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Son Caractere, ou ce quelle eſt une Maquerelle.
St le rebut d’une vieille debauchée, qui ayant été brûlée elle-même, ſemblable au charbon, aide à mettre du bois plus verd ſur le feu. Elle eſt de la nature des Errata, & la veritable fille d’Eve, qui s’étant perduë elle-même, tente les autres à ſe detruire elles-mêmes. Elle a été autrefois comme un de ces Renards de Samſon, & a porté tant de feu dans ſa queuë, qu’elle a brulé tous ceux & celles qui avoient à faire avec elle : Mais la marque étant hors de ſa bouche, & ne pouvant plus rien faire, ayant cependant encore beaucoup d’inclinations pour les Mathematiques, elle s’erige en Procureuſe de nouvelles marchandiſes pour ſes vieux chalans. Elle eſt ſi ſoigneuſe de fournir de la bonne marchandiſe aux hommes, que rarement elle leur procure quelque commodité ſans avoir été auparavant miſe à l’epreuve, & ayant toujours bien réuſsi en cela, elle croit qu’elle peut les garantir d’autant mieux. Elle a grand ſoin de conſerver les pucellages ; car quoiqu’elle les expoſe à chaque nouveau venu, elle prend bien garde qu’ils ne ſoient jamais perdus ; & quoiqu’il s’en trouvent tant qui les gagnent, cependant perſonne ne les enleve, mais elle les a encore tous prés pour les premiers, qui ſe préſenteront. Elle ne croit pas à un meilleur Oracle qu’à la tête de bronze du frere Bacon, & elle eſt toujours prête à vous dire, qu’alors le Lord le plus accompli l’auroit preferée aux plus belles Dames de la cour. Mais quand elle repête le tems paſſé, elle montre un impudique viſage de bronze, & même elle pleure dans la coupe, pour adoucir la chaleur du brandevin. Elle eſt grande ennemie de l’epargne, car tout ce qu’elle a, elle le rend commun. Elle haït 41 autant qu’un vieux Cavalier, car à cet âge elle fut forcée de quitter ſa mechante vie, & de devenir Maquerelle : Toutes ſes dents ſont tombées, dont ſon nez & ſon menton ſont ſi conſternés, que leur intention eſt de ſe rencontrer dans peu de tems, & de finir ce different. Elle reſſemble parfaitement au Meſpilum, qui eſt un fruit, qui n’eſt jamais mûr que jusqu’à ce qu’il ſoit pourri. Elle n’eſt jamais ſans un bon nombre de proſtituées, qui comme des ſelles à tous chevaux, laiſſe monter quiconque veut deſſus, pourvû que lui en paye le loüage. Elle eſt le vrai Magazin de la Taciturnité ; car elle ne dit rien de tout ce qu’elle voit, ayant pour maxime conſtante, que ceux qui ne peuvent pas badiner, ne devroient rien gâter. Elle a aſſés étudié la Philoſophie pour ſavoir, que la Lune eſt un corps obſcur, ce qui fait qu’elle l’aime bien plus que le Soleil, étant beaucoup plus convenable pour ſes affaires. Outre cela elle change encore de quartiers, tantot croiſſant, tantot dans ſon declin, comme elle. Quelque fois dans ſon plein la maiſon bien garnie de chalans, dans un autre tems n’en ayant point, & condamnée à des ouvrages penibles dans une maiſon de force : Autrefois elle ſe piquoit beaucoup de ſavoir la muſique, c’eſt pourquoi elle aime tant à battre certaines meſures, qu’elle entend encore un peu, & ſurtout les Triples, & elle eſt elle même une Baſſe parfaite. Quoiqu’elle vive après la chaire, cependant tout ce qui vient dans ſon nid n’eſt que poiſſon. Car elle eſt ſi ruſée, qu’elle ne ſe ſoucie guéres de gagner ſa vie avec des hameçons : Elle en a de tout prêts pour toute ſorte de poiſſons, & rarement elle manque d’en attraper quelques uns. D’un Gentilhomme de la Campagne, elle en fait une tete de — v d’un riche citoyen, le fils d’un gougeon, d’un homme habillé de rouge, portant l’epée, elle le prend pour une Ecreviſſe de mer : & elle regarde un ſevere Juge à paix, comme un mor-p-on. Ses pauvres chalans ſont comme les petits poiſſons, qui ſont plus conſiderables à cauſe de leur grand nombre qu’à cauſe de leur valeur. Elle eſt fort charitable, car elle regale tous les venans, & non ſeulement elle leur procure des Lits, mais auſſi des Compagnons d’un Sexe, qui leur eſt le plus agréable, ce qui eſt une commodité pour un homme, qui pourroit aller dans vingt maiſons ſans en pouvoir trouver une ſemblable. Elle amene plus de miſerables pecheurs à la repentance, qu’un grand nombre de bons Predicateurs. Car quelques ſtupides qu’ils ſoient, elle ne laiſſera que de leur laiſſer un ſouvenir ſi cuiſant, que leurs os mêmes en ſeront ébranlés & malades, & elle les fera repentir pour toujours de ce qu’ils ont eû à faire avec elle ; & elle imprimera ſur le viſage de ces miſerables ſi connus pour tels, cette marque d’infamie, qui les expoſera au mépris & à la riſée de tout le monde, & à d’autres maladies, que la pudeur ne nous permet pas de dire.
Cependant elle a peu de conſcience, car elle regarde pour rien de vendre une ſeule & même marchandiſe à 20. differens chalans, & pour tous elle les trompe d’une maniere, qu’elle ne craint point de perdre leur pratique ; elle fait ſouvent banqueroute & elle ſe retablit bientôt après, ce qu’elle fait à peu de frais ; car pour 3. bouteilles de brandevin, 2. onces de tabac, & une couple de p-ains de la campagne, ſont capables de la retablir en tout tems : Son haleine pût comme un privé, tous ſes meubles conſiſtent en un mauvais lit, un miſerable miroir, en une chaiſe & une table de bois, & en une boëte d’emplâtre, & enfin en une petite canaille pour lui amener des pratiques. Elle loge toujours chés quelqu’un qui eſt employé dans une paroiſſe, pour ſe mettre à couvert des inconveniens, auxquels ces Infames ſont exposées. Elle a cette ſeule marque de temperance, que ſi quelqu’un envoye chercher 10. bouteilles de vin, il doit être ſûr, qu’elle le trompera de la moitié, & s’il a beſoin du tout, & le fait payer de nouveau, & le tire hors d’un pot à étuver. Elle excelle dans l’art de transformer les perſonnes, pouvant changer une campagnarde en une dame de condition ; mais il ſe trouve en cela une ſorte d’infection, qui ne manque pas d’arriver, qui eſt de leur procurer le haut mal. Le Clerc du Juge à paix eſt ſon bon ami, & ſouvent il la garantit des chatimens qu’elle merite, parceque toutes les fois qu’il lui rend viſite, elle lui procure un morceau frais & ragoutant, ſur ſa parole, l’aſſurant, qu’elle ſe gardera toujours bien de lui donner quelque choſe de mauvais. Elle ne craint rien tant que le mardi-gras, car elle apprehende plus la populace, qu’un debiteur fait d’un Sergent ou un Baillif de Juſtice ; celui qui a paſſé par ſes mains, peut dire qu’il a paſſé auſſi l’Equinoxe, & celui qui s’en eſt échapé, a auſſi échapé un Rocher, contre lequel mille autres ont fait naufrage, & ſont peris.
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Son Caractere, ou ce quelle eſt une Maquerelle.
St le rebut d’une vieille debauchée, qui ayant été brûlée elle-même, ſemblable au charbon, aide à mettre du bois plus verd ſur le feu. Elle eſt de la nature des Errata, & la veritable fille d’Eve, qui s’étant perduë elle-même, tente les autres à ſe detruire elles-mêmes. Elle a été autrefois comme un de ces Renards de Samſon, & a porté tant de feu dans ſa queuë, qu’elle a brulé tous ceux & celles qui avoient à faire avec elle : Mais la marque étant hors de ſa bouche, & ne pouvant plus rien faire, ayant cependant encore beaucoup d’inclinations pour les Mathematiques, elle s’erige en Procureuſe de nouvelles marchandiſes pour ſes vieux chalans. Elle eſt ſi ſoigneuſe de fournir de la bonne marchandiſe aux hommes, que rarement elle leur procure quelque commodité ſans avoir été auparavant miſe à l’epreuve, & ayant toujours bien réuſsi en cela, elle croit qu’elle peut les garantir d’autant mieux. Elle a grand ſoin de conſerver les pucellages ; car quoiqu’elle les expoſe à chaque nouveau venu, elle prend bien garde qu’ils ne ſoient jamais perdus ; & quoiqu’il s’en trouvent tant qui les gagnent, cependant perſonne ne les enleve, mais elle les a encore tous prés pour les premiers, qui ſe préſenteront. Elle ne croit pas à un meilleur Oracle qu’à la tête de bronze du frere Bacon, & elle eſt toujours prête à vous dire, qu’alors le Lord le plus accompli l’auroit preferée aux plus belles Dames de la cour. Mais quand elle repête le tems paſſé, elle montre un impudique viſage de bronze, & même elle pleure dans la coupe, pour adoucir la chaleur du brandevin. Elle eſt grande ennemie de l’epargne, car tout ce qu’elle a, elle le rend commun. Elle haït 41 autant qu’un vieux Cavalier, car à cet âge elle fut forcée de quitter ſa mechante vie, & de devenir Maquerelle : Toutes ſes dents ſont tombées, dont ſon nez & ſon menton ſont ſi conſternés, que leur intention eſt de ſe rencontrer dans peu de tems, & de finir ce different. Elle reſſemble parfaitement au Meſpilum, qui eſt un fruit, qui n’eſt jamais mûr que jusqu’à ce qu’il ſoit pourri. Elle n’eſt jamais ſans un bon nombre de proſtituées, qui comme des ſelles à tous chevaux, laiſſe monter quiconque veut deſſus, pourvû que lui en paye le loüage. Elle eſt le vrai Magazin de la Taciturnité ; car elle ne dit rien de tout ce qu’elle voit, ayant pour maxime conſtante, que ceux qui ne peuvent pas badiner, ne devroient rien gâter. Elle a aſſés étudié la Philoſophie pour ſavoir, que la Lune eſt un corps obſcur, ce qui fait qu’elle l’aime bien plus que le Soleil, étant beaucoup plus convenable pour ſes affaires. Outre cela elle change encore de quartiers, tantot croiſſant, tantot dans ſon declin, comme elle. Quelque fois dans ſon plein la maiſon bien garnie de chalans, dans un autre tems n’en ayant point, & condamnée à des ouvrages penibles dans une maiſon de force : Autrefois elle ſe piquoit beaucoup de ſavoir la muſique, c’eſt pourquoi elle aime tant à battre certaines meſures, qu’elle entend encore un peu, & ſurtout les Triples, & elle eſt elle même une Baſſe parfaite. Quoiqu’elle vive après la chaire, cependant tout ce qui vient dans ſon nid n’eſt que poiſſon. Car elle eſt ſi ruſée, qu’elle ne ſe ſoucie guéres de gagner ſa vie avec des hameçons : Elle en a de tout prêts pour toute ſorte de poiſſons, & rarement elle manque d’en attraper quelques uns. D’un Gentilhomme de la Campagne, elle en fait une tete de — v d’un riche citoyen, le fils d’un gougeon, d’un homme habillé de rouge, portant l’epée, elle le prend pour une Ecreviſſe de mer : & elle regarde un ſevere Juge à paix, comme un mor-p-on. Ses pauvres chalans ſont comme les petits poiſſons, qui ſont plus conſiderables à cauſe de leur grand nombre qu’à cauſe de leur valeur. Elle eſt fort charitable, car elle regale tous les venans, & non ſeulement elle leur procure des Lits, mais auſſi des Compagnons d’un Sexe, qui leur eſt le plus agréable, ce qui eſt une commodité pour un homme, qui pourroit aller dans vingt maiſons ſans en pouvoir trouver une ſemblable. Elle amene plus de miſerables pecheurs à la repentance, qu’un grand nombre de bons Predicateurs. Car quelques ſtupides qu’ils ſoient, elle ne laiſſera que de leur laiſſer un ſouvenir ſi cuiſant, que leurs os mêmes en ſeront ébranlés & malades, & elle les fera repentir pour toujours de ce qu’ils ont eû à faire avec elle ; & elle imprimera ſur le viſage de ces miſerables ſi connus pour tels, cette marque d’infamie, qui les expoſera au mépris & à la riſée de tout le monde, & à d’autres maladies, que la pudeur ne nous permet pas de dire.
Cependant elle a peu de conſcience, car elle regarde pour rien de vendre une ſeule & même marchandiſe à 20. differens chalans, & pour tous elle les trompe d’une maniere, qu’elle ne craint point de perdre leur pratique ; elle fait ſouvent banqueroute & elle ſe retablit bientôt après, ce qu’elle fait à peu de frais ; car pour 3. bouteilles de brandevin, 2. onces de tabac, & une couple de p-ains de la campagne, ſont capables de la retablir en tout tems : Son haleine pût comme un privé, tous ſes meubles conſiſtent en un mauvais lit, un miſerable miroir, en une chaiſe & une table de bois, & en une boëte d’emplâtre, & enfin en une petite canaille pour lui amener des pratiques. Elle loge toujours chés quelqu’un qui eſt employé dans une paroiſſe, pour ſe mettre à couvert des inconveniens, auxquels ces Infames ſont exposées. Elle a cette ſeule marque de temperance, que ſi quelqu’un envoye chercher 10. bouteilles de vin, il doit être ſûr, qu’elle le trompera de la moitié, & s’il a beſoin du tout, & le fait payer de nouveau, & le tire hors d’un pot à étuver. Elle excelle dans l’art de transformer les perſonnes, pouvant changer une campagnarde en une dame de condition ; mais il ſe trouve en cela une ſorte d’infection, qui ne manque pas d’arriver, qui eſt de leur procurer le haut mal. Le Clerc du Juge à paix eſt ſon bon ami, & ſouvent il la garantit des chatimens qu’elle merite, parceque toutes les fois qu’il lui rend viſite, elle lui procure un morceau frais & ragoutant, ſur ſa parole, l’aſſurant, qu’elle ſe gardera toujours bien de lui donner quelque choſe de mauvais. Elle ne craint rien tant que le mardi-gras, car elle apprehende plus la populace, qu’un debiteur fait d’un Sergent ou un Baillif de Juſtice ; celui qui a paſſé par ſes mains, peut dire qu’il a paſſé auſſi l’Equinoxe, & celui qui s’en eſt échapé, a auſſi échapé un Rocher, contre lequel mille autres ont fait naufrage, & ſont peris.
Ainſi j’ai fait à mes Lecteurs un petit Portrait de la Maquerelle, avec les couleurs convenables, en l’expoſant dans ſon vrai jour. C’eſt pourquoi je vais conclure par ſon Caractére.
Une Maquerelle eſt la ſource principale de tous les malheurs. Elle tente au crime, elle eſt la commiſſionaire du Diable ; ſes malicieuſes & trompeuſes artifices ont plus fait perdre d’ames, qu’il y a d’Etoiles dans le Firmament. Elle engage les familles à épuiſer leurs Treſors. Elle tire ſon profit du plaiſir des autres, & ces plaiſirs ſont accompagnés & ſuivis de tant de malheurs, qu’enfin ils conduiſent à des peines éternelles. Ses Machinations ſont ſi nombreuſes, qu’il ſeroit difficile, pour ne pas dire impoſſible, de les raconter. Ses paroles ſont douces, & ſes manieres ſubtiles ; par de faux plaiſirs elle fait perdre les plus ſolides, Elle eſt le poiſon de la vertu, & la maquerelle du vice ; c’eſt un Baſilic, & un Tiſon d’Enfer : Elle eſt ſemblable au Demon, qui cherche continuellement à tromper & à devorer les premiers, qu’il peut attraper. Enfin c’eſt un monſtre, dont on doit bien ſe garder.
Vous qui approchés de ſa demeure, prenés y bien garde, car ſa furie eſt ſi cruelle, qu’elle conduira votre corps vers la v----le, & votre ame dans l’Enfer.
Texte entier
Son Caractere, ou ce quelle eſt une Maquerelle.
St le rebut d’une vieille debauchée, qui ayant été brûlée elle-même, ſemblable au charbon, aide à mettre du bois plus verd ſur le feu. Elle eſt de la nature des Errata, & la veritable fille d’Eve, qui s’étant perduë elle-même, tente les autres à ſe detruire elles-mêmes. Elle a été autrefois comme un de ces Renards de Samſon, & a porté tant de feu dans ſa queuë, qu’elle a brulé tous ceux & celles qui avoient à faire avec elle : Mais la marque étant hors de ſa bouche, & ne pouvant plus rien faire, ayant cependant encore beaucoup d’inclinations pour les Mathematiques, elle s’erige en Procureuſe de nouvelles marchandiſes pour ſes vieux chalans. Elle eſt ſi ſoigneuſe de fournir de la bonne marchandiſe aux hommes, que rarement elle leur procure quelque commodité ſans avoir été auparavant miſe à l’epreuve, & ayant toujours bien réuſsi en cela, elle croit qu’elle peut les garantir d’autant mieux. Elle a grand ſoin de conſerver les pucellages ; car quoiqu’elle les expoſe à chaque nouveau venu, elle prend bien garde qu’ils ne ſoient jamais perdus ; & quoiqu’il s’en trouvent tant qui les gagnent, cependant perſonne ne les enleve, mais elle les a encore tous prés pour les premiers, qui ſe préſenteront. Elle ne croit pas à un meilleur Oracle qu’à la tête de bronze du frere Bacon, & elle eſt toujours prête à vous dire, qu’alors le Lord le plus accompli l’auroit preferée aux plus belles Dames de la cour. Mais quand elle repête le tems paſſé, elle montre un impudique viſage de bronze, & même elle pleure dans la coupe, pour adoucir la chaleur du brandevin. Elle eſt grande ennemie de l’epargne, car tout ce qu’elle a, elle le rend commun. Elle haït 41 autant qu’un vieux Cavalier, car à cet âge elle fut forcée de quitter ſa mechante vie, & de devenir Maquerelle : Toutes ſes dents ſont tombées, dont ſon nez & ſon menton ſont ſi conſternés, que leur intention eſt de ſe rencontrer dans peu de tems, & de finir ce different. Elle reſſemble parfaitement au Meſpilum, qui eſt un fruit, qui n’eſt jamais mûr que jusqu’à ce qu’il ſoit pourri. Elle n’eſt jamais ſans un bon nombre de proſtituées, qui comme des ſelles à tous chevaux, laiſſe monter quiconque veut deſſus, pourvû que lui en paye le loüage. Elle eſt le vrai Magazin de la Taciturnité ; car elle ne dit rien de tout ce qu’elle voit, ayant pour maxime conſtante, que ceux qui ne peuvent pas badiner, ne devroient rien gâter. Elle a aſſés étudié la Philoſophie pour ſavoir, que la Lune eſt un corps obſcur, ce qui fait qu’elle l’aime bien plus que le Soleil, étant beaucoup plus convenable pour ſes affaires. Outre cela elle change encore de quartiers, tantot croiſſant, tantot dans ſon declin, comme elle. Quelque fois dans ſon plein la maiſon bien garnie de chalans, dans un autre tems n’en ayant point, & condamnée à des ouvrages penibles dans une maiſon de force : Autrefois elle ſe piquoit beaucoup de ſavoir la muſique, c’eſt pourquoi elle aime tant à battre certaines meſures, qu’elle entend encore un peu, & ſurtout les Triples, & elle eſt elle même une Baſſe parfaite. Quoiqu’elle vive après la chaire, cependant tout ce qui vient dans ſon nid n’eſt que poiſſon. Car elle eſt ſi ruſée, qu’elle ne ſe ſoucie guéres de gagner ſa vie avec des hameçons : Elle en a de tout prêts pour toute ſorte de poiſſons, & rarement elle manque d’en attraper quelques uns. D’un Gentilhomme de la Campagne, elle en fait une tete de — v d’un riche citoyen, le fils d’un gougeon, d’un homme habillé de rouge, portant l’epée, elle le prend pour une Ecreviſſe de mer : & elle regarde un ſevere Juge à paix, comme un mor-p-on. Ses pauvres chalans ſont comme les petits poiſſons, qui ſont plus conſiderables à cauſe de leur grand nombre qu’à cauſe de leur valeur. Elle eſt fort charitable, car elle regale tous les venans, & non ſeulement elle leur procure des Lits, mais auſſi des Compagnons d’un Sexe, qui leur eſt le plus agréable, ce qui eſt une commodité pour un homme, qui pourroit aller dans vingt maiſons ſans en pouvoir trouver une ſemblable. Elle amene plus de miſerables pecheurs à la repentance, qu’un grand nombre de bons Predicateurs. Car quelques ſtupides qu’ils ſoient, elle ne laiſſera que de leur laiſſer un ſouvenir ſi cuiſant, que leurs os mêmes en ſeront ébranlés & malades, & elle les fera repentir pour toujours de ce qu’ils ont eû à faire avec elle ; & elle imprimera ſur le viſage de ces miſerables ſi connus pour tels, cette marque d’infamie, qui les expoſera au mépris & à la riſée de tout le monde, & à d’autres maladies, que la pudeur ne nous permet pas de dire.
Cependant elle a peu de conſcience, car elle regarde pour rien de vendre une ſeule & même marchandiſe à 20. differens chalans, & pour tous elle les trompe d’une maniere, qu’elle ne craint point de perdre leur pratique ; elle fait ſouvent banqueroute & elle ſe retablit bientôt après, ce qu’elle fait à peu de frais ; car pour 3. bouteilles de brandevin, 2. onces de tabac, & une couple de p-ains de la campagne, ſont capables de la retablir en tout tems : Son haleine pût comme un privé, tous ſes meubles conſiſtent en un mauvais lit, un miſerable miroir, en une chaiſe & une table de bois, & en une boëte d’emplâtre, & enfin en une petite canaille pour lui amener des pratiques. Elle loge toujours chés quelqu’un qui eſt employé dans une paroiſſe, pour ſe mettre à couvert des inconveniens, auxquels ces Infames ſont exposées. Elle a cette ſeule marque de temperance, que ſi quelqu’un envoye chercher 10. bouteilles de vin, il doit être ſûr, qu’elle le trompera de la moitié, & s’il a beſoin du tout, & le fait payer de nouveau, & le tire hors d’un pot à étuver. Elle excelle dans l’art de transformer les perſonnes, pouvant changer une campagnarde en une dame de condition ; mais il ſe trouve en cela une ſorte d’infection, qui ne manque pas d’arriver, qui eſt de leur procurer le haut mal. Le Clerc du Juge à paix eſt ſon bon ami, & ſouvent il la garantit des chatimens qu’elle merite, parceque toutes les fois qu’il lui rend viſite, elle lui procure un morceau frais & ragoutant, ſur ſa parole, l’aſſurant, qu’elle ſe gardera toujours bien de lui donner quelque choſe de mauvais. Elle ne craint rien tant que le mardi-gras, car elle apprehende plus la populace, qu’un debiteur fait d’un Sergent ou un Baillif de Juſtice ; celui qui a paſſé par ſes mains, peut dire qu’il a paſſé auſſi l’Equinoxe, & celui qui s’en eſt échapé, a auſſi échapé un Rocher, contre lequel mille autres ont fait naufrage, & ſont peris.
Ainſi j’ai fait à mes Lecteurs un petit Portrait de la Maquerelle, avec les couleurs convenables, en l’expoſant dans ſon vrai jour. C’eſt pourquoi je vais conclure par ſon Caractére.
Une Maquerelle eſt la ſource principale de tous les malheurs. Elle tente au crime, elle eſt la commiſſionaire du Diable ; ſes malicieuſes & trompeuſes artifices ont plus fait perdre d’ames, qu’il y a d’Etoiles dans le Firmament. Elle engage les familles à épuiſer leurs Treſors. Elle tire ſon profit du plaiſir des autres, & ces plaiſirs ſont accompagnés & ſuivis de tant de malheurs, qu’enfin ils conduiſent à des peines éternelles. Ses Machinations ſont ſi nombreuſes, qu’il ſeroit difficile, pour ne pas dire impoſſible, de les raconter. Ses paroles ſont douces, & ſes manieres ſubtiles ; par de faux plaiſirs elle fait perdre les plus ſolides, Elle eſt le poiſon de la vertu, & la maquerelle du vice ; c’eſt un Baſilic, & un Tiſon d’Enfer : Elle eſt ſemblable au Demon, qui cherche continuellement à tromper & à devorer les premiers, qu’il peut attraper. Enfin c’eſt un monſtre, dont on doit bien ſe garder.
Vous qui approchés de ſa demeure, prenés y bien garde, car ſa furie eſt ſi cruelle, qu’elle conduira votre corps vers la v----le, & votre ame dans l’Enfer.
ans la maiſon, où regne le peché, j’entens celles où l’impudicité domine, il s’y trouve d’autres Inſtrumens de Lubricité, outre les Maquerelles, & les filles debauchées : Car quoique la Maquerelle ſoit celle qui tient la maiſon, il y en a encore cependant d’autres qui en dépendent, qui procurent des filles de joye pour d’autres hommes. Les Seconds ſont ceux qui ſont principalement employés au dehors, pour amener des pratiques & leurs procurer celles qui veulent ſe proſtituer, & parmi ces derniers, il s’en trouve d’une eſpece aſſés & ſi inhumaine, qu’ils proſtituent leurs propres Epouſes, à d’autres hommes pour en jouir : Comme, par exemple, il eſt arrivé depuis peu, que deux hommes entrerent pour ſe rafraichir dans une maiſon, qu’ils croyoient honnête ; mais auſſitot que la bouteille fut miſe ſur la table, il ſe preſenta devant eux une creature, qui leur fit immediatement entendre ce qu’elle vouloit, leur deſignant la maiſon, dans laquelle ils étoient entrés. L’un d’eux la prit par la main, & commença à ſe rendre fort familier avec elle, & s’aperçût, qu’il en pourroit tirer quelques faveurs, ce à quoi il tendoit. Mais ſon compagnon s’apercevant, qu’il vouloit ſe l’approprier ſeul, il commença à faire tapage, à frapper, & à appeller d’une étrange maniere ; ſur quoi le maitre de la maiſon monta d’abord, ſouhaitant de ſçavoir, de quoi il étoit queſtion. Quoi impudent faquin, lui dit-il, n’avés vous qu’une fille de joye dans la maiſon, pour me laiſſer ainſi les mains vuides, comme un nigaud, tandis que mon compagnon commerce avec une autre ? Le Maquerau voyant cet homme ſi fort en colere, mon bon Monſieur, lui dit-il, tranquiliſés vous, je vais en bas, & je ferai monter ma femme pour vous contenter, ce qu’il fit immediatement, & ſuivant ſa promeſſe. Ceux que l’on appelle Panders, ſont dans un ſtrique ſens, ceux qui ſont toujours dans la maiſon, dont ils ont le menagement. Ce ſont ceux-ci qui amenent les Rodeurs avec les filles de joye, & qui les ſervent pendant qu’ils commettent leurs impudicités.
Ces freres d’iniquité, avec le reſte de la maiſon de debauche, eurent une grande querelle, touchant la Superiorité ; chacun d’eux vouloit être le chef. Je vous donnerai ci-après Un detail de leurs differens raiſonnemens, & enſuite je vous montrerai encore plus de leurs mauvais tours. La Preſidente étoit une debauchée, & ainſi elle menageoit ſa cauſe.
La Debauchée. Perſonne ne peut ſans impudence, & ſans une grande injuſtice, me conteſter le premier rang entre nous tous ; car c’eſt moi qui procure tout ce qu’il faut dans la maiſon pour vivre ; ç’eſt moi qui ma carcaſſe, qui plus eſt avanture mon ame, & tout pour gagner honnêtement mon pain. Oui, Monſieur Maquerau, malgré vos railleries, je dis honnêtement mon pain, ou ma vie : Car je ne trompe perſonne, au contraire je paye ce que je reçois, & ne fais uſage que de ce qui m’appartient, ce que perſonne ne peut me diſputer. Et je crois, qu’il vaut mieux pour moi, & que je hazarde moins en gagnant ma vie avec mon — que de voler le bien d’autrui. Outre cela je ne ſouffre pas, que qui que ce ſoit ait à faire avec moi, à moins que je ne le veuille, & ne couche avec moi à moins que je ne l’aime ; je ne fixe aucun prix, mais je prens ce qu’on me donne volontairement, c’eſt pourquoi on ne peut proprement m’appeler P--ain, car celles qu’on nomme ainſi, font leur marché avant que d’entrer en beſogne, ce que je ne fais jamais : Et par conſequent voyant, que je vous maintiens tous, vous devés me reconnoitre pour votre chef, & me donner la préeminence ; car vous vivés tous du ſang, qui coule dans mes veines ; & ſi ma beauté n’attiroit pas les vous ne pourriés pas tous tant que vous étes gagner de l’eau pour laver vos mains, & ſeriés auſſi pauvres que des Rats d’Egliſe.
A cette harangue le Maquerau repond ainſi.
Le Maquerau Vous allés trop vite Mademoiſelle Minx, & vous êtes un peu trop prevenuë en votre faveur : Car quoique ce ſoit mon devoir de ſervir, cependant c’eſt moi qui vous procure à tous du credit & de la reputation. Je me promene dans les ruës d’une maniere galante, ſi propre, ſi bien parfumé, que tous ceux que je rencontre me donne le haut du pavé, comme ſi j’étois une perſonne de qualité : Et lorsque quelqu’un entre ici, il eſt charmé de ma belle maniere de le recevoir & de mes agréables diſcours. Mon aimable preſence en attire beaucoup dans la maiſon, outre ceux de notre connoiſſance ; de ſorte que je puis aſſurer, que je ſuis le Soutien du Logis. Si je ne vous attirois pas des Cavaliers chés vous, que deviendriés vous ? Vous pourriés reſter les bras croiſés, & être obligés de vous gratter les ---les.
Ce diſcours irrita tellement Pander, qu’il y repondit avec beaucoup de chaleur de la maniere qui ſuit.
Pander. Toi petit maitre fanfaron, crois-tu, que je me croye au deſſous de toi ? Non, il faut que tu ſaches, que je ſuis plus que toi ; nous éprouveront immediatement, quel eſt celui qui eſt le plus utile de nous deux : Eſt-ce que tous ces Meſſieurs ne me confient pas leurs ſecrets ? Eſt-ce que je ne garde pas la porte ? Eſt-ce que je n’examine pas tout ? Ainſi ne dois-je pas être regardé comme le plus utile & le meilleur ? Outre cela je fournis à nos filles des Galans de leurs temperamens, & qui leurs conviennent le mieux, & dans tous les cas épineux qui arrivent, ne me demande-t-on pas mon avis, & en le donnant eſt-ce que je n’ai pas double profit. Quand je reſte au Logis, c’eſt ſeulement pour faire un Ane de toi, pendant que tu en es ſorti, car tandis que tu ne gagnes qu’un Shilling au dehors, j’en gagne 5. à la maiſon : & je ſuis ſur, que ſi je la venois à quitter, tous nos chalans l’abandonneroient bientôt. Car je ſuis le ſeul, pour lequel les gens, qui nous frequentent, ont le plus de veneration. C’eſt pourquoi je crois meriter, à juſte Titre, la préférence ſur vous tous.
La vieille dam--ble Maquerelle, ayant écouté attentivement tous ces diſcours, ſe mit enfin à éclater de rire de toutes ſes forces, & après avoir employé en cela toutes ſes foibles & riſibles facultés, leur fit cette reponſe.
La Maquerelle. Je ne puis m’empecher de rire, d’entendre tous ces ſots raiſonnemens, touchant la pretenduë préeminence. Ils voudroient être tous les maitres, cependant ils n’ignorent pas, qu’ils ſont tous mes ſerviteurs ; ils ſe vantent de ceci, & de cela, parlent de leurs grands profits, & oublient, que je ſuis le ſoutien de la maiſon, & que leurs gains & eux-mêmes dependent de moi, & de mon bon plaiſir. Dites moi, je vous prie, Meſſieurs, de qui depend cette maiſon ? J’eſpere, que vous la regardés comme étant la mienne ; & je ſuis ſûre d’en avoir achetté tous les meubles ; & toute fois vous raiſonnés comme ſi je n’avois rien à faire, ni à pretendre ici, au lieu que vous auriés été obligés de mandier votre pain, il y a déja longtems, ſi je ne vous avois pas pris à mon ſervice. Et vous Mademoiſelle Minx, parceque vous êtes un peu jolie, vous commencés à devenir orgueilleuſe, ſans conſiderer, que ſi je ne vous avois pas preferée dans la ſituation, où vous êtes, vous auriés été obligée de laver les ecuelles, & de frotter les meubles & les appartemens ailleurs. N’eſt-ce pas moi qui vous ai achetté ces beaux habits, & qui vous ai mis dans le bel equipage, où vous êtes ? Helas vous étiés qu’une pûre novice dans l’art de pecher, jusqu’à ce que je vous euſſe donné de ſi belles Leçons, qui vous ont miſe en ſi beau chemin. Vous avés oublié, combien grande étoit d’abord votre modeſtie, & les peines, que je me ſuis données pour vous engager à laiſſer un Cavalier vous prendre dans le Tu quoque ; & maintenant que je vous ai inſtruite aſſés bien pour gagner votre vie, vous commencés à vouloir me mépriſer. Et vous M. Pimp. n’étiés vous pas un pauvre miſerable avant d’entrer dans mon ſervice ? Dites-moi, s’il vous plait, qui eſt-ce qui auroit eû des égards pour vous dans les haillons, ou guenilles, où je vous ai trouvé ? Maintenant que je vous ai bien habillé, & fait un homme de vous, vous voudriés m’impoſer des loix. Oui da ! mais j’y mettrai ordre pour l’empecher ; & ſi vous ne vous connoiſſés plus vous-même, je n’ai pas oublié, qui vous êtes : Bien plus voilà votre frere Pander auſſi, qui ne vaut pas mieux que vous, & qui ne peut pas dire, quand il eſt bien, parce que je lui paye ſes gages dans ſon poſte, veut auſſi devenir mon maître, & voudroit tout gouverner ; mais je vous ferai ſçavoir, qu’il y a deux mots dans ce marché. Je crois ſçavoir mieux, que vous tous, ce qui appartient le mieux dans cette maiſon, j’y ai été élevée dans ma jeuneſſe ; & j’ai paſſé moi-même mon tems dans les plaiſirs ; mais n’en ayant plus la force à cauſe de mon âge & de mes foibleſſes, j’avois tant d’affection pour ce metier, que j’en ai entretenu d’autres pour le continuer ; & c’eſt pour cette raiſon, que je dois avoir plus d’experience en cela qu’un autre, & ſi vous ne voulés pas tous me reconnoître pour votre Supérieure & Maîtreſſe de tout, je ſçais ce que j’aurai à faire.
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The end
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