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Manuel de physiologie de l'homme et des principaux vertébrés : répondant à toutes les questions physiologiques du programme des examens de fin d'année

B. J. Béraud · 1853 · Scanned text

422,539 words · about 29 h 35 min to read

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About this book

Author
B. J. Béraud
Language
French
Published
1853
Length
422,539 words · about 29 h 35 min
Sections
54 reader sections
Text
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Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (54)
  1. Front matter about 2 min
  2. Préface about 6 min
  3. Chapitre Premier. Résultats Généraux De L’organisation about 16 min
  4. SECTION II. Mort. — Mortalité about 10 min
  5. Chapitre II. Des Résultats Spéciaux De Inorganisation about 37 min
  6. SECTION III. De l'hérédité about 31 min
  7. Chapitre Premier. De La Digestion about 51 min
  8. SECTION IV. De l’acte buccal about 26 min
  9. SECTION V. De l’acte pharyngo-œsophagienj ou de la déglutition about 16 min
  10. SECTION VI. 33e l’acte stomacal, ou de la chymification about 2 h 48 min
  11. Section VIII about 34 min
  12. SECTION IX. 33e l’acte secondaire peritoneal about 3 min
  13. Section X about 3 min
  14. SECTION XI. Tùe la digestion des boissons about 21 min
  15. Section XII about 1 h 7 min
  16. Chapitre III. De La Respiration about 3 min
  17. Section I about 3 min
  18. SECTION II. De l’inspiration about 41 min
  19. SECTION III. De l’expiration about 16 min
  20. SECTION IV. De l’hématose, ou phénomènes chimiques de la respiration about 36 min
  21. SECTION V. Théorie de la respiration about 40 min
  22. Chapitre IV. De La Circulation about 51 min
  23. Section VI about 39 min
  24. Livre II Des Fonctions Reproductrices, D’ou Conservation about 7 min
  25. Chapitre Premier. De I.a Fonction Spermatique about 1 h 19 min
  26. SECTION I. De l’acte ovarien about 29 min
  27. SECTION II. De l’acte vecteur about 11 min
  28. SECTION III. De l’acte du coït chez la femme about 29 min
  29. SECTION I. Développement de l’œuf Fécondé about 23 min
  30. SECTION II. Développement de l'embryon about 1 h 7 min
  31. SECTION III. Se la naissance about 7 min
  32. Chapitre Premier. Fonctions Remplies Pau Les Appareils Des Sens about 2 h 57 min
  33. SECTION IV. Du sens de l’odoraî about 1 h 57 min
  34. Livre IV. Des Fonctions Cérébrales, Ou De La Vie Spéculative about 2 min
  35. Chapitre Premier. De La Fonction Des Affections, Ou Des Penchants Et Des Instincts about 19 min
  36. SECTION I. De la conception about 3 min
  37. Section II about 44 min
  38. SECTION III. Usages des muscles about 1 h 13 min
  39. SECTION V. Usages des vaisseaux about 26 min
  40. SECTION VI. Usages des membranes about 5 h 39 min
  41. Section VI. De l’acte stomacal, ou de la chymification 101 under 1 min
  42. Section 1 II. De l’acte des intoslins, ou de la chylification 160 about 1 min
  43. Section III. De l’expiration 273 under 1 min
  44. Section IV. De l’hématose, ou phénomènes chimiques de la respiration. . 281 under 1 min
  45. Section V. Théorie de la respiration 300 1* Origine de l’acide carbonique . . 301 under 1 min
  46. Section I. Acte circulatoire des capillaires généraux et pulmonaires . . . 322 about 1 min
  47. Section I. Station 588 Station verticale 589 under 1 min
  48. Section I. Instincts personnels ou égoïstes ib under 1 min
  49. Section II. Instincts sociaux ib about 1 min
  50. Section III. Usages des muscles ib about 1 min
  51. Section IV. Usages des glandes ib under 1 min
  52. Section V. Usages des vaisseaux . . ib. Usages du cœur ib under 1 min
  53. Section VII. Usages des organes nerveux et des nerfs 723 about 1 min
  54. Section VI. Des conditions nécessaires à l’innervation 854 about 1 min

Continue:

Front matter

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Préface

Mettre entre les mains des élèves un livre qui leur présente d'une manière claire, simple et précise, les principes de la Physiologie de l'homme et des principaux vertébrés, tel a été le but que nous nous sommes proposé.

Cette tâche difficile nous a-t-elle forcé de sacrifier la science en la rendant assez exiguë pour la faire entrer dans les étroites limites de cet ouvrage? Non.

Aujourd'hui la Physiologie est assez riche de faits positifs pour que nous nous soyons cru autorisé à rejeter sur un plan secondaire tout ce qui n’est qu'hvpothèses et stériles spéculations.

Nous avons donc pu parcourir ainsi un champ plus vaste qu’on çe l’a fait jusqu’à ce jour, et présenter dans un cadre plus étendu toutes les questions de physiologie contenues dans les programmes des Facultés de médecine de Paris et de Strasbourg.

Quelques personnes, en voyant le mot Manuel à la tête de notre ouvrage, seront tentées de nous juger sévèrement, et ne prendront môme pas la peine de nous lire, bien convaincues que nous n’avons pu introduire dans la science qu'une fade compilation. Qu’importe! si nous avons atteint notre but, et si nous avons donné une méthode nouvelle pour l’étude et pour l’enseignement delà Physiologie.

Cette méthode nous a permis de diviser cette science en six branches, la plupart négligées jusqu’ici ou bien confondues avec les fonctions qui avaient tout absorbé.

Nous n’avons donc pas un seul instant perdu de vue la question scientifique; et comment, d’ailleurs, aurions-nous pu encourir ce reproche lorsque nous étions guidé et inspiré par un des plus grands anatomistes de l’époque, M. Charles Robin; lorsque nous n’avions qu'à reproduire tant d’expériences ingénieuses que nous avions vu exécuter à notre célèbre physiolo-

VIII

PRÉFACE.

giste, M. Claude Bernard; lorsque nous avions sous les yeux les ouvrages si remarquables de l'illustre professeur de Physiologie de la Faculté de Paris, M Bérard, qui, par ses savantes leçons, nous avait déjà rendu si attrayante l’étude de la science qu’il enseigne depuis plus de vingt ans, et de M. Longet, qui s’est acquis une si juste réputation par ses expériences sur les animaux ; lorsque nous puisions dans les mémoires originaux et dans les ouvrages de MM. les professeurs Adelon, Andral et Gavarret, Becquerel, Bouchardat, Bouillaud, Chevreul, Despretz, Dumas, Flourens, Gerdy, Magendie, Milne Edwards, Régnault, Serres, Wurtz, de MM. Sandras, Beau, Mialhe, Blondlot, Bouisson (de Montpellier), Brown-Séquart, etc., et dans les ouvrages des auteurs étrangers, tels que Mueller, Burdach, Kobelt, etc.

Je n’oublierai jamais que si j'ai pu mener ce livre à bonne fin, je le dois surtout au dévouement d’amis dont le nom ne s’effacera jamais de mon cœur. Je suis heureux de pouvoir leur témoigner publiquement toute ma profonde reconnaissance.

Je remercie M. Charles Robin de la bienveillance qu'il m’a témoignée pendant la rédaction de ce Manuel, qu'il n'a pu exécuter lui-même à cause de ses grandes publications sur l’Anatomie et la Physiologie. Puisse le résultat de mes efforts lui prouver que je sais mettre à profit ses conseils et ses savantes leçons ! Ce sera toujours pour moi un bien noble orgueil d'avoir été le collaborateur de celui qui marche sur les traces de l'immortel Bichat.

M. Charles Robin ayant revu toutes les épreuves de ce Manuel de Physiologie, j’ai mis à profit toutes les corrections et toutes les observations qu’il a bien voulu me faire.

Paris, lf 1 " juin 1 Sr>.'>.

Béraud.

MANUEL

DE PHYSIOLOGIE

DE L’HOMME

ET DES PRINCIPAUX VERTÉBRÉS.

Définition. — On appelle physiologie la science qui a pour sujet l’étude des corps organisés à l’état dynamique, c’est-à-dire agissants, et pour objet la connaissance des phénomènes qu’ils présentent. L’étude de la physiologie suppose déjà l’anatomie connue. On trouve dans la science d’autres définitions ; voici les principales :

La physiologie est la science des phénomènes et des propriétés de la vie. (Gcrdy.)

C’est cette vaste science naturelle qui étudie la vie partout où elle existe, et qui en recherche les caractères généraux. (Magendie.)

C’est la science qui étudie les propriétés des corps organiques , animaux et végétaux, les phénomènes offerts par ces corps et les lois suivant lesquelles s’accomplissent leurs fonctions. (Mueller.)

C’est la science qui traite des phénomènes des êtres vivants et qui recherche les lois et les conditions de ces phénomènes dans l’état de santé. (P. Bérard.)

Nous avons préféré adopter celle que nous avons entendu professer par AL Robin, dans ses cours, parce que celle-là seule montre bien quel est le sujet de la physiologie et dans quel but on l’étudie.

Les anciens philosophes désignaient par le mot physiologie (tpuatç, nature; ï°y°;, discours) l’étude de la nature entière. Mais, à mesure que les sciences ont fait des progrès, on a de plus en plus restreint le sens de ce mot. Bientôt on ne l’a plus employé que pour désigner les phénomènes qui se passent dans les corps vivants. Puis on a distingué une physiologie animale (zoobiologie de Blainville) et une physiologie végétale (phytobiologie). On a encore donné le nom de physiologie pathologique à cette partie de la physiologie qui traite des actes offerts par un être dont une partie ou la totalité de l’organisme présente quelque lésion, altération ou dérangement, et enfin de physiologie normale à celle qui en traite dans l’état de santé.

MANUEL DE PHYSIOLOGIE.

En nous basant sur la classification donnée par M. Robin dans ses Tableaux d’anatomie , nous voyons que la physiologie comprend six branches principales. Chacune traite d’un ordre d’actes se passant dans chacun dos divers ordres de parties que forme la matière organisée. Il s’accomplit toujours plusieurs actes d’ordres divers à la fois , simultanément; mais pour les comprendre il faut les étudier l’un après l’autre , successivement. (Ch. Robin.) Ces actes sont distingués en plusieurs ordres d’après ce fait, que les uns sont simples , ou élémentaires , et les autres de plus en plus compliqués. Ils sont énumérés en procédant des plus complexes aux plus simples.

I. A la notion de corps en général ou d'organisme pris dans son ensemble à l’état statique, correspond au point de vue dynamique la notion de résultat général (hérédité, vitalité, mortalité, etc.).

II. A la notion d'appareil correspond la notion de fonction qui sont, par exemple : la respiration, la locomotion, etc.

III. Aux organes se rapportent les usages spéciaux, comme, par exemple : de muscle extenseur, rotateur, canal excréteur de l’urine, de la bile, etc.

IV. Si l’anatomie nous apprend qu’il existe des systèmes , la physiologie doit nous en indiquer les usages généraux et l’importance relative.

V. A la notion de tissus se rapporte l’étude des propriétés que ces mêmes tissus présentent Exemple : élasticité, consistance, etc.

VI. Enfin à la notion d'éléments anatomiques correspond l’étude des propriétés dites vitales ou organiques élémentaires.

Voilà donc notre plan tout tracé; nous n’avons plus qu’à le suivre, et nous verrons se dérouler devant nous tous les phénomènes qui sont dans le domaine de la physiologie. Nous aborderons ainsi l’étude du corps humain par les phénomènes les plus évidents, les plus extérieurs, pour arriver successivement vers les actes les plus cachés. Nous aurons ainsi sui\i la marche naturelle, de l’esprit humain dans l’étude des sciences.

PREMIERE PARTIE

PHYSIOLOGIE DE L’ORGANISME CONSIDÉRÉ DANS SON ENSEMBLE.

Au premier examen que l’on fait du corps humain, on aperçoit bientôt des actes, résultats de l’ctat d’organisation complexe que présente ce tout. Ils sont faciles à constater pour la plupart avec le secours d’un ou de plusieurs de nos sens.

Ces résultats peuvent être spéciaux ou généraux. Les résultats spéciaux, dit M. Robin ( Tableaux d’anatomie, 1851), sont : la production de chaleur en rapport spécialement avec la propriété élémentaire de nutrition ou actes de combinaison et de décombinaison que présente dans certaines conditions toute substance organisée, et qui est dite alors vivante ; l 'hérédité, qui se rattache aux fonctions de reproduction, et en particulier à ce fait, que les éléments organiques les plus simples ont généralement la propriété d’en reproduire un semblable à eux par segmentation , et la production de V électricité en rapport surtout avec les fouctions animales. Les résultats généraux sont la vitalité, qui diffère dans chaque individu plus ou moins selon l’état de l’ensemble des actes simples dont celui-ci représente l’expression commune; puis la mort ou la mortalité. Nous allons commencer l’étude de ces résultats par les plus généraux.

i

Chapitre Premier. Résultats Généraux De L’organisation

SECTION Ire.

Vie. — Vitalité.

Définition. — Ou donne le nom de vitalité ou de vie au mode d’activité propre aux corps organisés; comme on a appelé mouvement en masse ou mécanique, cl mouvement moléculaire ou chimique, les modes principaux d’activité des corps bruts. « Le plus général des actes manifestés par les corps organisés est celui qui a reçu le nom de nutrition quand il est envisagé dans les éléments anatomiques et les tissus. Quand il est envisagé dans l’ensemble de l’organisme, il est quelquefois appelé vie, parce qu’il est la condition d’existence de tous les autres actes, même élémentaires. En effet, sans nutrition pas de développement, ni reproduction, ni contrac-

MANUEL DE PHYSIOLOGIE.

lion, ni sensibilité. Cet acte, le plus général et le plus simple que présentent les corps organisés, doit être défini ici, car il est en même temps définition de la vie, lorsque au lieu de procéder du composé au simple ou va du simple au composé. Cet acte est caractérisé par un double mouvement de combinaison et de décombinaison que présente d’une manière continue et sans se détruire tout corps organisé placé dans des conditions ou milieux convenables. La physiologie supposant l’anatomie , nous supposons ici connu ce qu’onentend par état d’organisation simple ou complexe. » (Ch. Robin.)

Ainsi les corps organisés sont soumis aux lois qui régissent les corps inorganisés, mais ils possèdent de plus qu’eux une activité spéciale qui doit toujours établir entre eux une grande différence. Le nom de vie ou de vitalité donné au mode d’activité spécial aux corps organisés fait dire d’eux qu’ils sont vivants quand ils le manifestent. D’où les expressions de corps organisés vivants ou simplement corps vivants. On donne le nom de vital à tout ce qui se rattache à l’étude de la vie. On appelle phénomène vital et phénomènes vitaux chacun de ceux que présentent les corps vivants.

Modes de vitalité. — La vie ou vitalité se présente sous trois modes principaux. Elle est végétale , animale et sociale.

1er mode. De la vie végétale, ou végétalité. — Ce mode de vitalité est soumis à trois lois qui sont :

1° La loi de nutrition, loi fondamentale inséparable de la vie. Aussi elle existe même dans les corps vivants dont l’organisation est la plus simple.

2° La loi de développement, c’est-à-dire la faculté de naître, grandir et mourir.

3° La loi de reproduction, c’est-à-dire la faculté de créer un nouvel être semblable a celui qui 1 a créé dans le but de perpétuer l’espèce.

2e mode. De la vie animale, ou animalité. — L’être animal est soumis aux trois lois qui régissent les végétaux, mais de plus, il est régi par trois autres qui caractérisent le 2e degré de la vie.

1 ° La loi du besoin alternatif d'activité et de repos. — Cette loi est non moins essentielle à la vie animale que ne l’est dans la vie organique la loi de rénovation matérielle ou de nutrition. De la juste satisfaction de cette loi dépend le plaisir proprement dit, tandis que la santé se rapporte surtout à l’état continu des organes nutritifs.

2 La loi de l habitude cl de l'imitation. — C’est en vertu de cette loi si lumineusement fondée par Richat, que nous pouvons reproduire spontanément des fonctions périodiques. Cependant il faut faire une îestriction pour 1 imitation qui ne se trouve que dans les espèces sociables.

.» La loi de perfectionnement. — Résultat des deux précédentes. Lette loi consiste en ce que tout appareil animal se développe par

VIE. — VITALITÉ. 5

l’exercice habituel, et s’amoindrit, s’atrophie même par la désuétude prolongée; elle établit aussi que la répétition, surtout périodique, facilite chaque fonction intermittente qui tend ainsi à devenir inaperçue ou involontaire. C’est en vertu de cette loi que l’être supérieur peut améliorer non seulement sa situation, mais sa propre nature.

3" mode. De la vie sociale, ou sociabilité. — Comme ici l’homme n’est plus envisagé individuellement , mais l’état d’agglomération sociale, nous ne croyons pas devoir insister sur cette question qui sort du cadre de ce livre.

J’emprunte à un manuscrit de M. Robin le tableau suivant qui résume les lois de la vie.

I. Vegetalite.

II. Animalité.

TABLEAU SYNOPTIQUE RESUMANT LA COORDINATION DES LOIS FONDAMENTALES DE LA BIOLOGIE DYNAMIQUE, OU PHYSIOLOGIE.

loi. Nutrition ou vie proprement dite, ou loi do nutrition , d’où chaleur et peut-être électricité. loi. Développement, d’où les âges et la mort.

loi. Reproduction, d’où hérédité. loi. Loi d'exercice (l’observation montre que par cela seul qu’un appareil animal existe, il a besoin de s’exercer sans que la cause première en soit déterminable), d’où influence sur les êtres extérieurs.

loi. Loi d' intermittence d'action, d’où habitude et imitation. loi. Loi de perfectionnement, résultat des deux autres, d’où progrès. lr" loi. Loi des trois états : théologique ou fictif, métaphysique ou oiseux, positif ou réel.

2” loi. Loi de classement ou de coordination.

3” loi. Loi d'activité pratique, résultat complémentaire des deux autres V lois.

L’être végétal est caractérisé physiologiquement par la véijétalité seule , ou 1" degré de vie ; il n’a que ses trois lois.

L'être animal est caractérisé par la végctalité, plus l'animalité, ou 2“ degré de vie reposant sur le précédent ; il en a les trois lois, plus les trois qui lui sont propres.

L’être social est caractérisé par la sociabilité, ou 3” degré de vie, qui repose immédiatement sur le précédent, comme celui-ci sur le premier; il est doué des trois degrés do vitalité et assujetti aux trois lois de chacun d'eux.

VITALITE

PRÉSENTANT TROIS DEGRÉS, ASSUJETTIS CHACUN A TROIS LOIS:

3”

III. Sociabilité.

fi

MANUEL J)E PHYSIOLOGIE.

Périodes de la vie. — Chaque individu parcourt pendant son existence une série d’espaces plus ou moins éloignés que l’on appelle phases ou périodes, ou âges, il en est quatre bien distincts.

1“ Age fœtal. — Portion de la vie qui se passe dans l’œuf, vie intra-utérine des mammifères ; état durant lequel on voit un germe, informe, mou, gélatineux, revêtir tout à coup une organisation d’abord simple, puis plus compliquée, pour arriver ainsi jusqu’à un degré plus ou moins élevé dans la série des êtres. Cette période de la vie se rapproche beaucoup d’abord de la végétalilé et elle tend chaque jour à s’en éloigner davantage.

2“ Enfance. — Phase d’accroissement et d’éducation dans laquelle l’animal prend plus de matériaux qu’il n’en laisse échapper. Le premier degré de \italité, c’esl-à-'dire la végétalilé domine encore; mais bientôt ou voit le deuxième degré se montrer plus puissant.

3° Age adulte ou état parfait. — Ici, l’animal a acquis et sa forme définitive et sa taille complète; le mouvement de composition et •le décomposition est dans un équilibre à peu près parfait. L’animal jouit alors de toute sa force, de toute sa puissance. C’est dans cette période qu’il consacre une partie du superflu de la nutrition à la reproduction de nouveaux êtres semblables à lui.

4° Vieillesse. — C’est la période de la vie où l’équilibre entre le mouvement de composition et de décomposition se détruit, où l’animal perd plus qu’il ne gagne. Aussi l’amaigrissement, l’atrophie, l’irrégularité dans les mouvements ne tardent pas à survenir.

Durée de la vie. — Les phases que nous venons de parcourir peuvent avoir, chacune en particulier, une durée variable , et cette durée n’est proportionnelle à quelqu’une de ces parties et leur ensemble que chez certains animaux. Si, chez les mammifères on a pu dire avec quelque raison que la durée totale de la vie était en rapport avec celle de l’enfance, cette règle, déjà sujette à des irrégularités assez fortes, ne serait pas applicable aux autres animaux. On ne peut guère non plus établir de rapports constants entre la durée de la vie et la complexité de l’organisation ; bien que, en général, les animaux à organisation complexe, à individualisation et centralisation plus intenses , vivent plus que les autres. Mêmes incertitudes relativement à la taille, quoique en général les grands animaux vivent plus que les petits. D’ailleurs , c’est une chose fort difficile à établir que cette durée chez les animaux sauvages. Contentons-nous donc de donner, à ce sujet, quelques aperçus comparatifs. — Les deux extrêmes de l’échelle animale pourraient, jusqu’à un certain point, nous offrir aussi les deux extrêmes sous le rapport qui nous occupe : en effet, c’est certainement une des plus courtes existences vivantes que celle des infusoires qui , dans une matière en fermentation , se produisent par

VIE.

VITALITÉ.

milliers. Les plus complexes d’entre eux ont aussi une vie plus durable et plus variée ; il en est même qui sont susceptibles de la perdre et de la reprendre à diverses reprises. Le rotifère a joui , sous ce rapport, d'une grande célébrité, grâce aux remarques de Spallanzani et d’autres; desséché dans le sable ou la vase où il prend naissance, il semble mort , et peut être ainsi conservé des années entières, puis reprendre sou activité quand cette vase est humectée, délayée dans de l’eau nouvelle. Mais Morren et de Blainville ont bien constaté qu’il ne recouvre point la vie quand il est desséché à nu ou à une température égale à celle qui coagule l’albumine.

Nul doute que les polypes à polypiers, considérés en masse, ne jouissent d’une longue existence; mais il est peu probable que chaque individu pris en particulier, soit dans le même cas : la formation même des récifs et des îles que leur amas constitue prouve que la portion vivante est bientôt étouffée par la portion calcaire; c’est une famille qui se perpétue; mais dont les nouveaux rejetons concourent par leur développement à faire périr leurs ascendants.

Certains mollusques peuvent vivre jusqu’à trois à quatre ans. Parmi les articulés la durée de la vie paraît être un peu plus longue.

Dans les poissons on a vu la vie se prolonger jusqu’à cent cinquante et deux cents ans, comme chez les carpes. On a vu des serpents vivre quarante à cinquante, ans et même plus. Quelques oiseaux se font remarquer aussi par leur longévité. On sait, par exemple, que le corbeau, le perroquet, la cigogne, peuvent dépasser quelquefois moitié de la durée de la vie humaine.

De nombreuses variations se remarquent parmi les mammifères eu égard à la longévité. Et quoique, en général, les plus grands vivent plus longtemps que les petits , il n’y a point de proportion exacte a établir sous ce rapport, surtout si on les compare à l’homme, chez lequel le terme de la xie peut être approximativement fixé à quatre-vingts ans: puisque le cheval et le bœuf ne vivent que vingt à vingt-cinq ans , le chameau de quarante à cinquante , l’éléphant de cent vingt à deux cents tout au plus ; tandis que le chien, le chat peuvent aller jusqu’à quinze ans environ; qu’un ours a vécu, dit-on , quarante-sept ans dans les fossés de Berne où il était né. (Dugès.)

Peut-être la règle serait plus exacte en mettant à part l’homme, sur lequel la civilisation a plus d’influence que sur les autres mammifères; mais il est impossible de ne pas tenir compte de ce qui a lieu sous cette condition, vu la difficulté d’observer les animaux libres. De là, en effet, l’incertitude où nous sommes sur l’âge auquel parvient la baleine; car c’est d’une manière tout à fait conjecturale que Buflon a pensé qu’elle pouvait parcourir plus de dix siècles. Il n’avait lias même ici, pour en juger, le moyen de faire une juste application de la règle assez vraie, du reste, qu’il a établie pour les mammifères eu général, savoir : que la durée de leur vie est proportionnelle au

MANUEL DE PHYSIOLOGIE.

temps qu’ils mettent à prendre leur complet développement. (Dugès.)

La durée moyenne de la vie humaine tend plutôt a s’accroître qu a décroître.

D’après Ulpien, qui écrivait sous Alexandre Sévère, et d’après les dénombrements de l’empire romain, depuis Servius 1 ul lins jusqu a 1000 plus tard, elle était tixéc à trente ans. ( Mémoires de l Académie royale de médecine. Paris, 1828, t. I, p. 31.)

A Paris, d’après les recherches deVillermé, la mortalité relative était : au xivc siècle, de 1,17 ; au xvne siècle, de 1,26 ; au xixc siècle, d’après Benoiston de Chàteauneuf, elle est de 1,39.

De 18 ans 3 mois que la vie moyenne était à Genève au xvic siècle, elle s’était élevée, en 1826, à 38 ans 10 mois.

Enfin , Charles Lejoncourt , faisant des calculs sur des bases plus larges, a établi que la moyenne générale de la vie s’est successivement élevée de 22 à 29, de 29 à 36, et si l’on en croit quelques statisticiens, à 38 et 40 ans en France.

La durée ordinaire chez tous les peuples est de 70 à 80 ans. Elle est toujours la même , d’après Lejoncourt , quoique Haller prétende qu’elle a augmenté.

La vie peut cependant se prolonger au delà de ses limites ordinaires, et, chose étonnante, le nombre des centenaires est plus élevé de nos jours dans une seule des grandes puissances de l’Europe qu’il ne l’était encore dans l’Italie entière l’an 74 après J.-C. A cette époque, on a compté 63 centenaires. Lejoncourt porte aujourd’hui ce nombre à 170. En Angleterre, il y a 1 centenaire sur 3,100 individus; en Russie, 1 centenaire sur 243.

Influence du milieu sur la vie. — « L’idée de vie ne suppose pas seulement, dit M. Robin [Du microscope cl des injections, p. 120), celle d’un être organise de manière à comporter les phénomènes qui constituent l’état vital; elle suppose encore l’idée non moins indispensable de l’ensemble total des circonstances ou agents extérieurs physiques et chimiques, propres à fournir à l’être organisé les principes immédiats ou matériaux nécessaires à la nutrition et à la manifestation des autres propriétés de ses éléments anatomiques. C’est à cet ensemble de conditions que l’on donne le nom de milieu.

» L’idée de vie ou de corps vivant et celle de milieu sont deux idées inséparables l’une de l’autre; il n’y a pas vie possible sans un milieu convenable à l’accomplissement des phénomènes propres aux corps organisés. »

Le milieu a une telle influence sur la vie que, dans certains cas, il suffit pour la faire reparaître alors qu’elle semblait éteinte. Ainsi sont les vibrions, les rotifères, etc.

La vie peut être subordonnée dans sa durée et dans ses manifestations aune foule de causes extérieures. Ainsi, Malpighi nous ap-

VIE. — VITALITÉ.

preiul que pendant l’été les papillons vivent moins de temps que pendant le commencement de l'hiver. Beaucoup d’insectes , au contraire, périssent par le froid. Bien des accidents résultent, pour les animaux sauvages, de leur vie libre et aventureuse : les uns se noient, les autres se blessent et périssent, malgré la ténacité de leur vie. Quelques uns périssent par l’ingestion d’aliments vénéneux. Cependant ce cas est rare, car l’instinct de ces animaux les fait s’abstenir pour la plupart des substances malfaisantes ; et, d’ailleurs, il est beaucoup d’aliments délétères pour l’homme qui ne le sont point pour une foule d’animaux. Quant à l’homme , moins sujet à ces nombreuses causes qui peuvent faire cesser sa vie, on voit les maladies amener chez lui des troubles assez fréquents. C’est l’étude de ces maladies qui fait l’objet de la pathologie.

Les saisons ont une grande influence sur la vie. Le printemps ramène une activité générale dans toute la nature, et la chaleur de l’été contribue généralement à entretenir ces changements.

Cependant la chaleur excessive engourdit, par exemple, les caïmans et les boas sous les tropiques, d’après Humboldt ; mais, dans nos climats, c’est l’hiver que les reptiles tombent dans la torpeur et que certains mammifères passent à une sorte de sommeil particulier , sommeil hibernal, dont nous traiterons ailleurs. (Dugès.)

Les alternatives d' apparition et de disparition du soleil modifient aussi l’activité vitale. Le plus grand nombre dort la nuit et s’éveille le jour, c’est-à-dire qu’il subit l’influence de la lumière , de la chaleur , excitants bien propres à tenir leurs sens et par suite tous leurs organes en action. Mais, de même que l’été de la zone toridc jette dans la stupeur quelques reptiles, de même les excitants diurnes fatiguent certaines espèces appartenant à des classes très différentes ; aussi dorment-elles pendant le jour et préfèrent-elles la nuit pour pourvoir à leurs besoins ou se livrer à leurs ébats.

Historique. — Du principe ou agent vital, force vitale, cause prochaine de la vie. — Les philosophes et les médecins qui se sont livrés à l’étude de la vie ont cherché à pénétrer jusque dans les profondeurs mystérieuses de son essence. Aussi, suivant que telle ou telle étude leur était plus familière, comme ils se livraient à leur imagination, ils en revenaient toujours à comparer la vie à ce qu’ils connaissaient. De là une foule d’opinions sur l'agent vital.

Pensant ne rien préjuger sur la nature des choses et réduire seulement en lois les faits observables, les solidistes, ou plutôt organicistes, ont cherché à expliquer les phénomènes de la vie, en accordant aux corps vivants une ou plusieurs propriétés, comme on en a accordé à la matière brute pour expliquer les phénomènes de l’astronomie, de la physique et de la chimie. 1° Les uns s’en sont tenus à une seule propriété générale des corps vivants: telle l’ irritabilité de Glisson, Vincitdbilité de Brown, l’ excitabilité de Rolando ; mais eux-mêmes ont senti l’insuffisance de cette conception, et tantôt ils l’ont

MANUEL 1)E FHYSIOEOUIE.

matérialisée, individualisée, à l'instar des vitalistes ou des nervistes la rendant susceptible d’accumulation, d’épuisement, etc.; tantôt ils l'ont sous-divisée en modes secondaires, dont l’ hétérogénéité les expose à de perpétuelles contradictions, avec l'idée qu'on doit s en faire, d’après le nom qu’ils ont donné à la propriété générale. 2° D’autres, procédant avec plus de prudence, marchant à posteriori et non à priori, comme les précédents, c’est-à-dire remontant de faits particuliers aux lois les plus générales qu’il leur fût possible d’établir, Bordeu, llaller, Bichat, par exemple, sont arrivés à connaître des propriétés vitales du premier ordre, mais multiples et hétérogènes: telles la sensibilité et la contractilité ; ils se sont arrêtes là , sans pouvoir rationnellement les rallier à un principe homogène et n’ont point admis de principe vital. Cette conduite était plus sage peut-être que celle des physiologistes qui , arrivés au même point , ont néanmoins admis ce principe en paroles et comme par manière d’acquit, sans en déduire aucune conséquence, sans eu tirer aucun parti dans l’interprétation des phénomènes de la vie: c’est ce qu’on trouve dans l’ouvrage si répandu de Richcrand. 11 faut même ranger ici la manière de voir de Chaussier, qui, admettant et précisant trois propriétés fondamentales dans les corps vivants, la motilité, la sensibilité et la caloricité, pouvait très bien se passer de les subordonner hypothétiquement à une forcevilale dont il n’explique nullement la liaison avec ces trois propriétés.

Il n’en est pas ainsi des vitalistes vrais, soit que, sous le nom d’animistes (Stahl), ils subordonnent à l’âme raisonnable tous les actes, même les plus cachés de la vie organique, soit qu’ils les attribuent à un être à part, l’svop/j.cov, le 7muo.a des Grecs, spirites des Latins, l 'animus de Lucrèce, V archée de Yau-Helmont, le principe vital de Barthez. Cet être dont on ne détermine point la nature, dont on déclare même volontiers l’existence douteuse, mais seulement commode à reconnaître pour tout expliquer, est le seul qui mette en jeu la machine animale; c’est en lui que résident toutes les aptitudes, tous les pouvoirs et même toutes les altérations véritablement morbides.

Il est, un certain nombre de philosophes qui, sans donner des notions plus positives sur ce principe de vie, le conçoivent d’une manière encore plus générale, le croient universellement répandu, et animant chacun à leur manière les différents corps minéraux, végétaux ou animaux de la nature entière, comme dans chaque animal, en particulier, il anime chacun dans leur genre les différents organes (pii le composent. Cette doctrine de la vie universelle adoptée par les plus anciens philosophes, transformée dans les systèmes de Malebranchc et de Spinosa , à laquelle Barthez se montrait assez favorable, a été remise en honneur, avec quelques restrictions et modifications, par Geoflroy-Saint-llilaire, par plusieurs naturalistes allemands et par Ribes, de Montpellier.

VIÊ. — VITALITÉ. H

II y a ou d’autres physiologistes qui ont admis que la vie a pour cause un agent particulier auquel on a donné le nom d'agent nerveux. Cet agent vital est l’équivalent des esprits animaux admis par les anciens, du fluide nerveux de Cullen,de l 'esprit d’animation de Darwin.

Nous n’exposerons pas les raisons plus ou moins séduisantes que chacun de ces auteurs apportait en faveur de son opinion. Cela n’en vaut pas la peine. Nous n’avons même rapporté toutes ces opinions que pour montrer combien on peut sc livrera des divagations, quand on ne veut pas bien envisager une question. On ne doit pas se demander le pourquoi, mais le comment des choses. Le premier nous échappe toujours. Et d’ailleurs, en supposant que nous ayons la démonstration de l’agent nerveux ; pour parler seulement de cette, dernière opiniou, il resterait à savoir qu'est cet agent nerveux lui-même; ou en d’autres termes, la vie elle-même.

Non , il faut désormais procéder autrement dans cette question du principe vital. Nous savons qu’à une condition anatomique correspond un acte physiologique. Eh bien ! la vie est une propriété de la matière organisée. La matière organisée possède cette propriété comme le verre possède celle de développer de l’électricité dans certaines conditions extérieures à lui. Aussi quand on veut discuter cette question : La vie est-elle un principe ou un résultat? nous trouvons que l’on ne pose pas bien la question; la vie n’est ni un principe ni un résultat, c’est une propriété de la matière organisée dont l’essence, la cause première, le pourquoi, nous sont inconnus, comme le pourquoi, l’essence de la couleur ou de la ténacité, ou de la malléabilité du fer, de l’or, etc.

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