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Controverse d’un évêque

Léon Schlosberg · 1880 · Free in the US

11,947 words · about 50 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Léon Schlosberg
Language
French
Published
1880
Length
11,947 words · about 50 min
Sections
2 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (2)
  1. Préface about 2 min
  2. Traduction française about 48 min

Continue:

Préface

L’auteur de cette controverse, grand théologien, docte et profond connaisseur de l’évangile et de la foi chrétienne, après avoir occupé un siège épiscopal, s’est converti au judaïsme. Mais auparavant il adressa à un de ses amis, qui était évêque comme lui, la lettre que nous publions. Nous ne connaissons ni le nom de l’auteur ni la date à laquelle il écrivit cette controverse. Cependant elle contient un passage qui nous fait penser qu’il vivait au sixième siècle. Voici ce passage (pag. 17) : « Quant à votre assertion que l’on possède (en réalité) ces ossements dont vous parlez et que vous appelez « ossements des martyrs », vous dites, par ma vie, la vérité. Oui, ce sont des ossements de ces martyrs qui ont porté un témoignage faux et mensonger devant Dioclétien, le jour le chef des évêques fit un faux serment et porta faux témoignage devant l’empereur, lui et 136 évêques et 75 moines, presbytres et Schamases (diacres ?). Lorsque Dioclétien eut la preuve qu’ils s’étaient parjuré et porté faux témoignage, il ordonna de décapiter le chef des évêques, moines, presbytres et Schamases. Depuis cet , il s’est passé 230 ans, et tu ne me démentiras pas. Quant à la croix, c’est la femme perverse dite mère de Constantin le jeune, qui la fit faire après 200 ans. »

Or on sait que Dioclétien est devenu empereur en l’an 284. Nous supposons que le petit ouvrage que nous publions ici, et qui est écrit en langue arabe avec des caractères hébraïques, ne fut point écrit par l’auteur même en arabe. Au temps où nous plaçons cette controverse, on n’écrivait pas encore l’arabe et surtout de cette manière. Le texte original était probablement grec ou plutôt syriaque, puisqu’on trouve encore dans cet écrit quelques passages dans cette langue. Mais ce texte fut traduit plus tard en arabe, et cela peut-être au temps de Mahomet, avec l’intention de convaincre, par cette controverse, les chrétiens de l’Asie que leur foi ne valait pas autant que celle de Mahomet.

Le manuscrit de cette lettre se trouve dans la Bibliothèque Nationale de Paris au . 755 du catalogue, d’où je l’ai copié avec une exactitude consciencieuse, et j’éprouve ici le besoin de témoigner ma vive gratitude à toutes les personnes qui ont bien voulu m’aider de leur connaissance approfondie de la langue arabe pour éditer ce petit ouvrage, qui est très important pour la critique, les versets de l’évangile qu’on y trouve présentent des leçons différentes du texte reçu. Parmi les personnes qui sont venues en aide, je nomme , de Buda-Pest et , de Vienne.

Traduction française

Et pour ce qui est des idoles elles seront toutes détruites.

Et les hommes entreront dans les cavernes des roches, et dans les trous de la terre, à cause de la frayeur qu’ils auront de l’Éternel, et à cause de la gloire de sa Majesté quand il se lèvera pour frapper la terre.

En ce jour-là l’homme jettera aux taupes et aux chauves-souris les idoles faites de son argent et les idoles faites de son or qu’on lui aura faites pour se prosterner devant elles.

Voici la lettre de l’évêque (que la miséricorde divine soit avec lui), qui se convertit au judaïsme, mais qui n’entra dans la foi d’Israël qu’après avoir discuté avec des savants chrétiens possédant la science de l’Évangile et leur avoir prouvé leurs erreurs et leurs illusions. Il écrivit aussi à un évêque qui était son parent et qui connaissait à fond l’Évangile.

Nous connaissons, tous deux, la religion chrétienne, mieux peut-être qu’un homme avant nous et sans doute aussi après nous. Je prends la défense de la loi divine et de ceux qui y croient et je t’exposerai les croyances chrétiennes et leurs idées (des chrétiens) sur le Messie. Mais tout d’abord je vais te révéler de quelle façon je crois en Dieu, le Tout-Puissant, te faire part de ma profession de foi et de ce que, par suite, je pense au sujet du Christ.

Je crois avec une foi parfaite que Dieu est tout-puissant et un ; qu’il est la vérité indubitable, qu’il n’y a point de Dieu en dehors de Lui ; que Lui seul a droit à nos prières. Tu demandes si les mots en eux-mêmes (le verbe) sont créateurs ou créés ? En vérité Dieu seul est le créateur, le verbe vient de Dieu. Dieu accorde son verbe à qui il veut, mais le verbe n’a aucune force créatrice. Dieu seul est l’être primordial, créateur, éternel, , connaissant chaque chose dès qu’elle est entrée dans la vie. Sa puissance embrasse toutes les choses. Il en est de même de l’autorité de son ordre, de l’étendue de sa domination, de la force de sa grandeur, de sa puissance et de sa gloire. Rien ne peut résister à son ordre qui accomplit tout ce qu’il veut.

Maintenant je te fais remarquer que tu doutes, ainsi que je te l’ai expliqué, que tels soient les attributs de Dieu, car en réalité ma foi ne ressemble aucunement à la tienne. Tu dis que Dieu a séjourné dans les entrailles (d’une femme) au milieu des impuretés du sang menstruel, qu’il s’est resserré dans l’obscurité d’un organe humain ; que les yeux des hommes ont pu le voir, qu’il a été sujet à l’assoupissement ou sommeil, qu’il a subi la crainte et l’effroi entravant et contraignant sa volonté ; qu’il a été emprisonné en compagnie de pécheurs et de criminels ; qu’une poignée de romains idolâtres et hypocrites, maîtres de sa personne, lui infligèrent des tourments et des tortures et, certes, le traitèrent, en un mot, contrairement à sa volonté ; puisqu’il mangea et but, commit des négligences et des oublis, fut triste, éprouva des regrets aussi bien que tous les autres hommes ; en outre, que pendant qu’assis sur son trône, il régnait dans les cieux, il n’eut pas la force d’assurer l’obéissance à ses ordres, et qu’il se vit contraint de descendre sur la terre pour détourner les hommes de l’erreur, les affranchir des séductions de Satan, leur ennemi, et les purifier du péché, qu’alors les juifs se moquèrent de lui, le tournèrent en dérision, s’emparèrent de lui, le pendirent et qu’il mourut, et, pendant trois jours, séjourna dans le sépulcre avec d’autres morts.

Tels sont les points sur lesquels vous êtes à peu près d’accord dans vos affirmations concernant le Messie, car, pour tout le reste, votre religion est divisée en beaucoup d’églises et de sectes qui ne sont d’accord dans aucune de leurs conclusions. Il n’y a unanimité sur rien et ainsi chaque secte accuse l’autre d’erreur et, par suite, la poursuit de sa haine.

N’affirmez-vous pas tous …… que le Messie a été pendu et que, pendant quarante-sept ans, ses compagnons, les apôtres, ont été couverts de mépris et livrés aux tourments ? Si c’est malgré lui et malgré eux, n’est-il pas ridicule et méprisable qu’un Dieu, un être tout-puissant, ait pu être violenté et torturé ? Si c’est, au contraire, volontairement, de leur libre choix, et, certes, alors ils auraient atteint leur but, comment comprendre la loi qui vous ordonne de vous affliger au souvenir de ces souffrances ? Et il te conviendrait à toi, qui crains le Créateur en tout, qui est juste dans tes affirmations et sincère dans tes paroles, de ne pas repousser une vérité qui est indubitable.

Vous affirmez que le Christ, animé de l’Esprit-Saint, est Dieu et vous l’adorez pour la raison qu’il n’a pas eu de père. Pour être conséquent, vous devriez aussi invoquer comme un Dieu Adam, le premier homme, qui, lui, n’eut ni père, ni mère, dont la chair et le sang, les os et le corps tout entier furent formés de l’argile, en qui l’Esprit-Saint insuffla la vie et qui devint ainsi un être doué de raison. De même, Ève, sortie de la côte d’Adam, n’eut non plus ni de père ni de mère. L’Esprit pénétra en elle et elle devint ainsi un être pensant. Invoque donc également ces deux êtres et ainsi tu auras une quantité de dieux.

Ta foi en la divinité du Christ est-elle fondée sur sa prétendue ascension dans les cieux ? Mais Hénoch, Élie, les anges se sont également élevés dans les cieux et ne sont pas redescendus sur la terre ! Ces personnages aussi bien que le Messie, tu devrais les honorer comme des dieux !

Crois-tu en sa divinité parce que tu l’as vu désigner dans l’Évangile, sous le nom de fils de Dieu et parce que, d’après tes auteurs, Dieu l’appelle mon fils ? Mais je te montrerai que, dans la Bible, les enfants d’Israël portent aussi le nom d’Enfants, de Premier-né (de Dieu). À côté du Messie, prends donc aussi pour Dieu, les enfants d’Israël ! Invoque aussi les apôtres qui dans l’Évangile, sont appelés les enfants de Dieu !

Ou bien appelles-tu le Christ Dieu, parce qu’il changea l’eau en vin, rassasia (cinq) mille hommes avec cinq pains et des poissons, ressuscita un mort, guérit un malade et marcha sur les eaux ? Mais Élisée n’accomplit-il pas de plus grands prodiges ? Il opéra le miracle de la résurrection à deux reprises, une fois de son vivant, une autre après sa mort ; il traversa le Jourdain en marchant sur les eaux comme sur un terrain solide, guérit de la lèpre Naaman, général du roi de Syrie, en lui disant : Va, plonge-toi dans les eaux du Jourdain et ton corps sera sain comme auparavant. S’étant baigné dans le Jourdain et se voyant guéri, Naaman crut en Dieu le Tout-Puissant. Le prophète Élie aussi rappela un mort à la vie, et Ézéchiel ressuscita une multitude de morts dans la vallée.

Élie, par sa prière, fit descendre la bénédiction divine sur une poignée de farine et un peu d’huile. Par son ordre, la terre ne produisit rien pendant trois années. À la famine succéda la fécondité. Après avoir réuni les faux prophètes sur le mont Carmel il invoqua le Seigneur et le feu descendit du ciel, dévora le sacrifice et dessécha les 36 vases remplis d’eau. À la vue de ce prodige le peuple massacra quatre cent cinquante faux prophètes, le même jour. Son disciple Élisée rassasia aussi plus que cent prophètes avec un peu de pain et quelques légumes. N’eût-il pas été plus beau et plus raisonnable d’adorer ces prophètes que d’adorer ce Christ, qui fut jeté en prison et pendu après qu’on eût mis sur sa tête une couronne d’épines, qu’on lui eût donné à boire du vinaigre et de l’hysope et qu’on l’eût chargé de la croix sur laquelle on l’attacha. Car c’est là ce que vous racontez vous-mêmes dans votre Évangile.

Le Christ n’a pas fait plus de miracles que Moïse, fils d’Amram, qui, par l’ordre de Dieu, frappa Pharaon et son peuple de dix plaies : 1 le sang qui corrompit leurs eaux ; 2 les grenouilles qui envahirent toutes leurs demeures ; 3 une repoussante vermine qui s’attacha à leur corps ; 4 un mélange d’animaux sauvages qui détruisaient tout ; 5 la peste qui les frappa jeunes et vieux ; 6 les ulcères et la lèpre qui envahirent leurs corps ; 7 la grêle qui fracassa leurs arbres ; 8 des sauterelles qui dévorèrent toutes les plantes ; 9 les ténèbres dont le voile épais s’étendit dans toutes les maisons et sur tout le territoire ; 10 le fléau qui frappa les premiers-nés du plus élevé au plus humble. Mais voici les plus merveilleux de ses prodiges : Il changea en serpent son bâton et celui-ci engloutit tous les bâtons [des magiciens] ; il ouvrit dans la mer douze chemins, engloutit dans les abîmes, Pharaon, sa cavalerie et toute son armée et sauva les tribus d’Israël ; il donna à Israël sa loi sur le mont , fit descendre la manne et les cailles, fit sortir des rochers des sources jaillissantes, conduisit les enfants d’Israël à travers les déserts, leurs vêtements ne furent pas déchirés, ni leurs souliers usés. Puis il ordonna à la terre de s’entr’ouvrir et elle engloutit vivants Korach et ses coupables adhérents. Ces prodiges ne sont-ils pas plus merveilleux que tout ce que fit le Christ ? Tu devrais donc adorer Moïse puisqu’il fut plus grand que le Christ.

Le Christ n’a pas fait de plus grands miracles que Josué, fils de Noune, qui suspendit la marche du Soleil et de la Lune pendant presqu’un jour entier, dessécha le Jourdain après en avoir suspendu le cours impétueux en portant l’Arche sainte dans le lit du fleuve : Enfin, le Christ n’a pas fait rien de plus merveilleux qu’Ézéchias qui fit reculer de dix degrés l’ombre sur le cadran solaire. Quand on considère tous ces prodiges, tout ce que fit le Christ n’est que vanité et mensonge, et l’adoration d’un tel personnage est ridicule. Et il ne te sera pas possible de ne pas la condamner comme une imposture évidente après avoir examiné les deux considérations que je te soumettrai.

Maintenant, tu crois que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, être coéternels, sont unis tous trois dans la même puissance, dans la même domination, dans la même divinité, dans la même substance ; dis-moi donc si le Fils a été appelé ainsi avant ou après sa naissance ou bien, être incréé, avant toute création ? S’il était Fils avant que le Père ne l’eût engendré, il était donc connu avant sa naissance, le récit de sa naissance est donc ridicule et vain. Mais s’il n’est devenu le Fils qu’après sa naissance et s’il n’était rien avant que son Père ne l’eût créé formé, et si, sans sa naissance, il serait resté dans son néant ; et si tu dis que le Père l’avait appelé son Fils avant toute création, avant que celui-ci n’existât, par conséquent, le Père et le Fils sont pour toi deux êtres différents et tu donnes un démenti à l’Évangile qui affirme que le Christ est le fils né de Dieu. Si tu confesses que tous les trois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont consubstantiels, dis-moi si avant sa naissance, le Fils était déjà avec le Père ou non. Si tu dis qu’il n’était pas avec lui …… tu donnes ainsi un démenti à la parole de l’Évangile qui affirme qu’il est né sous la forme de Dieu, de Dieu dont le nom ne peut être attribué à aucun être se nourrissant d’aliments et astreint aux fonctions les plus dégoûtantes de l’humanité. Oh ! quelle honte !

Un autre article de la foi que tu professes, c’est que le Dieu Jésus, le Fils de Dieu est le Christ par lequel tout a été créé et qu’il est descendu des cieux pour nous sauver et nous manifester sa sollicitude sans pour cela se séparer du Père et du Saint-Esprit, sans cesser d’être Dieu et maître du genre humain. Eh bien, s’il est Dieu, quelle nécessité le contraignait à entrer dans l’humanité ? Est-il homme, quel rapport a-t-il avec la divinité ? Si, en outre, tu admets que la substance du Fils est descendue du ciel, tu détruis ainsi ton autre affirmation que tous les trois membres ne forment qu’une Puissance, une Royauté et une Divinité.

J’affirme de plus que Christ était, en même temps, Dieu et homme, qu’au moment il monta aux cieux il avait réuni dans leur entière perfection les caractères de la Divinité et de l’Humanité et que c’est ainsi qu’il est allé s’asseoir sur le trône divin à côté du Père. Alors sur ce trône, sont assises la crainte, la frayeur, la terreur, l’inquiétude, la tristesse, la faim, la soif, l’impureté, car l’idée d’homme implique nécessairement l’idée de nourriture, de boisson, etc.

Explique-moi aussi comment il a pu avoir la forme divine puisque cette forme est invisible à des êtres humains ? Et si tu me réponds : mais qui donc l’a vu ? N’ajouterais-tu pas foi à la parole de l’Évangile d’après qui les Juifs ont arrêté le Christ, l’ont mis en prison, l’ont puni et crucifié ?

Tu prétends que Dieu et le Christ sont un seul et même Être et que le Christ est descendu sur la terre pour conduire les hommes dans la bonne voie et les préserver des pièges de Satan. Quelle est, dis-moi, cette loi que le Christ vint faire accomplir, est-ce la sienne ou celle d’un autre ? Si cette loi a été l’œuvre d’un autre, triste Dieu que celui qui a besoin de la loi d’autrui et peut-il alors être honoré comme un Dieu ? Ou bien si, d’après toi, cette loi est son œuvre, tu donnes un démenti à la parole de l’Évangile qui a dit : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi de Moïse ! » Et, puis dis-moi, celui qui suit la même loi que le Christ a-t-il raison ou tort ? S’il a raison alors c’est vous tous qui êtes dans l’erreur, puisque vous désobéissez à sa parole, qui n’observez pas la loi de Moïse à laquelle le Christ s’était soumis et que vous avez abolie. Mais, si vous dites qu’il est dans l’erreur celui qui suit la loi à laquelle le Christ s’est conformé, vous reniez le Christ et ses disciples, les Apôtres, le Christ qui dit, en propres termes, dans son Évangile : « Certes, je ne suis pas venu pour abroger la loi de Moïse et pour démentir les prophètes, mais pour les accomplir en vérité et je vous le dis : le ciel et la terre peuvent passer, mais la loi de Moïse ne passera pas, mais au contraire, elle sera accomplie dans l’œuvre de l’humanité et quiconque retranche l’un de ses commandements pour suivre les commandements d’une autre loi sera retranché du Royaume des cieux. » Ainsi la parole de l’Évangile s’applique à quiconque rejette la loi de Moïse, fils d’Amram, et vous ne pouvez pas échapper à ce dilemme : De deux choses l’une, ou vous ne croyez pas à votre Évangile et à votre Christ et c’est pour cette raison que, sans scrupule, vous désobéissez à ses enseignements et rejetez les lois de Moïse, comme celle du Sabbat et de la circoncision, etc …… Ou bien vous croyez au Christ, et à la vérité de l’Évangile et c’est de propos délibéré que vous ne vous conformez pas à sa doctrine, alors vous attirez sur vous sa malédiction en ce monde, et dans l’autre le retranchement du Royaume des cieux.

Voici encore une question au sujet de laquelle je te prie de m’éclairer : Le Christ s’est-il envoyé lui-même ou bien n’a-t-il été qu’un envoyé ? Admettre cette dernière supposition, c’est donner un démenti à l’Évangile qui le représente comme un Dieu, objet de culte et

admettre la première, c’est s’inscrire en faux contre le livre inspiré des Psaumes, car dans ce livre il est dit (Chap. , v. 6) : « C’est moi qui ai envoyé mon roi à Sion, ma sainte montagne, pour que je puisse y révéler mon alliance. » Voilà encore un point apparaît le peu de solidité de vos paroles et la faiblesse de votre foi.

Dis-moi maintenant, ajoutez-vous foi aux du Christ ou les croyez-vous mensongères ? De toutes façons vous donnez un démenti au Dieu que Moïse a enseigné, car Dieu défend d’envoyer un autre que Lui et vous, pourtant, vous invoquez le Christ et en le reconnaissant comme votre Dieu, vous délaissez le culte du Créateur. Mais, en outre, ne vous est-il pas dit dans l’Évangile de Marc (Ch. , v. 32), quand les apôtres questionnaient le Christ au sujet du jour de la résurrection : « Le jour, leur répondit le Christ, ce moment nul ne le connaît, ni même le Fils de l’homme, ni les anges ! » S’il était Dieu pourquoi se nomme-t-il lui-même le Fils de l’homme ? Du reste comment le considérer comme un Dieu quand dans l’Évangile de Jean (, 16) on met dans sa bouche les paroles suivantes : « Voyez, je ne juge pas seul les hommes, celui qui m’a envoyé les juge avec moi ! »

Me répondrez-vous que tous les deux sont dieux, mais ce serait démentir Dieu, car il est dit dans la loi de Moïse (Deut. , 39) : « Je suis le Dieu unique et il n’y en a pas d’autre, je fais mourir et je fais vivre, je blesse et je guéris et nul ne peut se soustraire au châtiment que j’inflige ! » Et il est dit dans l’Évangile de Jean (, v. 4) : « C’est toi (dit Jésus) qui m’as envoyé et j’ai déjà fait connaître ton Nom. » Dis-moi quel est celui dont il leur a révélé le Nom ? C’est ainsi qu’il est écrit en outre : « Je m’en vais monter vers celui qui est mon Dieu et le vôtre. » Le Christ en disant qu’il avait un Dieu a-t-il dit la vérité, pourquoi alors méprisez-vous sa parole en n’adorant pas le Créateur qui pourtant était son Dieu ? Ou bien (n’) aurait-il (pas) dit la vérité. Ah ! quelle outrageante supposition.

Mais vous prétendez sans doute que Dieu est le Christ et que le Christ est Dieu. C’est là une imposture. Si le Christ était Dieu, il n’aurait pas invoqué un autre être au moment de la souffrance et de la douleur, car il s’écria dans son angoisse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » En effet, étant lui-même Dieu, comment pouvait-il dans son infortune implorer un autre Dieu ? Mais puisque vraiment il était homme et non Dieu, n’est-ce pas, de votre part, un mensonge de faire un Dieu d’un être qui ressemble si peu à la Divinité ? En définitive, le Christ déclare qu’il est homme et qu’il a un Dieu et un maître, vous, vous dites non, c’est lui qui est notre Dieu, notre Seigneur, et ce faisant, vous l’accusez de mensonge et vous considérez ses paroles comme vaines.

Comment, en général, peut-on soutenir le dogme de la Divinité du Christ, quand Paul, au commencement de sa première épître, dit de lui qu’il est le fils de Dieu. Cela ressort de mon explication (?). En outre, il dit : « J’ai fait pour vous tout ce qui était en mon pouvoir, mais la paix vient de Dieu, de qui émanent tous les biens. » Paul reconnaît ainsi que Dieu et le Christ sont deux êtres différents. Il dit de même : « Les œuvres que vous accomplissez témoignent en ma faveur. Dieu aussi qui m’a envoyé dépose pour moi et sa voix que vous entendez seulement, mais que vous ne voyez pas, et sa parole qui m’a conduit mais que vous ne pouvez pas comprendre. » — Puis il est écrit dans l’Évangile de Luc que Jésus a dit à Simon Pierre : « Satan veut vous induire en erreur, car il vous hait, mais moi j’ai prié Dieu pour toi afin que ta foi ne souffre aucune atteinte. » Si le Christ était lui-même un Dieu, certes il n’aurait adressé aucune prière à un autre Dieu. Et d’une façon générale, quiconque a besoin de demander quelque chose est imparfait et est, par conséquent, un être créé.

Ne sais-tu pas que le prophète David dit : « Mon Dieu, je te construirai une maison pour y honorer ton Nom et y offrir tes Sacrifices. » Mais Isaïe dit : « Quelle maison voulez-vous me construire, quel lieu pourra renfermer mon être, moi dont le ciel est le trône et la Terre le marchepied. » Ainsi Dieu dit qu’aucune maison ne peut le contenir, et, toi, tu prétends, que pendant neuf mois, une femme l’a porté dans son corps dans un organe resserré et sombre, dans le sang, au siège de son impureté ; qu’une nourrice l’a allaité, l’a couché dans un berceau, dans la de l’âne, qu’il est monté sur un mulet, qu’il est entré dans une barque. Les cieux et la Terre ne peuvent pas contenir Dieu et toutes ces choses L’auraient contenu !

De plus, le Christ lui-même, en montant sur un mulet pour prendre la fuite, avait dit à Pierre que le Prophète n’est jamais honoré ni estimé dans sa patrie. Jésus prétend être un prophète, et toi tu prétends qu’il est Dieu ! Il faudrait pourtant savoir qui a raison, vous ou lui. Mais en vérité lui et vous, vous mentez et on peut vous appliquer la parole de David (Ps. , 7).

Ne sais-tu pas que Jésus, ses frères et sa mère ont gravi la montagne du Temple pour célébrer la fête de Pâque et qu’ils y restèrent jusqu’à la fin de la fête ? Ce fut alors que Philippe, rencontrant Jésus, lui dit : « Montre-moi le Père avant que je ne meure. » — « Tout le jour je suis avec toi, lui répondit Jésus, et cela ne te suffit pas ! Qui voit mon père me voit, et qui me voit, voit mon père, car moi et mon père nous sommes semblables. »

On nous raconte que Jésus vint de Galilée, se rendit sur les bords du Jourdain auprès de Jean-Baptiste, afin que celui-ci le purifiât de ses souillures et de son impureté. Ton Dieu eut donc été impur si Jean n’était pas venu pour le purifier et Jean était donc plus pur que lui.

Après que Jean eut purifié le Christ par le baptême, le ciel s’ouvrit et il vit l’Esprit de Dieu, comme une colombe, planer au-dessus de sa tête et une voix descendit du ciel et disait : « Celui-ci est mon fils dans lequel j’ai mis toute mon affection. » C’est à la suite de ce récit que Marc affirme que Jésus est le fils de Dieu. Comme c’est rapetisser la sublime Majesté de Dieu que de professer de telles croyances !

Oui, si Jésus était Dieu, il ne se serait, en vérité, pas invoqué lui-même, il ne se serait pas agenouillé, priant et jeûnant. Et implorant Dieu, il a dit encore : « Oh ! détourne de moi le calice de la mort, Tu en as la puissance et non moi, cela dépend de ta Volonté et non de la mienne. » Ainsi il montrait clairement, par ses propres paroles, qu’il n’était pas Dieu, mais un homme, et un homme triste, affligé, qui se mortifie et implore la pitié d’un autre, comme tu l’as déjà vu d’ailleurs par la supplication qu’il adresse à Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’abandonnes-Tu ? » Et si, en dépit de tous ces témoignages irrécusables, vous continuez à soutenir qu’il est le Seigneur, comment ne vous cracherait-on pas au visage. Quelle audace dans l’imposture !

Ne vois-tu pas que le Christ a avoué lui-même qu’il n’était qu’un envoyé, un serviteur. Et quand il vint dans la ville, enseignant dans la Synagogue, il fut le sujet de l’étonnement général et l’on se disait l’un à l’autre : « D’où lui vient cette sagesse et ces miracles. N’est-ce pas là le fils du charpentier. Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères Simon, Joseph, Jacques et Juda. » (Mathieu, , 54, 55.) Puis quand on lui dit : « Va et fuis, car le roi Hérode veut te faire mourir », il répondit : « Voyez, j’ai encore à expulser les démons du corps des hommes et à faire beaucoup de miracles et, après avoir accompli toutes ces choses j’irai à Dieu, car il ne faut pas qu’un Prophète souffre la mort ailleurs que dans Jérusalem. » (Luc, , 31, 32, 33.) Il s’exprima dans le même sens, après avoir guéri un malade : « le Ciel est témoin qu’un prophète n’est jamais cru ni dans son pays. » (Jean , 44.) On trouve le même aveu dans l’Évangile de Marc (, 16) Voici comment il s’exprime dans l’Évangile de Jean : « Ce n’est pas de moi-même que je parle. Dieu m’a donné l’ordre et la mission de parler. Sachez que quiconque obéit à l’ordre de Dieu et accomplit ce qui lui est prescrit recevra la vie éternelle, et c’est la parole que Dieu m’a donnée que je vous adresse. » Le Christ lui-même, dans l’Évangile, se désigne par le nom de Fils de l’homme. Enfin, dans saint Mathieu, il est dit de lui : « Voilà mon serviteur que j’ai choisi, vers lequel mon âme aspire. Je répands sur lui en abondance la grâce de mon Esprit, avec l’œuvre de ma main. » C’est dans ces termes que le Messie parle de lui-même dans Isaïe (, 1, 2) : « Le Seigneur m’a appelé dès le sein de ma mère, il m’a appelé par mon nom lorsque j’étais encore dans les entrailles maternelles. Il a fait de ma bouche un glaive tranchant (il m’a donné deux mains, m’a doué du sens de l’ouïe), m’a fait don d’une flèche acérée et m’a caché dans son carquois. »

Et toi aussi, chaque jour, dans ta prière, tu proclames que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois personnes ! C’est là ton symbole, ta profession de foi ! Ainsi, Moïse l’envoyé de Dieu, supplie Dieu de lui laisser contempler l’ange en qui se personnifie la gloire divine, Dieu lui répond : « Nul homme vivant ne peut voir ma Majesté », et Jésus a pu voir son Père et s’asseoir à sa droite !

Quelle croyance sotte ou plutôt quelle frivolité insensée que celle qui s’est logée dans vos cerveaux ! Tu sais pourtant que le serviteur d’Archelaüs donna un soufflet à Jésus et lui cracha au visage ! Est-il possible de rapporter au sujet du Dieu qu’on adore des faits aussi laids.

En outre, vous avez abrogé la Loi que Dieu, par l’intermédiaire de Moïse, a donnée au jour grand et redoutable de l’assemblée en ce jour où les enfants d’Israël allaient périr si Dieu n’avait fait tomber une pluie vivifiante qui ranima leurs esprits (conf. Talmud Sabbat 88 b). La voix divine cessa de se faire entendre et Moïse alors leur parla (au nom de Dieu). Il leur ordonna de pratiquer la circoncision le huitième jour après la naissance, et de punir de mort (?) celui qui enfreindrait cette loi, en effet, Jésus lui-même, ton Dieu, a été circoncis le huitième jour ainsi que Moïse l’avait prescrit. À l’aide de quelle théorie justifiez-vous aujourd’hui l’abandon de la circoncision, loi plus importante que celle du sacrifice, puisqu’on l’accomplit non avec sa fortune mais sur son propre corps. Est-ce Dieu qui vous a ordonné de ne plus pratiquer ce précepte ou bien Jésus ? Si tu prétends que c’est Jésus, tu le places au dernier rang dans le Royaume des cieux : il aurait ainsi aboli la loi et les commandements des élus et des anciens, puisque aussi bien Abraham qu’Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, David, Salomon, et que tous les autres prophètes et tous les autres élus ont observé la circoncision. Si tous ces hommes illustres ont été dans le vrai, comment pouvez-vous admettre ce qui est contraire à la vérité et vous attacher au néant ? Que si, comme vous le dites, Jésus est Dieu, c’est lui-même donc qui a prescrit à Moïse la circoncision. À l’âge de huit jours, il fut circoncis, mais plus tard, paraît-il, il aura compris que la circoncision est une pratique ridicule et c’est pourquoi il l’aura abolie ! Il faut donc penser que Jésus était d’abord un ignorant puisqu’il donna des préceptes insensés, mais avec l’âge, et grâce aux enseignements de l’expérience, il reconnut la folie de ses premiers commandements, révéla une nouvelle loi et c’est ainsi que Moïse, Abraham et les autres prophètes étaient dans le chemin de l’erreur ! Seulement alors ton Dieu se respecte moins que ne se respecte l’homme le plus léger et le plus frivole : celui-ci, en effet, craint d’être méprisé et honni en donnant des ordres contradictoires, mais ton Dieu était, paraît-il, à l’abri d’une telle crainte puisqu’il abrogea ses propres lois !

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