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Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte) (part 2 of 4)

Part 2 of 4 · Foucauld, Charles de · Public domain text

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Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte) (part 2 of 4)

Départ de Tamessoult à 10 heures. Je remonte d’abord la rive gauche de l’Ouad Ikis à flanc de coteau. Chemin rocheux, difficile. Le cours d’eau est à mes pieds : le lit, rempli de palmiers, a 40 mètres de large ; il occupe tout le fond de la vallée, et coule entre deux parois de roche verticales de 10 mètres d’élévation. Au-dessus apparaissent quelques cultures en escaliers, semées de quantité de cellules en pierre destinées aux abeilles ; puis s’élèvent des flancs de roche jaune, hauts, escarpés et nus. Au bout de 40 minutes, l’ouad sort de cette gorge et traverse une petite plaine déserte ; sol pierreux ; genêts blancs et seboula el far : cette dernière plante atteint 40 à 50 centimètres de hauteur. De là, la rivière rentre dans la montagne où elle coule dans un ravin désert : le fond en a 50 à 60 mètres de large dont 15 occupés par le lit ; celui-ci est à sec et couvert de galets ; le reste est pierreux avec de rares genêts blancs ; flancs très élevés, très raides, de roche jaune. Je chemine le long du cours d’eau jusqu’à 1 heure ; à ce moment, on le voit se garnir de palmiers : un qçar apparaît sur sa rive droite ; c’est Ikis, dernier point habité de son cours. Là, le chemin quitte les bords de l’ouad pour gravir le flanc gauche : celui-ci est formé par un haut massif très escarpé connu sous le nom de Djebel Anisi ; il me faut deux heures pour parvenir à son sommet : c’est un des passages les plus pénibles que j’aie rencontrés dans mon voyage. On ne peut marcher qu’à pied ; le chemin, long escalier, s’élève en serpentant entre des précipices immenses et des parois à pic ; le massif est tout roche : murailles de couleur tantôt jaune, tantôt rosée. Bien que le sol paraisse n’être que pierre, une foule de petites plantes, herbes et fleurs, croissent au bord du chemin, entre les fissures du roc. A 3 heures, je parviens à une crête ; devant moi s’étend un plateau étroit et pierreux avec de rares touffes d’ḥalfa ; ce plateau, que je parcours, ne tarde pas à se changer en une côte inclinée vers le nord ; je descends, et je me retrouve sur les bords de l’Ouad Ikis. Il n’a que 20 mètres de large ; son lit, galets desséchés, occupe toute la largeur d’un ravin ; celui-ci a des flancs d’élévation moyenne, pierreux, raides, tapissés d’ḥalfa. Il coule ainsi durant quelque temps, puis les hauteurs s’abaissent, la vallée s’élargit, et tout à coup on se trouve sur un plateau. Plus de montagnes, plus de rochers : une surface plane, à peine ondulée, est couverte d’épaisses touffes d’ḥalfa. Le terrain est mi-sable, mi-pierre ; la rivière serpente entre des flancs en pente très douce d’une trentaine de mètres d’élévation ; çà et là, seuls accidents, des buttes rocheuses isolées, hautes de 50 ou 60 mètres, dressent leur tête noire au-dessus des ondulations vertes du sol. De temps à autre, on rencontre un campement de bergers Zenâga : ils viennent s’installer ici durant une partie de l’année, construisant des huttes de pierres sèches et faisant paître leurs troupeaux aux alentours. A 7 heures du soir, je m’arrête à une de ces stations pour y passer la nuit. Pendant la dernière portion de la route, l’Ouad Ikis avait 20 mètres de large ; le lit, mi-sable, mi-galets, en était parsemé de flaques d’eau. Durant cette journée, aucun voyageur ne s’est rencontré sur mon chemin.

7 avril.

Départ à 7 heures du matin. Je chemine quelque temps sur le plateau où j’étais hier soir ; puis, laissant et la plaine et l’ḥalfa, je m’engage dans un ravin étroit, à flancs escarpés de roche noire et luisante : montée courte, mais raide ; à 8 heures, j’atteins un col, Tizi n Haroun : là passe la ligne de faîte du Petit Atlas ; je la franchis pour la quatrième fois. Un chemin très difficile, au milieu d’énormes rochers, me conduit dans un profond ravin ; je le descends quelques instants, d’immenses murailles noires suspendues au-dessus de ma tête : bientôt j’en aperçois la bouche, où s’élève le riant village de Takdicht : plus loin, on distingue, s’étendant à perte de vue, la plaine des Zenâga. A 9 heures et demie, j’arrive à Takdicht ; c’est la résidence d’Ạbd Allah d Aït Ṭaleb ; sa maison, tiṛremt aux tourelles de pisé découpé et couvert de moulures, rappelle les gracieuses demeures des environs du Dra. J’y suis bien reçu par Ạbd Allah : il ne me cache pas que j’ai eu un rare bonheur d’arriver jusqu’à lui avec une si faible escorte et des gens inconnus : si lui ou ses fils m’avaient rencontré en route, ils m’eussent, dit-il, indubitablement pillé. Maintenant que je suis entré dans sa maison et que je lui ai remis une lettre de S. Ạbd er Raḥman, il ne voit en moi qu’un hôte recommandé par son ami : je suis le bienvenu, et demain il me conduira en personne à destination.

8 avril.

A 8 heures du matin, Ạbd Allah monte à cheval ; nous partons. Me voici traversant pour la seconde fois cette belle plaine des Zenâga ; rien à en dire de nouveau ; telle je l’ai vue dans sa portion orientale, telle je la retrouve ici : même sol uni comme une glace, excellente terre dont une partie est cultivée, dont la totalité pourrait l’être. Le talus qui borde la plaine à l’ouest est pareil à celui qui la limite à l’est : muraille de roche noire et luisante, perpendiculaire dans le haut, en pente adoucie et couverte de pierres vers le pied. Je passe auprès de plusieurs villages et qçars ; le plus remarquable est Azdif, où la résidence du chikh est une forteresse entourée de plusieurs enceintes, hérissée d’une foule de tours ; elle est en pisé, comme toutes les constructions des Zenâga, et ornée avec élégance. Je rencontre aussi plusieurs zaouïas. Mon zeṭaṭ me conduit jusqu’au delà des limites des Zenâga ; là s’arrête son pouvoir : sorti de sa tribu, sa protection cesse d’être efficace. Cependant il ne m’abandonne pas ; il fait honneur jusqu’au bout à la lettre de son ami : il m’amène à El Ạïn, va trouver S. Ḥamed ou Ạbd er Raḥman, marabout à qui appartient le qçar, lui demande une escorte pour moi, et ne quitte El Ạïn qu’après m’avoir vu partir pour Tazenakht accompagné par l’esclave de confiance de S. Ḥamed.

D’El Ạïn à Tazenakht, une seule chose à signaler : les régions pierreuses qui s’étendent au nord de l’Ouad Timjijt, et que j’ai trouvées nues il y a cinq mois, sont aujourd’hui couvertes de seboula el far. C’est pendant ce trajet que je fais la rencontre de l’Azdifi, racontée plus haut. A 4 heures, j’arrive à Tazenakht.

Sauf l’Azdifi, je n’ai vu sur la route aucun voyageur. Les principaux cours d’eau traversés sont : l’Ouad Tiouiin (lit, moitié sable, moitié gravier, de 20 mètres de large ; à sec ; berges de 0m,50 de hauteur) ; l’Ouad Timjijt (20 mètres de large ; lit de sable ; à sec).

2o. — DE TAZENAKHT AU MEZGITA.

Pas d’obstacle qui ne se dresse pour m’empêcher de gagner le Dra. En arrivant à Tazenakht, j’apprends que la route du Mezgîṭa est coupée. La guerre vient d’éclater, sur son parcours, entre le qçar de Tasla et les Aït Ḥammou, fraction des Oulad Iaḥia limitrophe du Mezgîṭa. Ces derniers firent une ṛazia de 200 têtes de bétail sur les gens de Tasla, qui aussitôt appelèrent à leur secours leur allié le Zanifi ; Chikh Ạbd el Ouaḥad tomba ces jours-ci sur les Aït Ḥammou, leur tua 10 hommes et prit 150 animaux. Voici Tazenakht en guerre avec la tribu qu’on traverse pour aller au Dra : aucun habitant ne peut me servir de zeṭaṭ sur ce chemin. C’est jouer de malheur, car d’ordinaire cette voie ne présente point de difficulté : sous la protection des chikhs de Tazenakht, on la prend avec sécurité ; des caravanes la sillonnent sans cesse. Avec les événements présents, je ne sais quand je pourrai partir.

Après quatre jours d’attente, je trouve un zeṭaṭ ; c’est un homme des Aït Ḥammou qui vient d’arriver ; il se charge de me conduire au Mezgîṭa : lui-même est ici en pays ennemi ; il n’a pu entrer qu’avec une ạnaïa et ne saurait passer par Tasla : nous ferons un détour ; nous prendrons par le désert jusqu’au territoire de sa tribu, et traverserons de nuit la région la plus dangereuse.

13 avril.

Départ à 1 heure de l’après-midi. Je gagne, par le chemin connu, la vallée de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen ; je la remonte jusqu’à peu de distance de Tislit. Là, je la laisse et me jette dans le massif rocheux qui en forme le flanc droit. Pendant une heure, je chemine en terrain montueux, succession de ravins à sec et de côtes pierreuses, sans autre végétation qu’un peu de seboula el far. A 4 heures et demie, le pays change : un vaste plateau étend ses ondulations légères ; un tapis de seboula el far garnit les fonds ; les parties hautes sont des blocs de roche noire et luisante émergeant çà et là de la terre verte. Je marche sur ce plateau pendant la fin de la journée : il demeure le même, sol plat, pierreux, garni de verdure. A minuit, nous nous arrêtons. La zone dangereuse pour mon zeṭaṭ est passée ; nous pouvons sans inquiétude nous reposer jusqu’au matin. Le point où nous faisons halte est au pied d’une haute arête rocheuse, le Djebel Tifernin. J’ai rencontré beaucoup de monde dans la vallée de l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen et dans la montagne : à dater de l’heure où j’ai quitté cette dernière, je n’ai aperçu personne ; dans les commencements, on distinguait un troupeau de loin en loin ; puis on n’a plus rien vu. L’Ouad Tazenakht avait aujourd’hui 6 mètres d’eau courante au point où je l’ai franchi. Sur le plateau, trois rivières de quelque importance. La première a un lit de sable avec de nombreuses flaques d’eau ; elle coule au fond d’une tranchée de 300 mètres de large, en contre-bas du sol environnant, séparée de lui par deux parois de roche verticales, hautes de 10 mètres. La seconde a son cours au niveau du plateau ; le lit en est sablonneux, large de 15 mètres, avec 4 mètres d’eau. La troisième a un lit de 20 mètres, resserré entre deux berges de pierre de 12 mètres ; elle a 4 mètres d’eau courante.

14 avril.

Départ à 5 heures du matin. Je gravis le Djebel Tifernin, arête de roche nue isolée au milieu du plateau : c’est la ligne de faîte du Petit Atlas. J’en atteins le sommet à 5 heures et demie, et je le passe à un col situé peu au-dessous du niveau général des crêtes, Tizi Tifernin. Aucune largeur au col ; je descends l’autre versant : la descente est difficile, comme l’avait été la montée ; le chemin serpente entre de grands rochers gris. Au bout de quelque temps, les pentes s’adoucissent et se couvrent d’ḥalfa et de seboula el far ; elles me conduisent à une vallée bordée d’une petite chaîne rocheuse où apparaît un col. Je traverse la première et je gagne le col. Celui-ci, Tizi n Omrad, se trouve au fond d’une brèche perçant jusqu’au pied la montagne ; il est presque au niveau du thalweg qu’on vient de franchir. Après l’avoir passé, je descends par un ravin étroit et rocheux vers le qçar de Tesaouant, qui se voit dans le bas au milieu d’une large vallée. Chemin difficile, serpentant à mi-côte ; les flancs du ravin sont de roche jaune, très escarpés ; verdure et fleurs dans le fond. Le versant sud de la chaîne est beaucoup plus long que le versant nord : il me faut une heure pour en atteindre le pied. En y parvenant, je me trouve dans la vallée de l’Ouad Tamtsift. Une côte en pente douce, à sol pierreux couvert de seboula el far, m’amène au bord de la rivière, où est bâtie Tesaouant. J’entre à 8 heures un quart du matin dans le qçar. Mon zeṭaṭ me conduit à sa maison.

Tesaouant est un petit qçar appartenant aux Aït Ḥammou, fraction importante des Oulad Iaḥia ; il est bâti suivant le modèle des constructions du Dra, en pisé, avec une foule de moulures et d’ornements couvrant ses murs, de tours et de tourelles dominant ses terrasses. Des plantations de dattiers, produisant des bou feggouç, comme celles de Tasla, l’entourent de deux côtés ; elles sont situées sur les rives de l’Ouad Tamtsift, qui coule à quelques pas de l’enceinte. La rivière est presque au niveau du pied des maisons ; le lit, de galets, large de 60 mètres, bordé de berges de 50 centimètres de haut, est à sec. Des puits et des canaux alimentent le qçar. En ce moment, ce dernier est désert : les habitants sont dispersés aux environs, vivant sous des huttes de roseaux et faisant paître leurs troupeaux.

15 avril.

Départ à 9 heures du matin. Jusqu’à mon arrivée au Mezgîṭa, je suivrai le cours de l’Ouad Tamtsift. La coupe de la vallée varie durant le trajet : le fond est plus ou moins large ; la rivière coule tantôt au pied du flanc droit, tantôt au pied du gauche ; mais les caractères essentiels se conservent : le flanc gauche est beaucoup plus élevé que le droit ; il est de roche jaune ; la pente générale en semble de rapidité moyenne ; on y voit de loin, çà et là, des bouquets de palmiers poussant au fond des ravins. Le flanc droit est formé de roche noire et luisante ; il n’est pas très raide ; de forme, de composition et de couleur, il rappelle Djebel Mḥeïjiba ; comme lui, il est, dit-on, riche en minerais. Entre ces deux talus s’étend une vallée faite de deux côtes en pente douce, s’allongeant des pieds des flancs aux bords de la rivière ; quelquefois elles ne parviennent pas jusque-là, et un espace plat les sépare ; cette partie centrale, lorsqu’elle existe, est un ruban de verdure, herbages, broussailles, tamarix et jujubiers sauvages, au milieu desquels serpente l’ouad ; les côtes, au contraire, sont pierreuses ; le sol s’y couvre de melbina, de seboula el far et de gerṭ ; en approchant du Mezgîṭa, on voit quelques gommiers. Je passe par deux lieux habités ; ils diffèrent d’importance : l’un, le village d’Ida ou Genad, se compose de quelques huttes en pierres sèches disposées sans ordre auprès d’une petite oasis ; l’autre, Ourika, est un qçar situé sur la rive gauche de la rivière, dont le lit, mais le lit seul, se remplit en ce point de palmiers. Il y a une autre Ourika à peu de distance au nord de celle-ci ; je n’ai pu la voir, cachée qu’elle était par un pli de terrain : ces deux localités portent le nom collectif d’Iouriken ; elles sont comptées du Mezgîṭa. A Ourika, l’Ouad Tamtsift, qui possédait déjà un peu d’eau à Ida ou Genad, a, outre plusieurs canaux, 4 mètres d’eau courante dans son lit. D’Ourika on aperçoit le Mezgîṭa : ce n’est encore qu’une ligne noire de dattiers, s’allongeant au pied d’une haute chaîne de montagnes, et barrant devant moi la vallée où je marche. D’ici là, le chemin est désert et la végétation diminue ; plus ni tamarix ni jujubiers sauvages, plus même de seboula el far ; des touffes de melbina seulement, et de rares gommiers ; le sol cesse d’être pierreux et devient sablonneux et blanc.

A 1 heure, j’arrive à l’Ouad Dra. La vallée apparaît comme une bande verte serpentant entre deux chaînes de montagnes : à mes yeux s’étendent des palmiers innombrables, mêlés de mille arbres fruitiers ; entre les branches, on aperçoit, de distance en distance, un ruban d’argent, les eaux du fleuve ; une foule de qçars, masses brunes ou roses hérissées de tourelles, s’échelonnent à la lisière des plantations et sur les premières pentes des flancs. Ceux-ci sont : à gauche, les parois tourmentées et escarpées, pleines de crevasses et de cavernes, du Kisan, chaîne nue de roche rose, de 200 à 300 mètres de hauteur ; à droite, un talus de pierre noire et luisante, aux crêtes uniformes, aux surfaces lisses, aux côtes raides ; il s’appelle Koudia Oulad Iaḥia ; il a 150 à 200 mètres d’élévation. Entre ces deux murailles s’étend le fond de la vallée, surface de 1200 à 1800 mètres de large, couverte de sable fin, et unie comme une glace ; au milieu coule l’Ouad Dra, sur un lit de sable sans berges, presque au niveau du sol voisin, qu’il inonde dans ses crues ; le lit a une largeur moyenne de 150 mètres, dont 60 à 100 toujours remplis d’eau. Sur ses rives, le fond de la vallée est un jardin enchanteur : figuiers, taqqaïout[93], grenadiers s’y pressent ; ils confondent leur feuillage et répandent sur le sol une ombre épaisse ; au-dessus se balancent les hauts panaches des dattiers. Sous ce dôme, c’est un seul tapis de verdure : pas une place nue ; la terre n’est que cultures, que semis ; elle est divisée avec un ordre minutieux en une infinité de parcelles, chacune close de murs de pisé ; une foule de canaux la sillonnent, apportant l’eau et la fraîcheur. Partout éclate la fertilité de ce sol bienfaisant, partout se reconnaît la présence d’une race laborieuse, partout apparaissent les indices d’une population riche : à côté des céréales, des légumes poussant sous les palmiers et les arbres à fruits, se voient des tonnelles garnies de vigne, des pavillons en pisé, lieux de repos où l’on passe, dans l’ombre et la fraîcheur, les heures chaudes du jour. Telle est, depuis le pied des parois de roche qui la bordent, toute la vallée du Dra, jardin merveilleux de 150 kilomètres de long. Une foule innombrable de qçars s’échelonnent sur les premières pentes des deux flancs : peu sont dans la vallée, autant par économie d’un sol précieux que par crainte des inondations. Ils ont tous ce caractère d’élégance qui est particulier aux constructions du Dra ; point de murs qui ne soient couverts de moulures, de dessins, et percés de créneaux blanchis ; de hautes tiṛremts, des tours s’élèvent de toutes parts ; les maisons les plus pauvres même sont garnies de clochetons, d’arcades, de balustrades à jour. Un des principaux de ces qçars, la capitale du Mezgîṭa, Tamnougalt, est mon but d’aujourd’hui. J’y arrive à 2 heures et demie, en cheminant à l’ombre des grands arbres.

Avant d’y entrer, j’ai traversé l’Ouad Dra ; on ne peut le franchir partout : il faut prendre les gués. Celui où je l’ai passé présentait une nappe d’eau de 120 mètres de large, avec 60 à 70 centimètres de profondeur. Le fond était de sable, les eaux jaunes, fraîches et bonnes. Courant rapide.

Tamnougalt est un beau qçar, résidence d’Ạbd er Raḥman ben El Ḥasen, chikh héréditaire du Mezgîṭa, et capitale de ce district. Elle est, comme tout le Dra, peuplée exclusivement de Ḥaraṭîn. J’y séjournerai quelques jours avant de prendre ma course vers le Dâdes.

Le Mezgîṭa se compose de la bordure de cultures et de qçars qui garnit les deux rives de l’Ouad Dra dans la région où je me trouve ; il ne s’étend pas au delà de la vallée propre du fleuve. C’est une bande longue et étroite, qui n’a jamais plus de 2 kilomètres de large. Il en est de même des autres districts du Dra, sans exception : l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri, le Tinzoulin, le Ternata, le Fezouata, le Qtaoua, El Mḥamid sont identiques ; tels d’entre eux ne se composent même que de la demi-vallée du fleuve. Ce sont, comme le Mezgîṭa, des tronçons plus ou moins grands de cette longue ligne verte qui serpente dans le Sahara, et qu’on appelle le pays de Dra. Celui-ci est donc une ligne : le nom ne s’en applique qu’à la vallée propre de l’Ouad Dra, c’est-à-dire aux 500 mètres de dattiers qui, du Mezgîṭa à El Mḥamid, bordent chaque rive. Nulle part la bande ne s’étend davantage. Au-dessous du Tinzoulin, les hautes montagnes qui la resserrent jusque-là s’écartent par degrés, et le Dra finit par couler en plaine ; mais le ruban de palmiers et de cultures ne s’élargit pas : il reste toujours ce qu’il est ici. Il y a loin de cette ligne aux vastes territoires marqués sur nos anciennes cartes. J’observerai le même fait pour les autres oasis que je verrai : le Todṛa, le Ferkla, le Ṛeris, les divers districts du Ziz, ne sont pas différents. Ce sont des lignes.

3o. — DU MEZGITA AU DADES.

20 avril.

Il y a quatre chemins principaux pour aller du haut Dra à l’Ouad Dâdes ; ce sont :

1o Ṭriq Idili. — Il part de Tiniṛil, qçar d’Afella n Dra, traverse l’Ouad Aqqa el Medfạ (se jetant dans l’Ouad Dâdes sur le territoire des Imeṛrân), puis l’Ouad Tanziṭ, et aboutit au pays des Imeṛrân : deux jours de chemin, sans cesse dans le désert. On passe la nuit au bord de l’Ouad Aqqa.

2o Ṭriq Anfoug (appelé aussi Ṭriq Tagzart). — Il part d’entre Afra et Ta n Amelloul, franchit successivement les ouads Aqqa el Medfạ, Tanziṭ et Aqqa n Ourellaï, et aboutit à volonté dans le Dâdes ou chez les Imeṛrân : deux jours de chemin, dans le désert. On passe la nuit au Djebel Anfoug.

3o Ṭriq Iṛil n Oïṭṭôb. — C’est celui que je prendrai.

4o Ṭriq Tilqit. — Il part d’Aït Ạbd Allah (Aït Seddrât), traverse le Khela Tilqit et débouche dans le Dâdes à Aït Aqqo ou Ạli (Zaouïa Sidi Dris) : deux jours de marche, sans sortir du désert. On franchit l’Ouad Tagmout à mi-route et on passe la nuit sur ses bords.

Ces chemins traversent tous quatre un vaste désert montagneux, la haute chaîne du Saṛro. Cette chaîne n’est autre que le Petit Atlas, auquel on donne ce nom à l’est de l’Ouad Dra. Si le Saṛro n’a pas d’habitants fixes, il a une population nomade assez nombreuse : Imeṛrân et Aït Seddrât y plantent leurs tentes et y font paître leurs troupeaux.

D’ici au Dâdes, ce sont les Aït Seddrât qui servent de zeṭaṭs ; j’ai profité du grand nombre d’hommes de cette tribu qui viennent ici au marché du jeudi pour m’entendre avec l’un d’eux : mon zeṭaṭ me prendra aujourd’hui, j’irai passer la nuit dans son qçar, et demain matin nous partirons pour le Dâdes.

Départ de Tamnougalt à midi. Je descends la vallée du Dra, en suivant la ligne des qçars, à la lisière des plantations. Le chemin, passant sur les premières pentes des flancs, est pierreux, parfois rocheux. Rien à ajouter à ce que j’ai dit de la vallée : toujours même largeur et même aspect. A 3 heures et demie, je parviens à la résidence de mon zeṭaṭ, Tiṛremt Ạli Aït El Ḥasen. C’est le terme de mon trajet pour aujourd’hui.

En route, j’ai traversé l’Ouad Dra (lit de sable de 150 mètres ; les eaux ont 60 mètres de large avec 90 centimètres de profondeur ; courant rapide).

21 avril.

Départ à 5 heures du matin. J’ai pour escorte mon zeṭaṭ et deux autres fusils. On franchit d’abord le Dra (70 mètres de large et 0m,80 de profondeur), puis on traverse sa vallée et on entre dans une plaine déserte : la haute chaîne du Kisan s’interrompt tout à coup, et une plaine s’étend à sa place au delà des plantations qui bordent le fleuve. Le Kisan reprend plus bas, longeant de nouveau l’ouad comme il le fait dans le Mezgîṭa ; il ne finit définitivement qu’à hauteur d’Ousṛeït, dans le Ternata. Chemin faisant, on voit très bien la chaîne, qui apparaît pendant quelque temps de profil : c’est une lame rocheuse isolée, s’élevant entre le Dra et une autre vallée, déserte et assez large, parallèle à la première ; elle a de l’analogie avec le Bani, mais est plus haute, plus large et de couleur comme de structure différentes. La base en est un talus, doux d’abord, de plus en plus raide ensuite ; les parties moyennes et supérieures sont une succession de murailles presque verticales s’étageant par gradins. Vers le sommet se trouvent des cavernes, œuvre des Chrétiens au dire des habitants ; on voit des restes de murs à leurs bouches. Cette portion du Kisan est une arête droite, commençant à hauteur d’Agdz, finissant ici. D’où je suis, on voit l’Ouad Dra couler longtemps encore dans la direction qu’il a depuis Tamnougalt. Tant qu’il la garde, le Kisan ne reparaît pas à sa gauche où succèdent à la plaine des collines sans élévation. Puis on distingue un coude très prononcé que fait le fleuve, dans le Tinzoulin, me dit-on. A partir de là, le Kisan renaît : on le voit de loin, dans une direction nouvelle, presque perpendiculaire à celle qu’il suivait ici, ayant même hauteur et même forme, et s’élevant immédiatement sur la rive gauche de l’ouad.

La plaine où je chemine a un sol pierreux ; des gommiers, de nombreuses touffes de melbina y poussent. Elle est bornée au nord par les premières pentes du Saṛro ; je me dirige vers elles : à 7 heures, je suis à leur pied ; de ce moment à celui où j’atteindrai l’Ouad Dâdes, je ne cesserai de marcher dans ce massif ; il se compose d’un haut plateau, de 2000 mètres d’altitude moyenne, auquel on parvient par une longue succession de côtes, tantôt pierreuses, tantôt rocheuses, reliées entre elles par des talus escarpés. Le plateau supérieur présente une vaste surface unie et verdoyante ; le sol, pierreux, sans une ondulation, y est couvert d’herbe fine. Là surtout campent les Aït Seddrât et les Imeṛrân ; j’y rencontrerai plusieurs groupes de tentes et des troupeaux de chameaux et de moutons. Les rampes qui y mènent forment une région très accidentée : des ravins profonds, aux flancs rocheux et escarpés, les coupent ; des vallées les sillonnent ; des arêtes, des pics les hérissent de leurs masses noires. Cette région, tourmentée et difficile, est d’ordinaire déserte. L’eau abonde dans le Saṛro. Je traverse, au fond de plusieurs ravins, des ruisseaux de 4 ou 5 mètres de large dont les eaux, claires et courantes, ne tarissent jamais ; point de rivières. La verdure ne fait pas défaut : non seulement le plateau supérieur en est couvert, les côtes douces, le fond et les premières pentes des vallées, sont en partie tapissés d’ḥalfa, de melbina, de seboula el far et d’autres herbages ; il existe des jujubiers sauvages ; au bord de l’eau apparaît le laurier-rose : il n’est pas jusqu’aux endroits les plus rocheux, flancs de ravins, surface de talus, où l’on ne trouve, poussant entre les fentes de la pierre, de petites herbes et des fleurs.

Vers 1 heure, j’atteins le plateau qui couronne le Saṛro ; à 3 heures, je fais halte auprès de quelques tentes d’Aït Seddrât. De la vallée du Dra à ce point, je n’ai pas rencontré un seul être vivant. La route, facile à la fin, a été pénible au commencement : il a fallu mettre pied à terre pour remonter l’Ouad Tangarfa, dont le lit, encombré de blocs de roc, forme un chemin difficile pour les animaux. A deux autres endroits, la marche a été retardée : à Chạba Ouin s Tlit et au profond ravin qui se trouve entre elle et le gîte.

22 avril.

Départ à 7 heures du matin. A 8 heures, je suis à une crête qui forme la limite du plateau supérieur du Saṛro et la ligne culminante de cette chaîne. En la passant, je franchis pour la dernière fois le faîte du Petit Atlas. De là apparaissent à mes yeux, au delà d’une longue série de croupes brunes, la vallée de l’Ouad Dâdes et, derrière elle, bordant l’horizon, la ligne bleue du Grand Atlas avec ses cimes couvertes de neige. Une descente très raide au milieu des rochers me ramène à la région des côtes, où je chemine, passant de vallée en vallée, jusqu’à 4 heures et demie. A ce moment je me trouve au pied du Saṛro et au bord de l’Ouad Dâdes : la chaîne expire à 300 mètres de la rivière. A son pied commencent les cultures qui remplissent le fond de la vallée ; elles forment une bande dont la largeur moyenne est de 1 kilomètre ; au milieu coule en serpentant l’Ouad Dâdes. Large de 30 mètres, il remplit le tiers d’un lit sablonneux et en partie couvert de roseaux ; c’est un torrent, au courant très rapide, aux eaux jaunes et glacées. Les champs qui le bordent ne rappellent en rien les merveilles du Dra ; ils présentent les cultures des pays hauts et froids. Plus un dattier ; très peu d’arbres ; point d’oliviers : à peine quelques rares figuiers, noyers et trembles aux alentours des qçars. Le reste n’est que champs d’orge et de blé, tapis monotone d’un vert cru, sans ombre ni gaieté. Cette végétation paraît triste à qui vient du sud. Les flancs sombres du Saṛro la bornent à gauche ; à droite règne le long de la vallée une vaste plaine blanche, peu élevée au-dessus de son niveau, et séparée d’elle par un talus doux. Cette plaine a au moins 8 kilomètres de large et est limitée au nord par les premières pentes du Grand Atlas, derrière lesquelles apparaissent les masses neigeuses qui couronnent la chaîne. Les cultures sont bordées de chaque côté par un cordon de qçars. Les qçars de l’Ouad Dâdes ont un aspect particulier et ne ressemblent ni à ceux que j’ai vus ni à ceux que je verrai. Pour le détail des constructions, ils sont pareils à ceux du Dra et de l’Ouad Iounil : même élégance, même pisé couvert d’ornements ; mais, au lieu de former un massif compact de maisons d’où émergent les tourelles des tiṛremts, ils sont composés chacun de plusieurs petits groupes d’habitations, séparés les uns des autres et échelonnés le long des cultures ; ils en comprennent jusqu’à 8 ou 10, les uns ouverts, la plupart fortifiés, tous ayant au moins une tiṛremt. Ces groupes se trouvant à 100, 200, 300 mètres les uns des autres, on voit quelle longueur occupe un qçar. Il résulte de là que les localités, d’autre part très nombreuses, sont fort rapprochées ; la distance n’est, la plupart du temps, pas plus grande entre les groupes limitrophes de centres différents qu’entre deux groupes du même : il est très difficile de discerner où commence et où finit chacun, dans ce cordon non interrompu de maisons et de tiṛremts qui garnit les deux rives de l’ouad. Les demeures sont, comme dans le Dra et comme presque partout, sur la lisière et non au milieu des cultures : ici aussi les inondations sont à craindre ; il n’est pas rare de voir les eaux de la rivière couvrir tout le fond de la vallée et venir battre les murailles des qçars. Ceux-ci ne sont pas les seules constructions de l’Ouad Dâdes. Je vois apparaître en grand nombre des bâtiments curieux dont j’avais remarqué quelques types chez les Aït Seddrât du Dra : ce sont les ageddim[94] ; l’usage en paraît spécial à l’Ouad Dâdes, au Todṛa, au Ferkla et à certains districts du Dra : du moins je ne les ai vus qu’en ces endroits ; dans les deux premières régions ils sont nombreux, on en rencontre à chaque pas ; dans les deux autres ils sont moins fréquents. Ici, sur les limites des qçars, au bord de l’ouad, au milieu des cultures, les ageddims se dressent en foule ; ce sont des tours isolées, de 10 à 12 mètres de hauteur, en briques séchées au soleil, de forme carrée, percées de créneaux et garnies de machicoulis : elles sont surtout nombreuses sur les lignes formant frontière entre les localités ; elles s’y dressent d’ordinaire par deux, se faisant face, une de chaque côté. Dès qu’éclate une guerre entre qçars, ce qui arrive presque tous les jours (le lendemain de mon passage, une s’est allumée et a coûté la vie à plusieurs personnes), chaque parti emplit ses tours d’hommes armés, avec mission de protéger cultures et canaux et de tirer sur tout individu du camp opposé qui passe à portée ; la fusillade commence aussitôt de tour à tour, fusillade vive par moments, surtout quand une troupe paraît dans la vallée pour essayer de ravager les champs de ses adversaires. Des questions de conduites d’eau donnent naissance à la plupart de ces guerres. Elles durent parfois longtemps, mais ne sont acharnées que les premiers jours : dans cette période il est rare qu’il n’y ait du sang versé ; ensuite elles traînent en longueur et les hostilités se bornent à envoyer quelques coups de fusil dans le qçar ennemi, chaque fois qu’apparaît du monde sur une terrasse, dans les jardins, quand quelqu’un approche de la frontière.

Je m’arrête au point où je suis sorti du Saṛro, dans le qçar de Timichcha, au pied duquel débouche le chemin. Il fait partie du district d’Aït Iaḥia, appartenant aux Aït Seddrât. Ce district, comme tous ceux de l’Ouad Dra et de l’Ouad Dâdes, se compose exclusivement de l’étroite bande de cultures et de qçars qui borde les rives du cours d’eau.

Nulle part, excepté sur le plateau supérieur du Saṛro et aux approches de l’Ouad Dâdes, je n’ai rencontré de monde pendant cette journée. Il s’est présenté trois passages difficiles sur la route : la descente, après la ligne de faîte du Saṛro, le ravin de l’Ouad Aqqa n Ourellaï et celui qui le suit.

23 avril.

Départ à 7 heures du matin. Je remonte l’Ouad Dâdes. Sauf un court défilé désert qu’il traverse entre le district d’Aït Iaḥia et celui du Dâdes, il demeure sur mon parcours tel que je l’ai vu hier : mêmes cultures semées d’ageddims, mêmes cordons non interrompus de qçars et de maisons. Si ce n’est pendant son passage dans ce kheneg, on ne saurait trouver sur l’une ou l’autre de ses rives 200 mètres sans constructions. Rien de nouveau à signaler : les flancs comme le fond de la vallée restent les mêmes jusqu’à mon arrivée à Tiilit, où je m’arrête.

Chemin facile. Beaucoup de monde. J’ai traversé l’Ouad Dâdes ; il n’est pas franchissable en tous points, mais seulement en certains endroits où il présente des gués ; à celui où je l’ai passé, il avait 20 mètres de large sur 80 à 90 centimètres de profondeur ; courant très rapide. Des qçars que j’ai rencontrés, deux ont attiré mon attention : celui d’Aït Bou Ạmran (entre Azdag et Taourirt), où se voit une belle qoubba, et celui d’Imzouṛ, remarquable par l’étendue des cinq ou six groupes qui le forment et par l’importance de sa population.

Au Mezgîṭa, dans le district d’Aït Seddrât, dans celui d’Aït Iaḥia, les vêtements des Musulmans sont les suivants : khenîfs, bernous de poil de chèvre bruns ou gris, ces derniers rayés de fines bandes blanches et noires, ḥaïks blancs et bruns ; tête nue ou ceinte, mais non couverte, de petits turbans blancs ou noirs ; les femmes riches sont vêtues de khent, les pauvres de laine blanche ou brune. Dans le Dâdes, les costumes des femmes restent les mêmes ; ceux des hommes sont, soit le khenîf, soit un long bernous de laine teinte, noir ou bleu foncé. Depuis Tazenakht, les armes demeurent uniformes : long fusil à crosse étroite et poignard recourbé. L’équipement offre une variation : à partir du district d’Aït Seddrât (Dra), la corne à poudre disparaît et se remplace par une petite gibecière de maroquin rouge couverte de broderies de soie ; elle se suspend au côté gauche par une bretelle de cuir : cet objet gracieux est d’un usage universel dans la région que je traverse, depuis les Aït Seddrât du Dra jusqu’à Qçâbi ech Cheurfa.

Il y avait aujourd’hui marché à Imzouṛ, près de Tiilit. J’en ai profité pour faire chercher, parmi les Aït Seddrât qui s’y trouvaient, un zeṭaṭ sûr, qui me menât au Todṛa. On en a choisi un ; l’arrangement a été conclu avec lui ; il a été fait en forme, devant le ṭaleb présent au marché : celui-ci a dressé un acte en partie double constatant que le Seddrâti un tel s’engageait, moyennant une somme de 15 francs, payable à l’arrivée, à me conduire au Todṛa ; il serait responsable de tout dommage qui me serait fait durant le trajet et, au cas où je ne parviendrais pas à destination, devrait à la communauté juive de Tiilit une indemnité de 5000 francs. Ces formalités sont employées dans diverses régions du Sahara, surtout chez les Berâber et les Aït Seddrât ; dans ces deux tribus, il est rare qu’un Israélite se mette en route sans s’être, par un acte de ce genre, mis en sûreté contre son zeṭaṭ. Cela ne se fait pas entre Musulmans. Cette différence vient de ce que partout un homme serait déshonoré s’il avait violé l’engagement pris avec un autre Mahométan, et profité de sa confiance pour l’assassiner ; au contraire, dans certaines tribus, comme celle où je suis, qu’un Musulman promette à un Juif de l’escorter et de le protéger et que, chemin faisant, il le pille et le tue, ce sera regardé comme une peccadille ou comme un bon tour. Aussi prend-on des précautions spéciales.

24 avril.

Départ à 9 heures du matin. Je me mets en route avec mon zeṭaṭ pour gagner le qçar qu’il habite. J’y passerai la nuit, et demain matin on partira pour le Todṛa. Je remonte l’Ouad Dâdes, dont les bords demeurent ce que je les ai vus : mêmes cultures, mêmes cordons continus de qçars. La largeur de la vallée, qui jusqu’ici n’avait pas varié d’une manière sensible, diminue peu à peu : elle avait 1000 mètres à Tiilit ; elle en a 600 à Khemîs S. Bou Iaḥia, 300 à Aït Iidir. A mesure qu’on avance, les arbres, noyers et figuiers, augmentent. Les flancs subissent à Tiilit une brusque transformation. Jusque-là c’étaient le Saṛro à gauche, une plaine à droite ; aujourd’hui ce seront, durant toute la marche, à droite des côtes assez hautes, à gauche une plaine dépassant à peine le niveau de la vallée, la plaine d’Anbed.

A 1 heure, j’arrive à Aït Iidir, qçar du haut Dâdes, résidence de mon zeṭaṭ. Je traverse là l’Ouad Dâdes ; il coule en deux bras, l’un de 12 mètres, l’autre de 20 mètres, d’une profondeur égale d’environ 60 centimètres ; courant très rapide.

[Note 93 : Le taqqaïout se trouve en abondance dans plusieurs oasis, et surtout dans celles des bassins du Dra et du Ziz. C’est un arbre atteignant d’assez fortes dimensions et ayant, par son feuillage et sa fleur, beaucoup d’analogie avec le tamarix ; le fruit en sert à la teinture des belles peaux qu’on prépare si bien dans le Sahara Marocain. J’ai toujours entendu appeler l’arbre, comme le fruit, taqqaïout. D’après des renseignements que m’a communiqués M. Pilard, ce serait un abus : selon lui, le vrai nom de l’arbre est ạbda, et en quelques points telaïa ; le fruit seul s’appellerait taqqaïout, ou mieux teggaout.]

[Note 94 : Au pluriel, on dit igedman.]

IX.

DU DADES A QÇABI ECH CHEURFA.

1o. — DU DADES AU QÇAR ES SOUQ.

25 avril.

Départ à 5 heures du matin. Mon Seddrâti, accompagné d’un second fusil, m’escorte. J’abandonne l’Ouad Dâdes. Au-dessus d’Aït Iidir, on en voit la vallée rester la même durant 4 ou 5 kilomètres, puis elle se resserre : la plaine qui s’étendait à sa gauche finit, et est remplacée par un haut talus ; la rivière, sans cesser d’être garnie de verdure, entre dans un défilé étroit où on la perd de vue. Elle s’enfonce dans le Grand Atlas. Je passe sur le plateau bas et uni qui la borde à l’est. J’aborde un mouvement de terrain des plus remarquables : le plateau où je m’engage est l’extrémité occidentale d’une immense plaine qui, commençant à l’est de l’Ouad Ziz et même de l’Ouad Gir, s’étend vers l’ouest jusqu’à l’Ouad Dâdes. Cette grande dépression sépare le Grand et le Petit Atlas, et s’enfonce entre les deux chaînes comme un golfe profond. Entré ici en cette plaine, j’y demeurerai jusqu’au Ziz. Dans toute cette région, elle se décompose en deux sections qu’on peut appeler supérieure et inférieure : la première, où je suis en ce moment, que je traverserai d’ici à Imiṭeṛ et du Ṛeris au Qçar es Souq, est la partie primitive de la plaine ; elle s’étend le long du Grand Atlas et a pour limites : au nord, cette chaîne ; à l’ouest, l’Ouad Dâdes ; au sud, le Petit Atlas du Dâdes à Imiṭeṛ, et au delà la section inférieure. Celle-ci, où j’entrerai à Imiṭeṛ pour y rester jusqu’au Ṛeris, se trouve au pied du Petit Atlas et est bornée : au sud, par cette chaîne ; à l’ouest et au nord, par la section supérieure. La seconde portion est en contre-bas de la première et séparée d’elle sur toute sa longueur par un talus uniforme. Celui-ci est comme un degré placé entre les deux étages de la plaine ; il est partout le même : la hauteur en est d’environ 100 mètres ; il est composé de roche rose et a la forme qu’indique la figure, à pic au sommet et en pente douce au pied. La section inférieure a sans doute été creusée par les eaux du Grand Atlas qui, se précipitant perpendiculairement de ses cimes dans la plaine, se sont heurtées aux masses rocheuses du Saṛro, si tourmentées sur ce versant, et se sont pratiqué cette excavation à leur pied. C’est le long des premières pentes du Petit Atlas que l’étage inférieur est le plus bas : là se déroulent les lits des cours d’eau ; là coulent et l’Ouad Imiṭeṛ et l’Ouad Todṛa. La ligne de thalweg entre le Grand et le Petit Atlas se trouve donc dans la seconde partie. L’étage supérieur comme l’étage inférieur présentent un sol uni, dur, souvent pierreux ; aucun mouvement n’interrompt l’uniformité plate du premier, si ce n’est des massifs rocheux au nord du Todṛa et une butte près de Qçar es Souq, témoins isolés au milieu de la plaine. Dans l’étage inférieur, comme s’il avait été moins complètement balayé que l’autre, les témoins sont plus nombreux et s’élèvent en masse plus compacte : ce sont d’abord le barrage qui se voit à l’est de Timaṭṛeouin, puis le massif situé entre le Todṛa, le Ṛeris et le Ferkla, enfin les collines isolées que je laisserai à droite en allant du Todṛa au Ferkla ; ces divers groupes paraissent d’altitude moindre que le talus qui sépare les deux étages.

Ma route d’aujourd’hui se divise en deux parties : l’une dans la section supérieure de la plaine, d’Aït Iidir aux abords d’Imiṭeṛ, l’autre dans la section inférieure, d’Imiṭeṛ au Todṛa. Ces deux parties offrent une égale facilité ; dans chacune on marche en terrain plat. Dans la première, je parcours une plaine de plus de 15 kilomètres de large, sans une ondulation ; on l’appelle Ouṭa Anbed ; elle est bornée : au sud, par le Saṛro, longue ligne noire à reflets brillants ; au nord, par un talus brun de hauteur médiocre, commençant à la gorge où s’enfonce l’Ouad Dâdes en amont d’Aït Iidir ; à l’ouest, par la vallée de cette rivière ; vers l’est, rien ne limite l’horizon : tant qu’on marche dans la plaine, on ne voit qu’elle devant soi. On en sort sans s’en apercevoir, en s’engageant dans le lit d’une rivière dont les berges rocheuses, basses d’abord, vont en s’élevant et finissent par devenir les flancs d’un ravin. C’est un court passage d’où on débouche, à Imiṭeṛ, dans une nouvelle plaine, la seconde section, l’étage inférieur. Le sol de l’Ouṭa Anbed est uni comme une glace ; c’est un terrain sablonneux et dur, semé de petites pierres ; il est aux deux tiers nu ; un tiers est couvert de menus herbages. De rares ruisseaux le sillonnent, leurs lits desséchés et bordés de grands genêts blancs. Imiṭeṛ est un groupe de quatre qçars appartenant aux Berâber. Il se trouve à la bouche d’une vallée étroite, dont les flancs sont des talus de roche rose de 100 mètres de haut, raides, sans végétation, semblables à ceux qui bordent le ravin que je viens de descendre. La rivière qui en sort, l’Ouad Imiṭeṛ, débouche ici dans la plaine inférieure, où elle s’unit au cours d’eau que j’ai suivi. Les qçars d’Imiṭeṛ sont construits avec élégance, comme ceux du Dra. Quelques cultures d’orge et de blé les entourent, avec des figuiers et des trembles.

A Imiṭeṛ commencent la seconde portion de ma route et le second étage de la plaine ; celui-ci est une longue surface plate gardant d’ici, son origine, jusqu’au Todṛa, où il est coupé par la bande de palmiers de l’oasis, une largeur moyenne de 3 kilomètres ; après le Todṛa, il s’élargit par degrés et atteint 18 kilomètres entre le Ferkla et le Ṛeris ; au delà de ces points, je le verrai s’étendre à perte de vue vers l’est, avec une largeur qui paraîtra augmenter encore : sur toute son étendue il reste le même, borné au nord par le talus uniforme de roche rose qui le sépare de l’étage supérieur, au sud par une ligne de hauteurs noires et rocheuses, premières pentes du Saṛro. D’Imiṭeṛ au Todṛa, le sol est uni ; il consiste en un sable rose semé de pierres, rares au début, plus nombreuses à mesure qu’on avance vers l’est. On ne voit presque pas de végétation : à peine un peu de thym et de mousse[95]. Un seul accident de terrain coupe la monotonie de la plaine : une ligne de collines de 50 à 60 mètres de hauteur la barre vers Timaṭṛeouin, formant une digue sur toute sa largeur ; ces collines sont en pente douce ; le chemin qui les franchit n’offre aucune difficulté. Le col où on les passe, Foum el Qous n Tazoult, est un point important : il forme limite entre les Aït Melṛad et les autres fractions des Aït Iafelman ; le sol en est intéressant : composé moitié de roche rose, moitié de roche noire, il réunit les éléments du Grand et du Petit Atlas. Après l’avoir traversé, je me retrouve sur la plaine : dans le lointain apparaissent les palmiers du Todṛa, comme une ligne noire. Je les atteins à 4 heures du soir. A 4 heures et demie, je fais halte dans le qçar de Taourirt.

L’oasis du Todṛa se compose uniquement des rives de l’Ouad Todṛa ; c’est un long ruban, dont la largeur varie de 800 à 2000 mètres, couvert de plantations au milieu desquelles serpente la rivière. Elle est ombragée sur toute son étendue d’une multitude de palmiers auxquels se mêlent, surtout dans la partie nord et aux environs immédiats des qçars, des grenadiers, des figuiers et des oliviers, mi-cachés sous les rameaux grimpants de la vigne et des rosiers. Tel je vois le Todṛa, telles seront les oasis du Ferkla, du Ṛeris, du Qçar es Souq, minces serpents noirs s’allongeant dans la plaine.

Durant la route d’aujourd’hui, je n’ai cessé de voir dans le lointain, vers le nord, au delà des hauteurs peu élevées bordant l’Ouṭa Anbed et du talus limitant l’étage inférieur, de hautes montagnes brunes avec des taches de neige sur leur faîte : ce n’étaient pas les crêtes supérieures du Grand Atlas, mais d’importants échelons de la chaîne. Comme rivières, j’ai rencontré l’Ouad Imiṭeṛ (100 mètres de large ; lit moitié sable, moitié gravier ; à sec ; berges de sable de 2 mètres de haut) et l’Ouad Todṛa (20 mètres de large, dont 15 remplis d’eau courante ; fond de gravier ; point de berges ; l’Ouad Todṛa a une eau limpide et agréable au goût ; son lit n’en manque jamais ; un grand nombre de canaux en dérivent, donnant en tout temps un arrosage abondant aux plantations qui le bordent. Pendant la partie de son cours où il traverse l’étage inférieur de la plaine, il coule au milieu d’une tranchée d’environ 1000 mètres de large, séparée du terrain voisin par des talus escarpés de 8 ou 10 mètres. Le fond de la tranchée, de sable, est couvert de cultures et de palmiers : c’est le cœur de l’oasis ; la plupart du temps, dattiers et champs débordent un peu des deux côtés de l’encaissement ; jamais ils n’en dépassent beaucoup les bords ; par endroits, ils s’y arrêtent. Je verrai plus loin l’Ouad Ziz couler à Qçar es Souq dans une excavation semblable. Dans la partie où il traverse l’étage supérieur, l’Ouad Todṛa s’y creuse une vallée à pentes douces ayant au fond 1200 à 1500 mètres de large). Entre Imiṭeṛ et le Todṛa, j’ai vu deux lieux habités, deux petits qçars, l’un auprès duquel je suis passé, l’autre aperçu de loin. Le premier, Timaṭṛeouin Ignaouen, appartient aux Berâber (les Ignaouen sont une subdivision des Aït Atta) ; il est bordé de jardins et de cultures semblables à ceux d’Imiṭeṛ ; comme là, il n’y a pas un palmier ; un canal descendant des premières pentes du Grand Atlas y apporte une eau courante et limpide. Le second est Qcîba Aït Moulei Ḥamed. Il fait partie d’un groupe de trois qçars situés sur les bords de l’Ouad Imiṭeṛ, non loin de son confluent avec l’Ouad Todṛa ; tous trois sont entourés de dattiers. A l’exception des travailleurs dispersés dans les plantations d’Imiṭeṛ et de Timaṭṛeouin, je n’ai rencontré personne sur la route.

26 et 27 avril.

Séjour à Taourirt. L’oasis du Todṛa, une de sa nature, se divise au point de vue politique en deux portions : la première, le Todṛa proprement dit, se compose de la partie haute ; elle est habitée par des Chellaḥa indépendants ; la seconde, qui est située au-dessous d’elle et n’en est séparée par rien d’apparent, appartient aux Berâber ; ils y sont mêlés ; plusieurs fractions se la partagent. Dans tout le Todṛa, chaque localité est indépendante de ses voisines. L’oasis est fort peuplée ; elle comprend 50 à 60 qçars, échelonnés les uns contre les autres le long des plantations. La plupart sont construits en des points élevés : ceux de l’étage inférieur de la plaine, au bord de la tranchée que s’y est creusée l’Ouad Todṛa, les autres au pied des flancs de sa vallée, comme Tiidrin et Tiṛremt, ou sur des buttes isolées près de ses rives, comme Taourirt et Aït Ourjedal. Cette disposition, que j’ai trouvée dans le Dra et le Dâdes, se prend ici pour les mêmes motifs qu’en ces régions ; il s’en ajoute un de plus : la nécessité d’avoir une position aisée à défendre. Les guerres, fréquentes ailleurs, sont continuelles au Todṛa ; aussi point de précaution qu’on ne prenne : chaque localité est resserrée dans un étroit mur d’enceinte : de toutes parts se dressent des ageddims. Durant le temps que j’ai passé à Taourirt, ce qçar était en guerre avec son voisin, Aït Ourjedal ; chaque jour on se tirait des coups de fusil ; les fenêtres, les lucarnes des maisons étaient bouchées ; on n’osait monter sur les terrasses de crainte de servir de point de mire : les deux localités sont si proches que, malgré le peu de portée des armes, on s’atteignait de l’une à l’autre. On ne se contente pas toujours de tirailler à distance ; il n’est pas rare de voir les habitants d’un qçar en assiéger un autre, le prendre d’assaut et le piller.

La langue du Todṛa est le tamaziṛt ; beaucoup d’hommes savent l’arabe. Les Musulmans sont habillés de ḥaïks et de bernous de laine blanche, rarement de kheidous ; ils ont d’ordinaire la tête nue ; quelquefois ils la ceignent, sans la couvrir, d’un petit turban blanc. L’armement reste jusqu’au Ziz ce qu’il était au Dâdes. Le vêtement des femmes demeure le même ; à partir d’ici, il sera toujours de laine ou de cotonnade blanche : plus de khent. Pas de Ḥaraṭîn.

28 avril.

Du Todṛa au bassin de la Mlouïa, je serai en plein pays des Berâber. D’ici à l’Ouad Ziz, la région à traverser est une vaste plaine déserte semée d’oasis. Elle est sans cesse parcourue par plusieurs fractions des Berâber, surtout par les Aït Melṛad et les Aït Atta. Comme la mésintelligence règne en ce moment entre Aït Melṛad et Aït Atta d’une part, et de l’autre entre les deux grandes branches des Aït Atta, les Aït Zemroui et les Aït Ḥachchou, il me faudra trois zeṭaṭs d’ici à Qçar es Souq : un des Aït Melṛad et deux des Aït Atta. Je me suis, pendant mon séjour à Taourirt, assuré de ceux qui me conduiront au Ferkla. Ils doivent me prendre aujourd’hui ; on passera la nuit au qçar de l’un d’eux, dans le bas Todṛa : demain matin on partira pour le Ferkla, en se joignant à la caravane qui y va tous les mardis.

Départ de Taourirt à 4 heures du soir. Arrivée à Tadafals, mon gîte, à 7 heures. Je n’ai fait que longer la lisière de l’oasis, cheminant tout le temps dans l’étage inférieur de la plaine ; il ne cesse pas d’être uni ; le sol y est sablonneux en restant dur. A hauteur des dernières localités du Todṛa, commence sur la rive gauche de la rivière et assez loin d’elle un massif isolé de collines basses que je côtoierai pendant la marche de demain. A Aït Mḥammed finit l’excavation dans laquelle coulait l’Ouad Todṛa. A partir de là, le lit est au niveau de la plaine. Chemin faisant, j’ai traversé l’Ouad Imiṭeṛ (60 mètres de large ; lit de sable ; à sec) ; au point où je l’ai passé, une digue en maçonnerie barrait le cours de la rivière ; c’est l’ouvrage de ce genre le mieux construit que j’aie vu au Maroc.

29 avril.

Départ à 6 heures du matin. Bientôt qçars et palmiers disparaissent sur les rives de l’Ouad Todṛa. Le lit s’en dessèche, et je suis dans le désert. Je chemine dans la plaine où je me trouvais hier, marchant entre l’Ouad Todṛa et le massif qui s’élève à sa gauche ; le sol est de sable blanc, pur auprès de la rivière, semé de petits cailloux noirs aux abords des collines ; au pied de celles-ci, la terre en est couverte comme d’une écaille. Peu de végétation : dans les régions pierreuses, quelques touffes de thym ; dans le sable, qui occupe la portion la plus grande, un peu de melbina et de jujubiers sauvages. Je vois au sud, bornant la plaine, les premières pentes du Petit Atlas portant encore le nom de Saṛro, ligne sombre de hauteurs tourmentées, aux flancs de roche noire et luisante, avec de minces filets de neige apparaissant çà et là sur les crêtes. Vers le nord, une partie de l’étage inférieur et le talus rose qui le borde sont masqués pendant une portion du trajet par les collines dont je suis le pied : celles-ci forment un massif gris, aux flancs rocheux et nus, aux côtes douces, élevé de 30 à 40 mètres ; il s’élève isolé dans la plaine, occupant la partie centrale du triangle dont le Todṛa, le Ferkla et le Ṛeris sont les sommets. Au delà de sa ligne mince, apparaît dans le lointain une longue chaîne de hautes montagnes brunes : les premiers échelons du Grand Atlas. Tel est ici l’étage inférieur de la plaine, où je marche jusqu’au Ferkla. A 1 heure, j’atteins les premiers palmiers de l’oasis ; à 1 heure 20 m., je m’arrête au qçar d’Asrir. Depuis 9 heures du matin, on se croyait sans cesse au point d’arriver, trompé qu’on était par de continuels effets de mirage. C’était la première fois que j’apercevais ce phénomène au Maroc : il se représenta le lendemain durant presque tout le trajet du Ferkla au Ṛeris. Depuis je ne le vis plus.

Je marchais aujourd’hui avec une nombreuse caravane, au milieu de laquelle me protégeaient trois zeṭaṭs ; elle se composait de 100 à 150 personnes, moitié Aït Atta, moitié Aït Melṛad. Il y avait dans le nombre 60 à 70 fusils, sans un cavalier. Tout ce monde venait du Souq et Tenîn du Todṛa et se rendait au Ferkla. Les bêtes de somme, ânes et mulets, étaient 120 ou 150 ; les mulets sont très communs dans le pays. Je n’ai point aperçu d’autres voyageurs que nous sur la route. L’Ouad Todṛa, que j’ai traversé ce matin au sortir de l’oasis, y avait 60 mètres de large ; il était à sec ; le lit en était formé de gros galets et sans berges. Il reste tel jusqu’au Ferkla, toujours desséché et au niveau du sol : point de trace de végétation ni dans son lit ni sur ses rives ; rien qui de loin en dessine le cours à la surface blanche de la plaine. Le Ferkla est en tout semblable au Todṛa : c’est une bande de palmiers large de 1000 à 2000 mètres ; au milieu se déroule l’Ouad Todṛa, dont le lit s’emplit de nouveau d’une eau abondante et limpide. Il coule à fleur de terre ; l’oasis entière est au niveau de la plaine. Le Ferkla est moins grand que le Todṛa : sa longueur est moindre ; ses localités et ses habitants sont en nombre plus faible. Il appartient en partie aux Aït Melṛad, en partie à des Chellaḥa isolés : leurs qçars sont mélangés ; chacun de ceux-ci est indépendant, aussi bien ceux des Chellaḥa que ceux des Berâber. Par une exception unique, les Chellaḥa du Todṛa, du Ferkla et une partie de ceux du Ṛeris gardent une liberté absolue auprès de leurs puissants voisins : ils n’ont pas sur eux la moindre debiḥa. A quoi faut-il l’attribuer ? Sans doute à leur cohésion lorsqu’il s’agit de défendre la liberté commune, et à leur caractère belliqueux. A ce propos, il faut remarquer qu’il ne se trouve pas un seul Ḥarṭâni parmi eux. J’ai cessé de voir des Ḥaraṭîn dès que j’ai quitté l’Ouad Dâdes : dorénavant je n’en rencontrerai plus. Au Ferkla comme au Todṛa, je trouve les élégantes constructions du Dra. Les productions du sol sont les mêmes ici qu’au Todṛa, avec cette différence qu’en arbres il n’y a guère que des dattiers ; les autres essences sont rares : on voit quelques troncs de figuiers, de grenadiers, de pêchers, d’oliviers, et de la vigne, mais en petite quantité ; au contraire, les palmiers sont nombreux et beaux : ils sont plantés serrés et forment une forêt touffue. A leur ombre, entre leurs pieds, se pressent des cultures arrosées de canaux.

30 avril.

Aujourd’hui je vais au Ṛeris, autre oasis analogue à celle-ci. Départ à 8 heures du matin. J’ai mon escorte obligatoire de trois Berâber ; je marche avec une caravane d’une vingtaine de personnes dont la moitié est armée. Le massif de collines que j’ai eu à main gauche durant la marche d’hier expire entre le Ferkla et le Ṛeris : on en distingue les dernières côtes à l’ouest du chemin. Vers le nord s’aperçoit, à grande distance, une haute chaîne brune, aux nombreuses découpures, entre lesquelles brillent des croupes plus éloignées couvertes de neige : le Grand Atlas. L’étage inférieur de la plaine apparaît ici dans toute son étendue : il s’étale entre le Petit Atlas et le talus de roche rose au pied duquel est le Ṛeris ; plus un mouvement n’en plisse l’immensité plate qu’on voit s’allonger vers l’est à l’infini, toujours la même, aussi loin que la vue peut porter. C’est une surface nue et blanche se déroulant jusqu’à l’horizon. Là coulent les ouads Todṛa et Ṛeris ; là est leur confluent : dans l’éblouissante blancheur de la plaine, leurs lits desséchés et sans verdure ne se distinguent pas. Seules, paraissent quelques lointaines oasis, points noirs se reflétant dans les étangs et les longs lacs bleus que fait briller le mirage. Du Ferkla au Ṛeris, le sol est de sable dur semé çà et là de cailloux noirs : comme seule végétation, la mousse des ḥamadas, excepté en quelques points où le sable forme des dunes de 50 centimètres de haut, et où poussent des touffes de drin.

A 1 heure et demie, j’arrive au Ṛeris. Cette oasis est, en forme et en productions, semblable au Todṛa et au Ferkla, au Todṛa surtout, auquel elle est en quelque sorte symétrique. Comme lui, elle est située au point où le cours d’eau qui la féconde sort du talus rocheux et débouche de l’étage supérieur dans le second ; comme lui, elle se trouve partie en deçà du talus, resserrée au fond d’une vallée, partie au delà, en plaine. C’est une bande de palmiers ombrageant des cultures au milieu desquelles coule l’ouad et s’élèvent de nombreux qçars. Les constructions sont faites à la façon de celles du Dra. Peut-être ont-elles moins de moulures sur les murs ; en revanche la plupart des localités possèdent des enceintes élevées et, auprès des portes, des tours d’une grande hauteur, telles que je n’en ai vu nulle part ailleurs. Comme au Ferkla, les palmiers forment une forêt épaisse et ont entre eux peu d’arbres d’essence différente. L’Ouad Ṛeris est de la force de l’Ouad Todṛa : il a 30 mètres de large, dont 12 remplis d’eau claire et courante de 60 centimètres de profondeur. Le lit est moitié sable, moitié gravier ; il a des berges de sable de 2 mètres de haut. Pendant le trajet d’aujourd’hui, je n’ai rencontré personne. J’ai passé à proximité de deux lieux habités : Zaouïa Sidi El Houari, groupe de quelques maisons entouré de grands jardins d’oliviers et de grenadiers, sans un palmier ; El Mkhater, petit qçar avec dattiers.

En ce moment, le Ṛeris est fort agité. On s’attend à ce que les Aït Atta et les Aït Melṛad en viennent aux mains bientôt dans ces parages : chaque qçar se tient sur ses gardes ; chacun a des veilleurs sur ses tours, pour guetter et donner l’alarme en cas de surprise. Nous avons dit qu’Aït Atta et Aït Melṛad étaient en mauvaise intelligence. Au printemps dernier (1883), ils se sont livré une grande bataille non loin d’ici, auprès de Tilouin, petite oasis isolée à l’est du Ferkla. Les Aït Atta étaient au nombre de 8000 fantassins et 600 chevaux ; les Aït Melṛad comptaient 12000 hommes de pied et 700 cavaliers. Les Aït Atta furent vaincus ; 1600 périrent : la perte des Aït Melṛad fut de 400 hommes[96]. Le combat n’avait duré qu’une matinée. Cette sanglante rencontre fut suivie d’une trêve d’une année : il fut convenu qu’on se mesurerait de nouveau au printemps suivant. On s’attend chaque jour à voir commencer les hostilités. Le principal théâtre de la lutte sera sans doute le Ṛeris. Les Aït Atta enlevèrent, il y a une trentaine d’années, aux Aït Melṛad une partie des qçars qu’ils possédaient dans cette oasis, entre autres Gelmima, l’un des principaux de la contrée. Les Aït Melṛad vont, pense-t-on, essayer de reprendre ce dernier.

Ce n’est pas sans raison qu’on considère la reprise de la guerre comme imminente. J’apprendrai demain, en arrivant à Qçar es Souq, qu’aujourd’hui même les Aït Atta ont pillé une caravane d’Aït Melṛad : c’est le début des hostilités.

1er mai.

Départ de Gelmima à 4 heures du matin. Je vais au Qçar es Souq, petit district sur l’Ouad Ziz. Point de caravane : je pars avec mes trois Berâber. On commence par longer le pied du talus de roche rose qui sépare les deux étages de la plaine. A sa base, le sable devient rose et se sème de pierres ; presque point de végétation : quelques touffes de melbina et de mousse du ḥamada. Vers 7 heures et demie, je cesse de suivre le talus et je le gravis. Arrivé à sa crête, je me trouve au bord d’un plateau ; il s’étend à perte de vue à l’est et à l’ouest ; il est borné au sud par le talus que j’ai monté ; au nord, par un premier échelon du Grand Atlas qui se dresse comme une muraille à 20 kilomètres de moi : c’est la première section de la plaine, l’étage supérieur. A mes pieds s’étend la partie inférieure, que je viens de quitter : immense étendue blanche où paraissent, comme deux points, les oasis de Tilouin et de Mekhtara Aït Abbou ; elle se prolonge toujours la même, bordée par la ligne sombre du Saṛro, aussi loin que porte la vue. A la surface de la section où je suis, s’aperçoit vers le nord-ouest un tronçon de ligne verte, portion des palmiers de Taderoucht ; ils apparaissent par une légère dépression de la plaine. D’un autre côté, au nord-est, se voit un mamelon rougeâtre dressant sa tête isolée au milieu du désert. Il se trouve dans la direction du Qçar es Souq : je marche droit sur lui. Le sol de cet étage supérieur est mi-pierreux, mi-rocheux sur les bords ; il devient sablonneux à mesure qu’on se rapproche du milieu : dans cette partie il y a parfois de petites dunes de 1 à 2 mètres de haut. La végétation se compose, dans le sable, d’un peu de thym, de mousse du ḥamada, de rares jujubiers sauvages. Les parties pierreuses sont plus nues : à peine y voit-on quelques touffes de mousse. Le terrain est uni ; on n’y distingue pas d’autre accident que la butte isolée qui me sert de signal ; elle est peu élevée : je passerai à son pied à 2 heures ; elle me semblera avoir 60 ou 80 mètres de haut. C’est un mamelon de roche rouge, escarpé. Les eaux de cette partie de la plaine vont d’une part à l’Ouad Ziz, de l’autre à l’Ouad Ṛeris. Cela donne naissance à la dépression par laquelle j’ai aperçu une parcelle du Taderoucht.

A 3 heures et demie, l’Ouad Ziz apparaît. Il est à quelque distance. C’est une ligne noire sortant du flanc de l’Atlas et s’allongeant à perte de vue dans la plaine. Aucun mouvement ne borne l’horizon, ni à l’est, ni à l’ouest, ni au sud : on ne voit en ces trois directions qu’une surface plate et blanche s’étendant à l’infini ; au milieu serpente la longue file des palmiers de l’Ouad Ziz, sans que la ligne s’en interrompe depuis le point où ils débouchent de la montagne jusqu’à celui où on les perd des yeux aux limites de l’horizon. Les districts qui se succèdent sur les bords du Ziz sont, comme ceux du Dra, un ruban étroit se déroulant au milieu du désert : comme eux, bien que portant des noms divers, Qçar es Souq, Metṛara, Reteb, Tizimi, Tafilelt, ils forment une seule oasis, bande de dattiers bordant sans interruption le fleuve, depuis le qçar le plus haut du Qçar es Souq jusqu’à la localité la plus basse du Tafilelt.

A 4 heures et demie, je parviens au Qçar es Souq. Je m’arrête au mellaḥ. Je n’ai rencontré personne durant ma route. J’ai passé près d’un endroit habité, le petit qçar de Tarza, appartenant aux Aït Izdeg. Deux cours d’eau se réunissent au-dessus de lui et se dirigent vers le sud en creusant dans la plaine une vallée de 500 mètres de large : le qçar se trouve au fond de celle-ci, entouré de champs, d’oliviers et de figuiers ; point de palmiers. Le principal des deux cours d’eau, l’Ouad Tarza, a 50 mètres de large ; le lit, moitié sable, moitié gravier, en est à sec.

Le Qçar es Souq est un district situé sur les bords du Ziz : c’est l’un des plus petits de son cours et le premier après sa sortie du Grand Atlas ; il commence au point où le fleuve débouche de la montagne. La vallée du Ziz y offre une bande de palmiers large de 500 à 1500 mètres, au milieu de laquelle coule le fleuve et s’élèvent des qçars. Les constructions sont en pisé ; les tiṛremts, nombreuses, sont moins ornées que dans le Dra. D’ici à Foum Ṛiour, où l’Ouad Ziz sort de l’Atlas, le cours d’eau et la majeure partie des dattiers sont encaissés dans une tranchée profonde de plusieurs mètres, pareille à celle où coule quelque temps l’Ouad Todṛa ; le fond en est de sable, les parois de roche : en dehors sont le reste des palmiers et la plupart des qçars. L’Ouad Ziz a ici 40 mètres de large, 80 centimètres de profondeur, une eau verte au courant impétueux ; il a de nombreux rapides et ne se traverse qu’à des gués déterminés ; lit tantôt de gravier, tantôt de sable, sans berges.

Le costume et les armes sont les mêmes, à peu de chose près, que dans les oasis précédentes. Le gracieux sac à poudre de filali brodé de soie se porte toujours. La seule modification est dans la coiffure : on garde le dessus de la tête nu ; l’étroite bande de coton blanc dont on se ceignait le front au Dâdes, au Todṛa et au Ṛeris se remplace par quelques tours de fil de poil de chameau ou de cordelette de soie ; celle-ci est d’ordinaire rose et de 7 à 8 millimètres de diamètre. Il est de mode d’avoir un anneau d’argent à l’oreille gauche. Peu de kheidous : on ne s’habille que de blanc ; les bernous, de laine ou de coton, sont fréquemment ornés de broderies de soie aux couleurs vives. Costume et armement resteront les mêmes d’ici à Qçâbi ech Cheurfa.

2o. — DU QÇAR ES SOUQ A QÇABI ECH CHEURFA.

2 mai.

Le Qçar es Souq, le Tiallalin, tous les pays que je traverserai d’ici au col de Telṛemt, faîte du Grand Atlas, appartiennent à un même rameau des Berâber, les Aït Izdeg. Je prends trois fusils de cette fraction pour m’escorter jusqu’au Tiallalin, mon gîte de ce soir. Ce district, situé sur le Ziz, se trouve de l’autre côté de l’épaisse chaîne rocheuse au pied de laquelle est le Qçar es Souq. Deux chemins y mènent : l’un longe le cours du fleuve, au fond d’une gorge profonde, l’autre laisse l’ouad de côté et gravit les crêtes de la montagne. Ce dernier est plein de difficultés : on le prend en cas de nécessité absolue, lorsque l’Ouad Ziz, que la première route traverse plusieurs fois, se trouve infranchissable. Bien que je sois à l’époque de la crue du fleuve, et que des pluies récentes en aient gonflé les eaux et rendu le passage difficile, je prendrai la première voie. Au sortir du Qçar es Souq, j’entre dans la montagne. Celle-ci est une large chaîne de roche nue ; elle semble former une succession de murailles à pic et de talus, séparés par des côtes plus ou moins raides, tantôt rocheuses, tantôt pierreuses. Le massif est presque en entier de couleur rouge vif : aux abords du Tiallalin, les flancs changent de ton et deviennent d’un gris bleuâtre. L’Ouad Ziz traverse cette chaîne par une longue gorge aux parois escarpées, qui se changent parfois en murailles verticales ; le fond a par endroits 300 ou 400 mètres de large, souvent 50 ou 60. Il est sablonneux, couvert de cultures et jalonné de qçars sur presque toute sa longueur ; la partie supérieure seule, celle qui touche à la plaine du Tiallalin, est rocheuse, nue et déserte. L’autre forme un district séparé, El Kheneg. Des dattiers ne cessent d’ombrager les cultures depuis Qçar es Souq jusqu’au qçar de Tamerrâkecht. Là ils disparaissent : je n’en verrai plus d’ici à la fin de mon voyage. Dans ce défilé, le chemin est difficile, à cause de la quantité de fois qu’il faut traverser l’Ouad Ziz : quoique j’aie fait un détour dans la montagne pour diminuer le nombre de ces passages, je l’ai franchi à six reprises ; la plupart des gués avaient environ 25 mètres de large et 80 centimètres de profondeur ; la rapidité très grande du courant rendait longue chacune des traversées. Parti de Qçar es Souq à 7 heures du matin, je n’arrive qu’à 3 heures et demie à l’extrémité nord du défilé. Là je me trouve en face d’une plaine où je m’engage : la plaine du Tiallalin. Elle est bornée : au sud, par la chaîne de laquelle je sors ; au nord par une autre chaîne nue et rocheuse, parallèle à celle-ci ; à l’ouest, par un demi-cercle de hautes montagnes, un peu plus élevées que celles que je viens de traverser, et dont le pied, à sa plus grande distance, peut être à 12 ou 15 kilomètres. Vers l’est, la plaine s’étend jusqu’aux limites de l’horizon. Cette étendue est nue et plate ; le sol en est pierreux, avec quelques parties rocheuses et d’autres sablonneuses. L’Ouad Ziz la traverse dans sa largeur ; les deux rives du fleuve sont bordées d’un ruban continu de cultures et de villages qui se prolongent par delà la plaine, derrière la chaîne qui la limite au nord. C’est le Tiallalin.

Le Tiallalin a, comme végétation, l’aspect du bas Dâdes : mêmes cultures tristes, même apparence morne, même absence d’arbres. Les champs, répartis sur les deux bords de l’Ouad Ziz, forment une bande non interrompue d’une extrémité à l’autre du district ; la bande est de largeur inégale, tantôt elle a 2000 mètres, tantôt à peine 1000. Si par la pauvreté de la végétation le Tiallalin rappelle le Dâdes, il ne lui ressemble en rien en ce qui concerne les qçars. Depuis que j’ai quitté le bassin du Dra, l’architecture va en déclinant : jusqu’au Qçar es Souq inclus, elle avait gardé de l’élégance ; il n’y en a plus au Tiallalin : les bâtiments y sont de pisé sans ornement ; il existe des tiṛremts ; mais leurs quatre murs flanqués de tours sont d’une simplicité absolue : ni découpures, ni moulures. Les ageddims ont disparu avec les derniers palmiers du Ṛeris. Les constructions, d’ici à Oudjda, rappelleront celles du Tâdla, des Aït Ạtab, des Entifa. Au Tiallalin, elles sont non seulement moins élégantes qu’au Dâdes, mais aussi moins nombreuses ; elles forment une série de villages peu espacés, et non cette suite continue d’habitations qui donne au Dâdes un aspect si particulier.

Je suis entré dans le Tiallalin à 4 heures ; je m’y arrête à 5 heures à Qcîba el Ihoud, petit village situé presque à l’extrémité de la plaine.

3 et 4 mai.

Séjour au Tiallalin. Une pluie continuelle, bénie par les habitants, peu agréable à un voyageur, m’y retient deux jours.

5 mai.

Départ à 8 heures du matin. Bientôt je suis hors de la plaine. L’Ouad Ziz y entre par un kheneg d’environ 100 mètres de large, entre le Djebel Bou Qandil, haute montagne brune aux côtes raides, à l’est, et le Djebel Gers, longue chaîne de roche jaune, à l’ouest. Cette dernière est en pente faible pendant 1 à 2 kilomètres, puis s’élève à son tour ; elle forme le flanc droit d’une vallée où coule l’Ouad Ziz avant de passer dans la plaine. Le flanc gauche en est un talus à crête uniforme, en rampe douce au pied, se terminant au sommet par une muraille à pic ; il n’est que roche et pierres sans végétation. Le fond, que je remonte, a un sol terreux ; la largeur moyenne en est de 1500 mètres. Il est occupé par les cultures et les villages du Tiallalin et du Gers ; les deux districts s’y succèdent sans intervalle : ils s’étendent sur toute la longueur de la vallée, mais n’en embrassent pas toute la largeur, n’occupant jamais qu’une des rives du fleuve, l’autre restant inculte et déserte. Je traverse une dernière fois l’Ouad Ziz : au gué, il forme deux bras, de 50 mètres de large chacun ; la profondeur du premier est de 80 centimètres, celle du second de 50 centimètres ; les eaux coulent sur un lit de gravier, sans berges ; le courant est très rapide. Dans le lointain, apparaît la cime blanche du Djebel el Ạïachi. Elle ne cessera de briller à mes yeux d’ici à Qçâbi ech Cheurfa, et de là jusqu’à Misour. Vers 11 heures, je me trouve à l’extrémité de la vallée : le flanc gauche s’abaisse tout à coup, et fait place à une plaine bornée, au nord, par une chaîne rocheuse et rouge qui s’élève à plusieurs kilomètres d’ici ; au sud, par le prolongement du Djebel Gers ; vers l’ouest et le nord-ouest, elle s’étend à une grande distance et est limitée par de hautes montagnes très éloignées : de là vient l’Ouad Ziz : on distingue au loin à la surface blanche de la plaine les taches noires des jardins qui en marquent le cours. Pour moi, je l’abandonne et marche droit au nord, vers la chaîne qui se dresse de ce côté ; jusque-là, sol pierreux, plat, sans végétation. A 1 heure moins un quart, j’arrive au pied du massif ; je le gravis : une montée d’une heure, par un ravin nu et rocheux, me conduit à un col. Là commence un plateau accidenté, au sol terreux, couvert de geddim (sorte d’ḥalfa) et de thym. Je le traverse ; au bout de quelque temps, j’atteins une crête : c’est l’extrémité nord du plateau. Devant moi s’étend une côte peu rapide, garnie de geddim, et au delà une longue plaine orientée comme celle du Tiallalin, de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est. Elle est limitée : au sud, par le massif que je finis de franchir ; au nord, par le Djebel el Ạbbarat, haute chaîne de roche rouge, et, en avant de lui, par un massif de collines grises de 40 à 50 mètres de hauteur, qui s’y adosse, tout en en étant distinct ; à l’ouest, par un demi-cercle de montagnes assez élevées. Vers l’est, elle s’étend à perte de vue. L’Ouad Nezala la traverse dans sa largeur ; trois hameaux isolés apparaissent avec leur maigre verdure au milieu de sa surface déserte. Bientôt je suis dans la plaine ; le sol, sablonneux, est couvert d’herbages où le genêt domine. Je gagne l’Ouad Nezala, que je suivrai jusqu’au col de Telṛemt, faîte du Grand Atlas. Au bout de la plaine, j’entre dans le massif de collines qui précède le Djebel el Ạbbarat. L’Ouad Nezala s’y creuse une vallée de 100 mètres de large ; les flancs, terre avec quelques pierres, sont couverts de geddim. A 4 heures, je suis au point où finit ce massif et où sortent de terre les parois escarpées du Djebel el Ạbbarat. A droite, à gauche, sont des cols entre les coteaux et la montagne. En avant, s’ouvre dans le flanc de cette dernière une brèche étroite, Kheneg el Ạbbarat, phénomène des plus curieux. La chaîne où elle est percée est une digue de plus de 200 mètres d’élévation, à crête rocheuse et à base pierreuse ; les crêtes vont en s’abaissant près du kheneg : elles diminuent d’une manière rapide et régulière, en décrivant un demi-cercle ; la crête supérieure elle-même semble le décrire, de façon qu’au fond du kheneg la muraille du faîte a l’air de s’être abaissée au niveau de la rivière : ainsi ce kheneg ne paraît point percé comme les autres par l’action des eaux ; il semble formé par un pli de la bande rocheuse qui compose la chaîne. Il a 100 mètres de long et à peine 30 mètres de large ; le fond comme les parois en sont de roche : je le traverse dans le lit de l’Ouad Nezala. Au sortir du défilé, la vallée demeure étroite ; ses flancs s’abaissent : ceux-ci sont les pentes septentrionales du Djebel el Ạbbarat ; elles étaient nues sur l’autre versant ; ici, tout en gardant la même nature rocheuse, elles se sèment de quelques arbres. Ce sont les premières côtes boisées que je voie depuis la vallée du Sous. Bientôt le flanc droit expire et fait place à un plateau nu, élevé de 10 mètres au-dessus du niveau de la rivière ; le flanc gauche continue à la border ; il n’a plus que 40 à 50 mètres de haut : c’est un talus de roche grise, en pente douce. Plusieurs petits qçars d’aspect misérable, sans jardins ni cultures, sont échelonnés le long de la vallée. Je m’arrête à l’un d’eux, Nezala, qui est, comme ce nom l’indique, un gîte habituel des voyageurs sur cette route.

Je marche depuis ce matin avec une caravane de muletiers du Metṛara ; je me suis rencontré avec eux au Tiallalin ; ils feront route avec moi jusqu’à Qçâbi ech Cheurfa. Leur métier est de transporter des marchandises entre le Tafilelt et Fâs. J’ai loué, de concert avec eux, une escorte d’Aït Izdeg : ceux-ci sont maîtres de tout le pays, du Qçar es Souq au col de Telṛemt. Ils prennent, pour servir de zeṭaṭs du Tiallalin au col, 5 francs par mule, par Juif et par chameau, et la moitié pour les ânes ; les Musulmans ne paient pas pour leur personne : moyennant cette redevance, les Aït Izdeg escortent les caravanes et en garantissent la sûreté. Nos zeṭaṭs se composent de 3 cavaliers et 6 ou 7 fantassins.

Beaucoup de monde aujourd’hui sur le chemin. J’ai croisé sept ou huit convois de 50 à 80 bêtes de somme chacun ; les animaux étaient des mulets, des ânes et des chameaux, les deux dernières espèces dominant. La route que je suis, voie habituelle entre Fâs et le Tafilelt, est toujours aussi fréquentée. Depuis l’Ouad Ziz, j’ai rencontré deux cours d’eau de quelque importance : l’Ouad Tira n Imin (au point où je l’ai passé pour la première fois, il avait 10 mètres d’eau limpide de 15 centimètres de profondeur ; courant rapide), et l’Ouad Nezala (à hauteur d’Aït Ḥammou ou Sạïd, le lit en avait 80 mètres de large, dont 15 remplis d’eau claire et courante de 60 centimètres de profondeur. A Nezala, le lit n’a plus que 15 mètres de large, et l’eau 6 ; celle-ci a 15 centimètres de profondeur). Le kheneg el Ạbbarat, que j’ai traversé à 4 heures, est célèbre et redouté pour les brigandages qu’y exercent les Aït Ḥediddou. Maintes fois ils ont guetté des caravanes, embusqués au col que j’y ai vu à main gauche, et les ont pillées.

Nezala est un petit qçar délabré, élevé naguère par un sultan qui voulut en faire un poste d’observation et un gîte pour les voyageurs. Il ne sert plus qu’à ce dernier usage. C’est une enceinte carrée, flanquée de mauvaises tours, le tout très bas, en pisé gris ; à l’intérieur se trouvent quelques maisons, résidences de cinq ou six familles habitant ici, et un grand nombre de cours, d’écuries, de hangars, la plupart à demi ruinés, où s’installent les voyageurs.

Sur la route que j’ai parcourue aujourd’hui, il n’y a pas de passage difficile. Une seule côte un peu raide, vers 2 heures ; le reste du temps j’ai marché en plaine. Demain, durant toute la journée, le chemin sera plus uni encore. L’aisance extrême avec laquelle on franchit ici le Grand Atlas contraste avec les difficultés que j’ai rencontrées en le passant pour la première fois, au Tizi n Telouet. Aucun trait de ressemblance, hors l’altitude, n’existe entre l’Atlas des Glaoua et celui-ci. Là, une chaîne aux crêtes nues et rocheuses est formée de longs escarpements presque infranchissables ; les deux versants, celui du nord surtout, profondément ravinés par l’action des eaux, ont perdu leur forme primitive et se présentent sous l’aspect de contreforts perpendiculaires à l’arête centrale ; rocheux, tourmentés, ils cachent dans leurs flancs d’étroites vallées resserrées entre des murailles de roche, seuls refuges de la végétation et de la vie en cette contrée inaccessible, désolée, déserte. Ces vallées, comme les contreforts qui les séparent, ont leur direction normale à la ligne culminante de la chaîne. Ici, au contraire, le sommet est en partie boisé : on y arrive par un chemin d’une facilité extrême : le massif se compose, non d’innombrables montagnes couvrant tout le pays, avec l’apparence de rameaux perpendiculaires à un tronc, mais d’une série de chaînes[97] parallèles à l’arête principale et séparées entre elles par des plaines qui occupent la plus grande partie de la contrée. Les cours d’eau, auprès desquels les villages sont tantôt nombreux, tantôt clairsemés, s’écoulent au niveau des plaines, traversant les diverses lignes de montagnes par autant de khenegs qui s’y ouvrent comme des portes sur leur passage. Quelques-unes de ces plaines sont si longues que deux rivières les traversent dans leur largeur, à une grande distance l’une de l’autre : telle la plaine du Tiallalin, dont le prolongement est arrosé par l’Ouad Gir. Outre cette différence de nature, les deux parties du Grand Atlas que nous avons franchies en présentent une autre : le Tizi n Glaoui était des deux côtés entouré de hautes cimes presque en tout temps couvertes de neige : il formait une dépression au milieu de montagnes très élevées. Le Tizi n Telṛemt se trouve au point où la chaîne commence à décroître : à l’ouest du col, s’élèvent les hautes crêtes toujours blanches du Djebel El Ạïachi, l’un des massifs les plus élevés de l’Atlas ; à l’est, il n’y a plus trace de neige, et la chaîne s’abaisse rapidement. Je l’aurai longtemps sous les yeux dans le bassin de la Mlouïa. Au delà du Djebel El Ạïachi, elle apparaît comme un long talus brun, à crête uniforme, allant sans cesse en décroissant. Elle s’allonge vers l’est, diminuant toujours de hauteur, jusqu’au point où on la perd de vue aux limites de l’horizon.

6 mai.

Départ à 5 heures du matin. Jusqu’au col de Telṛemt, je resterai en terrain plat : sol dur, terre semée de gravier et de petites pierres ; une végétation maigre le recouvre à moitié : geddim, thym, menus herbages. D’ici au col, je traverse trois plaines unies, sans la moindre ondulation ; la première s’étend au loin vers l’ouest et le nord-ouest, bornée dans cette direction par le pied même du Djebel El Ạïachi, dont on voit les pentes, poudrées de neige à la base, se transformant peu à peu en une large masse d’un blanc mat, émerger de sa surface ; elle est limitée à l’est par un talus gris de 40 à 50 mètres de hauteur, aux côtes pierreuses, peu rapides, clairsemées de geddim. La seconde plaine se prolonge à une grande distance vers l’est, où des montagnes d’élévation moyenne la bordent ; elle est séparée de la précédente et limitée à l’ouest par des massifs de collines aux pentes douces en partie tapissées de geddim. Au nord, la borne en est une haute chaîne de montagnes, dont le nom est célèbre, le Djebel El Ạbbari. C’est une arête élevée, dressant ses crêtes à plus de 200 mètres au-dessus du niveau de la plaine : les flancs, de couleur rouge, en sont rocheux et escarpés, couverts de geddim dans le bas, d’arbres vers le sommet. Bien que le col soit plus loin, le faîte de cette chaîne est la ligne culminante du Grand Atlas. Par un fait curieux, l’Ouad Nezala, au lieu de prendre sa source sur le versant méridional, la prend au delà, sur le versant nord. Il traverse le Djebel El Ạbbari par un kheneg de 30 mètres de large. J’entre par ce kheneg dans la troisième plaine ; elle est petite et sans ressemblance avec les précédentes, en étendue ; adossée au sud au Djebel El Ạbbari, elle est bordée à l’est par un talus en contre-bas donnant sur un autre bassin, au nord par un bourrelet pierreux, aux pentes boisées[98], haut de 30 mètres. Au bout de cette petite plaine se trouve le col de Telṛemt, où je passe du bassin du Ziz dans celui de la Mlouïa. Je le franchis à 9 heures du matin ; il est à 2182 mètres d’altitude. Quant à la ligne de faîte générale de l’Atlas, je l’ai passée en traversant le Djebel El Ạbbari. Du col de Telṛemt, je gagne un ravin profond dont la partie inférieure, large de 20 mètres, est bordée de talus raides garnis de geddim dans le bas, d’arbres dans le haut. Je le descends ; il n’est pas long : au bout de peu de temps les flancs s’abaissent, s’adoucissent ; bientôt ils disparaissent : je suis en plaine. La plaine où j’entre porte le nom de Çaḥab el Geddim. Elle est unie, mais en pente prononcée vers le nord ; le sol, moitié terre, moitié pierres, est couvert de hautes touffes de geddim. Au delà de Çaḥab el Geddim, lui faisant suite, j’ai devant moi, en contre-bas, une seconde plaine où la Mlouïa creuse son lit ; cette plaine est très large ; on l’appelle Çaḥab el Ermes. Un long talus brun de moyenne élévation, premières pentes du Moyen Atlas, la borne au nord. Au delà se voient un grand nombre d’autres crêtes, succession de chaînes grises s’étageant les unes derrière les autres, puis, les dominant toutes, une bande bleue dont le haut est couvert de neige : c’est le faîte du Moyen Atlas, ligne uniforme où surgissent deux sommets en larges masses blanches : l’un, le Djebel Tsouqt, est au milieu de la chaîne, l’autre, le Djebel Oulad Ạli, à son extrémité orientale. Celui-ci termine le massif de la façon la plus brusque et la plus étrange ; après s’être élevé très haut, il tombe presque à pic au bord de la vallée de la Mlouïa : son versant est a l’aspect d’un talus à 2/1 de plus de 1500 mètres d’élévation. Cette falaise énorme, où s’arrête court une si haute et si longue chaîne, est de l’effet le plus extraordinaire. Je reverrai de près le Djebel Oulad Ạli dans la vallée moyenne de la Mlouïa.

De Çaḥab el Geddim, une rampe douce, de 25 mètres de hauteur, me conduit dans Çaḥab el Ermes. Comme la première, cette plaine s’étend à perte de vue vers l’est et vers l’ouest ; le sol est sablonneux ; de rares places sont nues, en d’autres pousse du thym : la plus grande partie est tapissée de la plante basse qu’on appelle ermes. On aperçoit de loin en loin de petites tiṛremts d’aspect misérable, isolées dans le désert. Je chemine dans cette plaine jusqu’à 3 heures et demie ; à ce moment s’ouvre à mes pieds une tranchée : elle a 1500 mètres de large ; le fond en est couvert de verdure et de feuillage ; à demi cachés sous la multitude des arbres fruitiers, plusieurs qçars y montrent leurs terrasses brunes ; au milieu coule un fleuve : c’est Qçâbi ech Cheurfa et la Mlouïa. Un talus de sable nu me conduit au fond de l’encaissement ; le sol y est de sable : j’y marche au milieu des champs et des vergers. Au bout d’un quart d’heure, je parviens à Qaçba el Makhzen, terme de ma route.

Qçâbi ech Cheurfa se compose de localités toutes situées dans la tranchée où coule la Mlouïa ; elles sont unies par des cultures et des jardins ombragés d’une foule d’arbres, oliviers, figuiers, grenadiers : ces feuillages donnent au district un air de gaieté et de fête qui contraste avec l’aspect morne du Tiallalin et du Gers. Qçâbi ech Cheurfa est ainsi un ruban de cultures et de qçars, enfermé entre deux hautes berges, et au milieu duquel coule la Mlouïa.

J’ai rencontré moins de monde qu’hier sur la route : les caravanes croisées ont été au nombre de trois, formant ensemble 150 bêtes de somme. Ainsi qu’il était convenu, mes zeṭaṭs m’ont abandonné au col de Telṛemt. Là commence le blad el makhzen : au nord du col, les Aït Izdeg, qui sont en mauvais termes avec le sultan, trouveraient du danger à s’avancer en petit nombre, et les voyageurs, étant en pays soumis, n’ont plus besoin d’escorte. Du col à El Qçâbi, on est sur le territoire des Aït ou Afella, petite tribu qui, formant par son origine une fraction des Aït Izdeg, est séparée d’eux politiquement et obéit au sultan. On y marche sans ạnaïa, et elle est responsable des pillages commis sur son territoire : pour la dédommager des bénéfices que sa soumission lui fait perdre, le gouvernement l’a autorisée à prélever un droit sur ce qui passe sur ses terres ; ce droit est de 1 franc par bête de somme et par Juif. Ma caravane a dû l’acquitter à deux reprises ; souvent, où on ne devrait payer qu’une fois, on le fait trois ou quatre ; voici comment : à peu de distance du col de Telṛemt, quelques hommes nous accostèrent ; ils demandèrent le montant de la redevance, nous le donnâmes ; assez loin de là, dans la plaine, nous trouvâmes une forte troupe installée en travers de la route ; elle déclara que nous ne passerions qu’après lui avoir remis cette même somme ; le chef de la caravane de se récrier : nous l’avions déjà donnée. « Ceux que vous avez rencontrés étaient des escrocs ; ils n’avaient droit de rien réclamer : nous seuls sommes délégués pour percevoir le péage. Vous n’irez que quand nous l’aurons reçu ». Comme la délégation se composait de quarante hommes armés, il fallut en passer par où elle voulut. Des faits de ce genre se reproduisent tous les jours : les régions du blad el makhzen où sont installés ces péages (qui portent le nom de nezala) sont souvent plus onéreuses à traverser que le blad es sîba ; par bonheur, elles sont rares : ce sont d’ordinaire des contrées dont la population, à peine soumise, pillerait ouvertement, sans qu’on puisse l’en empêcher, si on ne lui donnait cette compensation. Je n’ai connaissance de nezalas de ce genre qu’en deux tribus, les Aït ou Afella et les Aït Ioussi : dans cette dernière, elles sont nombreuses : on en compte 16, dit-on, de Qçâbi ech Cheurfa à Sfrou. C’est une ruine pour les commerçants.

7 mai.

Séjour à Qaçba el Makhzen. Ce lieu est une enceinte rectangulaire garnie de tours, de construction récente, servant de résidence au qaïd, à la garnison et aux Juifs. Autrefois les cherifs, possesseurs du sol du district, y étaient seuls maîtres et ne reconnaissaient aucune autorité ; aujourd’hui le pays est blad el makhzen et un qaïd y commande : de tout temps le district a été tributaire des Aït Izdeg. Il l’est encore, et ce n’est pas un spectacle peu curieux de voir une province du sultan vassale d’une fraction indépendante. C’est Moulei El Ḥasen qui, il y a sept ans, soumit Qçâbi ech Cheurfa. Il y envoya un qaïd et des soldats ; ils y achetèrent un terrain et construisirent l’enceinte où je suis : nul ne s’y opposa, et la suprématie du sultan s’établit sans résistance. La première année, elle s’étendit sur les Aït ou Afella, les Oulad Khaoua et les Aït Izdeg ; dès la seconde, ces derniers cessèrent de la reconnaître et refusèrent l’impôt. Les choses en restèrent là depuis lors ; l’autorité du qaïd est limitée au district de Qçâbi ech Cheurfa, aux Aït ou Afella et aux Oulad Khaoua. C’est une autorité précaire : dans le district même, elle est peu respectée : souvent les cherifs reçoivent à coups de fusil les ordres ou les demandes d’impôts. Le qaïd actuel est un homme de Fâs, un Bokkari. Il a avec lui une centaine de soldats réguliers, ạskris, et deux canons de montagne.

[Note 95 : Mousse blanchâtre poussant par grosses touffes ; elle verdit en temps de pluie et sert alors de nourriture aux chameaux. On la rencontre, paraît-il, dans tous les ḥamadas du Sahara Marocain.]

[Note 96 : Je ne puis croire à ce chiffre de 2000 morts en un combat : cependant il m’a été affirmé comme exact en quatre points différents, au Todṛa, au Ferkla, au Ṛeris, à Qçar es Souq.]

[Note 97 : Nous en avons traversé cinq avant d’arriver à la chaîne principale.]

[Note 98 : Les arbres dont il est question ici sont des arbres de petite taille, de 2 à 3 mètres au plus d’élévation ; ils sont clairsemés et en aucun point ne forment de bois compact.]

X.

DE QÇABI ECH CHEURFA A LALLA MARNIA.

1o. — DE QÇABI ECH CHEURFA A OUTAT OULAD EL HADJ.

8 mai.

Départ de Qâçba el Makhzen à 6 heures du matin. La Mlouïa, au pied de la qaçba, a 20 mètres de large, des berges rocheuses et escarpées de 3 ou 4 mètres, une eau jaune et profonde. Point de gué en ce lieu : je traverse le fleuve un peu plus bas. Il a 25 mètres de large, 1m,20 de profondeur, un courant assez rapide ; le lit est moitié sable, moitié galets. Après l’avoir franchi, je quitte la tranchée dans laquelle il coule et qui continue à être remplie de cultures ; elle est bordée à gauche par un talus mi-sable, mi-roche ; je le gravis : en atteignant la crête, je me trouve dans une longue plaine bornée au sud par la Mlouïa, au nord par les premières pentes du Moyen Atlas. Elle a 3 à 6 kilomètres de large, suivant les endroits : un coude brusque du fleuve la limite près d’ici, à l’ouest ; à l’est, elle s’étend jusqu’aux deux tiers de la distance entre El Qçâbi et Misour : là, elle se heurte à un massif de hautes collines rocheuses au pied duquel elle finit. C’est une plaine ondulée, coupée de nombreuses ravines ; le sol y est moitié sable, moitié gravier, la plupart du temps sans végétation. Elle est de couleur rouge, comme les massifs nus qui la bordent au nord. Je m’engage dans cette plaine, où je marche jusqu’à 8 heures : je redescends alors et traverse la Mlouïa : elle coule dans son excavation encore remplie de cultures et de qçars ; c’est toujours le district de Qçâbi ech Cheurfa. Le fleuve a la même profondeur, les mêmes eaux chargées de terre qu’au gué précédent ; la largeur en est de 30 mètres. Sitôt parvenu sur sa rive droite, je monte le talus qui borde l’encaissement de ce côté et je me retrouve en plaine.

Près du point où je viens de passer la Mlouïa, s’élève sur ses bords le village d’Aït Blal. Je suis parti de Qçâbi ech Cheurfa avec trois zeṭaṭs, deux Chellaḥa d’Aït Blal et un Arabe des Oulad Khaoua. Les deux Chellaḥa se séparent ici de moi, disant qu’ils vont chercher dans leurs maisons du pain pour la route et me rejoindront plus loin : dans la suite, j’aurai beau m’arrêter plusieurs fois, je ne les verrai pas ; ils m’ont trompé : j’avais eu le tort, sur les instances des Juifs d’El Qçâbi, de les payer d’avance ; n’ayant plus rien à gagner, ils m’ont abandonné. Je continuerai dans le désert sans autre escorte que mon Arabe : c’est un joli jeune homme d’une quinzaine d’années ; il m’accompagnera fidèlement, mais, en cas de mauvaise rencontre, c’eût été une faible protection : son fusil n’était pas en état de servir. Je n’aperçus personne jusqu’à l’arrivée dans son village.

La plaine où je m’engage est immense : c’est un désert blanc, s’étendant au nord jusqu’à la Mlouïa, au sud jusqu’au Grand Atlas, à l’est jusqu’au Rekkam, à l’ouest aussi loin que la vue peut porter. La surface en est ondulée ; le sol en est dur, tantôt sablonneux, tantôt pierreux ; il est couvert presque en entier de geddim. Le Grand Atlas est une longue chaîne brune à crête uniforme, qui fuit vers l’orient et s’abaisse de plus en plus ; à l’est du Djebel El Ạïachi, plus de trace de neige sur ses cimes. Le Rekkam est très éloigné ; le faîte en paraît à peine : c’est d’ici une ligne jaune clair qui borde l’horizon. Je le verrai demain plus distinctement : il se compose d’une série de hauteurs sablonneuses, très basses, bordant à l’est la vallée de la Mlouïa, entre le Grand Atlas et les monts Debdou.

Vers 2 heures, l’horizon, jusqu’alors fermé vers le nord par les massifs s’élevant en face d’El Qçâbi, s’ouvre tout à coup : les montagnes cessent d’arrêter la vue et toute la vallée de la Mlouïa apparaît : c’est une immense plaine blanche, unie et nue, bordée à droite par la ligne claire, à peine visible, du Rekkam, à gauche par le Moyen Atlas, haute chaîne noire couronnée de neige, se dressant à pic, comme une muraille, au-dessus de sa surface. La vallée s’allonge à perte de vue vers le nord, où elle forme l’horizon. La largeur en est extrême ; près d’ici, elle a plus de 30 kilomètres. A sa surface apparaît une ligne verte : Misour, où j’arriverai ce soir ; on dirait le Todṛa ou le Ṛeris : dans cette vaste plaine de la Mlouïa, plaine plus nue et plus déserte qu’aucune portion du Sahara Marocain, les rares groupes d’habitations qui s’élèvent hors de la tranchée du fleuve ont de tout point l’aspect des oasis du sud : même isolement au fond du désert ; même richesse de végétation ; même fraîcheur délicieuse au milieu de la plaine aride : il ne manque que les dattiers.

A 4 heures, je me retrouve au bord de la Mlouïa : elle est dans l’encaissement où elle coulait plus haut : de Qçâbi ech Cheurfa jusqu’au delà d’Ouṭat Oulad el Ḥadj il en sera de même. Ici, le fond de l’excavation, toujours sablonneux, est garni de cultures : elles appartiennent aux Oulad Khaoua et dépendent du hameau d’El Bridja, résidence de mon zeṭaṭ. Je traverse le fleuve, que bordent de grands tamarix, et je gagne le village. J’y laisse mon jeune compagnon : son père monte à cheval et m’accompagne pendant le reste du trajet. D’El Bridja à Misour, on chemine dans la vallée de la Mlouïa que j’apercevais tout à l’heure : c’est une plaine unie comme une glace, sans une ride. Le sol est dur, il est formé moitié de sable, moitié de gravier. La plupart du temps, point de végétation ; parfois un maigre buisson de jujubier sauvage. Devant moi, la plaine de la Mlouïa s’étend à l’infini : à droite, s’allonge dans le lointain la ligne claire du Rekkam ; à gauche, se dressent au-dessus de ma tête les hauts massifs sombres que domine le Djebel Oulad Ạli. A 6 heures et demie, j’entre dans les jardins de Misour. Marchant par des sentiers tortueux entourés de haies ou de murs de pisé, au milieu d’une multitude d’oliviers, de figuiers, de pommiers, d’arbres de toute sorte ombrageant des cultures, je parviens à 7 heures au qçar de Bou Kenzt, où mon zeṭaṭ me confie à un marabout de ses amis. J’y passerai la nuit.

Je n’ai rencontré personne sur la route, excepté aux lieux habités où j’ai passé, Qçâbi ech Cheurfa et El Bridja. La dernière fois que je l’ai traversée, la Mlouïa avait 35 mètres de large, 1m,20 de profondeur, un courant assez rapide ; toujours même eau, jaune, mais de goût agréable. Hors le fleuve, je n’ai franchi que deux cours d’eau de quelque importance : l’Ouad Ouizert (8 mètres de large ; 30 à 40 centimètres de profondeur ; eau claire et verte ; courant rapide), et une rivière qui se jette dans la Mlouïa immédiatement au-dessous d’El Bridja (lit de sable, à sec, de 100 mètres de large ; deux canaux pleins d’eau coulent sur ses rives).

Misour est un îlot de verdure situé au confluent de l’Ouad Souf ech Cherg et de la Mlouïa ; la plus grande partie de cette sorte d’oasis se trouve sur la rive droite de l’Ouad Souf ech Cherg. Les arbres fruitiers forment un massif compact ombrageant des cultures et entourant une dizaine de qçars ; c’est une forêt d’oliviers produisant une huile excellente, de pommiers dont on exporte les fruits jusqu’à Fâs, de grenadiers, de figuiers : ces beaux arbres donnent à ce lieu l’aspect le plus riant. Les jardins sont arrosés de nombreux canaux, saignées faites à l’Ouad Souf ech Cherg, dont les eaux, au-dessous des cultures, ont encore une largeur de 20 mètres et 50 centimètres de profondeur ; elles sont limpides et courantes et descendent sur un lit de gravier sans berges de 60 mètres de large. Les constructions de Misour sont en pisé ; elles sont simples : ni tiṛremts, ni tours, ni ornements.

Le costume demeure le même, sauf la coiffure : le cordon de soie disparaît, et je vois commencer l’usage algérien de la corde de poil de chameau maintenant le ḥaïk sur la tête au-dessus du turban blanc. L’armement subit, dès Qçâbi ech Cheurfa, des modifications importantes : à partir de là, plus de sac à poudre de filali, ni de poignard recourbé. Le premier se remplace par la poire de bois dont on se sert à Fâs et à Tâza, le second par un poignard droit assez long, qu’on voit aussi du côté de Fâs. On porte donc : un fusil, d’ordinaire court (nombreux fusils à deux coups, à capsule, d’origine française ; nombreux mousquetons européens, à pierre), un poignard droit, une poire à poudre, souvent un sabre et un pistolet : on voit beaucoup de ceux-ci à capsule.

En entrant à Misour, j’ai quitté le blad el makhzen. Les Oulad Khaoua, sur les terres desquels j’ai marché la majeure partie de la journée, sont soumis au sultan : c’est une soumission peu effective, bornée à la remise d’un léger impôt entre les mains du qaïd d’El Qçâbi ; du reste, la tribu se gouverne à sa guise. On ne peut circuler sur son territoire qu’avec un zeṭâṭ, bien qu’il soit compté blad el makhzen. Il finit à Misour : ce district est indépendant : au delà, j’entrerai sur les terres de la grande tribu des Oulad el Ḥadj qui l’est aussi. Je ne sortirai du blad es sîba qu’aux abords de Debdou. La population de Misour est composée, partie de marabouts, partie d’Arabes. Chaque qçar y est libre, sans lien avec ses voisins. Misour ne reconnaît point l’autorité du sultan : quelques marabouts du district vont chaque année en pèlerinage à Fâs lui rendre hommage, ils lui apportent des présents, en reçoivent en échange de plus considérables et reviennent : c’est une démarche privée.

Un changement important s’est opéré depuis que j’ai quitté Qçâbi ech Cheurfa : il concerne le langage. Dans le bassin du Ziz, chez les Aït ou Afella, la langue universelle était le tamaziṛt. A El Qçâbi, les uns parlent le tamaziṛt, les autres l’arabe ; les deux idiomes sont en usage. Depuis mon entrée chez les Oulad Khaoua, on ne parle que l’arabe. Cette langue est seule employée à Misour et sur le territoire des Oulad el Ḥadj. Les Oulad Khaoua sont une fraction de cette dernière tribu, mais ils en sont séparés politiquement, comme les Aït ou Afella des Aït Izdeg.

9 mai.

Je me suis entendu hier soir avec le marabout mon hôte pour qu’il me serve de zeṭaṭ jusqu’à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Je pars avec lui à 6 heures du matin. Au départ, une petite caravane avec laquelle nous ferons route se joint à nous. Elle se compose de six hommes armés et de quatre femmes : ces dernières sont des cherifas montées à âne ou à mulet.

Le chemin d’aujourd’hui se fera dans la plaine où je suis entré hier. Elle demeure très large, bien qu’elle se resserre à mesure qu’on avance vers le nord ; elle ne cesse pas d’être déserte ; aucun lieu habité ne s’y distingue : il en existe plusieurs au fond de la tranchée où coule la Mlouïa ; rares, et espacés à grands intervalles, ils n’apparaissent pas à la surface de la plaine et restent cachés entre les talus qui bordent le fleuve. De Misour à El Ouṭat, aucune trace de culture ni de vie ne s’aperçoit dans cette vaste vallée, région la plus nue et la plus déserte qu’on puisse voir. Le sol est sablonneux et dur et prend parfois l’apparence de vase desséchée ; en certains endroits il est parsemé de gravier. La végétation se réduit à quelques touffes de thym et à de rares buissons de jujubier sauvage ; en un seul point, au quart du chemin entre Touggour et El Ouṭat, je rencontre de la verdure, genêts blancs, jujubiers sauvages, et çà et là des betoums ; cela dure peu : au bout de 2 kilomètres, la plaine devient aussi nue qu’avant. Jusqu’à l’arrivée, les flancs de la vallée restent ce qu’ils étaient hier, haute muraille sombre couronnée de neige à gauche, mince ligne jaune presque imperceptible à droite. A mi-côte de l’une et de l’autre, apparaissent de loin en loin des taches vertes, groupes de qçars et de jardins échelonnés sur leurs pentes. Ouṭat Oulad el Ḥadj a le même aspect que Misour : comme lui, c’est une ligne verte qui barre une partie de la plaine. Tels paraissent de loin le Todṛa, le Ṛeris, toutes les oasis que j’ai vues. De même qu’à Misour, il ne manque que les dattiers pour que la ressemblance soit complète. Je m’arrête à 5 heures du soir au mellaḥ d’El Ouṭat.

Je n’ai rencontré personne sur ma route. Je n’ai pas traversé de cours d’eau important depuis l’Ouad Souf ech Cherg. L’eau manque dans la plaine. J’ai passé près de plusieurs sources et vu un grand nombre de ruisseaux dont les lits, de roche blanche ou de galets, la plupart à fleur du sol, contiennent des flaques d’eau. Je suis descendu un instant dans la tranchée de la Mlouïa ; le sol y était moitié sable, moitié gravier ; elle était déserte et remplie de grands tamarix à l’ombre desquels poussait du gazon : à un moment il s’est fait une clairière dans cette forêt ; le fond s’y est garni de cultures au milieu desquelles se dressaient des tentes, de pauvres maisons et des huttes, groupées autour d’une qoubba : c’était le village de Touggour. Aujourd’hui j’ai pu distinguer la forme du Rekkam, quoiqu’il fût encore loin. Ce n’est point une chaîne, mais une rampe douce s’élevant par degrés imperceptibles et conduisant à un plateau qui la couronne : on dirait une série de côtes à peine accentuées, se succédant par étages, séparées par des plateaux s’échelonnant les uns derrière les autres. La crête est fort peu élevée au-dessus du pied, bien qu’elle en paraisse éloignée. L’ensemble est jaune clair, sans arbres, et paraît sablonneux.

10 et 11 mai.

Séjour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Ce nom désigne un vaste îlot de verdure isolé au milieu de la plaine, au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Chegg el Arḍ ; il est en entier sur les bords de cette dernière rivière et en majeure partie sur sa rive droite. Tout ce qui a été dit de l’aspect de Misour lui est applicable : même multitude d’arbres fruitiers, même prospérité, même air riant ; mais El Ouṭat est plus grand : au milieu de ces superbes vergers ne sont pas disséminés moins de 31 qçars ; ils appartiennent aux Oulad el Ḥadj ; il existe dans le nombre plusieurs zaouïas.

Les Oulad el Ḥadj sont une grande tribu indépendante ; ils se disent d’origine arabe : ayant à la fois des qçars et des tentes, ils sont moitié sédentaires, moitié nomades. Ils habitent les deux rives de la Mlouïa et la plaine au milieu de laquelle coule ce fleuve depuis Qçâbi ech Cheurfa jusqu’au qçar d’Oulad Ḥamid, et s’étendent sur le massif du Rekkam et sur une partie des monts Debdou ; les qçars chellaḥa du flanc gauche de la Mlouïa leur sont alliés ou liés par des debiḥas. Une de leurs fractions, celle des Oulad Khaoua, est séparée du reste de la tribu ; depuis longtemps elle en est détachée et compte politiquement avec les Aït Izdeg ; il y a quelques années, elle s’est rangée sous l’autorité du qaïd d’El Qçâbi.

Jusqu’en 1882, les Oulad El Ḥadj en totalité reconnaissaient de nom le sultan. Ils avaient un qaïd, élu parmi eux, et reconnu par lui. Ce qaïd étant allé, il y a 5 ans, à Fâs, y fut accusé par un de ses cousins auprès de Moulei El Ḥasen et mis en prison avec un autre personnage distingué de la tribu. Le dénonciateur revint et prit le titre de qaïd ; il fut agréé par le sultan. Il était de la fraction des Oulad Ạbd el Kerim ; en 1882, il fut tué par des Ṭoual. Depuis lors, la tribu est sans chef et ne reconnaît plus M. El Ḥasen ; chaque fraction se gouverne à sa guise. Sauf trois, celles des Beni Ṛiis, des Ahel Rechida et des Oulad Admer, qui sont soumises au qaïd de Tâza, toutes sont non seulement indépendantes, mais en hostilité ouverte avec le gouvernement : aussi, à l’exception des Beni Ṛiis et des gens de Rechida et d’Admer, aucun individu des Oulad el Ḥadj ne peut circuler en blad el makhzen.

2o. — D’OUTAT OULAD EL HADJ A DEBDOU.

12 mai.

Je me suis arrangé hier avec les zeṭaṭs qui me conduiront d’ici à Debdou : ce sont trois Oulad el Ḥadj, de la subdivision des Hamouziin. Ils seront payés au retour, par Iosef el Ạsri, Juif d’El Ouṭat ; j’ai remis la somme convenue entre ses mains, en présence des trois zeṭaṭs : il la leur donnera en échange d’une lettre de son fils, jeune homme qui fait ses études à Debdou, attestant que je suis arrivé sain et sauf dans cette localité.

Mon escorte vient me prendre aujourd’hui à 4 heures du matin ; au moment du départ, trois Juifs pauvres se joignent à nous. Notre petite caravane traverse l’Ouad Chegg el Arḍ au pied du mellaḥ, puis s’engage au milieu de plantations d’oliviers ; bientôt des champs, partie cultivés, partie en friche, leur succèdent. A 4 heures 25 minutes, je traverse le dernier des canaux qui les arrosent, et me voici de nouveau dans le désert. C’est toujours la plaine unie et nue, au sol de sable dur semé de gravier, sans autre végétation que, de loin en loin, un peu de thym ou de jujubier sauvage : telle elle était à El Bridja, à Misour, telle elle est ici ; il n’y a qu’une différence : elle est moins large. Chemin faisant, j’aperçois à ma gauche un grand îlot de verdure : El Ạrzan ; les arbres que je distingue entourent un groupe de qçars appartenant aux Oulad el Ḥadj. Je traverse pendant quelques minutes des champs qui en dépendent. A 6 heures du matin, j’arrive sur les bords de la Mlouïa ; elle coule au niveau de la plaine : plus de trace de la tranchée où je l’ai vue jusqu’à présent ; elle est séparée du sol de sa vallée par deux berges sablonneuses en pente douce, à 1/5, de 3 mètres de hauteur. Le lit a 120 mètres de large ; l’eau y occupe en général 35 à 40 mètres ; le reste est tantôt nu, tantôt couvert d’herbages et de tamarix. Il se trouve ici un gué où je franchis le fleuve : il a 50 mètres de large, 1m,20 de profondeur, un courant rapide ; les eaux ont la même couleur jaune que je leur ai vue dès Qçâbi ech Cheurfa. Je viens de les traverser pour la dernière fois : je quitte la Mlouïa pour ne plus la revoir. La marche se continue dans la vallée ; elle est toujours unie, déserte, sablonneuse ; sur son sol devenu doux, on ne sent plus de gravier ; elle demeure en grande partie nue : à peine y pousse-t-il quelques touffes d’herbe. J’aperçois des vols de gangas, les premiers que je voie au Maroc. A 8 heures, je passe non loin de Tiissaf, frais rideau vert cachant plusieurs qçars sous ses ombrages. A quelque distance de là, le sol change de nature : d’uni, il devient ondulé ; les pierres se mêlent au sable : c’est le commencement du Rekkam. J’y marche jusqu’au soir : il ne cessera d’être ce qu’il est maintenant : une série d’ondulations légères, côtes et terrasses s’étageant, succédant insensiblement à la plaine. Ces échelons successifs forment une rampe large et basse dont le sommet est un plateau s’étendant au loin. Sol tantôt sable, tantôt roche d’un jaune clair ; des touffes d’ḥalfa y poussent çà et là : c’est la seule végétation qui s’y montre.

Je cheminais ainsi, lorsque se produisit un fait qui faillit mettre fin à mon voyage. De mes trois zeṭaṭs, l’un, nommé Bel Kasem, était un honnête homme ; les deux autres s’étant figuré, à la blancheur de mes habits, à la bonne mine de mon mulet, et, paraît-il, d’après les dires de Juifs d’El Ouṭat, que j’étais chargé d’or, ne s’étaient offerts à m’escorter que dans le but de me piller. Rien ne parut d’abord. A midi et demi, comme je marchais en tête de la caravane, prenant mes notes, je me sentis tout à coup tiré en arrière et jeté à bas de ma monture : puis on me rabattit mon capuchon sur la figure, et mes deux zeṭaṭs se mirent à me fouiller : l’un me tenait, pendant que l’autre me visitait méthodiquement. A cette vue, Bel Kasem d’accourir : il brandit son fusil, menace, veut empêcher le pillage ; mais il est impuissant à arrêter ses compagnons : tout ce qu’il peut est de prendre ma personne sous sa protection : il me rend la liberté et assiste, les larmes aux yeux, au déballage de mes effets. On m’avait pris ce que j’avais sur moi ; on se mit à chercher dans mon bagage : il était léger : on n’y trouva pas grand’chose ; mes deux zeṭaṭs s’emparèrent de ce que j’avais d’argent (une fort petite somme) et des objets qui leur parurent bons à quelque usage ; on me laissa comme sans valeur les seules choses auxquelles je tinsse : mes notes et mes instruments. Puis on me fit remonter sur mon mulet et on continua la route, Bel Kasem mélancolique d’avoir vu violer sous ses yeux son ạnaïa, mes deux voleurs mécontents de n’avoir fait que demi-besogne, étonnés de n’avoir pas trouvé plus d’argent et se reprochant de m’avoir laissé les seules choses qu’ils ne m’avaient pas prises, la vie et mon mulet. Durant le reste de cette journée et durant toute celle du lendemain, ils discutèrent ce sujet, pressant Bel Kasem de m’abandonner, de les laisser me dépêcher d’un coup de fusil, lui faisant des offres, lui promettant sa part. Bel Kasem fut inébranlable et déclara qu’ils n’auraient ma vie qu’avec la sienne ; il leur fit des raisonnements : comment feraient-ils au retour s’ils n’apportaient à El Ạsri la lettre de son fils prouvant mon arrivée à Debdou ? Ma mort connue, ce Juif, envers qui ils s’étaient engagés à me conduire, se vengerait : son seigneur était un des hommes les plus puissants d’une fraction des Oulad el Ḥadj beaucoup plus nombreuse que la leur : elle s’armerait contre eux et les ruinerait. Cette dernière considération, jointe à l’attitude ferme de Bel Kasem et à l’adresse qu’il eut de faire traîner la discussion en longueur, me sauva. En approchant de Beni Ṛiis, on décida qu’il ne me serait pas fait de mal, et qu’on me forcerait, en vue de Debdou, à envoyer un billet au jeune Israélite, annonçant mon arrivée, demandant la lettre pour son père, et déclarant que mon escorte avait été parfaite. Ce fut au dernier moment et en désespoir de cause que ce plan fut accepté : jusque-là la discussion ne cessa pas ; je n’en perdais pas un mot. Étrange situation d’entendre durant un jour et demi agiter sa vie ou sa mort par si peu d’hommes, et de ne rien pouvoir pour sa défense. Il n’y avait point à agir. J’étais sans armes : un revolver était dans mon bagage ; il m’avait été pris : l’eussé-je eu, il ne m’eût point servi : que faire seul dans le désert, au milieu de tribus où tout étranger est un ennemi ? Il n’y avait qu’un parti à prendre : la patience ; elle m’a réussi. Au moment de la bagarre, le rabbin Mardochée s’était bien conduit : il était venu à mon secours ; mais que pouvait-il ? On lui fit sentir la pointe d’un sabre et on l’écarta. Quant à mon domestique et aux Juifs qui s’étaient joints à moi, ils se sauvèrent le plus loin qu’ils purent, et on ne les revit que lorsque nous eûmes recommencé à marcher.

Après cet incident, nous reprîmes notre route, continuant à cheminer dans le Rekkam jusqu’au soir. A 5 heures, nous arrivons à une crête ; à nos pieds s’ouvre un petit ravin à flancs rocheux et escarpés : un chemin raide nous conduit au fond ; celui-ci n’a pas plus de 30 mètres de large ; nous le suivons pendant un instant ; à 5 heures un quart, nous nous arrêtons. Nous sommes presque à la bouche du ravin : à quelques pas d’ici, ses flancs tombent brusquement et le ruisseau entre en plaine. Nous nous abritons dans un creux de rocher et nous y passons la nuit.

De toute la journée, je n’ai rencontré personne sur la route. Hors la Mlouïa et l’Ouad Chegg el Arḍ, je n’ai traversé qu’un cours d’eau de quelque importance ; il coulait dans le Rekkam : au point où je l’ai passé, une qoubba et un cimetière se trouvaient sur sa rive, et une dizaine de palmiers dans son lit ; ce dernier avait 20 mètres de large, moitié sable, moitié roche ; un filet d’eau courante de 2 mètres y serpentait à l’ombre de lauriers-roses. Ras Rekkam est une butte isolée, de 30 à 40 mètres de hauteur ; elle est, comme tout le massif, moitié sable, moitié roche jaune : seul accident de terrain du Rekkam, elle se voit de loin malgré son peu d’élévation : je l’apercevais des Oulad Khaoua, avant d’arriver à El Bridja. Pendant la fin de la journée, j’ai devant les yeux un massif de montagnes sombres ; je m’y engagerai demain : derrière lui, est Debdou. Tout le jour, j’ai continué à apercevoir la vallée de la Mlouïa ; elle reste jusqu’au dernier moment ce qu’elle était plus haut, avec cette différence qu’elle se rétrécit de plus en plus ; le flanc gauche en est toujours formé par le Moyen Atlas qui, tout en restant élevé, décroît à partir du mont Reggou. Celui-ci est le dernier dont la cime soit couverte de neige. On n’en voit plus à l’est de ce sommet.

13 mai.

Départ à 4 heures du matin. D’ici partent deux chemins pour Debdou : l’un en plaine, par la vallée de la Mlouïa ; l’autre en montagne, par les monts Debdou, qui en forment le flanc droit. Je prends le dernier, le premier étant périlleux pour mes zeṭaṭs, dont la fraction est en guerre avec Rechida, près d’où il faudrait passer. Je continue à marcher dans le Rekkam, me dirigeant vers le massif qui se dresse devant moi ; j’arrive à son pied à 8 heures du matin. Je gravis une longue rampe, accidentée, coupée de vallées et semée de collines, sans pentes raides ; le sol est pierreux, souvent rocheux, en grande partie tapissé d’ḥalfa, avec quelques arbres, rares d’abord, de plus en plus nombreux à mesure que l’on monte. A midi, je parviens au sommet : le terrain cesse d’être mouvementé : on débouche sur un vaste plateau. Une épaisse forêt le couvre : elle est composée de grands arbres, ạrar, taqqa, kerrich de 6 à 8 mètres de hauteur. Ce plateau boisé, qui couronne la chaîne, porte le nom de Gạda Debdou ; dans le pays, on l’appelle la Gạda. Le sol, tantôt pierres, tantôt terre, y est uni. Beaucoup d’eau : sources et mares. Sous les arbres, la terre est un tapis de gazon et de mousse. Il y a des clairières ; elles sont rares : les unes sont couvertes de gazon ; j’en traverse d’autres en partie cultivées appartenant aux habitants de Rechida : ce qçar est à peu de distance à l’ouest, sur le revers occidental du plateau.

Je marche jusqu’à 3 heures dans cette forêt, l’une des plus belles que j’aie vues au Maroc. A 3 heures, j’arrive à une crête : à mes pieds se creuse un profond ravin dont les pentes inférieures sont garnies de cultures, les parties hautes sont rocheuses et boisées. Dans le bas coule un torrent, l’Ouad Beni Ṛiis, dont la source est ici. Je quitte le plateau et descends par un chemin raide et difficile vers le fond du ravin. Je l’atteins à 4 heures et demie, à Oulad Ben el Ḥoul, village des Beni Ṛiis. Je fais halte à 5 heures moins un quart, chez un ami de Bel Kasem, en la maison de qui celui-ci se hâte de me mettre en sûreté.

Toute la marche d’aujourd’hui s’est faite dans le désert : pas un être vivant sur le chemin. Le seul cours d’eau que j’aie vu est l’Ouad Beni Ṛiis ; je l’ai traversé cinq minutes avant de m’arrêter ; il avait 3 mètres de large, 0m,25 de profondeur, un courant impétueux : c’est un torrent bondissant sur un lit de roches et de grosses pierres.

Oulad Ben el Ḥoul est un grand village appartenant aux Beni Ṛiis, fraction des Oulad el Ḥadj. Il est construit en long des deux côtés de l’Ouad Beni Ṛiis. Le ravin où il se trouve n’a aucune largeur au fond ; ses flancs sont couverts de maisons vers le bas, puis de cultures coupées de cactus ; plus haut, c’est boisé : de grands troupeaux de chèvres paissent dans cette dernière région ; très escarpés près du sommet, les flancs sont raides dès leur pied. Les habitations des Beni Ṛiis sont semblables à celles des Ṛiata : elles sont en pisé, très basses et mal construites. Les Beni Ṛiis sont une des trois fractions des Oulad el Ḥadj reconnaissant l’autorité du sultan.

14 mai.

Les Hamouziin ne peuvent aller au delà d’Oulad Ben el Ḥoul. Leur groupe est en démêlés avec les tribus des environs de Debdou. Bel Kasem me confie pour la fin du trajet à mon hôte et à trois autres de ses amis ; ses deux compagnons leur recommandent longuement de ne me laisser entrer à Debdou qu’une fois la lettre convenue entre leurs mains. Départ à 6 heures du matin. Je descends l’Ouad Beni Ṛiis ; sa vallée reste ce qu’elle était hier, couverte de champs dans le bas, hérissée de roches et boisée dans le haut. Au bout d’un quart d’heure, j’arrive au confluent de l’Ouad Beni Ṛiis avec l’Ouad Oulad Ọtman, petit cours d’eau de même force que lui. Je remonte cette nouvelle vallée : elle est identique à celle d’où je sors, mais plus large au début. J’en suis le fond quelque temps ; bientôt elle se rétrécit : elle devient enfin un ravin étroit, rocheux, sans trace de cultures, boisé depuis le lit du torrent jusqu’au sommet des flancs. Je la quitte alors ; je gravis son flanc droit : la montée, au milieu de grands blocs de roche, est très difficile. A 8 heures et demie, je parviens au sommet ; je continue à marcher sous bois : les forêts que je vois ce matin sont en tout semblables à celles que j’ai traversées hier ; ce plateau fait partie de la Gạda. A 9 heures moins un quart, Debdou apparaît : une petite ville, dominée par son minaret, étale à mes pieds ses maisons roses au fond d’une verte vallée ; alentour s’étendent des prairies et des jardins ; au-dessus s’élèvent de hautes parois de roc, aux crêtes boisées que couronne la Gạda. Je descends vers ce lieu riant. Un chemin pierreux, raide et pénible, y conduit. A 10 heures, je suis à Debdou. Mes zeṭaṭs, qui, n’ayant pas été mis dans le secret de l’aventure, n’ont rien compris aux recommandations des Hamouziin, me laissent entrer aussitôt.

J’ai rencontré beaucoup de monde sur la route. L’Ouad Oulad Ọtman, seul cours d’eau que j’aie traversé, avait 3 mètres de large, 20 centimètres de profondeur, une eau claire et courante.

Debdou est située dans une position délicieuse, au pied du flanc droit de la vallée, qui s’élève en muraille perpendiculaire à 80 mètres au-dessus du fond ; il forme une haute paroi de roche jaune, aux tons dorés, que de longues lianes rayent de leur feuillage sombre. Au sommet se trouve un plateau, avec une vieille forteresse dressant avec majesté au bord du précipice ses tours croulantes et son haut minaret. Au delà du plateau, une succession de murailles à pic et de talus escarpés s’élève jusqu’au faîte du flanc. Là, à 500 mètres au-dessus de Debdou, se dessine une longue crête couronnée d’arbres, la Gạda. Des ruisseaux, se précipitant du sommet de la montagne, bondissent en hautes cascades le long de ces parois abruptes et en revêtent la surface de leurs mailles d’argent. Rien ne peut exprimer la fraîcheur de ce tableau. Debdou est entourée de jardins superbes : vignes, oliviers, figuiers, grenadiers, pêchers y forment auprès de la ville de profonds bosquets et au delà s’étendent en ligne sombre sur les bords de l’ouad. Le reste de la vallée est couvert de prairies, de champs d’orge et de blé se prolongeant sur les premières pentes des flancs. La bourgade se compose d’environ 400 maisons construites en pisé ; elles ont la disposition ordinaire : petite cour intérieure, rez-de-chaussée et premier étage ; comme à Tlemsen, bon nombre de cours et de rez-de-chaussée sont au-dessous du niveau du sol. Les rues sont étroites, mais non à l’excès comme dans les qçars. Point de mur d’enceinte. La localité est alimentée par un grand nombre de sources dont les eaux sont délicieuses et restent fraîches durant l’été ; l’une d’elles jaillit dans la partie basse de Debdou, à la limite des jardins. Le voisinage en est abondamment pourvu : Qaçba Debdou, la vieille forteresse qui domine la ville, en possède plusieurs dans son enceinte. Debdou est soumise au sultan ainsi que les villages de sa vallée ; la population de ces divers points est comprise sous le nom d’Ahel Debdou. Point de qaïd, point de chikh, point de dépositaire de l’autorité ; le pays se gouverne à sa guise, et tous les ans le qaïd de Tâza, de qui relève le district, ou un de ses lieutenants, y fait une tournée, règle les différends et perçoit l’impôt. La population de Debdou présente un fait curieux, les Israélites en forment les trois quarts ; sur environ 2000 habitants, ils sont au nombre de 1500. C’est la seule localité du Maroc où le nombre des Juifs dépasse celui des Musulmans.

Debdou est le premier point que je rencontre faisant un commerce régulier avec l’Algérie : un va-et-vient continuel existe entre cette petite ville et Tlemsen. Les négociants israélites y cherchent les marchandises qui ailleurs viennent des capitales marocaines ou de la côte ; ils les emmagasinent chez eux, et les écoulent peu à peu sur place et dans les marchés du voisinage. Debdou a quelques relations avec Fâs et Melilla, mais ses seuls rapports importants sont avec l’Algérie ; il en sera de même des centres par lesquels je passerai désormais, Qaçba el Ạïoun et Oudjda.

Debdou et le massif de montagnes qui porte son nom nourrissent de grands troupeaux de chèvres, des vaches et d’excellents mulets dont la race est renommée.

3o. — DE DEBDOU A LALLA MARNIA.

Arrivé à Debdou dépouillé de tout argent, sans un centime, j’eusse été fort embarrassé si je n’avais été près de la frontière. Je n’étais qu’à trois ou quatre journées de Lalla Maṛnia. Je vendis mes mulets : cela me fournit de quoi gagner la frontière française sur des animaux de louage.

18 mai.

Je me mets en route avec une nombreuse caravane de Juifs se rendant au tenîn du Za. On arrivera demain à Dar Ech Chaoui, lieu du marché ; aujourd’hui, on va à Qaçba Moulei Ismạïl, sur l’Ouad Za. Environ trente Israélites, montés la plupart sur des mulets, forment la caravane ; elle est protégée par six zeṭaṭs à pied, Kerarma auxquels on paie un prix convenu au départ, tant par Juif, tant par mulet, tant par âne.

Départ à 9 heures du matin. Je descends la vallée de l’Ouad Debdou ; le sol en est terreux, semé de quelques pierres ; elle reste tout le temps ce qu’elle était au départ, si ce n’est que les cultures y diminuent : elles n’occupent bientôt qu’une partie du fond, dont le reste se couvre de hautes broussailles où surgissent çà et là quelques grands arbres. A 10 heures et demie, je suis à l’extrémité de la vallée et j’entre dans la plaine de Tafrâta : c’est une immense étendue déserte, unie comme une glace, à sol de sable ; souvent pendant plusieurs années cette surface reste nue, stérile, sans végétation ; à cette heure, grâce aux pluies de l’hiver, elle est clairsemée d’herbe tendre : cela lui donne un aspect verdoyant qu’elle a rarement ; en deux points se trouvent des ḍaïas, ou mạders, où le sol est vaseux, coupé de flaques d’eau et couvert de hautes herbes. La plaine s’étend à l’ouest jusqu’à la Mlouïa : de ce côté, on aperçoit dans le lointain les montagnes bleues des Ṛiata et du Rif et la ligne basse du Gelez dominée par la cime du Djebel Beni Bou Iaḥi ; à l’est, elle est bordée par un demi-cercle de montagnes grises moins hautes que le Djebel Debdou, auquel elles se rattachent ; au sud, par le Djebel Debdou s’étendant jusqu’à Rechida ; au nord, par les deux sommets bruns du Mergeshoum et la ligne blanche du Gelob, vers lequel je marche. Je franchis ce dernier à 3 heures et demie ; c’est un bourrelet calcaire de peu de hauteur qui se traverse en quelques minutes. De là je passe dans une plaine ondulée à sol terreux semé de pierres, presque nue ; les mêmes herbes que dans le désert de Tafrâta y poussent, mais rares, ne déguisant nulle part l’aspect jaune de son sol. Elle paraît bornée au sud par le Mergeshoum et le Gelob, au nord et à l’est par l’Ouad Za. J’y marche le reste de la journée. A 5 heures 50, je me trouve à la crête d’un talus : au-dessous, la vallée de l’Ouad Za s’étend à mes pieds, remplie de cultures, de jardins et de douars. Le talus est peu élevé et en pente douce ; il est composé moitié de sable, moitié de roche (galets roulés) : je le descends et j’entre dans la vallée ; au milieu d’elle se dressent, sur une butte isolée, les ruines imposantes d’une vieille forteresse : c’est Qaçba Moulei Ismạïl, détachant ses hautes murailles roses sur le fond vert du sol. Je marche vers elle, cheminant au milieu des champs et des arbres fruitiers, franchissant à chaque pas des canaux d’eau limpide. A 6 heures, j’y parviens : c’est le terme de ma route d’aujourd’hui.

Je n’ai rencontré personne sur mon parcours depuis l’entrée dans le Tafrâta. Les deux seuls cours d’eau de quelque importance que j’aie traversés sont : l’Ouad Debdou (3 mètres de large, 20 centimètres de profondeur, eau claire et courante coulant sur un lit de gravier ; pas de berges) et Ạïn Ḥammou (2 mètres d’eau coulant sur un lit large de 4 mètres, encaissé entre des berges de sable de 15 mètres de haut).

Qaçba Moulei Ismạïl porte aussi le nom de Taourirt : on la désigne d’habitude dans le pays sous cette dernière appellation. Elle s’élève sur un mamelon isolé, dans un coude de l’Ouad Za, dont la vallée s’élargissant forme une petite plaine : la vallée, bordée à gauche par la rampe que j’ai descendue, l’est à droite par un talus escarpé, partie sable, partie roche jaune, de 60 à 80 mètres de haut. Le fond présente l’aspect le plus frais et le plus riant ; il est tapissé de cultures et d’une multitude de bouquets d’arbres, oliviers, grenadiers, figuiers, taches sombres sur cette nappe verte. Au milieu se dressent une foule de tentes dispersées par petits groupes, disparaissant sous la verdure. Les rives de l’Ouad Za, dans cette région, présentent partout même aspect : elles sont d’une richesse extrême ; cette prospérité est due à l’abondance des eaux de la rivière ; jamais elles ne tarissent : c’est une supériorité du pays de Za (on appelle blad Za les bords du cours d’eau) sur Debdou et ses environs, où les belles sources que j’ai vues se dessèchent en partie pendant les étés très chauds.

Qaçba Moulei Ismạïl, ou Taourirt, est une enceinte de murailles de pisé, en partie écroulée, dont il reste des portions importantes ; les murs, bien construits, sont élevés et épais, garnis de banquettes, flanqués de hautes tours rapprochées ; ils sont du type de ceux de Meknâs et de Qaçba Tâdla. De larges brèches s’ouvrent dans l’enceinte, qui n’est plus défendable. Au milieu s’élève, sur le sommet de la butte, que les murailles ceignent à mi-côte, un bâtiment carré de construction récente servant aux Kerarma à emmagasiner leurs grains : la tribu a ici la plupart de ses réserves. Cette sorte de maison, neuve, mal bâtie, basse, contraste avec l’air de grandeur des vieilles murailles de la Qaçba.

Départ à 6 heures un quart du matin. Je remonte la vallée du Za ; elle reste ce qu’elle était à Taourirt, couverte de cultures et de jardins et très peuplée. A 7 heures, une maison se dresse au haut de la rampe qui en forme le flanc gauche : c’est Dar Ech Chaoui, résidence de Chikh Ben Ech Chaoui, chikh héréditaire et aujourd’hui qaïd des Kerarma, tribu à laquelle appartient cette portion du Za. Je monte vers la maison ; au pied de ses murs, sur le plateau dont elle occupe le bord, se trouve le marché auquel se rend ma caravane, Tenîn el Kerarma. J’y fais halte. On distingue d’ici la vallée de l’Ouad Za à une certaine distance vers le sud ; jusqu’à un tournant où on la perd de vue, elle garde même aspect, toujours verte, toujours habitée.

Le marché où je suis, très animé d’habitude, l’est peu aujourd’hui : les habitants de la rive gauche de la Mlouïa n’ont pu s’y rendre, le fleuve étant infranchissable depuis plusieurs jours. Il est toujours gros en cette saison ; c’est l’époque de sa crue : qu’il pleuve ou non, les eaux en sont fortes et difficiles ou impossibles à passer de la mi-avril à la mi-juin.

Je quitte le marché à 1 heure. J’ai pris deux zeṭaṭs Chedjạ, qui me conduiront à Qaçba el Ạïoun, où j’arriverai demain. Je redescends dans la vallée du Za et je la traverse ainsi que la rivière ; puis je gravis le talus qui en forme le flanc droit. Parvenu au sommet, je me trouve dans une plaine sablonneuse ondulée. Je suis dans le désert d’Angad ; j’y resterai jusqu’à mon arrivée à Lalla Maṛnia. C’est une plaine immense ayant pour limites : à l’ouest, l’Ouad Za et la Mlouïa ; à l’est, les hauteurs qui bordent la Tafna ; au nord, le Djebel Beni Iznâten[99] ; au sud, les djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara faisant suite au Mergeshoum. Parfaitement plate au centre, elle est ondulée sur ses lisières nord et sud, d’une manière d’autant plus accentuée qu’on se rapproche davantage des montagnes qui la bordent. Le sol en est sablonneux ; il est dur lorsqu’il est sec, et forme une vase glissante, où la marche est difficile, aussitôt qu’il pleut. Nu d’ordinaire, le désert d’Angad se couvre d’une herbe abondante après les hivers humides ; cette année, la surface en est toute verte : c’est un bonheur pour les tribus nomades, dont les troupeaux trouvent à foison la nourriture que d’habitude il faut chercher dans le Ḍahra. Cette bonne fortune arrive rarement : la plaine, si riante en ce moment, vient d’être durant cinq années nue et stérile, triste étendue de sable jaune sans un brin de verdure. Le désert d’Angad est occupé par trois tribus nomades, les Mhaïa, les Chedjạ et les Angad. En outre, plusieurs tribus montagnardes qui habitent ses limites empiètent sur lui en des endroits de sa lisière : ainsi le cours de l’Ouad Mesegmar est garni de cultures et de douars appartenant aux Beni Bou Zeggou. Cette plaine, jusqu’à la frontière française, est, ainsi que les montagnes qui la bordent, soumise au sultan ; il en est de même du pays que je traverse depuis Debdou. La réduction de ces contrées est complète et réelle, mais ne date que de 1876 ; elle est le résultat de l’expédition que fit alors Moulei el Ḥasen et dans laquelle il vint jusqu’à Oudjda. Auparavant, presque toute la contrée était insoumise. Je chemine dans le désert d’Angad jusqu’à 5 heures un quart ; à ce moment j’arrive au bord de l’Ouad Mesegmar ; je le traverse et je m’arrête sur sa rive droite, dans une tente où je passerai la nuit.

Sur ma route, il y avait un assez grand nombre de passants ; ils revenaient comme moi du marché. J’ai vu peu de lieux habités, quelques rares douars des Beni Bou Zeggou ; ils étaient petits, de 6 à 8 tentes chacun, et isolés les uns des autres. L’Ouad Za, au point où je l’ai passé, avait un lit de sable de 80 mètres de large : l’eau y occupait 20 mètres ; elle avait 80 centimètres de profondeur et un courant rapide. De cette rivière à l’Ouad Mesegmar, j’ai traversé des ruisseaux sans importance, ayant un peu d’eau par suite des pluies récentes ; plusieurs étaient difficiles à franchir à cause de leurs berges escarpées, hautes souvent de 7 à 8 mètres, qui en faisaient de vraies coupures dans la plaine. L’Ouad Mesegmar a 6 mètres de large, dont 3 remplis d’eau courante ; il coule entre deux berges de sable à 1/1 de 20 mètres de hauteur. Le point où je l’ai atteint est le plus haut de la bande de cultures qui le borde ; il n’y a pas de tentes au-dessus de celle où je suis. Ici et tout le long du cours d’eau, en le descendant, les deux rives sont garnies de champs, de jardins, de grands arbres et de nombreuses tentes, les unes isolées, les autres groupées par deux ou trois. C’est un ruban vert, moucheté de noir, se déroulant dans le désert.

Les tentes du Za étaient en flidj, celles de l’Ouad Mesegmar sont en nattes grossières : toutes sont vastes. Point de maison dans le Za, sauf celle de Chikh Ben Ech Chaoui. Il y en a une sur l’Ouad Mesegmar ; elle est à quelques pas d’ici : c’est la résidence du qaïd des Beni Bou Zeggou. Ce dernier, Qaïd Ḥamada, était le chikh de la tribu avant d’en être qaïd de par le sultan ; c’était le plus grand pillard de la contrée avant 1876 ; à présent, au contraire, il est d’une sévérité extrême contre les voleurs et fait régner l’ordre le plus rigoureux sur son territoire.

20 mai.

Départ à 5 heures un quart du matin. Je continue à cheminer dans le désert d’Angad. J’arrive à 11 heures du matin à Qaçba el Ạïoun. La marche était difficile à cause de l’état du sol, détrempé par des pluies récentes. Je n’ai rencontré personne durant le trajet. Les cours d’eau que j’ai franchis sont au nombre de deux : l’Ouad Metlili (lit de 5 mètres ; 1m,50 d’eau ; berges de sable de 12 mètres de hauteur ; ce cours d’eau prend, me dit-on, sa source au Djebel Beni Iạla) ; l’Ouad el Qceb (25 mètres de large ; lit de galets, à sec ; berges de sable, à pic, hautes de 15 mètres. Cette rivière prend sa source chez les Beni Iạla et se jette dans la Mlouïa chez les Beni Oukil ; elle reçoit, m’assure-t-on, l’Ouad Mesegmar sur sa rive gauche).

Qaçba Ạïoun Sidi Mellouk, appelée d’ordinaire Qaçba el Ạïoun, s’élève isolée au milieu du désert d’Angad. Aux environs, apparaissent quelques cultures et un certain nombre de petits douars des Chedjạ. La Qaçba est une enceinte rectangulaire de murs de pisé ayant 4 à 5 mètres de haut et 30 à 40 centimètres d’épaisseur ; ni banquettes, ni fossés. A l’intérieur sont des maisons, la plupart en mauvais état, n’ayant qu’un rez-de-chaussée ; elles sont bâties par pâtés, séparés tantôt par de larges passages, tantôt par des places : point de rues proprement dites, et moins encore de ces ruelles étroites qu’on voit dans les qçars. Un grand nombre d’habitations sont blanchies. Au milieu de la Qaçba, sont creusés plusieurs puits qui l’alimentent. La vue intérieure de Qaçba el Ạïoun rappelle de loin celle de certains quartiers de Géryville : mêmes voies larges, mêmes demeures basses, même population de petits marchands. En dehors de l’enceinte, vers l’angle nord-est, se trouve un bouquet d’arbres et, au milieu, la qoubba de S. Mellouk ; auprès jaillissent plusieurs sources, donnant une eau abondante et bonne ; on les appelle Ạïoun S. Mellouk, d’où le nom de la Qaçba. Celle-ci est ancienne, mais tombait en ruine et était déserte lors de l’expédition de Moulei El Ḥasen en 1876. Il la restaura et y installa la garnison qui s’y trouve : elle se compose d’une centaine de réguliers (ạskris), commandés par un aṛa. Qaçba el Ạïoun est en outre la résidence du qaïd des Chedjạ, Chikh Ḥamida ech Chergi, chef suprême dans la place ; il a auprès de lui son lieutenant et quelques hommes du makhzen. Les autres habitants sont des marchands musulmans et juifs, ceux-ci originaires de Debdou ou de Tlemsen, qui vendent des denrées d’Europe et d’Algérie aux soldats et aux tribus des environs.

Le sultan croit avoir ici 600 réguliers commandés par un aṛa, Ḥadj Moḥammed : de fait, il y possède 100 ou 150 malheureux qui n’ont de soldats que le nom. Il envoie 5000 fr. par mois pour la solde de la troupe : les hommes ne touchent rien, sont nus et meurent de faim ; l’aṛa et ses lieutenants gardent tout.

Le commerce de Qaçba el Ạïoun a de l’importance. Les boutiques installées dans son enceinte sont bien approvisionnées. Chaque semaine, se tient au pied de ses murs un marché, le Tlâta Sidi Mellouk. Ce jour-là, les tribus des environs, celles de la montagne comme celles de la plaine, viennent en foule, apportant des laines, des tellis, des flidjs, des tapis, des peaux, et les échangeant contre des objets de provenance algérienne, cotonnades, etc. Les années de bonne récolte, les petits marchands de la Qaçba font d’excellentes affaires : ils vendent en grande quantité du café, de l’eau-de-vie, du vin, du thé, du sucre, du kif, des cotonnades, des faïences, des verres, des bougies, des belṛas, de la mercerie, du papier, aux soldats et aux tribus voisines, dont quelques-unes, les Beni Iznâten surtout, sont très riches. Quand la terre est stérile, que la moisson manque, qu’il y a disette, le trafic est nul : c’est ce qui a eu lieu ces derniers temps. Cette année, beaucoup de pluie est tombée au printemps ; on espère une excellente récolte ; depuis cinq ans on manquait d’eau, il y avait sécheresse et famine.

21 mai.

Séjour à Qaçba el Ạïoun. Une pluie torrentielle qui tombe depuis hier soir m’empêche de partir.

On est fort enflammé ici des exploits du Cherif (c’est le nom qu’on donne dans le Maroc au Mahdi), que la grâce de Dieu a rendu invulnérable et invincible, qui a chassé les Chrétiens d’Égypte et qui marche sur Tunis : on a reçu à Fâs plusieurs lettres de lui : le sultan les a fait lire dans les mosquées. Moulei El Ḥasen est en ce moment à Meknâs ; il a ordonné des levées de troupes considérables : onze corps sont prêts à l’heure qu’il est, deux sur le Sebou, neuf dans le Sous ; ils présentent un effectif total de 40,000 hommes et sont formés de contingents tirés des tribus les plus guerrières du royaume de Merrâkech et du Sous. C’est contre les Français que se font ces préparatifs. Au mois de ramḍân, le sultan se mettra à la tête des troupes, et en avant vers Oudjda ! — Ce sont les réguliers et les mkhaznis de la Qaçba qui racontent ces fables : ils y croient, et cette perspective de guerre leur fait faire la grimace. Des bruits aussi ridicules et plus encore circulent dans toute l’étendue du Maroc. Partout les esprits y sont occupés des événements du Soudan égyptien, qui grossissent dans des proportions fantastiques en traversant l’Afrique. A Tisint, à Tatta, dans le Sous, le Cherif, après avoir conquis l’Égypte, avait pris Tripoli, Tunis, Alger, et avait mis à mort tout ce qui était chrétien. Dans la vallée du Ziz, il n’était pas à Alger, mais Tunis était tombé en son pouvoir et les Français vaincus fuyaient devant lui. A Debdou, il était à Tripoli. A Qaçba el Ạïoun et à Oudjda, il n’a conquis que l’Égypte, avec le Caire et Alexandrie. Partout, aussi bien dans le sud qu’ici, chez les Ida ou Blal et dans le Sous comme chez les Berâber, on est curieux de ces nouvelles : aussitôt que j’arrivais en un lieu, la première question qu’on m’adressait, à titre d’étranger, était : « Quelles nouvelles du Cherif ? » Mais, si l’on s’occupe de lui, on paraît s’en occuper avec calme et attendre patiemment qu’il vienne, sans se soucier de prendre les armes pour lui tendre la main. En résumé, il excite une vive curiosité, mais peu d’enthousiasme, surtout dans les tribus indépendantes. Les tribus soumises, en général plus dévotes, plus instruites, plus fanatiques que les autres, moins occupées par des luttes de chaque jour avec les voisins, prêtent une attention plus vive et seraient plus faciles à soulever. Tel était l’état des esprits lors de mon voyage. Nulle part on ne désirait la guerre sainte ; mais l’ignorance, qu’entretient la politique craintive des puissances européennes, est si grande que tout peut arriver : malgré le calme actuel, il suffirait que soit le sultan, soit quelque grand chef religieux, comme Chikh Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui, levât l’étendard de la guerre sainte pour réunir en quelques jours une armée de 50000 hommes. Cette masse, animée plutôt par l’espoir du pillage que par le zèle religieux, s’évanouirait à la première défaite, et se doublerait au moindre succès.

22 mai.

Départ à 6 heures et demie du matin. Je reprends ma route dans le désert d’Angad, cheminant au milieu de la plaine, avec mes deux chaînes monotones à droite et à gauche. Ce sont deux longues lignes de montagnes sombres, à peu près de même hauteur, nues l’une et l’autre comme tous les massifs que j’ai vus depuis le Djebel Debdou. Au flanc du Djebel Beni Iznâten apparaissent de nombreuses taches noires, villages et jardins. Le sol ne change pas : il demeure sablonneux et couvert d’herbages ; après Qaçba el Ạïoun, il est pendant trois ou quatre kilomètres semé de quelques arbres. Je rencontre des douars, plusieurs troupeaux de chameaux, de moutons et de chèvres, et, en un ou deux points, des cultures. Profitant du bienfait de la pluie, qui vient de fertiliser les sables de l’Angad, les Chedjạ se sont hâtés d’ensemencer quelques parcelles de terre. Durant toute la journée le pays reste très plat ; ce n’est qu’en approchant d’Oudjda que deux accidents de terrain changent l’aspect du désert. Vers le nord, une côte en pente douce, parallèle au Djebel Beni Iznâten, se projette en avant de lui dans la plaine et se termine au cours de l’Isli. Vers l’est, on voit la fameuse Koudia el Khoḍra, théâtre du champ de bataille de l’Isli ; de loin, elle apparaît comme un long talus verdoyant, bas, à crête uniforme, barrant toute la plaine d’Angad depuis le Djebel Zekkara, dont il se détache et auquel il est perpendiculaire, jusqu’à la côte qu’on vient de signaler : entre celle-ci et El Koudia el Khoḍra, se trouve une trouée où passe l’Ouad Isli. A 2 heures 40, je parviens à cette rivière. Elle a 12 mètres de large et 70 centimètres de profondeur ; le courant est rapide ; le lit, de gros galets, est en entier couvert par les eaux ; deux berges de sable à 1/1, de 8 mètres de haut, l’encaissent. L’ouad coule au pied même de El Koudia el Khoḍra : sa berge droite se confond avec le versant occidental de ces hauteurs. Je commence à monter au sortir de la rivière : côte douce, mélange de terre et de pierres ; à 2 heures 50, je suis au sommet. Un plateau s’y étend, ridé d’ondulations légères ; il est couvert d’herbe ; le sol en est terreux, avec des pierres et des endroits rocheux. Je le traverse. A 3 heures et demie, j’en atteins le bord oriental. Depuis quelque temps, j’aperçois Oudjda, étalant au-dessous de moi ses maisons blanches au milieu de grandes plantations d’oliviers. Une rampe, pareille à celle qui le limite à l’ouest, courte et douce, borne ici le plateau. Je la descends et ne tarde pas à entrer dans les jardins d’Oudjda : vastes et bien cultivés, ombragés d’une multitude d’arbres, ils sont la seule chose digne d’attention en ce lieu. Je m’arrête, à 4 heures un quart, dans un des fondoqs de la ville.

Oudjda est située au pied de El Koudia el Khoḍra, en terrain plat, dans la plaine d’Angad, qui se prolonge au delà jusqu’à Lalla Maṛnia. C’est une fort petite ville : elle semble moins peuplée qu’El Qçar. La richesse et la prospérité y règnent ; la présence d’un qaïd, de mkhaznis, le passage des caravanes, le commerce avec l’Algérie, y entretiennent l’animation et y apportent la fortune.

Un mkhazni à cheval m’a escorté de Qaçba el Ạïoun à Oudjda ; un autre m’accompagnera d’Oudjda à la frontière française. Il a suffi de les demander aux qaïds ; une escorte de ce genre s’accorde toujours, à condition de payer : le prix est modique. Le gouvernement concourt à fournir les zeṭaṭs dans les régions du blad el makhzen trop peu sûres, comme celle-ci, pour y voyager seul. Chemin faisant, j’ai rencontré une caravane ; elle se composait de marchands juifs venant de Tlemsen et allant à Debdou. Hors l’Ouad Isli, je n’ai traversé qu’un cours d’eau de quelque importance : l’Ouad Bou Rdim (6 mètres de large ; 1 mètre de profondeur ; courant insensible ; berges de 1m,50 d’élévation, à 1/1. Les eaux proviennent des pluies dernières ; la rivière, à sec toute l’année, se gonfle à la moindre averse et se dessèche aussi vite : hier elle était infranchissable).

23 mai.

Départ d’Oudjda à 7 heures du matin. A 10 heures, je passe la frontière et j’entre en terre française. Peu après j’arrivai à Lalla Maṛnia, terme de mon voyage.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.

[Note 99 : Les Beni Iznâten (Beni Zenâta) sont la grande tribu qui est désignée d’habitude sur nos cartes sous le nom de Beni Snassen.]

SECONDE PARTIE.

=RENSEIGNEMENTS.=

I.

BASSIN DE L’OUAD OUMM ER REBIA.

L’Ouad Oumm er Rebiạ prend sa source sur le territoire des Beni Mgild, à une haute montagne d’où sort aussi la Mlouïa. De là il traverse les tribus des Zaïan, des Ichqern, des Qeṭạïa, des Aït Roubạ, des Beni Ạmir, des Beni Mousa, ces quatre dernières faisant partie du Tâdla. En sortant des terres des Beni Mousa, il reçoit l’Ouad el Ạbid, qui est la limite et de cette tribu et du pays de Tâdla. A partir de là, il ne cesse de couler entre des tribus différentes, formant frontière entre elles : d’abord entre les Beni Miskin au nord et les Sraṛna au sud ; puis entre les Chaouïa (nord) et les Rḥamna (sud) ; ensuite entre les Chaouïa (nord) et les Doukkala (sud) ; enfin entre les Chtouga (nord) et les Doukkala (sud).

Les tribus mentionnées en aval du Tâdla sont nomades, parlent l’arabe et se disent de race arabe. Elles sont soumises au sultan. Trois d’entre elles sont regardées comme les plus puissantes du blad el makhzen : celles des Rḥamna, des Chaouïa et des Doukkala : les premiers peuvent, dit-on, mettre 11000 hommes à cheval, les seconds 7000, les derniers 6000.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Oumm er Rebiạ reçoit un grand nombre d’affluents, parmi lesquels on remarque, en descendant son cours : l’Ouad Derna, l’Ouad Daï, l’Ouad el Ạbid, l’Ouad Teççaout. Ces quatre cours d’eau se jettent sur sa rive gauche. L’un d’eux, l’Ouad el Ạbid, égale en importance l’Oumm er Rebiạ elle-même.

1o OUAD DERNA. — Cette rivière prend sa source dans le Djebel Aït Seri, arrose le grand village de Tagzirt et, à 2 heures de marche au-dessous de ce point, entre dans le territoire des Aït Iạïch : elle se jette dans l’Oumm er Rebiạ à Zidania, vieille qaçba qui ressemble à celle de Fichtâla et qui a été construite aussi par Moulei Ismạïl. Zidania est située à 5 heures de marche au-dessous de Qaçba Tâdla, chez les Oulad Ạbd Allah, fraction des Beni Ạmir. Point de ville du nom de Derna.

2o OUAD DAI. — Cette rivière roule à peu près le même volume d’eau que l’Ouad Derna : elle prend sa source dans la même chaîne de montagnes : c’est chez les Oulad Bou Bekr, fraction des Beni Mellal, qu’elle entre en plaine. Elle se jette sur la rive gauche de l’Oumm er Rebiạ dans le territoire des Beni Mousa. Point de ville du nom de Daï.

3o OUAD EL ABID. — Les sources de cette grande rivière sont, comme celles de l’Oumm er Rebiạ, dans une contrée sauvage, boisée, infestée de lions et de panthères, région peu fréquentée et que ne traverse aucun chemin. En remontant l’Ouad el Ạbid au-dessus d’Ouaouizert, on trouve les Aït Messaṭ sur sa rive gauche et les Aït Atta d Amalou sur sa rive droite : la rivière forme frontière entre les deux tribus. Puis elle entre dans celle des Aït Seri. A partir de là, plus de bourgades ; il n’y a que de petits villages, des huttes et des tentes groupées autour de tiṛremts.

Au-dessous d’Ouaouizert, c’est encore la grande tribu des Aït Messaṭ qui occupe la rive gauche de l’ouad : les Entifa, puis les Sraṛna lui font suite. Sur la rive droite, on traverse successivement, en descendant la rivière, les Aït Atta d Amalou, les Aït Bou Zîd, les Aït Ạtab et enfin les Beni Mousa.

L’Ouad el Ạbid a deux points de passage importants dans la portion inférieure de son cours :

A 3 heures de marche en amont de son confluent avec l’Oumm er Rebiạ, se trouve le gué de Bou Ạqba, célèbre par la bataille qui s’y livra. En cet endroit, l’Ouad el Ạbid forme limite entre les Entifa et les Beni Mousa.

5 heures plus haut, c’est-à-dire à 8 heures du confluent, se trouve un pont construit par Moulei Ismạïl et encore en bon état : il n’a point de nom particulier : on l’appelle El Qanṭra.

=AFFLUENT.= — L’Ouad el Ạbid reçoit sur sa rive gauche une rivière importante dont nous avons aperçu le confluent entre Ouaouizert et Aït ou Akeddir ; c’est l’Ouad Aït Messaṭ.

OUAD AIT MESSAT. — Cette rivière prend sa source dans le Grand Atlas un peu au-dessus de Zaouïa Aḥansal. Elle arrose sur son cours un grand nombre de qçars : ils appartiennent aux Aït Isḥaq, l’une des 5 fractions des Aït Messaṭ. Voici les principaux d’entre eux, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’ouad :

Zaouïa Aḥansal (zaouïa très importante, dont le chef actuel se nomme Sidi Ḥamed ou Ḥamed Aḥansal).

Aït Tamzout rive droite.

Zaouïa Aït Sidi Ạli ou Ḥaseïn rive droite.

Tillougit rive droite.

Aït Ạïssa rive droite.

Izerouan (3 qçars) rive droite.

Distances : de l’Oussikis à Zaouïa Aḥansal 1 jour.

De Zaouïa Aḥansal à Ouaouizert 2 jours.

4o OUAD TEÇÇAOUT. — Cette rivière se jette sur la rive gauche de l’Oumm er Rebiạ, à 7 heures de marche au-dessous du confluent de ce fleuve avec l’Ouad el Ạbid. La Teççaout est formée de la réunion de deux cours d’eau : le premier, Teççaout Fouqia ou Ouad Akhḍeur, passe entre Demnât et Bezzou ; le second, Teççaout Taḥtia ou Teççaout Merrâkech, passe entre Demnât et El Qlạa. Ces deux rivières prennent leur source dans un même massif de montagnes et se dirigent vers le nord, l’une par l’est, l’autre par l’ouest : elles se réunissent en plaine entre El Qlạa et Bezzou, et de là vont se jeter dans l’Oumm er Rebiạ. Le chemin qui va en ligne directe de Demnât au Dâdes, chemin très suivi, remonte la Teççaout Fouqia jusqu’à sa source : de là il passe sur le territoire des Haskoura, dans le bassin du Dra. La Teççaout orientale a tout son cours supérieur occupé par la grande tribu tamaziṛt indépendante des Aït b Ououlli. Elle traverse ensuite le territoire des Aït Abbes, puis celui des Entifa, enfin celui des Sraṛna, sur lequel les deux Teççaout se réunissent et se jettent dans l’Oumm er Rebiạ.

=AFFLUENTS.= — La Teççaout Fouqia reçoit plusieurs affluents dont le principal est l’Ouad el Ạrous, se jetant sur sa rive droite au point frontière entre les Aït b Ououlli et les Aït Abbes.

OUAD EL AROUS. — A 2 kilomètres au-dessus de son confluent avec l’Ouad Teççaout, il reçoit lui-même sur sa rive droite, au village d’Agerd n Ouzrou, un cours d’eau important, l’Ouad b Ougemmez.

=Ouad b Ougemmez.= — Cette rivière porte aussi le nom d’Ouad Aït Ouaham. Elle prend sa source dans le Grand Atlas, auprès du Tizi Izouṛar : le cours en appartient tout entier à la tribu des Aït b Ougemmez : un grand nombre de qçars s’échelonnent le long de ses rives : le plus rapproché de sa source est Zaouïa Aït Ouaham (appelé aussi Zaouïa Alonzi) ; le plus bas est Agerd n Ouzrou, où il se jette dans l’Ouad el Ạrous. Entre eux, il en existe d’autres, dont les principaux sont, en descendant : Aït Ạli, Aït Ouriad.

Entre Aït Ouriad et Agerd n Ouzrou, l’Ouad b Ougemmez reçoit sur sa rive gauche un affluent, l’Ouad Ibakellioun.

Ouad Ibakellioun. — Le cours en appartient aussi en entier aux Aït b Ougemmez : il est bordé de nombreux qçars : le plus considérable d’entre eux est Ibakellioun, situé non loin de la source de l’ouad.

Cette rivière reçoit elle-même un affluent, l’Ouad Tizi Aït Imi, se jetant sur sa rive gauche dans la partie basse de son cours.

Ouad Tizi Aït Imi. — Il prend sa source au col d’Aït Imi, dans le Grand Atlas. Le cours en appartient à la tribu des Aït b Ougemmez. Il arrose plusieurs qçars.

Les localités situées sur les cours des ouads b Ougemmez, Ibakellioun et Tizi Aït Imi forment la totalité de la tribu des Aït b Ougemmez, tribu indépendante, de race et de langue tamaziṛt.

Pas de marché chez les Aït b Ougemmez.

Un mellaḥ, sur l’Ouad b Ougemmez.

Distances : de l’Oussikis à Aït forte 1/2 journée. Ouaham

D’Aït Ouaham à Ḥad Aït 1 jour. Ạtab

» Agerd n Ouzrou 17 kilomètres.

» Demnât 2 petites journées.

=Renseignements sur les tribus.=

TRIBUS DU TADLA. — Voici la décomposition des tribus du Tâdla :

{ Oulad Brahim. { { Oulad Bḥar el Kebar. { Gouffa. { { { { Beni Khelf. { Ourdiṛra { { Mfasis. } { { } 1 { { Oulad Ạzzouz. } { Oulad Bḥar es Sṛar. { { { Oulad Smir. { { Beni Ḥasen.

{ Oulad Bou Ṛadi. { Beni Khîran { Beni Mançour. { { Genadiz.

{ Torch. { { Mạdna. { Beraksa. { { { { Ạsasga. Smâla { { { Houasen. { { { Oulad Ạïssa. { Oulad Fennan. { { Chraạ.

{ Oulad Gaouch. { { Aït Çaleḥ. } { } 1 { { Nouaser. } { Oulad Iousef. { { { Berachona. } { { } 1 { { Oulad Nahr. } { { { { Beni Zrandil. { { { Ạbabsa. { { { { Oulad Brahim. Beni Zemmour { { { Beni Bataou. { Zania. { { { { Soual. { { { { Rouased. { { { Aït Bihi. { { { { Aït Mousa. { Aït Iaḥi. { { { Ahouraïn. { { Geraïat.

{ Semget. { { Ạït Ạla. } Qeṭạïa { } 1 { Aït Brahim. } { { Aït Kerkaït.

{ Oulad Smạïn. { { Oulad Sạïd. { Oulad Iạqoub. { { { { Oulad Bou Iạoud. { { { Bezzaza. { { Beni Mạdan ; Aït Roubạ. { Oulad Iousef. { Oulad Iạïch. { { { { Oulad Mạmmer. { { Zouaïr. { { Beni Mellal.

{ Oulad Assoun } { } { Oulad Nedjạ } 1 { } { Oulad Ạbd Allah } { { Beradia } { } { Ahel Sous } 1 { } { Oulad Ạli } { Beni Amir { Oulad Ḥasen } { } { Krifat } { } 1 { Oulad Zian } { } { Oulad Bou Ḥerrou } { { Beni Chegdal } { } { Oulad Rejiạ } 1 { } { Mouali el Ouad }

{ Oulad Zahra. { { El Amgar. { { Oulad Zmam. { { Ạsara. { Oulad Ạrif. { { { Oulad Smida. { { { { Beni Ạoun. { { { { Oulad Meraḥ. Beni Mousa { { { { Krazza. { { Beni Oujjin. { { Oulad Brahim. { { Ahel Zerberrachi.

Beni Miskin.

AIT SERI. — Voici la décomposition des Aït Seri, tribu tamaziṛt indépendante :

{ Aït Ouirra { { Aït Mḥammed { { Aït Seri { { Imhaouchen. { { Aït Daoud. { Aït Ouirra. { Aït Mesạoud. { { { Aït El Ḥasen. { { { { Aït Ạlou ou Brahim. { { { { Aït ou Ạzzou. { { { { Aït Ousaden. { { { { Aït Iqqo. { { { Aït Ạbd es Selam. { { { { Aït Iạqoub. { { { Aït Mḥammed. { Aït Smạïn. { { { { Aït Ḥammi. { { { { Aït Bou Bekr. { { { Aït Ichcho. { { { { Mrabṭen. { { { { Aït Daoud. Aït Seri { { { Aït Ạbd el Ouali. { Aït Ousakki. { { { { Mḥarir. { { { { Aït Ạlou ou El Ḥasen. { { { { Aït Ioudi. { { Friata } { } { Aït Ḥebibi } { } 1 { Aït Maḥa } { } { Aït Ạbd en Nour. } { { { Aït Ạli ou Seliman. { { { { Aït Ḥammou ou Sạïd. { { { { Aït Isḥaq. { { { { Iḥebaren. { Aït Sạïd { { { Aït Ḥammou ou Mançour. { { Aït Daoud ou Bou Ḥïa. { { Aït Daoud ou Iousef. { { Aït Ougrar.

Les Aït Seri sont de langue comme de race tamaziṛt. Partie nomades, partie sédentaires, ils ont des tentes et des villages ; ces derniers dominent. Leur territoire nourrit peu de chevaux ; pouvant armer un très grand nombre de fantassins, ils n’ont presque pas de cavaliers.

Deux fractions des Aït Seri, les Aït Ouirra et les Aït Mḥammed, sont célèbres pour leur hostilité aux Juifs : leur territoire est absolument interdit à cette race. Un Israélite veut-il le traverser quand même, il lui faut se travestir et prendre garde de ne point se trahir : s’il était reconnu, il n’échapperait pas à la mort. Tout Juif trouvé est tué, et l’horreur qu’il inspire va si loin qu’on ne dépouille pas son cadavre et que ses marchandises sont jetées au vent.

ICHQERN. — Les Ichqern sont une tribu de race et de langue tamaziṛt bornée au nord par les Zaïan, à l’ouest par le Tâdla (Beni Zemmour et Qeṭạïa), au sud par les Aït Seri (Aït Ouirra). Il y a 4 heures de chemin entre Qaçba Tâdla et leur frontière. Ils peuvent mettre environ 8000 hommes à cheval. Ils sont indépendants, bien qu’un qaïd in partibus vive chez eux. Ils ont, en ce qui concerne les Juifs, le même usage que les Aït Ouirra et les Aït Mḥammed, usage qui n’existe nulle part ailleurs au Maroc.

Sur la frontière nord des Ichqern, se trouve le point assez connu de Khanifra. Khanifra est une qaçba un peu plus grande que Fichtâla, située à 9 heures de marche à l’est-nord-est de Bou el Djạd ; sur la limite même des Ichqern et des Zaïan, elle fut longtemps un sujet de disputes pour ces deux tribus. Fondée par les premiers, elle appartient aujourd’hui aux seconds. Là habite ce malheureux qaïd des Zaïan dont nous avons parlé plus haut.

CHAOUIA. — Les Chaouïa sont nomades et parlent l’arabe : ils forment une nombreuse tribu soumise au sultan. Voici leur décomposition :

{ Oulad Zireg. { { { Oulad Chaïb. { Oulad Mḥammed { { (3 qaïds). { { { El Khloṭ. { { { { Oulad Ạmama. } { } 1 { { Oulad Bou Bekr. } { { { { Oulad El Ạsri. { Khesasra { { (1 qaïd). { { { Brasiin. { { { { Oulad Mnisf. { { El Aoulad (1 qaïd). { { Oulad Bou Ạrif.} { } (1 qaïd) { Beni Imman. } { { { Ḥamdaoua. { { { { Beni Sqeten. { { { { El Elf. { { { { Beni Brahim. Chaouïa { Mzab (1 qaïd) { { { Mnia. { { { { Djemouạ. { { { { Oulad Fers. { { { { Oulad Senjej. { { Oulad Sidi Ben Daoud (1 qaïd). { { Oulad Bou Ziri (1 qaïd). { { Oulad Sạïd (1 qaïd). { { Msamsa (1 qaïd). { { Oulad Ḥaris. } { } 1 (Réunies, ces deux fractions { } forment un groupe plus nombreux { } encore que les Mzab. — 1 qaïd.) { Medaṛra. } { { Oulad Zian (1 qaïd). { { Mediouna (1 qaïd). { { Siaïda (2 qaïds). { { Zenata (1 qaïd).

La fraction des Mzab contient un grand nombre de zaouïas ; telles sont : Oulad Sidi Ạïssa, Qeradma, Oulad Sidi el Ḥadj, Oulad Sidi Bel Qasem, El Kaouka.

ZAIR. — Les Zạïr forment une puissante tribu indépendante, de race et de langue tamaziṛt. Leur territoire se trouve à l’ouest de celui des Zaïan et au nord-ouest du Tâdla. Quoique ce pays soit montagneux, ils possèdent un grand nombre de chevaux.

AIT MESSAT. — C’est une puissante tribu chleuḥa[100], indépendante, qui a pour limites, au sud la crête supérieure du Grand Atlas, au nord l’Ouad el Ạbid, à l’est les Aït Seri et les Berâber, à l’ouest les ouads b Ougemmez et Teççaout. Les Aït Messaṭ habitent, les uns dans des qçars, les autres sous la tente : ceux-ci sont les plus nombreux. La tribu peut, en tout, armer 4000 fantassins et 300 à 500 cavaliers. Elle se décompose en cinq fractions.

Aït Isḥaq.

Aït Moḥammed.

Aït Ougoudid. } } Aït Ạbd Allah. } Atferkal. } Ibaraṛen }

Les Aït Isḥaq forment environ 2000 fusils. Ils s’étendent entre la zaouïa d’Aḥansal et l’Ouad el Ạbid : tout le cours de l’Ouad Aït Messaṭ leur appartient : à eux encore les deux groupes de qçars d’Aït Maziṛ et d’Aït Issoumour. Aït Maziṛ est une collection de qçars répartis dans la montagne entre l’Ouad el Ạbid et l’Ouad Aït Messaṭ, au delà de la rive gauche de ce dernier. Aït Issoumour est une réunion de 3 qçars situés près de l’Ouad el Ạbid au-dessus d’Aït Maziṛ : on compte 17 kilomètres d’Aït Issoumour à Ouaouizert. Les Aït Isḥaq sont la seule des cinq fractions des Aït Messaṭ qui possède des qçars. Les quatre autres n’ont que des tentes et des tiṛremts.

Les Aït Moḥammed sont limitrophes des Aït Isḥaq : ils s’étendent entre eux, les Aït b Ougemmez, l’Ouad el Ạbid et la crête du Grand Atlas : à l’est des Aït b Ougemmez, ils occupent le vaste plateau d’Iferṛes. Pas de rivière sur leur territoire ; mais les sources sont nombreuses. Pays montagneux et boisé. Point de qçars : les Aït Moḥammed emmagasinent leurs biens dans des tiṛremts pendant qu’ils vivent sous la tente. Ils sont environ 500 fusils.

Les Aït Ougoudid habitent à l’ouest des Aït Moḥammed, entre eux et les Aït Ạbd Allah. Ils n’ont que des tentes et des tiṛremts. Il en sera de même des fractions suivantes : leur pays, comme celui des Aït Ạbd Allah et celui des Ibaraṛen, est en tout semblable à celui des Aït Moḥammed. Les Aït Ougoudid comptent 500 fusils.

Les Aït Ạbd Allah habitent à l’ouest des Aït Ougoudid, entre eux et les Ibaraṛen. Ils sont en face des Aït Ạtab. Ils peuvent lever 500 fusils.

Les Ibaraṛen se trouvent à l’ouest des Aït Ạbd Allah, auprès des Entifa : ils forment environ 500 fusils.

Ces trois dernières fractions portent le nom collectif d’Atferkal.

Ainsi qu’on le voit, une seule rivière arrose le territoire des Aït Messaṭ, celle qui porte le nom de la tribu.

Il existe chez les Aït Messaṭ une zaouïa dont le chef est tout-puissant sur eux : la zaouïa d’Aḥansal. Le pouvoir de son chikh est absolu sur les Aït Messaṭ, et son influence s’étend beaucoup plus loin. Jusqu’à Merrâkech d’une part, jusqu’au Dâdes et au Todṛa de l’autre, il est connu et vénéré. Un esclave de Sidi Ḥamed ou Ḥamed Aḥansal, chef actuel de la zaouïa, suffit pour conduire en sûreté une caravane du Todṛa à Merrâkech. A lui a recours quiconque veut voyager dans ces régions.

Les Aït Messaṭ ne parlent que le tamaziṛt : très peu parmi eux savent l’arabe.

Deux marchés sur leur territoire : Khemîs Aït Khelift (Aït Ạbd Allah), Arbạa Tabaroucht (Aït Isḥaq). Point de Juifs.

AIT B OUOULLI. — C’est une nombreuse tribu chleuḥa, indépendante, cantonnée sur le haut cours de la Teççaout Fouqia et sur tout celui de l’Ouad el Ạrous. Elle n’habite que des qçars. Les Aït b Ououlli parlent le tamaziṛt.

Point de marché sur leur territoire.

Un mellaḥ.

AIT ABBES. — Petite tribu chleuḥa cantonnée sur les rives de l’Ouad Teççaout au-dessous des Aït b Ououlli. Nominalement, elle dépend du qaïd des Entifa : de fait, elle est peu soumise. Les Aït Abbes n’habitent que des qçars. Ils parlent le tamaziṛt.

Point de marché.

Un mellaḥ.

Distance : des Aït Abbes aux Aït Bou Ḥarazen comme d’Imiṭeṛ à Taourirt (Todṛa).

AIT BOU HARAZEN. — Petite tribu chleuḥa située à quelque distance à l’est de Djemaạa Entifa. Elle fait partie du blad el makhzen et obéit au qaïd des Entifa. Point de rivière sur son territoire : celui-ci n’est arrosé que par des sources. Les Aït Bou Ḥarazen n’habitent que des qçars : leur langue est le tamaziṛt, mais beaucoup d’entre eux savent l’arabe.

Un marché, l’Arbạa Bou Ḥarazen.

Deux mellaḥs.

Distance : d’Arbạa Bou Ḥarazen à Djemaạa Entifa comme de Timaṭṛeouin à Taourirt (Todṛa).

INKTO. — Petite tribu chleuḥa au sud des Entifa. Elle appartient au blad el makhzen et obéit au qaïd de Demnât. Elle n’habite que des qçars. La langue en est le tamaziṛt. Le territoire, situé à l’est de l’Ouad Teççaout Fouqia, n’en est arrosé que par des sources : on n’y voit aucun cours d’eau.

Un marché, l’Arbạa Ouaoula.

Pas de Juifs.

Distances : d’Inkto à Demnât comme d’Aït Iidir (Dâdes) à Taourirt (Todṛa).

» Djemaạa Entifa comme d’Aït Iidir » »

AIT AIAD. — Tribu chleuḥa indépendante occupant les premières pentes du Moyen Atlas au nord-est des Aït Ạtab. La fraction des Aït Ạtab qui la limite de ce dernier côté s’appelle les Ikadousen. Les Aït Ạïad peuvent mettre en ligne environ 1000 hommes, dont 100 cavaliers. Ils sont habituellement alliés aux Aït Ạtab.

Un marché, le Tlâta Aït Ạïad.

Un mellaḥ.

=Itinéraires.=

DE FAS A BOU EL DJAD. — Fâs, Sfrou, Aït Ioussi, Beni Mgild, Ạïn el Louḥ, Akebab, Ichqern, Bou el Djạd.

DE FAS A BOU EL DJAD. — Fâs, Sfrou, Aït Ioussi, Beni Mgild, Zaïan, Bou el Djạd.

DU TADLA A QÇABI ECH CHEURFA. — Du Tâdla, un chemin remonte le cours de l’Ouad Oumm er Rebiạ jusqu’à sa source : de là on peut gagner Qçâbi ech Cheurfa. Cette route n’est point fréquentée : les animaux féroces, lions et panthères, qui peuplent les grandes forêts traversées par le haut cours de l’Oumm er Rebiạ, en sont cause en partie.

DE BOU EL DJAD A MOULEI BOU IAZZA. — De Bou el Djạd à Moulei Bou Iạzza, on compte 10 heures de marche : chemin faisant : on rencontre deux lieux habités, Sidi Bou Ạbbed, situé à 4 heures de Bou el Djạd, et Sidi Oumbarek, qui se trouve à 7 heures de cette même ville. Entre Sidi Bou Ạbbed et Sidi Oumbarek, on traverse l’Ouad Grou, entre S. Oumbarek et Moulei Bou Iạzza, on franchit la frontière du Tâdla, et on passe des Beni Zemmour chez les Zaïan.

Sidi Bou Ạbbed est un village de 200 maisons : au milieu s’élèvent la qoubba de Sidi Bou Ạbbed et une zaouïa où vivent ses descendants.

Sidi Moḥammed Oumbarek était un cherif vénéré ; mort depuis très longtemps, il a laissé une postérité nombreuse qui habite autour de sa qoubba, dans un village de 400 maisons : ce village a pris son nom ; il est situé au milieu de grandes forêts.

Moulei Bou Iạzza est une bourgade de 1200 à 1400 habitants. Elle porte le nom d’un cherif célèbre, mort là depuis des siècles. Il n’a laissé ni postérité ni disciples, le souvenir de ses vertus et son tombeau sont tout ce qui reste de lui ; son mausolée, reconstruit jadis par Moulei Ismạïl, est fort beau : il est du même modèle que ceux de Bou el Djạd. Cette qoubba est l’objet d’une grande vénération.

DE DEMNAT A BEZZOU. — Une journée de marche. Chemin faisant, on traverse l’Ouad Teççaout Fouqia. Bezzou est une bourgade de 1500 habitants avec un mellaḥ. Elle ressemble de tous points à Djemaạa Entifa. Elle est située en plaine entre l’Ouad Teççaout et l’Ouad el Ạbid. Elle est sous la juridiction du qaïd des Entifa.

DE DEMNAT A EL QLAA. — Un jour et demi de marche, soit : de Demnât à Zaouïa Sidi Reḥal, une journée ; de Zaouïa Sidi Reḥal à El Qlạa, une demi-journée. Entre ces deux derniers points on chemine constamment en plaine et on ne traverse aucun cours d’eau. El Qlạa est sur le territoire des Sraṛna. C’est une ville de 3000 habitants, de l’importance de Demnât. Elle possède un grand mellaḥ. Située à l’ouest de la Teççaout Taḥtia, à l’est de l’Ouad Rḍât, elle n’a d’autre eau que celle qui lui est amenée de la Teççaout par des feggara[101].

DE DEMNAT AU TIZI N GLAOUI. — Il y a deux chemins : l’un, plus long mais beaucoup meilleur, passant par Zaouïa Sidi Reḥal, Tagmout, etc. ; l’autre, plus court mais très difficile, entrant à Demnât dans la montagne et allant tout droit vers le col : le dernier est très peu fréquenté.

DE ZARAKTEN AU TELOUET. — Il y a deux chemins : l’un est celui que nous avons pris ; voici l’autre : Zarakten, Ạqoub es Soulṭân (en tamaziṛt, Asaou n Ougellid), point de croisée du sentier venant de Tagmout, Tikhfar (l’Ouad Rḍât étant à main droite), Talatin n Ouadil, Timi Ourṛt, Amsensa, traversée de l’Ouad Amsensa, affluent de l’Ouad n Iri, Tanzmout (sur l’Ouad Amsensa), Ideṛ (sur l’Ouad n Iri). A partir de là, on reprend le chemin connu.

D’OUAOUIZERT A L’OUSSIKIS. — D’Ouaouizert à l’Ouad el Ạbid, 1 heure. Jusque-là on est sur le territoire des Aït Atta d Amalou.

De l’Ouad el Ạbid à Talmest, un jour. Talmest est sur les terres des Berâber. Entre l’Ouad el Ạbid et les Berâber se trouve le territoire des Aït Messaṭ. C’est là qu’on a marché durant la plus grande partie de la journée : le chemin y traverse le groupe de qçars d’Aït Issoumour.

De Talmest à Tarḥamt, un jour. Tarḥamt est un endroit désert où les caravanes ont l’habitude de faire halte pour passer la nuit.

De Tarḥamt à l’Oussikis, un jour. De Talmest à l’Oussikis on n’a cessé de marcher sur le territoire des Berâber. L’Ouad Dâdes, auquel on arrive dans l’Oussikis, est la première rivière qu’on rencontre depuis l’Ouad el Ạbid : entre ces deux cours d’eau ce ne sont que montagnes : point de neige sur le chemin en été ; à dater du mois de novembre, il y en a fréquemment.

DU TODRA AUX AIT ATAB ET A DEMNAT. — Du Todṛa à l’Oussikis, une journée de marche. On passe au départ sur la rive droite de l’Ouad Todṛa ; puis on entre dans la montagne, où l’on reste jusqu’à l’Oussikis sans rencontrer de toute la route ni qçar ni cours d’eau. Dans ce long désert on ne trouve que des tentes des Aït b ou Iknifen ; encore n’y sont-elles qu’en été : en hiver elles se transportent sur le Saṛro.

De l’Oussikis trois chemins conduisent à la plaine d’Izouṛar, plateau désert :

Ṭriq Aqqa (à l’est).

Ṭriq Izilal (au centre).

Ṭriq Tafrout (à l’ouest).

Dans la plaine d’Izouṛar campent en été des Aït ou Allal et des Aït Bou Daoud. De cette plaine on passe à la vallée de l’Ouad b Ougemmez : un seul chemin y conduit : on franchit au Tizi Izouṛar une crête qui marque l’extrémité du plateau, et de là on descend directement dans la vallée de l’Ouad b Ougemmez : on l’atteint à Zaouïa Aït Ouaham. De l’Oussikis à Aït Ouaham, un piéton isolé met une forte demi-journée. Pour les caravanes il faut une journée.

D’Aït Ouaham partent deux routes, l’une vers les Aït Ạtab, l’autre vers Demnât.

La première monte sur le flanc droit de l’Ouad b Ougemmez, en face même de la zaouïa, puis franchit un col, le Tizi n Tiṛrist. C’est un passage difficile. De là on entre dans la vaste plaine d’Iferṛes. Elle est occupée par les tentes des Aït Moḥammed (fraction des Aït Messaṭ). On descend ensuite dans la vallée de l’Ouad el Ạbid. Un piéton isolé ne met qu’une journée pour aller d’Aït Ouaham à Ḥad Aït Ạtab.

Si l’on prend la seconde voie, celle de Demnât, on descend l’Ouad b Ougemmez jusqu’à Agerd n Ouzrou, puis l’Ouad el Ạrous jusqu’à son confluent avec la Teççaout Fouqia. On remonte ensuite la Teççaout pendant 4 heures environ ; puis on passe sur sa rive gauche, on franchit le Djebel Tamatout (montée très difficile), et de là on se rend à Demnât. Il y a deux petites journées d’Aït Ouaham à Demnât. On passe la nuit dans le haut de la tribu des Aït b Ououlli, sur les rives de la Teççaout.

DE L’OUSSIKIS A OUAOUIZERT. — On gagne le plateau d’Izouṛar par le chemin le plus oriental, Ṭriq Aqqa. On traverse le plateau, puis on franchit successivement le Tizi n Teṛrisin et le Tizi n Terboula. De là on débouche, à Zaouïa Aḥansal, dans la vallée de l’Ouad Aït Messaṭ. On descend cette rivière jusqu’à son confluent avec l’Ouad el Ạbid, et on gagne Ouaouizert. On compte un jour de l’Oussikis à Zaouïa Aḥansal, et deux jours de la zaouïa à Ouaouizert. Ce chemin a pour les caravanes l’avantage de passer par Zaouïa Aḥansal, résidence d’un puissant chef religieux de qui elles prennent l’ạnaïa. Ce marabout est la ressource habituelle de ceux qui voyagent chez les Aït Messaṭ.

[Note 100 : Lorsque nous nous rapprocherons du sud, nous emploierons souvent le mot de Chleuh pour désigner la race à laquelle appartiennent les populations, afin de marquer qu’elles sont composées d’Imaziren blancs « Chellaha », et non d’Imaziren noirs « Haratîn ».]

[Note 101 : On donne le nom de feggara à des canaux souterrains offrant des jours de distance en distance : ces jours sont d’ordinaire très rapprochés : il est rare qu’ils aient 10 mètres d’espace de l’un à l’autre.]

II.

BASSIN DE L’OUAD DRA.

Le cours du Dra se divise en trois portions : cours supérieur, depuis les sources des ouads Idermi et Dâdes jusqu’au point où ces cours d’eau se réunissent ; cours moyen, depuis ce confluent jusqu’à Mḥamid el Ṛozlân ; cours inférieur de Mḥamid el Ṛozlân à l’Océan.

Dans le cours supérieur, point de rivière portant le nom de Dra : deux torrents, dont la réunion formera le fleuve, roulent au pied de l’Atlas leurs eaux froides et impétueuses ; les rives en sont presque constamment bordées de villages et de cultures : région montagneuse ; végétation des pays froids : les crêtes du Grand Atlas se dessinent tout près des vallées en longue masse blanche ; dans les fonds, point de palmiers : des oliviers, des figuiers, des noyers.

Dans son cours moyen, l’Ouad Dra, formé de la réunion des deux rivières précédentes, prend une nouvelle direction : il coule perpendiculairement à l’Atlas et s’enfonce dans le sud : c’est un large fleuve, au cours majestueux, faisant miroiter ses belles ondes, claires et paisibles, à l’ombre de palmiers innombrables : il coule sans interruption entre les dattiers et les villages, oasis longue de 40 lieues, pays le plus beau et le plus riche du Maroc. Il a presque toujours une eau abondante ; que, par extraordinaire, elle manque dans son lit, les nombreux canaux qui le bordent en restent pleins. La vallée est bordée de montagnes qui vont s’abaissant et s’écartant à mesure qu’elles s’avancent vers le sud.

Dans le cours inférieur, plus un dattier, plus une maison : au sortir d’El Mḥamid, l’Ouad Dra entre dans le désert ; il y reste jusqu’à la mer. Il coule en plaine ; plus d’eau ; son lit à sec s’élargit démesurément ; ses bords sont aussi désolés qu’ils étaient riants tout à l’heure. Sa direction a changé : il a fait un coude brusque à angle droit, et il se dirige vers l’Océan parallèlement aux crêtes de l’Atlas.

Nous allons nous occuper successivement de chacune de ces trois portions du cours de l’Ouad Dra.

1o. — BASSIN SUPÉRIEUR DU DRA.

Le bassin supérieur du Dra se compose de ceux des deux rivières dont la jonction forme ce fleuve : l’Ouad Dâdes et l’Ouad Idermi.

Nous allons étudier séparément chacun de ces deux cours d’eau.

=Ouad Dâdes.=

L’Ouad Dâdes prend sa source dans le Grand Atlas : il traverse, en descendant, les districts ci-dessous qui se succèdent immédiatement les uns aux autres : Imdras, Aït Atta, Aït Seddrât, Dâdes, Aït Iaḥia, Isḥiḥen, Imeṛrân, Aït Bou Delal. Au-dessous d’Aït Bou Delal, il s’unit à l’Ouad Idermi au kheneg de Tarea. La jonction des deux rivières forme l’Ouad Dra. L’Ouad Dâdes, par l’importance de son volume d’eau, est la principale source du fleuve.

Le district d’Imdras est formé de quelques qçars tous situés sur l’Ouad Dâdes : l’Imdras est habité par une fraction des Aït Melṛad (Berâber). Il ne se compose que d’une djemaạa, c’est-à-dire qu’il ne forme politiquement qu’un seul groupe.

Le district d’Aït Atta est aussi composé de qçars s’élevant tous sur les rives mêmes de l’Ouad Dâdes : il est habité par des Aït Atta (Berâber) ; il se divise en deux groupes ou djemaạas, le Semṛir et l’Oussikis, le premier en amont, le second en aval.

Le district d’Ait Seddrât se compose également de qçars situés sur les rives mêmes de l’Ouad Dâdes ; les habitants en sont des Aït Seddrât ; ils ont leur chikh el ạam particulier ; ce district ne forme qu’une djemaạa. Le principal de ses qçars est celui d’Aït Saoun : on appelle quelquefois de son nom tout le district, pour le distinguer du grand nombre d’autres régions peuplées d’Aït Seddrât.

Le district du Dâdes ne se compose, comme les précédents, que de qçars situés au bord même de l’Ouad Dâdes. Le Dâdes est habité partie de Draoua (Ḥaraṭîn), partie de Berâber, partie d’Aït Seddrât. Ces derniers sont les plus nombreux : Draoua, Berâber et Aït Seddrât sont mélangés et dans les djemaạas et dans les qçars ; tout le pouvoir est entre les mains des Aït Seddrât et des Berâber. Le Dâdes est divisé en six groupes ou djemaạas ; chacun d’eux a son chikh el ạam particulier : il n’y a de chikh supérieur, réunissant plusieurs djemaạas sous son autorité, que dans des cas exceptionnels, lorsque des djemaạas s’unissent pour une guerre. Voici les noms de ces six subdivisions du Dâdes, dans l’ordre où on les trouve en descendant le cours de l’ouad : Aït Temouted, Aït Ouniṛ, Aït Ḥammou, Aït ou Allal, Iourtegin, Arbạ Mia. Les chikh el ạam qui administrent chacune de ces djemaạas n’ont pour fonction que d’en gérer les affaires générales : ils ne se mêlent point du gouvernement particulier des qçars : chacun de ceux-ci s’administre comme il l’entend, réglant ses affaires à sa guise et se battant avec les localités voisines à tout instant. Les guerres, journalières entre qçars, sont rares entre djemaạas, et ne deviennent presque jamais générales. Cette façon de se gouverner, ces querelles intestines sont des coutumes invariables des Aït Seddrât : elles existent et dans toute leur tribu et dans les régions où, comme ici, ils dominent.

Le district d’Ait Iahia appartient aux Aït Seddrât : dans chaque qçar se trouvent, mélangés avec eux, un petit nombre de Draoua (Ḥaraṭîn) ; mais ils n’ont aucune part aux affaires. L’Aït Iaḥia ne forme qu’une djemaạa : il a son chikh el ạam particulier. Comme les districts précédents, celui-ci se compose de qçars situés sur les bords de l’Ouad Dâdes. L’Aït Iaḥia peut mettre sur pied environ 1500 fusils.

Le district d’Ishihen. Les Isḥiḥen sont encore des Aït Seddrât. Comme les Aït Iaḥia, comme leurs frères du Dâdes et d’Aït Saoun, ils ne sont pas une fraction homogène de la tribu des Aït Seddrât, mais un mélange d’Aït Zouli et d’Aït Meḥelli, de tous les groupes. L’Isḥiḥen a un chikh el ạam particulier : il ne forme qu’une seule djemaạa. Même remarque que pour le Dâdes et les autres pays d’Aït Seddrât : ce chikh el ạam, apparence de gouvernement régulier, n’empêche pas les guerres continuelles de qçar à qçar. Les Isḥiḥen forment environ 200 fusils.

Le district d’Imerrân appartient à la grande tribu, moitié sédentaire, moitié nomade, qui porte ce nom. Elle possède ce district sur l’Ouad Dâdes, occupe une vaste région au nord de cette rivière et étend ses tentes sur la partie occidentale du Djebel Saṛro. La portion de l’Ouad Dâdes possédée par les Imeṛrân se divise en quatre djemaạas : ce sont, en descendant la rivière, celles de Taṛzout Imeṛrân, d’Imasin, de Tamesraout, et d’Assaka. Elles ont chacune leur chikh el ạam et se gouvernent séparément. Les qçars sont tous sur les rives mêmes de l’ouad.

Le district d’Aït Bou Delal se compose d’une douzaine de qçars situés sur les bords de l’Ouad Dâdes : le principal d’entre eux est Zaouïa Sidi Felaḥ ; on se sert quelquefois de son nom pour désigner tout le groupe dont il fait partie.

Les districts que nous venons d’énumérer sont, ainsi que le bassin entier de l’Ouad Dâdes, indépendants du sultan.

=I. — District du Dâdes.=

Voici les principaux qçars dont il se compose : tous sont sur les bords mêmes de l’Ouad Dâdes.

RIVE DROITE :

Aït Mesạoud } 30 fusils. } Iṛerm Melloul } 40 } Qçar Zida } Aït Temouted. 60 } Iṛerm n Imzil } 200 } Tiṛremt Aït Ạli ou Iaḥia } 10

Tarmoucht Aït Ouniṛ. 30

Aït Bou Iousef (3 qçars) } 60 } El Ḥara } 100 } Aït Ḥammou. Tilmiouin (2 qçars) } 40 } Aït Mezber } 100

Aït Kasi ou Ạli (3 tiṛremts) } 150 } Khemîs Sidi Bou Iaḥia (marché) } } Aït ou Allal. Qoubba Sidi Bou Iaḥia (qoubba } isolée) } } Aït b Oulman } 60

Amdnar } 40 } Ifri } Iourtegin. 50 } Tiilit } 60

Aït Bou Ḥeddou } } Imzouṛ } } Iṛerm n Igran } } Taourirt Izknasen } } Taourirt Izknasen } } Cheurfa Aït Bou Ạmran } } Aït Haroun } Arbạ Mia. } Zaouïa Aït Bou Bekr } } Azdag } } Cheurfa Aït Bou Ạmran } } Zaouïa el Oustia Aït Bou Ạmran } } Cheurfa Aït Taltmanart } } Cheurfa Aït Bou Ạmran }

RIVE GAUCHE :

Aït Selîman } 50 fusils } Akboub } Aït Temouted. 30 } Aït Iidir } 20

Aït Slillo } 100 } Tiṛremt Aït Merset } Aït Ouniṛ. 10 } Aït b Oumal } 150

Tiṛremt Ḥamed } 20 } Aït Ḥamed } 20 } Aït Ioud } Aït Ḥammou. 20 } Tiṛremt Aït Mezber } 20 } Aït Bou Bekr } 20

Aït Bou Allal } 60 } Aït ou Allai. Aït ou Ez Zin } 50

Tagenza (Zaouïa Aït Sidi El Boṛdad) } 30 } Iattasen } 50 } Aserṛin } Iourtegin. 20 } Tiṛremt Kasi } 20 } Aït El Ḥaseïn } 50

Imzouṛ } 100 } Zaouïa Fouqania Sidi Dris } } El Mạïach } } Zaouïa Sidi Dris } } Aït Aqqo ou Ạli } } Aït Haroun } } Arbạ Mia. Aït Bou Bekr } } Azdag } } Zaouïa Aït Sidi Mouloud Fouqania } } Zaouïa Aït Sidi Mouloud Taḥtania } } Aït Ioul } } Aït Bou Bekr }

Les marchés du Dâdes sont : le Khemîs Sidi Bou Iaḥia, l’Arbạa Imzouṛ, l’Arbạa Aït b Oumal.

Il y a au Dâdes deux mellaḥs.

=II. — District d’Aït Iahia.=

Il se compose des qçars suivants, tous situés dans la vallée de l’Ouad Dâdes, les uns sur ses rives mêmes, les autres sur celles de l’Ouad Imgoun, auprès de son confluent. C’est à Tagnit Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb que cette rivière se jette dans l’Ouad Dâdes. Les qçars de la rive droite situés au-dessous de Tagnit sont donc sur l’Ouad Dâdes même ; ceux qui sont au-dessus se trouvent sur l’Ouad Imgoun. Mais ces localités sont si rapprochées les unes des autres, si groupées que, bien que sur deux rivières différentes, elles sont toutes dans la vallée de l’Ouad Dâdes.

Voici les qçars dont l’ensemble forme le district d’Aït Iaḥia, dans l’ordre où on les trouve en descendant la vallée :

RIVE DROITE :

Tiṛremt Ifertioun.

Aït Er Râmi.

Ibaraḥen.

Aït Abbou.

Ilouaḥen.

Ikazzour.

Tagnit Aït Moḥo.

Tagnit Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb.

Tiṛremt Aït El Ḥasen.

Tiṛremt Ouazen.

Aït Er Ridi.

El Ḥara.

Taourirt.

Aït Tazarin.

Tirigiout.

Ikeddaren.

Aït Igmad.

RIVE GAUCHE :

Zaouïa Ouad Zfal.

Aïlkemt.

Aït ou Addar.

Timichcha (8 qçars).

Pas de marché dans le district d’Aït Iaḥia.

Dans l’Aït Iaḥia, comme dans le Dâdes, les deux rives de l’ouad sont bordées d’un ruban non interrompu de cultures : mais elles sont un instant désertes entre les deux districts ; à cet endroit, la rivière traverse une petite gorge inculte et inhabitée de 1200 à 1400 mètres de long : c’est la frontière.

=III. — District d’Ishihen.=

Tous les qçars qui composent l’Isḥiḥen sont sur les bords de l’Ouad Dâdes. Celui-ci a, sur toute la longueur du district, ses deux rives garnies d’une bande continue de cultures. Avant d’y entrer, il a été quelque temps désert : entre l’Aït Iaḥia et l’Isḥiḥen, il a traversé une gorge inculte et inhabitée qui forme frontière entre eux ; la longueur de ce désert est égale à la distance de Taourirt à Asfalou (Todṛa). Voici les qçars dont se compose l’Isḥiḥen, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :

RIVE DROITE :

Tiṛremt Aït Sidi Ạli } } » Aït ou Ben Ạli } } » Isso ou Mḥammed } } » Ben Zizi } } portant le nom collectif de Tiṛrematin } Aït n Aglou. » Ibaraḥen } } » Ibaraḥen Taḥtia } } » Isso ou Ḥamed } } » Ḥammou d Aït Ioub. }

Taria[102] Aït Ạmer.

Taria Aït Ạli ou Moḥa.

Taria Ben Sekri.

Tiṛremt Taria ạla sagia Imeṛrân.

RIVE GAUCHE :

Aït Bakhous.

Tiṛremt Issoun Ben Touda.

Tiṛremt Ạli Ḥeddou.

Tiṛremt Ḥeddou Nzaha (Aït Isso).

Tiṛremt Aït el Mạllem.

Tiṛremt Aït Ḥeddou.

Aït Iqqo.

Tiṛremt Aït Ḥeddou ou Sạïd.

Tiṛremt Ousfia.

Distances : d’Aït Bakhous à Tiṛremt Ousfia, 2 fois comme de Taourirt à Tinṛir (Todṛa).

Aït n Aglou est en face d’Aït Bakhous.

Tiṛremt Taria ạla sagia Imeṛrân est en face de Tiṛremt Ousfia.

Il n’y a dans l’Isḥiḥen ni zaouïa, ni marché, ni Juifs.

=IV. — District d’Imerran.=

La portion de la grande tribu des Imeṛrân qui habite, sur l’Ouad Dâdes, ce district, auquel elle a donné son nom, comprend les qçars qu’on va lire, tous sur le cours même de la rivière. Les bords de celle-ci sont, dans tout le district, garnis d’une double bande de cultures qui ne s’interrompt qu’à un seul endroit et sur un très court espace, entre Tiṛremt Aït Brahim et Tiṛremt Aït Temoudout. Entre l’Isḥiḥen et l’Imeṛrân, la vallée est un instant déserte ; l’ouad y traverse une petite gorge inculte et inhabitée : on l’appelle Khela Igrikan ; elle forme la limite entre les deux districts. Ce désert a peu de longueur : autant qu’il y a de distance de Tamnougalt à Takatert.

RIVE DROITE :

Aït Ḥammou ou Fekou } 25 fusils. } Tiṛremt El Ḥasen d Aït Isso } 8 } Tiṛremt Aït Assa } 12 } Aït Ben Sạïd } 7 } Talat n Tanout (Cherifs. 3 qçîbas) } 12 } Iạraben } 8 } Taṛzout. Ạli Aït El Ḥasen ou Sạïd } 2 } Tiṛremt Ou Tmakecht } 3 } Tiṛremt Sạïd d Aït Lalla } 8 } Cheurfa Aït Moḥammed } 15 } Iṛrem Aqdim } 20 } Moulei Iousef d Aït Ba El Ḥasen } 20

Ifran Ạli ou Reḥo } 3 } Tiṛremt Moulei Es Sṛîr } 30 } Tiṛremt Aït Ạbd Allah } 15 } Imasin. Aït Bou Mesḥaoul } 20 } Cheurfa El Bour } 40 } Mesgoug } 20

Tigemmi Tazouggaṛt Aït El Ḥaseïn } 15 } Tiṛremt Aït ou Ạggoun } Tamesraout 10 } Tiṛremt Aït Brahim } 20

Tiṛremt Aït Temoudout } 40 } Tiṛremt Bou Ouchchan } 20 } Assaka. Tiṛremt Aït Kelb ou Ouchchen } 20 } Tiṛremt Azarif } 12

RIVE GAUCHE :

Taleint Bou Ḥeddou } 70 fusils. } Tiṛremt Iderdar } 7 } Tiṛremt Izeggaren } 2 } Tiṛremt Ḥammou d Aït Ạli } 1 } Tiṛremt Imi n Ichil } 7 } Agerd Oumerri } 3 } Agerd Aït Zaïneb } Taṛzout. 4 } Amerdoul (10 tiṛremts) } 50 } Aït Zaneṭ } 12 } Tiṛremt Ạaraben } 8 } Aït Gendou (4 tiṛremts) } 50 } Bou Iqba (8 tiṛremts) } 45 } Amerdoul Aït Imi (8 tiṛremts) } 50

Tiṛremt Aït Ḥaddou ou Ạmr } 10 } Tiṛremt Aït Moḥammed } 20 } Tiṛremt Idir Aït Temoudout } Assaka. 12 } Tiṛremt Aït Iddi Ikniouin } 10 } Tiṛremt Bou Tezouerin } 8

Distances : d’Aït Ḥammou ou Fekou à Ifran comme deux fois de Taourirt à Tinṛir (Todṛa).

D’Ifran à Mesgoug comme de Tamnougalt à Asellim.

De Mesgoug à Tiṛremt Aït Brahim comme de Taourirt à Tinṛir.

De Tiṛremt Aït Brahim à Tiṛremt Aït Temoudout comme deux fois de Taourirt à Tinṛir.

De Tiṛremt Aït Temoudout à Tiṛremt Azarif comme de Tamnougalt à Asellim.

Entre Tiṛremt Aït Brahim et Tiṛremt Aït Temoudout, l’Ouad Dâdes traverse une petite gorge déserte : c’est le seul point de l’Imeṛrân où les rives en soient inhabitées.

Un marché, le Ḥad Imasin, au bord de la rivière, entre Mesgoug et Tiṛremt Aït Ạbd Allah.

Point de Juifs.

=V. — Affluents de l’Ouad Dâdes.=

L’Ouad Dâdes a peu d’affluents sur sa rive gauche : ceux qu’il y reçoit sont peu importants et ont des cours déserts. Sur sa rive droite, au contraire, il en reçoit un assez grand nombre, et parmi eux de considérables. Beaucoup traversent des lieux habités : la région comprise entre l’Ouad Dâdes et le Grand Atlas est très peuplée.

Voici les quelques affluents dont nous avons pu savoir les noms : c’est une liste fort incomplète.

RIVE GAUCHE :

Ouad Tagmout. — (Ayant son confluent dans le Dâdes ; cours désert.)

Ouad Aqqa el Medfa. — (Ayant son confluent dans l’Imeṛrân ; cours désert.)

RIVE DROITE :

Achil Sidi Bou Iahia. — (Ayant son confluent à Qoubba Sidi Bou Iaḥia, dans le Dâdes.)

Ouad Imgoun. — (Ayant son confluent à Tagnit Ba Ḥammou d Aït Ṭaleb. Il arrose les territoires de plusieurs tribus ; il fera l’objet d’un article spécial.)

Ouad Iserki. — (Ayant son confluent dans l’Aït Bou Delal). Il prend sa source dans le Grand Atlas et arrose successivement les qçars suivants appartenant à la tribu des Imeṛrân :

Dar Aït Iaḥia.

Oumm er Remman.

Dar Aït Moulei.

Tidrest.

De plus, entre Dar Aït Moulei et Tidrest, se trouvent, à une heure de distance de l’ouad, sur le flanc gauche de sa vallée, les quatre qçars suivants :

Tiflit.

Timtedit.

Iṛerm n Tizi.

Iṛerm Amellal.

Ils appartiennent aussi aux Imeṛrân.

Distances : de l’Ouad Iserki à Tikirt, une petite journée de marche.

De l’Ouad Iserki à Tizgi, une petite journée de marche.

Cette énumération est très incomplète : il y manque, entre autres, les rivières arrosant d’autres portions des Imeṛrân et celles de la grande tribu des Haskoura.

OUAD IMGOUN. — Il prend naissance au Djebel Tarkeddit, dans le Grand Atlas : en descendant, il arrose trois tribus dont il porte successivement les noms pendant qu’il est sur leurs territoires : on l’appelle d’abord Ouad Tourza Aït Sekri, puis Ouad Aït Ḥamed, enfin Ouad Imgoun. Le premier district qu’il traverse est celui de Tourza Aït Sekri ; il se compose d’une certaine quantité de qçars qui appartiennent tous aux Imeṛrân : ce sont, en descendant :

Aït ou Aḥman (groupe de 7 qçars). 150 fusils.

Aït Daoud (groupe de 7 qçars). 200

Aït Mousa ou Daoud (groupe de 8 qçars). 200

Aït Toumert (groupe de 8 qçars). 150

De là il passe dans la tribu des Aït Ḥamed : il y arrose un assez grand nombre de localités ; elles forment toute la tribu : celle-ci compte environ 700 fusils. Elle est isolée et indépendante.

Des Aït Ḥamed, il entre dans le territoire des Imgoun : il y arrose successivement les qçars suivants :

Agouti rive droite.

El Ḥout rive droite.

Bou Teṛrar rive droite.

Aït Qlạa rive gauche.

Tazrout.

Azrou.

Aït Ḥammou ou Iaḥia.

Cheurfa Iifar.

Iberroussen.

Tiṛremt Izouralen d Aït Ḥammou ou Iaḥia.

Tabarkhast.

Tazrout.

Ouarsdik.

Tabaouchit.

Aït Irmaḍ d Imgoun.

El Mirna.

Zaouïa Agerd.

Talmout.

Er Reken.

El Qlạa.

Ḥara Imroudas.

Aït Meṛrar.

Ces qçars, avec trois autres situés sur l’Ouad Aït Meraou, et dont nous parlerons plus bas, composent toute la tribu d’Imgoun. Au-dessous d’Aït Meṛrar, l’Ouad Imgoun n’arrose que les quelques localités du district d’Aït Iaḥia énumérées plus haut, puis il se jette dans l’Ouad Dâdes.

Distances : de l’Aït Iaḥia à Aït Meṛrar comme de Tiilit à Khemîs Sidi Bou Iaḥia.

D’Aït Meṛrar à Aït Qlạa comme de Tiilit à Aït Iidir.

D’Aït Meṛrar à Bou Teṛrar comme de Tiilit à Aït Iidir.

De Bou Teṛrar à Agouti comme de Tiilit à Aït Iidir.

De Bou Teṛrar aux premiers qçars de Tourza Aït Zekri comme de l’Aït Iaḥia à Aït Iidir.

Il n’y a point de désert entre l’Imgoun et l’Aït Iaḥia : les rives de l’Ouad Imgoun sont, entre ces territoires comme dans chacun d’eux, bordées d’une ligne continue de cultures.

Il existe deux mellaḥs sur l’Ouad Imgoun, l’un et l’autre dans la tribu d’Imgoun.

Un marché, le Tlâta Imgoun.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Imgoun reçoit sur sa rive gauche l’Ouad Aït Meraou, qui s’y jette à Aït Qlạa.

OUAD AIT MERAOU. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, puis arrose le territoire des Aït Meraou : cette tribu se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les bords de l’ouad ; elle compte 700 ou 800 fusils. Au-dessous des Aït Meraou, la rivière entre dans la tribu des Imgoun, où elle passe par les trois qçars suivants, avant de se jeter dans l’Ouad Imgoun :

Igourramen.

Taria Aït Meraou (très grand qçar ; 200 fusils et 50 chevaux).

Timstiggit.

=VI. — Renseignements sur quelques tribus au nord de l’Ouad Dâdes.=

Les pentes du Grand Atlas, au nord de l’Ouad Dâdes, sont habitées par une population nombreuse. Elles appartiennent à plusieurs tribus dont les principales sont : à l’est, divers groupes des Aït Melṛad (subdivision des Aït Iafelman, qui sont eux-mêmes une fraction des Berâber) ; à l’ouest, les Imeṛrân et les Haskoura.

IMERRAN. — C’est une grande tribu pouvant mettre sur pied 3000 à 3500 fusils et 150 chevaux : elle est chleuḥa et ne parle que le tamaziṛt ; elle est indépendante. Les Imeṛrân ont des tentes et surtout des qçars. Les tentes sont dans le Saṛro et sur les pentes méridionales du Grand Atlas. Les qçars forment un grand nombre de districts dont voici les principaux :

Imerrân (sur l’Ouad Dâdes ; les qçars en ont été énumérés plus haut).

Tourza Aït Sekri (sur l’Ouad Imgoun ; les qçars en ont été énumérés plus haut).

Ahel Ouad Iserki (sur l’Ouad Iserki ; les qçars en ont été énumérés plus haut).

Igernan (situé à 2 jours de l’Imasin, à 2 j. du Telouet, à 3 j. de Demnât).

Ikandoul (ou Kandoula) (à 1 jour de l’Igernan, à 3 j. du Telouet, à 1 j. de l’Imasin : le chemin de l’Imasin traverse le Tizi n Taddart).

Aït Iahia ou Ali (à 2 jours de l’Imasin, à 1 j. de Demnât, tout près du Telouet).

Aït Hammou ou Ali (touche à l’Aït Iaḥia ou Ạli).

Zaouïa Aït Zerrouq (à 2 jours de l’Imasin, à 2 j. de Demnât, à 2 j. 1/2 du Telouet).

Ait Outfaou (à 1 jour 1/2 de l’Imasin, à 2 j. du Telouet, à 1/2 journée de Tourza Aït Sekri).

Tirrematin Igelmouz (4 qçars. — A 1 petite journée de l’Imasin, à 1/2 j. de Tourza Aït Sekri, à 1/2 j. de l’Aït Outfaou, à 2 j. du Telouet).

Targanada (à 1/2 jour de l’Imasin, à 1 j. 1/2 du Telouet, à 1 j. de Tourza Aït Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât).

Igli Aït Zarar (à 1 jour de l’Imasin, à 1 j. de Tourza Aït Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât).

Timicha (à 1 jour de l’Imasin, à 1 j. de Tourza Aït Sekri, à 1 j. de l’Ouarzazât ; du district de Timicha à celui d’Igli Aït Zarar, même distance que d’Ourika à Ouriz ; une rivière passe entre eux : l’Igli est sur la rive droite, le Timicha sur la gauche).

Tindout (sur la même rivière que le Timicha, mais plus bas : du Tindout au Timicha comme de Tesaouant à Ourika).

Les diverses fractions des Imeṛrân se gouvernent d’une manière identique : elles s’unissent par groupes plus ou moins nombreux, et chacun d’eux élit un chikh el ạam.

Il existe chez les Imeṛrân quatre mellaḥs : dans le Targanada, l’Igli Aït Zarar, le Timicha et le Tindout.

HASKOURA. — Les Haskoura sont une nombreuse tribu comprenant plus de 200 qçars.

=VII. — Itinéraires.=

1o DE L’IMASIN A TOURZA AIT SEKRI. — Pour aller de l’Imasin aux qçars de Tourza Aït Sekri, sur le haut Ouad Imgoun, on quitte l’Ouad Dâdes dès le départ et on gagne d’abord l’Ouad el Melḥ : ce dernier est une rivière qui prend sa source dans le désert de Timasinin, puis qui descend vers l’Imasin ; avant d’y parvenir et d’atteindre l’Ouad Dâdes, elle déverse ses eaux dans une dépression nommée Issin Imaṛiren : il se forme là un vaste marais qui n’a pas d’écoulement et ne communique point avec l’Ouad Dâdes. Lorsque ce marais se dessèche, on ramasse beaucoup de sel dans son lit. On remonte ensuite l’Ouad el Melḥ jusqu’au Khela Timasinin ; on traverse ce désert : à son extrémité se trouvent la vallée de l’Ouad Imgoun et les qçars de Tourza Aït Sekri. — Il y a une journée et demie de chemin entre l’Imasin et Tourza Aït Sekri ; la nuit se passe dans le désert, dans la plaine d’Azbed.

2o COLS DANS LE GRAND ATLAS. — Le Grand Atlas, quoique très élevé et presque toujours couvert de neige entre l’Ouad Dâdes et le bassin de l’Oumm er Rebiạ, est percé de plusieurs cols praticables toute l’année ; quand les neiges couvrent l’un d’eux d’une couche trop épaisse, on attend huit, dix, quinze jours au village le plus rapproché, ou bien on essaie de passer par un autre : en aucune saison les relations ne sont interrompues entre les deux versants de la chaîne. Les quatre principaux cols sont, en allant de l’est à l’ouest :

Tizi ou Rijimt (chemin de l’Ouad Imgoun), Tizi Aït Imi (chemin de l’Ouad b Ougemmez), Tizi Tarkeddit, Tizi Amzoug.

=Ouad Idermi.=

=I. — Ouad Idermi.=

L’Ouad Idermi, dont la réunion avec l’Ouad Dâdes forme l’Ouad Dra, résulte du confluent de deux rivières : l’Ouad Iounil et l’Ouad Imini : ce confluent se trouve entre Tazentout et Tikirt. A peu de distance au-dessus de ces points, les deux cours d’eau avaient reçu, chacun sur leur rive droite, un tributaire d’une importance égale à la leur, savoir : l’Asif Marṛen, se jetant dans l’Ouad Iounil entre Tazleft et Tamdakht ; l’Ouad Iriri, se jetant dans l’Ouad Imini entre Tizgzaouin et Imzouṛen.

Nous allons étudier séparément chacune de ces quatre rivières, puis nous passerons à l’Ouad Idermi.

1o OUAD IOUNIL. — On l’appelle aussi quelquefois Ouad Bou Felfoul. Les eaux en sont douces. Il prend sa source au Djebel Anṛemer ; il passe d’abord par les villages de :

Tirza, Zaouïa Bou Felfoul.

Puis il entre dans le district d’Ounila, appelé aussi Iounilen, et y arrose successivement les villages de :

Iṛris, Aït Sidi Ạïssa, Anmiṭer, Irounan, Timsal, Angelz, Tiourassin, Tiferoui[103].

De là il entre dans le district d’Assaka, où il arrose :

Timellilt, Tagendouzt, Tajegjit, Aït Ḥeddou, Aït Oumaziṛ, Bedaan, Tametkal, Zaouïa Igourramen, Aït Alla, Ida ou Tazert, Ạnd Aït Mesạoud[104].

Ensuite il passe dans le district de Tizgi, où il arrose :

Takerrat, Zaouïa Igourramen, Berda, Toṛora, Tizgi[105].

De là il passe dans celui d’Aït Zaïneb, où il arrose :

Tamakoucht, Achahod, Aït Fers, Tigert, Taïfst, Ouaounsemt, Tazleft, Tamdakht, Asfalou, Aït b Oulman, Aït Ạïssa, Itelouan, Agilan, Taselmant, Tabouraḥt, Tazentout[106].

Sur tout son cours, depuis Zaouïa Bou Felfoul jusqu’à Tazentout, ses deux rives sont cultivées. Il a généralement de l’eau toute l’année.

La réunion des deux villages de Tazleft et de Tamdakht, entre lesquels l’Asif Marṛen se jette dans l’Ouad Iounil, porte le nom de Teççaïout.

Les villages de cette région ont en moyenne de 200 à 500 habitants ; Tizgi peut en avoir 500 ou 600 ; Tiourassin, la première Zaouïa Igourramen, Aït Ạïssa et Tikirt, de 600 à 800.

La portion de désert s’étendant entre Itelouan (Ouad Iounil) et le Tammast (Ouad Idermi) porte le nom de Khela Afella Ifri.

2o ASIF MARREN. — On l’appelle aussi Ouad el Melḥ et Ouad Tamdakht. Ses eaux sont douces dans son cours supérieur, jusqu’à Imirṛen : là elles traversent de grands gisements de sel et deviennent salées. Il prend sa source dans le Grand Atlas, à l’ouest du Djebel Anṛemer : de là il traverse d’abord la plaine du Telouet, y recevant sur sa rive droite plusieurs petits affluents, au bord desquels se trouvent la plupart des villages du district.

Dans le Telouet, l’Asif Marṛen arrose successivement :

Adaḥa, rive droite ; Imi n Zgi, rive droite ; Imirṛen, rive droite.

Entre ces deux derniers points, il y a un court désert. Après Imirṛen, la rivière sort du Telouet. Elle traverse le désert d’Assaka Ourami.

Puis ses bords se couvrent de cultures, et elle arrose :

Timountout Fouqia (avec une source d’eau douce, Ạïn Amezouar), rive droite ; Timountout Taḥtia, rive droite.

Ces deux villages forment un district séparé : au-dessous, elle rentre dans un désert, celui d’Aounkou. Elle arrose ensuite un village isolé :

Tadellast, rive gauche.

Nouveau désert, puis autre village isolé :

Ankhessa (qoubba et zaouïa vénérées).

Nouveau désert jusqu’à Teççaïout : là elle entre dans le district d’Aït Zaïneb, et, avec Tazleft sur sa rive gauche, Tamdakht sur la droite, elle se jette dans l’Ouad Iounil.

L’Asif Marṛen a habituellement de l’eau dans son cours inférieur, d’Imirṛen à Teççaïout ; au-dessus d’Imirṛen, il n’en a que rarement, au moment des grandes pluies ou à celui de la fonte des neiges : l’eau des ruisseaux qui devraient l’alimenter dans cette région est retenue pour l’irrigation du Telouet.

Le district du Telouet se compose des villages ci-dessous, dont trois sont situés sur le cours de l’Asif Marṛen, les autres sur des affluents de sa rive droite :

Tasga, Tarilast, Aït Ḥammou ou Ạli, Aït Baddou, Tabougoumt, Toumjoujt, Iṛil el Abian, Tamerranist, Areg, Haïndaken, Imaounin (appelé aussi Dar el Glaoui et Dar el Qaïd), Aachoun, Adaḥa, Imi n Zgi, Imirṛen.

Dans cette énumération, on a commencé par les villages du bassin supérieur, en descendant progressivement à ceux des affluents inférieurs. Entre Tarilast et Aït Ḥammou ou Ạli, se trouve la qoubba isolée de Sidi Mançour ou Ḥamed. A Imirṛen sont de vastes gisements salins : on y extrait le sel par grandes dalles semblables à celles du Tâdla.

=AFFLUENT.= — L’Asif Marṛen ne reçoit qu’un affluent, encore est-il de peu d’importance : c’est l’Ouad Tichka ; il descend du col de ce nom et se jette sur la rive droite de la rivière à Imirṛen.

3o OUAD IMINI. — On l’appelle aussi Ouad Tidili. Les eaux en sont douces. Il prend sa source au Djbel Tidili. Puis il entre dans le district de Tidili, où il arrose successivement une quinzaine de villages[107] dont les principaux sont :

Timjdout, Sour, Dir, Igadaïn, Ilṛman, Timzrit, Timkist, Asell.

Il passe de là dans le district de Tizgi n Ouzalim, où il arrose environ dix villages[108].

Il s’engage ensuite dans le district d’Imini, où il arrose successivement :

Iflilt, Iṛil, Tagnit, Afella Isli, Taourirt, Taskoukt, Amerzeggan, El Medina[109].

Il entre enfin dans le district d’Aït Zaïneb, où il arrose :

Tadoula, Tizgzaouin, Imzouṛen, Aït Bou Mḥind, El Mellaḥ, Zaouïa Sidi Ḥamed, Tikirt.

Sur tout son cours, depuis Timjdout jusqu’à Tikirt, l’Ouad Imini est cultivé.

L’Ouad Imini et l’Ouad Iriri coulent de même manière que l’Ouad Iounil : les villages sont exclusivement sur leurs bords, et le fond seul de leurs vallées est cultivé. Ces vallées sont semblables à celle de l’Ouad Iounil, fort étroites et fort encaissées jusque auprès de leur confluent, et s’élargissant à son approche. Entre elles, comme entre l’Ouad Iounil et l’Asif Marṛen, et comme entre l’Asif Marṛen et l’Ouad Imini, le désert est absolu. Le désert qui s’étend de l’Ouad Imini à l’Asif Marṛen s’appelle Khela Tamṛart.

Le principal village du Tidili est Timjdout ; le principal de l’Aït Zaïneb est Tikirt : il n’y en a point de marquant dans l’Imini.

=AFFLUENT.= — Hors l’Ouad Iriri, l’Ouad Imini ne reçoit qu’un affluent : l’Ouad Tamanat, petit cours d’eau sans importance descendant du col du même nom et se jetant sur sa rive gauche dans le Tidili.

4o OUAD IRIRI. — Les eaux en sont douces. Il prend sa source dans le Siroua. De là il entre dans la tribu des Ikhzama, tribu portant aussi quelquefois le nom d’Aït ou Zgiḍ, où il arrose successivement les trois villages suivants :

Tesakoust, Tourtit, Aït Nbdaz[110], rive droite.

Puis il entre dans un désert, où il coule pendant un certain temps.

De là il passe dans la tribu des Aït Ạbd Allah, où il arrose :

Azreg, Tagouïamt, Tasṛekht[111].

Puis il traverse le désert de Bou Izri.

En sortant de là, il entre dans la tribu des Aït Touaïa, où il arrose :

Tazeggert, Taoura, Seroub, Aït Bou Khtir, Ansekki, Zaouïa Iggourramen[112].

De là il se jette dans l’Ouad Imini, un peu au-dessus d’Imzouṛen.

Distances : de Tikirt à Tazeggert (pas de désert) 3 heures.

De Tazeggert à Tasṛekht (désert) 1/2 jour.

De Tasṛekht à Azreg (pas de désert) 1/2 heure.

D’Azreg à Aït Nbdaz (désert) 4 heures.

D’Aït Nbdaz à Tesakoust (pas de désert) 3/4 d’heure.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Iriri reçoit deux affluents, l’un et l’autre sur sa rive gauche. Le premier est l’Ouad Amasin, s’y jetant entre Tesakoust et Tourtit ; le second, l’Ouad Bou Igouldan, s’y jetant un peu au-dessous de Tourtit.

OUAD AMASIN. — Il prend sa source au Tizi n Ougdour. Il coule dans le désert jusqu’au village d’Amasin, l’un des principaux des Ikhzama. Il reste sur le territoire de cette tribu jusqu’à son confluent, sans arroser d’autre lieu habité.

Distances : d’Amasin à Tesakoust 3 heures.

D’Amasin à Tizi n Ougdour 1 heure 1/2.

OUAD BOU IGOULDAN. — Il prend sa source dans le désert de Bou Igouldan. De là il passe dans la tribu des Aït Marlif, où il arrose 8 ou 10 villages dont les principaux sont :

Aṛbar, Agdour, Almid, Tlemsen, Tagdourt n Touda, Aït Tagdourt.

Puis il passe, pour n’en plus sortir, sur le territoire des Ikhzama, où il arrose le village d’Ourti, le seul de cette tribu qui soit sur son cours.

Les Aït Marlif reconnaissent nominalement la suprématie de Moḥammed ou Ạbd Allah, l’un des chikhs des Aït Tameldou. Leur tribu ne se compose que des villages qu’elle possède sur l’Ouad Bou Igouldan.

Distance : de Tourtit à Aït Tagdourt (sans passer par Ourti, 1 qui est dans un coude de la rivière) heure 1/2.

=OUAD IDERMI.= — Aussitôt après le confluent des deux rivières qui le forment, il s’enfonce dans une gorge étroite et déserte, appelée Khela Assaka, ayant pour flanc droit une haute croupe rocheuse très escarpée, Iṛrem n Ououl. Ce défilé forme la limite entre le district d’Aït Zaïneb et celui d’Ouarzazât. Après l’avoir franchi, l’Ouad Idermi entre dans ce dernier. Pendant tout le temps qu’il y demeure, il coule à l’ombre des palmiers et au milieu de riches villages. Le Ouarzazât se décompose en 3 subdivisions : il les traverse l’une après l’autre.

Il arrose d’abord celle de Tammast, où il baigne successivement les villages et les qçars de :

Tiffoultout rive gauche.

Aran rive droite.

Aït Iousef ou Talil rive gauche.

Tamasint rive gauche.

Taṛramt rive droite.

Fedragoum rive gauche.

De là il passe dans celle de l’Ouarzazât proprement dit, où il arrose :

Zaouïa Sidi Ọtman (grand village de 300 familles) rive droite.

Tamerzast rive gauche.

Tabount rive droite.

Tigemmi Djedid rive droite.

Tadja rive droite.

Taourirt rive gauche.

Tazrout rive droite.

Tenmasla rive droite.

Qoubba Sidi Daoud (qoubba isolée, sans village) rive gauche.

Aït Kedif rive gauche.

Talet rive droite.

Aourz rive gauche.

Puis il passe dans celle de Ṛalil, où il arrose :

Tademricht (grand village avec zaouïa) rive gauche.

Ḥebib rive droite.

Ṛalil rive droite.

Là finit l’Ouarzazât. L’Ouad Idermi rentre dans le désert et y reste jusqu’au point où, s’unissant à l’Ouad Dâdes, il forme l’Ouad Dra. Ce désert s’appelle Khela Timikirt.

Les trois subdivisions et les villages que nous venons d’énumérer forment la totalité de l’Ouarzazât. Ce district est soumis au sultan, et surtout au qaïd des Glaoua, qui, fonctionnaire du makhzen au Telouet, est ici chef héréditaire. Il exerce son pouvoir avec douceur, à la façon des chikhs de Tikirt et de Tazenakht ; aussi s’aperçoit-on à peine dans le Ouarzazât qu’on est en blad el makhzen. Au-dessous de lui, trois chikhs, dont les ressorts ne répondent pas tout à fait aux trois subdivisions du pays, se partagent l’autorité. Ce sont : Chikh El Ḥoseïn ould Amṛar Mḥind, résidant à Tiffoultout ; un fils du qaïd des Glaoua, Chikh Ḥammadi, à Taourirt ; Chikh Ḥamma Ạli, à Tenmasla.

Il n’y a qu’un marché dans l’Ouarzazât : le Khemîs Sidi Ọtman. Les marchés sont fort rares dans ces régions : dans le bassin entier de l’Ouad Idermi, on n’en compte que trois, le tenîn de Telouet, le khemîs de Ouarzazât et le khemîs de Tazenakht.

Il y a 7 mellaḥs dans l’Ouarzazât. Les Juifs sont nombreux dans ces contrées : il existe 44 mellaḥs dans le bassin de l’Ouad Idermi ; ils se répartissent de la manière suivante : Assaka (Ouad Iounil), 3 mellaḥs ; Tizgi (Ouad Iounil), 1 ; Aït Zaïneb, 6 ; Telouet, 4 ; Tidili, 7 ; Imini, 4 ; Ikhzama, 2 ; Aït Touaïa, 1 ; Aït Marlif, 2 ; Ouarzazât, 7 ; Aït Ạmer, 2 ; Zenâga, 3 ; Iṛels, 1 ; Tammasin, 1.

Distances : de Tikirt à Tiffoultout 2 heures.

De Tiffoultout à Taourirt 1 heure.

De Taourirt à Ṛalil 1 heure.

De Ṛalil à Afella n Dra (Ouad Dra) 1 jour.

=AFFLUENT.= — L’Ouad Idermi ne reçoit qu’un affluent important, l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen, se jetant sur sa rive droite au lieu appelé Bin el Ouidan, dans le désert de Timikirt. Cette rivière est presque aussi considérable que l’Ouad Idermi lui-même.

=II. — Ouad Aït Tigdi Ouchchen.=

L’Ouad Aït Tigdi Ouchchen, qui se jette sur la rive droite de l’Ouad Idermi entre le Ouarzazât et le Dra, est formé de la réunion de deux rivières, l’Ouad Tazenakht et l’Ouad Azgemerzi. Leur confluent se trouve dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen, au village d’Assaka.

1o OUAD TAZENAKHT. — Il est formé lui-même de la jonction, à Imdṛeṛ Taḥtani, de trois cours d’eau, l’Ouad Siroua, l’Ouad Ta n Amelloul et l’Ouad Tasṛirt : nous allons décrire ces trois rivières, puis nous passerons à l’Ouad Tazenakht.

OUAD SIROUA. — Il prend sa source dans le mont Siroua. Il coule d’abord dans le désert, puis entre dans la tribu des Aït Ouaṛrda ; il y arrose successivement les villages suivants :

Temsasar, Taloust, Imirleïn, Areg, Temouddat.

Puis il passe dans le district d’Amara, dépendance de celui de Tazenakht, dans lequel on le confond quelquefois ; il y arrose :

Imdṛeṛ Fouqani, Imdṛeṛ Taḥtani.

A ce dernier point, il s’unit aux deux autres rivières pour former l’Ouad Tazenakht.

Distance : d’Imdṛeṛ Taḥtani à Temsasar 1/2 jour.

OUAD TA N AMELLOUL. — Il prend sa source dans le désert de Ta n Amelloul. De là il entre dans la tribu des Aït Ouaṛrda, où il arrose successivement les villages de :

Afella ou Asif, Tazrout, Tafrent, Tamjerjt, Nekeb Fouqani, Nekeb Taḥtani.

Puis il passe dans le district d’Amara et coule, sans rencontrer de lieu habité, jusqu’à Imdṛeṛ Taḥtani, où il se réunit aux ouads Siroua et Tasṛirt.

Distances : d’Imdṛeṛ Taḥtani à Afella ou Asif 4 heures.

D’Imdṛeṛ Taḥtani à Tamjerjt 1 heure 1/2.

OUAD TASRIRT. — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt. Après avoir coulé longtemps dans le désert, il entre dans le district d’Amara, où il arrose l’un après l’autre les villages de :

Tamzerra (avec la qoubba de S. El Ḥasen Ạli), Ansera.

En face d’Imdṛeṛ Taḥtani, il se réunit aux deux autres rivières.

Distances : d’Imdṛeṛ Taḥtani à Tamzerra 3 heures.

De Tamzerra au Khela Tasṛirt 1/2 jour.

=OUAD TAZENAKHT.= — On lui donne aussi le nom d’Ouad Aït Ouzanif. Au-dessous d’Imdṛeṛ Taḥtani, il continue d’abord à couler dans le district d’Amara ; il y arrose successivement les villages de :

Imṛeld, Tareddout.

Puis il passe dans le district de Tazenakht, où il baigne :

Taourirt, Adreg, Tagadirt Aït Daoud, Tagadirt Aït Atto, Tazenakht, Tazrout.

De là il passe dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen, où il s’unit, à Assaka, à l’Ouad Azgemerzi.

Distances : de Tazenakht à Imdṛeṛ Taḥtani 4 heures.

De Tazenakht à Assaka 1/2 heure.

Les villages du Tazenakht et de l’Amara que nous avons énumérés sur ces différents cours d’eau composent la totalité de ces districts.

La tribu des Aït Ouaṛrda ne comprend qu’un village en plus de ceux que nous avons mentionnés : ce village est Amasin, situé entre les ouads Siroua et Ta n Amelloul, à 3 heures de Temsasar et à 1 heure et demie de Tamjerjt. Les Aït Ouaṛrda sont une tribu tamaziṛt (chleuḥa) indépendante. Aucun lien ne les unit à leurs voisins. Les plus importants de leurs villages sont Tamjerjt, Afella ou Asif, Tazrout.

Les points où prennent leur source les trois rivières dont est formé l’Ouad Tazenakht demandent quelques explications. Le Djebel Siroua appartient, le versant est aux Aït Ouaṛrda, le versant sud aux Aït Oubial, le versant ouest aux Aït Tedrart. Le Khela Ta n Amelloul s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial, le Khela Tasṛirt entre les Zenâga et les Seketâna. Ces deux déserts, qui se font suite, s’étendent depuis le Siroua jusqu’au Petit Atlas ; c’est dans leurs solitudes, série de plateaux rocheux, qu’est la ligne de partage des eaux entre les deux bassins du Sous et du Dra.

2o OUAD AZGEMERZI. — On lui donne aussi le nom d’Ouad Ifenouan. Il prend sa source dans le voisinage du col d’Agni, sur le territoire des Zenâga. Il arrose successivement dans cette tribu les villages suivants :

Isil, Tazoult, El Kharbt, Terga, Tamarouft, Ifenouan.

De là il passe sur le territoire des Aït Ạmer, où il arrose :

Temdaouzgez, Taloust.

Enfin il s’unit à l’Ouad Tazenakht un peu au-dessous d’Assaka.

Distances : de Taloust à Temdaouzgez 3 heures.

D’Assaka à Taloust 1/2 heure.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Azgemerzi reçoit deux affluents importants, l’un et l’autre sur sa rive gauche : l’Ouad Tiouiin, s’y jetant à Temdaouzgez, et l’Ouad Timjijt, s’y jetant à quelques pas au-dessus de Taloust.

OUAD TIOUIIN. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. Il y demeure jusqu’au moment où, à Kerkda, il débouche dans la plaine des Zenâga ; il y arrose les villages suivants, tous de cette tribu :

Kerkda, Agelmim, Aït Mesri, Atres, Tiouiin.

De Tiouiin, les bords en sont inhabités jusqu’à Temdaouzgez, où il entre dans le territoire des Aït Ạmer et se jette dans l’Ouad Azgemerzi.

Distances : de Kerkda à Aït Mesri 1 heure 1/2.

D’Aït Mesri à Atres 3 heures.

D’Atres à Tiouiin 1 heure 1/2.

De Tiouiin à Temdaouzgez 8 heures.

OUAD TIMJIJT. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. En sortant de là, il entre dans la plaine des Zenâga, où il arrose d’abord les villages suivants, qui font partie de leur territoire :

Igjgan, Tilsekht, Itkhisen, El Ạïn Aït Ḥamed, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn.

Puis il passe sur les terres des Aït Ạmer, où il arrose successivement :

Zaouïa Sidi Ạbd Allah ou Mḥind, El Ạïn Igourramen, Aït Ạli ou Ious, Agdal, Aït ou Ansera, Aït Allioun, Tizi, Asersa, Talmodat.

Enfin il se jette dans l’Ouad Azgemerzi.

Les quatre villages d’Aït Ạli ou Ious, Agdal, Aït ou Ansera, Aït Allioun, sont compris sous la dénomination collective de Timjijt.

Distances : de Taloust à Aït Allioun 2 heures.

D’Aït Ạli ou Ious à Igjgan 4 heures.

=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Les deux principales tribus du bassin de l’Ouad Azgemerzi sont les Aït Ạmer et les Zenâga.

AIT AMER. — Leur territoire comprend uniquement des villages que nous avons énumérés plus haut. Parmi eux se remarque une zaouïa fort influente dans la contrée, celle de Sidi Ạbd Allah ou Mḥind. Le chef actuel en est Sidi Ḥamed ou Ạbd er Raḥman, descendant du saint. Il possède, outre le village de la zaouïa, celui d’El Ạïn Igourramen.

ZENAGA. — Cette tribu se compose des villages mentionnés sur les ouads Azgemerzi, Tiouiin, Timjijt, et d’un certain nombre d’autres situés entre ces cours d’eau. Ceux-ci sont la plupart sur de petits affluents des trois rivières principales, ou sur des canaux qui en dérivent. Tous se trouvent dans la grande plaine des Zenâga. Les principaux d’entre eux sont :

Azdif, Taleouin (entre Azdif et Aït Mesri), Ougins (à 3 heures d’Azdif), Toudma (à 4 heures d’Ougins), Aït Ersal (à 3 heures de Toudma, sur un ruisseau tributaire de l’Ouad Azgemerzi), Bettal (à 1 heure et demie d’Aït Ersal), Aït Khouzoud (à quelque distance de Tazoult), Angalf (à l’ouest de Tazoult).

De ces villages, le plus important est Azdif.

3o =OUAD AIT TIGDI OUCHCHEN.= — Dès le point où il se trouve formé, par la réunion des ouads Tazenakht et Azgemerzi, il entre dans la tribu des Aït Tigdi Ouchchen : il y arrose successivement les villages de :

Assaka, Tafounent, Tislit Aït Tigdi Ouchchen, El Bordj[113].

Puis il sort de cette tribu : un peu plus loin il arrose Tagentout.

Au delà, on ne trouve plus qu’un seul point habité sur son cours : c’est Fint, village isolé, reconnaissant la suzeraineté du qaïd de l’Ouarzazât. A Fint, les palmiers reparaissent.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Aït Tigdi Ouchchen a deux affluents principaux ; il les reçoit l’un et l’autre sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Aït Semgan, s’y jetant à Tislit ; l’Ouad Iṛels, s’y jetant à Fint.

OUAD AIT SEMGAN. — Il prend sa source au Siroua ; il s’engage d’abord dans le district des Aït Semgan, où il arrose successivement les villages de Aït Iṛmor, Idrar, Aït Tigga.

De là il passe dans celui de Tammasin, où il baigne : Tinzalin, Ḥelouqt, Tislit Tammasin.

Au-dessous de Tislit, il entre dans le désert d’Iseldeï, où il reste jusqu’à son confluent avec l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen.

Distances : les 3 villages des Aït Semgan sont groupés au pied même du Siroua.

Des Aït Semgan à Tinzalin 4 heures.

De Tinzalin à Ḥelouqt 1 heure.

De Ḥelouq à Tislit Tammasin 3 heures.

De Tislit Tammasin à Tislit Aït Tigdi Ouchchen 6 heures.

AFFLUENTS. — L’Ouad Aït Semgan a deux affluents : l’Ouad Bachkoum, se jetant sur sa rive droite à Ḥelouqt, et l’Ouad Asdṛem, se jetant sur sa rive gauche à Tislit Tammasin.

=Ouad Bachkoum.= — Il prend sa source dans le Khela Bachkoum et se jette dans l’Ouad Aït Semgan sans avoir arrosé un seul lieu habité. Il reste tout le long de son cours dans le désert.

Distance : de Ḥelouqt au Khela Bachkoum 4 heures

=Ouad Asdrem.= — Il prend sa source dans le désert d’Asdṛem ; il arrose successivement les villages suivants, du district de Tammasin : Tamaziṛt, Tamellakout, Ez Zaouïa, Aït Mekraz, Enzel.

De là il se jette à Tislit dans l’Ouad Aït Semgan.

Distances : du Khela Asdṛem à Tamaziṛt 1 heure.

De Tamaziṛt à Tislit Tammasin 3 heures.

OUAD IRELS. — Il prend sa source sur le territoire des Ikhzama, dans les montagnes qui forment le flanc droit de l’Ouad Iriri. De là il entre dans le désert de Tazga Asdṛem, situé au nord de celui d’Asdṛem. Après l’avoir traversé, il passe dans le district de Tammasin, où il arrose le village de Indiout.

De là il rentre dans le désert, où il reste jusqu’au groupe isolé d’Iṛels ; il en arrose les deux qçars : Iṛels et Tamaïoust.

Puis il coule de nouveau dans le désert ; il y demeure jusqu’à Fint, où il se jette dans l’Ouad Aït Tigdi Ouchchen.

A Iṛels commencent les dattiers : il n’y en a point dans le district de Tammasin. Celui-ci se compose exclusivement des villages mentionnés sur une partie des cours des ouads Aït Semgan, Asdṛem et Iṛels ; il reconnaît l’autorité du Zanifi.

Distances : de la frontière des Ikhzama à Indiout 3 heures 1/2.

D’Indiout à Iṛels 1/2 jour.

D’Iṛels à Fint 1 heure 1/2.

=III. — Itinéraires.=

1o DE L’OUAD IOUNIL A L’ASIF MARREN. — Un chemin conduit de Zaouïa Bou Felfoul à Tabougoumt (Telouet).

Distance : 2 heures de marche dans le désert.

2o DU TELOUET A TIKIRT. — On peut faire ce trajet en descendant le cours de l’Asif Marṛen : ce chemin est un peu plus court que celui de l’Ouad Iounil ; mais les déserts qu’il traverse le rendent plus dangereux : aussi est-il beaucoup moins fréquenté.

3o DE TAZENAKHT AUX AIT MARLIF. — Le chemin est le suivant :

De Tazenakht au Tammasin 8 heures.

Du Tammasin à Tesakoust (Ouad Iriri) 5 heures.

De Tesakoust à Tourtit 1/2 heure.

De Tourtit à Tagdourt n Touda (Aït Marlif) 1 heure 1/2.

4o DE TIKIRT A TAZENAKHT. — Au départ de Tikirt, on s’engage dans le désert de Tilziṛ. On y reste jusqu’à :

Tilziṛ (qçar isolé) 1 heure.

De là on rentre dans le désert, où on demeure jusqu’à :

Tisili (qçar isolé) 2 heures.

On y reste de nouveau jusqu’à :

Tislit Tammasin 3 heures.

De là on passe dans le désert de Bachkoum, puis dans celui de Tala qui lui fait suite : une source d’eau vive sert de borne entre eux.

On aboutit à : Adreg (sur l’Ouad Tazenakht).

Distance : de Tislit Tammasin à Tazenakht 1 jour.

5o DE TIKIRT AU MEZGITA. — Il y a trois chemins principaux :

A. — En quittant Tikirt, on descend le cours de l’Ouad Idermi jusqu’à l’extrémité sud du Ouarzazât. A Ṛalil, on s’en écarte un peu et on le longe dès lors à quelque distance, dans le désert de Taria. On y marche durant toute une journée : au bout de ce temps, on arrive à l’Ouad Dra, aux villages d’Afella n Dra.

C’est le nom d’une subdivision du Mezgîṭa.

B. — En quittant Tikirt, on descend le cours de l’Ouad Idermi jusqu’à Tenmasla (Ouarzazât). Là on le quitte et, sans rencontrer aucun lieu habité, on traverse successivement trois déserts, ceux d’Iṛir el Ḥadj, d’Ạïn n Zeggert et d’Izezgir. Puis on arrive à Aït Saoun (village isolé, allié au Mezgîṭa. Les dattiers n’y apparaissent pas encore).

De la on traverse l’un après l’autre deux déserts, ceux d’Irf n Isli et d’Ouaourmest : au bout de celui-ci, on trouve le Mezgîṭa, où on débouche à Agdz.

Distances : de Tenmasla à Aït Saoun 1 jour.

D’Aït Saoun à Agdz 2 heures.

C. — De Tikirt à Tagenzalt. Là on s’engage dans le Khela Tifernin, où l’on marche durant une journée entière. Au bout de ce temps on arrive à Aït Semgan (qçar unique de 400 familles ; il est isolé ; il n’a aucun rapport avec la tribu qui habite l’Ouad Aït Semgan. Beaucoup de dattiers).

De là on passe successivement par : Tesaouant (des Aït Ḥammou), Zaouïa Ouzdiin, Iouriken (groupe de deux villages appelés chacun Ourika, situés l’un sur l’Ouad Tamtsift, l’autre à quelque distance de cette rivière, dans les collines formant le flanc gauche de sa vallée).

Enfin on parvient à l’Ouad Dra à Agdz (Mezgîṭa).

Distance : d’Aït Semgan à Iouriken 1/2 jour.

6o DE TAZENAKHT AU MEZGITA. — Au sortir de Tazenakht, on entre dans le Khela Isidan ; désert pierreux ; pas de rivières : il fait partie du territoire du Zanifi. On y marche durant un jour. Puis on parvient au qçar de Tarokht (sur l’Ouad Tamtsift ; zaouïa ; dattiers).

On suit le cours de l’Ouad Tamtsift : on arrive à :

Tasla Aït Brahim (dattiers) 1 heure.

Jusque-là on est resté sur le territoire du Zanifi : on le quitte ici ainsi que l’Ouad Tamtsift. On atteint :

Aït Semgan (qçar isolé ; dattiers) 1 heure.

Puis on revient à l’Ouad Tamtsift, qu’on retrouve au qçar de Tesaouant (appartenant aux Aït Ḥammou, fraction des Oulad Iaḥia).

De là on suit l’Ouad Tamtsift jusqu’à son confluent avec le Dra, entre Agdz et Ouriz (Mezgîṭa). On passe, chemin faisant, par deux points habités, Ida ou Genad et Ourika. En dehors de la route, à 2 ou 3 heures au sud d’Ida ou Genad, se trouve, dans la montagne, le grand qçar d’El Feggara : il appartient aux Oulad Iaḥia.

7o DE TAZENAKHT A TISINT. — Il y a trois chemins entre ces deux points :

Le premier, à l’est, franchissant le Petit Atlas au Tizi Agni ;

Le second, à l’ouest, le franchissant au Tizi n Haroun ;

Le troisième, entre les deux précédents, le franchissant au Tizi n Baroukh.

2o. — BASSIN MOYEN DU DRA.

La réunion des ouads Dâdes et Idermi au Kheneg Tarea forme le fleuve connu sous le nom d’Ouad Dra. Le cours en est d’abord resserré entre les flancs du Petit Atlas qu’il traverse ; puis la vallée s’élargit ; au-dessous de Tamegrout, il perce une dernière chaîne de montagnes, le Bani ; ensuite il entre en plaine. Jusqu’au Bani, la direction du Dra est du nord-ouest au sud-est. Au delà elle paraît être de l’E.-N.-E à l’O.-S.-O. Du Kheneg Tarea au Bani, les bords du fleuve sont, sans interruption, couverts de palmiers et de qçars. Ils sont divisés en plusieurs districts, chacun uniquement composé des rives de l’ouad ; ce sont : le Mezgîṭa, l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri, le Tinzoulin, le Ternata, le Fezouata. Au delà du Bani les bords du Dra se garnissent encore à deux reprises de dattiers et d’habitations : il s’y forme ainsi deux derniers districts, le Qtaoua et El Mḥamid, semblables aux précédents, mais séparés d’eux et isolés l’un de l’autre par de courts déserts. Au delà d’El Mḥamid, l’Ouad Dra est désert jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est dans cette vaste portion inhabitée de son cours qu’il traverse le Debạïa et forme les mạders dont nous parlerons plus bas. L’ensemble des parties peuplées de ses rives, composé des huit districts énumérés ci-dessus, porte le nom de Blad Dra ou Dra. C’est de cette région que nous allons nous occuper.

Dans le Mezgîṭa, l’Ouad Dra coule en une vallée étroite, de 1500 mètres de largeur moyenne, encaissée entre deux flancs élevés et rocheux. Dans l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri et le Tinzoulin, la vallée est la même qu’au Mezgîṭa : elle demeure ainsi jusqu’à El Douirat (Ternata). A partir de là, elle s’élargit : le flanc droit reste contre le fleuve ; mais le flanc gauche s’en écarte beaucoup. De Beni Zouli à Mançouria, il y a entre les deux flancs la distance de Tamnougalt à Tesaouant. Les qçars et les cultures sont toujours uniquement au bord de l’ouad : dans la vallée ainsi élargie, le désert seul règne entre le fleuve et le flanc gauche. Dans tout le Dra il en est de même : l’ouad au milieu ; dans son lit, cultures et palmiers, ainsi que sur ses rives ; en dehors des plantations, à leur lisière, les qçars ; au delà, le désert. Au-dessous de Mançouria, la vallée s’étend encore : le flanc droit s’éloigne à son tour. A Tamegrout, les deux flancs sont fort loin, à une demi-journée de marche chacun. Après Tamegrout, le fleuve entre dans un désert appelé El Kheneg : il y a ses rives incultes et inhabitées, pour la première fois depuis sa naissance : point de qçars, point de cultures, point de palmiers, même dans son lit. Ce désert a une longueur double de la distance de Tamnougalt à Ourika. Il est borné au sud par le Bani, que le Dra traverse par un passage étroit, Foum Taqqat. Au-dessous du Bani, le fleuve entre en plaine et y reste jusqu’au Debạïa : plus de montagne en vue, ni à l’est, ni à l’ouest, ni au sud.

Nous avons décrit le Mezgîṭa au cours de notre voyage : tout le Dra a le même aspect enchanteur : partout même fraîcheur, même abondance d’eau, même végétation luxuriante. Cependant il n’y existe pas de lieu où l’eau ne tarisse jamais dans le fleuve : certains étés, des parties de son lit se dessèchent ; mais les années où cela arrive sont rares, et, même alors, les canaux qui servent à l’alimentation et à l’arrosage ne cessent pas de couler à pleins bords. Dans le Dra, les inondations sont plus fréquentes que les sécheresses : il n’est pas rare de voir, en hiver, le fleuve envahir toute la vallée et venir battre les murailles des qçars. L’eau de l’Ouad Dra, quoiqu’un peu jaune, est agréable à boire. Parmi les arbres innombrables qui ombragent le cours du fleuve, partout les dattiers dominent : ils sont, du Kheneg Tarea à Tamegrout, des espèces suivantes : bou feggouç, bou sekri, djihel, bou souaïr, timikelt (qualité inférieure) ; au sud de Tamegrout, il n’y a plus que des djihels avec quelques bou feggouç. Dans tout le Dra, on trouve aussi bon nombre de takkaïouts, sortes de grands tamarix dont on se sert pour donner la couleur rouge aux peaux : ils forment une des fortunes du pays : les peaux du Dra sont, avec celles du Tafilelt, les plus renommées du Maroc. Nous avons vu qu’à Tamnougalt il y avait une grande quantité d’arbres fruitiers, figuiers, grenadiers, pêchers, vigne, etc. ; ils sont très nombreux entre Tamnougalt et Akhellouf. En dehors de ce tronçon, il n’y a guère que des dattiers. Dans tout le pays de Dra, les abeilles sont nombreuses et le miel abonde.

La population du Dra est mêlée. Celle du Mezgîṭa est formée de Draoua ; celle de l’Aït Seddrât, de Draoua et d’Aït Seddrât ; celle de l’Aït Zeri, d’Oulad Iaḥia ; celle du Tinzoulin, de Draoua ; celle du Ternata, de Draoua, de Roḥa, d’Oulad Iaḥia, les Roḥa dominant, les Oulad Iaḥia étant en minorité ; celle du Fezouata, du Qtaoua, d’El Mḥamid, de Draoua, sous la domination des Aït Atta. Les Aït Seddrât, les Oulad Iaḥia, les Roḥa, sont des tribus séparées dont nous avons déjà eu occasion de parler ou dont nous parlerons plus tard. Les Aït Atta sont une fraction de la tribu des Berâber. Quant aux Draoua, ce sont ceux qu’ailleurs on appelle Ḥaraṭîn. Ici, Draoui et Ḥarṭâni sont synonymes. Les Draoua forment la partie de beaucoup la plus grande de la population du Dra ; ils passent pour les représentants de la race primitive du pays. Ils ne parlent que le tamaziṛt, peu d’entre eux savent l’arabe ; on les dit bonnes gens, mais lâches et mous de caractère. Dans le Mezgîṭa seul, ils ont gardé leur indépendance ; partout ailleurs ils sont tributaires.

=I. — Mezgîta.=

Le Mezgîta est un district qui comprend les rives de l’Ouad Dra, depuis le point où elles commencent à être habitées, au sud du Kheneg Tarea, jusqu’au district de l’Aït Seddrât. Il se compose, en descendant la vallée, des qçars suivants :

RIVE DROITE :

Tizgi } 50 fusils. } Incheï. } Ras Dra. 80 } Taṛrout. } 40

Rebaṭ. 200

Zaouïa Griourin (Zaouïa Sidi Bou Bekr, 100 appelée aussi Zaouïa Aït Ben Nacer, dépendant de celle de Tamegrout).

Tarmast. 50

Asellim Agdz. 200

Agdz. 200

Ḥara Agdz. 50

Ouriz. 75

Takatert. 100

Aremd. 40

Tassourt. 30

Aït el Khrodj. 15

El Kebbaba. 15

Roudat. 20

El Bordj. 100

Tigit. 100

Zekak. 10

Igmoden. 30

Argioun. 50

Timidert. 300

Iriṛer. 150

RIVE GAUCHE :

Tanamrout. } 40 fusils } Sefala. } 200 } Arbalou. } 20 } Ras Dra. Tiniṛil. } 60 } El Ḥara. } 40 } Intliten } 30

Taleouin. 40

Tafergalt. 60

Tamnougalt (résidence de Chikh el Mezgîṭi). 100

Asellim. 40

Zouaoui (Zaouïa es Sagia ; Mrabṭin Aït 20 Sidi Mouloud).

Asellim Taḥtani. 20

Zaouïa es Souq. 20

Qaçba Aït Ạli. 40

Talmzit. 40

Ibousas. 30

Taourirt Ibousas. 10

Talat Aït Iaḥia. 30

Zaouïa Mrabṭin Sidi Ech Chergi. 15

Aït el Qaïd El Ạmer. 20

Takatert Aït Ikhelf. 30

Zaouïa Sidi Moḥammed ou Ạbd Allah. 15

Distances : du Kheneg Tarea à Tizgi comme d’Ourika à Tesaouant.

De Tizgi à Taṛrout comme d’Ourika à Tesaouant.

De Taṛrout à Tamnougalt comme d’Ourika à Tesaouant.

De Tamnougalt à Iṛir Azeggar comme de Tamnougalt à Agdz.

Iṛir Azeggar fait face à Iriṛer.

Intliten est à peu près en face de Rebaṭ, un peu plus haut que lui.

De Tizgi à Iriṛer, pas de désert, tout est palmiers.

Les trois premiers qçars de la rive droite et les six premiers de la rive gauche portent le nom collectif de Ras Dra, ou Ras Mezgîṭa, ou Afella n Asif, ou Afella n Dra.

Le Mezgîṭa est un district indépendant. Sa population, exclusivement composée de Draoua (Ḥaraṭîn), est gouvernée par un chikh héréditaire. Ce chikh, ou plutôt ce qaïd, car tel est le titre qu’il prend, est actuellement Qaïd Ạbd er Raḥman ben El Ḥasen ; il réside à Tamnougalt ; il est blanc ainsi que ses enfants : ceux-ci sont fils d’une sœur du Zanifi, chikh de Tazenakht. Sa famille a le pouvoir suprême dans le Mezgîṭa depuis plusieurs siècles ; elle est originaire du Tazarin. Il ne reconnaît le sultan que comme autorité spirituelle et, de fait, n’admet point sa suprématie. Il lui envoie chaque année un cadeau consistant en deux qanṭars de henné et un ou deux chevaux de bât. Il est fort riche, a de grandes propriétés et lève un impôt annuel de 55000 francs ; 50000 francs sont payés par ses sujets musulmans, 5000 par les Juifs. Un ordre sévère règne sur son territoire : tout voleur est puni de mort : c’est la seule peine qu’il connaisse. Aussi, quoique ses États n’aient aucun rapport avec le sultan, dit-on qu’ils sont « blad el makhzen », allusion à la sûreté et à l’ordre qui y règnent. Le Mezgîṭa, le district d’Aït Zeri et le Tinzoulin sont les seuls lieux du Maroc qui, bien qu’indépendants du sultan, soient dits « blad el makhzen », façon d’exprimer la régularité de leur gouvernement.

En dehors du Mezgîṭa proprement dit, dont nous venons de parler, on compte comme en faisant partie les deux petits qçars d’Ourika (Iouriken), dans la vallée de l’Ouad Tamtsift.

Il y a à peine 7 ou 8 chevaux dans le Mezgîṭa : le qaïd en possède 4.

Le Mezgîṭa a deux marchés : le Ḥad Agdz et le Khemîs Tamnougalt.

Il contient 5 mellaḥs.

=II. — Aït Seddrât.=

Le district de l’Aït Seddrât fait suite à celui du Mezgîṭa : il se compose des rives de l’Ouad Dra, de la limite du Mezgîṭa à celles de l’Aït Zeri et du Tinzoulin. On passe du Mezgîṭa dans l’Aït Seddrât sans s’en apercevoir, en marchant toujours à l’ombre des palmiers. Voici les qçars dont se compose ce district, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :

RIVE DROITE :

Aït Ougzi. 20 fusils.

Zaouïa Tamkasselt. 40

Aït Iaïsi. 20

Tamkasselt el Hara. 40

Tansikht. 200

Abernous. 40

Tanzmout. 40

El Ḥad. 30

Aït Ạïssa. 20

Qaçba Aït Ạrbi. 40

Irsig. 60

RIVE GAUCHE :

Iṛir n Azeggar. 30 fusils.

Aït Ḥammou ou Sạïd. 80

El Ḥara. 50

Aït Melekt. 60

Imjdoudar. 20

Aït Isḥaq. 80

Aït Khelfoun. 60

Aït Ạbd Allah. 50

Tizi n Isekfan. 30

Zaouïa Sidi Dris. 10

Azagour. 50

Aït Sakt. 20

Taaqilt. 100

Distances : d’Iriṛer à Aït Ougzi connue de Tamnougalt à Ouriz.

Aït Ḥammou ou Sạïd fait face à Aït Ougzi.

D’Aït Ḥammou ou Sạïd à Taaqilt comme de Tesaouant à Tamnougalt.

Irsig fait face à Taaqilt.

Les Aït Seddrât sont une nombreuse tribu tamaziṛt, partie sédentaire, partie nomade, possédant des qçars et des tentes. Les qçars sont sur l’Ouad Dra et l’Ouad Dâdes, les tentes entre ces deux cours d’eau, dans le massif du Saṛro. Ils se divisent en deux groupes, les Aït Zouli et les Aït Meḥelli. Chacun d’eux compte environ 2000 fusils. Voici la décomposition des Aït Seddrât :

{ { Aït Ạli ou Ḥaseïn. { { { { Aït Iidir. { { { Aït Zouli. { Aït Sakt. { { { { Imzdouder. { { Aït Seddrât { { Aït Bou Taḥammart. { { { Aït Isḥaq. { { { { Aït Oudinar. { Aït Meḥelli { { { Aït Ouffi. { { { { Aït Ạrbi.

Les différentes fractions des Aït Seddrât ne vivent pas groupées : elles sont disséminées et mélangées entre elles, aussi bien dans les qçars du Dra que dans ceux de l’Ouad Dâdes. Voici comment la tribu se gouverne : ceux qui sont dans le Dra élisent un chikh pour une année ; un an, il est pris parmi les Aït Zouli, un an parmi les Aït Meḥelli. Ceux de l’Ouad Dâdes font de même. Les nomades se réunissent pour cette élection, qui à ceux du Dra, qui à ceux de l’Ouad Dâdes. Ces chikhs nommés pour une année, que nous avons vus apparaître la première fois sur l’Ouad Dâdes, sont appelés chikh el ạam. L’usage des chikh el ạam est spécial, dans le Maroc, aux trois tribus des Aït Seddrât, des Imeṛrân et des Berâber. Ces derniers, dans toute l’étendue de leur immense territoire et dans leurs innombrables subdivisions, ont cette méthode uniforme de gouvernement, qui est un de leurs caractères particuliers.

Les Aït Seddrât sont blancs, mais bronzés. Ils sont très braves : leur réputation de courage s’étend au loin. Ils ne parlent que le tamaziṛt.

Les Aït Seddrât n’ont aucune relation avec le sultan. Ils sont, comme toutes les tribus de l’Ouad Dra et comme le pays de Dra, entièrement indépendants.

Le district de l’Aït Seddrât est habité par des Draoua et par des Aït Seddrât : le gouvernement est entre les mains de ces derniers. Il y a environ 30 chevaux dans le district.

Un marché, le Tlâta Tanzmout.

Un mellaḥ.

=III. — Aït Zeri et Tinzoulin.=

Au-dessous du district d’Aït Seddrât, lui faisant suite, se trouvent : sur la rive droite, le district de l’Aït Zeri, puis celui du Tinzoulin, réunis sous l’autorité d’un seul chef, Chikh El Ạrabi ben Ọtman ; sur la rive gauche, d’abord deux qçars, l’un indépendant, l’autre sous le pouvoir de Chikh ben Ọtman ; puis le commencement du grand district du Ternata. Cette portion du Ternata qui fait face à l’Aït Zeri et au Tinzoulin a un nom spécial, Ras Ternata. Nous en parlerons plus tard en même temps que du Ternata.

En quittant l’Aït Seddrât, on trouve donc sur l’Ouad Dra :

RIVE GAUCHE :

Ifriouin (zaouïa indépendante habitée par des 30 fusils. marabouts).

Timesla (soumise à Chikh El Ạrabi ben Ọtman). 150

Puis on entre dans Ras Ternata.

RIVE DROITE :

{ Qçîba Chikh El Ạrabi ben Ọtman (porte 50 fusils { aussi le nom d’Aït Ọtman). { { Tinegza. 20 { { Ouriz Oulad Megeddem. 60 Aït Zeri { { Oulad Mousa. 50 { { Igdaoun. 150 { { Aqebt. 30

{ Oulad Mesạd. 100 { { Zaouïa Amadaṛ. 30 { { El Ḥara. 10 { { Qaçba el Makhzen. 100 { { Aït Reḥou. 30 { { El Ḥaddan. 40 Tinzoulin { { Rebaṭ. 200 { { Amerdoul. 30 { { Aït el Ḥadj El Ḥasen. 100 { { Idderb. 30 { { Timskalt. 50 { { Zaouïa el Feggouç. 20

Distances : d’Irsig à Qcîba Chikh El Ạrabi comme de Tamnougalt à Ourika.

D’Ifriouin à Taaqilt comme d’Ouriz à Tamnougalt.

De Qcîba Chikh el Ạrabi à Aqebt comme de Tesaouant à Ourika.

D’Aqebt à Zaouïa el Feggouç comme de Tesaouant à Tamnougalt.

Pas de marché dans l’Aït Zeri. Deux marchés dans le Tinzoulin : le tenîn et le khemîs de Rebaṭ.

Un mellaḥ dans l’Aït Zeri, et deux dans le Tinzoulin.

Les Aït Zeri sont une fraction des Oulad Iaḥia, grande tribu nomade dont nous parlerons plus loin. Chikh El Ạrabi ben Ọtman appartient à cette tribu, à la tête de laquelle est depuis longtemps sa famille : les États de Chikh El Ạrabi sont formés de tous les Oulad Iaḥia, aussi bien les nomades, ceux du Zgiḍ, etc., que ceux qui habitent le Ternata et que les Aït Zeri, puis du Tinzoulin et de Timesla. Timesla et le Tinzoulin sont peuplés de Draoua, l’Aït Zeri d’Oulad Iaḥia. Chikh ben Ọtman a un pouvoir despotique sur ses sujets des bords de l’Ouad Dra, et une autorité très limitée sur les autres.

Il y a une trentaine de chevaux parmi les Oulad Iaḥia des bords de l’Ouad Dra ; il n’y en a que deux ou trois dans le Tinzoulin.

=IV. — Ternata.=

Au-dessous du Tinzoulin, se trouve le district du Ternata : nous avons vu que sur la rive gauche il commence plus haut, après Timesla : le Ternata se compose donc de deux portions, l’une où il s’étend sur les deux rives du Dra, c’est le Ternata proprement dit ; l’autre où il n’en occupe que la rive gauche, c’est Ras Ternata. Les divers qçars du Ternata sont, en descendant le fleuve à partir de Timesla :

RIVE GAUCHE :

Aït Ạbd Allah ou Mimoun } 200 fusils. } Akhellouf } 300 } Bou Nạnạ } 150 } Ras Ternata. Zergan } 75 } Tiggint } 75 } El Douirat } 50

Imi Ougni. 50

Aṛlal Fouqani. 30

Qaçba Foum Tazenakht (appelée aussi Tafroust). 60

Beni Zouli. 300

Takhelil. 200

Tanagamt. 40

Ḥara el Khoubz. 40

El Ḥara. 40

Tinegdid. 40

Iṛerdaïn. 100

Asouḥad. 40

Aderbaz. 40

Astour. 300

Bou Zergan. 200

Tidsi. 60

Bir Chạt. 80

Qçar Djedid. 50

Zaouïa Sidi Ben Nacer. 15

El Mançouria. 150

Bou Khelal. 200

Tamzout. 30

Tamaziṛt. 80

Oulad el Ḥadj (2 petits qçars : Qçîba 100 Oulad el Ạgid et Qçîba Oulad el Bacha).

Zaouïa el Qlạa (appelée aussi Zaouïa 40 el Ftaḥ).

RIVE DROITE :

Afra Oulad es Soulṭân. 150 fusils.

El Kạba (Oulad Ioub) (2 qçars). 400

Zaouïa Oulad Ioub. 20

Taṛzout. 80

El Meqaṭra (2 qçars). 150

Melal. 200

Oulad Ousạ. 300

Qçîba Oulad Ousạ. 30

Rebạt el Ḥadjer. 80

Zaouïa Ạmer ou Ạbd er Raḥman. 100

Tisergat. 200

Tiṛzert. 80

El Kherraza. 60

Tigit Oulad Chạouf. 200

Tigit Aït b Oulman. 70

Arla ou Asif. 50

Qçîba Sidi Oumbarek. 40

Qçîba el Mqadra. 50

Qçîba Berda. 60

El Ạroumiat. 300

Asrir Ilemsan (ce qçar est compté du 80 Fezouata).

Iqoubban (zaouïa). 30

Mehdia. 100

Tanziṭa (2 qçars, le plus haut habité 200 par des cherifs).

Zaouïa Tanziṭa (porte aussi le nom de 30 Zaouïa el Baraka).

Distances : d’Ifriouin à Beni Zouli 1 fois et demie comme de Tamnougalt à Tesaouant.

De Beni Zouli à Astour comme de Tamnougalt à Ourika.

D’Astour à Mançouria comme de Tamnougalt à Ourika.

De Mançouria à Zaouïa el Qlạa comme de Tamnougalt à Ouriz.

De Zaouïa el Feggouç à Afra Oulad es Soulṭân comme de Tamnougalt à Agdz.

D’Afra Oulad es Soulṭân à El Ạroumiat comme de Tamnougalt à Tesaouant.

D’El Ạroumiat à Zaouïa Tanziṭa comme de Tamnougalt à Agdz.

Afra Oulad es Soulṭân est immédiatement au-dessous de Zaouïa el Feggouç.

Bou Nạnạ est en face de Zaouïa el Feggouç.

Beni Zouli est en face de Melal et d’Oulad Ousạ.

Tisergat est en face d’Astour.

Mançouria est en face d’El Ạroumiat.

Mehdia est en face de Zaouïa el Qlạa.

Zaouïa el Baraka est en face d’Amzrou (Fezouata).

Le Ternata n’est pas un État compact comme le Mezgîṭa, l’Aït Seddrât, l’Aït Zeri et le Tinzoulin. C’est une réunion de qçars appartenant à deux tribus différentes, sans qu’aucune autorité supérieure, assemblée ou chikh, les unisse jamais. Les habitants du Ternata sont : des Draoua, disséminés dans toutes les localités, mais n’en possédant aucune, les Roḥa et des Oulad Iaḥia. Ces deux dernières tribus se partagent tous les qçars ; voici comment :

Les Roha possèdent : 1o la portion du Ternata située sur la rive gauche de l’Ouad Dra (Ras Ternata compris) ; 2o sur la rive droite : Afra, El Meqaṭra, et ce qui est au-dessous de Tigit Aït b Oulman, ainsi que ce dernier qçar, moins Asrir Ilemsan.

Les Oulad Iahia possèdent le reste de la rive droite.

Enfin, un des qçars du Ternata, Asrir Ilemsan, appartient aux Berâber et est compté du Fezouata.

Les Roḥa forment une tribu à part. Ils se disent d’origine arabe et ne parlent qu’arabe. Ils n’habitent que des qçars ; les seuls qu’ils aient sont ceux du Ternata. Là se trouve massée toute leur tribu. Chez eux, point de chikh, point de chef ni héréditaire ni temporaire : chaque localité se gouverne à sa fantaisie et a une existence politique isolée de celle de ses voisins. Les Roḥa sont aussi indépendants que les Berâber eux-mêmes, et ne sont vassaux de personne. Ils ont environ 50 chevaux.

Les marchés du Ternata sont : l’Arbạa Akhellouf, le Khemîs Beni Zouli, le Ḥad Astour, le Tenîn El Ạroumiat, le Djemạa Tisergat.

Il y a au Ternata 6 mellaḥs.

=V. — Fezouata.=

Au district du Ternata succède, immédiatement au-dessous de lui, celui du Fezouata, appelé aussi Tagmadart. Le Fezouata comprend les deux rives de l’Ouad Dra ; il est limité dans sa partie inférieure par le désert d’El Kheneg.

Voici les qçars dont il se compose, dans l’ordre où on les trouve en descendant le fleuve :

RIVE GAUCHE :

Amzrou (debiḥa sur les Imsouffa). 300 fusils.

Qcîba Aït Aqqo (debiḥa sur les Imsouffa). 20

Chareṭ (debiḥa sur les Imsouffa). 150

Aït Kheddou (debiḥa sur les Imsouffa). 40

Asrir Ignaouen (debiḥa sur les Aït Ạïssa ou Brahim). 70

Qcîba Ilemsan (debiḥa sur les Ilemsan). 50

Beni Ọtman (debiḥa sur les Imsouffa). 30

Arla Oudrar (debiḥa sur les Imsouffa). 500

Agrour (debiḥa sur les Imsouffa). 50

Timtig (2 qçars habités par des cherifs (debiḥa sur 80 les Imsouffa).

Beni Khallouf (debiḥa sur les Ignaouen). 150

Oulad Bou Ious (debiḥa sur les Aït Isfoul). 100

Tamegrout Aït Ben Nacer (Zaouïa Sidi Ben Nacer ; le 1000 chef de la famille et de la zaouïa est aujourd’hui Sidi Moḥammed ou Bou Bekr).

Sefalat (pas de debiḥa sur les Berâber. Les Sefalat 800 sont des Roḥa indépendants).

Qçâbi Izligen (debiḥa sur les Izligen). 100

RIVE DROITE :

Oulad Brahim (debiḥa sur les Aït Isfoul). 300 fusils.

El Megarba (debiḥa sur les Izakenniouen). 80

Agni (debiḥa sur les Ignaouen). 60

Tazrout (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 100

Tinfou (debiḥa sur les Izligen). 100

Zaouïa Sidi Bou Nou. 100

Distances : d’Amzrou à Tamegrout comme de Tamnougalt à Tesaouant.

De Timtig à Tamegrout comme de Tamnougalt à Iouriken.

De Tamegrout à Qçâbi Izligen comme de Tamnougalt à Tesaouant.

Oulad Brahim est à hauteur de Tamegrout.

On voit qu’entre Amzrou et Tamegrout il n’y a point de qçar sur la rive droite. Cependant les deux bords et une partie du lit du fleuve ne cessent sur cette étendue d’être couverts de palmiers.

Au Fezouata appartient encore le qçar d’Asrir Ilemsan, situé sur le territoire du Ternata.

Fezouata ou Tagmadart est, comme Ternata, le nom d’une région et non celui d’une tribu. Ici non plus, ni assemblée ni chikh ne gouverne tout le district. Chaque localité vit isolée et s’administre à sa guise. Les qçars appartiennent à leurs habitants, qui sont des Draoua : chacun est indépendant des autres, et a, séparément, sa debiḥa sur une fraction des Berâber. De même que les Draoua du nord sont soumis qui aux Aït Seddrât, qui aux Oulad Iaḥia, qui aux Roḥa, ceux du Fezouata et des districts situés au sud du Fezouata, c’est-à-dire du Qtaoua et d’El Mḥamid, sont soumis aux Berâber. Cette sujétion diffère, par ses conditions, de celle du nord. Là, les Draoua, enveloppés dans une population étrangère souvent plus nombreuse qu’eux, partout mélangés avec elle, n’ont aucune part à l’administration et ne sont comptés pour rien. A partir d’ici, ils sont les seuls habitants fixes ; mais, comme les qçars de Tatta, et bien plus qu’eux, ils sont obligés, pour être à l’abri de la puissante tribu nomade qui les entoure, d’avoir chacun leur debiḥa sur une de ses fractions. En raison de la faiblesse des Draoua et de la puissance de leurs voisins, les Aït Atta (l’un des deux grands groupes des Berâber), les charges du vasselage sont lourdes pour les trois districts du bas Dra. Nous avons indiqué plus haut sur quelle fraction des Aït Atta chaque qçar du Fezouata a sa debiḥa.

La population du Fezouata se compose donc d’abord des habitants fixes, les Draoua, qui se gouvernent eux-mêmes, chaque qçar séparément, comme les gens de Tisint et de Tatta ; puis de Berâber de passage : ceux-ci ont dans les qçars des maisons où ils déposent leurs provisions, mais où ils n’habitent pas, vivant d’ordinaire sous la tente.

Point de chevaux chez les Draoua du Fezouata, ni chez ceux du Qtaoua et d’El Mḥamid.

Deux marchés dans le Fezouata : l’Arbạa Amzrou et le Sebt Tamegrout.

Un mellaḥ.

Entre Zaouïa el Qlạa et Amzrou, sont les ruines d’une ville autrefois la plus peuplée et la plus puissante du Dra, Zegoura.

Tamegrout est le siège d’une des plus grandes zaouïas du Maroc. C’est l’une des cinq dont l’influence politique aussi bien que religieuse s’étend au loin et peut acquérir par les circonstances une importance énorme : ces cinq zaouïas sont : celle d’Ouazzân (Moulei Ạbd es Selam), celle de Bou el Djạd (Sidi Ben Daoud), celle du Metṛara (Chikh Moḥammed el Ạrabi el Derkaoui), celle de Tamegrout (Sidi Moḥammed ou Bou Bekr), celle du Tazeroualt (Sidi El Ḥoseïn). En ce moment, l’influence des quatre premières est surtout religieuse, celle de la cinquième surtout politique. Le pouvoir de Sidi Ben Nacer est immense dans toute la vallée de l’Ouad Dra, dans celle du Sous, dans celles des ouads Dâdes et Idermi ; il s’étend jusqu’à Tatta et Agadir Iṛir à l’ouest, jusqu’à moitié chemin du Tafilelt à l’est. Cette zone, qui comprend une grande partie de la tribu des Berâber, presque tout le groupe des Aït Atta, est entièrement à sa dévotion. On vient en pèlerinage à Tamegrout de bien plus loin encore, de Mogador, du Sahel, du Tafilelt : le nom de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr est connu et vénéré dans tout le Maroc. Le sultan marque en toute occasion le plus grand respect pour ce saint.

=VI. — Qtaoua.=

En sortant du Fezouata, l’Ouad Dra entre dans un désert appelé El Kheneg : plus de cultures, plus de palmiers, ni dans son lit ni sur ses bords : le désert est absolu ; mais il n’est pas long. La longueur en est égale à deux fois la distance de Tamnougalt à Ourika. C’est à l’extrémité de ce désert que le fleuve traverse le Bani : il perce la chaîne au kheneg appelé Foum Taqqat. Cette trouée par laquelle l’Ouad Dra débouche dans le Sahara proprement dit, au sud de la digue si étrange du Bani, a une grande célébrité chez les Berâber. Ils la regardent comme le lieu de leur origine première, comme leur berceau commun, et y font chaque année des pèlerinages et des sacrifices. Après avoir passé Foum Taqqat, on arrive bientôt au district du Qtaoua.

Le Qtaoua, qu’on appelle aussi El Azrar, est borné au nord par le petit désert d’El Kheneg et au sud par celui de Bou Selman. Il se compose des qçars suivants, situés sur les bords de l’Ouad Dra : voici leur énumération, en descendant le fleuve :

RIVE DROITE :

Beni Semgin (debiḥa sur les Ignaouen). 100 fusils

Qçâbi Oulad Bou Ḥerira (debiḥa sur les Ignaouen). 40

Regba (debiḥa sur les Ignaouen). 60

Insrad (debiḥa sur les Ignaouen). 1000

Beni Ḥaïoun (debiḥa sur les Ignaouen). 600

Qaçba er Remla (debiḥa sur les Ilemsan). 50

Ikhchouan (debiḥa sur les Ilemsan). 200

Beni Henaït (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 200

Zaouïa Sidi Çaleḥ.

Beni Sbiḥ (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 400

Aït Rebạ (debiḥa sur les Ignaouen). 80

Zaouïa Sidi Ạbd el Ạli.

Zaouïa el Berrania.

Distances : de Qçâbi Izligen à Beni Semgin comme de Tamnougalt à Tesaouant.

De Beni Semgin à Insrad comme de Tamnougalt à Ouriz.

D’Insrad à Beni Ḥaïoun comme de Tamnougalt à Takatert.

De Beni Ḥaïoun à Beni Sbiḥ comme de Tamnougalt à Ouriz.

De Beni Sbiḥ à Zaouïa el Berrania comme de Tamnougalt à Ouriz.

La population du Qtaoua est la même et se trouve dans les mêmes conditions que celle du Fezouata. Elle se compose de Draoua (Ḥaraṭîn) se gouvernant à leur fantaisie dans leurs murs, mais tributaires des Berâber : un certain nombre de ces derniers habitent parmi eux, à titre d’étrangers ; ils ont des maisons dans les qçars, y vivent une partie de l’année, et l’autre errent sous la tente. En dehors des Draoua et des Berâber, il y a une troisième classe de personnes : celle des cherifs et des marabouts : ils sont, comme presque partout, indépendants.

Il existe trois très grands qçars dans le Qtaoua : Insrad, Beni Ḥaïoun et Beni Sbiḥ.

Insrad est remarquable par l’instruction et la piété de sa population : presque tous les hommes sont ṭalebs ou ḥadjs. Le qçar est administré par un chikh : le chikh actuel s’appelle Er Rijel ; c’est un Draoui des plus noirs. Insrad n’a qu’une seule porte ; quiconque pénètre dans la ville y dépose ses armes en entrant.

Beni Ḥaïoun est gouverné par son chikh, El Bechra ould Mellouk. C’est l’homme le plus puissant du Qtaoua. Il a sous son autorité plusieurs autres qçars : Beni Henaït, Ikhchouan, Qaçba er Remla, Zaouïa Sidi Çaleḥ. Beni Ḥaïoun, sa résidence, forme ainsi la capitale d’une petite confédération : c’est pourquoi on donne parfois à ce qçar le nom d’El Qtaoua. Chikh El Bechra est, comme ses voisins, vassal des Berâber. Il est célèbre par ses richesses et son luxe ; il possède un immense jardin où sont enfermés des mouflons, des gazelles, des autruches et d’autres animaux du désert. Outre ses marchés hebdomadaires, Beni Ḥaïoun a un marché permanent au milieu du qçar.

Beni Sbiḥ est un grand qçar, rival de Beni Ḥaïoun et souvent en guerre avec lui ; il a pour chikh un Draoui, Chikh El Ạziz. Beni Sbiḥ possède six mosquées et un marché permanent. L’enceinte du qçar n’a que deux portes.

Les marchés du Qtaoua sont, outre les marchés permanents mentionnés : le ḥad et le khemîs de Beni Ḥaïoun, le ḥad et le khemîs de Beni Sbiḥ.

Deux mellaḥs, l’un à Beni Ḥaïoun, l’autre à Beni Sbiḥ.

=VII. — El Mhamid.=

El Mḥamid, ou, comme on l’appelle pour le distinguer d’autres lieux du même nom, Mḥamid el Ṛozlân, est le dernier district du pays de Dra. Entre le Qtaoua et lui se trouve un court désert, Khela Bou Selman. Le fleuve le traverse, les rives stériles. Il en sort pour entrer dans El Mḥamid, où ses bords se couvrent de nouveau de palmiers et de qçars ; voici les noms de ces derniers, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :

RIVE GAUCHE :

Oulad Dris (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 400 fusils.

Bou Nou (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 80

Tleḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 100

El Mḥarza (debiḥa sur les Ignaouen). 50

Qcîba Aït Ạïssa ou Brahim (Aït Ạïssa ou Brahim). 100

Oulad Ḥamed (debiḥa sur les Ignaouen). 300

El Beṭḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 80

Cendouga (debiḥa sur les Ignaouen). 40

Oulad Mhiia (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 200

Qcîba Chiadma (pas de debiḥa. Les Chiadma sont 200 Arabes et indépendants).

Qcîba Sidi Zaoui (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 100

Distances : de Zaouïa el Berrania à El Beṭḥa comme de Tamnougalt à Tesaouant.

D’El Beṭḥa à Oulad Ḥamed 600 mètres.

D’Oulad Ḥamed à Cendouga comme de Tamnougalt à Takatert.

De Cendouga à Qcîba Chiadma 800 mètres.

D’Oulad Ḥamed à Oulad Dris comme de Tamnougalt à Ouriz.

D’Oulad Dris à El Beṭḥa comme de Tamnougalt à Ouriz.

D’Oulad Mhiia à Cendouga 800 mètres.

La population d’El Mḥamid est semblable à celle du Qtaoua et du Fezouata et se trouve dans les mêmes conditions : Draoua tributaires des Berâber, possédant les qçars, et se gouvernant dans chacun d’eux isolément et à leur guise ; Berâber de passage ; cherifs indépendants.

Point d’autre marché que le marché permanent d’Oulad Ḥamed.

Un mellaḥ.

Au sortir d’El Mḥamid, l’Ouad Dra s’enfonce dans le désert : il y reste jusqu’à l’Océan.

=VIII. — Affluents de l’Ouad Dra.=

Voici les noms de quelques-uns des affluents de l’Ouad Dra, entre le Kheneg Tarea et El Mḥamid. Affluents de la rive droite :

Ouad Imider. — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ (Mezgîṭa). Il ne traverse que le désert.

Ouad Tamtsift. — Il a son confluent au-dessus d’Ouriz. Il arrose successivement la qoubba de Tarourt, Tasla Aït Brahim, Aït Semgan (appelé aussi Amenrirka), Tesaouant, Ourika. A Ourika, se jette sur sa rive gauche un ruisseau prenant sa source à Aïnach, zaouïa avec dattiers et cultures située à quelque distance dans la montagne.

Ouad Agni Ouremd. — Il a son confluent au-dessus d’Aremd ; il ne traverse que le désert.

Ouad Bou Lougeïn. — Il a son confluent à Argioun. Cette localité est à égale distance de Tamnougalt et d’Ourika.

Ouad Alemt. — Il a son confluent au-dessus de Tamkasselt ; il ne traverse que le désert : c’est un cours d’eau d’une assez grande longueur.

Ouad Tansikht. — Il a son confluent au-dessus d’Aït Oussiḥi ; c’est un cours d’eau assez long, mais ne traversant que le désert.

Ouad Alemta. — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ Aït Mimoun ; il ne traverse que le désert, bien qu’assez long. Alemta est le nom d’une montagne d’où descendent plusieurs rivières.

Ouad Tasminert. — Il a son confluent entre Aqebt et Oulad Mesạd. Il vient du Khela Tasminert et demeure pendant tout son cours dans le désert.

Ouad. . . . . — Il a son confluent au-dessus de Zaouïa Amadaṛ ; il ne traverse que le désert.

Ouad Mhit. — Il a son confluent au-dessus de Timskalt. Il ne traverse que le désert.

Ouad. . . . . . — Il a son confluent sous Zaouïa el Feggouç. Il ne traverse que le désert.

Ouad Nfid. — Il a son confluent sous Qaçba el Kạba. Il ne traverse que le désert.

Ouad El Betha el Beïda. — Il a son confluent au-dessus de Taṛzout. Il ne traverse que le désert.

Ouad Grenzar. — Il a son confluent au-dessus d’El Meqaṭra. Il ne traverse que le désert.

Ouad Abd Allah. — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ el Ḥadjer. Il ne traverse que le désert.

Ouad Mergou. — Il a son confluent au-dessus d’El Ạroumiat. Il ne traverse que le désert.

Ouad el Feïja. — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa el Baraka : c’est un cours d’eau long, mais désert.

Ouad el Miet. — Il a son confluent au-dessous d’Oulad Brahim. Il ne traverse que le désert.

Ouad Zerri. — Il a son confluent au-dessus d’Anagam. Il ne traverse que le désert.

Affluents de la rive gauche :

Ouad Idili. — Il a son confluent au-dessous de Tiniṛil. Il prend sa source dans le Saṛro : le cours en est désert.

Ouad Tara Melloul. — Il a son confluent au-dessous de Taleouin. Le cours en est désert.

Ouad Abdi. — Il a son confluent au-dessus de Talat : il ne traverse que le désert. Il prend sa source dans le Djebel Kisan et n’est qu’un ravin très court : au contraire, les cours d’eau précédents sont longs.

Ouad Aït Aïssa ou Daoud. — Il a son confluent au-dessous d’Aït Khelfoun ; il ne traverse que le désert.

Ouad Tangarfa. — Il a son confluent au-dessous d’Aït Khelfoun : il ne traverse que le désert, et se jette au-dessous du cours d’eau précédent.

Ouad Ousreït. — Il a son confluent au-dessous d’Abernous ; il ne traverse que le désert.

Ouad Tamellalt. — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa Sidi Dris ; il ne traverse que le désert.

Ouad. . . . . . — Il a son confluent entre Taaqilt et Ifriouin ; il ne traverse que le désert.

Ouad. . . . . . — Il a son confluent entre Ifriouin et Timesla ; il ne traverse que le désert.

Chaba Moulei Iaqob. Il — a son confluent au-dessus d’Aït Ạbd Allah ou Mimoun ; il ne traverse que désert.

Chaba Moulei Bou Fers. — Il a son confluent au-dessus d’Akhellouf ; il ne traverse que le désert.

Chaba. . . . . . . . — Il a son confluent au-dessus d’El Douirat. Il ne traverse que le désert. Ce cours d’eau, ainsi que les quatre précédents, prend sa source dans le Khela Bou Zeroual.

Chaba. . . . . . . . — Il a son confluent sous Tafroust ; il ne traverse que le désert. On appelle Tazenakht l’endroit où il se jette dans le fleuve.

Ouad el Miet. — Il a son confluent sous Bou Zergan : c’est une rivière longue ; elle ne traverse que le désert.

Ouad el Farer. — Il a son confluent entre Zegoura et Zaouïa el Ftaḥ. Il prend sa source à Foum Tenia Tafilelt. Il ne traverse que le désert.

La plupart des rivières que nous venons d’énumérer sont presque toujours à sec.

3o. — BASSIN INFÉRIEUR DU DRA.

L’Ouad Dra, des derniers palmiers d’El Mḥamid à l’Océan, coule dans le désert. Sur sa rive droite, c’est une plaine ondulée s’étendant jusqu’au Bani, plaine rayée par endroit de collines basses, et partout telle que nous l’avons vue au sud de Tintazart. Sur la rive gauche, on trouve, après avoir gravi un talus, une plaine semblable à celle de droite : sol ondulé, avec de petits cours d’eau, et de la végétation au printemps. On appelle ces deux plaines les Feïja. La dernière a, en moyenne, une journée de marche en profondeur ; un nouveau talus, visible de Tatta, la borne au sud. Si l’on monte sur ce talus, on trouve le ḥamada, vaste plateau où rien ne borne plus l’horizon : sol plat, dur et pierreux, sans eau ni végétation. Le ḥamada s’étend au loin vers le sud : c’est le commencement du grand désert.

Si les bords du fleuve ne sont pas habités, les trois déserts qui l’entourent servent de terrains de parcours à diverses tribus nomades ; ce sont :

Les Tajakant, tribu religieuse, dont tous les membres sont marabouts. Elle est établie dans le ḥamada, au sud des Ida ou Blal et des Aït ou Mrîbeṭ ; elle a des tentes, et un qçar, Tindouf.

Les Arib, tribu nomade possédant un qçar, Zạïr, et des tentes : leurs campements s’étendent parfois fort loin, dans le ḥamada à l’est des Tajakant, dans la Feïja méridionale en face des Berâber, et dans le désert compris entre le sud du Tafilelt et le sud du Dra : d’ordinaire ils sont massés au sud du Debạïa. Cette tribu, jadis considérable, est déchue aujourd’hui de son antique puissance. Les Ạrib se disent Arabes : ils sont blancs de peau et ne parlent que l’arabe.

Les Berâber, ou du moins certaines parcelles d’entre eux, surtout des portions des Aït Ạlouan (les Aït Ạlouan font partie des Aït Atta) ; ils campent dans la Feïja septentrionale, en face de la région occupée par les Ạrib ; ils ont pour limites : au nord le Bani, à l’est et au sud l’Ouad Dra, à l’ouest les Ida ou Blal.

Les Ida ou Blal ; ils occupent les deux Feïja, celle de la rive gauche comme celle de la rive droite, entre les Ạrib et les Berâber à l’est et les Aït ou Mrîbeṭ à l’ouest.

Les Aït ou Mrîbet ; ils occupent aussi les deux Feïja, entre les Ida ou Blal d’une part, et de l’autre des tribus du Sahel sur lesquelles je n’ai pu recueillir de renseignements.

Au milieu de ces tribus nomades, on ne trouve que cinq qçars, isolés dans le désert ; ce sont :

Tindouf, sur le ḥamada, au sud de l’Ouad Dra. Ce qçar, de fondation récente, appartient aux Tajakant. Il est important comme centre religieux et plus encore comme point de départ et d’arrivée de caravanes annuelles du Soudan.

Zaïr, sur la rive gauche du Dra, à quelque distance de son lit. Ce qçar a été construit, il y a peu d’années, par les Ạrib. La population, appartenant toute à cette tribu, en est d’environ 500 fusils. Il est arrosé par des sources et possède quelques plantations de dattiers. Sa distance au lit du Dra est celle de Tamnougalt à Ouriz ; sa distance au qçar le plus méridional d’El Mḥamid est celle de Tesaouant à Ouriz.

Qçar Khsa, situé sur la rive droite du Dra, à 3 ou 4 heures de son lit. Il appartient aux Khsa, fraction des Oulad Iaḥia ; la population en est d’environ 400 fusils ; il est arrosé par un canal qui lui apporte l’eau du Dra ; point de dattiers. Sa distance à Zạïr est deux fois celle de Tamnougalt à Ourika ; sa distance à l’Ouad Dra est à peu près la même.

El Mhazel, sur la rive droite du Dra, à une certaine distance de son lit. C’est un grand qçar de 400 feux habité par les Aït Sidi Ạbd en Nebi, marabouts descendant du saint de ce nom, dont la qoubba est dans le qçar : la zaouïa est importante. El Mḥazel est arrosée par des sources ; point de dattiers. Elle est au sud-ouest de Qçar Khsa, à une distance qui est une fois et un tiers celle de Tesaouant à Tamnougalt.

Mrimima, où nous avons séjourné.

A côté de ces tribus nomades et de ces quelques qçars, se trouvent deux petits groupes de marabouts vivant côte à côte sous la tente, en des lieux invariables, au nord du Debạïa : avec eux finit la liste des populations qui occupent les déserts du Dra inférieur. Ces deux groupes sont :

Oulad Sidi Amer, marabouts campant à quelque distance au nord du Debạïa, dans les collines de Soussia.

Mrabtin Hamirin, marabouts campant non loin des précédents, dans les mêmes collines de Soussia.

Ainsi que nous l’avons dit en parlant des mạders, l’Ouad Dra est presque toujours à sec dans son cours inférieur : certaines années seulement, ses eaux dépassent El Mḥamid et s’écoulent jusqu’à la mer ; encore cette crue ne dure-t-elle que quelques jours. En dehors de ces rares périodes, il n’a point d’eau, sauf le peu que lui apportent en temps de pluie ses principaux affluents. Son lit est, dans cette portion, presque partout sablonneux : ce fond, lorsqu’il est arrosé, devient très fertile : il produit une végétation abondante et, si on l’ensemence, de superbes récoltes. Ces parties cultivables du Dra sont, d’abord, le Debạïa ; puis, plus bas, différents tronçons portant le nom de mạder. Le Debạïa et les mạders sont seuls labourables dans le Dra inférieur : le reste est stérile.

Le DEBAIA. — Le Debạïa est une plaine de sable, longue de 2 jours de marche et large de 1 jour 1/2. L’Ouad Dra passe au milieu, la traversant dans sa longueur. Une partie de cette plaine se cultive chaque année : les tribus voisines s’en sont partagé les terres ; tous les automnes, elles viennent y passer deux ou trois semaines, arrosent au moyen de canaux dérivés du Dra, et labourent ce qu’elles peuvent. Si l’année est pluvieuse et la crue forte, les eaux du fleuve couvrent tout le Debạïa durant plusieurs jours : sinon, les canaux seuls s’emplissent : enfin, s’il a fait très sec, l’eau manque entièrement et la semence est perdue. Les tribus qui cultivent dans le Debạïa sont : les Ạrib, les Aït Ạlouan (Aït Atta), les Khsa (Oulad Iaḥia), les Oulad Chaouf (Oulad Iaḥia), les Nesasda (Oulad Iaḥia), les Aït Ạbd en Nebi, les Oulad Sidi Ạmer, les Mrabṭîn Ḥamirin.

Le Debạïa a son extrémité orientale à hauteur de Zạïr.

Les MADER. — Il y a une grande différence entre le Debạïa et les mạders : le premier est une plaine traversée par le Dra, les seconds sont le lit même du fleuve ; l’un est arrosé par les eaux propres du Dra, les autres ne le sont habituellement que par celles de ses affluents ; le Dra forme celui-là, les rivières qui s’y jettent produisent ceux-ci. Le Debạïa est situé de telle façon qu’il reçoit tout l’excédant des eaux du Dra. Les mạders sont chacun au confluent d’un tributaire du fleuve et se fertilisent du surplus de leurs eaux. Point de cours d’eau important se jetant dans le Dra qui n’y forme un mạder ; point de mạder qui ait une origine différente. Plus la rivière est forte, plus la portion arrosée est considérable, plus le mạder est grand. Ces différents mạders sont séparés entre eux et du Debạïa par des portions stériles ; parfois, dans les grands mạders, les cultures sont entrecoupées de courts tronçons impropres au labourage.

Nous n’avons plus à décrire les mạders, auxquels nous avons fait une visite racontée plus haut : les eaux du haut Dra, arrêtées au Debạïa, y viennent rarement : on ne compte point sur elles pour la récolte, la terre s’arrosant assez par l’eau qu’y déversent les rivières qui les forment. On y cultive de l’orge, un peu de blé et du maïs. Ce dernier devient d’une taille prodigieuse : les tiges en sont, dit-on, plus hautes qu’un cavalier monté ; les épis en ont près d’une coudée de long. Les années 1878, 1879, 1880, on a cultivé les mạders ; on ne l’a point fait en 1881 ni en 1882 : on n’ensemence que quand des nuages apparaissent en automne, donnant l’espoir d’un hiver pluvieux, non qu’on ait besoin de pluie dans les mạders mêmes, mais il faut qu’il en tombe dans la montagne pour remplir les rivières qui les arrosent.

Il y a six mạders : le Mạder Ida ou Blal, le Mạder Tatta, le Mạder Aqqa, le Mạder Tizgi, le Mạder Icht, le Mạder Imi Ougadir ; ces mạders sont séparés entre eux par des portions stériles plus ou moins longues. Le premier est arrosé par les ouads Zgiḍ et Kheneg eṭ Ṭeurfa, les cinq derniers par les rivières qui leur ont donné à chacun leur nom. Les Ida ou Blal et les habitants de Tisint labourent le Mạder Ida ou Blal ; les Ida ou Blal, les gens de Tatta et les Aït ou Mrîbeṭ, le Mạder Tatta ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens d’Aqqa, le Mạder Aqqa ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens des oasis voisines, les trois derniers. Dans le Mạder Ida ou Blal, le terrain est imprégné de sel ; l’eau, quand il y en a, est salée ; si l’on creuse des puits, c’est de l’eau salée qu’on trouve. Le meilleur des six mạders, comme terrain, est le Mạder Aqqa ; le plus vaste de beaucoup est le Mạder Ida ou Blal. Ce dernier se divise en plusieurs portions ayant des noms distincts et séparées entre elles par de courts espaces stériles : voici ces portions dans l’ordre où elles se présentent lorsqu’on descend le fleuve :

Zbar[114] } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Aqqa Iṛen. Zouaïa } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Aqqa Igiren. Bou Ḥalg } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Trit. Tingaï } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Trit. Steïla } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Qaçba el Djouạ à Trit. Djemạ } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. Bel Lebḥan } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Qaçba el Djouạ à Trit. Bou Ṛioul } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Aqqa Aït Sidi. Chelkha Djedeïd } id. Rist Djedeïd } id. Bou Arbạïn } id. Ḥedeb Bou Naïla } id. Khrouf } id. Bou Ạbd Allah } id. Ta Bou Ạbd Allah } id. Ṭiba Maṛnia } id. Qçar Chạïr } id. Lebdia

Distances : de Zbar à Tingaï comme de Tintazart à Qaçba el Djouạ.

de Tingaï à Rist Djedeïd comme de Tintazart à Aqqa Igiren.

de Rist Djedeïd à Lebdia comme de Tintazart à Qoubba Sidi El Ḥoseïn.

de Tisint à Tingaï comme de Tisint à Kheouïa.

de Tisint à Zbar comme de Tisint à Kheouïa.

Quant au Mạder Tatta, il est d’une pièce et n’est coupé d’aucune place stérile : la longueur en est égale à la distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. Il est séparé de Lebdia, dernier point du Mạder Ida ou Blal, par un désert : il faut, pour parcourir ce dernier, le même temps que pour aller de Tisint à Aqqa Igiren.

=AFFLUENTS.= — D’El Mḥamid au Sahel, l’Ouad Dra reçoit successivement un grand nombre d’affluents dont les principaux sont les suivants :

Affluents de la rive droite :

Ouad Hamsaïlikh.

Ouad Zgid, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal).

Ouad Bou Tamat, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal).

Ouad Henina, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal).

Ouad el Qcib, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal).

Ouad Kheneg et Teurfa, s’y jetant à Bou Arbạïn (Mạder Ida ou Blal).

Ouad Bent en Nas, s’y jetant à Khrouf (Mạder Ida ou Blal).

Ouad Tatta, s’y jetant à Areg Souir (Mạder Tatta).

Ouad Meskaou, s’y jetant à Souekh (Mạder Tatta).

Ouad Aqqa, s’y jetant à Qoubba Sidi Ạmara (Mạder Aqqa).

Ouad Tizgi el Haratîn, s’y jetant à Mạder Tizgi.

Ouad Icht, s’y jetant à Mạder Icht.

Ouad Imi Ougadir, s’y jetant à Mạder Imi Ougadir.

Affluent de la rive gauche :

Ouad Tangarfa, s’y jetant à Bel Lebḥan (Mạder Ida ou Blal) : cette rivière prend sa source dans le ḥamada : sur ses bords, déserts aujourd’hui, on voit les ruines d’un qçar depuis longtemps abandonné ; une légende prétend que les habitants en ont été chassés par les moustiques. Pas d’eau dans l’ouad, mais des puits d’eau douce en son lit.

Nous allons étudier séparément les divers cours d’eau tributaires de droite du Dra.

=I. — Ouad Hamsaïlikh.=

Ce n’est qu’un ruisseau, prenant sa source entre le Djebel Hamsaïlikh et le Djebel Mḥeïjiba et se jetant dans l’Ouad Dra un peu plus haut que l’Ouad Zgiḍ. Il ne coule que dans le désert.

=II. — Ouad Zgid.=

L’Ouad Zgiḍ est formé de deux rivières, l’Ouad Aṛlal et l’Ouad El Qabia : il ne prend son nom qu’à partir du confluent de ces deux cours d’eau, confluent situé un peu en amont du qçar de Smira. Il se jette dans l’Ouad Dra au Mạder Ida ou Blal, à Tingaï. Nous étudierons séparément l’Ouad Aṛlal, l’Ouad El Qabia et l’Ouad Zgiḍ.

1o OUAD ARLAL. — Il porte aussi, dans son cours supérieur, le nom d’Ouad El Gloạ. Il prend sa source dans le Petit Atlas et coule d’abord dans une vallée étroite, resserrée dans les flancs de cette chaîne. Il y arrose successivement les qçars suivants, qui appartiennent aux Oulad Iaḥia et forment la région appelée El Kheneg : ce sont, en descendant :

Bou er Rebiạ 40 fusils.

El Merjạ 50 —

Oulad Ḥammou

Oulad Ạḍim

El Geddara

El Gloạ 200 fusils.

(C’est jusqu’ici que l’Ouad Aṛlal porte souvent le nom d’Ouad El Gloạ ; au-dessous, on ne l’appelle qu’Ouad Aṛlal.)

Asemlil Qedîm

Asemlil Djedid

Assaka 30 fusils.

Agenf 30 —

Tagemt 30 —

Aṛlal 60 —

A Aṛlal, l’Ouad Aṛlal sort du Petit Atlas et entre dans la Feïja : cette Feïja est le prolongement de celle que nous avons traversée avant d’arriver à Tanziḍa, vaste étendue plate et sablonneuse, déserte, bornée au nord par les premières pentes du Petit Atlas, au sud par le Bani. La rivière y coule dans le désert jusqu’auprès de Smira, où elle s’unit à l’Ouad el Qabia.

Sur tous les cours d’eau du bassin de l’Ouad Zgiḍ, sans exception, on trouve des dattiers à chaque point habité : pas un village, pas un qçar, si petit qu’il soit, qui n’ait ses plantations de palmiers. Ces rivières sont aussi les mêmes en ce qui concerne leurs eaux : elles en ont aux lieux habités et rarement ailleurs.

Distances : de Smira à Aṛlal comme de Mrimima à Agadir Tisint.

de Smira à El Gloạ comme de Tazenakht à Iṛels.

2o OUAD EL QABIA. — Il porte aussi les noms d’Ouad Ouinjgal et d’Ouad Alougoum. Il prend sa source dans le désert de Tarouni. Ce désert a une longueur d’une journée de marche : il commence à Tazenakht et finit à Ouinjgal ; le sol en est rocheux et pierreux, sans aucune végétation. La vallée de l’ouad est d’abord encaissée entre les pentes du Petit Atlas et étroite : on trouve successivement sur son cours, en le descendant, les qçars suivants :

Ouinjgal, Ouagginekht, Taouinekht (2 qçars), Zaouïa Sidi Blal, Tagergint, Amazzer, Aït Ạïssa, Aït Mrabeṭ, Talat, Tastift, Foum el Ouad, Talilt, Aït Ṭaleb, Tiṛremt (Aït Ṭaleb et Tiṛremt ont ensemble 200 fusils).

Les premiers qçars, jusqu’à Foum el Ouad inclus, forment le territoire des Aït ou Ḥamidi ; les trois derniers forment celui d’Alougoum ; tous ensemble sont ce qu’on appelle le pays de Qabia. La population d’El Qabia, après avoir été longtemps alliée aux Oulad Iaḥia, s’est mise de sa propre volonté sous l’autorité du Zanifi ; cette région est donc regardée aujourd’hui comme faisant partie des États de ce dernier.

A Tiṛremt, l’Ouad El Qabia sort du Petit Atlas et entre dans la Feïja : il y demeure, dans le désert, jusqu’au point où il s’unit à l’Ouad Aṛlal.

D’Ouinjgal à Tiṛremt, les bords de l’ouad sont garnis de cultures, d’habitations et de dattiers formant une bande continue qui s’interrompt en un seul endroit, entre Taouinekht et Zaouïa Sidi Blal. Entre ces points, les deux rives sont stériles et inhabitées : c’est un désert d’une heure de longueur.

Pas de marché dans le Qabia.

Distances : de Tazenakht à Ouinjgal 1 jour.

d’Ouinjgal à Tastift 1/2 jour.

de Tastift à Tiṛremt 1 heure 1/2.

d’El Mḥamid à El Qabia comme de Tisint à Mrimima

d’Oulad Djerrar à El Qabia (par Smira) 1 jour.

d’El Mḥamid à l’Alougoum (en coupant au court 1/2 jour. par la Feïja)

3o =OUAD ZGID.= — Il coule d’abord dans la Feïja. A hauteur du confluent dont il résulte se trouvent trois petits qçars entourés chacun de nombreux palmiers, massés en un seul groupe, à 4 ou 5 kilomètres de distance de son lit, sur sa rive gauche : ce sont, en descendant :

Oulad Meraḥ 70 fusils.

El Kheouïa

Nkheïla 150 fusils.

Ces trois qçars appartiennent aux Oulad Iaḥia (fraction des Oulad Ḥellal).

A quelques pas au-dessous du confluent où il prend naissance, l’Ouad Zgiḍ entre dans l’oasis de Zgiḍ : il y arrose successivement les qçars suivants :

Smira rive 70 fusils. gauche

Oulad Ḥammou rive gauche

Oulad Ḥamida rive gauche

Oulad Djemạ rive gauche

El Mḥaroug rive 20 fusils. gauche

Oulad Bou rive Qdir gauche

El Ṛouanem rive gauche

Amzou rive 50 fusils. gauche

El Mḥamid rive 150 — droite

Agroud rive gauche

Tamzaourout rive 30 fusils. droite

Amzaourou rive 30 — droite

Aqqa rive droite

Bou Delal rive 30 fusils. gauche

Mḥinch rive 400 — droite

Bou Gir rive 40 — gauche

Oulad Belqas rive droite

Oulad Djerrar rive gauche

Tabia en } Nkheïla } } compris sous le nom de rive 150 fusils. } Tabia n Boro gauche Tabia Djedida }

Ces qçars sont échelonnés dans la Feïja au bord même de l’ouad ; de Smira à Tabia en Nkheïla, les rives de celui-ci sont, sans interruption, bordées de dattiers. L’oasis de Zgiḍ ne comprend pas d’autres qçars que ceux qui viennent d’être mentionnés : elle appartient à deux fractions des Oulad Iaḥia, les Oulad Ḥellal possédant tout ce qui est sur la rive gauche, l’Ahel El Mḥamid possédant tout ce qui est sur la rive droite. L’oasis de Zgiḍ se trouve, comme celles de Tisint, de Tatta, d’Aqqa, au pied du Bani, auprès d’un kheneg par où s’écoule la rivière qui l’arrose ; mais, au lieu d’être au sud du Bani comme Tisint et Aqqa, elle est au nord comme Tanziḍa, comme une partie de Tatta. Pas un seul qçar du Zgiḍ n’est au sud de la chaîne.

Un marché dans le Zgiḍ, le tenîn de Smira.

Immédiatement au-dessous de Tabia en Nkheïla, la Feïja finit, et l’Ouad Zgiḍ traverse le Bani au kheneg dit Foum Zgiḍ. De là, il entre dans une vaste plaine déserte où il coule jusqu’au village isolé de Mrimima. De ce point à son confluent avec le Dra, à Tingaï, son cours se continue dans la même plaine, aussi unie et aussi déserte qu’auparavant ; à l’approche de l’Ouad Dra, elle prend le nom de Ṭerf eḍ Ḍel et devient sablonneuse : dans cette partie, les eaux de l’Ouad Zgiḍ la fertilisent et elle produit de belles moissons. Cette plaine de Ṭerf eḍ Ḍel est analogue à celle de Medelles, que nous avons visitée, et est, comme elle, séparée du lit du Dra par un mince bourrelet rocheux.

Distances : de Mrimima à Oulad Djerrar. 1 jour.

de Tisint à Tabia n Boro (par la Feïja) 3/4 de jour.

de Tabia n Boro à Mḥinch 3/4 d’heure.

de Mḥinch à El Mḥamid 1/2 heure.

d’El Mḥamid à Tabia en Nkheïla 3 heures.

Il y a deux mellaḥs dans le bassin de l’Ouad Zgiḍ ; l’un dans le Zgiḍ, l’autre dans l’Alougoum.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Zgiḍ a trois affluents principaux, tous sur sa rive droite ; ce sont : l’Ouad Tlit, s’y jetant à El Mḥamid ; l’Ouad el Feïja, s’y jetant aussi à El Mḥamid, quelques pas plus bas ; l’Ouad Tisint, s’y jetant à environ 2 kilomètres au-dessous de Mrimima.

OUAD TLIT. — L’Ouad Tlit prend sa source dans le Khela Ikis, désert montagneux, rocheux, sans végétation : sa vallée, enfermée entre les pentes du Petit Atlas, est d’abord fort étroite : il y arrose successivement les qçars suivants :

Amdzgin, Tafrouqt (Zaouïa Sidi Merri), Argemmi, Tagadirt, Taourirt n Ouzenag, Seroub (marabouts), Qioud, Taourirt n Tilles, Agred, Imi n Tlit, Aoufelgach.

Ces qçars, avec ceux que nous mentionnerons plus loin sur l’Ouad Temgissin, forment tout le territoire du Tlit. Il est sous l’autorité du Zenâgi, à l’exception d’Argemmi, de Tagadirt et d’Aoufelgach qui se sont rangés sous celle du Zanifi.

A Aoufelgach, l’Ouad Tlit sort de la montagne et entre dans la Feïja : il y coule dans le désert jusqu’à son confluent avec l’Ouad Zgiḍ, à El Mḥamid.

Point de marché dans le Tlit. Une zaouïa importante, celle de Sidi Merri, à Tafrouqt : là se trouve le tombeau de ce saint ; il est très vénéré : c’est tout ce qui reste de Sidi Merri ; il n’existe plus de descendant de lui dans la zaouïa.

Distances : de Temdaouzgez au désert d’Ikis (à travers le 3 heures. désert d’Ifenouan)

longueur du désert d’Ikis 3 heures.

de Temdaouzgez au Tlit 1/2 jour.

d’Amdzgin à Imi n Tlit 3 heures.

d’Imi n Tlit à Aoufelgach 1 heure.

d’Aoufelgach à El Mḥamid 1/2 jour.

AFFLUENTS. — L’Ouad Tlit a un affluent, l’Ouad Temgissin, se jetant sur sa rive droite à Imi n Tlit.

=Ouad Temgissin.= — Il coule entre les pentes du Petit Atlas. Dans son cours inférieur, il arrose successivement les trois qçars que voici ; ils font partie du Tlit :

Temgissin, Aït Maouas, Imaraten.

Le premier reconnaît l’autorité du Zanifi ; le dernier, celui de l’Azdifi ; quant à Aït Maouas, c’est un qçar de marabouts : il est indépendant.

Distance : d’Imi n Tlit à Temgissin 3 heures.

OUAD EL FEIJA. — Il prend sa source dans la Feïja, entre Tanziḍa et Zgiḍ. Un seul point habité sur son cours, le qçar d’Erḥal.

OUAD TISINT. — Cette rivière, aussi importante que l’Ouad Zgiḍ lui-même, fera l’objet d’un article spécial.

=REMARQUE SUR LA TRIBU DES OULAD IAHIA.= — La vaste région comprise entre le Bani au sud, le Dra à l’est, les abords du Ouarzazât au nord, les Aït Tigdi Ouchchen, les Aït Ạmer, les Zenâga, les Ida ou Blal à l’ouest, forme le territoire des Oulad Iaḥia : on voit que presque tout le bassin de l’Ouad Zgiḍ y est renfermé. Les Oulad Iaḥia sont une nombreuse et puissante tribu de nomades, habitant la plupart sous la tente, mais ayant aussi un certain nombre de qçars : ces qçars sont, les uns dans le bassin de l’Ouad Zgiḍ, les autres plus au nord, sur de petits affluents du Dra, enfin un certain nombre sur le Dra (Aït Zeri, Ternata). Ils se disent de race arabe. Leur langue est l’arabe, mais beaucoup d’entre eux savent le tamaziṛt. Ils sont très blancs de peau ; leur type ressemble à celui des Ida ou Blal ; leurs femmes sont d’une beauté remarquable. Dans leurs vêtements, ils se rapprochent plutôt des Chellaḥa que des Ida ou Blal : moins de khent, moins de bernous blancs que ces derniers : des khenîfs, des bernous gris et bruns, des haïks rayés de diverses couleurs. Les femmes ont le costume qu’on porte à Tisint et chez les Ida ou Blal.

Les Oulad Iaḥia réunis forment environ 3000 à 3500 fusils. Ils sont sous le commandement d’un chikh unique, Chikh El Ạrabi ben Ọtman, dont la famille exerce depuis un temps immémorial le pouvoir suprême sur toute la tribu. Chikh Ben Ọtman réside sur les bords du Dra dans le qçar appelé indifféremment Qcîba Chikh El Ạrabi, ou Aït Ọtman (Aït Zeri). Chikh El Ạrabi est indépendant et n’a aucune relation avec le sultan. Son pouvoir est très efficace sur des rives du Dra : il va s’affaiblissant à mesure qu’on s’éloigne d’elles. Le chikh est en ce moment en paix avec ses voisins ; c’est une exception : il est presque toujours en guerre avec eux, surtout avec le Zanifi et le Mezgîṭi. Chikh El Ạrabi a sous son autorité non seulement tous les Oulad Iaḥia, mais encore le district du Tinzoulin et le grand qçar de Timesla, peuplés l’un et l’autre de Draoua.

Trois centres religieux ont une grande influence sur les Oulad Iaḥia : ce sont les zaouïas de Mrimima (Zaouïa Sidi Ạbd Allah Oumbarek), de Tamegrout (Zaouïa Sidi Ben Nacer) et de Bou Mousi (Sidi Ạli ou Ạbd er Raḥman). Les marabouts de Bou Mousi sont ceux qu’ils vénèrent d’une façon spéciale, ceux auxquels ils remettent chaque année leur principale redevance religieuse.

Les Oulad Iaḥia se décomposent en :

Oulad Bechiḥ (habitant l’Ouad Dra : les Aït Zeri en sont une fraction) ;

El Kạba (qçars dans le Tinzoulin et désert) ;

Oulad Kerzab (qçar de Melal dans le Ternata et désert) ;

Nesasda (Rebaṭ el Ḥadjer, Qaçba Ạli ou Mousa, Cheradna dans le Ternata et désert) ;

Oulad Chaouf (Tignit dans le Ternata et désert) ;

Khsa (Tansiṭa Fouqania, Qçar Khsa et désert) ;

Oulad Ạïssa (qçars de l’Ouad El Gloạ et autres, et désert) ;

Kerazba Tleuḥ (Iliṛ, El Kheouïa, Ansig et désert) ;

Nesoula (désert entre Tisint et Zgiḍ) ;

Oulad Ḥellal (Zgiḍ et désert) ;

Ahel El Mḥamid (Zgiḍ et désert) ;

Aït Ḥammou (qçars d’Ouzdiin, de Tesaouant, d’El Feggara et désert).

=ITINÉRAIRES.= — 1o DE MRIMIMA AU TINZOULIN. — De Mrimima à Zgiḍ ; de Zgiḍ à Aït Ṭaleb (Alougoum), en passant par Smira ; puis Aṛlal, Agenf, Assaka, Asemlil, El Gloạ, El Merjạ, Bou er Rebiạ. De là on gagne Ijdouin[115] (zaouïa ; 60 feux), Aïnach (zaouïa ; 30 feux), El Feggara (qçar des Aït Ḥammou ; 400 fusils) ; enfin on arrive au Tinzoulin. On met en général 4 jours 1/2 pour faire ce chemin.

2o DE MRIMIMA A AIT OTMAN. — De Mrimima à Oulad Djerrar, 1 jour ; d’Oulad Djerrar à El Qabia (en passant par Smira), 1 jour ; d’El Qabia à Asemlil, 1 jour ; d’Asemlil à El Feggara, 1 jour ; d’El Feggara à Aït Ọtman, 1 grande demi-journée. On met donc, par ce chemin, qui est à peu près le même que le précédent, 4 jours 1/2 : c’est calculé à raison d’une marche de vitesse moyenne.

3o DE TAZENAKHT AU TLIT. — De Tazenakht, on gagne Temdaouzgez sur l’Ouad Azgemerzi. On passe sur la rive droite de cette rivière et on s’engage dans le désert d’Ifenouan, portion de la plaine des Zenâga, sol terreux où on laboure les années pluvieuses ; du Khela Ifenouan, on entre dans le Khela Ikis, en gravissant le talus rocheux qui limite la plaine des Zenâga. Le Khela Ikis est un désert pierreux, montagneux ; terrain difficile, point de végétation. On y marche jusqu’à Amdzgin, qçar le plus haut du Tlit. — On compte une 1/2 journée de marche de Temdaouzgez à Amdzgin, la moitié de la route s’effectuant dans le désert d’Ifenouan, l’autre dans celui d’Ikis.

4o DISTANCES DE MRIMIMA AU DRA. — En marchant bien, on va de Mrimima à Mḥamid el Ṛozlân en 2 jours 1/2, et de Mrimima à Qcîba Chikh Ben Ọtman (par le Zgiḍ) en 3 jours 1/2. De Mḥamid el Ṛozlân à Qcîba Chikh Ben Ọtman, on compte deux fortes journées.

=III. — Ouad Tisint.=

L’Ouad Tisint est un cours d’eau résultant de la jonction de trois rivières qui s’unissent au pied du Bani, à la porte du kheneg de Tisint. Ces trois rivières sont : 1o l’Ouad Tanziḍa, 2o l’Ouad Aginan, qui se joint au premier auprès d’un groupe de palmiers appelé Tamjerjt, à 700 mètres en amont d’Aqqa Aït Sidi, 3o l’Ouad Qaçba el Djouạ s’unissant aux deux précédents peu au-dessous de leur confluent, à Aqqa Aït Sidi.

Nous allons étudier séparément ces trois cours d’eau ; puis nous passerons à l’Ouad Tisint.

1o OUAD TANZIDA. — Cette rivière prend sa source dans la Feïja et n’a d’autre localité sur son cours que le qçar de Tanziḍa.

L’Ouad Tanziḍa, ainsi que tous les cours d’eau du bassin de l’Ouad Tisint, n’a d’eau qu’aux approches des lieux habités.

=AFFLUENTS.= — Il reçoit quatre affluents : l’un sur sa rive droite : c’est l’Ouad Agni, s’y jetant à Tanziḍa ; les trois autres sur sa rive gauche : ce sont les ouads Asengar, Agmour, Adres.

OUAD AGNI. — Il prend sa source au Tizi Agni et baigne le village d’Agni ; celui-ci est le seul point habité de son cours.

OUAD ASENGAR. — OUAD AGMOUR. — OUAD ADRES. — Ces trois rivières se jettent dans l’Ouad Tanziḍa dans l’ordre où nous les nommons, la première en amont, la dernière en aval, la seconde entre les deux autres. Les cours en ont très peu de longueur. Elles descendent toutes trois du Bani, et ont chacune sur leurs rives un qçar du même nom qu’elles, avec des plantations de palmiers : ces trois qçars sont des zaouïas ; ils sont indépendants et en dehors de toute tribu.

Distances : de Tanziḍa à Adres comme de Tisint à Qaçba el Djouạ.

d’Adres à Agmour comme de Tisint à Qaçba el Djouạ.

d’Agmour à Asengar comme de Tisint à Qaçba el Djouạ.

2o OUAD AGINAN. — Il prend sa source dans le désert de Tasṛirt. Puis il entre dans la tribu d’Ounzin : il y arrose successivement les qçars suivants :

Tamdrart (célèbre pour ses poteries ; on l’appelle aussi, à cause de cela, Qçar el Qdour).

Igerda, Taltgmout el Ḥaraṭîn, Lemdint.

Jusqu’ici il n’y avait pas de palmiers : au-dessous de Lemdint, il y en a en tous les lieux habités de la rivière :

Aseṛrar, Iṛil.

L’ouad sort après Iṛil de la tribu d’Ounzin et passe dans le district d’Aginan, où il arrose :

Doutourirt, Iferd Aginan (appelée aussi Fiirir), Azegza.

Ces trois qçars forment tout l’Aginan. Au-dessous d’eux, la rivière entre dans la tribu des Aït Bou Iaḥia ; elle en arrose deux des qçars, Kiriout, Timzourit.

Puis elle coule dans le désert et y reste jusqu’au point où elle s’unit à l’Ouad Tanziḍa.

Le territoire des Aït Bou Iaḥia se compose des deux qçars mentionnés et de quelques autres que nous énumérerons plus loin : celui du district d’Aginan ne comprend que les trois qui viennent d’être cités : celui de l’Ounzin en contient un grand nombre d’autres qui seront l’objet d’une mention spéciale : ces trois territoires ont pour population des Imaziṛen sédentaires, mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa, les derniers dominant : la langue y est le tamaziṛt. Les Aït Bou Iaḥia, l’Aginan et l’Ounzin sont tous vassaux des Ida ou Blal.

Distances : de Tisint aux Aït Bou Iaḥia comme de Tisint à Aqqa Izenqad.

des Aït Bou Iaḥia à l’Aginan comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi.

de l’Aginan à Aseṛrar comme de Tisint à Trit.

d’Aseṛrar à Lemdint comme de Trit à Qaçba el Djouạ.

de Lemdint à Igerda comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi.

d’Igerda à Tamdrart comme de Tisint à Trit.

=AFFLUENT.= — L’Ouad Aginan reçoit un affluent, l’Ouad Ignan n Ikis, se jetant sur sa rive gauche à quelque distance au-dessous de Timzourit.

OUAD IGNAN N IKIS. — Il prend sa source au Tizi n Haroun, dans le désert, sur le territoire des Zenâga. Il arrose en descendant trois qçars qui forment le reste du territoire des Aït Bou Iaḥia ; ce sont :

Ikis, Atrs n Ouafil, Tamessoult (Zaouïa Sidi Ạbd er Raḥman).

Il y a des palmiers en chacun de ces trois endroits, seuls lieux habités de la rivière.

Distance : d’Atrs n Ouafil à l’Aginan 1/2 journée.

3o OUAD QAÇBA EL DJOUA. — Il prend sa source dans le défilé qui se trouve entre le massif des Koudia Bou Tizen et le Bani ; il arrose trois qçars :

Qaçba el Djouạ, Trit, Aqqa Aït Sidi.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Qaçba el Djouạ reçoit trois affluents, tous sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Anbed Tesatift, s’y jetant à quelque distance au-dessus de Qaçba el Djouạ ; l’Ouad Ṭriq Targant, s’y jetant à Qaçba el Djouạ ; l’Ouad Aqqa Iṛen, s’y jetant à Trit.

OUAD ANBED TESATIFT. — Il prend sa source au col appelé Kheneg Tesatift et coule sans cesse dans le désert.

OUAD TRIQ TARGANT. — Il prend sa source à un col situé entre son bassin et celui de l’Ouad Targant ; le cours en est désert.

OUAD AQQA IREN. — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt. Il arrose ensuite un groupe de deux qçars faisant partie de la tribu d’Ounzin : ce groupe de deux qçars s’appelle Aït Mançour.

Après Aït Mançour, il sort du territoire des Ounzin et entre dans le désert, où il demeure jusqu’à Aqqa Iṛen.

D’Aqqa Iṛen, le cours, traversant la Feïja, est de nouveau désert jusqu’à Trit.

A Trit, Aqqa Iṛen, Aït Mançour, il y a des dattiers.

Toutes les tribus ou fractions cantonnées sur cette rivière sont vassales des Ida ou Blal.

Distances : de Trit à Aqqa Iṛen comme de Tisint à Qaçba el Djouạ.

d’Aqqa Iṛen à Aït Mançour comme de Tisint à Kheneg Tesatift.

4o =OUAD TISINT.= — Nous connaissons déjà le cours de l’Ouad Tisint qui, commençant à Aqqa Aït Sidi, traverse aussitôt après le kheneg appelé Foum Tisint, puis arrose l’oasis de Tisint ; des 5 qçars de celle-ci, un seul, Agadir, est sur ses rives mêmes. En sortant des palmiers de Tisint, la rivière entre dans le désert et y reste jusqu’au moment où elle se jette dans l’Ouad Zgiḍ. Auprès de son confluent, dans le voisinage de Mrimima, l’aspect en est le suivant : 150 mètres de largeur ; lit de galets et de sable ; au milieu est une bande verte, large de 50 mètres, tamarix et gazon : là serpente d’habitude un peu d’eau : au mois de janvier 1884, la nappe avait 10 mètres de large et 20 centimètres de profondeur ; de plus, en divers endroits, se trouvaient des ṛedirs : berges en pente douce de 3 à 4 mètres de haut.

Il n’y a point d’Israélites dans le bassin de l’Ouad Tisint.

=REMARQUE SUR LA TRIBU D’OUNZIN.= — La tribu d’Ounzin, qu’on appelle aussi quelquefois Iounzioun, compte environ 1,200 feux : ils sont répartis en un grand nombre de villages situés sur les deux versants du Petit Atlas. Ces villages sont :

Sur le versant sud, ceux que nous avons énumérés sur les cours des ouads Aginan et Aqqa Iṛen, et un, Tisfrioui, sur l’Ouad Targant.

Sur le versant nord (bassin du Sous) :

Tamda Aïtbir, El Ạïn Ounzin (appelé aussi Imi el Ạïn), Iṛanim, El Ḥouaïdj Imersi (2 qçars), Imoula (grand qçar), Anisi (ou Inisi), Agouidir, Anamer, Ioulioul, Ould Faṭma Ḥammou, Tamellakout, Tamjerjt, Agerd n Oulili, Aït Ḥamed, Taïfst.

Nous avons énuméré ces qçars en commençant par les plus septentrionaux et en finissant par les méridionaux. Aucune rivière ne les arrose ; ils ne sont alimentés que par des sources.

Pas de marché dans l’Ounzin : les habitants vont à l’Arbạa Ammeïn et au Ḥad Imtaoun.

Point de Juifs.

Cette tribu se trouve sur la route menant des Zagmouzen à Tisint. Elle est limitée au nord par les Seketâna, au sud par l’Aginan et les Aït Bou Iaḥia.

=ITINÉRAIRES.= — 1o DES ZAGMOUZEN A L’AGINAN. — On va d’abord au ḥad des Seketâna : de là, on gagne le territoire des Imadiden. Des Imadiden on entre dans le désert de Talaṛt Imadid, long d’une heure de marche ; puis on passe dans la tribu d’Ounzin à Tamda : de Tamda, on va à El Ạïn. Entre El Ạïn et l’Ouad Aginan s’étend le désert de Tasṛirt, long d’une journée : on le traverse. En en sortant, on aboutit à Taltgmout, qçar des Ounzin sur l’Ouad Aginan : on descend ce cours d’eau jusqu’à l’Aginan.

2o DE L’AGINAN A TAMDA AITBIR (OUNZIN). — On remonte l’Ouad Aginan jusqu’à Tamdrart. Puis on le laisse et on gravit le flanc droit de sa vallée : après une forte montée, on parvient à un plateau, Areg Igni n Imerraden. C’est un désert. On le parcourt et on passe dans un autre appelé Tougdin, puis dans un troisième du nom de Taznout. Ces trois déserts font partie du Khela Tasṛirt. A l’extrémité du dernier se trouve le qçar d’El Ạïn Ounzin : de là, on gagne Tamda. Point de rivière depuis l’Ouad Aginan. El Ạïn est dans le bassin du Sous.

3o DE TISINT A TINFAT. — De Tisint, on va rejoindre l’Ouad Aginan et on le remonte jusqu’à Tamdrart. De là, on gagne le qçar d’Argoummi, puis celui d’Iṛri, puis un groupe de plusieurs qçars appelé Tinfat ; Argoummi, Iṛri et Tinfat font partie de la fraction d’Imskal de la tribu des Seketâna. Ils sont dans le bassin du Sous.

Distances : de Tamdrart à Argoummi comme de Tisint à Kheneg Tesatift.

d’Argoummi à Iṛri comme de Tisint à Qaçba el Djouạ.

d’Iṛri à Tinfat comme de Tisint à Trit.

4o DE TISINT A TAZOULI. — On va à Aqqa Iṛen : de là, on remonte l’Ouad Aqqa Iṛen jusqu’à Aït Mançour. On quitte la rivière et on gagne successivement les qçars suivants : Taïfst, Inisi, Imi el Ạïn, Tamda, Madida (groupe de plusieurs qçars), Ifri Madida, Imtaoun (groupe de 4 qçars) et Tazouli (groupe de 7 qçars) : tous sont dans le bassin de l’Ouad Sous ; tous, sauf ceux de Tazouli, ne sont arrosés que par des sources : depuis Aït Mançour, on ne rencontre aucun cours d’eau sur le chemin jusqu’à Tazouli : là on trouve une rivière, l’Ouad Tazouli, venant du pays des Zenâga et se jetant dans l’Ouad Aït Semmeg.

Taïfst, Inisi, Imi el Ạïn, Tamda font partie de la tribu d’Ounzin. Madida et Ifri Madida font partie de la fraction des Imadiden, de la tribu des Seketâna. Toutes ces localités, jusqu’à Tazouli, sont tributaires des Ida ou Blal.

Distances : d’Aït Mançour à Taïfst comme de Tisint à Qaçba el Djouạ.

de Taïfst à Inisi comme de Tisint à Trit.

d’Inisi à Imi el Ạïn comme de Tisint à Aqqa Iṛen.

d’Imi el Ạïn à Tamda comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi.

de Tamda à Madida comme de Trit à Aqqa Aït Sidi.

de Madida à Ifri Madida comme de Tisint à Aqqa Aït Sidi.

d’Ifri Madida à Imtaoun comme de Tisint à Trit.

d’Imtaoun à Tazouli comme de Tisint à Qaçba el Djouạ.

=IV. — Ouads Bou Tamat, Henina, el Qcib, Kheneg et Teurfa, Bent en Nas.=

1o OUAD BOU TAMAT. — Il prend naissance à l’ouest de Tisint, sur le versant sud du Bani : près de sa source, il passe à Qoubba Sidi Ạli ou Ạzza, mausolée entouré de palmiers : un cherif, gardien du sanctuaire, habite seul ce lieu. De là, l’Ouad Bou Ṭamat va se jeter dans le Dra à Tingaï.

Distance : de Sidi Ạli ou Ạzza à Agadir Tisint comme d’Agadir Tisint à Trit.

2o OUAD HENINA. — La source en est à l’ouest de celle de l’Ouad Bou Ṭamat, sur les pentes méridionales du Bani. Le cours en est parallèle à celui de l’Ouad Bou Ṭamat, mais ne traverse que le désert. L’Ouad Ḥenina se jette dans le Dra à Rist Djedeïd.

Aux environs de leurs sources, les ouads Ḥenina et Bou Ṭamat sont éloignés comme Tisint l’est de Trit.

3o OUAD EL QCIB. — Il prend naissance sur le versant sud du Bani, à l’ouest de l’Ouad Ḥenina. Entre les sources de ces deux rivières se trouve la distance d’Agadir Tisint à Aqqa Aït Sidi. L’Ouad el Qcib a son cours désert et se jette dans le Dra à Rist Djedeïd.

4o OUAD KHENEG ET TEURFA. — Il est formé de trois cours d’eau se réunissant à la porte du Kheneg eṭ Ṭeurfa ; ce sont : l’Ouad Aqqa Izen, l’Ouad Tesatift et l’Ouad Aqqa Igiren. Nous étudierons séparément ces trois rivières, puis nous passerons à l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa :

OUAD AQQA IZEN. — Cours d’eau sans importance ne traversant que le désert. Il prend sa source au Kheneg Aqqa Izen.

OUAD TESATIFT. — Cours d’eau sans importance, sans cesse dans le désert. Il sort du Kheneg Tesatift.

OUAD AQQA IGIREN. — Cette rivière ne porte en général ce nom qu’entre Aqqa Igiren et le Kheneg eṭ Ṭeurfa ; au-dessus, dans tout son cours supérieur, on l’appelle Ouad Targant. Elle prend sa source aux crêtes du Petit Atlas et arrose en descendant les qçars de Tisfrioui, Tisenna s Amin, Targant, Aqqa Igiren (groupe de deux qçars).

Toutes ces localités sont entourées de dattiers. La première compte comme faisant partie de l’Ounzin ; Tisenna s Amin, Targant, Aqqa Igiren sont isolées. Dans trois de ces lieux, la population est la même, mélange de Ḥaraṭîn et de Chellaḥa vassaux des Ida ou Blal. A Targant seule il n’en est pas ainsi : ce point, habité par des marabouts, est indépendant : Targant n’est d’ailleurs qu’un petit qçar, fort misérable.

L’Ouad Aqqa Igiren, comme tous ceux qui prennent leur source sur le versant sud du Petit Atlas, est partout à sec, si ce n’est aux points habités.

Distance : d’Aqqa Igiren à Targant 4 heures.

AFFLUENTS. — L’Ouad Aqqa Igiren ou Ouad Targant reçoit entre Tisenna s Amin et Targant, sur sa rive droite, un affluent important, l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob.

=Ouad Sidi Mohammed ou Iaqob.= — On l’appelle aussi Ouad Iliṛ : prenant sa source à la crête du Petit Atlas, non loin du col d’Azrar, il traverse d’abord, en descendant, les déserts où campent les Aït Jellal ; puis il arrose les qçars suivants :

Sidi Moḥammed ou Iạqob (zaouïa), Fedoukkes, Reken, Iliṛ.

Les deux derniers sont entourés de dattiers ; les premiers n’en ont point. Ces divers qçars sont isolés les uns des autres. Sidi Moḥammed ou Iạqob se trouve sur la rive gauche de l’ouad : c’est une zaouïa qu’habitent les descendants de Sidi Moḥammed ou Iạqob ; le tombeau de ce saint se trouve là. Les marabouts sont au nombre d’environ 80 ; on vient les visiter de fort loin. Ce point est un lieu de pèlerinage fréquenté par les gens de Tisint, de Tatta et d’Aqqa, et par les Zenâga.

Distances : de Toug er Riḥ à Iliṛ comme de Toug er Riḥ à Foum Asgig.

d’Iliṛ à Reken comme de Tisint à Trit.

de Reken à Fedoukkes comme 2 fois de Tisint à Aqqa Aït Sidi.

de Fedoukkes à S. Moḥammed ou Iạqob comme de Tisint à Aqqa Iṛen.

=OUAD KHENEG ET TEURFA.= — Il passe, après sa sortie du Kheneg eṭ Ṭeurfa à El Meḥagen (bas coteaux) ; puis à Ạïn Delal (bouquets de palmiers, sans habitations) ; à Ạïn Chebar (source) ; ensuite il entre dans la plaine semée de gommiers d’El Kheroua, à l’extrémité de laquelle il traverse le Kheneg el Gerzim : il descend de là à Gerzima (plaine de sable avec du sebt), puis arrose la plaine de Medelles et enfin se jette dans le Dra, dans la portion du Mạder Ida ou Blal appelée Bou Arbạïn.

AFFLUENTS. — L’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa a trois principaux affluents, deux sur sa rive droite et un sur sa rive gauche. Les premiers sont l’Ouad Toufasour, s’y jetant au Kheneg el Gerzim, et l’Ouad Asgig, s’y jetant au point même où il finit, à Bou Arbạïn. Celui de gauche est l’Ouad Djedari, s’y jetant au sud du Gelob, au pied de ce mont.

=Ouad Toufasour.= — Il prend sa source dans l’areg, au sud du Bani, à Aoumasin (bouquets de palmiers sans habitations), puis passe à Toufasour (quelques palmiers sans maisons) ; de là, il entre dans la plaine d’El Kheroua, où il se jette, au Kheneg el Gerzim, dans l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa. Le cours en est désert.

=Affluent.= — L’Ouad Toufasour reçoit un affluent, l’Ouad Mezarreb, se jetant sur sa rive gauche dans la plaine d’El Kheroua.

Ouad Mezarreb. — Il prend sa source aux collines d’El Mezarreb, au sud du Bani ; le cours en est désert.

=Ouad Asgig.= — Il prend sa source dans les collines qui sont au sud de Tatta ; le cours en est désert.

=Ouad el Djedari.= — Il prend sa source dans le flanc sud du Bani, entre l’Ouad el Qcib et le Kheneg eṭ Ṭeurfa. Le cours en est désert. Il se jette dans l’Ouad Kheneg eṭ Ṭeurfa au pied du Gelob, montagne nue, déserte et isolée qu’on voit de Rist Djedeïd : le massif du Gelob se trouve entre les deux rivières qui coulent, l’une contre son flanc est, l’autre contre son flanc ouest, et se réunissent à son extrémité sud. Le Gelob contient des mines d’antimoine.

5o OUAD BENT EN NAS. — L’Ouad Bent en Nạs, qu’on appelle aussi dans son haut cours Ouad Kheneg Zrorha, prend sa source un peu au nord du Kheneg Zrorha, traverse ce kheneg, s’engage dans la plaine de Bouddeïr, en sort par le Kheneg Bent en Nạs et enfin se jette dans le Dra au Khrouf. Le cours en est désert.

=AFFLUENTS.= — Il reçoit deux affluents, l’Ouad Ạïn es Seka, se jetant sur sa rive droite, et l’Ouad el Bouir, se jetant sur sa rive gauche.

OUAD AIN ES SEKA. — Il prend sa source dans la plaine de Bouddeïr, passe à Ạïn es Seka (source et bouquets de palmiers, sans habitations), puis à Arf el Mamoun (lieu désert), et enfin se jette dans l’Ouad Bent en Nạs.

OUAD EL BOUIR. — Il prend sa source à des puits situés à l’est de l’Ouad Bent en Nạs. Le cours en est désert.

=REMARQUE SUR LA TRIBU DES AIT JELLAL.= — Les Aït Jellal, qu’on appelle aussi quelquefois Oulad Jellal, sont une tribu nomade installée au nord des Ida ou Blal, avec qui ils sont presque toujours en guerre, quoiqu’ils leur paient une debiḥa. Ils sont, avec les Oulad Iaḥia, la seule tribu nomade campant sur le versant sud du Petit Atlas. Encore les Oulad Iaḥia ne sont-ils nomades qu’à demi et ont-ils bon nombre de qçars ; les Aït Jellal, au contraire, n’en possèdent pas un seul et ne vivent que sous la tente. Ils peuvent lever 800 à 900 fusils ; leurs campements habituels sont sur les bords de l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob, au-dessus de la zaouïa. Leurs limites sont : au nord la crête supérieure du Petit Atlas, à l’ouest les Isaffen, à l’est l’Ounzin, au sud les Ida ou Blal ; jamais ils ne descendent au-dessous d’Afra sur l’Ouad Tatta, d’Iliṛ sur l’Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob ; ils ne sortent pas de la montagne, où ils vivent du produit de leurs moutons et de leurs chameaux. Les Aït Jellal ne parlent qu’arabe. Comme les Ounzin, comme toutes les tribus de ces régions, ils sont indépendants. Les debiḥas comme les leurs ne sont en aucune façon des marques de dépendance.

=ITINÉRAIRE D’AQQA IGIREN A EL HOUAIDJ IMERSI.= — On part d’Aqqa Igiren ; on remonte l’Ouad Targant en passant par Targant, Tisenna s Amin et Tisfrioui, puis on le quitte et, continuant à marcher sur le territoire d’Ounzin où l’on est entré à Tisfrioui, on y traverse successivement les qçars d’Ould Faṭma Ḥammou, d’Agouidir, d’Imoula (très grand qçar) ; de là, on parvient à El Ḥouaïdj Imersi (2 qçars). Ces derniers qçars appartiennent à la tribu d’Ounzin ; ils ne sont arrosés que par des sources et n’ont point de dattiers ; ils sont dans le bassin du Sous.

=V. — Ouad Tatta.=

L’Ouad Tatta prend naissance à la crête du Petit Atlas, dans la tribu des Ida ou Kensous : cette tribu occupe la portion du plateau supérieur de la chaîne située au nord de cette rivière, les sources de celle-ci et son cours supérieur. L’Ouad Tatta arrose d’abord un certain nombre de villages des Ida ou Kensous, puis il passe dans la tribu de Tagmout ; il y baigne les qçars dont elle se compose. Là commencent les dattiers. Le Tagmout succède immédiatement aux Ida ou Kensous : point de désert entre eux. Au-dessous du Tagmout, au contraire, il y a un désert assez long. L’ouad le traverse et ensuite entre dans l’oasis de Tatta ; il y arrose successivement les qçars suivants :

Afra (qui se prononce aussi Ofra ; elle est formée de deux qçars : l’un, appelé Agadir Afra, ou Agadir el Hena, est sur le bord de la rivière ; l’autre est situé à quelque distance, sur les premières pentes du flanc droit : il porte le nom d’Afra Fouqania, ou d’Aït Ḥoseïn. C’est dans ce dernier que se trouve la qoubba de Sidi Moḥammed d Aït Ḥoseïn).

Aït Iasin (formée de deux qçars)

Taṛla rive droite.

Tiiti rive gauche.

Qaçba el Makhzen (ruines d’une qaçba depuis longtemps, rive droite. déserte)

Tigiselt rive gauche.

Agerzaggen rive gauche.

Tiiggan (à quelque distance de l’ouad, sur sa rive gauche)

Au-dessous de Tiiggan, l’ouad entre dans une vaste plaine, Areg Bou Ạjaj : à partir de là, il coule dans le désert et y reste jusqu’à son confluent avec le Dra, dans le Mạder Tatta, à l’Areg Souir.

En tous les points habités du Tagmout et de Tatta, il y a des palmiers. Entre les divers qçars du Tagmout, point de portion déserte ; il y a un désert assez long entre le Tagmout et Afra ; il y en a d’autres plus courts entre Afra et Aït Iasin, entre Aït Iasin et Taṛla, entre Tiiti et Qaçba el Makhzen, entre Qaçba el Makhzen et Tigiselt, entre Tigiselt et Agerzaggen, entre Agerzaggen et Tiiggan. Ce n’est qu’entre Taṛla et Tiiti qu’il n’y en a point : encore les plantations ne s’y prolongent-elles que sur la rive gauche de la rivière. C’est à hauteur de Tiiti que l’Ouad Tatta franchit le Bani, au Kheneg Adis : il passe contre le flanc ouest du kheneg, le long de la montagne dont il baigne le pied ; à ce point, il est étroitement enfermé entre la paroi du Bani d’une part, les murs de Tiiti de l’autre.

De sa source à Aït Iasin, l’Ouad Tatta coule dans une vallée étroite et profonde, encaissée entre les pentes du Petit Atlas ; d’Aït Iasin à Tiiti, il descend par une série de plaines, areg, s’étageant entre des lignes de collines rocheuses de 60 à 100 mètres de hauteur, toutes parallèles au Bani. Taṛla est située au pied méridional de la dernière de ces chaînes avant le Bani. La région montagneuse que traverse la rivière entre le Tagmout et Afra s’appelle Bou Oudi.

Distances : de Qaçba el Makhzen à Taṛla comme de Qaçba el Djouạ à Trit.

de Taṛla à Aït Iasin comme d’Agadir Tisint à Trit.

d’Aït Iasin à Afra comme d’Adis à Toug er Riḥ.

de Toug er Riḥ au Tagmout comme de Toug er Riḥ à Kheneg Tesatift.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Tatta reçoit quatre affluents principaux : trois sur sa rive droite, un sur sa rive gauche. Ce sont : sur sa rive droite : l’Ouad Sidi Nacer, s’y jetant dans le désert entre le Tagmout et Tatta, à un point appelé Iṛir Igidi ; l’Ouad Asmerdan, s’y jetant entre Taṛla et Aït Iasin ; l’Ouad Azerftin, s’y jetant dans le désert non loin de Tiiggan : sur sa rive gauche : l’Ouad Adis, s’y jetant dans le désert, en un point appelé Beka Chikh en Nahr.

OUAD SIDI NACER. — Je n’ai pu avoir aucun renseignement sur lui.

OUAD ASMERDAN. — Il prend sa source dans un massif de montagnes appelé Asmerdan. Il arrose en descendant deux qçars, faisant partie de Tatta ; ce sont :

Aïgou, Agellouz, l’un et l’autre entourés de dattiers.

Distances : de Taṛla à Agellouz comme d’Aqqa Izenqad à Aqqa Izen.

d’Agellouz à Aïgou comme de Tintazart à Toug er Riḥ.

OUAD AZERFTIN. — Il prend sa source sur les premières pentes du Petit Atlas, traverse le Bani au Kheneg Azerftin, puis se jette dans l’Ouad Tatta. Le cours en est désert.

OUAD ADIS. — Il prend sa source dans le Petit Atlas, où il traverse un kheneg du nom d’Imi n ou Aqqa. Le cours en est désert jusqu’au point où il entre dans l’oasis de Tatta, à Aqqa Izenqad : jusque-là il est appelé Ouad Imi n ou Aqqa ; c’est à partir d’Aqqa Izenqad qu’il porte le nom d’Ouad Adis. Il arrose en descendant :

Aqqa Izenqad ;

Adis (2 qçars, Tamessoult sur la rive gauche de la rivière, Aït ou Aḥman du même côté, mais à quelque distance du bord) ;

Zaouïa Aït Ben Nacer ;

Qoubba Sidi Ạli ben Djebira ;

Djerf el Ḥammam (bouquets de palmiers ; point d’habitations) ;

Tazoult ;

Eufriin (bouquets de palmiers et sources ; point d’habitations).

Depuis Tazoult, il coule dans le désert, jusqu’au point où il se jette dans l’Ouad Tatta.

Il franchit le Bani au Kheneg Adis, dans la partie est de ce passage, au pied de Tamessoult dont il baigne les murs.

AFFLUENTS. — L’Ouad Adis reçoit quatre affluents principaux, deux sur sa rive droite et deux sur sa rive gauche. Ceux de droite sont : l’Ouad Izourzen, s’y jetant à Aqqa Izenqad ; l’Ouad Toug er Riḥ, s’y jetant entre la qoubba de Sidi Ạli ben Djebira et Djerf el Ḥammam. Ceux de gauche sont : l’Asif Oudad, s’y jetant un peu au-dessus d’Aqqa Izenqad ; l’Ouad Djebaïr, s’y jetant à Eufriin.

=Ouad Izourzen.= — Il prend sa source dans la région moyenne du Petit Atlas ; le cours en est désert.

=Affluent.= — L’Ouad Izourzen reçoit sur sa rive droite, tout près d’Aqqa Izenqad, l’Ouad Bou Chaked.

Ouad Bou Chaked. — Il prend sa source au puits de Bou Chaked ; le cours en est désert.

=Ouad Toug er Rih.= — Cette rivière importante porte un grand nombre d’autres noms : on l’appelle aussi Ouad Bou Herhour, Ouad Tiṛremt, Ouad Ijja. Elle prend sa source dans le massif montagneux d’Azegga ; elle entre ensuite dans l’oasis de Tatta où elle arrose successivement les qçars que voici :

Tifrest

Serṛina } } Aït Ijja } compris sous le nom d’Aït Zouli ; } Tazoulit }

Tiṛremt (composée de 3 ou 4 qçars) ;

Agjgal (appelée aussi Raḥba) (à hauteur et non loin d’Afra sur l’Ouad Tatta) ;

Imtfian (à hauteur et près d’Aït Iasin sur l’Ouad Tatta) ;

Tigzmert (sur la rive droite de l’ouad, à quelque distance de son lit) ;

Taldnount (se compose de 2 qçars, Aglagal et Tammast : Taldnount en comprenait autrefois 7, mais les 5 autres ont été détruits, il y a trente ans, par les Ida ou Blal ; les ruines qu’on voit au point nommé Ras Iṛir en faisaient partie. — Aglagal et Tammast sont sur la rive gauche de l’ouad ;

El Qçâbi (appelé aussi El Qcîbat et El Qaçbat ; c’est un seul qçar formé de deux quartiers, Tiṛremt et Aït Jellal, compris dans une même enceinte) ;

Tiiti ;

Toug er Riḥ (appelé aussi Isbabaten).

Auprès de ce dernier qçar, la rivière se jette dans l’Ouad Adis.

Elle traverse le Bani au kheneg d’Adis, passant au milieu du défilé, entre l’Ouad Tatta et l’Ouad Adis.

Tous les points habités de l’Ouad Toug er Riḥ ont des palmiers.

Distances : d’El Qçâbi à Tigzmert comme de Toug er Riḥ à Adis.

de Tigzmert à Imtfian comme de Toug er Riḥ à Adis.

d’Imtfian à Agjgal comme de Toug er Riḥ à El Qçâbi.

d’Agjgal à Tiṛremt comme d’El Qçâbi à Adis.

de Tiṛremt à Tazoulit comme de Toug er Riḥ à Adis.

=Asif Oudad.= — Il prend sa source sur les pentes inférieures du Petit Atlas, aux collines d’Anamelloul, et se jette dans l’Ouad Imi n ou Aqqa, peu au-dessous d’Aqqa Izenqad : le cours en est désert ; on y trouve, dans la montagne, le puits Ḥasi El Ḥasen Moḥammed, creusé en son lit.

=Affluent.= — L’Asif Oudad reçoit au pied du Bani un affluent, l’Ouad Kheouïa, qui se jette sur sa rive gauche.

Ouad Kheouïa. — Il prend sa source dans les pentes inférieures du Petit Atlas, aux collines de Kheouïa. Le cours en est désert.

=Ouad Djebaïr.= — Il prend sa source à Anṛerif, puis passe à Djebaïr, ensuite à Sidi El Medaoui (bouquets de palmiers sans habitations), puis à Eufriin, où il se jette sur la rive gauche de l’Ouad Adis.

=REMARQUE SUR LES TRIBUS.= — Ainsi qu’on le voit, les eaux du bassin de l’Ouad Tatta n’arrosent que trois territoires, ceux des Ida ou Kensous, du Tagmout et de Tatta. Les Ida ou Kensous et le Tagmout sont des tribus. Tatta est un district dont les qçars ne sont unis entre eux par aucun lien. Nous connaissons Tatta : nous nous occuperons ici des Ida ou Kensous et du Tagmout.

IDA OU KENSOUS. — Ils s’étendent sur une partie du haut plateau qui couronne les deux versants du Petit Atlas, et occupent les sources de l’Ouad Tatta et le cours supérieur de cette rivière. Leur territoire a pour limites, à l’ouest les Ida ou Zkri, au sud le Tagmout et les Aït Jellal, à l’est la tribu d’Azrar. Leurs terres prolongent celles des Ida ou Zkri et sont dans une situation analogue : ces deux territoires se touchent, et on passe d’une tribu à l’autre sans sortir des villages et des cultures. La famille des chikhs héréditaires des Ida ou Kensous s’étant éteinte il y a quelque temps, ceux-ci se sont placés d’eux-mêmes sous l’autorité de Ḥadj Moḥammed Amerri, chikh héréditaire des Ida ou Zkri : c’est lui qui les gouverne à présent. Ils ne reconnaissent pas le sultan. Leur pays renferme un très grand nombre de qçars. Ils forment plus de 2,500 fusils. C’est une tribu riche et industrieuse : elle est renommée pour ses belles maisons et pour ses ouvriers en cuivre et autres métaux ; elle fabrique les plus beaux poignards, les plus beaux fusils, les plus belles cornes à poudre du sud du Maroc. Les Ida ou Kensous ont trois ou quatre agadirs. Pas de marché. Ils vont à ceux de Tatta, des Isaffen, des Ida ou Zkri. Pas de Juifs. Point de dattiers ni d’oliviers chez eux, mais un très grand nombre d’amandiers. L’Ouad Tatta est la seule rivière qui arrose leur territoire. La plupart de leurs qçars ne sont alimentés que par des citernes.

Les Ida ou Kensous sont Chellaḥa et ne parlent que le tamaziṛt. Ils sont sédentaires.

En ce moment, les Ida ou Kensous sont en guerre avec Qaçba el Djouạ.

TAGMOUT. — Cette tribu ne comprend qu’une douzaine de qçars, tous situés sur les rives mêmes de l’Ouad Tatta, immédiatement au-dessous de ceux des Ida ou Kensous. Les Aït Tagmout forment environ 700 fusils. Ils n’ont pas de chikh ; ils se gouvernent démocratiquement par une djemaạa. Point d’agadir. Pas de marché ni de Juifs. Les Aït Tagmout sont Chellaḥa et sédentaires et ne parlent que le tamaziṛt. Ils ont des palmiers et aussi des amandiers : ce dernier arbre disparaît au-dessous de leur territoire.

Dans les montagnes des environs de Tagmout, il y a du minerai d’argent.

=VI. — Ouad Meskaou.=

L’Ouad Meskaou prend sa source sur les premières pentes du Petit Atlas entre Tatta et Aqqa, traverse le Bani au kheneg appelé Foum Meskoua, et se jette dans le Dra au Mạder Tatta, dans la partie nommée Souekh. Le cours en est désert.

=VII. — Ouad Aqqa.=

L’Ouad Aqqa, qui, dans son haut cours, est appelé souvent Ouad Isaffen, prend naissance à la crête supérieure du Petit Atlas, dans la tribu des Ida ou Zkri : cette dernière occupe le haut plateau qui couronne la chaîne au nord de la rivière, les sources de celle-ci et tout son cours supérieur, qu’elle garnit de ses qçars. En sortant des Ida ou Zkri, l’Ouad Aqqa entre chez les Isaffen : ces deux tribus se font suite sans qu’aucun désert les sépare ; point de désert non plus entre les divers villages ou qçars de chacune d’elles : depuis les sources jusqu’au point le plus bas des Isaffen, les bords de l’ouad ne sont, sans interruption, que qçars et que cultures : oliviers, figuiers, amandiers surtout, chez les Ida ou Zkri ; oliviers, figuiers et palmiers chez les Isaffen et au-dessous d’eux. En quittant les Isaffen, l’Ouad Aqqa traverse un court espace désert, puis arrose le grand village de Tizgi Ida ou Baloul. De là, il entre dans le vaste désert d’Imaouen, où il reste jusqu’au Bani : il traverse cette chaîne à Foum Aqqa ; ensuite il entre dans l’oasis d’Aqqa ; il en arrose les plantations, et passe au pied de plusieurs de ses qçars : Ez Zaouïa, Erḥal, Aït Bou Feḍaïl, Aït Djellal, Aït Anter sont sur ses bords. Au sortir d’Aqqa, l’ouad rentre dans le désert, où il demeure jusqu’à son confluent avec le Dra, auprès de la qoubba de Sidi Ạmara, dans le Mạder Aqqa. Sur tout son cours, il n’a d’eau d’une manière habituelle qu’aux points où il est habité.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Aqqa reçoit quatre affluents principaux, deux sur sa rive droite et deux sur sa rive gauche ; les deux de droite sont : l’Ouad Iberqaqen, s’y jetant chez les Isaffen, en un point qui forme la limite entre deux fractions de cette tribu, les Aït Tasousekht au sud et les Aït Ouagrou au nord ; l’Ouad Tizert, s’y jetant dans le petit désert qui sépare les Isaffen de Tizgi Ida ou Baloul. Les deux affluents de gauche sont : l’Ouad Imiṭeq, s’y jetant dans le désert d’Imaouen ; l’Ouad Kebbaba, s’y jetant dans le désert au sud d’Aqqa.

OUAD IBERQAQEN. — Il descend des crêtes supérieures du Petit Atlas. Le cours en appartient en entier à la tribu des Iberqaqen. Cette rivière a, sur toute sa longueur, ses bords peuplés et cultivés : le fond de la vallée, très étroit et très encaissé, est partout couvert de qçars et de jardins, oliviers et figuiers dans la portion supérieure, palmiers dans la partie basse.

OUAD TIZERT. — Comme la rivière précédente, il reste tout le long de son cours enfermé entre les pentes du Petit Atlas, qui encaissent profondément sa vallée. Il arrose une dizaine de qçars alignés les uns auprès des autres sur ses bords et formant un seul groupe appelé Tizert.

OUAD IMITEQ. — Il prend sa source aux pentes moyennes du Petit Atlas, arrose le qçar d’Imiṭeq (qçar isolé entouré de palmiers, habité par des Chellaḥa et des Ḥaraṭîn), puis se jette dans l’Ouad Aqqa dans le désert d’Imaouen.

OUAD KEBBABA. — Il coule à l’est de l’Ouad Aqqa, longe la lisière orientale de l’oasis d’Aqqa, où il arrose les deux qçars d’Agadir Ouzrou et d’El Kebbaba, puis se jette dans l’Ouad Aqqa dans le désert.

AFFLUENT. — L’Ouad Kebbaba reçoit un affluent, l’Ouad Defalia, se jetant sur sa rive gauche au-dessous d’Aqqa, dans le désert.

=Ouad Defalia.= — Il prend sa source sur le flanc sud du Bani et arrose le petit qçar d’Oumm el Ạleg (se composant de 30 maisons divisées en deux quartiers ; il appartient aux Aït ou Mrîbeṭ). Le reste du cours est désert et à sec.

=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Le bassin de l’Ouad Aqqa appartient en entier, à l’exception des qçars d’Imiṭeq et de Tizgi Ida ou Baloul, qui sont isolés, à 5 tribus : les Ida ou Zkri, les Isaffen, les Iberqaqen, les Aït Tizert, les Aït ou Mrîbeṭ ; sur le territoire de ces derniers se trouve l’oasis d’Aqqa. Nous avons déjà parlé et d’Aqqa et des Aït ou Mrîbeṭ. Nous allons dire quelques mots des quatre autres tribus.

IDA OU ZKRI. — Cette tribu habite le haut plateau qui couronne le Petit Atlas au nord de l’Ouad Aqqa, les sources de cette rivière, sa vallée supérieure jusqu’aux Isaffen, et les plateaux qui, en cette partie de son cours, s’étendent des deux côtés de sa vallée. Elle est tout entière gouvernée par un seul chikh, Ḥadj Moḥammed Amerri ; ce chikh est très puissant : plusieurs tribus voisines se sont, par des debiḥas, constituées ses vassales. Les Ida ou Zkri ne reconnaissent point le sultan. Ils ont un marché, le Djemạa Izalaṛen, qu’on appelle aussi Djemạa Amerri parce qu’il se tient près de la demeure du chikh. Leur pays renferme un grand nombre de qçars ; ils ont trois ou quatre agadirs ; ils peuvent lever 2000 fusils. Leur sol est très fertile : les bords de l’Ouad Aqqa sont couverts d’oliviers ; le plateau qui forme la plus grande partie de leur territoire, et qui s’étend sur le haut des deux versants du Petit Atlas, n’est que champs et qu’amandiers. Les Ida ou Zkri sont Chellaḥa et sédentaires. Comme famille, ils sont frères des Ilalen, tout en étant une tribu séparée. Ils ont pour limites : à l’est les Ida ou Kensous, au sud les Isaffen, à l’ouest les Iberqaqen et les Ilalen.

Distances : de Taroudant à la maison de Chikh Amerri 1 jour.

de Tizgi Ida ou Baloul à la maison de Chikh 1 jour. Amerri

ISAFFEN. — Cette tribu, appelée aussi Aït Isaffen, n’habite que la vallée même de l’Ouad Aqqa ; elle est limitée, au nord par les Ida ou Zkri, au sud par un petit désert qui la sépare de Tizgi Ida ou Baloul. Point de désert entre les Isaffen et les Ida ou Zkri ; on passe d’une tribu dans l’autre sans sortir des jardins et des cultures. Les Isaffen se subdivisent en trois fractions ; ce sont, en descendant l’Ouad Aqqa :

Les Ida ou Tints (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessous des Ida ou Zkri et au-dessus des Aït Ouagrou. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Chikh Bel Ạïd Eṭ Ṭaleb).

Les Aït Ouagrou (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessous des Ida ou Tints. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Ould el Ḥadj Iaḥia).

Les Aït Tasousekht (sur les bords de l’Ouad Aqqa, au-dessus des Aït Ouagrou. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire, Ou Ben Ḥamed. Cette fraction est celle que nous avons traversée en allant à Mogador. Le point où nous avons quitté l’Ouad Aqqa, le confluent de l’Ouad Iberqaqen, en est la limite nord).

Comme on le voit, les Isaffen sont gouvernés par trois chikhs héréditaires. C’est une tribu sédentaire et chleuḥa : point de Ḥaraṭîn, on n’y parle que le tamaziṛt ; cependant quelques hommes savent l’arabe.

Un marché, le Khemîs Isaffen ; il se tient au pied de Qaçba Chikh Ould el Ḥadj Iaḥia.

Les Isaffen ont la plus mauvaise réputation auprès des étrangers : voleurs, pillards, ils rançonnaient impitoyablement, il y a peu de temps encore, les voyageurs et les caravanes qui traversaient leur territoire : le chef de la zaouïa d’Aït Haroun Isaffen se distinguait entre tous, et on ne pouvait passer devant la maison de Dieu sans être dévalisé ; aussi, depuis 1877[116], les convois de Mogador à Aqqa et à Tizounin ne prenaient plus leur route habituelle par le territoire des Isaffen (celle que j’ai prise moi-même en allant à Mogador) : ils passaient par l’ouad et la tribu de Tizert et débouchaient de là sur Tizgi, quoique ce chemin soit très difficile pour les bêtes de somme. Depuis une année environ, les caravanes reprennent leur ancienne voie. Le chef de la zaouïa d’Aït Haroun a été longtemps absent et est revenu plus calme : les autres Isaffen ont décidé de même qu’à l’avenir les voyageurs passeraient en paix ; ce changement s’est produit après un châtiment que Dieu leur a infligé : ils ont été maudits par un marabout à cause de leurs brigandages, leur rivière s’est desséchée et il y a eu une famine épouvantable ; les eaux ne sont revenues que lorsqu’ils se furent amendés.

IBERQAQEN. — Cette tribu habite d’une part le haut plateau qui couronne le versant sud du Petit Atlas, de l’autre la vallée de l’Ouad Iberqaqen. Elle ne forme qu’un seul groupe : une seule djemaạa la gouverne. Point de chikh. Elle a trois agadirs, portant l’un le nom de Tidgar, les deux autres ceux d’Agadir Iberqaqen (Fouqani et Taḥtani). Les Iberqaqen sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Peu parmi eux comprennent l’arabe. Point de marché sur leur territoire : ils vont au Khemîs Isaffen et au Djemạa Amerri. Les Iberqaqen sont une tribu nombreuse et puissante, moins cependant que leurs voisins les Isaffen avec lesquels ils sont souvent en guerre.

TIZERT. — Cette tribu comprend environ douze qçars, échelonnés sur l’Ouad Tizert et unis entre eux par des jardins. De plus, Tizgi Ida ou Baloul, sur l’Ouad Aqqa, est quelquefois comptée comme faisant partie de Tizert. Point de chikh : une djemaạa gouverne la tribu. Les Aït Tizert sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Pas de marché : on va au Khemîs Isaffen.

Point de Juifs. Il n’y a qu’un mellaḥ dans le bassin de l’Ouad Aqqa, celui qui se trouve dans l’oasis d’Aqqa.

=VIII. — Ouad Tizgi el Haratîn.=

Il est appelé aussi Ouad Tizgi Iṛiren. Il prend sa source dans le Petit Atlas et traverse le Bani à un kheneg où se trouvent deux qçars : l’un, Aït Oumendil, est au milieu même du kheneg, l’autre, Tizgi el Ḥaraṭîn, est immédiatement au-dessous : l’un et l’autre s’élèvent sur les bords mêmes de la rivière ; leurs jardins se touchent et entre eux les rives de l’ouad ne cessent d’être ombragées de dattiers. Après avoir traversé cette oasis, l’ouad rentre dans le désert où il reste jusqu’à son confluent avec le Dra, au Mạder Tizgi.

Tizgi el Ḥaraṭîn est un grand qçar de 150 feux, formé de deux quartiers compris en une même enceinte. Il s’y tient un marché permanent, comme à Agadir Tisint. La population y est un mélange de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, ceux-ci dominant ; elle est tributaire des Aït ou Mrîbeṭ (fraction d’Idgich). Tizgi el Ḥaraṭîn, qu’on appelle aussi Tizgi Iṛiren, est située, comme Tisint, à la bouche d’un kheneg du Bani.

Aït Oumendil qui se trouve, comme Tiiti, au milieu même du kheneg, est un qçar de 100 feux, peuplé de Chellaḥa et de Ḥaraṭîn, sous la suzeraineté des Aït ou Mrîbeṭ (fraction d’Idgich).

Distances : de Tizounin à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à Mrimima.

d’Aït Oumendil à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à Aït ou Iran.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Tizgi el Ḥaraṭîn reçoit un affluent, l’Ouad Tizounin, se jetant sur sa rive gauche dans le désert, entre Tizgi et l’Ouad Dra.

OUAD TIZOUNIN. — C’est un cours d’eau sans importance. Il prend sa source sur le flanc sud du Bani, puis arrose successivement les deux qçars de Tizounin et d’Igdi.

Ils sont séparés l’un de l’autre par un désert de plusieurs kilomètres. Au-dessous d’Igdi, la rivière coule dans le désert jusqu’à son confluent avec l’Ouad Tizgi el Ḥaraṭîn.

Tizounin est un grand qçar, isolé dans la plaine, appartenant aux Aït ou Mrîbeṭ. C’est là que résident les chikhs de cette tribu, ou du moins ceux de la fraction des Aït ou Iran, qui a aujourd’hui environ quinze chikhs. Les Aït ou Mrîbeṭ forment la grande majorité de la population de Tizounin ; les autres habitants sont quelques Ḥaraṭîn pauvres. Les belles maisons, les jardins sont aux chikhs. Outre l’ouad, qui est peu important, il y a plusieurs sources ; les vergers produisent de bonnes dattes, mais sont peu étendus. Pas de mellaḥ ; quelques Juifs isolés viennent trafiquer comme à Agadir Tisint et comme à Tizgi el Ḥaraṭîn. Marché permanent comme dans ces deux localités. Tizounin contient 400 à 500 maisons ; celles des chikhs sont les seules qui soient toujours habitées : les autres appartiennent à des nomades de leur fraction qui y emmagasinent leurs grains, y viennent de temps en temps, mais passent la plus grande partie de l’année sous la tente. Le premier des chikhs de Tizounin est Chikh Ḥamed. C’est le seul qui ait de l’autorité : les autres chikhs sont ses cousins, qui, par la noblesse de leur naissance, ont droit au titre de chikh, sans pour cela partager le pouvoir avec leur aîné. En effet, parmi les familles où le titre de chikh est héréditaire, il y en a, et c’est le plus grand nombre, où le chef seul porte ce titre ; mais il y en a d’autres, comme celle-ci, où, soit plusieurs frères, soit même toute une génération de cousins, le prennent également.

Igdi est un petit qçar entouré de quelques dattiers : il appartient à la fraction d’Idgich des Aït ou Mrîbeṭ.

Distance : de Tizounin à Igdi comme d’Agadir Tisint à Bou Mousi.

=IX. — Ouad Icht.=

C’est un cours d’eau peu important prenant sa source dans une plaine située au nord du Bani, entre cette chaîne et le Petit Atlas : il traverse le Bani au Kheneg Icht et, immédiatement au-dessous, à sa bouche même, arrose l’oasis qui lui donne son nom. De là, il rentre dans le désert, et y reste jusqu’à son confluent avec le Dra au Mạder Icht.

L’oasis d’Icht ne renferme qu’un qçar, situé sur la rive gauche de l’ouad, et entouré de vastes plantations de palmiers s’étendant des deux côtés de la rivière jusqu’au pied du Bani. Ce qçar, d’environ 200 maisons, est peuplé de Chellaḥa mêlés de quelques Ḥaraṭîn ; il est gouverné par un chikh, El Ḥoseïn ; il reconnaît la suzeraineté des Aït ou Mrîbeṭ. Icht est riche, prospère, puissante. Marché permanent comme à Agadir Tisint, Tizounin et Tizgi Iṛiren. L’Ouad Icht est presque toujours à sec, même dans l’oasis ; mais il y a un grand nombre de sources, aussi bien dans les jardins qu’à l’intérieur du qçar. Les dattiers sont nombreux, mais d’espèces médiocres : ce sont des bou souaïr.

Distance : de Tizgi el Ḥaraṭîn à Icht comme de Qaçba el Djouạ à Tatta.

=X. — Ouad Imi Ougadir.=

L’Ouad Imi Ougadir porte aussi le nom d’Ouad Tamanaṛt : il prend sa source dans la tribu des Aït Imejjat et reçoit les eaux de celle d’Ifran et d’une partie de celle d’Id Brahim. Après avoir traversé une portion du territoire des Aït Imejjat, il arrose l’oasis de Tamanaṛt : les quatre qçars qui la composent se trouvent sur ses rives : ce sont, en descendant :

Agerd.

Qaçba Aït Ḥerbil rive droite.

Iṛir rive gauche.

Igouïaz rive gauche.

Entre ces quatre qçars les bords de l’ouad sont, sans interruption, bordés de dattiers. Au-dessous de Tamanaṛt, la rivière entre dans le désert et y reste jusqu’au Bani : elle traverse cette chaîne au Kheneg Imi Ougadir. La longueur de ce passage est égale ou un peu moindre à celle du kheneg de Tisint : palmiers au milieu : à la bouche sud se trouve un grand qçar entouré de dattiers : c’est :

Imi Ougadir.

En sortant d’Imi Ougadir, l’ouad rentre dans le désert et y demeure jusqu’à l’Ouad Dra, où il se jette au Mạder Imi Ougadir.

Ce mạder, comme ceux d’Icht et de Tizgi, produit des moissons superbes : tous trois sont cultivés surtout par les Aït ou Mrîbeṭ. Les habitants des oasis voisines et ceux du Petit Atlas y labourent aussi : on y voit venir jusqu’à des Isaffen et des Iberqaqen.

Imi Ougadir est un grand qçar de 400 maisons, où neuf ou dix groupes des Aït ou Mrîbeṭ possèdent des demeures et emmagasinent grains et dattes. Quelques habitants chellaḥa s’y trouvent, mais ils sont en petit nombre : ce lieu est avant tout un grand agadir des Aït ou Mrîbeṭ. Marché permanent au milieu du qçar, comme à Agadir Tisint. Juifs commerçants comme dans cette dernière localité, mais pas de mellaḥ.

Distances : de Tamanaṛt à Icht comme d’Agadir Tisint à Mrimima.

d’Agerd à Qaçba Aït Ḥerbil comme d’Agadir Tisint à Bou Mousi.

de Qaçba Aït Ḥerbil à Iṛir comme d’Agadir Tisint à Ez Zaouïa.

d’Iṛir à Igouïaz comme d’Agadir Tisint à Foum Tisint.

de Tamanaṛt à Imi Ougadir comme d’Agadir Tisint à Mrimima.

d’Imi Ougadir à Icht comme d’Agadir Tisint à Trit.

=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — La partie méridionale du cours de l’Ouad Imi Ougadir, de même que tout ce qui est situé au sud du Bani dans les bassins des ouads Icht, Tizgi el Ḥaraṭîn, Aqqa et Meskaou, fait partie du territoire des Aït ou Mrîbeṭ. Le haut bassin de l’Ouad Imi Ougadir appartient à trois tribus, les Aït Imejjat, les Ifran, les Id Brahim. Le cours moyen en est occupé par le district isolé de Tamanaṛt.

AIT IMEJJAT. — Ils peuvent former 3000 fusils. C’est une puissante tribu sédentaire, possédant de nombreux qçars. Les Aït Imejjat sont Chellaḥa : leur langue est le tamaziṛt. Ils ont vaincu, il y a quelques années, Sidi El Ḥoseïn ben Ḥachem, le célèbre marabout du Tazeroualt. Auparavant ils étaient ses sujets : aujourd’hui il n’a plus d’autorité sur eux. Indépendants du sultan depuis un temps immémorial, les Aït Imejjat se sont soumis à Moulei El Ḥasen en 1882, en même temps que la plupart des tribus du Sahel, lors de son expédition dans le bas Sous et le Sahel Marocain. Le sultan leur a donné deux qaïds. L’un d’eux est Chikh Moḥammed, d’Agerd (Tamanaṛt).

IFRAN. — On les appelle aussi Ofran. C’est une tribu chleuḥa et sédentaire située au sud-ouest des Aït Imejjat : ils sont soumis au sultan depuis la même époque et dans les mêmes conditions que ces derniers. Moulei El Ḥasen les a réunis, avec le Tazeroualt et les Ida ou Semlal, sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn ben Ḥachem. Les Ifran sont une tribu de moyenne importance.

ID BRAHIM. — Grande tribu, soumise au sultan de la même manière que les précédentes ; son territoire, au sud de celui des Ifran et de celui des Aït Imejjat, s’étend au loin vers l’ouest. Moulei El Ḥasen l’a mise avec Tamanaṛt sous le commandement d’un qaïd unique, Ḥadj Ḥamed El Manaṛi, chikh héréditaire de Qaçba Aït Ḥerbil à Tamanaṛt. Les Id Brahim sont comptés, ainsi que les Ifran et les Aït Imejjat, comme appartenant au Sahel : en effet, la plus grande partie des territoires de ces trois tribus se trouve dans le bassin de l’Océan, et non dans celui du Dra. Les Id Brahim sont Chellaḥa et sédentaires : leur langue est le tamaziṛt. Ils se décomposent en :

Ida ou Leggan, Aït Ḥerbil, Aït Ouadaï, Aït Illoul, Aït Mousa ou Daoud, Aït Bou Ạchra, Aït Zkri, Aït Bouhou.

TAMANART. — C’est une oasis composée de quatre qçars, Agerd, Qaçba Aït Ḥerbil, Iṛir, Igouïaz. Ces quatre localités sont enveloppées dans une longue bande de dattiers : les fruits que produisent ces derniers sont abondants, mais de qualité médiocre : ce sont des bou souaïr. Avant leur récente soumission au sultan, la guerre régnait presque toujours entre les qçars de Tamanaṛt. Agerd était en hostilité à peu près perpétuelle avec ses trois sœurs : les tribus voisines se mêlaient à ces querelles ; les Aït Imejjat et d’autres tribus du nord venaient au secours d’Agerd, les Aït ou Mrîbeṭ prêtaient leur appui aux trois autres localités. Aujourd’hui Tamanaṛt vit en paix : l’oasis a fait sa soumission en 1882, en même temps que les Aït Imejjat et les Id Brahim : le chikh de Qaçba Aït Ḥerbil a été nommé qaïd de l’oasis et des Id Brahim par Moulei El Ḥasen. Là s’arrête l’autorité de ce dernier[117] : toutes les tribus qui sont au sud et à l’est des Aït Imejjat, de Tamanaṛt et des Id Brahim, telles que les Aït ou Mrîbeṭ, etc., ne la reconnaissent plus. Agerd se compose de 200 maisons et a un marché, dont on ne peut me désigner le jour, seul marché de Tamanaṛt ; Qaçba Aït Ḥerbil a 200 maisons, Iṛir n’en a que 50, et Igouïaz que 15. Entre Agerd et Qaçba Aït Ḥerbil, sur une colline, se trouve une tour toujours gardée par une quinzaine de fusils de Qaçba Aït Ḥerbil, surveillant le pays et dominant Agerd. La population est chleuḥa avec quelques Ḥaraṭîn. Un mellaḥ à Agerd, le seul du bassin de l’Ouad Imi Ougadir. Il n’y a d’Israélites ni chez les Aït Imejjat, ni chez les Ifran, ni chez les Id Brahim.

=Itinéraire de Tisint à Ouad Noun.=

=1er jour.= — De Tisint à Aqqa Igiren.

=2e jour.= — D’Aqqa Igiren à Tiiggan.

=3e jour.= — De Tiiggan à Tizounin.

On passe par Oumm el Ạleg, et de là on va à Tizounin : beaucoup de gazelles dans la plaine, autour de Tizounin : c’est le seul lieu où l’on trouve du gibier. Dans la même région, on rencontre aussi un grand nombre de moufflons, mais en montagne, dans le Bani. Entre Oumm el Ạleg et Tizounin, désert à sol dur et plat avec quelques gommiers.

Distance : d’Oumm el Ạleg à Tizounin comme d’El Feggouçat à Mrimima.

=4e jour.= — De Tizounin à Tizgi el Haratîn.

On traverse un désert pierreux ; sol plat, sans autre végétation que des jujubiers sauvages et quelques gommiers. Le chemin ne passe par aucun lieu habité, mais on distingue à main gauche le qçar d’Igdi, pendant la première partie de la route.

Distance : de Tizounin à Tizgi el Ḥaraṭîn comme d’Agadir Tisint à Mrimima.

=5e jour.= — De Tizgi el Haratîn à Icht.

Entre Tizgi et Icht, on continue à longer le pied méridional du Bani, en l’ayant toujours à main droite (au nord). Pas de kheneg dans la chaîne entre ces deux points. Pendant la première moitié du chemin, on marche au milieu d’un areg, plaine sablonneuse avec des gommiers : à mi-route, on rencontre, descendant des crêtes du Bani, le lit desséché d’un ruisseau, au milieu duquel se trouvent des puits (point de palmiers ni de végétation auprès d’eux). A partir de là, le terrain reste toujours plat, mais les gommiers se mêlent de quelques rares troncs d’argans. De Tizgi à Icht, le pays est désert.

En arrivant à Icht, on voit d’abord, à la lisière de l’oasis, une qoubba ; c’est auprès d’elle qu’on entre sous les palmiers : on chemine quelque temps à leur ombre, en remontant l’Ouad Icht : les dattiers en bordent les deux rives, mais il n’y en a point dans son lit : on parvient ainsi au qçar d’Icht.

Distance : de Tizgi el Ḥaraṭîn à Icht comme de Qaçba el Djouạ à Tatta.

=6e jour.= — D’Icht à Tamanart.

Icht est situé, comme Tisint, à la bouche sud d’un kheneg du Bani. Pour aller à Tamanaṛt, on traverse le kheneg et on passe au nord de la chaîne : de là à Ouad Noun, le Bani restera toujours au sud du chemin. En allant d’Icht à Tamanaṛt, on l’a, durant toute la route, en arrière et à gauche. Chemin plat et désert, tantôt sablonneux, tantôt pierreux ; beaucoup de gommiers.

Le premier qçar auquel on arrive est Igouïaz, puis on gagne celui d’Iṛir.

Distance : d’Icht à Tamanaṛt comme d’Agadir Tisint à Mrimima.

=7e jour.= — De Tamanart à Tarjijt.

Entre ces deux points, le chemin traverse une plaine unie et déserte, un areg. Sol pierreux, avec quelques gommiers. On se tient sans cesse au nord du Bani, qu’on distingue pendant tout le trajet à une certaine distance dans le sud. On ne traverse ni ne voit aucun lieu habité jusqu’à Tarjijt. A partir du point où l’on est sorti de Tamanaṛt, on marche sur le territoire des Id Brahim. Tarjijt est un groupe de plusieurs qçars faisant partie d’une des fractions de cette tribu ; une petite rivière y passe : les eaux s’en écoulent, comme toutes celles de cette contrée, vers l’ouest ou le sud-ouest pour aller aboutir à Tiṛmert qu’elles arrosent. Tarjijt a un grand nombre de palmiers, bou souaïr et rares bou feggouç. De Tarjijt on voit le Bani ; il en est à la même distance que le mont Taïmzouṛ de Mrimima.

Distance : de Tamanaṛt à Tarjijt comme d’Idroumen (dunes de sable) à Tatta.

=8e jour.= — De Tarjijt à Tirmert.

Entre ces deux points, le chemin traverse un pays accidenté, mais sans passage difficile. On franchit quelques ruisseaux ; on voit à droite et à gauche des qçars ; je n’ai pu en savoir les noms. Au sortir de Tarjijt on quitte la tribu des Id Brahim et on entre dans celle des..... C’est une tribu nombreuse, se disant d’origine arabe, habitant en partie la tente, en partie des qçars. Celui de Tiṛmert est sur son territoire : il est la résidence de son qaïd, Ould Ḥamed ou Saloum.

Distance : de Tarjijt à Tiṛmert comme de Tatta à Tizgi Ida ou Baloul.

=9e jour.= — De Tirmert à Aougelmim.

Aougelmim est le principal des qçars qui composent le district d’Ouad Noun et la résidence de son chikh, El Ḥabib ould Beïrouk. De Tiṛmert à ce point, ce n’est qu’une plaine unie et déserte, sans un cours d’eau, sans un gommier.

Distance : de Tiṛmert à Aougelmim comme d’Agadir Tisint à Mrimima.

=Seketâna et Gezoula.=

Toutes les populations habitant entre l’Ouad Sous, l’Ouad Dra et le Sahel sont divisées en deux grandes familles, les Seketâna et les Gezoula. Personne dans toute cette région, les marabouts exceptés, qui n’entre dans une de ces deux familles : les quelques tribus se disant d’origine arabe en font partie au même titre que les Imaziṛen reconnus, les Ḥaraṭîn au même titre que les Chellaḥa. Les marabouts, les cherifs et les Juifs restent seuls en dehors de cette division ; encore l’exception n’est-elle pas absolue pour les marabouts ni pour les cherifs : quelques zaouïas sont Seketâna ou Gezoula. Les tribus sont entièrement de l’une ou de l’autre famille : il ne saurait en être différemment. Mais les districts, les oasis, comme Tisint, Tatta, etc., où les divers qçars n’ont aucun lien entre eux, sont presque toujours mélangés : telle localité est Gezoula, telle autre voisine Seketâna ; on voit même des qçars mi-Seketâna, mi-Gezoula.

La région où les populations sont ainsi divisées en Seketâna et Gezoula est, en résumé, celle qui est arrosée par les affluents de gauche de l’Ouad Sous d’une part, par les affluents de droite du Dra d’autre part, c’est-à-dire le massif presque entier du Petit Atlas. Au nord de cette contrée, sur la rive droite du Sous, on ne m’a plus paru connaître la classification en Gezoula et Seketâna ; au sud, il n’y a que le désert ; à l’ouest se trouvent les tribus du Sahel, parmi lesquelles cette division n’existe pas ; à l’est, sur la rive gauche du Dra, sont les Berâber : ceux-ci ne sont ni Gezoula ni Seketâna, ils ne sont que Berâber : leur tribu, avec ses nombreuses fractions, est, en population comme en étendue de territoire, égale, sinon supérieure aux Gezoula ou aux Seketâna : c’est un troisième peuple, mais qui a gardé jusqu’à ce jour son homogénéité, son fractionnement naturel, son organisation régulière et son groupement compact, choses que les deux autres ont perdues depuis un temps déjà lointain dont ils n’ont pas souvenance.

La classification en Seketâna et Gezoula n’est pas seulement un souvenir généalogique : c’est, encore à présent, une division réelle : un qçar, une tribu Seketâna a-t-elle une guerre contre un qçar ou une tribu Gezoula, c’est toujours parmi les fractions de sa race qu’elle cherchera des alliés. Les Seketâna se prêtent secours entre eux, même à une grande distance, et les Gezoula de même. Ainsi, il y a quelques jours, les habitants de Qaçba el Djouạ ont été jusque dans le bassin du Sous porter aide à une fraction des Aït Semmeg qui avait réclamé leur assistance. De même, pendant mon séjour à Tintazart, il était parti 60 Chellaḥa et Ḥaraṭîn de Tatta pour secourir leurs frères dans le voisinage de l’Ouad Isaffen. Cela n’empêche pas cependant les querelles et guerres entre membres d’une des deux familles : bien plus, il arrive parfois, bien que rarement, qu’un qçar ou une fraction, appartenant d’origine à l’une des deux races, change de camp à la suite de querelles intestines et se range du côté de l’autre : on la compte dès lors comme faisant partie de cette dernière. C’est ainsi que les Indaouzal, tout en n’étant d’origine qu’une seule tribu, sont comptés aujourd’hui mi-Seketâna, mi-Gezoula.

Dans le bassin du Sous, on remplace souvent les appellations de Seketâna et de Gezoula par celles d’Aït Semmeg et d’Oulad Iaḥia : les Aït Semmeg sont Seketâna, et les Oulad Iaḥia Gezoula ; cela revient donc au même.

Deux tribus ont, comme nom propre, l’une celui de Seketâna, l’autre celui de Gezoula. Toutes deux habitent le bassin de l’Ouad Sous ; la première est sur la rive gauche, au sud des Zagmouzen, dans le Petit Atlas ; la seconde est sur un des affluents de droite du fleuve, dans le Grand Atlas. Nous manquons de détails sur cette dernière. Quant à la première, c’est une tribu importante, comptée comme Seketâna et entourée de tous côtés de Seketâna : les Zenâga, les Ounzin, les Aït Semmeg, qui l’avoisinent à l’est, au sud et à l’ouest, sont tous Seketâna. On pourrait peut-être considérer cette tribu, qui a gardé en propre le nom générique de toute la famille, comme en étant en quelque sorte le noyau.

Voici comment sont répartis les Seketâna et les Gezoula :

Oulad Iaḥia (du bassin du Sous) Gezoula.

Indaouzal mi-Gezoula, mi-Seketâna.

Aït Semmeg Seketâna.

Seketâna »

Aït Ạmer »

Zenâga »

Tagmout (Ouad Tatta) »

Ida ou Kensous Gezoula.

Aït Jellal »

Iliṛ (Ouad Sidi Moḥammed ou Iạqob) »

Reken Gezoula.

Fedoukkes »

Tazouli Seketâna.

Imtaoun »

Ounzin »

Aginan »

Aït Bou Iaḥia »

Aqqa Iṛen Gezoula.

Qçour Beïḍin Seketâna et Gezoula mélangés.

Qaçba el Djouạ Seketâna.

Trit Gezoula.

Tanziḍa Seketâna.

{ Agadir Seketâna. { { Aït ou Iran Gezoula. { { Bou Mousi n’est d’aucune { famille. Tisint { { Taznout Seketâna. { { { Aït Sidi Seketâna. { { Mḥind { Ez Zaouïa { { { Aït Sidi Gezoula. { { Ạli

Aqqa Igiren Seketâna.

{ Tintazart Seketâna. { { Anṛerif » { { Adis » { { Tiiti » { { Aqqa Izenqad » { { Tiṛremt » { { Isbabaten (Toug er Riḥ) Gezoula. Tatta { { Tigiselt » { { Taldnount » { { Imtfian » { { Aït Iasin » { { Agjgal » { { Aït Sidi El Ḥoseïn » { { Aït Zouli mi-Seketâna, { mi-Gezoula.

Aqqa Seketâna et Gezoula mélangés.

Oulad Iaḥia (du bassin du Dra) Gezoula.

Ida ou Blal Seketâna.

Aït ou Mrîbeṭ Gezoula.

[Note 102 : Taria veut dire château ; ce mot a le même sens que celui de tirremt.]

[Note 103 : Ces villages forment la totalité du district d’Ounila.]

[Note 104 : Ces villages forment la totalité du district d’Assaka.]

[Note 105 : Ces villages forment la totalité du district de Tizgi.]

[Note 106 : Le district d’Aït Zaïneb se compose : 1o des villages que nous venons d’énumérer, 2o de ceux que nous mentionnerons plus loin sur le cours de l’Ouad Imini.]

[Note 107 : Composant la totalité du district.]

[Note 108 : Composant la totalité de ce district.]

[Note 109 : Ces villages forment la totalité de l’Imini.]

[Note 110 : Le territoire des Ikhzama s’étend sur une partie du cours de trois rivières, savoir : l’Ouad Iriri, l’Ouad Amasin, l’Ouad Bou Igouldan.]

[Note 111 : Ces villages forment la totalité de la tribu.]

[Note 112 : Ces villages forment la totalité de la tribu.]

[Note 113 : Ces villages forment la totalité de la tribu.]

[Note 114 : A Zbar se trouve, dit-on, au bord même du Dra, une hauteur rocheuse dont les flancs sont couverts d’inscriptions que nul n’a pu déchiffrer : point de dessins, point de figures, rien que des caractères d’écriture.]

[Note 115 : Sans doute la même que la zaouïa d’Ouzdiin.]

[Note 116 : 1877-1878 ou 1295, appelé dans le langage usuel l’an 95 ; cette année est tristement célèbre dans le sud du Maroc, à cause de la famine terrible qui la signala.]

[Note 117 : On m’a assuré que, depuis mon voyage, la plupart des tribus soumises par le sultan en cette expédition, tant celles du Sahel que celles du bas Sous et du Ras el Ouad, s’étaient soulevées et avaient repris leur indépendance. Ces faits se seraient passés en automne 1884.]

III.

BASSIN DE L’OUAD SOUS.

L’Ouad Sous porte en son cours supérieur le nom d’Ouad Tifnout : il ne prend celui de Sous qu’à partir de son confluent avec l’Ouad Zagmouzen. Cette rivière, presque aussi considérable que lui, se jette sur sa rive gauche au village de Tinmekkoul (Iouzioun). Nous étudierons séparément l’Ouad Tifnout, l’Ouad Zagmouzen et l’Ouad Sous.

1o. — OUAD TIFNOUT.

L’Ouad Tifnout, avant sa jonction avec l’Ouad Zagmouzen, reçoit sur sa rive gauche, entre Tabia et Taïssa, un autre affluent important, l’Ouad Aït Tameldou. Nous nous occuperons successivement de ces deux rivières.

=1o OUAD TIFNOUT.= — On l’appelle souvent dans son cours inférieur Ouad Iouzioun. Il sort du flanc du Grand Atlas à un point nommé Tinzer (narine). Ce lieu est ainsi appelé parce qu’il s’y trouve deux ouvertures juxtaposées comme des narines : l’une est bouchée, à l’intérieur, par un poisson monstrueux ; de l’autre jaillit l’Ouad Tifnout. Cette source merveilleuse est célèbre à plus d’un titre : elle a, dit-on, des propriétés médicales extraordinaires. Au-dessous de Tinzer, l’Ouad Tifnout entre dans la tribu des Aït Tameldou ; il y arrose d’abord un groupe de quatre villages appelé

Tizgi n Taqqaïn ;

puis, restant toujours dans la même tribu, il passe successivement par un grand nombre de villages dont voici les principaux :

Imelil.

Taagnit.

Ouaounzourt.

Mezgemmat.

Asareg.

Tasoult.

Amzarko.

Imi n Amoumen.

Tizourin.

Aït Iṛmor.

Aït Skri. } } Ces quatre villages sont compris sous le nom Askaoun. } d’Aït Ouṛeld. } Moumalou. }

Dar Ougadir.

Ḥeloud.

Dou Ougadir.

Agerd n Ougadir.

Ạnd Aït Dra.

Igidi.

Aṛled Fouqani.

Timiṭeṛ.

Aṛled Taḥtani.

Mzi.

Tilkit.

Tarneouin.

Tabia.

Ici l’Ouad Tifnout sort du territoire des Aït Tameldou et entre sur celui des Iouzioun. Il y arrose successivement les villages de :

Taïssa.

Takherri.

Tamararsent.

Toug el Khir.

Agaouz.

Tinksif.

Agdz Igourramen.

Taouarsout.

Ichakoukf.

Idergan.

Asoul.

Taṛrat.

Ibergnat.

Asaoun.

Tabia.

Agdz Aït ou Asṛar.

Aoufour.

Toug el Khir Taḥtani.

Anmid.

Tinmekkoul.

A ce village, l’Ouad Tifnout s’unit à l’Ouad Zagmouzen : là commence l’Ouad Sous.

L’Ouad Tifnout a de l’eau durant l’année entière sur toute l’étendue de son cours. Les bords en sont d’une richesse extrême : de la source de la rivière au confluent où elle finit, ils ne sont qu’un long jardin. Les eaux ne cessent de couler au milieu des cultures et à l’ombre des arbres fruitiers. Noyers, grenadiers, oliviers se pressent sur les rives ; la vigne court le long de leurs branches ; blés, orges, maïs font un tapis à leurs pieds.

Distances : de Tinzer à Tabia 1 jour.

de Tinzer à Tizgi n Taqqaïn 3 heures.

de Tizgi n Taqqaïn à Imelil 1 heure.

de Imelil à Ouaounzourt 3/4 d’heure.

de Ouaounzourt à Imi n Amoumen 1 h. 1/2.

de Imi n Amoumen à Agerd n Ougadir 1 h. 1/2.

de Agerd n Ougadir à Dou Ougadir 1/2 heure.

de Dou Ougadir à Timiṭeṛ 1 heure.

de Timiṭeṛ à Dar Ougadir 1 h. 1/2.

de Imelil à Tabia fort 1/2 jour.

de Tabia à Taïssa 1 heure.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Tifnout reçoit un grand nombre d’affluents ; ce sont :

RIVE DROITE :

Ouad Amoumen, s’y jetant à Imi n Amoumen.

Ouad Idikel, s’y jetant à Dar Ougadir.

Ouad Izgrouzen, s’y jetant à Dou Ougadir.

Ouad Ikis, s’y jetant à Agerd n Ougadir.

RIVE GAUCHE :

Ouad Inmarakht, s’y jetant à Ouaounzourt.

Ouad Saksad, s’y jetant à Dar Ougadir.

Ouad Msount, s’y jetant à Timiṭeṛ.

Ouad Tizgi n Mousi, s’y jetant à Mzi.

OUAD AMOUMEN. — Il prend sa source dans le Grand Atlas, traverse le territoire des Aït ou Amoumen (composé de 9 villages, tous sur son cours), et se jette dans l’Ouad Tifnout. Les Aït ou Amoumen sont une fraction des Aït Tameldou.

L’Ouad Amoumen a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Distances : de l’Adrar n Deren aux Aït ou Amoumen 1/2 jour.

des Aït ou Amoumen à Imi n Amoumen 1 heure.

OUAD IDIKEL. — Il prend sa source au Djebel Idikel. De là il traverse, en descendant, d’abord le district d’Idikel (composé de 14 villages, tous sur son cours) ; puis, au-dessous, celui de Talat n Ig (4 villages). L’un et l’autre sont des fractions des Aït Tameldou.

L’Ouad Idikel n’a d’eau que pendant la saison des pluies.

Distances : de l’Idikel au Talat n Ig 5 heures.

du Talat n Ig à Dar Ougadir 1 h. 1/2.

du Talat n Ig à Aṛled Fouqani (route dans le 3 heures. désert)

OUAD IZGROUZEN. — Il prend sa source au Tizi n Tamejjout. Il passe d’abord par le village de Tamejjout, puis il traverse le territoire des Izgrouzen, composé de 21 villages, tous sur son cours. De là il se jette dans l’Ouad Tifnout. Tamejjout, ainsi que les Izgrouzen, fait partie de la tribu des Aït Tameldou.

L’Ouad Izgrouzen n’a d’eau que pendant la saison des pluies.

Le Tizi n Tamejjout est traversé par un chemin allant des Izgrouzen à Agoundis : d’Agoundis on peut gagner Dar El Genṭafi, et de là Merrâkech.

Distances : du Tizi n Tamejjout à Tamejjout 1 heure.

de Tamejjout aux Izgrouzen 1 heure.

des Izgrouzen à Dou Ougadir 1 h. 1/2.

des Izgrouzen à Agoundis fort 1/2 jour.

d’Agoundis à Dar El Genṭafi fort 1/2 jour.

OUAD IKIS. — Il prend sa source dans le Grand Atlas et traverse ensuite le territoire d’Ikis (composé de 14 villages, tous sur son cours) ; de là il se jette dans l’Ouad Tifnout. L’Ikis est une fraction des Aït Tameldou.

Cette rivière n’a d’eau que dans la saison des pluies.

Distances : de l’Adrar n Deren à l’Ikis 1/2 jour.

de l’Ikis à Agerd n Ougadir 1/2 jour.

OUAD INMARAKHT. — Il traverse d’abord la fraction d’Inmarakht (composée de 7 villages tous sur son cours) ; de là il passe dans celle des Aït Leti (composée de 15 villages, tous sur son cours), puis dans celle d’Asif n Sous (3 villages) ; de là il se jette dans l’Ouad Tifnout. Les divers groupes que traverse l’Ouad Inmarakht font tous partie des Aït Tameldou.

Cette rivière a de l’eau en abondance sur tout son cours, pendant l’année entière.

Distances : d’Inmarakht aux Aït Leti 1 heure 1/2.

des Aït Leti à Asif n Sous 1 heure.

d’Asif n Sous à Ouaounzourt 1 heure.

OUAD SAKSAD. — Il prend sa source au Djebel Saksad ; de là il arrose successivement les deux villages d’Ifergan et d’Ạnd Imzilen. L’un et l’autre font partie des Aït Iṛmor, fraction des Aït Tameldou.

Il y a toujours de l’eau dans l’Ouad Saksad, et sur tout son cours.

Distances : du Djebel Saksad à Ifergan 1 heure.

d’Ifergan à Dar Ougadir 1 heure.

OUAD MSOUNT. — Il prend sa source dans le Khela Tamzernit (forêt de teceft). Au sortir de ce désert, il entre sur le territoire des Aït Msount, fraction des Aït Tameldou ; il y arrose successivement les villages de Isḥerin, Izoukennan, Aït Ḥedin, Aït ou Allal, Tidirmit, Imi n Msount.

De là il gagne Timiṭeṛ, où il se jette dans l’Ouad Tifnout.

Il n’a d’eau que dans la saison des pluies.

Distances : du Khela Tamzernit à Isḥerin 1 heure.

d’Isḥerin à Timiṭeṛ 1 heure.

AFFLUENT. — L’Ouad Msount en reçoit un, l’Ouad Aït Mesri, se jetant sur sa rive gauche à Isḥerin.

=Ouad Aït Mesri.= — Il traverse le territoire des Aït Mesri (7 villages, tous sur son cours), fraction des Aït Tameldou.

Il n’a d’eau que durant la saison des pluies.

Distance : des Aït Mesri à Isḥerin 1/2 jour.

OUAD TIZGI N MOUSI. — On l’appelle aussi Ouad Izgern. La source en est dans le désert, peu au-dessus de Tizgi n Mousi. Il passe d’abord par le village de Tizgi n Mousi, puis par l’Amzaourou (6 villages, tous sur son cours) ; de là il traverse le territoire des Izgern (9 villages) ; il rentre ensuite dans le désert, où il reste jusqu’à son confluent avec l’Ouad Tifnout. Les villages et fractions situés sur son cours font partie des Aït Tameldou.

Il n’a d’eau que durant la saison des pluies.

Distances : de Mial (Ouad Aït Tameldou) à Tizgi n Mousi 3 heures. (désert)

de Tizgi n Mousi à l’Amzaourou 1 heure.

de l’Amzaourou aux Izgern 3 heures.

des Izgern à Mzi (Ouad Tifnout) 1/2 jour.

=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Le territoire des Iouzioun se compose exclusivement des villages que nous avons énumérés sur le cours de l’Ouad Tifnout. Les Iouzioun forment une tribu séparée ; ils sont indépendants du sultan, mais reconnaissent la suprématie des deux puissants chikhs des Aït Tameldou : chacun de ces chefs a la moitié d’entre eux sous son autorité. Les Iouzioun sont de race et de langue tamaziṛt. Ils sont Chellaḥa. C’est une tribu riche et commerçante. Un marché, le Tlâta Tabia. Deux mellaḥs.

2o OUAD AIT TAMELDOU. — On lui donne aussi parfois le nom d’Ouad Tittal. Il prend sa source dans le désert d’Igisel. De là il entre dans la tribu des Aït Tameldou, où il reste pendant tout son cours ; il y arrose successivement les villages suivants :

Tittal, Mial, Tazoult, Aban, Bou Tizi, Aït Melloul, Ikouchoden, Id Marmouch, Inmezzen, Igourzan, Ida ou Amṛar, Talat n Ougnal, Arbalou, Iṛil, Tammarouin, Aït Qedni.

Ce village est le dernier de l’Ouad Aït Tameldou, qui de là se jette sur la rive gauche de l’Ouad Tifnout, un peu au-dessous de Taïssa.

L’Ouad Aït Tameldou a toujours beaucoup d’eau dans son lit, tout le long de son cours.

Distances : de Tizi n Ougdour à Tittal 5 heures.

de Tittal à Mial 1 heure.

de Mial à Tazoult 1 heure.

de Tazoult à Aït Melloul 1 heure.

d’Aït Melloul à Arbalou 2 h. 1/2.

d’Arbalou à Aït Qedni 1 h. 1/2.

d’Aït Qedni à Taïssa 1 h. 1/2.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Aït Tameldou reçoit plusieurs affluents ; ce sont :

RIVE DROITE :

Ouad Amzarou, s’y jetant à Tazoult.

Ouad Igemran, s’y jetant à Aït Melloul.

Ouad Mançour, s’y jetant à Arbalou.

RIVE GAUCHE :

Ouad Achakski, s’y jetant à Mial.

Ouad Aoullous.

OUAD AMZAROU. — Il prend sa source au désert d’Ifenouan. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement les villages de Tagrioualt, Ạraben, Assaka, Ida El Ḥasen Ạli, Aït Ouahou, Anrouz, Tazoult.

A ce dernier point, il se jette dans l’Ouad Aït Tameldou.

L’Ouad Amzarou a de l’eau pendant toute l’année et sur tout son cours.

Distances : du Khela Ifenouan à Tagrioualt 3 heures.

de Tagrioualt à Assaka 1/2 heure.

d’Assaka à Tazoult 1 heure.

AFFLUENT. — L’Ouad Amzarou reçoit un affluent, l’Ouad Tasoukt, se jetant sur sa rive gauche à Assaka.

=Ouad Tasoukt.= — Il prend sa source dans le désert de Tiddes. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou ; il y arrose d’abord un groupe de 3 villages appelé Aït Ouartasa puis successivement, Akchtim, Aït Iferd, Assaka, où est son confluent avec l’Ouad Amzarou.

Il a de l’eau en toute saison sur tout son cours.

Distances : du Khela Tiddes à Aït Ouartasa faible 1/2 jour.

d’Aït Ouartasa à Assaka 1 heure.

OUAD IGEMRAN. — Il prend sa source au Djebel Agendi, montagne boisée, couverte de grandes forêts de teceft. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou : il y arrose successivement les villages suivants :

Igemran (formée de 2 villages), Tizgi n Ouḥakki, Tamjerjt (très grand village), Aït Melloul.

Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies.

Distances : du Djebel Agendi à Igemran 1/2 heure.

d’Igemran à Tamjerjt 1/2 heure.

de Tamjerjt à Aït Melloul 1/2 heure.

AFFLUENT. — L’Ouad Igemran reçoit l’Ouad Aït Tougda, se jetant sur sa rive droite un peu au-dessus d’Aït Melloul.

=Ouad Aït Tougda.= — Il prend sa source au Djebel Agendi. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement les villages suivants :

Aït Ouzaṛar, Aït Tougda.

Puis il se jette dans l’Ouad Igemran.

Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies.

Distances : du Djebel Agendi à Aït Ouzaṛar 1 heure.

d’Aït Ouzaṛar à Aït Melloul 1/2 heure.

OUAD MANÇOUR. — Il prend sa source au désert de Timoures. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement les villages suivants :

Mançour, Tlzoui, Amazzer, Agerd n Zarar, Tagadirt, Taṛeroucht, Iloukous, Ilemsen, Taourirt, Imoula, Timiṭeṛ, Ouaouzgert, Arbalou.

A ce dernier village est le confluent de l’Ouad Mançour et de l’Ouad Aït Tameldou.

La rivière a de l’eau sur tout son cours et pendant toute l’année.

Distances : du Khela Timoures à Mançour 1 heure.

de Mançour à Tlzoui 1/2 heure.

de Tlzoui à Arbalou 1 h. 1/2.

AFFLUENT. — L’Ouad Mançour reçoit l’Ouad Tizgi, qui se jette sur sa rive droite à Tlzoui.

=Ouad Tizgi.= — Il prend sa source au désert d’Ifenouan. Tout le cours en est sur le territoire des Aït Tameldou. Il arrose successivement :

Tizgi, Talmoudat, Igourdan, Tichki, Ida Ạli ou Ḥammou, Imskal, Timgdal, Tlzoui.

A ce dernier point est son confluent avec l’Ouad Mançour.

Il a toujours de l’eau dans son lit, sur tout son cours et en toute saison.

Distances : du Khela Ifenouan à Tizgi 1 heure.

de Tizgi à Tlzoui 1 heure.

OUAD ACHAKSKI. — On l’appelle aussi Ouad Mial. Il prend sa source au Djebel Achakski. Pas un seul lieu habité sur son cours.

Il n’a d’eau que pendant la saison des pluies.

OUAD AOULLOUS. — On l’appelle aussi Ouad Aït Tedrart. Il prend sa source dans le Siroua : il arrose sur son cours les villages suivants, appartenant tous aux Aït Tedrart :

Tadmamt, Aoullous, Tamalout, Azgaour, Adṛeṛ, Tamalout Aït Ạmer ou Ạli, Asif Zimer, Agerd n Oudrer, Aglagal, Askaoun.

De là, plus de lieu habité sur son cours jusqu’à son confluent avec l’Ouad Aït Tameldou.

Les Aït Tedrart sont une fraction de la tribu des Aït Selîman.

Distances : de Tadmamt à Askaoun 2 heures.

d’Aoullous à Amasin (Ikhzama) 1/2 jour.

d’Agerd n Oudrer à Iṛil n Oro (en traversant 1/2 jour. le désert de Teddref)

d’Agerd n Oudrer à Taïssa 3 h. 1/2.

AFFLUENT. — L’Ouad Aoullous reçoit à Askaoun l’Ouad Id ou Illoun, qui se jette sur sa rive gauche.

=Ouad Id ou Illoun.= — Il reste pendant tout son cours sur le territoire des Id ou Illoun, où il arrose successivement les villages de :

Tinzert, Iferṛan, Agni, Almessa, Aouzrout.

Les Id ou Illoun sont une fraction de la tribu des Aït Selîman.

Distances : de Tinzert à Aouzrout 1 heure.

d’Agni à Aglagal (Ouad Aoullous) 1 heure.

d’Agni à Outoura (Ouad Zagmouzen) 2 heures.

=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Nous avons rencontré sur les cours d’eau que nous venons d’étudier trois tribus : les Iouzioun, dont il a déjà été parlé, les Aït Selîman et les Aït Tameldou. Toutes trois sont indépendantes et de race comme de langue tamaziṛt. Elles sont Chellaḥa : il n’existe point de Ḥaraṭîn dans le bassin du Sous. Elles sont sédentaires : le bassin du Sous ne renferme à peu près point de nomades.

AIT SELIMAN. — Tribu se subdivisant en deux fractions, les Aït Tedrart et les Id ou Illoun. La première est la plus nombreuse. Chacune se compose d’une certaine quantité de villages, les uns sur les cours d’eau, où nous les avons mentionnés, les autres dans la montagne, alimentés par des sources. Les Aït Selîman sont gouvernés par un chikh, dont le pouvoir est héréditaire : le chikh actuel s’appelle Ạbd Allah Aït Ạli ou Ious : la maison des Aït Ạli ou Ious réside à Aoullous ; elle n’a aucune relation ni avec le sultan ni avec le Telouet. Pas de marché chez les Aït Selîman. Deux mellaḥs.

AIT TAMELDOU. — Ils sont indépendants et gouvernés par leurs chikhs héréditaires : ceux-ci sont au nombre de deux : voici comment ils se partagent le pouvoir.

A Tamjerjt réside la famille de chikhs des Id ou Mḥind ; le chef en est en ce moment Moḥammed ou Ḥammou ; il a sous son autorité une partie de l’Ouad Tifnout, une partie de l’Ouad Inmarakht, l’Ouad Amoumen, la moitié de l’Ouad Idikel, la moitié de l’Ouad Izgrouzen, l’Ouad Ikis, l’Ouad Msount, l’Ouad Tizgi n Mousi, l’Ouad Amzarou, l’Ouad Igemran, l’Ouad Aït Tougda, l’Ouad Mançour, la moitié de l’Ouad Tizgi. De plus, en dehors des Aït Tameldou, sa suprématie est reconnue d’une part par la moitié des Iouzioun, de l’autre par les Ikhzama (bassin de l’Ouad Iriri).

A Aït Iferd réside la seconde famille de chikhs ; c’est une branche de la maison des Aït Ouzanif. Le chef actuel en est Moḥammed ou Ạbd Allah ; il a sous son pouvoir le reste de l’Ouad Tifnout (les Aït Iṛmor), les Aït Leti sur l’Ouad Inmarakht, la moitié de l’Ouad Idikel (Talat n Ig), l’Ouad Saksad, la moitié de l’Ouad Izgrouzen, l’Ouad Aït Tameldou, l’Ouad Achakski, l’Ouad Tasoukt, la moitié de l’Ouad Tizgi. Il faut y joindre, hors des Aït Tameldou, le reste des Iouzioun et les Aït Marlif (bassin de l’Ouad Iriri).

Ces deux puissantes familles entretiennent avec le qaïd du Telouet des relations analogues à celles qu’a avec lui le Zânifi : c’est leur seul lien avec le makhzen.

Les principaux produits de la tribu sont les noix et les olives, qui abondent sur tout son territoire. On récolte aussi des raisins et des grenades sur les rives de l’Ouad Tifnout. La vallée de cette rivière est la partie la plus riche du pays des Aït Tameldou. Peu d’abeilles. De grands troupeaux de moutons et de bœufs ; beaucoup d’ânes et de mulets ; des chevaux et des chameaux.

Les Aït Tameldou sortent peu de chez eux pour faire le commerce ; mais on se rend en leur pays de Tazenakht, de l’Aït Zaïneb, du Telouet, des bords de l’Ouad Sous, pour acheter des grains et des fruits ; on en exporte ainsi du blé, de l’orge, des fèves, des noix, de l’huile.

Le centre le plus important de la tribu est Ạraben (120 familles musulmanes et 3 familles israélites).

Minerai de fer dans le désert d’Ifenouan.

Un seul marché chez les Aït Tameldou, le Ḥad Tamjerjt.

Les Israélites sont nombreux sur leur territoire : ils y ont seize mellaḥs.

2o. — OUAD ZAGMOUZEN.

On l’appelle aussi quelquefois Ouad Aït Oubial et Ouad Aït Ọtman. Il prend sa source au mont Siroua. De là, il coule pendant quelque temps dans le désert, puis il entre dans la tribu des Aït Oubial ; il y arrose successivement les villages suivants :

Aït ou Alman, Aït Sin, Assaka, Tagouïamt.

De là il passe immédiatement dans la tribu des Aït Ọtman, où il arrose :

Aït Sin d Aït Ọtman, Tammenout, Outoura, Aït Sạd, Takchtamt, Aït Ạïcht, Tagmout (murailles rocheuses avec cavernes inaccessibles et restes de constructions).

Là finissent les Aït Ọtman : la rivière s’engage dans le long désert de Tifergin, où elle reste durant plusieurs heures ; elle entre ensuite sur le territoire des Zagmouzen, où elle baigne :

Arfaman, Tagjdit, Anammer, Ikerouan, Tifourt, Irzi, Timicht, Taserga, Agadir Zagmouzen, Armed Zagmouzen, Iṛil n Oro (très grand village), Tabia, Taltnezourt, Taourirt, Tirest, Iṛil Mechtiggil, Dou Ouzrou, Taleouin, Tabia n Boro, Tagergoust, Bou Oulga, Timellilt.

De là, l’ouad, sans que les cultures s’interrompent sur ses rives, passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose de nombreux villages, dont voici les principaux :

Imjijouin.

Targa n Mimoun rive droite.

Ez Zaouïa (en face de Targa n Mimoun) rive gauche.

Tazdeṛt Fouqani.

Tazdeṛt Taḥtani.

Tagenza.

Puis il passe dans la tribu des Aït Iaḥia, où il baigne un grand nombre de villages, dont les principaux sont :

Imi n Ougni.

Taourirt el Ḥad rive droite.

Arfaman.

Tazarin.

Tastift.

Amzaourou.

Bitgan.

Imiḍeṛ.

Imirgel.

A Imirgel finissent les Aït Iaḥia. Quelques pas plus bas, la rivière se réunit à l’Ouad Tifnout, au village de Tinmekkoul, sur le territoire des Iouzioun.

Au-dessous d’Aït Ạïcht, l’Ouad Zagmouzen a toujours de l’eau, quelle que soit la saison. Plus haut, il est quelquefois à sec.

Distances : d’Aït Oubial à Tagmout 1/2 jour.

de Tagmout à Iṛil n Oro 1/2 jour.

d’Iṛil n Oro à Imirgel 1 jour.

d’Imirgel à Tinmekkoul 1/2 heure.

d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tinksif 1/2 jour.

de Tinksif à Tasdṛemt (Aït Ououlouz) 1 heure.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Zagmouzen reçoit deux affluents, l’un et l’autre sur sa rive gauche ; ce sont : l’Ouad Amaliz, s’y jetant à Timicht (Zagmouzen), et l’Ouad Aït Semmeg, s’y jetant à Tagenza (Aït Semmeg).

OUAD AMALIZ. — Il prend sa source dans le désert Talaṛt Imadid. De là il traverse le territoire des Imadiden, fraction des Seketâna, puis il entre sur celui des Aït Ạbd el Ouirt, où il arrose successivement les villages de Miggar el Ḥedid et d’Amaliz, séparés l’un de l’autre par le désert d’Igidi n Oumaliz. Les jardins d’Amaliz touchent à ceux de Timicht, où la rivière se jette dans l’Ouad Zagmouzen.

Les Aït Ạbd el Ouirt sont une tribu à part, habituellement alliée aux Imadiden ; elle ne se compose que des deux villages que nous venons de citer et de deux autres, Tafrent et Tasṛent, situés dans la montagne, à peu de distance des premiers.

L’Ouad Amaliz a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Distance : d’Amaliz au désert Talaṛt Imadid 3 heures.

AFFLUENT. — L’Ouad Amaliz reçoit un affluent, l’Ouad Sidi Ḥaseïn, se jetant sur sa rive droite à Amaliz.

=Ouad Sidi Haseïn.= — Il prend sa source dans le Khela Tasṛirt, passe au pied de la qoubba de Sidi Ḥaseïn, puis entre sur le territoire des Seketâna, dans la fraction des Imskal. Il y arrose d’abord Iṛri, puis Tinfat, et se jette dans l’Ouad Amaliz au village d’Amaliz.

OUAD AIT SEMMEG. — C’est une rivière importante, qui presque partout a de l’eau : elle prend sa source dans le Petit Atlas, reçoit divers affluents et arrose sur son cours supérieur plusieurs tribus (on ne peut me donner de renseignements sur cette portion) ; puis elle entre sur le territoire des Aït Semmeg ; elle y arrose successivement un grand nombre de villages, dont voici les principaux :

Asedmer, Timichcha, Agadir Djedid, Ammeïn (groupe de plusieurs qçars), Doutourirt, Imzil, Taṛzout.

Distance : d’Asedmer à Tagenza 4 heures.

=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Les tribus que nous avons mentionnées sur l’Ouad Zagmouzen et ses affluents sont toutes indépendantes et toutes de race et de langue tamaziṛt. D’ailleurs le bassin de l’Ouad Sous tout entier, sauf une ou deux exceptions insignifiantes, n’est peuplé que de Chellaḥa, et la langue tamaziṛt y est partout l’idiome en usage. Parmi les tribus du bassin de l’Ouad Zagmouzen, les unes, telles que les Aït Oubial, les Aït Ọtman, les Zagmouzen, les Aït Iaḥia, les Aït Ạbd el Ouirt, ne possèdent que les villages que nous avons énumérés et d’autres intercalés entre eux, et ne s’étendent pas en dehors des vallées des rivières ; deux, au contraire, les Aït Semmeg et les Seketâna, sont de grandes tribus dont nous n’avons mentionné qu’une faible portion.

Les Aït Oubial n’ont point de marché. Ils sont renommés pour l’excellent safran qui se récolte sur leur territoire ; on en trouve dans la plus grande partie du haut Sous, mais celui de leur pays est réputé le meilleur.

Les Aït Ọtman ont un marché, le Tenîn Aït Sin.

Les Zagmouzen en ont un aussi, le Khemîs Iṛil n Oro. On trouve, dit-on, du minerai d’argent sur leur territoire.

Les Aït Iaḥia possèdent un marché, le Tenîn Taourirt el Ḥad. Ils sont gouvernés par un chikh héréditaire résidant à Arfaman.

Pas de marché dans la petite tribu des Aït Ạbd el Ouirt.

Les Juifs sont nombreux dans ces régions : il y a douze mellaḥs dans le bassin de l’Ouad Zagmouzen.

SEKETANA. — Toutes les populations du bassin du Sous et toutes celles comprises entre Sous et Dra, à l’exception du Sahel, se divisent en deux grandes familles : les Gezoula et les Seketâna. Nous avons énuméré plus haut les tribus et les groupes divers dont se composent l’une et l’autre. Dans le bassin du Sous, deux noyaux séparés ont conservé l’un le nom de Gezoula, l’autre celui de Seketâna, et se les sont attribués comme dénominations particulières : nous parlerons plus loin des Gezoula, quand nous en serons à l’Ouad Sous proprement dit ; ici, dans le bassin de l’Ouad Zagmouzen, se trouve la tribu dite des Seketâna.

Les Seketâna sont cantonnés dans le Petit Atlas, sur la rive gauche de l’Ouad Zagmouzen, à environ 6 ou 8 kilomètres de ce cours d’eau, à peu près à hauteur de la tribu des Zagmouzen. La plupart de leurs villages sont alimentés par des sources : les deux rivières qui traversent leur territoire, l’Ouad Amaliz et l’Ouad Sidi Ḥaseïn, n’arrosent qu’un petit nombre de localités. Les Seketâna possèdent en outre, à proximité de l’Ouad Zagmouzen, un gros village isolé, Ihoukern. Il s’élève à 2 kilomètres au sud de la rivière, entre Tagmout et Aït Ạïcht. Quoique presque enclavé dans les Aït Ọtman, c’est aux Seketâna qu’il appartient.

Ceux-ci se divisent en trois fractions : Seketâna proprement dits, Imadiden, Imskal. Les premiers habitent la portion ouest du territoire, les seconds le centre, les derniers l’est.

Seketâna proprement dits. — Voici leurs principaux villages : Tizgi, Tirikiou, Allegou, Tanfekht, Aouirst, Imgoun, Taglaout, Taourirt, Aït Abbou, Iṛil n Ouaman, Aït Delḥa, Agdz, Tabadricht, Aït Ḥeddou, Tilioua, Aït Roḥou.

Imadiden. — Voici leurs principaux villages : Aderdour, Iṛil n Tefraout, Ṭaddart, Tazga, Aït Roḥou, Ifri Imadiden.

Imskal. — Voici leurs principaux villages : Argoummi, Iṛri, Gounin, Ifran, Imṛid, Tazoult, Tizi n Tifourt, Imi n Ougni, Tamskourt, Agoudal, Timasinin, Timersit. Les cinq derniers portent le nom collectif de Tinfat. Le village isolé d’Ihoukern compte avec les Imskal.

Ces trois fractions sont à peu de distance les unes des autres, surtout les deux dernières : dans chacune, les villages sont fort rapprochés et se touchent entre eux par leurs cultures.

Les principaux centres sont Imgoun, Aouirst, Tanfekht. Un marché, le Ḥad Tirikiou.

Chacune des trois fractions des Seketâna est gouvernée séparément par son chikh héréditaire.

Les principales productions du pays sont les olives, les noix, les figues, et surtout le safran.

AIT SEMMEG. — C’est une puissante tribu, atteignant les bords de l’Ouad Zagmouzen et s’étendant au loin sur les pentes du Petit Atlas, qui forme le flanc gauche de la vallée de cette rivière. Elle se divise en nombreuses fractions ; plusieurs cours d’eau en arrosent le territoire. Elle est sous l’autorité d’un chikh héréditaire résidant à Tagenza. Le chikh actuel s’appelle Ould Aḥmed ou Aḥman. Un marché, l’Arbạa Doutourirt, qu’on appelle aussi Arbạa Ammeïn.

3o. — OUAD SOUS JUSQU’A TAROUDANT.

La portion de la vallée de l’Ouad Sous comprise entre Tinmekkoul, où il commence à prendre ce nom, et Taroudant s’appelle Ras el Ouad. Cette dénomination est vague : tantôt elle ne s’applique qu’à la plaine au milieu de laquelle coule le fleuve, tantôt on y comprend les versants des montagnes qui la bordent.

L’Ouad Sous, l’Asif n Sous, comme on l’appelle le plus souvent, est très habité sur tout son cours ; pas un seul point désert sur ses rives : depuis Tinmekkoul jusqu’à la mer, elles sont couvertes de cultures et de villages se succédant sans interruption. Le fleuve coule au milieu d’une plaine très unie qui prend bientôt une grande largeur ; cette largeur augmente sans cesse à mesure qu’on s’avance vers la mer. C’est partout un sol d’une fertilité admirable ; mais une partie seulement en est cultivée, le reste est laissé en pâturages et en forêts. Plusieurs tribus habitent sur le cours du Sous : les unes s’étendent sur ses deux rives, comme les Rḥala ; les autres sur une seule, comme les Menâba ou les Indaouzal ; les unes ne possèdent que les bords mêmes du fleuve : tels les Rḥala et les Menâba ; d’autres s’enfonçent au loin dans les terres : tels les Oulad Iaḥia, les Indaouzal.

Au-dessous de Tinmekkoul, l’Ouad Sous entre immédiatement dans la tribu des Rḥala. Elle se compose de trois fractions : Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Les Ida ou Gemmed sont sur la rive droite, les deux autres groupes en face d’eux sur la rive gauche ; les Aït Ououlouz sont en amont, les Ida ou Tift en aval.

Tous les villages des Rḥala se trouvent sur les bords mêmes du fleuve ; voici les principaux d’entre eux :

Sur la rive droite : fraction des Ida ou Gemmed :

Iṛanimin.

Koulat.

Sidi Ọmar.

Tir.

Tasḥmoumt en face d’Amerli.

Ikhfri en face de Tloussa.

Tagenza.

Aderdour en face de Tloussa 120 fusils

Zaouïa Sidi Ious en face d’Aït Oumbarek.

Tagadirt n Tafoukt en face de Tasserlit.

Zaouïa el Ferfar en face de Tigider.

El Ferfar en face de Timikert.

Tigemmi n Talaṛt en face de Taḥalla.

Igedad.

Tiourza (appelé aussi Aourz) en face de Taḥalla.

Aourir en face d’Imilan.

Imilan en face de Bouour.

Aoumselart en face de Tassoumat.

Aougeddim entre Tassoumat et Assaka.

Irk.

Taṛlemt.

Tagadirt Aït Ḥamed ou Ḥoummou en face de Taḥalla.

Agdour en face de Bouour.

Aït Selîman.

Tiflit en face de Louleïza.

Tagendout.

Aït Ouasạou.

Tinnikt.

Talat n Tiout.

Sur la rive gauche : d’abord la fraction des Aït Ououlouz :

Tasdṛemt.

Agerd.

Tamgout.

Agadir n Ousekti.

Agadir n Iblaz.

Zaouïa Moulei Ạli.

El Qaçba.

Adouz.

Tamdrart.

Aourir.

Tagergoust.

Ces huit derniers villages sont compris sous le nom collectif d’Aoulouz.

Viennent ensuite ceux des Ida ou Tift :

Amerli 300 fusils.

Iferd n Khalifa.

Igedad 150 fusils.

Amari.

Tagoust.

Agadir Aït Ḥaseïn.

Tloussa.

Zaouïa Sidi Mḥind ou Iạqob.

Aït Oumbarek.

Taserlit.

Tigider.

Timikert.

Imejjat.

Bouour.

Tagadirt n Ououddiz.

A Bouour, en face des derniers villages des Ida ou Gemmed, commence, sur la rive gauche, le territoire des Indaouzal. Au-dessous de Tinzert, on entre, sur la rive droite, dans celui des Menâba. Le fleuve forme la frontière entre les deux tribus. Voici les villages qu’il arrose :

Rive droite : Menâba :

Tinzert 150 fusils.

Ida ou Qaïs (groupe compact de 7 villages) 120 fusils.

Zaouïa Moulei Ạbd el Qader.

Ạïn n Ougeïḍa.

Igoudar.

Aït Ioub 150 fusils.

Oulad Ḥasen 150 fusils.

Tamast (sur la rive gauche de l’ouad ; seul village 300 fusils. des Menâba dans cette situation)

Oulad Brahil en face de Tamast.

Ạïn el Ạsid.

Souaṭat 120 fusils.

Zrabia.

El Bordj.

Oulad Brahim.

Agedal.

Dir.

Sama.

Ida ou Gouilal 150 fusils.

Igli 200 fusils.

Erzagna.

Aït Ạïssa.

Zaouïa Ben Abbou.

Agadir er Remel.

Rive gauche : Indaouzal :

Tassoumat.

Assaka.

Louleïza 120 fusils.

Tafellount.

Tirkt.

Agadir el Bour.

Aït Merras.

Sidi Malek.

A Sidi Malek finit la portion occupée par les Indaouzal ; ils sont suivis par les Oulad Iaḥia, à qui appartient toute la rive gauche du fleuve depuis là jusqu’à Taroudant : le long de cet espace, ce n’est qu’une série non interrompue de villages ; voici seulement les noms des principaux :

Tamast (appartenant aux Menâba, quoique sur la rive gauche).

Taouraṛt.

Tezzart.

El Mḥara.

Timdouin 400 feux.

Arazan 120 feux.

Taqṭrant.

Agadir n Abbou.

Oulad Bou Ṛis 120 feux.

Freïja.

Au-dessous des Menâba, sur la rive droite, se trouvent d’abord les Aït Iiggas, bordant l’ouad de leurs villages ; puis les Oulad Iaḥia, qui, à partir de là, occupent les deux rives du fleuve jusqu’à Taroudant. Ce n’est, dans ces deux tribus, que succession constante de jardins, de hameaux et de bourgades tout le long du cours d’eau : le principal centre, sur la rive droite, est le village de Ben Sifer.

L’Ouad Sous a toujours de l’eau dans son lit.

Nous avons dit le nombre de fusils des localités les plus importantes : les autres ont en général de 30 à 60 familles.

Distances : de Tinmekkoul à Aoulouz 3 heures.

de Tinmekkoul à Tasdṛemt 1 h. 1/2.

d’Aoulouz à Tir Le fleuve seul les sépare.

de Tir à Tinzert 3 heures.

de Tinzert à Igli 3 heures.

de Tir à Ida ou Qaïs 4 heures.

d’Aoulouz à Iferd n Khalifa Leurs jardins se touchent.

d’Iferd n Khalifa à Tagadirt n 2 heures. Ououddiz

d’Iṛil n Oro à Aderdour (en coupant fort 1/2 jour. au court)

d’Iṛil n Oro à Aoulouz (en coupant fort 1/2 jour. au court)

d’Iṛil n Oro à Igli 1 jour 1/3.

d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul (en forte journée. longeant l’ouad)

d’Igli à Ida ou Gouilal Ils se touchent.

d’Igoudar à Ida ou Gouilal 2 heures.

d’Igoudar à Igli 2 heures.

d’Igoudar à la frontière des Rḥala 1 heure.

de Zaouïa Ben Abbou à Agadir er Les jardins se Remel touchent.

d’Aït Ạïssa à Agadir er Remel Les jardins se touchent.

de Tinnikt à Oulad Ḥasen 1 h. 1/2.

de Tinnikt à Aourz 3 h. 1/2.

de Tasdṛemt à Tirkt (en coupant au 3 h. 1/2. court)

de Tasdṛemt à Bouour (en suivant 3 heures. l’ouad)

de Tirkt à Bouour (en suivant 2 heures. l’ouad)

de Tirkt à Oulad Bou Ṛis 1 jour.

d’Oulad Bou Ṛis à Freïja 1 h. 1/2.

d’Oulad Ḥasen à Taroudant 1 jour.

De l’examen de ces distances il ressort deux choses : la première, c’est que l’Ouad Sous fait un coude considérable auprès d’Aoulouz ; la seconde, que l’Ouad Zagmouzen décrit un long circuit avant de se jeter dans l’Ouad Tifnout.

On ne met en effet que 3 heures et demie pour aller de Tasdṛemt à Tirkt : on laisse le fleuve à gauche, on coupe au court à travers un désert, le Khela Aït Ouasạou, et on ne retrouve l’Ouad Sous qu’à Tirkt. Si on voulait faire le même trajet en longeant le fleuve, au milieu des villages et des cultures, il faudrait 5 heures de temps.

De même, pour se rendre d’Iṛil n Oro à Aoulouz, il suffit d’une forte demi-journée. On descend l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Taourirt el Ḥad : là on le quitte et on coupe au court à travers les montagnes du flanc gauche. On monte d’abord par le désert Timezgiḍa n Izrar ; puis on arrive à la qoubba de Sidi Bou Reja, située au col même où se franchit le massif : ce col, fort célèbre, s’appelle Tizi n Sous. De là on passe dans un nouveau désert, la forêt de Dou Ouzrou Zouggaṛ, célèbre par les brigandages qui s’y commettent : non loin de là se trouve le village d’Agni n Fad, qui reste en dehors de la route. Après deux heures de marche dans cette solitude, on débouche chez les Rḥala à Aourir, village du groupe d’Aoulouz. Ce chemin est ce qu’on appelle le chemin de Tizi n Sous. Quoique en montagne, il n’est pas très pénible. Il se fait en une demi-journée. On mettrait deux fois plus de temps en suivant le fond des vallées : en effet, on compte une forte journée pour aller d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul, et il y a encore deux ou trois heures de ce point à Aoulouz.

Nous avons dit plus haut que, si les bords du Sous sont cultivés partout, il n’en est pas de même de la large plaine formant le fond de la vallée : elle n’est cultivée qu’en partie : le reste est couvert de bois et de pâturages. Les principales forêts sont : sur la rive droite, celle de Bou Taddout (Aït Iiggas et Oulad Iaḥia) ; sur la rive gauche, celle de Briouga (Oulad Iaḥia, entre Timdouin et Taroudant) ; au milieu de cette dernière se trouve le grand village de Tiout, situé à mi-distance entre Igli et Taroudant.

=REMARQUES SUR LES TRIBUS.= — Les habitants du Sous, sauf un ou deux petits groupes d’Arabes de quelques tentes seulement, comme celui des Oulad Dris, groupes jetés on ne sait comment et noyés au milieu du reste de la population, sont tous de race tamaziṛt (chleuḥa) et de mœurs sédentaires. La langue usuelle y est partout le tamaziṛt. Dans le haut Sous, au-dessus du Ras el Ouad, et dans les chaînes du Grand et du Petit Atlas, cette langue est à peu près la seule connue. Mais à mesure qu’on descend le cours du fleuve et qu’on se rapproche du fond de sa vallée, le nombre des individus sachant l’arabe augmente. A partir des Menâba, il est peu d’hommes, au bord de l’ouad, qui ne connaissent cette langue.

L’état politique des tribus du Ras el Ouad a traversé depuis quelque temps diverses vicissitudes : durant de longues années, ces tribus ont été insoumises, sans aucune relation avec le makhzen. Récemment, pendant l’été de 1882, Moulei El Ḥasen fit une campagne dans le bas Sous et le nord du Sahel Marocain, et en profita pour inviter les habitants du Ras el Ouad à l’obéissance : c’était dans un moment de famine ; les populations, pauvres et affaiblies, ne voulurent pas entrer en lutte ; d’ailleurs une portion d’entre elles, fatiguée d’une longue anarchie, souhaitait un gouvernement régulier : elles se soumirent. On donna le titre de qaïd à leurs chikhs héréditaires : ceux-ci furent chargés de collectionner l’impôt et de lever des soldats pour le compte du sultan : au reste, point de garnisons, point d’hommes du makhzen, pas un seul fonctionnaire étranger. Tel était l’état du pays au moment de mon voyage. On était soumis au sultan, mais celui-ci n’exigeait que fort peu ; trop cependant, au gré de ces tribus jalouses de leur liberté : même ceux qui naguère avaient désiré ce régime en étaient lassés : il est vrai qu’ils n’y avaient point trouvé le bien qu’ils en attendaient. Aussi cet état de choses n’a, paraît-il, pas duré longtemps. Dès la première année d’abondance, la révolte a été générale : en automne 1884, toutes les tribus ont, dit-on, refusé argent et soldats ; en quelques lieux où les qaïds avaient abusé de leur autorité ou voulu maintenir l’ordre établi, elles les ont chassés, en détruisant leurs demeures. Depuis lors toutes vivent de nouveau dans une complète indépendance, sans aucun rapport avec Moulei El Ḥasen.

Celui-ci avait divisé le Ras el Ouad en six provinces, ạmel. Chacune d’elles se composait d’une des tribus ou fractions de tribus principales, que gouvernait son chikh avec le titre de qaïd : ce magistrat avait de plus dans son ressort, surtout en ce qui concernait leurs rapports avec le sultan, les tribus voisines moins considérables, ou celles dont la dépendance n’était pas complète. C’est ainsi que le qaïd des Menâba avait dans son ạmel les Aït Iiggas et les Talkjount d’une part, les Indaouzal de l’autre. Les six ạmels étaient :

1o Rḥala (Ida ou Gemmed).

2o Rḥala (Aït Ououlouz et Ida ou Tift).

3o Menâba.

4o Oulad Iaḥia.

5o Aït Semmeg (sur l’Ouad el Amdad ; versant sud du Grand Atlas).

6o Mentaga (dans le massif du Grand Atlas).

RHALA. — Tribu occupant les deux rives de l’Ouad Sous. Tous les villages en sont sur les bords mêmes du fleuve. Elle se divise, comme nous l’avons vu, en Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Deux chikhs héréditaires, portant aujourd’hui le titre de qaïd, les gouvernent : ce sont le qaïd Ḥaïda ould El Ḥasen ou Aḥman, résidant à Tagenza : il a sous son autorité les Ida ou Gemmed ; le qaïd Ọmar el Aoulouzi, demeurant à Agadir n Iblaz : il commande aux Aït Ououlouz et aux Ida ou Tift. Deux marchés chez les Rḥala, le Ḥad Aoulouz et l’Arbạa Aoulouz. Cinq mellaḥs.

MENABA. — Tribu occupant la rive droite de l’Ouad Sous ; elle forme une bande étroite le long du fleuve et ne s’étend pas dans l’intérieur de la vallée. Elle est gouvernée par Qaïd El Ạrbi, résidant à Igli ; la maison de celui-ci, vaste demeure avec grandes dépendances, s’appelle El Mkhatir. Trois marchés dans la tribu, Ḥad Igli, Djemạa Tinzert et Tlâta Aït Ioub : ce dernier, connu sous le nom de Tlâta Menâba, est le marché le plus important du Ras el Ouad. Il y a 12 mellaḥs chez les Menâba.

INDAOUZAL. — C’est une grande et puissante tribu située sur la rive gauche de l’Ouad Sous ; sur les bords immédiats du fleuve, elle n’occupe qu’une faible longueur ; mais au delà elle s’étend au loin, bornée à l’est par les Aït Iaḥia et les Aït Semmeg, au nord par les Rḥala et les Menâba, à l’ouest par les Oulad Iaḥia, au sud et au sud-ouest par diverses petites tribus indépendantes : toute la plaine qui s’étend au sud des Menâba et des Rḥala lui appartient, ainsi que les premières pentes du Petit Atlas sur une assez grande profondeur ; le Tizi n Sous est sur son territoire. Elle a deux chikhs héréditaires résidant, l’un à Akchtim, l’autre dans un village appelé de son nom, Ould Sidi Malek. De plus, les localités des Indaouzal limitrophes des Aït Iaḥia se sont rangées sous l’autorité du chef de ces derniers, le chikh d’Arfaman. Pour leurs rapports avec le sultan, les Indaouzal dépendent du qaïd El Ạrbi, d’Igli. Cette tribu, en paix en ce moment, a été longtemps désolée par des querelles intestines : depuis une époque très ancienne, elle est divisée en deux partis, presque toujours en guerre l’un contre l’autre ; dans ces luttes, chaque parti eut constamment pour soutien son voisin, l’un les Aït Semmeg, l’autre les Oulad Iaḥia. A la longue ils prirent les noms de ces alliés, en sorte qu’aujourd’hui une moitié des Indaouzal est dite Aït Semmeg, l’autre Oulad Iaḥia.

La tribu est chleuḥa et sédentaire ; elle possède un grand nombre de villages : nous en avons cité quelques-uns sur l’Ouad Sous ; ce sont presque les seuls qui soient arrosés par une rivière ; la plupart des autres n’ont que des sources ou des citernes ; voici les noms des principaux :

Tidnes, Agni n Fad, Kouilal, Tabia n Imaoun, Taourirt el Mrabṭin, Aït Ious, Aït Djamạ, Akchtim, Amalou, Assaïn, Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamalalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn.

Distances : d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tidnes 1 h. 1/2.

de Tidnes à Agni n Fad (forêt de Dou Ouzrou) 3 heures.

d’Agni n Fad à Assaïn 1 heure.

d’Assaïn à Tassoumat 3/4 d’heure.

Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamallalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn sont groupés autour d’Assaïn.

Deux marchés : l’un se tient le samedi, au village appelé pour ce motif Es Sebt ; l’autre est l’Arbạa Aït Ạbd Allah ou Mḥind.

Deux mellaḥs.

OULAD IAHIA. — Très grande tribu, la plus considérable du bassin du Sous. Elle s’étend sur la rive droite du fleuve de Taroudant aux Aït Iiggas, sur sa rive gauche de Tamast à Taroudant. Sur toute cette longueur, la vaste plaine située entre le Grand Atlas d’une part, le Petit Atlas de l’autre, lui appartient. Elle occupe la vallée dans toute sa largeur, au lieu de ne comprendre, comme les Rḥala et les Menâba, que les bords de l’ouad. Elle est gouvernée par un chikh héréditaire, portant aujourd’hui le titre de qaïd ; il se nomme Ould El Djeïdli ; sa résidence est Timdouin : c’est un homme riche et puissant. Il y a quelques années, avant la soumission du Ras el Ouad, ayant eu l’imprudence d’aller à Taroudant, il y fut saisi et incarcéré par ordre du sultan : moyen de lui faire donner une partie de ses richesses. Il demeura près de 6 ans en prison, et ne fut relâché que sur les instances de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr, chef de la zaouïa de Tamegrout, lors d’un voyage que ce saint personnage fit à Taroudant.

Le principal marché de la tribu est le Tenîn Timdouin. Trois mellaḥs.

MENTAGA. — Tribu soumise au sultan, que gouverne, avec le titre de qaïd, son chikh héréditaire, Ạli ou Malek. Il réside à Sidi Mousa. Les Mentaga habitent sur les pentes du Grand Atlas. Une seule rivière, à laquelle ils donnent leur nom, arrose leur territoire : elle prend sa source à la crête même de la chaîne ; on ne peut me dire où elle se jette. Deux marchés, le Tlâta et l’Arbạa Mentaga.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Sous en a un grand nombre : voici les principaux : l’Ouad Tazioukt, s’y jetant à Tasdṛemt ; l’Ouad el Amdad, s’y jetant à Ida ou Qaïs ; l’Ouad Bou Srioul, s’y jetant à Oulad Ḥasen ; l’Ouad Talkjount, s’y jetant à Igli. Il reçoit tous ces cours d’eau sur sa rive droite.

OUAD TAZIOUKT. — Il sort du désert d’Iger n Znar, qui s’étend entre son cours et le district d’Ouneïn. Il arrose successivement les villages suivants :

Tagoulemt, Tanfit, Agersaf, Takemmou, Bou Maziṛ, Iḥouzin, Tlemkaïa.

Leur ensemble forme le district de Tazioukt ; il dépend du qaïd d’Aoulouz.

L’Ouad Tazioukt a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Distance : de Tasdṛemt à Tagoulemt 3 heures.

Largeur du désert d’Iger n Znar 3 heures.

OUAD EL AMDAD. — Dans son haut cours, on l’appelle souvent Ouad Ouneïn. Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas ; en descendant, il entre d’abord dans le district d’Ouneïn : il y arrose un grand nombre de villages, dont les principaux sont :

Adouz, Irazin, Anzi, Taleouin.

De là il passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose successivement beaucoup de villages : les principaux sont :

Sidi ou Ạziz, Aït Bou Bekr (groupe de plusieurs villages), Aouftout, Touloua.

Durant tout ce temps, il reste en montagne. Ensuite il débouche en plaine par le kheneg d’Imi n ou Asif : il entre là dans la vallée du Sous ; il y traverse, dans sa partie orientale, la tribu des Talkjount ; puis il sert de limite pendant quelque temps entre les Rḥala et les Menâba, et enfin il se jette dans l’Ouad Sous, entre Ida ou Qaïs et Ạïn n Ougeïḍa.

A Imi n ou Asif se trouve un grand village avec marché, Khemîs Sidi Moḥammed ou Iạqob.

L’Ouad el Amdad a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Distance : d’Aderdour à Ouneïn 1 jour.

Le district d’Ouneïn est fort peuplé ; il se compose non seulement des villages arrosés par l’Ouad el Amdad, mais encore de plusieurs autres à proximité : il est gouverné par un chikh. Ce district a fait sa soumission en même temps que tout le Ras el Ouad : auparavant le Genṭafi s’était efforcé à plusieurs reprises de le réduire sous son autorité : il n’avait jamais pu y réussir. Un mellaḥ dans l’Ouneïn.

Les Aït Semmeg sont une nombreuse tribu habitant les bords de l’Ouad el Amdad et la région voisine : ils n’ont rien de commun avec les Aït Semmeg de l’Ouad Zagmouzen. Ceux que nous trouvons ici forment un des 6 ạmels du Ras el Ouad. Ils sont gouvernés par le qaïd Ọmar ben Bacha, résidant à Aouftout. Un mellaḥ sur leur territoire. Deux marchés : le Khemîs Sidi ou Ạziz et le Tenîn Aït Bou Bekr.

Ce nom d’Aït Bou Bekr rappelle une triste histoire. En août 1880, un jeune Autrichien, M. Joseph Ladeïn, quittait Merrâkech avec l’intention de gagner Taroudant par l’Atlas : c’est une route ordinairement sûre : il ne prit pas de travestissement, n’emmena point d’escorte, se pensant assez protégé en se joignant à une caravane. Un domestique israélite le suivait. Il remonta l’Ouad Nfis, traversa l’Ouneïn, entra chez les Aït Semmeg : jusque-là tout allait bien. Mais le malheureux ne devait pas dépasser les Aït Bou Bekr : cheminant sur leur territoire, il arriva au village d’Hierk, chez les Aït Ben Mançour, non loin de la zaouïa de Sidi Bou Nega. Il voulut s’y arrêter quelques instants et demanda à boire : on lui tendit un vase d’eau : au moment où il le portait à ses lèvres, on se jeta sur lui et on l’égorgea. Dans la suite, les Aït Ben Mançour furent, dit-on, condamnés à une forte amende pour ce crime. Quel en avait été le mobile ? Ce n’était point le vol : le voyageur n’avait que des effets de peu de valeur ; rien dans son équipage ne dénotait qu’il fût riche. Tous ceux qui me racontèrent le fait me dirent qu’on l’avait tué parce qu’il était chrétien.

OUAD BOU SRIOUL. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas, non loin de celle de l’Ouad el Genṭafi, auprès du Djebel Aṛbar. Il passe d’abord dans diverses fractions, puis entre sur le territoire des Gezoula : c’est une nombreuse tribu, restée insoumise au sultan ; de là, la rivière débouche en plaine et traverse successivement les terres des Talkjount et celles des Menâba.

L’Ouad Bou Srioul a toujours de l’eau dans son lit.

Distance : d’Oulad Ḥasen au Djebel Aṛbar 1 jour.

OUAD TALKJOUNT. — Il prend sa source au Djebel Titouga ; puis il entre chez les Ida ou Zeddaṛ, grande tribu soumise au makhzen : de là il débouche en plaine, et traverse d’abord le territoire des Talkjount, puis celui des Menâba.

L’Ouad Talkjount a de l’eau pendant la plus grande partie de l’année.

Distance : d’Igli au Djebel Titouga 1 jour.

4o. — ITINÉRAIRES.

1o DE L’OUAD TIFNOUT AU TELOUET. — Un chemin mène de l’un à l’autre : on remonte l’Ouad Tifnout jusqu’auprès de sa source ; de là, une côte douce conduit à un col et au bassin opposé. Point de pentes raides ; route facile.

2o DE TAZENAKHT AUX AIT OUBIAL. — La distance est d’un jour de marche. De Tazenakht, on remonte d’abord l’ouad du même nom, puis l’Ouad Ta n Amelloul jusqu’à sa source. On franchit le désert de Ta n Amelloul ; celui-ci s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial ; on se trouve à cette dernière tribu dès qu’on l’a traversé.

Distances : de Tazenakht à Imdṛeṛ 3 heures.

d’Imdṛeṛ au Khela Ta n Amelloul 3 heures.

Traversée du Khela Ta n Amelloul 1 h. 1/2.

3o DE TAZENAKHT AUX AIT TEDRART. — On gagne les Aït Oubial, puis les Aït Ọtman ; là on laisse l’Ouad Zagmouzen à Outoura, et on monte vers le nord dans les montagnes qui en forment le flanc droit : elles s’appellent à ce point Djebel Ḥeddi et forment un désert dangereux. On y chemine jusqu’aux Id ou Illoun : il y a 2 heures entre leur territoire et Outoura. On traverse l’Ouad Id ou Illoun ; on entre dans un nouveau désert, celui de Teddref : après l’avoir franchi, on se trouve à l’Ouad Aït Tedrart. Une heure entre les Id ou Illoun et Aglagal.

4o DE TAZENAKHT AUX AIT TAMELDOU. — Il y a deux chemins principaux ; les voici :

I. — Gagner d’abord le territoire des Id ou Illoun, puis celui des Aït Tedrart ; de là passer aux Aït Tameldou, qui n’en sont qu’à 1 heure de distance. On marche tout le temps en pleine montagne.

II. — De Tazenakht, on gagne les Ikhzama à Tesakoust (Ouad Iriri). De là on va à Amasin (Ikhzama) et on remonte l’ouad de ce nom jusqu’à sa source, au Tizi n Ougdour. On franchit ce col : c’est un passage facile ; il forme la limite entre les bassins du Dra et du Sous. De là on s’engage dans le désert d’Igisel, où l’on marche durant 5 heures, jusqu’au village de Tittal, le premier des Aït Tameldou.

5o DE TAMAROUFT A TINFAT (SEKETANA). — On compte 1 jour de marche entre ces deux points. On gagne le Khela Tasṛirt en passant par Aït Mesri : on marche une demi-journée dans ce désert : on en sort à Iṛri, sur l’Ouad Sidi Ḥaseïn. Iṛri n’est qu’à une demi-heure de marche de Tinfat.

Distance : de Tamarouft au Khela Tasṛirt 4 heures.

6o D’IRIL N ORO AUX SEKETANA. — On suit les rives de l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Iṛil Mechtiggil (Zagmouzen). Là on le quitte et, marchant vers le sud, on s’engage dans le Petit Atlas. Au bout d’une heure de marche, on atteint le territoire des Seketâna : on passe d’abord à Tizgi, puis aussitôt après on trouve Tirikiou. De là, si on veut se rendre chez les Seketâna proprement dits, on prend à l’ouest ; si on veut gagner soit les Imadiden, soit les Imskal, on se dirige vers l’est. Ces deux fractions sont en face l’une de l’autre, du même côté et presque à même distance de Tirikiou.

Distances : d’Iṛil n Oro à Iṛil Mechtiggil 3/4 d’heure.

d’Iṛil Mechtiggil à Tirikiou 1 h. 1/4.

7o DES AIT IAHIA (OUAD ZAGMOUZEN) A TATTA. — Il y a un chemin partant du territoire des Aït Iaḥia, remontant l’Ouad Aït Semmeg jusqu’à sa source, puis gagnant Tatta.

8o D’IRIL N ORO A MERRAKECH. — On compte 5 jours et demi de marche :

1er jour. — D’Iril n Oro à Tinmekkoul, en descendant l’Ouad Zagmouzen.

2e jour. — On gagne Tlemkaïa sur l’Ouad Tazioukt ; on remonte cette rivière jusqu’à Tanfit. Là on la quitte, et on s’engage dans le désert d’Iger n Znar qui s’étend au delà de sa rive droite. On y marche durant trois heures ; puis on atteint à Taleouin (district d’Ouneïn) l’Ouad el Amdad : on le remonte jusqu’à Adouz.

3e jour. — On quitte l’Ouad el Amdad à Adouz : on s’engage dans une vaste plaine ; au bout de 3 heures, on atteint un groupe formé de 2 villages : le premier est Tamsellount, le second Tamdroust : ils comptent dans le district d’Ouneïn. En sortant de Tamdroust, on entre dans le désert montagneux d’Ouichdan : côtes raides, chemin parfois difficile : au milieu de ce désert est le col où l’on franchit la crête supérieure du Grand Atlas. On chemine dans le Khela Ouichdan jusqu’à la fin de la journée : le soir, on parvient au village d’Alla où l’on s’arrête : on y entre sur le territoire des Genṭafa. Alla est sur l’Ouad El Genṭafi, qui, à quelques pas plus bas, s’unit à l’Ouad Agoundis. La jonction de ces deux cours d’eau forme l’Ouad Nfis.

4e jour. — D’Alla on gagne, à très peu de distance, Dar El Genṭafi, où se trouve le confluent des deux rivières. Dar El Genṭafi, appelée aussi Tagentaft, est un gros village, résidence du qaïd des Genṭafa. A partir de là, on descend le cours de l’Ouad Nfis : jusqu’au soir, on ne cesse d’en longer les bords. C’est une vallée très encaissée, ressemblant à celle de l’Ouad Iounil : les flancs en sont des murailles à pic presque partout infranchissables : on ne peut passer qu’au fond ; là, pas un point désert : tout est couvert de cultures et de villages ; voici les principaux de ceux qu’on traverse successivement : Imeṛraoun, Takherri, Iḥenneïn, Targa Aït Iraṭ, Iger n Kouris, Toug el Khir, Tigourramin, Talat n As, Imidel, Imgdal, Tagadirt el Bour, Ouirgan, Imaṛiren. On passe la nuit à Imaṛiren. Là s’arrêtent le territoire des Genṭafa et l’autorité de leur puissant qaïd.

5e jour. — On quitte l’Ouad Nfis, on gravit le flanc gauche de sa vallée, et on sort de celle-ci. Au bout de 3 heures de marche, on atteint un village, Asdṛem Kik : on entre là sur un nouveau territoire, soumis au qaïd El Gergouri ; on passe ensuite à Agdour Kik, Ouizil, Tigzit : ces quatre villages font partie de la fraction de Kik, portion de la tribu où nous sommes. Au delà, on en traverse encore deux du ressort d’El Gergouri, Agergour et Fres. A Fres s’arrête son autorité et commence la juridiction du bacha de Merrâkech. Jusqu’au soir, on continue à cheminer en rencontrant de fréquents villages : les principaux sont Tala Moumen, Toukhribin, Agadir Aït Teççaout, Akreïch. C’est dans ce dernier qu’on passe la nuit. De toute la journée, on n’a pas aperçu une seule rivière sur la route. (D’Asdṛem Kik à Agergour, 2 heures. — Agergour et Fres se touchent. — De Fres à Tala Moumen, 1 heure. — De Tala Moumen à Agadir, 1 heure. — D’Agadir à Akreïch, 2 heures.)

6e jour. — D’Akreïch à Merrâkech il n’y a que 4 heures de marche : durant tout ce temps on est en plaine et sous bois : cet espace entier est occupé par une forêt de grands arbres, lieu désert et dangereux, d’ordinaire infesté de brigands.

9o DE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH. — On gagne Dou Ougadir : de là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli, Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à l’article précédent.

Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ; il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche, il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux, 100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est permis ni de voir ni d’entretenir ses filles.

10o DE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH. — Tintazart, Afra, Imi n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid, Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ; il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ; Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech.

Distances : de Tintazart à Imi n ou Aqqa comme de Tintazart à Foum Meskoua.

d’Imi n ou Aqqa à Talella comme de Tintazart à Foum Meskoua.

de Talella aux Aït Ḥamid comme de Tintazart à Tiiggan.

des Aït Ḥamid aux Aït el Ḥazen comme de Tintazart à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).

des Aït el Ḥazen à Arbạa Ammeïn comme de Tintazart à Foum Meskoua.

d’Arbạa Ammeïn à Tizi n Sous comme de Tintazart à Foum Meskoua.

de Tizi n Sous à Aoulouz comme de Tintazart à Foum Meskoua.

d’Aoulouz à Taleouin comme de Tintazart à Aqqa.

de Taleouin à Djebel Ouichdan comme de Tizi n Tzgert à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).

de Tagadirt el Bour à Kik comme de Tintazart à Aqqa.

de Kik à Ouizil comme de Tintazart à Adis.

d’Ouizil à Akreïch comme de Tintazart à Adis.

d’Akreïch à Merrâkech comme de Tintazart à Foum Meskoua.

IV.

SAHEL.

=Tribu des Haha.=

Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort), il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa (on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ; beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer une surface presque double de celle qu’on cultive.

Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen, depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus grand nombre.

Les 12 fractions sont :

Ida ou Gerṭ, Ikenafen, Ida ou Isaṛen, Ida ou Gelloul, Ida ou Tromma, Aït Ạmer, Ida ou Ạïssi, Ida ou Zenzen, Ida ou Khelf, Ida ou Bou Zia, Ida ou Mada.....[118].

Les quatre premières sont les plus importantes.

Les Ḥaḥa sont serviteurs de plusieurs marabouts : ils paient des redevances aux Geraga et à Sidi Ạbd Allah d Aït Iaḥia : nous avons dit que celui-ci était originaire d’Ez Zaouïa, à Tisint. Quant aux Geraga, c’est une célèbre famille de religieux, originaire du Chiadma, où elle a encore sa principale zaouïa, entre Mogador et Safi.

La tribu des Ḥaḥa est sédentaire ; elle parle le tamaziṛt, mais l’arabe y est assez répandu[119].

Pas de Juifs chez les Ḥaḥa en dehors des deux villes qui sont sur leur territoire sans appartenir à leur tribu, Mogador et Agadir Iṛir.

=District de Tidsi.=

Le district de Tidsi se compose de 3 grands villages : Tidsi (300 fusils), El Qaçba (200 fusils), Oumsedikht (700 fusils) ; ils sont à peu de distance les uns des autres. Le Tidsi est gouverné par un seul chikh, en même temps marabout ; il s’appelle Sidi El Ḥanafi. Le Tidsi reconnaît le sultan, mais n’est point administré par lui : les mkhaznis n’y entrent point, et il n’y a ni qaïd ni ạamel nommé par Moulei El Ḥasen ; mais le chikh héréditaire, tout en ne tenant son autorité que de son sang et de la volonté de ses concitoyens, reconnaît le sultan et va chaque année apporter un tribut à Taroudant.

Pas de Juifs. Un marché, d’une grande importance, le Khemîs Tidsi, se tenant dans le village de Tidsi. Ce village est quelquefois appelé Ez Zaouïa parce que c’est là qu’est la zaouïa, résidence du chikh. Terrain fertile : blé, orge, maïs, lentilles, olives. Pas de rivière ; le pays est arrosé par des sources. Il est en plaine, au pied du versant septentrional du Petit Atlas. Les gens du Tidsi sont Chellaḥa et parlent le tamaziṛt.

Distances : du Tidsi à Taroudant comme d’Aqqa Igiren à Trit.

du Tidsi à Afikourahen comme d’Aqqa Igiren à Tatta.

=Tribu des Ilalen.=

Les Ilalen sont une nombreuse tribu tamaziṛt se divisant en 18 fractions, savoir :

Ida ou Ska (450 fusils ; nous avons traversé leur territoire).

Aït Touf el Azz (300 fusils ; nous avons traversé leur territoire).

Isendalen (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud).

Aït Toufaout (1500 fusils ; nous les avons laissés au sud : nous avons passé près de leurs frontières en sortant des Aït Touf el Ạzz).

Tazalart (200 fusils ; leur territoire contient de grandes mines de cuivre. Les ouvriers, s’habillant de vêtements de cuir, descendent l’extraire à 200 ou 300 coudées au-dessous de la surface du sol).

Aït Ạbd Allah (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud : ils sont voisins des Aït Tazalaṛt).

In Timmelt (2000 fusils ; nous les avons laissés au sud ; cette fraction habite les bords de l’Ouad In Timmelt, affluent de l’Ouad Oulṛass).

Amzaourou (100 fusils).

Tasdmit (200 fusils ; cette fraction est située, par rapport à Afikourahen, au delà de celle d’Amzaourou et dans la même direction).

Aït Ouassou (600 fusils ; ils habitent les bords de l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Ikhoullan).

Aït Ali (1200 fusils ; ils habitent sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Aït Ouassou).

Ikhoullan (300 fusils. Nous avons traversé leur territoire).

Mezdaggen (320 fusils. Sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Ikhoullan).

Ida ou Ska (450 fusils. Cette seconde fraction d’Ida ou Ska est sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Mezdaggen).

Afra (360 fusils. Nous avons traversé ce territoire).

Tazgelt (1100 fusils. Nous avons traversé cette fraction).

Ida ou Genadif (1700 fusils. Ils occupent la vallée de l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Aït Mezal).

Irer (300 fusils. Fraction habitant sur l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Ida ou Genadif).

Les Ilalen ne reconnaissent point le sultan ; ils sont indépendants. Chacune de leurs 18 fractions a son administration séparée : point de chikhs héréditaires, si ce n’est dans une seule fraction, les Aït Ạbd Allah : ceux-ci ont un chikh, Ḥadj Ḥammou ; mais là même il y a plutôt un titre qu’un pouvoir, Ḥadj Ḥammou ne fait que les volontés de la djemaạa. Chaque fraction est gouvernée par sa djemaạa, qu’on appelle ici anfaliz : cette assemblée se compose de délégués de toutes les familles de la fraction ; chacune en envoie un : l’ensemble de ces chefs de famille forme l’anfaliz, qui règle toutes les affaires du groupe.

Chaque fraction a au moins un agadir ; quelques-unes en ont deux ou trois. L’agadir, village où chaque famille a sa chambre ou sa maison renfermant ses grains, ses provisions de toute sorte, ses objets précieux, est le magasin général de la fraction et son réduit en temps de guerre. C’est aussi là que s’assemble l’anfaliz.

Pas de grande zaouïa chez les Ilalen. Mais chacune des 18 fractions en possède une petite où elle entretient un ṭaleb : il est chargé de faire les écrits dont on a besoin et d’enseigner à lire à ceux qui voudraient apprendre. Il est pourvu aux frais de cette zaouïa de la façon suivante : à l’entrée des grains dans l’agadir, on en prélève la dîme, c’est-à-dire exactement un dixième ; un tiers de cette dîme est donné à la zaouïa, les deux autres sont distribués aux pauvres.

Les cultures se composent de beaucoup d’orge, d’un peu de blé et de lentilles : mais la richesse des Ilalen est surtout dans leurs amandes et leur huile d’argan. Pas de Juifs sur leur territoire. Les marchés de la tribu sont :

Tlâta Aït Toufaout.

Arbạa Aït Ạbd Allah.

Khemîs Aït Ạli.

Tenîn Aït Touf el Ạzz.

Djemạa Ida ou Genadif.

Les rivières qui l’arrosent sont au nombre de trois : l’Ouad Ikhoullan (affluent du Sous), l’Ouad Aït Mezal et l’Ouad In Timmelt.

Comme nous l’avons vu de nos yeux, les diverses fractions des Ilalen sont souvent en guerre entre elles.

Les Ilalen sont Chellaḥa et sédentaires : ils ne parlent que le tamaziṛt ; très peu d’entre eux savent l’arabe.

=Itinéraire d’Afikourahen au Tazeroualt.=

D’Afikourahen on gagne la fraction des Aït Mezal ; on la traverse, et on entre dans celle des Aït Ilougaïm : c’est la première journée. De là on franchit l’Ouad Oulṛass, et on arrive dans la tribu de Zarar Ida Oultit ; on y passe la nuit dans un village, le plus souvent dans celui de Bou el Ḥanna : c’est le deuxième jour. De là on part de grand matin et on parvient le lendemain, de bonne heure, après 3 jours 1/2 de marche, à la qoubba de Sidi Ḥamed ou Mousa, c’est-à-dire à la zaouïa de Sidi El Ḥoseïn. On est au cœur du Tazeroualt.

AIT ILOUGAIM. — Ils forment une fraction des Chtouka : ce sont donc des Chellaḥa sédentaires parlant le tamaziṛt. Comme tous les Chtouka, ils sont soumis au makhzen et sous la juridiction du qaïd Ould Ben Dleïmi. Ils comprennent une centaine de villages. Pas d’agadir (il n’y en a nulle part en blad el makhzen : chacun y enfouit ses grains dans des silos, qu’on appelle ici maṭmora). Pas de chikh général ni de djemaạa collective : chaque village a soit son chikh local, soit sa djemaạa. Un marché, le Tenîn Ilougaïm, à Tamaliḥt ; il forme un centre commercial important. Dans le village de Tamaliḥt, il y a 80 familles juives, les seules de la tribu.

Pas de rivière chez les Aït Ilougaïm. Mais non loin de là coule l’Ouad Oulṛass, où ils ont de nombreux ḥeïouan (on donne ce nom aux terres qu’on possède sur le territoire de tribus étrangères). Les Aït Ilougaïm sont riches ; ils ont beaucoup de chevaux. A partir des Aït Mezal, et jusqu’au Tazeroualt, les tribus qu’on rencontre en possèdent un grand nombre : il n’y en a au contraire à peu près point dans la portion du Petit Atlas située à l’est des Chtouka.

Quand on vient des Ilalen, on passe d’habitude la nuit dans le groupe des Aït Ilougaïm portant le nom d’Aït ou Adrim. De chez eux on gagne les

AIT OULRASS. — Ils habitent les bords de l’Ouad Oulṛass. Fraction importante des Chtouka, ils sont soumis au sultan et sous l’autorité d’Ould Ben Dleïmi. Point de chikh ni de djemaạa : ils sont en cela dans les mêmes conditions que les Aït Ilougaïm. Ils ont environ 100 villages.

Pas de marché, ni de Juifs.

La vallée de l’Ouad Oulṛass est très riche : quelques palmiers, mais ne donnant que de mauvaises dattes, arbres fruitiers et céréales en abondance. L’Ouad Oulṛass se jette dans la mer, après avoir, au-dessous des Aït Oulṛass, traversé la tribu de Massa, qu’on appelle aussi Mast.

Des Aït Oulṛass, on entre dans la tribu de

ZARAR IDA OULTIT. — Grande tribu qui habite au sud des Aït Oulṛass, au delà du flanc gauche de la vallée de l’Ouad Oulṛass. Elle est blad el makhzen depuis l’expédition du sultan dans le Sous et le Sahel, et appartient à la juridiction d’Is Oublaṛ, qaïd des Ida ou Garsmouk : pas de chikh héréditaire ; un anfaliz règle les affaires de la tribu. Les Zarar Ida Oultit sont une tribu chleuḥa et sédentaire, parlant le tamaziṛt. Beaucoup de qçars ; le principal est Ouizzân, qui se prononce aussi Ouzzân et Oujjân. Nombreux chevaux. Point de rivière : des sources et des citernes.

Un marché, très fréquenté, le tlâta d’Ouizzân. Un mellaḥ dans la même localité.

De cette tribu, on passe dans celle des

IDA OU BAAQIL. — Grande tribu, autrefois libre comme la précédente, nominalement soumise au sultan depuis l’expédition de 1882. Elle a été placée, avec plusieurs autres, sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn, le marabout du Tazeroualt. Tribu riche et puissante. Jadis elle faisait souvent la guerre à Sidi El Ḥoseïn, qui ne l’apaisait qu’à prix d’argent. Les Ida ou Baạqil sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Beaucoup de qçars et beaucoup de chevaux.

Point de marché ni de Juifs sur leur territoire. Celui-ci n’est arrosé par aucune rivière.

De là on passe dans le district de

TAZEROUALT. — Le Tazeroualt est un grand district traversé par l’Ouad Tazeroualt.

L’Ouad Tazeroualt vient du territoire des Aït Imejjat : de là il entre dans le Tazeroualt ; il y arrose d’abord Agadir Sidi El Ḥoseïn, puis Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa (connue aussi sous le nom de Zaouïa Sidi El Ḥoseïn et sous celui de Tallent Sidi Ḥachem), enfin Iliṛ. Du Tazeroualt il passe chez les Aït Bou Ạmran, où il reste jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est, disent les indigènes, à l’embouchure de cette rivière que des chrétiens sont venus en 1882 vendre des grains et diverses denrées : c’est, ajoutent-ils, en partie pour empêcher qu’ils ne reviennent sur la côte et que pareil fait ne se renouvelle que le sultan est venu aussitôt après dans le pays, qu’il en a obtenu la soumission nominale et qu’il y a investi des qaïds. Il a même laissé chez les Aït Bou Ạmran un camp de 1200 à 2000 soldats qui depuis lors y sont en permanence.

Le Tazeroualt est riche et fait un grand commerce. Là se tient, deux fois par an, l’une en mars et l’autre à la fin d’octobre, la fameuse foire de Sidi Ḥamed ou Mousa, célèbre dans le Sahel, dans le Sahara et dans le Sous, où l’on vient en foule de Mogador et même de Merrâkech. Outre ces foires, les pareilles de celle de Mrimima et de Souq el Mouloud, le Tazeroualt a un marché chaque semaine, le ḥad d’Iliṛ. Il existe à Iliṛ un grand mellaḥ, le seul du district.

Le Tazeroualt est depuis un temps immémorial gouverné par des marabouts qui descendent de Sidi Ḥamed ou Mousa. Le chef de la zaouïa et chikh du pays est en ce moment Sidi El Ḥoseïn ou Ḥachem. Il a trois résidences principales : 1o Iliṛ, grand et riche qçar, le plus important du Tazeroualt et l’un des plus peuplés de tout le sud : là est son habitation principale, avec la plupart de ses femmes et de ses négresses ; c’est sa demeure la plus somptueuse et la plus agréable, celle où il vit habituellement ; il y a une garde de 200 cavaliers nègres, ses esclaves. 2o Ez Zaouïa ; ainsi que l’indique ce nom, c’est le sanctuaire religieux de la famille : là sont les qoubbas de Sidi Ḥachem, père de Sidi El Ḥoseïn, de Sidi Ḥamed ou Mousa, son ancêtre, de tous ses aïeux ; là habitent les marabouts de sa race, ses cousins, ses neveux. On appelle aussi Ez Zaouïa de divers autres noms, Tallent Sidi Ḥachem, Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn. 3o Agadir Sidi El Ḥoseïn ; c’est une forteresse bâtie sur le roc au sommet d’un mont escarpé. Sidi El Ḥoseïn y a entassé toutes ses richesses, et a accumulé les défenses de tout genre pour les protéger : l’agadir, situé à la frontière est du territoire, est dans une position telle qu’on ne peut y monter que par un long chemin en escalier, creusé dans le roc et faisant mille lacets ; les murs de la forteresse sont d’une épaisseur extrême ; les tours en sont garnies de canons ; elle est sans cesse gardée par une forte garnison d’esclaves dévoués : c’est là que le marabout s’était enfermé en 1882, à l’approche du sultan.

Ainsi que nous l’avons dit, l’ancêtre des puissants chefs du Tazeroualt est Sidi Ḥamed ou Mousa : sa qoubba s’élève auprès d’Ez Zaouïa. Ce n’était qu’un mendiant à qui Dieu, en récompense de ses mérites, accorda ses grâces, grâces qui de son vivant même se manifestèrent par de nombreux miracles. L’époque à laquelle vivait ce saint est très reculée ; il laissa des descendants à qui il légua la bénédiction divine, qui se perpétua en eux jusqu’à ce jour. Mais s’il fut le fondateur de leur grandeur religieuse, il ne fut point celui de leur puissance temporelle. Celle-ci n’échut à sa maison qu’après plusieurs générations : ce fut l’un de ses successeurs, Sidi Ạli Bou Dmia, qui l’établit, à une époque elle-même très lointaine. Sidi Ạli Bou Dmia, à la fois marabout et guerrier, étendit au loin le pouvoir de la zaouïa de Tazeroualt et acquit une grande célébrité : les ruines imposantes de son palais subsistent encore à peu de distance de la zaouïa actuelle. Depuis sa mort, bien des générations se sont succédé : la puissance de sa dynastie, tout en restant considérable, a subi des phases diverses. Sidi Ḥachem, père du marabout actuel, avait donné un grand éclat à sa maison. Brave et guerrier, il avait marché sur les traces de Sidi Ạli Bou Dmia, et, payant sans cesse de sa personne, n’avait pas tardé à se faire un grand renom de valeur dans les régions environnantes. Grâce à cette réputation, à l’admiration et à la crainte qu’il inspirait, il était parvenu à grouper autour de lui toutes les tribus du voisinage. Pendant sa vie, elles lui restèrent soumises, moitié de gré, moitié de force. Cet édifice s’écroula en partie à sa mort. Sidi El Ḥoseïn, son fils et son successeur, âgé de 70 ans aujourd’hui, fut orphelin de bonne heure ; un certain nombre de tribus en profitèrent pour s’émanciper : il ne montra dans la suite aucune des qualités belliqueuses de son père ; aussi n’est-il plus réellement maître que du Tazeroualt. Mais il est très riche ; ses trésors sont immenses ; l’autorité que ne lui a pas donnée son caractère, son or la lui procure quand il le veut ; il arme à prix d’argent les tribus des environs et peut ainsi réunir à son gré autour de lui tous les fusils du Sahel : c’est ce qu’on lui a vu faire il y a quelques années. Aussi Sidi El Ḥoseïn est-il aujourd’hui encore le plus grand pouvoir qui existe de l’océan Atlantique au pays de Dra. Il peut mettre en armes tout le Sahel, Chtouka compris, et se faire envoyer des contingents de diverses tribus du bassin inférieur du Dra. Son influence religieuse est considérable. Son nom est connu dans tout le Maroc, dont Sidi Ḥamed ou Mousa est un des saints les plus vénérés. Une grande partie des zaouïas du Sahel, du Sous et du Sahara, entre Sous et Dra, appartient à des rameaux de la famille dont il est le chef. Par sa célébrité, son influence religieuse, ses richesses, sa puissance, l’étendue de son autorité, la zaouïa de Sidi Ḥamed ou Mousa peut être comptée comme une des cinq grandes zaouïas du Maroc, allant de pair avec celles d’Ouazzân, de Bou el Djạd, de Tamegrout, du Metṛara (Sidi Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui).

Distances : d’Agadir Sidi El Ḥoseïn à Ez Zaouïa comme d’Agadir Tisint à Ạïoun S. Ạbd Allah ou Mḥind.

d’Ez Zaouïa à Iliṛ comme d’Agadir Tisint à Trit.

=Campagne de Moulei El Hasen dans le Sous en 1882.=

Un événement considérable s’est passé récemment dans le bas Sous et dans le Sahel : le sultan y a fait une expédition et a reçu la soumission d’un grand nombre de tribus qui étaient indépendantes depuis un temps immémorial. Ce fait est l’objet de tous les entretiens dans le Sahara, dans le Sous et dans les contrées voisines : voici le résumé de ce que j’ai entendu dire, aussi bien à Tatta et à Mrimima que dans le Sous, le Sahel et chez les Ḥaḥa.

Au commencement de l’été de 1882, Moulei El Ḥasen traversa l’Ouad Sous, auprès de son embouchure, à la tête d’une armée puissante : il avait assemblé tous les contingents de son empire, ceux des tribus de Fâs comme ceux des tribus de Merrâkech : tout ce qu’il avait pu lever, il l’avait emmené : cette armée pouvait être, au début de l’expédition, de 40000 hommes ; une fois en marche, ce chiffre tomba assez vite par suite des nombreuses désertions. Avec ces forces imposantes, le sultan s’avança jusqu’aux limites du Tazeroualt : il s’y arrêta à une localité du nom de Tiznit. Il convoqua alors tous les chikhs ou notables des tribus voisines et en premier lieu les deux principaux personnages du pays, Sidi El Ḥoseïn, chef du Tazeroualt, et El Ḥabib ould Beïrouk, chikh du district d’Ouad Noun. Sidi El Ḥoseïn avait des motifs graves de se défier du sultan : d’une part, il avait toujours témoigné à Moulei El Ḥasen une hostilité extrême ; de l’autre, il passait pour le seigneur le plus riche du Maroc : il était fort probable que s’il se rendait à l’invitation du sultan, celui-ci, le tenant entre ses mains, le mettrait à mort, autant par rancune que par cupidité. Aussi, malgré les mille instances de Moulei El Ḥasen, malgré les protestations d’amitié qu’il lui prodigua, se garda-t-il de se rendre à sa convocation ; mais il se fit représenter auprès de lui, pendant que de sa personne il allait s’enfermer, à l’abri de ses canons, dans son agadir. Quant aux autres chefs mandés, ils vinrent trouver le sultan. Celui-ci leur tint ce langage : « Vous voyez les Chrétiens installés au sud d’Ouad Noun ; d’autres veulent s’établir à Ifni, d’autres ailleurs. Cela vous plaît-il ? Non, je veux le croire. Qui peut l’empêcher ? Est-ce vous ? Vous n’en avez pas la force. Et-ce moi ? A mes observations, ils répondent que le pays n’est point sous mon autorité. Il n’y a qu’un moyen de s’opposer à leurs empiétements : reconnaissez mon pouvoir : je vous promets que non seulement il ne vous sera pas lourd, mais même il vous sera profitable. Que les Chrétiens, quand ils viendront sur ces rivages, ne trouvent que des sujets de Moulei El Ḥasen : il suffit ; vous n’aurez plus rien à craindre de leur côté ; et pour ce qui est de moi, vous ne serez pas longtemps sans éprouver les bienfaits de mon alliance. » Il sortit de là l’arrangement suivant : tous les chikhs présents reconnurent l’autorité du sultan ; celui-ci les nomma qaïds dans leurs tribus ou leurs districts et les renvoya avec des présents : il était sous-entendu que le pouvoir du sultan ne serait que nominal, mais qu’il allait l’affirmer et en donner une preuve visible aux yeux des Chrétiens en construisant une ville au cœur de la région qui venait de se ranger sous ses lois.

La contrée qui fit ainsi, en été 1882, sa soumission à Moulei El Ḥasen, est celle qui est comprise entre l’Ouad Sous au nord, l’Océan à l’ouest, l’Ouad Dra au sud, les Aït ou Mrîbeṭ au sud-est. Cette dernière tribu est restée indépendante : à elle s’arrête le blad el makhzen. Mais il ne faut pas oublier que ce blad el makhzen ne l’est que bel kedeb, « d’une façon mensongère », comme disent les indigènes, et de nom seulement : c’est une domination qui coûte beaucoup plus au sultan, en cadeaux pour entretenir l’alliance, qu’elle ne lui rapporte en impôts. Cette domination, Moulei El Ḥasen voulut, avons nous dit, en donner une preuve en élevant une ville dans la contrée : il choisit l’emplacement de Tiznit, où il avait campé, et convint avec les chikhs des environs, désormais qaïds, qu’ils y construiraient pour lui une ville dont il leur donnerait les plans : il paierait leur travail. En effet, peu de jours après le départ de l’armée, arrivèrent plans et architectes : on commença aussitôt : on se mit à construire une cité avec ses mosquées, sa qaçba, son mellaḥ, ses fondoqs ; on fit une vaste enceinte carrée avec des murs de cinq largeurs de main d’épaisseur et avec 36 tours sur chaque côté. La ville n’est pas éloignée de la mer : le sultan veut en faire une sorte d’entrepôt où viennent commercer les Européens.

Des Chrétiens sont récemment venus par mer sur cette côte, cherchant un lieu favorable à l’établissement d’un port. Ils ont visité Aglou, Ifni et d’autres points. Ifni, dans la tribu des Aït Bou Ạmran, a paru leur plaire. On ne sait pas autre chose de leurs entreprises.

C’est la première fois que les contrées qui viennent de reconnaître le sultan font acte de soumission ; mais ce n’est pas la première fois que Moulei El Ḥasen a affaire à elles. Il y a plusieurs années, du vivant de Sidi Moḥammed, Moulei El Ḥasen, son fils aîné, fit une campagne de ce côté. Il s’avança jusqu’à l’Ouad Oulṛass ; mais là il se trouva face à face avec Sidi El Ḥoseïn ould Ḥachem qui lui barrait le passage à la tête d’une armée : le marabout lui envoya un message, lui donnant trois jours pour battre en retraite : au delà de ce délai, il l’y forcerait les armes à la main. Moulei El Ḥasen, ne se trouvant pas en force, se retira ; en partant, il répondit à la lettre de Sidi El Ḥoseïn : « Vous m’avez donné trois jours pour me retirer ; je vous donne trois ans pour vous soumettre. » Peu après, Sidi Moḥammed mourut et Moulei El Ḥasen monta sur le trône : depuis ce temps, on se disait chaque année dans le Tazeroualt et dans l’Ouad Noun : « C’est cette année qu’il va venir. » Enfin il est venu en 1882. Dès que Sidi El Ḥoseïn eut connaissance de son approche, il fit transporter tout ce qu’il avait de plus précieux dans son agadir, y accumula des provisions énormes et s’y enferma avec sa famille et son armée d’esclaves. Puis il envoya au-devant du sultan un messager, chargé de présents et d’une lettre fort humble : il priait Moulei El Ḥasen de lui pardonner, de le ménager ; il n’était qu’un simple religieux, uniquement consacré à Dieu, n’ayant ni le pouvoir ni la volonté de s’opposer à ses desseins. Moulei El Ḥasen lui répondit qu’il suffisait qu’il ait eu peur, qu’il ait déménagé à son approche et qu’il se soit humilié ; à présent qu’il était soumis, il ne voyait plus en lui qu’un marabout, descendant d’un saint, et en conséquence il lui envoyait des cadeaux, hommage à son caractère sacré. En même temps il l’engageait à venir auprès de lui. Nous avons vu comment Sidi El Ḥoseïn eut la sagesse de ne pas se rendre à cette invitation, quelques instances que fît dans la suite le sultan. Mais s’il refusa de se présenter lui-même, il envoya à Moulei El Ḥasen un de ses fils qui fut fort bien reçu.

Telle fut, selon les indigènes, cette campagne dans laquelle le sultan reçut la soumission de la partie du Sahel dont nous avons donné les limites plus haut et en même temps de la vallée de l’Ouad Sous, depuis l’embouchure de ce fleuve jusqu’au haut du Ras el Ouad. L’expédition fut de courte durée : le 6 juin 1882, Moulei El Ḥasen passait avec son armée à proximité de Mogador ; le 2 juillet, il arrivait chez les Massa, tribu habitant le bas cours de l’Ouad Oulṛass et comptant environ 1500 maisons (le plus grand village des Massa est Agoubalou, près de l’embouchure de la rivière dans l’Océan) ; le 26 juillet, le sultan écrivait dans les villes de son empire que la campagne était terminée et avait eu plein succès : on célébra à cette occasion des réjouissances publiques.

Voici, pour un certain nombre de tribus du Sahel, comment le sultan a réparti les qaïds :

Ksima 1 qaïd.

Chtouka 1 qaïd (Ould Ben Dleïmi).

Assaka 1 qaïd.

Ouizzân 1 qaïd.

Aït Jerrar 1 qaïd.

Ida ou Semlal 1 qaïd.

Tazeroualt } } Ifran } réunis sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar ben Sidi } El Ḥoseïn. Tiznit (ville } nouvelle). }

Assa 1 qaïd.

Aït Bou Ạmran 1 qaïd.

Aglou 1 qaïd.

Aït Imejjat 1 qaïd.

El Akhsas 1 qaïd.

Aït Brahim 1 qaïd.

Aït Ạbd Allah 1 qaïd.

Isbouïa 1 qaïd.

Tamanaṛt 1 qaïd.

{ Ida ou Leggan } { } { Aït Ḥerbil } { } { Aït Ouadaï } { } { Aït Illoul } Id Brahim { } réunis sous le qaïdat de Ḥadj { } Ḥamed el Manaṛi. { Aït Mousa ou } { Daoud. } { } { Aït Bou Ạchra } { } { Aït Zkri } { } { Aït Bouhou }

{ Aït Ḥamed } { } { Aït Mesạoud } { } Aït Bella { Aït Azouafid } 1 qaïd. { } { Aït Iasin } { } { Aït Bou } { Hioualat }

{ Aït Mousa ou } { Ạli } { } { Aït Cheggout } { } { Aït El Ḥasen } { } { Aït El Ḥaseïn } { } { Aït Chergouout } Aït { } 1 qaïd. Djemel. { } { Aït Mejjat } { } { Aït Tedrarin } { } { Oulad Bou Ạïṭa } { } { Oulad Izenqad } { } { Oulad Taoubbalt }

Ouad Noun 1 qaïd.

Ainsi qu’on le voit, l’expédition de Moulei El Ḥasen dans le Sous et le Sahel avait sans doute un double objet : l’un d’affirmer aux yeux des Chrétiens sa suprématie sur ces contrées ; l’autre de s’emparer de la personne de Sidi El Ḥoseïn, contre qui il nourrissait une vieille rancune et de qui les trésors lui offraient une riche proie. Les instances sans nombre qu’il fit auprès du marabout pour l’attirer dans son camp prouvent le prix qu’il attachait à sa capture. De ces deux buts, c’était, je crois, le second que le sultan avait le plus à cœur. Il ne put l’atteindre. Le premier au contraire fut rempli sans difficulté. Si l’on s’étonne qu’un si grand nombre de tribus aient aisément consenti à se soumettre, que ni elles ni Sidi El Ḥoseïn n’aient tenté aucune résistance, on trouvera la principale cause de cette conduite dans la famine épouvantable qui régnait alors en ces régions. Le pays était affaibli ; chacun était obligé d’aller chercher des vivres au loin ; on n’avait plus de bestiaux, plus de provisions, on avait dû vendre les chevaux, enfin on était dans de très mauvaises conditions pour faire la guerre. Il parut sage de se soumettre, quitte à se révolter quand, l’abondance revenue, on serait en état de lutter. On m’a assuré que c’était déjà fait. Lors de mon voyage (hiver et printemps 1884), le pays était encore en l’état où l’avait laissé le sultan. Mais il paraît que, 5 ou 6 mois après, la récolte ayant été excellente et la richesse régnant partout, on s’est soulevé de tous les côtés à la fois et que la plus grande partie des tribus du Sahel, du Ras el Ouad et même du bas Sous, les Chtouka entre autres, ont secoué le joug.

=Notes diverses sur le Sahel.=

1o DAR BEN DLEIMI est un grand village situé au bord de la mer, à un jour de marche au sud d’Agadir Iṛir. Il se trouve sur le territoire des Chtouka et est la résidence du qaïd de cette tribu, Ould Ben Dleïmi.

2o OUAD NOUN n’est ni le nom d’une rivière ni celui d’une ville, mais celui d’un petit district formé de la réunion de plusieurs qçars ; ceux-ci s’élèvent au milieu d’une plaine nue et stérile ; autour d’eux, ni palmiers, ni jardins, ni labourages : ils se dressent isolés dans l’areg. L’Ouad Noun a un chikh héréditaire, El Ḥabib ould Beïrouk ; c’est un personnage peu aimé, mais puissant et craint aux environs. Le sultan a nommé son frère, Daḥman, qaïd du district.

3o REGIBAT, OULAD DELEIM. — Ce sont deux tribus nomades ayant leurs campements dans le Sahel, au sud du Maroc, entre l’Ouad Noun et l’Adrar. Leurs ṛezous écument le Sahara entre Timbouktou et Tindouf et apparaissent parfois sur le cours inférieur du Dra.

4o CHQARNA. — Tribu nomade errant dans le Sahel, au sud du Maroc. Elle comptait, il y a 20 ans, 500 ou 600 combattants montés à chameau ; c’est à peine si elle en possède 200 aujourd’hui. Les Chqarna n’ont point de chevaux, le chameau est leur seule monture.

[Note 118 : On n’a pu me dire le nom de la douzième fraction.]

[Note 119 : Une légende qui a cours dans le pays veut que les Haha soient Arabes d’origine et que ce soit par leur long séjour au milieu d’Imaziren qu’ils aient pris les mœurs et la langue de ces derniers.]

V

BASSIN DE L’OUAD ZIZ.

1o. — OUAD ZIZ.

L’Ouad Ziz prend sa source aux crêtes supérieures du Grand Atlas, dans la grande fraction des Aït Ḥediddou. Il coule pendant quelque temps sur leur territoire ; cette partie de son cours prend le nom de district des Aït Ḥediddou ; des qçars nombreux sont sur ses bords ; sa vallée est dominée par de hautes montagnes. En sortant des Aït Ḥediddou, il reste désert un certain temps ; puis il entre dans le district du Ziz. Le Ziz se compose de 25 à 30 qçars, tous sur les rives du fleuve ; il appartient aux Aït Izdeg. Après avoir arrosé le Ziz, l’ouad traverse un court passage désert et entre dans le Gers. C’est un nouveau district ; il le traverse, en baigne tous les qçars, et de là passe immédiatement dans le Tiallalin. En sortant du Tiallalin, le fleuve se trouve de nouveau, mais pour la dernière fois, dans le désert ; après y avoir coulé pendant quelque temps, il s’engage dans le district d’El Kheneg, où commencent les palmiers : à partir de là, il ne cesse d’en avoir son cours ombragé, et il se déroule jusqu’au Tafilelt entre deux rubans continus de dattiers et de qçars ; ses rives, devenues un des endroits les plus riches du Maroc, s’appellent alors successivement districts de Qçar es Souq, du Metṛara, de Reṭeb, de Tizimi et du Tafilelt.

Nous allons examiner une partie de ces districts.

Nous nous occuperons ensuite des affluents de l’Ouad Ziz.

=I. — District des Aït Hediddou.=

C’est le premier qu’on rencontre sur le haut cours de l’Ouad Ziz. Il se compose d’un certain nombre de qçars appartenant aux Aït Ḥediddou et échelonnés sur les deux rives du fleuve : ces qçars, avec quelques autres situés sur l’Ouad Sidi Ḥamza, sont les seuls que possèdent les Aït Ḥediddou, fraction très nombreuse des Aït Iafelman, mais composée surtout de nomades. En voici l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’ouad :

RIVE DROITE :

Aït Bou Ouzellif (2 qçars). 50 fusils.

Sountat. 100

Toulgdit. 20

Aït Ouazerf. 100

Aqdim. 100

Imtras. 300

Aït Ạmer. 30

Taberracht. 60

Aït Ạli ou Iqqo. 50

Tarribant. 20

Aït Ạmer. 50

Igli. 200

RIVE GAUCHE :

Imelouan 50 fusils.

Aït Ạmer 150

Aït Ạli ou Iqqo 30

Igli, Aït Ạmer, Tarribant forment un groupe distinct, séparé du reste du district par un long kheneg. La réunion de ces trois qçars se nomme Aït Sạïd ou Ḥeddou. Les autres portent le nom collectif de Qçour Asif Melloul : l’Ouad Ziz, au nord du kheneg, s’appelle Asif Melloul.

Plus de qçar sur l’Asif Melloul au-dessus de ceux que nous venons de nommer. Ce sont les plus hauts de l’Ouad Ziz.

Les Aït Ḥediddou, maîtres de ce pays, en sont les seuls habitants. Ils sont indépendants. Point de relations avec le makhzen.

Langue tamaziṛt.

Deux marchés : tenîn et khemîs à Aqdim.

Pas de Juifs.

Distances : de Mezizelt à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman.

d’Aït Bou Ouzellif à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq.

de Tarribant à Aït Ạli ou Iqqo comme de Mellaḥ Tiallalin à Tamerrakecht.

Aït Ạli ou Iqqo (de la rive gauche) est en face de Taberracht.

Imelouan est en face de Toulgdit.

Il y a un espace désert entre Tarribant et Aït Ạli ou Iqqo ; les autres qçars sont les uns près des autres, unis par leurs cultures.

=II. — Ziz.=

Le district du Ziz se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Ziz ; en voici l’énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :

RIVE DROITE :

Mezizelt. 20 fusils.

Zaouïa Sidi Bou Qil (2 qçars) 500

Tabia } } Tabia 300 El Ḥara }

Aït Sạïd.

Aït Zebbour. 20

Aït Ḥammou el Ḥadj. 15

Tirezdet. 80

Aït Mousa ou Ạli. 70

Irezd (cherifs ; 3 qçars). 150

Aït el Ḥadj Sạïd. 10

Aït Kharroub. 4

Ibzazen } } Aït Bou el Khial } Aït Iaḥia ou Khalifa. 150 } Izouṛar }

Rich. 20

RIVE GAUCHE :

Tamagourt. 100 fusils.

Gafaï. 100

Tasiset. 18

Tabarkaït. 25

Ou Allal. 60

Izebban. 15

Izebban. 80

Tagersift. 100

Le pays de Ziz appartient aux Aït Izdeg et n’est habité que par eux. Les Aït Izdeg sont une fraction des Aït Iafelman. Ils sont indépendants.

Langue tamaziṛt.

Deux marchés : tenîn et khemîs à Zaouïa Sidi Bou Qil.

Pas de Juifs.

Distances : de Tiṛilasin à Rich comme de Souq Tiallalin à Mellaḥ Tiallalin.

de Rich à Mezizelt comme de Tamerrakecht à Mellaḥ Tiallalin.

de Tamagourt à Igli (Aït Ḥediddou) comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin.

Désert entre Tamagourt et Igli.

Pas de désert entre Rich et Mezizelt, sur les rives de l’ouad.

Tamagourt est en face de Mezizelt.

Tagersift est en face d’Aït Iaḥia ou Khalifa.

=III. — Gers.=

Le district du Gers se compose d’un certain nombre de qçars situés sur les bords de l’Ouad Ziz et tous sur sa rive droite : en face d’eux, la rive gauche est déserte. Voici les noms des qçars du Gers, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’Ouad Ziz :

RIVE DROITE :

Tiṛilasin Qedîm } 15 fusils. } Tiṛilasin Aït Tikkert } 40

Kherzouza. 40

Qcîra Aït Ạouda. 25

Amalou. 60

El Ḥaïn. 150

Aït El Feqih. 50

Qcîra Alibou (Alibou est le chikh el ạam de toute la fraction des Aït Izdeg, cette année). 20

Cedouqa. 30

De plus, entre Amalou et El Ḥaïn, on voit les ruines de Douar, grand qçar détruit.

Le district du Gers appartient aux Aït Izdeg. La population y est un mélange d’Aït Izdeg et de Qebala[120].

Langue tamaziṛt.

Point de marché.

Pas de Juifs. Mellaḥ ruiné à Douar.

Distances : Cedouqa est en face d’Aït Khozman, sur la rive opposée de l’ouad.

de Cedouqa à Aït Tikkert comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ.

=IV. — Tiallalin.=

Le Tiallalin se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Ziz. En voici l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant le fleuve :

RIVE DROITE :

Kerrando. 50 fusils.

Qcîra el Ihoud (appelée aussi Mellaḥ Tiallalin).

Iserdan. 30

Bousam. 20

Tadaout. 20

Qcîra Aït Aḥa. 10

Aït ou Alil. 50

Aït Ḥaḥou. 15

Aït Ạmer. 4

Aït Çaleḥ. 30

RIVE GAUCHE :

Aït Khozman. 40 fusils.

Aït Ḥeqqou. 20

Aït ou Isaden. 20

Aït ou Innou. 20

Aït Zaïa. 15

Bou Idiren. 60

Qcîr Cherif. 15

Qcîr Sidi Ọmar. 50

Izabouben. 10

Aït Iaḥia ou Khalifa. 10

Aït Brahim. 10

Aït Attou. 30

El Qçar el Kebir. 20

Tamdafelt. 12

Taouaḥit. 80

Imazan. 60

Tamazount. 15

Izerraḥen. 15

Isaffen. 6

Aït Iaḥia. 50

Timṛirt. 12

Imri. 30

Le Tiallalin appartient aux Aït Izdeg et n’est peuplé que d’eux. Chez les Aït Izdeg, chaque district, pour les sédentaires, chaque campement, pour les nomades, se gouverne à sa fantaisie, sans chikh, ni à l’année, ni autre : quelquefois on en nomme, mais pour quelques mois, pour la durée d’une guerre par exemple. Ces jours-ci, on en a élu ; voici pourquoi : le sultan a prié les Aït Izdeg de lui envoyer leurs chikhs : après délibération, ils y ont consenti, en ont nommé et les lui ont envoyés. Mais ils ne dépendent point de Moulei El Ḥasen ; ils ne lui paient rien et n’ont, disent-ils, que de la poudre à lui donner. S’ils n’ont pas de chikhs permanents dans leurs diverses subdivisions, ils en ont toujours un pour l’ensemble des Aït Izdeg : c’est un chikh el ạam, qui est nommé chaque année par l’assemblée des diverses djemaạas.

Langue tamaziṛt.

Trois marchés à Aït ou Alil, le ḥad, le tlâta, le khemîs.

Un mellaḥ.

Distances : Qcîr Sidi Ọmar est juste en face de Qcîra el Ihoud.

=V. — El Kheneg.=

On appelle de ce nom le district formé par les qçars échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Ziz dans le long défilé qu’il traverse entre Foum Jabel et Foum Ṛiour. Voici les noms de ces qçars, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :

RIVE DROITE :

Asbarou. 20 fusils.

Aït Ọtman. 200

Qcîra el Mehenni. 30

Oul Itgir. 60

Serṛin. 40

Cheba. 20

RIVE GAUCHE :

Tamerrakecht (3 petits qçars). 40 fusils

Ifri (3 petits qçars). 40

Aït Isfa ou Daoud. 30

Amzou. 300

Ingbi. 30

Tingbit. 40

Beni Iffous. 50

Aït Moulei Moḥammed. 100

Timzourin (2 qçars). 40

El Kheneg appartient aux Aït Izdeg et n’est peuplé que d’eux.

Langue tamaziṛt.

Pas de marché.

Pas de Juifs.

=VI. — Qçar es Souq.=

Le district du Qçar es Souq se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les rives de l’Ouad Ziz ; en voici l’énumération, dans l’ordre où on les trouve en descendant le fleuve.

RIVE DROITE :

Tazouqa. 200 fusils.

Tagnit. 40

Qçar es Souq (composée de 5 qçars : Mouskellal, Qcîba 300 Aït Moḥa ou Ạli, El Ḥaraṭîn, Agaouz, Azrou ; ils forment un cercle au milieu duquel sont le marché et le mellaḥ).

Tisgedlt. 100

Taṛzout (2 qçars). 100

Azemmour. 150

Targa (2 qçars). 150

RIVE GAUCHE :

Tiṛiourin. 150 fusils.

Beni Ouaṛaïn (3 qçars). 100

Er Raḥba. 60

Qçar Djedid Aït Ḥammou (3 qçars). 60

Le Qçar es Souq est peuplé d’Aït Izdeg et de cherifs. Ceux-ci sont indépendants des premiers. Point de djemaạa ni de chikh pour l’ensemble du district. Chaque qçar a sa djemaạa et son gouvernement à part ; ils ne s’unissent entre eux qu’en cas de guerre.

Langue tamaziṛt.

Un marché, à Qçar es Souq.

Un mellaḥ.

Distances : de Mellaḥ Qçar es Souq à Targa comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ.

Qçar Djedid Aït Ḥammou est en face de Taṛzout.

Tiṛiourin est en face de Tazouqa.

=VII. — Metrara.=

Le district se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les bords de l’Ouad Ziz. En voici l’énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le cours du fleuve :

RIVE DROITE :

Tisgedlt. 40 fusils.

Beni Meḥelli. 100

Asrir. 200

Mediouna. 20

El Ḥibous. 400

Qaçba Qedîma. 400

RIVE GAUCHE :

Oulad el Ḥadj. 300 fusils.

Qçar Dekhlani. 150

El Ṛrouch. 40

Qçar Djedid. 100

Zaouïa Moulei Ạbd Allah. 20

Qçar Berrani. 100

Taourirt. 100

Sidi Bou Ạbd Allah. 300

Ṭitaf. 200

Qaçba Djedida. 200

Beni Mousi. 300

Geri Ourgaz. 4

Gaouz. 100

Tazenagt. 400

Le Metṛara n’est habité que par des cherifs et des Qebala : les premiers sont les plus nombreux et ont la prépondérance. Ils sont seuls maîtres du pays. Ils sont libres, n’obéissent pas au sultan et ne sont sous la dépendance d’aucune tribu : ni Berâber ni autres n’ont droit de parler dans le Metṛara. Cherifs et Qebala sont mélangés dans les divers qçars. Point de chikh ni de djemaạa administrant l’ensemble du district. Chaque qçar a son existence isolée, se gouverne au moyen de sa djemaạa et ne s’unit à d’autres qu’en cas de guerre.

On ne parle que l’arabe.

Quatre marchés : tenîn et khemîs à Qaçba Qedîma ; tenîn et khemîs à Sidi Bou Ạbd Allah.

Pas de Juifs.

Un homme est tout-puissant dans le Metṛara et a en sa main tout le district, c’est Chikh Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui. Ce chef religieux, qui réside à Gaouz, est extrêmement influent : chaque année, le sultan lui envoie sa part de dîme ; il y a deux ans, il lui a expédié 40 qanṭars (le qanṭar vaut ici 1250 francs). Sidi Moḥammed El Ạrabi avait, à la fin de 1881, appelé les Berâber à la guerre sainte contre les Français ; mais peu après il les contremanda. Son pouvoir est énorme sur tous les Berâber, Aït Atta comme Aït Iafelman. D’un mot, il peut les armer. Par le nombre et la valeur guerrière de ces tribus, tout à sa dévotion, il est un des cinq chefs religieux les plus puissants du Maroc. Il compte au même rang que Moulei Ạbd es Selam el Ouazzâni, Sidi Ben Daoud, Sidi Moḥammed ou Bou Bekr et Sidi El Ḥoseïn.

Distances : point de désert entre le Qçar es Souq et le Metṛara.

d’Oulad el Ḥadj à Tazenagt comme de Mellaḥ Tiallalin à Tamerrakecht.

de Qçar Djedid Aït Ḥammou à Oulad el Ḥadj comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ.

de Tisgedlt à Targa comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ.

Beni Mousi est en face de Qaçba Qedîma.

=VIII. — Districts inférieurs.=

Les trois districts les plus bas de l’Ouad Ziz se composent chacun, comme les précédents, d’une double ligne de qçars échelonnés sur les deux rives du fleuve.

Le Reṭeb comprend 30 ou 40 qçars : population mélangée, cherifs, marabouts, Qebala. Langue arabe. Un mellaḥ.

Le Tizimi se compose de 30 à 40 qçars. Deux mellaḥs.

Le Tafilelt, d’environ 360 qçars. Cinq mellaḥs.

=IX. — Affluents de l’Ouad Ziz.=

L’Ouad Ziz reçoit divers affluents ; voici quelques-uns d’entre eux :

1o L’Ouad Aït Iaḥia, se jetant sur sa rive gauche à Igli (Aït Ḥediddou).

2o L’Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza, se jetant sur sa rive gauche à Tagersift (district du Ziz).

3o L’Ouad Todṛa, se jetant sur sa rive droite au-dessous du Reṭeb, dans un des districts de son cours inférieur.

1o OUAD AIT IAHIA. — Il prend sa source dans le Grand Atlas et se jette sur la rive gauche de l’Ouad Ziz à Igli (Aït Ḥediddou). Voici les qçars que l’on rencontre sur son cours, en le descendant :

RIVE GAUCHE :

Tazarin. 90 fusils.

Izloufa. 20

Tabouạrbit. 50

Anfergal. 150

El Bordj. 10

Ces qçars appartiennent aux Aït Iaḥia, fraction des Aït Iafelman. Les Aït Iahia sont très nombreux, mais presque tous nomades ; ils ne possèdent pas d’autres qçars que les 5 précédents. Ils sont indépendants et passent pour grands pillards. Leurs quelques qçars n’ont point de chikh spécial.

Langue tamaziṛt.

Ni marché, ni Juifs.

Distances : d’El Bordj à Igli comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil.

d’El Bordj à Tazarin comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ.

Point de désert entre ces deux derniers points.

2o OUAD SIDI HAMZA. — Il prend sa source au Djebel El Ạïachi et se jette sur la rive gauche de l’Ouad Ziz à Tagersift (Ziz). Voici les qçars qu’il arrose, dans l’ordre où on les trouve en le descendant :

RIVE DROITE :

Tazrouft (marabouts). 200 fusils

Zaouïa Sidi Ḥamza (marabouts). 300

Aït ou Allou (2 qçars) (Aït Izdeg). 100

Aït Iạqob (Aït Ḥediddou). 600

Tanṛerift (Ait Ḥediddou). 50

Toullist (4 qçars) (Aït Izdeg). 200

Langue tamaziṛt.

Pas de marché.

Deux Juifs à Zaouïa Sidi Ḥamza.

Distances : de Tagersift à Tanṛerift comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq.

Défilé désert assez long entre ces deux points, appelé Kheneg Tarq.

de Tanṛerift à Aït Iạqob comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil.

Désert entre ces deux points.

d’Aït Iạqob à Aït ou Allou comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq.

Désert entre ces deux points.

d’Aït ou Allou à Zaouïa Sidi Ḥamza comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman.

Désert entre ces deux points.

de Zaouïa Sidi Ḥamza à Tazrouft comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil.

Désert entre ces deux points.

de Toullist à Tagersift comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil.

L’Ouad Zaouïa Sidi Ḥamza reçoit un affluent, l’Ouad Nezala, se jetant sur sa rive gauche à Toullist.

=Ouad Nezala.= — Il prend sa source au Djebel El Ạbbari ; voici les qçars qui se trouvent sur son cours, dans l’ordre où on les trouve en le descendant :

Ibabaḥen rive droite, 6 fusils.

Ạbbari rive gauche, 40

Qcîra ou Ba El Ḥasen rive gauche, 20

Bou Seroual rive droite, 20

Nezala rive droite, 20

Tiffitra rive droite, 8

Semlal rive gauche, 10

Tazalaṛt rive gauche, 30

Tous ces qçars appartiennent aux Aït Izdeg.

Langue tamaziṛt.

Ni marché, ni Juifs.

Distances : de Toullist à Tazalaṛt comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ.

Désert entre ces deux points.

de Tazalaṛt à Semlal comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Çaleḥ.

Désert entre ces deux points.

de Semlal à Tiffitra comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil.

Désert entre ces deux points.

de Tiffitra à Nezala comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman.

Désert Taqqat Nezala entre ces deux points.

de Nezala à Ibabaḥen comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil.

3o OUAD TODRA. — L’Ouad Todṛa, d’une grande importance, et par lui-même, et par son affluent l’Ouad Ṛeris, fera l’objet d’un article spécial.

2o. — OUAD TODRA.

=I. Ouad Todra.=

L’Ouad Todṛa prend sa source à peu de distance de l’oasis du Todṛa, dans les hauts massifs qu’on en aperçoit vers le nord-ouest. Le mont d’où il sort s’appelle Aqqa Tizgi ; c’est une muraille rocheuse du pied de laquelle jaillissent des sources abondantes qui forment l’Ouad Todṛa. De là il va arroser la longue bande du Todṛa, où il a toujours de l’eau, été et hiver. Au sortir de cette oasis, le lit s’en dessèche et les bords en deviennent déserts jusqu’au Ferkla. Il arrose le Ferkla, puis rentre dans le désert : du point où il sort du Ferkla à celui où il se jette dans le Ziz, on ne trouve plus sur ses rives aucune grande oasis, mais seulement de loin en loin quelque qçar isolé entouré de dattiers, simple tache dans la plaine. Dans la portion inférieure de son cours, il porte souvent le nom d’Ouad Ferkla.

Nous allons étudier successivement le Todṛa, le Ferkla et les qçars au-dessous de Ferkla.

1o TODRA. — L’oasis du Todra se compose de deux parties : d’abord le Todṛa proprement dit, formé des qçars appartenant à la tribu chleuḥa des Todṛa, en second lieu une série de qçars appartenant aux Berâber. Tous sont sur le cours même de l’Ouad Todṛa, ceux-ci au-dessous des premiers. Une longue bande de palmiers, courant sans interruption sur les bords de la rivière, enveloppe les uns et les autres ; aucune frontière apparente n’existe entre ceux des Todṛa et ceux des Berâber.

TODRA PROPREMENT DIT. — Voici les noms des qçars qui le composent, dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’Ouad Todṛa :

Aït Baḥa } rive 20 fusils. } gauche, } Aït Ousal (Zaouïa Sidi } Tizgi rive 120 Ạbd el Ạli) } droite, } Tabia } rive 30 } gauche,

Aït Ạchcha rive 25 droite,

Aït Sidi ou Brahim rive 100 gauche,

Aït Zakri } rive } } gauche, } } } Aït Segmounni } rive } } gauche, } } } Aït Ismen } rive } } gauche, } } Aït Senan } 300 Aït Çaïb ou Ọtman } rive } } gauche, } } } Iḥedzamen } rive } } gauche, } } } Zaouïa Iḥedzamen } rive } } gauche, }

Aït Ạriṭan rive 100 droite,

Aït Ijjou rive 15 droite,

Aït Barra rive 40 droite,

Aït Ouzana rive 100 droite,

Asfalou rive 50 gauche,

Aït Zilal rive 30 gauche,

Tagounsa rive 35 gauche,

Aït Bou Oujjan rive 120 gauche,

Ismarin rive 40 droite,

Tikoutar rive 100 gauche,

Tiidrin rive 80 gauche,

Taourirt rive 150 droite,

Aït Ourjedal rive 40 droite,

Afanour rive 200 gauche,

Tiṛremt rive 50 droite,

Tinṛir rive 200 droite,

Imousas rive 30 gauche,

Ilougan (Zaouïa Oulad rive 30 Sidi Ḥamed Ben Ạbd eç gauche, Çadoq)

Ḥelloul rive 70 gauche,

Tamasint rive 50 gauche,

Aït b Oulman rive 25 droite,

Azrou rive 25 droite,

Tagoummast sur les 200 deux rives,

Ifri rive 20 gauche,

Aït El Ḥasen ou Ạli rive 30 droite,

Aït El Qaṭi rive 20 droite,

Iạdouan rive 60 droite,

Aït Iaḥia rive 10 droite,

Aït Moḥammed rive 150 gauche,

Aït Iạla rive 50 droite,

Ikhba } } Aït Bou Iaḥia } Amzaourou rive 200 } gauche, } Aït Ḥammi }

Ḥara Imziouan } } El Ḥara rive 600 } droite, Ḥara Mrabṭin (Zaouïa } Sidi el Ḥadj Ạmer) }

Les qçars que nous venons d’énumérer composent toute la tribu des Todṛa. Les Todṛa sont Chellaḥa ; ils se subdivisent en deux fractions, Aït Çaleḥ et Aït Genad : tel qçar appartient à telle fraction ; dans certains, les deux fractions sont mélangées. Chaque qçar a son gouvernement à part et vit isolé des autres, ne s’en rapprochant qu’en cas de guerre ; leur organisation à tous est identique : ils se nomment chacun un chikh el ạam tous les premiers de l’an. En temps ordinaire, aucun lien entre les différents qçars : on ne se concerte, on ne se réunit que s’il y a guerre. Les Todṛa sont indépendants. Ils n’ont de debiḥa sur personne, pas même sur leurs puissants voisins les Berâber. Leur nombre et surtout leur caractère belliqueux ont sauvé leur indépendance.

Les Todṛa ont un qaḍi, Sidi Ḥamed d Aït Sidi Ạïssa, habitant Tinṛir.

Langue tamaziṛt.

Deux marchés, tenîn et khemîs de Tinṛir.

Quatre mellaḥs.

Distances : de Tinṛir à El Ḥara comme de Tinṛir à Tizgi, ou quelques centaines de mètres de plus.

de Taourirt à Asfalou 2 fois 1/2 comme de Taourirt à Tinṛir.

d’Asfalou à Tizgi 4 fois comme de Taourirt à Tinṛir.

De Tizgi à El Ḥara, tout l’ouad n’est que cultures et dattiers (bou feggouç et bou souaïr) ; pas de désert.

QÇARS DES BERABER FAISANT PARTIE DE L’OASIS. — Voici leur énumération, dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’ouad ; ils font suite immédiatement aux précédents :

Taria Ilemsan rive 40 fusils droite,

Tiṛremt Aït b ou Iknifen rive 20 droite,

Ignaouen rive 50 droite,

Tiṛremt Aït Iạzza rive 50 gauche,

Aït el Miskin (zaouïa) rive 30 gauche,

Tiṛrematin Aït Aïssa ou Brahim (2 qçars : rive 100 Tiṛremt Fouqania, Tiṛremt Taḥtania) gauche,

Tachbacht Aït Isfoul rive 50 gauche,

Ces qçars, bien que se touchant, sont indépendants les uns des autres ; ils appartiennent, l’un à telle fraction des Berâber, l’autre à telle autre, et suivent le sort de leurs propriétaires.

Distances : de El Ḥara à Taria Ilemsan comme de Taourirt à Asfalou.

de Taria à Tiṛremt Aït b ou Iknifen comme de Taourirt à Asfalou.

de Tiṛremt Aït b ou Iknifen à Ignaouen comme de Taourirt à Asfalou.

de Tiṛremt Aït Iạzza à T. Aït Aïssa ou Brahim comme de Taourirt à Tinṛir.

de T. Aït Aïssa ou Brahim à Tachbacht Aït Isfoul comme de Taourirt à Asfalou.

Ignaouen et Tiṛremt Aït Iạzza se font face.

2o FERKLA. — L’oasis du Ferkla se compose d’un certain nombre de qçars, échelonnés sur les deux rives de l’Ouad Todṛa, au milieu d’une bande de palmiers qui les enveloppe tous. Voici l’énumération de ces qçars, dans l’ordre où on les rencontre en descendant l’ouad :

RIVE DROITE :

El Khorbat (Aït Melṛad). 400 fusils.

Chạt (2 qçars) (Aït Melṛad). 200

Aït Ben Nacer (marabouts). 30

Aït Ạsem (Aït Melṛad). 200

Tirdouin (Ahel Ferkla). 120

Gardmit (Aït Melṛad). 200

RIVE GAUCHE :

Asrir (Ahel Ferkla). 600 fusils.

Cheurfa Taïrza (cherifs). 50

Talalt (Ahel Ferkla). 50

Tiṛfert (Ḥaraṭîn). 200

Aït Sidi El Houari (marabouts). 400

Oulad Mạmmer (Ahel Ferkla). 150

La population du Ferkla est composée partie d’Aït Melṛad, partie d’Ahel Ferkla, partie de Ḥaraṭîn, partie de marabouts. Les uns et les autres sont indépendants. Les Ahel Ferkla sont des Chellaḥa ; les qçars que nous venons de mentionner comme leur appartenant, forment toute leur tribu ; ils sont libres et n’ont de debiḥa sur personne : les Aït Melṛad mêmes, leurs puissants voisins, ne sont pas plus indépendants qu’eux. Les Ḥaraṭîn et les marabouts ont su également conserver leur liberté.

Les divers qçars du Ferkla vivent isolés les uns des autres, chacun avec son gouvernement particulier ; ce gouvernement est le même dans tous : celui d’un chikh el ạam. Aucun lien commun n’unit les qçars entre eux.

Les dattes du Ferkla sont des bou feggouç et des bou souaïr.

Langue tamaziṛt.

Deux marchés, ḥad et khemîs d’Asrir.

Un mellaḥ.

Distances : d’El Khorbat à Oulad Mạmmer comme de Tinṛir (Todṛa) à Aït Moḥammed.

Gardmit est en face d’Oulad Mạmmer.

3o QÇARS AU-DESSOUS DU FERKLA. — Il existe un chemin direct du Todṛa au Tafilelt, par le cours de l’Ouad Todṛa. Le voici :

On quitte le Ferkla et l’on s’engage dans le désert en descendant la rive droite de l’Ouad Todṛa. On arrive d’abord à :

Izelf Aït Melrad, qçar de 50 fusils, entouré de dattiers ; il est à quelque distance de l’Ouad Todṛa et n’est alimenté que par des sources.

Distance : du Ferkla à Izelf comme d’Imiṭeṛ à Timaṭṛeouin.

De là on gagne :

Igli Aït Khelifa, grand qçar de 300 fusils, entouré de dattiers, habité par une population de marabouts (Oulad Sidi El Houari), de Ḥaraṭîn et d’Aït Khelifa (Aït Atta). Il est aussi à quelque distance de la rivière, sur sa rive droite ; il est arrosé par des sources.

Distance : d’Izelf à Igli comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Asfalou.

Puis on passe à :

Mellạb Aït Iạzza, qçar de 100 fusils, entouré de dattiers. Mellạb se trouve sur la rive gauche de l’Ouad Todṛa. Chemin faisant, on a traversé la rivière à mi-route entre Igli et Mellạb.

Distance : d’Igli à Mellạb comme deux fois de Taourirt à Asfalou.

On continue à descendre la rive gauche du cours d’eau et on arrive à :

Oul Touroug, qçar de 150 fusils, entouré de dattiers, appartenant aux Aït Iạzza et aux Aït Khelifa. Il est situé sur le bord même de l’ouad (rive gauche).

Distance : de Mellạb à Oul Touroug comme de Taourirt (Todṛa) à Foum el Qous n Tazoult.

De là on continue à descendre l’Ouad Todṛa, qui, peu au-dessous d’Oul Touroug, reçoit sur sa rive gauche l’Ouad Ṛeris. Puis on parvient à :

Tilouin, grand qçar, entouré de dattiers, situé sur le bord de la rivière (rive gauche). C’est auprès de Tilouin qu’eut lieu, en 1883, une grande bataille entre les Aït Atta et les Aït Melṛad. Le qçar appartient actuellement aux Aït Melṛad.

Distance : d’Oul Touroug à Tilouin comme de Mellạb à Oul Touroug.

De Tilouin, en descendant toujours l’Ouad Todṛa, on arrive à :

Fezna, qçar de 300 fusils, entouré de dattiers, s’élevant au bord du cours d’eau (rive gauche). Il appartient aux Aït Iafelman.

Distance : de Tilouin à Fezna comme de Taourirt (Todṛa) à Imiṭeṛ.

Peu au-dessous de Fezna, l’Ouad Todṛa se jette, dit-on, dans l’Ouad Ziz : ce confluent se trouverait non loin d’El Djerf sur le Ziz.

=II. — Ouad Imiter.=

L’Ouad Todṛa reçoit deux affluents importants : l’Ouad Imiṭeṛ, se jetant sur sa rive droite dans la portion inférieure de l’oasis du Todṛa, au-dessous du qçar d’Aït Iaḥia, en face de celui d’Aït Moḥammed ; l’Ouad Ṛeris, se jetant sur sa rive gauche à quelque distance au-dessous d’Oul Touroug.

Nous allons les étudier l’un après l’autre.

L’Ouad Imiṭeṛ prend sa source dans les massifs qui s’élèvent au nord de la plaine d’Anbed. Il arrose successivement sur son cours :

Imiṭeṛ (groupe de quatre qçars contigus : Aït Brahim, Iṛir, Taouaḥmant, Aït Moḥammed, appartenant tous aux Aït b ou Iknifen). 150 fusils.

Timaṭṛeouin Ignaouen. 50

Qcîba Aït Moulei Ḥamed rive } gauche } } Qcîba Moulei Brahim rive } 50 droite } } Qcîba Imougar rive } gauche }

Les jardins de ces trois derniers qçars se touchent ; ceux-ci ne forment qu’un seul groupe ; deux d’entre eux appartiennent à des cherifs, le dernier à des Aït Atta (les Imougar sont une subdivision des Aït Isfoul).

De là, l’Ouad Imiṭeṛ passe à

Tilouin Aït Isfoul rive droite, 20 fusils.

Puis il va se jeter dans l’Ouad Todṛa, en face d’Aït Moḥammed.

Des trois qcîbas à Tilouin, comme de Tilouin à Aït Moḥammed, il n’y a que le désert.

Distances : de Qcîba Imougar à Tilouin comme de Timaṭṛeouin à Foum el Qous.

de Tilouin à Aït Moḥammed comme de Timaṭṛeouin à Foum el Qous.

=III. — Ouad Reris.=

L’Ouad Ṛeris prend sa source sur le versant méridional du Grand Atlas. Le premier endroit habité qu’il arrose est le district d’Amtrous. Après l’avoir traversé, il rentre dans le désert ; puis on trouve successivement sur son cours, en le descendant : une réunion de 5 qçars appartenant aux Aït Melṛad, un désert, le district de Semgat, un désert, un groupe de 4 qçars des Aït Melṛad, un désert, l’oasis de Taderoucht, un désert, le Ṛeris. Au sortir du Ṛeris, il rentre dans le désert et y demeure jusqu’à son confluent avec l’Ouad Todṛa, à peu de distance d’Oul Touroug.

AMTROUS. — Le district d’Amtrous se compose d’un certain nombre de qçars, situés sur l’Ouad Ṛeris ; en voici les noms, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :

Toumlilin rive droite, 30 fusils

Aït Daoud ou Ạzzi rive gauche, 70

Taadadats rive gauche, 50

Timoula rive gauche, 50

Igedman rive droite, 40

Aït Hani rive gauche, 50

Tizeggarin rive gauche, 30

Asing rive gauche, 100

Tiidrin rive gauche, 100

Le district d’Amtrous est habité partie d’Aït Melṛad, partie d’Aït Ḥediddou. Ces deux fractions se partagent les différents qçars.

Ni marché, ni Juifs.

Distance : d’Aroraï à Tiidrin comme de Taourirt à El Ḥara (Todṛa).

AIT MELRAD. — Au-dessous de ce district, se trouvent, séparés de lui par un désert assez court, 5 qçars unis en un seul groupe, appartenant aux Aït Melṛad ; ce sont, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :

Aroraï. 100 fusils.

Achoul Sidi Bou Iạqob. 100

Aït Sidi Moḥammed ou Iousef. 20

Aït er Riban. 30

Amougger. 100

Ni marché, ni Juifs.

Distance : d’Imiṭeṛ à Amougger comme de Tinṛir à El Ḥara.

Les cinq qçars se touchent.

SEMGAT. — Au-dessous de ces cinq qçars, sur le cours de l’Ouad Ṛeris, se trouve, séparé d’eux par un court désert, le district de Semgat. Il se compose des qçars suivants, échelonnés sur les bords de la rivière ; les voici, dans l’ordre où on les rencontre en la descendant :

Imiṭeṛ (2 qçars : Aït Brahim, El Qçar el rive 100 fusils. Kebir) gauche,

Aït Ouahi rive 30 gauche,

Aït Selîman rive 50 gauche,

Aït Ioub rive 80 gauche,

Aït Bou Izzem rive 30 droite,

Imelouan rive 50 gauche,

Amellagou rive 40 gauche,

Le district de Semgat appartient aux Aït Melṛad et n’est peuplé que d’eux.

Ni marché, ni Juifs.

Distances : de Taḥamdount au Semgat comme de Tizgi à El Ḥara (Todṛa).

d’Amellagou à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Tinṛir.

AIT MELRAD. — Au-dessous du Semgat, séparé de lui par un désert assez court, se trouve, sur l’Ouad Ṛeris, un groupe de 4 qçars appartenant aux Aït Melṛad. Ce sont, dans l’ordre où on les voit en descendant la rivière :

Taḥamdount rive droite, 30 fusils.

Qçar Kebir Aït Brahim rive droite, 30

Qçar Aït Brahim rive gauche, 30

Timzgit (2 qçars) sur les deux rives, 50

Ces localités sont toutes entourées de dattiers ; ce sont les premières de l’Ouad Ṛeris qui en possèdent ; plus haut, cet arbre ne croît pas : au-dessus de Taḥamdount, les oliviers, les grenadiers, les figuiers sont les seules essences qui poussent sur les bords de la rivière : au-dessous de ce qçar, pas un lieu habité où il n’y ait des palmiers.

Ni Juifs, ni marché.

Distances : de Timzgit au Taderoucht comme d’Asfalou à Aït Moḥammed.

de Timzgit à Aït Brahim comme de Taourirt à Tinṛir.

Qçar Kebir Aït Brahim fait face à Qçar Aït Brahim.

De Qçar Kebir Aït Brahim à Taḥamdount, 400 mètres.

TADEROUCHT. — Au-dessous de ces 4 qçars, séparée d’eux par un court désert, se trouve, sur l’Ouad Ṛeris, l’oasis de Taderoucht ; elle se compose d’un certain nombre de qçars échelonnés sur les deux rives du cours d’eau, au milieu d’une bande continue de palmiers. Voici les noms de ces localités, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :

Moui (Qebala) rive droite, 200 fusils.

Aourir (marabouts) rive gauche, 50

Iṛerm n Cherif (Qebala) rive gauche, 20

El Ḥara (marabouts et Qebala) rive gauche, 60

Qcîrat Sidi Ạbd Allah ou Ạli (marabouts) rive gauche, 10

Taziat (Berâber) rive gauche, 80

Zenba (marabouts) rive gauche, 30

El Bordj (marabouts) rive gauche, 50

Aucun lien n’existe en temps habituel entre les divers qçars du Taderoucht. Chacun vit isolément, administré par son chikh el ạam.

Langue tamaziṛt.

Pas de marché.

Un mellaḥ.

Distances : du Ṛeris au Taderoucht comme de Tinṛir à El Ḥara (Todṛa).

d’El Bordj à Moui comme de Taourirt à Tinṛir.

RERIS. — Au-dessous du Taderoucht, séparée de lui par un court désert, se trouve, sur le cours de la même rivière, la grande oasis du Ṛeris. C’est une longue ligne de qçars échelonnés sur les bords de l’Ouad Ṛeris, au milieu d’un ruban d’épaisses plantations de dattiers. Voici l’énumération de ces qçars, dans l’ordre où on les trouve en descendant le cours d’eau ; ils sont tous sur la rive droite :

Maggaman (Berâber). 30 fusils.

Aït Iaḥia ou Ọtman (Berâber). 400

Gelmima (Berâber). 250

Kherraza (Berâber). 50

Aït Mouch (Chellaḥa indépendants). 50

Takatirt (Berâber). 40

Bou Tnefit (Chellaḥa indépendants). 150

Sidi Moḥammed ou El Ḥasen (marabouts). 30

Gaouz Aït Sidi Ạmer (marabouts). 25

Aït Sidi Ạmer (marabouts). 50

Cheurfa Aqqa (cherifs). 50

Ifsaḥen (Chellaḥa indépendants). 100

Aït Iạqob (Chellaḥa indépendants). 40

Aït Sidi Ạli (marabouts). 30

Aït Sidi Ạmer (marabouts). 30

Amtoz (Chellaḥa indépendants). 40

Aït Mouḥ ou Iaḥia (Chellaḥa indépendants). 80

Khelil (Chellaḥa indépendants). 50

Tourza (marabouts).

Tous ces qçars sont au bord même de l’ouad, arrosés par la conduite dite sagia taḥtia, « canal inférieur ». Il y a encore 5 localités, situées à quelques centaines de mètres du cours d’eau, sur la même rive, alimentées par un autre canal, sagia fouqania, « canal supérieur ». Elles sont unies en un seul groupe et fort rapprochées les unes des autres ; elles se trouvent vis-à-vis d’Aït Iaḥia ou Ọtman et de Gelmima. En voici les noms :

Ireṛrer (Chellaḥa indépendants). 50 fusils.

Tiouanin (Chellaḥa indépendants). 40

Zerrara (Chellaḥa indépendants). 40

Aït Ketto (Chellaḥa indépendants). 100

Aït Ḥarṭ (Chellaḥa indépendants).

Les habitants du Ṛeris sont indépendants ; chaque qçar appartient à ceux qui l’habitent. Tous s’administrent isolément, comme dans le Ferkla. L’organisation en est uniforme : ils ont chacun leur chikh el ạam. Aucun lien ne les unit entre eux ; ils ne se joignent qu’en cas de guerre.

Les dattiers du Ṛeris produisent des bou feggouç et des bou souaïr.

Langue tamaziṛt.

Deux marchés : tenîn et khemîs à Aït Iaḥia ou Ọtman.

Deux mellaḥs.

Distance : de Maggaman à Tourza comme d’Asfalou à Iạdouan (Todṛa).

=IV. — Localités entre les ouads Todra et Reris.=

Entre les ouads Todṛa et Ṛeris, se trouvent trois petites localités ; ce sont, dans l’ordre où on les trouve en allant du Todṛa à Oul Touroug :

Taddart n Oumira. — Petit qçar situé entre le Todṛa et le Ṛeris, à quelque distance au sud du talus de roche rose qui borde le nord de la plaine entre ces deux oasis. Population mélangée d’Aït Atta et d’Aït Melṛad. 40 fusils. Point de cours d’eau ; les jardins sont arrosés par des sources. On laisse ce qçar à main gauche en allant du Ferkla au Ṛeris et on ne l’aperçoit pas du chemin.

Distances : de Ṭaddart n Oumira au Ferkla comme d’El Khorbat à Oulad Mạmmer.

de Ṭaddart n Oumira au Ferkla comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Asfalou (Todṛa).

de Ṭaddart n Oumira au Todṛa comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Aït Iidir (Dâdes).

de Ṭaddart n Oumira au Ṛeris comme 2 fois de Taourirt (Todṛa) à Timaṭṛeouin.

El Mkhater. — Petit qçar entouré de palmiers situé, entre le Ferkla et le Ṛeris, près de Ṭaddart n Oumira.

Zaouïa Sidi El Houari. — Petite zaouïa située au milieu de la plaine, entourée de jardins sans palmiers ; l’eau qui l’alimente provient des sources de Ṭaddart n Oumira et est amenée par des canaux. On passe auprès d’elle en allant du Ferkla au Ṛeris.

=V. — Qçars du Sarro.=

Toute la région s’étendant au nord du Todṛa, de cette oasis à l’Oussikis, est inhabitée. C’est une contrée montagneuse et déserte.

Au sud du Todṛa, au contraire, dans le Petit Atlas qui porte encore le nom de Saṛro, il existe plusieurs localités.

Le Saṛro, qui s’étend du Mezgîṭa au Dâdes et qui se prolonge jusque auprès du Ferkla, ne va pas plus loin vers l’est. Au delà du Ferkla, ou, comme je le crois, le Petit Atlas expire, ou du moins il cesse de porter le nom de Saṛro. Il existe plusieurs qçars dans les flancs de cette chaîne : on les appelle les qçars du Saṛro ; en voici les noms :

Tagdielt Aït Bou Daoud. — Ce sont trois tiṛremts qui ne sont point habitées d’une manière continue, et où les Aït Bou Daoud emmagasinent leurs biens tandis qu’eux-mêmes vivent sous la tente. Tagdielt est arrosée par des sources ; elle se trouve à la lisière sud de la vaste plaine d’Anbed, dans un repli de la montagne.

Distances : de Tagdielt à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Timaṭṛeouin.

de Tagdielt à Tiilit comme de Taourirt à Timaṭṛeouin.

Aït Merset. — Une seule qaçba appartenant aux Aït Merset, fraction des Aït Ouniṛ. Elle est arrosée par des sources. Elle est située dans un fond, sur les premières pentes du Saṛro.

Distances : d’Aït Merset à Tagdielt comme d’Imiṭeṛ à Timaṭṛeouin.

d’Aït Merset à Imiṭeṛ comme d’Imiṭeṛ à Foum el Qous.

d’Aït Merset à Tiilit comme d’Imiṭeṛ à Taourirt.

Qçîbat Ilemsan. — Elles se composent de 4 tiṛremts. Des sources les alimentent ; un cours d’eau se trouve auprès, mais il n’a d’eau que lorsqu’il pleut.

Distances : de Qcîbat Ilemsan à Aït Merset comme de Taourirt à Foum el Qous.

de Qcîbat Ilemsan à Imiṭeṛ comme de Taourirt à Foum el Qous.

de Qcîbat Ilemsan à Taourirt comme 2 fois de Taourirt à Timaṭṛeouin.

de Qcîbat Ilemsan à Tiilit comme 2 fois de Taourirt à Timaṭṛeouin.

Ti n Iourkan. — Elle est formée d’un grand qçar et de 4 tiṛremts. Elle appartient à des Aït Atta de diverses fractions, Ignaouen, Aït b ou Iknifen, Aït Iạzza. Des sources l’alimentent. De là part un chemin qui se rend au Dra, par le Tazarin : deux jours de marche de Ti n Iourkan au Tazarin, deux autres de Tazarin au Qtaoua.

Distances : de Ti n Iourkan à Qcîbat Ilemsan comme de Taourirt à Foum el Qous.

de Ti n Iourkan à Tiilit comme de Taourirt à Aït Iidir (Dâdes).

de Ti n Iourkan à Taourirt comme de Taourirt à Imiṭeṛ.

Irerman Azdar. — Elle est formée de 4 tiṛremts et habitée, comme Ti n Iourkan, par des Aït Atta de diverses fractions. Des sources l’alimentent.

Distances : d’Iṛerman Azdaṛ à Ti n Iourkan comme 2 fois de Taourirt à Asfalou.

d’Iṛerman Azdaṛ à Taourirt comme de Taourirt à Imiṭeṛ.

d’Iṛerman Azdaṛ à Qcîbat Ilemsan comme de Taourirt à Foum el Qous.

Point de dattiers dans le Saṛro ; à tous les qçars que nous venons de citer, il y a pour toute verdure quelques cultures de céréales et de maigres jardins, comme à Imiṭeṛ.

Pas de marché, ni de Juifs.

3o. — BERABER.

Les Berâber, dont le nom est si célèbre, sont une grande tribu, la plus puissante du Maroc. Elle couvre de ses tentes le vaste quadrilatère compris entre l’Ouad Ziz, l’Ouad Dâdes et l’Ouad Dra, possède une foule de qçars sur ces trois cours d’eau et, dépassant ces limites, s’étend au nord sur des portions du versant septentrional du Grand Atlas. Au sud, aucune tribu ne la borne : ses campements s’avancent jusqu’au seuil du Grand Désert, ses ṛezous, terreur du Sahara, le parcourent jusqu’au Soudan. Comme les Ida ou Blal, les Berâber font métier d’escorter et de piller les caravanes sur la route de Timbouktou. A l’est et à l’ouest, ils débordent en quelques points au delà des fleuves qui leur servent de frontières naturelles, et s’étendent au nord-est sur le haut cours du Gir, au sud-ouest jusqu’aux Ida ou Blal.

Les Berâber sont Imaziṛen et ne parlent que le tamaziṛt. Un certain nombre sont sédentaires ; la plupart, de beaucoup, sont nomades. Ils se divisent en deux grandes branches, les Aït Atta et les Aït Iafelman ; chacune d’elles se subdivise elle-même en de nombreuses fractions. En temps ordinaire, ces fractions se gouvernent isolément, tout petit groupe, tout qçar ayant son chikh el ạam, magistrat élu, se renouvelant chaque année, possesseur d’une autorité fort limitée. En cas d’affaire grave, on se concerte, soit dans les différentes parties d’une fraction, soit plusieurs fractions ensemble, soit tout un groupe, soit la totalité des Berâber : alors on s’assemble partout, on nomme des députés qui se réunissent en djemaạa générale, délibèrent et décident. En 1882, l’assemblée générale des Berâber s’est, dit-on, réunie ; elle était composée de délégués de toutes les fractions et formait un total de près de 1000 personnes. Ce fait a lieu rarement, car presque toujours la discorde règne parmi les Berâber : lors de mon passage, Aït Atta et Aït Iafelman étaient en hostilités, et les Aït Atta étaient divisés entre eux. En cas de guerre générale, les Berâber élisent un chikh unique dont l’autorité est illimitée ; dans les guerres particulières, chaque parti agit de même.

Voici la décomposition des Berâber :

{ Aït b ou Iknifen { (Dra, Oussikis, { Tazarin, désert) 1500 fusils. { { Ilemsan (Ternata, { Dâdes, désert) 300 { { Aït Zemroui { Ignaouen (Qtaoua, { { Dâdes, désert) 500 { { { { Aït Ạïssa ou Brahim { { (auxquels { { appartiennent les { { Izknasen) (Fezouata, { { Dâdes, désert) 500 { { { { Aït Ouniṛ (Dra, { { Dâdes, désert) 800 { { { Aït Isfoul { { (Fezouata, Dâdes, { { désert) 1000 { { { { Aït Bou Daoud { { (Qtaoua, Dâdes, { { Tazarin, désert) 500 { { { Aït Atta { { Aït Khelifa (Igli, { { { Oul Touroug, { { { au-dessous du Ferkla) 150 { { { { { { Ouchchan (aux { { { environs du Tafilelt) 200 { { { { { { Aït El Fersi { { { (au-dessous du Todṛa) 30 { { { { { Aït Ḥachchou { Aït Ounbegi (ils { { portent aussi le nom { { d’Aït Khebbach (ou { { Khebbas) (Dra, { { Reṭeb, désert) 2000 { { { { Aït Iạzza (qçar au { { sud du Todṛa, désert) 1500 { { { { Aït ou Allal { { (desquels font { { partie les Aït { { Ạlouan, les Aït b { { Oulman, les Imsouffa) 2000 { { { { Izligen (Qtaoua) 80 { { { Aït Brahim } Les Aït Ḥediddou { { } n’ont pas d’autres Berâber { { Aït Ḥediddou { Aït Ạmer } qçars que ceux qui { { { } ont été mentionnés { { { Aït Iạzza } plus haut ; très { { { } grand nombre de { { { } tentes ; 3000 { { { } fantassins et { { { } 600 chevaux. { { { { Aït Iaḥia (ils ne possèdent comme qçars que ceux { { qui ont été mentionnés plus haut, mais ont un { { très grand nombre de tentes. Ils s’étendent { { jusqu’aux Aït Seri et jusque près des Ichqern, { { sur les pentes nord de l’Atlas. Leur territoire { { est tout entier en montagne. 4000 fantassins et { { 40 chevaux). { { { { { Aït Mḥammed } Les Aït Melṛad { { { } habitent le haut { { { Aït Ạmer } cours de l’Ouad { { { ou Mançour } Dâdes, tout l’Ouad { { { } Ṛeris, les déserts { { Aït Melṛad { Aït Ioub } montagneux avoisinant { { { } cette rivière { Aït { { Aït Mesri } et le Ferkla ; { Iafelman { { } leur limite sud { { Irbiben } est presque partout { { } le talus de roche { { } rose qu’on voit { { } d’Imiṭeṛ au Todṛa { { } et de là au Ṛeris. { { } Les Aït Melṛad sont { { } très nombreux. { { Aït Ạli ou Brahim (campant vers Tounfid). { { Aït Izdeg (ils possèdent en qçars ceux qui ont { été mentionnés et ceux qui le seront plus bas { dans les bassins du Gir et de la Mlouïa ; de { plus, ils ont un très grand nombre de tentes. { 3000 fantassins et 500 chevaux). { { Aït Ạïssa bou Ḥamar (résidant sur l’Ouad Gir et { dans ses environs ; qçars et tentes ; 2000 { fantassins et 200 chevaux). { { Aït Kratikhsen (habitant vers le Ferkla et vers { Asif Melloul). { { Aït Ạïach (ils ont des qçars sur l’Ouad Aït Ạïach { et des tentes auprès de cette rivière, de l’Ouad { Ouṭat Aït Izdeg et de la Mlouïa. Ils sont { limitrophes des Beni Mgild. 800 fantassins et { 40 chevaux).

4o. — ITINÉRAIRES.

I. — DU TADEROUCHT AU ZIZ. — Il existe un chemin menant du Taderoucht au district du Ziz. Du Taderoucht on gagne El Haroun (qçar isolé, sans palmiers, appartenant aux Aït Melṛad ; 30 fusils). D’El Haroun on passe à El Bordj (qçar isolé, sans palmiers, appartenant aux Aït Melṛad ; 20 fusils). D’El Bordj on va à Zaouïa Sidi Bou Qil, dans le district du Ziz. Entre ces divers points, la région qu’on traverse est montagneuse et déserte.

Distances : du Taderoucht à El Haroun comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman.

d’El Haroun à El Bordj comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman.

d’El Bordj à Zaouïa S. Bou Qil comme de Mellaḥ Tiallalin à Tamerrakecht.

II. — DU TODRA AU DRA PAR LE TAZARIN. — Il y a 5 jours de route. Voici l’itinéraire qu’on suit :

1er jour. — Du Todṛa au Saṛro. On fait gîte dans un des qçars du Saṛro, Ti n Iourkan ou Iṛerman Azdaṛ, par exemple. On a marché jusque-là dans le désert.

2e jour. — Du qçar où l’on a passé la nuit à Foum Aserts. On donne ce nom à un kheneg désert où campent en hiver des Aït Atta. Une rivière le traverse ; elle a habituellement de l’eau dans son lit ; aucun lieu habité n’est sur son cours. Ce second jour encore, on marche sans cesse dans le désert.

3e jour. — De Foum Aserts au Tazarin. Chemin désert toute la journée.

Le Tazarin est une longue oasis, plus grande et plus peuplée que le Todṛa, mais lui ressemblant d’ailleurs de tout point : une double chaîne de qçars s’échelonne sur les deux bords d’une rivière, au milieu d’un ruban de palmiers. Une partie des localités du Tazarin appartient à des Chellaḥa indépendants, l’autre à des Aït Atta de diverses fractions, Aït Bou Daoud, Aït ou Allal, Aït b ou Iknifen.

Les principaux qçars du Tazarin sont, en descendant l’ouad : Ikhf n Oṛri, Aït Sạïd, Qcîba Aït Bou Daoud, Qcîba Ignaouen, Aït Abbarioul, Tamda, Aït Sidi Msạd, Aït Gennoun, Ida Khennioun.

Langue tamaziṛt.

Marché permanent à Aït Abbarioul. C’est le seul.

Pas de Juifs. Mellaḥ détruit à Aït Abbarioul.

4e jour. — Du Tazarin à Foum Tizi n Dra. Il n’y a pas un lieu habité sur le chemin du Tazarin au Dra ; tout le trajet se fait dans le désert. On n’est plus ici dans la chaîne du Saṛro ; on en est sorti au Tazarin. Foum Tizi n Dra est un point d’eau : pas de rivière, mais une source : ce lieu est fréquenté en hiver par des Aït Atta nomades ; le reste de l’année, il est désert.

5e jour. — De Foum Tizi n Dra au Qtaoua.

Distances : de Ti n Iourkan à Foum Aserts comme deux fois de Taourirt à Timaṭṛeouin.

de Foum Aserts au Tazarin comme deux fois de Taourirt à Timaṭṛeouin.

de Foum Tizi n Dra au Qtaoua comme de Taourirt à Aït Iidir.

5o. — SOURCES DE L’OUAD GIR.

=OUAD GIR.= — L’Ouad Gir prend naissance au Djebel Chouf Agmar, près du Djebel El Ạbbari. Voici les premiers qçars qu’on rencontre sur son cours, en le descendant à partir de sa source :

RIVE DROITE :

Tiouzzagin (Aït Izdeg). 30 fusils.

Tit n Ạli (Qebala). 200

Mogger (Qebala). 200

RIVE GAUCHE :

Talḥarit (Qebala). 60 fusils

El Ḥeri (Qebala). 100

Tagrirt (Qebala). 300

Tizgi n Gerrama (Aït Izdeg). 400

Toulal (Aït Izdeg). 600

Mellaḥa (Aït Izdeg). 400

Batnou (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). 150

Iṛara (Qebala). 50

Keddoucha (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). 60

El Geraan (Aït Ạïssa Bou Ḥamar). 100

La réunion de ces qçars forme ce qu’on appelle le Gir. Ce district n’a aucune unité politique : chaque qçar en appartient à ses habitants, Qebala, Aït Izdeg ou Aït Ạïssa.

Langue tamaziṛt.

Pas de marché.

Deux mellaḥs.

Distances : de Tiouzzagin à Mogger comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït ou Alil.

de Talḥarit à El Geraan comme de Mellaḥ Tiallalin à Qçar es Souq.

de Talḥarit à Mogger, quelques centaines de mètres.

De Mellaḥ Tiallalin on peut aller directement à Talḥarit. Entre ces deux points s’étend une vaste plaine déserte que nous avions à notre droite en traversant le district du Tiallalin ; elle s’étend jusqu’à l’Ouad Gir et porte le nom d’Ouṭa n Sema.

Distance : de Mellaḥ Tiallalin à Talḥarit comme de Mellaḥ Tiallalin à Aït Ọtman.

Il y a un chemin conduisant du district du Gir à Misour, en remontant la vallée de l’Ouad Gir.

=AFFLUENT.= — Parmi ses affluents, l’Ouad Gir en reçoit un dont la source n’est pas éloignée de la sienne : c’est l’Ouad Beni Mesri. Nous allons dire quelques mots de son cours supérieur.

OUAD BENI MESRI. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas. Il arrose plusieurs qçars dans la partie haute de son cours ; voici les principaux, dans l’ordre où on les trouve en descendant :

El Bour (Qebala) rive droite, 100 fusils.

Aït Iaḥia ou Ạïssa (marabouts) rive droite, 100

Aït Ạïssa ou Ạli (Qebala) rive gauche, 30

Takhoualt (Qebala) rive droite, 120

Aït Ḥeddou (Aït Ạïssa) (Berâber) rive droite, 50

Aït Moḥammed (Aït Ạïssa) rive droite, 100

Bou Chiba (Aït Ạïssa) rive gauche, 30

Tirza (Aït Ạïssa) rive droite, 60

Beni Tzit (Qebala) rive gauche, 300

Aït Iatin (Qebala) rive droite, 80

Ces divers qçars n’ont entre eux aucun lien politique : chacun appartient à ses habitants, Qebala, marabouts ou Aït Ạïssa. Ceux qui sont compris entre Aït Iaḥia ou Ạïssa et Tirza, ces deux localités incluses, portent le nom collectif de Beni Mesri.

Langue tamaziṛt.

Marché permanent à Beni Tzit.

Un mellaḥ.

Pour se rendre de Qçâbi ech Cheurfa à El Bour, on gagne d’abord Tanslemt ; puis on franchit l’Atlas et on descend à El Bour.

Distances : de Tanslemt à El Bour comme d’Aït Çaleḥ au Gers.

de Aït Iatin à Ạïn Chạïr 2 jours.

[Note 120 : C’est en approchant de l’Ouad Ziz que j’ai entendu ce nom pour la première fois. Il est employé sur tout le cours du Ziz et dans le bassin supérieur de la Mlouïa. Il ne désigne point une race, mais l’état d’une partie de la population. Une portion des Imaziren sédentaires de cette contrée n’a pas su conserver son indépendance et a été réduite par des tribus nomades voisines à l’état de tributaire : ce sont ces tributaires qu’on appelle Qebala. Ils sont presque tous Chellaha, de même race, par conséquent, et de même couleur que la plupart de leurs dominateurs. Par extension, on désigne quelquefois du nom de Qebala des Chellaha sédentaires, même indépendants, lorsque ces Chellaha vivent isolés, sans aucun lieu avec personne. Ainsi les Chellaha du Reris et de quelques autres oasis sont souvent dits Qebala, bien que libres.]

VI.

BASSIN DE L’OUAD MLOUIA.

1o. — COURS DE LA MLOUIA.

La Mlouïa prend sa source dans le désert appelé Khela Mlouïa, sur le territoire des Beni Mgild. Puis elle coule durant assez longtemps en arrosant les terres de cette tribu.

Elle les quitte au point où elle reçoit l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg ; ce confluent est la limite entre les Beni Mgild d’une part, les Aït Ioussi et les Aït ou Afella de l’autre : ceux-ci possèdent la rive droite du fleuve, ceux-là ont la gauche. Dans cette partie de son cours, la Mlouïa se déroule au milieu d’une large plaine ; elle a déjà beaucoup d’eau, mais ses rives sont à peu près désertes : des tribus entre lesquelles elle coule, la première n’a aucun établissement sur ses bords, ni même dans sa vallée, et ne vient que rarement planter ses tentes ou faire paître ses troupeaux le long de ses eaux ; la seconde, peu nombreuse, possède quelques qçars dans la vallée, mais n’en a qu’un sur les rives mêmes du fleuve ; ce qçar, Aḥouli (50 fusils ; rive droite), est situé à peu de distance au-dessous du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg. Aḥouli est le seul point habité du cours de la Mlouïa entre ce confluent et Qçâbi ech Cheurfa.

Au-dessous d’Aḥouli, après avoir coulé dans le désert, en formant limite entre les Aït Ioussi et les Aït ou Afella, la Mlouïa se borde subitement de cultures, de jardins et de qçars : c’est le district de Qçâbi ech Cheurfa. A cet endroit le fleuve coule au fond d’une tranchée, profonde d’environ 40 mètres et large de 1500. C’est cette tranchée qui, remplie sans interruption de plantations et de jardins sur une longueur de plus de 15 kilomètres et semée de nombreux qçars, forme le district de Qçâbi ech Cheurfa. Celui-ci ne s’étend pas ailleurs et se compose des seules rives du fleuve, sans déborder dans sa vallée. Des deux côtés du district, la vallée, de plus en plus plate et de plus en plus large, est occupée par les mêmes tribus qu’un peu plus haut. Aït Ioussi à gauche, Aït ou Afella à droite. Le district les sépare comme les séparaient auparavant les eaux du fleuve.

Après être sortie de Qçâbi ech Cheurfa, et avant d’entrer dans le désert, la Mlouïa arrose encore deux qçars : ils font suite au district d’El Qçâbi, mais n’en dépendent pas ; ce sont, d’abord Tamdafelt (rive gauche ; 120 fusils), puis plus bas Izeṛran (rive droite ; 30 fusils). Le premier appartient aux Aït ou Afella, le second aux Aït Izdeg. Les rives du fleuve, au fond de l’encaissement où il coule, ne cessent pas un instant, entre Qçâbi ech Cheurfa et Tamdafelt, comme entre Tamdafelt et Izeṛran, d’être garnies de cultures. Quant à la vallée, elle appartient toujours, d’un côté aux Aït Ioussi, de l’autre aux Aït ou Afella.

Au-dessous d’Izeṛran, la Mlouïa rentre dans le désert ; elle continue à couler entre deux tribus : les Aït Ioussi sont encore à gauche ; mais ce sont les Oulad Khaoua qui occupent à présent la rive droite : ils succèdent ici aux Aït ou Afella. La Mlouïa est toujours dans sa tranchée, de même largeur et de même profondeur qu’à Qçâbi ech Cheurfa, mais déserte ; les riantes cultures y sont remplacées par d’épais taillis de tamarix au milieu desquels serpentent, avec mille détours, les eaux jaunes du fleuve. D’Izeṛran à Misour, la Mlouïa coule ainsi, entre les deux mêmes tribus. Sur ce long espace, sa vallée, immense plaine, est habituellement déserte du côté des Aït Ioussi, semée de quelques campements du côté des Oulad Khaoua. Son cours n’a que deux points habités, deux qçars situés assez loin l’un de l’autre, isolés chacun sur ses bords, où ils coupent un instant le long ruban de tamarix ; tous deux appartiennent aux Oulad Khaoua ; ils se nomment, l’un Megdoul, l’autre El Bridja. Le premier est le plus haut, il est situé sur la rive droite et se compose de 40 maisons ; El Bridja est à onze kilomètres plus bas, sur la rive gauche ; elle a à peine 15 ou 20 feux. Le bois de tamarix qui remplit l’encaissement du fleuve porte, entre Megdoul et El Bridja, le nom de Ṛaba Oumm el Lefạ.

Ainsi coule la Mlouïa jusqu’à Misour. Ce lieu est un groupe de 10 à 12 qçars entourés d’admirables jardins, situé au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Souf ech Cherg, tributaire de sa rive gauche. Les qçars de Misour sont tous sur l’Ouad Souf ech Cherg, à l’exception d’un seul, Igli, qui se trouve sur la Mlouïa. Il s’élève sur sa rive gauche, un peu au-dessous du confluent ; c’est une localité importante, pouvant lever 300 fusils. Elle est située au bord même du fleuve, au fond de la tranchée où il a coulé jusqu’ici et où il continuera à être jusqu’à Ouṭat Oulad el Ḥadj.

A hauteur de Misour finissent les territoires des Aït Ioussi et des Oulad Khaoua. En les quittant, la Mlouïa entre sur celui des Oulad el Ḥadj ; cette puissante tribu occupe tout le fond de sa vallée, sur les deux rives : la vallée est ici une plaine immense, nue et déserte, triste région rappelant les Hauts Plateaux d’Algérie. Le fleuve coule au milieu, caché au fond de son encaissement, que remplissent toujours des tamarix touffus. Il demeure ainsi de Misour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Sur cette portion de son cours, il baigne un seul lieu habité, Touggour, petit village situé sur sa rive même, du côté gauche : le hameau se compose d’environ 50 habitations, occupées par des cherifs, descendants de Moulei Iạqob ben Selîman, et d’une qoubba, mausolée de ce saint. Touggour est située à peu près à mi-distance de Misour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Elle coupe ainsi la longue ligne de tamarix qui, au-dessus et au-dessous d’elle, garnit l’excavation du fleuve, en deux parties presque égales. Elles ont chacune leur nom : de Misour à Touggour, c’est Ṛaba Sidi Ạbd el Ouaḥad, ainsi appelée d’une qoubba qui s’y trouve ; de Touggour à Ouṭat Oulad el Ḥadj, c’est Ṛaba el Ạrich.

Ouṭat Oulad el Ḥadj est un groupe d’environ 30 qçars unis entre eux et enveloppés par de superbes jardins ; il est situé au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Chegg el Arḍ, son tributaire de gauche. Les jardins de cette sorte d’oasis touchent au fleuve, mais aucune localité n’est sur son cours ; toutes sont sur l’Ouad Chegg el Arḍ.

Au-dessous d’Ouṭat Oulad el Ḥadj, la Mlouïa demeure encore longtemps sur le territoire des Oulad el Ḥadj. La vallée tout entière leur appartient jusqu’au petit centre d’Oulad Ḥamid. Dans cette nouvelle portion, la vallée et les rives de la Mlouïa sont un peu différentes de ce qu’elles étaient auparavant. La vallée est toujours une vaste plaine, mais elle est moins large : elle avait plus de 30 kilomètres à hauteur de Misour, elle n’en a que 20 à El Ouṭat et ne cesse de se rétrécir jusqu’à Oulad Ḥamid. Elle reste déserte, avec çà et là de rares campements de nomades. Quant au fleuve, à partir d’El Ouṭat, il n’est plus encaissé et coule au niveau de la plaine ; plus de tamarix sur ses bords. Encore désert pendant une grande partie de son cours, il se garnit de qçars de distance en distance ; ces qçars sont, en le descendant : Oulad Jerrar (rive droite ; 20 fusils), Baṛdad (rive gauche ; 40 fusils), Oulad El Ḥasen (rive droite ; 40 fusils), Ez Zaouïa (rive droite ; 40 fusils), Oulad Sidi Ben Ạïada (rive gauche ; 30 fusils), Zerzaïa (rive gauche ; 80 fusils), Oulad Sidi Bou Iạqob (rive droite ; 30 fusils), Oulad Ḥamid (petite qaçba entourée de tentes et de huttes réparties sur les deux rives du fleuve ; 200 fusils). Il y a environ 17 kilomètres d’El Ouṭat à Oulad Jerrar. Les autres localités s’échelonnent au-dessous, ayant tantôt peu, tantôt beaucoup de distance entre elles. Les qçars d’Oulad Sidi Ben Ạïada et d’Oulad Sidi Bou Iạqob sont peuplés de marabouts, celui de Zerzaïa de Qebala, les autres d’Oulad el Ḥadj. Tous appartiennent à cette tribu. Les espaces qui les séparent sont déserts, excepté d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Oulad Ḥamid ; entre ces deux points, les bords du fleuve sont sans interruption garnis de cultures.

En sortant du territoire des Oulad el Ḥadj, la Mlouïa passe à Refoula. C’est une petite qaçba entourée d’un certain nombre de tentes qui, comme celles d’Oulad Ḥamid, comme celles du Za, de l’Ouad Mesegmar, sont là constamment, aussi fixes que des maisons. Refoula appartient aux Ḥallaf, bien que le gros de cette tribu soit plus bas, séparé d’elle par les Houara. D’Oulad Ḥamid à Refoula, les bords du fleuve ne cessent d’être couverts de cultures.

De Refoula, la Mlouïa entre sur le territoire des Houara. Cette tribu en occupe les deux rives et parcourt la vaste plaine au milieu de laquelle elle coule. La vallée, après s’être beaucoup rétrécie aux environs d’Oulad Ḥamid, resserrée entre les monts des Ṛiata et les monts Debdou, s’élargit ensuite subitement : les montagnes font place à d’immenses plaines, le Tafrâta, l’Angad, le Jell, le Ṛaret ; le fleuve coule à leur niveau ; on ne voit plus de limite à sa vallée. C’est dans ces plaines, sur les deux rives de l’ouad, que campent les Houara. Nomades, ils n’ont que deux établissements fixes au bord du fleuve ; ce sont deux qaçbas, Gersif (ou Agersif) et Oulad Ḥammou ou Mousa. La première, très ancienne, mais délabrée aujourd’hui, commande un gué important ; elle appartient à la fraction des Oulad Mesạoud ; la seconde est à une certaine distance au-dessous de la première ; toutes deux sont sur la rive gauche. A défaut d’habitations fixes sur la Mlouïa, les Houara y ont un certain nombre de tentes et beaucoup de cultures. Ils ont divisé le cours du fleuve entre leurs diverses fractions ; chacune en possède un tronçon, où elle laboure au bord de l’eau et où elle campe pendant une partie de l’année ; voici, en descendant l’ouad, en quel ordre les fractions des Houara s’y succèdent : Ạtamna, Oulad Sedira, Mezarcha, Zergan, Oulad Mesạoud, Oulad Ḥammou ou Mousa. Tant que la Mlouïa est sur le territoire des Houara, et depuis Refoula, les deux côtés ne cessent d’en être garnis de cultures.

Des Houara, la Mlouïa passe chez les Ḥallaf ; ce sont encore des nomades ; ils occupent les deux rives du fleuve et les plaines qui le bordent. Chez eux, pas une seule construction sur son cours ; mais il ne cesse d’être garni de cultures tout le temps qu’il demeure sur leur territoire. Celui-ci succédant immédiatement au territoire des Houara, les plantations ne s’interrompent pas entre les deux tribus : ainsi depuis Oulad Sidi Bou Iạqob, chez les Oulad el Ḥadj, jusqu’au point le plus bas des Ḥallaf, les deux rives de la Mlouïa sont constamment cultivées. Comme les Houara, les Ḥallaf ont partagé le cours du fleuve entre leurs diverses fractions ; voici, en le descendant, dans quel ordre elles s’y suivent : Oulad Reḥou, Medafra, Oulad Sidi Moḥammed bel Ḥoseïn (cherifs), Oulad Mahdi, El Arbạ, Oulad Selîman.

En sortant de chez les Ḥallaf, la Mlouïa entre chez les Beni Oukil. C’est une tribu de marabouts, n’ayant que des tentes, mais installés toujours aux mêmes lieux et ne quittant pas les bords du fleuve dont ils possèdent les deux rives. Ils se divisent en trois fractions : chacune d’elles campe groupée en un point déterminé du cours de la Mlouïa. Ces trois points sont espacés à environ 13 kilomètres les uns des autres ; on n’a pu me dire le nom de la fraction qui est le plus haut, la seconde s’appelle El Khorb, la plus basse Oulad el Bacha. Entre ces trois groupes, comme entre le premier et la frontière des Ḥallaf, le fleuve est désert ; plus de cultures sur ses bords.

Au-dessous des Beni Oukil, la Mlouïa coule dans le désert jusqu’à son embouchure dans la Méditerranée ; dans cet espace, ni lieu habité ni plantations sur ses rives. Cette dernière portion de son cours est étroitement resserrée entre deux chaînes de montagnes, l’une à droite habitée par les Beni Iznâten, l’autre à gauche occupée par les Kebdana.

Distances : de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg comme de Kerrando à Nezala.

de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa.) au qçar le plus haut du district comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin.

de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) au qçar le plus bas du district comme 2 fois d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin.

de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) à Aḥouli comme d’Aït Çaleḥ au Gers.

de Qaçba el Makhzen (Qçâbi ech Cheurfa) à Megdoul comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin.

de Qçâbi ech Cheurfa à Izeṛran comme d’Aït ou Alil à Mellaḥ Tiallalin.

de Megdoul à El Bridja comme d’El Bridja à Misour.

du confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Souf ech Cherg à Igli comme d’Aït ou Alil à Mellaḥ Tiallalin.

d’Igli à Touggour comme du Gers à Nezala.

de Touggour à Ouṭat Oulad el Ḥadj comme du Gers à Nezala.

d’El Ạrzan à Oulad Jerrar comme d’Aït Ọtman à Qçar es Souq.

d’Oulad Jerrar à Baṛdad comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin.

Oulad El Ḥasen est en face de Baṛdad.

Ez Zaouïa touche Oulad El Ḥasen.

de Reggou à Oulad Sidi Ben Ạïada comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman.

de Feggouç à Zerzaïa comme d’Aït Ọtman à Tamerrakecht.

de Zerzaïa à Oulad Ḥamid comme d’El Bridja à Misour.

d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Oulad Ḥamid, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia.

d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Gersif comme du Za à Qaçba el Ạïoun.

de Debdou à Gersif comme du Za à Qaçba el Ạïoun.

d’Oulad Selîman au groupe le plus haut des Beni Oukil, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia.

du groupe le plus haut des Beni Oukil à El Khorb, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia.

d’El Khorb à Oulad el Bacha, la moitié de la distance d’Oudjda à Lalla Maṛnia.

Après avoir décrit dans son ensemble le cours de la Mlouïa, nous allons étudier séparément les trois importants groupes de qçars qui se trouvent l’un sur ses rives mêmes, les deux autres tout près d’elles : Qçâbi ech Cheurfa, Misour, Ouṭat Oulad el Ḥadj.

=Qçâbi ech Cheurfa.=

Ce district se compose d’un certain nombre de qçars, tous situés sur les rives de la Mlouïa ; en voici les noms, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :

Oulad Ṭeïr (Qebala) rive droite, 30 fusils.

Taṛzout (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 120

Oulad Ạrzin (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 25

Qçar Djedid (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 60

El Qçâbi (cherifs et Ḥaraṭîn) rive droite, 150

Chegg el Ouad (cherifs et Ḥaraṭîn) rive gauche, 30

El Mektoufa (cherifs et Ḥaraṭîn) rive gauche, 20

Sạïda (Aït Tseṛrouchen) rive droite, 50

Aït Blal (Aït Izdeg) rive droite, 50

Akhsab (Aït Izdeg) rive gauche, 30

Le district appartient aux cherifs qui l’habitent : eux seuls y possèdent la terre et ont part à l’administration. Dans quelques endroits, tels que Sạïda et Aït Blal, ils louent la terre à des étrangers, mais sans l’aliéner. Jadis indépendants du sultan, ils se sont soumis à lui sans résistance en 1877. Depuis ce temps, ils ont un qaïd, résidant à El Qçâbi, dans une qaçba appelée Qaçba el Makhzen. Mais celui-ci ne s’ingère point dans leurs affaires locales ; il est peu respecté des cherifs, qui plus d’une fois ont répondu à ses demandes par des coups de fusil. De tout temps le district a eu une debiḥa sur les Aït Izdeg : il l’a aujourd’hui encore et continue, bien que blad el makhzen, à leur payer tribut.

Les cherifs de Qçâbi ech Cheurfa sont originaires du Tafilelt ; ils appartiennent à deux rameaux de la branche des Ạlaouïa, ceux des Oulad Moulei Ḥachem et des Oulad Moulei Ạli.

L’arabe et le tamaziṛt sont également en usage dans le district. La plupart des habitants parlent les deux langues.

Marché permanent dans la localité d’El Qçâbi ; c’est le seul du district.

Un mellaḥ.

=Misour.=

Misour est un district indépendant, formé d’un certain nombre de qçars qui s’élèvent auprès du confluent de l’Ouad Souf ech Cherg et de la Mlouïa ; il est divisé en deux parties distinctes, l’une située sur les rives de l’Ouad Souf ech Cherg, l’autre sur celles de la Mlouïa. La première, Misour proprement dit, est de beaucoup la plus considérable ; elle se compose de tous les qçars du district à l’exception d’un. La seconde est formée de la seule localité d’Igli. Nous avons déjà indiqué la position d’Igli ; nous ne parlerons donc que de la portion de Misour placée sur l’Ouad Souf ech Cherg. Celle-ci ne forme qu’un seul îlot de verdure où sont disséminés les neuf qçars qui la composent ; voici les noms de ces derniers, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière :

Oulad Bou Ḥafra rive 15 fusils. droite,

Oulad Bou Jejia rive 60 droite,

Oulad Selîman rive 80 droite,

El Gara (ce sont 3 tours construites sur une rive éminence : on les emplit de tireurs en temps droite, de guerre ; elles sont inhabitées pendant la paix)

Oulad Seṛeïr (située sur une colline) rive 100 fusils. droite,

Gebdour rive 50 droite,

El Ḥarsa rive 30 droite,

Bou Kenzt rive 300 droite,

Oulad Sidi Bou el Ạlam rive 50 droite,

Les cinq premiers qçars sont très rapprochés les uns des autres ; ils portent le nom collectif d’Oulad Abbad. Les 4 derniers sont plus espacés ; ils portent le nom d’Oulad Bou Ṭîb.

Misour est indépendant et du sultan et des tribus voisines. Chaque qçar s’y administre isolément, sans aucun lien avec les autres.

La population de Misour se compose partie d’Arabes, partie de marabouts. On n’y parle que l’arabe.

Pas de marché.

Un mellaḥ.

Distances : d’Oulad Bou Ḥafra à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando.

d’Oulad Bou Jejia à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando.

d’Oulad Selîman à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando.

d’El Gara à l’Ouad Souf ech Cherg, 200 mètres de plus que d’Aït ou Alil à Kerrando.

d’Oulad Seṛeïr à l’Ouad Souf ech Cherg, 200 mètres de plus que d’Aït ou Alil à Kerrando.

d’Oulad Bou Ḥafra à Oulad Bou Jejia, 500 mètres.

d’Oulad Bou Jejia à Oulad Selîman, 200 mètres.

d’Oulad Bou Jejia à El Gara, 200 mètres.

d’Oulad Selîman à Oulad Seṛeïr, 200 mètres.

d’El Gara à Oulad Seṛeïr, 200 mètres.

d’Oulad Bou Ḥafra à Oulad Selîman, 700 mètres.

de Gebdour à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando.

d’El Ḥarsa à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando.

de Bou Kenzt à l’Ouad Souf ech Cherg comme d’Aït ou Alil à Kerrando.

Oulad Sidi Bou el Ạlam est sur la rive même de l’Ouad Souf ech Cherg.

d’Oulad Selîman à Gebdour, 1000 mètres.

de Gebdour à El Ḥarsa, 1500 mètres.

d’El Ḥarsa à Bou Kenzt, 600 mètres.

d’El Ḥarsa à Oulad Sidi Bou el Ạlam, 2000 mètres.

d’Oulad Bou Ḥafra à l’Ouad Mlouïa comme de Tamerrakecht à Aït Çaleḥ.

d’Oulad S. Bou el Ạlam à Igii comme d’Aït Çaleḥ au Gers.

=Outat Oulad El Hadj.=

Ouṭat Oulad el Ḥadj, ou El Ouṭat, comme on l’appelle le plus souvent, est un groupe d’une trentaine de qçars situés sur les rives de l’Ouad Chegg el Arḍ auprès de son confluent avec la Mlouïa. Ces qçars sont enveloppés et unis par de superbes vergers qui font du groupe un seul îlot de verdure. El Ouṭat appartient aux Oulad el Ḥadj, sur le territoire desquels elle est située, et n’est peuplée que d’eux, à l’exception de quelques localités habitées par des marabouts. Voici les qçars qui la composent, dans l’ordre où on les trouve en descendant l’Ouad Chegg el Arḍ :

Oulad El Feḍil rive 6 fusils. droite,

Oulad Ạbd el Malek rive 20 gauche,

Mellaḥ el Ihoud rive 30 droite,

Oulad El Bekri rive 20 gauche,

El Angab (2 qçars) rive 30 droite,

El Hamouziin rive 30 droite,

Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad rive 40 gauche,

El Ḥarar rive 50 droite,

Oulad Mellouk (groupe de 12 qçars) rive 300 droite,

Cheurfa Qouareṭ (Oulad Moulei Iạqob ; 3 rive 50 qçars) droite,

Cheurfa Touggour (Oulad Moulei Iạqob ; 3 rive 50 qçars) droite,

Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad rive 40 gauche,

Zaouïa Sidi Oumbarek (marabouts de rive Kenadsa) gauche,

Kechchacha (2 qçars) rive 30 droite,

Beni Bou Ḥi rive 150 gauche,

Ces localités sont toutes situées sur la rivière même ou très près d’elle, à l’exception d’Oulad Mellouk ; les 12 qçars qui composent ce groupe, presque contigus les uns aux autres, s’élèvent à environ 2 kilomètres de la rivière et des autres qçars ; ils leur sont unis par des jardins et sont compris dans l’îlot général d’El Ouṭat. Oulad Mellouk est alimentée par des canaux dérivés de l’Oulad Chegg el Arḍ.

El Ouṭat, étant aux Oulad el Ḥadj, suit leur sort, et chaque qçar suit celui de la fraction à laquelle il appartient. En ce moment, la tribu est insoumise au sultan. Les Oulad el Ḥadj sont de race et de langue arabe ; mais beaucoup d’habitants d’El Ouṭat savent aussi le tamaziṛt.

Point de marché à Ouṭat Oulad el Ḥadj.

Un mellaḥ.

On considère souvent comme faisant partie d’Ouṭat Oulad el Ḥadj le groupe isolé d’El Ạrzan : il se compose d’environ 10 qçars (300 fusils) entourés de jardins. C’est un îlot, séparé de celui d’El Ouṭat et distant de lui de 5 kilomètres ; il appartient aussi aux Oulad el Ḥadj et est de tout point analogue à celui dont on le regarde comme un complément.

Distances : d’Oulad El Feḍil à Kechchacha comme de Mellaḥ Tiallalin au Gers.

d’El Ạrzan à l’Ouad Chegg el Arḍ comme d’Aït Çaleḥ à Aït ou Alil.

d’El Ạrzan à Kechchacha comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando.

Zaouïa Sidi Ạbd el Ouaḥad est en face d’El Hamouziin.

Beni Bou Ḥi est en face de Kechchacha.

2o. — VALLÉE DE LA MLOUIA.

La vallée de la Mlouïa est en général très large ; voici les aspects qu’elle prend successivement.

Nous ne savons point ce qu’elle est dans sa partie haute, chez les Beni Mgild.

Du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg à El Bridja, elle a une largeur uniforme d’environ 16 kilomètres. C’est une vaste plaine, unie au milieu, en pente légère sur les deux bords, bornée à gauche par le pied du Moyen Atlas, à droite par le Grand Atlas.

A El Bridja, la vallée s’élargit beaucoup ; à Misour, elle atteint sa plus grande largeur, environ 32 kilomètres. De là à Oulad Ḥamid, c’est une immense plaine, unie et nue, appelée du nom du fleuve, Mlouïa ; elle est bornée à gauche par le Moyen Atlas, haute muraille sombre aux crêtes neigeuses ; à droite par le Rekkam, mouvement de terrain à peine sensible apparaissant comme une ligne jaune à l’horizon : le Rekkam est une succession de côtes très douces et de plateaux très bas, formant dans leur ensemble une longue rampe ondulée, de pente très faible, au sommet de laquelle commence, sous le nom de Ḍahra, la vaste région des Hauts Plateaux. Le Rekkam a son origine au Grand Atlas, se dirige à peu près du sud au nord, et se prolonge jusqu’aux monts Debdou. De Misour à Oulad Ḥamid, la vallée va en se rétrécissant d’une façon insensible, mais continue. A Ouṭat Oulad el Ḥadj, elle n’a plus que 20 kilomètres ; à Oulad Ḥamid, elle est beaucoup plus étroite. Aux environs de ce point, le fleuve traverse un kheneg. C’est la trouée par laquelle il perce le Moyen Atlas ; là, le Rekkam a disparu : des deux côtés du fleuve, s’élèvent les hautes murailles de la chaîne où il se fraie un passage, après en avoir si longtemps longé le pied. A droite du kheneg, le Moyen Atlas porte le nom de Djebel Debdou. A sa gauche, il n’a pas de nom spécial ; c’est la partie de la chaîne occupée, à quelque distance du fleuve, par les Beni Ouaṛaïn.

A cet étranglement de la vallée succède une plaine : sur la rive droite, c’est le vaste désert de Tafrâta, commençant près d’Oulad Ḥamid et se prolongeant jusqu’au pays de Za ; sur la rive gauche, c’est la vallée de l’Ouad Melillo : celui-ci coule entre le Moyen Atlas et la chaîne des Ṛiata et se jette dans la Mlouïa à Gersif.

Cette plaine est suivie d’une autre, qui est séparée de la première par une ligne de coteaux très bas unissant le Djebel Ṛiata à la chaîne des monts Mergeshoum, Beni Bou Zeggou et Zekkara, son prolongement ; le fleuve perce ces hauteurs presque insensibles vers les confins des Houara et des Ḥallaf, et entre dans la nouvelle plaine qui porte à droite le nom d’Angad, à gauche ceux de Jell d’abord, de Ṛaret ensuite : la plaine de Jell et celle de Ṛaret sont séparées par une chaîne de collines peu élevées, le Gelez. L’Angad, le Tafrâta, le Jell, le Ṛaret sont de vastes surfaces unies et désertes s’étendant très loin à l’est et à l’ouest, et bornées dans ces directions par des mouvements de terrain peu élevés qu’on n’aperçoit pas de la Mlouïa ; rien, pendant que le fleuve parcourt ces plaines, ne détermine les limites de sa vallée.

L’Angad et le Ṛaret finissent au-dessous des dernières tentes des Beni Oukil. Là le fleuve rentre en montagne. Sa vallée, jusqu’à la mer, demeure resserrée entre les flancs d’une haute chaîne au milieu de laquelle il s’est percé un passage ; cette chaîne, prenant les noms des tribus qui l’habitent, s’appelle, à droite de la Mlouïa, Djebel Beni Iznâten, à gauche Djebel Kebdana.

Après avoir dessiné à grands traits la vallée de la Mlouïa, nous allons énumérer les qçars qui s’y trouvent, situés dans le fond ou sur les flancs, sans être sur le cours du fleuve ni sur ceux de ses affluents. Il y en a fort peu dans le fond, mais un certain nombre sur les premières pentes des chaînes qui le bordent. Nous les diviserons en cinq classes :

1o Qçars des Aït ou Afella.

2o Qçars au pied du Grand Atlas.

3o Qçars du Rekkam.

4o Qçars des premières pentes du flanc gauche de la vallée (Moyen Atlas).

5o Qçars du Djebel Debdou (Moyen Atlas).

=1o Qçars des Aït ou Afella.=

Ils sont au nombre de trois, tous situés dans le fond de la vallée, entre le Grand Atlas et la Mlouïa : ce sont :

Zebzat. 200 fusils.

Bou Aïach (arrosée par un ruisseau sortant du 30 Djebel Aldoun dans le Grand Atlas).

Entrit (arrosée par des sources). 15

Nous les avons vus tous trois en allant du col de Telṛemt à Qçâbi ech Cheurfa ; les deux premiers étaient à l’ouest de notre route, le dernier à l’est.

Distances : de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Entrit comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando.

d’Entrit à Bou Ạïach comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando.

de Qaçba el Makhzen à Zebzat comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin.

=2o Qçars au pied du Grand Atlas.=

Voici leurs noms, dans l’ordre où on les rencontre en longeant le pied du Grand Atlas, de l’ouest à l’est :

Zriouila (Aït Tseṛrouchen et Aït Izdeg). 20 fusils.

Bertat (Aït Izdeg). 200

Ces localités sont arrosées par des sources ; elles appartiennent aux tribus que nous venons de citer. Dans chacune, la population se compose partie d’individus de la tribu qui possède le qçar, partie de Qebala.

Ni marché, ni Juifs en aucun de ces points.

Distances : de Qaçba el Makhzen (El Qçâbi) à Zriouila comme d’Aït Çaleḥ au Gers.

de Zriouila à Bertat comme d’Aït Çaleḥ à Mellaḥ Tiallalin.

de Bertat à Ạïat (Ouad Ouizert) comme d’Aït Ọtman à Mellaḥ Tiallalin.

d’Ạïat à Bou Sellam comme d’Aït Çaleḥ au Gers.

de Bou Sellam à Tagenza comme du Gers à Nezala.

de Tagenza à Azdad comme d’Aït Ọtman à Aït Çaleḥ.

de Qaçba el Makhzen à Azdad, un jour 1/2 de marche.

de Tagenza à Tanslemt comme d’Aït Ọtman à Qçar es Souq.

de Tanslemt à Talsit comme de Qçar es Souq à Mellaḥ Tiallalin.

de Talsit à Anoual comme de Nezala à Qçâbi ech Cheurfa.

Les cinq points d’Azdad, de Talsit, d’Anoual, de Tagenza et de Tanslemt, dont il est parlé ici, sont des localités du Ḍahra ou du pied du Grand Atlas. Azdad est un groupe de 5 qçars appartenant aux Aït Tseṛrouchen : 200 fusils. Talsit est un groupe indépendant de 3 qçars contigus, habités par des marabouts de Sidi Ben Ạbd Allah ; il est situé sur une rivière de même nom que lui, dont le reste du cours est à sec et désert : 300 fusils. Anoual est un qçar de 60 fusils, peuplé d’Aït Tseṛrouchen et de marabouts ; il compte dans le Ḍahra[121]. Tagenza est un qçar de 80 fusils, peuplé moitié d’Aït Izdeg, moitié d’Aït Tseṛrouchen, et dépendant des deux tribus ; il est situé sur un petit cours d’eau de même nom que lui dont le reste du cours est désert. Tanslemt est un qçar isolé de 100 fusils, habité par des Qebala ; ceux-ci, comme les autres Qebala de la région, sont vassaux des puissantes tribus voisines et indépendants du sultan ; Tanslemt est sur une petite rivière dont le reste du cours est désert.

=3o Qçars du Rekkam.=

Ils sont au nombre de quatre, contigus les uns aux autres, et enveloppés dans une même ceinture de jardins. Ce groupe se nomme :

Tiissaf. 300 fusils.

La population de Tiissaf est composée de marabouts des Oulad Sidi Ạïssa ; ces religieux sont regardés comme formant une des fractions des Oulad el Ḥadj.

Une grande ḍaïa alimente ce lieu.

Distances : de Tiissaf au lit de la Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ au Gers.

Tiissaf est à peu près en face de Tirnest par rapport à la Mlouïa.

=4o Qçars sur les premières pentes du flanc gauche de la vallée.=

Ils forment cinq groupes, situés sur les premières pentes du Moyen Atlas, dans la région de cette chaîne comprise entre Misour et Oulad Ḥamid. En voici les noms, dans l’ordre où on les trouve en suivant les premières pentes du Moyen Atlas du sud au nord :

Almis (un seul village ; Chellaḥa). 250 fusils.

Tirnest (10 qçars ; Oulad el Ḥadj). 600

Reggou (5 qçars ; Chellaḥa). 400

Qçar el Mạllemin (1 qçar ; Chellaḥa). 12

Feggouç (2 qçars ; marabouts des Oulad Sidi Iạqob). 80

Tous ces points sont arrosés par des sources et entourés de jardins fertiles. Tirnest, Reggou, Feggouç ont chacun leurs qçars contigus et groupés au milieu d’un seul îlot de verdure, comme Misour et El Ouṭat. Almis et Reggou, bien que peuplés de Chellaḥa, sont constamment alliés aux Oulad el Ḥadj. Qçar el Mạllemin dépend des Oulad el Ḥadj. A Tirnest, ils forment la majorité des habitants et sont les maîtres. Ni marché, ni Juifs dans aucune de ces localités.

Almis est fort riche ; ce village possède à lui seul 100 chevaux.

Distances : d’Almis à Ouṭat Oulad el Ḥadj comme d’Ouṭat Oulad el Ḥadj à Misour.

d’Almis à Misour comme de Megdoul à Misour.

d’Almis à Tiouant comme de Megdoul à Misour.

de Tirnest à Mellaḥ el Ihoud (Ouṭat Oulad el Ḥadj) comme de Megdoul à Misour.

de Tirnest à El Ạrzan comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando.

de Tirnest à Oulad Ạli (Ouad Chegg el Arḍ) comme de Qçâbi ech Cheurfa à Megdoul.

de Tirnest à Reggou comme de Megdoul à Misour.

de Reggou à Oulad Jerrar comme d’El Bridja à Misour.

de Reggou à l’Ouad Mlouïa comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman.

de Reggou à Oulad S. Ben Ạïada comme de Qçar es Souq à Aït Ọtman.

de Reggou à Qçar el Mạllemin comme de Kerrando au Gers.

de Qçar el Mạllemin à l’Ouad Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ au Gers.

de Qçar el Mạllemin à Feggouç comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando.

de Feggouç à Reggou comme de Megdoul à Misour.

de Feggouç à l’Ouad Mlouïa comme d’Aït Çaleḥ à Kerrando.

=5o Qçars du Djebel Debdou.=

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