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La photographie aérienne par cerf-volant

Arthur Batut · 1890 · Free in the US

35,321 words · about 2 h 28 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Arthur Batut
Language
French
Published
1890
Length
35,321 words · about 2 h 28 min
Sections
11 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (11)
  1. Front matter about 49 min
  2. Texte entier about 49 min
  3. Introduction about 1 min
  4. 1 about 1 min
  5. 2 about 25 min
  6. 3 about 5 min
  7. 4 about 5 min
  8. 5 about 7 min
  9. 6 about 3 min
  10. Appendice about 3 min
  11. Documents divers under 1 min

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Front matter

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Au printemps de 1888, lisant pour la première fois le beau travail de M. Gaston Tissandier sur la Photographie en ballon, nous fûmes surpris que l’idée de substituer un cerf-volant au ballon ne fût encore venue à personne. En effet, si d’un côté la Photographie aérienne est susceptible d’applications nombreuses d’une utilité incontestable, il faut bien le reconnaître, le support de l’appareil photographique, le ballon, est un objet encombrant, coûteux, nécessitant un matériel au point de vue du transport et surtout du gonflement et demande en outre un personnel nombreux pour la manœuvre. La perfection des épreuves obtenues en ballon est aujourd’hui chose démontrée ; on entrevoit déjà la longue liste des applications qu’on en peut faire. Mais pour qu’une découverte soit vraiment utile, pour qu’elle porte tous ses fruits, il faut qu’elle puisse être mise entre les mains de tous. Or, la Photographie en ballon est le lot d’un très petit nombre, des rares privilégiés de la fortune que tentent les recherches scientifiques. Songeons à ce qu’était la Photographie ordinaire, il y a quinze ans, l’apanage de quelques adeptes ; à ce qu’elle est aujourd’hui, le partage de tous, le crayon photographique, pour ainsi dire, que le voyageur, le touriste, le simple promeneur emportent avec eux. Quel magicien a pu dans si peu de temps opérer une transformation pareille ? Le gélatinobromure d’argent qui, en rendant les manipulations presque nulles, a simplifié et surtout allégé d’une manière invraisemblable le bagage photographique.

Texte entier

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Au printemps de 1888, lisant pour la première fois le beau travail de M. Gaston Tissandier sur la Photographie en ballon, nous fûmes surpris que l’idée de substituer un cerf-volant au ballon ne fût encore venue à personne. En effet, si d’un côté la Photographie aérienne est susceptible d’applications nombreuses d’une utilité incontestable, il faut bien le reconnaître, le support de l’appareil photographique, le ballon, est un objet encombrant, coûteux, nécessitant un matériel au point de vue du transport et surtout du gonflement et demande en outre un personnel nombreux pour la manœuvre. La perfection des épreuves obtenues en ballon est aujourd’hui chose démontrée ; on entrevoit déjà la longue liste des applications qu’on en peut faire. Mais pour qu’une découverte soit vraiment utile, pour qu’elle porte tous ses fruits, il faut qu’elle puisse être mise entre les mains de tous. Or, la Photographie en ballon est le lot d’un très petit nombre, des rares privilégiés de la fortune que tentent les recherches scientifiques. Songeons à ce qu’était la Photographie ordinaire, il y a quinze ans, l’apanage de quelques adeptes ; à ce qu’elle est aujourd’hui, le partage de tous, le crayon photographique, pour ainsi dire, que le voyageur, le touriste, le simple promeneur emportent avec eux. Quel magicien a pu dans si peu de temps opérer une transformation pareille ? Le gélatinobromure d’argent qui, en rendant les manipulations presque nulles, a simplifié et surtout allégé d’une manière invraisemblable le bagage photographique.

Multiplier les photographies aériennes en rendant leur production facile, en la mettant à la portée de tous, pour leur permettre de fournir les diverses dont elles sont susceptibles, voilà le but que nous nous proposons en publiant ce petit travail.

Nous nous sommes fait une loi absolue de ne décrire que des appareils construits et expérimentés par nous, que des procédés ayant fourni de bons résultats, convaincu qu’en ces matières l’expérience est le seul guide infaillible et que l’abandonner un instant est le sûr moyen de tomber dans l’erreur.

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Comme nous le disions en commençant, le seul obstacle à la propagation de la Photographie aérienne ne réside que dans le ballon. Encombrant et coûteux, cet appareil demande encore un temps relativement long pour être mis en état de s’élever dans les airs ; d’où manque de réussite dans les opérations, par suite du défaut de lumière, si l’ascension est trop retardée. Nous citerons à l’appui le récit de l’expérience faite par MM. Lair et Gillon le 15 février 1884 et rapportée par M. Tissandier. « Le ballon n’ayant pu être gonflé assez rapidement, c’est à quatre heures seulement que les opérateurs ont pu faire l’expérience. »

Supprimer une cause d’insuccès en ayant sous la main un véhicule toujours prêt à enlever l’appareil photographique, voilà ce que l’usage du cerf-volant offre aux opérateurs. Mais, dira-t-on, le vent est nécessaire au cerf-volant et, avec le calme plat, toute opération devient impossible. Nous répondrons que l’inverse a lieu avec le ballon, du moins lorsque celui-ci est retenu captif, ce qui est le cas le plus habituel. On nous accordera donc que le cerf-volant pourrait, en tout cas, être considéré comme un suppléant du ballon captif lorsque le vent empêche celui-ci de s’élever. Nous croyons pouvoir affirmer que, même par temps calme, il est possible de faire monter un cerf-volant, si ce n’est à une grande hauteur, tout au moins d’une manière suffisante pour prendre une vue cavalière assez étendue. Nous reviendrons du reste sur ce sujet.

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Avant de passer à la description des opérations sur le terrain, nous croyons utile d’entrer dans tous les détails de construction : 1 du cerf-volant ; 2 de la chambre noire ; 3 du mode de suspension de celle-ci ; 4 de l’obturateur ; 5 enfin du choix de l’objectif et du procédé photographique.

Le cerf-volant. — Le cerf-volant est pour la plupart d’entre nous une vieille connaissance, un de ces jouets dont l’habileté du constructeur fait tout le mérite et dont l’aspect évoque dans nos plus lointains souvenirs l’image d’un père ou d’un ami. Malheureusement, depuis Franklin, peu de savants s’en sont occupés, et l’empirisme seul préside d’habitude à sa construction. Nous avons été assez heureux pour trouver, dans le journal la Nature, quelques articles sur les cerfs-volants et, notamment dans le numéro du 26 février 1887, la détaillée d’un cerf-volant, due à M. Esterlin, professeur au collège de Bazas. Ce type, que nous avons adopté, nous a fourni d’excellents résultats et, grâce à quelques modifications de détail, a pu être allégé à tel point que, dans ces nouvelles conditions, le poids du cerf-volant, armé de son appareil photographique complet, n’excède guère le poids du cerf-volant de M. Esterlin de même dimension. Au point de vue pratique, ceci a une grande importance. La hauteur à laquelle peut atteindre le cerf-volant est limitée en effet par le poids de corde qu’il peut emporter. Plus nous diminuerons son propre poids et plus nous pourrons lui donner de corde et, par suite, d’élévation. Mais revenons à sa construction. Le cerf-volant de M. Esterlin se compose du classique roseau, dont la longueur divisée par 10 donnera l’unité de mesure qui va nous guider dans la construction. Prenons, par exemple, un roseau de 2 ; le dixième de sa longueur sera 0,20. À deux unités du gros bout du roseau, c’est-à-dire à 0,40, nous fixerons l’arc composé de deux tiges d’osier, longues chacune de cinq unités et demie, c’est-à-dire de 1,10, dont la réunion devra former une longueur de sept unités, soit 1,40, les deux parties les plus épaisses des osiers liées l’une sur l’autre. Cela fait, nous passerons la corde de ceinture dans des encoches faites aux deux extrémités du roseau ainsi qu’à celles de l’arc et nous la tendrons suffisamment pour donner à celui-ci une flèche d’environ une unité, soit 0,20. Nous recouvrirons ensuite le cerf-volant de papier léger mais résistant, en ayant le soin de le doubler d’une étoffe mince aux quatre angles et aux deux points d’attache de la bride. Ces points se trouvent, l’un à la jonction de l’arc et du roseau, l’autre à trois unités du petit bout de celui-ci, c’est-à-dire à 0,60. Cette bride est une cordelette d’une longueur telle que, rabattue sur le côté du cerf-volant, elle dépasse légèrement l’extrémité de l’arc. C’est en face de cette extrémité que l’on doit faire une boucle à la bride, boucle sur laquelle viendra se fixer à l’aide d’une olive en bois la corde de manœuvre. Une forte ficelle, reliant par derrière les deux extrémités de l’arc et tendue plus ou moins, suivant la violence du vent, sert à donner au cerf-volant une surface convexe qui lui assure une grande stabilité.

Bien que l’appareil décrit ainsi dans la Nature soit donné comme cerf-volant sans queue, nous devons avouer que nous n’avons jamais réussi à l’enlever sans cet appendice incommode et fragile, mais qui, jusqu’à présent, nous a paru indispensable.

Voici en quoi consistent les modifications apportées par nous au cerf-volant dont nous venons de donner la description. Nous avons supprimé le roseau, souvent lourd dans les dimensions citées plus haut (0,08 à 0,09 de circonférence au gros bout), et nous l’avons remplacé (fig. 1) par deux règles AB de bois léger (peuplier de Caroline), ayant 0,020 × 0,005 de section et à fil bien droit. Ces deux règles, solidement liées ensemble aux deux extrémités, viennent embrasser, à la quatrième et à la cinquième unité de longueur en partant de la tête, une boîte légère, d’une épaisseur égale à la largeur des règles et représentant la forme d’un trapèze A’B’C’D’, le plus petit côté tourné vers la queue. Cette boîte, dont tous les côtés sont cloués et collés, a deux unités de longueur. Deux solides ligatures en ficelle et quelques pointes l’assujettiront entre les deux règles. C’est sur cette boîte que se fixera le support de la chambre noire.

Aux deux points d’attache de la bride, de légères mais solides entretoises de bois blanc, M et N, viennent tendre les deux règles en les écartant et leur donnent ainsi une grande rigidité. Ces entretoises sont appelées à subir des secousses et des tractions violentes ; rien donc ne doit être négligé pour les fixer avec soin. Quelques pointes légères et surtout des ligatures méthodiques en bonne ficelle sont les moyens qui nous ont le mieux réussi. Afin que la bride ne puisse glisser, ce qui aurait pour résultat de faire dévier le cerf-volant, il est bon d’enrouler une ficelle encollée sur toute la longueur de l’entretoise, en ménageant au milieu un espace vide sur lequel cette bride viendra s’attacher.

Pour les cerfs-volants dont la longueur excède 1,50, nous préférons aux osiers, pour former l’arc CD, deux lames de fleurets soudées ensemble par la poignée. Les boutons peuvent être soit enveloppés de ficelle encollée à laquelle on fait une boucle, soit remplacés par des anneaux faits à la forge en retournant l’extrémité du fleuret. C’est dans ces boucles ou dans ces anneaux que devra passer la corde de ceinture. Les fleurets présentent, dans les grandes dimensions, l’avantage de joindre une grande flexibilité à une solidité absolue. Leur réunion aux deux règles se fait sur l’entretoise supérieure par des ligatures de ficelle encollée. Pour protéger la ficelle contre les angles des fleurets, il est bon de recouvrir ceux-ci, au point de jonction, avec des planchettes de liège ou de bois tendre.

Dans le cas particulier qui nous occupe, cette disposition spéciale du cadre du cerf-volant, outre son extrême légèreté et sa force de résistance à la flexion, quant à l’arête, présente un sérieux avantage pour la suspension de l’appareil photographique. En effet, sous l’influence d’un brusque coup de vent, le roseau court le risque de tourner dans les ligatures qui l’attachent à l’arc, et, comme l’appareil est solidaire du roseau, l’axe de l’objectif perd l’orientation qu’on lui a donnée. Avec la nouvelle disposition du cadre, cet accident n’est plus à craindre, les deux surfaces en contact des règles et de l’arc étant des surfaces planes.

Puisque nous n’avons pu supprimer la queue de notre cerf-volant, résignons-nous à la décrire. Cet appendice, qui d’ailleurs ne manque pas de grâce lorsque l’appareil flotte dans l’air, est destiné à donner au cerf-volant une stabilité relative qui lui ferait, sans lui, absolument défaut. La queue chez le cerf-volant joue le même rôle que chez le lézard, elle régularise les mouvements. Comme longueur, elle doit avoir au moins quatre fois celle du cerf-volant. On la compose d’une ficelle double sur laquelle on fait de simples nœuds embrassant des rectangles de papier. Ces rectangles doivent avoir comme dimensions une unité et demie de longueur sur la moitié de largeur (dans le cas d’un cerf-volant de 2, ce serait donc 0,30 sur 0,15) ; on les froisse en les tordant vers leur milieu et l’on serre le nœud autour de chacun. Ils doivent être espacés d’environ une unité, soit 0,20. Une olive en bois termine l’une des extrémités de la queue pour l’assujettir à la partie inférieure du cerf-volant, qui porte à cet effet une boucle en ficelle solidement attachée au roseau ou aux règles. On se contente d’habitude d’une ficelle unique. Mais il arrive que, sous l’action du vent, la queue s’anime d’un mouvement de rotation sur elle-même qui peut détordre la ficelle et occasionner sa rupture. Cet accident amène la chute du cerf-volant, qui pique une tête, suivant l’expression consacrée, et court grand risque de se briser. La ficelle double met à l’abri de ce danger.

La chambre noire. — Comme il est facile de le prévoir, les chambres noires qu’on trouve dans le commerce, fussent-elles du modèle le plus soigné, n’ont ni la solidité, ni la légèreté voulues pour le nouvel emploi auquel nous les destinons. Nous avons donc imaginé un modèle que nous avons taché de simplifier le plus possible. Les trois conditions que nous avons cherché à réaliser sont : 1 grande légèreté ; 2 solidité (pour résister aux accidents possibles du départ ou de la descente) ; 3 fixité absolue de la planchette d’objectif par rapport à la surface sensible, même sous l’influence de violentes secousses. Cette dernière condition nous force à proscrire le soufflet et nous oblige à construire une chambre à foyer fixe, la seule dont la rigidité nous paraisse suffisante. Notre chambre sera donc une boîte cubique en bois blanc de 0,004 d’épaisseur, dont les joints seront simplement cloués et collés. Intérieurement le bois sera teint en noir au pyrolignite de fer, et extérieurement la chambre sera recouverte de papier noir dit papier à aiguilles, collé à la colle d’amidon, ce qui augmentera la solidité de l’ensemble en supprimant toute chance de filtration de lumière à travers le bois ou les joints. Naturellement, notre boîte sera ouverte sur l’un de ses côtés ; le couvercle que nous y adapterons se composera d’une planchette de 0,01 d’épaisseur. Dans cette épaisseur sera creusée une feuillure qui, entourant le couvercle, recevra les quatre côtés de la boîte. Deux petites pointes pénétrant dans des trous percés à l’avance à travers les côtés de la boîte et l’épaisseur du couvercle et formant verrous, fixeront celui-ci d’une manière suffisante. Pour empêcher les pointes de sortir de leur logement et pour arrêter tout rayon de lumière, nous entourerons le joint de deux bracelets de caoutchouc superposés.

Dans la partie opposée à l’ouverture, nous percerons le trou de l’objectif. Comme celui-ci doit être choisi parmi les instruments symétriques, il n’y aura aucun inconvénient à le retourner et nous pourrons ainsi le fixer dans l’intérieur de la chambre, ce qui lui évitera bien des chances d’accident.

Le châssis, ou plutôt ce qui en tient lieu, sera une simple planchette de noyer de 0,002 d’épaisseur ; ses dimensions devront être telles qu’elle puisse exactement entrer dans la chambre noire. Elle sera maintenue rigide par deux petites baguettes de bois blanc collées à son verso, perpendiculairement aux fibres du bois. C’est sur le recto de cette planchette que nous fixerons la surface sensible, papier ou pellicule, à l’aide de bandes de papier gommé appliquées sur ses quatre côtés. Quatre petites pointes enfoncées dans le voisinage des angles de la chambre et formant saillie à l’intérieur serviront d’arrêt et supporteront la planchette dont la position sera rendue invariable, au moment d’opérer, par quatre punaises que l’on piquera dans les parois immédiatement derrière elle.

Puisque nous n’accompagnons pas notre appareil dans son ascension, nous ne pouvons songer à une mise au point spéciale pour chaque vue, comme cela se pratique d’ordinaire lorsqu’on exécute des photographies à la surface du sol. D’ailleurs le besoin s’en fait moins sentir dans le cas qui nous occupe, vu que les premiers plans font défaut et que nous opérons toujours à une distance relativement considérable. Que nous prenions en effet une vue en plan ou une vue perspective, les objets les plus rapprochés se trouveront à une distance de 80 ou 100 de l’objectif. Dans ces conditions, il nous est facile d’exécuter une mise au point unique à cette distance et nous serons certain que les objets plus éloignés seront également nets sur notre épreuve. Pour effectuer cette opération, nous placerons notre chambre, munie intérieurement de son objectif, sur un pied, à 75 environ d’un objet de grande dimension présentant des détails aux contours bien arrêtés : un mur portant une enseigne, un monument construit en moellons appareillés, une rangée d’arbres à l’écorce rugueuse éclairée par un jour frisant. Nous ferons avancer et reculer dans la chambre une glace dépolie fixée bien à angle droit sur une planchette et, lorsqu’elle aura atteint le point précis où l’image est absolument nette, nous marquerons un trait sur les quatre côtés de la chambre, exactement à l’endroit qu’affleure la face dépolie de la glace. C’est sur ce trait et dans le voisinage des angles que nous fixerons de petites pointes sans têtes, dites pointes de vitrier, sur lesquelles viendra reposer la planchette porte-pellicule que nous avons décrite plus haut. Pour en finir avec la chambre, il ne restera plus qu’à fixer sur chacun de ses grands côtés un boulon en cuivre dont la tête sera à l’intérieur et dont l’écrou placé en dehors permettra de l’assujettir au support que nous allons décrire. Afin d’éviter tout reflet nuisible, la tête du boulon sera recouverte de drap noir.

Mode de suspension de la chambre noire. — Nous ne pouvons ici nous servir de la suspension à la Cardan, qui donne, paraît-il, de bons résultats avec les ballons. Les mouvements souvent brusques du cerf-volant occasionneraient des oscillations incessantes. Nous devons au contraire tâcher de rendre notre chambre noire tellement solidaire du cerf-volant qu’elle ne fasse qu’un avec lui. Dans ce but, et après bien des tâtonnements, nous en sommes revenu au moyen qui paraît le plus simple et nous avons adopté un boulon reliant la chambre au support, intermédiaire obligé entre l’appareil et le cerf-volant. Notre support se compose d’une boîte triangulaire fixée à la charpente du cerf-volant par deux solides boulons et dont les côtés évidés permettent à la main de venir serrer dans l’intérieur l’écrou du boulon de la chambre noire qui traverse l’une de ses parois.

Ici, deux cas vont se présenter : est-ce une vue verticale, est-ce une vue perspective que nous voulons obtenir ? Dans le premier cas, l’axe de notre objectif devra être parallèle à la direction du fil à plomb. Dans le second, il sera nécessaire de l’incliner sur l’horizon d’une quantité donnée ; en d’autres termes, il devra plonger.

Examinons le premier cas, celui où nous cherchons à obtenir une vue en plan.

Nous devons tout d’abord nous préoccuper de l’angle que forme avec l’horizontale le plan du cerf-volant. Il semble, au premier abord, difficile de déterminer exactement cet angle qui diminue sans cesse à mesure que le cerf-volant s’élève davantage, d’abord, en raison du poids croissant de corde qu’il emporte et, en second lieu, à cause de la prise que cette corde offre auvent, prise qui lui fait décrire une courbe plus ou moins prononcée. Notons toutefois que l’ouverture de cet angle devient constante dès que le cerf-volant a trouvé dans l’air sa position d’équilibre. Bien que la rigueur mathématique ne soit pas pratiquement indispensable et que, d’une manière générale, on puisse admettre que le plan du cerf-volant forme avec l’horizontale un angle de 33°, comme le plus léger changement dans les proportions de la bride peut faire varier cet angle, nous allons décrire un procédé très simple que nous avons imaginé pour l’évaluer avec une certaine précision. Ici la Photographie va nous venir en aide et ce sera le cerf-volant lui-même qui enregistrera l’angle qu’il forme sur l’horizontale au haut des airs. La connaissance de cet angle nous permettra de construire notre support sans tâtonnements.

Moyen de connaître l’angle que forme le plan du cerf-volant avec l’horizon. — Nous prendrons un carton suffisamment rigide que nous découperons exactement à la grandeur de notre chambre noire et qui pourra venir occuper la place de la surface sensible. Nous recouvrirons ce carton de papier pelure dont trois côtés seront rabattus et collés par derrière. Nous aurons ainsi une sorte de poche dans laquelle nous pourrons introduire une feuille de papier au gélatinobromure. À l’aide d’un rapporteur, nous tracerons sur le papier pelure un quart de cercle dont le 0° se trouvera sur une ligne parallèle à l’un des petits côtés et la division 90° sur une ligne parallèle à l’un des grands. Au point de centre du quart de cercle, nous percerons un trou d’aiguille dans lequel passera un fil à plomb fixé par derrière. Après avoir retiré l’objectif, nous introduirons le carton ainsi préparé dans la chambre noire, le papier pelure tourné vers l’obturateur. Nous fixerons directement la chambre à l’arête du cerf-volant par son grand côté correspondant à la division 90°, et de telle sorte que la division 0° et, par suite, l’attache du fil à plomb soient tournés vers la tête, l’axe de la chambre se trouvant dans une direction perpendiculaire à celle de l’arête. La mèche de déclenchement allumée, nous lancerons le cerf-volant. Lorsqu’il sera parvenu à la hauteur qu’il doit normalement atteindre (ce qui ne demande guère qu’une ou deux minutes, si toute la corde lui a été donnée au départ), il prendra une position d’équilibre dont il ne s’écartera guère pendant la durée de l’expérience. À l’intérieur de la chambre que se passera-t-il ? Après quelques oscillations, le fil à plomb s’arrêtera en face d’une des divisions du quart de cercle. Si à ce moment l’obturateur est déclenché, un faisceau lumineux pénétrant dans la chambre projettera sur le papier sensible les divisions du quart de cercle et l’ombre du fil à plomb. Rentré dans notre laboratoire, nous n’aurons plus qu’à développer le papier au gélatinobromure pour connaître exactement l’angle cherché.

Le support. — Si nous pouvions suspendre notre appareil par sa partie postérieure (ce que nous faisions au début), notre boîte support devrait donc présenter, entre sa paroi supérieure (celle qui tient au cerf-volant) et sa paroi inférieure (celle qui supporte l’appareil), un angle de 33°. L’expérience nous a depuis longtemps démontré qu’il est imprudent de suspendre la chambre par sa partie mobile ; aussi est-ce par l’un ou l’autre de ses grands côtés que nous la fixerons au support. Mais la forme de ce support ne changera pas pour cela. En effet, construit comme l’indique la fig. 2, il présente un angle de 33° ABC et un angle droit ACB. Par suite, la partie CB prendra la direction horizontale et AC, la direction verticale (ces deux lignes étant perpendiculaires l’une à l’autre) dès que le cerf-volant qui vient s’appliquer sur la ligne AB flottera dans l’air. Cela posé, si nous fixons à l’aide d’un boulon l’un des grands côtés de la chambre noire sur la partie AC, l’axe de l’objectif sera vertical et notre chambre occupera la position requise pour obtenir une vue en plan.

Voulons-nous exécuter une vue perspective ? Nous fixons au-dessous du support que nous venons de décrire une seconde boîte semblable à la première et dont l’angle A’B’C’ n’est plus de 33°, mais d’un nombre de degrés tel que nous puissions obtenir sur la glace sensible ce que l’on nomme une vue cavalière. Dans la pratique, un angle de 26° nous a donné de bons résultats. La partie A’B’ de cette boîte viendra s’appliquer sur la partie CB de la première. C’est à la partie B’C’ de ce second support que viendra se fixer le grand côté de la chambre noire dont l’axe se trouvera former un angle de 26° au-dessous de l’horizon. Ce dispositif est précieux à cause de la faculté qu’il donne (la partie CB du premier support demeurant toujours horizontale) de faire pivoter le second support autour du boulon qui les relie l’un à l’autre. De cette façon, l’opérateur peut diriger l’objectif toujours sous un même angle vers tous les points de l’horizon qui ne sont pas masqués par la partie postérieure du cerf-volant et embrasser ainsi un champ considérable.

Ce qui nous a conduit à placer un boulon sur chacun des grands côtés de la chambre noire, c’est que, dans la position verticale, c’est le dessous de la chambre qui doit s’appliquer sur la planchette AC, si l’on veut éviter que la fumée de la mèche de déclenchement soit chassée par le vent sur l’objectif. Pour la vue perspective, au contraire, c’est le dessus de la chambre qui doit s’appliquer sur la partie B’C’ du second support, afin d’éviter le même inconvénient.

À quel point du cerf-volant fixerons-nous le support ? Nous avons déjà vu (p. 11) que ce doit être sur la boîte de forme trapézoïdale qui sépare les deux règles du cerf-volant à la quatrième et à la cinquième unité en partant de la tête. Cette position n’est pas arbitraire, et c’est à sa recherche que nous avons certainement rencontré le plus de difficultés. Au premier abord, en effet, l’endroit le plus convenable nous sembla devoir être la portion de l’arête venant immédiatement au-dessous du point d’attache inférieur de la bride. Là, rien ne viendrait masquer l’objectif, tous les cordages se trouvant au-dessus de lui. Mais l’expérience fut loin d’être satisfaisante. À peine le cerf-volant s’était-il élevé de quelques mètres, qu’il sembla pris de vertige ; il décrivit précipitamment une série de circonférences à très petit rayon qui le ramenèrent à terre avec une brusquerie dont il eut à souffrir. Nous plaçâmes alors notre support à égale distance des deux points d’attache de la bride. Les résultats, quoique moins mauvais, furent encore très défectueux ; le cerf-volant, il est vrai, n’exécutait plus de pirouettes, mais il éprouvait un balancement rapide qui rendait impossible l’obtention d’une vue. Ce n’est qu’à la suite de nombreuses expériences, dans lesquelles nous faisions progressivement avancer notre support vers la tête du cerf-volant, que nous avons enfin trouvé le point favorable à l’obtention d’une photographie, celui où le cerf-volant conserve une immobilité relative. La portion de l’arête à laquelle correspond la meilleure position de la chambre noire est la quatrième unité à partir de la tête. D’où il résulte que, pour une vue en plan, la chambre étant fixée à l’avant du support, celui-ci doit être placé à la cinquième unité et que, pour une vue perspective, la chambre étant fixée sous le support, celui-ci doit venir se placer plus près de la tête, à la quatrième unité. Voilà pourquoi la boîte doit avoir une longueur de deux unités, qui permettra d’avancer ou de reculer le support, suivant le but qu’on se propose. Dans cette position, la chambre noire ne gênera en rien la stabilité du cerf-volant, mais l’épreuve que nous obtiendrons sera traversée par l’image de la bride. Le moyen que nous avons imaginé pour obvier à cet inconvénient consiste à modifier la bride tout en lui laissant et les mêmes points d’attache et le même point de traction. Seulement, les cordes qui la composent s’écartent et forment deux fenêtres triangulaires (l’une verticale pour les vues cavalières, l’autre horizontale pour les vues en plan), qui permettent à l’objectif d’embrasser librement l’espace, tout en ne modifiant en rien les lignes de traction, ce qui assure au cerf-volant la même stabilité qu’avec la bride ordinaire.

La bride. — Voici notre dispositif : Deux cordes sont fixées au point d’attache supérieur O (fig. 3). On leur donne une longueur telle que, passant par les extrémités de l’arc AB, elles puissent atteindre le point d’attache inférieur X. On ajoute à cette longueur ce que l’on juge nécessaire pour les nœuds. Ceci posé, à la distance OB et OA, on fait un nœud sur chacune des deux cordes. On enfile sur ces deux cordes une sorte de palonnier en roseau MN, d’une longueur égale à OA, percé d’un trou à chacune de ses extrémités. On fait immédiatement au-dessous un nœud sur chacune des deux cordes, de façon à rendre sa position inamovible. Ramenant alors l’extrémité du palonnier sur A ou sur B, on fixe au point d’attache inférieur la portion de corde qui pend au-dessous. Après avoir assujetti de même la seconde corde, on joint les deux extrémités du palonnier par une corde lâche, au milieu de laquelle on forme une boucle Z. C’est sur cette boucle que viendra se fixer l’olive de la corde de manœuvre.

L’obturateur. — Comme il est facile de le comprendre, pour obtenir une netteté suffisante, la pose devra être extrêmement courte, étant donnée la mobilité du cerf-volant. Dans la pratique, nous n’avons cependant pas trouvé qu’il fût nécessaire de recourir à des poses inférieures comme durée à ou à de seconde. Cette vitesse nous a été fournie par un obturateur à guillotine que nous avons construit nous-même et qui, expérimenté suivant la méthode de M. de La Baume Pluvinel, exposée dans l’Ouvrage de M. Agle (p. 72 et suiv.), dite méthode de la boule, nous a constamment donné les mêmes résultats.

Cet obturateur (fig. 4) se compose d’une mince planchette de noyer de 0,002 d’épaisseur ABCD, dont la largeur doit être deux fois environ le diamètre de l’objectif et la longueur sept fois ce diamètre. Au centre de cette planchette, on pratique une ouverture circulaire d’un diamètre égal à celui de l’objectif. De chaque côté de cette ouverture et parallèlement aux grands côtés de la planchette, on colle deux réglettes bien dressées ayant environ 0,0015 d’épaisseur, 0,01 de largeur et une longueur égale au diamètre de l’objectif augmenté de 0,02. On recouvre ces réglettes d’une planchette carrée EFGH, ayant de côté cette dernière dimension. Cette planchette, solidement fixée par quatre vis, porte en son centre une ouverture semblable à la première et rigoureusement placée au-dessus d’elle. Nous aurons, entre ces deux ouvertures, une coulisse dans laquelle glissera librement une planchette que nous choisirons imperméable à la lumière et aussi légère que possible. En effet, n’oublions pas que nous n’opérons plus sur une base solide, sur un trépied, mais sur un appareil suspendu en l’air, auquel la moindre poussée peut communiquer un mouvement. La force d’inertie seule doit nous fournir la stabilité nécessaire. Il se produit ici un fait analogue à celui qu’on observe dans le tir des armes à feu. À charge égale, c’est le fusil le plus lourd qui repousse le moins, c’est-à-dire celui dont le poids, comparé à celui du projectile, offre le plus d’écart. Donc, dans la mesure du possible, plus nous donnerons de poids à notre appareil par rapport à celui de la planchette obturatrice, ou inversement, moins nous donnerons de poids à cette planchette par rapport à celui de l’appareil, et moins nous aurons à craindre de déplacement pendant la pose. Cette planchette IJKL sera suffisamment amincie pour passer librement dans la coulisse ; elle sera percée en son centre d’une ouverture carrée FGMN, ayant de côté le diamètre de l’objectif. À l’une de ses extrémités IJ, nous la taillerons en biseau et nous collerons dans toute sa largeur, sur une longueur de 0,02, deux feuilles de parchemin superposées qui formeront, avec le biseau, une petite encoche destinée à recevoir le caoutchouc servant de ressort. Ce caoutchouc IEJH sera fixé, d’autre part, soit à deux clous disposés convenablement, soit à la planche formant coulisse. Le parchemin IJ sera aminci au papier de verre du côté opposé à l’encoche, ce qui permettra à la planchette arrivant à fond de course de pénétrer avec force entre les coulisses et de s’y trouver fixée par l’élasticité du parchemin, ce qui écartera tout danger de rebondissement. L’arrêt sera obtenu à l’aide d’un loqueteau LP mobile autour d’un clou à vis. Ce loqueteau, placé dans le plan de la planchette obturatrice, viendra, par une de ses extrémités, fermer en partie la fente de la coulisse en L sous un angle très faible, de telle sorte que la pression seule de la planchette, sollicitée par son ressort, le fasse céder. À son extrémité opposée, deux encoches permettront, l’une R, de lui adapter un caoutchouc agissant dans le sens du déclenchement, l’autre P, un fil tendu PS, qui le maintiendra dans la position de fermeture de la fente. Pour obtenir le déclenchement pendant le vol du cerf-volant, nous ferons passer ce fil à travers l’extrémité d’une mèche d’amadou T, dont nous allumerons l’autre extrémité. Le feu montera lentement le long de la mèche, à raison de 0,05 par minute, et, lorsqu’il atteindra le fil, il le brûlera et déclenchera ainsi l’obturateur.

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