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Avant-propos
Le titre et l'épigraphe de ce Mémoire , annoncent assez dans quel but il a été écrit. 11 est tout basé sur des faits observés avec soin et recueillis, je puis le dire, avec impartialité; car il ne faut point se le dissimuler, à l'époque où nous vivons, les faits seuls , bien observés, sont la seule puissance en crédit, Cette pensée de M. Guizot, résume l'état et la marche des sciences médico -chirurgicales, et jamais aucune époque de l'ère médicale ne fut moins théorique que la notre.
— II —
Au moment où l'on s'occupe en France d'imprimer à l'ophtalmologie une marche analogue à celle qui dirige les écoles d'Allemagne et d'Angleterre , j'aime à croire qu'on me saura gré de joindre mes efforts à ceux d'honorables confrères, pour en appeler de l'espèce de défaveur dont était entourée, chez nous, cette branche si intéressante de l'art de guérir. C'est dans ce but qu'ont été rédigés un grand nombre de mémoires publiés dans les journaux scientifiques de France, ou communiqués à des sociétés savantes.
Les travaux de Jacques Guillemeau , de Lasnier, deBrissot, d'Antoine Maître-Jean , de Col de Villards , des Pellier de Gendron, de Jean -Louis Petit, de Gleize, des deux Guérin , deDescemet, des Demours et des Wenzel, ont assigné à la France un rang trop honorable et supérieur pour ne pas chercher à le conserver.
Si on consulte surtout les mémoires de l'académie de chirurgie, qui jeta un si vif éclat sur le siècle dernier, on y trouvera des travaux qui ont sans contredit, fait faire d'immenses progrès à la chirurgie oculaire. On y voit surtout les mémoires éminemment pratiques de Delaforest, de Borde-
— III — nave, de Louis, de Daviel , de Lafaye, de Poyet, de Bérenger et de Ledran. Ces écrits impérissables ont été, de l'aveu de tout le monde , le foyer d'où ont jailli les lumières qui éclairèrent la route de tous les travaux des ophtalmologistes modernes.
Nous avons déjà prouvé ailleurs que les progrès que la science oculaire a faits depuis quelques années en Allemagne et en Italie , étaient dûs spécialement à la création d'hôpitaux destinés à l'étude et au traitement des maladies des yeux. Malgré l'envie et les efforts de quelques personnes, un service , incomplet il est vrai , créé à FHôtel-Dieu , témoigne suffisamment de l'intérêt que commence à inspirer cette branche de la science. En le confiant à M. Sanson, dont le savoir n'est dépassé que par sa modestie, l'administration des hôpitaux de Paris a prouvé, jusqu'à l'évidence, combien elle appréciait la portée des travaux , éminemment pratiques, que le chirurgien de l'Hôtel-Dieu, chargé du service spécial pour les maladies des yeux, avait fait insérer dans divers recueils scientifiques, et surtout dans le Dictionnaire de médecine et de chirur - gie pratiques.
Sans les commotions qui ont agité la capitale , nous aurions déjà terminé l'organisation d'un dispensaire pour le traitement gratuit des maladies des yeux, et nous espérons que, grâce aux eneouragemens qui nous sont offerts de toutes parts, cette œuvre philanlropique ne sera plus retardée dans son exécution, qui, nous en sommes certains, recevra son exécution dans les premiers jours de l'année.
Elève des professeurs Scarpa et Maunoir , dont l'un ne pratiquait que l'abaissement, tandis que l'autre était partisan déclaré et heureux de l'extraction , j'ai été à même d'étudier avec soin les deux méthodes.
Reçu docteur dès la fin de 1819, attaché pendant huit ans en qualité de médecin et de chirurgien à une maison centrale de détention , à de nombreux établissemens d'éducation, à la maison du roi de Sardaigne (section de la direction générale des haras royaux) et à une manufacture occupant deux mille ouvriers, je puis aujourd'hui invoquer quatorze années de ma propre expérience.
En suivant, dans les premières années de mes études, la pratique d'un oculiste, dont jetais le nom par respect pour sa famille , et pour ne pas renouveler les regrets occasionés par sa fin tragique , j'ai pratiqué un grand nombre d'opérations de cataracte , suivant la plupart des procédés.
Que l'on me pardonne d'avoir parlé ici de moi ; ce n'est point pour satisfaire à un vain amour-propre, mais pour désabuser quelques personnes qui, en me voyant suivre depuis quelques années , la pratique de nos grands chirurgiens dans les hôpitaux, avaient pensé que j'étais au début de ma carrière.
Malgré les trompeuses promesses des guérisseurs, la cataracte ne se dissipe point par des remèdes internes ou des applications. Il suffît de remonter aux sources, ainsi que nous l'avons fait, mon honorable ami Sichel et moi , pour se convaincre que les Lattier de la Rocher , les Veuillel , les Curé de Vauchassis se jouent impudemment de la crédulité publique et de l'ignorance de quelques médecins qu'ils indiquent comme témoins de leurs cures.
En attendant que le temps et l'expérience fassent justice de ce honteux charlatanisme, je me borne à rapporetr un seul fait :
M. le comte de Vaublanc, dont tous les journaux politiques ont célébré la guérison, ne l'est point, et j'ai constaté moi-même, dans le seul œil qui lui reste, d'une cataracte dure. Rappelons-nous que les grands maîtres de l'art, Barth, Béer, Scarpa , Maunoir, Rosar, Jœger, Grœfe, Jûngken, citent à peine quelques guérisons spontanées , accidentelles ou dues aux mercuriaux dans les complications syphilitiques.
Nous n'indiquons pas comme guérison, les déplacemens traumatiques et instantanés observés par Janin, Pellier, Boyer et autres, comme des cas de guérison.
C'est donc vers l'opération que Ton doit tourner tout espoir de guérison, et l'on doit savoir gré à ceux qui concentrent toutes leurs recherches vers ce point important, pour une maladie malheureusement si fréquente.
L'ouvrage que j'offre aujourd'hui à mes jeunes confrères , n'existe point encore dans la littérature française ; à peine y trouve-t-on un mémoire de M. de Demours père, sur les moyens d'assurer les succès de l'opération de la cataracte. Ce travail , qui vu date presque de la renaissance de l'extraction , ne peut servir aujourd'hui que comme document historique. M. Sanson, dans son article cataracte, si remarquable du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , en donnant l'état actuel de la science, ne l'a point considérée sous le point de vue que j'aborde.
Dans la littérature anglaise, Ware a, dans ses œuvres , consacré une place à un petit mémoire que nous citons à chaque pas, sur les causes qui s'opposent aux succès delà cataracte par extraction. W. Adams , sous le même titre, a composé un énorme volume , plutôt destiné à être l'apologie de ses méthodes, qu'a servir de guide aux opérateurs. Enfin, M. London a considéré l'influence des diverses manières de faire la section de la cornée sur la réussite de l'opération.
Le travail qu'on va lire a été composé il y a longtemps, sous forme de lettres, adressées au professeur Scarpa, qui avait pris l'engagement d'y répondre. Le changement de position d'une grande maison de librairie, chargée de cette impression , a fait ajourner celte publication. La mort de mon illustre maître en a fait changer la forme ; le livre et la science y ont perdu tous deux, car le professeur Scarpa, tout en conservant pour moi les sentimens d'affection paternelle dont il honora ma jeunesse, ne m'eût pas ménagé pour être devenu un audacieux schismatique, employant, dans des cas spéciaux , l'extraction de la cataracte qu'il remplaçait dans toutes les circonstances par le broiement ou l'abaissement proprement dit. Tous ceux qui ont suivi avec attention la correspondance de Scarpa avec Vacca-Berlinghieri , celle avec Adams, dont M. Maunoir fut le savant intermédiaire, regretteront avec moi les réponses vives, pressantes, à hautes pensées chirurgicales , avec lesquelles le professeur de Pavie éclairait les discussions scientifiques auxquelles il prenait part.
Si, en indiquant des faits, j'ai peut-être rectifié quelques prétentions hasardées de quelques-unes de nos notabilités chirurgicales, j'y ai procédé avec franchise, j'ose le dire, avec convenance; car dans une série de recherches, basées sur des faits , je ne pouvais les combattre que par d'autres faits.
Ainsi, en donnant la proportion des succès et des revers de M. Roux, je m'éloigne des résultats présumés en générai, résultats qui ont été cependant les mêmes pour MM. Guiramand, du bourg St-Andéol (1), Eccartde Mûhlhach et Maunoir que pour moi. Que conclure de tout ceci? Cest que M. Roux est beaucoup moins heureux qu'on ne le proclame; car je ne pense point qu'il ait tenu lui-même un compte exact de ce qu'il a fait. Ce chirurgien est trop haut placé pour que mes chiffres l'atteignent et trop jus4,e pour s'en formaliser; la science seule profitera donc de leur rectification, et c'est dans cette intention avouée que ce Mémoire a été écrit.
Dans le cours de l'ouvrage qui va suivre , je n'ai point examiné comme une cause d'insuccès, dans l'opération de la cataracte, l'usage de la main droite pour pratiquer l'opération sur l'œil droit ; car l'ambidextérité est , aux yeux de tous les oculistes, un précepte fondamental que l'on ne peut impunément transgresser.
Aussi n'y a-l-il que ceux qui n'ont jamais fait d'opération de cataracte sur le vivant, qui osent
(l) Guiramand, du bourg Saint-Andéol (Ardèche), Thèse inaugurale. Paris, 1830, n° 142. Eccart, Thèse inaugurale. Paris, 1828, n° 202. Ma ti noir, Thèse inaugurale , 1834.
dire qu'il faut toujours , et daus toutes les opérations sur l'œil , se servir de la main droite.
Nous engageons donc , ceux qui veulent pratiquer la chirurgie oculaire , a s'exercer continuellement avec la main gauche : en commençant par des saignées, par de petites opérations, puis par des expérimentations sur les animaux. Avec de la patience et de l'attention , l'on vient facilement à bout d'acquérir une dextérité suftisante.
Si en France la profession et la qualification d'oculiste on été entachées de certaines défaveurs , il faut l'attribuer à l'imperfection des institutions médicales, à la création des officiers de santé, institution enfantée par les besoins de la révolution de 1 789 , et qui aurait dû suivre son destin.
En effet, que sont la plupart des oculistes qui sillonnent la France ? Des valets d'anciens oculistes qui, à la faveur des brevets d'officiers de santé, promènent ça et là impunément leur ignorance et leur témérité.
Espérons donc que la France, qui marche à la tête de la civilisation, ne forcera point ses médecins
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à envier encore long-temps les institutions médi-» cales larges et libérales dont l'Autriche, la Prusse et les divers états de la confédération germanique ont doté, dans leur pays, les hommes qui s'honorent d'exercer l'art de guérir. En les attendant , je me glorifierai toujours d'une qualification qu'ont illustrée Barth , Béer, Wengzel, Demours , que n'ont pointdédaignée Scarpa, Grœfe et de Walther, et qui, de nos jours, est honorée par Maunoir, Jœger, Jùnghen, Rosas , Lerche, Quadri , Sichel et Sanson, qui tous, comme on le sait, possèdent bien d'autres titres à l'estime publique que leurs travaux spéciaux relatifs à l'ophtalmologie.
Je ne terminerai point cet avant -propos sans adresser de publics et sincères témoignages de reconnaissance à un grand nombre de praticiens distingués de Paris, dont le patronage aussi puissant qu'éclairé m'a applani plus d'un obstacle dans l'exercice de ma spécialité , et parmi lesquels je dois placer en première ligne MM. Civiale, Chavernac , Biett, Nauche, Paul Gaymard , de la marine royale, Emanuel Rousseau , Boulland , Dclpecii (de Paris), Pigeaux, Paccoud, de Bourg, Miquel, Deleau jeune, Jules Guérin, Lacorbièrc, Tan-
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chou et Serrurier. Quant à Bennati, dont la fin tragique a rempli de deuil le cœur de tous ses amis, je ne puis adresser qu'à sa mémoire les témoignages d'affection et de gratitude pour les efforts qu'il a toujours faits pour me favoriser.
Il serait de toute injustice d'oublier l'habile fabricant d'instrumens, M. Charrière, qui , avec un zèle désintéressé que je ne saurais assez reconnaître, a toujours tenu à ma disposition sa belle collection d'instrumens , que M. Acarie-Baron a reproduit avec tant de fidélité dans les planches qui accompagnent cet ouvrage.
Maintenant, il ne me reste plus qu'à recommander mon travail à l'indulgence du public, indulgence d'autant plus nécessaire, que c'est toujours un écueil pour un étranger que d'aborder un travail dans une langue aussi belle, aussi éminemment scientifique , mais en même temps aussi difficile que la langue française.
RECHERCHES PRATIQUES
SUR
LES CAUSES D'INSUCCÈS
DANS L'OPÉRATION
DE LA CATARACTE.
Ce n'est pas tout que d'avoir un œil exercé, une main sûre et prompte, pour pratiquer avec succès l'opération de la cataracte ; il est une foule de petits accidens qu'il faut prévoir, des causes d'insuccès qu'il convient de savoir éloigner, et qui sont souvent indépendantes du chirurgien; car malheureusement il est des circonstances où tout fait pressentir un succès complet, tandis que les suites sont loin de répondre aux espérances qu'avaient pu faire naître l'habileté de l'opérateur, la promptitude de l'exécution et la sûreté de ses manœuvres. Je connais des chirurgiens dont rien n'égale la dextérité dans le manuel de l'opération de la cataracte, et dont les revers sont désespérans.
Dans l'intention d'être utile à mes confrères, à ceux surtout qui débutent dans la pratique de cette opération , j'ai entrepris d'examiner les diverses causes qui peuvent la faire échouer, quel que soit le procédé mis en usage. Je dis quel que soit le procédé, car la plus grande hérésie chirurgicale du siècle consiste, selon moi, à vouloir adapter une méthode exclusive à tous les cas, en faisant plier les formes variées d'une maladie sous l'inflexible volonté d'une idée préconçue. Aussi m'éleverai-je toujours contre cet aveugle empirisme, et sans tenir compte des grands noms qui ont fait pencher la balance en faveur de tel ou tel procédé opératoire, je rechercherai la vérité basée sur l'expérience et prouvée par des faits authentiques. En suivant cette marche, et guidé par un éclectisme chirurgical indépendant de toute prévention, j'espère atteindre à mon but avec honneur et impartialité. Après une profession de foi de cette nature, qu'il me soit donc permis d'exprimer mon opinion avec franchise, bien décidé que je suis, à la dépouiller de toute personnalité, pour ne la sacrifier qu'à l'évidence des faits.
La plupart des méthodes opératoires pour guérir la cataracte sont bonnes, quand elles sont mises en pratique par un homme habile, et qui a acquis une expérience assez étendue dans cette branche de la chirurgie. S'il est des cas cependant où il n'est pas indifférent d'employer un procédé pour un autre, il en est aussi où, à dire le vrai , il v a autant de chances de succès pour l'une que pour l'autre des méthodes d'opérer. Dans ce cas, l'opérateur doit choisir celle qui lui est la plus familière ; car ce serait, à mon avis, une erreur très grande 'et peut-être bien funeste que de faire perdre au chirurgien les avantages réels que l'expérience et l'habitude lui promettent par le procédé de son choix, en lui en imposant un autre dans lequel il serait moins exercé. Je n'ai pas l'intention de tracer ici l'histoire des diverses manières de pratiquer l'opération de la cataracte, je renvoie pour cela aux ouvrages didactiques. Le parallèle des méthodes est encore plus éloigné de mon but, car il ne peut y avoir de comparaison exacte, que lorsque l'on peut étudier les effets et les résultats des divers procédés, dans les cas qui offrent la plus grande analogie , et l'on ne me contestera pas que cette ressemblance est non seulement bien rare à rencontrer, mais encore très difficile à saisir.
Quoique je sois persuadé que l'opération de la cataracte soit une des plus délicates et les plus difficiles de la chirurgie; quoique elle exige le plus haut degré de dextérité et de finesse , cculo manuque, je crois qurelle doit rentrer dans le domaine de la pratique de tout chirurgien qui étudie avec soin cette partie importante de la médecine opératoire. Mais, avant de tenter l'opération sur l'homme vivant, il faut faire de nombreux essais sur le cadavre et sur les animaux ; c'est surtout sur ces derniers qu'il importe de s'exercer pour acquérir la connaissance <ie la résistance des tissus à l'instrument tranchant, et des phénomènes traumatiques que les instrumens tranchans ou piquans développent sur l'œil, ou ses annexes, pendant l'opération. Les ophtalmologistesallemands, auxquels la science est redevable de si utiles découvertes , ont inventé des instrumens destinés à contenir des yeux de mouton et de porc , au moyen desquels on peut s'exercer dans le manuel des diverses méthodes. La plus utile et la plus parfaite de ces machines , connue sons le nom iïophtalmo-fantôme, est due au docteur Albert Sachs. On peut en trouver la description exacte dans la traduction de l'ouvrage de Weller (i). Depuis plusieurs années , j'ai été à même d'apprécier les avantages de ces masques, destinés à la manœuvre des opérations oculaires. Je renvoie, du reste, pour plus amples détails, à l'intéressante dissertation, publiée sur ce sujet, par Reisinger (2). Le modèle de cet instrumenta été communiqué , par moi , à M. Charrière, et l'on peut facilement s'en procurer chez cet habile fabricant.
Malgré toutes les précautions et les essais dont nous venons de parler, la plupart des jeunes chirurgiens sont embarrassés dans les premières opé-
(i) Weller , Traité des maladies des yeux , traduit par Pxiester, tome II, page 2G5.
(a) Diss. de exercitationibus chiiolechnicis et de con.stiuctione atque usa phantasmatis , in ophtalmologia. Goett, iSi/Jrations de cataracte ; car la mobilité et la sensibilité de l'œil rendent très-difficile l'introduction de l'instrument tranchant ou piquant, pour peu qu'il y ait d'hésitation dans la première manœuvre. Ceux qui ont beaucoup vu mettre en pratique les diverses manières d'opérer la cataracte, s'accordent à dire qu'il faut surtout savoir apprécier le moment favorable pour attaquer l'organe; c'est ce que ion appelle l'étude du temps: en appliquant, à cette signification pour la chirurgie , celle adoptée par le maître d'escrime.
Il est encore une précaution indispensable sur laquelle j'insisterai surtout, c'est de savoir apprécier les modifications diverses qu'apportent , à la couleur des instrumens, les tissus et les humeurs que l'on traverse, selon le degré varié de profondeur ou d'éloignemeni auquel ils se trouvent : cette counaissance est de la plus haute importance pour tenir l'instrument, piquant ou tranchant , dans une direction convenable, et empêcher qu'il ne laboure les tissus.
Les principales méthodes d'opérer la cataracte sont l'abaissement, qui est la plus aucienne ; l'extraction, qui date de moins loin, et la kératonvxis, qui est toute récente; c'est-à-dire qui a commencé quelques années avant la moitié du siècle passé , à moins toutefois que l'on ne veuille considérer comme une opération de kératonvxis celle que rapporte MayerneTurquet, et qui fut exécutée par une femme anglaise sur le iiis du comte de Warwieh en
— 6 — 1690 (i). Ces trois espèces d'opérations ont toutes pour but de déplacer, de chasser, ou de broyer le cristallin et ses annexes devenus opaques; mais elles sont elles-mêmes susceptibles de subdivisions que nous allons exposer dans le tableau ci-après.
Les causes qui peuvent faire échouer une opération de cataracte , quel que soit le procédé mis en pratique, sont de natures bien différentes: les unes sont inhérentes aux procédés eux-mêmes; les autres sont produites par des accidens prévus ou imprévus, arrivés pendant ou après l'opération, et que l'on n'a point pu combattre victorieusement. Il en est d'autres qui sont dues à la constitution des sujets, à la forme de l'œil, à l'incertitude du diagnostic de l'espèce de cataracte, au choix inopportun de la méthode opératoire, à la défectuosité des instrumens, à la mauvaise position des malades pendant l'opération; enfin au traitement consécutif. Elles peuvent être classées dans l'ordre suivant:
1° Accidens propres à toutes les espèces d'opération de cataractes ;
2° Accidens propres à chaque procédé en particulier, et qui seront énoncés en examinant ce procédé lui-même.
Afin de graver dans l'esprit des personnes qui étudient la chirurgie oculaire, une véritable idée de l'influence que ces accidens peuvent avoir sur la réussite de l'opération, je me propose de les exa-
— 7 — miner en détail et avec la plus grande attention. Je ferai ensuite tous mes efforts pour indiquer le traitement le plus favorable pour les combattre , ainsi que les ressources fournies par la médecine opératoire , afin de les éviter, ou pour tâcher d'y remédier. Cette entreprise est grande sans doute, et nécessite des connaissances plus étendues et plus profondes que les miennes; heureusement les leçons et les conseils de nos maîtres sont encore présens à notre mémoire , et c'est surtout les résultats de leur expérience que je présenterai à mes lecteurs. Dans l'exposé des faits qui me seront indispensables comme preuves, ou comme exemples, je n'invoquerai ceux qui me sont personnels , que lorsqu'ils me sera impossible de m'en abstenir.
Afin de rendre plus appréciables les deux grandes divisions principales que nous avons apporté dans l'énumération des causes qui font échouer l'opération de la cataracte, nous avons dressé, ci-contre, un tableau synoptique , indiquant les divisions des diverses méthodes de pratiquer celte opération.
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— 10 — D'après le tableau que nous venons d'indiquer un peu plus haut , l'opération de la cataracte doit être partagée en trois grandes catégories, qui peuvent elles mêmes fournir des modifications opératoires, assez tranchées pour former autant des méthodes diverses.
Ces principales catégories ou divisions sont : A. Le déplacement du cristallin opaque de l'axe visuel, et qui se pratique : 1° en pénétrant dans l'œil à travers la sclérotique et en y immergeant le le cristallin clans le corps vitré; c'est l'abaissement proprement dit , ou scléroticonyxis. 2°. A travers la sclérotique , en faisant la ponction de cette tunique beaucoup plus loin que dans l'abaissement ordinaire , à trois lignes au moins de son union avec la cornée, en traversant la membrane hyaioïde pour attaquer le cristallin par la face postérieure. Cette méthode, proposée et exécutée par Bowen, se nomme sclérotico-hyalonyxis. 3°. Le broiement au moyen duquel, en suivant les règles de l'abaissement proprement dit , on broie et l'on triture le cristallin et ses annexes, dont les fragmens sont abandonnés dans la chambre postérieure, ou jetés, en partie ou en totalité, dans la chambre antérieure pour faciliter leur absorption, soit que l'on suive la méthode de Scarpa , soit que l'on exécute celle d'Adams, qui consiste à couper le cristallin avec un petit couteau-aiguille. 4°. Par la rétroversion ou réclinaison , procédé dans lequel le cristallin est déplacé hors de son axe t
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de manière que la face antérieure de l'organe vienne se placer en haut, et la face postérieure en bas. 5°. Par la kératomi -réclinaison, méthode usitée en Egypte depuis un temps immémorial , et dont les détails m'ont été transmis en 1820 par mon ami le docteur Herbeer, dont j'ai été à même de vérifier l'exactitude dans les lettres écrites du Caire par M. le docteur Pariset , et insérées dans le Moniteur. Ce procédé, ainsi que l'indique son nom, est un opération mixte qui consiste à inciser avec une lancette, garnie de linge, la cornée transparente dans le lieu indiqué par David ; puis à introduire une petite spatule d'or, plate, au travers de la solution de continuité de la cornée, pour abattre le cristallin de haut en bas, et le plonger dans le corps vitré. 6°. Par la sclérotomi-réclinaison , qui ne diffère du procédé égyptien qu'en ce que l'on fait la section de la sclérotique à la partie inférieure, à une ligne de son union avec la cornée transparente. 7°. Enfin par la méthode du professsur Giorgi, d'Imoia, laquelle est encore un procédé mixte, consistant à inciser la sclérotique dans le lieu d'élection pour l'abaissement ordinaire, avec un couteaulance, à deux lames, formant pinces, s'ouvrant et se fermant à volonté , et au moyen duquel on peut non seulemnt abaisser le cristallin, mais encore l'extraire au besoin , en partie ou en totalité avec sa capsule.
B. L'extraction du cristallinetde ses enveloppes y cette méthode évidemment connue des anciens.
- 12 — mais oubliée depuis long-temps , jusqu'au moment où elle fut remise en pratique par Saint-Yves et Daviel, s'exécute: 1°. en incisant la cornée transparente à sa partie inférieure, avec un seul ou plusieurs instrumens , comme le faisait le chirurgien de Marseille , et à sa partie supérieure, à droite, à gauche ou latéralement, comme le pratiquaient Wenzelet Santarelli(l). 2° En faisant une ouverture aux divers points delà sclérotique, comme le proposaitBenjaminBell, qui fit ses expériencessur lecadavre ; et comme l'exécutèrent Earle et Lobenstein qui opérèrent sur le vivant. Quadri incise la sclérotique à l'angle externe , à deux lignes de la cornée avec le couteau de Wenzel : il introduit par cette ouverture, un instrument en forme de pince dont il applique une branche sur la face antérieure du cristallin, et l'autre sur sa face postérieure, en enlevant ainsi le corps et sa capsule. Enfin , en mettant en usage une méthode mixte, proposée et exécutée par Adams , et successivement par Quadri , qui consiste à inciser la cornée a sa partie inférieure, pour aller chercher la capsule du cristallin , en même temps qu'une aiguille , introduite dans le lieu d'élection pour la scléroticonyxis , broie et réduit en pièces la lentille.
C. La Kératonyxis , ou abaissement antéro-postérieur, soit que la cornée soit percée en haut, en
(i) Santarelli , Ricerehe per facilitare l'cstrazionc délia Cateratta, Vienne, 1798, in-8°.
bas , en côté par les méthodes de Col de Villards , de Conradi, Buchorn, Montain, en déprimant la cataracte en masse avec ses annexes : soit qu'on la brise ainsi que le pratiquaient Saunders, Farre, en laissant la capsule en place, ou en broyant le tout, comme l'exécutent Travers, Tyrrel,ou selon la modification que j'ai apportée à ce procédé.
Chapitre II
ACCIDENS PROPRES A TOUTES LES ESPECES d'0PERATI0\S DE CATARACTE.
Quelle que soit la méthode dont on ait fait choix pour opérer la cataracte , il est des accidens qui en sont tout à fait indépendans ; ils s'observent aussi souvent dans l'abaissement qu'après l'extraction : on aurait donc grand tort de les attribuer plutôt à une méthode qu'à une autre. La vérité garde un juste-milieu, et ce serait une grande et fatale prévention que de reprocher à un procédé la fréquence des accidens qui accompagnent souvent son exécution , tandis que l'expérience prouve à ceux qui mettent indistinctement en pratique toutes les méthodes, qu'ils peuvent survenir à la suite de chacunes d'elles. Ces accidens peuvent-être classés dans Tordre suivant :
i° Les erreurs de diagnostic de l'espèce de cataracte, ses adhérences méconnues, et l'incertitude de ses complications.
2° Le choix d'un procédé peu convenable.
3° La position désavantageuse du malade pendant l'opération, et celle-ci pratiquée sur les deux yeux en même temps,
4° La défectuosité des instrumens employés.
5° L'influence de quelques maladies, et les phénomènes morbides qui se manifestent pendant et après l'opération.
6° Le concours d'une saison défavorable et le mauvais état de l'œil.
7° L'hésitation dans le traitement consécutif, ou l'usage peu approprié des moyens thérapeutiques.
8° Enfin, l'exposition prématurée de l'œil opéré à la lumière.
Chapitre III
ERKEURS DE DIAGNOSTIC DE L'ESPECE DE CATARACTE ET DE LA NATURE DE SES ADHERENCES.
Ce n'est point ici le lieu de faire l'histoire des différentes espèces de cataracte. Je renvoie pour cela aux ouvrages deBeer, Richter, Scarpa et Gulhrie , ainsi qu'à un mémoire qu'a récemment fait insérer dans un ouvrage périodique mon ami le docteur
Jules Siebel (1).
Mais comme il est fort avantageux , pour le
succès de l'opération , de connaître à quelle espèce
(i) Lancette française, i833.
— 15 — de cataracte l'on a affaire, afin d'augmenter les chances de réussite, je vais entrer dans quelques détails à ce sujet , puisque le résultat du diagnostic, peut faire choisir un procédé de préférence à un autre. En effet, il est facile de concevoir que si Ton avait les moyens de s'assurer, si la cataracte est membraneuse ou non, on prendrait d'avance les précautions convenables pour détruire en même temps le cristallin et sa capsule; car, ce n'est point sans augmenter les probabilités de la chute du corps vitré qu'on tente de retirer de l'œil une capsule opaque, lorsqu'on a déjà extrait le cristallin. Malheureusement, le diagnostic est souvent bien difficile et bien obscur; il est aisé de s'en convaincre en lisant tout ce qui aété écrit de contradictoire à ce sujet. Aussi le professeur Scarpa(l) disait-il : qu'à l'exception de la cataracte congéniale, qui est loutours fluide en totalité ou en partie, et la cataracte membraneuse consécutive à la dépression ou à l'extraction du cristallin , il ne croyait pas qu'il fut toujours possible de déterminer d'avance la consistance de celte lentille. Adam s (2) s'élève avec force contre l'opinion du professeur de Pavie , et pense que dans tous les cas, un oculiste exercé se trompera rarement sur la nature de l'altération
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The end
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