité. Ne permetes, Sires, de ma mort elléchier mes ennemis en enfer ou nessun ne se confessera à toi ; mais ayes mercy de moy, oppressé par charge de péchiez, otroye à moy dolent, ie te prie, ta grâce, et me délivres de tous maulx passez, présents et avenir, de subite et pardurable mort de toute pestilence et misère, de tout escandel et péril de désirer maligne et de einne perverse et de tout péchié. Oste moy, Sires, tous mes crimes et iniquités et négligences. Tu soyes benigne à moy en toutes angoisses et tribulations et necessités et temptations et en tous mes périls et mes enfermetés. Sainte et seule Trinité, edificient bonté, soyes, si te plait, présent à mes supplications. Par quoy aussi, comme de tes seremens as fait participant sens nul mérite de moy. Mais par ta seule benignité et ta foy, espérance et charité, Sires, me fay persévérer et user. De tout mal me garde et me deffent. Toutes choses à moy proufitables, me veuilles octroyer. Du perpétuel tourment me delivre et à la voye perdurable me meine. Et des temptations mortels du diable lequel ie crains que par mes péchiez ait aucun povoir sur moy me delivre.
Diex, un en trois personnes, de moy vil pecheur indigne reçoy ore mes prières, donne moy, Sire, diligence comment ie te cerche, sagesse que truisse, arme que te cognoisse, yeux qui te voyent, conversation qui te plaise, perseverance iusques à la fin et fin parfaite. Oyez moy priant si comme tu ouys Ionas au ventre de la balaine, délivre moy si comme tu délivras Suzanne de faulx crismes. Ayde, ie te prie, Sires et de tout mal continuablement me delivre et de la bouche des diables me giète et de la mort perpétuelle me irtue et me remplis de la habondance de ta grace, arme mon cuer de ta vertu, expurge ma pensée, sanctifie ma vie, emmende mes coustumes. Illumine mon cuer de la celestial sagesce. Amorte ire et chaleur charnel, attrempe et refrene ma langue de vain parler. Paroles de vérité et de miséricorde, de benignité et de concorde yssent hors de ma bouche en toute honesteté de coustumes, a plain m’adresse et me conforte très piteux en toutes bonnes euvres.
À toi, sires, ie manifeste les secrès de mon cuer a toi ie confesse mes pechiez et les laydesces de mon cuer ; certes plus durement ay ie pechié que Sodome, et plus ay defailli que Gomorre. Ie suis ton debteur non seulement de dix mille delans, mais de tout le temps de ma vie t’ay a rendre rayson, rompeur de ta loy et sur tous negligent, desobeissant et trépasseur de tes mandemens en toute ma vie. Or Sires, ie vieing a toy a grant tristece de cuer, a grant contriction de plours et de lermes. Si te plaise que me vueilles ouyr et aidier à retourner a ma salut, toutes mes euvres ordene à ton doux plaisir. Si que ie aproufite de iour en iour et aille de vertu en vertu. À toi, sires, humblement ie pry et en plourant de cuer que tu me vueilles pardonner er garder de cy en avant de faire choses a toy deplaisans, car, sire, sens taide, ma fragilité est en doubte que ne le pusse soufrir. Tu, lumiere véritable euvre mes yeulx de toute cecité humaine et de tout empèchement mondain et séculier ; donne moy, Sires, armes de taide et de ta protection, tousiours en ta dilection persevérer, céleste bénédiction recevoir, ainsi que en la présente vie que m’as donnée ie me puisse esleescier en la perpétuelle gloire. Amen.
Encore, Sires misericorsdier et pardonneur de très grant misericorde autrefoys ie te pri que tu me remetes toutes mes offenses par quoy marme de ta doulce bénignité soit remplie et mottroye pardon de pleniere indulgence. Tout quant que par ma coulpe iay pechié doulx Diex, te plaise a moy laver par ta grant pitié, ne soit pas loing de moy ta misericorde et ta clemence. Mais tout ce que iay fait en contre toy par la deception du diable et par ma propre iniquité et fragilité, tu très piteux et très-misericors sires, me vueilles laver par pardon. Fay moy sain de mes playes et me pardonne mes pechiez si que par nulle mauvaistié que iaye faite ne puisse estre separe de toy, mais tousiours ici et en tout lieu de toy aidé et de ta defension armé a toy, sires, me puisse ie aprouchier et la pardurable gloire finalement prendre. Amen.
O lumière, bieneuree Trinité, et principal unité. Acrois en moy foy. Acrois espérance. Acrois charité. Délivre moy, Sauveur, et me justifie o bieneuree Trinité, deslie les crismes, pardonne les péchiez. Giete hors les misères, oste les angoisses, regarde les tribulations, repette les adversités en donnant leure de ma petition misericordieusement me veuillez octroyer. Vien sires je te prie en moy par quoy ie soye enflammé en tamour de feu de vraye charité. Vien sires ie te pri en moy par quoy ie te sente dedans mon corps, la confession de ma bouche reçois à bon gré et motroye faire fruit parfait par quoy ie soye enflammé en tamour, et comme Moysen ton servant tu illumine de merveilleuse resplendeur ainsi mon corps et mon sens te plaise de illuminer. Donne loyers de ioye, donne dons de graces, delie liens de yre, assemble nous annistance de paix, enlumine mon cuer car autrement sires iay trop pechié devant toy, plaise toy doulz sires d’avoir patience en moy, et deslivre moy de maulx lesquels tousiours ausissent sur les gens. Mes iniquités, sires, sont multipliées sur toutes autres et ataignent iusques auls ciels, pardonne moy sires et incline sur moy ta miséricorde. Sire Diex appetisse de ci en avant mes péchiez en courage contrit, et en esprit de humanité soye receu et me fay selon ta grant miséricorde car n’est nulle confusion à ceulx qui ont esperance en toy. Il n’est nul autre Diex hors toy, car tu as cure de tous, pour ce es tu sires de tous. Sires ainsi que tu fus benigne et misericors à nos pères, ainsi te plaise de estre à moy, et convertis Sires ma tribulation en ioye. Si que vivant sire ie te puisse beneir.
Ie te pri doulx sires en toute ta miséricorde que ta yre soit ostée hors de moy, incline sires tes oreilles a ouyr mes prières et mes afflictions. Oyes moys sire et me pardonne et me demeure une car ie tappelle et tousiours tay appellé, ie scay bien sire que nuls n’est plus pecheur de moy. Et si sçay que tu es courrouciez a moy, et nul nest qui puisse fuir de ta main. Tu qui pardonnas Ninive ayes mercy de moy, recorde toy sire de tes grans misericordes, et sur moy ne soyt faite ta vangance après mercy, Diex de moy et de mon grief corps. Sire ie te ay mercy ne vueilles pas cloire tes oreilles à mes prières. Recorde toy de moy sire recorde toy si que ie soye en léritage de ton règne et veant ta gloire ie puisse aourer de bouche et puisse dire gloire au Père qui ma fait, gloire au Fils qui ma sauvé, gloire au saint Esperit qui ma renouvelé. Amen.
Ie te suppli mon angel et esperit auquel ie suis proveu par Dieu et commis que tu me gardes sens deffaillement et m’ayde et me visite et me deffens de toute violence du diable veillant et donnant nuyt et iour et continuelement heures et momens, nourris moy, où que ie aille vien avecques moy ; oste de moy toutes temptations de Sathan ; et ie qui ne suis dignes par mes mérites, par tes prières obten envers le très-misericors iuge et seigneur qui ta a moy assigné pour deffenseur et recommandé ma a toy par quoy en moy ne puisse avoir nulle vilte, et quant en moy tu verras traversier es pechiez et desvoyer, par les sentiers de ta droiture me vueilles a mon redempteur retourner et en queconque angoisse tu me veoyes par ta intercession ie sente laide de toy du vray Dieu omnipotent ie te pri, sil puet estre, que me faces manifeste ma fin. Et quant larme me istra du corps ne me laisses espoventer aux diables ni escharnir, ne ne me laisses geter à la fosse de desesperation, et ne me deguerpis iusques a tant que tu me meines en la mayson de mon créateur, ou perdurablement avec tous les sains ie puisse ecleescier.
Très hault et très bénigne et très amoureux Diex créateur et gouverneur de toutes créatures a ta très grant bonté ie confesse tous mes pechiez en quelconque manière ie les aye fais, de puis cette heure que ie eu premièrement cognoissance iusques aore, en laquele par ta grant misericorde tu me soutiens encore à vivre, de tout sires vrayement ie ne puis estre en mémoire tant en va. Mais très piteux seigneur et très misericors Diex au quel sont manifestées toutes choses aincoys quelles se facent, qui es véritable regardeur de cogitations et es très droiturier cercheur des cuers, tu sires sœs tous mes pechiez quielx que iaye faiz ou encore fais, ou dedans marme par cogitation, ou dehors par opérations, et pour ce que veritablement say que toutes ces choses sont manifestes a toy, de toutes cestes que ie entens que iay faytes contre ta voulenté devant toy et devant teus tes saincts ie me confesse et me tieing obligie et en coulpe, et se ce nest que ta benigne misericorde aincois me secoure après la mort de la char, ie creing destre perpétuellement dampné et ie scay très doulx Diex que tu mas fait de ta grant miséricorde et mas eu en dilection, serait ce bien raison que ie tamasse et te doubtasse et a tes commandemens obéisse, tu fis ce, sire, pour amour de moy et non pas par ton proufit.
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