Read here

Dictionnaire historique de Feller

François-Xavier de Feller · 1797 · Free in the US

16,584 words · about 1 h 10 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1797 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Dictionnaire_historique_de_Feller&action=history). · Wikisource contributors

Text from Wikisource and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
François-Xavier de Feller
Language
French
Published
1797
Length
16,584 words · about 1 h 10 min
Sections
35 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (35)
  1. Front matter under 1 min
  2. 2e éd., 1789 about 1 min
  3. Aristote about 3 min
  4. Aristote (aristotile) under 1 min
  5. Aristote (autres) under 1 min
  6. Zoroastre about 2 min
  7. Nlle éd., 1818 under 1 min
  8. Aristote about 7 min
  9. Elien (claudius aelianus) about 2 min
  10. Sannazare (jacques) about 2 min
  11. Zoroastre about 2 min
  12. Nlle éd., 1847 under 1 min
  13. ARISTOTE about 7 min
  14. Zoroastre about 2 min
  15. Nlle éd., Pérennès, 1848 under 1 min
  16. Ariston (de l’île de Chio) about 1 min
  17. Ariston (fils d’Agasiclès) under 1 min
  18. Ariston (Titus) under 1 min
  19. Aristonicus under 1 min
  20. Aristophane about 2 min
  21. Aristophane (de Byzance) under 1 min
  22. Eschine (philosophe grec) under 1 min
  23. Eschius (Nicolas) about 1 min
  24. Eschyle about 2 min
  25. Escobar (Antoine) about 1 min
  26. Escobar (Barthélemi) under 1 min
  27. Escobar (Marine d’) under 1 min
  28. Notice sur l'abbé de Feller about 16 min
  29. Préface about 4 min
  30. Sonthonax (Léger-Félicité) about 2 min
  31. Sophocle about 3 min
  32. Sophonie under 1 min
  33. Sophonisbe (A.) about 1 min
  34. Zoroastre about 2 min
  35. Zoroastre about 2 min

Continue:

Front matter

1781 , édition Nouvelle édition revue et corrigée, premère de Feller, Augsbourg, Matthieu Rieger, 6 volumes.

1789 2 édition – Liège, Rieger

1797 2 édition – Liège, Lemarié

2e éd., 1789

AVIS SUR LA SECONDE EDITION

On ne répétera pas ici les diverses réponses faites tant aux chaudonistes qu’aux autres détracteurs de cet ouvrage ; on les trouve à la fin du 5e. et du 6e tome de la première édition, et dans le Journal historique et littéraire, 15 sept. 1783, p. 108. — 1 octob. 1783, p. 187. — 15 février 1784, p. 263. — 1er avril 1784, p. 499. — 15 avril 1784, p. 636. — 1er août 1784, p. 495. Depuis cette époque, un travail assidu et les renseignemens que des savans de tous les pays ont bien voulu me communiquer, ont mis cette seconde édition dans un état, qui ne donnera plus lieu à des plaintes de la nature de celles que j’ai essuyées. On trouvera l’ouvrage plus différent de celui de la société de gens-de-lettres, sur-tout pour la manière de présenter et de juger les choses, que celui-ci ne l’est de Moreri, de Ladvocat, de Barral et d’autres biographes, dont les rédacteurs ont suivi les pas.

Aristote

ARISTOTE, surnommé le Prince des Philosophes, naquit à Stagyre, ville de Macédoine, l’an 384 avant J.-C. Son père Nicomachus était médecin, et descendait, dit-on, d’Esculape. Aristote l’ayant perdu fort jeune, dissipa son bien, se livra à la dibauche, prit le parti des armes et les quitta

Tome 1

Y

ARI

imputa, la manière dont il abandonna Hermias dans ses disgrâces, ses jalousies contre Speusippe, ses animosités contre Xénocrate, les troubles qu’il fomenta dans la cour de Philippe et d’Alexandre-le-Grand ; enfin sa perfidie envers ce même Alexandre, son bienfaiteur, découvre assez quel était le fond de son cœur. Xiphilin nous apprend que l’empereur Caracalla fit brûler tous les livres de ce chef des Péripatéticiens, en haine du conseil détestable qu’il avait donné à Antipater, d’empoisonner Alexandre. Il prétendait que Dieu était sujet aux lois de la nature, sans prévoyance, sourd et aveugle pour tout ce qui regarde les hommes ; croyait le monde éternel, et, selon l’opinion commune de ses commentateurs, l’âme mortelle. Il tourna en ridicule ceux qui voulurent ramener les hommes à la croyante d’un seul Dieu, disant que cette manière de penser était, il est vrai, d’un sage et d’un homme de bien, mais qu’elle manquait de prudence, puisqu’en agissant ainsi, ils nuisaient à leurs propres intérêts, et s’exposaient au ressentiment des polythéistes. Belle morale, et digne d’un chef des philosophes. (Voyez PLATON, STILPON). Si nous en croyons Diogène Laërte, sa mort fut semblable à sa vie ; il s’empoisonna, pour se soustraire à la colère de Médon. Mais S. Grégoire de Nazianze, S. Justin et d’autres écrivains, disent qu’il se précipita dans l’Euripe. Il laissa, de Pythaïs, une fille, qui fut mariée à un petit-fils de Demaratus, roi de Lacédémone. Il avoit eu d’une autre concubine un fils, nommé Nicomachus, comme son aïeul, c’est à lui qu’il adressa ses livres de Morale. Le sort d’Aristote, après sa mort, n’a pas été moins singulier que durant sa vie. Il a été long-tems le seul oracle des écoles ; et on l’a trop dédaigné ensuite. Le nombre de ses commentateurs, anciens et modernes, prouve le succès de ses ouvrages. Quant aux variations que sa mémoire a éprouvées, elles lui sont communes avec tous les fondateurs des sectes philosophiques, et tiennent autant aux caprices de la postérité qu’à la nature des systèmes enseignés. Diogène Laërte rapporte quelques-unes de ses sentences qui n’ont rien de bien extraordinaire, et dont quelques unes sont outrées ou fausses, d’autres trop recherchées. « Les sciences ont des racines amères, mais les fruits en sont doux… L’amitié est comme l’âme de deux corps : Il y a la même différence entre un savant et un ignorant, qu’entre un homme vivant et un cadavre… L’amitié est comme l’ame de deux corps… Il n’y a rien qui vieillisse sitôt qu’un bienfait… L’espérance est le songe d’un homme éveillé…Soyons amis de Socrate et de Platon, et encore plus de la vérité… Les lettres servent d’ornement dans la prospérité, et de consolation dans l’adversité. » Aristote confia, en mourant, ses écrits à Théophraste, son disciple et, son successeur dans le Lycée ; mais ils ne sont pas parvenus en entier et sans altération jusqu’à nous. (Voy. APELLICON.) Les plus estimés sont sa Dialectique, sa Morale ; son Histoire des animaux ; sa Poétique et sa Rhétorique. Le précepteur d’Alexandre montra, dans ce dernier ouvrage, que la philosophie est le guide de tous les arts. Il creusa avec sagacité les sources du bel art de persuader, il fit voir que la dialectique en est le fondement, et qu’être éloquent, c’est savoir prouver. Tout ce qu’il dit sur les trois genres, le délibératif, le démonstratif et le judiciaire ; sur les passions et les mœurs ; sur l’élocution, sans laquelle tout languit ; sur l’usage et le choix des métaphores, mérite d’être étudié. Aristote fit cet ouvrage suivant les principes de Platon, sans s’attacher servilement à la manière de son maitre. Celui-ci avait suivi la méthode des orateurs : son disciple crut devoir préférer celle des géomètres. Sa Poétique est un traité digne du précédent ; l’un et l’autre furent composés pour Alexandre. Quant à la philosophie, il mêle à des vues justes et profondes, des erreurs grossières et des obscurités qui ont donné bien de l’exercice a ses commentateurs. Un de ses principes favoris est que, l’âme, acquiert ses idées par les sens ; principe combattu par de célèbres métaphysiciens, et qui, dans le sentiment même, d’Aristote, doit s’entendre occasionellement, comme s’exprimoient les Arabes, c’est-à-dire, que les sens sont l’occasion des idées, que l’âme se forme elle-même des choses matérielles. « Mais, il

ARI

Aristote (aristotile)

ARISTOTE, est le même que Alberti - Aristotile. Voyez ce mot.

Aristote (autres)

ARISTOTE de Chalcide, a écrit une Histoire d’Eubée, citée par Hypocration & par le Scholiaste Apollonius. -— Diogene Laërce parle de plusieurs autres Aristote, dont l’un gouverna la république d’Athènes, & publia des Harangues fort élégantes ; l’autre écrivit sur l'Iliade d’Homère ; un troisieme, natif de Cyrene, fit un Traité de l’art poétique, &c.

Zoroastre

ZOROASTRE, philosophe de l’antiquité, que les uns font plus ancien qu’Abraham, & que d’autres reculent jusqu’à Darius, qui succéda à Cambyse. Huet prétend qu’il n’est point différent de Moïse ; Grégoire de Tours croit qu’il est le même que Cham, & observe que Zoroastre signifie Etoile vivante ; l’abbé Banier conjecture que c’est Mefraïm ; & Justin dans son Abrégé de Trogue Pompée, le fait roi des Bactriens ; enfin d’autres le disent disciple d’Elie ou d’Elisée. Les sectateurs de Zoroastre subsistent encore en Asie, & principalement dans la Perse & dans les Indes. Ils ont pour cet ancien philosophe la plus profonde vénération, & le regardent comme le grand prophete que Dieu leur avoit envoyé pour leur communiquer sa loi. Ils lui attribuent même un livre qui renferme sa doctrine. Cet ouvrage, apporté en France par M. Anquetil, a traduit par le même dans le recueil qu’il a publié en 1770, sous le nom de Zend-Avesta, 3 vol. . L’original a été déposé à la bibliothèque royale. Si on en croit M. Meiners dans un Mémoire lu à l’académie de Goettingue le 18 septembre 1779, cet original, rédigé à l’instance de M. Anquetil par deux prétres Persans, ne mérite aucune confiance (voyez le Journ. hist. & litt., i juillet 1780, p. 371) ; mais quel qu’il soit, il ne contient rien de favorable à sa prétendue antiquité, & renferme des caracteres manifestes d’indien nouveau, de judaïsme & de christianisme. S’il est effectivement de Zoroastre, comme M. Anquetil prétend, il y a bien à rabattre de l’idée qu’on veut nous donner de ce philosophe. Voltaire, quoique grand admirateur de ces vieilles marottes qu’on appelle à l’aide de celles de ce siecle, avoue que c’est un fatras abominable dont on ne peut lire deux pages sans avoir pitié de la nature humaine. L’auteur, ajoute-t-il, est un fou dangereux, Nostradamus, & le médecin des urines, sont des gens raisonnables en comparaison de cet énergumene. Le nom de Gaure ou de Guebre que portent les soi-disant disciples de Zoroastre, est odieux

en Perse ; il signifie en arabe Infidele, & on le donne à ceux de cette secte comme un nom de nation. Ils ont à Ispahan un fauxbourg appelle Gaurabard, ou la Ville des Gaures, & ils y sont employés aux plus basses & aux plus viles occupations. Les Gaures sont ignorans, pauvres, simples, patiens, superstitieux, d’une morale rigide, d’un procédé franc & sincere, & très-zélés pour leurs rits. Ils croient la résurrection des morts, le jugement dernier & n’adorent qu’un seul Dieu. Ce qui pourroit faire croire que ce ne sont que des Juifs ou des Chrétiens dégénérés, dont la croyance est altérée par le mélange des opinions & les rits des anciens Perses. Quoiqu’ils pratiquent leur culte en présence du feu, en se tournant vers le soleil, ils protestent n’adorer ni l’un ni l’autre. Le feu & le soleil étant les symboles les plus frappans de la Divinité, ils lui rendent hommage en se tournant vers eux. On a sous le nom de Zoroastre des Oracles magiques ; Louis Tiletanus les publia à Paris en 1563, avec les Commentaires de Piéthon Gemistus. Ils ont été imprimés plusieurs fois depuis.

Nlle éd., 1818

NOTE DES ÉDITEURS.

Il est nécessaire, pour l'intelligence de divers passages de la Chronologie, de se reporter à l'époque où l'abbé FELLER écrivait, le texte de l'auteur ayant été scrupuleusement respecté, ainsi que nous l'avons annoncé dans notre Prospectus.

Aristote

ARISTOTE, surnommé le Prince des Philosophes, naquit à Stagyre, ville de Macédoine, l’an 384 avant J.-C. Son père Nicomachus était médecin, et descendait, dit-on, d’Esculape. Aristote l’ayant perdu fort jeune, dissipa son bien, se livra à la débauche, prit le parti des armes et les quitta ensuite pour la philosophie. L’oracle de Delphes lui ordonna, à Athènes ; il s’y rendit, entra dans l’école de Platon, et en fut, l’âme et la gloire. On dit qu’il fut obligé, pour vivre, d’exercer la pharmacie. Continuellement livré au travail, il mangeait peu, et dormait encore moins. Diogène Laërce rapporte que, pour ne pas succomber à l’accablement. du sommeil, il étendait hors du lit une main, dans laquelle il tenait une boule d’airain, afin que le bruit qu’elle ferait en tombant dans un bassin le réveillât : mauvaise pratique, car l’homme qui ne dort pas, n’a pas l’esprit assez calme pour agir et écrire avec sagesse ; mais on ne risquera rien de croire que c’est un conte, semblable à d’autres anecdotes de ce genre, qu’on s’est plu à répandre sur le compte des hommes célèbres, comme si le ridicule et l’absurdité pouvaient être pour quelque chose dans les titres à la gloire. Du reste, il faut avouer que celle des philosophes s’est nourrie quelquefois de ces ignobles ressources. Après la mort de Platon, Aristote se retira à Atarne, petite ville de la Mysie, auprès de son ami Hermias, usurpateur de ce pays. Ce prince ayant été mis à mort par ordre du roi de Perse, Aristote épousa sa sœur qui était restée sans biens. Quand Alexandre-le-Grand eut atteint environ 14 ans, Philippe son père, appela Aristote pour le lui confier. La lettre qu’il lui écrivit à l’occasion de sa naissance, fait honneur au prince et au philosophe : « Je vous apprends, lui disait-il, » que j’ai un fils. Je remercie les » dieux, non pas tant de me l’avoir » donné, que de me l’avoir donné » du temps d’Aristote ; J’espère que » vous en ferez un successeur digne » de moi, et un roi digne de la Ma— » cédoine. » Les espérances de Philippe ne furent pas trompées. Le maître apprit à son disciple les sciences qu’il possédait, et cette sorte de philosophie qu’il ne communiquait

à personne, comme dit Plutarque ; ce qui ne donne pas de cette philosophie une bien bonne idée, car le vrai sage ne songe qu’à répandre ses lumières : on est allé jusqu’à croire. que cette philosophie était celle de Machiavel. L’usage qu’en a fait Alexandre confirme cette idée. Philippe lui érigea des statues, et fit rebâtir Sa Ville natale ruinée par les guerres. Lorsque son élève se disposa à ses conquêtes, Aristote, qui préférait le repos au tumulte des armes, retourna à Athènes. Il y fut reçu. avec les honneurs dus au précepteur d’Alexandre, et au premier philosophe de son temps. Les Athéniens, auxquels Philippe avait accordé beaucoup de grâces à sa considération, lui donnèrent le Lycée pour y ouvrir son école. Il donnait ordinairement ses leçons en se promenant, ce qui fit appeler sa secte, la secte des Péripatéticiens. Le succès de la philosophie d’Aristote ne fut pas ignoré d’Alexandre. Ce prince lui écrivit de s’appliquer à l’histoire des animaux, lui envoya 800 talens pour la dépense que cette étude exigeait, et lui donna un grand nombre de chasseurs et de pêcheurs, pour faire des recherches. Aristote, au comble de sa gloire, ne fut pas au-dessus des passions et des folies qui en sont l’effet naturel. Son amour pour la courtisane Pythaïs devint une espèce de fureur, qui le porta à l’ériger en divinité, et à lui rendre après sa mort le même culte que les Athéniens rendaient à Cérès. Eurymédon, prêtre de cette déesse, l’accusa de ne pas y croire : Aristote se retira à Chalcis, dans l’île d’Eubée (aujourd’hui Négrepont), pour empêcher qu’on ne commît une injustice contre la philosophie ; mais il aurait eu plus de bonne philosophie à ne pas diviniser

la créature féminine qui lui tenait si fort à cœur. C’est sans fondement que quelques critiques modernes ont nié cette anecdote, comme si la vérité de l’histoire devait être sacrifiée à la gloire des hommes célèbres. Aristote mourut à 63 ans, l’an 322 avant J.-C., deux années après la mort d’Alexandre.. Les Stagyrites lui dressèrent des autels, et lui consacrèrent un jour de fête. Il ne paraît cependant pas trop qu’il dût exciter tant d’admiration par ses vertus, ni par sa doctrine religieuse et morale. Sans parler des crimes dont Diogène Laërte et Athénée le disent coupable avec Hermias, de sa conduite insensée et impie envers Pythaïs ; on connaît les efforts qu’il fit pour décrier tous ceux qui avaient acquis quelque réputation, les médisances et les injures avec lesquelles il les opprima, les faussetés manifestes qu’il leur imputa, la manière dont il abandonna Hermias dans ses disgrâces, ses jalousies contre Speusippe, ses animosités contre Xénocrate, les troubles qu’il fomenta dans la cour de Philippe et d’Alexandre-le-Grand ; enfin sa perfidie envers ce même Alexandre, son bienfaiteur découvre assez quel était le fond de son cœur. Xiphilin nous apprend que l’empereur Caracalla fit brûler tous les livres de ce chef des Péripatéticiens, en haine du conseil détestable qu’il avait donné à Antipater, d’empoisonner Alexandre. Il prétendait que Dieu était sujet aux lois de la nature, sans prévoyance, sourd et aveugle pour tout ce qui regarde les hommes ; croyait le monde éternel, et, selon l’opinion commune de ses commentateurs, l’âme mortelle. Il tourna en ridicule ceux qui voulurent ramener les hommes à la croyante d’un seul Dieu, disant que cette

manière de penser était, il est vrai, d’un sage et d’un homme de bien, mais qu’elle manquait de prudence, puisqu’en agissant ainsi, ils nuisaient à leurs propres intérêts, et s’exposaient au ressentiment des polythéistes : belle morale, et digne d’un chef des philosophes. (Voyez Platon, Stilpon.) Si nous en croyons Diogène Laërce, sa mort fut semblable à sa vie ; il s’empoisonna, pour se soustraire à la colère de Médon. Mais saint Grégoire de Nazianze, saint Justin et d’autres écrivains, disent qu’il se précipita dans l’Euripe. Il laissa, de Pythaïs, une fille, qui fut mariée à un petit-fils de Demaratus, roi de Lacédémone. Il avait eu d’une autre concubine un fils, nommé Nicomachus, comme son aïeul, c’est à lui qu’il adressa ses livres de Morale. Le sort d’Aristote, après sa mort, n’a pas été moins singulier que durant sa vie. Il a été longtemps le seul oracle des écoles ; et on l’a trop dédaigné ensuite. Le nombre de ses commentateurs, anciens et modernes, prouve le succès de ses ouvrages. Quant aux variations que sa mémoire a éprouvées, elles lui sont communes avec tous les fondateurs des sectes philosophiques, et tiennent autant aux caprices de la postérité qu’à la nature des systèmes enseignés. Diogène Laërte rapporte quelques-unes de ses sentences qui n’ont rien de bien extraordinaire, et dont quelques unes sont outrées ou fausses, d’autres trop recherchées. « Les sciences ont des racines amères, mais les fruits en sont doux… L’amitié est comme » l’âme de deux corps : Il y a la même différence entre un savant et un ignorant, qu’entre un homme vivant et un cadavre… Il n’y a rien qui vieil— » lisse sitôt qu’un bienfait… L’espérance est le songe d’un homme

éveillé… Soyons amis de Socrate et de Platon, et encore plus de la vérité… Les lettres servent d’ornement dans la prospérité, et de consolation dans l’adversité. » Aristote confia, en mourant, ses écrits à Théophraste, son disciple et, son successeur dans le Lycée ; mais ils ne sont pas parvenus en entier et sans altération jusqu’à nous. (Voy. Apellicon.) Les plus estimés sont sa Dialectique, sa Morale ; son Histoire des animaux ; sa Poétique et sa Rhétorique. Le précepteur d’Alexandre montra, dans ce dernier ouvrage, que la philosophie est le guide de tous les arts. Il creusa avec sagacité les sources du bel art de persuader, il fit voir que la dialectique en est le fondement, et qu’être éloquent, c’est savoir prouver. Tout ce qu’il dit sur les trois genres, le délibératif, le démonstratif et le judiciaire ; sur les passions et les mœurs ; sur l’élocution, sans laquelle tout languit ; sur l’usage et le choix des métaphores, mérite d’être étudié. Aristote fit cet ouvrage suivant les principes de Platon, sans s’attacher servilement à la manière de son maître. Celui-ci avait suivi la méthode des orateurs : son disciple crut devoir préférer celle des géomètres. Sa Poétique est un traité digne du précédent ; l’un et l’autre furent composés pour Alexandre. Quant à la philosophie, il mêle à des vues justes et profondes, des erreurs grossières et des obscurités qui ont donné bien de l’exercice a ses commentateurs. Un de ses principes favoris est que, l’âme, acquiert ses idées par les sens ; principe combattu par de célèbres métaphysiciens, et qui, dans le Sentiment même, d’Aristote, doit s’entendre occasionellement, comme s’exprimaient les Arabes, c’est-à-dire, que les sens

sont l’occasion des idées, que l’âme se forme elle-même des choses matérielles. « Mais, il y a, dit un philosophe, bien des idées dont les sens ne sauraient même être l’occasion. Il n’y a rien que, nous concevions plus distinctement que notre pensée même ; ni, de proposition qui puisse nous être plus claire que celle-ci : Je pense, donc je suis. Qu’on nous dise, si l’on peut, par » quel sens sont entrées dans notre esprit les idées de l’être et de la pensée. » Sa Rhétorique, a été traduite en français par Cassandre, et sa Poétique par Dacier et Le Batteux. (V. ces articles.) La meilleure édition des ouvrages d’Aristote est celle de Paris, au Louvre, 1619, donnée, par Duval, en 2 vol. in-fol., grecs et latins. On peut consulter un ouvrage de Jean de Launoi : De varia Aristotelis fortunâ, celui de Patricius, Peripateticae discussiones, et un traité du P. Rapin, Comparaison de Platon et d’Aristote.

Elien (claudius aelianus)

ELIEN (Claudius Ælianus), rhéteur et philosophe, vit le jour à Preneste, aujourd'hui Palestrine. Quoique né en Italie, et n'en étant presque jamais sorti, il fit de si grands progrès dans la langue grecque, qu'il ne cédait pas aux écrivains athéniens pour la pureté du langage. Il enseigna d'abord la rhétorique à Rome ; mais dégoûté bientôt de cette profession, il se mit à composer plusieurs ouvrages. Ceux que nous avons de lui sont : 1° 14 livres intitulés, Historiæ variæ, qui ne sont pas venues entières jus-

qu'à notre siècle. La meilleure édition est celle qu'Abraham Gronovius publia à Leyde en 1731, 2 vol. in-4, avec de savans Commentaires. La variété de ces histoires est effectivement fort grande. On y apprend des choses tout-à-fait incroyables, quelquefois plaisantes par l'excès d'absurdité. Comme lorsqu'on voit les cochons devenir les fondateurs de l'agriculture; car ce sont eux, suivant Elien, qui nous ont appris le labourage. « Moïse, dit un auteur qui a

» sagement raisonné là-dessus, nous » en découvre une plus noble ori- » ine, lorsqu'il nous dit (Gen. III, » p. 23) que Dieu lui-même en im- » posa la loi. Il faut convenir, ajoute » t-il, que les philosophes de tous les » temps nous ont appris effective » ment d'étranges choses : mais ce » qui est particulièrement remarqua » ble, c'est la prédilection qu'ils ont » toujours eue pour les cochons. Tan- » dis qu'Elien nous les donne pour » les fondateurs de l'agriculture, Pyr- » rhon en fait le modèle des sages » (voyez son article). Que dire de la » plus nombreuse et de la plus fa- » meuse secte philosophique, dont » les membres s'efforçaient avec tant » d'ardeur et de succès d'être Epi- » curi de grege porcus. »

2° Une Histoire des animaux, en 17 liv., Londres, 1714, 2 vol. in-4. L'auteur mêle à quelques observations curieuses et vraies, plusieurs autres triviales ou fausses. Il est aussi menteur que Pline; mais Pline avait une imagination qui embellissait les fables, et les lui fait pardonner. Ces deux ouvrages sont certainement d'Elien. On y voit le même génie dans l'un et dans l'autre, et la même variété de lecture. Elien, selon l'usage des philosophes, débitait de très-belles maximes; il peignait la cour des princes comme le séjour de la corruption et l'écueil de la sagesse; mais peut-être eut-il, comme tant d'autres, changé d'opinion, si on l'y avait invité et accueilli. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'était pas indifférent sur ce qui s'y passait. Il publia un livre contre Héliogabale, dans lequel il se déchaînait vivement contre la conduite insensée de ce prince, sans le nommer. Elien florissait vers l'an 222 de J.-C. Il était, selon Suidas, grand-prêtre d'une divinité dont nous ignorons le nom. Il mourut âgé de 60 ans, sans avoir été marié. On a publié à Paris, en 1772, in-8, une bonne Traduction française de ses Histoires diverses, avec des notes utiles, par M. Dacier. On lui a attribué un Traité sur la Tactique des Grecs, publié à Amsterdam, 1750, in-8; mais cet ouvrage, qui est effectivement ancien, paraît appartenir à un autre Elien.

Sannazare (jacques)

SANNAZAR (Jacques), Actius Sincerus Sannazarus ; poëte latin et italien, né à Naples. en 1458, tirait son origine de Saint-Nazaire, dans le territoire de Lamosso, entre le Pô et le Tésin. Les grâces de son esprit et de son caractère plurent à Frédéric, roi de Naples, qui lui donna plusieurs marques de son estime. Ce prince, désespérant de remonter sur le trône, passa en France, où Sannazar l’accompagna et demeura avec lui jusqu’à sa mort, arrivée en 1504. De retour en Italie, il partagea son temps entre la volupté et la poésie. Son caractère le portait tellement à la galanterie, que, même dans sa vieillesse, il se produisait sous les habits et avec les airs et le ton d’un jeune courtisan. Il conçut tant de chagrin de ce que Philibert de Nassau, prince d’Orange, général de l’armée de l’empereur, avait ruiné sa maison de campagne, qu’il en contracta une maladie dont il mourut en 1530, à 72 ans. Il fut enterré dans la chapelle d’une de ses campagnes ; il avait fait placer son tombeau derrière l’autel, quoique orné des statues d’Apollon et de Minerve. Pour remédier à cette profanation, on a mis au-dessus de la statue d’Apollon le nom de David, et au-dessus de celle de Minerve, celui de Judith. On a de lui des Poésies latines et italiennes. Les latines ont été imprimées par les Aldes à Venise en 1535, in-8. On trouve dans ce recueil. : 1° trois livres d’Elégies ; 2° une Lamentation sur la mort de J.-C. ; 3° des Eglogues, Amsterdam, 1728, in-8 ; 4° un Poëme : De Partu Virginis, traduit par Colletet, 1634, in-12, sous ce titre : Couches sacrées de la sainte Vierge, etc. C’est sur ce dernier ouvrage qu’est fondée sa réputation d’excellent poëte latin ; mais on le blâme d’avoir profané la sainteté de son sujet, par le mélange monstrueux des extravagances du paganisme, avec les mystères augustes de notre religion. Tout y est rempli de Driades et de Néréides. Il met entre les mains de la sainte Vierge, non les Psaumes, mais les vers des Sibylles. Ce n’est pas David ni Isaïe c’est le Protée de la fable qui prédit le mystère de l’Incarnation. Le nom de Jésus-Christ ne s’y trouve pas une seule fois, et la vierge Marie y est appelée l’Espoir des Dieux. Voilà le défaut capital de ce Poëme, qui est admirable d’ailleurs par l’élégance et la pureté du style, par l’harmonie des vers, par une multitude d’images brillantes et de belles pensées : et c’est sous ces rapports, qu’il lui mérita les éloges des savans, et même des brefs honorables de la part de et de Clément VII.. Parmi ses pièces italiennes, laplus célèbre est son Arcadie, traduite en français par Pecquet, 1737, in-12. Les vers et la prose de cet ouvrage charment par la délicatesse et par la naïveté des images et des expressions. Il. fut imprimé à Naples, in-4, en 1502, et réimprimé avec ses autres Poésies italiennes à Padoue en 1723, et à Naples in-4, 1720, in-12. Le Duchat dit que Sannazar était Éthiopien de naissance ; mais c’est une idée romanesque, comme la plupart de celles de cet écrivain, suffisamment réfutée par la couleur de Sannazar qu’on n’a jamais dit être celle d’un nègre.

Zoroastre

ZOROASTRE, philosophe de l’antiquité, que les uns font plus ancien qu’Abraham, et que d’autres reculent jusqu’à Darius, qui succéda à Cambyse. Huet prétend qu’il n’est point différent de Moïse Grégoire de Tours croit qu’il est le même que Cham, et observe que Zoroastre signifie Etoile vivante ; l’abbé Banier conjecture que c’est MesraYm ; et Justin, dans son Abrégé de Trogue Pompée le fait roi des Bactriens enfin d’autres le disent disciple d’Elie ou d’Elisée. Les sectateurs de Zoroastre subsistent encore en Asie, et principalement dans la Perse et dans les Indes. Ils ont pour cet ancien philosophe la plus profonde vénération, et le regardent comme le grand prophète que Dieu leur avait envoyé pour leur communiquer sa loi. Ils lui attribuent même un livre qui renferme sa doctrine. Cet ouvrage, apporté en France par M. Anquetil, a été traduit par le même dans le recueil qu’il a publié en, 1770, sous le nom de Zend-Avesta, 3 vol. in-4. L’original a été déposé à la bibliothèque royale. Si on en croit M. Meiners dans un Mémoire lu à t’académie de Goettingue le 18 septembre 1779, cet original, rédigé à l’instance de M. Anquetil par deux prêtres Persans, ne mérite aucune confiance (voyez le Journ. hist. et litt., i juillet 1780, p. 371) ; mais quel qu’il soit, il ne contient rien de favorable à sa prétendue antiquité, & renferme des caractères manifestes d’indien nouveau, de judaïsme & de christianisme. S’il est effectivement de Zoroastre, comme M. Anquetil prétend, il y a bien à rabattre de l’idée qu’on veut nous donner de ce philosophe. Voltaire, quoique grand admirateur de ces vieilles marottes qu’on appelle à l’aide de celles de ce siècle, avoue que c’est un fatras abominable dont on ne peut lire deux pages sans avoir pitié de la nature humaine. L’auteur, ajoute-t-il, est un fou dangereux, Nostradamus, & le médecin des urines, sont des gens raisonnables en comparaison de cet énergumène. Le nom de Gaure ou de Guebre que portent les soi-disant disciples de Zoroastre, est odieux en Perse ; en Perse ; il signifie en arabe Infidele, et on le donne à ceux de cette secte comme un nom de nation. Ils ont à Ispahan un faubourg appelle Gaurabard, ou la Ville des Gaures, et ils y sont employés aux plus basses & aux plus viles occupations. Les Gaures sont ignorans, pauvres, simples, patiens, superstitieux, d’une morale rigide, d’un procédé franc & sincère, et très-zélés pour leurs rits. Ils croient la résurrection des morts, le jugement dernier et n’adorent qu’un seul Dieu. Ce qui pourrait faire croire que ce ne sont que des Juifs ou des Chrétiens dégénérés, dont la croyance est altérée par le mélange des opinions & les rits des anciens Perses. Quoiqu’ils pratiquent leur culte en présence du feu, en se tournant vers le soleil, ils protestent n’adorer ni l’un ni l’autre. Le feu

et le soleil étant les symboles les plus frappans de la Divinité, ils lui rendent hommage en se tournant vers eux. On a sous le nom de Zoroastre des Oracles magiques ; Louis Tiletanus les publia à Paris en 1563, avec les Commentaires de Piéthon Gemistus. Ils ont été imprimés plusieurs fois depuis.

Nlle éd., 1847

J. LEROUX, JOUBY ET , LIBRAIRES,

Rue des Grands-Augustins, 9.

GAUME FRÈRES, LIBRAIRES,

Rue Cassette, 4.

OUTHENIN CHALANDRE, rue de Savoie, 5.

ARISTOTE

ARISTOTE, surnommé le prince des philosophes, naquit à Stagire, ville de Macédoine, l’an 584 avant J.-C. Son père Nicomachus était médecin, et descendait, dit-on, d’Esculape. Aristote l’ayant perdu fort jeune, dissipa son bien, se livra à la débauche, prit le parti des armes, et le quitta ensuite pour la philosophie. L’oracle de Delphes lui ordonna d’aller à Athènes ; il s’y rendit, entra dans l’école de Platon, et en devint l’âme et la gloire. On dit qu’il fut obligé, pour vivre, d’exercer la pharmacie. Continuellement livré au travail, il mangeait peu, et dormait encore moins. Diogène Laérce rapporte, que, pour ne pas succomber à l’accablement du sommeil, il étendait hors du lit une main, dans laquelle il tenait une boule d’airain, afin que le bruit qu’elle ferait en tombant dans un bassin, le réveillât. Après la mort de Platon, Aristote se retira à Atarne, petite ville de la Mysie, auprès de son ami Hermias, usurpateur de ce pays. Ce prince ayant été mis à mort par ordre du roi de Perse, Aristote épousa sa sœur qui était restée sans biens. Quand Alexandre le Grand eut atteint environ 14 ans, Philippe son père appela Aristote pour le lui confier. La lettre qu’il lui écrivit à l’occasion de sa naissance, fait honneur au prince et au philosophe : « Je vous apprends, lui disait-il, que j’ai un fils. » Je remercie les dieux, non pas tant de me l’avoir » donné, que de me l’avoir donné du temps d’A- » ristote. J’espère que vous en ferez un successeur » digne de moi et un roi digne de la Macédoine. » Les espérances de Philippe ne furent pas trompées. Le maître apprit à son disciple les sciences qu’il possédait, et cette sorte de philosophie qu’il ne communiquait à personne, comme dit Plutarque ; ce qui ne donne pas de cette philosophie une bien bonne idée ; ear le vrai sage ne songe qu’à répandre ses lumières : on est allé jusqu’à croire que cette philosophie était celle de Machiavel. L’usage qu’en a fait Alexandre confirme cette idée. Pilippe lui érigea des statues, et fit rétablir sa ville natale, ruinée par les guerres. Lorsque son élève se disposa à ses conquêtes, Aristote, qui préférait le repos au tumulte des armes, retourna à Athènes. Il y fut reçu avec les honneurs dus au précepteur d’Alexandre, et au premier philosophe de son temps. Les Athéniens, auxquels Philippe avait accordé beaucoup de grâces à sa considération, lui donnèrent le Lycée pour y ouvrir son école. Il donnait ordinairement ses leçons en se promenant, ce qui fit appeler sa secte, la secte des Péripatéticiens. Le succès de la philosophie d’Aristote ne fut pas ignoré d’Alexandre. Ce prince lui écrivit de s’appliquer à l’histoire des animaux, lui envoya 800 talents pour la dépense que cette étude exigeait, et lui donna un grand nombre de chasseurs et de pécheurs, pour faire des recherches. Aristote au comble de sa gloire, ne fut pas au-dessus des passions et des folies qui en sont l’effet naturel. Son amour pour la courtisane Pythaïs devint une espèce de fureur, qui le porta à l’ériger en divinité, et à lui rendre après sa mort le même culte que les Athéniens rendaient à Cérès. Eurymédon, prêtre de cette déesse, l’accusa de ne pas y croire. Aristote se retira à Chalcis, dans l’ile d’Eubée (aujourd’hui Négrepont), pour empêcher qu’on ne commit une injustice contre la philosophie ; mais il aurait eu plus de bonne philosophie à ne pas diviniser l’objet de ses folles amours. C’est sans fondement que quelques critiques modernes ont nié cette anecdote, comme si la vérité de l’histoire devait être sacrifiée à la gloire des hommes célèbres. Aristote mourut à 63 ans, l’an 322 avant J.-C, deux années après la mort d’Alexandre. Les Stagyrites lui dressèrent des autels, et lui consacrèrent un jour de fête. Il ne paraît cependant pas trop qu’il dût exciter tant d’admiration par ses vertus, ni par sa doctrine religieuse et morale. Sans parler des crimes dont Diogêne Laërce et Athénée le disent coupable avec Hermias, de sa conduite insensée et impie envers Pythaïs, on connaît les efforts qu’il fit pour décrier tous ceux qui avaient acquis quelque réputation, les médisances et les injures avec lesquelles il les opprima, les faussetés manifestes qu’il leur imputa, la manière dont il abandonna Hermias dans ses disgrâces, ses jalousies contre Speusippe, ses animosités contre Xénocratc, les troubles qu’il fomenta dans la cour de Philippe et d’Alexandre le Grand ; enfin sa perfidie envers ce même Alexandre son bienfaiteur, découvre assez quel était le fond de son cœur. Xiphilin nous apprend que l’empereur Caracalla fit brûler tous les livres de ce chef des péripatéticiens, en haine du conseil détestable qu’il avait donné à Antipater d’empoisonner Alexandre. Il prétendait que Dieu était sujet aux lois de la nature, sans prévoyance, sourd et aveugle pour tout ce qui regarde les hommes, croyait le monde éternel, et, selon l’opinion commune de ses commentateurs, l’âme mortelle. Il tourna en ridicule ceux qui voulurent ramener les hommes à la croyance d’un seul Dieu, disant que cette manière de penser était, il est vrai, d’un sage et d’un homme de bien, mais qu’elle manquait de prudence, puisqu’en agissant ainsi, ils nuisaient à leurs propres intérêts, et s’exposaient an ressentiment des polythéistes. Belle morale et digne d’un chef des philosophes ! (Voy. PLATON STILPON.) Si nous en croyons Diogène Laërce, sa mort fut semblable à sa vie : il s’empoisonna, pour se soustraire à la colère de Médon. Mais saint Grégoire, de Nazianze, saint Justin et d’autres écrivains disent qu’il se précipita dans l’Euripe. Il laissa de Pythaïs une fille qui fut mariée à un petit-fils de Démaratus, roi de Lacédémone. Il avait eu d’une autre concubine un fils, nommé Nicomachus, comme son aïeul ; c’est à lui qu’il adressa ses livres de Morale. Le sort d’Aristote, après sa mort, n’a pas été moins singulier que durant sa vie. Il a été longtemps le seul oracle des écoles, et on l’a trop dédaigné ensuite. Le nombre de ses commentateurs, anciens et modernes, prouve le succès de ses ouvrages. Quant aux variations que sa mémoire a éprouvées, elles lui sont communes avec tous les fondateurs des sectes philosophiques, et tiennent autant aux caprices de la postérité qu’à la nature des systèmes enseignés. Diogène Laërce rapporte quelques-unes de ses sentences qui n’ont rien de bien extraordinaire, et dont quelques-unes sont outrées ou fausses, d’autres trop recherchées. « Les » sciences ont des racines amères ; mais les fruits » en sont doux… Il y a la même différence entre un » savant et un ignorant qu’entre un homme vivant » et un cadavre… L’amitié est comme l’âme de » deux corps… Il n’y a rien qui vieillisse sitôt qu’un » bienfait… L’espéiance est le songe d’un homme » éveillé… Soyons amis de Socrate et de Platon, et » encore plus de la vérité… Les lettres servent d’or- » nement dans la prospérité, et de consolation dans » l’adversité. » Aristote confia en mourant ses écrits à Théophraste, son disciple et son successeur dans le Lycée ; mais ils ne sont pas parvenus en entier et sans altération jusqu’à nous. (Voy. APELLICON.) Les plus estimés sont sa Dialectique, sa Morale, son Histoire des animaux, sa Poétique et sa Rhétorique. Le précepteur d’Alexandre montra, dans ce dernier ouvrage, que la philosophie est le guide de tous les arts. Il creusa avec sagacité les sources du bel art de persuader. Il fit voir que la dialectique en est le fondement, et qu’être éloquent, c’est savoir prouver. Tout ce qu’il dit sur les trois genres, le délibératif, le démonstratif et le judiciaire ; sur les passions et les mœurs ; sur l’élocution, sans laquelle tout languit ; sur l’usage et le choix des métaphores, mérite d’être étudié. Aristot-e fit cet ouvrage suivant les principes de Platon, sans s’attacher servilement à la manière de son maître. Celui-ci avait suivi la méthode des orateurs : son disciple crut devoir |, référer celle des géomètres. Sa Poétique est un traité digne du précédent ; l’un et l’autre furent composés pour Alexandre. Quant à la philosophie, il mêle à des vues justes et profondes, des erreurs grossières et des obscurités qui ont donné bien de l’exercice à ses commentateurs. L’n de ses principes favoris est que l’âme acquiert ses idées par les sens ; principe combattu par de célèbres métaphysiciens et qui dans le sentiment même d’Aristote doit s’entendre occasionnellement, comme s’exprimaient les Arabes, c’est-à-dire, que les sens sont l’occasion des idées que l’ànie se forme elle-même des choses matérielles. « Mais il y a, dit un philosophe, bien » des idées dont les sens ne sauraient même être » l’occasion. Il n’y a rien que nous concevions plus » distinctement que notre pensée même, ni de pro- » position qui puisse nous être plus claire que celle- » ci, je pense, donc je suis. Qu’on nous dise, si l’on » peut, par quel sens sont entrées dans notre esprit » les idées de l’être et de la pensée. » Sa Rhétorique a été traduite en français par Cassandre et par M. Gros, sa Poétique par Dacier et Le Batteux, ses Politiques par Champagne, 1797, par Millon, 1805, et plus anciennement par L. Leroi, dit Regius ; dans le même volume sont la République et le Phédon de Platon, traduits aussi en français par le même, Paris, 1600, in-fol. L’Histoire des animaux par Camus avec le texte grec à côté, et des notes, 1783, in-i. Le traité de Mundo, attribué à Aristote, se trouve en grec et en français dans l’Histoire des causes premières de Le Batteux, Paris, 17GS, in-8. ( Voy. ces articles. ) La meilleure édition des ouvrages d’Aristote est celle de Paris, au Louvre, 1619, donnée par Duval, en 2 vol. in-fol., grec et latin. On peut consulter un ouvrage de Jean de Launoi : De varia Aristotelis fortuna, celui de Patricius, Peripateticœ discussiones, et un traité du P. Rapin, Comparaison de Platon et d’Aristote.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…