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Homélies sur l’inscription des Actes

Jean Chrysostome · 1864 · Free in the US

25,774 words · about 1 h 48 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Jean Chrysostome
Language
French
Published
1864
Length
25,774 words · about 1 h 48 min
Sections
5 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (5)
  1. Front matter under 1 min
  2. Première homélie about 24 min
  3. Deuxième homélie about 25 min
  4. Troisième homélie about 25 min
  5. Quatrième homélie about 35 min

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HOMÉLIES SUR L’INSCRIPTION DES ACTES.

PREMIÈRE HOMÉLIE.

DEUXIÈME HOMÉLIE.

Première homélie

À ceux qui ont déserté l’assemblée sainte ; — qu’il ne faut pas passer légèrement sur les titres des Saintes Écritures ; — sur l’inscription de l’autel ; — Aux nouveaux baptisés.

—

. Eh quoi ! plus nous avançons dans la série des fêtes, moins nos réunions sont fréquentées ! Oh ! ne nous relâchons pas, nous du moins qui sommes venus ; si l’Église a moins de monde aujourd’hui, elle n’a rien perdu quant au zèle : inférieurs par le nombre, nous sommes supérieurs par la charité ; nous sommes moins nombreux, mais on verra quels sont les chrétiens éprouvés, nous saurons ceux qui n’assistent à nos fêtes annuelles que par habitude et ceux au contraire qui y sont attirés par le désir d’entendre la parole de Dieu, de recevoir des leçons de vertu. Dimanche dernier, toute la ville était ici, les galeries étaient remplies de monde et ressemblaient aux flots ondulants de la mer ; mais, pour moi, ces flots me font moins de plaisir que le calme actuel, je préfère au bruit et au tumulte la tranquillité d’aujourd’hui. C’étaient des corps que nous comptions alors, aujourd’hui ce sont des âmes remplies de piété. Si on voulait peser dans la balance ces deux assemblées, l’une peu nombreuse et presque entièrement composée de pauvres, l’autre nombreuse et presque entièrement composée de riches, peut-être trouverait-on que la vôtre l’emporte. Inférieurs en nombre, vous l’emportez en vertu ; la même chose se reproduit du reste quand on pèse des objets matériels. Mettez dans un des plateaux d’une balance dix statères d’or et dans l’autre cent statères d’airain, ceux-ci entraîneront la balance avec eux, et cependant les dix statères d’or l’emportent par leur matière bien plus précieuse ; ils ont plus de poids et de valeur, si vous tenez compte de la substance. Ainsi, quoique inférieurs par le nombre, nous pouvons être plus précieux et plus utiles que de grandes multitudes. Mais pourquoi emprunter des comparaisons aux usages ordinaires de la vie, lorsque je puis apporter le témoignage même de Dieu ? Voyons ce qu’il dit : Un seul juste qui accomplit la volonté de Dieu vaut mieux que mille prévaricateurs. (Eccl. XVI, 3.) Il y a, oh ! oui, il y a bien des hommes qui valent mieux que mille autres, et que dis-je ? mieux que mille autres ; je devrais dire mieux que la terre entière ; car ils sont plus précieux et pus nécessaires. J’en atteste saint Paul et je produis son témoignage. Parlant d’hommes misérables, traqués partout, tourmentés, persécutés, voici ce qu’il dit : Ils ont couru ça et là revêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dans le besoin, dans l’angoisse, dans l’affliction, eux dont le monde n’était pas digne. (Hébr. XI, 37, 38.) Eh quoi ! ces hommes accablés par le besoin, l’angoisse, l’affliction, ces hommes qui n’avaient plus de patrie, le monde n’en était pas digne ? Mais voyez ce que vous comparez ! je le vois, dit-il, et c’est pourquoi je dis que le monde n’en est pas digne ; car je connais fort bien la valeur de ces pièces de monnaie. Prenez la terre, la mer, les rois, les éparques, en un mot tous les hommes, et mettez-les en face de deux ou trois de ces pauvres, je dirai sans crainte que ces pauvres l’emportent. S’ils étaient bannis de leur patrie, ils avaient pour patrie la Jérusalem d’en-haut. Ils ont vécu dans la pauvreté ? mais leur vertu les faisait riches. Les hommes les haïssaient ? mais Dieu les aimait. Qui sont-ils ? Élie, Élisée et ceux qui les ont imités. Ce qu’il faut considérer, c’est non pas qu’ils manquèrent des aliments nécessaires, mais que la bouche d’Elie ferma et ouvrit le ciel, et que son manteau arrêta le cours du Jourdain. Quand je pense à toutes ces choses, je me réjouis et je m’afflige. Je me réjouis à cause de vous qui êtes présents, je m’afflige à cause de ceux qui sont absents ; oh ! oui, je m’afflige, je suis plongé dans la douleur, j’ai le cœur brisé. Qui serait assez insensible pour ne pas souffrir envoyant que l’on met plus de zèle au service du démon qu’au service de Dieu ? Pour y apporter un zèle égal, on est déjà indigne de pardon et d’indulgence : mais lorsque nous en mettons plus, comment pourrons-nous nous défendre ? Les théâtres nous appellent chaque jour, et pour eux on ne connaît plus ni paresse ni lenteur, on ne prétexte plus la multitude des affaires ; mais tous y courent comme affranchis et délivrés de tout souci ; le vieillard ne pense plus à ses cheveux blancs, le jeune homme à la fougue de son âge et de ses passions, le riche au respect qu’il doit à son élévation ; mais faut-il venir à l’église, alors, comme s’il fallait descendre d’une haute position, d’une sublime dignité, on ne ressent que répugnance et torpeur, et on s’en fait ensuite un mérite, comme si l’on avait rendu service à Dieu ; et quand il faut courir au théâtre, entendre des paroles impures et voir des spectacles lascifs, on ne pense pas à la honte dont on couvre et sa personne et ses richesses et sa noblesse. Je voudrais savoir où sont maintenant ceux qui étaient venus nous troubler dimanche dernier, car n’était-ce pas une cause de trouble que leur seule présence ? je voudrais savoir ce qu’ils font, quelle occupation plus utile que la nôtre les retient. Ce ne sont pas les affaires, c’est l’orgueil qui les retient. Qu’y a-t-il de plus insensé que cette conduite ? Pourquoi, ô homme, t’enorgueillis-tu ? pourquoi penses-tu nous faire une grâce quand tu viens ici et que tu écoutes les vérités qui pourraient sauver ton âme ? Dis-moi donc pourquoi tu es si fier ? À cause de tes richesses, peut-être de tes habits de soie ? Mais ne sont-ce pas des vers qui les ont filés et des barbares qui les ont apportés ? Et ceux qui s’en servent, ne sont-ce pas des courtisanes, des débauchés, des effracteurs de tombeaux, des brigands ? Apprécie tes richesses à leur juste valeur et quitte ces pensées aussi vaines que superbes ; vois la bassesse de ta nature. Tu n’es que terre et poussière, une cendre, une fumée, une ombre, un brin d’herbe, une fleur de ce brin d’herbe. Et c’est là ce qui t’enivre d’orgueil, dis-moi ? Et quoi de plus ridicule ! Tu commandes à un grand nombre d’hommes ? Et quel avantage de commander à des hommes et d’être le sujet et l’esclave de tes passions ? Ne ressembles-tu pas à cet homme qui, dans sa maison, aurait reçu de ses esclaves des coups et des blessures et qui, en public, n’en serait pas moins fier de commander aux autres ? La vaine gloire te blesse, la luxure te frappe, tu es l’esclave de tes passions et tu te vantes de dominer sur tes semblables ! Plût are ciel que tu domptasses les unes et que tu fusses de même rang que les autres !

. Ce n’est pas contre les riches que je parle, mais contre ceux qui usent mal de leurs richesses. Ce n’est pas un mal que la richesse, pourvu que nous nous en servions pour le bien ; le mal, c’est la vanité, c’est l’arrogance. Si les richesses étaient un mal, nous ne désirerions pas nous reposer dans le sein d’Abraham, d’Abraham qui eut trois cent dix-huit esclaves nés dans sa maison. Les richesses ne sont donc pas un mal ; le mal, c’est leur usage illégitime. De même qu’en parlant dernièrement de l’ivresse, je n’ai pas parlé contre le vin, puisque tout ce que Dieu a créé est bon, que, loin de rien rejeter, nous devons tout recevoir avec reconnaissance, de même aujourd’hui je ne parle pas contre lesbiens, contre les richesses, mais contre leur mauvais emploi, contre les richesses dépensées pour notre perte. Nous les appelons biens, khreamta, parce que nous devons nous servir d’elles, khrestai, et non elles de nous ; nous les appelons possessions, non afin qu’elles nous possèdent, mais afin que nous les possédions. Pourquoi faire de l’esclave le maître ? Pourquoi renverser l’ordre des choses ?

Mais je voudrais savoir ce que font ceux qui ont abandonné nos assemblées et à quoi ils s’occupent. Ils jouent ou ils sont tout entiers aux choses de la vie, choses qui n’amènent après elles que le trouble. Ici, ô homme, tu serais dans le calme du port ; un intendant ne viendrait pas te troubler, un fermier t’interpeller, un esclave t’embarrasser de soins terrestres, un autre te mécontenter ; tu goûterais en paix la parole divine. Ici, point d’agitations, point de tempêtes, rien que bénédiction, que prières, que leçons de la vie spirituelle, qu’aspirations vers le ciel, et tu ne sortirais d’ici qu’après avoir reçu le gage de ta royauté céleste. Pourquoi donc, délaissant cette riche table, cours-tu vers une table funeste ? Pourquoi échanges-tu la tranquillité du port contre le tumulte de la tempête ? Que des pauvres qui étaient venus dimanche dernier soient absents aujourd’hui, cela m’effraye ; mais qu’il n’y ait pas de riches, cela m’effraye plus encore. Pourquoi ? parce que les pauvres ont des occupations nécessaires, le souci du travail quotidien et de la nourriture qui ne leur peut venir que de là ; ils pensent à la nourriture de leurs enfants, de leurs femmes ; s’ils ne travaillent, ils ne peuvent vivre. Ce n’est pas que je les excuse, mais je veux montrer que les riches sont plus coupables. Moins ils ont de souci, plus leur châtiment sera terrible ; ils n’ont rien qui les retienne. Voyez-vous les Juifs, ces hommes rebelles contre Dieu, ces hommes qui résistent au Saint-Esprit, ces hommes intraitables ? Eh bien ! ceux qui n’assistent pas à nos assemblées sont pires qu’eux. Les Juifs, si leurs prêtres leur ordonnaient de cesser tout travail pendant sept, dix, vingt, trente jours, obéiraient sans résistance ; et pourtant qu’y a-t-il de plus gênant que leur repos ? Ils ferment leur porte, n’allument pas de feu, ne transportent pas d’eau, s’abstiennent de toutes les occupations ordinaires de la vie-, ce repos est une véritable captivité, et ils s’y soumettent sans murmure. Et moi, je ne vous dis pas : cessez tout travail pendant sept jours, dix jours ; mais donnez-moi deux heures de ce jour et gardez le reste, et vous ne m’accordez pas même cette faible part ! Ou plutôt, ce n’est pas pour moi que je demande ces deux heures, c’est pour vous, afin que vous veniez vous consoler en récitant ces prières que vos pères ont récitées avant vous, afin que vous ne vous retiriez que comblés de bénédictions, afin que vous sortiez d’ici l’âme en paix, afin que revêtus des armes spirituelles, vous deveniez invincibles et indomptables à l’enfer. Qu’y a-t-il de plus doux, dites-moi, que die rester ici ? S’il fallait y passer les jours entiers, quoi de plus beau ? Quoi de plus sûr que ce lieu où sont déjà tant de nos frères, où est le Saint-Esprit, où se trouve Jésus et son Père ? Où trouverez-vous une semblable société, un semblable conseil, une pareille assemblée ? Quoi ! tant de délices à la sainte Table, dans les bénédictions, dans les prières, dans la seule réunion de tant de frères, et vous cherchez d’autres occupations ! Quelle indulgence méritez-vous ? Ce n’est pas pour vous que je dis ces choses ; vous n’avez pas besoin de remèdes, vous qui par vos actes prouvez votre santé, vous dont l’obéissance et la charité nous sont si connues ; mais c’est à vous que je parle afin que les absents entendent par vous. Ne dites pas seulement que j’ai blâmé les absents, mais rapportez-leur tout mon discours depuis le commencement. Rappelez-leur les Juifs, rappelez-leur ce que sont les choses de la vie ; dites-leur combien il est doux de faire partie de nos réunions, combien ils sont zélés pour les choses périssables, combien l’assiduité aux réunions de l’église assure de belles récompenses. Si vous dites seulement que j’ai blâmé, vous excitez la colère, vous ouvrez une blessure sans y porter le baume ; mais si vous leur apprenez que j’ai accusé non comme un ennemi, mais comme un ami dans la douleur, si vous leur faites comprendre que les blessures des amis sont préférables aux baisers spontanés des ennemis (Prov. XXVII, 6), ils écouteront sans peine mon accusation ; ils regarderont, non à mes paroles, ruais à mon intention.

C’est ainsi que vous guérirez vos frères ; je rendrai compte de votre salut, vous qui êtes présents, et vous, du salut des absents. Je ne puis leur parler par moi-même, je leur parlerai par vous, par votre charité éclairée : que votre zèle me soit comme un pont pour arriver jusqu’à eux ; que par votre bouche mes paroles parviennent jusqu’à leurs oreilles. Peut-être ce que j’ai dit suffira-t-il et ne faudra-t-il rien ajouter ; j’en pourrais dire plus ; mais afin de ne pas employer tout le temps à blâmer, ce qui vous est inutile à vous qui êtes présents, je vais vous apporter comme une nourriture nouvelle et étrangère ; nouvelle et étrangère, non pas quant à la doctrine en elle-même, mais nouvelle encore pour vos oreilles.

. J’ai expliqué, les jours précédents, quelques paroles des apôtres et des évangélistes, en vous parlant de Judas, quelques-unes aussi des prophètes : aujourd’hui je veux parler des Actes des Apôtres. C’est pourquoi j’ai dit une nourriture nouvelle. Elle n’est pas nouvelle cependant. Elle n’est pas nouvelle puisque c’est la suite des saintes Écritures ; elle est nouvelle, parce que vous n’y êtes pas accoutumés : car beaucoup ne connaissent pas même ce livre, et beaucoup le méprisent parce qu’ils le trouvent trop simple ainsi les uns le négligent parce qu’ils le connaissent, les autres parce qu’ils ne le connaissent pas. Aussi pour apprendre, et à ceux qui ne le connaissent pas et à ceux qui croient le connaître, qu’il renferme bien des pensées profondes, il nous faut attaquer aujourd’hui leur négligence. Il faut d’abord leur apprendre quel est l’auteur de ce livre. C’est là une méthode excellente de voir d’abord qui a écrit le livre, si c’est un homme ou si c’est Dieu. Si c’est un homme nous rejetterons son couvre : N’appelez personne votre maître sur la terre (Matth. XXIII, 8) ; si c’est Dieu, nous le recevrons ; c’est d’en haut que vient notre doctrine : telle est en effet notre dignité, que nous ne recevons rien des hommes, mais tout de Dieu par le moyen des hommes.

Recherchons donc qui a écrit ce livre, à qu’elle époque, sur quelle matière et pourquoi il nous a été ordonné de le lire en cette fête, la seule fois peut-être que vous l’entendiez lire de toute l’année ; cette question a aussi son importance ; nous rechercherons ensuite pourquoi il est intitulé : Actes des Apôtres. Car il ne nous faut pas passer légèrement sur les titres, ri nous jeter de suite sur le commencement du livre, mais en examiner l’inscription. De même qu’en nous la tête fait connaître mieux le reste du corps et que la vue de la partie supérieure le manifeste davantage, ainsi le titre placé à la tête d’un livre, avant le texte, rend plus clair tout ce qui suit. Ne voyez-vous pas que dans les tableaux qui représentent les rois, à la partie supérieure se trouve le portrait du monarque avec son nom, et plus bas ses trophées, ses victoires, ses belles actions ? Il en est de même des Écritures. Le portrait du roi se trouve en haut, et plus bas vous voyez ses trophées, ses victoires, ses belles actions. Nous faisons de même lorsque nous recevons une lettre ; avant de dénouer l’attache et de lire le contenu, nous parcourons la suscription qui se trouve au dehors pour savoir de suite qui a écrit et qui doit recevoir la lettre. Et ne serait-ce pas une inconséquence que d’en user ainsi dans les choses ordinaires de la vie, de faire (41) chaque chose en son temps, sans s’agiter, sans se troubler, et au contraire, quand il s’agit des Écritures, de se jeter de suite sur le commencement ? Voulez-vous savoir quelle est l’utilité d’un titre, sa valeur, sa force, surtout dans la sainte Écriture ? Ecoutez et apprenez à ne pas rejeter dédaigneusement le titre des saints Livres. Un jour saint Paul entra à Athènes (c’est le livre même dont nous commençons l’explication qui rapporte ce fait) : il trouva dans la ville non un livre divin, mais un autel d’idoles, avec cette inscription : Au Dieu inconnu ; et loin de rejeter ce titre, il s’en servit pour renverser l’autel. Paul le saint, Paul rempli de la grâce du Saint-Esprit, ne méprisa pas l’inscription de l’autel, et vous, vous regardez avec indifférence le titre des Livres divins ! Paul s’empare de ce qu’avaient écrit les Athéniens idolâtres, et vous, vous ne regardez pas comme nécessaire ce qu’a écrit l’Esprit-Saint ! Mais quelle excuse trouverez-vous ? Voyons quel avantage il a su tirer de cette inscription, et quand vous aurez vu tout ce qu’elle renfermait, vous apprendrez à estimer bien plus les titres des saints Livres. Saint Paul entra dans la ville, il y trouva un autel qui avait pour inscription : Au Dieu inconnu. Que faire ? Tous étaient païens, tous impies. Que faire ? S’appuyer dans son discours sur l’Évangile ! Mais ils s’en seraient moqués. Sur les prophètes et les commandements de la loi ? Mais ils n’y auraient pas cria. Que fait-il alors ? Il a recours à l’autel et va chercher parmi les ennemis des armes contre eux-mêmes. C’est bien là ce qu’il dit : Je me suis fait tout et tous, je me suis fait comme Juif avec, les Juifs, avec ceux qui étaient sans loi comme si j’eusse été sans loi. (I Cor. IX, 21.) Il vit l’autel, il vit l’inscription, il se leva sous l’inspiration du Saint-Esprit. Car telle est la grâce du Saint-Esprit : pour ceux qui l’ont reçue, tout devient une occasion de gain ; telles sont nos aunes spirituelles : Réduisant en servitude, dit-il, toute intelligence sous l’obéissance du Christ. (II Cor. X, 5.) Il voit l’autel et, loin de craindre, il s’en empare : ou plutôt il laisse là l’inscription matérielle et en saisit le sens. Si, dans une bataille, un général voyant dans l’armée ennemie un vaillant soldat, le prenait par la tête, l’attirait dans ses rangs et le faisait combattre pour lui, il agirait comme saint Paul ; voyant en effet que cette inscription était, pour ainsi dire, dans les rangs ennemis, il l’attira à lui de sorte qu’elle fut du côté de saint Paul contre les Athéniens, et non du côté des Athéniens contre saint Paul. C’était un glaive pour les Athéniens, une épée pour les ennemis que cette inscription ; mais le glaive même des ennemis servit à leur trancher la tête. Il eût été moins étonnant qu’il les eût abattus avec ses propres armes, parce que ainsi se passent ordinairement les choses. Ce qu’il y a d’étrange et d’insolite, c’est qu’il tourne contre les ennemis les armes dont ils se servaient ; qu’il les blesse à mort avec l’épée qu’ils portaient contre nous.

. Telle est la puissance du Saint-Esprit ; c’est ainsi que David fit autrefois ; il sortit sans armes, afin que la grâce du Saint-Esprit parût tout entière : car, dit-il, qu’il n’y ait rien d’humain là où Dieu combat pour nous. Il marcha donc sans armes et il abattit ce géant. Puis, comme il n’avait pas d’armes, il courut, saisit l’épée de Goliath et coupa la tête du barbare. Saint Paul fit de même avec l’inscription de l’autel. Et pour que vous sachiez bien comment a été remportée cette victoire, je vous montrerai la puissance de cette inscription. Saint Paul trouva donc à Athènes un autel où il était écrit Au Dieu inconnu. Quel était ce Dieu inconnu, sinon le Christ ? Voyez-vous comment il s’empare rte cette inscription, non pour la ruine de ceux qui l’avaient écrite, mais pour leur, bien et leur salut ? Quoi clone ! les Athéniens avaient mis cette inscription pour le Christ ! — S’ils l’avaient mise pour le Christ, il n’y aurait ici rien d’étonnant ; ce qui m’étonne, c’est qu’ils l’ont écrite pour une fin et que saint Paul a pu la taire servir à une autre. Il me faut d’abord dire pourquoi les Athéniens avaient écrit. Au Dieu inconnu. Pourquoi l’avaient-ils écrit ? Ils avaient beaucoup de dieux, ou plutôt de démons : car tous les dieux des nations sont des démons. (Ps. XCV, 5.) Ils en avaient d’indigènes et d’étrangers. Vous voyez quelle dérision ! Si c’est un dieu, il n’est pas étranger, car il est maître de la terre tout entière. Les uns, ils les avaient reçus de leurs pères, les autres des nations voisines, des Scythes, des Thraces, des Égyptiens. Si vous étiez instruits de la science profane, je pourrais vous raconter toutes ces histoires. Mais comme loin d’exister tous dès le principe, ces dieux n’avaient été introduits que peu à peu, ceux-ci dans l’antiquité, ceux-là tout récemment, les Athéniens se rassemblèrent et se dirent les uns aux autres : En voici que nous ignorions (42) d’abord, que nous n’avons appris que bien tard à connaître et à adorer. Mais il y en a un autre que nous ignorons, qui est vraiment Dieu, mais que nous ne connaissons pas ; cette ignorance est cause que nous le négligeons et que nous ne l’adorons pas. Que faire pour lui rendre nos devoirs ? Alors ils lui élevèrent un autel et v placèrent pour inscription : Au Dieu inconnu, afin que, s’il y a un Dieu, dirent-ils, que nous ne connaissions pas encore, nous le servions cependant. Voyez quel excès de superstition ! Aussi saint Paul leur dit dès l’abord : Athéniens, je vous vois, en toutes choses, religieux, mais jusqu’à l’excès. (Act. XVII, 22.) Vous honorez non-seulement les dieux que vous connaissez, mais même ceux que vous ne connaissez pas encore. Voilà pour quelle raison ils avaient écrit au Dieu inconnu, et saint Paul l’interprète autrement. Ils l’avaient écrit des autres faux dieux, saint Paul l’interprète du Christ, s’emparant de leur pensée et la tournant contre eux : Celui que vous adorez sans le connaître, Je vous l’annonce (Act. XVII, 28), dit-il, car ce Dieu inconnu c’est autre que le Christ. Et voyez la prudence de l’Apôtre ! Il n’ignorait pas que les Athéniens l’accuseraient de leur faire entendre des dogmes étrangers, de leur apporter des nouveautés, de leur présenter un Dieu qu’ils ne connaissaient pas. Pour réfuter d’avance cette accusation de nouveauté et montrer que, loin de prêcher un Dieu étranger, il annonce Celui qu’ils ont prévenu de leurs honneurs, il poursuit et il dit : Celui que vous adorez sans le connaître, moi je vous l’annonce : vous m’avez devancé, leur dit-il ; vos adorations ont prévenu ma prédication. Ne dites donc pas que j’apporte un nouveau dieu ; j’annonce Celui que, sans le connaître, vous honoriez déjà, non d’une manière digne de lui, il est vrai, mais enfin que vous honoriez. Au Christ, ce n’est pas cet autel qu’il faut dresser, mais un autel vivant et spirituel : de celui-là cependant je puis vous conduire à celui-ci. Autrefois les Juif servaient Dieu comme vous ; riais ils ont abandonné le culte du corps pour passer à celui de l’âme, ceux du moins qui se sont convertis. Voyez-vous la sagesse de Paul, sa prudence ? Voyez-vous comment il les confond, non lias en s’appuyant sur l’Évangile, ni sur les prophètes, mais sur leur inscription ? Ainsi, mes chers frères, ne passez pas légèrement sur le titre des Livres divins. Pour peu que vous soyez attentifs et appliqués, vous trouverez hors du texte sacré bien des choses utiles. Celui qui sait amasser trouve toujours à gagner ; celui qui ne le sait pas, trouvât-il un trésor, n’aura jamais rien.

Voulez-vous un autre exemple d’une parole prononcée pour une fin, mais dont l’Évangéliste s’est servi pour une fin bien différente ? Écoutez avec attention, et vous verrez que lui aussi a réduit toute intelligence sous l’obéissance du Christ (II Cor. X, 5), et que si nous pouvons ainsi réduire en captivité ce qui est en dehors de nous, à plus forte raison pouvons-nous le faire, et plus complètement encore, pour ce qui est en nous. Caïphe était le grand prêtre de cette année-là. C’était là une coutume introduite par la corruption des Juifs ; ils déshonoraient jusqu’au sacerdoce et rendaient vénale la dignité de grand prêtre. Autrefois, il n’en était pas ainsi : la mort seule mettait un terme au souverain pontificat ; mais en ces temps plus modernes, ils étaient privés de leur charge, même pendant leur vie. Caïphe donc, grand prêtre pour cette année-là, excitait les Juifs contre le Christ et leur disait : Il faut qu’il meure, et pourtant il n’avait rien à lui reprocher ; seulement l’envie le rongeait. Voilà le caractère de cette passion, voilà comme elle récompense les bienfaits. Aussi quel prétexte pouvait-il donner à ses accusations ? Il est avantageux qu’un seul homme meure et que toute la nation ne périsse pas. (Jean, II, 50.) Et voyez comment toute la force de cette parole tourne à notre avantage ! Cette parole qui sortait de la bouche du grand prêtre était susceptible d’un sens spirituel qu’il ne comprenait pas. Il est avantageux qu’un seul homme meure, et que toute la nation ne périsse pas. Or il ne dit pas cela de lui-même, ajoute saint Jean, mais, pontife de cette année-là, il prophétisa que le Christ devait mourir, non-seulement pour les Juifs, mais pour toute la nation, c’est-à-dire pour toute la race des hommes ; c’est pour cela qu’il dit : Il est avantageux qu’un seul homme meure et que la nation ne périsse pas toute entière. Voyez-vous la puissance de Dieu, et comme il force la langue de ses ennemis à rendre témoignage à la vérité ?

. Vous ne devez donc pas négliger les titres des divines Écritures ; ce que j’ai dit suffira si vous le gravez dans vos mémoires. J’aurais voulu vous faire voir encore qui a composé ce livre, quand et pourquoi il l’a été ; mais bornons-nous à la question que nous avons traitée et remettons le reste à l’instruction prochaine, si Dieu le permet. Car je désire m’adresser maintenant aux néophytes. J’appelle néophytes, ceux qui ont été baptisés, non-seulement il y a deux, trois, dix jours, mais ceux qui l’ont été il y a un an ou plus, ce nom leur doit convenir encore s’ils montrent un grand soin de leur âme ; ils peuvent, après dix ans, s’appeler néophytes s’ils gardent la fleur de jeunesse que leur a donnée le baptême. Qu’est-ce qui fait le néophyte ? Ce n’est pas le temps, mais la pureté des mœurs. Celui qui n’y donne pas ses soins peut, au bout de deux jours, perdre son nom et sa dignité. Je vous montrerai, par un exemple, comment un néophyte perd, au bout de deux jours, la grâce et l’honneur qu’il a reçus. Je vous en donne un exemple pour que, voyant la chute d’un autre, vous vous affermissiez dans le salut. Car si la vue de ceux qui restent fermes nous est un encouragement, la vue de ceux qui tombent doit aussi nous préserver de toute chute, de tout mal. Simon le Magicien s’était converti et, après avoir reçu le baptême, il s’était attaché à Philippe dont il voyait les miracles ; mais peu de jours s’étaient écoulés qu’il retombait dans ses vices, voulant acheter à prix d’argent la grâce de Dieu. Aussi que dit saint Pierre à ce néophyte ? Je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans des liens d’iniquité ; aussi prie Dieu, et peut-être que ce péché te sera pardonné. (Act. VIII, 23.) Il n’a pas encore combattu et déjà il est tombé dans une faute impardonnable. Or de même qu’on peut au bout de deux jours tomber et perdre le nom de néophyte avec la grâce reçue, de même on peut conserver dix ans, vingt ans et jusqu’au dernier jour de la vie, ce nom et cette dignité si illustres, si vénérables ; témoin l’apôtre saint Paul dont la vieillesse surtout fut glorieuse. Car cette jeunesse, ce n’est pas la nature qui nous la donne ; mais le choix est en nos mains de vieillir ou de garder notre jeunesse. Pour le corps, quand vous emploieriez toutes les sollicitudes, que vous dépenseriez tous vos soins, que, de peur de le briser, vous resteriez toujours dans l’intérieur de vos appartements, que vous lui épargneriez et les travaux et les occupations continuelles, il subira la loi de la nature, la vieillesse l’atteindra. De l’âme, il n’en est pas ainsi ; si vous ne la brisez pas, que vous ne la plongiez pas dans les sollicitudes terrestres et les préoccupations mondaines, elle gardera intacte sa jeunesse. Voyez-vous ces astres suspendus aux cieux ? Ils brillent depuis six mille ans déjà, et aucun d’eux n’a vu diminuer son éclat. Si la nature est assez puissante pour conserver la lumière sans altération, la volonté ne pourra-t-elle pas à plus forte raison la faire subsister dans toute son intégrité et telle qu’elle a brillé dès le commencement ? Ou plutôt, non-seulement, si nous voulons, elle gardera son premier éclat, mais elle deviendra de plus en plus brillante jusqu’à rivaliser avec les rayons du soleil. Voulez-vous savoir comment on peut, après bien des années, être encore néophyte ? Écoutez saint Paul s’adressant à des chrétiens, baptisés depuis longtemps : Vous brillez comme des astres dans le monde, gardant la parole de vie pour ma gloire. (Philip. II, 15, 16.) Vous avez dépouillé le vêtement antique et lacéré, vous avez été parfumés d’un parfum spirituel, tous, vous êtes devenus libres ; que personne ne retombe dans la servitude d’autrefois : c’est pour l’éviter qu’il faut la guerre et le combat.

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