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Avertissement
AVERTISSEMENT
SUR CETTE TROISIÈME ÉDITION.
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Voulant laisser subsister la Préface de la première édition, à cause de la nature même des observations qu’elle renferme, nous nous bornerons ici à donner quelques explications sur les changements que nous avons faits dans cette troisième. Mais qu’il nous soit permis d’exposer auparavant les témoignages flatteurs dont notre premier travail a été l’objet. Nous espérons qu’ils seront un motif puissant pour exciter la confiance des lecteurs qui ne le connaissent pas encore ; et en même temps la réponse la plus convenable à certaines insinuations de quelques écrivains français qui semblent n’en avoir qu’une bien légère connaissance. Nous commencerons volontiers par celui d’un des orientalistes les plus savants des temps modernes, d’un homme aussi profondément versé dans la science sacrée que dans les lettres profanes, d’autant qu’il présente une analyse assez détaillée de tout le plan de notre ouvrage. « Il était absolument nécessaire, dit feu , que l’on offrît au public instruit, et surtout aux jeunes élèves des séminaires, un ouvrage qui, dans un petit nombre de volumes, exposât d’une manière succincte, mais cependant avec les développements nécessaires, tout ce qui concerne la critique sacrée, la défense de l’authenticité des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, les lois, les usages des Hébreux, enfin tout ce qui peut contribuer à faire comprendre et respecter les ouvrages qui contiennent les fondements sur lesquels repose la religion. s’est chargé de ce soin, auquel il semblait naturellement appelé. Depuis bien des années il a professé successivement, tant au séminaire de Saint-Sulpice qu’à la faculté de théologie de Paris, l’hébreu et l’interprétation de l’Ecriture sainte ; lié, par une amitié sincère, avec des ecclésiastiques instruits, il a eu surtout l’avantage de connaître feu M. l’abbé Garnier, qui, non content de l’aider de ses conseils, lui avait communiqué une partie de ses travaux sur l’Ecriture sainte, ainsi qu’il le reconnaît avec cette bonne foi, cette candeur, qui conviennent au vrai mérite ; ayant acquis la connaissance des principales langues de l’Orient, entre autres celle de l’arabe qu’il avait puisée dans les doctes leçons de feu ; s’étant attaché avec un soin scrupuleux à lire, à analyser, outre les traités des Pères et des auteurs ecclésiastiques, les ouvrages composés soit par des catholiques, soit par des protestants, sur les diverses parties de l’érudition biblique, il se trouvait, mieux que personne, en état de donner, sur cette matière, un traité suffisamment approfondi, qui présentât un résumé bien fait de toutes les observations, de toutes les découvertes qui ont eu pour objet la critique sacrée, mais de manière à ne rien dire qui ne pût être approuvé par l’orthodoxie la plus scrupuleuse. L’ouvrage a obtenu un succès éclatant et qui a presque, on peut le dire, dépassé les espérances de l’auteur. Une première édition tirée à un grand nombre d’exemplaires a été, dans l’espace de quelques années, complètement épuisée. La seconde édition s’écoule avec une égale rapidité ; et bientôt il faudra songer à en donner une troisième. De plus, l’ouvrage a été traduit en italien. Félicitons d’un succès si flatteur ; mais surtout applaudissons-nous de voir des études aussi éminemment utiles pour la religion se dans les pays catholiques, et y reprendre une importance qui n’aurait peut-être jamais dû s’affaiblir. »
Après avoir énuméré les volumes dont l’ouvrage se compose, et indiqué l’objet de chacun de ces volumes, ajoute : « Ce cadre, comme on le voit, est extrêmement vaste, et renferme toutes les matières qui, chez les Allemands, sont contenues dans les deux genres d’ouvrages désignés par les titres de Einleitung (Introduction), et Biblisch Archæologie (Archéologie biblique). s’est acquitté de cette tâche honorable qu’il s’est imposée, avec une véritable bonne foi, avec un vrai talent. Ne pouvant pas, comme on peut le croire, offrir, sur chaque point, un traité complet, puisqu’il aurait fallu multiplier les volumes, il a voulu présenter, d’une manière aussi concise, mais aussi substantielle que possible, tout ce qui est vraiment nécessaire pour la parfaite intelligence des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ayant lu avec soin presque tout ce qui a été écrit sur chaque matière, il en reproduit un extrait fidèle ; il ne passe pas sous silence les objections, mais il les rapporte textuellement, et y oppose des réfutations judicieuses. Enfin, cet ouvrage, tel qu’il est, et avec les améliorations que des éditions successives ne peuvent manquer d’y introduire, forme un travail vraiment utile, qui doit exercer une heureuse influence sur les progrès futurs des études bibliques et sur la direction savante des recherches théologiques. »
À Rome, plusieurs savants religieux nous ont assuré que nos livres servaient très-avantageusement la religion. L’illustre cardinal A.Maï en a porté le même jugement. Un très-habile professeur du romain, le , jésuite, a souvent dit dans son Cours que nos ouvrages, qui se distinguent par la pureté des doctrines, étaient le meilleur antidote qu’on pût opposer au rationalisme biblique.
En 1853, le cardinal Sforza, archevêque de Naples, nous a remercié en présence du supérieur et des directeurs de son séminaire diocésain, de tout le bien que notre Introduction et nos Livres saints vengés ont fait et qu’ils faisaient encore tous les jours dans son diocèse. Nous devons ajouter que les huit volumes que forment ces deux ouvrages ont été traduits en italien, sous le patronage de Son Eminence, sans qu’on ait trouvé un seul mot à changer dans notre texte ; ce qui a fait dire au cardinal Maï en nous embrassant et en nous félicitant : « C’est la meilleure approbation que vous puissiez désirer ; car nulle part on n’est plus sévère qu’à Naples, quand il s’agit de la doctrine. »
À ces témoignages si flatteurs, nous pouvons en ajouter plusieurs autres non moins honorables. Le cardinal Gaude, mort il y a quelque temps à Rome, nous a assuré que pendant les treize années qu’il a professé l’Ecriture sainte à Macerata, il ne s’est servi que de nos ouvrages bibliques. Le savant archevêque de Santiago du Chili, nous a appris qu’ils avaient été traduits en espagnol, et qu’il n’en faisait point enseigner d’autres dans son diocèse. , aussi profond théologien que savant physicien, les a également adoptés pour son séminaire d’Aquila. Enfin le Révér.DocteurJoseph Dixon, professeur d’hébreu et d’Ecriture sainte au Collège de Saint-Patrice à Maynooth, regarde l’Introduction et Les Livres saints vengés, comme très-utiles : Two very useful works on the Scriptural subjects ; et il ne craint pas d’avouer qu’il les a souvent mis à contribution, quand il a composé sa propre Introduction : We have frequently, during the course of this work, profited by learned labours of this Winter, as we now gratefully acknowledge (Ageneral Introd.etc. Dublin, 1852, 2 ).
Quant aux changements qu’ont subis les éditions précédentes, les plus considérables se rapportent presque toutes à l’Introduction générale. Ainsi, sans parler d’un certain nombre de phrases et d’expressions qui ont été présentées d’une manière plus simple et plus précise ; sans parler encore des nouvelles preuves par lesquelles nous avons fortifié des arguments déjà proposés ; genre d’amélioration qui est commun à toutes les parties de l’ouvrage, nous avons inséré dans le chapitre qui traite de la Canonicité de l’Ecriture sainte, un Tableau synoptique qui montre d’un côté la nuée de témoins qui déposent en faveur des livres deutéro-canoniques, et de l’autre, le petit nombre de ceux que les protestants allèguent contre l’autorité des mêmes livres, Ce tableau est un emprunt fait avec permission à l’excellent ouvrage intitulé : La lecture de la Bible en langue vulgaire, jugée d’après l’écriture, la tradition et la saine raison, et publié par J.B.Malou qui était alors professeur et doyen de la faculté de théologie à l’Université catholique de Louvain, et qui aujourd’hui occupe si dignement le épiscopal de Bruges. Outre que la liste de plusieurs versions, tant anciennes que modernes, a beaucoup été allongée, les Bibles anglo-saxonnes, anglaises et polonaises qui ne figuraient pas dans les premières éditions ont trouvé dans celle-ci la place qui leur convenait naturellement ; et comme la traduction allemande de Luther passe encore aujourd’hui pour un chef-d’œuvre aux yeux de bien des gens, nous avons cru devoir montrer comment elle a été appréciée par les protestants eux-mêmes.
Une nouvelle rédaction plus concise de certaines questions, qui jusqu’ici avaient été traitées avec de longs développements, nous a permis de signaler dans l’Introduction particulière un certain nombre de commentaires d’une date récente, et même plusieurs anciens qu’un simple oubli nous avait fait omettre, et dont la connaissance ne peut qu’être très-utile à beaucoup de nos lecteurs. Quant à la critique du Nouveau Testament en particulier, outre les travaux des savants J. D. Michaëlis, Hug, Maïer, Tholuck, Olshausen, que nous avions déjà mis si largement à contribution, nous n’avons négligé aucun de ceux qui ont paru jusqu’à ce jour en divers pays. Mais, hâtons-nous de le dire, il en est une foule que nous avons cru devoir passer sous silence : d’abord parce qu’il fallait nécessairement nous borner dans le choix ; en second lieu, le peu d’aperçus vraiment nouveaux qu’on y trouve, n’offre qu’une bien médiocre utilité. Ainsi, on ne devra pas s’étonner si, par exemple, nous n’avons rien dit des livres d’un jeune littérateur de Paris qui, croyant, dans son excessive ingénuité, que l’imagination et une certaine facilité d’écrire peuvent suppléer à la connaissance positive des langues orientales et des autres parties de la science biblique, a
osé traiter des sujets qu’il ne pourra certainement aborder avec quelques succès, qu’après avoir étudié sérieusement dix ou quinze ans encore les langues sémitiques et le sanscrit, langues dont il n’a que les premiers éléments, et avoir entièrement re- noncé à certaines idées préconçues, qui, jointes à son peu de connaissances positives, le font assez souvent tomber dans des contradictions palpables, et flotter entre des erreurs opposées, telles que l’athéisme et le déisme. Cependant ces omissions n’empêchent point que notre ouvrage ne soit véritablement au niveau de la science biblique actuelle.
Contrairement à l’usage généralement reçu quand on écrit l’hébreu sans voyelles, nous avons fait usage des points diacritiques scin, schin et du daguesch fort ou doublant. Nous avons voulu par là faciliter à une certaine classe de lecteurs l’intelligence de quelques formes grammaticales, et de la différence de signification que ce point établit dans les mots.
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Chapitre 1
CHAPITRE PREMIER.
de la nature de l’écriture sainte.
i. L’Écriture sainte, qui fait l’objet de cette Introduction, est un livre, ou plutôt un recueil de livres écrits par l’ordre de Dieu même et sous l’inspiration du Saint-Esprit. Par là elle diffère essentiellement de la Tradition, qui renferme aussi la parole de Dieu et même sa parole écrite, mais non écrite par son ordre exprès et sous l’inspiration du Saint-Esprit. Les différents points de vue sous lesquels on a considéré les livres qui forment ce recueil ont donné lieu à des dénominations et des divisions qui toutes nous en font connaître plus ou moins explicitement la nature.
2. Les noms de l’ sainte qui se trouvent le plus ordinairement dans les écrivains sacrés, les Pères de l’ et les auteurs ecclésiastiques sont : les Livres sacrés ; les Livres saints ; l’Ecriture ou les Ecritures par excellence ; les Lettres sacrées ; les Ecritures saintes ; la Loi ; la Bibliothèque sainte ; Instrument ou acte authentique contenant des ordonnances, des traités, des conventions solennelles, etc. ; Pandecte, c’est-à-dire, recueil de tous les livres écrits sur un même sujet ; la sainte Bible, ou simplement la Bible, mot tiré du grec Biblia (Βιβλία) qui a passé en latin, et qui signifie livres et enfin l’Ancien et le Nouveau Testament.
Nous concevons aisément qu’on ait donné à ces livres de semblables qualifications ; celles surtout de saints et de sacrés leur conviennent d’une manière plus particulière, puisqu’ils contiennent la parole de Dieu écrite par des hommes divinement inspirés, qu’ils traitent de la religion, chose la plus sainte et la plus sacrée, qu’ils sont une source de vérité, et qu’ils contribuent puissamment à nous sanctifier, en nous offrant les règles de conduite les plus sages et les plus parfaites. Quant à celle de Testament, donnée aux livres de l’ancienne loi, elle demande quelques explications. Saint Jérôme, expliquant ces mots de Jérémie : Feriam domui Judæ fœdus novum, non secundum pactum quod pepigi cum patribus vestris, etc., se justifie de s’être servi du terme de pactum au lieu de Testamentum, en alléguant qu’il n’a fait en cela que traduire fidèlement l’hébreu. Le même Père dit ailleurs que partout où la version grecque porte Testament il faut l’entendre, d’après le texte original, d’un pacte ou d’une alliance. Aquila, Symmaque et Théodotion, ont traduit l’hébreu berith par sunthêkê (συνθήκη) qui signifie proprement alliance : aussi saint Jérôme n’a pas manqué d’invoquer leur autorité, lorsqu’il a voulu excuser saint Paul d’avoir employé le mot Testament au lieu d’alliance. Ce sentiment de saint Jérôme, quoiqu’il soit devenu très-commun parmi les interprètes et les critiques, ne paraît pas suffisamment fondé, car au chapitre , vers.15-18 de son Epître aux Hébreux, saint Paul suppose évidemment que le mot diathèké Λιαθήκη), même appliqué à la loi ancienne, signifie un Testament, ou si l’on veut une alliance, mais une alliance qui est au moins, sous quelque rapport, de même nature que le Testament, c’est-à-dire qui n’a réellement d’effet qu’après la mort de celui qui en est l’auteur ; puisque, d’après le même apôtre, les promesses faites par la loi ancienne, sous l’emblème des figures, n’ont pu être exécutées que par la mort du Dieu qui avait donné cette loi ; et que les victimes qui figuraient le Fils de Dieu ont été immolées pour annoncer qu’il mourrait lui même afin d’accomplir la vérité de ces ombres et de ces figures.
Saint Ambroise n’est pas moins explicite quand il dit : Nam et Moyses accepto sanguine vituli in paterâ, adspersit filios Israel, dicens : Hoc est Testamentum quod disposuit Deus ad vos. Et quand, expliquant ailleurs ces paroles du Deutéronome : Et restituet (Dominus) Testamentum suum quod juravit patribus vestris, etc., il ajoute : Testamentum dicitur, quoniam sanguine dedicatum est, Vetus in typo, Novum in veritate
Après avoir essayé de concilier les deux opinions, D.Calmet ajoute : « Mais les versets 15, 16, 17 ( ) prouvent, ce me semble, d’une manière démonstrative que saint Paul a passé exprès du terme testamentum mis pour alliance, à testamentum, pris pour Testament. »
3. Cette dernière dénomination a donné lieu à la division générale de toute l’Ecriture sainte en livres de l’Ancien Testament, ou livres qui contiennent ce que Dieu a révélé aux anciens Hébreux, et en livres du Nouveau Testament, ou livres qui renferment ce qu’il a découvert et enseigné plus tard par Jésus-Christ et les apôtres.
4. Les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament se divisent eux-mêmes en proto-canoniques et deutéro-canoniques. Les proto-canoniques de l’Ancien Testament sont ceux que la Synagogue a admis dans son Canon ; les deutéro-canoniques sont ceux que l’Eglise catholique a ajoutés à ces premiers dans son Canon particulier. Les proto-canoniques du Nouveau Testament sont les livres qui ont toujours passé dans toutes les églises pour être indubitablement canoniques ; et les deutéro-canoniques du Nouveau Testament tous ceux qui, ayant d’abord passé pour douteux dans quelque Eglise ou quelques Eglises particulières, ont été ensuite reconnus par les Eglises particulières qui avaient douté d’abord de leur autorité, comme faisant partie essentielle de l’Écriture sainte (voyez le chapitre ).
5. Enfin on divise encore les livres saints en légaux, historiques, sapientiaux ou moraux, et prophétiques. Les livres légaux de l’Ancien Testament sont les cinq livres de Moïse ; les historiques, Josué, les Juges, Ruth, les quatre des Rois, les deux des Paralipomènes, le premier d’Esdras et le second qui porte le nom de Néhémie, ceux de Job, de Tobie, de Judith, d’Esther et les deux des Machabées. Les livres sapientiaux ou moraux sont les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, la Sagesse, l’Ecclésiastique. Les livres prophétiques sont ceux d’Isaïe, de Jérémie, d’Ézéchiel, de Daniel et des douze petits prophètes.
Les livres légaux du Nouveau Testament sont les quatre Evangiles ; les historiques, les Actes des Apôtres ; les sapientiaux, les Épîtres de saint Paul et celles des autres apôtres ; l’Apocalypse se rattache aux livres prophétiques.
6. Les divisions des livres de l’Ancien Testament, qui viennent d’être exposées, ne sont en usage que chez les chrétiens ; car les Juifs, comme on le verra un peu plus bas ( , ), en admettent de différentes.
Chapitre 2
CHAPITRE DEUXIÈME.
de l’excellence ou de l’autorité de l’écriture sainte.
On peut considérer l’Ecriture sainte indépendamment de son inspiration divine, comme, par exemple, sous le rapport purement historique, philosophique, littéraire et religieux, ou bien en tant que livre sacré, c’est-à-dire divinement inspiré à ses auteurs par l’Esprit saint.
ARTICLE I.
De l’autorité de l’Écriture sainte considérée indépendamment de son inspiration divine.
L’Ecriture sainte, lors même qu’on fait abstraction de son inspiration divine, offre encore à notre respect et à notre admiration des titres et des droits d’autant plus incontestables qu’ils lui assurent une supériorité bien marquée sur tous les autres livres connus. L’exposé suivant, mais surtout les détails que nous donnerons dans l’Introduction particulière, en sont la preuve la plus irrécusable.
1. C’est un monument que sa haute antiquité recommande à la vénération. « Les livres de l’Ancien Testament, dit Bossuet, sont les livres les plus anciens qui soient au monde. » La vérité de cette assertion, par rapport au Pentateuque en particulier, ne saurait être légitimement contestée que dans le cas où il existerait des monuments fidèles et sûrs d’une aussi haute antiquité en faveur des livres de tout autre peuple que le peuple hébreu. Or la chronologie et l’histoire, seuls témoins admissibles en cette matière, ou manquent absolument aux nations idolâtres, ou parlent en faveur du Pentateuque.
Personne n’ignore les tentatives sans nombre faites dans le siècle dernier pour reporter au delà des temps mosaïques l’existence des Kings livres sacrés des Chinois ; celle du Zend-Avesta, code religieux des Perses, et celle des Védas, consacrés dans l’Inde. Or aucun monument chronologique ou historique, parmi ceux du moins que la critique avoue, n’a justifié cette prétention ; nous ajouterons même qu’elle se trouve entièrement détruite par les nombreux témoignages des juges les plus compétents.
De Guignes dit que l’ancienne histoire chinoise n’est ni certaine ni
authentique ; qu’elle ne renferme aucune remarque de géographie ni de chronologie et qu’elle est sans suite et sans liaison. Fréret avoue que la partie qui comprend l’histoire des temps antérieurs à la dynastie de Han (206 avant Jésus-Christ) n’a été ni écrite sur les mémoires contemporains, ni publiée après un examen authentique, et que c’est une histoire restituée après coup. Le , missionnaire chinois, dit en donnant des preuves irrécusables de son assertion : « Il n’y a pas de lettrés à la Chine qui ne sachent qu’il y aurait de la démence à ne pas voir que notre chronologie ne remonte d’une manière je ne dis pas certaine et indubitable, mais probable et satisfaisante, que jusqu’à l’an 841 avant Jésus-Christ. Sied-il bien à des poètes, philosophistes et chroniqueurs, de contester sur un point regardé comme décidé depuis bien des siècles par les plus savants hommes de la Chine ? » Le témoignage de ce missionnaire est d’un poids d’autant plus grande que sa qualité de Chinois le mettait en état de discuter au milieu des lettrés de sa patrie tout ce qui en concerne l’histoire. Joignons à ces preuves l’autorité d’un écrivain dont le jugement ne peut pas être suspecté ici : « Szü-ma-zian, dit J.Klaproth, commença son histoire par l’année 2637 avant Jésus-Christ sous le titre de Zü-ki, et il la continua jusqu’au commencement de la dynastie de Tschang. Quoiqu’il eût à sa disposition beaucoup de documents l’histoire de la Chine antérieure au siècle avant Jésus-Christ n’en demeure pas moins incomplète et incohérente ; car les sources où il puisa n’étaient pas toujours d’accord. Ce n’est même que cent ans plus tard que disparaissent les divergences de la chronologie L’origine des Kings nous est par là même tout à fait inconnue ; quant à leur rédaction dans la forme actuelle, elle est enveloppée de ténèbres non moins épaisses. Ce qui ressort évidemment de tout ceci, c’est qu’on serait bien mal avisé, si on voulait encore les comparer au Pentateuque.
Nous nous étendrons peu sur le Zend-Avesta : en admettant qu’il fût l’œuvre de Zoroastre, son antiquité n’approcherait pas de celle du Pentateuque. Anquetil suppose que Zoroastre est né 589 ans avant Jésus-Christ . Selon Beausobre, ce législateur des Perses était contemporain de Pythagore qui mourut la troisième année de la olympiade c’est-à-dire l’an 495 avant Jésus-Christ. Thomas Hyde dit qu’il vivait sur la fin de la monarchie des Mèdes, sous le règne de Guschtâsp, que les Grecs ont traduit Υ̓̀στάσπης, Hystaspe, et les Arabes Wischtâsph ; et il le prouve par un grand nombre de passages extraits d’auteurs persans et arabes.
Quant aux Védas, il faudrait pour établir solidement leur antiquité, qu’elle reposât également sur quelques monuments certains. Or, W. Jones ne laisse aucun espoir qu’on puisse jamais former un système d’histoire chez les Hindous, parce qu’un sujet si obscur par lui-même le devient encore davantage par les nuages de fictions dont l’ont entouré les Brahmanes, qui par orgueil ont voulu se donner à dessein une antiquité mensongère ; de sorte qu’on doit se trouver heureux quand on peut s’appuyer sur de simples probabilités. Wilson avoue que dans le système de géographie, de chronologie et d’histoire de ce peuple, il n’y a qu’une absurdité monstrueuse. Suivant Bentley, auquel, il faut l’avouer pourtant, beaucoup d’indianistes n’accordent pas une grande autorité, suivant Bentley, disons-nous, il n’est pas un seul point d’histoire ou de chronologie antérieur à Jésus-Christ que l’on puisse fixer, ne fût-ce même qu’avec une sorte de vraisemblance. Il est vrai que Henri Thomas Colebrooke semble faire remonter l’origine des Védas jusqu’au xiv siècle avant l’ère chrétienne ; mais ce savant ne fonde son opinion que sur des calculs astronomiques fort incertains, et encore ne la donne-t-il lui-même que comme une conjecture tout à fait vague et qui par conséquent ne mérite pas beaucoup de confiance. « Les tables astronomiques des Hindous, auxquelles on avait attribué une antiquité prodigieuse, dit Klaproth, ont été construites dans le siècle de l’ère vulgaire, et ont été postérieurement reportées par des calculs à une époque antérieure. » Terminons cette preuve par l’autorité la plus imposante peut-être en cette matière : « Les tables indiennes, dit de Laplace, supposent une astronomie assez avancée ; mais tout porte à croire qu’elles ne sont pas d’une haute antiquité… L’ensemble de ces tables, et surtout l’impossibilité de la conjonction générale qu’elles supposent, prouvent qu’elles ont été construites ou du moins rectifiées dans des temps modernes »
2. Ces livres sont les plus authentiques de tous les livres. Et d’abord ils réunissent tous les caractères internes d’authenticité, puisque la critique la plus sévère et la plus minutieuse, loin d’y avoir rien trouvé d’important qui pût mériter son blâme, a été forcée de confesser que tout y était parfaitement assorti aux circonstances, soit des temps, soit des lieux, soit des personnes. De plus, ils possèdent encore tous les caractères externes d’authenticité, puisqu’ils ont en leur faveur le témoignage de tous les livres subséquents, qui les citent ou les supposent existants, la foi commune et universelle de tout le peuple juif, qui les a toujours reconnus pour authentiques, l’appui d’une multitude de monuments tels que des lois, des fêtes, des solennités, et autres usages, qui ne peuvent s’expliquer qu’en supposant leur authenticité, enfin l’impossibilité même de supposer ces livres, car, comme ils sont la source de la religion, de la législation, du droit public de toute une nation, ils n’auraient pu être faussement attribués à son législateur ou à ses prophètes sans causer les réclamations les plus vives, et ils n’auraient pu obtenir l’assentiment unanime de toute une nation
3. Ces livres et surtout ceux de Moïse ont été le plus soigneusement conservés. Bossuet venant de parler des miracles étonnants que les anciens Hébreux ont vus de leurs yeux, ajoute : « Dieu qui les a faits pour rendre témoignage à son unité et à sa toute-puissance, que pouvait-il faire de plus authentique pour en conserver la mémoire, que de laisser
entre les mains de tout un grand peuple les actes qui les attestent rédigés par l’ordre des temps ? C’est ce que nous avons encore dans les livres de l’Ancien Testament, c’est-à-dire… dans les livres que le peuple juif a toujours si religieusement gardés… Les Juifs ont été les seuls dont les convictions sacrées ont été d’autant plus en vénération qu’elles ont été plus connues. De tous les peuples anciens, ils sont le seul qui ait conservé les monuments primitifs de sa religion, quoiqu’ils fussent pleins de témoignages de leur infidélité et de celle de leurs ancêtres. » Ces livres en effet ont été dès leur origine un monument, puisque dès leur origine ils ont été un livre public que tout le monde devait lire et méditer ; c’était le code authentique de la religion, de la jurisprudence, de la médecine et du gouvernement. Une tribu tout entière avait la charge de veiller à leur conservation : une suite non interrompue de prophètes avait l’œil à ce qu’on n’y fît aucune altération. Les Juifs schismatiques des dix tribus, et après eux les Samaritains, qui adoptèrent leur religion, avaient le Pentateuque entre leurs mains, et veillaient à leur tour à ce qu’on n’y fît aucun changement. Après la captivité, les Juifs hellénistes qui se servaient de la version des Septante, les Juifs schismatiques d’Héliopolis, les trois sectes qui se formèrent à Jérusalem, c’est-à-dire, les pharisiens, les sadducéens et les esséniens, n’auraient pu s’accorder ensemble pour y faire quelque interpolation, et n’auraient pas manqué de réclamer, si l’une d’entre elles avait osé changer les Ecritures dans quelque point essentiel. Enfin l’expérience a prouvé que ces livres ont été conservés sans altérations substantielles, puisque tous les manuscrits aussi bien que toutes les versions s’accordent parfaitement pour le fond, et que la plupart des fautes qui s’y sont glissées par accident peuvent se corriger par les règles d’une sage critique.
4. Ces livres renferment l’histoire la plus convenable à la nature des choses et aux monuments les plus certains. Le monde et l’homme lui-même n’étant pas éternels, ont dù être créés, et voilà ce que nous apprend Moïse dès la première page de la Genèse : toutes les nations en conséquence ont dû avoir une origine commune ; or, c’est encore ce que nous apprend Moïse dans le chapitre de la Genèse, lequel, au jugement de Bochart, est une démonstration de la vérité de sa narration. Les traditions de tous les peuples, l’organisation du globe terrestre, la nouveauté de nos continents, supposent un grand cataclysme qui a noyé la terre ; et n’est-ce point ce déluge que Moïse nous a tracé dans les plus grands détails ? Enfin toutes les familles de la terre étant sorties d’une même souche, ont dû partir d’un point central. Or, a-t-on pu jusqu’ici donner un démenti fondé aux savants laborieux qui, après avoir étudié, avec tous les moyens et toutes les ressources possibles à l’homme, l’origine et l’histoire de tous les peuples du monde ont affirmé que ce point central ne pouvait être que le point assigné par Moïse, et que tout autre point ne saurait rendre compte de la dissémination des différentes branches de la famille primitive ? Mais cette histoire est encore la plus suivie et la mieux enchaînée. Tous les événements se tiennent et se demandent les uns les autres. « Que dirai-je, s’écrie de nouveau Bossuet, que dirai-je du consentement des livres de l’Écriture et du témoignage admirable que tous les temps du peuple de Dieu se donnent les uns aux autres ? Les temps du second temple supposent ceux du premier, et nous ramènent à Salomon. La paix n’est venue que par les combats : et les conquêtes du peuple de Dieu nous font remonter jusqu’aux Juges, jusqu’à Josué, jusqu’à la sortie d’Égypte. En regardant tout un peuple sortir d’un royaume où il était étranger, on se souvient comment il y était entré. Les douze patriarches paraissent aussitôt, et un peuple qui ne s’était jamais regardé que comme une seule famille, nous conduit naturellement à Abraham, qui en est la tige. » Or, l’histoire d’Abraham nous conduit à Sem dont il descend, et remonte au déluge et jusqu’à Noé. L’histoire de Noé nous ramène aux patriarches antédiluviens et jusqu’à Adam, le père de tous les hommes. Que sont maintenant toutes les histoires ou plutôt les fables des autres peuples, auprès de l’histoire de nos livres saints, histoire qui fixe le commencement des choses, les origines, les noms, les habitations des peuples divers ; qui appuie la narration sur des monuments incontestables, qui suit le peuple dès son commencement, et qui est si étroitement enchaînée, qu’on ne peut en détruire un article sans renverser tout le reste ?
5. La doctrine contenue dans ces livres est des plus pure et des plus élevée. Rien de plus exact que ce qu’ils nous apprennent de Dieu et du culte qui lui est dû, de l’homme et de sa fin ; toute la morale n’en est pas moins pure, et se trouve d’accord avec la raison. Aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même, voilà la loi et les prophètes. La législation de Moïse est si parfaite, que pendant trois mille ans on n’a eu besoin ni de la changer ni de la modifier. Qu’on lise l’abbé Guénée, BuUet, le Droit mosaïque par Michaëlis, et la Politique sacrée par Bossuet, et on aura une nouvelle preuve de la perfection de ce code de lois. Le but en effet de cette législation est le plus grand et le plus noble qu’un législateur puisse se proposer, celui de conserver la foi d’un Dieu créateur de tout l’univers, et de préparer les voies au grand libérateur du genre humain. Ce dernier but est comme le plan général de toute l’Ecriture ; les Livres sacrés, quoique composés par divers auteurs et à de grands intervalles de temps, conspirent néanmoins tous à cette unité de dessein. Or, ce plan admirable commence à paraître dès la chute de l’homme : le Messie est la semence qui doit écraser la tête du serpent. Ce Messie est encore rappelé à Abraham, à Isaac et à Jacob, lorsque Dieu leur dit, qu’en cette semence doivent être bénies toutes les nations de la terre. Il est plus développé par les prophètes, et surtout par Isaïe, qui semble être évangéliste plutôt que prophète ; et il se trouve accompli en Jésus-Christ, qui vient sauver le genre humain, et répandre dans tout le monde la connaissance du vrai Dieu.
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