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Les luttes sociales, les grands soulèvements populaires, les rébellions provinciales, les séditions urbaines, corporatives ou locales, les mutineries militaires, toutes les commotions qui précèdent, accompagnent ou constituent les guerres civiles, les seules guerres véritablement admissibles rationnelles ou utiles, ne sont pas des accès de la nervosité moderne, des éruptions de fièvres nouvelles : ces manifestations de l’esprit de révolte se sont produites de tout temps ; elles éclateront encore à des époques indéterminées, pendant une suite d’années impossibles à fixer, sur des points différents ; elles remontent aux origines des groupements humains. Les poètes, les historiens, les philosophes, les annalistes, s’inspirant des traditions du Pentateuque, ont dénoncé, dans l’un des deux premiers nés de l’ancêtre fabuleux, Adam, le premier insurgé. Ce Caïn, maudit, d’après la Genèse, dès les premiers pas de la race humaine sur la terre neuve et molle, à peine dégagée du moule informe du chaos primitif, demeure voué à l’exécration des générations, comme l’auteur de la révolte initiale. Il est le disciple du Satan des légendes, et continue, parmi les hommes, l’insurrection commencée chez les anges. Sa mère, Ève, désignée comme la première révoltée du mariage, semble ainsi avoir porté dans ses flancs les germes de toutes les rébellions futures.
L’esprit de résistance à l’autorité jugée injuste ou , le sentiment d’antagonisme en face d’un égal trop favorisé, ont été blâmés ainsi, dès leur manifestation originelle, par la plupart de ceux qui enseignent les peuples. Et depuis, qu’il s’agisse d’une insurrection dans la famille, pour l’indépendance personnelle, pour l’héritage, pour le mariage, ou de batailles autour des palais, ou sous les remparts des cités, pour la conquête du pouvoir, pour l’affranchissement d’une servitude, pour un nominal changement de domination, les Révoltes n’ont jamais trouvé grande sympathie parmi ceux qui en transmettent le récit. Il n’est pas un de ceux qui ont écrit sur la Révolution française, par exemple, fussent-ils disposés à être indulgents, adulateurs même, qui n’ait cru devoir désapprouver « les excès » de cette période lumultueuse de notre histoire. Parmi ces excès, hypocritement déplorés ou sévèrement flétris, sont classés des mouvements comme les exécutions de Septembre, violents, sans doute, mais, en soi, logiques, provenant du rapport des choses, déterminés par des forces et des fatalités, méritant d’être observés et relatés avec soin, sans colère, sans parti pris, comme le marin, le météorologiste consignent sur leurs livres de bord ou d’observatoire la formation d’une tempête, la marche d’un cyclone. Les phénomènes révolutionnaires doivent être constatés et expliqués avec la même impartialité qu’une secousse sismique, que l’éruption d’un volcan. Il faut être un dément, comme Xercès, pour s’indigner contre la mer en fureur, et lui donner le fouet, ainsi qu’à un enfant désobéissant. L’historien qui s’emporte contre les révolutions ne saurait se moquer de la sottise du despote asiatique.
C’est qu’avec nos préjugés, aussi absurdes que les idées des sauvages sur les éclipses, la rébellion, cet obscurcissement de l’Autorité, nous apparaît comme une manifestation consciente de cet Esprit du mal, opposé, dans les traditions religieuses, à l’Esprit du bien, sous ses diverses dénominations : Dieu, Providence, État, Ordre Social, Morale, Loi, Salut Public, Majorité, etc., etc. Le rebelle, c’est toujours, selon les mythologies, une incarnation de l’Arihman du Mazdéisme, du Caïn biblique, du Satan judæo-chrétien, du Diable cornu, à l’appendice caudal déconcertant et à la fourche grotesque, dont on fait peur aux enfants, et aussi à un certain nombre de grandes personnes.
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The end
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