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La Comédie humaine - Volume 13. Scènes de la vie militaire et Scènes de la vie de campagne (part 4 of 4)

Part 4 of 4 · Honoré de Balzac · Public domain text

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La Comédie humaine - Volume 13. Scènes de la vie militaire et Scènes de la vie de campagne (part 4 of 4)

L’étonnement de monsieur Grossetête, de l’archevêque et de la Sauviat, fut si grand qu’il l’emporta sur la profonde discrétion acquise qui distingue les vieillards. Tous trois s’entre-regardèrent!...

--Je comptais sur l’intervention de monseigneur, répondit monsieur de Grandville, et sur celle de mon ami monsieur Grossetête, pour obtenir de vous un favorable accueil. C’eût été pour toute ma vie un chagrin que de ne pas vous avoir revue.

--Je remercie celui qui vous a conduit ici, répondit-elle en regardant le comte de Grandville pour la première fois depuis quinze ans. Je vous en ai voulu beaucoup pendant longtemps, mais j’ai reconnu l’injustice de mes sentiments à votre égard, et vous saurez pourquoi, si vous demeurez jusqu’après demain à Montégnac. --Monsieur, dit-elle en se tournant vers Horace Bianchon et le saluant, confirmera sans doute mes appréhensions. --C’est Dieu qui vous envoie, monseigneur, dit-elle en s’inclinant devant l’archevêque. Vous ne refuserez pas à notre vieille amitié de m’assister dans mes derniers moments. Par quelle faveur ai-je autour de moi tous les êtres qui m’ont aimée et soutenue dans la vie!

Au mot aimée elle se tourna par une gracieuse attention vers monsieur de Grandville, que cette marque d’affection toucha jusqu’aux larmes. Le silence le plus profond régnait dans cette assemblée. Les deux médecins se demandaient par quel sortilége cette femme se tenait debout en souffrant ce qu’elle devait souffrir. Les trois autres furent si effrayés des changements que la maladie avait produits en elle, qu’ils ne se communiquaient leurs pensées que par les yeux.

--Permettez, dit-elle avec sa grâce habituelle, que j’aille avec ces messieurs, l’affaire est urgente.

Elle salua tous ses hôtes, donna un bras à chaque médecin, se dirigea vers le château, en marchant avec une peine et une lenteur qui révélaient une catastrophe prochaine.

--Monsieur Bonnet, dit l’archevêque en regardant le curé, vous avez opéré des prodiges.

--Non pas moi, mais Dieu, monseigneur! répondit-il.

--On la disait mourante, s’écria monsieur Grossetête, mais elle est morte, il n’y a plus qu’un esprit...

--Une âme, dit monsieur Gérard.

--Elle est toujours la même, s’écria le Procureur-général.

--Elle est stoïque à la manière des anciens du Portique, dit le précepteur.

Ils allèrent tous en silence le long de la balustrade, regardant le paysage où les feux du soleil couchant jetaient des clartés du plus beau rouge.

--Pour moi qui ai vu ce pays il y a treize ans, dit l’archevêque en montrant les plaines fertiles, la vallée et la montagne de Montégnac, ce miracle est aussi extraordinaire que celui dont je viens d’être témoin; car comment laissez-vous madame Graslin debout? elle devrait être couchée.

--Elle l’était, dit la Sauviat. Après dix jours pendant lesquels elle n’a pas quitté le lit, elle a voulu se lever pour voir une dernière fois le pays.

--Je comprends qu’elle ait désiré faire ses adieux à sa création, dit monsieur de Grandville, mais elle risquait d’expirer sur cette terrasse.

--Monsieur Roubaud nous avait recommandé de ne pas la contrarier, dit la Sauviat.

--Quel prodige! s’écria l’archevêque, dont les yeux ne se lassaient pas d’errer sur le paysage. Elle a ensemencé le désert! Mais nous savons, monsieur, ajouta-t-il en regardant Gérard, que votre science et vos travaux y sont pour beaucoup.

--Nous n’avons été que ses ouvriers, répondit le maire, oui, nous ne sommes que des mains, elle est la pensée!

La Sauviat quitta le groupe pour aller savoir la décision du médecin de Paris.

--Il nous faudra de l’héroïsme, dit le Procureur-général à l’archevêque et au curé, pour être témoins de cette mort.

--Oui, dit monsieur Grossetête; mais on doit faire de grandes choses pour une telle amie.

Après quelques tours et retours faits par ces personnes toutes en proie aux plus graves pensées, ils virent venir à eux deux fermiers de madame Graslin qui se dirent envoyés par tout le bourg, en proie à une douloureuse impatience de connaître la sentence prononcée par le médecin de Paris.

--On consulte, et nous ne savons rien encore, mes amis, leur répondit l’archevêque.

Monsieur Roubaud accourut alors, et son pas précipité fit hâter celui de chacun.

--Hé! bien? lui dit le maire.

--Elle n’a pas quarante-huit heures à vivre, répondit monsieur Roubaud. En mon absence, le mal est arrivé à tout son développement; monsieur Bianchon ne comprend pas comment elle a pu marcher. Ces phénomènes si rares sont toujours dus à une grande exaltation. Ainsi, messieurs, dit le médecin à l’archevêque et au curé, elle vous appartient, la science est inutile, et mon illustre confrère pense que vous avez à peine le temps nécessaire à vos cérémonies.

--Allons dire les prières de quarante heures, dit le curé à ses paroissiens en se retirant. Sa Grandeur daignera sans doute conférer les derniers sacrements?

L’archevêque inclina la tête, il ne put rien dire, ses yeux étaient pleins de larmes. Chacun s’assit, s’accouda, s’appuya sur la balustrade, et resta enseveli dans ses pensées. Les cloches de l’église envoyèrent quelques volées tristes. On entendit alors les pas de toute une population qui se précipitait vers le porche. Les lueurs des cierges allumés percèrent à travers les arbres du jardin de monsieur Bonnet, les chants détonnèrent. Il ne régna plus sur les campagnes que les rouges lueurs du crépuscule, tous les chants d’oiseaux avaient cessé. La rainette seule jetait sa note longue, claire et mélancolique.

--Allons faire mon devoir, dit l’archevêque qui marcha d’un pas lent et comme accablé.

La consultation avait eu lieu dans le grand salon du château. Cette immense pièce communiquait avec une chambre d’apparat meublée en damas rouge, où le fastueux Graslin avait déployé la magnificence des financiers. Véronique n’y était pas entrée six fois en quatorze ans, les grands appartements lui étaient complétement inutiles, elle n’y avait jamais reçu; mais l’effort qu’elle venait de faire pour accomplir sa dernière obligation et pour dompter sa dernière révolte lui avait ôté ses forces, elle ne put monter chez elle. Quand l’illustre médecin eut pris la main à la malade et tâté le pouls, il regarda monsieur Roubaud en lui faisant un signe; à eux deux, ils la prirent et la portèrent sur le lit de cette chambre, Aline ouvrit brusquement les portes. Comme tous les lits de parade, ce lit n’avait pas de draps, les deux médecins déposèrent madame Graslin sur le couvre-pied de damas rouge et l’y étendirent. Roubaud ouvrit les fenêtres, poussa les persiennes et appela. Les domestiques, la vieille Sauviat accoururent. On alluma les bougies jaunies des candélabres.

--Il est dit, s’écria la mourante en souriant, que ma mort sera ce qu’elle doit être pour une âme chrétienne: une fête! Pendant la consultation, elle dit encore: --Monsieur le Procureur-général a fait son métier, je m’en allais, il m’a poussée... La vieille mère regarda sa fille en se mettant un doigt sur les lèvres. --Ma mère, je parlerai, lui répondit Véronique. Voyez! le doigt de Dieu est en tout ceci: je vais expirer dans une chambre rouge.

La Sauviat sortit épouvantée de ce mot: --Aline, dit-elle, elle parle, elle parle!

--Ah! madame n’a plus son bon sens, s’écria la fidèle femme de chambre qui apportait des draps. Allez chercher monsieur le curé, madame.

--Il faut déshabiller votre maîtresse, dit Bianchon à la femme de chambre quand elle entra.

--Ce sera bien difficile, madame est enveloppée d’un cilice de crin.

--Comment! au dix-neuvième siècle, s’écria le grand médecin, il se pratique encore de semblables horreurs!

--Madame Graslin ne m’a jamais permis de lui palper l’estomac, dit monsieur Roubaud. Je n’ai rien pu savoir de sa maladie que par l’état du visage, par celui du pouls, et par des renseignements que j’obtenais de sa mère et de sa femme de chambre.

On avait mis Véronique sur un canapé pendant qu’on lui arrangeait le lit de parade placé au fond de cette chambre. Les médecins causaient à voix basse. La Sauviat et Aline firent le lit. Le visage des deux Auvergnates était effrayant à voir, elles avaient le cœur percé par cette idée: Nous faisons son lit pour la dernière fois, elle va mourir là! La consultation ne fut pas longue. Avant tout, Bianchon exigea qu’Aline et la Sauviat coupassent d’autorité, malgré la malade, le cilice de crin et lui missent une chemise. Les deux médecins allèrent dans le salon pendant cette opération. Quand Aline passa, tenant ce terrible instrument de pénitence enveloppé d’une serviette, elle leur dit: --Le corps de madame n’est qu’une plaie!

Les deux docteurs rentrèrent.

--Votre volonté est plus forte que celle de Napoléon, madame, dit Bianchon après quelques demandes auxquelles Véronique répondit avec clarté, vous conservez votre esprit et vos facultés dans la dernière période de la maladie où l’empereur avait perdu sa rayonnante intelligence. D’après ce que je sais de vous, je dois vous dire la vérité.

--Je vous la demande à mains jointes, dit-elle; vous avez le pouvoir de mesurer ce qui me reste de forces, et j’ai besoin de toute ma vie pour quelques heures.

--Ne pensez donc maintenant qu’à votre salut, dit Bianchon.

--Si Dieu me fait la grâce de me laisser mourir tout entière, répondit-elle avec un sourire céleste, croyez que cette faveur est utile à la gloire de son Église. Ma présence d’esprit est nécessaire pour accomplir une pensée de Dieu, tandis que Napoléon avait accompli toute sa destinée.

Les deux médecins se regardaient avec étonnement, en écoutant ces paroles prononcées aussi aisément que si madame Graslin eût été dans son salon.

--Ah! voilà le médecin qui va me guérir, dit-elle en voyant entrer l’archevêque.

Elle rassembla ses forces pour se mettre sur son séant, pour saluer gracieusement monsieur Bianchon, et le prier d’accepter autre chose que de l’argent pour la bonne nouvelle qu’il venait de lui donner; elle dit quelques mots à l’oreille de sa mère, qui emmena le médecin; puis elle ajourna l’archevêque jusqu’au moment où le curé viendrait, et manifesta le désir de prendre un peu de repos. Aline veilla sa maîtresse. A minuit, madame Graslin s’éveilla, demanda l’archevêque et le curé, que sa femme de chambre lui montra priant pour elle. Elle fit un signe pour renvoyer sa mère et la servante, et, sur un nouveau signe, les deux prêtres vinrent à son chevet.

--Monseigneur, et vous, monsieur le curé, je ne vous apprendrai rien que vous ne sachiez. Vous le premier, monseigneur, vous avez jeté votre coup d’œil dans ma conscience, vous y avez lu presque tout mon passé, et ce que vous y avez entrevu vous a suffi. Mon confesseur, cet ange que le ciel a mis près de moi, sait quelque chose de plus: j’ai dû lui tout avouer. Vous de qui l’intelligence est éclairée par l’esprit de l’Église, je veux vous consulter sur la manière dont, en vraie chrétienne, je dois quitter la vie. Vous, austères et saints esprits, croyez-vous que si le ciel daigne pardonner au plus entier, au plus profond repentir qui jamais ait agité une âme coupable, pensez-vous que j’aie satisfait à tous mes devoirs ici-bas?

--Oui, dit l’archevêque, oui, ma fille.

--Non, mon père, non, dit-elle en se dressant et jetant des éclairs par les yeux. Il est, à quelques pas d’ici une tombe où gît un malheureux qui porte le poids d’un horrible crime, il est dans cette somptueuse demeure une femme que couronne une renommée de bienfaisance et de vertu. Cette femme, on la bénit! Ce pauvre jeune homme, on le maudit! Le criminel est accablé de réprobation, et je jouis de l’estime générale; je suis pour la plus grande partie dans le forfait, il est pour beaucoup dans le bien qui me vaut tant de gloire et de reconnaissance; fourbe que je suis, j’ai les mérites, et, martyr de sa discrétion, il est couvert de honte! Je mourrai dans quelques heures, voyant tout un canton me pleurer, tout un département célébrer mes bienfaits, ma piété, mes vertus; tandis qu’il est mort au milieu des injures, à la vue de toute une population accourue en haine des meurtriers! Vous, mes juges, vous êtes indulgents; mais j’entends moi-même une voix impérieuse qui ne me laisse aucun repos. Ah! la main de Dieu, moins douce que la vôtre, m’a frappée de jour en jour, comme pour m’avertir que tout n’était pas expié. Mes fautes ne seront rachetées que par un aveu public. Il est heureux, lui! Criminel, il a donné sa vie avec ignominie à la face du ciel et de la terre. Et moi, je trompe encore le monde comme j’ai trompé la justice humaine. Il n’est pas un hommage qui ne m’ait insultée, pas un éloge qui n’ait été brûlant pour mon cœur. Ne voyez-vous pas, dans l’arrivée ici du Procureur-général, un commandement du ciel d’accord avec la voix qui me crie: Avoue!

Les deux prêtres, le prince de l’Église comme l’humble curé, ces deux grandes lumières tenaient les yeux baissés et gardaient le silence. Les juges étaient trop émus par la grandeur et par la résignation du coupable pour pouvoir prononcer un arrêt.

--Mon enfant, dit l’archevêque en relevant sa belle tête macérée par les coutumes de sa pieuse vie, vous allez au delà des commandements de l’Église. La gloire de l’Église est de faire concorder ses dogmes avec les mœurs de chaque temps: elle est destinée à traverser les siècles des siècles en compagnie de l’Humanité. La confession secrète a, selon ses décisions, remplacé la confession publique. Cette substitution a fait la loi nouvelle. Les souffrances que vous avez endurées suffisent. Mourez en paix: Dieu vous a bien entendue.

--Mais le vœu de la criminelle n’est-il pas conforme aux lois de la première Église qui a enrichi le ciel d’autant de saints, de martyrs et de confesseurs qu’il y a d’étoiles au firmament? reprit-elle avec véhémence. Qui a écrit: Confessez-vous les uns aux autres? n’est-ce pas les disciples immédiats de notre Sauveur? Laissez-moi confesser publiquement ma honte, à genoux. Ce sera le redressement de mes torts envers le monde, envers une famille proscrite et presque éteinte par ma faute. Le monde doit apprendre que mes bienfaits ne sont pas une offrande, mais une dette. Si plus tard, après moi, quelque indice m’arrachait le voile menteur qui me couvre?... Ah! cette idée avance pour moi l’heure suprême.

--Je vois en ceci des calculs, mon enfant, dit gravement l’archevêque. Il y a encore en vous des passions bien fortes, celle que je croyais éteinte est...

--Oh! je vous le jure, monseigneur, dit-elle en interrompant le prélat et lui montrant des yeux fixes d’horreur, mon cœur est aussi purifié que peut l’être celui d’une femme coupable et repentante: il n’y a plus en tout moi que la pensée de Dieu.

--Laissons, monseigneur, son cours à la justice céleste, dit le curé d’une voix attendrie. Voici quatre ans que je m’oppose à cette pensée, elle est la cause des seuls débats qui se soient élevés entre ma pénitente et moi. J’ai vu jusqu’au fond de cette âme, la terre n’y a plus aucun droit. Si les pleurs, les gémissements, les contritions de quinze années ont porté sur une faute commune à deux êtres, ne croyez pas qu’il y ait eu la moindre volupté dans ces longs et terribles remords. Le souvenir n’a point mêlé ses flammes à celles de la plus ardente pénitence. Oui, tant de larmes ont éteint un si grand feu. Je garantis, dit-il en étendant sa main sur la tête de madame Graslin et en laissant voir des yeux humides, je garantis la pureté de cette âme archangélique. D’ailleurs, j’entrevois dans ce désir la pensée d’une réparation envers une famille absente que Dieu semble avoir représentée ici par un de ces événements où sa Providence éclate.

Véronique prit au curé sa main tremblante et la baisa.

--Vous m’avez été bien souvent rude, cher pasteur, mais en ce moment je découvre où vous renfermiez votre douceur apostolique! Vous, dit-elle en regardant l’archevêque, vous, le chef suprême de ce coin du royaume de Dieu, soyez en ce moment d’ignominie mon soutien. Je m’inclinerai la dernière des femmes, vous me relèverez pardonnée, et, peut-être, l’égale de celles qui n’ont point failli.

L’archevêque demeura silencieux, occupé sans doute à peser toutes les considérations que son œil d’aigle apercevait.

--Monseigneur, dit alors le curé, la religion a reçu de fortes atteintes. Ce retour aux anciens usages, nécessité par la grandeur de la faute et du repentir, ne sera-t-il pas un triomphe dont il nous sera tenu compte?

--On dira que nous sommes des fanatiques! On dira que nous avons exigé cette cruelle scène. Et il retomba dans ses méditations.

En ce moment, Horace Bianchon et Roubaud entrèrent après avoir frappé. Quand la porte s’ouvrit, Véronique aperçut sa mère, son fils et tous les gens de sa maison en prières. Les curés de deux paroisses voisines étaient venus assister monsieur Bonnet, et peut-être aussi saluer le grand prélat, que le clergé français portait unanimement aux honneurs du cardinalat, en espérant que la lumière de son intelligence, vraiment gallicane, éclairerait le sacré collége. Horace Bianchon repartait pour Paris; il venait dire adieu à la mourante, et la remercier de sa munificence. Il vint à pas lents, devinant, à l’attitude des deux prêtres, qu’il s’agissait de la plaie du cœur qui avait déterminé celle du corps. Il prit la main de Véronique, la posa sur le lit et lui tâta le pouls. Ce fut une scène que le silence le plus profond, celui d’une nuit d’été dans la campagne, rendit solennelle. Le grand salon, dont la porte à deux battants restait ouverte, était illuminé pour éclairer la petite assemblée des gens qui priaient, tous à genoux, moins les deux prêtres assis et lisant leur bréviaire. De chaque côté de ce magnifique lit de parade, étaient le prélat dans son costume violet, le curé, puis les deux hommes de la Science.

--Elle est agitée jusque dans la mort! dit Horace Bianchon, qui, semblable à tous les hommes d’un immense talent, avait la parole souvent aussi grande que l’étaient les choses auxquelles il assistait.

L’archevêque se leva, comme poussé par un élan intérieur; il appela monsieur Bonnet en se dirigeant vers la porte, ils traversèrent la chambre, le salon, et sortirent sur la terrasse, où ils se promenèrent pendant quelques instants. Au moment où ils revinrent après avoir discuté ce cas de discipline ecclésiastique, Roubaud venait à leur rencontre.

--Monsieur Bianchon m’envoie vous dire de vous presser, madame Graslin se meurt dans une agitation étrangère aux douleurs excessives de la maladie.

L’archevêque hâta le pas et dit en entrant à madame Graslin, qui le regardait avec anxiété: --Vous serez satisfaite!

Bianchon tenait toujours le pouls de la malade, il laissa échapper un mouvement de surprise, et jeta un coup d’œil sur Roubaud et sur les deux prêtres.

--Monseigneur, ce corps n’est plus de notre domaine, votre parole a mis la vie là où il y avait la mort. Vous feriez croire à un miracle.

--Il y a longtemps que madame est tout âme! dit Roubaud, que Véronique remercia par un regard.

En ce moment un sourire où se peignait le bonheur que lui causait la pensée d’une expiation complète rendit à sa figure l’air d’innocence qu’elle eut à dix-huit ans. Toutes les agitations inscrites en rides effrayantes, les couleurs sombres, les marques livides, tous les détails qui rendaient cette tête si horriblement belle naguère, quand elle exprimait seulement la douleur, enfin les altérations de tout genre disparurent; il semblait à tous que jusqu’alors Véronique avait porté un masque, et que ce masque tombait. Pour la dernière fois s’accomplissait l’admirable phénomène par lequel le visage de cette créature en expliquait la vie et les sentiments. Tout en elle se purifia, s’éclaircit, et il y eut sur son visage comme un reflet des flamboyantes épées des anges gardiens qui l’entouraient. Elle fut ce qu’elle était quand Limoges l’appelait la belle madame Graslin. L’amour de Dieu se montrait plus puissant encore que ne l’avait été l’amour coupable, l’un mit jadis en relief les forces de la vie, l’autre écartait toutes les défaillances de la mort. On entendit un cri étouffé; la Sauviat se montra, elle bondit jusqu’au lit en disant: --«Je revois donc enfin mon enfant!» L’expression de cette vieille femme en prononçant ces deux mots mon enfant, rappela si vivement la première innocence des enfants, que les spectateurs de cette belle mort détournèrent tous la tête pour cacher leur émotion. L’illustre médecin prit la main de madame Graslin, la baisa, puis il partit. Le bruit de sa voiture retentit au milieu du silence de la campagne, en disant qu’il n’y avait aucune espérance de conserver l’âme de ce pays. L’archevêque, le curé, le médecin, tous ceux qui se sentirent fatigués allèrent prendre un peu de repos, quand madame Graslin s’endormit elle-même pour quelques heures. Car elle s’éveilla dès l’aube en demandant qu’on ouvrît ses fenêtres. Elle voulait voir le lever de son dernier soleil.

A dix heures du matin, l’archevêque, revêtu de ses habits pontificaux, vint dans la chambre de madame Graslin. Le prélat eut, ainsi que monsieur Bonnet, une si grande confiance en cette femme, qu’ils ne lui firent aucune recommandation sur les limites entre lesquelles elle devait renfermer ses aveux. Véronique aperçut alors un clergé plus nombreux que ne le comportait l’église de Montégnac, car celui des communes voisines s’y était joint. Monseigneur allait être assisté par quatre curés. Les magnifiques ornements, offerts par madame Graslin à sa chère paroisse, donnaient un grand éclat à cette cérémonie. Huit enfants de chœur, dans leur costume rouge et blanc, se rangèrent sur deux files, à partir du lit jusque dans le salon, tenant tous un de ces énormes flambeaux de bronze doré que Véronique avait fait venir de Paris. La croix et la bannière de l’église étaient tenues de chaque côté de l’estrade par deux sacristains en cheveux blancs. Grâce au dévouement des gens, on avait placé près de la porte du salon l’autel en bois pris dans la sacristie, orné, préparé pour que monseigneur pût y dire la messe. Madame Graslin fut touchée de ces soins que l’Église accorde seulement aux personnes royales. Les deux battants de la porte qui donnait sur la salle à manger étaient ouverts, elle put voir le rez-de-chaussée de son château rempli par une grande partie de la population. Les amis de cette femme avaient pourvu à tout, car le salon était exclusivement occupé par les gens de sa maison. En avant et groupés devant la porte de sa chambre, se trouvaient les amis et les personnes sur la discrétion desquelles on pouvait compter. Messieurs Grossetête, de Grandville, Roubaud, Gérard, Clousier, Ruffin, se placèrent au premier rang. Tous devaient se lever et se tenir debout pour empêcher ainsi la voix de la pénitente d’être écoutée par d’autres que par eux. Il y eut d’ailleurs une circonstance heureuse pour la mourante: les pleurs de ses amis étouffèrent ses aveux. En tête de tous, deux personnes offraient un horrible spectacle. La première était Denise Tascheron: ses vêtements étrangers, d’une simplicité quakerienne, la rendaient méconnaissable à ceux du village qui la pouvaient apercevoir; mais elle était, pour l’autre personne, une connaissance difficile à oublier, et son apparition fut un horrible trait de lumière. Le Procureur-général entrevit la vérité; le rôle qu’il avait joué auprès de madame Graslin, il le devina dans toute son étendue. Moins dominé que les autres par la question religieuse, en sa qualité d’enfant du dix-neuvième siècle, le magistrat eut au cœur une féroce épouvante, car il put alors contempler le drame de la vie intérieure de Véronique à l’hôtel Graslin, pendant le procès Tascheron. Cette tragique époque reparut tout entière à son souvenir, éclairée par les deux yeux de la vieille Sauviat, qui, allumés par la haine, tombaient sur lui comme deux jets de plomb fondu; cette vieille, debout à dix pas de lui, ne lui pardonnait rien. Cet homme, qui représentait la Justice humaine éprouva des frissons. Pâle, atteint dans son cœur, il n’osa jeter les yeux sur le lit où la femme qu’il avait tant aimée, livide sous la main de la Mort, tirait sa force, pour dompter l’agonie, de la grandeur même de sa faute; et le sec profil de Véronique, nettement dessiné en blanc sur le damas rouge, lui donna le vertige. A onze heures la messe commença. Quand l’épître eut été lue par le curé de Vizay, l’archevêque quitta sa dalmatique et se plaça au seuil de la porte.

--Chrétiens rassemblés ici pour assister à la cérémonie de l’Extrême-Onction que nous allons conférer à la maîtresse de cette maison, dit-il, vous qui joignez vos prières à celles de l’Église afin d’intercéder pour elle auprès de Dieu et obtenir son salut éternel, apprenez qu’elle ne s’est pas trouvée digne, à cette heure suprême, de recevoir le saint-viatique sans avoir fait, pour l’édification de son prochain, la confession publique de la plus grande de ses fautes. Nous avons résisté à son pieux désir, quoique cet acte de contrition ait été pendant long-temps en usage dans les premiers jours du christianisme; mais comme cette pauvre femme nous a dit qu’il s’agissait en ceci de la réhabilitation d’un malheureux enfant de cette paroisse, nous la laissons libre de suivre les inspirations de son repentir.

Après ces paroles dites avec une onctueuse dignité pastorale, l’archevêque se retourna pour faire place à Véronique. La mourante apparut soutenue par sa vieille mère et par le curé, deux grandes et vénérables images: ne tenait-elle pas son corps de la Maternité, son âme de sa mère spirituelle, l’Église? Elle se mit à genoux sur un coussin, joignit les mains, et se recueillit pendant quelques instants pour puiser en elle-même à quelque source épanchée du ciel la force de parler. En ce moment, le silence eut je ne sais quoi d’effrayant. Nul n’osait regarder son voisin. Tous les yeux étaient baissés. Cependant le regard de Véronique, quand elle leva les yeux, rencontra celui du Procureur-général, et l’expression de ce visage devenu blanc la fit rougir.

--Je ne serais pas morte en paix, dit Véronique d’une voix altérée, si j’avais laissé de moi la fausse image que chacun de vous qui m’écoutez a pu s’en faire. Vous voyez en moi une grande criminelle qui se recommande à vos prières, et qui cherche à se rendre digne de pardon par l’aveu public de sa faute. Cette faute fut si grave, elle eut des suites si fatales qu’aucune pénitence ne la rachètera peut-être. Mais plus j’aurai subi d’humiliations sur cette terre, moins j’aurai sans doute à redouter de colère dans le royaume céleste où j’aspire. Mon père, qui avait tant de confiance en moi, recommanda, voici bientôt vingt ans, à mes soins un enfant de cette paroisse, chez lequel il avait reconnu l’envie de se bien conduire, une aptitude à l’instruction et d’excellentes qualités. Cet enfant est le malheureux Jean-François Tascheron, qui s’attacha dès lors à moi comme à sa bienfaitrice. Comment l’affection que je lui portais devint-elle coupable? C’est ce que je crois être dispensée d’expliquer. Peut-être verrait-on les sentiments les plus purs qui nous font agir ici-bas détournés insensiblement de leur pente par des sacrifices inouïs, par des raisons tirées de notre fragilité, par une foule de causes qui paraîtraient diminuer l’étendue de ma faute. Que les plus nobles affections aient été mes complices, en suis-je moins coupable? J’aime mieux avouer que, moi qui par l’éducation, par ma situation dans le monde, pouvais me croire supérieure à l’enfant que me confiait mon père, et de qui je me trouvais séparée par la délicatesse naturelle à notre sexe, j’ai fatalement écouté la voix du démon. Je me suis bientôt trouvée beaucoup trop la mère de ce jeune homme pour être insensible à sa muette et délicate admiration. Lui seul, le premier, m’appréciait à ma valeur. Peut-être ai-je moi-même été séduite par d’horribles calculs: j’ai songé combien serait discret un enfant qui me devait tout, et que le hasard avait placé si loin de moi quoique nous fussions égaux par notre naissance. Enfin, j’ai trouvé dans ma renommée de bienfaisance et dans mes pieuses occupations un manteau pour protéger ma conduite. Hélas! et ceci sans doute est l’une de mes plus grandes fautes, j’ai caché ma passion à l’ombre des autels. Les plus vertueuses actions, l’amour que j’ai pour ma mère, les actes d’une dévotion véritable et sincère au milieu de tant d’égarements, j’ai tout fait servir au misérable triomphe d’une passion insensée, et ce fut autant de liens qui m’enchaînèrent. Ma pauvre mère adorée, qui m’entend, a été, sans en rien savoir pendant long-temps, l’innocente complice du mal. Quand elle a ouvert les yeux, il y avait trop de faits dangereux accomplis pour qu’elle ne cherchât pas dans son cœur de mère la force de se taire. Chez elle, le silence est ainsi devenu la plus haute des vertus. Son amour pour sa fille a triomphé de son amour pour Dieu. Ah! je la décharge solennellement du voile pesant qu’elle a porté. Elle achèvera ses derniers jours sans faire mentir ni ses yeux ni son front. Que sa maternité soit pure de blâme, que cette noble et sainte vieillesse, couronnée de vertus, brille de tout son éclat, et soit dégagée de cet anneau par lequel elle touchait indirectement à tant d’infamie!...

Ici, les pleurs coupèrent pendant un moment la parole à Véronique; Aline lui fit respirer des sels.

--Il n’y a pas jusqu’à la dévouée servante qui me rend ce dernier service qui n’ait été meilleure pour moi que je ne le méritais, et qui du moins a feint d’ignorer ce qu’elle savait; mais elle a été dans le secret des austérités par lesquelles j’ai brisé cette chair qui avait failli. Je demande donc pardon au monde de l’avoir trompé, entraînée par la terrible logique du monde. Jean-François Tascheron n’est pas aussi coupable que la société a pu le croire. Ah! vous tous qui m’écoutez, je vous en supplie! tenez compte de sa jeunesse et d’une ivresse excitée autant par les remords qui m’ont saisie que par d’involontaires séductions. Bien plus! ce fut la probité, mais une probité mal entendue, qui causa le plus grand de tous les malheurs. Nous ne supportâmes ni l’un ni l’autre ces tromperies continuelles. Il en appelait, l’infortuné, à ma propre grandeur, et voulait rendre le moins blessant possible pour autrui ce fatal amour. J’ai donc été la cause de son crime. Poussé par la nécessité, le malheureux, coupable de trop de dévouement pour une idole, avait choisi dans tous les actes répréhensibles celui dont les dommages étaient irréparables. Je n’ai rien su qu’au moment même. A l’exécution, la main de Dieu a renversé tout cet échafaudage de combinaisons fausses. Je suis rentrée ayant entendu des cris qui retentissent encore à mes oreilles, ayant deviné des luttes sanglantes qu’il n’a pas été en mon pouvoir d’arrêter, moi l’objet de cette folie. Tascheron était devenu fou, je vous l’atteste.

Ici, Véronique regarda le Procureur-général, et l’on entendit un profond soupir sortir de la poitrine de Denise.

--Il n’avait plus sa raison en voyant ce qu’il croyait être son bonheur détruit par des circonstances imprévues. Ce malheureux, égaré par son cœur, a marché fatalement d’un délit dans un crime, et d’un crime dans un double meurtre. Certes, il est parti de chez ma mère innocent, il y est revenu coupable. Moi seule au monde savais qu’il n’y eut ni préméditation, ni aucune des circonstances aggravantes qui lui ont valu son arrêt de mort. Cent fois j’ai voulu me livrer pour le sauver, et cent fois un horrible héroïsme, nécessaire et supérieur, a fait expirer la parole sur mes lèvres. Certes, ma présence à quelques pas a contribué peut-être à lui donner l’odieux, l’infâme, l’ignoble courage des assassins. Seul, il aurait fui. J’avais formé cette âme, élevé cet esprit, agrandi ce cœur, je le connaissais, il était incapable de lâcheté ni de bassesse. Rendez justice à ce bras innocent, rendez justice à celui que Dieu dans sa clémence laisse dormir en paix dans le tombeau que vous avez arrosé de vos larmes, devinant sans doute la vérité! Punissez, maudissez la coupable que voici! Épouvantée du crime, une fois commis, j’ai tout fait pour le cacher. J’avais été chargée par mon père, moi privée d’enfant, d’en conduire un à Dieu, je l’ai conduit à l’échafaud; ah! versez sur moi tous les reproches, accablez-moi, voici l’heure!

En disant ces paroles, ses yeux étincelaient d’une fierté sauvage, l’archevêque debout derrière elle, et qui la protégeait de sa crosse pastorale, quitta son attitude impassible, il voila ses yeux de sa main droite. Un cri sourd se fit entendre, comme si quelqu’un se mourait. Deux personnes, Gérard et Roubaud, reçurent dans leurs bras et emportèrent Denise Tascheron complétement évanouie. Ce spectacle éteignit un peu le feu des yeux de Véronique, elle fut inquiète; mais sa sérénité de martyre reparut bientôt.

--Vous le savez maintenant, reprit-elle, je ne mérite ni louanges ni bénédictions pour ma conduite ici. J’ai mené pour le ciel une vie secrète de pénitences aiguës que le ciel appréciera! Ma vie connue a été une immense réparation des maux que j’ai causés: j’ai marqué mon repentir en traits ineffaçables sur cette terre, il subsistera presque éternellement. Il est écrit dans les champs fertilisés, dans le bourg agrandi, dans les ruisseaux dirigés de la montagne dans cette plaine, autrefois inculte et sauvage, maintenant verte et productive. Il ne se coupera pas un arbre d’ici à cent ans, que les gens de ce pays ne se disent à quels remords il a dû son ombrage, reprit-elle. Cette âme repentante et qui aurait animé une longue vie utile à ce pays, respirera donc long-temps parmi vous. Ce que vous auriez dû à ses talents, à une fortune dignement acquise, est accompli par l’héritière de son repentir, par celle qui causa le crime. Tout a été réparé de ce qui revient à la société, moi seule suis chargée de cette vie arrêtée dans sa fleur, qui m’avait été confiée, et dont il va m’être demandé compte!...

Là, les larmes éteignirent le feu de ses yeux. Elle fit une pause.

--Il est enfin parmi vous un homme qui, pour avoir strictement accompli son devoir, a été pour moi l’objet d’une haine que je croyais devoir être éternelle, reprit-elle. Il a été le premier instrument de mon supplice. J’étais trop près du fait, j’avais encore les pieds trop avant dans le sang, pour ne pas haïr la Justice. Tant que ce grain de colère troublerait mon cœur, j’ai compris qu’il y aurait un reste de passion condamnable; je n’ai rien eu à pardonner, j’ai seulement purifié ce coin où le Mauvais se cachait. Quelque pénible qu’ait été cette victoire, elle est complète.

Le Procureur-général laissa voir à Véronique un visage plein de larmes. La Justice humaine semblait avoir des remords. Quand la pénitente détourna la tête pour pouvoir continuer, elle rencontra la figure baignée de larmes d’un vieillard, de Grossetête, qui lui tendait des mains suppliantes, comme pour dire: --Assez! En ce moment, cette femme sublime entendit un tel concert de larmes, qu’émue par tant de sympathies, et ne soutenant pas le baume de ce pardon général, elle fut prise d’une faiblesse; en la voyant atteinte dans les sources de sa force, sa vieille mère retrouva les bras de la jeunesse pour l’emporter.

--Chrétiens, dit l’archevêque, vous avez entendu la confession de cette pénitente; elle confirme l’arrêt de la Justice humaine, et peut en calmer les scrupules ou les inquiétudes. Vous devez avoir trouvé en ceci de nouveaux motifs pour joindre vos prières à celles de l’Église, qui offre à Dieu le saint sacrifice de la messe, afin d’implorer sa miséricorde en faveur d’un si grand repentir.

L’office continua, Véronique le suivit d’un air qui peignait un tel contentement intérieur, qu’elle ne parut plus être la même femme à tous les yeux. Il y eut sur son visage une expression candide, digne de la jeune fille naïve et pure qu’elle avait été dans la vieille maison paternelle. L’aube de l’éternité blanchissait déjà son front, et dorait son visage de teintes célestes. Elle entendait sans doute de mystiques harmonies, et puisait la force de vivre dans son désir de s’unir une dernière fois à Dieu; le curé Bonnet vint auprès du lit et lui donna l’absolution; l’archevêque lui administra les saintes huiles avec un sentiment paternel qui montrait à tous les assistants combien cette brebis égarée, mais revenue, lui était chère. Le prélat ferma aux choses de la terre, par une sainte onction, ces yeux qui avaient causé tant de mal, et mit le cachet de l’Église sur ces lèvres trop éloquentes. Les oreilles, par où les mauvaises inspirations avaient pénétré, furent à jamais closes. Tous les sens, amortis par la pénitence, furent ainsi sanctifiés, et l’esprit du mal dut être sans pouvoir sur cette âme. Jamais assistance ne comprit mieux la grandeur et la profondeur d’un sacrement, que ceux qui voyaient les soins de l’Église justifiés par les aveux de cette femme mourante. Ainsi préparée, Véronique reçut le corps de Jésus-Christ avec une expression d’espérance et de joie qui fondit les glaces de l’incrédulité contre laquelle le curé s’était tant de fois heurté. Roubaud confondu devint catholique en un moment! Ce spectacle fut touchant et terrible à la fois; mais il fut solennel par la disposition des choses, à un tel point que la peinture y aurait trouvé peut-être le sujet d’un de ses chefs-d’œuvre. Quand, après ce funèbre épisode, la mourante entendit commencer l’évangile de Saint Jean, elle fit signe à sa mère de lui ramener son fils, qui avait été emmené par le percepteur. Quand elle vit Francis agenouillé sur l’estrade, la mère pardonnée se crut le droit d’imposer ses mains à cette tête pour la bénir, et rendit le dernier soupir. La vieille Sauviat était là, debout, toujours à son poste, comme depuis vingt années. Cette femme, héroïque à sa manière, ferma les yeux de sa fille qui avait tant souffert, et les baisa l’un après l’autre. Tous les prêtres, suivis du clergé, entourèrent alors le lit. Aux clartés flamboyantes des cierges, ils entonnèrent le terrible chant du De profundis, dont les clameurs apprirent à toute la population agenouillée devant le château, aux amis qui priaient dans les salles et à tous les serviteurs, que la mère de ce Canton venait de mourir. Cette hymne fut accompagnée de gémissements et de pleurs unanimes. La confession de cette grande femme n’avait pas dépassé le seuil du salon, et n’avait eu que des oreilles amies pour auditoire. Quand les paysans des environs, mêlés à ceux de Montégnac, vinrent un à un jeter à leur bienfaitrice, avec un rameau vert, un adieu suprême mêlé de prières et de larmes, ils virent un homme de la Justice, accablé de douleur, qui tenait froide la main de la femme que, sans le vouloir, il avait si cruellement, mais si justement frappée.

Deux jours après, le Procureur-général, Grossetête, l’archevêque et le maire, tenant les coins du drap noir, conduisaient le corps de madame Graslin à sa dernière demeure. Il fut posé dans sa fosse au milieu d’un profond silence. Il ne fut pas dit une parole, personne ne se trouvait la force de parler, tous les yeux étaient pleins de larmes. «--C’est une sainte!» fut un mot dit par tous en s’en allant par les chemins faits dans le Canton qu’elle avait enrichi, un mot dit à ses créations champêtres comme pour les animer. Personne ne trouva étrange que madame Graslin fût ensevelie auprès du corps de Jean-François Tascheron; elle ne l’avait pas demandé; mais la vieille mère, par un reste de tendre pitié, avait recommandé au sacristain de mettre ensemble ceux que la terre avait si violemment séparés, et qu’un même repentir réunissait.

Le testament de madame Graslin réalisa tout ce qu’on en attendait; elle fondait à Limoges des bourses au collége et des lits à l’hospice, uniquement destinés aux ouvriers; elle assignait une somme considérable, trois cent mille francs en six ans, pour l’acquisition de la partie du village appelée les Tascherons, où elle ordonnait de construire un hospice. Cet hospice, destiné aux vieillards indigents du canton, à ses malades, aux femmes dénuées au moment de leurs couches et aux enfants trouvés, devait porter le nom d’hospice des Tascherons; Véronique le voulait desservi par des Sœurs-Grises, et fixait à quatre mille francs les traitements du chirurgien et du médecin. Madame Graslin priait Roubaud d’être le premier médecin de cet hospice, en le chargeant de choisir le chirurgien et de surveiller l’exécution, sous le rapport sanitaire, conjointement avec Gérard, qui serait l’architecte. Elle donnait en outre à la Commune de Montégnac une étendue de prairies suffisante à en payer les contributions. L’église, dotée d’un fonds de secours dont l’emploi était déterminé pour certains cas exceptionnels, devait surveiller les jeunes gens, et rechercher le cas où un enfant de Montégnac manifesterait des dispositions pour les arts, pour les sciences ou pour l’industrie. La bienfaisance intelligente de la testatrice indiquait alors la somme à prendre sur ce fonds pour les encouragements. La nouvelle de cette mort, reçue en tous lieux comme une calamité, ne fut accompagnée d’aucun bruit injurieux pour la mémoire de cette femme. Cette discrétion fut un hommage rendu à tant de vertus par cette population catholique et travailleuse qui recommence dans ce coin de la France les miracles des Lettres Édifiantes.

Gérard, nommé tuteur de Francis Graslin, et obligé par le testament d’habiter le château, y vint; mais il n’épousa que trois mois après la mort de Véronique, Denise Tascheron, en qui Francis trouva comme une seconde mère.

Paris, janvier 1837.--Mars 1845.

FIN DES ÉTUDES DE MŒURS.

TABLE DES MATIÈRES

SCÈNES DE LA VIE MILITAIRE.

LES CHOUANS Page 1

UNE PASSION DANS LE DÉSERT 291

SCÈNES DE LA VIE DE CAMPAGNE.

LE MÉDECIN DE CAMPAGNE 305

LE CURÉ DE VILLAGE 510

FIN DE LA TABLE

* * * * *

Corrections.

Les défauts d'impression en début et en fin de ligne ont été tacitement corrigés, et la ponctuation a été tacitement corrigée par endroits.

De plus, les corrections suivantes ont été apportées.

Page de titre: «TROISIÈME LIVRE» remplacé par «CINQUIÈME ET SIXIÈME LIVRES». Page 12: «abruptes» remplacé par «abrupts» (sur les talus abrupts de la route). Page 35: «ses» remplacé par «ces» (le long de ces ambulances improvisées). Page 35: «ces» remplacé par «ses» (accompagné de ses deux amis). Page 36: «se» remplacé par «ce» (découvrir ce qui se passait sur l’autre rampe). Page 38: «réponud» remplacé par «répondu» (par lequel les Chouans avaient répondu au marquis). Page 54: «vous vous» remplacé par «vous» (--Sans vous commander, mon adjudant). Page 55: «même» remplacé par «mêmes» (Les marques mêmes de petite-vérole). Page 70: «sourcis» remplacé par «sourcils» (les sourcils arqués encore bien fournis). Page 78: «refrognée» remplacé par «renfrognée» (montra bientôt une mine renfrognée). Page 79: «j’amais» remplacé par «jamais» (--Je ne suis jamais allé à l’école). Page 80: «subite» remplacé par «subie» (cette espèce d’humiliation subie devant un homme). Page 84: «Charette» remplacé par «Charrette» (Après avoir eu Charrette à vos pieds). Page 85: «ce» remplacé par «ces» (A ces mots, échappés de ses lèvres). Page 91: «regard» remplacé par «regards» (en voiture, aux regards de ses compagnons). Page 100: «vuos» remplacé par «vous» (--Monsieur, ce que vous me dites). Page 101: «pomptement» remplacé par «promptement» (l’ai-je promptement congédié). Page 108: «Mores» remplacé par «Maures» (à l’hôtel des Trois-Maures). Page 109: «puiqu’elle» remplacé par «puisqu’elle» (mais puisqu’elle est assez sotte). Page 119 et ailleurs: «Madame de Gua» remplacé par «Madame du Gua». Page 124: «laisser» remplacé par «laissez» (--Du moment où vous me laissez offenser). Page 130: «le» remplacé par «de» (Francine sauta vivement hors de la voiture). Page 134: «soldait» remplacé par «soldat» (tant ce gai soldat répondait). Pages 143 et 214: «Beauvan» remplacé par «Bauvan». Page 145: «toute» remplacé par «tout» (Pas tout de suite, répondit Marche-à-terre). Page 149: «garotté» remplacé par «garrotté» (il avait été garrotté). Page 156: «elle» remplacé par «elles» (elles sont pour moi comme des siècles). Page 156: «Gouësnon» remplacé par «Couësnon» (la grande vallée du Couësnon). Page 160: inséré (d'apès d'autres éditions): «chers.» (à évoquer les êtres chers.) Page 164: «inexpliquable» remplacé par «inexplicable» (qui lui semblait inexplicable). Page 171: «entendireut» remplacé par «entendirent» (d’Orgemont et sa compagne entendirent les Chouans). Page 171: «vens» remplacé par «vent» (des bouffées de vent frais). Page 174: «don» remplacé par «donc...» (Mais songez donc...). Page 198: «marérageux» remplacé par «marécageux» (si habituellement marécageux). Page 208: «modemoiselle» remplacé par «mademoiselle» (et mademoiselle de Verneuil). Page 214: «enthousiasmé» remplacé par «enthousiasmés» (le baron du Guénic, le comte de Beauvan enthousiasmés). Page 216: «ordinairee» remplacé par «ordinaire» (la scène très-ordinaire que vous avez eue). Page 216: «qui» remplacé par «que» (il comprit ce que lui disait). Page 217: «Quand» remplacé par «Quant» (--Quant à vos torts, madame). Page 220: «nons» remplacé par «nous» (--Sommes-nous tous compris). Page 228: «qui» remplacé par «que» (celui d’une femme que vous aviez rendue). Page 229: «suivi» remplacé par «suivie» (eût craint d’être suivie par le marquis). Page 230: «Charette» remplacé par «Charrette» (la maîtresse de Charrette, qui boirait). Page 230: «amertune» remplacé par «amertume» (Je vois, mademoiselle, dit Hulot, sans amertume). Page 234: «ne ne» remplacé par «ne» (--On ne peut pas être longtemps). Page 236: «Roberspierre» remplacé par «Robespierre» (pour Robespierre et pour Danton). Page 237: «aimé» remplacé par «aimée» (je n’en suis pas aimée). Page 238: «était» remplacé par «étaient» (ses moustaches étaient coupées). Page 238: «épé» remplacé par «épée» (son épée contre une peau de bique). Page 239: «suspect» remplacé par «suspecte» (une fuite à bon droit suspecte). Page 239: «Instruits» remplacé par «Instruit» (Instruit par les soldats). Page 244: «la bas» remplacé par «là-bas» (Voyez-vous cette fumée, là-bas). Page 247: «quant» remplacé par «quand» (massacrés quand tout fut perdu). Page 252: «Comment» remplacé par «Commandant» (Commandant, dit respectueusement un des Fougerais). Page 255: «laisser» remplacé par «laissait» (laissait jaillir de petites bulles). Page 257: «entendras» remplacé par «t’entendras» (tu t’entendras sur tout cela). Page 259: «Le» remplacé par «La» (La ramène à bord). Page 262: «volupteux» remplacé par «voluptueux» (un voluptueux clair-obscur). Page 263: «Quand» remplacé par «Quant» ( Quant au salon, tu le laisseras). Page 273: «elle» remplacé par «il» (--Où allez-vous? dit-il). Page 277: «chistes» remplacé par «schistes» (le mur naturel formé par les schistes). Page 277: «ils» remplacé par «il» (il les prit pour des fragments du rocher). Page 284: «aux» remplacé par «au» (au fort des orages). Page 292: «Rentré» remplacé par «Rentrée» (Rentrée chez elle, elle me fit tant d’agaceries). Page 294: «preque» remplacé par «presque» (à une joie presque folle). Page 296: «pause» remplacé par «pose» (dans une pose aussi gracieuse). Page 306: «baies» remplacé par «haies» (Partout les haies, les enclos sont égayés). Page 306: «sapin» remplacé par «sapins» (tapissées de sapins, à noir feuillage). Page 306: «fenillage» remplacé par «feuillage» (tous divers de feuillage, ces arbres). Page 306: «viel» remplacé par «vieil» (comme un vieil officier). Page 309: «de» remplacé par «des» (le plus consciencieux des prêtres). Page 311: «groseiller» remplacé par «groseillier» (un méchant groseillier sur lequel). Page 312: «giffles» remplacé par «gifles» (des gifles si caractéristiques). Page 314: «le» remplacé par «les» (les devoirs les plus difficiles). Page 317: «Arrêtés» remplacé par «Arrêtée» (Arrêtée par la base des montagnes). Page 319: «eussez» remplacé par «eussiez» (Vous eussiez dit la niche d’un chien). Page 318: «lni» remplacé par «lui» (en levant les épaules et entrant chez lui). Page 335: «cantonnale» remplacé par «cantonale» (au moyen d’une bonne route cantonale). Page 340: inséré «se» (des cabarets se sont établis). Page 345: «est» remplacé par «et» (un moyen et non un résultat). Page 348: «idée» remplacé par «idées» (une grande estime pour les gens à idées). Page 352: «est» remplacé par «était» (La salle à manger était entièrement boisée). Page 353: «dont» remplacé par «donc» (--Qui donc est malade chez lui). Page 359: «cette» remplacé par «cet» (une réflexion sur cet homme). Page 372: «Quant» remplacé par «Quand» (Quand Goguelat parle de Napoléon). Page 380: inséré «se» (On ne se serait pas dérangé). Page 383: inséré «se» (dont il ne se servait pas). Page 383: «pas plus» remplacé par «plus» (Il ne m’a plus reparlé de son chagrin). Page 389: «Benasssis» remplacé par «Benassis» (--Au revoir, dit Benassis). Page 390: «le» remplacé par «de» (dans mon pays de soleil). Page 391: «dicipline» remplacé par «discipline» (le pesant harnais de la discipline militaire). Page 392: «soseil» remplacé par «soleil» (au coucher du soleil). Page 397: «décela» remplacé par «décelaient» (dont la beauté frappa Genestas, décelaient sa peur). Page 399: «a» remplacé par «ai» (je ne l’ai pas baisée au front). Page 400: «désabituer» remplacé par «déshabituer» (pour déshabituer nos Dauphinois). Page 407: «continuellemedt» remplacé par «continuellement» (ses mains continuellement exercées). Page 408: «nerveusee» remplacé par «nerveuses» (sèches et nerveuses comme celles d’un cerf). Page 417: «attermoyer» remplacé par «atermoyer» (est-il facile d’atermoyer les intérêts). Page 422: «da» remplacé par «de» (supériorité de fortune). Page 425: «elle» remplacé par «elles» (plus sagement qu’elles ne le sont). Page 430: «veux» remplacé par «veut» (sort en paix et veut courir). Page 434: «aculés» remplacé par «acculés» (nous étions acculés dans un coin). Page 443: «rafraîchir» remplacé par «rafraîchir» (Nous nous amusons à nous rafraîchir un petit moment). Page 446: «ils» remplacé par «il» (Alors il nous dit adieu). Page 456: «malgré» remplacé par «mal gré» (je m’attaquai, bon gré mal gré). Page 457: «désir» remplacé par «désirs» (J’exprimais naïvement ces désirs). Page 475: «parlé» remplacé par «parler» (j’ai osé parler en votre faveur). Page 475: «qu’elle» remplacé par «quelle» (J’ignore donc quelle sera ma destinée). Page 476: «ses» remplacé par «ces» (ne m’a pas envoyé vainement ces afflictions). Page 479: «souveraiment» remplacé par «souverainement» (dispose souverainement de sa personne). Page 483: «tranformé» remplacé par «transformé» (m’ont réellement transformé). Page 483: «sigisbé» remplacé par «sigisbée» (dont j’étais le sigisbée). Page 483: inséré «que» (la vie antérieure à celle que je mène). Page 520: «au» remplacé par «aux» (se révèlent aux yeux des connaisseurs). Page 520: «voilée» remplacé par «voilé» (Quoique légèrement voilé par la couche grossière). Page 525: «celle» remplacé par «celles» (Une fortune, une existence comme celles de Pierre Graslin). Page 526: «devenn» remplacé par «devenu» (cet homme devenu le pivot). Page 530: «Tout» remplacé par «Tous» ( Tous deux remontèrent promptement). Page 549: «peints» remplacé par «peint» (les barreaux sont en bois peint). Page 549: «plusieure» remplacé par «plusieurs» (les produits de plusieurs carrés). Page 564: «Roberspierre» remplacé par «Robespierre» (devient-il Robespierre). Page 571: «seule» remplacé par «seul» (pourrait seul y renouveler le miracle). Page 575: «bricollé» remplacé par «bricolé» (ou bricolé ses chevaux). Page 580: «rocher» remplacé par «clocher» (flanquée d’un clocher carré sans flèche). Page 582: «carrean» remplacé par «carreau» (agenouillée sur le carreau). Page 582: «malheureuux» remplacé par «malheureux» (La perte de ce malheureux). Page 597: «elle» remplacé par «elles» (et derrière elles le visage du curé). Page 600: «ils» remplacé par «il» (les souvenirs qu’il évoquait ainsi). Page 607: «phrase» remplacé par «phase» (arrivée à la troisième phase de sa vie). Page 609: «Granville» deux fois remplacé par «Grandville» (son admirateur, monsieur de Grandville; Monsieur de Grandville, à qui la grandeur). Page 609: «toute» remplacé par «toutes» (avait renversé toutes les espérances). Page 610: «cin» remplacé par «cinq» (ce jeune homme de vingt-cinq ans). Page 612: «terrre» remplacé par «terre» (la terre et le bois nécessaires). Page 618: «vout» remplacé par «vous» (vous n’avez le droit ni de vous condamner). Page 618: «elle» remplacé par «elles» (les choses elles-mêmes). Page 620: «fertile» remplacé par «infertile» (à cette plaine infertile, à cette immense jachère). Page 623: «cet» remplacé par «cette» (qui nuançaient de loin cette immense forêt). Page 632: «extrordinaire» remplacé par «extraordinaire» (les femmes aiment l’extraordinaire). Page 637: «quelque» remplacé par «quelques» (quelques plats en terre brune). Page 642: «pied» remplacé par «pieds» (soixante pieds de largeur). Page 645: «apppelé» remplacé par «appelé» (un petit matelas, appelé serpentin). Page 660: «prosaïme» remplacé par «prosaïsme» (Je me laisse gagner par le prosaïsme de ma vie). Page 664: «Sthéphenson» remplacé par «Stéphenson» (Stéphenson et Mac-Adam). Page 672: «eune» remplacé par «jeune» (jeune homme assez intelligent). Page 673: «losque» remplacé par «lorsque» (Aussi, lorsque le dessert fut mis). Page 678: «éloquent» remplacé par «éloquents» (Je n’en sais pas de plus éloquents que ceux-ci). Page 678: «simonniens» remplacé par «simoniens» (Les saint-simoniens ont commencé). Page 678: «Glousier» remplacé par «Clousier» (s’écria Clousier en interrompant). Page 679: «millons» remplacé par «millions» (une somme de onze cents millions). Page 680: «Assise» remplacé par «Assises» (l’envoyer en Cour d’Assises). Page 682: «Cromwel» remplacé par «Cromwell» (Certes, Cromwell fut un grand législateur). Page 691: «da» remplacé par «de» (au bas de la chaîne des montagnes). Page 694: «Limoge» remplacé par «Limoges» (et de Limoges, et du chef-lieu). Page 695: «amphithéêtre» remplacé par «amphithéâtre» (du bel amphithéâtre où commence). Page 699: «n’a» remplacé par «n’ait» (que madame Graslin n’ait reçu). Page 702: «commencemont» remplacé par «commencement» (au commencement du mois de juin). Page 702: «paroxisme» remplacé par «paroxysme» (un paroxysme de volonté). Page 711: «Granville» remplacé par «Grandville» (le comte de Grandville pour la première fois). Page 712: «Gossetête» remplacé par «Grossetête» (s’écria monsieur Grossetête). Page 713: «dévelopment» remplacé par «développement» (le mal est arrivé à tout son développement).

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