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Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

Martinon, Philippe · Public domain text

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About this book

Author
Philippe Martinon (1859–1917)
Language
French
Subjects
French language › Pronunciation
Length
129,063 words · about 9 h 2 min
Sections
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Contents (1)

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Comment on Prononce le Français Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

COMMENT ON PRONONCE LE FRANÇAIS

18ᵉ A 27ᵉ MILLE

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

COMMENT ON PARLE EN FRANÇAIS. La langue parlée correcte comparée avec la langue littéraire et la langue familière.

DICTIONNAIRE COMPLET, MÉTHODIQUE ET PRATIQUE DES RIMES FRANÇAISES, précédé d’un traité de versification. Ouvrage composé sur un plan tout à fait nouveau. Un volume in-12 de 300 pages.

(Librairie Larousse.)

PH. MARTINON

Docteur ès lettres

COMMENT ON PRONONCE

LE FRANÇAIS

Traité complet de prononciation pratique avec les noms propres et les mots étrangers

LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, rue Montparnasse. PARIS

TOUS DROITS DE REPRODUCTION, DE TRADUCTION, D’ADAPTATION ET D’EXÉCUTION RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS.

COPYRIGHT 1913, BY THE LIBRAIRIE LAROUSSE, PARIS.

_A MA FEMME,

Parisienne de Paris_

_L’AUTEUR,

Parisien de province._

PRÉFACE

Deux grammairiens, Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, ont publié en 1805 et 1836 des traités de prononciation qui ont longtemps fait loi[1]. On voit qu’ils remontent un peu loin. Et pourtant, depuis cette époque, il n’en a guère paru de satisfaisants. Je n’en connais pas du moins qui n’ait de graves défauts.

D’abord ils sont inexacts, je veux dire qu’ils renferment de nombreuses erreurs, parfois des erreurs énormes, soit qu’ils conservent, par un respect excessif de la tradition, des manières de prononcer qui sont tout à fait sur années, soit qu’au contraire, ils accueillent avec une facilité déplorable des prononciations qui ont peut-être l’avenir pour elles, mais qui en attendant sont désagréables au plus haut degré[2]. Chose fâcheuse à constater, les meilleurs travaux sur la matière sont encore ceux des étrangers. Mais comment espérer qu’un étranger puisse vraisemblablement nous enseigner notre prononciation? Ch. Nyrop lui-même, qui fait autorité en ce qui concerne la grammaire historique de notre langue, ne peut pas ne pas commettre des erreurs[3].

Un autre défaut des traités de prononciation contemporains, c’est qu’ils sont très incomplets. Seul Lesaint s’est donné la peine de faire une revue complète, trop complète même, du vocabulaire. Je dis trop complète, parce qu’il donne des listes alphabétiques interminables de mots que personne n’emploie. Mais lui-même n’a pas prévu tous les cas intéressants ou douteux, tous ceux sur lesquels on peut ou on doit se poser des questions. Aurait-on donc tout prévu dans ce nouveau livre? Je ne l’affirmerai pas, et sans doute plus d’un point a dû échapper: en aucune matière on ne peut prétendre être parfaitement complet, et il peut y avoir des difficultés à côté desquelles on passe sans les apercevoir. Il reste toujours que l’on trouvera traités ici des problèmes, ou indiquées des prononciations qu’on chercherait vainement ailleurs. Pour les noms propres notamment, on sera très largement servi. Et les faits n’y seront pas énumérés, mais classés: les longues listes alphabétiques qu’on trouve ailleurs, et qui, dans leur désordre réel, que cache mal l’ordre apparent, rendent si peu de services, y seront remplacées par des classifications méthodiques et logiques.

Mais, dira-t-on, si les traités de prononciation sont incomplets, les dictionnaires ne le sont pas. N’y en a-t-il pas qui donnent la prononciation de tous les mots? Eh bien! c’est encore une erreur. Les dictionnaires, outre qu’ils sont un peu gros pour être d’un usage pratique, sont aussi très incomplets, d’abord parce qu’ils ne donnent généralement qu’une prononciation dans beaucoup de cas où on a le droit d’hésiter: or, quand les individus ont le droit d’hésiter, les livres ont le devoir de le faire; ensuite parce qu’ils oublient les flexions, qui sont capitales: ils donneront par exemple la prononciation de l’infinitif des verbes, mais celle de la première personne, dans la pluralité des cas, est beaucoup plus intéressante que celle de l’infinitif. Et puis les dictionnaires considèrent uniquement les mots isolés: or il importe souvent de les considérer dans le corps des phrases.

D’ailleurs les dictionnaires aussi renferment beaucoup d’erreurs. Celui qui aujourd’hui fait autorité en toute matière, le Dictionnaire général, de Darmesteter, Hatzfeld et M. A. Thomas, laisse autant à désirer au point de vue de la prononciation qu’au point de vue de l’étendue du vocabulaire[4]. D’abord sa doctrine paraît avoir varié sensiblement au cours de l’impression, et on y trouve d’étranges inconséquences[5]; de plus il paraît dans beaucoup de cas subordonner ses solutions à l’orthographe ou à l’étymologie, sans tenir assez de compte de l’usage véritable, indiquant ce qui doit être ou ce qui devrait être plutôt que ce qui est[6]. Au surplus, le dernier auteur du livre, qui n’était pas le principal responsable, a si bien reconnu le fait, que la prononciation a été l’objet d’une attention toute particulière dans la revision qui a été faite.

J’ai cru, néanmoins, devoir signaler en note les points principaux sur lesquels je suis en accord ou en désaccord avec le Dictionnaire général: le lecteur aurait pu me reprocher de ne pas faire connaître, dans un ouvrage qui veut être aussi complet que possible, l’opinion d’un livre aussi important; il pourra donc se prononcer lui-même en connaissance de cause.

Un autre dictionnaire qui semblerait aussi devoir faire autorité en la matière, c’est le Dictionnaire phonétique de la langue française par Michaëlis et Passy. Mais, malgré la préface complaisante (avec des restrictions d’ailleurs) de Gaston Paris, je crains bien que le second de ces auteurs n’ait dans ce livre une part singulièrement réduite. C’est encore l’œuvre d’un étranger, et elle fourmille d’erreurs étranges[7].

Ainsi les dictionnaires ne sont ni plus complets ni plus exacts que les traités de prononciation. Quant à la méthode, l’ordre alphabétique leur interdit d’en avoir une. Mais celle des meilleurs traités de prononciation, fort scientifique peut-être, n’est aucunement pratique. Ils partent en effet du son pour aboutir à l’orthographe. Comme méthode générale d’enseignement pour les étrangers, cela est sans doute excellent. Et d’autre part il peut être très intéressant pour tout le monde de savoir qu’un son donné, voyelle ou consonne, s’écrit de telles et telles manières différentes. Mais ceux qui, sachant la langue par ailleurs, désirent simplement se renseigner sur des points particuliers, et ce sont de beaucoup les plus nombreux, ceux-là ne partent pas du son, car il ne s’agit pas pour eux d’apprendre l’orthographe; ils désirent au contraire apprendre quel est le son qui correspond correctement à une graphie donnée. Un livre pratique, un livre de vulgarisation, destiné aux Français aussi bien qu’aux étrangers, doit donc partir de l’orthographe exclusivement; il doit partir de ce qui se voit, qui est absurde peut-être, mais qui est fixe et certain, pour passer à ce qui s’entend, qui est souvent douteux ou discutable. Sans doute dans les livres il y a des tables... quelquefois, mais ce n’est pas assez; c’est dans le livre même que la méthode doit être pratique.

De plus, les meilleurs livres ont encore, je ne dirai, pas un défaut, mais un inconvénient au point de vue pratique: c’est de faire usage de signes spéciaux inusités ailleurs. Je sais tout ce qu’on peut dire en faveur des signes spéciaux, et combien il est plus aisé de marquer les sons avec précision et correction, lorsque chaque son a un signe unique, et chaque signe un son unique. C’est parfait au point de vue scientifique. Le malheur, c’est qu’un profane qui veut se renseigner et qui aperçoit ces signes dont il n’a pas l’habitude ferme le livre immédiatement. Il est bien certain qu’il a tort, mais qu’y faire? On aura beau simplifier, se réduire à une demi-douzaine de signes particulièrement indispensables, rien n’y fera. Les personnes les plus intelligentes, qui se rendraient immédiatement, si l’on avait deux minutes pour leur montrer verbalement la nécessité de ces signes, et combien leur usage est facile, ne feront pas elles-mêmes ce simple effort de deux minutes, qui leur serait nécessaire pour se rendre compte des choses avec une parfaite aisance. Elles fermeront le livre, comme les autres. Encore une fois, qu’y faire? Tant pis pour elles, dira quelqu’un! C’est parfait; mais alors on prêchera dans le désert! Or, quand on fait un livre de vulgarisation, c’est pour être lu du plus grand nombre, et il n’y a qu’un moyen de se tirer d’affaire, c’est celui de Mahomet: quand la montagne ne veut pas venir, il faut aller à elle! C’est pourquoi ce livre est imprimé d’un bout à l’autre avec les caractères de tout le monde. La méthode a des inconvénients: pense-t-on que je ne les voie pas? Elle sera certainement l’occasion de plus d’une erreur passagère, due à l’inattention du lecteur. Mais l’avantage qu’il y a d’atteindre la catégorie de lecteurs qui est de beaucoup la plus nombreuse compense largement quelques inconvénients, d’ailleurs assez médiocres en définitive.

_Ce n’est pas tout. Les traités de prononciation se bornent généralement à énoncer les faits, sans les expliquer: on en trouvera ici l’explication, historique ou théorique, sauf erreur, toutes les fois qu’elle est possible et présente quelque intérêt. Et c’est précisément l’avantage principal que présentent les classifications méthodiques et logiques sur les simples listes alphabétiques. Les lecteurs qui ne peuvent tirer parti que de l’ordre alphabétique--j’espère que c’est la minorité--auront toujours la ressource de recourir à la table des principaux mois cités, qui fera l’office d’un dictionnaire; mais ceux qui préfèrent l’ordre véritable et non artificiel, ceux qui veulent de la méthode, trouveront ici, j’espère, quelques satisfactions, au moins dans les chapitres importants, comme ceux de l’S et du_ T, sans parler des voyelles[8].

* * * * *

Après avoir justifié la publication de ce nouveau traité, peut-être faut-il faire connaître au lecteur les principes généraux qui m’ont guidé dans sa composition, plus simplement, quelle est la prononciation que je tiens en général pour la meilleure. Sur ce point je suis tout à fait de l’avis de l’abbé Rousselot: ce n’est pas en province qu’il faut chercher le modèle de la prononciation française, c’est à Paris. Toutefois je ferai à ce principe quelques restrictions. La prononciation parisienne est la bonne, mais à condition qu’elle ne soit pas exclusivement parisienne, auquel cas elle devient simplement dialectale. Pour que la prononciation de Paris soit tenue pour bonne, il faut qu’elle soit adoptée au moins par une grande partie de la France du Nord. Dans bien des cas, il est permis d’opposer à la prononciation de Paris une autre prononciation, si elle est répandue dans la plus grande partie de la France. Que les Parisiens ferment l’a de l_a_cer et l_a_cet, _je ne vois rien à redire à ce qu’on les imite, car ils ne sont pas les seuls: encore est-il au moins aussi légitime de l’ouvrir, s’il est ouvert un peu partout; mais si les Parisiens vont jusqu’à fermer l’_a de caden_a_sser et matel_a_sser, je pense que cette fois c’est peut-être trop, et qu’on peut préférer une prononciation plus répandue.

Il y a autre chose encore. Paris est grand, et il y a bien des mondes à Paris. «La langue varie, en effet, dit l’abbé Rousselot, suivant les quartiers, les conditions sociales, et les intentions du sujet parlant. Un Parisien de la haute classe ne parlera pas comme un homme du peuple. Et l’homme du peuple lui-même se gardera bien de parler devant un étranger, une personne qu’il respecte, comme avec un camarade... Donc le français à conseiller à tous est celui de la bonne société parisienne.» On ne peut que souscrire à un principe si judicieux. Malheureusement l’auteur ajoute presque immédiatement, en précisant ce qu’il appelle bonne société parisienne: «...L’enfant né à Paris est Parisien, et même l’enfant qui y arrive le devient très vite, à la condition qu’il fréquente une école populaire.» Populaire? Mais alors voilà une bonne société qui est terriblement large. Et ceci est justement le défaut du Précis de prononciation de l’abbé Rousselot, outre qu’il est fort incomplet[9]. Autant l’auteur est inattaquable quand il s’agit des constatations générales de la phonétique expérimentale, dont il est le créateur et dont il est resté le maître, autant il prête à la critique, quand il s’agit de savoir à quelle espèce de gens il s’est adressé pour déterminer pratiquement l’usage dans les cas particuliers ou douteux. Quel fond peut-on faire, sur le témoignage de gens, des enfants sans doute, qui prononcent aighille pour aiguille? Cela seul suffit à ôter parfois toute valeur à ses statistiques, d’ailleurs fort réduites, et à ses conclusions.

On ne sera donc pas surpris d’apprendre que la phonétique expérimentale ne donne pas par elle-même de résultats définitifs sur les questions qui font l’objet de ce livre. Si l’on veut savoir de quelle manière on dispose ses organes pour faire entendre un a fermé ou articuler un p ou un s, on peut s’adresser à elle en toute confiance: ses instruments sont infaillibles; mais s’il s’agit de savoir dans quels mots _l’_a est ouvert ou fermé, dans quels mots on prononce ou on ne prononce pas le p, les phonéticiens expérimentaux n’en savent pas plus que les autres, et leurs instruments, sur ce point, ne serviront à rien, tant qu’ils n’auront pas fait prononcer les mêmes mots par un assez grand nombre de personnes, choisies expressément dans ce but. Or justement, le premier point, celui qui est expressément de leur compétence, n’est pas traité dans ce livre: je m’adresse aux gens qui savent suffisamment le français, et aux Français eux-mêmes encore plus qu’aux étrangers, et je suppose qu’ils savent comment les sons s’émettent, comment s’articulent les consonnes. C’est pourquoi ce livre ne fait pas double emploi avec les travaux de la phonétique expérimentale: il les complète.

Le principe général est d’ailleurs le même, autant que possible, que celui de la phonétique expérimentale, et l’on ne saurait aujourd’hui en concevoir d’autre: il ne s’agit plus d’ordonner péremptoirement ce qui doit être, mais de constater simplement ce qui est. Une prononciation admise généralement par la bonne société est bonne par cela seul, fût-elle absurde en soi. Si l’on me voit chemin faisant résister à certaines prononciations que je crois mauvaises, c’est qu’elles ne me paraissent pas encore très générales, et que la lutte est encore permise et le triomphe possible; autrement je passe condamnation, car il n’y a rien à faire contre les faits. La seule difficulté est de savoir à quel moment une mauvaise prononciation est assez générale pour qu’il faille s’incliner et la déclarer bonne; car il faut bien se mettre dans l’esprit que toute prononciation qui est bonne a commencé par être mauvaise, comme toute prononciation mauvaise peut devenir bonne, si tout le monde l’adopte.

* * * * *

Ce traité se divise naturellement en deux parties, une pour les voyelles et une pour les consonnes. Il est probable quelles seront pour le lecteur d’un intérêt fort inégal, et voici pourquoi: la première peut servir surtout à corriger les défauts de prononciation, autrement dit les accents régionaux; mais ceci ne peut se faire qu’avec des efforts soutenus dont peu de gens sont capables. La seconde, au contraire, corrige les fautes de prononciation, et ceci ne demande pas d’effort: souvent il suffit que le fait soit constaté une seule fois. Ainsi beaucoup de gens ont un accent _déplorable, qui tiennent à parler fort correctement par ailleurs: c’est le cas de beaucoup de professeurs qui seraient très mal placés pour enseigner que l’_o de rose est fermé, alors qu’ils l’ouvrent outrageusement, et ne font même aucun effort pour le fermer, mais qui, d’autre part, sachant qu’on prononce dot avec un t, et comptable sans p, pratiquent cette prononciation et l’enseignent scrupuleusement.

D’ailleurs les voyelles sont très souvent flottantes: il y a tant de degrés dans leur ouverture. Qu’on les ouvre un peu plus ou un peu moins, dans une foule de cas, dans la plupart des cas, personne n’en est choqué, et on n’y attache pas une très grande importance. Mais qu’une consonne se prononce ou ne se prononce pas, c’est là souvent un fait précis, catégorique, sur lequel il n’y a pas de discussion possible, quand l’usage est suffisamment général; et beaucoup de gens tiennent particulièrement à savoir si, dans tel mot, telle consonne se prononce ou non.

J’ai donné néanmoins à la première partie tout le développement qu’elle comportait, mais je pense tout de même que ce livre servira plus à corriger les fautes que les défauts, lesquels souvent sont chers à ceux qui les ont.

_Qu’il me soit permis, chemin faisant, d’attirer spécialement l’attention du lecteur curieux sur deux chapitres assez nouveaux, celui de l’_e muet et celui des liaisons. _La question de l’_e muet a déjà été traitée une fois; mais je l’ai reprise sur un plan différent. Pour celle des liaisons, on s’en tient d’ordinaire à des conseils généraux: j’ai pris la peine d’entrer dans le détail et de classer méthodiquement les faits.

Enfin, je ne voudrais pas que le lecteur fût effrayé par l’abondance des notes, qui pourraient sembler faire de ce livre un travail d’érudition. Il n’en est rien. Ces notes, qui peuvent d’ailleurs être négligées par ceux qu’elles n’intéressent pas, ont un double objet. Elles contiennent d’une part la prononciation des noms propres, qui auraient sans doute encombré le texte. D’autre part elles donnent des renseignements qui peuvent être curieux sur les prononciations d’autrefois; elles permettent ainsi d’apprécier certaines rimes qu’on trouve chez les poètes classiques; elles font de plus savoir (s’ils l’ignorent) à ceux qui aiment les vieilles éditions, que toutes les consonnes qui jadis encombraient les textes ne se prononçaient d’ordinaire pas plus qu’aujourd’hui où on ne les écrit plus[10]. Enfin elles donnent parfois des explications complémentaires qui n’ont pas paru être à leur place dans le texte.

Après cela, et malgré les soins consciencieux que j’ai apportés à mon travail, il y aura sans doute dans ce livre plus d’une erreur. En tout cas, il est évidemment impossible qu’un lecteur qui a des opinions sur la matière ait exactement les mêmes que l’auteur sur tous les points. Si ce lecteur est particulièrement qualifié, il me suffira de ne différer d’avec lui que sur des points secondaires. Quant au lecteur qui cherchera ici des renseignements, j’espère qu’il ne s’égarera pas trop souvent. Et puis, je compte un peu sur la collaboration de mes lecteurs eux-mêmes pour perfectionner ce livre et le rendre plus utile, si le public lui fait bon accueil: toutes les observations sérieuses, appuyées sur une expérience suffisamment étendue, seront accueillies avec reconnaissance.

NOTE DES ÉDITEURS

Cette nouvelle édition a été, comme les deux premières, soigneusement revue et a subi de nombreuses corrections et modifications.

C’est qu’un ouvrage semblable, sous peine de perdre une partie de sa valeur, doit suivre pas à pas les changements qu’apportent la mode et l’usage.

Dans leur vie brève ou longue, les mots voient leur sens évoluer; ils voient aussi leur prononciation se modifier.

Nous nous sommes efforcés, après la disparition de l’auteur de Comment on prononce le français et de Comment on parle en français, de tenir à jour avec un soin constant ces livres gui ont fait à Philippe Martinon la plus enviable réputation de technicien.

Il nous faut dire notre sincère gratitude à ceux qui, en grand nombre, nous ont transmis leurs observations. Ces observations, nous les avons examinées très attentivement et nous en avons tiré le plus grand profit.

COMMENT ON PRONONCE LE FRANÇAIS

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

LES LETTRES

Quoique ce livre soit plutôt un ouvrage de vulgarisation, il n’est pas possible de traiter de la prononciation en faisant table rase des travaux de la phonétique. L’alphabet, tel qu’on l’enseigne aux enfants, ne peut vraiment suffire ici. D’une part, les voyelles ne sauraient se réduire à cinq, =a=, =e=, =i=, =o=, =u=[11]. D’autre part, il y a souvent deux ou trois consonnes pour un seul son, comme =c=, =k=, =q=, ou bien la même consonne a deux sons différents, comme =c= encore, ou =g=, ou =t=[12]; il y a même une lettre qui réunit ordinairement deux sons en elle: =x=, tandis que pour tel son unique nous employons deux lettres, comme =ch= ou =gn=. Tout cela fait beaucoup de confusion. Or, en matière de prononciation, les sons importent plus que les lettres, et, faute d’un alphabet phonétique, au moins faut-il mettre un peu d’ordre dans les caractères que nous possédons. On nous permettra donc de commencer ce livre par une classification logique des sons, =voyelles= ou =consonnes=[13].

Classification des voyelles.

Pour ce qui est des voyelles, nous n’avons pas dessein d’entrer dans le domaine de la physiologie, pour expliquer en détail leurs différences d’émission, de timbre ou d’intensité: nous supposerons que le lecteur sait émettre les sons et les distinguer. Nous lui dirons donc tout de suite qu’il y a au moins dix voyelles essentielles, et l’on verra qu’il y en a davantage. En voici le tableau, car les explications se comprendront mieux ensuite:

=è= (ouvert), =é= (fermé), =i=. =a=, =eu= (id.), =eu= (id.), =u=. =o= (id.), =o= (id.), =ou=. --------------------- --------------------- | | Voy. ouvertes. Voy. fermées.

Il est bien évident qu’on ne saurait identifier l’=é= aigu avec l’=è= grave, ou, pour employer tout de suite des expressions qui seront plus commodes ailleurs, l’=é= fermé avec l’=è= ouvert, celui d’enflé avec celui d’austère[14]. On ne saurait confondre non plus l’=eu= ouvert de _j_eu_ne_ avec l’=eu= fermé de _j_eû_ne_. Et il y a encore exactement la même différence entre l’=o= ouvert de _cour_o_nne_ et l’=o= fermé de _tr_ô_ne_[15].

Ainsi, partant de l’=a=, qui est la voyelle type, celle qu’on prononce d’abord quand on ouvre la bouche naturellement et normalement, nous voyons les voyelles se répartir en trois séries divergentes: d’une part la série =a=, =è=, =é=, =i=, dont l’émission élargit progressivement la bouche sur les côtés en la fermant à demi; d’autre part, la série =a=, =o= ouvert, =o= fermé, =ou=, dont l’émission rapproche progressivement les coins de la bouche en l’arrondissant; enfin, entre les deux, la série =a=, =eu= ouvert, =eu= fermé, =u=, qui participe à la fois des deux autres: de la première par la position de la langue, de la seconde par les mouvements des lèvres. On se rendra compte facilement de ce rapport en passant successivement du son =u= au son =i=, par simple déplacement des lèvres, et au son =ou=, par déplacement de la langue seule, même sans avancer les lèvres; on passe de même de =eu= fermé à =é=, ou bien à =o= fermé, de =eu= ouvert à =è=, ou bien à =o= ouvert. Et cela fait bien dix voyelles.

Sur ces dix voyelles, six sont fermées, d’abord =é=, =eu= fermé, =o= fermé; ensuite et plus encore, =i=, =u=, =ou=. Les autres sont ouvertes.

On remarquera en passant que les trois voyelles extrêmes, les plus fermées, =i=, =u=, =ou=, quand elles sont suivies d’autres voyelles, s’en accommodent si bien qu’au lieu de faire hiatus, comme dans _h_aï_r_ ou dans _És_aü, elles font presque nécessairement diphtongue avec elles: _d_ia_ble_, _h_ui_t_, _d_oua_ne_: c’est ce que les grammairiens appellent synérèse. Pour parler plus exactement encore, elles se transforment alors en semi-voyelles, ce qui veut dire que, n’étant plus voyelles qu’à moitié, car elles se prononcent plus rapidement que les voyelles vraies, elles font à peu près l’office de consonnes. Le =w= anglais de whist représente assez bien la consonne =ou=; il n’y a pas de signe courant pour représenter l’=u= consonne; mais l’=i= consonne s’écrit ordinairement au moyen de l’=y=, et s’appelle alors =yod=: c’est celui de l’anglais yes.

* * * * *

Mais ces dix voyelles ne sont pas tout. Le son de l’=a= n’est pas plus unique que celui de l’=e= ou celui de l’=o=. Les grammaires se bornent généralement à distinguer l’=a= long de l’=a= bref, _p_a_tte_ et _p_â_te_, _f_a_ce_ et _gr_â_ce_, _t_a_che_ et _t_â_che_, et cette distinction a certainement son importance, même pour les voyelles autres que =a=; mais elle est insuffisante pour notre objet, car l’=a= de _p_a_rs_ est aussi long que celui de _p_â_te_, sans avoir du tout le même timbre. La vérité est qu’on doit faire ici une distinction tout à fait analogue à celle qu’on fait si facilement pour =e=, =o= et =eu=. En effet, nous avons d’une part un =a= qui n’est jamais bref, et c’est celui de _p_â_te, gr_â_ce_ ou _t_â_che_, et un autre =a= qui est généralement bref, mais qui peut être long, et c’est celui de _p_a_tte_, _f_a_ce_, _t_a_che_ ou _p_a_rs_. Or nous verrons qu’il y a de même, par exemple, un =o= qui n’est jamais tout à fait bref, et c’est l’=o= fermé: _domin_o, _r_o_se_, _gr_o_sse_, et un autre =o=, qui est généralement bref, mais qui peut être long, et c’est l’=o= ouvert: _p_o_mmes_, _p_o_ste_ et _m_o_rt_. Nous admettrons, au moins par analogie, et pour unifier les termes, qu’à côté de l’=a= ouvert proprement dit, il y a aussi un =a= fermé, celui de _p_â_te_[16].

A ce second =a=, il faut encore ajouter l’=e= muet, appelé aussi =e= féminin, qui tantôt se prononce et tantôt ne se prononce pas, suivant les circonstances, et qui par suite n’est pas toujours muet, et cela fait bien douze voyelles.

En outre, à ces voyelles, qui sont dites orales, parce que l’air expiré passe uniquement par la bouche, on doit en ajouter d’autres, dites nasales, parce que l’air expiré passe par le nez en même temps que par la bouche. Elles sont quatre, =an=, =in=, =on=, =un=, qui n’ont rien de commun avec des diphtongues, et elles correspondent, non pas, comme l’indique l’orthographe, aux voyelles =a=, =i=, =o=, =u=, mais à peu près aux quatre voyelles ouvertes =a=, =è=, =o=, =eu=: on peut s’en rendre compte aisément, en passant de chacune de ces voyelles à la nasale correspondante. Et ce sont bien des voyelles simples: l’=n= n’est ici qu’un signe orthographique, qui, entendu autrefois, ne s’entend plus aujourd’hui en aucune façon, sauf dans le Midi, naturellement. Et cela fait seize voyelles.

* * * * *

En fait, il y en a bien davantage encore, et voici pourquoi. Sans doute une voyelle est fermée ou ne l’est pas, et pratiquement on ne voit pas qu’elle ait deux manières d’être fermée. Or, quand elle n’est pas fermée, elle est ouverte; mais c’est ici qu’il y a bien des degrés. L’=e= de _p_é_rir_ a beau avoir le même accent aigu que celui de _tromp_é, celui de _tromp_é seul est fermé, et celui de _p_é_rir_ est incontestablement ouvert, mais il l’est sensiblement moins que celui de _p_è_re_. On pourrait même dire qu’il y mathématiquement une infinité de degrés dans l’ouverture d’un son quelconque. Sans entrer dans des distinctions scientifiques qui n’ont point d’intérêt pratique, on peut dire que l’=é= de _p_é_rir_, _d_é_montre_, _pr_é_pare_, etc., est moyen, étant à égale distance de l’=é= fermé de _tromp_é et de l’=e= tout à fait ouvert de _p_è_re_, souvent même plus près du second que du premier. De même il y a un =o= moyen, un =eu= moyen, et si les voyelles =i=, =u=, =ou=, ne sauraient être moyennes, étant toujours fermées, à l’autre bout il peut encore y avoir un =a= moyen.

Ce mot moyen a malheureusement un inconvénient: il est nécessaire par ailleurs pour caractériser la quantité des voyelles qui ne sont ni longues ni brèves. Nous veillerons donc à ce qu’aucune confusion ne puisse se produire dans l’esprit du lecteur entre ces deux sens, concernant le timbre et la quantité. Par exemple, en parlant du timbre, comme la caractéristique d’un son tel que l’=é= de _p_é_rir_ est avant tout de n’être pas fermé, malgré son accent aigu, nous le qualifierons à l’occasion d’=e= légèrement ouvert ou à demi ouvert, quand il faudra le comparer à l’=è= grave, qui l’est tout à fait.

Ainsi nous nous en tiendrons à notre tableau des voyelles, qui peut suffire. On remarquera que trois d’entre elles sont écrites avec deux lettres. Ce furent jadis des diphtongues; mais il y a longtemps que ce n’en sont plus. L’orthographe a conservé le signe double, justifié autrefois, mais l’orthographe n’y change rien, et ce sont des voyelles. Mieux vaudrait assurément que chaque voyelle eût un signe propre, ou du moins qu’il y en eût un spécial pour =eu=, ouvert ou fermé, et un autre pour =ou=: nous n’avons pas cru devoir, dans un livre de vulgarisation, choquer les habitudes du lecteur par l’usage de signes phonétiques peu usités, et nous avons conservé l’orthographe courante.

Il y a encore en français d’autres groupes de signes qui furent aussi jadis des diphtongues et depuis longtemps n’en sont plus, et que nous avons conservés tels quels: =ai=, =ei=, =au=, et aussi le groupe =oi=, sans parler d’=œ= et =æ=, qui furent diphtongues aussi, mais en latin. Ces groupes ne figurent pas dans le tableau, parce qu’ils y feraient double emploi; ils seront étudiés à la suite des voyelles simples auxquelles ils sont apparentés.

Classification des consonnes.

Même en laissant de côté les semi-voyelles, nous avons dix-huit consonnes simples.

1º Six muettes: =b=, =c=, =d=, =g=, =p=, =t=, ainsi nommées parce qu’elles ne se font sentir réellement qu’avec l’aide d’une voyelle[17]. On les appelle aussi momentanées, pour la brièveté de leur émission, et aussi explosives ou occlusives, parce qu’elles produisent une explosion plus ou moins brusque, après occlusion momentanée des organes de la parole.

Les muettes sont labiales, si la fermeture est faite par les lèvres: =b=, =p=; dentales, si elle est faite par la langue appuyée contre les dents: =d=, =t=; gutturales ou palatales, si elle est faite par la langue appuyée contre le haut du palais, plus ou moins près de la gorge: =c=, =g=. Mais surtout on les divise en deux catégories:

Les muettes fortes, ou explosives sourdes, qui ne sont accompagnées d’aucune résonance, et qu’on peut appeler brusques; on les reconnaît dans =pa=, =ta=, =ca=, ou =ap=, =at=, =ac=;

Les muettes douces, ou explosives sonores, qu’on peut appeler retardées, parce que la résonance interne qui précède le son et l’adoucit a pour effet d’en retarder l’explosion; on les reconnaît dans =ba=, =da=, =ga=, ou =ab=, =ad=, =ag=.

2º Six =spirantes=: =f=, =ch=, =j=, =s=, =v=, =z=, dont l’émission est produite par une simple émission d’air, qui ne nécessite absolument ni l’occlusion momentanée des organes (un simple rétrécissement suffit), ni l’intervention d’une voyelle.

Les spirantes aussi sont labiales, quand elles rapprochent la lèvre inférieure des dents supérieures: =f=, =v=; dentales, quand elles rapprochent les dents supérieures des inférieures: =s=, =z= (ou =c= devant =e= et =i=); palatales, quand elles rapprochent la langue du palais: =ch=, =j= (ou =g= devant =e= et =i=). D’autre part les spirantes labiales sont appelées aussi fricatives; les dentales, sifflantes; les palatales, chuintantes. Mais les spirantes, comme les muettes, se divisent surtout en deux catégorie essentielles:

Les spirantes fortes, ou sourdes, sans résonance, =f=, =s=, =ch=;

Les spirantes douces, ou sonores, et par suite retardées, =v=, =z=, =j=.

3º Deux =liquides=: =l= et =r=.

Il y a diverses façons de prononcer l’=r=; mais il est bien inutile, à moins que ce ne soit pour le chant, de s’évertuer à retrouver l’=r= vibrant qu’on prononçait avec la pointe de la langue: cet =r= a disparu à peu près de l’usage, au moins dans les villes, et surtout à Paris, où on grasseye, la pointe de la langue appuyée contre les dents inférieures.

4º Deux nasales, qui étaient aussi qualifiées de liquides par les grammairiens grecs: =m= et =n=, l’une labiale, l’autre dentale.

5º Deux consonnes =mouillées=: =l= et =n=.

L’=l= mouillé s’écrit par =ll= après =i=: _fi_ll_e_; par =il= ou =ill= après =a=, =e=, =eu=, =ou=: _ba_il, _ca_ill_e_, _sole_il, _pare_il, _deu_il, _feu_ill_e_, _bou_ill_e_. Il s’écrit aussi =lh= ou =ilh= dans les noms méridionaux, comme _Me_ilh_ac_ ou _Mi_lh_au_ et =gli= en italien. A la vérité, le son véritable de l’=l= mouillé, que l’on confond souvent avec =ly=, est aujourd’hui perdu pour la plupart des Français, malgré les efforts suprêmes de Littré, et se confond désormais avec le simple =yod=[18].

L’=n= mouillé s’écrit =gn=; il se rapproche très sensiblement de l’=n= suivi de la semi-voyelle =y=, et se confond souvent avec lui.

6º A ces dix-huit consonnes simples il faut ajouter une consonne double, =x=, qui se prononce de diverses façons, mais qui en principe représente cs; et d’autre part l’=h=, qui ne se prononce plus guère, même quand il est aspiré, mais qui dans ce cas sert toujours à empêcher l’élision et la liaison.

Quelques considérations générales sur l’accent tonique.

Avant de commencer l’étude particulière des voyelles, une distinction capitale est à faire, celle des voyelles accentuées ou toniques, et des voyelles atones, car l’=e= dit muet n’est pas seul atone, et toute voyelle qui ne porte pas l’accent tonique s’appelle atone. Or l’accent tonique, très faible en français par comparaison avec les autres langues, est cependant très important, comme on va voir. Mais il ne faut pas le confondre avec l’accent dit oratoire, ou emphatique, qui est tout autre chose.

L’accent oratoire se place sur la syllabe quelconque que l’on désire mettre en relief, et souvent même sur des mots complètement atones, comme je. Il se met en général sur la première syllabe des mots. Ch. Nyrop, le grammairien danois, qui est classique chez nous en matière de grammaire française, a relevé dans un cours public la phrase suivante, dont il a noté les accents d’après le débit du professeur: «_Ain_si nous avons _d’u_ne part une progression _croi_ssante, _d’au_tre part une progression _dé_croissante.» On dirait de même: c’est un mi_sérable_; at_tention!_ im_possible_. Toutefois, si la première syllabe commence par une voyelle, l’accent oratoire se reporte le plus souvent sur la seconde, afin de faire vibrer la première consonne: _in_sen_sé_. Cela est particulièrement nécessaire quand il y a liaison avec le mot précédent, dont la consonne finale prendrait sans cela trop d’importance: _c’est im_pos_sible_ et non c’est im_possible_. Paul Passy a noté que certains mots sont prononcés plus souvent avec cet accent qu’avec l’accent normal: beau_coup_, _ex_trê_mement_, ter_rible_, ri_dicule_, ban_dit_, etc., et surtout des injures, comme co_chon_; mais tous ces mots reprennent l’accent normal, si on les prononce avec le calme parfait. Ainsi l’accentuation de beaucoup de mots est dans une sorte d’équilibre instable, qui se prête admirablement à l’expression de la pensée ou du sentiment, avec toutes leurs nuances[19]. Seulement l’accent oratoire, qui est arbitraire, peut bien exercer une grande influence sur l’intensité des voyelles: il n’en exerce aucune sur le timbre.

* * * * *

Il n’en est pas de même de l’accent tonique, qui est fixe, et qui vient directement du latin: malgré sa faiblesse, il a conservé sa place originelle dans les mots de formation populaire, et il est uniquement sur la dernière syllabe masculine des mots, les syllabes muettes ne comptant pas: _prés_a_ge_ a l’accent tonique sur a, _cour_o_nne_ sur o, _quatri_è_me_ sur è. D’ailleurs beaucoup de mots d’une et même deux syllabes, articles, pronoms, prépositions, conjonctions, s’appuient sur leurs voisins et n’ont pas d’accent propre ou très peu. D’autres mots ont un accent, et peuvent le perdre au profit d’un monosyllabe qui suit, lequel peut le perdre à son tour au profit d’un autre monosyllabe; ainsi dans les expressions laissez, laissez-moi, laissez-moi là, l’accent est toujours uniquement sur la dernière syllabe, c’est-à-dire successivement sur sez, sur moi et sur là[20]. Et il faut noter que l’accent oratoire ne détruit pas nécessairement l’accent tonique: dans je reste, tu t’en vas, l’accent oratoire peut être sur je et tu, mais cela n’empêche pas l’accent tonique d’être sur res et vas.

* * * * *

Cela posé, on comprend sans peine que les voyelles qui ont un accent tonique fixe ont beaucoup plus d’importance que les voyelles atones. Ce point est capital, et la question de savoir si une voyelle est ouverte ou fermée, longue ou brève, ne se pose réellement avec intérêt que si cette voyelle est tonique. En effet, les voyelles atones, n’ayant pas l’importance des autres, se prononcent presque toutes plus ou moins légèrement, à moins d’une intention spéciale; aussi sont-elles rarement fermées et rarement longues; car on ne peut fermer ou allonger une voyelle que par un acte exprès de la volonté[21].

Ainsi les voyelles atones sont généralement assez brèves et assez ouvertes, sans l’être beaucoup; elles sont moyennes, dans tous les sens du mot, et diffèrent assez peu les unes des autres. On peut comparer pour la quantité les deux a de adage ou placard, où le second est beaucoup plus long que le premier, et pour l’ouverture, les deux o de folio ou siroco, où le second seul est fermé. On met le plus souvent un accent aigu sur l’e à l’intérieur des mots, quand il n’est pas muet; mais il ne s’ensuit pas que cet e soit fermé: il est, lui aussi, moyen dans tous les sens. Par exemple dégénéré a d’abord trois e à peu près identiques, et qui, malgré l’accent aigu qui les assimile au quatrième, sont en réalité aussi distincts de lui que de l’e ouvert et long qui termine le présent dégénère[22].

Ce phénomène est si général et si nécessaire, que la même syllabe changera son ouverture et sa quantité suivant la place qu’elle aura dans le mot, c’est-à-dire suivant qu’elle sera ou ne sera pas tonique. Nous venons de voir le troisième é de dégénérer s’allonger manifestement dans dégénère; inversement l’a de cave s’abrège dans caveau. Une voyelle tonique qui était fermée et longue s’ouvre à demi et s’abrège en perdant l’accent: bah, ébahir; une voyelle tonique qui était ouverte et longue se ferme à demi et s’abrège aussi: or, dorer; si bien que par exemple l’e de pied, qui est fermé, et l’e de diffère, qui est ouvert, deviennent identiques, ni ouverts ni fermés (malgré l’accent aigu), dans piéton et différer.

Même si la syllabe ne se déplace pas dans le mot, il suffit qu’elle perde l’accent au profit du monosyllabe qui la suit, pour que son ouverture et sa quantité changent également: aime est moins ouvert et moins long dans aime-t-il, où l’accent est sur il, que dans il aime; peux est moins fermé et plus bref dans peux-tu que dans tu peux; êtes se prononce plus légèrement dans vous êtes fou que dans fou que vous êtes. Il n’est même pas besoin d’un monosyllabe héritant de l’accent du mot qui précède: il suffit qu’un mot accentué soit suivi immédiatement d’autres mots liés à lui intimement par le sens, pour que le seul affaiblissement de l’accent produise un léger changement d’ouverture ou de quantité, car l’accent qui n’est pas tout à fait final est toujours plus faible que l’accent final; ainsi aime, étant moins accentué, est aussi moins ouvert et plus bref dans je les aime depuis longtemps, articulé sans pause, que dans je les aime tout court.

* * * * *

On voit quelle est l’importance du phénomène: il se manifeste aussi bien dans les assemblages de mots que dans les mots considérés séparément. C’est un point qu’il ne faudra jamais perdre de vue dans l’étude des mots pris séparément. Nous le rappellerons d’ailleurs plus d’une fois au lecteur. Mais de toutes ces considérations il résulte que l’objet principal de la première partie de ce livre sera l’étude des voyelles toniques, qui sont de beaucoup les plus importantes. Quant aux voyelles atones, j’entends celles qui sont dans le corps des mots, nous ne laisserons pas d’en dire un mot à la suite dans chaque chapitre, mais seulement comme complément, et parce que le phénomène général dont on vient de parler ne se manifeste pas également dans tous les cas. Il faut voir notamment dans quelles circonstances il peut se faire qu’une syllabe qui perd l’accent garde néanmoins en partie ses qualités premières.

Autres observations générales.

En dehors de la distinction capitale que nous venons de faire entre les voyelles toniques et les atones, nous pouvons encore, avant de passer à l’étude des voyelles particulières, simplifier sensiblement la besogne par avance au moyen de deux observations générales concernant les voyelles toniques qui peuvent être ouvertes, =a=, =e=, =eu=, =o=.

C’est un fait constant que les groupes de consonnes abrègent la voyelle qui précède, et cela est vrai des toniques encore plus que des autres. Donc une voyelle tonique n’est jamais longue, et encore moins fermée, quand elle est suivie de deux consonnes articulées: secte, golfe. Je dis articulées toutes les deux, car d’une part une consonne double n’a jamais en fin de mot que la valeur d’une consonne simple; d’autre part, dans un mot tel qu’amante, on ne prononce qu’une seule consonne, l’n n’étant plus que le signe extérieur de la nasalisation; de même dans Duquesne, l’s ne sert plus qu’à allonger la voyelle. Mais si les deux consonnes sont articulées, elles produisent le même effet que l’atonie, et elles le produisent avec une régularité et une constance parfaites, que nous ne trouverons pas ailleurs. Par exemple, apte, arc, arche, taxe (car x=cs), etc., ou secte, berge, ferme, reste, vexe, etc., ou docte, dogme, golfe, porche, etc., ont la voyelle plus ou moins brève, suivant les cas, mais jamais longue et toujours ouverte, et ces finales n’ont jamais d’accent circonflexe[23].

Toutefois, ces groupes de deux consonnes ne comprennent pas ceux où la seconde, mais la seconde seule, est une liquide, =l= ou =r=; car ceux-là sont traités en français comme s’ils ne faisaient qu’une seule consonne[24]. Ainsi les finales en -acle ou -adre, par exemple, peuvent être, comme nous le verrons plus loin, longues ou brèves, ouvertes ou fermées, et ne doivent pas être confondues avec les finales en -acte ou -apte, ou même -arle, toujours ouvertes, et toujours brèves ou moyennes; de même etre peut être long ou bref (être, mètre), tandis que -erte, fait des mêmes lettres, n’est jamais long; l’a est long et fermé dans _s_a_bre_, tandis qu’il est nécessairement ouvert et moyen dans _b_a_rbe_, qui a les mêmes consonnes, et même dans _m_a_rbre_, qui en a une de plus.

Malgré cette restriction, il reste un nombre considérable de finales toniques dont nous n’aurons pas à nous occuper: plus de trente pour chacune des voyelles =a=, =é=, =o=[25]. Nous n’aurons donc à étudier que trois catégories:

1º Les voyelles finales, avec ou sans consonne muette: _panam_a, _am_a(s), _clim_a(t), _estom_a(c);

2º Les voyelles suivies d’une seule consonne articulée, simple ou double, avec ou sans e muet: _cart_e_l_, _mart_è_le_, _mort_e_lle_;

3º Les voyelles suivies de deux consonnes articulées dont la seconde seule est =l= ou =r=, la première étant simple ou double: _m_aî_tre_, _m_è_tre_, _m_e_ttre_.

Notre seconde observation préliminaire à propos des voyelles toniques =a=, =e=, =eu=, =o=, c’est que, lorsqu’elles ont l’accent circonflexe, elles sont longues en principe, quand elles sont suivies d’une syllabe muette, sauf dans les formes verbales[26].

De plus, les voyelles =a=, =eu=, =o= sont fermées quand elles sont surmontées de l’accent circonflexe: _p_â_te_, _j_eû_ne_, _r_ô_le_, tandis que l’=e=, également fermé jadis, au moins dans certains mots, est aujourd’hui très ouvert presque partout dans le même cas: _p_ê_che_, _fr_ê_le_, _t_ê_te_.

Nous verrons qu’il en est exactement de même de nos quatre voyelles devant l’s doux: _écr_a_se_, _heur_eu_se_, _ch_o_se_ se prononcent comme _p_â_te_, _je_û_ne_, _r_ô_le_; de même _trap_è_ze_ ou _franç_ai_se_ comme _p_ê_che_ et _fr_ê_le_. Aussi les finales -ase, -euse, -ose, -èse ou -aise n’ont elles jamais d’accent circonflexe[27].

Au contraire, nous verrons l’=r= allonger toujours, et le =v= ordinairement, la voyelle qui précède, mais sans jamais la fermer: _ch_a_r_ et _ch_e_r_, _b_eu_rre_ et _b_o_rd_, _br_a_ve_ et _br_è_ve_, ont la voyelle longue, mais ouverte.

PREMIÈRE PARTIE

LES VOYELLES

Pour étudier les voyelles, nous suivrons l’ordre du tableau. Nous examinerons donc successivement:

1º La voyelle =a=, à laquelle nous joindrons le groupe =oi=, diphtongue si l’on veut, puisqu’il exige deux sons vocaux, ou et a, mais qui est plus exactement un a précédé d’une semi-voyelle, ou ou w, et qui en tout cas peut avoir les mêmes nuances que l’a;

2º La voyelle =e=, ouverte ou fermée, en y joignant =œ= et =æ=, diphtongues latines, généralement fermées, ainsi que les groupes =ai= (ou =ay=) et =ei= (ou =ey=), qui sont généralement ouverts;

3º La voyelle =eu=, ouverte ou fermée;

4º La voyelle =o=, ouverte ou fermée, avec le groupe =au= (ou =eau=), généralement fermé;

5º Les voyelles extrêmes, =i=, =u=, =ou=, essentiellement fermées, et sur lesquelles il y a donc peu à dire, parce que la prononciation en diffère peu d’un mot à l’autre;

6º Les voyelles nasales, avec leurs graphies diverses, faites en principe des diverses voyelles, suivies d’un =n= ou d’un =m=;

7º L’=e= muet;

8º Les =semi-voyelles=, c’est-à-dire, si l’on préfère, les =diphtongues=.

I.--LA VOYELLE A.

1º L’A final.

L’=a= final n’est ni long ni fermé, sans être tout à fait bref ni tout à fait ouvert; il est, si l’on veut, moyen, quelle que soit d’ailleurs son origine, même l’ablatif latin: _cameli_a, _pari_a, _tapioc_a, _falbal_a, _panam_a, _me_a _culp_a, _opér_a, _delt_a, _il v_a.

Il y a quelques exceptions, j’entends quelques =a= fermés. Ce sont:

1º Le nom même des lettres a et k, et les notes de musique fa et la: comparez la lettre a avec il a, et c’est un la avec il est là[28].

Toutefois, dans l’expression a b c, l’a, devenu atone, comme l’à de à Paris, est moins nécessairement fermé que quand il est seul.

2º Le mot _bêt_a. On se demande pourquoi, si ce mot est vraiment une forme dialectale de bétail, où l’a s’est ouvert depuis longtemps. Nous noterons cependant que ce mot s’emploie surtout comme une espèce d’interjection, dont le son se prolonge.

3º Le mot _chocol_a_t_, au moins à Paris. C’est peut-être à cause de son étymologie espagnole _chocol_a_te_, mot qui a l’accent sur l’a; mais cet a est destiné à s’ouvrir, comme dans les autres mots en -at, et on n’est nullement obligé de le fermer.

4º Les interjections _b_a_h_ et _hourr_a, dont le son se prolonge naturellement; mais si l’on fait de hourra un substantif, il rentre dans la règle générale. Hourra est d’ailleurs d’origine anglaise, et avait d’abord un =h= final; or l’h final, qui, en dehors des interjections bah et pouah, appartient uniquement à des mots d’origine étrangère, avait pour effet d’allonger et de fermer l’a; mais cet effet est aussi en voie de disparition, à mesure que les mots achèvent de se franciser[29].

Quand l’=a= est suivi d’une consonne qui ne se prononce pas, elle n’y change pas d’ordinaire grand chose; et surtout, ici comme partout ailleurs, les pluriels ne diffèrent plus en rien des singuliers: _un opér_a, _des opér_a_s_, _une vill_a, _des vill_a_s_[30].

Peut-être l’=a= s’ouvre-t-il un peu plus devant le t (avec ou sans s): _un candid_a_t_, _des candid_a_ts_[31]. Peut-être aussi est-il encore un peu plus fermé dans les futurs, comme _tu aimer_a_s_, que dans les prétérits, comme _tu aim_a_s_, mais c’est peu de chose.

Toutefois, l’=a= est resté en général un peu long et fermé, au moins à Paris, dans la plupart des mots qui ont un s au singulier comme au pluriel: _b_a_s_, _c_a_s_, _l_a_s_, _lil_a_s_, _trép_a_s_, _t_a_s_. Mais ici même, par analogie, l’=a= s’est ouvert ou tend à s’ouvrir dans un grand nombre de mots: _galimati_a_s_, _trac_a_s_, _ch_a_s_, et surtout les mots en =-las=, =-nas=, =-ras= et =-tas=: _matel_a_s_, _chassel_a_s_, _cervel_a_s_, _entrel_a_cs_ et _vergl_a_s_, _anan_a_s_ et _caden_a_s_, _br_a_s_ et _embarr_a_s_, _taffet_a_s_ et _galet_a_s_. Même des rimes comme _c_a_s_ et _avoc_a_ts_, _b_a_s_ et _grab_a_ts_ n’ont plus rien de choquant.

2º L’A suivi d’une consonne articulée.

Quand l’=a= est suivi d’une consonne articulée, en principe il s’ouvre et s’abrège plus ou moins. Le rôle que jouent ici les consonnes, ou du moins la plupart des consonnes, se marque nettement dans certains féminins: l’=a=, qui n’est encore que moyen dans _délic_a_t_, _candid_a_t_, _scélér_a_t_ ou _ingr_a_t_, achève de s’ouvrir et de s’abréger dans _délic_a_te_, _candid_a_te_, _scélér_a_te_ ou _ingr_a_te_[32]. Et ce qui prouve bien que c’est la consonne qui fait tout, et que l’e muet n’y est pour rien, c’est que mate, féminin de mat, ne se prononce pas autrement que le masculin, le =t= étant articulé dans les deux cas.

Cette ouverture de l’=a= se manifeste presque également dans la plupart des finales à consonne, qui ainsi ne diffèrent les unes des autres que par la quantité[33]. C’est donc la quantité qui nous permettra de les classer.

I. =A bref.=--Les finales les plus brèves sont celles dont la consonne est une des trois explosives brusques, =c=, =p=, =t=[34].

1º =-ac=, =-ak= et =-aque=: _cogn_a_c_ et _l_a_c_, _l_a_que_ et _bar_a_que_[35].

2º =-ap= et =-ape=, ou =-appe=: _c_a_p_ et _c_a_pe_, _p_a_pe_ et _fr_a_ppe_[36]. On ferme souvent l’=a= dans _dér_a_pe_, par une fausse analogie avec _r_â_pe_, qui est pour _r_a_spe_, mais c’est une erreur.

3º =-at= et =-ate=, ou =-atte=, et même =-âtes=: _m_a_t_ et _tom_a_te_, _r_a_te_, _son_a_te_ et _donn_â_tes_[37].

Ici encore, il ne faut pas qu’une fausse analogie fasse altérer les formes des deux verbes _m_a_ter_, qui n’en font qu’un: ils viennent de _m_a_t_, terme du jeu d’échecs, dont l’a est ouvert et bref, et sans rapport avec _m_â_ter_, terme de marine dérivé de _m_â_t_.

Avec ces finales doivent figurer, étant brèves aussi, celles qui ont une spirante également brusque ou sourde, =f=, =ch=, =s=.

1º =-af=, =-afe= et =-aphe=: _gn_a_f_, _g_a_ffe_, _orthogr_a_phe_.

2º =-ache=: h, _t_a_che_, _moust_a_che_, _arr_a_che_[38].

3º =-ace= et =-asse=, ou =-ass= (mais non =-as=): _dédic_a_ce_ et _carc_a_sse_, _ch_a_sse_, _f_a_ce_ et _f_a_sse_, _terr_a_sse_ et _vor_a_ce_, _ray-gr_a_ss_, etc., et les imparfaits de subjonctifs, autrefois longs. Mais, comme tout à l’heure pour les mots en as où l’s ne s’articulait pas, il y a ici beaucoup d’exceptions parmi les mots en -asse.

L’=a= est fermé et long en principe, d’abord dans les dérivés des mots en =-as= qui ont l’a long, mais non pas dans tous. Il l’est dans les adjectifs féminins _b_a_sse_, _l_a_sse_ (et le verbe) et _gr_a_sse_, qui conservent l’a fermé du singulier; puis dans les verbes _am_a_sse_ et _ram_a_sse_, _p_a_sse_ et _trép_a_sse_ (avec _imp_a_sse_, quoique moins régulièrement), _s_a_sse_ et _ress_a_sse_ (pas toujours non plus), _t_a_sse_ et _ent_a_sse_, peut-être même _comp_a_sse_, _dam_a_sse_, _br_a_sse_ et le substantif _embr_a_sse_ (mais non le verbe). Il est fermé également dans _c_a_sse_, terme d’imprimerie, dans _prél_a_sse_, par analogie avec _l_a_sse_, dans _cl_a_sse_ et _décl_a_sse_, et le substantif _t_a_sse_. A Paris, on y ajoute généralement _caleb_a_sse_, _éch_a_sse_, _n_a_sse_, _caden_a_sse_ et _Parn_a_sse_ ou _Montparn_a_sse_, et même des mots en =-ace=: _esp_a_ce_ et _l_a_ce_, avec ses dérivés; mais ceci n’est point du tout indispensable, pas plus que pour la _c_a_sse_ du pharmacien, ou la _c_a_sse_ de la cuisinière[39].

Quant aux mots en =-as= où l’s s’articule, l’=a= y est fermé partout; mais il n’y a là de proprement français que le mot a_s_ (terme de jeu) et les interjections _l_a_s_ ou _hél_a_s_; les autres mots sont des mots grecs, latins ou étrangers, et surtout des noms propres anciens (y compris _atl_a_s_ et _hypocr_a_s_). Cette prononciation s’est imposée même à des mots récents, où l’étymologie semblait exiger un =a= bref et ouvert, comme _str_a_s_ et _vasist_a_s_[40].

II. =A moyen.=--Immédiatement après ces finales viennent celles dont la consonne est une des trois explosives sonores ou retardées, =b=, =d=, et =g=[41]. La résonance qui précède le son, et qui en retarde l’explosion, a pour effet de rendre la voyelle un peu moins brève; mais elle est tout aussi ouverte dans chacune des finales.

1º =-ab= et =-abe=: _nab_a_b_, _ar_a_be_, _syll_a_be_. Pourtant l’a de _cr_a_be_ est généralement fermé à Paris et dans le Nord, quoique rien ne justifie cette prononciation[42].

2º =-ad= et =-ade=: _aub_a_de_, _pint_a_de_, _brav_a_de_[43].

3º =-ag= et =-ague=: _zigz_a_g_, _b_a_gue_. Beaucoup de gens ferment l’a dans _v_a_gue_, substantif ou adjectif, et même parfois dans _div_a_gue_: cela fait bien en vers, mais non ailleurs[44].

De même l’=a= est plutôt moyen que bref, mais toujours également ouvert, dans les finales à =l=, =m= ou =n=, qui peuvent aussi être considérées comme retardées.

1º =-al= et =-ale=, ou =-alle=: _chac_a_l_ et _anim_a_l_, _scand_a_le_ et _d_a_lle_, _s_a_le_ et _s_a_lle_. Les poètes font volontiers rimer _exh_a_le_ avec les mots en â_le_[45]. D’autre part l’analogie de _h_â_le_ fait quelquefois allonger outre mesure l’a bref de _h_a_le_, du verbe _h_a_ler_ (un bateau). Enfin, dans certaines provinces, _s_a_le_ se prononce _s_â_le_, mais cette prononciation est tout à fait mauvaise.

2º =-ame= ou =-amme=: _g_a_mme_ et _big_a_me_, _dr_a_me_ et _gr_a_mme_. Il faut encore excepter _cl_a_me_ et ses composés, où s’est maintenue, tant bien que mal, la quantité étymologique, comme autrefois dans _f_a_me_; et aussi _fl_a_mme_ et _enfl_a_mme_, avec _orifl_a_mme_, sans doute parce qu’autrefois on prononçait flan-me, avec une nasale[46].

3º =-ane= ou =-anne=: _c_a_ne_ et _c_a_nne_, _rom_a_ne_ et _p_a_nne_, _sult_a_ne_ et _hav_a_ne_. Il n’y a plus lieu d’excepter les mots savants, comme _prof_a_ne_, malgré l’opinion de Thurot, qui fermait l’a, à cause de l’étymologie. D’autres ferment encore l’a dans _pl_a_ne_ ou _ém_a_ne_, sans doute pour le même motif; d’autres, sans motif cette fois, dans _bibliom_a_ne_ et d’autres composés en -mane, ou même dans _gl_a_ne_; autant d’erreurs, d’ailleurs assez peu répandues; tout au plus peut-on admettre _pl_a_ne_ long, par emphase, surtout en vers.

Il y a pourtant deux ou trois exceptions. _D_a_mne_ conserve toujours l’a fermé (sans doute pour le même motif que _fl_a_mme_), mais déjà beaucoup moins, et surtout beaucoup moins généralement, dans _cond_a_mne_, qui est d’ailleurs plus employé. _Dame-Je_a_nne_ le garde aussi, à cause de la fausse étymologie qu’on prête à ce mot. Les musiciens conservent volontiers l’=a= fermé de l’italien dans _sopr_a_ne_, tandis qu’il s’ouvre dans _sopr_a_no_. Enfin, la _m_a_nne_ (des Hébreux) a eu longtemps l’=a= fermé, probablement aussi pour la même raison que _fl_a_mme_, et l’Académie lui a conservé jusqu’à présent cette prononciation; mais la consonne double tend naturellement à abréger l’=a=, comme dans _m_a_nne_ (panier), et l’=a= fermé paraît y devenir suranné[47].

A ces finales nous joindrons les finales mouillées, qui ont encore l’=a= un peu moins bref que les précédentes[48].

1º =-agne=: _b_a_gne_, _camp_a_gne_, _mont_a_gne_. Mais on ferme encore l’a dans _g_a_gne_ le plus souvent[49].

2º =-ail= et =-aille=[50]: _sér_a_il_, _bét_a_il_, _méd_a_ille_.

Cependant _r_a_il_ prononcé à la française est presque fermé[51]. _Sér_a_il_ l’est aussi quelquefois, quoique un peu moins, et ce n’est pas à imiter.

Mais les mots en =-aille= méritent un examen particulier. A Paris, on fait encore une différence très nette entre =-ail= et =-aille=, qui autrefois était fermé et long presque partout. Toutefois cette prononciation n’est pas universelle aujourd’hui, tant s’en faut, ni applicable à tous les mots en =-aille=. Elle paraît assez justifiée, encore qu’elle ne soit pas toujours indispensable, dans les mots qui expriment une intention péjorative, qu’on marque précisément d’ordinaire en appuyant sur la finale, quelle que soit l’étymologie: _monac_a_ille_, _rac_a_ille_, _antiqu_a_ille_, _froc_a_ille_, _can_a_ille_, _cochonn_a_ille_, _ferr_a_ille_, _prêtr_a_ille_, _valet_a_ille_, _crev_a_ille_ et vingt autres, qui d’ailleurs sont d’origine populaire, et ont droit de conserver la prononciation populaire[52]. De même les verbes en =-ailler=, de même intention, et qui ont l’=a= fermé, même à l’infinitif, ne peuvent l’avoir ouvert quand il est tonique: _pi_a_ille_, _cri_a_ille_, _se cham_a_illent_, _rim_a_ille_, _tir_a_ille_, _br_a_ille_, _se débr_a_ille_, _écriv_a_ille_, et bien d’autres. On peut y ajouter certainement _r_a_ille_ et _dér_a_ille_. Mais, d’autre part, l’=a= n’a jamais été fermé dans _méd_a_ille_, de l’italien medaglia; l’=a= fermé est également peu usité dans _f_a_ille_ (soie) et _f_a_ille_ (fente), moins encore dans les verbes qui correspondent à des substantifs en =-ail=: _b_a_ille_ (ne pas confondre avec _b_â_ille_), _ém_a_ille_, _dét_a_ille_, _trav_a_ille_, se prononceraient difficilement d’une autre manière que _b_a_il_, _ém_a_il_, _dét_a_il_ et _trav_a_il_; les subjonctifs a_ille_, _f_a_ille_, _v_a_ille_, se sont certainement abrégés, ainsi que _éc_a_ille_ et _m_a_ille_, noms ou verbes, et aussi _tress_a_ille_[53]. Pour les autres, on a parfaitement le droit d’hésiter, et la prononciation parisienne ne s’impose pas: _p_a_ille_ lui-même n’est pas plus dialectal avec =a= ouvert qu’avec =a= fermé, d’autant plus que ceux-mêmes qui le ferment dans _la p_a_ille_ tout court, l’ouvriront aussi bien dans _la p_a_ille humide des cachots_, au moins s’ils parlent vite. Il en est de même pour _t_a_ille_[54].

Ajoutons, pour compléter, que l’=a= est ouvert et bref dans les finales en =-aye= où l’=y= ne se dédouble pas: _cob_a_ye_, _cip_a_ye_[55].

III. =A long.=--Voici enfin des finales dont l’=a= peut être tenu pour tout à fait long, soit en restant parfaitement ouvert, soit en se fermant plus ou moins. Ce sont celles qui ont un =r=, ou une spirante sonore, =g=, =v=, =z=.

1º L’=a= est long, mais ouvert, dans les finales qui ont un =r=, =-ar= (avec ou sans consonne) et =-are= ou =-arre=: a_rt_, a_re_, a_rrhes_ ou _h_a_rt_, _c_a_r_, _qu_a_rt_ ou _plac_a_rd_, _m_a_rc_, _m_a_re_, _am_a_rre_, _cam_a_rd_ ou _cauchem_a_r_, _tu p_a_rs_, _il p_a_rt_, _je prép_a_re_. Il n’y a point d’exception pour les finales masculines qui toutes ont l’=a= parfaitement ouvert. Il semble qu’autrefois l’=a= était souvent fermé dans les mots en =-are= ou =-arre=; il l’est encore un peu, et même un peu trop à Paris, dans _b_a_rre_ et _remb_a_rre_, _c_a_rre_ ou _contrec_a_rre_, _g_a_re_ et _b_a_garre_, et même _r_a_re_[56].

2º Dans les finales en =-age=, autrefois irrégulières, l’=a= s’allonge aujourd’hui régulièrement, mais reste encore ouvert, exactement comme dans les finales en =-ar=: _mari_a_ge_, _mén_a_ge_, _étal_a_ge_[57]. Le mot â_ge_ lui-même a aujourd’hui l’=a= ouvert, malgré l’accent circonflexe, et se prononce comme les autres: à mon â_ge_ diffère bien peu de _ramon_a_ge_.

3º Le cas est presque le même pour les finales en =-ave=: _c_a_ve_, _l_a_ve_, _escl_a_ve_, _gr_a_ve_; mais l’=a= a déjà une tendance à se fermer, au moins dans _gr_a_ve_ adjectif, et dans esclave[58].

4º L’=a= est tout à fait long et fermé dans les finales en =-ase=, =-az= et =-aze=, qui se prononcent comme si elles avaient un accent circonflexe: _b_a_se_, _bl_a_se_ ou _ext_a_se_, _g_a_z_ ou _g_a_ze_[59].

* * * * *

En résumé, l’=a= reste bref ou moyen devant quatorze consonnes, sauf les exceptions, et s’allonge devant quatre ou cinq seulement. Mais il n’est fermé régulièrement que devant une seule, la sifflante douce.

3º L’A suivi des groupes à liquide.

Il ne nous reste plus à examiner pour l’=a= tonique que les groupes où il est suivi de deux consonnes, dont la seconde est une liquide, groupes qui sont tous très courts.

* * * * *

Quand la seconde consonne est un =l=, l’=a= s’allonge assez ordinairement et tend à se fermer; mais trois groupes seulement de cette espèce se sont formés en français.

1º Les mots en =-able= ont toujours été fort discutés. L’=a= est encore un peu fermé et assez long dans les substantifs _di_a_ble_, _j_a_ble_, _s_a_ble_, _f_a_ble_, _ér_a_ble_ et dans _aff_a_ble_ et _acc_a_ble_: beaucoup de gens prononcent ces mots exactement comme _h_â_ble_, _c_â_ble_ et _r_â_ble_. C’est parfaitement correct, pourvu que cette prononciation ne passe pas à _t_a_ble_ ou _ét_a_ble_, ni surtout aux adjectifs à suffixe -able, dont l’a, sans être bref, n’est pas non plus fermé. Toutefois on pense bien qu’en poésie, dans la rime _acc_a_ble-implac_a_ble_, l’=a= doit être absolument fermé, pour être plus long[60].

2º Les mots en =-acle= ont été aussi fort discutés. L’=a= est ouvert généralement dans _m_a_cle_ et les mots en =-nacle= et =-tacle=: _cén_a_cle_, _pin_a_cle_, _obst_a_cle_, et c’est une erreur de le fermer dans _obst_a_cle_ ou _tabern_a_cle_. Mais en revanche il est généralement fermé dans les mots en =-racle=: _r_a_cle_, _mir_a_cle_ et _or_a_cle_[61].

3º L’=a= est toujours fermé dans _r_a_fle_ et _ér_a_fle_[62].

* * * * *

Quand la seconde consonne est un =r=, l’=a= est en général ouvert ou fermé, suivant que l’r est précédé d’une sourde ou d’une sonore.

1º L’=a= est ouvert de préférence, et par suite bref ou moyen, quand l’r est précédé d’une sourde, c’est-à-dire, en principe, dans les finales =-apre=, =-acre=, =-atre= et =-afre=: _di_a_cre_, _s_a_cre_, _simul_a_cre_, _n_a_cre_, _s_a_cre_ et _mass_a_cre_; _b_a_ttre_ et ses composés, avec _qu_a_tre_ et _bar_a_thre_; a_ffres_ et _bal_a_fre_. Quelques personnes ferment encore l’=a= dans a_ffres_[63].

2º L’=a= est de préférence long et fermé, quand l’r est précédé d’une sonore. Pourtant il est encore ouvert dans la finale =-agre=: _pod_a_gre_, _on_a_gre_[64]. En revanche il est fermé dans _c_a_dre_ et _esc_a_dre_[65]; et pourtant, dans _l_a_dre_, il est plutôt ouvert[66]. Mais surtout l’=a= est long et assez fermé dans les finales =-abre= et =-avre=: _c_a_bre_, _mac_a_bre_, _dél_a_bre_, _candél_a_bre_ ou _s_a_bre_, _h_a_vre_, _cad_a_vre_ ou _n_a_vre_; toutefois cette prononciation n’est pas absolument générale, notamment pour _pal_a_bre_ et _cin_a_bre_, ni sans doute pour _gl_a_bre_[67].

4º L’A atone

Après l’=a= tonique nous devons parler de l’=a= atone, d’autant que, parmi les voyelles atones, c’est encore l’=a= qui offre le plus de variété.

Nous savons qu’en principe il est moyen et assez ouvert. Il lui arrive pourtant d’être fermé, et c’est cela seul qui importe ici, car la quantité des voyelles atones est toujours subordonnée à leur ouverture. Ainsi, tandis que l’=a= tonique peut être long même quand il est ouvert, comme dans _cour_a_ge_ ou _barb_a_re_, l’=a= atone ne peut être long qu’autant qu’il est fermé. C’est pourquoi l’=a= long des finales ouvertes en -age et -are s’abrège régulièrement en devenant atone, au moins si la prétonique n’est pas initiale: _cour_a_ge_-_cour_a_geux_, _barb_a_re_-_barb_a_rie_[68].

Quels sont donc les =a= atones qui sont fermés, puisque ceux-là seuls nous intéressent?

Comme on peut s’y attendre, ce sont surtout des =a= toniques fermés, devenus atones par suite de la flexion, de la dérivation ou de la composition, et qui ne peuvent pas perdre toujours et absolument tous les caractères de leur nature première.

Il y a d’abord les =a= prétoniques qui ont l’accent circonflexe, surtout si la prétonique est initiale comme dans _ch_â_taigne_, _g_â_ter_ ou _p_â_lir_[69]. Encore l’=a= est-il alors un peu moins fermé et surtout moins long que quand il est tonique, par exemple dans _bl_â_mer_ que dans _bl_â_me_, dans _h_â_ler_ que dans _h_â_le_. Quand il s’éloigne davantage de la tonique, il arrive parfois qu’il devient tout à fait moyen. Cela ne s’aperçoit pas dans des mots comme â_n_(e)rie ou _p_â_qu_(e)rette, qui n’ont que deux syllabes pour l’oreille; mais les trois degrés différents apparaissent assez bien dans _p_â_me_, _p_â_mer_ et _p_â_moison_, ou dans _p_â_te_, _p_â_té_ et _p_â_tissier_ ou _p_â_tisserie_[70]. On peut dire que ces deux derniers mots, et plus encore _p_â_moison_, ne conservent leur accent circonflexe que par une pure convention, respectueuse de l’étymologie. En revanche, _t_a_tillon_, qui se rattache à _t_â_ter_, mais qui a l’a ouvert, n’a jamais eu d’accent. Il en est de même des mots a_crimonie_, _diff_a_mer_ et _inf_a_mie_, _gr_a_cieux_ et _gr_a_cier_, malgré l’accent circonflexe arbitraire que les grammairiens ont mis à âcre, infâme et grâce[71].

Même quand ils n’ont pas d’accent circonflexe, les =a= qui étaient fermés et longs, étant toniques, s’abrègent bien un peu, mais ne s’ouvrent guère le plus souvent quand ils deviennent prétoniques, c’est-à-dire avant-derniers, comme dans _g_a_gner_, de _g_a_gne_, ou quand ils ne sont séparés de la tonique que par un e muet, ce qui est ordinairement la même chose pour l’oreille. Ainsi _gr_a_sse_ et _gr_a_ss_(e)ment, _gr_a_ve_ et _gr_a_v_(e)ment ou même _acc_a_ble_ et _acc_a_blement_[72].

* * * * *

A plus grande distance de la tonique, la voyelle s’ouvre davantage: les =a= de _b_a_rricade_, de _gr_a_sseyer_, de _d_a_mnation_, de _f_a_buliste_, de _cad_a_véreux_ sont même tout à fait ouverts[73].

Un phénomène pareil se produit même dans des mots composés: l’=a= fermé et long de _p_a_sse_, déjà un peu flottant dans _p_a_ssant_, s’ouvre tout à fait, non seulement dans _p_a_ssementerie_, mais même, si l’on veut, dans _p_a_sseport_ ou _p_a_ssepoil_[74].

Mais voici qui est plus important: certains a toniques fermés s’ouvrent même en devenant prétoniques, comme dans _c_a_dran_ ou _cl_a_ssique_; ainsi dans _fl_a_mmèche_ ou _enfl_a_mmer_, plus encore dans _infl_a_mmable_ et les autres dérivés, ainsi que dans _di_a_blesse_, _di_a_blotin_ ou _endi_a_blé_, sauf par emphase. Dans _b_a_sset_, _b_a_ssesse_, _b_a_sson_ ou _soub_a_ssement_, l’a paraît avoir aussi tendance à s’ouvrir[75].

A fortiori, s’il est déjà douteux qu’il faille fermer l’=a= de _matel_a_s_ ou de _caden_a_s_, on ne saurait évidemment conseiller de fermer celui de _matel_a_sser_ ou de _caden_a_sser_: ce sont des prononciations parisiennes fort peu recommandables. De même, il n’est pas indispensable de fermer l’=a= de _g_a_rer_ ou _r_a_reté_, ou celui de _c_a_ssette_, et je conseillerais encore moins de fermer celui de _c_a_sserolle_. La manière de prononcer _esp_a_cer_, _l_a_cer_, _l_a_cet_ ou _enl_a_cement_, _br_a_sser_ ou _br_a_sseur_, dépendra de celle dont on prononce _esp_a_ce_, _l_a_ce_ ou _br_a_sse_.

De même, pour les mots en =-ailler=, =-ailleur=, =-aillon=, etc., c’est la manière de prononcer aille qui décidera. Ainsi l’intention péjorative paraît se marquer par l’=a= fermé dans _écriv_a_iller_ ou _écriv_a_illeur_, _br_a_iller_ ou _br_a_illeur_, _gr_a_illon_ ou _avoc_a_illon_, etc. On ferme aussi l’=a= dans _r_a_iller_ ou _dér_a_iller_ (et aussi dans _jo_a_illier_), mais non pas dans _trav_a_iller_ ou _trav_a_illeur_, _ém_a_iller_, _cor_a_illeur_, _dét_a_iller_ ou _b_a_iller_ (donner). On le ferme dans _h_a_illon_, et au besoin _p_a_illon_, mais non dans _méd_a_illon_, ni même dans _bat_a_illon_, de quelque manière qu’on prononce _bat_a_ille_.

On prononcera _t_a_illeur_ suivant la manière dont on prononce _t_a_ille_. Surtout il n’y a aucun inconvénient à ouvrir l’=a= dans _poul_a_iller_, dans _c_a_iller_ et _c_a_illot_, et dans presque tous les dérivés et composés de _p_a_ille_, comme _p_a_illard_, _remp_a_iller_, _p_a_illasse_, _p_a_illette_, et surtout _p_a_illasson_[76].

Il va sans dire que s’il n’y a pas de forme tonique en -aille, il n’y a plus aucune raison pour que -ail- prétonique soit fermé; aussi est-il ouvert de préférence dans tous les mots qui commencent par cail-, comme _c_a_illette_, _c_a_illasse_ et _c_a_illou_; de même, et plus sûrement encore, dans a_illeurs_, _m_a_illet_, _m_a_illot_, _s_a_illir_, _j_a_illir_ et leurs dérivés, et dans _crém_a_illère_[77].

* * * * *

En revanche, il peut arriver que l’=a= prétonique soit fermé, même sans avoir été tonique, et cela pour les mêmes raisons que l’=a= tonique. Ainsi on a vu que la sifflante douce fermait l’a tonique des finales en -ase ou -aze, et par suite l’a des verbes en -aser et de leurs dérivés; elle ferme aussi l’=a= atone, non sans quelque flottement, dans _algu_a_zil_, _b_a_salte_, _b_a_sane_ et _b_a_sané_, _b_a_zar_, _b_a_silic_ et _b_a_silique_, _b_a_soche_, _bl_a_son_ et _g_a_zon_, _j_a_seran_, _m_a_sure_, _m_a_zette_, _n_a_sal_ et _n_a_seaux_, _qu_a_si_, et quelques autres, si l’on veut; sensiblement moins ceux des mots en -asif et -asion; très peu aujourd’hui ceux de _g_a_zelle_, _g_a_zette_ ou _g_a_zouiller_; plus du tout ou presque plus ceux de _f_a_séole_ et surtout _c_a_semate_[78].

L’=r= aussi, surtout l’=r= double, sert à fermer l’=a= prétonique dans un certain nombre de mots, sans que ce soit indispensable, notamment dans les mots de deux syllabes en -aron, parce que la prétonique y est initiale: _b_a_ron_, _ch_a_rron_, _l_a_rron_, _m_a_rron_, en opposition avec _fanf_a_ron_, _mac_a_ron_ ou _masc_a_ron_, dont l’a est toujours ouvert[79]. L’=a= se ferme encore assez souvent dans _c_a_rriole_, _c_a_rrosse_, _ch_a_riot_ et _ch_a_rrue_ (mais beaucoup moins dans _ch_a_rrette_, _ch_a_rrier_ ou _ch_a_rroyer_); aussi dans _s_a_rrau_, _p_a_rrain_ et _m_a_rraine_[80]; dans _m_a_dré_, dans _sc_a_breux_, et, si l’on veut, dans _m_a_drier_ et _m_a_rri_. A Paris, on y ajoute même _c_a_rotte_, mais je ne conseille pas de fermer cet =a=, non plus celui de _j_a_rret_, _b_a_roque_, _h_a_ro_, _t_a_rot_ et même _g_a_rrot_, moins encore celui de _big_a_rré_, déjà signalé, ou même _big_a_rreau_[81].

L’=a= est encore long et fermé dans quelques mots comme _m_a_got_, _m_a_çon_ et ses dérivés; et si _estram_a_çon_ a gardé l’=a= bref et ouvert, _lim_a_çon_ suit parfois l’analogie de _m_a_çon_. Il est encore plus ou moins fermé, mais il tend à s’ouvrir, dans _c_a_ssis_[82], _ch_a_let_, _j_a_dis_, _l_a_ma_, _m_a_flu_, _m_a_quis_, _n_a_ïades_, _pr_a_line_ et _pr_a_liné_, _r_a_mure_, _sm_a_la_, _t_a_sseau_, _v_a_let_; il est sûrement ouvert et bref aujourd’hui dans a_nis_, _pomme d’_a_pi_, _ch_a_ssieux_, _m_a_deleine_, _p_a_ssereau_[83].

D’autre part, on contrarie mal à propos la tendance générale de la langue, quand on ferme l’=a= devant deux consonnes distinctes, comme dans _m_a_rdi_, _p_a_scal_, _p_a_stel_, _p_a_steur_ et ses dérivés, où l’=a= est naturellement moyen, malgré l’usage parisien[84].

Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’=a= dans _st_a_bat_, a_men_, _fr_a_ter_, _alma m_a_ter_, et dans _ab ir_a_to_, _c_a_sus belli_, _de pl_a_no_, _sine qu_a non, ainsi et que dans _postul_a_tum_, _ultim_a_tum_ et autres mots en -atum et -arium, qui ont gardé l’allure du latin; mais il y a doute déjà pour _hi_a_tus_ et _str_a_tus_, pour _gr_a_tis_ et _in-pl_a_no_, plus encore pour _m_a_jeur_ ou _m_a_jor_[85].

La prononciation de l’=a= dans les mots en =-ation= ou =-assion= varie énormément, mais il tend à s’ouvrir; il est même certainement ouvert dans _n_a_tion_, et je ne conseille pas de le fermer dans _p_a_ssion_ et _comp_a_ssion_ et leurs dérivés. Quant aux mots en =-ateur=, =-atrice=, =-atif= ou =-ature=, ils ont l’=a= parfaitement ouvert, malgré l’étymologie, ainsi que a priori ou a posteriori[86].

L’=a= est encore fermé dans _p_a_li_, langue de l’Hindoustan, quelquefois écrit pahli[87].

5º Quelques cas particuliers.

Dans _m_a_man_ et _n_a_nan_, la première syllabe s’assimile à la seconde dans l’usage familier, par une sorte d’attraction, et l’on entend beaucoup plus souvent man-man et nan-nan que _m_a_man_ et _n_a_nan_, qui même ont un air d’affectation[88]; on dit même sans sourciller _m_o_man_, sans doute par l’intermédiaire de _m_on_-man_, sans parler de m’man qui rappelle exactement m’sieu.

* * * * *

Dans août, l’=a= a cessé de se prononcer depuis le XVIᵉ siècle, à cause de la répugnance que le français a pour l’hiatus, absolument comme dans saoul, qui s’écrit encore mieux soûl. On a malheureusement continué d’écrire août avec un a, comme on a continué d’écrire l’o de paon, faon et taon, qui ne se prononce pas davantage[89]; mais la prononciation a-ou est aussi surannée et devrait paraître aussi ridicule que pa-on. La Fontaine écrivait même oût:

Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l’oût, foi d’animal, Intérêt et principal[90].

Boileau ne prononce pas autrement:

Et qu’à peine au mois d’août l’on mange des pois verts.

On peut dire que, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, il n’y avait plus de discussion sur ce point. «Août se prononce oût», dit Voltaire, dans l’Avertissement de Zaïre. Jusqu’en 1835, l’Académie dit: «Prononcez oût.» Mais déjà l’antique prononciation avait reparu. D’où venait-elle? S’était-elle conservée dans quelques provinces, ou était-elle seulement la réaction de l’orthographe?

Déjà Domergue se plaignait que les orateurs démocrates, pour rappeler le 10 août 1792, prononçassent a-ou. Dans la première moitié du XIXᵉ siècle, on trouve cette prononciation jusque chez les poètes, peut-être même surtout chez les poètes, dans Sainte-Beuve toujours, dans Victor Hugo presque toujours; et il en est de même aujourd’hui, notamment dans Henri de Régnier.

Elle n’en est pas meilleure. Elle s’est tellement répandue au cours du siècle dernier, que l’Académie en est venue à dire dans son édition de 1878: «On prononce souvent oût.» Ce souvent est délicieux. Peut-être faut-il lire: «On prononce souvent a-oût.» Cela au moins serait exact. Mais on serait dans la vraie tradition française en prononçant toujours et uniquement ou[91].

Le cas d’aoriste est sensiblement pareil à celui d’août. L’=a= avait cessé de se prononcer, sauf chez quelques puristes, pour qui oriste avait un sens opposé à celui d’aoriste; mais il a revécu de nos jours, et comme l’influence de la prononciation populaire n’est pas là pour contre-balancer celle de l’écriture, a-oriste paraît devoir l’emporter, malgré le désagrément de l’hiatus[92].

* * * * *

Enfin _extr_a-ordinaire ne se maintient que dans le langage soutenu: on dit couramment extrordinaire[93].

6º L’A dans les mots anglais.

Ce travail ne serait pas complet, si l’on n’y parlait pas de l’=a= des mots étrangers adoptés par le français, et notamment des mots anglais, dont la prononciation est si différente de la nôtre[94].

Quelques mots, dus à la transmission orale, ont pu être francisés tant bien que mal avec la prononciation anglaise ou à peu près; ainsi bébé, qui vient probablement de baby, quoique Littré lui donne une autre étymologie. De même bifteck, romsteck ou rosbif.

Mais le plus souvent les mots étrangers, surtout les anglais, se francisent à moitié seulement. Cela tient à ce qu’au lieu de partir du son, comme pour les mots que nous venons de citer, on part généralement de l’écriture; or la masse, qui ignore les langues étrangères, conserve pourtant une sorte de scrupule malencontreux, et fait effort pour conserver quand elle peut une allure étrangère aux mots étrangers qu’elle adopte, et cela surtout dans la désinence.

On indiquera, ici et ailleurs, la prononciation qui prévaut dans l’usage le plus ordinaire. Nous nous excusons particulièrement auprès des professeurs d’anglais, à qui nous ne faisons nullement concurrence: il est bien entendu que ce n’est pas de prononciation anglaise qu’il est question ici. Et en effet, on ne s’adresse pas aux gens qui savent l’anglais, mais au contraire à ceux qui ne le savent pas, pour leur indiquer dans quelle mesure ils peuvent franciser les mots anglais sans être ridicules; on enseignera donc la prononciation à demi francisée que les Français adoptent le plus généralement.

* * * * *

Dans les mots anglais adoptés par le français, c’est précisément l’=a= qui est le plus ordinairement altéré; le reste du mot garde à l’occasion une apparence exotique, surtout à la finale. Ainsi nous avons francisé à moitié _squ_a_re_, puisque nous ne prononçons plus scouèr, et moins encore scar, mais scouar, entre les deux; cela tient à ce que nous avons pris à l’étranger d’autres mots où qua se prononce aussi coua. Il en est de même de _boo_k_m_a_ker_; car si quelques-uns le prononcent à peu près à l’anglaise boukmèkeur, la plupart, sachant par ailleurs que oo se prononcent ou, acceptent cette prononciation, mais francisent la fin du mot d’après l’écriture, ce qui fait boukmakèr[95].

On peut franciser sans doute _cott_a_ge_, aussi bien que _l_a_dy_ ou _m_a_cf_a_rl_a_ne_ et même _ch_a_llenge_ et _sk_a_ting_, quoique beaucoup prononcent ce mot par é[96].

* * * * *

Dans les mots anglais qui ne sont pas francisés du tout, l’=a= se prononce à l’anglaise ou à peu près, c’est-à-dire entre a et é, plus près de é. Mais comme l’=e= n’est fermé en français que quand il est final, c’est plutôt un =e= ouvert que nous faisons entendre dans ces mots[97]. _R_a_llye_ employé seul tend à se franciser[98].

Devant un =l=, l’=a= se prononce à peu près comme =o= ouvert, dans a_ll right_ et _h_a_ll_, et _w_a_lk over_[99].

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_Y_a_cht_ aussi, après s’être longtemps prononcé yac, est devenu au siècle dernier yote chez les personnes qui ont l’usage de l’anglais, chez les marins, et aussi chez les snobs. Un jour pourtant, les gens de sport se sont aperçus que yacht, emprunté à l’anglais, il est vrai, n’était pas anglais de naissance, mais hollandais. Or, précisément, les Hollandais prononcent à peu près yact à l’allemande. Les Anglais avaient sans doute eu raison d’angliciser le mot pour leur usage personnel; mais pour quelle raison devrions-nous prononcer comme eux, en leur empruntant un mot qui n’est pas à eux? Ne valait-il pas mieux ou bien faire comme eux, c’est-à-dire franciser le mot complètement et prononcer yact, ou bien conserver la prononciation yac, admise depuis longtemps et, par suite, francisée? C’est ce qui a paru à beaucoup de gens; si bien qu’aujourd’hui le mot a trois prononciations dont la plus ancienne, et peut-être la meilleure, est yac; et tel fut, sauf erreur, l’avis des hommes de sport les plus qualifiés, le jour où la question fut posée dans le journal le Yacht[100].

* * * * *

L’=a= précédé de l’=e= ne se francise pas; nous le prononçons tantôt =è= comme dans _br_ea_k_ ou _d_ea_d-heat_[101]; tantôt =eu= ouvert, comme dans _y_ea_rling_; plus souvent =î=, comme dans _cl_ea_ring-house_, _dead-h_ea_t_, _gr_ea_tevent_, _gulf-str_ea_m_, _l_ea_der_, _if you pl_ea_se_, _r_ea_der_, _s_ea_son_, _sp_ea_k_ et _sp_ea_ker_, _st_ea_mer_, _st_ea_mboat_ et _t_ea_gown_[102].

Les deux sons =è= et =i=, réunis dans _Sh_a_kesp_ea_re_, sont si bien francisés dans cette prononciation, qu’on en a fait le mot français shakespearien (chexpirien).

Dans _cold-cr_ea_m_ (colcrem, par =è= au lieu d’=i=), le français a repris son bien (crème), mais en laissant au mot l’allure étrangère par la brièveté de la finale, comme dans _br_ea_k_.

* * * * *

=Oa= sonne =o=, plus ou moins ouvert dans _b_oa_rding house_, _mail-c_oa_ch_ et _t_oa_st_, plus ou moins fermé dans _over-c_oa_t_ et _cover-c_oa_t_, _c_oa_ltar_ et _steamb_oa_t_[103].

_R_aou_t_ se prononce de préférence et s’écrit aussi rout.

=Aw= sonne comme =o= fermé dans _l_aw_n-tennis_, _outl_aw, _dr_aw_back_ et _tomah_aw_k_[104].

7º Le groupe OI (oy).

Le son =oi= se prononce aujourd’hui oua ou wa[105]. Ce groupe n’est donc plus qu’un cas particulier de =a=, et les usages sont sensiblement les mêmes pour =oi= que pour =a=, avec cette différence que le nombre des finales où figure =oi= est beaucoup plus restreint, et que sa prononciation est beaucoup plus uniforme. Je ne parle pas de =oi= atone qui est généralement sans intérêt.

I. =OI tonique.=--Comme l’=a= final, =oi= final n’est ni long ni fermé, sans être tout à fait bref, ni tout à fait ouvert, et cela avec ou sans consonne indifféremment, et après un r, aussi bien qu’après une consonne quelconque: _un ab_oi, _des ab_oi_s_, _p_oi_s_, _p_oi_x_ et _p_oi_ds_, _je cr_oi_s_, _il cr_oi_t_, _la cr_oi_x_, _effr_oi, etc.: oît même n’est pas plus long, et ceci rappelle les formes verbales en -ât: _tourn_oi, _dan_oi_s_, _ben_oî_t_ diffèrent bien peu, s’ils diffèrent[106]. Pourtant oi est ordinairement plus fermé dans les substantifs mois et bois.

Oie même n’est pas plus long aujourd’hui que oi, sauf en vers, pour distinguer les rimes féminines des masculines: cette distinction a disparu de l’usage courant, même dans le mot oie[107].

_Harn_oi_s_ a été définitivement remplacé par _harn_ai_s_; pourtant on peut encore prononcer oi à la rime, mais seulement au sens figuré:

Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harn_oi_s, Ce sang pour vous servir prodigué tant de f_oi_s...[108]

Passons à =oi= suivi d’une consonne articulée.

Devant une sourde, =oi= s’ouvre et s’abrège comme l’=a=: _c_oi est à _c_oi_te_, comme _délic_a_t_ à _délic_a_te_; on ne prononce même plus guère une _b_oî_te_ autrement que _il b_oi_te_. De même _s_oi_f_ ou _c_oi_ffe_; et la finale -oisse, de _par_oi_sse_ ou _ang_oi_sse_, autrefois longue, comme sa sœur -aisse, s’est fort abrégée dans l’usage le plus général.

Comme l’=a= encore, =oi= est moins bref, mais tout aussi ouvert, devant d, l, n, et gn mouillé: _fr_oi_de_, _p_oi_l_, _ét_oi_le_, _m_oi_ne_ et _s_oi_gne_. Quant à _r_oi_de_ et ses dérivés, il faut laisser cette prononciation d’il y a deux siècles à la Comédie-Française, à moins qu’elle ne soit nécessaire dans la lecture pour la rime froide; la seule forme usitée est raide, avec tous ses dérivés, et l’Académie française elle-même n’en connaît pas d’autre depuis un demi-siècle[109].

Comme l’=a= toujours, =oi= s’allonge dans -oir ou -oire, sans se fermer sensiblement: _voul_oi_r_ et _gl_oire, _dev_oi_r_ et _iv_oi_re_[110].

Devant une spirante sonore, =oi= est plutôt moins long que l’a, et surtout il ne se ferme pas comme l’a devant z. Si _v_oi_s-je_ est à peu près pareil à _riv_a_ge_, oi est plus ouvert et plus bref dans _reç_oi_ve_ que a dans _b_a_ve_ ou _gr_a_ve_. De même et surtout, si autrefois oi a pu être fermé dans -oise, comme a dans -ase, il n’en reste plus grand’chose aujourd’hui, et il est plus ouvert, quoique plus long, dans les féminins que dans les masculins: _bourge_oi_s_, _bourge_oi_se_; _court_oi_s_, _court_oi_se_; _dan_oi_s_, _dan_oi_se_, et de même _framb_oi_se_, _turqu_oi_se_ ou _appriv_oi_se_.

=Oi= est un peu moins ouvert dans _g_oi_tre_, _cl_oî_tre_, _cr_oî_tre_ et ses composés, et _p_oi_vre_; mais même dans -oître, il n’est plus fermé comme =a= l’est encore dans -âtre.

* * * * *

En somme, on peut dire que =oi= n’est plus fermé nulle part, et l’accent circonflexe ne joue plus aucun rôle dans la prononciation de cette voyelle[111].

II. =Le groupe OIGN.=--Nous devons dire un mot, pour terminer, du groupe =oign=. A l’origine, la graphie de l’n mouillé n’était pas gn, comme aujourd’hui, mais ign[112]. Il en résulte que dans le groupe -oign-, c’est o et non oi qu’on prononçait normalement: _bes_o-igne, _ivr_o-igne, _p_o-ignard. La suppression de l’i a conservé la prononciation d’un certain nombre de ces mots, d’abord besogne et besogner, grogner, ivrogne, rogne, rogner, trogne, trognon, vergogne, et un peu plus tard rognon et cogner ou cognée, avec encognure, qui s’écrit encore trop souvent enco-ign_ure_. Les autres ont gardé leur i, malheureusement, et leur prononciation s’est altérée: encore un des méfaits de l’orthographe! L’hésitation a été longue, mais les efforts des grammairiens n’ont rien obtenu. Il y a beau temps déjà qu’on prononce définitivement oi dans _j_oi_gnons_, _s_oi_gner_, _él_oi_gner_, _tém_oi_gnage_[113]. Les autres ont suivi. O(i)gnon seul a résisté victorieusement, et se prononce exclusivement par =o=: cela tient évidemment à ce qu’il est très populaire et enseigné presque uniquement par l’oreille; oi-gnon est donc ridicule[114]. On prononce encore assez souvent mo(i)gnon, et le peuple dit fort justement po(i)gne et empo(i)gner; mais ceci passe déjà pour familier, ainsi que la foire d’empo(i)gne, ces mots étant d’ailleurs plutôt d’usage populaire. Quant à _p_oi-gnet, _p_oi-gnée, _p_oi-gnard, qui sont d’usage littéraire aussi bien que populaire, et plus encore _p_oi-gnant, qui est plutôt littéraire, on peut dire que leur prononciation est définitivement altérée. Il est assurément fâcheux que l’i de ces mots n’ait pas été supprimé à temps; mais ce qui est fait est fait, à tort ou à raison, et _p_o_gnard_ ou _p_o_gnet_ sont absolument surannés, au moins dans l’usage des personnes instruites[115].

De ces mots on peut en rapprocher deux ou trois autres. Poireau, dont la forme nouvelle n’est pas expliquée, s’écrivait autrefois porreau, et peut encore s’écrire ainsi et se prononcer de même, du moins au sens propre; mais on prononce toujours oi dans l’expression populaire _faire le p_oi_reau_, ainsi que dans _p_oi_reau_, désignant la décoration du Mérite agricole. D’autre part _p_oi_trine_ et _p_oi_trail_ ne peuvent plus se prononcer correctement par o tout seul[116].

L’anglais boy se prononce _bo_ï, mais en une syllabe. Il devrait en être de même dans _b_oy_cotter_; mais le mot est à peu près francisé avec le son oi[117].

II.--LA VOYELLE E

Il ne sera pas question ici de l’=e= muet proprement dit, qui sera l’objet d’un chapitre spécial, et qui d’ailleurs n’est jamais tonique[118]. Nous parlerons seulement de l’=e= accentué. Peu importe d’ailleurs qu’il soit ou non surmonté du signe qu’on appelle accent: aimé ou aimer, succès, mortel ou rebelle appartiennent également à ce chapitre[119].

1º L’E final.

En règle générale, l’=e= tonique est fermé quand il est final, ou suivi d’un =e= muet, ou d’une consonne qui ne se prononce plus (sauf dans les finales =-et= et =-ès=); il est au contraire toujours plus ou moins ouvert quand il est suivi d’une consonne articulée[120]. L’=e= est donc ouvert en somme dans presque toutes les catégories; mais les catégories, en très petit nombre, où il est fermé, ont beaucoup plus de mots que toutes les autres ensemble.

I. =E final fermé.=--Les mots qui ont l’=e= final fermé sont les suivants:

1º La lettre =e= elle-même et les noms des consonnes =b=, =c=, =d=, =g=, =p=, =t=, =v=, et les innombrables mots en =-é=, substantifs, adjectifs, participes: _bont_é, _zél_é, _aim_é, etc., etc.

Il faut y joindre les mots latins, francisés ou non, c’est-à-dire écrits ou non avec l’accent aigu[121]. Par suite vic(e) versa, qu’on entend parfois, est aussi inacceptable que fac-simil(e).

Nous devons parler aussi des mots italiens à =e= final. Quand nous ne les francisons pas du tout, nous leur conservons l’accent italien, qui est ordinairement sur la pénultième, et nous faisons très peu sentir l’=e=, comme dans _lazaron_e, _ciceron_e, _farnient_e, _sempr_e, _con amor_e, _furia frances_e, _anch’ io son pittor_e, _e pur si muov_e. D’autres mots sont francisés, mais nous avons pour cela deux méthodes. Ou bien c’est la francisation complète, avec e muet, comme dans dilettant(e), et aussi andant(e), si bien francisé avec e muet, qu’on le prend comme substantif: _un andant_e; on peut y joindre canzon(e), et même vivac(e), qui s’est naturellement confondu avec le français vivace: c’était fatal. Ou bien, et c’est le cas le plus fréquent, nous ne francisons les mots qu’à demi, et c’est alors un e fermé que nous prononçons, comme dans _piano fort_e, _cantabil_e, _a piacer_e, _dolc_e, _mezzo-termin_e. Dans _fara da s_e, l’=e= est accentué, même en italien[122].

2º A la catégorie de l’=e= final fermé appartiennent aussi: pied, qui devrait s’écrire et s’est longtemps écrit pié, même en prose, et non pas seulement pour la rime; puis sied et messied, assied et assieds. Mais la prononciation d’assied est moins sûre que celle de pied. Elle paraît flotter entre l’=e= fermé de _p_ie_d_ et l’=e= ouvert des mots en =et=. Peut-être est-ce l’s d’_assi_e_ds_ qui en est cause; en tout cas l’e d’_assi_e_ds-toi_ est plutôt moyen.

Je ne parle pas de _cl_e_f_, qui s’écrit aussi clé.

3º Les innombrables mots en =-er=, ou =-ier=, dans lesquels l’r ne se prononce pas: _aim_e_r_, _pri_e_r_, _pommi_e_r_, _meuni_e_r_, _réguli_e_r_, _arch_e_r_, _messag_e_r_, _lég_e_r_, etc.[123].

4º Les mots en =-ez= où le z ne se prononce pas, à savoir: les formes verbales de la seconde personne du pluriel, _aim_e_z_, _aimi_e_z_, _aimeri_e_z_; le substantif _n_e_z_; la préposition _ch_e_z_; l’adverbe _ass_e_z_; enfin l’ancienne préposition _l_e_z_ (près de), des noms de lieux[124].

Il y avait aussi autrefois un adverbe _r_e_z_ (au niveau de), qui était également fermé: il n’existe plus que dans le substantif _r_e_z-de-chaussée_, où il s’est ouvert et abrégé, en devenant atone[125].

La distinction entre l’e final, qui est fermé, et l’e suivi d’une consonne articulée, qui est ouvert, est si marquée et si constante, que quand les infinitifs en =-er= (é) se lient avec la voyelle suivante, liaison qui se maintient au moins en vers pour éviter l’hiatus, l’e s’ouvre aussitôt, au moins à moitié: tous les efforts des grammairiens, comme Domergue, pour maintenir l’e fermé, ont échoué. Ainsi dans l’hémistiche pour aller à Paris, avec liaison, l’=e= est intermédiaire entre l’=é= fermé d’_all_e_r_ et l’=è= ouvert de colère. Peut-être aussi l’affaiblissement de l’accent contribue-t-il à cette ouverture.

Les finales masculines en =-é= sont fermées en quelque sorte si nécessairement, que même des finales qui furent longtemps ouvertes--par la volonté des grammairiens beaucoup plus que par une tendance naturelle--ont fini par se fermer de nouveau définitivement: ce sont les articles et pronoms monosyllabiques les, des, ces, et mes, tes, ses[126]. A la vérité, beaucoup d’acteurs, de professeurs, d’orateurs, s’efforcent encore d’articuler _l_è_s hommes_, et essayent de résister à l’usage universel, mais cette prononciation est absolument conventionnelle. Elle est bonne tout au plus dans le chant, qui a des exigences propres: quand on parle, on ne saurait prononcer mes dans mes sœurs autrement que dans mesdames, où il est certainement fermé. Même après un impératif, le pronom les, devenu tonique, est aussi fermé que l’article dans l’usage universel. Sans doute les poètes continuent à faire rimer donne-les avec poulets ou balais, mais c’est affaire à eux, et on ne voit pas pourquoi les aurait deux prononciations, une en prose, une en vers[127].

II. =E final ouvert.=--Ainsi le français ignore l’=e= ouvert final. Il y a pourtant, nous l’avons dit, deux exceptions, non pas pour é tout seul, mais pour l’e suivi de consonnes non articulées.

1º Les mots en =-et=, assez nombreux, avec ou sans s: _gib_et, _cad_et, _m_et_s_, _r_et_s_, etc. Il faut excepter encore la conjonction et, qui est toujours fermée, mais qui pourtant semble avoir tendance à s’ouvrir par analogie.

L’=e= est tellement ouvert dans les mots en =-et=, qu’il ne l’est pas sensiblement plus dans les mots en =-êt=[128]: _ben_êt et _bonn_et, _for_et et _for_êt riment parfaitement ensemble. Il est, qui a gardé son s, est de la même famille, mais son e est moyen, même quand il est tonique, à fortiori quand il est atone, c’est-à-dire le plus souvent: _qu’est-ce que c’_est? _c’_est lui, ainsi dans _c’_est vrai, est est moins ouvert que vrai.

Fouet s’est longtemps prononcé foi, mais l’orthographe a réagi sur la prononciation.

2º Un certain nombre de mots en =-cès=, =-grès= ou =-près=, dérivés de mots latins en -cessus, -gressus et -pressus, à savoir: _déc_ès, _proc_è_s_, _abc_è_s_, _exc_è_s_ et _succ_è_s_; _progr_è_s_ et _congr_ès; _pr_è_s_, _apr_è_s_, _aupr_è_s_, _expr_è_s_, et le substantif _cypr_ès[129]. De plus, sans doute par analogie, _gr_è_s_, _agr_è_s_ et _tr_è_s_; enfin _d_è_s_ et _prof_è_s_. Tu e_s_ a plutôt l’e moyen, un peu plus ouvert dans folle que tu e_s_ que dans tu e_s folle_.

La tendance à fermer l’=e= final est si marquée en français que, même pour ces deux catégories, -et et -ès, dans beaucoup de provinces on ferme l’=e=, comme dans mes ou les. Cette prononciation, qui n’est pas nouvelle, est peut-être destinée à triompher un jour de nouveau; en attendant, elle est tout à fait vicieuse, et c’est un des défauts dont il faut se garder le plus.

En parlant de l’=e= fermé, ou plutôt de l’=e= final, même ouvert, nous n’avons rien dit de la quantité. C’est qu’elle est la même partout: sans être tout à fait bref, l’=e= final n’est jamais long; comme l’a final, il est moyen partout, dans _succ_è_s_, _cabin_e_t_ ou même _for_ê_t_, comme dans _aim_e_r_, _aim_é ou _aim_e_z_. La question est donc sans intérêt[130].

Pourtant les finales féminines en =-ée= et =-ées= furent jadis et peut-être même devraient être un peu plus longues que les masculines. Elles ont fait comme les finales en =-oie=, et nous retrouverons le même phénomène dans les finales en =-aie=, =-eue=, =-ie=, =-ue=, =-oue=. Dans toutes ces finales, sauf tout au plus les finales en =-ie= (et encore!), la distinction d’avec la finale masculine a complètement disparu de l’usage courant: elle ne se maintient plus que dans une prononciation très soutenue, et surtout en vers, où le prolongement du son a pour but de faire encore distinguer, s’il est possible, les rimes masculines des rimes féminines. Ce n’est plus qu’un artifice de diction[131].

2º L’E suivi d’une consonne articulée.

Ainsi l’=e= fermé français n’est jamais long, mais toujours moyen. Au contraire l’=e= ouvert peut être, suivant les cas, bref, moyen ou long. C’est ce que nous allons voir en étudiant l’=e= suivi d’une consonne articulée. Cet =e=, comme nous avons dit, est toujours plus ou moins ouvert[132]. Mais il est surtout beaucoup plus ouvert quand la voyelle est longue que quand elle est brève ou moyenne: ouvert et long sont ici proportionnels[133].

L’ordre adopté pour la voyelle a s’impose également pour l’e.

I. =E bref.=--Les finales brèves sont celles qui ont une explosive brusque, =c=, =p=, =t=, ou une spirante sourde, =f=, =ch=, =s=.

1º =-ec= (avec -ech non chuintant ou -eck) et =-èque=: _b_e_c_, _éch_e_c_, _var_e_ch_, _bift_e_ck_, _ch_è_que_, _past_è_que_[134].

2º =-ep= et =-eppe=: _jul_e_p_, _st_e_ppe_. _C_è_pe_, qui n’a qu’un p devant l’e final, est resté plus long et plus ouvert que _st_e_ppe_ ou _c_e_p_: nous retrouverons ailleurs cette différence entre la consonne simple et la consonne double[135].

3º =-et= et =-ète= ou =-ette=: _n_e_t_ et _n_e_tte_, _s_e_pt_, _di_è_te_ et _mi_e_tte_, _cach_è_te_ et _cach_e_tte_, _compl_è_te_ et _empl_e_tte_, _secr_è_te_ et _regr_e_tte_[136].

Naguère encore la finale =-ète= était moins brève que =-ette=: il est bien difficile de saisir aujourd’hui une différence entre les mots qu’on vient de lire[137]. Vous êtes s’est lui-même fort abrégé, malgré l’accent circonflexe, surtout devant un mot, parce qu’il perd l’accent: vous êtes fou. En vers pourtant, la finale =-ète= reste souvent plus longue et plus ouverte, au moins pour rimer avec =-ête=, et cette ouverture se maintient parfois dans la diction soutenue pour certains mots, comme _proph_è_te_ et surtout _po_è_te_[138]. Mais quand on dit dans le langage courant _les po_è_tes français_, il est bien certain que l’e de _po_è_te_ n’est pas plus ouvert que celui de _mu_e_tte_.

Couette et bouette s’écrivent aussi coite et boite, et se prononcent ainsi. Quelques-uns prononcent encore foite et foiter pour _fou_e_tte_ et _fou_e_tter_, mais cette prononciation est désormais surannée, presque autant que celle de foi pour _fou_e_t_: c’est toujours la réaction fâcheuse de l’orthographe sur la prononciation, mais on n’y peut rien[139].

4º =-ef= et =-effe= ou =-èphe=: f, _reli_e_f_, _ch_e_f_, _gr_e_ffe_[140].

5º =-èche=: _bob_è_che_, _s_è_che_. Malgré l’accent circonflexe, _pimb_ê_che_ a aussi l’e bref. Pourtant il s’écrivait autrefois avec un s[141]; ainsi:

Haute et puissante dame Yolande Cudasne Comtesse de Pimbesche, Orbesche, et cætera;

mais il faut croire que l’e s’est abrégé, ou bien cet sch venait de l’allemand, et équivalait au ch français: l’accent circonflexe ne serait donc pas justifié. En revanche on allonge quelquefois l’e dans _cr_è_che_ et _br_è_che_, en achevant de l’ouvrir[142].

6º =-èce= et =-esse= ou =-esce=, mais non =-ès=: la lettre s (écrite aussi esse), _ni_è_ce_ et _vieill_e_sse_, _esp_è_ce_ et _pap_e_ss_e, _nobl_e_sse_, _allégr_e_sse_, _v_e_sce_, etc. Les verbes _c_e_sse_ et _pr_e_sse_ et leurs dérivés ont conservé généralement un e un peu plus long; les autres se sont abrégés[143].

Quant aux mots en =-ès= à s articulé, ils ont tous l’=e= long, comme les mots en =-as=, dans le même cas; mais, de même que les mots en =-as=, ils ne sont pas français: ils sont latins, comme _palmar_è_s_ ou _faci_e_s_, ou étrangers, comme _londr_è_s_ ou _cort_è_s_[144]. L’e n’est bref ici que quand il est suivi de deux s, comme dans _expr_e_ss_ et _m_e_ss_, et ces mots sont aussi étrangers.

Est-ce devrait être long, mais il ne l’est guère, même quand il est tonique: à qui est-ce diffère peu de acquiesce; à plus forte raison quand il ne l’est pas: est-ce à lui? D’autre part l’article pluriel composé archaïque ès (en les) avait autrefois l’s muet et l’e ouvert, comme dans la préposition dès; on prononce aujourd’hui l’s, mais l’e reste bref et n’est qu’à demi-ouvert: bachelier ès lettres. Ces deux mots rentrent donc dans la règle générale.

Pour ce qui est de pataquès, une anecdote bien connue, racontée par Domergue, le tire de la phrase je ne sais pas-t-à-qu’est-ce, pour je ne sais pas à qui c’est[145]. A ce compte, il devrait avoir l’e bref; mais il a suivi l’analogie de tous les mots en ès[146].

II. =E moyen.=--L’=e= est un peu moins bref devant une explosive retardée, b, d, et g guttural, devant l, m et n, et devant les consonnes mouillées, ainsi que devant la spirante sonore j (ou g devant e et i).

1º =-eb= et =-èbe=: _éph_è_be_, _gl_è_be_. On allonge quelquefois les monosyllabes _gl_è_be_ et _pl_è_be_, mais ceci n’est pas d’un bon exemple[147].

2º =-ed= et =-ède=: z, _rem_è_de_, _poss_è_de_[148].

3º =-eg= et =-ègue=: _b_è_gue_, _gr_è_gues_[149].

4º =-el= et =-èle= ou =-elle=: l, _app_e_l_, _app_e_lle_ ou _ép_è_le_, _t_e_l_, _t_e_lle_ ou _att_e_lle_, _mart_è_le_ ou _immort_e_lle_[150]. On voit que la différence entre les formes verbales en -èle et -elle est une simple question d’orthographe, assez ridicule d’ailleurs et souvent douteuse[151].

Pourtant le monosyllabe _h_è_le_ est généralement long; de même _z_è_le_ et aussi _st_è_le_, qui garde la quantité grecque. Ces mots se prononcent comme ceux qui ont l’accent circonflexe[152].

En revanche, le substantif _gr_ê_le_, autrefois gresle, comme l’adjectif, s’est différencié de lui en s’abrégeant.

D’autre part le pronom elle s’allonge aussi quand il est tonique, mais seulement à la suite d’une préposition: bref ou moyen dans dit-e_lle_, aussi bien que dans e_lle dit_, il paraît long dans pour e_lle_, sur e_lle_, avec e_lle_, etc. De même _ré_e_lle_, à cause de la nécessité de distinguer les voyelles identiques, et quelquefois _p_e_lle_.

Il y a la même différence entre _mo_e_lle_ et _po_ê_le_ qu’entre _b_e_lle_ et _b_ê_le_, mais c’est oua qu’on entend, ouvert dans _mo_e_lle_ (mwal) et dans ses dérivés, ainsi que dans _mo_e_llon_, fermé dans _po_ê_le_ (pwâl) et ses dérivés[153].

5º =-em= et =-ème= ou =-emme=: m, _har_e_m_, _s_è_me_, _dil_e_mme_, _centi_è_me_.

Toutefois, dans beaucoup de mots en -ème, surtout des mots savants, la prononciation soutenue, un peu oratoire, fait l’e aussi long que dans les mots en -ême[154]. On ne perçoit guère de différence entre _bl_ê_me_ et _embl_è_me_, _car_ê_me_ et _théor_è_me_, _bapt_ê_me_ et _anath_è_me_. De même, en vers, on allonge généralement _po_è_me_ et _diad_è_me_, surtout à la rime, sans parler de _cr_è_me_ ou _stratag_è_me_[155]. L’étymologie grecque, d’une part, la poésie et la rime d’autre part, et l’enseignement, qui insiste outre mesure sur l’accent grave, ont dû contribuer à amener cette confusion. Les seuls mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les adjectifs numéraux en -ième, où l’e reste toujours moyen, et surtout _s_è_me_ et ses composés, qui suivent l’analogie des verbes en -eler et -eter. On pense bien d’ailleurs que dans _syst_è_me métrique_, l’e ne peut être que moyen, de même que dans _les po_è_mes français_[156].

Quant à femme, il se prononçait autrefois fan-me, avec son nasal, comme flan-me. La syllabe s’est dénasalisée de la même manière que celle de flamme, puisque la prononciation était la même, et voilà pourquoi on prononce _f_e_mme_ par un a, mais cet a est plus bref que celui de flamme[157].

6º =-en= et =-ène= ou =-enne=: n, _cyclam_e_n_, _éb_è_ne_ et _b_e_nne_, _étr_e_nne_ et _gangr_è_ne_[158]. Mais, ici aussi, sans doute pour les mêmes raisons que -ème, -ène se prononce très souvent comme -êne[159]. Par exemple on voit peu de différence entre _r_ê_nes_ et _ar_è_ne_, entre _g_ê_ne_ et _indig_è_ne_[160]. Les seuls mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les formes verbales des verbes en -ener et même -éner, qui suivent aussi l’analogie des verbes en -eler et -eter: _emm_è_ne_, _égr_è_ne_, _ass_è_ne_, etc., avec _ali_è_ne_, _rassér_è_ne_, _réfr_è_ne_[161]. Mais on allonge parfois jusqu’à _éb_è_ne_ et _gangr_è_ne_, ce qui est excessif.

_Cou_e_nne_ se prononce encore coine, mais est en voie de s’altérer[162].

7º =-ègne=, avec trois mots: _du_è_gne_, _r_è_gne_ et _impr_è_gne_, qui s’allongent quelquefois, mais sans nécessité[163].

8º =-eil= et =-eille=[164]: _somm_e_il_ et _somm_e_ille_, _par_e_il_ et _par_e_ille_, _ort_e_il_ et _merv_e_ille_, sans qu’il y ait aucune distinction entre les deux comme il y en a entre -ail et -aille[165].

On ferme encore l’e dans _vi_e_ille_, comme autrefois, au moins dans la conversation.

9º =-ège=: _pi_è_ge_, _coll_è_ge_, _abr_è_ge_, et aussi _puiss_é-je et _duss_é-je, malgré l’accent aigu, qui se conserve par tradition, mais qui ne saurait empêcher l’e de s’ouvrir dans cette finale[166].

On notera en outre que l’e, en s’ouvrant dans la finale -ège, s’est en même temps abrégé, tandis que l’a s’allongeait dans la finale -age. La spirante sonore j se sépare donc ici de ses sœurs v et z[167].

III. =E long.=--Voici enfin les consonnes qui achèvent d’ouvrir et allongent tout à fait l’e qui les précède. Il n’y en a plus que trois: r, v et z.

1º =-er= (avec ou sans consonne) et =-ère= ou =-erre=: r, _fi_e_r_, _ti_e_rs_ et _enti_è_re_, _f_e_r_, _off_e_rt_ et _enf_e_rre_, _cl_e_rc_, _n_e_rfs_, _vén_è_re_ et _tonn_e_rre_. Il n’y a qu’une prononciation pour _v_e_r_, _v_e_rs_, _v_e_rt_ et _v_e_rre_; et, de même que pour la finale =-ar= ou =-are=, il n’y a aucune exception[168].

Cette prononciation de la finale -er, avec e ouvert et r sonore, est purement française (ou latine); elle n’est la même pour les mots étrangers en -er que quand ils sont francisés ou à peu près. Ainsi l’anglais _plac_e_r_, _spenc_e_r_, _tend_e_r_, _port_e_r_, _report_e_r_, _ulst_e_r_, _revolv_e_r_, au besoin _outsid_e_r_ et _start_e_r_[169]; l’allemand _thal_e_r_ ou _bitt_e_r_[170]; le hollandais _stathoud_e_r_ et _pold_e_r_; le danois _geys_e_r_; le suédois _eid_e_r_, sans compter _vétiv_e_r_, qui vient du tamoul, et _mess_e_r_, qui vient de l’italien. Tous ces mots s’accommodent parfaitement de notre e ouvert, ou même n’en ont plus d’autres chez nous[171].

Au contraire, beaucoup de mots anglais d’usage peu populaire conservent plutôt le son eur ouvert: _cant_e_r_, _clipp_e_r_, _coron_e_r_, _farm_e_r_, _for ev_e_r_, _globe-trott_e_r_, _highland_e_r_, _ov_e_r-coat_ et _lead_e_r_, _cov_e_r-coat_, _port_e_r_, _rally-pap_e_r_, _rememb_e_r_, _schoon_e_r_, _settl_e_r_, _stepp_e_r_, _walkov_e_r_, _wat_e_r_. Cutter s’est francisé en cotre. Quaker et même bookmaker font entendre quelquefois la finale ècre[172]. Quant à fox-terrier, il est complètement francisé et identifié au français terrier: fox-terrieur est assez ridicule, même chez les personnes qui savent l’anglais.

2º =-ève=: _f_è_ve_, _br_è_ve_, _gr_è_ve_, _s_è_ve_. On notera que les e de _br_e_f_ et de _br_è_ve_ sont presque aux deux extrémités[173].

Toutefois les formes verbales, _ach_è_ve_, _l_è_ve_, _cr_è_ve_ et _gr_è_ve_, et leurs composés (et par conséquent les substantifs _él_è_ve_ et _rel_è_ve_), ont l’e plutôt moyen, suivant l’analogie des verbes de même forme: _ach_è_te_, _g_è_le_, _s_è_me_ ou _égr_è_ne_, et cela surtout quand ils perdent l’accent, comme dans _rel_è_ve-t-il_[174].

3º =-èse=, =-ez= et =-èze=: _di_è_se_, _ob_è_se_, _f_e_z_, _mél_è_ze_ et _trap_è_ze_[175]. Toutefois les verbes _p_è_se_ et _emp_è_se_ ont l’e moyen, comme _l_è_ve_ et _cr_è_ve_.

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En résumé l’e reste bref, ou tout au plus moyen, devant quinze consonnes, sauf les exceptions, et s’allonge devant trois; et plus il est long, plus il s’ouvre.

3º L’E suivi des groupes à liquides.

Les groupes de deux consonnes que terminent des liquides sont encore moins abondants et sont aussi plus réguliers pour e que pour a.

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Ceux dont la seconde consonne est un l sont quatre: =-èble=, =-ècle=, =-èfle=, =-ègle= (-è_ple_ n’existe pas), avec six mots en tout: _hi_è_ble_, _si_è_cle_ (et _Th_è_cle_), _n_è_fle_ et _tr_è_fle_, _espi_è_gle_ et _r_è_gle_. Ces mots correspondent exactement, et appartiennent même, si l’on veut, aux finales en -eb, -ec, -ef et -eg, sauf que leur e est un peu moins bref; mais nulle part il n’est long[176].

Parmi les finales dont la seconde consonne est un =r=, les plus brèves sont =-ècre=, =-èfre= et =-èpre=: _ex_è_cre_ et _l_è_pre_[177].

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Les mots en =-èbre=, =-èdre=, =-ègre=, ont l’e moins bref: moins bref que -eb, -ed, -eg, moins bref aussi que -ècre, -èfre, -èpre, mais non pas long tout à fait pour cela, sauf en vers, bien entendu, où les poètes se plaisent à prolonger la rime _fun_è_bres_-_tén_è_bres_; mais je ne vois pas que, dans la conversation ordinaire, on prononce _cél_è_bre_, _alg_è_bre_ ou _vert_è_bre_ autrement que _z_è_bre_[178]. _C_è_dre_ s’allonge volontiers en poésie; mais en prose l’e de _c_è_dre_ est aussi moyen que celui des mots géométriques en-è_dre_, _di_è_dre_, _tri_è_dre_, etc.[179]. Enfin l’e est également moyen dans _all_è_gre_, _n_è_gre_, _int_è_gre_ et _p_è_gre_ (haute et basse).

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Il ne reste plus dans cette catégorie que les finales en =-ètre= ou =-ettre= et en =-èvre=, les plus abondantes de toutes, et celles où l’=e= est le plus bref ou le plus long.

L’e est bref dans _m_e_ttre_ et _l_e_ttre_ et leurs composés; mais je ne vois pas que _m_è_tre_ se prononce autrement que _m_e_ttre_[180]; et les deux e de _p_é_n_è_tre_ sont, si on le veut, presque identiques. Il faut bien allonger _ur_è_tre_ quand Victor Hugo le fait rimer avec _pr_ê_tre_; mais en dehors des cas pareils, =-ètre= doit être tenu pour pareil à -ettre, de même que complète et emplette, épèle et appelle. La seule différence est la faculté qu’ont les mots en =-ètre= d’allonger leur finale en cas de besoin[181].

Quant aux mots en =-èvre=, en principe ils ont l’=e= long, comme les mots en =-ève=, mais moins sans doute que les mots en =-èse=. Et il y a des distinctions à faire[182]: _orf_è_vre_ et _l_è_vre_ paraissent avoir l’=e= plus constamment ouvert que les autres; _ch_è_vre_ l’a beaucoup moins, et aussi _s_è_vre_, qui a l’=e= plutôt moyen, comme _l_è_ve_ et _cr_è_ve_; _pl_è_vre_ est douteux, et aussi les mots en _-i_è_vre_: _fi_è_vre_, _li_è_vre_, _mi_è_vre_ et _geni_è_vre_, du moins en prose, car en vers on tend à les ouvrir[183].

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Remarque.--Cette observation à propos des vers, déjà faite plusieurs fois, ne veut pas dire du tout qu’il faille en principe prononcer les mots autrement en vers qu’en prose. Et je veux bien qu’il y ait tout de même une prononciation oratoire ou poétique, qui ouvre les e un peu plus que ne fait l’usage courant. Mais c’est de la rime surtout qu’il faut tenir compte, car les poètes font volontiers rimer des mots dont la quantité n’est pas la même. Or il importe beaucoup de distinguer les cas.

_R_a_ce_ et _gr_â_ce_, malgré la consonne d’appui, font une rime médiocre et que rien ne peut pallier, car les voyelles diffèrent à la fois de timbre et de quantité, et on ne peut ni allonger et fermer _r_a_ce_, ni abréger et ouvrir _gr_â_ce_; de même _tr_ô_ne_ et _cour_o_nne_, rime si fréquente chez Victor Hugo. _Fleur_e_tte_ et _arr_ê_te_ diffèrent déjà un peu moins; mais il est encore impossible d’identifier les sons, de même que ceux de _m_e_ttre_ et _m_aî_tre_, et la rime reste médiocre.

Au contraire, les finales qui ont un accent grave sur l’=e= ont la faculté de s’ouvrir davantage pour se rapprocher de celles qui ont l’accent circonflexe. Or il n’y a pas assez de mots en =-êche=, =-êle=, =-ême=, =-êne= ou =-être=, pour que les poètes ne soient pas amenés à les faire rimer avec des mots à accent grave. En ce cas, il faut bien faire quelque chose pour eux. On ne doit donc pas souligner fâcheusement des licences nécessaires, en accentuant la différence de prononciation, mais au contraire rapprocher l’è de l’ê, et en général l’e qui peut s’ouvrir davantage de l’e très ouvert, qui ne peut guère s’ouvrir moins. Par exemple, si le poète fait rimer _cr_è_che_ et _pr_ê_che_, _cis_è_le_ et _z_è_le_, _centi_è_me_ et _Boh_ê_me_, _gangr_è_ne_ et _fr_ê_ne_, _pén_è_tre_ et _fen_ê_tre_, rimes excellentes d’ailleurs et peu discutables, ce serait le trahir que de ne pas ouvrir l’e partout aussi également que possible, comme il a probablement voulu qu’on l’ouvrît. Et si même il a fait une erreur, il faut pallier cette erreur quand on le peut.

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Il résulte aussi de toutes nos observations que le degré d’ouverture de l’e est souvent discutable, et qu’on a le droit de différer d’opinion sur ce point. Il ne faut donc pas attacher à ce détail trop d’importance: on ne sera jamais ridicule parce qu’on l’ouvrira un peu plus ou un peu moins, et il y a des fautes beaucoup plus graves. La faute grave ici consiste à fermer des e qui sont certainement ouverts. On a pu voir que la tendance générale, due peut-être à la poésie, est de les ouvrir, et beaucoup sont ouverts qui jadis étaient fermés, comme ceux des mots en -ège. Or dans beaucoup d’endroits on continue à les fermer: on prononce _coll_é_ge_, _bonn_é_t_ et même _bôn_é_t_, _ach_é_te_ et _emm_é_ne_; c’est là une prononciation dialectale, qui est tout à fait vicieuse.

4º L’E atone.

Nous savons déjà qu’en principe l’=e= atone est moyen dans tous les sens; du moins il n’est jamais complètement fermé, notamment devant un r. Et il n’est pas plus fermé quand il a l’accent aigu que quand il est suivi de deux consonnes: _r_é_v_é_ler_ ou _d_é_geler_ n’ont de vraiment fermé que l’e final, dont les autres diffèrent peu ou prou; il en est de même de _d_e_ss_e_ller_ ou e_ffr_é_né_. Beaucoup de ces e ont été fermés autrefois, notamment tous ceux qui ont l’accent aigu, et particulièrement les préfixes é- et dé- (autrefois es- et des-): é_lèves_, _d_é_faire_; ils s’ouvrent aujourd’hui de plus en plus, au moins à demi, et plus qu’à demi[184]. Nous avons vu l’e fermé de _r_e_z_ s’ouvrir à moitié dans _r_e_z-de-chaussée_, aussi bien que celui de _pi_e_d_ dans _pi_é_ton_; et quoique l’e généralement fermé de mes, les, des, reste fermé aussi dans les composés, _m_e_sdames_, _l_e_squels_, _d_e_squels_, etc., il s’ouvre à demi dans _m_e_ssieurs_, parce que les composants n’y sont plus reconnus. Inversement, celui de _fi_è_vre_ ou _n_è_gre_ se ferme légèrement dans _fi_é_vreux_ ou _n_é_gresse_.

Toutefois, de même que l’a tonique fermé restait souvent fermé en devenant prétonique par suite de la flexion, de la dérivation ou de la composition, de même l’e tonique ouvert et long reste souvent tel ou à peu près dans les mêmes conditions.

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Ainsi l’=e= prétonique est ouvert et long d’abord quand il a l’accent circonflexe, mais naturellement un peu moins dans _p_ê_cher_ ou _p_ê_cherie_ que dans _p_ê_che_, beaucoup moins même dans _pr_ê_ter_, _rev_ê_tir_ ou _tr_aî_tresse_ que dans _pr_ê_te_, _rev_ê_te_ ou _tr_aî_tre_.

Cette conservation de l’e ouvert est d’ailleurs combattue par la tendance que l’e prétonique paraît avoir à se fermer devant une tonique fermée: phénomène d’assimilation ou d’accommodation. Ainsi l’e se ferme tout en restant long dans _f_ê_lure_, _b_ê_tise_, _t_ê_tu_ et même _ent_ê_té_, malgré l’e ouvert de _f_ê_le_, _b_ê_te_, _t_ê_te_. Toutefois cette prononciation appartient presque uniquement à la langue courante et familière, et ne serait point admise par exemple en vers[185].

L’=e= prétonique est encore fermé, sans être proprement long, devant un e muet: fé(e)rie, gré(e)ment.

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Beaucoup d’=e= prétoniques sans accent circonflexe restent aussi ouverts et longs un peu plus qu’à demi: _z_è_le_, _pi_e_rreux_ ou _empi_e_rrer_, _s_e_rrer_ ou _s_e_rrure_, _t_e_rreau_, _t_e_rrer_ ou _ent_e_rrer_, _v_e_rrée_, _bri_è_vement_, _gri_è_vement_ et les adverbes en -èrement rappellent d’assez près _z_è_le_, _s_e_rre_, _t_e_rre_, _br_è_ve_, etc. On y joindra _p_e_rron_, _je v_e_rrai_, _j’env_e_rrai_, _la bobinette ch_e_rra_.

On notera que l’e des verbes en -érer, comme celui des verbes en -arer, est tout à fait moyen, ce qui met une assez grande distance entre _lib_é_rer_ et _lib_è_re_, _tol_é_rer_ et _tol_è_re_; cela tient sans doute à ce que l’e des formes toniques a dû être ouvert et allongé par l’r final, tandis que l’e atone gardait sa quantité normale.

Il en est de même de _f_e_rrer_, _f_e_rrure_, _gu_e_rrier_, _v_e_rrière_, et des mots où deux r se prononcent, comme _t_e_rreur_. Par analogie peut-être, des mots comme _mani_é_ré_ ou _arri_é_ré_ ont pris aussi l’e moyen[186]; à fortiori _f_e_rrailler_, _gu_e_rroyer_, _t_e_rrasser_ ou _att_e_rrissage_, _v_e_rroterie_, etc., où l’e est plus éloigné de la tonique.

5º Quelques cas particuliers.

Fainéant se prononce fégnan dans le peuple; mais les personnes cultivées ont droit d’articuler fai-né-ant[187].

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On a vu plus haut que l’e de _f_e_mme_ se prononçait a, et pourquoi. Il en est de même de celui de _sol_e_nnel_ ou _sol_e_nnité_, de _rou_e_nnais_ et _rou_e_nnerie_, et des adverbes en -emment, comme _fréqu_e_mment_ et _ard_e_mment_, etc.: dans tous ces mots aussi, le son primitif an s’est dénasalisé en a et en même temps s’est abrégé[188].

Le même phénomène s’est produit dans bien d’autres mots, comme ennemi, passé de en-nemi nasal à a-nemi; mais a-nemi est devenu depuis e-nemi, à cause de l’orthographe. C’est ce qui s’est fait aussi, malgré les efforts désespérés des grammairiens, dans _n_e_nni_ et dans _h_e_nnir_ ou _h_e_nnissement_, qui, après être passés de an à a, sont aussi passés de a à e[189].

Dans _ind_e_m-niser_ ou _ind_e_m-nité_, il en est de même, et la prononciation _ind_a_mnité_, qui n’est pas rare, sera bientôt aussi surannée que _h_a_nir_: toujours l’influence de l’orthographe. Cette influence commence même à se faire sentir, non pas peut-être dans solennel, mais du moins dans solennité[190].

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Il faut éviter avec soin de traiter l’é de _d_é_jà_ comme un e muet: il est d’jà venu[191].

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L’e intérieur latin, qui ne prend pas d’accent, est aussi généralement un e moyen, plus ou moins ouvert[192].

Il en est de même des diphtongues œ et æ: œ_sophage_, œ_dème_, œ_cuménique_, œ_nophile_, æ_rarium_, ad vitam æ_ternam_, etc.[193]. Toutefois on ferme œ dans _f_œ_tus_ ou _c_œ_cum_, æ dans ex æ_quo_ ou æ_quo animo_.

6º L’E des mots étrangers.

Dans les mots étrangers, l’=e= intérieur, aussi bien que l’=e= final, n’a pas d’accent aigu dans les cas où nous en mettrions un; mais il se prononce comme s’il l’avait, surtout s’il porte l’accent tonique. Ainsi l’=e= est à demi ouvert dans _impr_e_sario_ ou _m_e_zzo_, dans _bras_e_ro_, _romanc_e_ro_, _tor_e_ro_, et aussi dans e_vent_, _r_e_volver_, _r_e_member_; il est même fermé dans _pes_e_ta_; mais il est muet dans _r_e_cord_, qui est complètement francisé, si bien qu’il ne se prononce même pas dans _r_e_cordman_, qui est manifestement étranger[194]. D’autre part, quand l’=e= intérieur est atone, il est souvent presque muet, surtout en allemand[195].

L’=o= germanique surmonté d’un tréma se prononce =eu= en allemand et aussi en suédois. L’=œ=, par lequel nous le représentons, faute de caractère typographique spécial[196], se francise quelquefois en =é= dans certains noms propres[197]. D’autres fois, mais rarement, il se décompose en =o-ë=[198]. Mais le plus souvent il garde le son germanique =eu=, comme dans _f_œ_hn_[199].

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Dans beaucoup de mots étrangers, surtout allemands, l’e ne sert qu’à allonger l’i qui le précède, comme dans _li_e_d_, mot savant qui a pu garder sa prononciation originale lîd[200].

L’=e= double germanique n’est qu’un e fermé long[201].

L’=e= double anglais, final ou non, se prononce encore i, par exemple dans _m_ee_ting_, _sl_ee_ping_, _qu_ee_n_, _spl_ee_n_, _k_ee_psake_, _yank_ee, _pedigr_ee, _str_ee_t_, _sp_ee_ch_ ou _st_ee_ple_[202]. Cet i est long; mais nous l’abrégeons souvent, notamment dans _k_ee_psake_, parce que nous déplaçons l’accent[203].

7º Les groupes AI (ay) et EI (ey).

Ai ou ei, ainsi que ay ou ey, se prononcent généralement comme è ouvert[204].

I. =AI final.=--=Ai= final, sans consonne, était jadis fermé comme é. Il ne l’est plus guère aujourd’hui que dans j’ai, mais non pas dans ai-je, qui suit l’analogie des mots en -ège.

A Paris, on continue à fermer la finale dans geai, gai (avec gaie, gaiement, gaieté) et quai, au pluriel comme au singulier; mais cela n’est point indispensable: cela devient même dialectal[205]. D’ailleurs, cette prononciation est probablement destinée à disparaître dans ces mots comme dans les autres. Mai prononcé mé est tout à fait suranné, et aussi incorrect que vrai prononcé vré[206]. Dans je sais, le son fermé, qui remonte sans doute à l’époque où l’on écrivait je sai, n’est guère meilleur aujourd’hui que dans mai[207]. Enfin les futurs, qui jadis se distinguaient des conditionnels (aimerai par é, aimerais par è), ne s’en distinguent plus aujourd’hui que par un effort volontaire, qu’il est inutile de s’imposer[208].

Même les mots anglais en =-ay= et =-ey=, qui se prononcent é en anglais, se francisent parfaitement, mais ne le font qu’en s’ouvrant: _tramw_ay, _jock_ey, _troll_ey, _pon_ey, _jers_ey, comme _bogh_ei, transcrit de l’anglais buggy, et parfois écrit boghet ou boguet[209].

Donc, d’une façon générale, =ai= final est devenu sensiblement identique à =ais=, qui est très ouvert, quoique le peuple le ferme souvent, à Paris et ailleurs; et l’on peut dire qu’en définitive ai est ouvert à peu près partout et se prononce è, qu’il y ait ou non une consonne, et quelle que soit la consonne, -aid, -ais, -ait, -aix, et aussi -aît; car les mots en -aît, comme les mots en -êt, ne se distinguent guère des autres, et _conn_aî_t_ ou _par_aî_t_, comme _ben_ê_t_ ou _for_ê_t_, ne se prononcent pas autrement que _bonn_e_t_ ou _cabar_e_t_.

Ainsi entre _f_ai_s_, _parf_ai_t_, _portef_ai_x_, _préf_e_t_, _prof_è_s_, il n’y a que des différences d’orthographe; de même entre _ess_ai, _je s_ai_s_, _déc_è_s_, _franç_ai_s_, _forç_ai_t_, _cors_e_t_, entre _bal_ai, _pal_ai_s_, _gal_e_t_, _égal_ai_t_, _l_e_gs_, _troll_ey, _dépl_aî_t_: les mots de tous ces groupes riment parfaitement ensemble pour l’oreille, et même richement[210].

Comme les finales en -é ou -et, toutes ces finales sont également moyennes pour la quantité. La finale =-aie= ou =-aies= s’allonge un peu en vers, mais cette différence est insensible dans l’usage courant: _est-ce vr_ai ou _est-elle vr_ai_e_ ne se prononcent pas de deux manières, et le subjonctif j’aie ne diffère de j’ai que par le timbre, c’est-à-dire par l’ouverture[211]. Il faut seulement éviter de changer -aie en -aye (ai-ye).

II. =AI suivi d’une consonne articulée.=--Suivis d’une consonne articulée, =ai= ou =ei= suivent naturellement le sort de l’e dans les cas correspondants, c’est-à-dire qu’étant toujours ouverts, ils peuvent être néanmoins plus ou moins brefs ou longs; mais ils sont quelquefois un peu plus longs que l’e.

1º Devant une sourde, c, t, ch ou s, il y a peu de différence. On ne prononce pas de deux manières _éch_e_c_ et _ch_ei_k_, ni _estaf_e_tte_ et _parf_ai_te_[212]; de même _soubr_e_tte_ et _distr_ai_te_, _s_è_che_ et _s_ei_che_[213]; et la différence est mince, s’il y en a une, entre _abb_e_sse_ et _bouillab_ai_sse_[214]; entre _f_e_sse_ et _aff_ai_sse_, peut-être même entre _par_e_sse_ et _par_ai_sse_, avec _ser_ai_t-ce_, ou encore _ét_ai_t-ce_ et _polit_e_sse_[215].

Toutefois les finales en =-aisse=, autrefois longues, ont encore une tendance à s’ouvrir plus que les autres: ai est resté certainement long dans _b_ai_sse_, _c_ai_sse_ et _gr_ai_sse_, et leurs composés; les autres, _l_ai_sse_, _n_ai_sse_, _conn_ai_sse_, _p_ai_sse_, _ép_ai_sse_, sont devenus douteux: notamment quand on dit _c_ai_sse d’épargne_, ou _b_ai_sse de fonds_, ou _gr_ai_sse d’oie_, on ne se soucie guère d’allonger aisse[216].

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Devant d et j, =ai= ou =ei= sont encore sensiblement pareils à è, et _r_ai_de_ se prononce comme _rem_è_de_[217]; on ne distingue pas _n_ei_ge_ et _b_ei_ge_ de _man_è_ge_ et _arp_è_ge_, ni _f_ai_s-je_ et _v_ai_s-je_ de _solf_è_ge_ ou _coll_è_ge_. Pourtant ai_de_ et _pl_ai_de_ s’allongent assez facilement; _s_ai_s-je_ aussi.

De même _p_ay_e_, _r_ay_e_, _bég_ay_e_, _grass_ey_e_ riment très exactement avec _or_e_ille_ et _Mars_e_ille_[218]; _b_ai_gne_, _d_ai_gne_, _s_ai_gne_ et _chât_ai_gne_, aussi bien que _p_ei_gne_, _emp_ei_gne_, _ens_ei_gne_ et _t_ei_gne_, et tous les subjonctifs en -aigne et -eigne, ne se distinguent pas davantage de _du_è_gne_ et _r_è_gne_, et s’allongent même moins facilement, sauf tout au plus _b_ai_gne_, _d_ai_gne_, _s_ai_gne_ et peut-être _cr_ai_gne_, dans la prononciation oratoire[219].

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2º En revanche, le mot aile s’est allongé, comme elle après une préposition[220]. Le mot aime aussi, du moins à la rime, mais non pas essaime. Et ces finales n’ont pas d’autres mots.

Les finales =-aine= et =-eine= sont au contraire très fréquentes, et celles-là, souvent brèves autrefois, sont aujourd’hui plutôt longues, comme celles de beaucoup de mots en =-ène=: _proch_ai_ne_ rime très exactement avec _ch_ê_ne_, comme avec _ch_aî_ne_ et _Duch_e_sne_[221]; de même _r_ei_ne_ et _marr_ai_ne_ avec _r_ê_nes_ et _sir_è_ne_. Pourtant _gr_ai_ne_ et _migr_ai_ne_ ont plutôt =ai= bref ou moyen, et aussi _d_ai_ne_ (féminin de daim), et _bed_ai_ne_, et peut-être _n_ai_ne_[222].

Les finales =-air= et =-aire=, =-aise= et =-eize= sont longues à fortiori, sans exception, ainsi que le mot _gl_ai_ve_[223]. Il n’y a qu’une prononciation pour =r=, =air=, =ère=, =hère=, =erre=, =aire= et =haire=, et lorsque grammaire avait encore le son nasal, il se confondait avec grand’mère, au moins à partir du XVIIᵉ siècle[224]. De même c’est l’identité de prononciation qui a fait transformer les pantoufles de _v_ai_r_ de Cendrillon, qui étaient des pantoufles de fourrure, en absurdes pantoufles de _v_e_rre_.

Il n’y a pas d’avantage de différence possible entre _tr_ei_ze_, _fr_ai_se_ et _diér_è_se_, _s_ei_ze_, _franç_ai_se_ et _dioc_è_se_[225].

Les mots _f_ai_ble_, ai_gle_ et _s_ei_gle_, ai_gre_, _vin_ai_gre_ et _m_ai_gre_ ont également la finale longue, plus longue que les mots correspondants en -èble, -ègle et -ègre; toutefois cette quantité ne s’impose ni pour _f_ai_ble_ ni pour _s_ei_gle_.

Les mots en =-aître= ont tous l’accent circonflexe[226].

III. =AI atone.=--=Ai= tonique long et ouvert garde assez facilement sa quantité, à peu près du moins, en devenant atone: _fr_aî_cheur_, _m_ai_grir_, ai_der_, ai_mer_, _ab_ai_sser_, _l_ai_sser_, _fr_ai_sier_, _p_ai_sible_, _vous vous t_ai_rez_, et tous les mots en -airie, rappellent suffisamment _fr_aî_che_, _m_ai_gre_, ai_de_, etc.; l’orthographe y aide beaucoup, l’r et l’s encore plus peut-être.

Mais les exceptions sont nombreuses. Dans _aff_ai_ré_, ai est aussi moyen que dans _parf_ai_tement_. Même dans _g_aî_té_, malgré l’accent circonflexe, ai est à peu près identique à l’e bref, à peine ouvert, de _gu_e_tter_[227]. Ici aussi on peut voir trois degrés différents pour la quantité, par exemple _d_ai_gne_, _d_ai_gner_ et _déd_ai_gner_.

De plus, =ai= prétonique, comme =ê=, a une tendance assez marquée à se fermer devant une tonique fermée, mais généralement sans s’abréger; ainsi dans ai_mer_, ai_sé_, _l_ai_sser_, _s_ai_gner_, etc., et même dans _pl_ai_sir_, _s_ai_sir_, _ép_ai_ssir_, ou dans ai_gu_, _l_ai_tue_, _r_ai_nure_. Il n’y a lieu ni de lutter contre cette tendance, ni de se croire obligé de s’y conformer; mais elle appartient plutôt à la conversation très familière[228].

Mais voici qui est plus particulier. Aujourd’hui encore, =ai= se réduit à un simple e muet dans les formes de faire et les mots dérivés où =ai= atone est suivi d’un s: _nous f_ai_sons_, _je f_ai_sais_, _nous f_ai_sions_, _f_ai_sant_, et aussi _bienf_ai_sant_ et _malf_ai_sant_, _f_ai_sable_ et _f_ai_seur_, qui doivent se prononcer fe_sais_, fe_sons_, etc., en opposition avec _bienf_ai_teur_ et _malf_ai_teur_, où ai est suivi d’un t.

C’est encore une des bizarreries de notre orthographe; nous écrivons bien _je f_e_rai_ au futur, comme nous prononçons, et non pas _f_ai_rai_, malgré l’identité constante d’orthographe entre le futur et l’infinitif; pourquoi pas aussi bien je fesais? C’est ce que faisait ou fesait Voltaire. Pourquoi l’Académie n’a-t-elle pas suivi son autorité, comme elle s’est décidée à le faire pour les mots en -ais, au lieu de -ois? La conséquence, c’est qu’on se met de plus en plus à prononcer _f_ai_sais_, _f_ai_sons_, et surtout _bienf_ai_sant_ et _bienf_ai_sance_, comme on écrit, et il y a des chances pour que cette prononciation fautive finisse un jour par prévaloir.

Cette prononciation d’e pour ai a été longtemps aussi la seule correcte pour _f_ai_san_, _f_ai_sane_, _f_ai_sandeau_, _f_ai_sander_; mais elle tend déjà à disparaître dans ces mots, en attendant qu’elle disparaisse dans les autres.

Le groupe =ouai= s’est prononcé oi dans certains mots, comme le groupe oue: on disait _d_oi_rière_, comme on disait _f_oi_ter_; mais cette prononciation est aussi surannée aujourd’hui dans _dou_ai_rière_ que dans _souh_ai_t_ et _souh_ai_ter_, ou dans _fou_e_t_[229].

IV. =Le groupe AIGN.=--Il en est du groupe aign comme du groupe oign, non pas partout, mais dans beaucoup de mots; il contenait à l’origine une voyelle simple, a, suivie d’un n mouillé, qui s’écrivait ign[230].

Ceux de ces mots qui ont perdu leur i, _g_a-(i)gner, _mont_a-(i)gne, a-(i)gneau, _comp_a-(i)gnon, ont sauvé leur prononciation; ceux qui ont gardé leur i, _ar_a-i_gne_, _chât_a-i_gne_ se sont altérés, l’i s’étant joint indûment à l’a: _ar_ai-gnée, _chât_ai-gne. Tous ces mots se prononcent depuis longtemps comme ils s’écrivent[231].

V. =Les mots étrangers.=--Nous avons vu les finales anglaises =-ay= et =-ey= se prononcer en français comme e ouvert et non fermé; nous ouvrons aussi ai dans _bar-m_ai_d_, _cock-t_ai_l_, _m_ai_l-coach_, _d_ai_ly_(-News) ou _rocking-ch_ai_r_. Quelques-uns prononcent de même _r_ai_l_ ou _r_ai_lway_.

Au contraire, _b_ai_ram_ se prononce _b_aï_ram_ (quelquefois _b_éï_ram_), aï faisant une seule syllabe, comme dans l’allemand _k_ai_ser_. Mais _sch_ei_k_ est francisé en _ch_è_c_ et non en _ch_eï_c_. _V_ay_vode_ a été remplacé par _v_oï_vode_[232].

Le groupe allemand =ei= est une diphtongue qui se prononce à peu près =aï=, monosyllabique. On le francise à moitié dans _gn_ei_ss_ ou _edelw_ei_ss_, où l’on fait sonner tout au moins une semi-voyelle (eye au lieu de aye). Mais il importe d’articuler nettement et à l’allemande, c’est-à-dire aï ou aye, dans _r_ei_chstag_ ou _r_ei_chsrath_, dans _vergiss m_ei_n nicht_, dans _l_ei_t-motif_, _zollver_ei_n_, etc.; et cela vaut mieux également pour _edelw_ei_ss_[233].

Le mot _g_e_yser_, qui devrait se prononcer comme _k_ai_ser_ (beaucoup, néanmoins, prononcent ka-i-ser, à l’allemande), est un des exemples les plus curieux de l’habitude que nous avons de franciser à demi; le g a gardé le son guttural et la diphtongue ey est restée diphtongue, mais en se francisant par e, et la finale a pris l’e ouvert et long qui est purement français: _gh_eï_zèr_[234].

III.--LA VOYELLE EU.

Le groupe eu est depuis longtemps une voyelle simple, ouverte et fermée, dont le son se rapproche de celui qu’a l’e muet quand il n’est pas muet[235].

1º EU final.

=Eu= final est fermé partout comme =é= final, et de plus moyen comme toutes les voyelles finales. Il y a d’ailleurs peu de mots en -eu sans consonne à la suite; une dizaine de mots en -ieu: dieu, lieu, pieu, etc., et une douzaine d’autres en -eu: feu, jeu, etc., avec quelques mots en -eue, où l’e muet ne change rien: lieue, banlieue, queue et les féminins feue et bleue[236].

* * * * *

Avec une consonne non articulée à la suite, il y en a davantage et le son eu y est toujours fermé. Ce sont d’abord et surtout les adjectifs et substantifs en -eux, qui sont fort nombreux, sans compter les pluriels comme _di_eu_x_ et _bl_eu_s_[237]. Il y faut joindre les mots suivants:

1º Le mot _n_œu_d_, qui devrait naturellement s’écrire et s’est longtemps écrit neu, tout simplement, comme nu.

2º Les pluriels œu(fs) et _b_œu(fs), et aussi le singulier _b_œu(f), à Paris du moins, dans l’expression carnavalesque bœu(f) gras, où l’f final est muet devant une consonne, suivant la règle d’autrefois[238].

De plus et surtout, malgré l’affaiblissement de l’accent, l’adjectif numéral _n_eu_f_ devant un pluriel commençant par une consonne: _les n_eu(f) muses, _n_eu(f) cents, _n_eu(f) mille, ainsi que dans _n_eu_f heures_ et _n_eu_f ans_, où il y a seulement liaison, avec changement de l’f en v; toutefois, dans ces deux expressions, eu tend déjà à s’ouvrir[239].

3º _Monsi_eu_r_, comme _messi_eu_rs_, souvenir de l’époque où l’r avait cessé de se prononcer dans tous les mots en -eur[240].

4º Les formes verbales _pl_eu_t_, _m_eu_x_ et _m_eu_t_, _p_eu_x_ et _p_eu_t_, _v_eu_x_ et _v_eu_t_. Cependant _v_eu_x_ et _v_eu_t_ tendent parfois à s’ouvrir.

2º EU suivi de consonnes articulées.

I. =EU fermé.=--Quand =eu= est suivi d’une consonne articulée, il est assez généralement ouvert; mais il est encore fermé dans certains cas, et alors il n’est plus moyen, mais long, notamment dans tous les mots en =-euse=, comme dans les mots en -ase: _baign_eu_se_, _glan_eu_se_, _var_eu_se_, etc.[241]. Ceci est très important, car c’est un des points sur lesquels les prononciations dialectales sont le plus incorrectes, et l’incorrection est bien plus sensible dans -euse que dans -ase.

Outre les mots en =-euse=, =eu= tonique avec consonne articulée est encore long et fermé dans les mots suivants:

1º Les onomatopées _b_eu_gle_ et _m_eu_gle_; on peut d’ailleurs ouvrir ces mots quand ils riment avec _av_eu_gle_: cela vaut mieux que de fermer eu dans _av_eu_gle_.

2º Le mot _v_eu_le_, auquel _m_eu_le_ s’est ajouté depuis un siècle, malgré l’étymologie.

3º Le substantif _j_eû_ne_, que la prononciation aussi bien que l’accent distingue de l’adjectif, _j_eû_ne_ ouvert étant tout à fait incorrect. Mais _déj_eu_ne_, qui n’a plus d’accent, est beaucoup moins fermé, et s’ouvre même un peu trop[242].

4º Les mots en =-eute= et =-eutre=, contrairement aux principes ordinaires: _m_eu_te_, _bl_eu_te_, etc., et _f_eu_tre_, _calf_eu_tre_, _n_eu_tre_, _pl_eu_tre_.

5º Un certain nombre de mots savants ou techniques, à finales uniques ou rares: _phal_eu_ce_, _l_eu_de_, _n_eu_me_ et _empyr_eu_me_[243].

II. =EU ouvert.=--Partout ailleurs =eu= tonique est ouvert, avec quelques différences de quantité.

Il est bref, ou tout au plus moyen, quand il est suivi d’une consonne autre que r et v, notamment dans les mots en =-euf= (sauf les exceptions indiquées plus haut): œu_f_, _n_eu_f_, _v_eu_f_[244]; dans les mots en =-eul= et =-eule= (sauf _m_eu_le_ et _v_eu_le_): _s_eu_l_, _fill_eu_l_, _gu_eu_le_, _v_eu_lent_[245]; enfin dans l’adjectif _j_eu_ne_. Il n’est guère plus long dans _p_eu_ple_, _m_eu_ble_, _est_eu_ble_, et même _av_eu_gle_[246].

Les finales mouillées, =-euil= et =-euille=, sont un peu moins brèves: _d_eu_il_ et _s_eu_il_, _f_eu_ille_ et _v_eu_ille_. A cette catégorie appartiennent les mots en -cueil et -gueil, où la présence nécessaire d’un u à côté du c ou du g empêche d’en mettre un second après l’e: _acc_ue_il_, _éc_ue_il_, _cerc_ue_il_, _org_ue_il_, et aussi le mot œil, qui s’est longtemps écrit ueil[247].

Les consonnes qui allongent réellement =eu= ouvert sont seulement r et v, car nous avons vu que les finales en -euse étaient, de plus, fermées[248]. Il ne reste donc plus que les finales suivantes:

1º =-eur= (avec ou sans s ou t) et =-eure= ou =-eurre=: _lab_eu_r_ et _b_eu_rre_, _c_œu_r_ et _ch_œu_r_, _éc_œu_re_ et _liqu_eu_r_, _l_eu_rre_, _l_eu_r_ et _l_eu_rs_, _si_eu_r_ et _plusi_eu_rs_, _pl_eu_rs_ et _pl_eu_re_, _m_eu_rt_ et _m_eu_rent_, _s_œu_r_, etc.[249].

Nous avons vu plus haut que monsieu(r) et messieu(rs) faisaient exception, et pourquoi. Cet amuissement de l’r s’est maintenu dans les équipages de chasse à courre, pour le mot _piqu_eu(r), qu’on écrit même quelquefois piqueux; et dans certains milieux de sport aristocratique, ce serait un signe de roture indélébile que de prononcer _piqu_eu_r_ comme le vulgaire[250].

2º =-euve= et surtout =-euvre=: _fl_eu_ve_ et _abr_eu_ve_, œu_vre_ et _pi_eu_vre_[251].

Nous avons parlé plus haut des prononciations dialectales qui ouvraient eu partout, et notamment dans les finales en -euse. D’autres, au contraire, ferment eu partout, même dans -eur et -euve, et le défaut est tout aussi grave[252].

* * * * *

Remarque.--Il ne faut pas confondre le son =eu= avec l’=u= des mots comme gag(e)ure, où un e s’est intercalé dans l’orthographe, entre le g et l’u, pour garder au g le son chuintant du radical[253].

C’est également le son u, et non eu, qu’on a dans le participe (e)u, du verbe avoir, ainsi que dans le prétérit et l’imparfait du subjonctif, j’(e)us, que j’(e)usse: l’e conservé par ces formes faisait diphtongue autrefois dans beaucoup de verbes, comme receu, peu; mais il a disparu partout, depuis que la diphtongue s’est réduite à u, et son maintien dans le seul verbe avoir est assez ridicule[254].

3º EU atone.

=Eu= tonique fermé, devenu atone par flexion ou dérivation, se maintient fermé et long dans la plupart des cas: _b_eu_gler_ et _b_eu_glement_, _m_eu_lière_, _j_eû_ner_, _cr_eu_ser_, _bl_eu_ir_ et _bl_eu_ter_, _d_eu_xième_, _am_eu_ter_, _f_eu_trer_ et _calf_eu_trer_, _n_eu_tralité_, _li_eu_tenant_, et les adverbes en -eusement.

Nous avons vu plus haut =eu= ouvert suivi d’=f= se fermer quand f se changeait en v par liaison: _n_eu_f ans_, _n_eu_f heures_. Nous retrouvons le même phénomène dans _n_euv_ième_ et _n_eu_vaine_, où il tend aussi à s’affaiblir. Nous le retrouvons encore, et même plus nettement, dans hareng œu_vé_ et _terre-n_eu_vas_, malgré l’eu ouvert d’œu_f_ et _n_eu_ve_[255].

Au contraire, _bl_eu_et_ abrège =eu=, qui même se réduit à u dans _bl_u_et_. D’autre part, peu s’ouvre sensiblement dans à peu près, encore plus dans _p_eu_t-être_, étant abrégé par le voisinage de la tonique qui est longue. Il devient même si bref et si rapide, qu’il disparaît souvent complètement dans la conversation très familière, comme si c’était un e muet: p(eu)t-êt(re) qu’il est venu[256].

=Eu= atone est encore fermé en tête des mots, dans eu_rythmie_, où il est suivi d’un r, aussi bien que dans eu_nuque_, eu_phémisme_ ou eu_phonie_[257].

=Eu= est encore fermé dans _j_eu_di_, dans _m_eu_nier_, et parfois dans _f_eu_illage_ et _f_eu_illée_, malgré l’ouverture de _f_eu_ille_; enfin dans des mots techniques ou savants, comme _f_eu_diste_ et _f_eu_dataire_, _d_eu_téronome_, _ichn_eu_mon_, _pn_eu_monie_, _ps_eu_donyme_, _t_eu_ton_ et _t_eu_tonique_, et les mots en-eu_tique_ et-eu_matique_[258].

Malgré ces exemples, on peut dire qu’en général =eu= atone est ouvert, notamment devant un r, mais naturellement plus bref, et par suite moins ouvert, dans _abr_eu_ver_ que dans _abr_eu_ve_, dans _h_eu_reux_ ou _malh_eu_reux_, _fl_eu_rdelisé_ ou _eff_eu_iller_ que dans _h_eu_r_, _fl_eu_r_ ou _f_eu_ille_; il reste pourtant ouvert et long, comme la tonique, dans la plupart des verbes en -eurer: _b_eu_rrer_, _éc_œu_rer_, _désh_eu_rer_, _l_eu_rrer_ et _pl_eu_rer_, tandis qu’il est bref dans _dem_eu_rer_, _fl_eu_rer_, _effl_eu_rer_.

Signalons, pour terminer, une faute de prononciation qui ne date pas d’aujourd’hui, que des grammairiens même ont cru devoir autoriser: c’est celle qui consiste à prononcer eil au lieu de euil, à cause de l’orthographe, dans _org_ue_illeux_ ou _enorg_ue_illir_, qui, évidemment, ne sauraient se prononcer autrement qu’_org_ue_il_. Il est vrai qu’orgueil lui-même est parfois assez altéré; mais ceci est plus extraordinaire, et même assez ridicule. Tout de même, on est surpris d’entendre enorghé-yir jusqu’à la Comédie-Française.

IV.--LA VOYELLE O

1º L’O final.

L’=o= final est fermé, comme é et eu, et moyen, comme a, é et eu: _adagi_o, _numér_o, _domin_o[259].

L’s non articulé ne saurait ouvrir l’=o=: _cha_o_s_, _rep_o_s_, _gr_o_s_, _des domin_o_s_. _N_o_s_ et _v_o_s_ eux-mêmes, quoique proclitiques, et par suite dénués d’accent, restent fermés, et leurs o sont même plus longs que les autres.

* * * * *

Il n’en est pas tout à fait de même du t non articulé, quoique les mots en -ot se soient progressivement fermés: sans être assurément ni ouverts ni brefs, ils sont cependant un peu moins fermés en moyenne que les précédents. Je dis en moyenne, car il faut distinguer.

Ceux qui ont une voyelle devant l’o ont toujours l’o fermé, ou à peu près: _cah_o_t_, _idi_o_t_, _chari_o_t_, et, par analogie, _fay_o_t_, _caill_o_t_, _maill_o_t_. D’autres encore font comme eux: _még_ot, _marg_ot, _serg_o_t_, _livar_o_t_, _palet_o_t_, _pav_o_t_; mais c’est la minorité[260].

La plupart des autres sont souvent beaucoup moins fermés, au moins hors de Paris. Le moins qu’on puisse dire est que leur prononciation est un peu flottante: ainsi _jab_o_t_, _calic_o_t_, _cach_o_t_, _fag_o_t_, _gig_o_t_, _grel_o_t_, _m_o_t_, _can_o_t_, _p_o_t_, _pierr_o_t_, _dév_o_t_, et aussi bien leurs pluriels[261]. Sans doute, l’o de ces mots n’est jamais proprement ouvert chez les personnes qui prononcent correctement, mais il arrive souvent qu’il n’est pas fermé non plus, même chez ceux qui ont l’habitude de fermer l’o final. La différence est rendue particulièrement sensible par le voisinage immédiat de mots à son fermé:

Et Malherbe et Balzac, si savants en _beaux m_o_ts_, En cuisine peut-être auraient été des _s_o_ts_.

Beaux est ici fermé, comme partout: quoiqu’il soit moins accentué que _m_o_ts_, ce qui aurait pu contribuer à l’ouvrir un peu, c’est pourtant lui qui est le plus fermé des deux. La différence est moindre assurément que dans beaux hommes; elle est cependant certaine, et la demi-ouverture de _m_o_ts_ entraîne celle de _s_o_ts_[262]. Il se pourrait, d’ailleurs, que le mot _m_o_t_ fût précisément celui qui s’ouvre le plus fréquemment ou le plus facilement, sans qu’il y ait lieu de distinguer comme autrefois entre le singulier et le pluriel. Toutefois, celui-là même n’est jamais ouvert qu’à moitié.

Il n’y a qu’un seul mot en =-ot= dont l’o soit tout à fait ouvert et bref, mais c’est parce que le t se prononce: c’est _d_o_t_, la prononciation do étant dialectale.

Il va sans dire que cet o, même fermé, s’ouvre dans les composés, où il cesse d’être tonique, et où, très souvent, le t se lie avec le mot suivant: _s_o_t-l’y-laisse_, _m_o_t-à-mot_, _p_o_t-à-l’eau_, _p_o_t-au-lait_, _p_o_t-au-feu_, _p_o_t-aux-roses_, et même, sans liaison, _p_o_t à tabac_.

* * * * *

Aux mots en =-ot= se joignent quelques autres mots à consonne non articulée, dont la finale n’est pas non plus tout à fait ou toujours fermée. Ce sont: _br_o_c_, _cr_o_c_, avec _accr_o_c_ et _raccr_o_c_, _escr_o_c_, _gal_o_p_, _sir_o_p_, et _tr_o_p_[263]. On notera que _tr_o_p_ est presque toujours proclitique, et, par suite, a tendance à s’ouvrir tout à fait: _c’est tr_o_p juste_, ou mieux encore avec liaison: _vous êtes tr_o_p aimable_; aussi est-il bien difficile de ne pas l’ouvrir un peu, même quand il est tonique: _j’en ai beaucoup tr_o_p_. De même l’o est ouvert dans le composé _cr_o_c-en-jambe_, où le c sonne.

* * * * *

Malgré ces restrictions, on peut maintenir néanmoins que le son =o= final est, en général, fermé ou à peu près, surtout à Paris. Et la tendance est si marquée que, dans les mots raccourcis de la fin, qui se créent précisément à Paris, l’o intérieur, qui était au moins à demi ouvert dans le mot complet, se ferme en devenant final: on peut comparer _kil_o_gramme_ et _kil_o, _typ_o_graphe_ et _typ_o. De même _mél_o, _chrom_o, _métr_o, _phot_o, _hect_o, _arist_o, _Méphist_o, et même _aut_o, malgré le son fermé qui précède l’o[264].

2º L’O suivi d’une consonne articulée.

Quand l’=o= est suivi d’une consonne articulée, il est, comme eu, assez généralement ouvert; mais lui aussi est fermé dans certains cas et, de plus, long.

I. =O fermé.=--L’=o= est fermé et long, avant tout, dans tous les mots en =-ose=, comme eu dans la finale -euse: on peut comparer _ch_o_se_ et _fâch_eu_se_, _d_o_se_ et _hid_eu_se_, _r_o_se_ et _peur_eu_se_; et, de même que pour -euse, c’est un des points sur lesquels il importe le plus de corriger certaines prononciations dialectales, qui ouvrent partout o et eu[265].

A part les mots en =-ose=, o tonique avec consonne articulée n’est plus fermé et long qu’avec l’accent circonflexe, et dans un certain nombre de mots en =-ome=, =-one=, =-os= et =-osse=, que nous allons voir dans leurs catégories respectives.

Partout ailleurs l’o tonique est ouvert, mais, comme a, e et eu, avec certaines différences de quantité[266].

II. =O ouvert bref.=--L’=o= est naturellement bref devant une explosive brusque, c, t, p, ou une spirante sourde, f, ch, s: _r_o_c_, _c_o_ke_, _bar_o_que_, _l_o_ch_ et même l(o)o_ch_, en une syllabe; _d_o_t_, _rad_o_te_ et _car_o_tte_; _st_o_p_, _st_o_ppe_ et _mét_o_pe_; sous-o_ff_, _ét_o_ffe_ et _philos_o_phe_; _r_o_che_; _r_o_sse_ et _fér_o_ce_[267].

* * * * *

Il n’y a d’exceptions que pour l’s.

D’abord l’o est long et fermé dans _ad_o_sse_ et _end_o_sse_ (de _d_o_s_), dans _gr_o_sse_ et _engr_o_sse_ (de _gr_o_s_), dans _f_o_sse_ (on ne sait trop pourquoi), et aussi _dés_o_sse_ (du pluriel o_s_).

Mais surtout les mots en =-os= demandent un examen particulier. En principe, l’o y est ouvert et bref, mais il y a une tendance manifeste à le fermer et à l’allonger, peut-être par analogie avec les mots en -os à s non articulé. On dit, et on doit dire de préférence: un o_s_, avec o ouvert et en faisant sonner l’s, des o(s), avec o fermé, comme _d_o(s) et _gr_o(s); toutefois, on dit de plus en plus _des o_s avec o fermé et s articulé; et cette prononciation réagit parfois sur le singulier: un o_s_, avec o fermé[268]. D’autre part, les avis sont partagés sur _rhinocér_o_s_, _mérin_o_s_, _albatr_o_s_, et même _albin_o_s_; je pense qu’il vaut mieux fermer l’o dans ces quatre mots[269].

A vrai dire, les mois en =-os=, dont le nombre s’est fort augmenté, sont empruntés au grec le plus souvent, et la plupart sont des noms propres. Ceux qui n’en sont pas, mots savants, comme _path_o_s_, _tétan_o_s_, _pepl_o_s_, _cosm_o_s_, ou _sphynx atrop_o_s_, devraient tous avoir l’o bref, en vertu de l’étymologie. Mais cette prononciation, qui est de pure érudition, est en contradiction avec la tendance du français pour les mots en -os. Dès lors, une foule de gens fort instruits, et même sachant du grec (il est vrai qu’ils le prononcent fort mal), ferment l’o sans hésitation, par exemple, dans ce vers de Molière:

On voit partout chez vous l’_ith_o_s_ et le _path_o_s_!

Il en est de même pour _tétan_o_s_, et cette prononciation est peut-être destinée à l’emporter sur la bonne. Elle ne peut, d’ailleurs, choquer que les érudits[270].

III. =O ouvert moyen.=--L’=o= est un peu moins bref devant une sonore, soit explosive, b, d, g, soit surtout spirante, j, v (et même parfois z), et devant l, m, n, et gn mouillé: ainsi _sn_o_b_ et _r_o_be_, _pag_o_de_ ou _raps_o_de_, _gr_o_g_ et _dr_o_gue_; puis _c_o_l_, _éc_o_le_, _déc_o_lle_, et même alc(o)o_l_, réduit à deux syllabes[271]; _h_o_mme_ et _métron_o_me_; _micr_o_n_, _matr_o_ne_ et _patr_o_nne_; enfin, _horl_o_ge_, _inn_o_ve_ et _ivr_o_gne_[272].

Seules les finales =-ome=, =-one= et =-oz= appellent quelques observations.

1º Autrefois on distinguait les finales =-omme= et =-ome=: les mots en -omme, mots de la langue commune, qui sont bien huit ou dix, avaient seuls l’o ouvert[273]; les mots en -ome, mots savants, avaient au contraire l’o fermé, au moins à partir du XVIIᵉ siècle. Cette prononciation était justifiée dans beaucoup de cas par l’étymologie, notamment dans _sympt_ô_me_ et _dipl_ô_me_, qui ont pris l’accent; dans _idi_o_me_ et _axi_o_me_, qui ne l’ont pas pris, et aussi dans _br_o_me_, _chr_o_me_, _am_o_me_, _gn_o_me_ et _ar_o_me_. Est-ce par analogie que tant d’autres suivirent? Toujours est-il que _prodr_o_me_ et _hippodr_o_me_, _t_o_me_, _at_o_me_ ou _épit_o_me_ (remplacé depuis par épitomé), _n_o_me_, _écon_o_me_, et même _astron_o_me_, et aussi _majord_o_me_, n’avaient aucune raison de fermer leur o[274]. Ils le fermèrent pourtant, sans doute en qualité de mots savants. Que dis-je? On en vit deux, à o également bref d’origine, qui allèrent jusqu’à prendre l’accent circonflexe: _d_ô_me_ et _mon_ô_me_, avec _bin_ô_me_ et _polyn_ô_me_[275]. Ceux-là sont altérés pour longtemps par l’orthographe. Pour les autres, on est revenu en arrière, mais on y a mis le temps, et il en reste encore quelque chose.

Quoiqu’il n’y ait plus guère de divergence sur la prononciation de _métron_o_me_, _astron_o_me_, _auton_o_me_, qui ont certainement l’o ouvert, on trouverait sans peine des vieillards qui ferment encore l’o dans _écon_o_me_; et l’on hésite souvent sur les autres[276]. La tendance à ouvrir est cependant très marquée; et même on voit se produire depuis une génération le phénomène inverse: on avait fermé des o légitimement ouverts; on a ouvert des o légitimement fermés. _Am_o_me_, ou du moins _cinnam_o_me_, ne se dit plus guère avec o fermé[277]; _gn_o_me_ et _ar_o_me_ ouvrent leur o de plus en plus souvent, et _polychr_o_me_ encore davantage. Je ne vois guère, sans accent circonflexe, que _idi_o_me_ et _axi_o_me_ qui résistent avec succès; et encore ils sont certainement touchés[278].

2º C’est une observation toute pareille qu’on peut faire sur les mots en =-one=, mots savants ou noms propres, qui autrefois avaient l’o long et fermé, par opposition aux mots en =-onne=, mots de la langue vulgaire, qui l’avaient bref et ouvert. Ici aussi, l’o fermé pouvait se comprendre dans des mots comme _carb_o_ne_, _aph_o_ne_, _polyg_o_ne_, _aném_o_ne_, _matr_o_ne_, mots savants où se conservait la quantité étymologique[279]; ou encore dans _aut_o_mne_, autrefois nasal, comme _d_a_mne_; il ne s’expliquait ni dans _mad_o_ne_ ou _bellad_o_ne_, de l’italien _d_o_nna_, ni, et moins encore, dans _at_o_ne_ ou _autocht_o_ne_, et pas davantage dans _pr_ô_ne_ et _tr_ô_ne_, qui ont imité _d_ô_me_ et _mon_ô_me_[280]. Aujourd’hui, à part les mots que l’orthographe a altérés, _pr_ô_ne_ et _tr_ô_ne_, cette prononciation a disparu à peu près, par assimilation de -one à -onne: sans parler d’_aném_o_ne_ et _matr_o_ne_, qu’on ne discute pas, _at_o_ne_ ne saurait garder l’o fermé à côté de _monot_o_ne_, ni _aph_o_ne_ à côté de _téléph_o_ne_ ou _saxoph_o_ne_. _Carb_o_ne_ et les termes mathématiques de la famille de _polyg_o_ne_ résistent encore, mais pas pour longtemps[281]. Je ne vois plus avec o long fermé d’une façon assez générale que _z_o_ne_ et _amaz_o_ne_, _cycl_o_ne_ et _ic_o_ne_; encore ces mots sont-ils atteints, surtout _amaz_o_ne_[282].

3º Pour ce qui est de l’s doux, nous avons vu plus haut que les mots en =-ose= avaient l’o fermé. Comme il n’y a pas de finale féminine en =-oze=, il ne reste que les mots en =-oz=, sur lesquels l’accord n’est pas parfait; mais cette finale appartient exclusivement aux noms propres[283].

IV. =O ouvert long.=--De même que =a=, =e= et =eu= devant r, l’=o= est allongé dans =-or= (avec ou sans seconde consonne non articulée) et dans =-ore= (ou =-orre=), tout en restant très ouvert sans exception: o_r_ et _h_o_rs_, _ab_o_rd_ et _abh_o_rre_, _c_o_r_, _c_o_rps_, _rec_o_rs_, _acc_o_rd_, _enc_o_r_ et _enc_o_re_, _p_o_rc_, _p_o_rt_ et _p_o_re_, _t_o_rd_, _t_o_rds_, _t_o_rt_, _ret_o_rs_, _st_o_re_ et _ment_o_r_, ne se prononcent pas de deux manières[284].

3º L’O suivi de groupes à liquides.

Dans les groupes à liquides, l’=o= est également ouvert. Il est plus ou moins bref ou moyen dans les finales en =-ocle= et =-ocre=, =-ople= et =-opre=, =-otre=, =-ofle= et =-ofre=, où l’o est suivi d’une sourde: _s_o_cle_ et _médi_o_cre_, _sin_o_ple_ et _pr_o_pre_, _n_o_tre_ et _v_o_tre_, _gir_o_fle_ et _c_o_ffre_[285]; il est un peu plus long dans les finales en =-oble=, =-obre= et =-ogre=: _n_o_ble_, _s_o_bre_, o_gre_[286].

4º L’O atone.

L’=o= atone est exactement dans le même cas que l’a: tandis que l’o tonique peut être long en restant ouvert, l’o atone ne peut être long qu’autant qu’il est fermé, et ce n’est pas très fréquent. Ainsi l’o de _d_o_re_ ou _dév_o_re_, n’étant pas fermé, s’abrège dans _d_o_rer_ ou _dév_o_rer_.

L’=o= reste long pourtant, d’abord quand il conserve sur la prétonique l’accent circonflexe de la tonique: _enj_ô_ler_, _enr_ô_ler_ (ou _enr_ô_lement_), _fr_ô_ler_, _ch_ô_mer_, _pr_ô_ner_, _tr_ô_ner_, _aum_ô_nier_, ô_ter_, _c_ô_té_, _h_ô_tel_, _prév_ô_té_, rappellent sensiblement _ge_ô_le_, _r_ô_le_, _pr_ô_ne_, _tr_ô_ne_, etc., quoique l’accent circonflexe ne soit pas toujours justifié[287].

La prononciation de coteau, dérivé de côte, comme côté, a quelque chose d’irrégulier, car l’o de ce mot est tout à fait bref et ouvert; aussi a-t-il perdu son accent. Il est vrai que beaucoup de gens ouvrent aussi celui de _c_ô_té_ (cf. _acc_o_ter_); et même il est assez rare qu’on maintienne fermé celui de _c_ô_telette_, qui n’a pourtant que deux syllabes pour l’oreille.

A plus forte raison, quand l’accent circonflexe est plus éloigné, l’o reste difficilement fermé: il peut l’être dans _fant_ô_matique_, qui est savant, et d’ailleurs fort peu usité, et aussi dans _H_ô_tel-Dieu_, car _h_ô_tel_ ne peut y changer de nature; mais l’accent d’_h_ô_pital_, qui est le même mot qu’_h_ô_tel_, ne sert plus absolument à rien[288].

On ouvre aussi assez généralement l’o de _r_ô_tir_ et de ses dérivés.

* * * * *

Même sans accent circonflexe, l’=o= reste ordinairement fermé et long dans o_ssements_ ou _dés_o_sser_[289]; dans _d_o_ssier_, _ad_o_sser_, _end_o_sser_; dans _gr_o_sseur_, _gr_o_ssir_ ou _gr_o_ssier_; dans _f_o_ssé_[290].

L’=o= est surtout fermé devant s doux ou z: o_seille_, _gr_o_seille_, o_sier_, _g_o_sier_, _ég_o_sille_, _r_o_sier_, _r_o_sée_, _arr_o_soir_, _expl_o_sif_, _corr_o_sif_, et tous les verbes en -oser, avec les substantifs en -osion et même -osité, comme _arr_o_ser_, _ér_o_sion_ ou _génér_o_sité_[291]. Il est moins fermé dans les mots en -osition, notamment dans _prép_o_sition_. Il est naturellement plus ouvert dans _h_o_sanna_, _m_o_saïque_ et _pr_o_saïque_, et tous les mots qui commencent par pros-, ou même plus généralement par pro-.

L’=o= prétonique est encore fermé dans _m_o_mier_, _m_o_merie_ et _m_o_mie_, et dans les mots en -otion: _l_o_tion_, _ém_o_tion_, _n_o_tion_, _p_o_tion_, _dév_o_tion_[292]. Il est encore à peu près fermé, mais avec tendance à s’ouvrir, dans o_bus_ et o_deur_, et il s’ouvre naturellement dans leurs dérivés, qui sont polysyllabiques. Il est douteux et plutôt ouvert dans _t_o_per_, dans _v_o_mir_ et ses dérivés, dans à l’o_rée_, dans _m_o_tus_.

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Malgré l’étymologie, l’=o= est tout à fait ouvert et bref dans _disp_o_nible_ et _p_o_ney_[293]; de même dans _m_o_teur_ et _m_o_trice_; il l’est surtout dans les verbes en -orer, et dans les dérivés des mots en -ot, suivant l’analogie des mots en -ote: _cah_o_ter_, _sab_o_ter_, _tric_o_ter_, _fl_o_tter_, _v_o_ter_ ou _v_o_tif_, et même _numér_o_ter_; de même _abric_o_tier_ ou _idi_o_tisme_, tout comme _escr_o_quer_ ou _gal_o_per_; et encore, peut-être par analogie, _mal_o_tru_ ou o_tage_.

Beaucoup de Parisiens ferment l’o dans o_vale_, mais ceci est purement dialectal, car o est ouvert partout devant v, comme devant r (à part _alc_ô_ve_, bien entendu).

* * * * *

Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’o dans _vari_o_rum_ ou _qu_o_rum_ (en opposition avec _déc_o_rum_ ou _f_o_rum_, dont l’o est ouvert et bref); de même dans o_lim_, dans _ex v_o_to_ ou ab o_vo_, dans le premier o de _pr_o domo, qui est un o final; mais il est ouvert dans _fact_o_tum_ et _t_o_ton_, dans _s_o_liste_, et souvent même dans _s_o_lo_, dans _quipr_o_quo_, _orat_o_rio_ et _sanat_o_rium_, et naturellement les polysyllabes qui commencent par _d_o_déca_[294].

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Remarque.--Par un phénomène d’assimilation que nous avons déjà constaté pour e ou ai, qui se fermaient devant une tonique fermée, la répétition de la même syllabe fait que l’=o= prétonique est presque aussi fermé que l’=o= tonique dans _b_o_b_o, _c_o_c_o, _roc_o_c_o, _d_o_d_o, _g_o_g_o et _l_o_l_o. Même le premier o de _r_o_c_o_c_o, qui est le même que l’o ouvert de _r_o_caille_, tend à se fermer comme les deux autres. Ces mots étant uniquement du style familier, il n’y a pas lieu de réagir ici[295].

Devant une voyelle aussi, l’=o= tend à se fermer à demi: _c_o-alition, _c_o-habiter, _c_o-efficient, _b_o-a, _cl_o-aque, o_a-sis_, _p_o_ème_, assourdiraient leur syllabe initiale, si l’on ne veillait à la distinguer de la suivante; et cette tendance, livrée à elle-même, irait jusqu’à changer o en ou consonne, ainsi que cela s’est fait plus d’une fois, notamment dans _m_o_elle_[296]. On fera bien d’y résister et d’ouvrir l’o. De plus, on doit prononcer les deux o séparément et ouverts dans quelques mots savants où on les trouve: _c_o-o_pération_, _épiz_o-o_tie_, _z_o-o_logie_, etc.[297].

5º L’O de quelques mots étrangers.

L’=o= est fermé dans l’anglais _h_o_me_, _at h_o_me_, et l’allemand _kr_o_nprinz_ (sans nasale), mais l’r l’a ouvert dans _folk l_o_re_; il est assourdi en ou dans _time is m_o_ney_, ou _t_o _be or not t_o be[298].

L’=o= double anglais se prononce ou dans _c_oo_lie_, qu’on écrivait jadis couli, fort justement; dans _b_oo_k_, _arrow-r_oo_t_, _f_oo_t-ball_, _gr_oo_m_, _sl_oo_p_, _sch_oo_ner_, _snowb_oo_t_, _waterpr_oo_f_[299].

L’=o= double flamand n’est qu’un o long, comme dans _v_oo_ruit_[300].

6º Le groupe AU.

Le groupe =au= (ou =eau=) se prononce généralement comme o fermé[301].

I. =AU tonique.=--=Au= final est pareil à o final: _rad_eau, _land_au ou _eldorad_o, _pann_eau et _pian_o, _mart_eau et _in-quart_o ne se prononcent pas de deux manières.

Il en est de même quand il y a une consonne non articulée: _f_au_x_, _déf_au_t_, _échaf_au_d_, avec cette différence que -aut (ou -aud) est un peu plus long et surtout plus fermé que -ot[302].

Devant une consonne articulée, tandis que les groupes =oi= ou =ai= sont toujours ou presque toujours ouverts, et souvent brefs, comme a ou e, au contraire le groupe =au= est régulièrement et très également fermé et long comme ô: au_be_, _déb_au_che_, _émer_au_de_, _ch_au_ffe_, _g_au_fre_, _s_au_ge_, _s_au_le_, _b_au_me_, _f_au_ne_, _t_au_pe_, _r_au_que_, _c_au_se_, _f_au_sse_ et _s_au_ce_, _f_au_te_ et _p_au_vre_.

On ouvre quelquefois _s_au_f_, qui devient bref, surtout employé comme préposition, et aussi _holoc_au_ste_, en vertu du principe général des deux consonnes[303].

Mais l’exception capitale, c’est la finale =-aur= ou =-aure=: =au= y est toujours long, plus long que jamais, mais il y est ouvert autant et plus que fermé, car c’est le propre de l’r d’ouvrir les voyelles.

Ainsi au est ouvert d’abord dans _s_au_r_, qui est pour sor (comme Paul pour Pol), et dans _t_au_re_, qui est aussi pour tore (comme _taure_au est pour toreau), car au n’est dans ces mots que par réaction étymologique[304].

Et partout le groupe latin aur serait devenu or si on l’avait laissé faire, ce qui veut dire aussi que partout aur se prononcerait or ouvert, si l’érudition ne maintenait parfois le son o fermé. Ainsi l’usage le plus ordinaire ouvre la finale de _cent_au_re_ et _Minot_au_re_, proches parents de _t_au_re_, et que les érudits seuls continuent à fermer, et plus encore celle de _rest_au_re_, sur qui l’érudition n’a pas de prise. La finale -aure s’ouvre même dans des termes techniques, comme _ichtyos_au_re_ ou _plésios_au_re_[305].

II. =AU atone.=--=Au= atone est généralement fermé aussi, surtout quand il est prétonique, sauf devant un r: au_bépine_, au_berge_, au_dace_, au_tel_, etc., _c_au_chois_, _c_au_tion_, _clab_au_der_, _ch_au_ffer_, _ch_au_sser_, _f_au_ssaire_, _m_au_viette_, _p_eau_ssier_, etc., et les finales en -auté: _cru_au_té_, _loy_au_té_. Il est fermé même dans _s_au_rien_, _t_au_romachie_ et _cent_au_rée_, malgré l’r, parce que ce sont des mots savants, et aussi dans _v_au_rien_, où le verbe primitif se reconnaît toujours.

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Mais les exceptions sont fort nombreuses.

=Au= atone est ouvert d’abord devant un r, dans _t_au_reau_, comme on vient de voir, et _s_au_ret_; généralement aussi dans les futurs et conditionnels d’avoir et savoir[306]; dans au_rore_, au_réole_, au_rifère_ ou au_rifier_[307]; et tout au plus est-il douteux dans _l_au_rier_ (pour lorier), _l_au_réat_, _l_au_réole_.

En second lieu il tend naturellement à s’ouvrir devant deux consonnes, non seulement dans au_gment_ et au_gmenter_, où le phénomène est général, mais souvent aussi dans des mots comme au_sculter_ ou au_xiliaire_, où il s’impose beaucoup moins, et même dans des mots où il est prétonique: au_spice_, au_stère_, au_stral_, _c_au_ch_(e)mar ou _enc_au_stique_.

Il s’est même ouvert sensiblement aussi devant une seule consonne, dans au_toriser_ et au_torité_ (mais non dans au_teur_), et surtout dans _m_au_vais_, sans parler de _rig_au_don_, qui s’écrit aussi _rig_o_don_. D’une façon générale, il tend à s’ouvrir dans quelques mots très usités, d’abord dans les polysyllabes, au_thentique_, au_tomate_, au_tonome_, au_topsie_, _c_au_tériser_, et aussi dans au_mône_, où il se distingue ainsi de l’ô qui suit, dans au_guste_, au_tomne_, _ép_au_lette_ (malgré _ép_au_le_), _p_au_pière_, ou même nau_frage_. Toutefois on prononce encore la plupart de ces mots plus correctement en fermant au, aussi bien que dans au_jourd’hui_, où il est tout à fait incorrect de l’ouvrir[308].

La diphtongue allemande =au= se prononce comme o fermé quand elle se francise: _block_au_s_[309].

V.--LES VOYELLES I (y), U, OU.

Les voyelles =i=, =u=, =ou=, étant fermées par définition, ne se prononcent pas de deux manières. Les instruments délicats de la phonétique expérimentale constatent bien une petite différence de timbre, mais encore n’est-ce guère qu’entre les voyelles atones et les toniques, celles-ci étant un peu plus fermées[310].

Au point de vue de la quantité, nous ferons les mêmes distinctions que pour les autres voyelles.

1º La voyelle I.

L’=i= final est moyen, seul ou avec consonne non articulée, avec ou sans accent: _hard_i, _créd_i_t_, _rend_i_t_ ou _rend_î_t_, _rad_i_s_, _out_i_l_, _crucif_i_x_, _r_i_z_, _jur_y, _Jésus-Chr_i_st_ ont la finale identique. Pis, adverbe, est un peu plus long. D’autre part, dans ui final, la brièveté du premier élément paraît allonger le second: _app_ui, _min_ui_t_, _m_ui_d_[311].

Parmi les voyelles finales qui peuvent être suivies de l’e muet, l’=i= se distingue particulièrement, au moins en vers, parce que là =ie= devient facilement i-ye, et se trouve, par suite, singulièrement allongé:

Adieu: je vais traîner une mourante vi-ye, Tant que par ta poursuite elle me soit ravi-ye[312].

Mais il y a quelque affectation à prononcer ainsi: il faut laisser cela aux chanteurs. En tout cas, on ne le fait jamais dans l’usage courant, où il est difficile de distinguer par exemple: _elle est part_ie ce matin, de _il est part_i ce matin, ou _mon am_ie est venue de _mon am_i est venu. On maintient sans doute une légère différence quand on rapproche un masculin d’un féminin: _un am_i, _une am_ie, et ce n’est pas grand’chose[313].

Devant la plupart des consonnes articulées, l’=i= est bref ou moyen: _traf_i_c_ et _traf_i_que_, _p_i_pe_, _hu_i_t_, _prof_i_te_ et _f_î_tes_; _r_i_che_, _capt_i_f_ et _cal_i_fe_; _v_i_ce_, _v_i_sse_ et _v_i_s_[314]; _diatr_i_be_, _ar_i_de_ et _fat_i_gue_; _hab_i_le_, _an_i_me_, _f_î_mes_ et _cab_i_ne_. Il est plus long devant g et n mouillé: _vert_i_ge_ et _ind_i_gne_; plus encore devant r, s doux et v: _r_i_re_, _mour_i_r_, _fin_i_rent_, _mer_i_se_ et _arr_i_ve_. Mais surtout, contrairement aux cas des autres voyelles, la finale mouillée =-ille=, autrefois brève, quand on connaissait l’l mouillé, est devenue longue, depuis qu’on la prononce i-ye.

Même gradation de quantité dans _c_y_cle_, _disc_i_ple_, _g_i_fle_, _l_i_tre_ et _ch_i_ffre_; _l_i_bre_, _h_y_dre_, _t_i_gre_ et _v_i_vre_.

_Hu_i_le_ a encore l’i un peu plus long qu’_hab_i_le_, peut-être à cause du groupe ui; mais l’accent circonflexe ne sert plus à rien, non seulement dans les prétérits, _f_î_mes_ ou _f_î_tes_, pareils à tous les prétérits, mais aussi bien dans î_le_, _hu_î_tre_, _ép_î_tre_ et _bél_î_tre_, et souvent même dans _d_î_ne_. La prononciation oratoire ou poétique appuie également sur _ab_î_me_ et _subl_i_me_: on voit que l’accent circonflexe n’y est pour rien. On appuie de même sur fils en poésie, et sur bis, mais seulement quand on applaudit.

* * * * *

L’=i= atone est rarement long; tout au plus est-il moins bref quand il est suivi d’un s doux, comme dans les verbes en -iser. Pourtant l’i long de _p_i_re_ se conserve exceptionnellement dans _emp_i_rer_, contrairement à l’usage des verbes en -rer, qui ont presque tous la prétonique brève, comme _adm_i_rer_.

L’i est également long dans les verbes en -i-er, à l’imparfait et au subjonctif présents, devant les finales -ions et -iez: _pr_i-ions, _pr_i-iez; c’est la seule manière de distinguer ces formes de celles de l’indicatif présent. En fait, on prononce presque priy-yons; mais le nombre des syllabes n’est pas augmenté pour cela[315].

* * * * *

L’=i= final avec tréma fait une syllabe à part en français: ha-ï, ou-ï_e_; mais, dans certains mots étrangers, comme le japonais _banza_ï ou _samoura_ï, il vaut mieux considérer aï ou oï comme des diphtongues, où le tréma sert uniquement à empêcher de prononcer ai (è) ou oi (wa) à la française, sans pour cela séparer l’i[316].

2º L’I dans les mots étrangers.

L’=i= anglais se prononce i dans _g_i_n_, _m_i_ss_ et _m_i_stress_ (missess), dans _cl_i_pper_, _p_i_ckles_ (ess) et _cr_i_cket_, dans _g_i_psy_, _wh_i_sky_ et _wh_i_g_, dans _br_i_dge_, dans les mots en -ing, etc. D’autre part, on francise encore assez généralement _esqu_i_re_ (ki) et _r_i_fle_, et surtout _outs_i_der_. Enfin, beaucoup de personnes prononcent encore _fl_i_rt_ par i, aussi bien que par eu ouvert, d’autant plus que de _fl_i_rt_ nous avons fait _fl_i_rter_: toutefois, la diffusion progressive de l’anglais tend à faire prévaloir fleurte et même fleurter, ce qui est presque aussi absurde qu’interviouver[317].

Mais il y a beaucoup d’autres mots qui ne sauraient être francisés, et on doit se résoudre à donner à l’i de ces mots un son intermédiaire entre aï (ou aye) et aë, notamment dans _all r_i(gh)t (olraït en deux syllabes), _r_i(gh)_t man at the r_i(gh)t place (atzéraïtplèce), _h_i(gh)_l_i_fe_ ou _h_i(gh)lander, _t_i_mes_ (taïms) et _t_i_me is money_, ou _f_i_ve o’clock_[318]. Pourtant rien n’empêche un fantaisiste de s’amuser à faire rimer high life (iglife) avec hiéroglyphe. On peut même se demander si, avec toutes les Chapelleries, Draperies ou Épiceries du high life qu’on trouve partout maintenant, l’obligation d’employer ce mot, imposée à tant de gens qui ne savent pas l’anglais, n’arrivera pas à le franciser tel quel à bref délai.

* * * * *

L’=y= final, ou intérieur, devant une consonne, n’existe plus en français que dans des noms propres, et naturellement se prononce i. L’y final anglais se prononce i ou e; mais beaucoup de mots en y sont suffisamment francisés pour que ceux qui ne savent pas l’anglais puissent prononcer un i indifféremment et sans scrupule dans _brand_y, _lad_y, _penn_y, _nurser_y, _tilbur_y, _dand_y, _whisk_y, _tor_y, _gips_y, _derb_y, _gentr_y, _garden-part_y, et _clerg_y_man_; on prononcera de préférence aï dans _dr_y farming, et _cross-countr_y se prononce keuntré[319].

3º U et OU.

Il est inutile de répéter littéralement pour =u= et =ou= ce que nous avons dit pour i.

Ils sont également moyens dans _f_u_s_, _f_u_t_, _refl_u_x_ et _touff_u, dans _j’_eu_s_, il eu_t_, dans _m_ou, _m_ou_d_, _m_ou_t_, _rem_ou_s_, _j_ou_g_, _l_ou_p_ et _caoutch_ou_c_[320].

Brefs ou moyens devant la plupart des consonnes finales articulées, ils sont longs, comme toutes les voyelles, devant r: _j_ou_r_, _brav_ou_re_, _obsc_u_r_, _bless_u_re_[321]; devant s doux: _ép_ou_se_, _d_ou_ze_, _r_u_se_; devant v: _l_ou_ve_, _ét_u_ve_, _déc_ou_vre_, sauf pourtant les verbes _pr_ou_ve_ et _tr_ou_ve_, qui paraissent plus brefs.

Devant s dur, u et ou ne s’allongent pas, sauf dans le mot _t_ou_s_, quand il est tonique, en opposition avec tou(s) atone, qui est très bref: _t_ou_s les hommes_, _il t_ou_sse_, pour _t_ou_s_, font trois degrés très distincts[322].

Un certain nombre de mots en -ouille ont aussi généralement la finale longue: _f_ou_ille_, _r_ou_ille_, _br_ou_ille_, _s_ou_ille_; on y joint quelquefois _h_ou_ille_ et _dép_ou_ille_[323].

On allonge aussi ordinairement _r_ou_le_ et _cr_oû_te_; quelquefois _r_ou_ge_ et _b_ou_ge_, du moins en poésie.

L’accent circonflexe se fait encore un peu sentir dans _br_û_le_ et _aff_û_te_, beaucoup moins dans _fl_û_te_, quelquefois dans _c_oû_te_, _g_oû_te_, _cr_oû_te_, _v_oû_te_ et _s_oû_le_, au moins quand ils ne sont pas liés au mot qui suit, car _cela c_oû_te cher_ n’a pas toujours le même son que _cela me c_oû_te_[324].

La voyelle prétonique reste à peu près longue dans les verbes qui ont l’accent circonflexe, comme _br_û_ler_, _m_û_rir_ ou _c_oû_ter_; exceptionnellement aussi dans deux ou trois verbes en -rer: _m_u_rer_, _b_ou_rrer_, _f_ou_rrer_, _l_ou_rer_. Elle est flottante, mais plutôt longue que brève, dans _f_ou_iller_, _r_ou_iller_, _br_ou_iller_, _s_ou_iller_, avec _br_ou_illard_ et quelquefois _br_ou_illon_, mais non _s_ou_illon_; dans _r_ou_iller_, _r_ou_ler_, _r_ou_lure_ et _cr_ou_ler_, et dans la plupart des verbes en -user et -ouser; voire même dans _p_ou_rrir_ et les mots en -urie[325].

L’=u= ne s’entend pas dans l’interjection ch(u)t, où le ch est ordinairement prolongé; chut est donc une orthographe conventionnelle, qui a paru nécessaire pour désigner l’interjection, quand on en fait mention dans une phrase: _on entendit plusieurs ch_u_t_, et aussi pour la rime. On en a fait d’ailleurs le verbe _ch_u_ter_, dont l’u se prononce toujours[326].

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L’=u= se prononce o, ouvert et bref, dans la finale latine =-um=, suivant la manière française de prononcer le latin, et cela, même dans les mots complètement francisés, comme _alb_u_m_, _for_u_m_, _post-script_u_m_, _gérani_u_m_, etc.; et aussi _barn_u_m_[327].

On prononce l’u de la même manière à l’intérieur de certains mots composés, d’origine latine, comme _tri_u_mvirat_ ou _circ_u_mnavigation_[328].

L’u se prononce encore en o dans _rh_u_m_ et _rh_u_mmerie_.

Dans _parf_um seul, la finale est restée nasale[329].

4º L’U dans les mots étrangers.

L’=u= se prononce ou dans les groupes -gua- et -qua-, surtout dans les mots d’origine étrangère: nous en parlerons aux lettres G et Q.

D’ailleurs l’u se prononce ou presque partout ailleurs qu’en français[330]. Mais, à part la finale -um, nous le francisons infailliblement en u dans tous les mots étrangers que nous adoptons. Ainsi dans u_hlan_, où l’u non seulement se prononce u, mais est devenu bref; de même dans _trab_u_co_. On peut hésiter pour certains mots, comme _nég_u_s_, qu’on prononce par u et ou, ou _b_u_lb_u_l_, qu’on prononce plutôt par u; comme _p_u_ff_, dont nous avons fait _p_u_ffisme_ et _p_u_ffiste_, alors que nous avions déjà pouff.

Il vaut mieux prononcer ou dans les mots qui ne sont pas certainement francisés, comme l’italien _jettat_u_ra_, _f_u_ria francese_, _e p_u_r si m_(u)ove, et les termes de musique _opera b_u_ffa_, _risol_u_to_, _riten_u_to_, _sosten_u_to_, u_n poco pi_u, _t_u_tti_[331]. De même l’espagnol _c_u_adrilla_, _ch_u_lo_, _f_u_eros_, _m_u_leta_, _ay_u_ntamiento_ et _pron_u_nciamiento_; l’allemand _b_u_rg_, _k_u_lt_u_rkampf_ et _landst_u_rm_; l’anglais _home r_u_le_, _b_u_ll f_u_ll_ (au poker), _homesp_u_n_, _pl_u_mcake_. Mais on prononcera: bleu dans blu (e) book et pleum-poudding (plum-pudding)[332].

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Quoique l’=u= anglais se prononce quelquefois ou, il se prononce plus souvent comme eu ouvert: c’est le cas, par exemple, dans _cl_u_b_, _t_u_b_, _st_u_dbook_, _r_u_sh_ et _str_u_ggle for life_[333]. Toutefois club était déjà francisé sous la Révolution, et, en histoire, on prononce plutôt _cl_u_b_, _cl_eu_b_ étant réservé aux cercles plus ou moins aristocratiques qui trouvent ce mot plus élégant que cercle. D’autre part, on le prononce sensiblement comme un o au poker, dans _fl_u_sh_ et _bl_u_ff_, d’où le verbe _bl_u_ffer_. L’=u= de _g_u_lf-stream_ se francise aussi en o, sous l’influence de golfe, dont il vient. Enfin _b_u_dget_ et _t_u_nnel_ sont francisés complètement depuis longtemps; _t_u_rf_ l’est sans difficulté, ainsi que u_lster_, _tilb_u_ry_, _h_u_mour_, _g_u_tta-percha_, _n_u_rse_ et _n_u_rsery_; _tr_u_st_ lui-même est en voie de l’être.

=Ou= anglais se prononce aou dans _boarding-h_ou_s_(e) ou _clearing-h_ou_s_(e); mais on se contente généralement de ou, sinon dans _st_ou_t_, au moins dans ou_tlaw_ et ou_tsider_. Il se prononce o dans _f_ou_r in hand_.

VI.--LES VOYELLES NASALES

1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales.

Quand la consonne =n= (ou =m=) est entre deux voyelles, elle se groupe naturellement avec la voyelle qui suit, et celle qui précède reste pure. Mais quand elle s’est trouvée placée dans les mots français à la suite d’une voyelle, devant une consonne autre que m ou n, ou à la fin d’un mot, la voyelle s’est d’abord nasalisée, puis l’n (ou l’m) a peu à peu cessé de se faire entendre (sauf dans le Midi). Il s’est maintenu toutefois dans l’orthographe, comme signe de la nasalisation de la voyelle qui précède: an_ge_, _ch_am_bre_, _p_in. Ainsi il n’y a plus que trois sons dans enfant, qui en avait six autrefois.

Cette conservation de l’n comme signe orthographique n’est pas sans inconvénient, car on ne sait pas toujours dans quels cas l’n est une consonne, ou un simple signe de nasalisation.

Pas plus que les voyelles fermées, les voyelles nasales ne peuvent se prononcer de deux manières. Une seule différence est à faire, pour la quantité. Quand elles sont finales, elles sont moyennes, comme toutes les autres voyelles: _rom_an, _chem_in, _mout_on, _auc_un; quand elles sont suivies d’une consonne articulée, elles s’allongent très sensiblement, surtout si elles sont toniques: _rom_an_ce_, _bon-s_en_s_, _m_in_ce_, _t_on_dre_, _empr_un_te_; quand elles sont atones, elles sont moins longues: on peut comparer _r_an_g_, _r_an_ge_, et _r_an_ger_, qui est entre les deux; de même _l_on_g_, _l_on_gue_ et _l_on_ger_.

Il y a en français quatre nasales, c’est-à-dire quatre sons distincts qui ne sauraient se confondre; mais un même son nasal peut s’écrire de plusieurs façons. Outre que en se prononce tantôt an, tantôt in, que ain et ein ont le même son que in, il faut ajouter à cela la différence de l’m et de l’n; et si l’on tient compte, en outre, des consonnes non articulées, on obtient pour chacun des quatre sons un très grand nombre de graphies, que l’orthographe a conservées, à propos ou hors de propos.

Pour la voyelle =an=, voici d’abord _rom_an, _am_ant, flam_and_, c_amp_, fr_anc_, r_ang_, et naturellement leurs pluriels; puis Rou_en_, différ_ent_, différ_end_, har_eng_, et leurs pluriels; de plus am_bition_, em_mener_, t_emps_, ex_empt_ ou ex_emp_te, sans compter J_ean_, C_aen_, L_aon_, _han_ter et _Hen_ri, ce qui fait bien trente manières d’écrire le seul et unique son an.

Il n’y en a pas moins pour la voyelle =in=: voici d’abord v_in_, v_ins_, prév_int_, v_ingt_, et quatre-v_ingts_, inst_inct_, et même c_inq_, dans cinq sous; puis s_ain_, s_aint_, s_ein_, s_eing_, ess_aim_, et leurs pluriels, f_eint_, th_ym_, avec v_ainc_ et v_aincs_; de plus, exam_en_, vi_ens_ et vi_ent_; sans compter l_im_pide, s_yn_taxe et R_eim_s; et j’en passe peut-être. Et encore faut-il considérer à part s_oin_ ou mars_ouin_, p_oint_, p_oing_, et leurs pluriels.

La voyelle =on= se trouve à son tour dans chiff_on_, prof_ond_, affr_ont_, j_onc_, l_ong_, n_om_, pl_omb_, pr_ompt_, et leurs pluriels, et dans r_omps_, sans compter p_un_ch; la voyelle =un=, dans trib_un_, déf_unt_, parf_um_, et leurs pluriels, et dans à j_eun_ ou Jean de M_eung_.

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Mais l’n et l’m ne s’emploient pas indifféremment: l’m ne fait généralement que remplacer l’n dans certains cas. En principe, l’m ne peut terminer une nasale qu’à l’intérieur des mots, devant une labiale, b ou p, ou dans le préfixe -em (pour en-) suivi d’un m. Le phénomène se produit même dans des syllabes masculines finales: _c_am_p_, _ch_am_p_, _ex_em_pt_ et _t_em_ps_, _pl_om_b_, _pr_om_pt_ et _r_om_pt_, ou _r_om_ps_[334].

Il faut y ajouter _c_om_te_ et ses dérivés auxquels on a conservé l’m tout à fait exceptionnellement, devant un t, sans doute pour éviter une confusion avec _co_n_te_[335].

La prononciation est d’ailleurs exactement la même aujourd’hui, que la consonne qui termine la nasale soit m ou n: _c_am_p_, _ch_am_p_ et _t_em_ps_, _c_am_per_ et am_bition_, _m_em_bre_, _t_em_pe_ et em_mener_, _n_im_be_ et _s_im_ple_, _pl_om_b_ et _n_om_bre_, _r_om_pre_ et _r_om_pt_ ou _r_om_ps_, et _h_um_ble_, prononcent leurs nasales exactement comme an_ge_, _c_in_tre_, _r_on_de_ ou _déf_un_t_.

A la fin des mots s’il n’y a pas de consonne à la suite, la voyelle nasale est toujours écrite avec un n, les finales en m ayant perdu le son nasal. Il faut excepter:

1º Dam et au besoin quidam[336];

2º Daim, faim, essaim, étaim[337]; de plus, thym;

3º Nom et ses composés avec dom, qui est le même mot que l’espagnol don[338];

4º Parfum[339].

Dans tous les autres mots, l’m final se prononce à part, mais d’ailleurs tous ces mots sont des mots étrangers, prononcés comme ils sont écrits, ou des mots latins: _hare_m, _intéri_m, _albu_m, etc.[340].

2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées

Outre les finales en m, il y a encore d’autres syllabes qui ont perdu en français le son nasal. On parlera plus loin des finales en -en. Je veux parler ici de certaines syllabes intérieures, où la nasale n ou m était suivie d’un autre n ou m.

Nous avons déjà vu précédemment la nasale primitive se réduire à une voyelle dans fla(m)-me et fe(m)-me[341]. Il en fut de même de beaucoup d’autres mots, notamment gra(m)-maire[342].

Beaucoup de personnes conservent encore, très malencontreusement, le son nasal dans an-née, dans _sol_en-nel et _sol_en-nité, ou dans les adverbes en -amment ou -emment[343]. Dans tous ces mots la décomposition est définitive depuis longtemps; et comme la nasale avait partout le son an, c’est l’a qui a prévalu partout après décomposition; c’est pourquoi impudemment et abondamment se prononcent de la même manière, impudent et abondant ayant la même finale pour l’oreille[344].

Il est resté toutefois quelques spécimens de cette catégorie de nasales. Par exemple, il faut bien se garder de remplacer _né_an-moins par _né_a-moins, qui est devenu une prononciation purement dialectale; néant, qui a gardé ici son n à défaut du t, a gardé aussi sa prononciation. Le son nasal s’est maintenu également dans _t_în-mes et _v_în-mes, formes exceptionnelles et bizarres, dont l’orthographe et la prononciation sont dues à l’uniformité de la conjugaison.

Mais surtout le son nasal s’est maintenu dans les mots de la famille d’en-nui et dans les composés de la préposition en: en-noblir, em-mener, em-ménager, etc., y compris le vieux mot em-mi[345].

Il y a mieux, et voici une observation capitale: la préposition en a gardé parfois le son nasal, non seulement devant n ou m, mais même devant une voyelle, dans des composés d’origine purement française, sans que l’n se soit doublé: en-ivrer. Ce n’est pas sans peine, car le voisinage de mots tels que énigme, énergie, énoncer, tend continuellement à décomposer la préposition. La présence d’un h contribue peut-être à la maintenir dans enherber ou enharmonie qui d’ailleurs ne sont pas d’usage courant[346]. Mais il y a trois mots capitaux, trois mots très usités, trois mots nécessaires, où il est indispensable de maintenir la préposition en avec le son nasal, malgré le voisinage immédiat de la voyelle, sous peine de faire de véritables barbarismes. Ce sont en-ivrer, en-amourer et en-orgueillir, qui doivent se prononcer comme s’en aller, avec nasale et liaison.

Les fautes sur ce point sont si fréquentes que je ne sais trop quel avenir est réservé à ces mots[347]. En-orgueillir se tient encore assez bien[348]; mais que de gens même fort instruits, et même des typographes, vont jusqu’à mettre un accent sur énamourer, voir sur énivrer! Écriture et prononciation également barbares, auxquelles il faut résister de toutes ses forces, aussi longtemps qu’on le pourra.

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Passons aux observations particulières à chaque nasale.

3º Les cas particuliers de la nasale AN

I. C’est à la nasale =an= que se rattachent trois monosyllabes d’orthographe irrégulière: fa(o)n, pa(o)n, ta(o)n. Pour taon, c’est ton et non tan qui s’est prononcé longtemps et se prononce encore dans certaines provinces, mais cette prononciation, admise par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, est aujourd’hui dialectale[349].

Il va sans dire que dans les cas où la dérivation dénasalise la syllabe, c’est l’a seul qui s’entend: pa(o)n et fa(o)n ne peuvent donner que pa(on)ne, pa(on)neau, fa(on)ner, prononcés également sans o[350].

Autre observation sur an: nous nasalisons presque toujours le groupe an, et aussi am intérieur, dans les mots étrangers, même quand ces mots ne sont pas francisés par ailleurs. Il y a là un phénomène général très curieux.

Pour la finale, d’abord, il n’y a guère que les mots anglais en -man qui fassent exception; après avoir nasalisé autrefois _drogm_an, _dolm_an, _landamm_an, avec _parmes_an et d’autres, nous respectons aujourd’hui, par suite de la diffusion de l’enseignement, et aussi par un certain snobisme, la finale sonore de _policema_n, _clubma_n, _sportsma_n, etc.[351].

Pour an intérieur, il y a d’abord quelques mots qui sont entièrement francisés: _d_an_dy_, _perform_an_ce_, et même _h_an_dicap_, puisque nous en avons fait le verbe _h_an_dicaper_; de même an_d_an_te_ ou an_d_an_tino_, _f_an_tasia_, _fr_an_co_ ou _dilett_an_te_. Il y a ensuite les mots dans lesquels an seul est francisé: ainsi _c_an_t_, où nous prononçons le t, contrairement à l’usage français, et _c_an_tabile_, où nous prononçons l’e final; c’est toujours la demi-francisation. De même _l_an_dwehr_ ou _l_an_dsturm_, _st_an_d_, _s_an_dwich_ ou shak(e)_h_an_d_, _c_an_zone_ ou _b_an_derillero_, et aussi _warr_an_t_, où le t final ne se prononce plus, quoique le w se prononce encore quelquefois ou.

En revanche, on ne nasalise guère an dans _c_an_ter_, _highl_an_der_ ou _four in h_an_d_, dans _f_an_toccini_, _bel c_an_to_, _acceler_an_do_, _ritard_an_do_, _tutti qu_an_ti_, _furia fr_an_cese_, _lasciate ogni sper_an_za_, qui sont trop manifestement étrangers. Ou plutôt on nasalise bien un peu la syllabe, mais en faisant néanmoins sonner l’n, ce qui n’est pas la nasale proprement française[352].

_Tra_m_way_ a pu se franciser sans se nasaliser. Cela tient à ce que le w ayant le son ou, l’m a l’air de sé-parer deux voyelles; mais on entend souvent dans le peuple tran-vè.

4º Quand le groupe EN se prononce-t-il an ou in?

Nous passons à =en=. Ici se pose la question la plus importante peut-être de celles qui concernent les nasales en français: quand en se prononce-t-il an? quand se prononce-t-il in? Car c’est le seul groupe à n final qui se prononce de deux manières, autrement dit qui appartienne à deux nasales. A l’origine, l’e n’avait pu se nasaliser qu’avec le son in, qui correspond phonétiquement à e ouvert et non à i. Mais il semble bien qu’à une certaine époque le groupe en était passé de in à an à peu près partout, et aujourd’hui encore =en= se prononce normalement =an=, ainsi qu’on va voir.

Mais les exceptions sont devenues assez nombreuses.

I. =EN final.=--C’est ici que le son in s’est le plus généralisé. Le changement ou le retour de an à in a dû se produire en premier lieu dans la diphtongue finale accentuée =-ien=. On la trouve d’abord dans bien, chien et rien, avec tous leurs composés[353]; puis dans mien, tien et sien; enfin dans les formes de venir et tenir, viens, viendra, tiendrait, etc., avec leurs composés, et aussi leurs dérivés: soutien, maintien, entretien. L’altération du son primitif est passée de là à tous les mots où la finale =-en=, dérivée du suffixe latin -anus, était précédée des voyelles i (et y) ou e: paï-en, moy-en, chréti-en (autrefois de trois syllabes), patrici-en, etc., europé-en, chaldé-en, etc.

Ce ne fut pas sans résistance. Beaucoup de mots, au moins les noms propres, ont hésité longtemps entre an et in. Voltaire, qui faisait parfois des efforts pour rapprocher l’orthographe de la prononciation, et qui écrivait fort judicieusement _f_e_sons_ et _bienf_e_sant_, écrivait aussi _europé_an. Aujourd’hui il n’y a plus d’hésitation: tous les mots en =-éen= et =-ien= ou =-yen= se prononcent é-in et i-in ou plutôt yin, quoique les poètes s’obstinent à séparer l’i la plupart du temps: _tragédi_en, _bohémi_en, _aéri_en, _parisi_en, etc., etc.[354].

* * * * *

Si nous passons aux autres mots terminés en -en, nous constatons que le son an ne se retrouve plus que dans la préposition en[355]. Il est vrai que dans la plupart des autres (ils ne sont d’ailleurs pas nombreux), la finale n’est plus nasale: ainsi _abdome_n ou _glute_n. Ces mots ont subi l’analogie des mots latins ou étrangers, et surtout des noms propres qui sont fort nombreux; nous les retrouverons quand nous parlerons de l’n final. Seul, _exam_en s’est complètement détaché du groupe: sa finale, qui n’avait d’ailleurs jamais perdu complètement le son in, l’a repris définitivement depuis un siècle[356].

De plus, les poètes ont fait longtemps et font souvent encore rimer hymen avec main; mais comme le mot n’est plus d’usage courant et prend une apparence un peu scientifique, il est fort rare qu’on nasalise sa finale en prose[357].

II. =EN tonique suivi d’une consonne.=--La finale -ent ou -end, à consonne muette, a partout le son an: _prud_en_t_, _ag_en_t_, _m_en_t_, _susp_en_d_, _att_en_d_, etc., etc., et même les mots en -ient, même _ingrédi_en_t_, qu’on écorche parfois[358].

Il faut excepter toutefois _ti_en_t_ et _vi_en_t_ et leurs composés, qui ne peuvent pas se prononcer autrement que les formes voisines de tenir et venir[359].

Il en est de même de -ens, qui en principe se prononce également an dans les mots proprement français, où l’s ne se prononce pas[360]. Mais ces mots sont en fort petit nombre: _g_en_s_, _guet-ap_en_s_, _dép_en_s_, _susp_en_s_, avec le substantif _s_en_s_, dont l’s se prononce aujourd’hui presque partout, et les formes verbales _s_en_s_, _m_en_s_, _rep_en_s_.

Les autres mots sont des mots latins, et sont naturellement prononcés comme en latin, c’est-à-dire que en se nasalise en in et que l’s se prononce (ince): _g_en_s_, _delirium trem_en_s_, _alma par_en_s_, _semper vir_en_s_, _horresco refer_en_s_, d’où, par analogie, _labad_en_s_, inventé par Labiche. Pourtant le mot technique cens a gardé le son an, sans doute par analogie avec sens et bon sens, qui n’ont jamais varié sur la nasale[361].

C’est aussi an tout court qui sonne dans _t_em_ps_ ou _har_en_g_[362].

Enfin c’est encore an qu’on prononce toutes les fois que en est suivi d’une syllabe muette: ainsi les finales -ente, -ence ou -ense, -ende et -endre, -emble, -embre, -empe et -emple, etc.[363].

III. =EN atone.=--Si nous passons à en atone, nous constatons encore que c’est le son an qui est le son propre du groupe dans les mots proprement français.

En tête des mots, il n’y a pas d’exception[364].

A l’intérieur, le son an s’est maintenu non seulement dans les finales -ention, -entiel, etc., mais même dans des mots plus ou moins techniques ou savants qui étaient déjà anciens: d’abord les dérivés de cent, comme _c_en_turie_ ou _c_en_turion_[365]; par analogie, _c_en_taure_; puis _adv_en_tice_ et _adv_en_tif_, _app_en_tis_ et _perp_en_diculaire_, _cal_en_der_ et _cal_en_drier_, _comm_en_sal_, _comp_en_dieux_, _dys_en_terie_ et _li_en_terie_, en_tité_, _m_en_dicité_, _m_en_strues_, _sept_en_trion_, _stip_en_dier_, etc. C’est la vraie tradition française[366].

Au contraire, dans les mots plus ou moins savants, plus ou moins techniques, qui sont entrés dans la langue assez récemment, c’est-à-dire depuis la Renaissance, la prononciation moderne du latin a amené l’emploi du son in. Ce sont d’abord des mots purement latins, _ag_en_da_, _p_en_sum_, _mem_en_to_, _comp_en_dium_, _s_en_sorium_, _in ext_en_so_, _modus viv_en_di_[367]; puis les mots tirés du grec, qui commencent par hendéca- ou par pent-, comme _p_en_tagone_[368]; en outre _b_em_bex_, _rhodod_en_dron_ et _plac_en_ta_, avec _m_en_tor_ et _m_en_thol_, etc.

En outre _app_en_dice_ et _s_em_piternel_, quoique anciens, ont à peu près passé de an à in, sous l’influence du latin _app_en_dix_ et _s_em_piternus_, et _app_en_dicite_, mot savant, qui se prononce fatalement par in, achève l’altération d’_app_en_dice_. Chrétien a fini aussi par entraîner _chréti_en_té_, qui a été longtemps discuté.

D’autres mots flottent déjà, comme _adv_en_tice_ ou _m_en_strues_. _Sapi_en_tiaux_ est exposé à passer de an à in, étant mal protégé par _sapi_en_ce_, qui est peu usité, tandis que _obédi_en_tiel_, _pestil_en_tiel_, et surtout _sci_en_tifique_, le sont beaucoup mieux par _obédi_en_ce_, _pestil_en_ce_ et _sci_en_ce_, dont la finale est inaltérable actuellement.

En revanche, quelques mots plus ou moins récents ont pris ou gardé le son an par analogie, ou pour des raisons qui échappent, car une logique parfaite ne préside pas toujours à la répartition des sons.

_P_en_d_en_tif_ a suivi l’analogie de _p_en_dre_ et _p_en_d_an_t_; _t_en_tacule_, celle de _t_en_ter_ et _t_en_tative_. _Tar_en_telle_ et _tar_en_tule_ ont suivi _Tar_en_te_, qui était ancien. Quand Fabre d’Églantine inventa _v_en_démiaire_, il le tira du latin _v_in_demia_, mais s’il l’écrivit ven et non vin, c’est qu’il voulait en faire un mot populaire comme _v_en_tôse_, et pour cela le rapprocher de _v_en_dange_; c’est donc à tort que quelques-uns le prononcent par in[369].

Tous ces mots s’expliquent assez bien. Mais pourquoi _st_en_tor_ avec an à côté de _m_en_tor_ avec in? Je ne sais si _st_en_tor_ est ancien dans l’usage; en tout cas, les grammairiens n’en parlent pas[370]. Pourquoi prononce-t-on _ép_en_thèse_ par an? Pourquoi, à côté de _rhodod_en_dron_ prononcé par in, prononce-t-on _d_en_drite_ par an? Que dis-je? A côté de _téréb_in_the_, non seulement prononcé, mais écrit par in, on a _téréb_en_thine_, prononcé par an; et au contraire, de _m_en_the_, qui a naturellement gardé le son de son orthographe primitive _m_en_te_, on a tiré _m_en_thol_, à qui on a imposé le son in, à titre de mot savant![371].

IV. =Les mots étrangers.=--On sait que les voyelles nasales appartiennent presque exclusivement au français. Quand on ne francise pas du tout un mot étranger, et il y a des cas où cela n’est guère possible, on doit se garder de nasaliser le groupe en, aussi bien que les autres. Ainsi l’anglais _p_e_nce_, e_nglish_, _great ev_e_nt_ ou _self governm_e_nt_, _g_e_ntry_ ou même _g_e_ntleman_ et _rem_e_mber_; de même l’italien _l_e_nto_, _a t_e_mpo_ ou _s_e_nza t_e_mpo_, _rall_e_ntando_, _risorgim_e_nto_, et aussi l’espagnol _ayuntami_e_nto_ ou _pronunciami_e_nto_.

Mais si on francise, ne fût-ce qu’à moitié, c’est toujours par la nasale qu’on commence; or en ne peut se nasaliser directement qu’en in, seule nasale correspondant à e. Ainsi dans _b_en_gali_, dans _b_en_join_, d’où _b_en_zine_ avec ses dérivés; dans _eff_en_di_; dans _farni_en_te_ (que l’e final soit muet ou non), _pol_en_ta_, _v_en_detta_ et _cresc_en_do_[372]. Ainsi encore dans _bl_en_de_ et _pechbl_en_de_, qu’on prononce quelquefois par an, à cause de la finale ende; et encore dans _sp_en_cer_. A _sp_en_cer_ on devrait joindre _t_en_der_ et _chall_en_ge_, mais l’usage des employés de chemins de fer a définitivement francisé _t_en_der_ par an, évidemment par l’analogie des mots _t_en_dre_, _t_en_deur_ et autres, et de son côté _chall_en_ge_ a pris le son des finales en -ange, comme _v_en_ge_.

D’autre part, beaucoup de gens prononcent aussi _v_en_detta_ par an, et cette prononciation s’imposera fatalement un jour[373].

5º Les cas particuliers de la nasale IN.

Sur la nasale =in=, il y a moins à dire[374].

La préposition latine in, qui n’est pas nasale en latin, parce que l’n est final, s’est nasalisée en français devant une consonne, dans les termes qui désignent les formats de livres, in-folio, in-quarto, comme in-douze, in-seize, etc., et le plus souvent aussi in-plano; mais on ne nasalise pas i_n-octavo_ à cause de la voyelle, pas plus que i_n extremis_ ou i_n extenso_, qui sont en deux mots; pas davantage i_n partibus_, non plus que l’italien i_n petto_.

* * * * *

D’autre part, dans les mots étrangers, c’est le groupe in qui se conserve le mieux en français sans se nasaliser. Ainsi on ne doit pas nasaliser la finale anglaise -ing, sauf dans _schamp_oin(g), qui est tout à fait francisé. Il est vrai que shelling et sterling peuvent encore se prononcer _chel_in et _sterl_in sans g, et d’autre part on nasalise encore quelquefois _shirt_ing, _lasti_ng et _poud_ing (sans parler de _meet_ing) en prononçant le g guttural, mais il semble qu’on cesse peu à peu de nasaliser ces mots. On ne doit pas non plus nasaliser _fl_i_nt-glass_, i_ncome-tax_, _mack_i_ntosh_, _kronpr_i_nz_, _h_i_nterland_, _tch_i_n_, _khams_i_n_.

On nasalise quelquefois _g_in, et ordinairement _mue(z)-z_in, toujours in_cognito_, im_presario_, _pepperm_in_t_, _aquat_in_te_ (à côté de _aqua-t_i_nta_); généralement aussi in_terview_, suffisamment francisé, puisqu’on en a fait in_terviewer_. [375]

Le groupe =oin= doit se prononcer ouin et non ou_an_, comme on fait dans certaines provinces, et _m_oin_dre_ peut rimer avec _cyl_in_dre_, mais non avec _ent_en_dre_.

J’ajoute que oin est toujours monosyllabe. V. Hugo a cru, et il n’était pas le premier, que les nécessités ou les commodités de la versification l’autorisaient à scinder en deux le mot groin:

... eux, déchiffrer Homère, ces gens-là! Ces diacres, ces bedeaux dont le gro-in renifle[376].

Mais alors on est obligé de prononcer gro-in, ce qui altère le mot sensiblement[377]. Ailleurs, il écrit grou-in pour la rime[378]: cela vaut encore mieux; d’autres l’avaient fait avant lui, et quelques personnes prononcent ainsi. Mais c’est une erreur, et, malgré les trois consonnes initiales (grw), groin n’est pas plus difficile à prononcer en une syllabe que bruit, instruit ou croix, qui en ont autant[379]. Voyez Saint-Amant, dans le Melon:

Et des truffes... qu’un porc..... Fouille pour notre bouche et renverse du groin.

Le groupe =ouin=, dissyllabe autrefois, est aujourd’hui monosyllabe, comme oin[380].

6º Les cas particuliers de la nasale ON.

La nasale =on= n’a d’intéressant que _m_on_sieur_, où on, réduit d’abord à o--on dit encore parfois _m_o_sieu_ par plaisanterie--s’est réduit en définitive à un e muet (mesieu) qui, comme la plupart des e muets, disparaît ordinairement dans la prononciation rapide[381].

Nous avons parlé plus haut des mots en -aon, à finale monosyllabique, prononcée an[382].

On final ne se nasalise pas dans quelques mots empruntés au grec: _epsil_o_n_, _omicr_o_n_, _kyrie eleis_o_n_, _gnôthi seaut_o_n_, etc., ni dans _sine qua n_o_n_ ou _baralipt_o_n_, ou les expressions italiennes _c_o_n brio_, _c_o_n moto_, etc.; mais en physique on nasalise _micr_on[383].

7º Les cas particuliers de la nasale UN.

La nasale un (ou um) se prononce on dans les mots latins: _sec_un_do_, _conj_un_go_, _de prof_un_dis_; dans _rh_um_b_, _l_um_bago_ et _p_lum_bago_, dans _j_un_gle_ et _j_un_te_, et dans _p_un_ch_[384]. Mais pourquoi ponch, qui n’est ni anglais, ni français? et pourquoi ponch à côté de lunch, qui se francise avec la nasale un, si bien que nous en avons fait luncher? Ce sont des mystères que nul ne peut expliquer.

Mais le point capital à propos de la nasale un, c’est de ne pas la prononcer in! On entend trop souvent in jour, in homme. Heureusement ce n’est pas encore chose très fréquente chez les gens qui ont quelque instruction; mais il est peu de fautes plus choquantes.

VII.--L’E MUET[385]

1º Considérations préliminaires sur l’E non muet et l’élision.

L’=e= muet est ainsi nommé parce qu’on le prononce le moins possible, et le plus souvent pas du tout; mais il s’en faut bien qu’il soit toujours muet: s’il l’était toujours, il n’y aurait rien à en dire, et il s’agit précisément de savoir quand il est réellement muet, et quand il ne l’est pas.

Éliminons d’abord ce qui n’est pas dans le sujet proprement dit.

Il y a, d’une part, un cas où l’=e= dit muet est tellement loin d’être muet, qu’il est même tonique; c’est dans le pronom le précédé d’un impératif: _dis-l_e[386]. L’e dit muet est alors ouvert et bref, moins ouvert, mais aussi bref que eu dans œuf. Et de même toutes les fois qu’il se prononce: il y a, par exemple, une différence très sensible entre le rôt et leur eau, où leur est long et le très bref. C’est encore ainsi qu’il se prononce constamment devant une h aspirée: _l_e haut, ou en épelant: l, e, d, e, tandis qu’on prononce é dans e muet.

On sait, d’autre part, que l’=e= n’est jamais muet ni devant z final, ni devant deux consonnes, quoique, dans ces cas-là, il ne porte pas d’accent. Nous n’avons donc point à parler non plus de celui-là[387].

Ce n’est pas tout: il y a encore et surtout l’élision, où l’=e= ne compte plus pour rien du tout. On sait que l’e final s’élide devant un mot commençant par une voyelle, même précédée de l’h muet: l’état, l’herbe, il aim(e) à rire, plein d’honneur, la vi(e) est courte. On voit qu’il n’importe pas que cette élision soit notée par l’écriture[388].

On doit noter ici toutefois, avant de passer outre, un certain nombre d’élisions qui ne se font pas dans l’usage courant, ce qui oblige à prononcer l’e muet: ce sont, la plupart du temps, des hiatus seulement apparents, que la versification elle-même admet ou devrait admettre.

* * * * *

1º On parlera tout à l’heure des semi-voyelles, et notamment du =yod=. L’y grec appuyé sur une voyelle devient yod, c’est-à-dire consonne, aussi bien en tête que dans le corps des mots, et l’on dit, sans élision, _l_e yatagan, comme _l_a yole. C’est une idée que les poètes acceptent difficilement. V. Hugo, notamment, par crainte de faire un hiatus, ne manque pas de dire l’y-ole ou l’y-atagan; et l’erreur est double, car il fait une élision qui n’est point à faire, et cette élision l’amène à donner aux mots victimes une syllabe de trop. Les poètes devraient bien parler comme tout le monde, et dire _l_e ya-tagan (et _l_es yatagans, sans liaison), comme _l_e yacht, _l_e yak, _l_e yucca, _l_e yod, _l_e youyou, _l_e youtre, car il n’y a là aucun hiatus[389].

2º Le groupe =ou= initial est également consonne devant une voyelle. Cela n’empêche certainement pas de dire à l’ouest, un(e) ouaille, un(e) ouïe. Mais devant oui pris substantivement, on n’élide ni le, ni de, pas plus qu’on ne lie un, les, ces, etc., ou qu’on ne remplace ce par cet, même en vers, malgré l’hiatus apparent:

Oui, ma sœur.--Ah! ce oui se peut-il supporter?[390].

Il est vrai qu’on dit fort bien, familièrement, je crois qu’oui; mais cette élision ne s’impose pas toujours, et les poètes eux-mêmes s’en abstiennent souvent. Ainsi, La Fontaine, dans un vers de Clymène, souvent cité:

Qu’on me vienne aujourd’hui Demander: «Aimez-vous?» Je répondrai que oui[391].

On dit aussi plus volontiers le ouistiti que l’ouistiti, quoiqu’on fasse fort bien la liaison dans un ouistiti ou des ouistitis.

Pour ouate, l’usage est flottant. Il est vrai qu’on dit plus ordinairement aujourd’hui de la ouate que de l’ouate, malgré une tendance fâcheuse à revenir à l’ancienne prononciation: scrupule de purisme fort déplacé, qui se manifeste, paraît-il, chez certains médecins et chez les premières des grandes maisons de couture. Mais dire la ouate n’empêche pas du tout de faire l’élision de l’e muet: un(e) ouate, plein d’ouate, sont généralement usités[392].

3º L’habitude d’isoler les noms de nombre, qui commencent généralement par des consonnes, fait qu’on traite souvent comme les autres ceux qui commencent par des voyelles, un et onze, et aussi huit, dont l’h, naturellement muet, ne s’est aspiré (et encore pas toujours) que par suite de cette convention spéciale[393]. On dit donc le onze et le onzième, et non pas l’onze et l’onzième, témoin la complainte du Vengeur:

Le onze, un gabier de vigie S’écria: Voile sous le vent.

On n’a probablement jamais dit une lettre de l’onze, et pas souvent sans doute à l’onzième siècle, quoiqu’on trouve cette façon de parler dans Th. Corneille[394]. Pourtant on dit à peu près indifféremment le train de onze heures ou le train d’onze heures; et Littré écrira dans son dictionnaire: bouillon d’onze heures.

Les astres aujourd’hui, sous le soleil d’onze heures, Brillent comme des prés[395].

Ceci est un cas spécial, qui permet même la liaison du t du verbe être: on dit presque uniquement il est onze heures avec liaison, et c’est la seule liaison qu’on fasse avec onze; l’élision d’onze heures en est la conséquence naturelle. Mais on ne dirait pas avec Corneille, l’œuvre d’onze jours[396].

L’élision est beaucoup plus libre avec un qu’avec onze. Cependant, on dira uniquement le un, soit pour numéroter, soit pour dater, en opposition avec l’un, où un n’est plus le nom du nombre[397]. On dit aussi fort bien livre un, chapitre un, comme chapitre onze, quoiqu’on élide parfois dans ces deux expressions, et qu’on dise plutôt pag(e) un et pag(e) onze. On dit de même, le huit, livre huit, chapitre huit, quoiqu’on dise quarant(e)-huit, et que mill(e) huit cents soit identique à mil huit cents.

4º Enfin, on dit aussi le uhlan et non l’uhlan. C’est peut-être pour des raisons d’euphonie; mais on dira tout aussi bien du uhlan, qui n’est pas plus harmonieux que l’uhlan, et V. Hugo lui-même a osé risquer cet hiatus nécessaire:

Quand Mathias livre Ancône au sabre du uhlan[398].

Ce mot est donc traité comme s’il avait un h aspiré sans qu’on sache pourquoi (en allemand: ulan).

Nous venons d’examiner les cas où l’e muet ne s’élide pas devant une voyelle. Il y en a un où il s’élide encore en réalité devant une voyelle, mais en apparence devant une consonne: c’est quand on désigne par leurs noms les sept consonnes dont l’articulation est précédée d’un e: l’f, l’h, l’l, l’m, l’r, l’s, l’x, plein d’m, beaucoup d’r, etc.; mais on dira au contraire suivi ou précédé de r ou s, comme de a ou i, parce que les lettres sont ici comme des mots qu’on cite; de même je crois que r ou s..., comme je crois que a..., ou je dis que x....

2º La prétendue loi des trois consonnes.

Ces questions étant éliminées, arrivons au vrai sujet, l’e muet.

Sur ce point, un certain nombre de philologues font grand état, depuis une vingtaine d’années, d’une prétendue loi des trois consonnes, qui dominerait toute la question de l’e muet; cette loi peut se formuler ainsi:

Lorsqu’il n’y a que deux consonnes entre deux voyelles non caduques, elles ne sont jamais séparées par un e muet; mais lorsqu’il y en a trois ou plus, il reste (ou il s’intercale) un e muet après la seconde, et de deux en deux, s’il y a lieu[399]. Ainsi la f’nêtre, mais _un’ f_e_nêtre_, et _qu’est-c’ qu_e _j’ t_e disais.

A vrai dire, l’auteur commence par déclarer que sa «loi» ne vaut, à Paris, que «pour le français de la bonne conversation», et non pour «le parler populaire», et il oppose _ça n_e m’ fait rien, qui est, dit-il, populaire, à _ça n’ m_e fait rien. Mais alors on se demande ce que c’est qu’une loi phonétique régissant un parler qui doit avoir, qui ne peut pas ne pas avoir quelque chose d’artificiel, au moins sur certains points, et à laquelle se dérobe précisément le parler le plus naturel, le plus spontané, celui qui, en principe, obéit le plus rigoureusement aux lois phonétiques. D’autre part, on se demande en quoi _veux-tu t_e l’ver est plus populaire et de moins «bonne conversation» que _veux-tu t’l_e_ver_? Et moi-même, ai-je dit _on s_e d’mande ou _on s’ d_e_mande_? L’auteur traite ici les monosyllabes absolument comme les autres e muets, ce qui est une grave erreur. Il reconnaît d’ailleurs plus loin que les monosyllabes mettent à chaque instant sa «loi» en défaut.

Mais, même à l’intérieur des mots, «sa loi» n’est pas plus sûre, et il doit reconnaître que les liquides, l et r, y font de perpétuels accrocs.

D’abord les groupes de trois consonnes ne sont pas rares, quand la seconde est une muette ou explosive (b, c, d, g, t, p), ou une fricative (f, v), suivie d’une liquide, l ou r, ces groupes étant presque aussi faciles à prononcer qu’une consonne seule: _a_rbr_e_, _o_rdr_e_, _pou_rpr_e_, _te_rtr_e_, _a_str_e_, _terre_str_e_, etc. Ils ne sont guère plus rares quand la seconde consonne est un s: _lo_rsq_ue_, _o_bsc_ur_, _te_xt_e_ (_te_cst_e_) ou _e_xp_édier_. On peut même avoir quatre consonnes consécutives, si les deux conditions sont réalisées simultanément, comme dans _a_bstr_ait_, _e_xtr_ême_ ou _e_xpr_imer_. Et jamais on n’a éprouvé le besoin d’intercaler un e muet après la seconde ou la troisième consonne de ast(e)ral ou abst(e)rait, pas plus que dans un’ planche.

Les innombrables mots du type _chap_e_lier_, _aim_e_rions_, _aim_e_riez_, contredisent aussi la «loi», en maintenant l’e muet entre les deux consonnes, si l’on n’en voit que deux dans ces mots, ou plutôt après la première, et non la seconde, si, comme il convient, on prend l’i pour une troisième consonne.

D’autre part, il y a des phénomènes que l’auteur n’a point aperçus. Je ne parle pas des mots du type achèt’rai, qui maintiennent l’e après la première consonne: on pourrait me dire que cette prononciation est artificielle. Mais pourquoi dit-on uniquement _éch_e_v’lé_, quand la «loi» exigerait _éch’v_e_lé_[400]? Pourquoi, à côté de _pell’t_e_rie_, ou plutôt pel’t’rie, avec trois consonnes, a-t-on _pap_e_t’rie_, avec maintien du premier e muet, qui même devient le plus souvent un e à demi ouvert?

Ainsi nous ne nous embarrasserons pas de cette fausse loi. Nous constaterons, si l’on veut, qu’il y a là une tendance très générale, nécessaire même, en français, du moins, et qui se manifeste certainement dans la pluralité des cas[401]. Mais une tendance n’est pas une loi. Nous nous bornerons donc à examiner sans prévention les faits, dont la variété est presque infinie, et nous nous efforcerons d’y mettre le plus d’ordre et de clarté que nous pourrons, sans méconnaître qu’on peut différer d’avis sur beaucoup de points de détails.

3º L’E muet final dans les polysyllabes.

I. =Dans les mots isolés.=--A la fin des mots pris isolément, ou s’il n’y a rien à la suite, l’=e= non accentué est réellement muet, c’est-à-dire qu’on ne l’entend plus[402]. Les instruments délicats de la phonétique expérimentale peuvent bien en constater encore l’existence après certaines consonnes ou certains groupes de consonnes (je ne parle pas de la consonne double, qui compte comme simple); mais alors il est involontaire, car ces instruments le constatent, après les consonnes dont je parle, aussi bien quand il n’est pas écrit que quand il est écrit; autrement dit, est, point cardinal, et la finale -este se prononcent de la même manière, tout aussi bien que beurre et labeur, mortel et mortelle, sommeil et sommeille[403].

Nous avons vu au cours des chapitres précédents que la présence même de l’e muet après une voyelle finale ne change plus rien ni au timbre ni à la quantité de la voyelle qui précède, au moins dans la conversation courante. Il y a exception pour la rime, mais ceci est voulu, et par suite artificiel[404]: on ne parle ici que de la prononciation spontanée[405].

Ce n’est pas tout. Quand la consonne qui précède l’e muet final est une liquide, l ou r, précédée elle-même d’une explosive ou d’une fricative, la prononciation populaire supprime souvent la liquide avec l’e: du suc(re), du vinaig(re), datent de fort loin, mais cette prononciation n’est plus admise dans la bonne conversation. Pourtant mart(r)e a fini par avoir droit de cité.

II. =Devant un autre mot.=--Considérons maintenant l’=e= muet final dans un mot suivi d’un autre mot.

Si le second mot commence par une voyelle ou un h muet, nous savons que l’e s’élide. Mais si le second mot commence par une consonne (autre que l’h aspiré), l’e muet n’en tombe pas moins: el(l)’ m’a dit[406].

Le phénomène est le même si les consonnes qui se rencontrent sont pareilles: el(l)’ lit[407].

L’e tombe encore s’il y a deux consonnes en tête du second mot: el(l)’ croit, el(l)’ scandalise, un’ statue.

Toutefois l’e se prononce, si le mot suivant commence par r ou l, suivi d’une diphtongue: _il ne mang_e rien[408]. On dit même, sans élision, _qu’il devienn_e roi, les trois consonnes nrw s’accommodant mal ensemble, tandis qu’on dit avec élision, si j’ crois, qui, pourtant, réunit quatre consonnes, jcrw: nous verrons plus d’une fois que la liquide ne peut figurer dans un groupe de trois consonnes réelles que si elle est première (lorsque) ou troisième (si j’ crois) et non seconde[409].

Ici encore ce n’est pas tout. Si l’e muet final est lui-même précédé de deux consonnes différentes devant la consonne initiale du mot suivant, en principe l’e se prononce: reste là, pauvre femme, Barbe-bleue. Mais il s’en faut bien que le phénomène soit général.

D’une part, on dit fort bien, en parlant vite: rest’ là.

D’autre part, devant un autre mot encore mieux qu’isolément, la prononciation populaire, ou simplement familière, supprime à la fois, et depuis des siècles, l’e et la liquide qui précède, l ou r, à la suite d’une muette ou explosive ou d’une fricative: pauv’ femme, bouc’ d’oreille.

Ce phénomène affecte surtout l’r; et on peut dire que l’r tombe régulièrement dans maît’ d’hôtel, maît’ d’étude, maît’ de conférences, où il est rare qu’on le fasse sonner; cela est même tout à fait impossible dans telle expression uniquement familière, comme à la six quat(re) deux. Dès longtemps, les grammairiens ont constaté et apprécié diversement cet usage avec les mots notre, votre et autre. Aujourd’hui cette prononciation n’est jamais considérée comme tout à fait correcte. Elle est, il est vrai, seule usitée dans la conversation courante, mais non dans la lecture, ni simplement quand ou parle à quelqu’un à qui l’on doit des égards, et devant qui on ne veut pas se négliger: je citerai, comme exemples plus particulièrement probants, _Notr_e Père, qui êtes aux cieux, ou _Notr_e-Dame. On dit aussi uniquement _quatr_e-vingts.

Ajoutons que la présence d’un s après l’e muet ne change rien à l’élision, et pas davantage celle de nt dans les troisièmes personnes du pluriel: j’aim(e) bien, tu aim(es) bien ou ils aime(nt) bien, la ru(e) de Paris ou les ru(es) de Paris, tombait dru ou tombai(en)t dru, ont des prononciations identiques[410].

4º L’E muet à l’intérieur des mots.

I. =Entré voyelle et consonne.=--Entre une voyelle et une consonne, l’=e= muet ne se prononce plus depuis bien longtemps, et, pour ce motif, il est tombé dans un grand nombre de mots, sans qu’on puisse savoir pourquoi il s’est maintenu dans les autres. Aussi n’y a-t-il pas de raison pour prononcer gai(e)ment, qui a gardé son e, autrement que vraiment, qui a perdu le sien. D’ailleurs, quand l’e s’est maintenu, on peut le remplacer à volonté dans la finale =-ement= (substantifs et adverbes) par un accent circonflexe sur la voyelle qui précède: gai(e)ment ou gaîment, remerci(e)ment ou remercîment, dénou(e)ment ou dénoûment, dénu(e)ment ou dénûment.

Mais ceci pourrait faire croire que la voyelle qui précède l’e est réellement allongée par lui; en réalité, elle ne l’est pas plus ici qu’à la fin des mots, et la prononciation est la même partout, avec ou sans accent, avec ou sans e, dans remerci(e)ment et poliment, dans assidûment et ingénu(e)ment[411].

Le même phénomène se produit avec la finale =-erie= précédée d’une voyelle: soi(e)rie, qui a gardé son e, se prononce comme voirie ou plaidoirie, qui ont perdu le leur; sci(e)rie est identique à Syrie, et l’u est à peu près le même dans furie, qui n’a jamais eu d’e, tu(e)rie, qui a gardé le sien, ou écurie, qui l’a perdu[412].

Enfin, le cas est encore le même dans les futurs et conditionnels des verbes en =-ier= et =-yer=, ceux-ci changeant régulièrement leur y en i devant l’e muet: j’étudi(e)rai, je balai(e)rai, j’aboi(e)rai, j’appui(e)rai. Tout au plus y a-t-il ici cette différence, que l’e, qui ne peut pas disparaître, allonge assez facilement la voyelle précédente, surtout dans les mots de deux syllabes: je pai(e)rai, je ne ni(e)rai pas; dans les autres, l’allongement tend aussi à disparaître.

Les verbes en =-ayer= ou =-eyer=, quelques-uns du moins, ont gardé la faculté de conserver leur y dans les mêmes temps, et aussi au présent, je pay(e), je pay(e)rai. En ce cas, on entend une consonne de plus, le yod, comme dans sommeil et sommeil(le)rai; mais on n’entend pas davantage l’e muet[413]. Cette faculté est complètement perdue pour les verbes en =-oyer=: flamboyent, qu’on trouve dans Leconte de Lisle, en trois syllabes:

Au fond de l’antre creux flamboyent quatre souches,

est presque un barbarisme[414]. De telles formes ne valent pas mieux que soyent ou ayent, qu’on entend parfois dans le peuple[415].

II. =Entre consonne et voyelle.=--Entre une consonne et une voyelle, comme devant une voyelle en tête du mot, l’e muet n’est plus qu’un résidu inutile d’anciennes diphtongues, conservé malencontreusement dans quelques formes du verbe avoir: (e)u, j’(e)us, j’(e)usse, dans ass(e)oir, dans à j(e)un[416].

Il en est de même dans le groupe eau: (e)au, tomb(e)au, ép(e)autre, etc.[417].

Ou bien l’e muet n’est qu’un simple signe orthographique destiné à donner à la gutturale douce g, devant les voyelles a, o, u, le son qu’elle a normalement devant e et i, c’est-à-dire celui de la spirante palatale douce, j: mang(e)a, g(e)ai, afflig(e)ant, g(e)ôlier, pig(e)on, gag(e)ure[418].

III. =Entre deux consonnes.=--Entre deux consonnes, dont la première peut être indifféremment simple ou double, l’e muet tombe régulièrement, à condition que les consonnes ainsi rapprochées puissent s’appuyer sur deux voyelles non caduques, une devant, une derrière; ainsi dans ruiss’ler ou chanc’ler, aussi bien que dans app’ler ou ép’ler (où pl font un groupe naturel); de même dans gab’gie, épanch’ment[419], command’rie, échauff’ment, jug’ment, longu’ment, mul’tier, raill’rie, parfum’rie, ân’rie, group’ment, craqu’ment, dur’té, honnêt’ment, naïv’té, et même lay’tier, aussi bien que dans prud’rie, moqu’rie ou pot’rie[420].

On voit qu’il n’est pas du tout nécessaire qu’il y ait affinité entre les consonnes[421]. Mieux encore: l’e muet tombe aussi, comme entre deux mots, même si les consonnes sont identiques: honnêt’té, là-d’dans, extrêm’ment, verr’rie, trésor’rie, serrur’rie[422]. Quelques personnes répugnent à laisser tomber l’e après gn mouillé; mais c’est une erreur: renseign’ra ou renseign’ment se prononcent comme pill’ra ou habill’ment, car la difficulté n’est pas plus grande.

* * * * *

Toutefois, quand l’=e= muet est suivi d’une liquide qui s’appuie sur les finales =-ier=, =-iez= et =-ions=, il se prononce ordinairement: _bach_e_lier_, _chand_e_lier_, _chap_e_lier_, _mus_e_lière_, _hôt_e_lier_, etc.; de même, _app_e_lions_, _app_e_liez_ (avec e muet et non e fermé), _aim_e_rions_, _aim_e_riez_[423].

Ce qui empêche l’e muet de tomber devant ces finales à liquide, c’est que, s’il tombait, il arriverait ici ce qui est arrivé aux mots tels que meurtr-ier, ouvr-ier, tabl-ier, voudr-ions, voudr-iez, où les groupes de consonnes que terminent l ou r ont diérésé les finales -ier, -ions, -iez, en -i-er, -i-ons, -i-ez[424]. Or, le français aime encore mieux conserver une diphtongue que de laisser tomber un e muet; et alors plutôt que d’avoir chandli-er ou chapli-er, on préfère articuler l’e muet[425].

Exceptionnellement, l’=e= muet tombe dans bourr’lier, parce que rien ne s’y oppose: c’est ainsi qu’on a, sans diérèse, ourl-iez ou parl-iez[426].

En revanche, on prononce assez généralement l’e muet dans _cent_e_nier_ ou _sout_e_niez_, et même dans _un d_e_nier_[427].

D’autre part, si l’e muet est précédé de deux consonnes différentes, en principe il ne tombe pas non plus, puisque le français tolère mal trois consonnes de suite: ainsi _fourb_e_rie_, _superch_e_rie_, _débord_e_ment_, _berg_e_rie_, _aveugl_e_ment_, _ferm_e_té_, _orn_e_ment_, _escarp_e_ment_, _propr_e_té_, _appart_e_ment_.

A vrai dire, là même, quand on parle vite, il y en a bien quelques-uns qui tombent encore, toutes les fois qu’il n’y a pas incompatibilité entre les consonnes; et si cela est impossible après une liquide, comme dans _propr_e_té_, cela peut se faire par exemple dans appart’ment ou pard’sus, et surtout quand l’e muet sépare les groupes br, cr, etc., comme dans fourb’rie, étourd’rie ou lampist’rie; mais cette prononciation n’est plus considérée comme correcte, et quand on parle posément on ne l’emploie pas.

IV. =Dans la syllabe initiale.=--En tête des mots, l’=e= muet se prononce en principe, faute d’appui en arrière pour la consonne initiale: _b_e_lette_, _r_e_faire_, _t_e_nir_; mais aussi, que devant le mot il y ait un son vocal, l’e tombe aussitôt, dans les mêmes conditions qu’à l’intérieur du mot: la b’lette, à r’faire, vous t’nez, à côté de _pour r_e_faire_, ou _il t_e_nait_. Naturellement, s’il y a une finale muette devant la muette initiale, c’est la finale qui cède la place, car l’e muet final tombe, toutes les fois qu’il peut: _ell’ t_e_nait_ ou _ell’ t_e_naient_, et jamais _ell_e t’nait[428].

D’ailleurs, même sans un son vocal placé devant le mot, l’e muet de la syllabe initiale tombe encore assez facilement dans la conversation courante, pourvu qu’il y ait affinité suffisante entre les consonnes qui l’enferment: b’lette ou rat, rat ou b’lette se disent presque aussi facilement l’un que l’autre, à cause du groupe naturel bl. On dit aussi très bien, v’nez ici ou c’la fait, avec spirante initiale; avec l ou r, m ou n, c’est beaucoup moins commode: m’nez moi, r’mettez-vous, sont durs et moins généralement employés. On dira moins encore c’lui-là, parce qu’il y aurait en tête du mot trois consonnes qui ne s’accommodent pas[429].

Pendant que je parle de l’e muet de la syllabe initiale, je dois mettre le lecteur en garde contre la tendance qu’on a parfois à le fermer mal à propos. Cette tendance n’est pas nouvelle, car un très grand nombre de mots ont vu un e fermé se substituer à leur e muet initial au cours des siècles; par exemple, _cr_é_celle_, _pr_é_vôt_, _p_é_pie_, _s_é_jour_, _b_é_ni_, _d_é_sert_, _p_é_ter_ ou _p_é_tiller_, etc. Quelques lecteurs peuvent encore se rappeler que l’archaïsme _d_e_sir_ (d’sir, d’sirer) faisait jadis les délices de Got, et qu’il était de tradition à la Comédie-Française; pourtant l’Académie avait donné un accent à ce mot depuis 1762[430]. _R_é_bellion_ a aussi pris l’accent, malgré l’e muet de _r_e_belle_ et _se r_e_beller_. Plus récemment, _r_é_viser_ et _r_é_vision_ ont fait de même, ainsi que _t_é_tin_, _t_é_tine_ ou _t_é_ton_[431]. _R_e_table_ tend manifestement à céder la place à _r_é_table_, formé sans doute par l’analogie malencontreuse de _r_é_tablir_, et que les dictionnaires admettent aujourd’hui, concurremment avec _r_e_table_[432].

En revanche, les dictionnaires écrivent encore uniquement avec e muet _r_e_fréner_, _s_e_neçon_, _ch_e_vecier_ et _br_e_chet_, qu’on prononce presque toujours avec un e fermé. _Br_e_veté_ paraît les suivre de près[433]. Quoique la prononciation de _v_e_dette_ et _b_e_sicles_ avec e muet soit encore loin d’avoir disparu, il est probable que _v_é_dette_ et _b_é_sicles_ l’emporteront prochainement. Enfin _c_é_ler_ est en voie de remplacer _c_e_ler_, sous l’influence de _rec_é_ler_, qui a pris l’accent, probablement par l’analogie de _r_e_cel_.

D’autres mots sont aussi touchés, mais beaucoup moins jusqu’à présent: les personnes qui parlent correctement ne disent pas encore ou ne disent plus _d_é_hors_ pour _d_e_hors_ (comparez _d_e_dans_), ni _d_é_gré_, _s_é_nestre_, _g_é_linotte_ (de _g_e_line_) ou _fr_é_lon_, ni enfin _r_é_fléter_, malgré _r_é_flecteur_[434].

Il est vrai qu’on entend bien souvent _r_é_gistre_, et, par suite, _enr_é_gistrer_ et _enr_é_gistrement_, même dans la bouche de personnes fort instruites; et l’on pourrait croire que cette prononciation est aussi en voie de remplacer l’autre, si nous n’avions précisément une administration qui porte ce nom, et qui ignore l’é fermé: c’est un obstacle sérieux à sa diffusion et à sa prépondérance.

J’ajoute que _s_e_cret_ a donné, à tort ou à raison, _s_e_cr_é_taire_ et non _s_é_cr_e_taire_, qu’on entend parfois, concurremment avec _s_e_cr_e_taire_ ou _s_é_cr_é_taire_, toutes formes encore fort peu admises[435].

Il nous reste à examiner un cas particulier.

On sait que l’e suivi d’une consonne double n’est pas un e muet. Il y a à cela quelques exceptions. Il a paru nécessaire de doubler l’s dans _d_e_ssus_ et dans _d_e_ssous_, et après le préfixe re-, pour éviter que l’s ne prît le son du z entre deux voyelles; mais cela n’a rien changé à la nature du préfixe, qui est toujours re-, avec e muet: _r_e_ssaisir_, _r_e_ssasser_, _r_e_ssaut_, _r_e_ssembler_, _r_e_ssemblance_, _r_e_ssemeler_, _r_e_ssemelage_, _r_e_ssentir_, _r_e_ssentiment_, _r_e_sserrer_, _r_e_sserrement_, _r_e_ssort_, _r_e_ssortir_, _r_e_ssource_, _r_e_ssouvenir_ et quelques autres, et aussi _r_e_ssac_, par analogie ou confusion d’étymologie. Si l’on dit _r_e_ssusciter_ par é fermé, c’est parce que le mot vient directement du latin resuscitare, et non du français susciter. On prononce de même _r_e_ssuyer_, qui est composé d’essuyer. Mais prononcer un é fermé dans _r_e_ssembler_ ou _r_e_ssource_ est une faute très grave.

Ces e muets peuvent même et doivent tomber comme les autres: il est sans r’source, tu r’sembles et tu me r’essembles, concurremment avec _tu m’r_e_ssembles_.

La prononciation de l’e muet se maintient aussi dans _cr_e_sson_ et _cr_e_ssonnière_, au moins à Paris et dans une partie de la France du Nord, quelquefois même dans _b_e_sson_[436].

5º L’E muet intérieur dans deux syllabes consécutives.

Ceci est un phénomène qui se produit d’abord dans certains mots composés, et alors le traitement de l’=e= muet dépend des circonstances. Il est clair que, dans _arrièr_e-neveu, c’est le premier e qui ne compte pas. Mais les mots de cette espèce sont presque tous des composés d’entre et contre, dont l’e est soutenu par le groupe =tr=; c’est donc le premier e qui se maintiendra: _s’entr_e-r’garder, _contr_e-v’nir, _contr_e-m’sure. Cependant, dans _entr_e_pr_e_neur_ ou _entr_e_pr_e_nant_, il faut bien les prononcer tous les deux, et je crois bien que dans _entr_e_t_e_nir_, et surtout _contr_e_p_e_ser_, c’est encore le second qui se prononce le plus complètement.

Il peut arriver d’autre part, et ceci est plus intéressant, qu’à la suite d’une première syllabe muette, la dérivation transforme une syllabe accentuée en atone contenant un e: _pap_e_tier_, _pap_e_t_e_rie_.

1º Si l’un de ces e muets se prononce nécessairement, la question est tranchée: ainsi, _pal’fr_e_nier_, où le second e est soutenu par le groupe fr, car frn serait impossible[437]. De même, mais inversement, _buffl_e_t’rie_, _marqu_e_t’rie_, _par_q_u_e_t’rie_, _mousqu_e_t’rie_, où c’est le premier e qui est maintenu; mais on notera que l’e devient généralement mi-ouvert dans tous ces mots, soit par analogie avec _tabl_e_tt’rie_ et _coqu_e_tt’rie_, qui ont deux t, soit sous l’influence de _marqu_è_te_, _parqu_e_t_, _mousqu_e_t_[438].

2º Si aucun des deux e muets ne se prononce nécessairement, l’appui manque à la fois en avant pour l’un et en arrière pour l’autre. En ce cas, la tendance populaire étant de faire tomber le plus d’e possible, et de préférence le premier qu’on rencontre, c’est souvent le premier qui tombera, et au besoin les deux. On dit, quelquefois, _pell’t_e_rie_, _pan’t_e_rie_, _grèn’t_e_rie_, _louv’t_e_rie_, suivant l’analogie de pell’tier, pan’tier, grèn’tier, louv’teau; mais on dit mieux encore, ou du moins plus souvent, et même presque toujours, pell’t’rie, pan’t’rie, gren’t’rie, louv’t’rie, grâce au groupe naturel tr[439].

D’autres fois, c’est le second e qui tombe, pour des raisons diverses: _éch_e_v’lé_, par exemple, a gardé l’e qui se prononce dans _ch_e_v’lu_, où il est initial[440]; on dit de même _ens_e_v’lir_. Mais dans ce cas l’e conservé prend parfois le son de l’e mi-ouvert: ainsi on prononce généralement _caqu_è_t’erie_, sous l’influence de _caqu_e_t_ ou _caqu_è_te_; _bonn_è_t’rie_ et _briqu_è_t’rie_, sous l’influence de _bonn_e_t_ et _briqu_e_tte_, en concurrence avec celle de bonn’tier, et briqu’tier; et surtout _pap_è_t’rie_, plutôt que _pap_e_t’rie_[441]. Même l’e de _br_e_vet_, qui se prononçait déjà nécessairement dans _br_e_vet_, à cause du groupe =br=, prend très souvent le son de l’e mi-ouvert dans _br_e_v’té_[442].

On remarquera que, dans _br_e_v_e_té_, les deux e muets étaient en tête du mot, comme dans _s_e_n_e_çon_ et _ch_e_v_e_cier_: c’est ce qui explique l’e mi-ouvert qu’on donne à ces mots, comme on l’a donné à _ch_é_nevis_. En dehors de ces exemples, ce cas ne se présente que dans un très petit nombre de mots, chevelu et chevelure, devenir, et une dizaine de verbes de formation populaire, avec préfixe re- et non ré-, comme dans tous les mots qui ne viennent pas directement du latin: recevoir, redemander, redevoir, regeler, rejeter, relever, remener, retenir, revenir, avec leurs dérivés[443]; de plus, quelques formes verbales de refaire et reprendre. Voyons ce qui arrive à ces mots.

Il est clair que si le mot est en tête d’un membre de phrase ou à la suite d’une consonne, c’est re qu’on prononce, sans d’ailleurs en modifier le timbre: _r_e_v’nez_, il _r_e_v’nait_. Si le mot est précédé d’un son vocal, on a le choix: _si vous r_e_v’nez_ ou _si vous r’v_e_nez_; le second est plus populaire et plus conforme à la tendance générale que nous avons signalée tout à l’heure. D’ailleurs, nous verrons un peu partout que re- initial est une des syllabes où l’e est le plus caduc, apparemment par suite du grand usage qu’on en fait: c’est probablement une question de sens plutôt qu’une question de phonétique. Néanmoins, il est peut-être plus correct de prononcer le premier e, comme s’il n’y avait rien devant le mot. En tout cas, c’est toujours le premier qui se prononce dans _ch_e_v’lu_ et _ch_e_v’lure_, et c’est peut-être en partie pour cela qu’on prononce _éch_e_v’lé_ et non _éch’v_e_lé_. Dans les formes comme _r_e_pr_e_nez_, _r_e_pr_e_nais_, c’est le second e qui se prononce nécessairement, et par conséquent les deux, quand le mot ne s’appuie sur rien: _vous r’pr_e_nez_, mais _r_e_pr_e_nez vos papiers_.

Mais voici qui est plus extraordinaire: il y a deux verbes qui commencent par trois syllabes muettes, à savoir redevenir et ressemeler. Dans ces deux mots, le second e ne tombe jamais, peut-être parce qu’il rappelle et représente le premier e de _d_e_venir_ et de _s_e_melle_; par suite, le troisième e tombe toujours; quant au premier, il peut tomber après un son vocal; mais on trouve plus élégant de le conserver. Ainsi, _vous r_e_d_e_v’nez_ est plus distingué; _vous r’d_e_v’nez_, plus populaire, avec ses deux e qui tombent sur trois. Et peut-être les puristes seraient-ils tentés de dire _vous r_e_d’v_e_nez_, pour ne laisser tomber que l’e du milieu; mais c’est là une prononciation affectée, qu’on doit absolument s’interdire; quant à _r_e_ss’m_e_ler_, il ne s’est peut-être jamais dit.

6º L’E muet dans les monosyllabes.

J’ai réservé jusqu’ici les monosyllabes, le, ce, je, me, te, se, de, ne et que, pour les considérer à part, parce qu’ils ont un peu plus d’importance que les syllabes muettes ordinaires.

I. =Un monosyllabe seul.=--Le monosyllabe seul est traité en thèse générale comme les syllabes muettes initiales, et non comme les syllabes muettes finales. Ainsi l’e se maintient en principe dans _j_e dis et tombe dans si j’ dis, et même si j’ crois, malgré les quatre consonnes, et même si j’ joue, malgré la répétition du même son, tandis qu’il reparaît dans car je dis[444]. On dit de même, la rob’ me va, à ce rien, à ce roi, à ce ruisseau, pas de scrupules[445].

Mieux encore: si le monosyllabe est précédé d’une finale muette qui se prononce nécessairement, lui aussi se prononce en même temps le plus souvent: _je veux entendr_e le discours[446].

Toutefois, ici encore, dans la conversation courante, les trois monosyllabes je, ce et se, dont la consonne est une spirante, s’élident assez facilement, même sans appui antérieur: s’ laver les mains, j’ sais bien, c’ qu’on a fait[447]. Mais cette prononciation n’est point indispensable; elle est surtout très peu admissible avec les autres monosyllabes: l’ métier, n’ fais rien, qu’ tu es sot, réclament un appui antérieur; on ne dit guère même _qu’ r_é_clames-tu_, malgré le groupe cr. Il en résulte seulement qu’on pourra dire: _je veux entendr_e c’ qu’on dit, à côté de _entendr_e ce qu’on dit, avec dre à peine sensible. En fait, on dit presque toujours je veux entend’ ce qu’on dit, et même, entend’ c’ qu’on dit, à cause de la spirante médiane, comme on dit fort correctement tu demand’ c’ qu’on dit, avec double élision, l’s médian permettant la consonne triple.

Mais il y a un cas particulier à considérer: le monosyllabe suivi d’une syllabe initiale à e muet. Dans ce cas, il y a hésitation. La tendance à laisser tomber le premier e se manifeste souvent: _on l’ d_e_vine_, _pas d’ r_e_traite_, _si tu t’ r_e_lèves_, sont aussi usités, quoique moins élégants, que on le d’vine, pas de r’traite, où si tu te r’lèves; mais du moins on a le choix, tandis que plus haut on disait uniquement _ell’ t_e_nait_, et jamais _ell_e t’nait, elle n’étant pas un monosyllabe. D’autre part, en tête de phrase, il faut bien dire _l_e r’pas et non _l’ r_e_pas_.

Avec l’s médian, on peut avoir ici encore une double élision: tu n’ s’ras pas reçu[448].

II. =Deux monosyllabes consécutifs.=--S’il y a deux monosyllabes de suite, il faut presque toujours que l’un des deux tombe, et c’est généralement le premier, sauf empêchement: si j’ te prends est infiniment plus usité que si je t’ prends. Mais, naturellement, on est obligé de dire, en tête de phrase, _n_e m’ bats pas, à côté de si tu n’ me bats pas; et _j_e t’ prends est peut-être mieux reçu que j’ te prends, quoique moins usité.

Surtout on dit à peu près toujours fais attention à c’ que tu dis, et non à ce qu’ tu dis, qui est affecté; on va même, nous venons de le voir, grâce à l’s médian, jusqu’à _pour c’ qu_e tu dis, _avec c’ qu_e tu dis, _écrir’ c’ qu_e tu dis, car dans l’assemblage si fréquent ce que, c’est toujours ce qui s’efface devant que; et si les sons paraissent trop durs, on prononcera à la fois ce et que, comme plus haut dans parce que, plutôt que de sacrifier que. Il semble que ce soit une loi générale que que ne tombe jamais devant une consonne, quand il est précédé d’une autre syllabe muette[449].

Au contraire, le est généralement sacrifié au monosyllabe qui précède, quel qu’il soit: on me l’ donne, on te l’ donne, si je l’ savais, sont certainement plus usités et considérés comme plus corrects que on m’ le donne, on t’ le donne, si j’ le savais. C’est probablement parce que me, te, je, pourraient être remplacés par des mots inélidables, nous, vous, tu: on vous l’ donne, si tu l’ savais, tandis que le est toujours le, et toujours élidable, outre qu’on a une très grande habitude de l’élider par ailleurs.

D’autre part, je et de l’emportent aussi généralement sur ne, quand rien ne s’y oppose: si je n’veux pas, comme si tu n’veux pas, et non si _j’_ne veux pas[450]; de même je promets de n’pas sortir et non _d’_ne pas sortir, sans doute à cause de la fréquence du groupe n’pas. Toutefois on sera bien obligé de dire _je promets d’_ne rien manger, pour le même motif que l’e se maintient dans _chap_e_lier_ ou _mang_e_riez_, ou dans à ce rien.

* * * * *

Et maintenant, s’il y a concurrence entre que et je, ou entre que et de, c’est encore que qui l’emporte de préférence: on dit il est certain que j’viens et non _qu’_je viens, et plutôt que d’fuir est préféré à _plutôt qu’_de fuir, qui est plus familier.

* * * * *

On voit donc qu’il y a une véritable hiérarchie entre les monosyllabes: au sommet, que, puis je; au plus bas degré le, suivi de la muette initiale des mots, et en dernier lieu de la muette finale, celle-ci ne se prononçant que quand il est impossible de faire autrement.

Dernière observation: deux monosyllabes peuvent aussi être suivis d’un mot commençant par une syllabe muette. En ce cas, c’est elle qui s’élide de préférence quand elle peut; on dira donc _il fut content d’_ne r’trouver personne, et même, familièrement, _j’_ne r’grette rien, aussi bien que _j’_le r’grette ou _j’_me d’mande: c’est ici l’e du milieu qui se maintient, comme nous allons le voir avec trois monosyllabes, et qui se maintient d’autant mieux que le troisième e est plus faible[451]. Et si le premier monosyllabe est obligé de se prononcer, on les prononce donc tous les deux: on dit au sortir de ce ch’min, plutôt que _d_e _c’ch_e_min_; ell’ ne me r’vient pas, plutôt que ell’ ne _m’r_e_vient pas_, qui se dit aussi.

III. =Trois monosyllabes consécutifs.=--S’il y a trois monosyllabes de suite, quelques puristes prononcent le premier et le troisième: si je _t’_le dis; mais tout le monde prononce en général le second seul: _si j’_te l’dis, et même au besoin _j’_te l’dis, sans si, comme tout à l’heure _j’_le r’grette. Tout ce qu’ je dis est particulièrement affecté, et tout c’ que j’dis est la seule prononciation usitée; et si pour écrir’ c’ que j’dis paraît trop dur, nous savons déjà qu’on prononce ce avec que, c’est-à-dire les deux e médians, plutôt que d’élider que: pour écrir’ ce que j’dis, pour prendr(e) ce que j’remets (ou _c’_que _j’r_e_mets_, ou c’ que je r’mets).

Toutefois, ne étant subordonné à je et de, on dira si je _n’_le dis pas plus correctement que _si j’_ne l’dis pas; et en tête de phrase on disait bien _j’_ne r’grette rien, à cause de la faiblesse de re initial, mais on ne dirait pas j’ ne l’sais pas, et pas davantage _j’_ne _l’r_e_grette pas_, avec ou sans si, mais uniquement _j_e _n’_le r’grette pas. En revanche, la prédominance de que sur je fait qu’on peut dire _c’_que _j’d_e_mande_ aussi bien que _c’_que je d’mande, et même _c’est c’_que _j’r_e_grette_.

D’autre part, si, sur trois monosyllabes, que est en concurrence avec je, c’est celui des deux qui est médian qui l’emporte; on a donc _c’est qu’_je n’sais pas, et non c’est que _j’_ne sais pas, à côté de _c’est c’_que j’sais bien. On voit même je médian se maintenir à côté de que obligé: il est sûr que je n’sais pas, et non _qu_e _j’_ne sais pas, malgré il est sûr que _j’t_e crains peu. Mais que reprend sa primauté, s’il y a une muette initiale supplémentaire, et qu’il faille choisir: c’est que _j’_ne r’viens pas est plus usité que _c’est qu’_je _n’r_e_viens pas_.

IV. =Plus de trois monosyllabes consécutifs.=--S’il y a plus de trois monosyllabes de suite, avec ou sans syllabe muette antérieure ou postérieure, il y aura certainement dans le nombre que, et même ce que, ou bien je, sinon les deux; dès lors la prédominance de que, ou, le cas échéant, celle de je, et d’autre part l’effacement ordinaire de le et ne, détermineront aisément le choix, ou même couperont la série en deux ou trois membres, où que fera l’effet d’une tonique, et aussi je, le cas échéant: si je _n’_te l’dis pas, si je _n’_me _l’d_e_mande pas_, _c’est c’_que _j’_me d’mande, _c’est c’_que _j’_me _r’_de_mande_.

On voit qu’en général les e élidés alternent avec les autres. Mais ici encore, bien entendu, que et je pourront être prononcés à côté l’un de l’autre. Ainsi l’on dira aussi bien, et même mieux, _c’est c’_que je _r’d_e_mande_, que _c’est c’_que _j’r_e_d’mande_, et nécessairement _c’est c’_que je _n’_te d’mande pas et _c’est c’_que je _n’_te _r’d_e_mande pas_, tu veux t’instruir’ de _c’_que je n’sais pas, _parc’_que (ou puisque) je _n’_te l’fais pas dire, _tu réclam’ c’_que je _n’_te r’mets pas, _parc_e que je _n’_te le r’mets pas[452].

On notera que, dans ce dernier exemple, on peut prononcer jusqu’à cinq e muets sur sept, dont trois de suite; le plus fort écrasement en laissera encore trois debout, dont que et je de suite: parc’ que je n’t’ le r’mets pas, car ni que ne peut s’élider après parce, ni je devant ne.

On avait ici sept e muets de suite; en voici huit et même neuf: tiens-moi quitt’ de _c’_que je _n’_te r’mets pas, et tu t’lament’ de _c’_que je _n’_te le r’mets pas (ou _j_e _n’_te _l’r_e_mets pas_, ou plus souvent _j_e _n’t’_le r’mets pas).

7º Conclusions.

De toutes ces considérations il résulte qu’il y a souvent plusieurs façons de prononcer les mêmes phrases, même sans parler des cas où l’on tient à mettre en relief une syllabe particulière. D’une façon générale les e muets, quels qu’ils soient, peuvent tomber en plus ou moins grand nombre, suivant les personnes, suivant les lieux, et surtout suivant l’allure du débit. On parle plus rapidement qu’on ne lit: la lecture conservera donc des e muets que la langue parlée laisse tomber. On parle ou on peut parler dans la conversation plus rapidement que dans un discours: la conversation rapide ou simplement négligée écrase donc une foule d’e muets qui se conservent partout ailleurs. Mais alors on arrive facilement à des incorrections que rien ne peut justifier.

C’est le défaut des phonéticiens, et surtout des phonéticiens étrangers, de recueillir précieusement les façons de parler les plus négligées, pour les offrir comme modèles; et alors on voit des étrangers s’évertuer consciencieusement à reproduire dans un discours étudié et lent des formes de langage que la rapidité du débit pourrait seule excuser: cela est ridicule. Ces phénomènes se produiront toujours assez tôt et spontanément, quand la connaissance de la langue sera parfaite et qu’on en fera un usage habituel et constant.

Ainsi tout à l’heure nous citions parce que réduit à pasque: ces choses-là se constatent, mais ne doivent pas s’imiter volontairement.

On a vu aussi que, dans la prononciation populaire ou simplement négligée, la chute de l’e muet entraîne souvent celle de l’r: vot’ père, quat’ jours, un maît’ d’anglais, pour entend’ le discours. C’est également pour permettre à l’e muet final de tomber qu’on supprime l’l dans quelque; mais ce n’est que dans une conversation très familière qu’on dit que’qu’chose, ou que’qu’fois. On va plus loin: on dit couramment c’t homme, qui au temps de Restaut était considéré comme correct, et même c’t un fou, où l’on fait tomber non pas un e muet, mais un e ouvert; comme dans s’pas, pour n’est-pas, et même pas? tout court; et l’on dit encore p’têt’ bien (ou ben), où ce n’est plus un e qui tombe, mais eu, assimilé à l’e muet, sans compter la finale re: tout cela est-il à recommander? Le peuple, et même les gens les plus cultivés en disent bien d’autres: qu’ est qu’ c’est qu’ça, ou même simplement c’est qu’ça, ou encore qu’ça fait, sans parler de ou ’st-c’ que c’est, ou plus brièvement où qu’c’est. Car on parle uniquement pour se faire comprendre, et avec le moins de frais possible: c’est le principe de moindre action, qui s’applique là comme ailleurs. Mais d’abord ce n’est peut-être pas ce qu’on fait de mieux; ensuite on ne dit pas cela partout, ni à tout le monde; enfin, quand on parle ainsi, on n’a nullement la prétention de fournir un modèle à suivre.

* * * * *

On voit que l’écueil de la prononciation, relativement à l’e muet, c’est l’abus des élisions. Mais le contraire se produit aussi parfois. Comme deux consonnes tendent à maintenir l’e muet devant une troisième, il arrive aussi qu’elles en appellent un qui n’existe pas! Il n’est pas rare d’entendre prononcer _lors_e_que_, _ex_e_près_, _Ouest_e-Ceinture, _ours_e blanc, qui rappellent bec ed gaz[453]. Évidemment l’est de Paris est difficile à prononcer, à cause des deux dentales qui se heurtent: on est obligé de les fondre à peu près en une seule. D’autre part le français répugne à commencer les mots par deux consonnes, si la seconde n’est pas une liquide; de là la formation de mots tels que e_sprit_, é(s)chelle, é(s)tat, qui ont gardé ou perdu leur s après addition de l’e; mais il faut éviter d’augmenter le nombre de ces mots en disant une e_statue_, ou d’intercaler un e dans s(e)velte[454].

* * * * *

Nous ne pouvons pas terminer ce chapitre sans dire un mot de la question des vers, dont l’e muet est un des charmes les plus sensibles, comme aussi les plus mystérieux. L’e muet est une des caractéristiques les plus remarquables de la poésie française. Aussi les principes que nous venons de développer ne sauraient-ils en aucune façon s’appliquer à la lecture des vers, qui exige un respect particulier de l’e muet.

Voici un vers de l’Expiation, de V. Hugo:

Sombr_e_s jours! l’emp_e_reur r_e_v_e_nait lent_e_ment.

On laissera les acteurs articuler neuf syllabes, comme si c’était une phrase de Thiers: ici il en faut douze, si l’on peut. L’e muet d’_emp_e_reur_ est le seul qui évidemment ne puisse pas se prononcer, car il est de ceux qu’on ne devrait pas écrire; s’ensuit-il qu’il faille le laisser tomber complètement? En aucune façon: l’oreille doit en percevoir la trace, ne fût-ce qu’un demi-quart d’e muet; il suffira même d’appuyer un peu plus sur la syllabe précédente pour faire sentir à l’oreille qu’il y a là quelque chose comme une demi-syllabe. Et sans doute cela est difficile; mais les autres n’offrent aucune difficulté. Les e de _r_e_v_e_nait_ doivent se prononcer pleinement tous les deux, et quand à celui de _lent_e_ment_, on peut aisément le faire sentir plus que celui d’_emp_e_reur_: le sens même ne l’exige-t-il pas?

Voici un vers d’une toute autre espèce, qui ne peut, pas être dit non plus de n’importe quelle manière:

Je veux ce que je veux, parce que je le veux[455].

Le premier élément je veux doit être suivi d’une pause; le second a quatre syllabes dont il sera bon de prononcer la première et la troisième, contrairement à l’usage courant[456]; le second hémistiche doit se diviser en deux parties égales avec un accent fort sur que; ou si l’on accentue sur par, il faudra faire sentir tous les e muets.

Dans cet autre vers de V. Hugo:

Mais ne me dis jamais que je ne t’aime pas[457],

qui aurait huit syllabes en prose rapide, tous les e muets doivent être prononcés, sauf le dernier, qu’on doit encore sentir à moitié; et je dis sentir plutôt qu’entendre, le prolongement du son ai et aussi de l’m suffisant à marquer l’existence de la muette qui suit.

Il est bien vrai que les poètes ne manient pas toujours l’e muet avec l’art et la prudence qu’il faudrait, et qu’ils mettent souvent le lecteur à de rudes épreuves. Il ne faut pourtant pas les trahir, même s’ils le méritent parfois[458].

VIII.--LES SEMI-VOYELLES

1º Divorce entre la poésie et l’usage.

On se rappelle que les trois voyelles extrêmes, =i=, =u=, =ou=, quand elles sont suivies d’autres voyelles, font presque nécessairement diphtongue avec elles, et, se prononçant très rapidement, doivent être tenues pour des consonnes autant que pour des voyelles.

Quand le groupe est précédé d’une autre voyelle, il n’y a pas de discussion possible, et la synérèse entre les deux dernières est nécessaire et manifeste: na-ïa_de_, plé-ïa_de_, pa-ïen, fa-ïen_ce_, a-ïeux, ba-ïo_nnette_[459].

Si au contraire le groupe est précédé d’une consonne, il y a alors une très grande différence à faire entre la prose et la poésie, car les poètes s’en tiennent encore aujourd’hui, dans la plupart des cas, à des traditions de plusieurs siècles, qui remontent aux origines latines, et par suite ils ne comptent guère comme diphtongues que les diphtongues étymologiques. Or il n’y en a plus que deux en français: ié et ui. Encore ie et ui ne sont-ils pas diphtongues partout étymologiquement: aussi ie est-il diphtongue pour les poètes dans pied, mais non dans épi-é; dans dieu, mais non dans odi-eux; dans rien, mais non aéri-en; ui est diphtongue pour eux dans puits, mais non ru-ine, dans bruit, mais non ingénu-ité[460].

Les poètes admettent encore les diphtongue ions et iez dans les imparfaits et les conditionnels, mais point ailleurs: ils distinguent ainsi les imparfaits alliez, mandiez, des présents alli-ez, mendi-ez, etc., les imparfaits portions, inventions, etc., des substantifs porti-ons, inventi-ons[461].

En dehors de ces cas, les diphtongues sont rares chez eux: les groupes =ia=, =io=, =iu=, fournissent à peine quelques exceptions courantes, comme _d_ia_ble_ ou _p_io_che_; de même les autre groupes, commençant par u et ou: ainsi _d_uè_gne_ et oui.

Nous n’insisterons pas sur la question, ceci n’étant pas un traité de versification, mais il importait que le lecteur fût averti que dans ces rencontres les vers doivent très souvent se prononcer autrement que la prose.

2º La semi-voyelle Y.

La plus importante et la plus fréquente des semi-voyelles, et celle qui se forme le plus facilement, c’est celle qui provient de l’=i=: dans cette fonction elle s’appelle =yod=, et sa prononciation se marque commodément par y.

I. =Après une consonne.=--Le groupe =ia= est assez fréquent, et se trouve par exemple dans un grand nombre de finales: -ia, -iable, -iaque, -iacre, -iade, -iaffe, -iage, etc. Le groupe =ie= n’est pas moins fréquent. Mais quel que soit le groupe, =ia=, =iai= ou =ian=, =ié=, =iè=, =ien= ou =ieu=, =io=, =ion= ou =iu=, partout c’est ya, yai, yé, etc., qui se prononcent, même si l’i appartient étymologiquement à la syllabe précédente, ce qui d’ailleurs est le cas ordinaire: mar-ya_ge_, _b_yai_s_, or-yen_t_, ép-ye_r_, _n_yè_ce_, coméd-yen, pluv-yeu_x_, ag-yo_ter_, pass-yon, bin-you, op-yum.

Toutefois, si l’i appartient à un préfixe qui garde son sens plein, la séparation est maintenue: _ant_i-alcoolisme, _arch_i-épiscopal.

D’autre part, il ne faut pas non plus qu’il y ait dans la prononciation même un obstacle à la formation de la diphtongue. Ainsi il est clair que lier ou nier en tête d’une phrase se prononceront difficilement en une syllabe.

Mais surtout la synérèse est impossible, quand l’i est précédé soit de l’u consonne, soit, et plus encore, de l’un des groupes à liquide finale, bl, br, cl, cr, etc. L’i (ou y) reste donc nécessairement voyelle dans des mots comme _qu_i-étisme, et surtout _maestr_i-a, _dr_y-ade, _tr_i-ait, _fabl_i-au, _oubl_i_er_, _pr_i-ère, _Adr_i-en, _oubl_i-eux, _br_i-oche, _tr_i-omphe, _Br_i-oude, _str_i-ure ou _atr_i-um. Mieux encore: on sait qu’à la suite des mêmes groupes, les diphtongues originelles ont dû se décomposer avec une nécessité qui s’est imposée aux poètes eux-mêmes, dans les mots tels que _meurtr_i-er, _sabl_i-er, _devr_i-ons, _devr_i-ez[462].

Mais on notera ici un phénomène remarquable: dans tous les mots où l’i reste ainsi rattaché à la syllabe précédente, il se développe spontanément entre l’i et la syllabe qui en reste séparée, un yod, qui s’ajoute à l’i: q_ui-étism_e, bri-oche et meurtri-er se prononcent en réalité qui-y_étisme_, bri-y_oche_, et meurtri-y_er_, de même que plus haut nous avons vu la finale i-e prolongée aboutir à i-y_e_: la vi-y_e_[463]. Que dis-je? pour distinguer l’imparfait du présent dans les verbes en i-er, tandis que vous étudi-ez se prononce ordinairement étud-y_ez_, étudi-iez se prononce en réalité _étudi_y-y_ez_[464]. Daign-iez, dont le cas est pareil, est même fort difficile à prononcer.

II. =Décomposition de l’=y grec =entre deux voyelles.=--Nous avons dit que l’=i= est assez rare entre deux voyelles dans le corps d’un mot. L’=y= grec y est au contraire assez fréquent. Il se produit alors une décomposition de l’y grec en deux i, qui appartiennent à des syllabes différentes; et alors le premier altère ou diphtongue la voyelle précédente, tandis que le second devient semi-voyelle: payer ou grasseyer se prononcent _p_ai-yer et _grass_ei-yer; royal se prononce _r_oi-yal; fuyard se prononce _f_ui-yard.

Il est évident que roi ne peut pas s’accommoder de _r_o-yal, ni fuir de _f_u-yard. _M_o-yen, qu’on entend encore parfois, est tout à fait suranné et détestable, malgré les efforts de Littré[465]; _v_o-yons ou a-yant, qu’on entend aussi, sont peut-être encore pires; _sav_o-yard et _br_u-yant, qui ne sont pas rares, ne sont guère meilleurs; _éc_u-yer serait plus justifié, mais il y a beau temps qu’il est passé à _éc_ui-yer.

Mais voici un phénomène plus curieux: l’y grec se décompose même à la fin du mot, le second i faisant syllabe à lui seul, dans pays (pè-i), et par suite payse, paysan, paysage, dépayser, malgré la consonne articulée qui suit. Il en est de même devant l’e muet, dans abbaye (abè-i), qui a ainsi quatre syllabes, si on compte la muette. On prononce d’ailleurs abè-y_i_ aussi souvent que abè-i; mais on dit plus généralement pè-i, pèi-se, pè-isage[466].

J’ajoute qu’ici aussi, bien entendu, la décomposition de l’y grec n’empêche pas la formation de deux yods dans les imparfaits et subjonctifs en -ions et -iez: fuyions, fuyiez se prononcent en réalité _fui_y-y_ons_, _fui_y-y_ez_.

Cette décomposition de l’y grec entre deux voyelles est en français une règle très générale. On y trouve cependant un certain nombre d’exceptions qu’il faut indiquer: je veux dire des mots qui ne décomposent pas l’y grec, mais gardent intacte la voyelle qui le précède[467].

1º L’=a= reste intact dans le populaire _f_a-yot, dans _t_a-yon et _t_a-yaut, qui s’écrit aussi taïaut, dans _br_a-yette, qui est plutôt braguette (mais non dans brayer ou brayon), et dans _b_a-yer aux corneilles, qui devrait être _b_ai-yer (comparez _bouche b_é_e_, _b_é_ant_): une confusion s’est faite avec bailler depuis fort longtemps, contre laquelle il est impossible de réagir[468].

L’a se maintient aussi dans _cob_a-ye, _cip_a-ye, _b_a-yadère et _pap_a-yer, qui sont des mots d’origine étrangère, ainsi que dans l’expression exotique _en pag_a-ye[469].

2º L’=o= reste intact dans _b_o-yard et _g_o-yave, mots étrangers, et dans _caca_o-yère, pour conserver le simple cacao, mais non dans _v_oy-ou, qui vient de voie, ni dans _sav_oy-ard, qui vient de Savoie, ni dans les mots en -oyau, où la prononciation par o est devenue exclusivement populaire[470].

3º L’=u= reste intact dans _gr_u-yer, mot étranger, ordinairement aussi dans _th_u-ya, qui est dans le même cas; de plus dans _br_u-yère, qui a peut-être été maintenu par le nom propre _La Br_u-yère, et dans _gr_u-yère, qui est aussi originellement un nom propre.

La tendance à décomposer l’y dans les mots français est si forte qu’on prononce quelquefois _th_ui-ya et que _gr_u-_yèr_e lui-même, nom propre francisé en nom commun, est parfois articulé _gr_ui-yère, malgré la difficulté; mais c’est assez rare. Avec l’u, c’est plutôt le phénomène contraire qui se produit, c’est-à-dire qu’on paraît tendre parfois à revenir de ui à u.

Ainsi le mot _t_uy_au_, peut-être sous l’influence de _gr_u-_yèr_e, est en voie de perdre sa prononciation correcte; sans doute, même en dehors des puristes, il y a encore beaucoup de gens, des femmes surtout, qui prononcent _t_ui-yau; mais la prononciation populaire _t_u-yau est aujourd’hui répandue partout et paraît devoir prévaloir[471].

De même _t_u-_yèr_e. On altère parfois jusqu’à _br_uy_ant_, qui vient de bruit, sans doute par l’analogie de _br_u-yère; mais je ne pense pas que _br_u-yant, qui est fort incorrect, puisse se généraliser[472].

On peut ajouter ici que le mot alleluia, quoiqu’il n’ait point d’y grec, se prononce le plus généralement _allel_ui-ya, comme le latin quia.

III. =Changement de l’Y grec en I.=--Une autre modification s’est faite à la prononciation de l’y grec dans les verbes en =-ayer=, =-oyer=, =-uyer=; ou plutôt il s’est changé en i simple devant un e muet, au présent, au futur et au conditionnel, d’où disparition du yod: noi(e), noi(e)ra, noi(e)rait[473].

Seuls les verbes en =-eyer= ont gardé partout l’y grec; mais grasseyer est le seul qui soit répandu.

Les verbes en =-ayer=, qui sont fort rapprochés des précédents, hésitent souvent entre deux formes et deux prononciations: pai(e) et pai(e)ra, ou paye (pai-ye) et payera (pai-yera). Au futur et au conditionnel, l’i l’emporte sans conteste, et si l’on dit encore rai-ye_ra_ ou pai-ye_ra_, on ne dit plus effrai-ye_ra_, plus guère essai-ye_ra_ ou balai-ye_ra_. Au présent, l’y grec se maintient un peu mieux: j’essai-ye et surtout je rai-ye sont fort usités; je balai-ye ou je pai-ye le sont moins, mais sont encore très corrects[474].

Ce phénomène a complètement disparu des verbes en =oyer=, et des formes comme noye ou flamboye sont tout à fait inusitées, malgré le voisinage de noyons et flamboyons. Il est vrai qu’on entend encore assez souvent dans le peuple soye (soi-ye) et soyent, sans doute par analogie avec soyons, soyez; mais cette prononciation est extrêmement vicieuse, d’autant plus qu’on écrit sois et soit au singulier; et quoiqu’on écrive assez sottement aie et aies, comme voie, avec des e muets, la prononciation ai-ye ou voi-ye, qu’on entend parfois, n’est pas moins condamnable aujourd’hui[475].

IV. =L’I ou Y grec initial devant une voyelle.=--L’=y= grec initial devant une voyelle est toujours consonne: y_acht_, y_atagan_, et les poètes eux-mêmes ont bien de la peine à le séparer[476].

On peut considérer le groupe il y a comme un cas particulier de ce fait général: ce n’est qu’en vers que il y a peut compter pour trois syllabes; mais quand on parle, on n’en fait que deux, quoiqu’il y ait trois mots[477].

Le phénomène est le même pour il y eut, il y aura et toute la conjugaison, et aussi pour la conjugaison de il y est. Le phénomène est même bien plus marqué encore pour ça y est, où y se trouve entre deux voyelles, cas identique à celui de na-ïa_de_ ou go-ya_ve_[478].

Quant à l’i, on ne le trouve en tête des mots que dans quelques mots savants d’origine latine, où l’usage ordinaire, à défaut des poètes, en fait aussi une consonne: ï_ambe_, i_ode_, i_onique_, i_ota_, i_ule_ et leurs dérivés. En revanche, l’adverbe hi-er a deux syllabes depuis le XVIᵉ siècle, et ne doit pas se prononcer yer, sauf en vers, quand la mesure l’exige; tout au plus peut-on dire avantyer, et ce n’est nullement nécessaire[479]. Il n’en est pas de même du groupe initial hiér- (_h_ié_roglyphe_, _h_ié_rarchie_), qui ne fait deux syllabes qu’en vers et encore pas toujours[480].

Pour terminer sur ce point, nous ajouterons que la prononciation actuelle des ll mouillés les assimile complètement au yod, par exemple dans taille, abeille, fille, etc., qui se prononcent ta-ye, abe-ye, fi-ye; d’où il résulte que les finales de prier et briller se prononcent exactement de la même manière: pri-yer, bri-yer[481].

Le =gli= italien est dans le même cas que les ll mouillés. Enfin =gn= mouillé diffère peu de ny: les finales de daigner et dernier sont à peu près identiques. Nous reviendrons sur tous ces points dans les chapitres consacrés aux consonnes[482].

3º La semi-voyelle U.

Les autres semi-voyelles nous arrêteront moins.

Les groupes de voyelles qui commencent par =u=, à savoir =ua=, =uai=, =ué=, =uè=, =uei=, =ui=, =uin=, et même =uon=, sont aussi des diphtongues en général dans l’usage courant, sinon en vers; et l’on sait que le groupe ui est généralement diphtongue, même en vers. Ainsi u fait fonction de consonne dans _per-s_u_a-der_, s-u_aire_, _insi-n_u_ant_, _s_u_é-dois_, _impé-t_u_eux_, _f_u_ir_, _j_u_in_ et même _nous nous r_u_ons_[483].

Pourtant le phénomène est moins constant que dans les groupes qui commencent par i.

D’abord l’u est parfois suivi lui-même d’un groupe où i est semi-voyelle, auquel cas l’u doit rester distinct, comme dans _t_u-ions, _t_u-iez[484].

Mais surtout deux consonnes différentes quelconques suffisent généralement ici pour empêcher la synérèse, par exemple dans _arg_u-er, _sanct_u-aire ou _respect_u-eux, et presque tous les mots en -ueux, aussi bien que dans _obstr_u-er, _concl_u-ant, _concl_u-ons, _fl_u-ide, _br_u-ine et _dr_u-ide, où figurent les groupes connus cl, br, etc.

Toutefois la diphtongue étymologique s’est maintenue, même en vers, malgré les mêmes consonnes, dans _autr_ui, dans _pl_ui_e_ et _tr_ui_e_, dans _br_ui_t_, _fr_ui_t_ et _tr_ui_te_, dans _détr_ui_re_, _instr_ui_re_ et _constr_ui_re_[485]; elle s’est diérésée seulement dans _br_u-ire, _br_u-issant, _br_u-issement, qui sont plutôt des mots poétiques, et même dans _ébr_u-iter. _Euph_u-isme, mot savant, n’a pas subi la synérèse, non plus que _d_u-o.

L’=u= est semi-voyelle à fortiori, même en vers, quand il se prononce dans les groupes qua, que et qui, gua, gue et gui; mais il ne garde le son u que devant e et i: _q_u_esteur_, _aig_u_ille_; il prend le son de la semi-voyelle ou devant a: _éq_u_ation_, _g_u_ano_[486].

Il va sans dire que, dans juin, l’u ne doit pas prendre le son ou, comme il arrive souvent (cela arrive parfois même dans _p_u_is_). Quelques-uns prononcent jun, ce qui est encore pis; d’autres même prononcent juun sans s’en apercevoir! Juin doit se prononcer comme il est écrit, mais en une seule syllabe.

Enfin il faut éviter avec soin de réduire ui à u dans _men_ui_sier_ ou _fr_ui_tier_, comme de le réduire à i dans _p_ui_s_ ou _p_ui_sque_.

4º La semi-voyelle OU.

Les groupes de voyelles qui commencent par =ou=, à savoir =oua=, =ouai=, =ouan=, =oué=, =ouè=, =ouen=, =oueu=, =oui=, =ouin=, et même =ouon=, sont également diphtongues dans l’usage courant, sinon en vers, et même plus facilement que ceux qui commencent par u. Ainsi ou fait fonction de consonne dans des mots comme ou_ail-les_, _c_ou_en-ne_, _d_ou_ai-re_, _j_ou_er_, _m_ou_ette_, _j_ou_euse_, _f_ou_ine_ ou _barag_ou_in_ et, _nous j_ou_ons_[487]; et la synérèse n’est guère empêchée que par les groupes de consonnes bl, br, etc., dans des mots tels que _fl_ou-er, _tr_ou-er, _tr_ou-ait, _tr_ou-ons, _pr_ou-esse, _ébl_ou-ir, qui ne sont pas très nombreux[488].

Pourtant des mots comme _b_ou-eux et _n_ou-eux subissent mal la synérèse, et le discours soutenu, qui se rapproche du vers, l’évite souvent dans des mots tels que _j_ou-er, _l_ou-er, comme aussi _t_u-er. Il faut y ajouter naturellement les formes comme _j_ou-ions, _j_ou-iez, qui sont dans le même cas que _t_u-ions, _t_u-iez.

* * * * *

On sait que le w anglais est précisément la consonne que nous représentons par ou: ainsi dans whist ou tramway, mais ces deux mots sont les seuls mots de la langue, noms propres à part, où le w conserve régulièrement le son ou[489].

Nous venons de voir ou semi-voyelle quand l’u se prononce dans les groupes qua et gua. Nous avons vu aussi que la diphtongue oi représentait en réalité oua ou wa; et il en est de même de oin qui est identique à ouin.

La prononciation de oi et oin en une seule syllabe est même si facile que les groupes de consonnes bl, br, etc., ne produisent jamais ici la diérèse, pas plus dans groin, malgré Victor Hugo, que dans croix ou emploi[490].

Il arrive aussi parfois que l’o s’assourdit en ou même devant une voyelle autre que in. Cela est nécessaire dans _j_o_aillier_, qui, malgré son orthographe, est apparenté à joyau, et il n’y a que les poètes pour obliger le lecteur à scander _j_o-aillier. Mais le phénomène se produit parfois même dans o_asis_ ou _cas_o_ar_, qu’on prononce facilement ou_asis_ et _cas_ou_ar_, quand on parle un peu vite[491].

Autrefois, notamment au XVIᵉ siècle, cet assourdissement de l’o en ou était un phénomène général; jusqu’à la Révolution, _p_o_ète_ et _p_o_ème_, où Boileau avait rétabli définitivement la diérèse en vers, se prononcèrent en prose et dans l’usage courant _p_ou_ème_ et _p_ou_ète_. Mais cette prononciation ne saurait aujourd’hui être admise[492].

Je rappelle que moelle, moelleux, moellon, poêle, poêlon, devraient s’écrire par oi[493]. De même on a respecté l’orthographe adoptée, à tort ou à raison, pour _g_o-éland (en breton _g_w_élan_) et pour _g_o-élette (autrefois goualette); mais ici l’orthographe a réagi sur la prononciation, surtout en vers, et l’on est bien obligé de séparer l’o.

DEUXIÈME PARTIE

LES CONSONNES.

Quoique nous ayons établi au début de ce livre un classement des consonnes, qui nous a été fort utile pour l’étude des voyelles, nous suivrons ici l’ordre alphabétique, qui paraît plus pratique, en mettant ch après c, et l’n mouillé (gn) à la suite de l’n.

Mais avant de passer à l’étude particulière des consonnes, quelques observations générales ne seront pas déplacées.

1º Le changement spontané des consonnes.

Avant tout, nous devons constater une fois pour toutes, pour n’y pas revenir à chaque instant, un phénomène d’ordre général, qui est le changement spontané de certaines consonnes[494].

Pour prendre l’exemple le plus simple et le plus aisé à constater, on croit prononcer _o_b_tenir_, mais on prononce en réalité _o_p_tenir_; pour prononcer exactement _o_b_tenir_, il faudrait un effort qu’on ne fait jamais, pas plus en vers qu’en prose, pas plus en discourant lentement qu’en parlant vite. Ce phénomène s’appelle accommodation, ou même assimilation[495].

Ceux qui ont fait un peu de grec connaissent bien ce phénomène: quand une muette, leur dit la grammaire, est suivie d’une autre muette, elle se met au même degré qu’elle. Dans _o_b_tenir_, la labiale douce b, suivie de la dentale forte t, se change en la labiale forte p; elle s’accommode à la consonne qui suit, et cela spontanément et nécessairement, par le jeu naturel des organes[496].

En français, ce phénomène est extrêmement général.

D’abord, une muette ne s’accommode pas seulement à une autre muette, comme dans _o_b_tenir_, où la douce devient forte, et _ane_c_dote_ (ane_g_dote) où la forte devient douce, mais aussi bien à une spirante, comme dans tous les mots commençant par abs- (a_p_s) ou obs- (o_p_s) et même subs- (su_p_s, sauf devant i).

D’autre part, une spirante aussi peut s’accommoder soit à une autre spirante, comme dans _tran_s_vaser_ (tran_z_vaser) ou _di_s_joindre_ (di_z_joindre), soit à une muette, comme dans _ro_s_bif_ (ro_z_bif), Asdrubal (a_z_drubal) ou _di_s_grâce_ (di_z_grâce).

Il est vrai que ces heurts de consonnes sont assez rares dans les mots français; mais cette accommodation passe aussi bien par-dessus l’e muet, toutes les fois que l’e muet peut tomber, comme dans _pa_que_bot_ (pa_g_bot) ou _mé_de_cine_ (mé_t_sine), dans _cla_ve_cin_ (cla_f_cin) ou _nous f_ai_sons_ (_v_zons), dans _cré_ve_cœur_ (cre_f_keur), _re_je_ton_ (re_ch_ton), _naï_ve_té_ (naï_f_té), ou le se_cond_ (le_z_gon)[497].

Mais tout ceci se fait normalement, dans le langage le plus soutenu et le plus lent. Dans le langage très rapide, on en voit bien d’autres, car l’accommodation s’y fait même entre des mots différents. Le b devient p dans _qu’exhi_bes-tu là? et inversement le p devient b dans _Phili_ppe de Valois; le d se change en t dans et ainsi de suite, et le t se change en d dans _vous ê_te_s insensé_ (cette fois, c’est l’s final, prononcé uniquement pour la liaison, et prononcé doux, qui détermine le changement); de même encore g devient k, et k devient g, dans _on navi_gue chez nous (i_k_ch) et _cha_que jour (a_g_j)[498].

Même phénomène pour les spirantes: on peut comparer _gra_ve cela (a_f_s) avec _gri_ffes aiguës (i_v_z), _voya_ges-tu? (a_ch_t), avec _ta_che de vin (a_j_d), _ro_se pourpre (o_s_p), avec est-ce bien? (e_z_b). Le langage tres rapide rapproche même des muettes ou des spirantes identiques, changeant par exemple une dentale forte t en dentale douce d devant un autre d, et ceci est l’assimilation proprement dite: _vous ê_tes dur (e_d_d), _il galo_pe bien (o_b_b), _je ne navi_gue qu’ici (i_k_k), _tu bri_ses ce pot (i_s_s), _je man_ge chez vous (_ch_ch), etc. On va plus loin encore: dans la prononciation populaire, ou simplement familière, qui supprime non seulement l’e muet, mais aussi l’r qui précède, à la suite d’une muette ou d’une spirante, on arrive à _un maî_tre d’hôtel (ai_d_d) ou _une pau_vre femme (au_f_f).

Les appareils de là phonétique expérimentale ont même constaté une assimilation plus extraordinaire encore, par-dessus une voyelle sonore. Dans les mots couché s_ous un pin_, il arrive que le premier s se rapproche sensiblement du second[499].

Tous ces phénomènes sont spontanés et involontaires. Aussi doivent-ils rester tels, et par conséquent ne se produire que dans un débit très rapide. Ils sont extrêmement curieux pour le savant, mais ne doivent être étudiés qu’à un point de vue purement scientifique. Je ne puis que répéter ici ce que j’ai dit à propos de l’e muet: les phonéticiens étrangers recueillent précieusement ces phénomènes pour les offrir à l’étude de leurs compatriotes, ayant pour principe unique: cela est, donc cela doit être[500]. Ils ne se doutent pas que beaucoup de façons de parler ne sont acceptables que lorsque et parce que personne ne s’en aperçoit, mais qu’elles sont ridicules, quand elles sont voulues et manifestes. Il faut parler naturellement. On n’a pas besoin d’effort pour prononcer un p dans _o_b_tenir_: on le prononce nécessairement, et, par suite, il est toujours légitime. Mais on ne met pas nécessairement un s doux dans est-ce bien; on doit donc prononcer le c naturellement, et ne jamais faire effort pour prononcer autre chose que c, même quand on parle vite: il se change toujours assez tôt en z, sans qu’on s’en aperçoive, ni celui qui parle, ni celui qui écoute, et c’est alors seulement que le phénomène devient légitime.

De ce phénomène spontané on peut rapprocher un autre phénomène qui se produit aussi spontanément: c’est le redoublement de la première consonne, dans certains mots sur lesquels on veut appuyer, surtout dans l’interjection: mmi_sérable!_ _in_ss_ensé!_ Si la première consonne est suivie d’un r, c’est l’r qui se redouble; il est tt_oujours là à g_rr_atter_. On voit que ce redoublement est un phénomène analogue à l’accent oratoire, et qui coïncide généralement avec lui[501].

2º Quelques observations générales.

Première observation: les consonnes finales, qui autrefois se prononçaient toutes, comme en latin, ont peu à peu cessé en grande majorité de se prononcer[502]; toutefois, depuis un siècle, grâce à l’orthographe, beaucoup ont reparu de celles qui ne se prononçaient plus. Il y a notamment quatre consonnes finales qui se prononcent aujourd’hui régulièrement; ce sont les deux liquides: l et r, avec f et c.

En second lieu, les consonnes intérieures se prononcent aussi presque toutes aujourd’hui. Ce n’est pas qu’il n’y ait encore beaucoup d’exceptions; mais leur nombre tend toujours à diminuer, et toujours par l’effet de la fâcheuse réaction orthographique, due surtout à la diffusion de l’enseignement primaire[503]. Depuis qu’une foule de mots sont appris par l’œil avant d’être appris par l’oreille, on les prononce naturellement comme ils sont écrits. Et puis il y a là aussi l’effet naturel d’un pédantisme naïf et inconscient; car enfin, quand on prononce sculpeter, lègue ou aspecte, cela ne prouve-t-il pas qu’on a fait des études, et qu’on sait l’orthographe? Aussi les plus coupables dans cette affaire sont encore ceux, journalistes ou hommes de lettres, qui s’opposent par tous les moyens à la réforme de l’orthographe. Quant à ceux qu’on appelle dédaigneusement les «primaires», ils sont plus excusables: sachant bien qu’il ne dépend pas d’eux d’écrire comme on parle, ils parlent comme on écrit! Nous verrons, chemin faisant, les altérations que la langue a déjà subies ou subira encore, par le fait de notre orthographe.

Enfin, il y a la question des consonnes doubles: Quand se prononcent-elles doubles ou simples[504]? Cette question doit être étudiée à propos de chaque consonne, dans un intérêt pratique; mais il y a encore là un phénomène d’ordre général, dont il faut dire un mot d’avance.

Il va sans dire que la question ne se pose qu’entre deux voyelles non caduques, appuis nécessaires des deux consonnes en avant et en arrière: _co_l-l_aborer_. Et en effet, à la fin d’un mot, ou devant un e muet, qui tombe régulièrement, la question ne se pose plus: djin(n), bal(le), ter(re), dilem(me), al(le)mand se prononcent nécessairement comme si la consonne était simple[505].

Or, entre voyelles non caduques, la règle générale est que, dans les mots purement français, et d’usage très courant, la consonne double se prononce simple: a(l)ler, do(n)ner; et il y en a souvent deux ou même trois dans le même mot, comme a(s)suje(t)ti(s)sant ou a(t)te(r)ri(s)sage. On ne devrait donc prononcer les deux consonnes que dans les mots tout à fait savants, où l’on peut, à la rigueur, conserver légitimement la prononciation attribuée à l’original sur lequel ils sont calqués: _co_l-l_apsus_, _co_m-m_utateur_, _septe_n-n_at_, _i_r-r_écusable_, _proce_s-s_us_, _dile_t-t_ante_[506].

Malheureusement l’emphase naturelle de l’accent oratoire a étendu cette prononciation à beaucoup d’autres mots, comme _ho_r-r_eur_ ou _ho_r-r_ible_. Et surtout le pédantisme encore s’en est mêlé. Beaucoup de gens ont cru voir un signe certain d’éducation supérieure, d’instruction complète, dans cette prononciation réputée savante, qui est celle du latin et du grec. Aussi s’est-elle étendue progressivement. Aujourd’hui encore on voit très bien qu’elle gagne de plus en plus, et atteint beaucoup de mots fort usités qu’elle devrait respecter, parce qu’ils n’ont rien de nouveau ni de savant[507]. Elle respecte encore assez généralement les muettes ou explosives, à cause de la difficulté que produit l’occlusion complète que la bouche doit subir en les prononçant, comme dans _a_p-p_arat_; elle atteint beaucoup plus les spirantes (f et s sont d’ailleurs les seules qui se répètent), car elles ne présentent pas cet inconvénient, mais surtout l, m, n, r, les quatres liquides des grammairiens grecs. Ainsi, de tous les mots commençant par =ill=, =imm=, =inn-=, =irr-=, et qui, presque tous, sont privatifs, il n’y a plus qu’i(n)nocent et ses dérivés immédiats qui soient à peu près respectés, et dans la plupart des mots on prononce toujours les deux consonnes, à moins qu’on ne parle très vite[508].

Il faut dire en effet que cette prononciation dépend beaucoup du plus ou moins de rapidité de l’élocution: entre les mots où on ne prononce jamais qu’une consonne et ceux où on en prononce toujours deux, il y en a beaucoup où on en prononce tantôt une, tantôt deux, suivant qu’on parle plus ou moins vite. D’ailleurs, en cas d’hésitation, il sera bon de se pénétrer de ce principe qu’on ne fera jamais une faute grave en prononçant une consonne simple quand l’usage est de la prononcer double, tandis qu’on peut être parfaitement ridicule en la prononçant double quand elle doit rester simple, comme de dire _do_n-n_er_ ou _nous a_l-l_ons_.

NOTE SUR LA PRONONCIATION DU LATIN

Puisque la prononciation latine est en cause dans ce cas plus qu’ailleurs, on nous saura peut-être gré de réunir ici, en tête des consonnes, les règles spéciales qui la concernent, et qui sont disséminées un peu partout dans le livre, avec les exemples nécessaires.

En principe, nous prononçons le latin, à tort ou à raison, plutôt à tort, à peu près comme le français. Nous ne l’en distinguons que dans un petit nombre de cas, dont l’énumération n’est pas longue.

On a vu déjà précédemment comment nous prononçons les voyelles: que l’e ouvert ou fermé n’a pas d’accent, que l’u ne sonne jamais ou, que um se prononce toujours ome (même après un o), et que un se prononce toujours on, sauf dans hunc, nunc et tunc, et les mots commençant par cunct-.

Les nasales sont identiques à celles du français, sauf qu’il ne peut y en avoir que devant une consonne, et non en fin de mot, et que en a toujours le son in, notamment dans la finale -ens.

On a vu aussi que les seules diphtongues latines, æ, œ et au, sont prononcées comme les voyelles é et o. Il en résulte que devant æ et œ, le c et le g gardent le même son qu’en français devant e.

Nous faisons aussi de fausses diphtongues avec l’u, après g ou q, mais seulement devant a, e (ou æ) et i: l’u se prononce u devant e et i, et ou devant a, tandis que devant o et u il ne compte pas.

Ch a toujours le son guttural.

Il n’y a jamais de son mouillé, ni pour gn, ni pour ll.

Ti devant une voyelle est sifflant, comme en français, sauf en tête des mots, ou après s ou x.

Les consonnes finales s’articulent toujours: c’est ce qui fait qu’il n’y a point de nasales à la fin des mots.

Cette prononciation est d’ailleurs détestable, et peut-être le jour n’est-il plus éloigné où on en adoptera une autre, un peu moins française, mais plus latine.

B

A la fin des mots, le =b=, très rare dans les mots proprement français, ne s’y prononce pas: plom(b), aplom(b), surplom(b), et autrefois coulom(b)[509].

Il se prononce dans les mots étrangers, qui sont naturellement beaucoup plus nombreux, comme: _naba_b, _baoba_b, _ca_b, _naï_b, _sno_b, _ro_b, _clu_b, _tu_b, _rhum_b, etc.[510].

Dans radoub, le b ne devrait pas davantage se prononcer, et les gens de métier ne le prononcent pas; mais la vérité est qu’ils emploient fort peu ce mot, se contentant du mot bassin; ils laissent ainsi le champ libre à ceux qui n’apprennent ce mot que par l’œil, et qui naturellement articulent le b: ce sont de beaucoup, aujourd’hui, les plus nombreux.

* * * * *

Dans le corps des mots, le b se prononce aujourd’hui partout devant une consonne. On fera bien de veiller à ne pas le changer en m dans _tom_b(e) neuve, et plus encore à ne pas le supprimer dans _o_b_stiné_ et _o_b_stination_[511].

Le =b= double, assez rare, compte pour un seul à peu près partout: a(b)bé, sa(b)bat, ra(b)bin, et aussi bien ra(b)bi, qui est le même mot au vocatif. On n’en prononce deux que dans deux ou trois mots savants: _gi_b-b_eux_ et _gi_b-b_osité_, peut-être _a_b-b_atial_ ou _sa_b-b_atique_; encore n’est-ce pas indispensable[512].

C

1º Le C final.

Le =c= est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui normalement à la fin des mots:

I. Après une voyelle orale, d’abord, le c final sonne généralement: _cogna_c, _ba_c, _la_c, _sa_c, _be_c, _se_c, _ave_c, _trafi_c, _publi_c, _cho_c, _blo_c, _ro_c, _bou_c, _du_c, _cadu_c, _su_c, etc.[513].

La plupart de ces mots sont d’ailleurs des mots plus ou moins techniques ou étrangers, des substantifs verbaux, des adverbes, ou des mots où le c a reparu après éclipse, par analogie avec le plus grand nombre[514].

Contrairement à la majorité des mots, mais conformément à la règle des consonnes finales, le c est devenu ou resté muet dans un certain nombre de mots suffisamment populaires: dans estoma(c) et taba(c), et dans cotigna(c), moins usité, où il tend à se rétablir[515]; dans cri(c), machine; dans bro(c), cro(c), accro(c), raccro(c) et escro(c); dans caoutchou(c)[516].

Pendant longtemps la prononciation familière a volontiers omis le c d’_ave_c devant une consonne: ave(c) moi, ave(c) lui: cette prononciation est aujourd’hui dialectale, et on la tourne même en ridicule.

Le c d’_arseni_c, qui s’était amui, s’est aussi généralement rétabli[517].

Au pluriel, le c sonne aussi bien qu’au singulier, les deux nombres ayant pris peu à peu avec les siècles une prononciation identique[518]. Même dans le pluriel _éche_c_s_, qui s’est longtemps écrit échets, au sens de jeu, la suppression du c est tout à fait surannée, le pluriel s’étant à la fin, là aussi, assimilé au singulier.

Toutefois le c ne sonne pas devant l’s dans la(cs) et entrela(cs).

Le k ou le q joints au c final n’y ajoutent rien: _colba_c(k), _bifte_c(k), _sti_c(k), _bo_c(k), etc.[519].

II. Après une voyelle nasale, le c final est resté muet: ban(c), blan(c), flan(c) et fran(c), vain(c) et convain(c), jon(c), ajon(c) et tron(c)[520].

Le cas de donc est particulier. En principe, le c n’y sonne pas non plus. Toutefois, si le mot est en tête d’un membre de phrase, pour annoncer une conclusion (_je pense, don_c je suis), et, d’une façon générale, si l’on veut souligner le mot pour une raison quelconque, on prononce le c (ainsi que dans _adon_c et _on_c). En dehors de ces cas, on l’articule rarement, même quand il termine la phrase: laissez don(c). Surtout on ne l’articule pas devant une consonne: vous êtes don(c) bien riche? Devant une voyelle, il est encore correct ou élégant de le lier: _où êtes-vous don_c allé? Mais cela même n’est pas indispensable.

Le c de _zin_c, se prononce toujours, mais il sonne comme un g. On n’a jamais su pourquoi; car autrefois, c’était le g final qui s’assourdissait en c, comme toutes les sonores finales; or, c’est justement le contraire qui se fait ici. Mais c’est un fait contre lequel les efforts des grammairiens n’ont pu prévaloir[521].

III. Après une consonne articulée, le c final sonne généralement: _tal_c, _ar_c, _tur_c, _fis_c, _mus_c[522]. Il sonne même aujourd’hui dans les composés _ar_c-bouter et _ar_c-boutant ou _ar_c-doubleau, quoi qu’en disent les Dictionnaires, qui retardent sur ce point: telle est du moins la prononciation des architectes. Il faut seulement éviter _ar_que-boutant.

Toutefois, il ne se prononce pas encore dans mar(c), résidu: eau-de-vie de mar(c); ni dans mar(c), poids: au mar(c) le franc[523].

Le c ne sonne pas davantage dans cler(c)[524].

De plus, le c de _por_c, qui ne sonnait plus nulle part depuis longtemps, ne sonne toujours pas à la cuisine ou chez le charcutier: on n’y achète pas _du por_c frais, mais du por(c) frais, du por(c) salé, etc. Si au contraire on veut désigner l’animal lui-même, on rétablit volontiers le c, même au pluriel: un troupeau de por(cs) ou _de por_c(s), mais surtout au singulier: _un por_c, et plus encore si l’on prend le mot au figuré dans un sens injurieux. Le c sonne également dans le composé _por_c-épic.

2º Les mots en-CT.

Les mots en =-ct= demandent un examen particulier, car leur histoire est complexe et n’est pas terminée.

1º Dans _ta_ct, _inta_ct, _conta_ct, et dans _compa_ct, il semble que ct s’est toujours prononcé. Exact, plus populaire, a tendu à perdre le c ou le t, ou les deux; et si l’on ne prononce plus _exa_c(t) ni exa(c)t, on entend encore exa(ct); pourtant _exa_ct a fini par l’emporter, et sans doute on ne reviendra pas en arrière[525].

2º Parmi les mots en =-ect=, les mots _dire_ct et _indire_ct, _corre_ct et _incorre_ct ne paraissent pas avoir jamais perdu leurs consonnes finales, non plus que le mot savant _intelle_ct, sans parler de l’anglais _sele_ct. Il n’en est pas de même des autres.

_Abje_ct et _infe_ct ont flotté longtemps, avec préférence pour le son è, avant de reprendre définitivement ct[526].

Restent les mots en =-spect=: aspect, respect, suspect, circonspect. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec bec, n’hésite pas à écrire respec et circonspec[527]. La prononciation par t seul a complètement disparu, mais les prononciations par c ou ct ont encore l’espoir de vaincre. La seconde, par ct, admissible peut-être pour _suspe_ct, est certainement la plus mauvaise pour aspe(ct) et respe(ct); l’autre, par c seul, est admissible en liaison, et même tout à fait générale dans respec(t) humain; mais, en dehors de la liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et s’en tenir à respe(ct), aussi bien qu’à aspe(ct), circonspe(ct), et même suspe(ct)[528].

En revanche, le c et le t se prononcent également dans _suspe_ct_e_ et _circonspe_ct_e_: sur ce point, il n’y a pas de discussion.

Il ne faut pas assimiler aux autres mots en -spect le mot technique _anspe_c(t), terme de marine, qui n’a pris un t dans l’orthographe que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le c doive toujours se prononcer, et toujours seul.

3º Parmi les mots en =-ict=, le c et le t se prononcent encore dans _stri_ct et _distri_ct, et naturellement dans l’anglais _verdi_ct et _convi_ct, mais non dans ami(ct), terme de liturgie, qui n’est guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie contre l’altération.

4º Les mots en =-inct= ont flotté longtemps, comme les mots en -ect, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais _distin_ct et _succin_ct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute ne les perdront plus: succin(ct), et par suite _succin_te, sont surannés. Au contraire, instin(ct) résiste fort bien sans c ni t, et l’on doit encore condamner _instin_c(t)[529].

3º Le C intérieur.

Dans le corps des mots, le =c= n’a le son guttural que devant =a=, =o=, =u=, et devant une consonne: c_alibre_, _dé_c_oller_, _re_c_uler_, _a_c_tion_, _instin_c_tif_, et même _ar_c_tique_, où le c amui s’est rétabli; il a le son sifflant devant e et i: c_e_c_i_, _dé_c_ence_, c_ygne_, _lar_c_in_[530].

On donne au =c= le son sifflant devant =a=, =o=, =u=, au moyen d’une cédille; mais aucun artifice ne lui donne le son guttural devant =e= et =i=, sauf le changement de eu en œu, dans c_œur_ (c’est-à-dire l’addition ou le maintien d’un o), et d’autre part l’addition ou le maintien d’un u dans le groupe cueil (keuil): cu_eillir_, _ac_cu_eillir_, etc.[531]. Partout ailleurs le c est remplacé dans ce rôle par qu dans les mots français, par k ou ck dans les mots étrangers, comme _jo_ck_ey_[532].

Devant une consonne, le =c= intérieur sonne aujourd’hui partout, même après une nasale, comme dans _san_c_tuaire_, _san_c_tion_ ou _san_c_tifier_[533].

Le =c= ne prend pas le son du =g= seulement dans _zin_c; il le prend aussi dans _se_c_ond_ et tous ses dérivés (même dans le latin _se_c_undo_), qui devraient s’écrire avec un g, comme on le fait en d’autres langues[534].

Le c a eu longtemps aussi le son du g dans reine-C_laude_[535]; mais il a peu à peu repris le son de la forte sous l’influence de l’écriture, et le son du g y devient aujourd’hui populaire ou dialectal.

Ajoutons pour terminer qu’un grave défaut à éviter dans la prononciation du c consiste à mouiller le c initial, par exemple dans cœur, qu’on entend quelquefois sonner presque comme kyeur.

* * * * *

Le =c= double se prononce comme un c simple devant =a=, =o=, =u=, et devant =l= ou =r=, dans les mots d’usage courant: a(c)c_abler_, a(c)c_aparer_, ba(c)c_alauréat_, a(c)c_limater_, a(c)c_réditer_, a(c)c_roc_, e(c)c_lésiastique_, o(c)c_asion_, su(c)c_omber_, etc.; les deux c peuvent se prononcer dans _e_c-c_hymose_, _o_c-c_lusion_ et _o_c-c_ulte_, et, si l’on veut, _ba_c-c_hante_, _humeurs pe_c-c_antes_, _impe_c-c_able_, _pe_cc_adille_ et _pe_c-c_avi_; encore n’est-ce pas indispensable, sauf dans le latin _pe_c-c_avi_[536].

Devant =e= et =i=, ils se prononcent toujours tous les deux, le premier guttural, le second sifflant: _a_c-c_ident_, vac-c_in_, _a_c-c_ès_[537]; au contraire sc se réduit ordinairement à un s ou un c seul: ob(s)cène, s(c)ie[538].

Devant les mêmes voyelles e et i, quand le c est suivi de qu, on ne prononce qu’une gutturale: a(c)quitter, a(c)quérir, à fortiori be(c)queter ou gre(c)que[539].

* * * * *

Devant =e= et =i= toujours, le =c= italien reste sifflant, si le mot est suffisamment francisé, comme dans _gra_c_ioso_, _con_c_etti_, ac-c_elerando_ (trop voisin d’ac-c_élérer_ pour se prononcer autrement) et _quattro_c_entiste_[540]. Autrement, et surtout quand il est double, il se prononce tch: _dol_c_e_, _sotto vo_c_e_, _a pia_c_ere_, _furia fran_c_ese_, _fanto_cc_ini_[541]. Pour sc, le son de ch suffit, sans t: _cre_sc_endo_ (chèn), _la_sc_iate ogni speranza_.

Czar se prononce gsar plutôt que _c_s_ar_; mais c’est là une mauvaise graphie, due sans doute à la fausse étymologie cæsar; ce mot, qui en polonais s’écrie car, doit se transcrire et se prononcer tsar[542].

CH

Le son normal de =ch= en français n’a guère de rapport avec le son du c, qui est le son de ch en latin; mais, étant donné l’ordre suivi dans ce chapitre, sa place normale est pratiquement ici. D’ailleurs ch prend souvent le son du c, même en français.

1º Le CH final.

A la fin des mots, ch appartient presque uniquement à des mots étrangers, et garde presque partout le son du c guttural: krac(h), varec(h) et loc(h), et aussi yac(ht)[543].

Il garde pourtant le son chuintant du français dans _mat_ch et _tzaréwit_ch, dans _chaou_ch, _tarbou_ch et _farou_ch, dans _lun_ch et _pun_ch francisés[544].

Ch est muet dans almana(ch), où la réaction orthographique n’a pas encore réussi à le rétablir, le mot étant trop populaire, et connu par l’oreille encore plus que par l’œil, comme estoma(c) et taba(c)[545].

2º Le CH intérieur.

Dans le corps ou en tête des mots proprement français, ch a naturellement le son chuintant devant une voyelle; chuintante forte, bien entendu, et non chuintante douce: il faut se garder de prononcer ajète pour achète, comme il arrive trop souvent à Paris[546].

Toutefois, dans un très grand nombre de mots plus ou moins savants, et notamment des mots tirés du grec, ch a gardé, parfois même il a repris, après l’avoir perdu, le son que nous lui donnons en latin, c’est-à-dire celui du c guttural.

I. =Devant a, o, u.=--Devant les voyelles =a=, =o=, =u=, le phénomène ne souffrait pas de difficultés, parce que l’oreille était accoutumée au son guttural du c devant ces voyelles. Par suite:

1º On prononce ca (ou can) dans _gutta-per_c(h)a et les mots en -archat, dans c(h)aos, c(h)alcédoine, c(h)alcographie, bacc(h)anale et bacc(h)ante, dans arc(h)ange, arc(h)aïque, troc(h)anter, euc(h)aristie, sacc(h)arifère; mais non dans _fil d’ar_ch_al_, qui est français et très ancien[547].

2º On prononce co dans éc(h)o; dans tous les mots commençant par chol- et chor-, comme c(h)oléra, c(h)orus, c(h)oral, etc., avec c(h)œur, et leurs dérivés ou composés, comme anac(h)orète; dans psyc(h)ologie[548], calc(h)ographie, inc(h)oatif, batrac(h)omyomachie, dic(h)otomie, bronc(h)opneumonie ou bronc(h)otomie (malgré _bron_ch_e_ et _bron_ch_ite_), dans arc(h)onte et péric(h)ondre et quelques autres mots moins répandus; mais non dans _maille_ch_ort_ (tiré des noms propres français Maillot et Chorier), ni dans _vit_ch_oura_, où tch représente le polonais cz[549].

3º On prononce =cu= dans catéc(h)umène ou isc(h)urie[550].

II. =Devant e et i.=--Devant =e= et surtout devant =i=, le phénomène est moins régulier, parce que l’oreille n’était pas habituée jadis chez nous au son guttural devant ces voyelles, et que même le ch grec, ou le ch latin venu du grec, s’y prononçait, au XVIᵉ siècle, comme le ch français. Aussi la francisation du ch en son chuintant était-elle générale autrefois devant e et i.

Toutefois beaucoup de mots, même francisés complètement, ont pris depuis le son guttural, comme les mots grecs ou latins correspondants, non sans beaucoup de fluctuations et d’incertitude.

1º Devant un e muet, le son chuintant s’est maintenu partout, dans _ar_ch_evêque_, _bron_ch_es_ ou _aristolo_ch_e_, comme dans _mar_ch_epied_, _bron_ch_er_ ou _brio_ch_e_. Il en est de même dans la finale =-chée=: _tra_ch_ée_, _ar_ch_ée_, _tro_ch_ée_, aussi bien que _bou_ch_ée_ ou _ni_ch_ée_[551].

Mais on prononce aujourd’hui =ké= dans _a_ch_éen_, _mani_ch_éen_ ou _euty_ch_éen_[552]; dans _ar_ch_éologie_ et _ar_ch_étype_; dans ch_eiroptères_ (keye), ch_élidoine_, ch_élonien_, ch_énisque_ et ch_énopode_; dans _li_ch_en_, _épi_ch_érème_, _or_ch_estre_ et ch_étodon_; dans _tres_ch_eur_ ou _tré_ch_eur_ et dans _tra_ch_éotomie_ (malgré _tra_ch_ée_). En revanche, on chuinte dans _ca_ch_exie_ et _ca_ch_ectique_, aussi bien que dans ch_érif_ et ch_érubin_[553].

2º C’est surtout pour le groupe =chi= que la question est délicate, car cette syllabe est beaucoup plus fréquente que la syllabe =che=, et il n’est pas toujours facile d’indiquer l’usage le plus répandu.

En général, les mots savants d’usage ancien ont gardé le son chuintant: non seulement ch_imie_, ch_imère_ ou ch_irurgie_ (et très souvent ch_iromancie_), mais tous les mots en -archie ou -machie, avec _entélé_ch_ie_ et _bran_ch_ie_[554]; de même tous les mots en -chin et -chine, en -chique, -chisme et -chiste: c’est ainsi que Bacc(h)us ou psyc(h)ologie, qui ont le son guttural, n’empêchent nullement _ba_ch_ique_ ou _psy_ch_ique_ de chuinter[555].

En tête des mots, le préfixe archi- fait de même partout. Seul le mot _ar_ch_iépiscopal_, étant plus récent, s’est prononcé arki, au moins depuis Ménage, et les dictionnaires continuent à l’excepter; mais il a fini par suivre l’analogie des autres, au moins dans l’usage le plus ordinaire, et c’est bien à tort que beaucoup de personnes se croient encore obligées de suivre les dictionnaires[556].

On chuinte encore dans _ra_ch_is_ (d’où _ra_ch_itique_) et _ara_ch_ide_, dans _kami_ch_i_, _let_ch_i_ et _mamamou_ch_i_, dans ch_ibouque_ et _ba_ch_i-bouzouck_, dans ch_impanzé_, enfin devant y grec, dans ch_yle_, ch_yme_ et ses composés et _dia_ch_ylon_[557].

En revanche, on prononce aujourd’hui ki dans beaucoup d’autres mots savants, généralement les plus récents et les moins usités; d’abord dans les mots en -chite (sauf _bron_ch_ite_, à cause de _bron_ch_e_ et _bron_ch_ial_), dans le chi grec, dans _tri_ch_inose_ (malgré _tri_ch_ine_, qui par suite tend à devenir trikine), dans _a_ch_illée_ le plus souvent (malgré _A_ch_ille_), dans ch_iragre_, ch_irographaire_ et souvent ch_iromancie_ (malgré ch_irurgie_), dans _or_ch_is_ et _or_ch_idée_, _bra_ch_ial_ et _bra_ch_iopode_, _is_ch_ion_, et aussi dans _bra_ch_ycéphale_, _con_ch_yliologie_, _ec_ch_ymose_, _tra_ch_yte_, et, le plus souvent, _pa_ch_yderme_ et _ta_ch_ygraphie_, sur lesquels on hésite encore[558].

Ajoutons ici, pour en finir avec les mots français, que, devant les consonnes, le ch est toujours d’origine savante et garde partout le son guttural. Ces consonnes sont les liquides, =l=, =m=, =n=, =r=, et parfois =s= et =t=: c(h)lore, _dra_c(h)me, _te_c(h)nique, c(h)rétien, _fu_c(h)sine, _i_c(h)tyologie[559].

* * * * *

Le =ch= anglais se prononce tch en principe: _spee_ch, _sandwi_ch, _mail-coa_ch, rocking-ch_air_ et steeple-ch_ase_; de même l’espagnol ch_ulo_, _ca_ch_etera_ ou _ca_ch_u_ch_a_. On francise pourtant le ch dans ch_ester_, comme dans ch_in_ch_illa_ et ch_ipolata_, souvent aussi quand il est final comme dans _spee_ch ou _sandwi_ch[560].

Le groupe étranger =sch= a partout le son du ch français: ha(s)ch_i_(s)ch, scotti(s)ch, kir(s)ch ou (s)ch_abraque_, (s)ch_lague_ et (s)ch_nick_, et (s)ch_ibboleth_, et même p(s)ch_ent_ qu’on prononce aussi pskent[561].

Le son chuintant de ce groupe est si connu qu’il est passé même à des mots d’origine grecque (devant e et i), où il n’est pas justifié du tout: (s)ch_éma_ ou (s)ch_ème_, (s)ch_isme_ et (s)ch_iste_ auraient dû se prononcer par sk, comme nous prononçons _s_ch_ola cantorum_, _es_ch_are_, ou l’italien _s_ch_erzo_[562].

D

A la fin des mots, le =d= est muet dans les mots français ou tout à fait francisés. Ces mots se terminent presque tous en -and, -end (prononcé an) et -ond, comme gourman(d), défen(d) ou fécon(d); en -aud et -oud, comme chau(d) et cou(d); en -ard, -erd, -ord et -ourd, comme regar(d), per(d), accor(d) et sour(d), tous avec ou sans s[563].

C’est par un abus tout à fait injustifié qu’on prononce parfois le d de quan(d) devant une consonne, comme s’il y avait une liaison, c’est-à-dire avec le son d’un t[564].

Parmi ces finales, seule la finale -and comprend quelques mots étrangers où le d se prononce: _hinterlan_d, _stan_d[565].

Pour les autres finales, le d est également muet dans les mots proprement français; mais ils sont peu nombreux: pie(d), longtemps écrit pié, et sie(d), avec leurs composés; nœu(d), lai(d) et plai(d), poi(ds) et froi(d), ni(d) et mui(d), avec palino(d), et, par analogie, l’anglais plai(d), qui n’a pas de rapport avec l’autre.

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A part plai(d), le d final se fait entendre dans tous les mots étrangers: _la_d, _oue_d, _caï_d, _celluloï_d, _lloy_d, li(e)d, _zen_d, _épho_d, _yo_d, _kobol_d, _talmu_d et _su_d, avec le latin _a_d[566].

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Dans le corps des mots, le d autrefois tombait devant une consonne[567]. Il a revécu progressivement dans un certain nombre de mots où l’orthographe l’a conservé, comme _a_d_juger_, _a_d_judant_, _a_d_joindre_, _a_d_versaire_, _a_d_verbe_, _a_d_mirer_, etc., si bien que le d intérieur n’est plus muet nulle part, pas plus dans les mots français que dans les mots étrangers, comme _bri_d_ge_, _lan_d_grave_, _lan_d_sturm_, etc., sauf peut-être fel(d)spath[568].

Dans mad(e)moiselle, le d tombe facilement quand on parle vite, mais ce n’est pas correct; quant à mamzelle, c’est un peu familier ou même impertinent.

* * * * *

Le d double, assez rare, se prononce double dans _a_d-d_enda_ et _qui_d-d_ité_, dans _a_d-d_ucteur_ et même, si l’on veut, dans _re_d-d_ition_[569]; mais non dans des mots d’usage aussi courant que a(d)dition et a(d)ditionner, quoiqu’on l’y ait prononcé double autrefois.

F

L’f est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui normalement à la fin des mots, notamment dans les mots en -ef, -euf, et surtout -if, ceux-ci très nombreux[570].

Les exceptions sont rares.

1º Il y a d’abord cle(f), qui peut aussi s’écrire clé. C’est le seul mot dont l’f final ne se prononce jamais: pourquoi l’écrit-on encore[571]?

2º On prononce sans f che(f)-d’œuvre, mais l’e reste ouvert: c’est un reste de la prononciation ancienne qui supprimait l’f devant une consonne. L’f s’est rétabli dans _che_f-lieu.

3º De plus on prononce encore au pluriel œu(fs) et bœu(fs), reste de la prononciation des pluriels, car autrefois on disait également des habits neu(fs). Même au singulier, si l’on ne dit plus, sans f, du bœu(f) salé, un œu(f) frais, un œu(f) dur, comme on faisait encore assez généralement il n’y a pas cent ans, on dit toujours le bœu(f) gras, nouveau reste de la prononciation qui supprimait l’f devant une consonne. Mais je crois bien que cette prononciation est en voie de disparaître. Je ne sais ce que durera bœu(f) gras, mais il me semble bien que l’f est destiné à se rétablir partout, un jour ou l’autre, dans les pluriels œu(fs) et bœu(fs), car on voit très bien le mouvement de réviviscence de l’f se continuer. Beaucoup de personnes déjà ne prononcent œu(fs) qu’à la suite d’un s doux: trois œu(fs), douze œu(fs), quinze œu(fs), par analogie sans doute avec les œu(fs), des œu(fs), dont la prononciation ne peut pas s’altérer facilement; mais elles disent avec l’f _quatre œu_fs, _huit œu_fs, _combien d’œu_fs, _un cent d’œu_fs. Cette distinction, d’autant plus curieuse qu’elle est naturellement involontaire, est sans doute l’étape qui nous mènera un jour à prononcer l’f partout, car œu(fs) et bœu(fs) sont presque aujourd’hui les seuls mots qui se prononcent encore au pluriel autrement qu’au singulier; et sans doute il est temps que cela finisse[572].

4º Dans _cer_f, où l’amuissement de l’f a été général jusqu’à une époque toute récente, l’f a revécu quelque peu aujourd’hui, même au pluriel. Cer(f) et même cer(fs) seront peut-être un jour surannés; dès maintenant il semble qu’ils ne sont admis qu’en vénerie, dans le style très oratoire, et en poésie, surtout pour la rime. Cer(f)-volant continue à se passer d’f; il lui serait, du reste, difficile de faire autrement.

5º L’évolution de _ner_f est beaucoup moins avancée. Au pluriel on prononce encore uniquement ner(fs), et je ne crois pas qu’on ait jamais dit encore _une attaque de ner_f(s). Au singulier, cela dépend des cas, et il faut distinguer le sens propre du figuré; car il y a fort longtemps qu’on dit par exemple: _ce style a du ner_f; on dira même: _cet homme a du ner_f ou _manque de ner_f, voire même _le ner_f de la guerre ou _le ner_f de l’intrigue; mais ceci est déjà moins général. Quant au sens propre, quoi qu’en disent les dictionnaires et les livres, c’est encore ner(f) qui l’emporte, et de beaucoup, non seulement chez le boucher, où l’on ne se plaint pas d’avoir du _ner_f dans sa viande, mais aussi bien à l’amphithéâtre, où le mot ner(f) a un sens fort différent. _Ner_f viendra certainement, mais n’est pas encore venu. A fortiori prononce-t-on encore ner(f) de bœuf, sans parler de ner(f) foulé ou ner(f)-férure, qu’on pourrait difficilement prononcer d’une autre manière.

6º Enfin il y a encore l’adjectif numéral _neu_f. Nous avons vu[573] qu’on prononce encore neu(f) fermé dans certains cas. Mais, de même que pour _bœu_f ou _cer_f, ces cas se sont fort réduits. Le phénomène a lieu, non pas devant une consonne, comme on le dit souvent, mais devant un pluriel commençant par une consonne[574]. Ainsi les personnes qui savent le français disent encore le plus généralement neu(f) sous, les neu(f) premiers, neu(f) _fois neu_f, dix-neu(f) cents, neu(f) mille; mais, avec f sonore et eu ouvert, _le neu_f mai, comme _le neu_f de cœur, _neu_f _par neu_f, _en voilà neu_f de faits, de même que _page neu_f, ou _j’en ai neu_f. On peut même distinguer au besoin trois Japonais et neu(f) Chinois, de _trois panneaux japonais et neu_f chinois, parce qu’il y a ellipse ici entre _neu_f et chinois. Ce n’est donc pas la consonne seulement qui détermine la prononciation neu, ni même proprement le pluriel, mais le lien étroit qui existe entre neuf et le mot suivant, lien qui ne se réalise qu’avec un pluriel, c’est-à-dire par la multiplication de l’objet par neuf.

C’est un des points sur lesquels on se trompe le plus dans la prononciation courante. Beaucoup de personnes disent encore le neu(f) mai; mais cette prononciation est surannée; elle se maintient encore çà et là, parce que le lien semble étroit entre le chiffre et le nom du mois, mais ce lien est fort loin d’être aussi étroit qu’avec un pluriel: on sait bien ou on doit savoir que neuf mai est en réalité une abréviation de neuvième (jour du mois) de mai, ou neuf de mai; c’est pourquoi l’f s’y prononce depuis longtemps déjà.

En revanche d’autres prononcent _neu_f sous, avec eu ouvert et f sonore: erreur encore plus grave, mais qui, hélas! tend fort à se répandre, et qui les conduit naturellement à prononcer avec f _dix-neu_f-cents, au lieu de dix-neu(f)-cents, qui est encore seul correct, dix-neuf multipliant cent.

Il est d’ailleurs fort possible que pour _neu_f, comme pour _œu_f et _œu_fs, le mouvement commencé soit destiné à s’achever, et que le son de l’f soit destiné à s’imposer partout un jour ou l’autre; mais nous n’en sommes pas là, et il y a encore une prononciation spéciale, seule correcte provisoirement, pour les adjectifs numéraux suivis d’un pluriel: on doit s’y tenir. Ce qui est le plus surprenant, c’est que ceux qui disent _neu_f cents avec f sont généralement ceux-là même qui disent neu(f) mai sans f!

Cette prononciation de neuf sans f est naturellement réservée aux pluriels commençant par une consonne, par la raison bien simple que devant une voyelle il se produit un phénomène de liaison. Mais ici encore il y a une remarque à faire. En principe, cette liaison devrait maintenir le son eu fermé, avec changement de f en v, phénomène qui était général autrefois[575]. A vrai dire, le phénomène n’a pas complètement disparu, mais il ne s’est maintenu que dans neu(f) vans et neu(f) vheures; ailleurs on prononce généralement neuf ouvert, comme partout[576].

* * * * *

Dans le corps des mots, l’f ne se met plus devant une consonne[577].

* * * * *

L’=f= double final se prononce comme un f simple, le double f intérieur aussi: a(f)faire, a(f)faissé, a(f)fiche, a(f)franchi, en e(f)fet, o(f)fice, su(f)fire, di(f)férence. Toutefois, comme nous avons affaire ici à une spirante, la prononciation des deux f, devenue plus facile, est une tentation à laquelle on ne résiste pas toujours, et on les prononce volontiers dans quelques mots savants: _a_f-f_ixe_ et _su_f-f_ixe_, _a_f-f_usion_, _e_f-f_usion_, _di_f-f_usion_ (mais non _di_f-f_us_), _su_f-f_usion_, _e_f-f_lorescence_, _di_f-f_ringent_ et _di_f-f_raction_, _su_f-f_ète_; on hésite même pour des mots comme _a_ff_abulation_, _di_ff_luent_, _e_ff_luve_, _di_ff_amer_, _e_ff_ervescence_, _cause e_ff_iciente_, _e_ff_raction_; enfin l’accent oratoire sépare volontiers les f dans _a_f-f_amé_, _a_f-f_ecté_, _a_f-f_éterie_, _a_f-f_irmer_, _a_f-f_olant_, _e_f-f_aré_, _e_f-f_éminé_, _e_f-f_lanqué_, _e_f-f_réné_, et même _e_f-f_royable_, et quelques autres[578].

G

1º Le G final.

A la fin des mots, le =g= ne se prononce pas dans les mots français. D’ailleurs il ne s’est guère maintenu dans l’écriture que dans deux cas: d’une part dans bour(g) et ses composés, avec faubour(g)[579]; d’autre part après une nasale: ran(g), san(g) ou san(g)sue, étan(g) et haren(g); sein(g), vin(gt) et ses dérivés, coin(g), poin(g), vieux oin(g), lon(g) et lon(g)temps[580].

En dehors de ces deux cas, il y a encore trois mots français qui ont un g final, et ce g ne devrait pas davantage s’y prononcer: ce sont doi(gt), jou(g) et le(gs).

Pour doi(gt), il n’y a pas de discussion, le mot étant appris par l’oreille et non par l’œil.

Mais beaucoup de gens prononcent jougue, et depuis fort longtemps l’Académie a autorisé cette prononciation. Je crois cependant que la majeure partie des gens instruits continue à préférer jou(g), au moins devant une consonne, ou en fin de phrase[581].

Je crois aussi, malheureusement, que la prononciation du g est encore plus fréquente dans le(gs), orthographe déplorable d’un mot qui devrait s’écrire lais, du verbe laisser, dont il vient: il est fort à craindre que la prononciation lègue ne finisse par s’imposer un jour ou l’autre, malgré l’usage ordinaire des hommes de loi et des professeurs de droit, de même que s’est établie l’orthographe legs, par une fausse analogie avec léguer[582].

Le g final ne se prononce pas non plus dans quelques finales nasales étrangères, où il sert seulement à marquer la nasalité, ou bien qui se sont francisées: mustan(g), oran(g)-outan(g), parpain(g), shampoin(g), et, si l’on veut, shellin(g) et sterlin(g)[583].

Le g final se prononce dans les autres mots étrangers: dans _dra_g, _thalwe_g, _wi_gh, _bo_g, _gro_g, _tou_g, etc., ainsi que dans l’onomatopée _zigza_g et le populaire _bon zi_g; dans _er_g et _iceber_g; dans _rotan_g, _ginsen_g et _gon_g, peut-être à tort; dans l’onomatopée _di_g din don et la plupart des mots anglais en -ing: _brownin_g, _poudin_g, _skatin_g, _meetin_g, etc. La prononciation exacte de cette finale anglaise est peut-être difficile aux Français; mais il ne s’agit pas ici de prononcer de l’anglais: il s’agit d’accommoder au français une finale qui reste connue comme étrangère, et garde une allure exotique[584].

2º Le G devant une voyelle.

Dans le corps ou en tête des mots, devant une voyelle, le g n’a le son guttural que devant =a=, =o=, =u=: g_alon_, _bri_g_and_, g_orille_, g_onfler_, _fi_g_ure_; il a le son chuintant devant e et i: g_énie_, g_entil_, g_in_g_embre_, _a_g_ir_, g_ymnase_[585]. Les deux sons sont réunis dans g_i_g_ot_ ou g_i_g_antesque_[586].

On doit cependant pouvoir donner au g le son chuintant devant a, o, u, et le son guttural devant e et i.

I.--On donne au g le son chuintant devant =a=, =o=, =u=, par l’intercalation d’un e qui ne se prononce pas: _man_g(e)a, _man_g(e)aille, _man_g(e)ons, _man_g(e)ure (de vers), g(e)ai, _rou_g(e)ole, _pi_g(e)on, _na_g(e)oire, etc.[587].

Ce procédé bizarre a amené plus d’une confusion. Ainsi l’e de g(e)ôle, qui d’ailleurs n’est pas artificiel, mais qui aurait pu disparaître, puisqu’il ne se prononçait plus[588], conduit encore beaucoup de gens à prononcer gé-ôle, comme s’il y avait un accent aigu sur l’é, cela parce que g(e)ôle a été remplacé dans l’usage courant par prison, et que le mot est de ceux qu’on apprend par l’œil et non par l’oreille; et naturellement gé-ôle amène souvent gé-ôlier.

Autre exemple, pire peut-être, et dû à la même cause: depuis que le mot _ga_g(e)ure a cédé la place dans l’usage courant au mot pari, beaucoup de personnes ont cru reconnaître dans le mot écrit la finale -eure, et la prononciation par eure est extrêmement répandue. Elle n’en est pas plus acceptable, car le suffixe -eure n’existe en français que dans quelques féminins de comparatifs de formation ancienne: meill-eure, pri-eure, min-eure, maj-eure, et ceux des adjectifs en -érieur; mais les substantifs ne connaissent que le suffixe -ure: blesser-blessure, brocher-brochure, coiffer-coiffure, peler-pelure, couper-coupure, etc.; d’où, étant donné le procédé orthographique, gager-gag(e)ure, verger-verg(e)ure (du papier), manger-mang(e)ure (de vers), et charger-charg(e)ure (terme de blason)[589].

II.--D’autre part on donne au g le son guttural devant =e= et =i=, y compris l’=e= muet, par l’addition d’un u, qui ne se prononce pas plus que l’e de _pig_e_on_: _g_u_erre_, _g_u_érir_, _fatig_u_er_, _narg_u_er_, _g_u_irlande_, _g_u_ider_, _g_u_impe_, _lig_u_e_, _dog_u_e_.

Ce procédé n’est guère moins contestable, car il amène d’autres confusions. Il y a, en effet, des mots où l’u ainsi placé appartient au radical, comme dans _ai_gu_ille_, et doit se prononcer, tout en faisant diphtongue d’ordinaire avec la voyelle; et alors comment savoir si l’u de -gué- ou -gui- se prononce? Celle des deux prononciations qui était la plus fréquente, c’est-à-dire ghé et ghi, ne pouvait manquer d’attirer l’autre. Aussi est-ce ghé et ghi, et non gué et gui, qu’on aurait dû écrire, pour éviter les confusions.

Il faut donc que nous recherchions les cas où l’u se fait entendre dans les groupes gué et gui.

Mais auparavant je dois faire une observation: c’est qu’il faut éviter désormais de mouiller le g guttural, aussi bien que le c, par exemple de dire à peu près ghyamin ou ghyerre pour gamin ou guerre: la distinction que Nodier établissait à ce point de vue au profit des voyelles é et i a cessé d’être admise dans la prononciation correcte.

3º Le groupe GU devant une voyelle.

I.--Devant un =e=, l’u ne se prononce à part en français que dans le verbe _arg_u-er, et devant l’e muet final des quatre adjectifs féminins _aig_uë, _ambig_uë, _contig_uë, _exig_uë, et des deux substantifs _besaig_uë et _cig_uë. On voit que cet e, quoique muet, porte un tréma pour marquer la prononciation de l’u.

Dans le verbe _ar_gu-er, le suffixe étant naturellement -er, l’u appartient au radical, qui est le même que dans _ar_gu-ment. Les gens de loi savent très bien qu’on prononce _ar_gu-er, _j’ar_gu-e, _nous ar_gu-ons, _j’ar_gu-ais, comme tu-er, je tue, etc.; mais que de gens, voire des professeurs, articulent _ar_gh_er_, comme narguer, _j’ar_gh_e_, _il ar_gh_ait_!

On a mis parfois un tréma dans _j’ar_guë, _il ar_guë, comme dans _ci_guë, _ambi_guë, et cette orthographe, qui épargnerait beaucoup d’erreurs, devrait être la seule correcte.

Partout ailleurs les groupes gue et gué se prononcent ghe et ghé: gu_enille_, gu_érir_, _dra_gu_er_, etc.[590].

II.--Devant un =I= le cas est bien plus grave, parce que -gui- est plus fréquent que -gué-. Aussi la plupart des u qui devraient se prononcer ont cessé de le faire, depuis un temps plus ou moins long.

Aiguille et aiguillon, avec leurs dérivés, sont les derniers mots d’usage courant qui aient conservé la prononciation de l’u. Encore faut-il faire une distinction. Aiguille paraît trop commun pour être altéré facilement: c’est un de ces mots qu’on apprend par l’oreille et non par l’œil. Et pourtant _ai_gh_ille_ n’est déjà pas sans exemple. Quand à aiguillon, il est déjà, hélas! très fréquemment altéré en _ai_gh_illon_, étant moins populaire ou moins général qu’aiguille; pourtant on peut lutter encore pour la prononciation correcte, soutenue qu’elle est par le voisinage d’_ai_gu_ille_.

Outre ces deux mots, on prononce ui naturellement dans _ambi_g_uïté_, _conti_g_uïté_, _exi_g_uïté_, comme dans tous les mots en -uité (u-ité chez les poètes); et enfin dans quelques mots savants, _consan_g_uinité_ ou _san_g_uification_, _lin_g_uiste_ et _lin_g_uistique_, _inextin_g_uible_, _in_g_uinal_, _on_g_uiculé_ et _un_g_uis_, ou des mots purement latins, comme _an_g_uis in herba_[591].

Partout ailleurs on prononce ghi aujourd’hui, notamment en tête des mots: gu_ichet_, gu_imauve_, gu_itare_, etc.[592]; de même, malgré le latin, dans _an_gu_ille_ et dans les mots de la racine de sang (sauf _consan_g_uinité_ et _san_g_uification_): _san_gu_in_ et _consan_gu_in_, _san_gu_ine_, _san_gu_inaire_, _san_gu_inolent_; aussi dans _bé_gu_ine_ et _bé_gu_in_, et dans _ai_gu_ière_[593]; enfin dans _ai_gu_iser_, le dernier des mots de cette catégorie dont l’orthographe a altéré la prononciation.

Il est vrai que quelques puristes soutiennent encore _ai_g_uiser_ par u, mais presque tout le monde aujourd’hui prononce aighiser, et nul n’a raison contre tout le monde. Ce mot a peut-être résisté plus longtemps au sens figuré, plus littéraire et plus restreint que le sens propre; mais là même il a dû céder au courant, et il faut renoncer à réagir[594].

III.--Ce n’est pas tout. Les groupes =gua= et =guo= ne sont pas français, sauf dans les verbes en -guer, où l’u se conserve partout, pour l’unité de la conjugaison: _navi_gu_a_, _navi_gu_ons_, _navi_gu_ait_. Il suit de là que, hors ce cas, gua ne se prononce pas ga: il se prononce goua (gwa), comme en latin, tout en faisant diphtongue, bien entendu. Ainsi dans _ja_g_uar_ et _cou_g_uar_, dans g_uano_, _i_g_uane_ et _al_g_uazil_, et même dans _lin_g_ual_. Pourtant l’u a cessé de se prononcer dans _ai_gu_ade_, _ai_gu_ail_ ou _ai_gu_ayer_, et aussi dans _para_gu_ante_, qui est d’ailleurs passé de mode.

Quant à -guo-, même en latin, il se prononce go: _distin_g(u)o[595].

4º Le G devant une consonne.

Les consonnes devant lesquelles on rencontre quelquefois g en français sont les liquides, =l=, =m=, =n=, =r=, et =d= ou =g=[596].

Les groupes =gl= et =gr= n’offrent pas de difficultés.

Devant un =m= ou un =d=, le g se prononce toujours; il ne s’y trouve d’ailleurs que dans des mots d’origine savante, comme _amy_g_dale_ ou _au_g_menter_[597].

Devant =n=, la question est moins simple, car le français =gn= n’est normalement qu’un n mouillé[598]. Aussi le groupe =gn= est-il mouillé presque partout, notamment devant un e muet, sans exception, et même dans les mots d’origine savante, pourvu qu’ils soient suffisamment répandus, comme _ma_gn_étisme_, depuis Mesmer. On a même longtemps mouillé un mot latin comme agnus, parce qu’il était fort usité. Il en résulte qu’on ne sépare le g de l’n que dans quelques mots savants moins usités, ou des mots étrangers, notamment en tête des mots: g_neiss_; g_nome_ et g_nomique_, g_nomon_ et g_nomonique_, avec _physio_g_nomie_; g_nose_ et g_nostique_, avec _dia_g_nostic_, _géo_g_nosie_, _reco_g_nition_ et _inco_g_nito_, celui-ci par confusion, car il est italien, et on le mouille encore quelquefois, comme en italien; de plus, dans _ma_g-nificat et _a_g-nus, mots latins; dans _a_g-nat et _ma_g-nat, dans _co_g-nat, et _co_g-nation, dans _sta_g-nant et _sta_g-nation, dans _re_g-nicole et _inexpu_g-nable, dans _i_g-né et tous les mots commençant par igne- et igni-; souvent aussi dans _li_g-nite (mais non ligneux) et dans _pi_g-noratif[599]. Dans _ma_gn_olia_, on mouille encore, mais la cacophonie de nyolya est en voie de séparer l’n du g[600].

Il ne faut pas séparer le g de l’n dans d’autres mots, même d’apparence plus ou moins savante, comme _co_gn_assier_, _dési_gn_atif_, _impré_gn_ation_, _ma_gn_ésie_ ou même _ma_gn_ifier_.

Enfin le =g= double, devant une consonne, se prononce comme un seul g: a(g)g_lomérer_, a(g)g_lutiner_, a(g)graver; mais on peut aussi prononcer les deux. Devant e ou i, on a naturellement un g guttural, puis un g chuintant: _su_g-g_érer_[601].

* * * * *

Dans les mots italiens non francisés, le =g= simple ou double se prononce dj devant i, par exemple dans a g_iorno_, dramma g_iocoso_ ou _risor_g_imento_; mais _appo_g_iature_ est francisé, puisqu’il n’a même pas l’orthographe italienne[602].

On prononce de même dj dans g_iaour_ et g_entry_; mais on peut prononcer indifféremment gentleman par jan ou djen, quoique man ne soit jamais nasal, et gin par jin nasal ou djin non nasal; on francise encore à volonté g_ipsy_ et _bostan_g_i_.

=Gh= est proprement le g guttural étranger devant e et i, et quelquefois ailleurs: gh_etto_, _slou_gh_i_, _yo_gh_i_[603]. On ne l’entend pas dans _hi_gh, _ri_gh_t_, _dreadnou_gh_t_[604].

Le =gli= italien n’est pas autre chose qu’un =l= mouillé, c’est-à-dire chez nous un y, et ne fait pas syllabe à part; mais nous avons complètement francisé, en y ajoutant une syllabe, imbrogli-o et vegli-one[605].

H

1º L’H final ou intérieur.

Après une voyelle finale, l’=h= allongeait la voyelle dans quelques mots étrangers; mais nous avons vu que le phénomène n’est plus guère sensible chez nous[606]. Il l’est davantage dans le corps des mots, où l’h peut encore parfois fermer et allonger la voyelle qui précède; mais ce sont aussi des mots étrangers: _o_h_m_, _fœ_h_n_[607].

Après une consonne, sauf le groupe français =ch=, étudié plus haut, l’=h= ne change rien généralement au son de cette consonne: ainsi =kh= égale k partout; quant au =g=, l’h ne fait que lui rendre le son guttural devant e et i; =th= égale t pour nous, =rh= égale r.

Dans le Midi, =lh= et =nh= représentent l et n mouillés.

D’autre part, =sch= allemand et =sh= anglais ou russe ont le son du ch français[608].

Tous ces groupes se prononcent à la fin des mots, sauf ch final dans almana(ch), et gh final ou devant t en anglais[609].

2º L’H initial, muet ou aspiré.

Mais ce n’est pas après une autre lettre, voyelle ou consonne, c’est en tête des mots que l’h joue un rôle intéressant en français. Il est vrai que ce rôle a été contesté. Et assurément l’h dit muet ne sert absolument à rien et aurait dû disparaître depuis longtemps de l’orthographe, ou plutôt n’aurait jamais dû y être introduit sous prétexte d’étymologie.

Mais quoi qu’on en dise, il n’en est pas de même, de l’h aspiré. J’avoue que, d’aspiration proprement dite, il n’y en a plus guère depuis plus d’un siècle. Pourtant il y en a certainement une dans quelques onomatopées ou exclamations comme h_a_, h_é_, h_ola_, h_om_, h_ue_; il y a aussi aspiration entre oh! oh! et ah! ah! quoique ici l’h soit final et non initial, et aussi, par emphase, quand on exprime un sentiment violent: je le h_ais_, c’est une h_onte_. Mais ce n’est pas tout: même sans accent oratoire, il y a toujours l’interdiction absolue de l’élision et de la liaison, et par suite l’obligation de l’hiatus, qui est une caractéristique assez remarquable.

Il est parfaitement vrai qu’on prononce il est h_ardi_ ou des h_omards_ sans plus d’aspiration que dans il est allé à Paris ou alvéole; mais tout de même, tant qu’on dira il est h_ardi_ ou des h_omards_ sans liaison, et par suite avec hiatus, tant qu’on dira le h_ameau_ ou la h_otte_ sans élision, et par suite encore avec hiatus, et cela en vers comme en prose, par nécessité, tant qu’on distinguera, par la liaison, en eau de en h_aut_, les auteurs de les h_auteurs_, etc., aussi longtemps l’h jouera son rôle, à moins qu’on ne le remplace par un autre signe diacritique, ce qui est parfaitement inutile[610].

Je sais bien que ces finesses n’appartiennent pas à la langue populaire, et que même les erreurs nombreuses que fait le peuple en cette matière montrent bien la répugnance instinctive qu’il a pour l’h aspiré: si la langue était livrée à elle-même, l’h aspiré deviendrait promptement identique à l’h muet. Mais ces erreurs, les gens instruits ne les font pas, et c’est la langue des gens instruits qu’on enseigne ici.

Il y a donc en français un h aspiré. Toutefois nous sortirions de notre sujet pour entrer dans le domaine de la grammaire ou de la lexicographie, si nous énumérions ici les mots dont l’h est aspiré. D’ailleurs, les dictionnaires sont là pour renseigner sur ce point, s’il en est besoin. Il convient toutefois d’énoncer la loi générale qui domine ici les faits, en indiquant les exceptions essentielles.

3º La loi de l’H initial.

La loi est celle-ci: _l’__=h=_ est muet quand il est d’origine latine ou grecque, aspiré ailleurs, et surtout quand il est d’origine germanique.

I.--L’h est muet quand il vient du latin: (h)abile, (h)abit, (h)erbe, (h)omme et (h)umain, (h)ospice, (h)ôtel, (h)umeur, etc.; à fortiori dans quelques mots qui ne devraient point avoir d’h, n’en ayant point en latin: (h)eur, (h)ermine, (h)ièble, (h)uile, (h)uis, (h)uître[611].

Il n’y a donc pas lieu d’aspirer (h)ameçon, (h)allucination ou (h)altères, ni (h)iatus, malgré le sens, ni (h)irsute, ni (h)oir et (h)oirie, ni enfin les dérivés d’(h)uile[612].

L’h est tout aussi muet quand il remplace, très inutilement, l’esprit rude du grec, notamment dans tous les mots qui commencent par hecto-, hélio-, hémi-, hémo-, hepta-, hétéro-, hexa-, hiéro-, hippo-, homo-, etc., et tous ceux qui commencent par hy-[613].

Il y a aujourd’hui une tendance très marquée à aspirer l’h dans (h)y-ène; mais il n’y a à cela aucune raison; et si l’(h)yène paraît dur avec diphtongue, il est assez simple de dire l’(h)y-ène, comme Victor Hugo, conformément à l’étymologie grecque, tout comme on dit l’(h)y-acinthe et non le h_yacinthe_; cela vaut certainement mieux que la h_yène_, ou des h_yènes_ sans liaison[614].

II. L’h qui n’est pas latin ou grec est presque toujours aspiré.

Il l’est d’abord dans nombre d’exclamations ou d’onomatopées sûres ou probables, ou même simplement prises pour telles, h_aleter_, h_an_, h_ennir_, h_isser_, h_ola_, h_oquet_ (qui a peut-être altéré h_oqueton_), h_oup_, h_ourra_, h_uer_, etc. L’h n’est pas aspiré dans hallali.

Il l’est surtout dans un grand nombre de mots (une centaine de racines) d’origine germanique. On y voit figurer en majorité le haut et le bas allemand[615].

On y trouve aussi l’anglais, avec h_andicap_ ou h_éler_; les dialectes scandinaves, avec h_auban_, h_isser_ et h_une_; le néerlandais avec h_apper_, h_être_, h_ie_, h_obereau_, h_oublon_ et h_ouille_, et vingt ou trente racines d’origine inconnue, qui ont toutes les chances d’être germaniques, ne pouvant être latines ou grecques[616].

4º Les exceptions.

Il y a, avons-nous dit, des exceptions. Cette distinction entre ces deux catégories de mots, mots latins et mots germaniques, est si certaine et si caractéristique que c’est précisément et uniquement l’influence des mots germaniques qui a fait aspirer l’h de certains mots d’origine latine, par l’effet d’une fausse analogie: ainsi h_arpon_ a été altéré probablement par h_arpe_, h_uguenot_ par H_ugues_, h_uppe_ par l’allemand aussi, et surtout tous les mots de la famille de haut, qui ne devraient point avoir d’h, par l’allemand hoch, quoique l’origine latine de h_aut_ ne soit pas douteuse[617].

Il y a encore d’autres aspirations irrégulières qui s’expliquent plus ou moins bien. Ainsi, parmi les mots qui viennent du grec, on trouve h_alo_, peut-être par euphonie pour éviter l’(h)alo, comme on dit le h_ulan_; et encore h_alurgie_ et h_arpye_, quoique (H)arpagon ait l’h muet.

On dit aussi, sans doute par euphonie, la h_iérarchie_; mais l’h de ce mot est muet par ailleurs, et généralement aussi dans (h)iérarchique, toujours dans (h)iérophante, (h)iéroglyphe ou (h)iératique.

On s’explique assez bien l’aspiration dans h_ors_ qui vient du latin, parce que l’h remplace un f[618]; et aussi dans voilà le h_ic_[619].

Dans h_arceler_ et h_argneux_, il y a peut-être une espèce d’onomatopée. H_érisser_ ou h_érisson_ ont pu s’aspirer aussi à cause du sens. D’autres aspirations s’expliquent difficilement[620].

Enfin il y a des racines qui ont pris un caractère hybride, tantôt aspirées, tantôt non.

1º Huit n’a même pas d’h en latin[621]. Il s’est aspiré pourtant, mais seulement en qualité de nom de nombre, comme un et onze, afin de s’isoler nettement des mots voisins, comme tous les noms de nombre: le un, le deux, le sept, le h_uit_, le onze, le h_uitième_, la h_uitaine_; de même chapitre h_uit_ et livre h_uit_, quoiqu’on dise page (h)uit; de même encore trois h_uit_ sans liaison. Toutefois huit n’est plus aspiré quand il n’est pas initial; ainsi on fait la liaison dans dix-(h)uit par s doux comme dans dix hommes et l’on prononce vingt-(h)uit comme quarant(e)-(h)uit où l’e s’élide; de même mill(e)-(h)uit cents[622].

2º L’h de h_éros_ s’est aspiré aussi par une sorte d’euphonie, et sans doute pour éviter la confusion ou plutôt le calembour que la liaison aurait faite au pluriel avec les zéros. Mais tous les autres mots de la même racine, (h)éroïque, (h)éroïsme, (h)éroïne, (h)éroïde, ont gardé l’h muet qu’ils tenaient du latin.

3º Le mot (h)uis, qui a l’h muet, comme son dérivé (h)uissier, s’aspire dans l’expression h_uis clos_.

4º Inversement, h_anse_, de l’ancien haut allemand, a gardé son h aspiré, car on ne saurait dire l’(h)anse; mais on dit, avec élision ou liaison, la ligue (h)anséatique, les villes (h)anséatiques.

5º De même h_éraut_, probablement de même origine que h_anse_, a gardé aussi son h aspiré; mais (h)éraldique et (h)éraldiste ont l’h muet, parce qu’ils nous sont venus par l’intermédiaire de formes latines[623].

J

Le j, qui n’est autre que i consonne, transformé en chuintante douce ou sonore, ne se trouve jamais à la fin des mots[624].

Dans le corps des mots et surtout en tête, il est toujours devant une voyelle et se prononce devant toutes comme g devant e et i[625].

Le j étranger n’est non plus que l’i consonne, mais il se prononce le plus généralement comme un yod; ainsi dans l’italien j_ettatura_ ou dans le hongrois el j_en_[626].

En anglais et dans quelques autres langues, il se prononce comme dj: ainsi dans _ban_j_o_[627].

K

Le =k= n’est pas autre chose qu’un c guttural, dont le son ne change pas. Mais ce n’est pas une lettre proprement française, pas plus que latine d’ailleurs, le français ayant adopté, après le latin, c et qu pour noter le même son.

Le k intérieur ou final est toujours étranger: _mo_k_a_.

A la fin des mots, le k se prononce toujours, comme ailleurs: ainsi _mar_k[628]; mais il s’ajoute presque toujours au c, au moins après une voyelle, sans d’ailleurs modifier le son; ainsi de beefsteak nous avons fait _bifte_ck, avec addition d’un c.

On trouve exceptionnellement un k devant un e muet dans _co_k_e_[629].

Les mots qui commencent par k sont d’origine étrangère ou tirés du grec, comme k_épi_, k_nout_ ou k_ilogramme_[630].

L

1º L’L final et les mots en il.

La lettre =l= est une de celles qui se prononcent en français à la fin des mots.

Les finales en =-al= et en =-el= notamment sont très nombreuses et n’offrent point d’exceptions[631].

Les finales en =-eul=, =-ol= et =-oil= n’en ont pas davantage[632].

Parmi les finales en =-oul= et =-ul=, il faut excepter pou(ls) et soû(l), qu’on écrit aussi saoul très mal à propos, et cu(l), avec ses composés gratte-cu(l), torche-cu(l), cu(l)-blanc, cu(l)-de-jatte, cu(l)-de-bouteille, cu(l)-de-sac, cu(l)-de-lampe, cu(l)-de-poule, etc.[633].

Les finales en =-ail=, =-eil=, =-euil=, et =-ouil= (y compris œil et les mots en -cueil et -gueil) ont un l mouillé par l’i: _éma_il, _cora_il, _sole_il, _pare_il, _deu_il, _fauteu_il, _accue_il, _orgue_il, _fenou_il, etc.[634]. Rail seul se prononce quelquefois rèl à l’anglaise[635].

Restent les finales en =-il= après une consonne, qui appellent quelques observations.

D’abord le pronom il. Ce mot avait amui son l depuis le XVIᵉ siècle, sauf en liaison, bien entendu. C’est un phénomène assez curieux qu’à cette époque on écrivait a-il et on prononçait ati.

Ni le XVIIᵉ siècle, ni le XVIIIᵉ n’ont rétabli cet l dans la prononciation courante, et le XVIIIᵉ siècle n’a cherché à le rétablir que dans le discours soutenu. Restaut reconnaît qu’il ne se prononce pas ailleurs. Depuis Domergue, les grammairiens veulent qu’on le prononce partout; mais dans l’usage courant et familier: où va-t-i(l), i(l) vient s’entendent presque uniquement à côté de _i_l a. L’enseignement seul maintient cet l dans la lecture et dans le langage soigné.

Les autres mots en =-il= se divisaient autrefois en deux catégories: les mots à l simple et les mots à l mouillé.

I.--Les mots à =l= simple ont gardé leur l dans la prononciation ou l’ont repris s’ils l’avaient perdu. Ce sont: l’adjectif numéral _mi_l; des adjectifs venus d’adjectifs latins en -ilis, _puéri_l, _viri_l, _volati_l, _subti_l, _bissexti_l, _vi_l, _civi_l; le vieux pronom _ci_l; des substantifs également venus du latin: _fi_l (avec _profi_l et _morfi_l), _si_l, _exi_l, _pisti_l; et quelques mots étrangers, _ani_l, _tori_l, _alguazi_l, avec _béry_l[636].

II.--Les mots à =l= mouillé, d’origines variées ou inconnues, se sont au contraire tous altérés. Car autrefois l’l final unique se mouillait fort bien[637]; mais cette prononciation a disparu progressivement, soit par l’affaiblissement du son mouillé, qui a amené la chute de la consonne, soit par changement de l’l mouillé en l simple[638]. Cette seconde catégorie se divise donc elle-même en deux groupes:

1º Dans la plupart des mots, on ne prononce plus l’l depuis longtemps: ce sont bari(l), charti(l), cheni(l), courbari(l), courti(l), couti(l), douzi(l) ou doisi(l), feni(l), fourni(l), fraisi(l), fusi(l), genti(l), nombri(l), outi(l), sourci(l), et plus récemment persi(l), malgré le voisinage de formes mouillées toujours usitées, comme _bari_ll_et_, _outi_ll_er_, _fusi_ll_er_, _sourci_ll_er_, etc.[639].

Genti(l), qui appartenait d’abord à la première catégorie, à l sonore (latin gentilis), est passé ensuite à la seconde, avec =l= mouillé, après quoi il a également amui son l[640]; toutefois, au singulier de gentilhomme, un yod est demeuré nécessairement entre l’i et l’o (gentiyom).

2º Au contraire, _ci_l, _péni_l, _brési_l, _torti_l (pour tortis, sous l’influence de _torti_ll_er_), ont passé au groupe des mots à l non mouillé; _péri_l aussi, quoiqu’il y ait encore quelques exceptions; _avri_l de même, après s’être prononcé avri au XVIIᵉ siècle, et avriy au commencement du XIXᵉ.

Il n’y a plus d’hésitation que pour quatre substantifs: babil, grésil, gril et mil (avec grémil). Non qu’on puisse y conserver le son mouillé, ou plutôt le yod, car il s’y entend de moins en moins, et ne saurait tarder à disparaître, malgré le voisinage de formes mouillées, comme _babi_ll_er_, _grési_ll_er_, _gri_ll_er_: la seule question est de savoir s’ils se prononceront définitivement avec ou sans l, car les deux coexistent. Il est probable que le son il l’emportera dans _mi_l et _babi_l, comme dans _péri_l et _avri_l. Mais grési(l), et surtout gri(l), sans l, paraissent avoir des chances sérieuses[641].

2º L’L intérieur.

Dans le corps des mots, l’=l= se prononce aujourd’hui partout, notamment dans _pou_l_pe_, _sou_l_te_ et _indu_l_t_, où il a revécu, grâce à l’orthographe, après une éclipse plus ou moins longue[642]. Il faut excepter fi(l)s et au(l)x, pluriel de ail[643]. Je ne parle pas de au(l)ne, qui a cédé la place à aune, ni de fau(l)x, graphie assez ridicule pour faux, adoptée néanmoins par V. Hugo et quelques poètes, de ceux qui prétendent aussi écrire lys pour lis[644].

Dans le parler populaire ou simplement rapide, l’l intérieur tombe souvent, mais il sera bon de faire un petit effort pour le conserver. Ainsi, dans les mots en =-lier=, le peuple fait souvent tomber l’l, et prononce par exemple escayer, et surtout souyer, et cela depuis des siècles; de même bi-yeux et mi-yeu, pour bi-lieux et mi-lieu, un yard pour un liard. Il faut éviter avec soin cette prononciation, et ne pas confondre sou-l_ier_ avec souiller (souyé), quoique ces mots puissent parfaitement rimer ensemble[645].

Il n’en est pas tout à fait de même de que(l)qu’un, et surtout que(l)qu(e)s-uns, que(l)qu’ chose, et que(l)qu’ fois, qu’on entend le plus ordinairement dans la conversation courante, et cela depuis des siècles. Cette prononciation, parfaitement conforme au génie de la langue, qui admet mal le groupe lq, ne saurait être condamnée rigoureusement; mais ce n’est tout de même pas une raison pour la conseiller à l’exclusion de toute autre, comme le font les phonéticiens purs?

Où ira-t-on, si l’on entre dans cette voie? On dit aussi, dans la conversation, capab(le), impossib(le), discip(le), muf(le), au moins quand on parle vite, et surtout devant une consonne, nous l’avons vu à propos de l’e muet, et même quelquefois sans cela. Mais que ne dit-on pas? On dit non seulement c(el)a, qui est admis, mais c(el)ui qui et c(el)ui-ci[646]; et aussi j(e l)ui ai dit, et même j(e lu)i ai dit; et non seulement i(l) vient, ou ainsi soit-i(l), mais aussi e(lle) vient ou e(lle) n’ vient pas (voire a vient!); et aussi que(l) sale métier, et (il) y a du bon, et (il n’)y en a plus (ou pus); et non seulement s’i(l) vous plaît, mais s’i(l v)ous plaît[647], et s’(il v)ous plaît, et même s’(il) te plaît et s’(il vous) plaît. Tout cela est admissible, ou du moins tolérable, à la grande rigueur. Mais va-t-on le conseiller aussi[648]?

Assurément, si l’on disait toujours que(l)qu’ fois, il faudrait bien en passer par là, et nos phonéticiens auraient raison; mais il s’en faut bien qu’on le dise toujours, pas plus qu’on ne dit toujours çà pour cela: ces choses-là dépendent des lieux et des personnes à qui l’on parle. De telles formes sont donc simplement tolérables dans la conversation familière, mais nullement à proposer comme modèles[649].

3º L’L double après un i.

L’l double se prononce, suivant les cas, de trois manières, comme un l simple, comme deux l, et comme l’l mouillé: c’est-à-dire bien entendu le yod.

Quand l’l double est final, il se prononce simple, comme les autres consonnes, même après i: _bi_l(l) et _mandri_l(l), comme footbal(l) ou atol(l). C’est donc une erreur de mouiller mandril(l).

Quand l’l double n’est pas final, sa prononciation dépend d’abord de la voyelle qui précède, suivant que cette voyelle est ou n’est pas un i, car si c’est un i, l’l double est généralement mouillé.

* * * * *

L’l double est d’abord mouillé, sans exception, dans les groupes -aill-, -eill-, -euill-, -ouill-, à commencer par les finales muettes en =-aille=, =-eille=, =-euille= et =-ouille=, qui correspondent aux finales masculines en -ail, -eil, -euil, -ouil: _éca_ille et _bata_ill_e_, _abe_ill_e_ et _ose_ill_e_, _feu_ill_e_ et _cue_ill_e_, _grenou_ill_e_, etc. Il en est de même dans le corps des mots, aussi bien qu’à la fin, d’autant plus que le groupe =-ill-= intérieur dérive presque toujours d’une finale mouillée[650].

Ainsi l’addition de l’i entre l’une des voyelles a, e, ou et l’l double supprime toute hésitation. C’est pourquoi la prononciation de nouille, autrefois écrit noule, a pu se fixer au son mouillé, tandis que semoule, longtemps mouillé, est retourné au son oule non mouillé, par réaction orthographique et faute d’i.

* * * * *

Le cas est moins simple quand le groupe =-ill-= n’est pas précédé d’une voyelle, car alors l’i se prononce, et la question de savoir si l’l double est mouillé reste entière.

I. =Les finales muettes en ILLE.=--Ces finales sont presque toutes mouillées, comme les finales en =-aille=, =-eille=, =-euille= et =-ouille=, étant donné que les finales non mouillées sont presque toutes en =-ile= avec un seul l. Pourtant il y a des exceptions, quoiqu’elles tendent progressivement à disparaître, par l’effet de l’analogie[651].

1º Commençons par les verbes. On peut dire que scinti(l)le non mouillé ne se défend plus guère; mais il n’y a pas si longtemps qu’il a mouillé ses l, et l’on conserve toujours à côté de lui _scinti_l-l_ation_, où les deux l sont distincts.

Nous assistons actuellement à la transformation de osci(l)le et vaci(l)le en osciye et vaciye, qui est bien près d’être achevée, surtout pour vaci(l)le, quoique _osci_l-l_ation_ et _vaci_l-l_ation_ soient aussi à peu près intacts. On doit encore conseiller osci(l)l_e_; on peut même conseiller vaci(l)l_e_, mais il ne faut pas se dissimuler que ce seront bientôt des archaïsmes. Et naturellement la conjugaison entière de ces verbes se trouve altérée de la même manière par réaction analogique.

Il y a encore un autre verbe qui est déjà touché légèrement, c’est titi(l)le.

Le seul verbe qui résiste absolument, parce qu’il est d’usage très courant, et même populaire, et appris par l’oreille autant que par l’œil, c’est disti(l)l_e_; on ne prononce même généralement qu’un l dans disti(l)l_er_, et, par suite, disti(l)l_erie_ et disti(l)l_ation_.

2º En dehors des verbes, la prononciation non mouillée n’est guère plus répandue dans les finales en =-ille=. Cette prononciation ne se maintient que dans trois ou quatre mots extrêmement usités, ou, au contraire, dans un certain nombre de noms plus ou moins savants.

Les mots savants sont protégés précisément par un emploi assez restreint, ou du moins peu populaire: papi(l)l_e_, pupi(l)l_e_, si(l)l_e_, sci(l)l_e_, baci(l)l_e_, vertici(l)l_e_, codici(l)l_e_ et myrti(l)l_e_[652]. Les dictionnaires y ajoutent encore fibri(l)l_e_, mais ils feront bien de se corriger sur ce point. Pupi(l)l_e_ lui-même est déjà très atteint, et myrti(l)l_e_ n’est pas assez rare pour se défendre encore bien longtemps.

Mais, d’autre part, les mots d’usage tout à fait général et très courant se conservent plus sûrement encore que les mots savants, étant appris par l’oreille et non par l’œil; seulement ici ils sont tout juste trois, à savoir: deux adjectifs, mi(l)le et tranqui(l)le[653], et un substantif, vi(l)le, avec vaudevi(l)le, dont l’étymologie est toujours contestée[654].

II. =Le groupe ILL intérieur.=--La finale en =-ille= étant mouillée presque partout, toutes celles qui se rattachent plus ou moins à celle-là le sont également: _fusi_ll_ade_ et _outi_ll_age_, _sémi_ll_ant_ ou _bri_ll_anter_ (avec _casti_ll_an_ et _sévi_ll_an_), _corbi_ll_ard_ ou _babi_ll_arde_, _gaspi_ll_er_, _habi_ll_ement_ et _arti_ll_erie_, _bi_ll_et_ ou _fi_ll_ette_, _torpi_ll_eur_ et _péri_ll_eux_, _pavi_ll_on_, etc., et tous leurs dérivés.

Ont encore l’l double mouillé quelques mots à finales plus rares: _ti_ll_ac_, _cabi_ll_aud_, _genti_ll_esse_, _ti_ll_eul_ et _fi_ll_eul_, _gri_ll_ot_, tous les mots qui commencent par =quill-=, ou encore des dérivés comme _bi_ll_ebaude_, et aussi _bi_ll_evesée_, sur qui les avis se partagent, bien à tort[655].

On peut y joindre l’l double espagnol, notamment la finale =-illa=; malheureusement, à côté de _manzani_ll_a_, _guéri_ll_a_, _cuadri_ll_a_ ou _banderi_ll_ero_, qu’on prononce d’ordinaire correctement, on a trouvé plus savant et plus distingué de séparer les consonnes dans _chinchi_l-l_a_ (qui devient souvent chinchi-la) et _camari_l-l_a_: c’est une grave erreur, dont on pourrait bien aussi se corriger, puisque l’espagnol est toujours là[656].

On remarquera que la finale =-ier=, qu’on trouve dans un assez grand nombre de mots à la suite de l’l double mouillé, ne change plus rien à la prononciation, qui est la même que si la finale était =-er=, de même qu’après =gn=: ainsi _quinca_illi_er_, _éca_illi_ère_, _vani_lli_er_, _manceni_lli_er_, _cornou_illi_er_, à côté de _ore_ill_er_, et _poula_ill_er_, qui avaient aussi un i, et l’ont perdu, tandis que les autres gardaient le leur. Au contraire, les finales verbales =-ions= et =-iez= ajoutent un yod aux ll mouillés, sans quoi il pourrait y avoir confusion de temps: nous travaillions se prononce donc _nous trava_y-y_ons_, à côté du présent trava-y_ons_[657].

D’autre part, on a pu voir qu’il n’y avait point de finales mouillées après la voyelle u. Mais en =-uille=, cas particulier de -ille, nous connaissons déjà _aigui_ll_e_. On retrouve le même groupe =ui= suivi de l’l double mouillé dans _cui_ll_er_, et il est surprenant que l’i ne se soit pas détaché de l’u dans ce mot[658].

Au contraire, c’est u qui se change en ui, très malencontreusement, et depuis bien longtemps, dans ju-illet, où l’i ne devrait servir qu’à mouiller les ll, comme dans les finales en -euille et -ouille. Ce qui le prouve bien, c’est que beaucoup de personnes prononcent encore juliet, qui est le faux mouillage: ce sont les mêmes qui prononcent alieurs. Mais la vraie prononciation est ju-yet[659].

* * * * *

En somme, le groupe =-ill-= est mouillé à peu près partout à l’intérieur des mots; les exceptions sont les suivantes:

1º Les dérivés de vi(l)l_e_, tranqui(l)l_e_ et mi(l)l_e_, à savoir: vi(l)l_age_, vi(l)l_ette_, avec _vi_l-l_a_ et _vi_l-l_égiature_, où sonnent deux l, comme dans les mots latins; tranqui(l)l_ité_, tranqui(l)l_iser_, tranqui(l)l_ement_; mi(l)l_ier_, mi(l)l_iard_, mi(l)l_ième_, mi(l)l_ion_, et aussi, par analogie, bi(l)l_ion_, tri(l)l_ion_, etc., avec _mi_l-l_énaire_, _mi_l-l_ésime_, _mi_l-l_imètre_, etc., où sonnent aussi deux l[660].

2º D’autre part, deux l sonnent aussi, par conséquent sans mouillure, dans _pénici_l-l_é_, _vertici_l-l_é_, _sigi_l-l_é_, et les mots en -illation et -illaire: _scinti_l-l_ation_, _capi_l-l_aire_ (et _capi_l-l_arité_), _anci_l-l_aire_, etc.; dans _pusi_l-l_anime_, dans _achi_l-l_ée_ et _achi_l-l_éide_[661].

3º De plus, en tête des mots, le préfixe il- reste distinct devant un l: _i_l-l_uminé_, _i_l-l_égitime_, etc.; tout au plus peut-on réduire les deux l à un, si l’on veut, dans _i_ll_ustration_, mais, en tout cas, on ne mouille jamais.

4º On ne prononce qu’un l simple dans li(l)l_iputien_, qui a peu de chances de se mouiller, et dans vi(l)l_anelle_, qui est évidemment protégé par l’analogie de vi(l)l_e_ et vi(l)l_age_[662].

4º L’L double ailleurs qu’après un i.

Après une voyelle autre que i, l’l double fait comme les autres consonnes, et se prononce comme un seul ou comme deux, suivant que le mot est plus ou moins usité. C’est le principe général, déjà vu ailleurs. Mais ici, la prononciation double l’emporte de beaucoup, et de nos jours plus qu’autrefois, soit que les mots soient plus savants, soit que l’habitude plus répandue du latin fasse conserver les ll, comme nous les conservons en latin[663]. Il n’y a rien d’ailleurs d’absolu, nous l’avons dit, et l’on prononce un l ou deux dans beaucoup de mots, suivant qu’on parle plus ou moins vite.

C’est après un a que l’l double se réduit encore le plus souvent à un. Cela est indispensable dans a(l)l_er_, a(l)l_eu_, a(l)l_iance_, a(l)l_o_, a(l)l_onger_, a(l)l_otir_, a(l)l_umer_, ba(l)l_et_, ba(l)l_ot_, ba(l)l_ant_, ba(l)l_on_, ca(l)l_eux_ (à côté de _ca_l-l_osité_); da(l)l_er_, fa(l)l_oir_, ga(l)l_on_, ha(l)l_ali_, insta(l)l_er_, va(l)l_ée_, va(l)l_on_, et leurs familles. Il n’y a aucun inconvénient à en faire autant dans des mots aussi usités que a(l)l_aiter_, a(l)l_écher_, a(l)l_ouer_, et même a(l)l_egro_ ou a(l)l_egretto_, voire a(l)l_égresse_, a(l)l_éguer_, a(l)l_éger_, ha(l)l_ucination_, et quelques autres, encore que les deux l s’y prononcent le plus souvent[664].

Après e, o, u, y, les deux l se maintiennent mieux qu’après a.

Après e, ils ne se réduisent guère que dans ce(l)l_ier_, ce(l)l_ule_, exce(l)l_ent_, et, si l’on veut, dans pe(l)l_icule_, rebe(l)l_ion_ et libe(l)l_é_[665].

Dans les mots commençant par =col-=, les deux l ne se réduisent régulièrement que dans co(l)l_er_, co(l)l_ège_, co(l)l_et_, co(l)l_ier_, co(l)l_ine_, co(l)l_ation_, et leurs parents, mais non pas dans les expressions savantes _co_l-l_ation des grades_ ou _co_l-l_ationner des registres_. Il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient à y joindre co(l)l_ègue_, co(l)l_odion_ ou co(l)l_yre_, et quelques autres. On prononce aussi uniquement do(l)l_ar_, fo(l)l_et_, mo(l)l_et_, mo(l)l_ir_ et mo(l)l_usque_, et même, si l’on veut, so(l)l_icitude_[666].

Après u, ils ne se réduisent pas, sauf tout au plus dans pu(l)l_uler_, si l’on veut, ou ébu(l)l_ition_[667].

Après y, notamment, pour le préfixe =syl-=, la réduction est aussi rare que pour le préfixe il-.

* * * * *

Si la tendance populaire, fort naturelle, était ici de réduire les deux l à un seul, en revanche, il y a une autre tendance, également populaire, mais très fâcheuse, qui consiste au contraire à doubler l’l après un pronom: je ll’ai vu, tu ll’as dit, j’ te ll’ai dit. C’est sans doute par analogie avec il l’a vu, il l’a dit[668]. C’est un des plus anciens et des plus graves défauts de la prononciation parisienne, d’autant plus grave qu’il est extrêmement difficile à corriger.

En tête des mots, on trouve aussi l’l double dans certaines langues, et c’est l’l mouillé; mais lloyd se francise avec l simple, non mouillé[669].

* * * * *

On a vu, plus haut, que lh représentait dans le Midi l’l mouillé. Ce groupe n’est pas passé dans le français; c’est donc le hasard seul qui a rapproché ces deux lettres dans _phi_l-(h)ellène ou _phi_l-(h)armonique, où ils appartiennent à des éléments différents et ne sauraient se mouiller. On ne mouille pas non plus _si_l(h)ouette, qui vient d’un nom propre[670].

NOTE COMPLÉMENTAIRE.--On a vu que il se prononçait partout i autrefois, sauf devant une voyelle. C’est ce qui explique une faute d’orthographe qui était très fréquente alors (on la trouve dans Bossuet), et qui consistait à écrire qui pour qu’il. On ne répétera jamais assez que c’est précisément à cette faute qu’est due la fortune d’une phrase fameuse de La Bruyère, qui nous paraît toujours surprenante et qu’on imite perpétuellement: depuis plus de six mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. La Bruyère voulait dire et qu’ils pensent, pas autre chose: sa syntaxe, comme celle de tous ses contemporains, démontre sans contradiction possible que, pour justifier et qui, il eût fallu au moins une épithète à hommes.

M

1º L’M simple.

On a vu, au chapitre des nasales, qu’à la fin des mots l’=m= ne faisait jadis que nasaliser la voyelle précédente. Cette prononciation, purement française, a disparu progressivement. A part un petit nombre de mots[671], la prononciation étrangère ou latine a prévalu, les mots terminés en m étant en effet presque tous étrangers ou latins: l’m final y est donc séparé de la voyelle, et, par suite, s’y prononce: _madapola_m, _hare_m, _intéri_m, _albu_m[672].

* * * * *

Dans le corps des mots, l’m ne nasalise la voyelle qui précède que quand il est suivi lui-même d’une labiale b ou p, ou dans le préfixe em- (pour en-), suivi d’un m: ambition, em-mener, simple, nymphe, compte, etc., et aussi comte et ses dérivés[673].

Devant toute autre consonne, l’m se prononce à part: _ha_m_ster_, _déce_m_vir_, _triu_m_virat_[674].

D’autre part, dans le groupe =mn= intérieur, l’m avait cessé autrefois de se faire sentir, par assimilation de l’m avec l’n[675]. Cette prononciation, qui a disparu dans la plupart des cas, s’est maintenue dans da(m)ner et ses dérivés, ainsi que dans auto(m)ne, parce que le groupe am ou om s’est d’abord nasalisé: on entend parfois encore _d_an-ner. Mais on prononce aujourd’hui l’m et l’n dans _inde_m-ne, _ind_em-n_iser_ ou _inde_m-n_ité_[676], ainsi que dans _auto_m-n_al_, mot savant, aussi bien que dans _calo_m-n_ie_, _a_m-n_istie_, _o_m-n_ibus_ et tous les mots récents[677].

Le peuple laisse volontiers tomber l’m dans les mots en =-asme= et =-isme=: _cataplas_m_e_, _catéchis_m_e_, _rhumatis_m_e_; c’est une paresse dont il faut se garder avec soin[678].

2º L’M double.

L’m double, entre voyelles non caduques, subit toujours la distinction des mots très usités et des mots plus ou moins savants. Mais ici, plus qu’ailleurs, il y a lieu de faire attention à la voyelle qui précède.

On sait déjà qu’après e initial (même devant un e muet), le premier m ne fait que nasaliser la voyelle: c’est le préfixe en qui se maintient en assimilant son n à l’m qui suit: em-m_ancher_, em-m_énager_, _em_m_ener_, etc., et par suite rem-m_ener_, etc.[679]. Mais on prononce deux m dans _e_m-m_énagogue_, mot savant et récent. On n’en prononce qu’un dans les adverbes en -emment (aman), mais deux dans _ge_m-m_ation_ et _pe_m-m_ican_[680].

Après =a=, =i= et =u=, à part les adverbes en -amment, il est très rare qu’on ne prononce pas les deux m, sans doute parce que la plupart des mots sont des mots savants. Épigra(m)m_e_ même n’empêche pas _épigra_m-m_atique_. Ga(m)m_a_ est devenu _ga_m-m_a_. Il n’y a plus guère que enfla(m)m_er_, qui résiste absolument, et gra(m)m_aire_, qui résiste encore à moitié, mais on dit plutôt _gra_m-m_airien_, et à fortiori _gra_m-m_atical_, sans parler d’_infla_m-m_ation_. C’est à peine si on réduit encore parfois, quand on parle vite, les deux m d’_i_m-m_ense_, _i_m-m_obile_, _i_m-m_oler_, _i_m-m_ortel_; mais pour tous les autres mots en =im-=, à peu près jamais[681].

* * * * *

Cas particulier: beaucoup de personnes nasalisent le préfixe im- dans _i_m-m_angeable_ et _i_m-m_anquable_. Assurément cela est soutenable, mais je ne crois pas que cette prononciation puisse prévaloir, par la raison qu’on ne nasalise pas le préfixe =im-= dans _i_m-m_obile_ ou _i_m-m_odéré_, ni aucun autre de même formation. Sans doute il y a une différence, en ce que les autres mots sont tirés la plupart de formes latines et gardent la prononciation latine, tandis que ces deux-là sont formés directement sur des mots français, devant lesquels on met le préfixe. Mais inébranlable, ineffaçable, et beaucoup d’autres, sont dans le même cas, sans qu’on ait jamais songé à maintenir la nasale, comme on la maintient par exemple avec liaison dans enorgueillir. Il n’y a pas plus de raison pour prononcer in-m_angeable_ que pour prononcer in-n_effaçable_, et il est très naturel que ces deux mots suivent l’analogie, comme tous les autres[682].

Reste la voyelle o, dont le cas est tout différent. Il y a en effet un certain nombre de mots en -omme très usités, dont les dérivés et composés, très usités aussi, ont dû conserver le son de l’m unique: co(m)m_ent_, ho(m)m_age_, po(m)m_ier_, po(m)m_ade_, so(m)m_et_, so(m)m_ier_, so(m)m_meil_, etc., et les verbes no(m)m_er_, so(m)m_er_, asso(m)m_er_, conso(m)m_er_, avec asso(m)m_oir_. Mais déjà _so_m-m_ité_ ne se réduit plus guère; on dit souvent aussi _so_m-m_aire_ et plus encore _so_m-m_ation_[683].

Il reste encore, outre do(m)m_age_, les mots composés avec com-. Ici, il y a un peu plus de mots d’usage général que de mots plus ou moins savants: on prononce un m dans co(m)m_ander_, co(m)m_encer_, co(m)m_ère_, co(m)m_erce_, co(m)m_ettre_, co(m)m_is_, co(m)m_ode_, co(m)m_un_ et même co(m)m_ende_ et tous leurs dérivés[684]; on en prononce deux dans _co_m-m_émorer_ et ses dérivés, _inco_m-m_ensurable_, _co_m-m_inatoire_, _co_m-m_odat_, _co_m-m_odore_, _co_m-m_otion_, _co_m-m_ittimus_, _co_m-m_uer_, _co_m-m_utateur_; de plus en plus aussi, malgré l’usage antérieur, dans _co_m-m_ensal_, _co_m-m_enter_, _co_m-m_entaire_, _co_m-m_isération_, souvent même dans _co_m-m_andite_, malgré co(m)m_ander_.

Toutefois les musiciens prononcent co(m)m_a_ et non _co_m-m_a_. Pour commissure et commissoire, comme on ne peut pas doubler à la fois l’m et l’s, il y a hésitation, mais on double plutôt l’s: _co(m)mi_s-s_ure_.

N

1º L’N simple.

L’=n= est la consonne nasale par excellence.

* * * * *

A la fin des mots, elle continue à n’être en français que le signe orthographique de la voyelle nasale: =-an=, =-en=, =-in= (-ain, -ein-, -oin) =-on=, =-un=.

Il n’y a d’exceptions à peu près françaises que les finales en =-en après consonne=, finales autrefois nasales comme les autres, et même en an, puis en in, mais où l’n s’est séparé de la voyelle sous l’influence de l’enseignement du latin, ces mots ayant un aspect latin: _liche_n, _éde_n, _polle_n, _cyclame_n, _hyme_n (sauf parfois à la rime), _spécime_n, _abdome_n, _dolme_n, etc. De tous les mots de cette finale, français ou étrangers, examen est le seul qui ait conservé ou plutôt repris chez nous uniquement le son nasal[685].

En dehors des mots français en =-en= après consonne, l’n final précédé d’une voyelle ne se prononce que dans des mots et dans des noms propres étrangers: en =-en= aussi d’abord[686]; puis en =-man=[687]; en =-in=, avec des noms allemands en =-ain= et =-ein=[688]; enfin quelques mots savants et beaucoup de noms étrangers en =-on=[689]. La finale =-oun= ne peut pas être nasale[690].

Les finales en =n= suivi de =c= ou =g=, de =t= ou =d= ou d’=s=, prononcés ou non, sont également nasales, sauf les troisièmes personnes du pluriel, dont la finale est muette, sauf aussi la plupart des mots anglais en =-ing= et quelques noms étrangers en =-ens= ou =-ent=[691].

* * * * *

Dans le corps des mots, l’n n’est distinct en français que devant une voyelle[692].

Dans _do_ñ_a_, _se_ñ_or_, _se_ñ_ora_, _malague_ñ_a_, même sans le tilde qui le surmonte, il faut mouiller l’n: dogna, segnor. De même dans _ca_ñ_on_[693].

2º L’N double.

On a vu que l’n double conserve le son nasal suivi d’n simple dans les composés du préfixe en-, comme en-n_oblir_, et dans les mots de la famille d’en-nui. Ailleurs, entre voyelles non caduques, l’n double a le son de l’n simple sans nasale, notamment après o dans les finales en -onner[694] ou -onnaire, et toutes celles qui se rattachent aux mots en -on et -onne, aussi bien que celles qui se rattachent aux mots en -en, comme doye(n)né, moye(n)nant, chie(n)ner.

* * * * *

L’n double ne se prononce double que dans des mots plus ou moins savants, à savoir:

1º Dans les mots commençant par ann-, sauf a(n)neau, a(n)née, a(n)niversaire, a(n)noncer et ses dérivés, et, si l’on veut, a(n)nuel, a(n)nuaire, a(n)noter et a(n)nuler; dans _ca_n-n_ibale_, _tyra_n-n_ique_ et _tyra_n-n_iser_, _hosa_n-n_a_, _ta_n-n_ique_ et _brita_n-n_ique_;

2º Dans _e_n-n_éagone_, _bie_n-n_al_, _déce_n-n_al_ ou _septe_n-n_at_ et autres de même famille; dans _pe_n-n_on_, _pe_n-n_age_ et _empe_n-n_é_, _fesce_n-n_in_ ou _ante_n-n_ule_, mais non dans he(n)né ni dans te(n)nis;

3º Dans les mots commençant par inn-, sauf i(n)nocent et sa famille, et, si l’on veut, i(n)nombrable; dans _ci_n-n_ame_ et _ci_n-n_amome_, _mi_n-n_esænger_ et _pi_n-n_ule_;

4º Dans _co_n-n_exe_ et ses dérivés, _co_n-n_ivence_ et _prima do_n-n_a_; dans _su_n-n_ite_[695].

L’N mouillé.

On sait que l’=n= mouillé est représenté en français par =gn= (ny à peu de chose près). On a vu au chapitre du G dans quels cas le g faisait une consonne distincte[696]. On a vu aussi aux chapitres de OI et AI comment l’i s’était détaché du groupe ign, signe primitif de l’n mouillé, pour se joindre à l’a ou à l’o qui précédait, remplaçant Monta-ign-e par Montai-gn-e et po-ign-ard par poi-gn-ard[697].

La prononciation de =gni= mouillé est assez difficile, étant à peu près _n_y_i_: il faut éviter cependant de faire entendre compa(g)nie[698], si(g)nifier, et surtout ma(g)nifique.

Les livres maintiennent encore si(g)net non mouillé; mais ce résidu d’une prononciation désuète ne peut manquer de disparaître par l’effet de l’analogie, le mot étant de ceux qu’on apprend plutôt par l’œil[699].

Si le groupe gn est suivi du suffixe ier, le son est le même que si le suffixe était seulement er: _gui_gn-ier, _Ré_gn-ier.

Nous ajouterons que gn mouillé n’est jamais initial en français, sauf dans quelques mots de la langue populaire: gn_af_ (que quelques-uns écrivent gn_iaf_), gn_on_ ou gn_iole_, gn_an_gn_an_, gn_o_gn_ote_ et gn_ouf_.

P

A la fin des mots, dans les mots français ou entièrement francisés, le =p=, qui d’ailleurs y est assez rare, est ordinairement muet: dra(p), et aussi sparadra(p)[700], cam(p) et cham(p), galo(p), siro(p) et tro(p), cou(p) et beaucou(p), lou(p) et cantalou(p)[701].

Il n’y a d’exceptions que dans _ca_p et _ce_p[702]; naturellement aussi les interjections _ho_p, _hi_p, _hou_p.

Le p se prononce naturellement dans les mots d’origine étrangère, _handica_p, _jala_p, _hana_p, _sale_p, _jule_p, _midshi_p, _bisho_p, _sto_p, _crou_p et _grou_p[703].

Le p est encore muet dans tem(ps) et printem(ps), dans exem(pt), dans rom(ps) ou rom(pt) et leurs composés, dans prom(pt) et dans cor(ps).

* * * * *

Dans le corps des mots, devant une consonne, le p se prononce aujourd’hui. Il était muet autrefois dans les mots les plus usités, surtout devant un t[704]. Il est encore muet devant t dans un grand nombre de mots:

1º Ba(p)tême et tous les mots de la famille[705]. Peut-être dit-on quelquefois _ba_p_tismal_, non sans une nuance de pédantisme, mais on dit toujours les fonts ba(p)tismaux;

2º Se(p)t, se(p)tième et se(p)tièmement, mais non les autres dérivés, qui sont tirés directement du latin, et gardent le p comme en latin, y compris _se_p_tembre_, _se_p_tante_ et _se_p_tentrion_, par réaction étymologique[706];

3º Exem(p)ter, mais non _exem_p_tion_;

4º Com(p)te et tous ses dérivés, avec ceux de prom(pt), y compris com(p)tabilité et prom(p)titude;

5º Scul(p)ter et sa famille, malgré Domergue;

Dans che(p)tel (che et non ché), on commence à prononcer le p même dans les facultés de droit, et cela fait ché et non plus che.

Pour dompter et indomptable, la pratique et les opinions sont fort partagées. Depuis longtemps la tradition est pour imdom(p)table et surtout dom(p)ter, mais je crains fort que le p, admis mal à propos par l’Académie, ne finisse par prévaloir.

On ne supprime plus le p dans _présom_p_tion_, _présom_p_tif_, _présom_p_tueux_, _consom_p_tion_, _sym_p_tôme_, ni devant aucun autre t.

* * * * *

C’est le p qui conserve le mieux, quand il est double, la prononciation de la consonne simple. Il fut un temps où il n’y avait pas d’exceptions, mais nous n’en sommes plus là[707].

Il y a d’abord _a_p-p_endice_ et _a_p-p_endicite_, _a_p-p_étence_ et _a_p-p_étition_, _a_p-p_ogiature_ et _li_p-p_itude_, et les composés commençant par hipp-[708].

De plus, les mots très nombreux qui commencent par ap-, op- et sup-, si peu savants qu’ils soient, sont déjà très touchés. Des mots comme a(p)pliqué ou a(p)porter sont actuellement intangibles; mais on double fréquemment le p dans _a_p-p_âter_, sinon dans a(p)p_ât_, dans _a_p-p_réhender_, dans _a_p-p_réciable_ et _a_p-p_roprier_ (moins dans a(p)p_roprié_), et surtout dans _o_p-p_robre_, par emphase, et dans _su_p-p_uter_, qui a l’air savant. On le double parfois même, et ceci est plutôt à éviter, dans _a_p-p_arier_, _a_p-p_auvrir_, _a_p-p_ointer_, _a_p-p_ontement_, _a_p-p_réhension_, _o_p-p_ortunité_, voire, par emphase toujours, dans _o_p-p_rimer_ ou _o_p-p_resser_, parfois même dans _su_p-p_lanter_, _su_p-p_léer_ ou _su_p-p_lique_[709].

* * * * *

On sait que =ph= a partout le son de l’f: ce n’est qu’une graphie prétentieuse, à laquelle d’autres langues ont renoncé fort judicieusement[710].

Q

1º Le Q final.

Le =q= n’est final que dans coq et cinq.

Dans coq, il ne s’est pas toujours prononcé[711]; il n’y a plus d’exceptions aujourd’hui.

Dans _cin_q, au contraire, on l’a toujours prononcé (c’est la règle générale des noms de nombre), sauf, bien entendu, devant un pluriel commençant par une consonne: _j’en ai cin_q, _le cin_q mai, _page cin_q, _cin_q pour cent, _cin_q _sur cin_q, et aussi, par liaison, _cin_q amis, mais cin(q) francs, cin(q) cents, cin(q) mille, les cin(q) derniers[712].

2º Le groupe QU.

Dans le corps des mots, le =q= est toujours séparé de la voyelle qui sonne par un u, qui, en principe, ne s’entend pas[713]. Devant e et i, notamment, le c étant devenu sifflant devant ces voyelles, le rôle de la gutturale est régulièrement dévolu au groupe =qu=, la lettre k étant peu française: _é_q(u)erre, q(u)estion, q(u)itter, et toutes les finales en =-que=.

Autrefois on adoucissait cette gutturale, comme le g, devant e et i, au point qu’on arrivait à le mouiller, et Domergue distingue nettement entre qu’il et tranquille. Cet usage n’est plus apprécié aujourd’hui, et on fera bien de l’éviter, comme pour le g[714].

De toute façon, l’u qui suit le q ne se prononce pas plus en français devant e et i que devant a et o. Toutefois, il y a encore un certain nombre de mots plus ou moins savants tirés du latin, et le plus souvent d’origine récente, où il se prononce (jamais pourtant devant un e muet); il fait alors fonction de semi-voyelle.

I. =Devant E.=--L’=u= se conserve devant e dans _déli_qu_escence_, _li_qu_éfier_ et _li_qu_éfaction_--à côté de _li_q(u)ide et _li_q(u)eur--, qu_esteur_ et qu_esture_, et _é_qu_estre_[715].

Mais ce dernier mot est bien près de passer à _é_k_estre_, comme ont fait avant lui _é_q(u)erre et _sé_q(u)estre, et tant d’autres, y compris q(u)érimonie et q(u)ercitron. D’autre part, _li_k_éfier_ est employé plus ou moins depuis deux siècles, et même, à l’origine, l’Académie ne connaissait pas d’autre prononciation. Enfin k_esteur_ est loin d’être rare.

Opposons-nous à ces prononciations fautives, mais soyons bien convaincus que qué est destiné à devenir ké partout, un jour ou l’autre[716].

II. =Devant I.=--L’=u= se conserve mieux dans =-qui-= et =-quin-= que dans =-que-=, sans doute parce que les exemples en sont restés plus nombreux.

Il est vrai qu’il ne se prononce pas non plus dans quelques mots plus ou moins savants, comme q(u)iproquo, _jus_q(u)iame ou _a_q(u)ilon, ni même dans _a_q(u)ilin ou _s_q(u)irre, ni dans une partie des mots commençant par =équi-=, ni dans les finales =-quin= et =-quine=, qui sont francisées jusque dans _bas_q(u)ine ou _race é_q(u)ine.

En revanche, on prononce l’u:

1º Dans le latin qu_id_, a qu_ia_, _re_qu_iem_, etc., avec qu_ibus_, qu_itus_ et même qu_idam_ (autrefois kidan);

2º Dans _é_qu_iangle_, _é_qu_idistant_, _é_qu_imultiple_, mots savants, et même _é_qu_ilatéral_, à côté d’_é_q(u)ilibre, _é_q(u)inoxe, _é_q(u)ité, _é_q(u)ivaloir, _é_q(u)ivalent--autrefois _é_q(u)ipollent--et _é_q(u)ivoque;

3º Dans _é_qu_isétique_ et _é_qu_itant_: quant à _é_qu_itation_, ce mot est dans le même cas qu’équestre, étant déjà à peu près passé à _é_q(u)itation;

4º Dans qu_iet_, qu_iescent_, qu_iétisme_ et quelquefois encore qu_iétude_, à côté de _in_q(u)iétude; mais il est difficile que _in_k_iétude_ n’entraîne pas définitivement k_iétude_;

5º Dans une partie des dérivés du latin quinque, car ne prononce pas l’u dans q(u)ine, q(u)inaire et q(u)inola, dans q(u)inconce et q(u)inquenove, dans q(u)int, q(u)inte et q(u)inze et leurs dérivés naturels, y compris q(u)intessence--et autrefois le populaire _henri_q(u)_in_q(u)iste--; mais on le prononce dans qu_inquagénaire_ et tous les mots commençant par quinque--sauf q(u)_in_q(u)enove--, dans qu_intette_, qu_intidi_, qu_intil_, qu_into_ et même qu_intuple_, qui est souvent écorché;

6º Dans _obsé_qu_iosité_ et _obsé_qu_ieux_[717]; dans _obli_qu_ité_ et _ubi_qu_ité_; dans _ses_qu_ialtère_ et qu_iddité_;

7º Dans l’espagnol _con_qu_istador_, qui a gardé l’u, à côté de q(u)ipos, _li_q(u)idambar et _bas_q(u)ine, qui l’ont perdu, sans compter q(u)ina, q(u)inine ou q(u)_in_qu_ina_[718]. Ajoutons _es_qu_ire_, quand on le prononce à l’anglaise (eskouay’r).

III. =Devant O et A.=--Quoique le groupe =qu= ne soit proprement utile dans les mots français que devant =e= et =i=, on le trouve aussi devant =o= et =a=, où il s’est conservé du latin, dans des mots plus ou moins savants, comme q(u)alité, q(u)otient, à côté de c_arré_, c_asser_, c_arême_, qui sont d’origine populaire. Mais du moins =-quo-= se prononce toujours co[719]. Au contraire, =-qua-= se prononce coua (kwa) dans un certain nombre de ces mots, incomplètement francisés:

1º Dans le latin qu_ater_ ou qu_atuor_, sine qu_a non_, _exe_qu_atur_, à côté de q(u)asi, q(u)asiment, q(u)asimodo, francisés depuis le moyen âge le plus reculé; à côté de _partie ali_q(u)ante, francisé lui-même aussi comme q(u)ant et ses dérivés;

2º Dans _a_qu_afortiste_ (et _a_qu_a-tinte_, de l’italien), _a_qu_arelle_, _a_qu_arium_ et _a_qu_atile_, qui ont réagi sur _a_qu_atique_, francisé autrefois;

3º Dans _adé_qu_at_, _é_qu_ateur_, _é_qu_ation_, _é_qu_atorial_, mais non dans _reli_q(u)at;

4º Dans une partie des dérivés du latin quatuor, car nous ne prononçons pas l’u dans des mots aussi complètement francisés que q(u)adrille, q(u)art, q(u)artaut, q(u)atre, q(u)atorze, q(u)arante, et leurs dérivés naturels, y compris _é_q(u)arrir; mais nous le prononçons ou dans qu_adragénaire_, et tous les mots commençant par quadr-[720], y compris qu_adrige_, mais non q(u)adrille, dans qu_artette_ (de l’italien), qu_artidi_, qu_artil_ et in-qu_arto_, dans qu_aterne_ et qu_aternaire_[721];

5º Dans _lo_qu_ace_ et _lo_qu_acité_, qu’on écorche parfois; dans qu_assier_ et qu_assia amara_, _colli_qu_atif_ et _colli_qu_ation_; dans squameux et _des_qu_amation_;

6º Enfin, dans quelques mots étrangers, _s_qu_ale_, _s_qu_are_, qu_aker_ et qu_akeresse_, qu_artz_ et qu_artzeux_, qu_attrocento_, qu_attrocentiste_ et tutti qu_anti_[722].

R

1º L’R simple.

L’=r=, comme l’=l=, se prononce aujourd’hui régulièrement _à la fin des mots_. On l’articule partout, sauf dans monsieu(r) et messieu(rs), et dans la plupart des mots en =-er=. Ainsi _cha_r, _cauchema_r, _boudoi_r, _asseoi_r, _clai_r, _offri_r, _dési_r, _zéphi_r, _chaleu_r, _amou_r, _tréso_r, _obscu_r, etc.[723].

Pour les mots en =-er=, il faut distinguer les cas avec précision.

L’=r= final est muet:

1º Dans les innombrables infinitifs en =-er=[724];

2º Dans les innombrables substantifs et adjectifs terminés par le suffixe =-ier=: premie(r), menuisie(r), régulie(r), foye(r), etc., etc., et l’adverbe volontie(rs)[725];

3º Dans les substantifs et adjectifs en =-cher= et =-ger=, parce qu’en réalité ils appartiennent à la même catégorie que les précédents, ayant été autrefois en -chier et -gier: ils sont une trentaine environ, comme arche(r), dange(r), lége(r)[726].

L’=r= final est au contraire sonore en principe dans les mots en =-er= (infinitifs à part) qui n’ont pas le suffixe =-ier=, et ne l’ont jamais eu, ce qui veut dire qu’ils ne sont non plus ni en =-cher= ni en =-ger=. Mais ici, les mots proprement français sont en petit nombre. Ce sont des mots où -er appartient au radical même du mot:

1º L’adverbe _hie_r, et les adjectifs _fie_r, _tie_r_s_ et _che_r, malgré l’i et le ch[727];

2º _Fe_r et _enfe_r, _me_r et _ame_r, _ve_r et _hive_r;

3º Les formes de quérir et de ses composés: _j’acquie_rs, _tu acquie_rs, _requie_rs, _conquie_rs, etc.[728];

4º Le mot _cuille_r, autrefois cuillie(r), qui s’est joint à ce groupe après beaucoup d’hésitation;

5º Les mots qui sont proprement latins, quoique francisés: _libe_r, _cance_r, _pate_r, _éthe_r, _magiste_r, _auste_r, etc., et tous les mots étrangers, francisés ou non: _bitte_r, _cheste_r, _eide_r, _kreutze_r, _messe_r, _place_r, etc.[729].

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Quand le groupe =er= est suivi d’une consonne, même muette, et notamment d’un =t=, l’r n’est plus final, mais intérieur, et s’y prononce comme partout: dans _haube_rt, _offe_rt, _cle_rc, _ne_rf, _pe_rd ou _pe_rds, comme dans _bava_rd, _pa_rt, _je pa_rs, _co_rps, _bou_rg, etc. Il n’y a d’exception que pour ga(rs)[730].

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On a vu au chapitre de l’e muet, que l’r final suivi d’un e muet tombe facilement avec l’e devant une consonne dans la prononciation rapide, quand il est précédé d’une muette ou d’une des spirantes f et v: maît(re) d’hôtel. C’est une prononciation dont il ne faut pas abuser. Elle est certainement admissible dans la conversation familière, entre deux mots comme ceux-là; elle est surtout fréquente avec notre, votre et quatre: vot(re) cheval, quat(re) sous; encore faut-il excepter, comme on l’a vu, _Not_re-Dame, le _Not_re Père, où le respect a maintenu l’r, et _quat_re-vingts, où le besoin de clarté a joué le même rôle. Mais, dans la lecture, il vaut mieux conserver l’r partout.

La chute de l’r est particulièrement incorrecte quand la finale muette n’est pas suivie d’une consonne: du suc(re), du vinaig(re), encore qu’ils datent de fort loin, sont certainement à éviter[731].

Me(r)credi a été autrefois très correct, et Vaugelas l’approuvait[732]. Les grammairiens se sont longtemps battus là-dessus, mais la diffusion de l’instruction primaire a rétabli définitivement l’r, sans pourtant faire disparaître entièrement me(r)credi. Je ne saurais trop vivement déconseiller aujourd’hui cette prononciation, car on a une tendance à la tourner en ridicule, ainsi que celle qui double l’r dans _mai_rer_ie_, pour _mai_r_ie_[733].

2º L’R double.

Les deux r se prononcent toujours dans les futurs et conditionnels de trois verbes en =-rir=: quérir, courir et mourir, et leurs composés[734]. Ce qui a dû contribuer tout au moins à les maintenir, c’est qu’ils empêchent la confusion du futur avec l’imparfait: je cou-r_ais_, _je cou_r-r_ai_. En revanche, c’est une faute très grave que de ne pas laisser l’r simple dans les futurs ve(r)r_ai_, enve(r)r_ai_, pou(r)r_ai_, et leurs conditionnels, et aussi, la bobinette che(r)r_a_, toutes formes pour lesquelles il n’y a pas de confusion possible: on se contente d’allonger la voyelle qui précède.

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Ce cas spécial étant mis à part, l’r double se prononce assez généralement comme un seul, beaucoup mieux que ne font l ou m.

1º Cela est particulièrement sensible après un =a=. Les composés qui commencent par =ar-=, notamment, ne font entendre qu’un r, sauf quelquefois, par exemple, dans _a_r-r_acher_, _a_r-r_ogance_, ou _a_r-r_oger_[735]. On n’y peut guère ajouter que des mots comme _fa_r-r_ago_ ou _ma_r-r_ube_, qui sont à peine français, et, trop souvent, _na_r-r_ation_, _na_r-r_ateur_, _inéna_r-r_able_, et même _na_r-r_er_, qui auraient pu être respectés.

2º Après =e=, l’r double est un peu plus atteint qu’après a. Ainsi, quoique fe(r)r_er_, fe(r)r_aille_ et tous les autres ne laissent entendre qu’un r, on en prononce quelquefois deux dans _fe_r-r_ugineux_, qui a un air plus savant. Dans tous les dérivés de terre, et ils sont nombreux, on n’entend qu’un r, et pourtant on en prononce parfois deux dans _te_r-r_estre_, et même dans le vieux mot _te_r-r_aqué_. Malgré ve(r)r_ue_, ve(r)r_uqueux_ reste douteux. Inte(r)r_oger_ et inte(r)r_ompre_ sont à peu près intacts; mais on entend souvent _inte_r-r_ogation_, _inte_r-r_uption_, _inte_r-r_upteur_, à côté d’_inte_r-r_ègne_. Des mots d’usage très courant, et qui n’ont aucune apparence savante, sont parfois atteints. Ainsi les deux r d’_abe_r-r_ation_, _e_r-r_ata_ ou _e_r-r_atique_, ont réagi sur _e_r-r_oné_, _e_r-r_er_ et même _e_r-r_eur_[736]. De même _te_r-r_oriser_, _te_r-r_oriste_, _te_r-r_ifier_, ont réagi sur _te_r-r_ible_ et même _te_r-r_eur_, où l’emphase d’ailleurs explique ou excuse le double r[737].

3º Nous savons que les mots commençant par =ir-= font entendre les deux r, même _i_r-r_iguer_ et _i_r-r_iter_, qui n’ont pas le sens privatif. Toutefois, i(r)r_iter_ ou i(r)r_itation_ sont encore parfaitement corrects. On dit naturellement _ci_r-r_us_, _ci_r-r_ipède_ et _py_r-r_hique_.

4º Parmi les mots commençant par =cor-=, on ne prononce qu’un r dans co(r)ridor, co(r)riger ou inco(r)rigible, co(r)royer et co(r)roi, ordinairement aussi dans co(r)respondre et ses dérivés et dans co(r)rompre. Mais ces derniers mots sont déjà atteints depuis longtemps, surtout dans le participe _co_r-r_ompu_, et l’on entend généralement deux r dans tous les mots où figure le radical corrupt-; de même dans ceux où figure le radical correct- (avec _co_r-r_égidor_), en outre dans _co_r-r_élatif_, _co_r-r_oborer_, _co_r-r_oder_ ou _co_r-r_osif_. D’autre part, on dit fréquemment _ho_r-r_eur_, _ho_r-r_ible_ et _abho_r-r_er_, par emphase, comme _te_r-r_eur_ et _te_r-r_ible_, et toujours _ho_r-r_ipiler_. On dit aussi _to_r-r_éfier_ et _to_r-r_ide_; et _to_r-r_entiel_ réagit parfois même sur _to_r-r_ent_. Je ne parle pas de mots tels que _bo_r-r_aginées_ ou _po_r-r_ection_. On notera que l’r reste pourtant simple, même dans des mots savants comme hémo(r)r_agie_ ou hémo(r)r_oïdes_.

5º Après =ou=, l’=r= simple se maintient: cou(r)r_oie_, cou(r)r_ier_, cou(r)r_oux_, pou(r)r_ir_. Encore cou(r)r_oucé_ n’est-il pas intact[738].

6º L’=r= simple se maintient aussi tant bien que mal, plus mal que bien, dans résu(r)r_ection_; plus mal encore dans insu(r)r_ection_, presque plus dans _concu_r-r_ent_ et ses dérivés. On dit naturellement _scu_r-r_ile_, _su_r-r_énal_ et vase _mu_r-r_hin_[739].

S

1º L’S final.

A la fin des mots, en principe, l’=s= ne se prononce plus en français depuis fort longtemps. Pour l’=s= du pluriel, notamment, il n’y a pas d’exceptions[740].

Les exceptions sont, au contraire, assez nombreuses pour l’=s= qui n’est pas la marque du pluriel, et alors il a toujours le son dur ou sourd.

=1º Après un= a, il y a très peu d’exceptions dans les mots proprement français. Je n’en vois même que deux: l’une pour le monosyllabe as, terme de jeu, et par suite _ambesa_s: la prononciation a(s) est purement dialectale; l’autre pour les interjections _la_s, _héla_s, qui n’en font qu’une. Quant à _atla_s, _stra_s, _hypocra_s, ce sont en réalité des noms propres.

Les autres exceptions sont des mots grecs, latins ou étrangers: _Deo gratia_s, _per fa_s _et nefa_s, _habea_s corpus, _pancréa_s, _lia_s et _tria_s, _flint gla_s, _christma_s, _papa_s, _lépa_s, _upa_s, _lampa_s (s’humecter le), _madra_s, _abraxa_s, _alcaraza_s, _vasista_s, ou le provençal _ma_s[741].

On hésite aujourd’hui pour _vinda_s, autrefois _guinda_s, d’ailleurs peu usité; mais on ne prononce plus l’=s=, ni dans les noms d’étoffes, jacona(s), lampa(s), ginga(s) ou dama(s), celui-ci malgré l’étymologie; ni dans balandra(s), sassafra(s), matra(s) ou tétra(s), ni enfin dans pampa(s), où l’=s= n’est que la marque du pluriel, dans un mot d’ailleurs francisé[742].

* * * * *

Après =oi=, l’s ne se prononce jamais: boi(s), parfoi(s), courtoi(s), etc. L’s même de troi(s), longtemps sonore, comme la consonne finale de tous les noms de nombre, a fini par s’amuir.

=2º Après un= e, l’s ne se prononce que dans _pataquè_s, altération de pat-à-qu’est-ce[743]; dans des mots latins ou grecs: _facie_s, _aspergè_s, _hermè_s, _palmarè_s, _herpè_s, _faire florè_s, _népenthè_s; dans les mots étrangers: _aloè_s et _cacatoè_s[744], _kermè_s, _xérè_s, _londrè_s, _cortè_s[745].

On ne doit donc pas plus prononcer l’s dans profè(s) que dans progrè(s), succè(s) ou prè(s). Il se prononce aujourd’hui, à grand tort d’ailleurs, dans _è_s lettres, _è_s sciences et autres expressions analogues, où figure un pluriel[746].

Après =ai=, comme après oi, l’s ne se prononce jamais: jamai(s), j’aimai(s), etc.[747].

=3º Après un= i, les exceptions sont plus nombreuses qu’après =a= ou =e=.

L’s s’est maintenu ou définitivement rétabli depuis plus ou moins longtemps dans _maï_s, _jadi_s, fi(l)s et _li_s (y compris _fleur de li_s le plus souvent, malgré l’Académie); dans _méti_s, _cassi_s, _vi_s (substantif) et _tournevi_s[748]. La prononciation de ces mots sans s est tout à fait surannée; on ne peut plus la conserver que pour les nécessités de la rime, et encore![749].

Les autres mots où l’s se prononce sont des mots grecs ou latins: _bi_s (ne pas confondre avec l’adjectif), _ibi_s, _de profundi_s, _volubili_s, _in extremi_s, _tamari_s, _iri_s, _ex libri_s, _corylopsi_s, _oasi_s, _miti_s, _grati_s, _myosoti_s; ou des mots étrangers: _maravédi_s (et encore pas toujours), _tenni_s, et les vieux jurons gascons _cadédi_s ou _sandi_s[750].

On peut y joindre _spahi_s. Les dictionnaires ont conservé spahi, qui est assurément plus correct, étant un doublet de cipaye, et Loti s’en est contenté; mais l’armée d’Afrique a souvent dit _spahi_s; c’est un fait, et comme il convient d’appeler les gens comme ils s’appellent eux-mêmes, je crois qu’on peut dire spahis plutôt que spahi, malgré l’autorité de Pierre Loti[751].

=4º Après= eu, l’s final ne se rencontre que dans des mots grecs et il s’y prononce; mais il n’y a de nom commun employé parfois que _basileu_s[752].

=5º Après= o, le seul mot de la langue vulgaire où l’s se prononce est _o_s; encore n’est-ce tout à fait correct qu’au singulier[753].

Les autres mots où l’s se prononce sont parfois d’origine latine, comme _salva no_s ou _nescio vo_s, ou étrangère: _albatro_s, puis _albino_s et _mérino_s, pluriels devenus singuliers, ainsi que le gascon _escampativo_s[754].

Presque tous sont d’origine grecque: _atropo_s, _paro_s, _cosmo_s, _tétano_s, _rhinocéro_s, _itho_s et _patho_s, _loto_s et autres mots savants[755].

=6º Après= ou, l’s se prononce dans le monosyllabe _tou_s, non suivi de l’article ou d’un substantif devant lequel l’article est sous-entendu, autrement dit quand tous est accentué: _ils viendront tou_s, _tou_s viendront, _un pour tou_s et _tou_s pour un, _tou_s debout et même _tou_s soldats, soldats étant ici une apposition; on dira au contraire tou(s) les hommes, ou tou(s) soldats qui...

Cette distinction très nette empêche toute confusion entre _ils ont tou_s dit et ils ont tou(t) dit, _ils sont tou_s fiers et ils sont tou(t) fiers, _ils savent tou_s ce qu’on a dit et ils savent tou(t) ce qu’on a dit; mieux encore, entre _nous connaissons tou_s les livres de... et nous connaissons tou(s) les livres de...

L’s se prononce aussi dans les mots arabes _burnou_s et _couscou_s, et dans _négou_s, écrit aussi négus[756].

=7º Après un= u, l’s final se prononce surtout dans un très grand nombre de mots latins ou qui peuvent passer pour tels: _angelu_s, _cactu_s, _calu_s, _carolu_s, _choru_s, _convolvulu_s, _crocu_s, _détritu_s[757], _eucalyptu_s, _fœtu_s, _hiatu_s, _humu_s, _in manu_s, _in partibu_s, _lapsu_s, _mordicu_s, _omnibu_s, _papyru_s, _orému_s, _prospectu_s, _rébu_s, _rictu_s, _sénatu_s-consulte, _sinu_s et _cosinu_s, _typhu_s, _viru_s, etc., dans _blocu_s et _négu_s, mots étrangers, sans parler des mots familiers qui se sont formés sur l’analogie des mots latins, comme _laïu_s, _motu_s, _olibriu_s, _quitu_s ou _rasibu_s, avec _gibu_s.

Dans les mots proprement français, l’s ne se prononce pas[758]. _Obu_s lui-même, où l’s se prononce régulièrement avec le son doux (obuse), peut-être par l’analogie d’_obu_s_ier_, s’est si bien francisé que dans l’armée on prononce régulièrement obu, qui est donc devenu la meilleure prononciation. La seule prononciation qui ne vaille rien du tout, c’est obusse.

* * * * *

Pourtant l’s se retrouve dans deux ou trois mots.

Quoique l’s d’abu(s) ne se prononce pas, le monosyllabe us paraît avoir repris assez généralement le sien, sans doute en qualité de monosyllabe réduit à une voyelle, et pour s’élargir un peu; mais ce mot ne s’emploie guère que dans l’expression us et coutumes, où la liaison se fait tout aussi bien avec un s doux: u(s) z_et coutumes_.

D’autre part, la prononciation de plus est assez délicate et assez variable.

On ne prononce jamais l’s dans la négation ne... plu(s): je n’en veux plu(s) et de même sans plu(s)[759]; ni dans les comparatifs ou superlatifs: plu(s) grand, le plu(s) grand, plu(s) justement, j’ai plu(s) fait que vous ne pensez, une plu(s)-value; ni devant de, dans tous les sens: plu(s) de monde, plu(s) d’amour; ni quand il est répété: plu(s) j’en ai, plu(s) j’en veux, ou opposé à moins: plu(s) j’en ai, moins j’en veux, ou ni plu(s) ni moins[760].

Mais quand plus est suivi immédiatement de que, on prononce volontiers l’s, sauf après pas ou d’autant: pas plu(s) que vous, d’autant plu(s) que je ne sais si..., mais j’ai fait plu(s) _ou plu_s que vous ne pensez, j’ai cinq ans de plu(s) ou _de plu_s que lui.

On le prononce aussi quand plus est séparé par que d’un adjectif ou d’un adverbe: _plu_s que content, à côté de plu(s) content; _plu_s qu’à moitié, à côté de plu(s) d’à moitié; mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’s de _plu_s-que-parfait, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs et d’institutrices: plu(s)-que-parfait est tout à fait suranné.

On prononce également l’s dans les opérations de l’arithmétique ou de l’algèbre: _le signe plu_s, _deux plu_s deux égalent quatre, _plu_s _par plu_s _donne plu_s.

Enfin, d’une façon générale, sauf dans ne... plu(s) et de plus en plu(s), il y a une tendance à prononcer l’s quand plus est final. A vrai dire, rien de plu(s) vaut mieux que _rien de plu_s, sans doute à cause de la négation; et dans le style tragique, je te dirai bien plu(s), il y va de bien plu(s), semblent encore s’imposer; mais on dira très bien, surtout dans le langage familier, _il y a plu_s ou _trois jours au plu_s; on dira même nécessairement: _plu_s... un lit, et même, quoique moins bien, _de plu_s... un lit, ou _de plu_s, je n’en crois rien, ou encore _après mille ans et plu_s, sauf en vers, s’il y a une suite:

Après mille ans et plu(s) de guerre déclarée

L’analogie de plus s’est exercée sur sus, dont on prononce souvent l’s dans _en su_s, comme dans _en plu_s. Mais à part l’expression en sus, le mot est généralement suivi de a, ce qui amène une liaison; il en résulte que beaucoup de personnes prononcent _courir su_s avec l’s, mais c’est une prononciation discutable[761].

=8º Après les voyelles nasales=, l’s final n’est pas moins muet qu’après les voyelles orales: dan(s), céan(s), san(s), gen(s), repen(s), consen(s), plain(s), étein(s), tien(s), vien(s), moin(s), aimon(s), etc. Il faut donc éviter moinsse avec le plus grand soin, et aussi gensse[762].

Pourtant le mot sens a repris peu à peu son s dans presque tous les cas: bon sen(s) ou contresen(s), qui ont résisté longtemps, ont à peu près disparu[763]; sen(s) commun lui-même, qui s’est conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la prononciation de l’s y est entravée par la consonne qui suit, est déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne restera bientôt plus que sen(s) dessus dessous et sen(s) devant derrière, qui justement sont sans rapport avec _sen_s[764].

On prononce également l’s dans _mon_s pour monsieur, dans le mot savant _cen_s, dans le vieux mot _ain_s, et dans les mots latins où en sonne in: _gen_s, _delirium tremen_s, _semperviren_s, etc., sur l’analogie desquels Labiche a formé _labaden_s[765].

=9º Après les consonnes=, il faut distinguer, suivant la consonne qui précède.

Quand l’s est séparé de la voyelle par une consonne non articulée, il ne se prononce pas non plus: ga(rs), la(cs) et entrela(cs), poi(ds), le(gs) et me(ts), pui(ts), pou(ls), tem(ps) et défen(ds), rom(ps) et fon(ds), cor(ps) et remor(ds)[766].

Ceux même qui prononcent à tort le g de le(gs) ne vont pas jusqu’à prononcer l’s. La seule exception est fi(l)s, que nous avons vu à l’i.

En revanche, à part cor(ps), le groupe final ps se prononce toujours entier, parce qu’il n’appartient pas à des mots proprement français: _la_ps et _rela_ps, _schna_ps, _re_ps, _se_ps, _bice_ps, _prince_ps, _force_ps, _éthio_ps et _anchilo_ps.

On articule aussi intégralement _ra_ms et _auro_chs (aurox). On notera seulement la tendance qui se manifeste, notamment chez Victor Hugo, à remplacer _auro_chs par _auro_ch: en ce cas, le pluriel se prononce comme le singulier; mais c’est _auro_chs qui est le vrai mot[767].

D’autre part, quand l’s est séparé de la voyelle par un r, l’r se prononce toujours[768]; mais l’s ne se prononce pas: _unive_r(s), _alo_r(s), _toujou_r(s), _ailleu_r(s), etc. Il faut éviter avec grand soin de prononcer alorsse, quoiqu’on prononce l’s dans le composé _lor_s_que_. Le substantif cour(s) se prononce de même sans s.

Il y a pourtant trois exceptions: le mot _mar_s a repris son s depuis longtemps[769]; les mots _mœur_s et _our_s ont repris le leur au dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers, pour l’harmonie, et surtout quand la rime l’exige[770].

2º L’S intérieur.

Dans le corps des mots, l’s se prononce presque toujours, mais quand il se prononce, il est tantôt dur ou sourd, ce qui est le son normal, tantôt doux ou sonore.

I.--=Devant une consonne=, l’s se prononce partout en principe, et toujours ou presque toujours avec le son dur: les s qui ne se prononçaient pas ont en effet disparu de l’orthographe. Il se prononce ainsi même à la fin des mots: _fi_s_c_, _bu_s_c_, _mu_s_c_ et les mots en =-st=[771].

Mais tous ces mots où l’s se prononce devant une consonne sont en réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a altérés en y restaurant un s autrefois muet[772].

Par analogie, l’s se prononce depuis longtemps même dans _lor_s_que_, _pre_s_que_, _pui_s_que_, malgré l’étymologie lor(s), prè(s), pui(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme dans _ju_s_que_; mais tandi(s) que n’est pas dans le même cas, les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y prononcer l’s.

L’s se prononce aussi dans _su_s_dit_, qui s’écrit en un seul mot, mais non dans _su_s-tonique et _su_s-dominante, qui s’écrivent en deux. Il me paraît choquant dans _su_s_nommé_ et _su_s_mentionné_, qui pourraient bien se prononcer comme les précédents.

* * * * *

Dans les mots composés commençant par les articles les et des ou l’adjectif possessif mes, ces monosyllabes sont demeurés distincts, et l’s ne s’y prononce pas: le(s)quels, de(s)quels, me(s)dames[773].

Il y a aussi un mot simple où l’s intérieur, muet devant une consonne, a été conservé dans l’écriture, probablement par oubli, tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est cheve(s)ne, résidu singulier d’une orthographe disparue[774].

Aux mots commençant par un s suivi d’une sourde, c, p, t, le peuple, surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’e prosthétique des grammairiens: es_tatue_. Cela n’est sans doute point à imiter[775].

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Dans le groupe =sc=, qu’on ne trouve que dans les mots relativement récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes se prononcent sans difficulté devant a, o, u: _e_s-c_argot_, _e_s-c_ompte_, sc_olaire_, sc_ulpture_.

Devant e et i, on entend généralement deux s: _a_s-c_ète_, _tran_s-c_endant_, _la_s-c_if_, _re_s-c_inder_[776].

Toutefois on ne peut entendre qu’un s en tête des mots: un s(c)eau, une s(c)ie[777]. On n’entend qu’un s aussi (ou un c) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord ob(s)cène et ob(s)cénité, où il est difficile de faire autrement; puis fa(s)cé, de fa(s)ce, terme de blason[778]; de(s)cendre et ses dérivés; con(s)cience et ses dérivés, quoiqu’on entende généralement deux s dans _e_s-c_ient_, _pre_s-c_ience_ et _con_s-c_ient_; enfin di(s)ciple et di(s)cipline avec ses dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, a(s)censeur et a(s)cension (surtout la fête), di(s)cerner et di(s)cernement, su(s)ceptible et su(s)citer.

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Nous avons vu déjà que l’=s= prenait naturellement le son doux du =z=, par accommodation, devant une douce, b, d, g, v et j: s_bire_ et _pre_s_byte_, _péla_s_gique_ et _di_s_joindre_, _tran_s_gresser_, s_velte_ ou _tran_s_versal_. C’est là un phénomène spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779]. L’s prend souvent aussi le même son dans les mots en -isme comme _rhumati_s_me_ (izme) ou même en -asme; mais ceci s’impose beaucoup moins[780].

II. =Entre consonne et voyelle=, l’s est encore dur en principe.

Il est dur notamment après un r: sur-s_eoir_ et sur-s_is_ (et non _sur_z_is_), traver-s_in_, subver-s_if_, etc.; mais il est doux dans _jer_s_ey_[781].

Il est doux entre l et a, dans _bal_s_amique_ et les mots de cette famille[782].

On a vu que l’accommodation changeait le b en p dans les mots qui commencent par abs- et obs-, et aussi subs-, mais sauf devant i. En effet, dans _sub_s_ister_, l’accommodation paraît être plus souvent régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la première: _su_bz_ister_ plutôt que _su_ps_ister_, et de même _su_bz_istance_, sans doute par l’analogie de _dé_s_ister_, _e_x_ister_ et _ré_s_ister_, dont nous allons parler dans un instant[783].

Il en est de même le plus souvent dans _su_bs_ide_ et _su_bs_idiaire_[784].

Au contraire, c’est le b qui se change normalement en p dans _a_bs_ide_ et dans _su_bs_équent_[785].

III. =Entre deux voyelles= dont la première n’est pas nasale, l’s prend régulièrement le son doux, quelle que soit l’étymologie: _ro_s_e_, _va_s_e_, _cyti_s_e_, _ba_s_ilique_, _va_s_istas_, _philo_s_ophe_, _mi_s_anthrope_, etc.[786]. Il prend le son doux même dans les préfixes à s final dés- et més-, et cela peut passer pour une liaison naturelle: _dé_s-unir, _dé_s-armer, _mé_s-user, _mé_s-intelligence, etc.[787]. Pourtant l’s est resté dur dans _dy_s-enterie et _dy_s-entérique[788].

L’s prend encore le son doux, et ceci pourrait surprendre, dans dé-s_igner_ et se dé-s_ister_ (sans parler de _dé_s_oler_), et généralement après les préfixes ré- et pré-: ré-s_erver_ et pré-s_erver_, ré-s_ider_ et pré-s_ider_, ré-s_olution_, ré-s_onance_, ré-s_umer_ et pré-s_umer_, _pré_s_age_, pré-s_omption_, etc. Cela tient à ce que, dans ces mots, le simple a disparu, ou bien il est resté avec un sens très différent: dans les deux cas, le composé est traité comme un mot simple.

Il en est de même du mot _aba_s_ourdir_, où l’élément sourd a pu être méconnu, et par l’absence d’un préfixe usité, et à cause du sens abstrait qu’a pris le mot.

* * * * *

Néanmoins, l’s reste dur dans certains cas, avec ou sans préfixe, et beaucoup plus souvent qu’on ne croit:

1º Après les préfixes pré-, ré- et dé- eux-mêmes, dans pré-s_éance_ et pré-s_upposer_, sans doute parce qu’ici le simple est trop connu pour s’altérer; dans pré-s_u_ (le mot est dans Pascal); dans ré-s_ection_ et ré-s_équer_, dé-s_uet_ et dé-s_uétude_, qui gardent la prononciation du latin.

2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de préfixes qui restent toujours distincts du mot principal: a-, dans a-s_eptique, a_-s_ymétrie_ ou a-s_ymptote_; para-, dans para-s_élène_ et para-s_ol_ (malgré l’s doux de para-s_ite_, vieux mot dont le simple n’existe pas); contre- et entre-, dans contre-s_ens_, contre-s_eing_, contre-s_igner_ et contre-s_ol_, s’entre-s_ecourir_ ou s’entre-s_uivre_, et entre-s_ol_; anti-, dans anti-s_ocial_ ou anti-s_eptique_; co- et pro-, dans co-s_eigneur_, co-s_ignataire_, co-s_inus_ ou co-s_écante_, et pro-s_ecteur_; uni-, bi- et tri-, proto- et deuto-, etc., dans uni-s_exuel_ et une foule de composés chimiques, botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical: mono-s_yllabe_ et mono-s_yllabique_, tétra-s_yllabe_, déca-s_yllabe_, etc., poly-s_yllabe_ et poly-s_ynodie_, pari-s_yllabique_ et impari-s_yllabique_[790].

3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés dans l’écriture: _tourne_s_ol_ et _gira_s_ol_, _soubre_s_aut_, _havre_s_ac_, _vrai_s_emblable_ et _vrai_s_emblance_, _pré_s_alé_, _vivi_s_ection_, _gymno_s_ophiste_, _idio_s_yncrasie_, _petro_s_ilex_, _sangui_s_orbe_, etc.[791].

4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques, où l’on conserve la prononciation d’origine, comme _thé_s_is_ ou _ba_s_ileus_.

5º Dans une onomatopée comme _su_s_urrer_, _su_s_urrement_, que les dictionnaires altèrent fort mal à propos[792].

6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés, l’adoucissement de l’s entre deux voyelles étant propre au français: ainsi le grec _kyrie elei_s_on_, ou l’italien _impre_s_ario_, à demi francisé d’ailleurs, puisqu’on nasalise im[793]. Pourtant l’s s’est adouci dans l’espagnol _bra_s_ero_ et l’italien _ri_s_oluto_ ou _fanta_s_ia_, apparemment par l’analogie de _bra_s_ier_, _ré_s_olution_, _fantai_s_ie_[794].

=IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle=, l’s reste dur, parce qu’autrefois l’n se prononçait: _an_s_e_, _pen_s_er_, _pen_s_ion_, _encen_s_er_, _in_s_igne_, _con_s_idérer_, etc., et même _in_s_ister_, malgré l’s doux de _ré_s_ister_ et des autres.

Toutefois, avec le préfixe =trans-=, on a encore un phénomène de liaison, comme avec dés- et més-, et c’est un z qu’on entend, sans exception, dans _tran_s_alpin_, _tran_s_action_, _tran_s_atlantique_, _tran_s_iger_, _tran_s_it_, _tran_s_itaire_, _tran_s_itif_, _tran_s_ition_, _tran_s_itoire_, _tran_s_humer_ et _tran_s_humance_.

Mais l’s du substantif transe est nécessairement dur, comme dans toutes les finales en -anse, et il se maintient encore dur tant bien que mal dans _tran_s_i_ et _tran_s_ir_, très fréquemment altérés par le voisinage de _tran_s_it_. _Tran_s_ept_ a aussi l’s dur, étant pour _tran_ss_ept_[795].

On entend quelquefois, mais à tort, l’s doux dans in-s_urrection_, par analogie avec _ré_s_urrection_.

Enfin l’s est doux dans _nan_s_ouk_[796].

3º L’S double.

L’=s= double final se prononce comme l’s dur, mais il abrège la voyelle qui précède: _ray-gra_ss, _me_ss, _expre_ss, _mi_ss, etc.

L’=s= double intérieur, qui n’a jamais le son doux, représente d’abord assez souvent un s simple, qu’on a doublé après un e dans certains composés, uniquement pour empêcher que le son doux ne remplace mal à propos le son dur, entre deux voyelles.

Nous avons vu tout à l’heure qu’après é fermé on se contentait souvent d’un seul s en pareil cas, malgré le danger d’adoucissement: _pré-_s_éance_, _dé-_s_uet_; mais on écrit avec deux s, et peu de logique, pre(s)sentir et pre(s)sentiment[797].

Après un e muet, un seul s a suffi encore, dans quelques composés cités plus haut, comme _entre_s_ol_, _havre_s_ac_ ou _soubre_s_aut_; mais on met deux s à re(s)s_aut_ et à re(s)s_auter_, et partout après le préfixe re-, dans les mots de la langue écrite: re(s)s_embler_, re(s)s_entir_, re(s)s_ort_, re(s)s_ource_, etc.[798], ainsi que dans de(s)s_us_ et de(s)s_ous_, sans compter re(s)s_usciter_, dont l’e est fermé. Je ne sais si cet emploi de l’s double après le préfixe re- est très heureux, car s’il fait respecter le son de l’s, en revanche il fait altérer malencontreusement à beaucoup de personnes la prononciation de l’e muet lui-même, et le mal n’est guère moindre[799].

Il va sans dire que dans tous ces mots, que l’e soit fermé ou muet, on ne peut prononcer qu’un seul s, puisque l’s ajouté n’y est en quelque sorte qu’un signe orthographique conventionnel, destiné à maintenir le son dur ou sourd.

Mais on peut aller plus loin, et dire qu’en français, d’une façon générale, entre deux voyelles, l’s simple est un s doux et l’s double un s dur.

Cette distinction très nette a peut-être contribué à maintenir généralement la prononciation d’un s simple quand il y en a deux. Toujours est-il que l’s double se prononce simple beaucoup plus souvent que les liquides l, m, n, r, malgré la tendance générale que nous avons signalée si souvent. Il est rare qu’on prononce deux s dans les mots d’usage courant, qui sont très nombreux, et peut-être même ne l’a-t-on jamais fait dans les mots tels que a(s)s_eoir_, pa(s)s_age_, va(s)s_al_, ma(s)s_acre_, e(s)s_ai_, e(s)s_uyer_, me(s)s_ie_, me(s)s_age_, i(s)s_u_, bo(s)s_u_, fau(s)s_aire_, bou(s)s_ole_, hu(s)s_ard_, etc. L’s reste simple notamment dans tous les composés de des-, comme de(s)s_aler_, de(s)s_errer_, de(s)s_ouder_, et dans tous les mots en -seur, -sion, -soir ou -soire, quelle que soit la voyelle précédente: embra(s)s_eur_, oppre(s)s_eur_, régi(s)s_eur_ ou endo(s)s_eur_, pa(s)s_ion_, pre(s)s_ion_, commi(s)s_ion_ ou percu(s)s_ion_, pre(s)s_oir_ ou acce(s)s_oire_.

Il y a pourtant des exceptions, cela va sans dire aussi notamment pour les préfices =as-= et =dis-=[800].

1º Le préfixe =as-= étant plus populaire que savant, dans tous les composés, sauf _a_s-s_imiler_ et ses dérivés, on devrait ne prononcer qu’un s[801]. Toutefois, je ne vois guère que a(s)s_aut_, a(s)s_embler_ et a(s)s_emblage_, a(s)s_eoir_, a(s)s_iéger_, a(s)s_iette_ et a(s)s_ise_, a(s)s_ez_, a(s)s_urer_ et ses dérivés, qui soient à peu près intacts. Les plus atteints sont _a_s-s_agir_, _a_s-s_ainir_, _a_s-s_écher_, _a_s-s_éner_ (pour a(s)s_ener_), _a_s-s_entiment_, _a_s-s_ermenté_, _a_ss_ertion_, _a_s-s_ervir_, _a_s-s_idu_ et _a_s-s_iduité_, _a_s-s_igner_ et _a_s-s_ignation_, _a_s-s_ombrir_, _a_s-s_omption_, _a_s-s_onance_, _a_s-s_ourdir_, _a_s-s_ouvir_ et _a_s-s_umer_. Mais pas plus dans ceux-là que dans les autres, il n’est indispensable de prononcer deux s.

2º Au contraire, le préfixe =dis-= étant expressément un préfixe savant, les composés font entendre généralement deux s. Il n’y a d’exception incontestable que pour di(s)s_iper_ et ses dérivés et di(s)s_oudre_[802]; mais on fera bien de prononcer aussi avec un seul s di(s)s_olu_[803], di(s)s_erter_ et di(s)s_ertation_, di(s)s_imuler_ et di(s)s_imulation_[804], voire même di(s)s_éminer_, di(s)s_ension_ ou di(s)s_entiment_, ces mots étant d’un usage fort général[805].

3º Aux préfixes as- et dis- on peut ajouter =intus-= et =trans-=, dans _intu_s-s_usception_, _tran_s-s_udation_ ou _tran_s-s_ubstantiation_.

4º Il n’y a plus qu’un certain nombre de mots plus ou moins savants où l’on prononce deux s: _a_s-s_a fœtida_, _pa_s-s_ible_ et _impa_s-s_ible_, _pa_s-s_if_ et ses dérivés (sauf en grammaire) et _pa_s-s_iflore_, _cla_s-s_ification_ et quelquefois _cla_s-s_ique_, et aussi _jura_s-s_ique_[806];--_te_s-s_ère_ et _pe_s-s_aire_, _e_s-s_ence_ (au sens figuré) et ses dérivés, _ince_s-s_ible_ et _immarce_s-s_ible_, et les composés en _pre_s-s_ible_; _congre_s-s_iste_ et _progre_s-s_iste_, qui, avec _proce_s-s_us_, réagissent sur _progre_s-s_if_, _proce_s-s_if_ et quelques mots en-essif; _me_s-s_idor_, _se_s-s_ile_, _pe_s-s_imiste_ et _pe_s-s_imisme_, et au besoin _e_s-s_ouflé_ ou _e_s-s_aimer_;--les mots en _i_s-s_ible_ et leurs dérivés, et, si l’on veut, les mots en _i_s-s_ime_ et _i_s-s_imo_, avec _commi_s-s_oire_, _fi_s-s_ipare_ et _fi_s-s_ipède_, et _by_s-s_us_, auxquels on joint quelquefois _fi_s-s_ure_ et _bi_s-s_extile_;--enfin _glo_s-s_aire_, _o_s-s_ature_, _o_s-s_ification_, _o_s-s_uaire_ et quelquefois _o_s-s_eux_, avec _fo_s-s_ile_ et _opo_s-s_um_[807].

* * * * *

Nous savons que le groupe anglais =sh= équivaut au ch français à toute place: sh_elling_, sh_ocking_ ou sh_ampoing_, _engli_sh, _mackinto_sh ou _stockfi_sh[808]. A la vérité _fa_sh_ion_ se prononçait aussi bien fazion à la française, que facheune, à l’anglaise, et de même _fa_sh_ionable_; mais ces deux mots sont tout à fait tombés en désuétude.

C’est aussi au ch français que correspondent le groupe germanique =sch=[809], le danois =sj=, le polonais =sz= et l’=s= hongrois[810].

T

1º Le T final.

A la fin des mots, le =t=, comme l’s, en principe ne se prononce pas: acha(t), avoca(t), étroi(t), bonne(t), livre(t), tombai(t), crédi(t), peti(t), calico(t), tripo(t), prévô(t), défau(t), ragou(t), institu(t), cha(t)-huan(t), vacan(t), accen(t), événemen(t), sain(t), poin(t), fron(t), défun(t), dépar(t), concer(t), transpor(t), meur(t), accour(t), etc., etc.[811]. Les exceptions sont même beaucoup plus rares que pour l’s parmi les mots proprement français. Naturellement elles affectent surtout des monosyllabes, qui sont en quelque sorte renforcés ou élargis par cette prononciation.

=1º Après= a, il n’y a que les adjectifs _fa_t et _ma_t, avec les termes d’échecs _ma_t et _pa_t; adéqua(t) et immédia(t) n’en sont plus, ni opia(t), quoique l’Académie ait encore maintenu le t en 1878.

Il faut ajouter cependant les mots latins, _exea_t, _fia_t, _staba_t, _magnifica_t, _viva_t, qui ne sont pas en voie de se franciser dans la prononciation; on entend bien parfois des viva(ts), mais c’est une fâcheuse analogie, amenée sans doute par le pluriel[812].

Après =oi=, il n’y a rien, pas plus doi(gt) que adroi(t) ou pourvoi(t). Toutefois, quand soit est employé seul, on fait volontiers sonner le t, pour renforcer le mot, comme on l’a déjà vu ailleurs.

=2º Après= e, il n’y a que _ne_t, _fre_t et se(p)t.

Pour _ne_t, il ne saurait y avoir de discussion[813].

Pour _fre_t, tous les dictionnaires maintiennent fre(t). Ils pourraient peut-être se corriger, parce que la marine marchande ignore absolument cette prononciation: or quel est l’usage qui doit prévaloir ici, sinon précisément celui de la marine marchande?

Enfin, pour se(p)t, il faut naturellement dire sè devant un pluriel commençant par une consonne: se(pt) sous, se(pt) cents, se(pt) mille[814]. Malheureusement nos cuisinières, marchands et comptables ne connaissent guère d’autre prononciation que se(p)t, en toute circonstance, sous le fallacieux prétexte que l’on pourrait confondre se(pt) sous et se(pt) cents avec seize sous et seize cents! Et leur prononciation a passé peu à peu de la cuisine à la salle à manger, du comptoir au salon. Essayons encore de réagir si nous pouvons, mais je crains fort qu’il ne faille bientôt céder sur ce point[815].

A _ne_t, _fre_t et se(p)t on fera bien de ne pas ajouter _juille_t, pas plus qu’_alphabe_t, la prononciation du t dans ces mots étant surannée ou dialectale. Quant à _ce_t, il ne s’écrit que devant une voyelle, et nécessairement il se lie.

On prononce naturellement le t dans quelques mots latins ou étrangers: _e_t cetera[816], _hic e_t nunc, _hic jace_t, _lice_t, _tace_t, _clare_t, et _water-close_t; mais débe(t) et place(t) sont francisés depuis fort longtemps; croque(t), cricke(t), ticke(t) le sont aussi, et même pick-pocke(t), et souvent water-close(t)[817].

Après =ai=, il n’y a pas d’exceptions, sauf une tendance très marquée à faire sentir le t du substantif fait, au singulier, surtout quand il est final ou accentué: _en fai_t, _au fai_t, _par le fai_t, _voie de fai_t, _voici le fai_t, _il est de fai_t, _je mets en fai_t, _je l’ai pris sur le fai_t, _c’est un fai_t, et même _c’est un fai_t constant, _c’est le fai_t d’un honnête homme, _le fai_t de mentir, _le fai_t du prince; mais on ne doit jamais faire sentir le t au pluriel, ni dans _fai_t divers, singulier identique au pluriel, ni dans _en fai_t de ou _tout à fai_t.

=3º Après= i, le t sonne encore presque toujours dans les mots qui viennent de mots latins en -itus et -itum: _coï_t, _introï_t, _obi_t, _bardi_t, _aconi_t, _ri_t (même mot que rite), _prétéri_t, _pruri_t et _transi_t; mais on a cessé généralement de le prononcer dans subi(t) aussi bien que dans gratui(t). Il en est de même dans ci-gî(t). On le prononce encore le plus souvent dans _grani_t, mais grani(t) se répand.

On le prononce aussi, naturellement, dans _hui_t, avec la seule restriction, toujours la même, des pluriels commençant par des consonnes: _page hui_t, _in-dix-hui_t, _le hui_t mai, et aussi, par liaison, _hui_t hommes, mais hui(t) sous, hui(t) cents, hui(t) mille[818].

Enfin il doit toujours sonner dans les mots latins, francisés ou non, dans _accessi_t, _satisfeci_t et même _défici_t, malgré l’usage de quelques personnes, aussi bien que dans _incipi_t, _suffici_t, _explici_t, _exi_t et _affidavi_t, ainsi que dans _voorui_t et _dead-hea_t[819].

4º Après o, le t ne sonne plus aujourd’hui que dans _do_t, où il ouvre l’o, bien entendu. Cette exception paraît venir de ce que le mot avait autrefois deux formes, un masculin do(t) et un féminin dote (cf. aubépin et aubépine); le féminin se serait ici conservé avec l’orthographe du masculin. C’est d’ailleurs le seul mot en -ot qui soit féminin. Quoi qu’il en soit, la prononciation do(t) est aujourd’hui particulière au sud-ouest[820].

5º Dans les finales -aut et -ault, le t ne sonne jamais[821]; pas davantage dans -eut, ni dans -out et -oult, les mots étrangers, _lock-ou_t, _vermou_t, _knou_t, _raou_t et _stou_t, mais non racahou(t).

Surtout il ne doit pas plus sonner dans (a)oû(t) que dans debou(t), malgré l’usage de quelques provinces[822].

=6º Après= u, le t final sonne toujours dans un certain nombre de mots savants: _azimu_t, _cajepu_t, _occipu_t, _sincipu_t et _compu_t, avec _u_t et _capu_t; quelquefois aussi, mais à tort, dans scorbu(t) et précipu(t); de plus, dans les interjections _chu_t et _zu_t, et dans les monosyllabes _lu_t, _ru_t et _bru_t[823]. La province y ajoute généralement un autre monosyllabe, _bu_t, malgré débu(t), mais à Paris on prononce toujours bu(t)[824].

=7º Après les voyelles nasales= (les mots en -ant et -ent sont particulièrement innombrables), le t ne sonne pas plus en français qu’après les voyelles orales, même si une autre consonne s’intercale, comme dans exem(pt), vin(gt), prom(pt), rom(pt), corrom(pt), interrom(pt).

Il a longtemps sonné dans ving(t), comme sonnaient l’s et l’x de _troi_s et _deu_x, conformément à l’usage de tous les noms de nombre; c’est aussi incorrect aujourd’hui que le serait cente pour cen(t), qui ne semble pas avoir jamais été dit. Toutefois le t de vingt sonne encore dans vin(g)t et un, par liaison, et aussi dans vin(g)t-deux, vin(g)t-trois, etc., malgré la consonne qui suit, soit par un souvenir de vin(g)t et deux, vin(g)t et trois, où se faisait la liaison, soit plutôt par analogie avec trente-deux, quarante-quatre, cinquante-sept, etc. Mais il ne sonne pas dans quatre-vin(gt)-un, -deux, -trois, etc., et cela se comprend: s’il sonnait par exemple dans quatre-vingt-trois, ce serait quatre fois vingt-trois, et non quatre fois vingt plus trois; il y a des siècles que cette distinction a été faite inconsciemment. Il est vrai que tous ces t, devant deux, deviennent nécessairement des d: _vin_d d_eux_; ce n’est pas une raison cependant pour prononcer vin(g)te_-deux_[825].

Le t sonne encore dans quelques mots étrangers, comme _can_t ou _pippermin_t[826].

=8º Restent= les consonnes. Le t ne sonne pas après un r: écar(t), exper(t), ressor(t), cour(t), et aussi heur(t), où il a longtemps sonné; spor(t) lui même est francisé, et dog-car(t) à peu près; mais _flir_t garde son t, même quand on le francise[827]. En revanche, le t sonne après et avec les consonnes c, l, p, s.

Pour les mots en =-ct=, nous avons vu plus haut qu’il ne fallait plus excepter que les mots en =-spect=, ami(ct) et instin(ct), mais non _exa_ct, _abje_ct, _verdi_ct, _distri_ct, _succin_ct et _distin_ct, ni aucun autre[828].

Les mots en =lt= ne sont pas des mots français: _cobal_t, _mal_t, _smal_t, _spal_t, _vel_dt, _vol_t, sauf le vieux mot _mou_lt, et _indu_lt, où l’orthographe a rétabli la prononciation disparue de lt[829].

Si des mots en =pt= nous éliminons se(p)t, examiné tout à l’heure, où le p ne sonne pas, et les mots en -empt et -ompt, où ne sonnent ni p ni t, il reste trois ou quatre mots savants où les deux consonnes se prononcent: _ra_pt, qui a longtemps flotté, _conce_pt, _transe_pt et _abru_pt[830].

Le groupe final =st= se prononce dans quelques mots, la plupart étrangers: _ha_st (armes d’), _balla_st, to(a)st, _e_st et _oue_st, _le_st, _zi_st et _ze_st, _whi_st, _o_st et souvent _compo_st. Il est muet dans le verbe e(st)[831].

Ajoutons pour terminer que l’h après le t final, qui d’ailleurs est toujours d’origine étrangère, ne change rien en français au son du t; mais naturellement le t suivi d’un h se prononce toujours: _feldspa_th, _ane_th, _zéni_th, _mammou_th, _lu_th et _bismu_th[832].

2º Le T intérieur et le groupe TI.

Dans le corps des mots, le =t= se maintient difficilement entre deux consonnes, si la dernière n’est pas un r, comme dans _as_t_ral_. Aussi est-il devenu muet dans as(th)me et as(th)matique, is(th)me et is(th)mique, et même pos(t-s)criptum et parfois pos(t)dater: c’est toujours la répugnance du français à prononcer trois consonnes consécutives qui ne s’accommodent pas ensemble, et c’est ordinairement celle du milieu qui est alors écrasée entre les autres, à moins qu’elle ne soit un s[833].

Dans les mots en =-iste=, comme dans les mots en =isme=, le peuple laisse volontiers tomber la syllabe finale: artis(te), anarchis(te). Il dit de même prétex(te) ou insec(te): paresse de langage, qu’il faut éviter.

L’h ne change rien au t, bien entendu: t(h)éâtre, t(h)on, t(h)ym, at(h)ée, got(h)ique, etc.

* * * * *

Mais la question la plus intéressante concernant le t intérieur est celle de son traitement devant l’i suivi d’une voyelle.

La règle générale n’est pas douteuse: Devant un i suivi d’une autre voyelle, le t _prend le son de l’_s dur[834].

Cette règle s’applique notamment à la plupart des mots en =-tie= et =-tien=, à presque tous les mots en =-tiaire=, =-tiel=, =-tieux=, =-tion=, avec tous leurs dérivés, et à une foule d’autres mots: _supréma_t_ie_, _iner_t_ie_, _béo_t_ien_, _ter_t_iaire_, _torren_t_iel_, _ambi_t_ieux_, _na_t_ion_, _na_t_ional_, etc., et aussi bien _nup_t_ial_, _gen_t_iane_, _spar_t_iate_, _pa_t_ient_, _pa_t_ience_, _sa_t_iété_, _pé_t_iole_, etc., etc.[835]

En réalité cette prononciation nous vient tout simplement de la prononciation adoptée depuis des siècles, à tort ou à raison, pour le latin[836]. Aussi appartient-elle essentiellement à des mots d’origine savante, tandis que les mots d’origine populaire conservent en principe le son normal du t, notamment quand l’i fait diphtongue étymologiquement avec un e, comme dans _pi_t_ié_.

On peut dire pourtant que la prononciation sifflante est la règle générale, d’abord parce que les mots de formation savante sont les plus nombreux, ensuite parce que les mots nouveaux ont ordinairement suivi l’analogie des précédents, et que les mots isolés qui sont restés en dehors de la règle tendent souvent à s’y soumettre. On constate même ce phénomène curieux d’une prononciation d’origine savante devenant populaire, et altérant par cela même d’autres mots savants, faute de pouvoir altérer les mots les plus usités.

J’ajoute qu’il est plus facile d’énumérer les exceptions que les cas où la règle s’applique, ainsi qu’on le fait parfois, non sans beaucoup d’omissions.

Les exceptions sont d’ailleurs nombreuses, et il y en a de toutes les sortes. On se rappelle la réponse de Nodier à Dupaty, qui prétendait qu’entre deux =i= le t avait toujours le son de l’s: «La règle est sans exceptions,» répondait-il à Nodier. Et Nodier de répliquer, du tac au tac: «Mon cher confrère, prenez picié de mon ignorance, et faites-moi l’amicié de me répéter seulement la moicié de ce que vous venez de dire.» Ceci se passait à l’Académie, où l’on peut croire que les rieurs ne furent pas pour Dupaty. Mais ce n’était là qu’un exemple, et il y a d’autres exceptions même entre deux i, sans compter les autres combinaisons, qui sont multiples[837].

I.--Il y a d’abord deux catégories de mots qu’il faut éliminer, parce que la prononciation sifflante est impossible ou à peu près. Ce sont:

1º Tous les mots dans lesquels le =t= est déjà précédé d’une sifflante, s ou x, ce qui empêche absolument le t de s’altérer, aussi bien en latin qu’en français: _bas_t_ion_, _ques_t_ion_, _immix_t_ion_ (une douzaine de mots en =-tion=); _dynas_t_ie_, _modes_t_ie_, _amnis_t_ie_ (une douzaine de mots en =-tie=); _bes_t_ial_, _bes_t_iole_, _ves_t_iaire_, etc., etc.[838].

A cette catégorie appartiennent aussi _é_t_iage_, _châ_t_ier_ et _chré_t_ien_ avec sa famille, autrefois _e_st_iage_, _cha_st_ier_ et _chre_st_ien_.

2º Tous les imparfaits et subjonctifs présents, où le t ne peut pas changer le son qu’il a dans les autres formes: _é_t_ais_, _é_t_ions_, _é_t_iez_, _por_t_ais_, _por_t_ions_, _por_t_iez_, que nous _men_t_ions_, que vous _men_t_iez_, etc.[839].

De plus, pour le même motif, les participes féminins des verbes en tir: _sor_t_i_, _sor_t_ie_, _anéan_t_i_, _anéan_t_ie_, etc., avec les substantifs de formation française dérivés des mêmes verbes: _rô_t_ie_, _garan_t_ie_, _par_t_ie_, _sor_t_ie_, et le féminin d’_appren_t_i_[840].

II.--Voici maintenant toute la collection des mots d’origine populaire où =-ti-= est suivi d’un e, et où le groupe =ie= est une diphtongue étymologique, le latin ayant à la place une voyelle unique, devant laquelle le t n’a pas pu s’altérer. Ce sont:

1º Les trois substantifs en =-tié=: _pi_t_ié_, _moi_t_ié_, _ami_t_ié_, avec _inimi_t_ié_[841];

2º Les adjectifs et substantifs en =-tier= ou =-tière=, à suffixe -ier, féminin -ière, comme _en_t_ier_ ou _héri_t_ier_, _jarre_t_ière_ ou _taba_t_ière_: ils sont près de deux cents[842];

3º Les mots qui ont le suffixe =-ième=, à savoir _sep_t_ième_, _hui_t_ième_, _ving_t_ième_, etc., avec _quan_t_ième_ ou _pénul_t_ième_[843];

4º Les formes verbales de tenir et ses composés, t_ient_ ou _con_t_ient_, _dé_t_iendra_ on _main_t_iendrait_, avec les dérivés _entre_t_ien_, _main_t_ien_, _sou_t_ien_[844];

5º Enfin les mots t_iède_, t_iers_ et t_ien_, où le t est initial, et _an_t_ienne_, où il ne l’est pas[845].

III.--Il y a encore un certain nombre de mots d’origines diverses.

1º Voici d’abord trois mots en =-tie=: _or_t_ie_, d’origine populaire[846]; _so_t_ie_, dérivé populaire de sot, qui avait deux t autrefois comme sottise, et qui a gardé sa prononciation en devenant savant; enfin _tu_t_ie_, qui ne vient pas du latin[847].

_Épizoo_t_ie_ est encore flottant[848].

2º Voici quelques mots plus ou moins savants, où =ti-= a résisté à l’analogie et a gardé la prononciation du grec: d’abord _éléphan_t_iasis_ ou _é_t_iologie_, sans compter tiare; d’autre part tous les mots où le t est séparé de l’i par un h, ce th étant grec: _sympa_t(h)ie, _py_t(h)ie, _corin_t(h)ien; de sorte qu’ici non seulement l’h ne change rien au t, mais aide à le conserver intact[849].

Pourtant la tendance générale est telle que le mot _chrestoma_t(h)ie a été fortement altéré et l’est encore assez généralement; mais la prononciation correcte de ce mot savant, qui n’est pas latin, est tie et non cie, et les jeunes professeurs commencent à la restaurer.

3º Il y a encore les mots qui ont un préfixe en =-ti=, à savoir: d’une part le mot _cen_ti_are_, qui a gardé devant le mot are la prononciation uniforme du préfixe centi-, quoiqu’une diphtongue s’y soit formée dès le principe; d’autre part les mots commençant par le préfixe anti-, comme _an_ti_alcoolisme_, où il n’y a point de diphtongue.

4º Restent quelques mots populaires d’origine inconnue: _galima_t_ias_, qu’une étymologie fantaisiste a rattaché à _Ma_th_ias_; _é_t_ioler_, _é_t_iolement_, qui se rattachent peut-être à _é_t_eule_; et aussi l’espagnol _pa_t_io_[850].

Cette énumération, qu’on trouvera ici pour la première fois, fut longue sans doute, mais celle des mots où le t est sifflant l’eût été davantage, et peut-être même impossible, en tout cas beaucoup plus difficile à classer méthodiquement[851].

3º Le T double.

Le =t= double se prononce encore simple assez généralement, et autrefois il n’y avait point d’exception.

Parmi les mots commençant par =att-=, qui sont fort nombreux, il n’y a guère qu’_a_t-t_ique_ et _a_t-t_icisme_ où l’on soit à peu près obligé de prononcer deux t[852]; mais il faut avouer que cette prononciation commence à atteindre fortement beaucoup d’autres mots où elle ne s’impose nullement, comme _a_t-t_enter_, _a_t-t_entif_, _a_t-t_énuer_, _a_t-t_errer_, _a_t-t_ester_, _a_t-t_iédir_, _a_t-t_itré_, _a_t-t_itude_, _a_t-t_ouchement_, _a_t-t_raction_, _a_t-t_ributif_, _a_t-t_rister_, _a_t-t_rition_.

Cette prononciation est plus correcte dans _ba_t-t_ologie_, _intermi_t-t_ent_ et _intermi_t-t_ence_, _commi_t-t_imus_ et _commi_t-t_itur_, _gu_t-t_ural_ et _gu_t-t_a-percha_; mais elle atteint aussi depuis plus d’un siècle d’autres mots, comme _sagi_t-t_aire_, _li_t-t_éraire_, _li_t-t_éral_, _li_t-t_érature_, _li_t-t_oral_ et _pi_t-t_oresque_.

Elle est d’ailleurs légitime dans les mots qui viennent de l’italien, où les deux consonnes se prononcent régulièrement: _conce_t-t_i_, _vende_t-t_a_, _je_t-t_atura_, _dile_t-t_ante_, _libre_t-t_o_ et _libre_t-t_iste_, _grupe_t-t_o_, _tu_t-t_i_ et _so_t-t_o voce_, et aussi dans _gu_t-t_a-percha_. Mais on ne prononce plus qu’un t généralement dans ghe(t)t_o_ et confe(t)t_i_, qui se sont popularisés, souvent aussi dans larghe(t)t_o_[853].

On ne prononce jamais qu’un t dans sco(t)t_ish_[854].

V et W.

Le =v= s’appelait autrefois =u= consonne, et ne se distinguait pas typographiquement de l’u[855].

Du v simple il n’y a rien à dire, sinon qu’il faut éviter de le supprimer devant oi, et de dire (v)oiture, (v)oilà, la(v)oir, au r(ev)oir[856].

Le =v= allemand se prononce =f=; mais cela ne nous intéresse guère que pour les noms propres non francisés[857].

Le v a aussi le son de l’f à la fin des noms slaves, surtout après un o, où il est souvent double[858].

Le =w= n’est pas français. Mais le w germanique se prononce comme le v français, ainsi que celui du polonais _redo_w_a_[859].

Le =w= anglais demande plus d’attention.

En principe, devant une voyelle, il a le son de la semi-voyelle ou: w_ater-closet_ ou w_aterproof_, w_attman_, w_arf_, w_hist_, w_hig_, w_isky_, w_ig_w_am_, w_orkhouse_, _s_w_ell_, _tram_w_ay_, _rail_w_ay_, _sand_w_ich_[860]. Mais quand il se francise, c’est presque toujours en v; ainsi il est complètement francisé en v dans w_agon_ et ses dérivés, à peu près dans w_arrant_ et ses dérivés, souvent aussi dans w_aterproof_, quoiqu’on ne francise pas oo, et dans w_ater-closet_ ou w_attman_. S’il s’est francisé définitivement en ou dans w_hist_, c’est parce que le mot ne s’est pas répandu dans le peuple; mais _tram_w_ay_ a beaucoup de peine à se franciser tout à fait avec le son ou, qui pourtant semble l’emporter[861].

Nous avons réduit aw à au dans _outl_aw, _l_aw_n-tennis_, _tomah_aw_k_, _dr_aw_back_[862].

Nous avons accepté pour l’anglais ew la prononciation iou; ainsi pour _mild_ew, qui eut la chance d’être appris par l’oreille et non par l’œil; mais nous l’écrivons beaucoup mieux mildiou, comme il convient. _Intervi_ew se prononce indifféremment viev ou viou, et le premier finira sans doute par s’imposer, ne fût-ce qu’à cause du dérivé _intervi_ew_er_, pour lequel la prononciation viou-ver est assez ridicule[863].

L’anglais ow se prononce comme o fermé dans _b_o(w)-_wind_o(w), _r_o(w)ing, _arr_o(w)-root, _sn_o(w)-boot, et quelquefois co(w)-boy (pour caouboï); d’autre part nous réduisons facilement ow à ou dans _cl_ow_n_, _teag_ow_n_, _c_ow_pox_ ou _br_ow_ning_[864].

X et Z

1º L’X final.

A la fin des mots français, l’=x= n’est plus généralement qu’un signe orthographique qui tient simplement la place d’un s[865]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s du pluriel, notamment après u, dans tous les mots en -aux, -eux, -oux, au singulier comme au pluriel: fau(x), veau(x), aïeu(x), heureu(x), dou(x), genou(x), etc., etc.[866]. Il n’y a même pour ceux-là aucune exception, pas même pour deu(x), dont l’x s’est amui, comme l’s de troi(s), quoiqu’il se soit conservé dans six et dix, dont nous allons parler[867].

L’x final ne se prononce pas davantage dans pai(x), fai(x) et ses composés, ni dans les mots en -oix[868].

Il ne se prononce pas non plus dans pri(x), perdri(x) et crucifi(x), ni dans flu(x), reflu(x), influ(x)[869].

On vient de voir que l’x final se prononce par exception dans les noms de nombre six et dix, comme se prononcent les consonnes finales de _cin_q, _sep_t, _hui_t, _neu_f; mais ceci demande des explications.

D’abord cet x devrait s’écrire s, comme autrefois, car il a conservé ici le son de la langue vulgaire, où il a toujours sonné comme un s: _j’en ai si_x, _page di_x, _Charles di_x, _le si_x mai, _le di_x août.

En second lieu, il faut excepter, bien entendu, suivant la règle des adjectifs numéraux, les cas où six et dix sont suivis d’un pluriel commençant par une consonne: di(x) francs, si(x) sous, si(x) cents, di(x) mille[870].

Mais d’autre part, si le pluriel commence par une voyelle, ce n’est encore pas le son normal de l’s qu’on entend; car il se produit alors simplement un phénomène de liaison, d’où il résulte que l’s est doux[871]. De là la différence qu’il y a entre _si_x hommes (si-zom) et _si_x avril (si-savril): le nom du mois n’étant pas multiplié, dix et six se prononcent dis et sis devant avril, août, octobre, comme devant mai, juin ou septembre. A vrai dire, on prononce souvent si zavril comme si zhommes, comme on dit aussi entre si zet huit, mais ce sont des abus de liaison; au pis aller, pour _si_x et huit, on peut choisir entre le son dur et le son doux, tandis que pour _si_x hommes on n’a pas le choix: l’s est nécessairement doux.

On fait aussi la liaison par analogie, et quoiqu’il n’y ait pas multiplication, dans dix-huit (dizuite) et ses dérivés.

Par analogie avec _di_x_-huit_, on prononce également un s doux dans _di_x_-neuf_, comme on prononce le t dans _ving_t_-quatre_ ou _ving_t_-neuf_.

Dans _di_x_-sept_, l’x garde le son de l’s dur à cause de l’autre s qui suit: dis-sète; d’ailleurs, quand on parle vite, on dit facilement di-sète, l’s double se réduisant à un, comme dans tous les mots populaires[872].

On prononce de même avec un s dur les termes de musique _si_x_-quatre_ ou _si_x_-huit_, quoiqu’il y ait multiplication, parce qu’en réalité ce n’est pas quatre et huit qui sont multipliés, mais seulement les notes représentées par ces chiffres, de sorte que les deux chiffres qui indiquent la mesure restent toujours distincts; sizuit est donc encore un abus de liaison, d’ailleurs très tolérable.

* * * * *

Comme six et dix, _coccy_x se prononce avec un s simple, au moins par euphonie[873].

* * * * *

En dehors de six, dix et coccyx, quand l’x final se prononce, il se prononce cs. Mais cela n’a lieu que dans des mots grecs, latins ou étrangers, comme _inde_x, _sile_x ou _sphin_x[874].

2º L’X intérieur.

Dans le corps des mots, l’x se prononce en principe cs devant une voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes, _a_x_e_, _ri_x_e_, _se_x_e_[875]; et aussi bien dans _la_x_atif_, _a_x_iome_ ou _ma_x_ime_, _le_x_ique_ ou _se_x_uel_, _fi_x_er_ ou _lu_x_ure_, comme dans _te_x_tuel_, _bisse_x_til_ ou _mi_x_ture_[876].

Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste beaucoup d’autres où l’x ne se prononce pas ou pas toujours cs[877].

D’abord nous retrouvons l’s dur simple de la prononciation populaire dans _soi_x_ante_ et ses dérivés, où l’x étymologique a été rétabli après coup, comme dans six et dix[878].

Nous retrouvons aussi l’s doux de la simple liaison dans les dérivés de deux, six et dix: _deu_x_ième_, _di_x_ième_, _si_x_ième_, _si_x_ain_ se prononcent comme deu(x) hommes ou si(x) hommes[879].

* * * * *

Mais surtout les mots qui commencent par =ex= ou =x= demandent un examen spécial.

On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante, c’est-à-dire devant =ce= ou =ci= ou devant un =s=, la seconde partie de l’x se confondant nécessairement avec le son qui suit, le son ecs se trouve réduit à ec: _e_c-c_ellent_, _e_c-c_entrique_ ou _e_c-s_angue_[880].

Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple, à réduire ecs, non à ec, mais à es: _e_s_trême_, _e_s_cuse_, _e_s_press_[881].

Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y a qu’une consonne, comme dans _e_s_cuse_, autrefois correct. Elle est plus admissible dans les mots commençant par excl- ou excr-, comme _e_x_clamation_ ou _e_x_crément_, mais là même elle est familière et médiocrement correcte[882].

* * * * *

D’autre part et surtout, devant une voyelle, ex- initial (ou hex-) s’adoucit régulièrement en egz. Par exemple: _e_x_alter_, _e_x_haler_, _e_x_écuter_, _e_x_iger_, _e_x_otique_, _e_x_ubérant_, _he_x_amètre_, etc., et, par suite, _ine_x_igible_ ou _ine_x_act_; il faut y ajouter _se_x_agénaire_ et _se_x_agésime_, et peut-être aussi _se_x_ennal_[883]. Seuls _e_x_écration_ et _e_x_écrable_ sont très souvent prononcés avec cs, par emphase.

Cette tendance à adoucir l’x après l’e initial est si forte qu’elle atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même pas de dire _e_x_eat_ ou _e_x_ercitus_ avec gz: même une expression latine composée comme _e_x æquo, qui ne peut guère s’altérer en latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif: un ex æquo, des ex æquo, et par suite comme un mot simple. _E_x abrupto s’altère beaucoup moins souvent[884].

En tête des mots, l’x ne garde le son de cs que parce que les mots, d’ailleurs en très petit nombre, sont savants et d’un usage restreint: x_érasie_, x_érophagie_, x_iphoïde_, x_ylographie_; encore devient-il gz très souvent dans x_ylophone_, qui est un peu plus connu[885].

3º Le Z

Le =z= final, dans les mots proprement français, est dans le même cas que l’x: il remplace simplement un s, même quand il représente étymologiquement ts[886]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s ou l’x, notamment dans toutes les secondes personnes du pluriel: aime(z), aimie(z), aimerie(z), etc.

Il ne se prononce pas davantage dans le mot sonne(z), qui est en réalité un impératif, ni dans les substantifs ne(z) et bie(z), disparu devant bief, ni dans l’adverbe asse(z) et les prépositions che(z) et re(z), de re(z)-de-chaussée[887].

On voit que le z final muet suit généralement un e; mais le z ne se prononce pas davantage dans ra(z) de marée, ni dans ri(z); et si, en France, on le prononce ordinairement dans _ran_z des vaches, en Suisse on prononce ran, et on doit y savoir comment ce mot se prononce[888].

Le z final se prononce dans _ga_z et dans _fe_z; mais ce sont des mots étrangers[889].

Le z final allemand, avec ou sans t devant, se prononce ts: _quar_tz, _kronprin_z[890].

Et même tz après l se réduisent le plus souvent à un s: eau de sel(t)z[891].

On n’entend également qu’un s dans _ruol_z.

Dans le corps ou en tête des mots, le z français a toujours le son d’un s doux devant une voyelle: z_èle_, z_one_, _bron_z_é_, _topa_z_e_, _ri_z_ière_, etc.

Il en est de même du =z=, simple ou double, des mots étrangers, quand nous les francisons: _la_z_arone_, _scher_z_o_, pou(z)z_olane_, mue(z)z_in_, souvent aussi ra(z)z_ia_ ou la(z)z_i_[892].

Quand nous ne francisons pas les mots étrangers, le z allemand se prononce ts[893].

Le z italien, simple ou double, se prononce quelquefois aussi ts, comme dans _gra_z_ioso_, plus souvent dz: _pia_zz_a_, _pia_zz_etta_, _la_zz_i_, _me_zz_o_, _me_zz_anine_, _pi_zz_icati_[894].

L’espagnol _pla_z_a_ se prononce plaça.

RÉCAPITULATION DES CONSONNES

On vient de voir de quelles manières différentes peuvent se prononcer à l’occasion les mêmes lettres, sans compter les cas où elles ne se prononcent pas du tout. Nous allons, pour récapituler ce chapitre, faire rapidement l’inverse, et montrer de combien de manières s’écrit chez nous chacun des sons que nous employons.

On a déjà vu les innombrables graphies des voyelles nasales; ceci achèvera de faire admirer comme il convient la logique de notre orthographe. Cette fois nous suivrons l’ordre rationnel qui est sans inconvénients.

Parmi les explosives, les labiales =b= et =p= et les dentales =d= et =t= se bornent à pouvoir s’écrire simples ou doubles, tout en se prononçant simples: _ha_b_it_ et _a_bb_é_, _râ_p_er_ et _a_pp_el_, _a_d_ieu_ et _a_dd_ition_, _bâ_t_ir_ et _ba_tt_re_. Elles peuvent aussi s’interchanger: _a_b_sent_ devient _a_p_sent_ et _mé_d_ecine_ devient _me_t_sine_. Tout cela est peu de chose et, si le reste y ressemblait, notre orthographe serait une pure merveille[895].

Mais pour les gutturales, c’est une autre affaire: la gutturale forte ou sourde s’écrit c dans _ra_c_onter_, cc dans _a_cc_ord_, ch dans ch_rétien_, k dans k_épi_, ck dans _bo_ck, kh dans kh_édive_, q dans _co_q, qu dans qu_atre_, cq dans _Ja_cq_ues_, cqu dans _be_cqu_eter_, x dans _e_x_cès_ ou X_érès_, et même g dans _Bour_g, sans compter qu’elle fait ordinairement la moitié de l’x; la gutturale douce ou sonore s’écrit g dans g_rave_, gg dans _a_gg_raver_, gu dans gu_eule_, gh dans gh_etto_, c dans _se_c_ond_, parfois même ch dans _dra_ch_me_, ou qu dans _a_qu_educ_, et fait la moitié de l’x dans _e_x_emple_.

De même, parmi les spirantes, nous retrouvons un peu plus de simplicité dans les fricatives et les chuintantes: les fortes s’écrivent seulement de quatre manières: f, ff, ph ou v, et ch, sh, sch ou j: f_ait_, _e_ff_et_, ph_are_, crè(v)e_-cœur_, et ch_at_, sh_ako_, sch_isme_, _re_j(e)ter; les douces n’en ont que trois: v, w ou f, et j, g ou ge: v_ague_, w_agon_, _neu_f ans, et _en_j_ôler_, _rou_g_ir_, g_eôle_, sans compter _ta_ch(e) de vin.

Mais les sifflantes se rattrapent: la forte s’écrit s dans s_el_, ss dans _a_ss_ez_, c dans c_e_c_i_, ç dans _re_ç_u_, sc dans sc_ie_, t dans _pa_t_ience_, x dans _soi_x_ante_, z dans _quart_z, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié de l’x, quand l’x se prononce, et aussi la seconde moitié du z, quand on le prononce ts; la douce s’écrit z dans z_èle_, zz dans _pou_zz_olane_, s dans _rai_s_on_, x dans _deu_x_ième_, et fait la seconde moitié de l’x dans _e_x_emple_.

Les sons de =l=, =m=, =n=, =r= se bornent à s’écrire par une lettre ou par deux; r devient aussi rh dans rh_um_.

Enfin =l= mouillé s’écrit ll dans _bi_ll_e_, ill dans _pa_ill_e_, l simple dans _genti_l_homme_, lh dans _Mi_lh_au_, gli dans _Bro_gli_e_. L’n mouillé se contente de gn dans _a_gn_eau_ ou ign dans _o_ign_on_, et au besoin ni dans _pa_ni_er_, sans parler de ñ dans _do_ñ_a_.

Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne et que la langue surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant soustraite ainsi à de graves dangers d’altération.

Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue _ortho_graphe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur ce point n’appartenait à l’anglaise?

LES LIAISONS

Quelques considérations préliminaires.

Au début du XVIᵉ siècle, toutes les consonnes finales se prononçaient partout, sauf devant un mot commençant par une consonne, quand les deux mots étaient liés par le sens[896].

Au contraire, à partir du XVIIᵉ siècle, les consonnes ont généralement cessé peu à peu de se prononcer dans l’usage ordinaire, sauf devant une voyelle (ou un h muet), quand les mots étaient intimement liés par le sens. Je dis dans l’usage ordinaire, parce que les consonnes sont tombées beaucoup moins vite dans la prononciation oratoire et dans celle des vers, surtout à la rime. D’ailleurs, même dans l’usage courant, les consonnes ne sont pas tombées dans tous les mots. D’autre part, beaucoup de consonnes tombées ont reparu et reparaissent encore grâce à l’orthographe: ne faut-il pas parler comme on écrit? Mais alors c’est tout ou rien: ou bien la consonne se prononce toujours, ou bien elle ne se prononce jamais.

Il y a pourtant des consonnes qui ont continué a se prononcer seulement devant une voyelle, dans certains cas: ce qui reste de cette prononciation, c’est ce qu’on appelle communément liaison. La consonne finale ainsi prononcée sert phonétiquement d’initiale au mot suivant[897].

Les liaisons sont encore très usitées en vers, d’abord parce que la poésie est essentiellement traditionnaliste, ensuite parce qu’en vers elles ont pour but et pour effet d’empêcher l’hiatus, que la plupart des poètes évitent encore avec soin. Aussi n’est-il pas impossible que la poésie devienne un jour comme le Conservatoire ou le Musée des liaisons; elle les conserverait comme elle conserve tant d’autres choses surannées, en prosodie, en vocabulaire, en syntaxe.

Dans la prose, et surtout dans la conversation ordinaire, on en fait infiniment moins. Un certain nombre pourtant sont encore obligatoires. D’autres seraient ridicules ailleurs qu’en vers.

D’ailleurs un grand nombre de liaisons sont facultatives et dépendent souvent du goût de chacun. Mais elles dépendent encore davantage des circonstances: il est évident qu’on en fait plus en lisant qu’en parlant, parce qu’en lisant on recherche la correction du langage, tandis qu’en parlant on ne cherche qu’à se faire comprendre avec le moins d’effort possible; on en fait plus aussi dans un discours suivi, pour le même motif, que dans une conversation familière.

D’une façon générale, les professeurs en font plus que les gens du monde, à cause de l’habitude qu’ils en ont; les instituteurs en font trop, non pas tant peut-être en parlant qu’en enseignant à lire, car ils ne savent pas toujours que, même en lisant, il y en a qu’on ne fait pas.

Mais les acteurs surtout en abusent étrangement, soit sous prétexte de correction, soit parce qu’ils s’imaginent qu’ils se font mieux comprendre, et cela à la Comédie-Française comme ailleurs, plus qu’ailleurs, hélas! et dans la comédie en prose aussi bien que dans la tragédie. Pourtant ils devraient comprendre que, dans la comédie, un personnage qui ne parle pas comme tout le monde est ridicule; et la tragédie même, comme tout théâtre en vers, est assez artificielle par elle-même pour qu’on n’y ajoute pas encore des artifices surannés, quand il n’y a pas nécessité[898].

* * * * *

Avant d’entrer dans le détail des liaisons, nous indiquerons quelques règles générales.

On sait déjà que la liaison est interdite (aussi bien que l’élision, car les deux vont presque toujours ensemble) devant un h aspiré. Elle l’est également dans d’autres cas dont voici l’énumération[899]:

1º Devant les noms de nombre un et onze: les numéro(s) un et deux, sur le(s) une heure[900]; no(s) onze enfants, aprè(s) onze heures, Loui(s) onze; et, quoiqu’on dise régulièrement il es(t) t_onze heures_, avec liaison, cas spécial, on dira pourtant ils étai(ent) onze ou ils son(t) onze[901];

2º Devant l’adverbe oui: je di(s) oui; pour un oui, pour un non[902];

3º Devant les interjections: ce(s) ah! ce(s) oh! et en général quand on cite un mot isolé, qu’on isole précisément en ne liant pas[903];

4º Devant uhlan, et devant les mots commençant par un y grec suivi d’une voyelle, parce que cet y fait alors fonction de semi-voyelle: de(s) uhlans, de(s) yachts, de(s) youyous.

De plus il ne peut y avoir de liaison qu’entre des mots liés par le sens, parfois même très étroitement. Il ne saurait donc y avoir de liaison, en principe, même dans la lecture, par-dessus un signe de ponctuation.

Il va sans dire aussi que les liaisons, étant conservées, en principe, dans une intention d’harmonie, et notamment pour éviter les hiatus, ne sauraient être maintenues dans les cas où elles produisent à l’oreille un son plus désagréable que ne serait l’absence de liaison.

En outre, il n’y a plus aujourd’hui de liaison proprement dite pour les quatre liquides grecques, l, m, n, r, sauf d’une part le cas des nasales, qui sera étudié spécialement, et d’autre part trois ou quatre adjectifs en -ier, surtout premier et dernier, quand ils sont devant un substantif, suivant une loi que nous étudierons plus loin: premie(r) r_acte_, dernie(r) r_acte_. Il y a bien encore les infinitifs en -er, mais ils se lient de moins en moins en prose, sauf la prose oratoire, et cette liaison sera bientôt réservée exclusivement à la poésie[904]. Même laisse(r)-aller ne se lie pas.

On se rappelle qu’ici, en cas de liaison, l’e s’ouvre à demi, comme dans premier et dernier: mangè(r) r_avec plaisir_, donnè(r) r_aux pauvres_, etc.[905].

Ces cas étant éliminés, il ne reste plus que les muettes et les spirantes.

Enfin, tandis que les consonnes finales qui se prononcent toujours gardent aujourd’hui devant une voyelle le même son que devant une consonne (_le li_s est blanc), au contraire celles qui ne se prononcent qu’en liaison, ou dans des cas limités, peuvent s’altérer, les muettes ne se liant qu’avec le son de la forte, p, k, t, tandis que les spirantes ne se lient en principe qu’avec le son de la douce, v et z[906].

LIAISONS DES MUETTES

1º Les labiales et les gutturales.

Les labiales ne se lient pas, sauf le p des adverbes beaucoup et trop devant un participe ou un adjectif, ou devant la préposition à. Il y conserve son articulation normale, étant une forte: il a beaucou(p) p_appris_, il y a beaucou(p) p_à faire_, tandis qu’on ne fait pas de liaison dans il y a un cou(p) à faire; de même j’ai tro(p) p_à dire_, je suis tro(p) p_ému_. Encore ces liaisons ne sont-elles pas tout à fait obligatoires dans la conversation, sauf peut-être la dernière, à cause du lien étroit qui est entre les mots.

On dit aussi: qui tro(p) p_embrasse mal étreint_, à cause de l’inversion qui appuie trop sur embrasse; mais on ne peut plus dire tro(p) p_est trop_, et ce n’est guère qu’en vers qu’on peut prononcer c’est dire beaucou(p) p_en peu de mots_, ou encore beaucou(p) p_ont cru_.

En vers, on peut même encore lier coup: par un cou(p) p_imprévu_, mais seulement avec un adjectif, et cela prend un air assez archaïque. On ne saurait aller plus loin, et l’on dira toujours, même en vers, un plom(b) assassin, un cham(p) immense, le cam(p) ennemi, un dra(p) usé, voire même un lou(p) affamé, et à fortiori du plom(b) et du fer.

* * * * *

Les gutturales ne se lient pas beaucoup plus: le cri(c) est lourd, fran(c) et net, blan(c) et noir, et aussi bien du blan(c) au noir, de flan(c) en flanc, l’étan(g) est vide, et aussi bien un étan(g) immense, n’admettent plus la liaison, même en vers.

Les jugements de cour vous rendront blan(c) ou noir[907].

Toutefois on peut encore lier, même en prose, le c de l’adjectif franc devant un substantif: un fran(c) k_étourdi_, et on lie toujours les expressions composées fran(c) k_archer_, fran(c) k_alleu_] et à fran(c) k_étrier_. Ceci permettra peut-être de lier en vers:

Être fran(c) k_et sincère est mon plus grand talent_[908];

mais c’est tout juste, et taba(c) k_à priser_ ne saurait plus guère passer aujourd’hui, et moins encore il me convain(c) k_assez_.

Quoique le c de croc isolé ne se lie jamais, on le lie nécessairement dans cro(c)-k_en-jambe_ (avec ouverture de l’o), les mots composés étant généralement traités comme des mots simples, où toutes les consonnes se prononceraient normalement[909].

* * * * *

Dans les mots en -spect, c’est le c qui se lie, mais on ne le lie en prose que dans l’expression inséparable respe(ct) k_humain_, tandis qu’en vers la liaison est encore acceptable partout:

Et cent brimborions dont l’aspe(ct) k_importune_[910].

Le g ne se lie plus dans l’usage courant que dans l’expression composée san(g) k_et eau_. Dans la lecture, on y ajoute san(g) k_humain_, san(g) k_artériel_, en vers seulement san(g) k_impur_.

On peut aussi lier en vers ou dans le style oratoire le g de ran(g): ran(g) k_élevé_, mais non pas cependant ran(g) k_auquel!_ De même celui de lon(g):

Quittez le lon(g) k_espoir_ et les vaines pensées[911].

Mais en prose on prononce sans liaison même une expression composée comme de lon(g) en large.

On voit qu’en liaison, comme nous l’avons dit, la gutturale douce devient forte[912].

On fait aussi entendre le g de jou(g) et celui de le(gs) devant une voyelle, cette fois sans le changer en c, mais ceci est plutôt un fait de prononciation qu’un phénomène de liaison.

A l’intérieur d’oran(g)-outan(g), malgré la règle générale, il n’y a pas de liaison.

D’autre part, avec cler(c) et por(c), et les mots en er(g) et our(g), la liaison est inutile, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter[913].

2º Les dentales, D et T.

Les dentales, d et t, se lient infiniment plus que les autres muettes, et ceci va nous permettre d’énoncer quelques principes généraux[914]. Naturellement, vu le nombre des liaisons, c’est ici surtout qu’intervient le goût personnel, et beaucoup de liaisons qui sont nécessaires en vers sont facultatives dans le langage courant, où l’hiatus est fréquent; mais il y a aussi des liaisons qui sont interdites partout ou obligatoires partout.

I. =Les verbes.=--Il y a d’abord l’innombrable catégorie des formes verbales, troisièmes personnes et participes.

Pour les troisièmes personnes autres que celles en -ent, et même pour aient ou soient, traités comme ait et soit, la liaison est encore très souvent obligatoire. Plus les formes sont usitées, plus la liaison est nécessaire: par exemple l’emploi de formes comme est ou sont, avait ou ont, sans liaison, est certainement incorrect, surtout si ce sont des auxiliaires, comme dans ils on(t) t_aimé_[915]. De même devant l’infinitif: il veu(t) t_aller_, il vi(t) t_entrer_, ou encore il veu(t) t_y aller_, il veu(t) t_en avoir_. On lie également, et plus nécessairement encore, quand il y a inversion du verbe et du sujet: di(t)-t_il_, que per(d)-t_on?_

Hors ces cas, la liaison est moins nécessaire: il pein(t) t_avec feu_, ou il pren(d) t_un livre_, ou ils mangeaien(t) t_et buvaient_, ne sont pas aussi indispensables que il e(st) t_à Paris_; pourtant ce sont encore les seules formes qui soient admissibles, quand on veut parler correctement.

Il en est de même pour les finales muettes en -ent: on dit assez facilement et de plus en plus, ils mange(nt) un morceau et recommence(nt) à travailler; mais ils mange(nt) t_un morceau_, ils aime(nt) t_à rire_, deux noires vale(nt) t_une blanche_ sont encore des façons de parler beaucoup plus correctes, sans qu’on y puisse relever le moindre pédantisme.

Il n’y en a aucun non plus à lier les participes, surtout les plus employés: ceci est fai(t) t_avec soin_, est encore fort usité, et d’une diction plus soignée que fai(t) avec soin; de même ils étaient là mangean(t) t_et buvant_, encore que ce ne soit pas indispensable.

II. =Adjectifs et adverbes.=--Il y a ensuite la catégorie également innombrable des adjectifs et des adverbes. Mais ici encore il faut distinguer.

Dans le langage parlé, l’adjectif se lie à peu près uniquement, mais obligatoirement, avec le substantif qui le suit; seulement on ne peut mettre devant le substantif, dans la langue courante, qu’un très petit nombre d’adjectifs généralement courts. C’est d’abord cet et tout, qui se lient toujours, étant toujours devant le substantif: ce(t) t_homme_ ou tou(t) t_homme_; puis quelques autres, dont la place peut varier: gran(d) t_homme_, sain(t) t_homme_, parfai(t) t_honnête homme_, secon(d) t_acte_; de même encore ving(t) t_hommes_ ou cen(t) t_hommes_. Cette liaison est donc en somme assez restreinte, car une expression comme froi(d) t_hiver_ appartient déjà au langage écrit; en parlant, on dit plutôt hiver froid. En tout cas, la liaison est nécessaire dans cette construction, parce que le lien y est plus étroit entre les mots ainsi placés, l’adjectif étant en quelque sorte proclitique et s’appuyant sur le substantif[916].

* * * * *

Si l’adjectif n’est pas devant son substantif, il ne se lie plus guère qu’en vers, pour éviter l’hiatus, ou tout au plus dans la lecture. Dans le langage parlé, on dira bien encore, si l’on veut, j’ai froi(d) t_aux pieds_, parce qu’il y a là comme une expression toute faite où froid devient substantif, puisqu’on dit de même le froi(d) t_aux pieds_. Mais on ne dit pas le chau(d) t_aux pieds_; on dira donc j’ai chau(d) aux pieds, malgré l’hiatus de deux voyelles identiques; on dit même sans liaison chau(d) et froid, qui est pourtant une expression composée, mais composée de deux substantifs; on dira donc à fortiori alternativement chau(d) et froid; et de même presque uniquement il est gran(d) et fort, un sain(t) a pu seul..., le secon(d) est venu[917].

En revanche la préposition à requiert ordinairement la liaison de l’adjectif devant son complément, à cause du lien étroit qui les joint: tou(t) t_à vous_, prê(t) t_à sortir_[918].

* * * * *

De même que l’adjectif se lie au substantif, l’adverbe de manière se lie nécessairement à l’adjectif. C’est d’abord tout, bien entendu; par exemple il est tou(t) t_autre_; de même vraimen(t) t_aimable_, tendremen(t) t_aimé_, tout à fai(t) t_extraordinaire_.

On dit de même encore commen(t) t_allez-vous?_ à cause du lien intime qui unit les mots; et la liaison n’est pas moins indispensable dans quan(t) t_à_, comme elle se faisait autrefois dans quan(d) t_et quand_.

Quand le lien est moins intime, l’adverbe se lie encore, mais moins nécessairement: partou(t) t_où vous serez_, tan(t) t_il est beau_, tellemen(t) t_on est serré_; de même pour autant ou tantôt répétés, pour aussitôt, bientôt, souvent, cependant; mais on lie nécessairement dans aussitô(t) t_après_ ou bientô(t) t_après_.

La négation point se lie toujours, étant inséparable de ce qui la suit: je ne t’ai poin(t) t_aimé!_

De même le pronom relatif dont et la conjonction quand: quan(d) t_il viendra_, don(t) t_il est_. De même ou à peu près les prépositions avant, pendant, devant et autres, avec leurs régimes: avan(t) t_un jour_, pendan(t) t_un jour_, devan(t) t_une femme_[919].

III. =Les substantifs.=--Les liaisons que nous venons d’examiner sont à peu près les seules. Par conséquent les substantifs en principe ne se lient plus, sauf en vers, bien entendu. Et encore, même en vers, le d ne se lie guère: un nœu(d) assorti, le ni(d) est vide, blon(d) ardent s’imposent partout et toujours. Que dis-je? Le petit cha(t) t_est mort_, si cher aux ingénues de la Comédie-Française, a bien de la peine à passer. Sans doute c’est ainsi que Molière prononçait; mais aujourd’hui on se demande s’il ne vaudrait pas mieux éviter l’hiatus avec une pause, ou simplement laisser l’hiatus.

Quant au langage courant, il ne lie plus guère ni d ni t, même quand le substantif est suivi de son adjectif. Ceci permet de distinguer par exemple un savan(t) t_Allemand_, où savant est adjectif, et un savan(t) allemand, où savant est substantif, distinction qu’on ne fait pas en vers, quand on dit:

Un sot savan(t) t_est sot plus qu’un so_(t) t_ignorant_[920].

En prose on évitera tout au plus l’hiatus de deux voyelles identiques: en quel endroi(t) t_avez-vous vu_; encore cette liaison convient-elle mieux à la lecture qu’à la conversation[921].

* * * * *

Tout lui-même, qui se lie si facilement, et même si nécessairement, ne se lie plus dans le langage courant, quand il est substantif: le tou(t) et la partie, le tou(t) est de savoir, tandis que le pronom indéfini sujet se lie toujours: tou(t) t_est fini_.

Toutefois, ici encore, la préposition à, je ne dis plus requiert, mais admet régulièrement la liaison, nous avons droi(t) t_à cette faveur_.

De plus la liaison reste nécessaire, comme partout, dans les mots ou expressions composés: d’abord, naturellement, celles où entre le mot tout; puis d’autres, comme gue(t)-t_apens_, pon__(t) t_aux ânes_, mo(t) t_à mot_, po(t) t_à eau_, po(t) t_au lait_, po(t) t_au feu_, po(t) t_au noir_, po(t) t_aux roses_[922]; et aussi peti(t) t_à petit_, de hau(t) t_en bas_, d’un bou(t) t_à l’autre_, bou(t) t_à bout_, bu(t) t_à but_, de bou(t) t_en bout_, de bu(t) t_en blanc_, de fon(d) t_en comble_, de momen(t) t_en moment_, de poin(t) t_en point_[923]; et même accen(t) t_aigu_, et c’est un droi(t) t_acquis_. Et ainsi pied, qui avait perdu son d, et pour lequel Malherbe et Ménage n’acceptaient aucune liaison, a repris celles de pie(d) t_à terre_, de pie(d) t_en cap_, et même pie(d) t_à pied_; et l’on distingue avoir un pie(d) t_à terre_ (logement) et avoir un pie(d) à terre (sens littéral).

En revanche, cha(t) échaudé ou cha(t) en poche ne sauraient passer pour des mots composés, et la liaison ne s’y fait plus guère, malgré Littré. Elle n’est même plus indispensable dans au doi(gt) et à l’œil, pas plus que dans mon(t) Etna, mon(t) Hécla ou mon(t) Œta, où elle est seulement possible[924].

IV. =Après un R.=--Mais il y a surtout une catégorie de liaisons qu’il importe absolument d’éviter, en vers aussi bien qu’en prose: c’est celle des finales où le t est précédé d’un r; ou plutôt la liaison s’y fait si naturellement par l’r, qu’on n’a nul besoin d’en chercher une autre, qui est depuis longtemps condamnée.

C’est une chose dont on ne convaincra pas facilement la plupart des comédiens! Et je ne parle pas seulement des chanteurs, qui ne croiraient pas vibrer suffisamment s’ils ne criaient pas Mor(t) t_à l’impie_! La tradition est pareille à la Comédie-Française, mais elle n’en est pas meilleure, et prendre par(t) t_à_, qu’on y entend, ne saurait pas plus passer que par(t) t_à deux_, qui serait grotesque.

De même, avec un d, bavar(d) impudent, regar(d) e_ffaré_, abor(d) aimable, sour(d) et muet, et aussi bien avec un t, _ar_t exquis ou même ar(t) oratoire, un quar(t) au moins, un rempar(t) infranchissable, déser(t) immense, por(t) ouvert, ver(t) et bleu, et à fortiori le sor(t) en est jeté, ne sauraient admettre de liaison en aucune circonstance et sous aucun prétexte.

Même si l’adjectif est devant le substantif, mieux vaut ne pas lier: un for(t) avantage, un cour(t) espace de temps. Il en est de même des verbes: il par(t) au matin, il conquier(t) un empire, il est mor(t) avant l’âge.

Ainsi la règle est presque absolue aujourd’hui et on n’y fait plus que fort peu d’exceptions.

L’usage s’est généralisé peu à peu de lier le t de l’adverbe fort, par analogie avec trop, tant et les autres; on dit donc aujourd’hui généralement for(t) t_habile_ ou for(t) t_aimable_, mais jamais le for(t) t_et le faible_, ni le plus for(t) t_en est fait_, ni même for(t) t_en gueule_[925].

On lie aussi le t, bien entendu, dans les formes interrogatives, qui d’ailleurs sont de moins en moins usitées: par(t)-t_il_? d’où sor(t)-t_il_? On peut même dire cela ne ser(t) t_à rien_, pour éviter la cacophonie de rarien, mais jamais qui ser(t) t_à table_.

Enfin on dit généralement de la mor(t) t_aux rats_, pour le même motif[926].

C’est à peu près tout. Je ne conseille même pas plus par rappor(t) t_à_ et de par(t) t_et d’autre_, qui se disent très souvent, que de par(t) t_en par_(t), qui est devenu fort rare, ou bor(d) t_à bord_, mor(t) t_ou vif_, souffrir mor(t) t_et passion_, à tor(t) t_et à travers_, qui ne se disent jamais.

On ne dit pas non plus du nor(d) t_au midi_; mais beaucoup de personnes disent nor(d)-d_est_ et nor(d)-d_ouest_, sans doute par analogie avec _su_d_-est_ et _su_d_-ouest_. Cette assimilation, d’ailleurs fort ancienne, est extrêmement contestable, car le d de _su_d se prononce toujours, et celui de nor(d) jamais; aussi le d de _su_d reste-t-il d dans _su_d_-ouest_, fort légitimement; mais à quel titre le d de nord peut-il se prononcer d dans nor(d)-ouest ou nor(d)-est? Sans doute il est possible de traiter le mot composé comme un mot simple, et il est vrai que les marins disent aussi nordet, par analogie avec sudet; mais en revanche ils disent noroit, et même suroit, ce qui est remarquable. Je conclus qu’il vaut mieux prononcer nor(d)-ouest, ce qui entraîne à peu près nécessairement nor(d)-est.

LIAISONS DES SPIRANTES

1º Les chuintantes et les fricatives.

Les chuintantes, n’étant jamais muettes à la fin d’un mot, n’ont pas de liaisons.

Les fricatives n’en ont pas davantage. Pourtant il y a une exception, reste de l’ancienne liaison de l’f avec changement en v[927]. Voici dans quel cas. Nous avons vu que neuf se prononçait neu fermé sans f devant un pluriel, ce qui doit amener régulièrement une liaison si ce pluriel commence par une voyelle. Or, dans cette liaison, l’f devrait se changer en v, comme dans _neu_v_aine_ et _neu_v_ième_. Mais ce phénomène ne se retrouve guère en réalité que dans deux expressions, d’ailleurs extrêmement usitées, et qui pour ce motif se conservent intactes: d’une part, neu(f) v_ans_, dix-neu(f) v_ans_, etc., d’autre part, neu(f) v_heures_. C’est à peu près tout: à peine peut-on dire neu(f) v_hommes_; en tout cas il est bien difficile aujourd’hui de dire neu(f) v_œufs_ ou neu(f) v_enfants_; c’est pourquoi, devant la plupart des pluriels commençant par une voyelle, la liaison, si c’est une liaison, se fait généralement par f; plus exactement, on prononce _neu_f, comme si le mot qui suit n’était pas un pluriel: _neu_f amis, et même _neu_f années, à côté de neu(f) v_ans_[928].

2º Les sifflantes, S, X, Z.

Restent les sifflantes, s et z, et aussi x, partout où il remplace l’s, c’est-à-dire partout où il ne se prononce pas.

Le cas des sifflantes est au moins aussi important que celui des dentales, et demande à être aussi étudié de près.

Là encore il y a beaucoup de liaisons qui, nécessaires en vers, sont facultatives en prose, d’autres qui sont encore obligatoires partout ou interdites partout.

De plus, les principes généraux sont sur beaucoup de points les mêmes que pour les dentales, ce qui nous permettra de passer plus rapidement sur ces points.

J’ajoute que la liaison se fait toujours en s doux ou z: c’est un cas particulier de la prononciation de l’s entre deux voyelles. Le phénomène est si général et si nécessaire, que l’s dur qui sonne à la fin des mots s’adoucit couramment devant une voyelle, quand les mots sont liés par le sens: on dit beaucoup moins fi(ls) s_unique_ que fi(ls) z_unique_[929].

I. =Les différentes espèces de mots.=--Comme pour le t, les substantifs en principe ne se lient guère qu’en vers ou dans la lecture; je parle bien entendu des substantifs singuliers, le pluriel étant l’objet d’un examen spécial.

Même des expressions aussi courantes que la voix humaine, le temps est beau, ou même un avis important, qu’on peut encore lier si l’on veut, s’emploieront plutôt sans liaison dans la conversation courante[930].

La liaison n’est plus guère nécessaire que dans les expressions toutes faites, comme pa(s) z_à pas_, au pi(s) z_aller_, de temp(s) z_en temp_(s), de temp(s) z_à autre_, en temp(s) z_et lieu_, do(s) z_à dos_, do(s) z_au feu et ventre à table_, ou encore la pai(x) z_et la guerre_, pour éviter un hiatus désagréable. En revanche, il y a des substantifs qui n’admettent jamais aucune liaison, comme noix, nez ou riz: ne(z) aquilin, ne(z) au vent, nez à ne(z), ri(z) au lait.

On peut même dire que tous les noms propres sont dans ce cas: c’est à peine si l’on pourrait dire, dans la conversation, Pari(s) z_est grand_.

* * * * *

Les adjectifs se lient aussi dans les mêmes conditions que pour le t, mais il y en a beaucoup moins. On dira donc _ba_s z_étage_ toujours, ou encore _gra_s z_à lard_; mais ba(s) z_et profond_ dans la lecture seulement, ba(s) et profond dans la langue parlée.

* * * * *

Il en est de même encore pour les verbes. Dans les formes les plus courantes, la liaison est indispensable, et l’on ne conçoit guère les formes des verbes être et avoir sans liaison. Et pourtant elle est déjà moins indispensable dans l’usage à la suite de nous avons et vous avez qu’avec les monosyllabes du singulier, je suis, tu es, tu as, et aussi nous sommes, vous êtes; elle est même moins indispensable après tu as qu’après tu es[931].

Elle est encore évidemment nécessaire devant y et en toniques: va(s)-z_y_, alle(z)-z_y_, et même avec e muet: songe(s)-z_y bien_, donne(s)-z_en_[932].

La liaison est un peu moins nécessaire, mais c’est encore la prononciation correcte, comme pour le t, devant y et en atones, et devant un infinitif: je veu(x) z_aller_, je veu(x) z_y aller_ ou vous aime(z) z_à rire_; moins encore dans tu va(s) z_en Suisse_, ou en est préposition. Pourtant beaucoup de personnes diront très naturellement si tu va(s) z_à Paris_, pour éviter l’hiatus désagréable de deux voyelles identiques, mais ce n’est point indispensable; pas davantage dans je rend(s) à César ou rende(z) à César. On parlera plus loin des formes à e muet suivi d’un s.

* * * * *

La liaison est encore nécessaire avec les prépositions monosyllabiques, dans, dès, sans, chez, sous, devant leurs régimes[933]: dan(s) z_un jour_, san(s) z_amour_, che(z) z_elle_, sou(s) z_un arbre_; elle est un peu moins indispensable avec après ou depuis. Elle est réservée à la lecture avec ci-inclus, non compris ou même hormis, tout à fait inusitée avec hors, vers, envers, à travers, dont nous parlerons tout à l’heure.

La liaison doit se faire aussi correctement avec les mots négatifs pas, plus, jamais, si peu qu’ils soient liés au mot suivant: je n’aime pa(s) z_à boire_, nous n’irons plu(s) z_au bois_, jamai(s) z_on a vu_; de même avec les adverbes de quantité plus, moins, très, assez, portant sur le mot qui suit: plu(s) z_aimable_, moin(s) z_il en fait_, et même, en vers, asse(z) z_et trop longtemps_.

Elle se fait naturellement dans des expressions composées, comme de mieu(x) z_en mieux_, de plu(s) z_en plus_, de moin(s) z_en moins_, voire même, si l’on veut, d’ore(s) z_et déjà_, sans parler de vi(s)-z_à-vis_.

D’autres adverbes, comme autrefois, parfois, quelquefois, désormais, longtemps, puis, se lient encore très correctement, mais plutôt dans la lecture.

La conjonction mais se lie fort bien aussi, même par-dessus une virgule, car les conjonctions monosyllabiques, à moins qu’on ne veuille produire un effet spécial, ne se séparent guère des mots qui les suivent:

Mai(s), z_en_ disant cela, songez-vous, je vous prie...[934].

II. =Les pluriels.=--Mais le rôle principal de la liaison ici, celui qu’elle paraît devoir jouer pendant longtemps encore, c’est de marquer le pluriel. Sur ce point, elle ne fléchit guère.

C’est pour cela que les articles pluriels, les, des, aux, ainsi que ces, les adjectifs possessifs ou indéfinis, mes, les, ses, nos, vos, leurs, certains, plusieurs, etc., les adjectifs numéraux, deux, trois, six, dix, quatre-vingt, se lient encore sans exception, devant un substantif, bien entendu, même précédé de son adjectif: le(s) z_amis_, ce(s) z_hommes_, certain(s) z_auteurs_, plusieur(s) z_autres personnes_, deu(x) z_aimables personnes_, et même deu(x) z_ix_(x) ou troi(s) z_em_ (m), et aussi, avec double liaison, ce(s) z_aimable_(s) z_enfants_.

Ces liaisons sont si nécessaires que le peuple ajoute volontiers quatre à deux, trois, six et dix: le bal des Quat(re) z_Arts_ et même par quatre z_officiers_.

Que dis-je? L’expression entre quat(re) z_yeux_ a été l’objet de nombreuses discussions, beaucoup de grammairiens, et notamment Littré, l’ayant admise. Et il est certain que entre quatre yeux est difficile à prononcer, mais entre quat’yeux serait encore plus facile que entre quat’zyeux; ce n’est donc pas pour son euphonie que cette expression s’est répandue. En réalité, ce n’est même pas une question de liaison: l’expression vient tout simplement de ce que pour le peuple le mot œil n’a pas d’autre pluriel que zyeux, et non yeux, qu’il ignore[935].

Si ces mots ne sont pas suivis d’un substantif, la liaison ne se fait plus dans la conversation: ainsi plusieur(s) ont prétendu, où plusieurs devient pronom; de même deu(x) et deux quatre, troi(s) et trois six, ceu(x) et celles, toutes liaisons qui se font fort bien dans la lecture. On peut bien lier aussi troi(s) z_avril_, quoique ce soit tout autre chose que troi(s) z_ans_; mais ce sera uniquement pour éviter un hiatus désagréable; et l’on dira plus naturellement deu(x) avril, sans liaison.

* * * * *

Les pronoms personnels nous, vous, ils, elles, et même les, devant les verbes ou devant en et y, sont à peu près dans la même situation que les adjectifs devant les substantifs. Aussi lie-t-on nécessairement: nou(s) z_avons dit, je vou_(s) z_ai vu_, elle(s) z_ont fait_, elle(s) z_en ont_, elle(s) z_y vont_, je le(s) z_attends_.

Mais quand ces mots ne sont pas dans cette position, ils ne se lient plus dans la conversation: pour vou(s) et pour nous, donne-le(s) à mon père; donne-le(s) z_à mon père_ semble tout à fait prétentieux. Eux lui-même ne se lie pas devant le verbe, parce qu’il n’est pas proclitique comme ils: eu(x) ont été à Paris. Toutes ces liaisons se font naturellement dans la lecture.

* * * * *

Il va sans dire que l’adjectif se lie avec le substantif qui le suit, puisque cette liaison se fait déjà au singulier; mais même les mots qui ne se lient pas au singulier, adjectifs ou substantifs, peuvent se lier au pluriel: grand(s) z_et forts_, les saint(s) z_ont dit_, les second(s) z_ont fait_, et aussi des gen(s) z_âgés_.

Et ceci pourra servir à l’occasion à marquer une différence de sens, car on distinguera correctement un marchand de drap(s) z_anglais_, où anglais est l’épithète de draps, et un marchand de drap(s) anglais, où anglais est l’épithète de marchand.

Cette liaison est particulièrement nécessaire dans les mots ou expressions composées qui n’ont pas de singulier comme Cham(ps)-z_Élysées_ ou Éta(ts)-z_Unis_[936].

Il y a toutefois des mots qui ne pourraient pas supporter la liaison: on a vu des match(s) admirables[937]. Mais la tendance générale est si forte qu’on ajoute parfois l’s doux même à l’s dur: _les mœur_s z_antiques_, ce qui mène à mœurse zantiques.

En pareil cas, c’est l’s dur qui doit prévaloir, bien entendu: puisque l’s final sonne partout, il doit sonner devant une voyelle comme devant une consonne. On dira donc de préférence des our(s) s_affamés_, puisqu’on ne dit plus des our(s), et de même des fil(s) s_aimables_.

On préfère cependant tou(s) z_ensemble_, pour éviter la cacophonie de sansan. L’s de tous a d’ailleurs une tendance à s’adoucir devant une voyelle, ne fût-ce que par analogie avec celui de tou(s) atone et proclitique, qui est forcément doux: à tou(s) z_égards_, ceci étant un cas ordinaire de liaison.

Et voici encore une remarque curieuse. De ce que les substantifs et adjectifs qui ne se lient pas au singulier peuvent se lier au pluriel, il résulte cette conséquence inattendue, que les mots qui ont déjà un s final au singulier, et qui, au singulier, ne se lient pas dans la conversation, peuvent le faire au pluriel: un ca(s) intéressant, des ca(s) z_intéressants_, un repa(s) excellent, des repa(s) z_excellents_[938].

On voit même l’s s’intercaler et se lier nécessairement dans genti(ls)z_hommes_, soit parce qu’il ne fait qu’un mot, soit par analogie avec grand(s) z_hommes_[939].

* * * * *

La liaison est également nécessaire quand une des conjonctions et, ou, unit deux substantifs sans article entre eux; et cela non seulement dans les expressions toutes faites qui ont un article en tête, comme les pont(s) z_et chaussées_, les voie(s) z_et moyens_, les voie(s) z_et communications_, mais même entre deux substantifs quelconques sans aucun article, comme vertu(s) z_et vices_, leçon(s) z_ou devoirs_, vin(s) z_et liqueurs_: outre que le lien est ainsi plus étroit, la liaison est nécessaire pour marquer le pluriel en l’absence d’article.

Quand il y a deux articles, la liaison avec la conjonction reste correcte, mais n’est plus nécessaire. On peut donc dire les messieur(s) z_et les dames_, ou plus simplement les messieur(s) et les dames, tout comme messieur(s) un tel et un tel[940].

* * * * *

Au contraire, les mots composés ordinaires, j’entends ceux qui ont un singulier[941], sont traités comme les mots simples, et ne peuvent marquer leur pluriel qu’à la fin. Ainsi l’s intérieur du pluriel, quand il y en a un, et même s’il n’y en a pas d’autre, ne s’y prononce jamais, le pluriel se prononçant alors comme le singulier. On dira donc, sans exception, des orang(s)-outangs, des char(s)-à-bancs, et tout aussi bien des ar(cs)-k_en-ciel_, des cro(cs)-k_enjambe_, des por(cs)-k_épics_, des gue(ts)-t_apens_, des po(ts)-t_au-feu_, la consonne c ou t de ces mots, qui en fait sert d’initiale à la seconde syllabe, ne permettant pas l’introduction de l’s[942].

On dira même de préférence les du(cs) k_et pairs_, parce que duc(s) z_et pairs_ ferait supposer qu’il s’agit de deux catégories distinctes. On dira de même sans liaison des moulin(s) à vent, des ciseau(x) à froid, des salle(s) à manger[943]. Dans l’exemple de salle(s) à manger, nous retrouvons encore la question de l’e muet, qu’il faut traiter à part.

III. =L’S après l’E muet.=--En principe, l’e muet a une tendance naturelle à s’élider sans liaison, quand il est suivi d’un s. Il est même assez rare que le peuple fasse la liaison de l’s après un e muet; il va jusqu’à dire elle(s) ont fait ou vous ête(s) un brave homme.

Pourtant l’s du pronom elles ne peut pas correctement ne pas se lier. Il en est de même, nous l’avons dit, des impératifs devant en et y: donne(s)-z_en_, songe(s)-z_y bien_; et aussi des formes verbales monosyllabiques si usitées, sommes et êtes: nous somm(es) z_amis_, vous ête(s) z_un brave homme_.

Il y a encore deux formes verbales pareilles, dites et faites, qui sont dans le même cas: dite(s) z_un mot_, vous faite(s) z_un beau travail_; on est peutêtre un peu moins exigeant pour dites que pour faites, mais ce n’est qu’une nuance[944].

On ne peut pas non plus ne pas lier l’adjectif pluriel placé devant le substantif: jeune(s) z_années_. On liera même très bien le substantif pluriel avec l’adjectif qui suit: les Inde(s) z_occidentales_, les Pyrénée(s)-z_Orientales_, qui sont d’ailleurs un mot composé, les femme(s) z_anglaises_[945]; et l’on pourra distinguer aussi une fabrique d’arme(s) z_anglaises_, où l’épithète qualifie armes, et une fabrique d’arme(s) anglaise, où l’épithète qualifie fabrique.

On dira aussi, sans article, homme(s) z_et femmes_, femme(s) z_ou enfants_, sage(s) z_et fous_, et la liaison restera possible avec l’article, sans être nécessaire.

De même, on peut dire à la rigueur deux livre(s) z_et demie_. Pourtant il n’est guère admis de dire deux heure(s) z_et demie_: cette prononciation a un air prétentieux, ou témoigne du moins d’une certaine recherche, qui n’est pas exempte d’un pédantisme inconscient, et l’on fera mieux de dire deux heures et demie, comme une heure et demie; quant à dire deux heure(s) z_et quart_ ou deux heure(s) z_un quart_, je ne crois pas qu’on s’y risque beaucoup, non plus qu’à dire entre onze heure(s) z_et midi_ ou trois heure(s) z_après_: ce serait presque ridicule, alors qu’on dit correctement trois an(s) z_après_. On ne dit pas davantage des pompe(s) z_à vapeur_, sans parler des maître(s) z_ès arts_, qui est imprononçable.

On dira même moins souvent ou moins facilement dans la conversation: ces homme(s) z_ont fait leur devoir_ que: ces gen(s) z_ont fait leur devoir_.

On voit que la liaison de la syllabe muette avec s, au pluriel, est plus restreinte dans la langue parlée que celle de la syllabe tonique. Même dans la lecture ou le discours, elle est souvent évitée comme désagréable à l’oreille, et il y a une foule de cas où elle ne peut se faire qu’en vers. Mais là elle est naturellement indispensable, sans quoi les vers seraient faux:

Et fit tourner le sort des Perse(s) z_aux Romains_[946]. Nos prince(s) z_ont-ils_ eu des soldats plus fidèles?[947].

A vrai dire, les poètes mettent quelquefois le lecteur à de rudes épreuves, jusqu’à Racine lui-même:

Mes promesse(s) z_au_(x) z_un_(s) z_éblouirent les yeux_[948].

Encore peut-on se tirer d’affaire ici par une pause après promesses; mais alors le vers paraît clocher, parce que l’e muet a l’air de s’élider. Ce sont des pauses qu’il faut éviter autant que possible, et l’on n’hésitera pas à dire, par exemple:

Quels reproche(s), z_hélas!_ auriez-vous à vous faire?[949].

car le mot hélas! se lie assez bien à ce qui précède. Il y a d’ailleurs des pauses qui ne sont guère possibles, comme dans

Et le soir on lançait des flèche(s) z_au_(x) z_étoiles_,

où la liaison de flèches demande de la délicatesse[950].

Si l’s même du pluriel ne se prononce pas toujours volontiers dans l’usage courant après un e muet, il en est de même à fortiori pour celui de la seconde personne du singulier, à part l’impératif suivi de en ou y. Car on est bien obligé de dire songe(s)-z_y_ ou donne(z)-en, puisque l’s a été mis là exprès pour cela. Ou plutôt l’s a été prononcé là avant qu’on ne l’écrivît; mais on dit de préférence sans liaison: tu aime(s) à rire, tu chante(s) à ravir.

Sans doute, tu chante(s) z_à ravir_ irait encore assez bien en vers; mais que dire de Tu lâche(s) z_Oscar_, que Victor Hugo a mis dans la Forêt mouillée?

D’autre part, quand Lamartine écrit dans la Mort de Socrate:

Toi qui, m’accompagnant comme un oiseau fidèle, Caresse encor mon front au doux vent de ton aile,

il fait une faute d’orthographe, c’est certain, et il en a fait beaucoup de pareilles; mais peut-être a-t-il mieux aimé la faire que d’écrire Me caresse(s) z_encore_, qui était facile. On se demande lequel des deux valait le mieux. Tout bien considéré, je crois que les poètes auraient mieux fait d’élider franchement et par principe, malgré l’s, toutes ces secondes personnes de première conjugaison.

* * * * *

Quant à l’s des noms propres, il est vraiment impossible de le prononcer, même dans la lecture ou le discours; si on ne le prononce pas après une consonne ou une voyelle simple, ce n’est pas pour le prononcer après un e muet: imagine-t-on Versaille(s) z_est superbe, George_(s) z_Ohnet_ ou Charle(s)-z_Albert_?

Ces liaisons étaient sans doute possibles autrefois, mais il y a longtemps, et aujourd’hui les poètes eux-mêmes préfèrent supprimer l’s. Voici par exemple deux vers d’Aymerillot, où Victor Hugo avait le choix:

Le bon roi Charle est plein de douleur et d’ennui. Charle, en voyant ces tours, tressaille sur les monts.

Ni bon, ni en n’étaient indispensables; mais dans le premier vers, le poète n’a pas voulu d’une liaison qui contredisait si catégoriquement l’usage universel, et peut-être a-t-il ajouté bon uniquement pour l’éviter; dans le second, il a mieux aimé, ayant le choix, supprimer l’s que de supprimer en[951].

Victor Hugo, Edmond Rostand font généralement de même pour l’adverbe certes. Suivant les besoins du vers, Molière écrit certe ou certes, et grâce ou grâces.

IV. =L’S après un R.=--Enfin, de même que pour le t, il importe particulièrement d’éviter la liaison de l’s précédé d’un r, sauf deux cas: d’une part, dans un mot composé, comme tier(s)-z_état_, traité comme un mot simple[952]; d’autre part, au pluriel.

Et encore, au pluriel, il faut distinguer.

On dira uniquement plusieur(s) z_enfants_ et diver(s) z_auteurs_, parce que l’adjectif est devant le substantif, et aussi des jour(s) z_heureux_, pour éviter une cacophonie. Mais déjà on pourra dire au choix des part(s) z_égales_, à cause du lien qui existe entre les mots, ou des part(s) égales, comme au singulier; de même des ver(s) z_admirables_ ou des ver(s) admirables.

Et l’on dira plutôt des cor(s) anglais, parce que cor anglais est presque un mot composé, qui se prononce au pluriel comme au singulier; de même, à fortiori, des cuiller(s) à café, des fer(s) à repasser, des ver(s) à soie[953].

Si l’usage a fait prévaloir, du moins parmi les spécialistes, art(s) z_et métiers_, art(s) z_et manufactures_, c’est que ce sont là comme des mots composés dont le singulier n’existe pas, ce qui rappelle le cas de Cham(ps)-z_Élysées_.

On dira encore fort bien: aveugles, sourd(s) z_et muets, tous guérissaient_, parce qu’il s’agit de catégories différentes, mais on dira les sour(ds) et muets, comme au singulier, et aussi les sour(ds) et les muets, les bavar(ds) aiment à..., ses discour(s) ont quelque chose de...

* * * * *

Telles sont les distinctions qu’on peut faire au pluriel. Au singulier, c’est plus simple: il n’y a pas de distinctions à faire. On dira uniquement un ver(s) admirable, comme une par(t) égale, et de même à fortiori l’univer(s) est immense, et cela où que ce soit, en vers comme en prose, puisqu’il n’y a pas d’hiatus à éviter, ni de vers qui fussent faux sans cela. La liaison ici est non seulement inutile, puisque l’r se lie naturellement avec la voyelle qui suit, mais de plus prétentieuse, n’étant plus employée nulle part. Il y a beau temps déjà que Legouvé, dans son Art de la lecture, raillait le corp(s) z_ensanglanté_ d’un certain avocat.

On ne fait même pas de liaisons dans des expressions qui pourraient passer pour composées, comme corp(s) et âme ou corp(s) à corps ou prendre le mor(s) aux dents[954].

On n’en fait pas davantage dans les verbes: je par(s) aujourd’hui, tu sor(s) avec moi.

Avec l’adverbe toujours, la liaison, de moins en moins fréquente, est encore admise ou tolérée, même en parlant, sans doute en souvenir du pluriel qui est dans le mot. Mais les prépositions hors, vers, envers, à travers ne doivent pas plus se lier que les autres mots, même dans une expression toute faite, comme enver(s) et contre tous. Il y a peu de liaisons plus désagréables, je dirais presque plus désobligeantes, que celle de ver(s) z_elle_[955].

Je rappelle, pour terminer, que les liaisons les plus correctes, si elles ne sont pas absolument indispensables, doivent être évitées, même dans la lecture, si elles produisent une cacophonie. Or, c’est avec l’s que le cas se produit le plus facilement. Ainsi tu a(s) z_ôté_ est parfaitement correct: tu le(s) z_as_ est indispensable; mais tu le(s) z_a_(s) z_ôtés_ est inadmissible; on dira donc tu le(s) a(s) ôtés, la seconde liaison n’étant pas indispensable comme la première.

LIAISONS DES NASALES

En résumé, nous n’avons trouvé jusqu’ici de liaisons importantes et vivantes qu’avec le son du t ou de l’s doux. Il y en a encore une, moins importante, mais très curieuse, c’est celle de l’n dans les finales nasales, l’m ne se liant jamais.

Les finales nasales se liaient autrefois, comme toutes les consonnes, et par suite ne faisaient pas en vers les hiatus qu’elles font aujourd’hui pour nous[956].

Aujourd’hui la liaison des nasales est réduite presque uniquement aux adjectifs placés devant le substantif, cas essentiel, comme on l’a vu, en matière de liaison. Or les adjectifs qui peuvent être à cette place sont en somme assez peu nombreux, surtout en prose.

La plupart des adjectifs qui peuvent se lier sont en =-ain=: _cert_ain, _haut_ain, _loint_ain, _hum_ain, _proch_ain, _soud_ain, _souver_ain, _v_ain et _vil_ain, avec _pl_ein, _anci_en et _moy_en. Mais la liaison offre ici un phénomène très remarquable, car la nasale se décompose, et c’est le son du féminin qu’on entend: certai-n_auteur_, un vai-n_espoir_, un vilai-n_enfant_, en plei-n_air_, le moye-n_âge_, un ancie-n_ami_, et même au prochai-n_avertissement_; et en vers, ou dans le style oratoire, un certai-n_espoir_, un soudai-n_espoir_, ou encore:

Agrippine, Seigneur, se l’était bien promis: Elle a repris sur vous son souverai-n_empire_[957].

On dit de même un mie-n_ami_, un sie-n_ami_, expressions d’ailleurs assez rares[958].

On conçoit que l’existence du féminin a singulièrement facilité, ou peut-être, pour mieux dire, a seule permis cette décomposition. On se rappelle d’ailleurs que la voyelle orale qui correspond phonétiquement au son in n’est pas i, mais bien è, ce qui facilite encore la décomposition: in devient è très naturellement[959].

Il est vrai que quelques personnes lient sans décomposer: plein n_air_; mais c’est encore une erreur, qui provient uniquement du fétichisme de l’orthographe, et du besoin de prononcer les mots comme ils sont écrits. Ou peut-être est-ce un respect scrupuleux d’anciennes traditions: l’abbé Rousselot a remarqué que cette prononciation se rencontre de préférence dans certains milieux traditionalistes et réactionnaires.

En tout cas, elle est presque aussi surannée que an-née, _sol_en-nel ou _ard_em-ment prononcés avec des nasales[960].

Naturellement on dira sans liaison: vain et faux, ancien et démodé, etc., l’adjectif n’étant pas devant un substantif.

* * * * *

Il y a encore quelques autres adjectifs qui sont dans le même cas que les adjectifs en -ain.

Il n’y en a point en =-an=, et cette finale ne doit jamais se lier.

En =-on=, il y a bon, et le phénomène est exactement le même: un bo-n_élève_, et non un bon n_élève_[961]; alors qu’on dit bon à rien, bon à tirer, sans liaison.

L’exemple de bon est suivi par mon, ton, son, qui sont aussi des adjectifs, et sont traités comme si leurs féminins étaient monne, tonne, sonne: mo-n_habit_, to-n_amour_, so-n_esprit_[962].

Le cas des adjectifs en =-in= est plus délicat, car -in fait au féminin -ine, qui ne correspond pas phonétiquement au masculin. Pourtant la grande diffusion des cantiques de Noël a répandu et imposé l’expression divi-n_enfant_. Par analogie, on dira très correctement divi-n_Achille_, divi-n_Ulysse_, divi-n_Homère_; mais ici la décomposition de la nasale s’impose moins absolument, quoique la liaison soit également indispensable. C’est d’ailleurs le seul adjectif en -in qui puisse se décomposer: malin esprit ou fin esprit se lieront donc au besoin sans décomposition; mais je pense qu’esprit malin et surtout esprit fin vaudraient beaucoup mieux[963].

* * * * *

On peut dire de =-un= la même chose que de -in: le féminin ne correspond pas phonétiquement au masculin[964]. Néanmoins l’adjectif un s’est longtemps décomposé comme les autres, et Littré disait encore u-n_homme_. Cette prononciation a disparu à peu près complètement, à Paris du moins, chez les personnes instruites. Cela tient sans doute à ce que des confusions de genre se sont produites. Par exemple le peuple faisait u-n_omnibus_ du féminin. Dès lors les personnes instruites ont craint peut-être qu’on ne les accusât de faire féminins des noms masculins, et l’usage s’est établi de faire la liaison sans décomposer: un n_homme_, un n_ami_, un n_un_[965].

On dit aussi un n_à un_, et même, si l’on veut, l’un n_et l’autre_[966]; mais on dit sans liaison un ou deux, et même un et un font deux, l’un est venu, l’autre est resté; et à ving et un n_ans_, où ans est multiplié par ving et un, on opposera vingt et un avril, où avril n’est pas multiplié[967].

Aucun a fait exactement comme un, dont il est composé, et conserve aujourd’hui le son nasal en se liant devant un substantif: un n_homme_, aucun n_homme_. On dit aussi d’un commun n_accord_, ou encore chacun n_un_, qui évite un hiatus désagréable, et même, en géométrie, chacun n_à chacun_; mais, à part ces expressions, on lie très rarement chacun et quelqu’un, et seulement dans la lecture.

Outre les adjectifs, il y a encore cinq ou six mots invariables qui se lient: les pronoms indéfinis en (pronom ou adverbe), on et rien, l’adverbe bien et la préposition en, parfois même l’adverbe combien. Ces mots-là aussi se lient sans se dénasaliser, tout simplement sans doute parce qu’ils n’ont pas et ne peuvent pas avoir de féminin: ainsi je n’en n_ai pas_, s’en n_aller_, on n_a dit_, je n’ai rien n_accepté_, rien n_à dire_, rien n_autre_, vous êtes bien n_aimable_, ou bien n_à plaindre_, bien n_entendu_, c’est bien n_à vous de_..., en n_Asie_, en n_argent_, en n_étourdi_, en n_aimant_; et aussi, mais moins nécessairement, combien n_avez-vous de...?_[968].

Naturellement, pour que la liaison puisse se faire, il faut que le lien entre les mots soit suffisant, car on dira sans liaison donnez-m’en un peu, parlez-en à votre père, a-t-on été, je n’ai rien aujourd’hui, rien ou peu de chose, nous sommes bien ici, bien et vite, combien y a-t-il d’habitants à Paris? et cela même en vers, au moins dans les premiers exemples.

Mieux encore: il arrive que on est traité comme une sorte de nom propre, et en ce cas il ne se lie pas. Ainsi, à une phrase telle que on n_a prétendu que_..., il sera répondu, sans liaison: On est un sot, comme on dirait Caton est un grand homme.

CONCLUSION

En somme, et tout bien considéré, on a pu voir que même en prose, même dans la conversation la plus courante, il se fait encore un assez grand nombre de liaisons, dont certaines sont absolument indispensables. Il est même à noter que, pour quelques liaisons qu’on faisait autrefois et que nous ne faisons plus, en revanche la diffusion de l’enseignement a rétabli dans l’usage courant de la conversation beaucoup de liaisons que le XVIIᵉ siècle et le XVIIIᵉ n’y faisaient déjà plus. Au XVIIᵉ siècle, les personnes les plus instruites disaient couramment sans liaison, d’après le témoignage des meilleurs grammairiens, cités par Thurot: vene(z) ici, je sui(s) assez bien, voyon(s) un peu, avez-vou(s) appris, des cruauté(s) inouïes, des tromperie(s) inutiles, et même d’inutile(s) adresses; et encore commen(t) avez-vous dit, i(ls) doive(nt) arriver, nous somme(s) allés; toutes façons de parler qui subsistent plus ou moins dans le langage de la bonne compagnie, celle qui, par tradition, garde, dans la conversation comme dans les manières, cette simplicité qui est une de ses élégances.

Il nous faut répéter, pour conclure, ce que nous avons dit maintes fois dans cet ouvrage: le parler des gens du monde n’est pas celui des professeurs, des acteurs, et, en général, des gens qui font profession de la parole, avocats, hommes politiques, etc.

Molière avait bien remarqué ces nuances, comme il se voit par les recommandations qu’il adresse à l’un des comédiens de l’Impromptu de Versailles: «Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévère orthographe.»

Depuis le temps de Molière, et pour diverses raisons, les façons de parler prétentieuses qu’il raillait si bien ont gagné du terrain, et elles ont atteint des classes sociales qui, jusqu’à présent, en étaient exemptes. Mais, aujourd’hui comme autrefois, le dire de l’abbé d’Olivet reste vrai: «La conversation des honnêtes gens est pleine d’hiatus volontaires qui sont tellement autorisés par l’usage que, si l’on parlait autrement, cela serait d’un pédant ou d’un provincial.»

INDEX ALPHABÉTIQUE

DES FINALES

-a, 18.

-ab, -abe, 23.

-able, -âble, 30.

-abre, 32.

-ac, 21, 212.

-ace, -âce, 22.

-ache,-âche, 22.

-acle, -âcle, 30.

-acre, -âcre, 31.

-act, 215.

-ad, -ade, 24.

-adre, 31-32.

-af, -afe, 22.

-afle, 30.

-afre, -âfre, 31.

-ag, 24.

-age, 29.

-agne, 26.

-agre, 31.

-ague, 24.

-ah, 19.

-ai, 79.

-aï, 119.

-aid, 81, 229.

-aide, 83.

-aie, 56, 81.

-aigne, 83.

-ail, 26, 259.

-aile, 83.

-aille, 26, 28, 264.

-ailler, -ailleur, etc., 35-36.

-aime, 83-84.

-ain, 344.

-ainc, 213.

-aine, 84.

-aing, 236-37.

-ains, 308.

-air, -aire, 84, 292.

-airie, 85.

-ais, 81, 302.

-aise, 84.

-aisse, 83.

-ait, 81, 327.

-aite, 82.

-aître, 85.

-aix, 344.

-ak, 45.

-al, 24, 258.

-ale, -âle, -alle, 24.

-am, 24, 129-131, 274.

-ame, -âme, -amme, 24.

-amment, 276.

-an, 25, 134.

-anc, 213.

-and, 135, 228.

-ane, -âne, -anne, 25-26.

-ang, 236-238.

-ans, 303-309.

-ant, 135, 228, 329.

-ap, 21, 284.

-ape, -âpe, -appe, 21.

-aphe, 22.

-aple, 31.

-apre, -âpre, 31.

-aque, -âque, 21.

-ar, 28, 292.

-ard, 28, 228.

-are, -arre, 28, 29.

-archat, 222.

-archie, 224.

-aron, -arron, 36.

-art, 28, 330.

-as, 19-20, 23, 300-301.

-ase, 29.

-aser, -asif, etc., 34, 36.

-asme, 275, 315.

-ass, -asse, -âsse, 22.

-asser, 34.

-assion, 38.

-at, 19, 45, 325.

-ate, -âte, -atte, 19, 45.

-ateur, -ation, -atif, 38.

-atre, -âtre, 31.

-atrice, -ature, 38.

-au, 113, 116.

-aube, -auce, etc., 114.

-aud, 113, 229.

-aude, -auffe, etc., 114.

-auld, 229, 261.

-ault, 268, 328.

-aur, -aure, 114-15.

-aut, -aute, 113-14, 328.

-auté, 115.

-aux, 344.

-ave, 29.

-avre, 32.

-ay, 80.

-aye, 28, 83, 191.

-ayer, 163, 191, 193.

-az, -aze, 29, 350-51.

-berg, 67, 236, 238.

-bourg, -burg, 236, 238.

-burn, -burns, -bury, 126.

-chée, -chéen, 223.

-cher, 293-94.

-chi, 226.

-chin, 224.

-chine, -chique, -chisme, -chiste, 225.

-chite, 225.

-cueil, 93, 259.

-é, 52.

-e latin ou étranger, 52, 75-76.

-è, 54.

-eb, -èbe, 61.

-èble, -èbre, 68.

-ec, -ecq, -ecque, 57, 212.

-èce, 59-60.

-èche, -êche, 59.

-ècle, -ècre, 68.

-ect, 215-16.

-ed, -ède, 61.

-èdre, 68.

-ée, -ées, 56.

-éen, 137.

-ef, -effe, 59, 231.

-èfle, -effre, 68.

-eg, 61.

-ège, 65.

-ègle, 68.

-ègne, 64.

-ègre, 68.

-ègue, 61.

-eiche, -eige, etc., 82-85.

-eil, 65, 259.

-eille, 65, 83, 264.

-é-je, 65.

-el, 61, 258.

-èle, -ête, -elle, 61.

-elier, -elions, -eliez, 166.

-em, 62, 129, 131, 274.

-emble, -embre, 140.

-ème, -ême, -emme, 62-63.

-emment, 74, 131, 276.

-empe, -emple, 140.

-en, 64, 136-38, 279.

-enc, 140.

-ence, 140.

-end, 138.

-ende, -endre, 140.

-ène, -êne, -enne, 61.

-eng, 140, 237-38.

-ennal, -ennat, etc., 281.

-enné, -ennant, etc., 281.

-ens, 139-140, 308-309.

-ense, 140.

-ent, 138, 161, 329.

-ente, 140.

-entiel, -ention, 141.

-ep, -èpe, -êpe, -eppe, 57-58.

-eph, -èphe, 59.

-èpre, -êpre, 68.

-eps, 309-10.

-èque, -êque, 57.

-er, 53-54, 66-67, 292 sqq.

-erd, 228.

-ère, -erre, 66.

-èrement, 73.

-ers, 295, 310.

-ès, 55, 60, 301-302.

-esce, 59.

-èse, 68.

-esle, -esme, -esne, etc., 313.

-esse, 59-60.

-essible, -essif, etc., 323.

-et, 55, 58, 326-27.

-êt, 55.

-ète, -ête, -ette, 58.

-ètre, -être, -ettre, 69.

-etti, -etto, etc., 340.

-eu, -eue, 90.

-euble, 93.

-eude, 92.

-euf, 91, 93, 231.

-euil, 93, 259.

-euille, 93, 264.

-eul, 93, 258.

-eule, 92, 93.

-eumatique, 96.

-eume, 92.

-eune, -eûne, 92, 93.

-euple, 93.

-eur, 93-94, 292.

-eure, -eurre, 93-94.

-eurer, 96.

-eus, 92, 304.

-euse, 91.

-eusement, 95.

-eut, 91.

-eute, -eutre, 92.

-eutique, 96.

-euve, -euvre, 94.

-eux, 90, 91, 344.

-ève, êve, 67.

-èvre, 69-70.

-ey, 345.

-ey, 80.

-eyer, 163, 193.

-ez, 53, 68, 350-51.

-èze, 68.

-field, 78, 229.

-ford, 228.

-ger, 293-94.

-gua, 241.

-guë, 244.

-gueil, 93, 259.

-guier, -guière, 243.

-i, -ie, 117, 118.

-ibe, 118.

-ic, 118, 212.

-ict, 217.

-iez, 220, 352.

-ide, 118.

-ien, 136-37.

-iens, 308.

-ient, 138.

-ier, -iers, 53, 268, 293, 295.

-if, 118, 231.

-ig, igue, 118, 238, 241.

-iions, -iiez, 119, 189, 190.

-il, 259-60.

-ille, 265-67.

-illa, 268.

-illade, -illage, etc., 267, 270.

-im, -ime, 118, 274.

-in, 145, 279.

-inck, 146.

-inct, 217.

-ing, 120, 145-46, 237-38.

-ins, 309.

-ions, -iez, 268.

-ip, -ique, 118.

-ir, -ire, 118, 292.

-is, 117, 302-303

-ise, isse, 118.

-iser, 119.

-isme, 275, 315.

-issible, -issime, etc., 323.

-iste, 333.

-it, -ite, 117-18, 327-28.

-itz, 351.

-ix, 117, 344-46.

-iz, 350-51.

-land, 135, 228.

-lier, 262.

-machie, 224.

-man, -mann, 131, 279.

-mesnil, 313.

-o, 98.

-ob, -obe, 104.

-oble, obre, 108.

-oc, 100, 102, 212.

-oce, -oche, 102.

-ocle, -ocre, 108.

-od, 100, 229.

-ode, 104.

-oë anglais, 53.

-of, -ofe, 102.

-ofle, -ofre, 108.

-oge, -ogue, 104.

-ogre, 108.

-ogue, 104.

-oi, oie, 46.

-oï, 119.

-oide, -oif, -oile, etc., 47-48.

-oing, 236-37.

-oir, oire, 47, 292.

-ois, 46, 301.

-oit, oite, 40-47, 325-26.

-oix, 47, 344.

-ol, -ole, -olle, 104.

-ome, -omme, 104-6.

-ompt, 329.

-on, 148, 388.

-onc , 213.

-ond, 288.

-one, -onne, 106.

-ong, 236-38.

-onner, -onnaire, etc., 281.

-ons, 302.

-ont, 325.

-op, -ope, 100, 102.

-ophe, 102.

-ople, -opre, 108.

-ops, 309-10.

-ogue, 102.

-or, 108, 292.

-ord, 108, 228.

-ore, -orre, 108.

-orer, 111.

-ors, 108.

-ort, 108, 330.

-os, 98, 102, 304.

-ose, 101.

-oser, -oisif, -osion, 110.

-osité, -osition, 110.

-osse, 102.

-ost, 331.

-ot, 98-99, 327-28.

-ote, -otte, 102.

-oter, -otif, 111.

-otion, 110.

-otre, 108.

-ou, 121.

-oud, 121, 228.

-ouil, 259.

-ouille, 122, 264.

-ouiller, 122.

-oul, 258-59.

-ould, 229, 261.

-oult, 261, 328.

-oup, 284.

-our, -oure, 121, 292.

-ourd, 228.

-ourer, 122.

-ous, 121, 304-5.

-ouser, 122.

-out, 121, 328-29.

-oux, 344.

-ove, 104.

-ow, 341, 343.

-own, -owski, 343.

-oyau, 191.

-oyer, 163, 193-94.

-oz, 107, 351.

-put, 329.

-quin, -quine, 289.

-schi, 226.

-seur, -sion, -soir(e), 321.

-son anglais, 148.

-spect, 216, 330, 361-62.

-stadt, 325.

-tiaire, -tial, 333.

-tie, 333, 335, 337.

-tié, 334, 336.

-tiel et dér., 333.

-tième, 336.

-tien, -tienne, 333, 337.

-tier, tière, 336.

-tieux et dér., 333.

-tion et dér., 187, 333, 335.

-ton anglais, 148.

-u, ude, etc., 121-22

-ueil, 93.

-uite, 242.

-um, 123, 125.

-un, 149, 389.

-ur, -ure, 121, 292.

-urer, -urie, 122.

-us, 305-307.

-user, 122.

-ut, 329.

-ux, 344.

-uyer, 193.

-uz, 351.

-ville, 266-67.

-viller, villier, 270, 291.

-yen, 137.

INDEX ALPHABÉTIQUE

DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS PROPRES

N. B. Cet index eût été plus que doublé, si on y avait introduit tous les mots du texte et tous les noms propres. Mais c’eût été parfaitement inutile. D’abord une foule de mots sont cités comme exemples de prononciation normale pour les finales principales, et pour ceux-là l’index qui précède doit évidemment suffire. On peut même dire que cet index, qui est très étendu, en y joignant la Table des matières qui est fort développée, suffirait aisément pour trouver n’importe quel mot. On n’a pas voulu cependant refuser au lecteur un index alphabétique, qui dans certains cas peut être commode; mais on n’y a mis que l’utile, c’est-à-dire les mots sur la prononciation desquels on peut hésiter, ceux qui sont cités plus d’une fois, ceux qui sont l’objet de remarques spéciales, enfin tous ceux qui ont quelques chances d’y être cherchés. Par exemple certains mots techniques et rares ne sont employés que par les spécialistes, qui connaissent leur prononciation: à quoi bon en encombrer un index où personne ne les cherchera? D’autre part beaucoup de noms propres sont insérés dans des listes plus ou moins longues, où on les trouvera aussi facilement ou aussi rapidement avec la Table des matières qu’à l’aide d’un index alphabétique. A quoi bon répéter par exemple au W les listes qui sont déjà au chapitre du W? De même pour beaucoup de mots étrangers. Il suffit que le lecteur soit bien averti qu’un mot qui est absent de la liste n’est pas pour ce motif absent du livre. J’ajoute que les abréviations imprimées en italique représentent plusieurs mots qui sont dans la même page, ou même des séries nombreuses, comme les finales.

A

Abatucci, 125, 220.

abbaye, 190.

abject, 215, 330.

ab ovo, 111.

Abraham, 25, 129, 130.

abricotier, 111.

abrupt, 331.

Abruzzes, 351.

abs-, 202, 315.

accessit, 328.

accroc, 100, 212.

accueil, 93.

Achéron, 224.

achète, 222.

Achille, 225, 267.

achillée, -éide, 225-26, 270.

Achmet, 226.

aconit, 327.

acrimonie, 33.

Adam, 37, 129-30.

adéquat, 291, 325.

adosser, 110.

ad patres, 38.

adventice, 141, 142.

adventif, 141.

affairé, 85.

affres, 31, 32.

Agen, 138.

Agenais, 165.

agneau, 87.

Agnès, agnus, 245.

aigu, 85.

aigu-, 242-44.

aimer, 85.

Aïnos, 304.

ains, 308.

aisé, 85.

Aix, 344.

Ajaccio, 219, 255.

Alais, 302.

albatros, 102, 304.

albinos, 102, 304.

alcarazas, 300.

alcool, 104.

Alexis, 303.

Alger, 294.

Algésiras, 319.

alguazil, 36, 243, 260.

aliquante, 291.

Allah, 19.

alleluia, 193.

all right, 120.

almanach, 221.

Almeida, 88.

alors, 310.

aloyau, 190.

alphabet, 326.

Alsace, 315.

altier, 293.

amarrer, 34.

ambesas, 300.

amer, 294.

amict, 217, 330.

Amiens, 139, 309.

amitié, 334, 336.

Anchise, 226.

ancillaire, 270.

Angers, 295.

Angra-Pequeña, 280, 289.

anguille, 242, 265.

anis, 37.

ann-, 281.

Anne, 26.

année, 131, 281.

Annunzio, 149, 282.

anspect, 216.

antechrist, 331.

anti- devant voy., 383.

anti- devant s et voy., 317.

antienne, 337.

anus, 38.

Anvers, 310.

aoriste, Aoste, 41.

août, 39-40, 329.

aoûter, aoûteron, 40-41.

api, 37.

aplomb, 210.

app-, 286.

appendice, -icite, 142, 286.

appétit, 165.

appogiature, 246.

a priori, 38.

aqua-, 291.

aqueduc, 165.

aquilin, aquilon, 289.

arachide, 225.

araignée, 87.

arc-boutant, etc., 214.

archal, 222.

arché-, 223.

archi-, 225.

arctique, 217.

Arcueil, 93.

Argens, 139, 309.

Argueil, 93.

arguer, 241.

Arguin, 146, 243.

argutie, 337.

aristo, 100.

Arkansas, 319.

arr-, 297.

Arras, 301.

arriéré, 73.

arroser, 110.

arrow-root, 113, 343.

Ars-, 315.

arsenic, 213.

arts et métiers, 384.

Aruns, 149, 309.

as, 300.

aseptique, 317.

Asnières, 33.

aspect, 216.

ass-, 322.

Assas (d’), 301.

assez, 53, 350.

assied, assieds, 52, 228.

asthme, -atique, 315, 332.

asym-, 317.

atlas, 23, 300.

att-, 339.

atterrir, 73.

au- initial, 115-116.

Aubenas, 301.

Auch, 114, 221.

Auerstædt, 57, 61, 78.

Augsbourg, 244.

aujourd’hui, 116.

aulne, Auln-, 261-62.

Aunis, 303.

Aureng-Zeyb, 88, 238.

aurochs, 309.

Austerlitz, 351.

auto, 100.

automne, -al, 275.

autrui, 197.

Auxerre, -ois, 347.

Auxonne, 347.

avant-hier, 366.

avec, 213.

aveline, 37.

aveugle, 92, 93.

avril, 261.

Ay, 191.

ayant, 189.

aye, ayent, 163, 194.

Ayen, 191.

azimut, 329.

B

Baal, 24.

babil, 261.

baby, 43, 121.

Bacciochi, 220, 226.

Bacchus, 37.

bacille, 266.

Bædeker, 68, 78.

Bagration, 339.

Baïes, 28.

bairam, 88.

Balaam, 25.

balaye, 193.

balbutier, 336.

balsamique, 315.

Banyuls, 125, 310.

banzaï, 119.

bapt-, 285.

bardit, 327.

bar-maid, 88.

baroque, 37.

barricade, 34.

basa-, 36.

bascule, 38.

Basile, 36.

basileus, 72, 304, 318.

basilique, basoche, 36.

basquine, 289.

basset, bassesse, basson, 35.

bastonnade, 38.

Bataves, 37.

bay-, Bay-, 191.

Baylen, 88.

Bayreuth, 88, 92.

baz-, Baz-, 36.

Béarn, 280.

beaucoup, 284, 360.

Beauvaisis, 303.

Bebel, 76.

bec-, 212.

beefsteack, 43, 313.

Beethoven, 78.

béguin, béguine, 243.

Belfort, 262.

Belsunce, 149, 315.

Belzébuth, 332.

Ben-, 144.

bengali, 143.

Benjamin, 143.

benjoin, 143.

Benserade, 143.

Bentivoglio, 144, 246, 280.

benzine, 144.

Berlioz, 107.

Bernoulli, 269.

Besenval, 141.

besicles, 170.

besson, 171.

bêta, 18.

bêtise, 72.

Beu-, 96.

beugle, 92.

Beyrouth, 88.

bief, biez, 231, 350.

bien, 136, 390.

bigarré, -reau, 34, 37.

bill, 264.

billebaude, -vesée, 267.

Billom, 130.

bis, 303.

Biscaye, 28, 191.

blason, 36.

Blaye, 28, 191.

bleuet, bluet, 94.

blockhaus, 116, 304.

Blücher, 224, 295.

bluff, bluffer, 126.

boa, 112.

bobo, 111.

Bœcklin, 77, 146.

Boerhaave, 39, 78.

Boers, 66, 78.

bœuf, 91, 93, 231-32.

Bohême, 199.

Boilly, 269.

Bois-, 312.

bonneterie, 173.

book, 112.

bookmaker, 42-43.

Boson, 110.

Boullongne, 282.

bourg, Bourg, 236, 363.

bourgmestre, 236.

Bourgueil, 93.

bow-window, 343.

boy, 50.

boyard, 191.

boycotter, 50.

brahme, 25.

Bramante, 52.

brame, 25.

brasero, 76, 318.

brayette, 191.

bréchet, 170.

Bretagne, 87.

breuvage, 93.

breveté, 170, 173.

bric (de) et de broc, 212.

briqueterie, 173.

broc, 100, 212.

Broglie, 246.

bronch-, 222.

Brongniart, 232.

Brooklyn, 113, 146.

browning, 145, 238, 343.

Brown-Sequard, 291, 343.

bruire, bruit, etc., 197.

Brunswick, 149.

brut, 329.

Bruxelles, 347.

bruyant, 190, 192.

bruyère, 192.

Buch, 221.

budget, 126.

Buona-, 125.

Bueil, 53.

Buenos-Ayres, 60, 84, 88.

buffleterie, 172.

bulbul, 124.

bull, John Bull, 125.

burg, 124.

but, 329.

Buzenval, 143.

Byron, 121, 148.

C

cabre, cabrer, 32, 34.

cacaoyère, 191.

cachexie, 224.

cachucha, 226.

cadavéreux, 34.

cadédis, 303.

cadenasser, 35.

Cadix, 37.

cadran, cadrer, 34.

cadre, 31.

cæcum, 75.

Caen, 134, 137.

Caennais, 134.

Cagliostro, 246.

cail-, 36.

Calais, 37.

Calas, 301.

Calderon, 76.

Calicut, 329.

Calvados, 103, 304.

camarilla, 268.

Cambrésis, 303.

Cameroun, 76.

Camille, 265.

camomille, 265.

cant, 330.

canut, Canut, 329.

caoutchouc, 41, 212, 249.

capillaire, 270.

caqueterie, 173.

Carabas, 301.

Carducci, 125, 220.

carotte, 37.

Carpentras, 141, 301.

carr-, 34.

carriole, carrosse, 37.

casemate, 36.

Caserte, 52.

casoar, 199.

casse, casser, 22, 34.

casserole, 35.

cassette, 35.

cassis, 37, 302.

Castiglione, 246.

Câtelet, 33.

catéchumène, 223.

cauchemar, 116.

cautériser, 116.

Cavaignac, 87.

Caventou, 141.

celer, 190.

Cellini, 219.

celui, 263.

cens, 139, 308.

cent-, 141.

centaure, 114.

centaurée, 115.

centiare, 338.

cep, 284.

cercueil, 93.

cerf, 232.

ces, 54.

Ceuta, 96.

Ceylan, 88.

Chablis, 37.

chalet, 37.

challenge, 43, 144.

chamarrer, 34.

Chamfort, 129.

Chamlay, 129.

Chamonix, 344.

Champagne, 87.

Champaigne, 87.

Champmeslé, 73, 284.

Champs-Elysées, 377, 378, 384.

Chan-, 227.

chaouch, 221.

chargeure, 240.

chariot, 37.

charr-, 36-37, 297.

chassieux, 37.

châtaigne, 87.

châtier, 335.

Chaulne, 261.

ché-, Ché-, 224.

chef-, 231.

Chemulpo, 125, 227.

chéneau, 169.

cheptel, 285.

cher, Cher, 294.

Cherbuliez, 350.

chérif, 224.

cherra, 73, 297.

chérubin, 224.

Cherubini, 125, 224.

chester, 226, 295.

chévecier, 170.

chevesne, 310.

Cheviot, 328.

chez, 53, 350.

chi-, 224-25.

Chi-, 226-27.

Childe-Harold, 120, 226

chinchilla, 226, 268.

chocolat, 18.

Choiseul, 93, 258.

chol-, chor-, 222.

chrétien, 142, 335, 337.

chrétienté, 142.

Christ, 331.

chrestomathie, 338.

chromo, 100.

chulo, 124, 226.

chut, 123.

chyle, chyme, 225.

ci-gît, 327.

cinabre, 32.

cinq, 287.

Cinq-Mars, 287, 310.

cipaye, 28, 191, 303.

circonspect, 216.

clamer, clameur, 34.

Clarens, 140, 308.

claret, 327.

Claretie, 337.

classe, classer, 22, 33.

classique, 33, 323.

Claude, Claudine, 218.

clef, 231.

clerc, 214, 363.

Clésinger, 239, 295.

cloaque, 112.

clown, 343.

club, 126.

Clytie, 337.

co-, 112.

coaltar, 45.

cobaye, 28, 191.

Coblentz, 139.

Cobourg, 110.

Coccaie, 191.

coccyx, 346.

cock-tail, 88.

coco, 111.

codicille, 266.

Coëfféteau, 200.

Coëtlogon, 75.

cognassier, 245.

Coigny, 49.

col, 258.

cold-cream, 45.

coll-, 272.

colliqu-, 291.

Colomb, 210.

comm-, 277.

compagnie, 282.

compagnon, 87.

compendieux, 141.

compte et dér., 285.

con brio, etc., 148.

concept, 331.

Condom, 130.

Confolens, 140, 308.

conifère, conique, 109.

conjungo, 149.

Connaught, 116, 282, 328.

conquistador, 290.

conscience, -ient, 314.

consomption, 285.

construire, 197.

contre- devant s et voy., 317.

coolie, 112.

coq, 287.

corps, 284, 309.

corr-, 298, 299.

Corte, 52.

cos- devant voy., 317.

côté, coteau, -lette, 109.

cotignac, 212.

cottage, 43.

couenne, 64.

couguar, 243.

coup, 284.

courr-, 297, 299.

cours, 310.

Coutras, 301.

cow-boy, 50, 343.

cowpox, 343.

crabe, 23.

Craon, 133.

Craonnais, 134.

Craonne, 134.

crémaillère, 36.

crescendo, 144, 220.

cresson, 171.

cric, 212.

cricket, 327.

Critias, 339.

croc, 100, 212.

croc-en-jambe, 100, 361.

Cromwell, 274, 342.

croquet, 327.

crucifix, 344.

cuiller, 269, 293, 295.

cuillerée, 165, 269.

Cujas, 301.

cul et comp., 258-259.

Curaçao, 41.

curetter, 166.

Cyrille, 267.

czar, 220.

Czar-, Czerny, etc., 220, 352.

D

Daily News, 87, 343.

daim, 130.

dam, 129.

damas, Damas, 301.

dame-jeanne, 26.

damnation, 34.

damne, damner, 25, 34, 275.

Damrémont, 129.

Damville, 129.

Dantzig, 238.

Darwin, 146, 342.

Daubenton, 141.

David, 229.

débet, 327.

debout, 329.

Decaen, 137.

déclarer, 37.

décollète, 174.

décorum, 111.

dédaigner, 85.

déficit, 328.

degré, 170.

dehors, 170.

déjà, 75.

déjeune, 92.

délabre, -er, 32, 34.

déliquescence, 288.

dendrite, 142.

Denis, Denys, 303.

de profundis, 149.

dérailler, 35, 259.

dernier, 359.

des, 54.

Des- devant cons., 312.

dés- devant voy., 316, 317.

Desaix, 319, 344.

Desèze, etc., 319.

désosser, 109.

desquamation, 291.

desquels, 72, 312.

dess-, 321.

dessus, dessous, 320.

détritus, 305.

détruire, 197.

Deucalion, 96.

deutéronome, 96.

deux, 344.

deuxième, 348.

diable, 30.

diablesse, diablotin, 35.

diachylon, 225.

diagnostic, 110.

diffamer, 33.

Dillon, 267.

diplomate, 109.

disponible, 110.

diss-, 322.

distille et dér., 266.

distinct, 217, 330.

district, 217, 330.

divin, 389.

dix, 345-346, 356.

dixième, 348.

dodéca-, 111.

dodo, 111.

dog-cart, 330.

doge, 104.

doigt, 236, 325.

dom, 130.

Dombasle, 24.

Domfront, 129.

Dommartin, 129.

dompter, 285.

Domremy, 171.

doña, 280.

donc, 213.

dossier, 110.

dot, 100, 328.

douairière, 87.

Douarnenez, 350.

Doubs, 210.

Doullons, 140, 308.

drachme, 226.

Draguignan, 243.

drawback, 45, 342.

dreadnought, 246.

drolatique, 109.

Drouyn, 147, 148.

Droysen, 50.

druide, 197.

Du Bellay, 271.

Duchesnois, 73.

Dugazon, 36.

Du Guesclin, 73, 313.

Dulaurens, 139, 309.

Dumesnil, 73.

Dumouriez, 53, 350.

Duncan, etc., 149.

Dundee, 78, 149.

duo, 197.

Dupleix, 344.

Dupuytren, 138.

Duras, 301.

Dusaulx, 319.

dysenterie, 141, 316.

E

ébruiter, 197.

échecs, 213.

échevelé, 157, 173.

Ecouen, 137.

écueil, 93.

écuyer, 190.

edelweis, 88.

éden, 138.

effendi, 144.

éléphantiasis, 338.

elle, 62.

Elsa, Elsevier, 315.

emm-, 132, 275-76.

empierrer, 73.

empoigne, -gner, 49.

en, 137, 380.

en- initial, 140.

enamourer, 133.

encadre, -er, 31, 34.

encaustique, 116.

encoignure, 49.

endiablé, 35.

endosser, 110.

enfer, 294.

enflammer, 35.

Engadine, 144.

Enghien, 137.

enhardir, 248.

enharmonie, 132.

enivrer, 132, 133.

ennemi, 74.

ennoblir, etc., 132.

ennui, 132.

enorgueillir, 97, 133.

enregistrer, -ement, 170.

ensevelir, 173.

entasse, -er, 22, 34.

entêté, 72.

entier, 293.

entrelacs, 213, 309.

entresol, etc., 317.

envergure, 240.

enverrai, 73, 297.

épaissir, 85.

épaulette, 116.

épenthèse, 142.

épizootie, 338.

époussette, 174.

équarrir, 291.

équat-, 291.

éque-, 288.

équi-, 289.

érafle, -er, 31, 34.

err-, 297-298.

es (tu), 56.

ès, 60, 302.

escadre, 31.

Eschine, 313.

Eschyle, 225, 313.

escient, 314.

escroc, 100, 212.

escroquer, 111.

esquire, 120, 290.

essaim, 130.

essayer, 193.

est (il), 55.

est-ce, 60.

estomac, 212.

estramaçon, 37.

Estramadure, 125.

étaim, 130.

Etats-Unis, 377, 383.

éteuf, 231.

étiage, 335.

Etienne, 337.

étioler, Etioles, 338.

étiologie, 338.

eu, eus, eusse, 94, 164.

eu-, Eu- initial, 75-96.

Eudes, 92.

euphuisme, 197.

ex- devant voy., 348-49.

exact, 215, 330.

ex æquo, 349.

examen, 137-138, 279.

exc-, 348.

exeat, 325, 349.

Exelmans, 135, 309, 349.

exempt et dér., 284-285, 329, 349.

exequatur, 291, 349.

exs-, ext-, 348.

extraordinaire, 41.

extrémité, 73.

ex voto, 111.

Ezéchias, Ezéchiel, 226.

F

fa, 18.

fabrique, 34.

fabuliste, 34.

factotum, 111.

faim, 130.

fainéant, 74.

Fairfax, 88.

fait, 327.

fantasia, 318.

faon, 183.

farniente, 144.

faséole, 36.

fashion, 323.

fat, 325.

Faucilles, 267.

faulx, 262.

Faust, 114.

fayot, 191.

féerie, 73.

feldspath, 229.

fêlure, 72.

femme, 64, 131.

Fénelon, 165.

fer, 294.

Féroë, 77.

ferr-, 297.

ferrailler, 74.

ferrer, ferrure, 73.

fêter, 73.

feu-, Feu-, 96.

fez, Fez, 350, 351.

fibrille, 266.

fier, Fier, 293-295.

Fieschi, 78, 226.

Fiesole, 52, 78.

fils, 261, 302-303, 309.

five o’clock, 120.

Flameng, 140, 238.

Fleurus, Fleury, 96.

flirt, flirter, 120, 330.

fluide, 197.

flush, 126.

flux, 344.

Foch, 221.

fœhn, 77, 247.

fœtus, 75.

fol, 258.

folklore, 112.

football, 113.

Forez, 53, 350

forum, 111.

fossé, fossette, etc., 110.

fouet, 55.

fouette, fouetter, 59.

franc, 361.

Francfort, 218.

frangipane, 239.

Freischütz, 88, 227.

Fréjus, 307.

frelon, 170.

fret, 326.

Friedland, 78, 228.

Frœschwiller, 76, 227, 294.

froid, 229.

fruit, 197.

fruitier, 198.

fuchsine, 226.

fueros, 124, 304.

Furens, 140.

furia francese, 124, 135, 220.

G

gageure, 94, 240.

gagner, 34, 87.

galimatias, 338.

galop, 100, 284.

galoper, 111.

gangrène, 239.

garden-party, 76.

garer, 35.

garrot, 37.

gars, 295, 309.

gaz, 350.

gaz-, 36.

Ge-, Gé-, 239.

Gédoyn, 147.

geline, gelinotte, 170.

Gellée, 171.

Genevois, 173.

Geneviève, 173-174.

Gengis-Khan, 144.

gens, 139, 308.

Genséric, 144.

gentil, -homme, 260, 378.

gentille, -esse, 265.

gentleman, 76, 143, 246.

geôle, geôlier, 239, 240.

Gérardmer, 229, 295.

Gerolstein, 146, 239.

Gers, 294-295, 310.

Gervinus, 125.

Gessler, Gessner, 239.

Gevaert, 82, 239, 330.

Gex, 345.

geyser, 89.

giaour, 246.

Gi-, 239.

Gier, Rive-de-, 295.

gin, 120, 146, 246.

ginseng, 238.

giorno (a), 246.

gipsy, 246.

girasol, 318.

glabre, 32.

globe, 104.

Gluck, 125.

gn-, Gn-, 245, 283.

gneiss, 88, 245.

goéland, goélette, 200.

Gœthe, 77.

Gœttingue, 77, 146, 230.

gogo, 112.

gong, 238.

gosier, 110.

Goth, 332.

Gounod, 100, 229.

Goya, 192.

goyave, 191.

gracier, gracieux, 33.

grammaire, 131, 276.

granit, 328.

grasseyer, 34.

gratis, 38.

gratuit, 327.

grazioso, 352.

gréement, 73.

Greenwich, 78, 226.

gréneterie, 173.

grésil, 261.

Grieg, 78, 238.

gril, 261.

Groenland, 77, 144, 228.

groin, 147, 199.

groom, 113.

groseille, 110.

gross-, 110.

gruyer, gruyère, 192.

Gua-, 244.

Guadeloupe, 244.

guano, 243.

gué-, gué-, 241.

Gue-, Gué-, 241-242.

guérilla, 268.

guerrier, 73.

gueule, -lard, 93.

gui-, Gui-, 242.

Guipuzcoa, 243, 252.

guise, Guise, 242, 243.

Guizot, 243.

gulf-stream, 45, 126.

Gunther, 145.

gutta-percha, 126, 222, 339.

Guy-, 192, 212.

gymnase, 316.

gymnosophiste, 318.

H

Hæckel, Hændel, 78.

haler, 24.

halluciner, 250.

haltères, 250.

hameau, 37.

hameçon, 250.

Hamlet, 254.

Hanovre, 104, 254.

hanse et dér-, 254.

hareng, 140, 236.

haro, 37.

harpye, Harp-, 252, 254.

haut-, Haute-, 252.

havresac, 318.

Haydée, Haydn, 88.

hecto, 100, 250.

Hegel, 239.

Heidelberg, 88, 89.

hélas, 300.

hélio-, hémi-, etc., 250.

hémorr-, 298.

Hendaye, 28, 141, 191.

hendéca-, 141.

hennir, 74.

Henri, -iette, 254.

Hephaistos, 88.

héraut, hérald-, 254.

hérisser, -son, 252.

héros et dér., 253.

hésiter, 252.

heurt, 330.

heurte, 93.

hexa-, 349.

hiatus, 38.

hidalgo, 251.

hier, 195, 253, 294.

hiér-, 195, 250, 252.

high-life, 120.

hinterland, 251.

hiver, 294.

hipp-, 286.

hirsute, 250.

hoir, hoirie, 250.

Hollande, 254, 272.

holocauste, 114.

Holstein, 146.

home, 112.

home rule, 125.

Hong-Kong, 238.

Hongrie, 254.

hôpital, 109.

horr-, 298.

hors, 252.

Hortensius, 143.

hosanna, 110, 252, 281.

hôtel, 109.

hourra, 19.

Houssaye, 191.

hoyau, 190.

Hugo, 254.

huile et dér., 118, 250, 253.

huis, huissier, 254.

huit, 153, 155, 253, 328.

Humbert, 149.

Humboldt, 149, 331.

Hume (David), 126.

humour, 126.

Hyacinthe, 195, 250.

hyène, 250.

hymen, 138, 279.

Hypatie, 337.

hypocras, 23, 300.

I

ichneumon, 96.

ichtyosaure, 318.

idiotisme, 111.

Iéna, 152.

igname, 245.

Ignatief, 245, 339.

igné, igne-, igni-, 245.

iguane, 243.

il, 259.

ill-, 270.

imbroglio, 246.

imm-, 276.

immédiat, 325.

imprégnation, 245.

impresario, 76, 318.

incognito, 146, 245.

indemnité, -iser, 75, 275.

indomptable, 285.

in-douze, 145.

indult, 261.

ineptie, inertie, 335, 336, 337.

inexpugnable, 245.

in extenso, 141, 145.

inextinguible, 242.

in extremis, 75, 145, 305.

infamie, 33.

infect, 215.

in-folio, 36, 145.

ingrédient, 138.

initier, 336.

inn-, 281.

in partibus, 145, 305.

in petto, 145, 340.

in-plano, 38, 145.

in-quarto, 145, 291.

inquiétude, 289.

insister, 319.

instinct, 217, 330.

instruire, 197.

interr-, 297.

interview, -ewer, 146, 343.

intus- suivi d’s, 322.

irr-, 298.

Isaac, 25.

Isl-, Ism-, Isr-, etc., 313, 315.

isthme, -ique, 332.

J

Jacob, -bin, -bite, 35.

jaconas, 301.

Jacqu-, 35.

Jacques, -erie, 21.

jadis, 37, 302.

jaguar, 243.

James, 43, 256.

Jamyn, 145.

Janina, 255.

Janus, 38.

Japet, 255.

jarret, 37.

jaseran, Jason, 36.

Jassy, 255.

Jean et dér., 164.

Jeanne, 26, 164.

Jeannette, -eton, -ot, 35.

Jéhovah, 19.

Jenner, 256, 282.

Jenny, 74, 282.

Jersey, 256, 315.

Jésus, 307-308.

jettatura, 124, 255, 340.

jeudi, 96.

jeun (à), 92, 164.

jeune, 93.

jeûne, 92.

Joachim, 130, 225.

joaillier, 199.

Jocelyn, 145.

Joconde, 255.

Johannisberg, 238, 255.

John Bull, 125, 256.

Jordaens, 79, 134, 139, 256.

Joseph, -ine, 110.

joug, 235-236.

Juan, 125, 256.

juillet 269, 326.

Juilly, 269.

juin, 197.

Jungfrau, 116, 125, 255.

jungle, 149.

junte, 149.

jusquiame, 289.

Jutland, 228, 256.

K

kaiser et dérivés, 88.

Kamtschatka, 227, 274, 332.

Kant, 135, 330.

Kehl, 57.

Kent, 139.

Kerguélen, 138, 242.

Kiel, 78.

Kiev, 341.

kilo, 100.

Kluck, 1285.

knout, 329.

Kœnigsberg, 77, 238.

krach, 221.

Kruger, 239, 295.

kulturkampf, 124.

Kurdistan, 125.

Kyrie eleison, 148, 318.

L

la, 18.

labadens, 308.

La Boëtie, 333, 337.

Laboulaye, 191.

La Bruyère, 192.

La Châtre, 31.

lacs, 213, 309.

ladre, 32.

lady, 43.

Lænsberg, 78, 238.

laisser, laitue, 85.

Lally-Tollendal, 141.

lama, 37.

Lamennais, 171.

Lamoignon, 49.

lampas, 300, 301.

landsturm, 124.

Lang-son, 148-149, 233.

Laon, 133.

Laonnais, 134.

lapis-lazuli, 38, 303.

laps, 309.

Largillière, 270.

lasse, lasser, 22, 34.

La Trémoille, 269.

latrine, 37.

Lauraguais, 244.

Laurens (J.-P.), 139, 309.

lauréat, laurier, 115.

La Vrillière, 270.

Law, 45, 342.

lawn-tennis, 45, 342.

Lawrence, 140, 342.

Laybach, 88.

Lazare, 36.

lazarone, 52, 351.

lazzi, 351-52.

Leclerc, Leclerq, 214.

léger, 293.

legs, 55, 237, 309.

Leibniz, 88, 147, 351.

Leicester, 88.

Leipzig, 88, 238.

Leitha, 88.

leit-motif, 88.

Lenau, 76.

Lens, 139, 309.

Lérins, 309.

les, 54.

Les- devant cons., 312.

Les- devant voy., 318, 319.

Lesbos, 103, 312.

lesquels, 72, 312.

Leuctres, 93.

leude, 92.

lez, 53, 350.

lichen, 224, 279.

Liebig, 78.

lied, 77, 229.

ligneux, lignite, 245.

Lilliput, 329.

lilliputien, 270, 337.

limaçon, 37.

linceul, 258.

lingual, -iste, 242, 243.

liqu-, 288.

liquidambar, 290.

lis, fleur de-, 302.

Liszt, 351.

litt-, 340.

lloyd, 273.

lobe, 101.

loch, 221.

Lohengrin, 145, 146.

lolo, 111.

lombric, 213.

long, 236, 362.

Longueil, 93.

Longwy, 236, 244, 342.

Lons-le-Saunier, 309.

loquace, -acité, 291.

lord, 228.

lorsque, 183, 310.

Lot, 328.

louveterie, 173.

Loyola, 192.

Lucayes, 28, 191.

lumbago, 149.

lunch, luncher, 149, 220.

lut, 329.

lysimachie, 224.

M

macadam, 130.

macfarlane, 43.

Machiavel et dér., 226.

maçon, 37.

madeleine, 37.

Madeleine, 37.

madras, 300.

Madras, 301.

madré, madrier, 37.

Madrid, 229.

Mælzel, 78.

Maeterlinck, 79, 146.

Maëstricht, 79, 221, 330.

mafflu, 37.

Magendie, 143.

magn-, 244-245, 287.

magot, 37.

mail-coach, 45, 88.

maillechort, 222.

Maimonide, 88.

mairie, 165, 296.

maïs, 302-303.

maison, 85.

majeur, major, etc., 38.

Majorque, 38, 255-256, 269.

Majunga, 149.

Malachie, 224.

malagueña, 280.

Malesherbes, 165, 312, 315.

malotru, 111.

maman, 39.

mandrill, 264.

mangeure, 240.

maniéré, 73.

Mantegna, 282.

manzanilla, 268.

maquis, 37.

maravédis, 303.

marc, Marc, 214.

mardi, 38.

Marennes, 37.

Marilhat, 273.

Maroilles, 269.

marqueterie, 172.

marraine, marri, 37.

marron, 37.

mars, 310.

martyr, 38.

mas, Mas-, 300, 301.

masure, 36.

mat, 45, 325.

matelasser, 35.

mater, mâter, 21.

Mathusalem, 319.

Maubeuge, 92.

Mauclerc, 214.

Maupeou, 164.

mauvais, 116.

mayonnaise, 249.

mazette, 36.

Médicis, 303.

Meilhiac, Meilhan, 273.

Mein, 146.

Meinam, 88.

Mékong, 238.

mélange, mêler, 73.

Melchi-, 226.

Melchisédec, 226, 319.

Mélilla, 268.

mélo, 100.

Memphis, 143.

menstrues, 141-142.

menthol, 141, 143.

mentor, 141, 142.

menuisier, 198.

Méphisto, 100.

mercredi, 296.

mérinos, 102, 304.

mes, 54.

més-, 316.

mesdames, 72, 312.

messied, 52.

messieurs, 72, 91, 292.

métis, 302.

métro, 100.

Metz, 60, 332, 351.

meugle, 92.

meule, 92.

Meung, 92, 164, 236.

meunier, 96.

Meurice, 96.

Meurthe, meurtre, 93.

meut, meux, 91.

mezzo, 352.

Michel, 224.

Michel-Ange, 224.

mien, 136, 387.

mil, 259, 261.

mildew, 343.

Milhau, 273.

milieu, 262, 263.

mille et dér., 266, 269.

Mill-, 269-70.

Milton, 148.

miss, mistress, 120.

moelle, -llon, 62, 200.

mœurs, 310.

moignon, 49.

moins, 308.

Moïse, 199.

moitié, 334, 336.

momerie, momie, momier, Momus, 110.

monachisme, 225.

mons, Mons, 308, 309.

monsieur, 91, 148, 292.

Mont-, 332.

montagne, 87.

Montaigne, 87.

Montargis, 304.

Monte-, 76.

Montorgueil, 93.

Montpellier, 171, 271.

Montr-, 332-333.

Morellet, 171, 272.

mosaïque, 110.

mot, 99.

mot à mot, 100, 328.

moteur, motrice, 111.

motus, 110.

mouette, 63.

mourrai, 296.

mousqueterie, 172.

moyen, 189, 190.

muezzin, 146, 351.

muid, 229.

Munster, 149.

Murger, 239, 294.

Murillo, 268.

myrtille, 266.

N

nacre, 31, 32.

naïade, 37.

nanan, 39.

nansouk, 319.

Naples, 31.

narrer, 34.

nasal, naseaux, 36.

Natchez, 350.

naufrage, 116.

navre, navrer, 32, 34.

néanmoins, 132.

négus, 124.

Nelson, 148.

nenni, 74.

Népaul, 114.

nerf, 232.

Néris-les-Bains, 304.

net, 326.

Neu-, 96.

neuf, 91, 93, 233-235.

Neuf-, 91.

neume, 92.

neuvaine, -vième, 95.

New-, 343.

Newton, 148, 343.

nez, 53, 350.

nid, 229.

Nie-, 78.

Niebelung, 78, 125, 239.

Niger, 239, 295.

noël, 199.

Nolhac, 273.

nom, 130.

nœud, 90, 229.

notre, 296.

nummulite, 123.

nunc (hic et), 149.

nurse, nursery, 126.

O

oasis, 112.

obliquité, 290.

obs-, 202, 315.

obséquieux, 290.

obstiné, 210.

obus, 110, 305-6.

occiput, 329.

odeur, 110.

œc-, œd-, Œd-, etc., 75.

œil, 93.

œuf, 91, 93, 231-32.

œuvé, 95.

oignon, 49.

olim, 111.

olla podrida, 269.

on, 390-91.

onze, 153-54, 358.

opiat, 325.

opp-, 286.

orang-outang, 237, 362, 378.

oratorio, 111.

orchidée, 225.

orchis, 225, 303.

orée (à l’), 110.

orgueil, 93, 97.

orgueilleux, 97.

Orpheus, 92, 304.

ortie, 337.

os, 102, 304.

oscille, -ation, -er, 265.

osier, 110.

Osmanlis, 304.

osselet, ossement, etc., 109.

ost, 331.

Ostrogoth, 332.

otage, 111.

ouate, 153, 358.

oui, 152, 358.

ouïr, 358.

ouistiti, 153, 358.

Ourcq, 214.

ours, 310.

outlaw, 45, 126, 342.

outsider, 66, 120, 126.

ovale, 111.

ozone, 106.

P

pachyderme, 226.

pagaye (en), 191.

paie, paiera, 193.

palabre, 32.

Paladilhe, 273.

pali, 39.

palinod, 100, 229.

palis, 302.

pâme, -er, -oison, 33.

pampas, 301.

panem et circenses, 38.

paneterie, 173.

paon, 133.

papayer, 191.

papeterie, 172-73.

papille, 266.

Paraguay, 244.

paras-, 317.

parasol, 317, 318.

parfum, 124, 130.

parisis, 302.

Paros, 103, 304.

parqueterie, 172.

parrain, 37.

pascal, 38.

pass-, 323.

passe, passer, 22, 34.

passant, 37.

passeport, -poil, -menterie, 34.

passereau, 37.

pastel, pasteur, 38.

pastille, 265.

pat, 325.

pataquès, 60, 301.

pâte, pâté, pâtissier, pâtisserie, 33.

pater, 38, 295.

Pathmos, 103.

pathos, 103, 304.

Paul, Paule, 114.

Paulm-, 261.

paupière, 116.

paye, payera, 193-94.

pays, payse, etc., 190.

pechblende, 144.

pêcher, 73.

Peer Gynt, 78, 239.

pehlvi, 73.

Pélasges, -ique, 313.

pelleterie, 173.

Penmarch, 143, 221.

pent-, 141.

Pentateuque, 92, 141.

Pentecôte, 102, 141.

Penthièvre, 143.

perdrix, 344.

péril, 261.

Pernod, 100, 229.

perr-, Perr-, 298.

perron, 73.

peseta, 76, 318.

pétiole, 338.

Pétion, 339.

peu près (à), 95.

peut, peux, 91.

peut-être, 95.

Pézenas, 165, 301.

phaleuce, 92.

philh-, 273.

Phocyon, 110.

photo, 100.

piazza, -etta, 352.

pickles, 120.

pick-pocket, 327.

pied, 52, 228, 368.

pierreux, 73.

pippermint, 330.

piqueur, 94.

pitié, 334, 336.

pizzicati, 352.

placenta, 141.

placer, 295.

placet, 327.

plaisir, 85.

plaza, 352.

pleurer, 93.

pleut, 91.

plomb, 210.

pluie, 197.

plurier, 293.

plumbago, 149.

plumcake, 43, 125.

plum-pudding, 125.

plus, 306-307, 356, 374.

pneumonie, 96.

poêle, poêlon, 62, 200.

poème, poète, 112, 199.

poids, 229, 309.

poigne, poign-, 49.

Poitiers, 293, 295.

poireau, 50.

poitrail, poitrine, 50.

polaire, 109.

polenta, 144.

Polyeucte, 93.

Pompéi, 81, 119.

poney, 80, 110.

Pons, Saint-, 309.

Pont-, 332-33.

porc, 214-15.

porc-épic, 215, 363, 379.

posada, 318.

Poseidôn, 88, 148, 319.

post-, 322.

pot-, 100, 368.

Potsdam, 322.

pouls, 258, 309.

pourrai, 73, 297.

pourrir, 122, 299.

Pouzzoles-, -ane, 351.

praline, 37.

préciput, 329.

prélasse, -asser, 22, 34.

premier, 359.

présalé, 318.

prescience, 314.

préséance, 317.

présompt-, 285.

présu, présupposer, 317.

prêter, 73.

prétérit, 327.

Prévost, 331.

prévôtal, 109.

Privas, 301.

prix, 344.

pro- et pros-, 110.

Procyon, 110.

pro domo, 111.

profès, 301.

Progné, 245.

Prométheus, 92.

prompt et dér., 284-85, 329.

pronunciamiento, 124, 143.

prosecteur, 317.

prurit, 327.

psaume, 284.

pseudonyme, 96.

pschent, 139, 227.

puff, puffisme, 124.

puisque, 198, 312.

Pulcher, 224, 295.

Pulchérie, 224.

punch, 149, 221.

pupille, 266.

pusillanime, 270.

Puységur, 319.

Pyrr-, 299.

Q

quadr-, 291.

quaker, 43, 68, 291.

qualité, 290.

quand, 228.

quant et dér., 291.

quar-, 291.

quartz, 291, 351.

quasi et dér., 36, 291.

quassia, -ier, 291.

quat-, 291.

quatre, 296, 375.

queen-, 289.

quelque et dér., 262.

quér-, 288.

Quercy, -inois, 288-89.

questeur, -ure, 288.

quêter, 73.

quetsche, 289.

qui-, 289-90.

quidam, 129-30, 289.

quin-, 289-90.

quiproquo, 111, 289.

quorum, 111.

R

racahout, 329.

Rachel, 224.

rachis, 225, 303.

racle, racler, 31, 34.

raccroc, 100, 212.

radoub, 210.

rafle, rafler, 31, 34.

rail, 26, 88, 259.

railway, 88.

rainure, 85.

raison, 85.

Raleigh, 88.

rallye-paper, 43.

ramasser, -assis, 34.

Rambervillers, 295.

ramure, 37.

rang, 236, 362.

ranz, 350.

Raon-l’Etape, 133.

Raoul, 41.

raout, 45, 329.

rapt, 331.

rareté, 35.

raye, 193.

raz-de-marée, 350.

razzia, 351.

Reber, 76.

record, recordman, 76.

refléter, 170.

réfréner, 170.

registre, 170, 312.

Regnard, 170, 283.

Reichstag, 88.

Reims, 309.

reine-Claude, 218.

reliquat, 291.

Rembrandt, 135, 144, 228, 330.

Remi, 171.

René, 170.

renseignement, 166.

résection, -séquer, 317.

respect, 216, 362.

ress-, 171, 320.

ressemeler, 171, 175.

retable, 169.

Rethel, 170.

Retz, 60, 332, 351.

Reuss, 92.

revolver, 76.

Reynolds, 88.

rez-de-chaussée, 53, 350.

rhinocéros, 102, 304.

rhododendron, 141, 148.

rhum, -merie, 124.

rien, 136, 390.

rifle, 120.

rigaudon, 116.

Rigi, Righi, 239.

right, 120, 246.

Riom, 130.

risoluto, 318.

rit, 327.

riz, 350.

Roanne, 200.

Rob-Roy, 50.

rocking-chair, 88.

Rochechouart, 165.

rococo, 111.

Rodez, 351.

Rœderer, 76-77.

Rol-, Roll-, 110, 272.

romancero, 76.

rosace, rosat, rosier, etc., 110.

rotang, 238.

rôtir et dér., 109.

Rothschild, 110.

Rouen, 74, 137.

rouennais, -erie, 74, 75.

roule, -er, -ure, 122.

Rubinstein, 146.

Rueil, 65, 93, 260.

ruolz, 351.

Ruskin, 126.

rut, 329.

Ruysdaël, 24, 79.

S

Saa-, 39.

sable, sabler, 30, 34.

sabre, sabrer, 32, 34.

saigner, 85.

Saïgon, 88.

Saint-Aignan, 87.

Saint-Brieuc, 90, 212.

Saint-Genest, 331.

Saint-Germain-en-Laye, 191.

Saint-Graal, 24.

Saint-Just, 331.

Saint-Maixent, 347.

Saint-Mesmin, 73, 313.

Saint-Ouen, 137.

Saint-Priest, 331.

Saint-Saëns, 134, 139, 140, 308-309.

Saint-Valéry, 165.

Saint-Wast, 331.

Sainte-Menehould, 164, 262.

Sainte-Wehme, 57, 341.

saisir, 85.

Salammbô, 135.

Salisbury, 121, 126.

Salomon, 110.

Salzb-, 352.

samouraï, 119.

Samoyèdes, 192.

Samson, 129.

sanatorium, 111.

sanct-, 218.

sandwich, 226.

sang, 236, 362.

sangui-, 243.

Santeul, 93, 258.

Santillane, 268.

Saône, 41.

saoul, 39.

sapientiaux, 142.

Sarajevo, 255.

Sardaigne, 87.

Sarmatie, 337.

sarrau, 37.

Satan, 37.

satisfecit, 328.

Satyricon, 148.

sauf, 114.

Saulxures, 347.

saur, 114.

saur-, 115.

savoyard, 190, 191.

scabreux, 37.

Scager-Rack, 239.

Scaliger, 239, 295.

sce-, sci-, Sce-, Sci-, 314.

Scha-, Sché-, etc., 227.

schako, 227.

schampoing, 145.

scheik, 88.

schéma, schème, 227.

scherzo, 227, 351.

Schiedam, 227.

schisme, schiste, 227.

schola cantorum, 227.

Schubert, Schumann, 125, 227.

Schlitz, 351.

scille, 266.

scintille , -iller, 265.

scintillation, 265, 270.

scorbut, 329.

scotie, 338.

scottish, 323, 340.

sculpter, 285.

second, Second, et dér., 218.

secrétaire, 170.

secundo, 149.

Sedan, Sedaine, 170.

Sées, Séez, 56, 350.

Segrais, Segré, 170.

seigneurie, 165.

seing, 236.

Seltz (eau de), 351.

semoule, 264-265.

sempiternel, 142.

séneçon, senestre, 170.

Senef, 170.

Senlis, 303.

señor, señora, 280.

sens, Sens, 139, 308, 309.

sept, 285, 326.

sept-, 285.

septentrion, 141.

Séquanes, 291.

séquestre, 288.

serrer, serrure, 73, 298.

ses, 54.

Séverin, 165.

Séville, 267.

Seymour, 88.

sexa-, 349.

sh-, Sh-, 323.

Shanghaï, 28, 238, 323.

Shakespeare, 45, 323.

shelling, 145, 323.

Shylock, 89, 121.

Sichem, 224.

sien, 136, 387.

Siegmund, 78, 125.

signe, signer, 282-283.

signet, signifier, 282.

silhouette, 273.

sille, 266.

singleton, 148.

sirop, 100, 284.

six, 345, 346.

sixain, sixième, 348.

skating, 43, 145, 238.

sloop, 113.

smala, 37.

snow-boot, 113, 343.

soit, 325-326.

soixante, 347.

sol, 258.

solennel, solennité, 74, 131.

Solesme, 63.

soliste, solo, 111.

sot-l’y-laisse, 99-100, 328.

sotie, 337.

soubassement, 35.

soubresaut, 318.

Souchong, 227, 238.

souhait, souhaiter, 87, 198.

souiller, souillon, 122.

soûl, 258.

Soult, 331.

sourcilière, 262.

soye, soyent, 163, 194.

Soyecourt, 192.

spahis, 303.

sparadrap, 284.

spécimen, 138.

speech, 78, 226.

spencer, 66, 144.

Spinosa, 110.

sport, 330.

squale, 291.

squameux, 291.

square, 42, 291.

squirre, 289.

Staël (Mᵐᵉ de), 79.

stagnant, -ation, 245.

Stanley, 80, 135, 280.

steam-boat, 45.

steeple-chase, 43, 76, 226.

Stendhal, 144.

stentor, 142.

sterling, 145.

stipendier, 141.

stout, 329.

strass, 23, 300.

stratus, 38.

Stuart Mill, 330.

subit, 387.

subs-, 202, 315.

succinct, 217, 330.

sud, 229.

Suez, 351.

Suffren, 138.

Sully, 269.

Sund, 149.

supp-, 286.

suprématie, 73.

surseoir, sursis, 315.

sus, en sus, 307.

susdit, sus-, 312.

suspect, suspecte, 216.

susurrer, 318.

Swinburne, 126, 146.

syll-, 272.

symptôme, 285.

symptomatique, 109.

T

tabac, 212.

tachygraphie, 226.

Tagliamento, 246.

Taitbout, 332.

Talleyrand, 86.

talmud, 229.

tandis que, 312.

Tanger, 294.

Tanit, 328.

taon, 133.

tarbouch, 221.

tarentelle, -tule, 142.

Tarn, 280.

tarot, 37.

tasse, tasser, 22, 34.

Tasse (le), 23.

tasseau, 37.

tatillon, 33.

taureau,-omachie, 115.

tayaut, tayon, 191.

Taylor, 88.

tea-gown, 45, 343.

Tempé, 143.

temps, 284, 309.

ténacité, 169.

tender, 144.

tennis, 281, 303.

tentacule, 142.

térébenthine, 142.

terr-, 73-74, 297-98.

terre-neuvas, 95.

tes, 54.

tétanos, 103, 404.

têtu, 72.

Teutatès, teuton, 96.

Thaon, 133.

thésis, 303, 318.

Thiers, 293, 295.

thuya, 192.

thym, 130.

ticket, 327.

Tiepolo, 78.

tiers, 294, 383.

tilbury, 126.

time, times, 120.

titille, 266.

Titye, 337.

toast, 45, 110.

Tolstoï, 81, 119.

tomahawk, 43, 342.

Tonneins, 309.

toper, 110.

torero, 76.

Torquatus, 291.

Torquemada, 289.

torr-, 298.

toton, 111.

tournesol, 318.

tous, 121, 304-5, 377.

trabucos, 304.

trachyte, 226.

trahison, 249.

tranquille et dér., 266, 269.

trans- devant voy., 319.

transe, transi, 319.

transept, 319, 331.

transit, 319, 327.

transs-, 322.

Transvaal, 24.

trépasse, -er, 22, 34.

trescheur, 224.

Tréville, 75.

trichine, -ose, 225.

triumvirat, 123, 274.

trois, 301.

trop, 100, 284, 360.

truie, truite, 197.

trust, 126.

tub, 125.

tunnel, 126.

turf, 126.

tutie, 338.

tutti, 124, 340.

tuyau, tuyère, 192.

typo, 100.

U

Ubaye, 191.

ubiquité, 290.

uhlan, 124, 155, 358.

Uhland, 125, 135.

ulster, 126.

un, 153-154, 280, 358, 389.

unis-, 317.

Ur, 125.

Uruguay, 244.

us, 306.

Utrecht, 221, 330.

V

vacille, -ation, -er, 265.

Valachie, 224.

valet, 37.

Valladolid, 269.

Valparaiso, 88.

Valréas, 301.

Van Dyck, 121.

Vanloo, 113.

Van Swieten, 78.

varech, 221.

vasistas, 23, 300.

vindas, 300.

Vaugelas, 301.

vaudrai, vaurien, 115.

vayvode, 88.

vedette, 170.

veglione, 246.

Véies, 81, 119.

Velay, 170.

vendémiaire, 142.

vendetta, 144, 330.

ventôse, 142.

Ventoux, 141.

ver, 294.

verdict, 217, 330.

vergeure, 240.

vergiss mein nicht, 88, 239, 341.

vermout, 329.

verr-, 298.

verrai, 73, 297.

verrée, verrière, 73.

verroterie, 74.

vers, prép., 385.

verticille, 266.

veule, 92.

veut, veux, 91.

veuve, 94.

veux-je, 93.

Vevey, 170.

Vill-, Villa-, 269-70.

villanelle, 270.

ville et dérivés, 266-7, 269.

Villon, 267-8.

Vinci, 146, 219.

vingt, 236, 329-30.

Vintimille, 246.

violoncelle, 220.

vis, tournevis, 302.

vitchoura, 223.

vivat, 325.

vivisection, 318.

Vogüé, 242.

volontiers, 293, 295.

vomir, 110.

vooruit, 113, 328.

Vosges, 104, 313.

votre, 296.

voyons, 189.

voyou, 191.

vraisemblable, 318.

W

Wallace, 342.

Walter Scott, 342.

Warens (Mᵐᵉ de), 140, 308.

Washington, 146, 148, 342.

water-closet, 327.

Waterloo, 113, 342.

Waverley, 342.

Weber, 76.

Westphalie, 332.

Wieland, 78.

Wiesbaden, 78, 279.

Wisconsin, 146, 149, 342.

Wiseman, 134, 319, 342.

Wisigoths, 332.

Witikind, 228.

Wright, 120, 246, 342.

wigh, 238.

Wight, 120, 246, 342.

X

x ou X initial, 349-350.

Xaintrailles, 349.

Xanthe, etc., 349.

Xavier, 349.

Xéno-, 349.

Xérès, 350.

Xerxès, 347, 349. Ximénès, 350.

xylo-, 349.

Y

yacht, 44, 152, 358.

yatagan, yole, etc., 152, 358.

Ysaye, 191.

Yseult, 90, 261, 331.

yucca, 125.

Z

z ou Z initial, 351-52.

zélé, 73.

zend, 139, 229.

Zeus, 92, 304, 352.

zinc, 214.

Zollverein, 88, 352.

Zug, 125, 351.

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

PRÉFACE 1

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

LES LETTRES

Classification des voyelles 2

Classification des consonnes 7

Quelques considérations générales sur l’accent tonique 9

Autres observations générales 14

PREMIÈRE PARTIE

LES VOYELLES

=I.--La voyelle A= 18

1º L’a final 18

2º L’a suivi d’une consonne articulée 20 I. a bref 21 II. a moyen 23 III. a long 28

3º L’a suivi des groupes à liquides 30

4º L’a atone 32

5º Quelques cas particuliers 39

6º L’a des mots anglais 41

7º Le groupe OI (oy) 45 I. OI tonique 46 II. Le groupe oign 48

=II.--La voyelle E= 51

1º L’e final 51 I. e final fermé 52 II. e final ouvert 55

2º L’e suivi d’une consonne articulée 57 I. e bref 57 II. e moyen 61 III. e long 65

3º L’e suivi des groupes à liquides 68

4º L’e atone 71

5º Quelques cas particuliers 74

6º L’e des mots étrangers 76

7º Les groupes AI (ay) et EI (ey) 79 I. AI final 79 II. AI suivi d’une consonne articulée 82 III. AI atone 85 IV. Le groupe aign 87 V. Les mots étrangers 88

=III.--La voyelle EU= 90

1º EU final 90

2º EU suivi de consonnes articulées 91 I. EU fermé 91 II. EU ouvert 93

3º EU atone 95

=IV.-- La voyelle O= 98

1º L’o final 98

2º L’o suivi d’une consonne articulée 101 I. o fermé 101 II. o ouvert bref 102 III. o ouvert moyen 103 IV. o ouvert long 108

3º L’o suivi des groupes à liquides 108

4º L’o atone 108

5º L’o de quelques mots étrangers 112

6º Le groupe AU 113 I. AU tonique 113 II. AU atone 115

=V.--Les voyelles I (y), U, OU= 117

1º La voyelle I 117

2º L’i dans les mots étrangers 120

3º U et OU 121

4º L’u dans les mots étrangers 124

=VI.--Les voyelles nasales= 127

1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales 127

2º De quelques nasales intérieures, disparues ou conservées 131

3º Les cas particuliers de la nasale an 133

4º Quand le groupe en se prononce-t-il an ou in? 136 I. En final 136 II. En suivi d’une consonne finale 138 III. En atone 140 IV. Les mots étrangers 143

5º Les cas particuliers de la nasale in 145

6º Les cas particuliers de la nasale on 148

7º Les cas particuliers de la nasale un 149

=VII.--L’E muet= 150

1º Considérations préliminaires sur l’e non muet et l’élision 150

2º La prétendue loi des trois consonnes 155

3º L’e muet final dans les polysyllabes 158 I. Dans les mots isolés 158 II. Devant un autre mot 159

4º L’e muet à l’intérieur des mots 160 I. Entre voyelle et consonne 160 II. Entre consonne et voyelle 161 III. Entre deux consonnes 162 IV. Dans la syllabe initiale 168

5º L’e muet intérieur dans deux syllabes consécutives 172

6º L’e muet dans les monosyllabes 175 I. Un monosyllabe seul 176 II. Deux monosyllabes consécutifs 178 III. Trois monosyllabes consécutifs 180 IV. Plus de trois monosyllabes consécutifs. 180

7º Conclusions 181

=VIII.--Les semi-voyelles= 186

1º Divorce entre la poésie et l’usage 186

2º La semi-voyelle y 187 I. Après une consonne 189 II. Décomposition de l’y entre deux voyelles 190 III. Changement de l’y en i 193 IV. L’i ou y grec initial devant une voyelle 194

3º La semi-voyelle u 196

4º La semi-voyelle ou 198

DEUXIÈME PARTIE

=LES CONSONNES=

1º Le changement spontané des consonnes 201

2º Quelques observations générales 205

Note sur la prononciation du latin 209

=B= 210

C 212

1º Le c final 212

2º Les mots en -ct 215

3º Le c intérieur 217

=CH= 221

1º Le ch final 221

2º Le ch intérieur 221 I. Devant a, o, u 222 II. Devant e et i 223

=D= 228

=F= 231

=G= 236

1º Le g final 236

2º Le g devant une voyelle 238

3º Le groupe gu devant une voyelle 241

4º Le g devant une consonne 244

=H= 247

1º L’h final ou intérieur 247

2º L’h initial, muet ou aspiré 247

3º La loi de l’h initial 249

4º Les exceptions 251

=J= 255

=K= 257

=L= 258

1º L’l final et les mots en il 258

2º L’l intérieur 261

3º L’l double après un i 264 I. Les finales muettes en ille 265 II. Le groupe ill intérieur 267

4º L’l double ailleurs qu’après un i 270

=M= 274

1º L’m simple 274

2º L’m double 275

=N= 279

1º L’n simple 279

2º L’n double 281

L’n mouillé 282

=P= 284

=Q= 287

1º Le q final 287

2º Le groupe qu 287 I. Devant e 288 II. Devant i 289 III. Devant o et a 290

=R= 292

1º L’r simple 292

2º L’r double 296

=S= 300

1º L’s final 300

2º L’s intérieur 311 I. Devant une consonne 311 II. Entre consonne et voyelle 315 III. Entre deux voyelles 316

IV. Entre une voyelle nasale et une autre 319

3º L’s double 320

=T= 325

1º Le t final 325

2º Le t intérieur et le groupe ti 332

3º Le t double 339

=V= et =W= 341

=X= et =Z= 344

1º L’x final 344

2º L’x intérieur 347

3º Le z 350

Récapitulation des consonnes 353

LES LIAISONS

Quelques considérations préliminaires 355

=Liaisons des muettes= 360

1º Les labiales et les gutturales 360

2º Les dentales, d et t 363 I. Les verbes 363 II. Adjectifs et adverbes 364 III. Les substantifs 367 IV. Après un r 368

=Liaisons des spirantes= 370

1º Les chuintantes et les fricatives 370

2º Les sifflantes, s, x, z 371 I. Les différentes espèces de mots 372 II. Les pluriels 375 III. L’s après l’e muet 379 IV. L’s après un r 383

=Liaisons des nasales= 386

INDEX ALPHABÉTIQUE DES FINALES 393

INDEX ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS 395

TABLE DES MATIÈRES 409

Imp. LAROUSSE, 1 à 9, rue d’Arcueil, Montrouge (Seine).

NOTES:

[1] DOMERGUE, Manuel des étrangers amateurs de la langue française, 1805 (les exemplaires de 1806 portent pour premier titre la Prononciation française); Mᵐᵉ DUPUIS, Traité de prononciation ou Nouvelle Prosodie française, 1836.

[2] Le Traité complet de la prononciation française de Lesaint, même revu et complété en 1890 par le Professeur Dʳ Chr. Vogel, est fait sans méthode, et ne peut avoir aucune autorité: il prononce encore scou_è_re, et t_o_n, pour ta(o)n, et m_o_sieu, etc., sans parler de Haydn prononcé èdn, _avec Gh_y-ane _et Gh_y-enne. Puis, voici M. Sudre, docteur ès lettres, professeur à la Guilde internationale, qui trouve très légitime qu’on prononce cinque francs ou neufe sous, qui admet aspè, aspec ou aspect et préfère aspect! Le reste à l’avenant. Voilà ce qu’on enseigne aux étrangers. Un autre, professeur au Conservatoire, enseignait aux Français qu’«on commence à pouvoir dire: une main habile.» (Dupont-Vernon, l’Art de bien dire.)

[3] Ou bien il a des formules singulières comme celle-ci: Beaucoup de personnes (!) ne prononcent pas f dans les bœufs.

[4] _Je ne parle pas de Littré, qui en cette matière est déjà suranné sur beaucoup de points, notamment par son obstination à maintenir le son de l’_l mouillé, et à séparer des syllabes que tout le monde réunit. Littré n’est déjà plus qu’un témoin historique, d’ailleurs infiniment précieux.

[5] Jusqu’à la lettre O, la finale-aille est ouverte presque partout; ensuite elle est généralement fermée.

[6] Par exemple, il identifie pour la prononciation gr_ê_le adjectif et gr_ê_le _substantif; il fait l’_a final bref dans vasist_a_s, et ferme au _dans au_rore _ou au_gmenter, etc.

[7] _Il croit que l’_a est fermé dans crasse et dans latrines; il prononce coïncidence comme coin; quadrilatère par coua ou ca, et plutôt ca, joigne avec oua ou ouè, frêlon avec e ouvert, asymétrie et imprésario avec des s doux, enharmonique avec un h aspiré; il croit qu’on peut dire indifféremment échev’lé ou éch’vélé, déjà ou d’jà, quérir ou qu’rir, des gentilzhommes ou des gentil(s)hommes, hai(e) ou haye, gen(s) ou gensse; il admet la suppression du c dans san_c_tuaire, san_c_tion et san_c_tifier; celle du p dans ce_p et_ se_p_tembre; il s’imagine que des bouches françaises peuvent encore garder une diphtongue dans des mots comme meurtr_ier_, encr_ier_, boucl_ier_, sabl_ier, etc.: il excepte seulement_ ouvri-er!

[8] Je recommande particulièrement à ce point de vue le chapitre de en prononcé an ou in, ou celui du groupe ti devant une voyelle.

[9] Nous le citerons cependant, vu son importance, au même titre et dans les mêmes cas que le Dictionnaire général.

[10] Les éléments de ces notes historiques sont naturellement empruntés au livre de THUROT: de la Prononciation française depuis le commencement du XVIᵉ siècle, 1881-1883. A défaut de ce livre capital, ceux qui s’intéressent à ces questions trouveront encore la plupart des renseignements nécessaires dans ROSSET, les Origines de la prononciation moderne, 1911.

[11] Ceci ne peut suffire que pour les poètes:

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes.

Mais quel E ou quel O? celui d’écho ou celui d’orge? Et les autres sons?

[12] Par exemple c_a_c_ique_, g_i_g_ot_, _salu_t_a_t_ion_.

[13] Ces questions sont certainement un peu arides. Mais le lecteur qui ne s’intéresse qu’aux faits, et ne tient pas à s’en rendre compte méthodiquement et par principes, peut très bien passer directement au chapitre de la voyelle A. Il reviendra ensuite sur les principes, si le cœur lui en dit. Je dirai même que pour le lecteur qui n’est pas initié, mieux vaut sans doute commencer par les faits: il comprendra mieux les principes après cette étude préliminaire, et c’est toujours une bonne méthode que d’aller du concret à l’abstrait.

[14] On voit que la voyelle fermée est aiguë, et que la voyelle ouverte est grave. On pourrait donc employer ces mots les uns pour les autres. Mais comme il convient de choisir, pour simplifier le vocabulaire, nous emploierons les deux termes ouvert et fermé, qui sont ceux dont les autres voyelles s’accommodent le mieux.

[15] Cette distinction est si nette que ces mots ne sauraient d’aucune façon rimer ensemble correctement, malgré l’exemple de V. Hugo, qui rapproche constamment _tr_ô_ne_ de _cour_o_nne_, ou _r_ô_le_ de _par_o_le_.

[16] Cette distinction n’apparaît pas d’abord manifestement; mais une expérience facile, indiquée par l’abbé Rousselot (voir son Précis de prononciation, page 39), montre que le mot est en somme parfaitement exact: si l’on prononce normalement la voyelle =a=, et si, sans rien changer à la position de la bouche, on en rapproche et retire alternativement la main, on sentira nettement ce que c’est qu’un =a= fermé; or la main fait ici l’office du gosier. Ajoutons, pour mieux caractériser encore l’=a= fermé, qu’il se rapproche de l’=o=, au moins à Paris.

[17] Il s’agit ici bien entendu du =c= et du =g= tels qu’on les entend devant =a=, =o=, =u=, et non transformés en d’autres consonnes, comme ils le sont devant =e= et =i=.

[18] On ne le retrouve guère que dans certaines parties du Midi et en Suisse. Peut-être y a-t-il encore des instituteurs qui s’efforcent de le rétablir sous la forme ly: alyeurs pour ailleurs, mais c’est autre chose, et c’est peine perdue. Il est encore plus vain de vouloir restaurer ce son disparu du français que de s’obstiner à faire vibrer l’r.

[19] Voir sur ce point LÉONCE ROUDET, la Désaccentuation et le déplacement d’accent dans le français moderne, dans la Revue de philologie française, 1907.

[20] Voir ROUDET, article cité. Toutefois l’auteur me semble réduire à l’excès le nombre des syllabes accentuées en fait. Il y a en moyenne un accent, plus ou moins fort, par groupe de trois syllabes, et c’est pourquoi il y a en moyenne quatre accents dans un alexandrin, l’accent étant sur la dernière syllabe non muette de chaque groupe. Ainsi dans ce vers:

Laissez-moi là, vous dis-je, et cou_rez_ vous ca_cher_,

il n’y a que quatre accents, mais il y en a quatre: sur là, dis, rez et cher.

[21] Acte de volonté qui devient d’ailleurs facile et même inconscient, grâce à l’habitude, mais qui n’en subsiste pas moins, comme ceux qui dirigent les doigts du pianiste, même dans les «traits» les plus faciles, où le jeu semble le plus machinal.

[22] On voit que l’accent dit aigu, quand il n’est pas final, surmonte presque toujours un e à demi ouvert; pourtant l’é initial est souvent moins ouvert que l’é intérieur.

[23] Je ne parle pas, bien entendu, des noms étrangers, comme Brahms, où l’=h= allonge =l’a=, à côté de rams, qui a l’=a= bref.

[24] Exactement et en fait, les groupes sont: =bl=, =cl=, =fl=, =gl=, =pl=, et =br=, =cr=, =dr=, =fr=, =gr=, =pr=, =tr=, =vr=. C’est ce que les grammairiens appellent muta cum liquida. Mais nous savons que les muettes sont =b= et =p=, =c= et =g=, =d= et =t=; =f= et =v= sont des spirantes (labiales ou fricatives). On voit qu’en principe, parmi les muettes, =d=, =t=, =v=, ne se groupent qu’avec l’=r=, en français; quant aux autres spirantes, =s= et =z=, =ch= et =j=, elles ne se groupent même pas avec l’=r=: quand par hasard elles en rencontrent un, comme dans _I_s-raël, ce qui est rare, elles n’appartiennent pas à la même syllabe.

[25] Les plus nombreuses sont précisément celles dont la première consonne est =l= ou =r=, comme -arbe, -arc, -arde, etc.

[26] On sait que cet accent tient presque toujours la place d’une lettre disparue, généralement un =s=, qui ne se prononçait plus, mais dont la présence allongeait la voyelle. Seulement, quand la syllabe qui a l’accent circonflexe est finale, l’allongement ne se fait plus sentir: _aim_â_t_, _for_ê_t_ et _bient_ô_t_ (de même que _reç_û_t_ ou _f_î_t_) ne se prononcent plus autrement qu’_aim_a, _for_e_t_ et _palet_o_t_. Il en est de même, disons-nous, de _aim_â_mes_ et _aim_â_tes_, comme de _f_î_mes_ ou _reç_û_mes_. Et ceci n’est pas nouveau: Mᵐᵉ Dupuis l’avait déjà constaté. Nous signalerons, en temps et lieu, les autres exceptions. D’ailleurs, comme les mots à accent circonflexe sur la finale ne sont pas très nombreux, on les trouvera tous dans les notes.

[27] Sauf, très mal à propos, les trois noms de mois en -ose: _niv_ô_se_, _vent_ô_se_ et _pluvi_ô_se_.

[28] Le Dictionnaire général donne la fermé et fa ouvert: c’est certainement une erreur, si ce n’est pas une faute d’impression. On notera en passant que les noms des voyelles intermédiaires, é, eu, o, et ceux des consonnes qui s’énoncent avec un e à la suite, b, c, d, etc., sont également fermés, ainsi que les notes do ou ré, car tous appartiennent à des finales fermées.

[29] La preuve, c’est que beaucoup d’h sont tombés, notamment dans casba, véranda, smala, massora, et même poussa, et les noms de lieux arabes, comme Blida; mais ceux qui restent ne se sentent guère plus, par exemple dans sura(h), ou même sha(h), surtout dans sha(h) de Perse, ou Jéhova(h): je ne vois guère qu’Allah, où l’on maintienne parfois, par un effort volontaire, l’=a= long et fermé.

[30] Cette identité de prononciation entre les singuliers et les pluriels est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis; mais les voyelles sont restées longues et fermées pendant longtemps au pluriel, en souvenir du temps où l’s se prononçait; elles ne le sont plus aujourd’hui que dans certaines provinces.

[31] Sauf bien entendu _b_â_t_, _dég_â_t_, _m_â_t_, _app_â_t_, où l’a est encore un peu fermé par l’accent circonflexe, qui a remplacé l’s antérieur; mais cette différence même est en voie de disparaître. C’est déjà chose faite, nous l’avons dit, pour les subjonctifs: _aim_â_t_ (pour _aim_a_st_) ou _aim_a ne diffèrent plus en rien, et malheureusement la confusion des prononciation amène parfois la confusion des formes elles-mêmes.

[32] Sans aucun souci de l’étymologie, comme on peut voir. Ainsi l’a de _pén_a_tes_ ou _son_a_te_, qui était long en latin ou en italien, est bref en français; de même pour _s’év_a_de_ ou _arc_a_ne_.

[33] Je ne parle pas bien entendu des finales dont il est question page 38: algue, calme, Alpes, salve, apte, rhubarbe, charge, écharde, écharpe, etc.: on sait que l’a n’y est jamais long ni fermé.

[34] Il s’agit bien entendu du c guttural et non du c spirant ou sifflant de ce et ci.

[35] De même _Balz_a_c_ ou _Aurill_a_c_, _Karn_a_k_, _B_a_ch_ ou _Androm_a_que_. On excepte _Isa_a_c_ et _J_a_cques_, dont l’a est fermé, et naturellement _P_â_que_ et _P_â_ques_, pour _P_a_(s)que_. D’ailleurs Isaac s’est longtemps prononcé isac, où la contraction naturellement allongeait la voyelle. La réaction orthographique a fait rétablir le premier a, mais l’effort fait pour distinguer les voyelles maintient l’allongement de la seconde. En revanche, on ouvre ordinairement l’=a= dans les _J_a_cques_ (d’où _J_a_cquerie_, et peut-être _j_a_quette_), et dans faire le _J_a_cques_.

[36] De même _G_a_p_, _Pri_a_pe_, _Ch_a_ppe_, _Escul_a_pe_, _Jemm_a_pes_, _la Tr_a_ppe_.

[37] On exclut, bien entendu, hâte, bâte, gâte, mâte et démâte, pâte, empâte et appâte, et hâte, qui tous ont perdu un s. L’a est douteux dans _Pil_a_te_, seul parmi les noms propres: cf. _Josaph_a_t_, _Cro_a_tes_, _Héc_a_te_, _Ag_a_the_, _Dalm_a_tes_, _Carp_a_thes_, _Socr_a_te_, etc.

[38] De même _Malg_a_che_, _Gam_a_che_, _Carr_a_che_, _Eust_a_che_, etc. On excepte naturellement _b_â_che_, _rab_â_che_, _f_â_che_, _g_â_che_, _l_â_che_, _rel_â_che_, _m_â_che_ (substantif ou verbe) et _t_â_che_ (ne pas confondre avec _t_a_che_): tous avaient un s, sauf _b_â_che_ et _m_â_che_ (salade), qui ont pris l’accent circonflexe par analogie.

[39] Sauf pour rimer avec _ch_â_sse_ et _gr_â_ce_, dont l’accent circonflexe est d’ailleurs assez mal justifié. Quant à _cr_a_sse_, il est toujours ouvert, et a toujours été bref, et je ne sais pourquoi Michaëlis et Passy distinguent ici l’adjectif du substantif: c’est le même mot. _Savant_a_sse_ a eu l’a fermé; il s’est ouvert, par analogie avec tous les mots où le suffixe asse prend un sens péjoratif. _M_a_sse_, terme de jeu, a aussi été long. D’autres encore ont été longtemps discutés. Ajoutons que l’=a= est long dans _Annem_a_sse_ et _Gr_a_sse_, et bref dans _le T_a_sse_, comme dans tous les autres noms propres: _Paill_a_sse_, _Madéc_a_sses_, _Sarg_a_sses_, aussi bien que _Curi_a_ce_, _Ign_a_ce_, _Bocc_a_ce_, _D_a_ces_, _Lapl_a_ce_, _Hor_a_ce_, _Thr_a_ce_, _Als_a_ce_, etc.

[40] Le Dictionnaire général, qui s’en rapporte trop facilement à l’étymologie, conserve l’a ouvert et bref dans _str_a_s_ (du nom propre Strass) et _vasist_a_s_ (de l’allemand was ist das), et même dans _hypocr_a_s_; il ne distingue pas entre ce qui devrait être et ce qui est.

[41] Entendez le g guttural, et non le g chuintant qu’on entend dans ge et gi.

[42] Le Dictionnaire général le fait ouvert, et il a certainement raison en principe, sinon en fait. On se demande ce qui a pu amener cette prononciation singulière, qui remonte fort loin. Cet a finira probablement par s’ouvrir là comme ailleurs, un jour où l’autre, à cause du b, comme a fait l’o de _gl_o_be_ et _l_o_be_, qui jadis était fermé aussi. L’a de _Sou_a_be_ est aussi bref que celui de _M_a_b_ ou _Ach_a_b_.

[43] De même _Jo_a_d_, _Tch_a_d_, _Timg_a_d_, _Alcibi_a_de_, _Henri_a_de_, _Pléi_a_des_, etc.

[44] L’=a= est moins ouvert dans _Reichst_a_g_ et _Landt_a_g_, mots étrangers, que dans _zigz_a_g_. Il est ouvert dans _Ag_a_g_, _Copenh_a_gue_, _Bir_a_gue_, _Pr_a_gue_, etc.

[45] Ce sont _h_â_le_, _m_â_le_ et _r_â_le_ (verbe), qui ont perdu un s, avec râle, oiseau (pour _r_aa_lle_), châle et pâle, dont l’accent est peu justifié. On y joindra Bâle, qui a aussi perdu un s, et _Domb_a(s)le, qui a gardé le sien: cf. Duche(s)ne, Ne(s)le, etc. _Saint-Gr_a_al_ et _Ruisd_a_ël_, où on ne prononce qu’un a, ont aussi la finale longue et fermée, et l’obligation de distinguer deux a paraît fermer à demi l’a final de _Ba_a_l_ ou _Transva_al. L’a est ouvert dans les autres noms propres, _Montré_a_l_, _Marti_a_l_, _Annib_a_l_, _Portug_a_l_, _Cant_a_l_, _Lamb_a_lle_, _Canc_a_le_, _Beng_a_le_, _saint François de S_a_les_, _Ambarv_a_les_, etc.

[46] A ces mots il faut ajouter _br_a_hme_, à cause de l’h, sans compter âme (pour an-me nasal), blâme et pâme, qui ont perdu leur s, et infâme (par réaction étymologique, et aussi par emphase, car il avait autrefois l’a bref, comme _diff_a_me_). Pour ne pas trahir le poète, mais pour ce motif seulement, il faudra prononcer brame avec a fermé dans ces vers:

Elle brame Comme une âme Qu’une flamme Toujours suit. V. HUGO, les Djinns.

La double voyelle paraît fermer à demi l’a final dans _Bala_a_m_ et _Abrah_a_m_, comme ci-dessus dans _Isa_a_c_ ou _Ba_a_l_; il est ouvert dans les autres noms propres, _Robo_a_m_, _Pri_a_m_, _Ann_a_m_, _Berg_a_me_, _Pyr_a_me_, etc.

[47] Le Dictionnaire général donne à ce mot l’a ouvert et moyen. L’accent circonflexe est seulement dans âne, pour a(s)ne, dans flâne (étym. inconnue), mânes, qui garde l’a long du latin, et crâne (dont l’allongement ne s’explique pas). On ferme aussi assez généralement l’a de _Je_a_nne_, quand il n’y a pas de nom à la suite (moins, par exemple, dans _Je_a_nne d’Albret_). Beaucoup de gens disent encore A_nn_e avec =a= fermé et long, et surtout _Marie-_A_nne_, sans doute afin de distinguer ce prénom de _Mari_a_nne_. D’ailleurs _Mari_a_nne_ aussi eut autrefois l’a long, puisqu’on l’écrivait Mariamne, comme condamne, et _Di_a_ne_ également, à cause de l’étymologie. Cet a est bref et ouvert aujourd’hui, comme dans les autres noms propres, _Ari_a_ne_, _Guy_a_ne_, _Tosc_a_ne_, _Mod_a_ne_, _Aristoph_a_ne_, _Tuscul_a_nes_, _Tigr_a_ne_, _Font_a_nes_, etc., aussi bien que _C_a_nnes_, _L_a_nnes_, _Suz_a_nne_, _Laus_a_nne_, ou _Ahrim_a_n_ et les noms étrangers en -mann; on doit le fermer dans _H_a_hn_, à cause de l’h qui le suit.

[48] Le Dictionnaire général les fait longues par principe.

[49] Ceci reste du temps où ce mot se prononçait _g_an-gne. L’=a= est ouvert également dans _Asc_a_gne_, _Cerd_a_gne_, _Allem_a_gne_, _Esp_a_gne_, etc.

[50] C’est-à-dire =a=, suivi d’un l mouillé, mais qui se prononce en réalité comme a-ye, l’ancien son mouillé étant complètement perdu.

[51] Prononcé à l’anglaise, nous le retrouverons à =ai=, avec _m_ai_l-coach_.

[52] Il est remarquable qu’au contraire la même intention péjorative tend plutôt à ouvrir et abréger l’=a= de la finale =-asse=.

[53] Je sais bien que d’aucuns ferment et allongent autant qu’ils peuvent _où voulez-vous que j’_ai_lle_; mais cela ne sent-il pas un peu le faubourg extérieur?

[54] Ce mot est le seul pour lequel le Dictionnaire général hésite. Mais d’ailleurs sa doctrine a singulièrement changé au cours de l’impression: jusqu’à la lettre O, tous les a sont ouverts, sauf dans _god_a_ille_ et quelques verbes en -ailler; à partir d’O, l’a fermé l’emporte de beaucoup; mais pourquoi _relev_a_illes_ et _trouv_a_ille_ ont-ils l’a ouvert, à côté de _sem_a_illes_ et _vol_a_ille_, qui l’ont fermé?--Il va sans dire qu’à Paris on fait l’a long et fermé dans _Vers_a_illes_, et aussi dans _Cornou_a_illes_ ou _Xaintr_a_illes_, et même dans _No_a_illes_.

[55] De même _Bisc_a_ye_, _Luc_a_yes_, _Hend_a_ye_, _Bl_a_ye_. On prononce _B_a_ïes_ de la même façon, et aussi quelques mots étrangers en -aï, comme _Shangh_aï: voir page 119, note 2.

[56] Il me semble qu’il ne l’est plus dans les noms propres, _Balé_a_res_, _Ic_a_re_, _Pind_a_re_, _Bulg_a_re_, _Tén_a_re_, _Saint-Laz_a_re_, etc. Faute d’avoir distingué entre bref et ouvert (qu’il appelle aigu), comme entre long et fermé (qu’il appelle grave), Thurot a manqué de précision et d’exactitude, autant que les grammairiens qu’il cite, en ce qui concerne les finales en =-re=. J’ajoute, en passant, que, dans le même chapitre de la quantité, il a oublié les finales en =-se= doux (-ase, -èse, etc.).

[57] De même _Asty_a_ge_, _Pél_a_ge_ et même _Pél_a(s)ges, _Mén_a_ge_, _Abencér_a_ges_, _Carth_a_ge_, _Carav_a_ge_, etc.

[58] Peut-être l’=a= est-il un peu plus bref dans les formes verbales: _il b_a_ve_, _p_a_ve_ ou _gr_a_ve_, par analogie avec _b_a_ver_, _p_a_ver_, _gr_a_ver_; cette distinction a déjà été faite par un grammairien du XVIIᵉ siècle, Chifflet, qui cependant exceptait _enc_a_ve_, évidemment à cause de _c_a_ve_. Tous ces mots ont été autrefois très discutés. L’a a également une tendance à se fermer dans les noms propres, _Mold_a_ves_, _Barn_a_ve_, _Mor_a_ves_, _Tamat_a_ve_, _Oct_a_ve_, _Gust_a_ve_, etc.

[59] De même _Anab_a_se_, _Cauc_a_se_, _Las C_a_ses_, _Métast_a_se_, _Di_a_z_, _Hedj_a_z_, _Dec_a_zes_, etc.

[60] Le Dictionnaire général fait l’=a= long partout, mais l’ouvre aussi partout, sauf dans _f_a_ble_: pourquoi celui-là seul? Quant à l’accent circonflexe, il n’y avait guère de raison pour que ceux qui l’ont le prissent plutôt que d’autres; pourquoi pas fâble comme hâble?

[61] Sans parler de bâcle, débâcle et renâcle, dont l’accent circonflexe est peu justifié.

[62] Il n’y a pas de mots en -agle. L’a est ouvert dans _N_a_ples_ ou _Ét_a_ples_.

[63] L’=a= est naturellement long et fermé dans â_pre_ et _c_â_pre_, qui avaient un s, dans â_cre_ (mot savant qui a conservé la quantité latine, qu’il aurait perdue sans l’accent), dans _b_â_fre_ (onomatopée probable), et dans une trentaine de mots en -âtre, pour a(s)tre, y compris ceux qui désignent des couleurs approchantes, _blanch_â_tre_, _bleu_â_tre_, etc. Il est ouvert dans _Odo_a_cre_ ou _Saint-Jean-d’_A_cre_, A_ffre_ et _C_a_fre_ et aussi dans _La Ch_â_tre_, malgré l’accent circonflexe; il est fermé dans _Malfil_â_tre_ et _Cléop_â_tre_.

[64] De même _Œ_a_gre_, _Mélé_a_gre_, _Tan_a_gre_.

[65] Le Dictionnaire général l’ouvre dans escadre; mais c’est évidemment l’étymologie qui le détermine et non l’usage, car, dans la marine, on ferme l’=a=, et je pense que l’usage des marins doit être considéré ici comme le bon.

[66] Michaëlis et Passy, qui ferment beaucoup d’=a=, ferment encore celui de _l_a_dre_ et aussi celui de _m_a_cle_, et celui d’a_ffres_, et acceptent même qu’on ferme celui de _n_a_cre_!

[67] Le Dictionnaire général ouvre l’=a= dans _cin_a_bre_ et _gl_a_bre_: il ignore _pal_a_bre_. L’=a= est aussi fermé le plus souvent dans _F_a_bre_, _L_a_bre_, _Cal_a_bre_, _Vél_a_bre_, _Cant_a_bre_, comme dans _Le H_a_vre_ ou _Jules F_a_vre_.

[68] C’est là encore un phénomène général qui se retrouve dans toutes les voyelles, car toutes sont longues devant la finale -re et s’abrègent en devenant atones sans être initiales: _vén_è_re_-_vén_é_rer_, _hon_o_re_-_hon_o_rer_, _dem_eu_re_-_dem_eu_rer_, _adm_i_re_-_adm_i_rer_, _murm_u_re_-_murm_u_rer_.

[69] Il faut excepter bâbord, qui doit son accent à des grammairiens trompés par une fausse étymologie: bas n’y est pour rien, et l’a de bâbord a toujours été aussi ouvert et bref que celui de d’abord.

[70] On peut même en voir un quatrième dans _p_â_tisserie parisienne_.

[71] L’a de Le Câtelet s’est également ouvert malgré l’accent circonflexe, ainsi que celui d’Asnières malgré l’s.

[72] L’=a= reste donc plus ou moins fermé, en devenant prétonique, dans _c_a_sser_, _l_a_sser_ et _prél_a_sser_, _cl_a_sser_ (mais non _cl_a_ssique_, où l’on entend les deux s), _am_a_sser_ et _ram_a_sser_ (moins dans _ram_a_ssis_), _p_a_sser_ et _trép_a_sser_, _t_a_sser_ et _ent_a_sser_; de même dans _cl_a_mer_ et ses composés, avec _cl_a_meur_; dans _d_a_mner_; dans _b_a_rrer_, _b_a_rreau_ et _b_a_rrière_, _c_a_rrer_ et _contrec_a_rrer_, _c_a_rreau_ et _c_a_rrière_ (mais non _c_a_rrefour_ et _c_a_rrelage_, sans doute à cause des consonnes consécutives pour l’oreille rf ou rl); dans _v_a_seux_, _g_a_zeux_ et tous les verbes en -aser, avec leurs dérivés, y compris _br_a_sier_ et _br_a_sero_, _embr_a_sure_, _c_a_suel_ et _c_a_suiste_; de même encore dans _s_a_bler_, _r_a_cler_, _r_a_fler_ ou _ér_a_fler_, dans _c_a_drer_ ou _enc_a_drer_, _c_a_brer_, _dél_a_bré_, _s_a_brer_, _n_a_vrer_ (mais non _c_a_dran_ ni _f_a_brique_). L’=a= s’est ouvert dans _big_a_rré_, _am_a_rrer_, _cham_a_rré_, _n_a_rrer_.

[73] Si l’on peut fermer celui de _l_a_ssitude_, c’est uniquement à cause du sens, et parce qu’on appuie volontairement.

[74] Pourtant ces mots n’ont aussi que deux syllabes pour l’oreille, comme _p_a_ssant_; mais le sens des composants est entièrement perdu de vue; dès lors, dans _p_a_spor_ ou _p_a_spoil_, l’a est naturellement porté à s’ouvrir, à cause des deux consonnes, à moins d’une volonté expresse.

[75] L’=a= est ouvert aussi dans _Je_a_nnot_, _Je_a_nnette_, et _Je_a_nneton_. Il est fermé dans _J_a_cob_ (mais non dans _J_a_cobins_ ou _J_a_cobites_); dans _J_a_cqu_(e)line, qui n’a que deux syllabes pour l’oreille, il est douteux, la seconde des consonnes qui suivent l’=a= (cl) étant une liquide; mais il est ouvert dans _J_a_c(que)mont_ ou _J_a_c(que)mart_, et même dans _J_a_cquart_, comme dans _J_a_cquerie_.

[76] Voir plus haut, pp. 27-28. Tous ces a sont naturellement fermés dans Rousselot, ainsi que dans Michaëlis et Passy, mais non dans le Dictionnaire général.

[77] Dont l’=a= est fermé dans Michaëlis et Passy.

[78] Malgré Michaëlis et Passy. L’=a= prétonique est aussi fermé généralement dans _B_a_sile_, _B_a_zeilles_ et _J_a_son_, moins régulièrement dans _B_a_zaine_, _Dug_a_zon_ et _L_a_zare_, et plutôt ouvert dans _Saint-L_a_zare_, où il n’est plus initial.

[79] De même _B_a_ron_, _C_a_ron_, _Ch_a_ron_, _Ch_a_rron_, _Sc_a_rron_, _V_a_rron_ (si on ne prononce qu’un r), en opposition avec _Masc_a_ron_.

Toutefois, sur _ch_a_rron_, l’accord n’est pas parfait, à cause des autres dérivés de même racine. Quant à _m_a_rron_, le Dictionnaire général fait l’=a= long dans le substantif et bref dans l’adjectif (_esclave m_a_rron_): c’est encore uniquement l’étymologie qui le guide sur ce point.

[80] Mais non dans _M_a_rennes_, malgré Michaëlis et Passy.

[81] Tous ces =a= sont fermés dans Mᵐᵉ Dupuis, et même celui de _décl_a_rer_! Michaëlis et Passy ferment aussi celui de _l_a_trines_!

[82] Ceux qui ne prononcent pas l’=s= final de ce mot ferment l’=a= le plus souvent; mais il faut prononcer l’=s=.

[83] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’=a= dans ces mots et même dans a_veline_, _h_a_meau_ et _rog_a_ton_. L’=a= est encore fermé assez généralement dans A_dam_, _B_a_taves_, _C_a_lais_, _Ch_a_blis_; il est flottant dans _S_a_tan_ et _M_a_deleine_, mais ouvert dans _B_a_cchus_ et _C_a_dix_.

[84] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’=a= même dans _b_a_scule_, _b_a_stonnade_ et _m_a_rtyr_, malgré les deux consonnes qui le suivent.

[85] Ou _M_a_jorque_. Pour _m_a_jorité_, _m_a_jorat_ ou _m_a_juscule_, la question ne se pose même pas.

[86] L’=a= est fermé dans _J_a_nus_, mais non dans a_nus_, ni dans _l_a_pis_ (lazuli), et c’est très incorrectement qu’on le ferme dans _p_a_ter_ ou même _ad p_a_tres_. Il serait aussi correct de faire certains =a= longs et fermés, comme en latin, dans quelques expressions latines souvent citées: _aud_a_ces fortuna juvat_, _auri s_a_cra fames_, _bella m_a_tribus detest_a_ta_, _delenda Carth_a_go_, _dignus intr_a_re_, _ense et ar_a_tro_, _err_a_re humanum est_, _facit indign_a_tio versum_, _genus irrit_a_bile v_a_tum_, _in caud_a venenum, _irrepar_a_bile tempus_, _manu milit_a_ri_, _mens s_a_na in corpore s_a_no_, _mir_a_bile visu_, _nil admir_a_ri_, _prof_a_num vulgus_, _o fortun_a_tos_, _pecc_a_vi_, _persona gr_a_ta_, pro a_ris et focis_, _qu_a_lis pater_, _quantum mut_a_tus_, _r_a_ra avis_, _si vis p_a_cem_, _ultima r_a_tio_, _v_a_de retro_, _v_a_nitas vanit_a_tum_; mais non dans _p_a_nem et circenses_, dont on allonge souvent l’a mal à propos.

[87] Et aussi dans _M_a_hdi_, _F_a_hrenheit_ ou _H_a_hnemann_, comme dans _H_a_hn_, à cause de l’h. Il l’est aussi dans les noms propres étrangers où les deux a n’en font qu’un: Aa_rhus_, Aa_lborg_, _Boerh_aa_ve_, _S_aa_di_, _S_aa_le_, _S_aa_lfed_, _S_aa_rdam_, _S_aa_vedra_, etc.; mais _S_aa_di_ est devenu chez nous le prénom _S_a_di_, avec a bref. On sépare les a dans A-a_r_, _R_a-a_b_ ou _Nausic_a-a. Dans les noms hébreux, _B_a-a_l_, _Is_a-a_c_, _Bal_a-a_m_, _Abr_a-ha_m_, on sépare aussi aujourd’hui les =a=, mais au XVIᵉ siècle on les contractait volontiers, et on a continué à le faire pour Aa_ron_, surtout les poètes, notamment Racine, quoiqu’il scande _B_a-a_l_, et aussi V. Hugo, qui écrit de préférence Aron. Pour a suivi de en, voir aux nasales.

[88] Je ne crois pas que la nasalisation du premier =a= soit due, comme le veut l’abbé Rousselot, à l’influence des deux =m= qui enferment l’=a=, sans quoi on devrait dire aussi man-mour ou man-melle. C’est plutôt ce phénomène de répétition de syllabes identiques qui a produit tant de mots enfantins, comme bobo, lolo, etc., et même pépée pour poupée.

[89] Nous retrouverons ces mots au chapitre des nasales, avec quelques autres où figure l’=a=.

[90] Livre Iᵉʳ, fable 1. Voir aussi fable 13 du livre Iᵉʳ, fables 9 et 10 du livre V, et ailleurs.

[91] L’Académie ne voit d’ailleurs rien de choquant à prononcer d’une part outeron, et d’autre part a-outer. L’abbé Rousselot et le Dictionnaire général sont d’accord pour ou, et il n’y a pas lieu de distinguer entre (a)oût, (a)oûter et (a)oûteron. A-ou ne paraît s’être maintenu constamment que dans le prénom Ra-oul, d’allure aristocratique et peu populaire, et dans un mot relativement récent, ca-outchouc; mais cette association est si peu naturelle en français qu’on entend parfois a-ou se réduire à ou même dans ce mot, ou bien au contraire se séparer par un yod: cayoutchouc.

[92] Le Dictionnaire général donne a-oriste.

[93] =A-o= n’a pu se maintenir ailleurs dans le français pur qu’au moyen d’un =h=: _ca_h_ot_, _Ca_h_ors_; mais l’=a= est tombé dans S(a)ône et Curaç(a)o: il serait si simple de ne pas l’y écrire. Les autres mots qui conservent a-o sont savants ou étrangers; a-orte, caca-o, cha-os, ka-olin, Bilba-o, La-os, etc. L’=a= était tombé et a revécu dans A-oste, comme dans a-oriste.

[94] On sait que l’orthographe anglaise est encore bien plus extravagante que la française, ce qui n’est pas peu dire.

[95] Rémy de Gourmont voudrait même qu’on écrivît boucmacaire, mais cela encore est un compromis: pour que le mot eût une forme véritablement française, il faudrait aller jusqu’à bouquemacaire: on avouera que cela ne s’impose pas.

[96] Mais c’est un =a= nettement ouvert qu’on prononce, à tort ou à raison, dans _b_a_r_, _bl_a_ck rot_, _c_a_b_, _cr_a_ck_, _dog c_a_rt_, _dr_a_g_, _fashion_a_ble_, _flint gl_a_ss_, _godd_a_m_, _kr_a_ch_, _l_a_d_, _l_a_sting_, _m_a_lt_, _m_a_tch_, _p_a_ddock_, _scr_a_tch_, _t_a_tter-s_a_ll_, _tr_a_mway_, _w_a_terproof_, et dans _th_a_t is the question_ (approximativement zatis-zecouèchtieune). De même dans _M_a_cbeth_, _Sydenh_a_m_ et les noms en _-gh_a_m_, sans parler de _B_a_con_, qui est francisé depuis des siècles.

[97] Ainsi dans _steeple-ch_a_se_, _plum-c_a_ke_, _keeps_a_ke_, _p_a_le_-a_le_, _p_a_ll-m_a_ll-gazette_, _r_a_cing-club_, _sh_a_kehand_, _tr_a_des-unions_ (trèdiounieune), _r_a_llye-p_a_per_, _God s_a_ve_, _qu_a_ker_, et aussi _J_a_mes_ (djèms), _Bedl_a_m_ ou _Sh_a_kespeare_.

[98] On en vient même à prononcer à la fois _r_a_llye_ à la française et _p_a_per_ à l’anglaise (rali-pepeur): il faudrait choisir pourtant! Je ne parle pas de baby, qui n’est plus guère qu’une orthographe prétentieuse, puisque nous avons bébé, qui est probablement le même mot, avec la même prononciation, approximativement. Sans doute il est trop français au goût de quelques-uns, qui trouvent baby beaucoup plus distingué. Pur snobisme, pour la plupart, comme d’écrire beefsteak. Mais au moins prononce-t-on bifteck, même quand on écrit beefsteack; le comble, c’est de prononcer babi, en s’imaginant que c’est de l’anglais! Il n’y a rien de plus ridicule que cette affectation dans l’ignorance. Je sais bien qu’on peut dire que baby a pris un sens différent de bébé, et désigne des bébés d’allure et de costume particuliers; c’est possible, mais mon observation demeure.

[99] En fait, cet =a= anglais est plutôt intermédiaire entre l’a et l’o, à peu près comme nous prononçons parfois un ah prolongé pour marquer de l’étonnement ou du mécontentement.

[100] Le Dictionnaire général les accueille toutes les trois.

[101] On ne voit pas très bien à quoi sert l’orthographe _beefst_ea_k_ et _rumpst_ea_k_, puisque nous en avons fait bifteck et romsteck (avec un c complémentaire à l’allemande): qui donc prononce reumpstec?

[102] Ajouter: _B_ea_consfield_, _Castler_ea(gh), _Chels_ea, _Chesap_ea_ke_, _K_ea_n_, _K_ea_ts_, _le roi L_ea_r_, _Shakesp_ea_re_, etc.

[103] Et aussi dans le basque _C_oa_rraze_.

[104] Law aussi, je parle du banquier, devrait se prononcer lo; mais ce mot ayant été à l’origine employé surtout au génitif (Law’s bank), le génitif fut pris pour le nom et la prononciation lasse prévalut, acceptée pas Law lui-même; elle prévaut encore. Nous avons un phénomène tout pareil aujourd’hui dans telles expressions assez absurdes, comme chez Maxim’s.

[105] Le groupe =oi= est dérivé d’un e latin qui s’est d’abord renforcé, ou simplement mouillé, en éï, puis ouvert en èï, et ensuite oï, la voyelle initiale étant toujours le son principal. Pendant ce temps l’orthographe suivait la prononciation. A partir de cette étape, elle n’a plus changé, mais la prononciation a continué à évoluer. D’abord i est devenu le son principal du groupe; puis oï s’est ouvert à son tour en oé, oè, oa, et, par l’assourdissement de l’o, ouè et oua. C’est là que nous en sommes, si bien qu’il n’y a plus aucun rapport entre l’écriture et la prononciation, qui est exactement wa, avec w consonne, sans i ni o. La lutte fut d’ailleurs très longue entre ouè et oua, sans compter è tout court, qu’on entendait notamment dans adroit, froid, trois et croire. Témoin la réponse de Fontenelle à qui on demandait comment il fallait prononcer je crois: Je crès, dit-il, qu’il faut prononcer je croa. Finalement on a adopté, pour le son è, l’orthographe ai, et oi a fini par passer à wa. Il n’y pas fort longtemps que le fait a été reconnu et accepté par les grammairiens. C’est seulement en 1805 que Domergue l’a proclamé, à l’encontre de tous les livres, qui continuaient à enseigner le son ouè. Aujourd’hui cette prononciation est tout à fait surannée et dialectale, et je ne sais où Michaëlis et Passy ont pu entendre indifféremment _jw_a_gne_ et _jw_è_gne_.

[106] La finale =oy= a disparu de l’orthographe, mais se retrouve dans les noms propres français, où sa prononciation est la même: _Darb_oy, _Fonten_oy, _Jouffr_oy, _de Tr_oy, et même au besoin _Rob-R_oy, se prononcent comme s’ils avaient un i.

[107] Et aussi dans _Tr_oi_e_, _Tr_oy_es_ ou _Millev_oy_e_, qui se prononcent exactement comme _tr_oi_s_ ou _v_oi_s_.

[108] CORNEILLE, le Cid, acte II, scène 8.

[109] Il n’est guère possible de justifier roide, en dehors de la rime: la langue françoise ne s’en accommode plus. Domergue lui-même conseillait déjà rède, à côté de _r_oi_dir_ et _r_oi_deur_. Faible aussi s’est longtemps écrit foible, même au XIXᵉ siècle; mais il se prononçait tout de même fèble, et je ne sais pourquoi il avait conservé son ancienne orthographe.

C’est seulement en 1835 que l’Académie se décida à écrire ai le groupe oi, quand il se prononçait è: encore fit-elle exception pour _r_oi_de_ et _harn_oi_s_.

[110] =Oi= est aussi assez long dans les mots en -oirie: _arm_oi_rie_, _plaid_oi_erie_, etc., mais moins que dans -oir. Autrefois il se fermait dans -oire, et y semblait plus long que dans -oir.

[111] Il représente aussi un s tombé (sauf dans benoît, benoîte, où il est peu justifié). C’est pourquoi on en tenait compte autrefois, et l’on trouve encore des exemples de la prononciation ancienne, mais elle est tout à fait surannée.

[112] Quand ce n’était pas ngn ou ingn: ainsi gagner s’écrivait aussi bien ga-igner, ga-ngner, ga-ingner, d’autant plus que le son de l’a a longtemps été nasal dans ce mot, comme l’o l’est resté ou plutôt redevenu dans Brongniart, qui, régulièrement, devrait se prononcer bro-gnar.

[113] Ces mots étaient pourtant à joindre, soin, loin, témoin, comme besogner, cogner et grogner sont à besoin, coin et groin.

[114] Mais pourquoi ne pas écrire ognon comme rognon? Le cas est exactement le même.

[115] Pourtant le Dictionnaire général les prononce par o et non par oi. Il retarde. Pourquoi pas élo(i)gner et so(i)gner? _Lam_oi_gnon_ aussi, et _C_oi_gny_, sont altérés désormais dans l’usage le plus ordinaire.

[116] Quoique ce soit admis par Michaëlis et Passy. Ajoutons que, très familièrement, voilà devient vla, sans doute par l’intermédiaire ancien de véla: cela est un peu trop négligé.

[117] On prononce oï dans _Dr_oy_sen_, et, si l’on veut, _Rob-R_oy, par opposition aux noms français, _C_oy_pel_, _C_oy_sevox_, _L_oy_son_, _R_oy_bet_, etc., où oy se prononce comme oi.

[118] Sauf un cas, qui sera examiné.

[119] On sait que l’=e= non muet se prononce é ou è, sans avoir d’accent, devant deux consonnes intérieures (sauf le groupe dit muta cum liquida), et aussi devant une consonne finale, sauf l’s, parce que, devant un s, sans accent, il serait muet. Autrefois il n’avait pas d’accent dans ce cas, mais il y avait un z à la place de l’s.

[120] Il n’en était pas ainsi autrefois; les finales en =-ète=, =-ède=, =-ège=, etc., et la plupart des finales à consonne unique ont été longtemps fermées: =-éte=, =-éde=, =-ége=, etc.; elles se distinguaient ainsi des finales à consonne double, =-elle=, =-emme=, =-ette=, etc. Ce n’est même qu’en 1878 que l’Académie a consenti l’accent grave aux finales en =-ège=.

[121] _A later_e, _d_e profundis, _ecc_e homo, _epitom_e, _in pac_e, _miserer_e, _noli m_e _tanger_e, _nota ben_e, _pang_e lingua, _salv_e, _sin_e qua non, _t_e deum, _toll_e, _vad_e mecum, _vic_e versa, aussi bien que _av_é, _bénédicit_é ou _fac-simil_é. La diphtongue latine æ se prononce aussi comme un e fermé: _Dies ir_æ, _lapsus lingu_æ, _v_æ victis, _Phil_æ.

[122] L’=e= final se prononce également dans _Cort_e, mais non dans Casert(e), Bramant(e) ou Fiesol(e). L’allemand est traité comme l’italien: l’e ne se prononce pas dans Gœth(e), ni dans Moltk(e), Hohenloh(e), Carlsruh(e); mais il se prononce dans _Enck_e, _Heyn_e, _Heys_e, _Ranck_e, _Nietzch_e, etc. L’e final anglais se prononce i dans _to b_e _or not to b_e, où il est accentué; en général il ne se prononce pas: steepl(e) chas(e); il est muet même après une voyelle dans blu(e) book, Edgar Po(ë), Lugné-Po(ë), Monro(ë), de Fo(ë), Jellico(ë), et même Ivanho(ë); pourtant celui-ci, étant suffisamment populaire, se francise souvent en Ivanho-é, et il est à peu près impossible de ne pas franciser Cruso-é.

[123] Voir plus loin, au chapitre de l’R.

[124] _Plessis-l_e_z-Tours_; on l’écrit souvent les, et même lès, très malencontreusement, car l’e est toujours fermé, même en liaison: _Caudebec-l_e_z-Elbeuf_.

[125] Les noms propres _Dumouri_e_z_, _Dupr_e_z_, etc., suivent la règle, sauf _For_e_z_, qui a l’=e= ouvert, quoique le z n’y sonne pas non plus.

[126] Au XVIIᵉ siècle, l’e de ces mots était déjà généralement fermé, au moins à Paris; ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle et au XIXᵉ que les grammairiens finirent par le faire ouvrir, dans la prononciation soutenue; mais la tendance était trop forte pour qu’on pût la détruire dans la langue courante.

[127] L’e final s’est également fermé dans certains noms propres grecs, _Arachn_é, _Phryn_é, malgré l’étymologie. Il est vrai que les érudits se croient souvent obligés de prononcer _Ath_è_n_è, _Cor_è, _Anank_è; mais ces formes sont grecques et non françaises. Et puis, cette prononciation est-elle bien nécessaire? Si l’on ne veut pas dire Athéné, on ferait peut-être mieux de dire Athéna.

[128] _Ben_ê_t_ (pour beneet), et ceux qui ont perdu l’s, _gen_ê_t_, _acqu_ê_t_, _arr_ê_t_, _intér_ê_t_, _for_ê_t_, _pr_ê_t_, _appr_ê_t_, _prot_ê_t_, _rev_ê_t_.

[129] On y peut joindre legs, dont il vaut mieux ne pas prononcer le g.

[130] Il n’y a véritablement d’e final fermé un peu long que dans des mots étrangers comme _heimw_e_h_, à cause de l’h, et parce que le mot n’est pas français, sans quoi l’h tomberait, comme il est tombé par exemple dans narguilé.

[131] L’identité de =-é= et =-ée= est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis. Aux finales en -ées appartient Séez, qu’on écrit plutôt Sées, ainsi qu’il convient, orthographe qui d’ailleurs n’est pas nouvelle. On s’étonne de voir Mᵐᵉ Dupuis prononcer le mot en deux syllabes.

[132] Sauf toujours des mots étrangers, comme _Sainte-W_e_hme_, _Auerst_æ_dt_ ou _K_e_hl_, qui d’ailleurs se francisent parfois, et ne peuvent le faire qu’en s’ouvrant.

[133] Nous éliminons, comme pour l’=a=, les finales dont il est question page 38: _dir_e_ct_, _in_e_pte_, _c_e_rcle_, _aub_e_rge_, _épid_e_rme_, _al_e_rte_, _obs_e_rve_, _mod_e_ste_, _orch_e_stre_, _ind_e_x_, etc., qui ont toujours l’e ouvert, au plus moyen.

[134] De même _Québ_e_c_, _Goss_e_c_, _Lam_e_ch_, _Utr_e_ch_(t), _Lub_e_ck_, _Wald_e_ck_, _Sén_è_que_, _La M_e_cque_, etc. L’=e= est naturellement long et beaucoup plus ouvert dans _év_ê_que_ et _archev_ê_que_, qui ont perdu leur s. Il redevient bref dans _br_ea_k_, _plum-c_a_ke_, _keeps_a_ke_, qui, pour la prononciation, appartiennent à cette finale.

[135] Voir notamment les finales en -ome et -omme, en -one et -onne. L’e est naturellement long dans _gu_ê_pe_ et _cr_ê_pe_, qui ont perdu leur s.

[136] On voit que le passage de _compl_e_t_ à _compl_è_te_, ou _pauvr_e_t_ à _pauvr_e_tte_, est encore le même que de _délic_a_t_ à _délic_a_te_: voir page 44. Autrefois ète était fermé (éte) et ne rimait correctement ni avec ette ni avec aite L’Académie n’a adopté ète qu’en 1740; encore a-t-elle excepté _athl_é_te_, jusqu’en 1835. L’e est également bref dans les noms propres: _Hu_e_t_, _Japh_e_t_, _Élisab_e_th_, _Macb_e_th_, _G_è_tes_, _Spol_è_te_, _Polycl_è_te_, _Épict_è_te_, _Henri_e_tte_, _La Fay_e_tte_, _Col_e_tte_, _Char_e_tte_, etc. Cependant _Cr_è_te_ a l’e plus long, probablement par confusion avec _cr_ê_te_.

[137] Au contraire l’e est toujours long dans _b_ê_te_, _f_ê_te_, _honn_ê_te_, _temp_ê_te_, _qu_ê_te_, _ar_ê_te_, _arr_ê_te_, _cr_ê_te_, _pr_ê_te_ (adjectif et verbe), _t_ê_te_ et _v_ê_te_, qui, comme êtes, ont perdu leur s. On notera aussi une sensible différence de quantité entre _acqu_ê_t_ et _conqu_ê_te_, _arr_ê_t_ et _arr_ê_te_, etc.

[138]

Que ne suis-je, prince ou poète, De ces mortels à haute tête, D’un monde à la fois base et faîte, Que leur temps ne peut contenir! (V. Hugo, Feuilles d’automne, VIII).

[139] Nous verrons le même phénomène dans douairière et souhaiter. Il est probable que couette suivra. Cf. plus loin moelle et poêle.

[140] De même _Skobel_e_f_, _Sen_e_f_, _Jos_e_ph_, _Tél_è_phe_. Où l’abbé Rousselot a-t-il constaté un e long dans _gr_e_ffe_? (Voir son Précis, page 143.)

[141] Comme _b_ê_che_, _p_ê_che_, _r_ê_che_ et _rev_ê_che_; dans _dép_ê_che_, _emp_ê_che_ et _pr_ê_che_, il y a eu contraction de deux e.

[142] Le Dictionnaire général maintient la voyelle brève. L’e est long aussi dans _Camp_ê_che_, mais non dans _La Fl_è_che_ ou _Ard_è_che_, ni dans _F_e_sch_ ou _Marak_e_sch_.

[143] Les termes qui désignent des personnes, _duch_e_sse_, _comt_e_sse_, _princ_e_sse_, _dé_e_sse_, _alt_e_sse_, _hôt_e_sse_, etc., ont eu longtemps aussi l’e plus long que les mots abstraits, mais c’était en province plutôt qu’à Paris. Aujourd’hui encore, les noms propres en -èce, _Bo_è_ce_, _Vég_è_ce_, _Lucr_è_ce_, _Gr_è_ce_, _Lut_è_ce_, allongent volontiers l’e dans la prononciation oratoire; mais _Br_e_sse_, _Perm_e_sse_, _Gon_e_sse_, avaient déjà l’e bref au temps de Ménage. Il y faut joindre _H_e_sse_, _Tcherk_e_sses_, _Ed_e_sse_, etc., avec _M_e_tz_ et _R_e_tz_, quoique quelques-uns prononcent encore ré (cf. rez, page 53).

[144] La plupart sont des noms propres: _Péricl_è_s_, _Bénar_è_s_, _Rams_è_s_, _Agn_è_s_, etc. Les mots latins non francisés ou incomplètement francisés n’ont pas l’accent grave: _faci_e_s_, _ad patr_e_s_, _do ut d_e_s_, etc., mais se prononcent de la même manière. Il en est de même des noms espagnols ou portugais en -es: _Rosal_e_s_, _Moral_e_s_, _Traz os Mont_e_s_, _Torr_e_s-Vedras_, aussi bien que _Cervant_e_s_, à qui nous donnons ordinairement un accent, faute de quoi beaucoup de personnes sont tentées de prononcer Cervante. Toutefois nous faisons es muet dans _Buenos-Ayr_es.

[145] «Un beau diseur était au spectacle dans une loge, à côté de deux femmes, dont l’une était l’épouse d’un agioteur, ci-devant laquais; l’autre d’un fournisseur, ci-devant savetier. Tout à coup le jeune homme trouve sous sa main un éventail: «Madame, dit-il à la première, cet éventail est-il à vous?--Il n’est poin-z-à moi.--Est-il à vous, en le présentant à l’autre?--Il n’est pa-t-à moi.--Le beau diseur, en riant: Il n’est poin-z-à vous, il n’est pa-t-à vous, je ne sais pa-t-à-qu’est-ce. Cette plaisanterie a couru dans les cercles, et le mot est resté.»

[146] Il a l’e bref dans le Dictionnaire général: toujours l’étymologie!

[147] On allonge plus régulièrement l’e dans _Th_è_bes_, mais non dans _Turn_è_be_, _Er_è_be_, _Eus_è_be_, etc., pas plus que dans _Bab-el-Mand_e_b_, _Hor_e_b_ ou _Maghr_e_b_.

[148] De même _Alfr_e_d_, _Manfr_e_d_ et parfois _Auerst_æ_d_(t), _Su_è_de_, _Tol_è_de_, _Archim_è_de_, _Nicom_è_de_, _Tancr_è_de_, etc., et aussi _M_è_des_, qu’on allonge parfois, sans qu’il y ait plus de raisons que pour les autres.

[149] De même _Touar_e_g_, _Gr_e_gh_, _don Di_è_gue_, _Nim_è_gue_.

[150] De même _Samu_e_l_, _Rach_e_l_, _Deschan_e_l_, _Ad_è_le_, _Philom_è_le_, _Praxit_è_le_, _Isab_e_lle_, _Dardan_e_lles_, _Sganar_e_lle_, _Brux_e_lles_, etc. On peut franciser, avec le même son ouvert et assez bref, les noms germaniques en el, _Heg_el, _Schleg_el, _Hænd_el; dans ceux qui ne sont pas francisés, l’e est presque muet. A cette catégorie appartient aussi _p_a_le_ a_le_.

[151] Ressemèle ou ressemelle, grommèle ou grommelle, ficèle ou ficelle, etc., qu’importe?

[152] _B_ê_le_, _f_ê_le_ et _v_ê_le_ qui ont contracté deux e, _m_ê_le_ qui a perdu son s, et les adjectifs _fr_ê_le_ et _gr_ê_le_, qui en avaient pris un, mais qui étaient pour fraile et graile. Il faut y ajouter _N_e_sle_, nom propre qui a gardé le sien. Naturellement, dans _p_ê_le-m_ê_le_, le premier ê est plutôt moyen, et quelquefois les deux. On allonge quelquefois l’e d’_Aur_è_le_ ou _Philom_è_le_, mais c’est un peu suranné.

[153] Cette orthographe, qui fut longtemps aussi celle de boîte (boette), se maintint, grâce aux essais de réforme du XVIᵉ siècle, époque où oi se prononçait oué. La réforme n’ayant pas réussi, malheureusement, mieux eût valu unifier l’orthographe et écrire moile et poîle, comme boîte. Cela eût épargné à V. Hugo et à d’autres des rimes ridicules, comme celle-ci, où moelle a de plus trois syllabes:

Vous desséchez mes os jusque dans leur mo-elle. Mais les saints prévaudront! Votre engeance cruelle... Cromwell, acte I, scène 5.

Moelle rime correctement avec étoile et même avec squale. La même observation est à faire pour couette et couenne. Tous ces mots sont exposés à s’altérer dans la prononciation, comme fouet l’a fait, et ils s’altèrent journellement, grâce à l’écriture. Quant à mouette, il est bien rare qu’on le prononce moite.

[154] _Bl_ê_me_, _m_ê_me_, _car_ê_me_, _saint-chr_ê_me_, _bapt_ê_me_, qui ont perdu leur s, _supr_ê_me_, _extr_ê_me_, qui ont gardé, ou plutôt repris la quantité latine, et les noms propres _Boh_ê_me_, _Angoul_ê_me_, _Car_ê_me_, _Br_ê_me_, avec _Sol_e(s)mes.

[155] Cf. encore _d_è_me_, _enthym_è_me_, _épichér_è_me_, _monotr_è_me_, _hélianth_è_me_, _abst_è_me_, etc. Il en est de même des noms propres en -ème, _Nicod_è_me_, _Polyph_è_me_, _Triptol_è_me_, _Bar_è_me_, etc., mais l’e est toujours bref dans _Bethlé_e_m_, _Jérusal_e_m_, _S_e_m_, etc.

[156] Cf., page 59, ce que nous avons dit pour poète. Il est surprenant que l’abbé Rousselot ne fasse aucune différence entre _s_è_me_, _deuxi_è_me_ et _stratag_è_me_, qui sont précisément à trois degrés différents. On a vu que _cold-cr_ea_m_ avait aussi la finale brève.

[157] Voir page 24. Nous reparlerons de ce phénomène au chapitre des nasales.

[158] On peut également franciser, avec le même son ouvert et assez bref, les noms germaniques en -en les plus connus: _Ibs_e_n_, _Momms_e_n_, _Beethov_e_n_. Quand ces mots ne se francisent pas, la finale se prononce presque comme s’il n’y avait pas d’e.

[159] Les mots _ch_ê_ne_, _p_ê_ne_, _r_ê_nes_ et _fr_ê_ne_ ont perdu un s, légitime ou non, tandis que _chev_e(s)ne gardait le sien; _g_ê_ne_ a contracté deux e. Ajouter _G_ê_nes_, et aussi _Duch_e(s)ne, _Duqu_e(s)ne, qui ont gardé l’s.

[160] Cf. _tro_è_ne_, _c_è_ne_, _sc_è_ne_ et _obsc_è_ne_ (mais pas dans _sc_è_ne IV_), _al_è_ne_, _ar_è_ne_, _car_è_ne_, _sir_è_ne_, _mur_è_ne_, les mots en -gène, les mots savants et les noms propres, _catéchum_è_ne_, _prolégom_è_nes_, _oz_è_ne_, ou _Carthag_è_ne_, _Eug_è_ne_, _Diog_è_ne_, _Hél_è_ne_, _Célim_è_ne_, _Mis_è_ne_, _Ath_è_nes_, etc.

[161] _Morig_è_ne_ échappe difficilement à l’analogie des mots en -gène.

[162] Voir ci-avant, page 62 et note 3.

[163] On prononce trop facilement Compiène pour Compiègne.

[164] C’est-à-dire e suivi de l mouillé, mais qui se prononce en réalité comme eye.

[165] =Œil= et les mots en =-cueil= et =-gueil= n’appartiennent pas à cette catégorie, mais à celle des mots en =-euil=. _Ru_e_il_, au contraire, lui appartient, avec _Corb_e_il_, _Corn_e_ille_, _Mir_e_ille_, _Mars_e_ille_, _Baz_e_illes_, etc.

[166] Comme on l’a vu plus haut, c’est en 1878 que l’Académie a consenti à mettre l’accent grave aux mots en -ège. On peut y joindre aussi les formes interrogatives _aim_é-je, _all_é-je, etc., que Domergue voulait à toute force faire prononcer par un e fermé; mais ces formes sont aujourd’hui purement grammaticales et tout à fait inusitées. Et il y a encore des noms propres, _Li_è_ge_, _Ari_è_ge_, _Bar_è_ges_, _Corr_è_ge_, _Norv_è_ge_, etc.

[167] Le Dictionnaire général marque un e long; mais ceci me paraît purement théorique. Il fait de même, bien entendu, pour les finales -ègne et -eil ou -eille.

[168] De même _Fi_e_r_, _Thi_e_rs_, _Rey_e_r_, _Aub_e_r_, _Ch_e_r_, etc., avec les noms bibliques, comme _Abn_e_r_, _Eliéz_e_r_ ou _Esth_e_r_, ou anciens, comme _Lucif_e_r_, _Vesp_e_r_, _Antipat_e_r_, _Jupit_e_r_, etc.: voir au chapitre de l’R. On distinguait autrefois =-erre= et =-ère=, même quand =-ère= se fut ouvert, parce que les deux r de -erre se prononçaient, si bien qu’au XVIIᵉ siècle ces finales ne rimaient pas ensemble.

[169] _Manag_e_r_ fait exception, quand on le francise, parce qu’il suit l’analogie des mots en -ger, et notamment celle de _ménag_e_r_, qui au fond est le même mot.

[170] Peut-être aussi _landw_e_hr_, quoique l’e de ce mot soit long et fermé en allemand, tandis que celui de bitt(e)r s’y prononce à peine.

[171] Il en est de même de beaucoup de noms propres très connus, surtout allemands, _Au_e_r_, _Schopenhau_e_r_, _Web_e_r_, _Kléb_e_r_, _Blüch_e_r_, _Od_e_r_, Schiller, _Képl_e_r_, _Neck_e_r_, _Wagn_e_r_, _Dur_e_r_ (que les poètes prononcent quelquefois dure, notamment V. Hugo), _Tannhaüs_e_r_, _Luth_e_r_, _Werth_e_r_, et même _Meyerb_ee_r_, tellement le français répugne à fermer l’e devant une consonne, surtout un r. On peut prononcer de même _Chauc_e_r_, _Spenc_e_r_ ou _Spens_e_r_, _List_e_r_, _Westminst_e_r_, _Manchest_e_r_, _Vancouv_e_r_, et naturellement _Gulliv_e_r_, et aussi _Bo_e_r_(s), quoique beaucoup de gens, trop bien renseignés, persistent à prononcer bour et même bours(e): pourquoi pas London ou Napoli! Quelques noms allemands en -berg sont aussi francisés en er ouvert et long, le g n’étant pas articulé: _Gutenb_e_r_(g), _Furstemb_e_r_(g), _Vurtemb_e_r_(g), _Spitzb_e_r_(g), et surtout _Nuremb_e_r_(g), qui est complètement modifié, la forme allemande étant Nürnberg; les autres, gardant les deux consonnes, comme _Johannisb_e_rg_, n’ont qu’un e moyen.

[172] Qui est celle de Bædek(e)r, et fut autrefois celle de Neck(e)r, et quelque temps celle de Web(e)r; c’est celle qui convient aux noms allemands qu’on ne francise pas. D’autre part, on écrit et on prononce _Dniép_e_r_ et _Dniest_e_r_, ou mieux Dniepr et Dniestr.

[173] Aussi l’=e= des mots en =-ève= est-il à peu près aussi long que l’ê de _r_ê_ve_ et _end_ê_ve_, qui ont perdu l’s, et de _tr_ê_ve_ (dont l’accent s’explique mal). De même È_ve_, _Genevi_è_ve_, _Lod_è_ve_, _Gen_è_ve_, _Tr_è_ves_, etc., et _God s_a_ve_. Pour la finale anglaise ew, voir au W.

[174] Il y a toujours exception pour les vers, bien entendu:

A l’heure où le soleil s’élève, Où l’arbre sent monter la sève, La vallée est comme un beau rêve. V. HUGO, F. d’aut., XXXIV

[175] Pourquoi cette orthographe? Ou pourquoi les autres ne l’ont-ils pas aussi? Même quantité dans _Eph_è_se_, _Borgh_è_se_, _Pergol_è_se_, _Véron_è_se_, etc., dans _Su_e_z_, _Rod_e_z_, _Orth_e_z_, _Cort_e_z_, dans _B_è_ze_, _Zamb_è_ze_, _Corr_è_ze_, etc., et aussi dans _steeple-ch_a_se_.

[176] Quoique le Dictionnaire général fasse l’e long dans _hi_è_ble_ et _n_è_fle_, et les mots en -ègle.

[177] Avec _Boisd_e_ffre_, et aussi _Abou-b_e_kre_, _Bæd_e_k_(e)r et _qu_a_k_(e)r. Quelques personnes font l’=e= long dans _l_è_pre_, et le Dictionnaire général les y autorise; on ne saurait tout de même prononcer _l_è_pre_ comme _v_ê_pre_, qui a perdu son s.

[178] Ni Èbre, _H_è_bre_ ou _Gu_è_bres_. Le Dictionnaire général fait pourtant l’=e= long dans toutes les finales en -èbre et -ègre, sauf _z_è_bre_.

[179] Ou celui de _don P_è_dre_. Celui de _Ph_è_dre_, au moins celui de l’héroïne, s’allonge aussi volontiers en poésie.

[180] Quoique le Dictionnaire général fasse l’=e= long dans _m_è_tre_, _ur_è_tre_ et _pyr_è_tre_; il le ferait tel aussi sans doute dans _pén_è_tre_ ou _perp_è_tre_, s’il donnait la prononciation de ces mots.

[181] _M_è_tre_ lui-même pourrait à la rigueur rimer avec _m_aî_tre_; _m_e_ttre_ ne pourrait pas. Mais les seuls e proprement longs ici sont ceux de ê_tre_, _h_ê_tre_, _fen_ê_tre_, _emp_ê_tre_, _champ_ê_tre_, _pr_ê_tre_, _anc_ê_tre_ et _Bic_ê_tre_, qui ont perdu leur s; et ceux de _gu_ê_tre_ et _salp_ê_tre_, qui sont devenus longs sans raison évidente.

[182] Quoique le Dictionnaire général n’en fasse point.

[183] De même les noms propres _Bi_è_vre_, _Ni_è_vre_ et _Penthi_è_vre_. Les autres noms propres, _Lef_è_vre_ (ou _Lef_e_bvre_), _Gen_è_vre_, et surtout _S_è_vres_, ouvrent leur e plus régulièrement.

[184] Il faut donc corriger les grammaires sur ce point: l’e surmonté de l’accent grave est toujours ouvert, mais l’e surmonté de l’accent aigu n’est certainement fermé que quand il est final.

[185] Le Dictionnaire général l’ignore. L’abbé Rousselot l’exagère. On notera ici aussi que des mots comme _supr_é_matie_ ou _extr_é_mité_ n’ont jamais eu l’accent circonflexe, qui n’est sur _extr_ê_me_ ou _supr_ê_me_ qu’un signe de quantité arbitraire: voir page 63, note 1. _M_é_lange_ et _m_é_langer_ ne l’ont pas non plus, et ont l’e moyen et même bref, malgré _m_ê_le_ et _m_ê_ler_. Des mots étrangers, comme _p_e_hlvi_, ont encore l’e atone fermé et long; mais il faut faire effort pour le maintenir, car la tendance est de l’ouvrir en l’abrégeant. L’e n’est non plus ni ouvert ni long dans _du Gu_e(s)clin, _Dum_e(s)nil, _Duch_e(s)nois; il est même fermé dans _Saint-M_e(s)min; mais il est ouvert dans _Champm_e(s)lé.

[186] De même _t_e_rrain_ ou _t_e_rrasse_, _t_e_rrestre_ ou _att_e_rrir_, malgré l’e ouvert de _t_e_rrer_ et _t_e_rreau_. On peut aussi comparer _s_e_rrer_ et _f_e_rrer_: la différence est grande.

[187] La prononciation _fe_gn_an_ a d’ailleurs pour elle de vieilles traditions. Au XVᵉ et au XVIᵉ siècle, l’hiatus intérieur éa et surtout éan se résolvait par une diphtongue qui tantôt se réduisait à a et an, comme dans dea (oui-da) ou Jehan, tantôt conduisait à ian, comme dans léans ou Orléans. Néant fut dans ce cas, et on le voit rimer avec escient ou inconvénient; néanmoins a souvent deux syllabes à cette époque, et fainéant aussi, jusque dans Baïf.

[188] Voir page 64; on reviendra sur ce point au chapitre des nasales.

[189] Le Dictionnaire général ne connaît encore que la prononciation par a, quoique l’Académie se soit abstenue, en 1878, pour hennir. Thurot avoue qu’on prononce aujourd’hui _n_e_nni_ et _h_e_nnir_ par e; mais il ajoute qu’on prononce les deux n: je n’ai jamais entendu cela. _J_e_nny_ se prononce encore beaucoup par a; mais la prononciation par e se répand de plus en plus.

[190] C’est le même phénomène qui s’est produit dans _fou_e_t_ ou _fou_e_tter_, et qui est en voie de se produire dans _cou_e_nne_ et _cou_e_tte_. Les adverbes en -emment sont inaltérables, à cause du voisinage constant de leurs primitifs en -ent; mais _rou_e_nnerie_, sinon _rou_e_nnais_, est mal protégé par Rouen.

[191] Michaëlis et Passy, qui admettent cette prononciation, admettent aussi qu’rir pour quérir: je me demande dans quel faubourg ils ont pris cette prononciation patoise.

[192] _All_e_luia_, e_t c_e_t_e_ra_, _confit_e_or_, _d_e_l_e_atur_, _lib_e_ra_, _ex_e_at_, _m_e_mento_, _mis_e_r_e_re_, _nota b_e_ne_, _t_e _d_e_um_, _Unig_e_nitus_, _v_e_to_, et à fortiori _vade m_e_cum_ et _r_e_bus_, qui sont francisés. On ferait bien pourtant de fermer l’e, même non final, dans beaucoup de mots latins où il est long: _cr_e_do_, _R_e_mus_, _amant alterna Cam_e_næ_, _c_e_dant arma togæ_, _d_e_lenda Carthago_, _experto cr_e_d_e Roberto, _hab_e_mus confitentem reum_, _in extr_e_mis_, _ne vari_e_tur_, _v_e_ni vidi vici_, etc.

[193] De même Œ_dipe_, Œ_none_, Œ_ta_, _M_œ_ris_, Æ_gos-Potamos_, _P_æ_stum_, _L_æ_titia_, etc. Il ne faut donc pas confondre l’œ latin d’Œ_dipe_, avec l’œ allemand de _G_œ_the_, dont nous allons parler: é_dipe_, et non eu_dipe_, comme on l’entend parfois. Pour œ suivi d’u, voir eu. L’e ne doit pas se prononcer dans Co(ë)tlogon, et l’on prétend qu’il se prononce oi dans _Tr_é_ville_.

[194] Il y a de même un =e= mi-ouvert dans des noms italiens ou espagnols comme _Ang_e_lo_, _Barb_e_rini_, _Bols_e_na_, _Cabr_e_ra_ ou _Capr_e_ra_, _Consu_e_lo_, _Mont_e_bello_, _Mont_e-Cristo, _Mont_e_cuculli_, _Mont_e_n_e_gro_, _Mont_e_vid_e_o_, _Mont_e_zuma_, _Pont_e_corvo_, _Pu_e_bla_, _S_e_rao_, _Torr_e _del Gr_e_co_, _Cald_e_ron_, Lop(e) _de V_e_ga_, _V_e_n_e_zu_e_la_, _V_e_ra Cruz_, et aussi dans des noms allemands ou anglais comme _R_e_mington_, _W_e_ser_, ou d’autres pays comme _Cam_e_roun_, _Skob_e_lef_ ou _Tourgu_e_nef_, _Sw_e_denborg_, etc. On notera qu’il est généralement fermé dans les noms allemands, quand il est initial, comme dans _B_e_bel_, E_bers_, _L_e_nau_, _R_e_ber_, _W_e_ber_.

[195] Il se prononce alors comme l’=e= muet (eu), mais extrêmement bref et presque insensible, encore plus faible que dans les finales en -et, -en ou -er; ainsi dans Esch(e)nbach, Fürst(e)nberg ou Fahr(e)nheit. De même dans l’anglais Syd(e)nham, ou même gard(e)n-party; sans parler de le qu’on intervertit, comme dans _gent_le_man_, prononcé djent(e)lman, ou _steep_le-_chas_e, prononcé stîp(e)ltchèse, ou _Cast_le_re_a(gh), etc.

[196] Ce tréma représente en effet un =e= primitif.

[197] Par exemple dans _Fr_œ_schwiller_ (au contraire de _W_œ_rth_), dans _K_œ_chlin_, _R_œ_derer_, _Sch_œ_ffer_, _Sch_œ_lcher_. Dans _R_œ_derer_, quelques historiens voudraient remplacer ré par reu, mais dans le commerce des vins, on prononce uniquement ré. Cette prononciation par é est encore admissible ou tolérable dans _K_œ_nigsberg_, quoiqu’on prononce plutôt keunixbergue.

[198] Comme dans _Gr_o-ë_nland_, ou même _Fér_o-ë.

[199] Ainsi _G_œ_the_, qu’on écrivait autrefois et qu’on a prononcé parfois _G_o-ë_the_ (Th. Gautier le faisait rimer régulièrement avec poète), se prononce aujourd’hui toujours gheute (comme meute): ce nom, comme celui de Shakespeare, appris par l’oreille autant que par l’œil à cause de sa grande notoriété, s’est imposé partout avec sa prononciation véritable, à peu près tout au moins, l’=e= final étant muet chez nous. On prononce de même eu dans d’autres noms allemands ou scandinaves, qui ne sont guère employés que par des gens instruits, comme _Bj_œ_rnstierne Bj_œ_rnson_, _B_œ_ckh_, _B_œ_cklin_, _B_œ_hm_, _G_œ_then_, _D_œ_llinger_, _G_œ_ttingue_, _G_œ_tz_, _Jonk_œ_ping_, _K_œ_nigsberg_ et autres mots commençant par _K_œ_nigs-_, _K_œ_rner_, _Malm_œ, _Maëlstr_œ_m_, _Nordenski_œ_ld_, Œ_lenschlager_, _R_œ_ntgen_, _Sch_œ_nbrunn_, _Sch_œ_ngauer_, _T_œ_pffer_, _Troms_œ, _W_œ_rth_, etc.

[200] Qu’il me soit permis de dire ici, en passant, que le pluriel, de lied, puisque lied est francisé, doit être lieds et non lieder, auquel s’obstinent les musiciens. C’est en général un travers assez pédantesque que d’aller chercher le pluriel des mots dans la langue d’où ils sont tirés. Lieder a pour excuse qu’il est peut-être plus employé que le singulier, au moins en musique, où il sert de titre à beaucoup d’œuvres très importantes; aussi est-il sans doute moins ridicule que sanatoria, mais il est de même ordre. Pourquoi pas des harmonia ou des pensa? Tel journaliste, qui s’est par hasard égaré en Algérie, nous apprend que Touareg est un pluriel, et qu’au singulier il faut dire Targui; et que le pluriel de chérif est chorfa! Félicitons-le bien sincèrement de sa science toute fraîche, mais les gens qui parlent simplement français n’hésiteront pas à dire: un Touareg, des Touaregs, puisque c’est le pluriel ici qui est francisé, et des chérifs, et aussi un li(e)d, des li(e)ds, le singulier étant suffisamment connu. On peut évidemment établir une différence entre le sens musical et le sens littéraire; mais vraiment est-il admissible que ce mot ait deux pluriels, lieds quand on parle de Gœthe, et lieder quand on parle de Schubert?

Les autres mots où l’e allonge l’i sont des noms propres: Bjœrnsti(e)rne, Di(e)z, Elzevi(e)r, écrit aussi Elzévir, Fi(e)lding, Fri(e)dlingen, Gri(e)g, Ki(e)l, Li(e)bknecht, Ni(e)belung, Ni(e)buhr, Ni(e)dermeyer, Ni(e)tzche, Ki(e)pert, Ri(e)sener, Schli(e)mann, Si(e)gfried, Si(e)gmund, Spi(e)lberg, Ti(e)ck, Wi(e)land, Wi(e)sbaden, Zi(e)m, etc., et tous les noms anglais terminés en -field. Il est pourtant difficile de ne pas admettre ou tolérer Fri-ed-land, en trois syllabes: en tout cas la plupart des Parisiens ne connaissent que l’Avenue de Fri-ed-land. L’e se prononce aussi, à tort ou à raison, dans _Van Swi_e_ten_, _Li_e_big_ et _Bri_e_nz_; plus correctement dans _Sienki_e_wicz_, _Micki_e_wicz_, _Sobi_e_ski_, _Si_e_n-Reap_, et aussi dans _Ni_e_ld_ et _Di_e_rx_, à fortiori. Il se prononce également dans les noms des langues romanes, comme _Fi_e_schi_ (et _Fi_e_sque_), _Fi_e_sole_, _Ti_e_polo_, _Ovi_e_do_, etc.

[201] _P_ee_r Gynt_, _Sch_ee_le_, _S_ee_land_, _St_ee_n_, _Van der M_ee_r_; Pourtant _B_ee_thoven_ n’a plus en français qu’un e bref mi-ouvert.

[202] Et dans _Aberd_ee_n_, _B_ee_cher Stowe_, _Flamst_ee_d_, _Gretna Gr_ee_n_, _Gr_ee_nwich_, _L_ee_ds_, _Qu_ee_nsland_, _Qu_ee_nstown_, _S_ee_ley_, _Tenness_ee, etc.; mais on admet é dans _Dund_ee.

[203] L’=oe= flamand se prononcerait correctement ou dans des mots comme _B_oe_rs_, _B_oe_rhaave_, _G_oe_s_, _M_oe_rs_, _W_oe_vre_, mais cette prononciation est trop éloignée de l’usage français, et nous prononçons généralement Bo-ers, Bo-erhaave, etc. Nous germanisons même Bloemfontein en Bleumfontaïn. Mais Woëvre se prononce surtout Voivre, et s’écrit même de cette façon.

A côté de l’=o= avec trémas (=eu=), l’allemand a aussi un =a= avec tréma, que nous transcrivons également tantôt par æ liés, tantôt par aë, et qui se prononce comme è ouvert moyen ou même bref: _Auerst_æ_d_(t), _B_æ_dek_(e)r, _H_æ_ckel_, _H_æ_ndel_, _H_æ_nsel_ et _Gr_e_tel_, _L_æ_nsberg_, _M_æ_lzel_, etc. Toutefois _L_æ_nsberg_ se prononce encore lansber. D’autre part =aë= se prononce comme a long dans _M_aë_stricht_ et _M_aë_lstrœm_, _Ruysd_aë_l_, _M_ᵐᵉ _de St_aë_l_ et _Gev_aë_rt_; _Jord_aë_ns_ et _Saint-S_aë_ns_ se prononcent par an: voir aux nasales.

L’=e= est distinct de l’=a= dans _La_ë_nnec_, _Ga_ë_te_, _Pa_ë_r_, etc., et même sans tréma, dans _La_e_ken_ ou _Ma_e_s_, et peut-être _Pa_e_siello_. _Ma_e_terlinck_ (et non Mæ) doit se prononcer ma et non mé.

[204] Si ce livre était un livre de phonétique, nous aurions traité le groupe =ai= ou =ei= avec l’=e=, car ils ne font qu’un: =ai= ou =ei=, jadis diphtongues, comme =oi=, ne sont plus que des graphies surannées, qui disparaîtraient, s’il y avait quelque logique dans l’orthographe. On écrit bien effet et préfet: pourquoi pas aussi bien parfet ou satisfet, puisque l’étymologie est la même, ou à peu près, et la prononciation identique? Pratiquement, et l’orthographe étant ce qu’elle est, il a paru préférable de maintenir la distinction.

[205] Cette prononciation est naturellement celle de Victor Hugo:

....... L’univers dislo_qué_, Mal sorti du chaos, penche et se cogne au quai. Religion et Religions, I, 4.

Il était si crûment dans les excès plon_gé_ Qu’il était dénoncé par la caille et le geai. Lég. des Siècles, le Satyre.

Pourtant, V. Hugo lui-même a fait rimer quais au pluriel avec laquais (voir Lég., la Colère du bronze) et avec expliquais:

Je l’aimais, je l’avais acheté sur les quais, Et parfois aux marmots pensifs je l’expli_quais_. Art d’être grand-père, VI, 8.

Aujourd’hui on fera mieux de faire rimer quai avec expliquait, même au singulier, ou geai avec plongeait ou même projet. On ne saurait toutefois approuver cette rime de Mᵐᵉ de Noailles:

La poussière dorée au plafond volti_geait_: Je t’expliquais parfois cette peine que j’ai. Ombre des jours, V, l’Adolescence.

J’ai est encore fermé aujourd’hui à peu près partout.

[206] Les poètes, toujours traditionnalistes, font encore rimer parfois mai avec aimé; mais cela ne rime plus.

[207] On le trouve encore dans V. Hugo, où il surprend déjà:

Tout ce que je sais, C’est que des peuples noirs devant moi sont passés. Le Petit Roi de Galice, VIII.

[208] Voir Banville Diane au bois, acte I, scène 1:

Le bon tour! O doux vin par le soleil moiré, Sois tranquille, je t’ai volé, je te boirai!

Cette rime fut excellente, mais ne s’impose plus du tout.

[209] On devrait aussi écrire ponet, puisque ce mot a pris un féminin, qui est ponette.

=Ay= final n’existe plus en français que dans les noms propres, où il a le même son que ai; ainsi, dans _Bell_ey ou _Du Bell_ay, ey et ay sont plus ouverts que l’e qui précède: on prononçait bèlé, on prononce bélè et aussi belè. De même _Seignel_ay, _Epern_ay, _Sarc_ey, etc., et aussi _Bomb_ay, _Macaul_ay, _Berkel_ey, _Stanl_ey, _Bidp_ay ou _Pilp_ay, comme _Jok_ai ou _Tok_ay. _Bri_ey se prononce aussi Bri-yi. Dans certaines localités méridionales, comme Hay, Tournay et Espoey, l’y grec se prononce à part, comme si la finale était a-ye ou e-ye. Quant à Pompéi, on le francise encore le plus souvent en lui donnant trois syllabes: Pompé-ï; mais la vraie prononciation est en deux, eï étant en réalité une diphtongue qui se prononce comme dans paye; cette prononciation, adoptée par les voyageurs qui ont vu le pays, a des chances de se répandre, depuis que des noms tels que Tolstoï nous ont habitués à ce genre de finales. On peut en dire autant de Mafféi. Véies aussi vaut mieux prononcé comme veille, que Vé-ies, en deux syllabes.

[210]

J’étais l’Arioste et l’Homère D’un poème éclos d’un seul jet; Pendant que je parlais, leur mère Les regardait rire, et songeait. V. HUGO, Contempl., IV, 9.

[211] Voir ce qui est dit page 56, à l’occasion des finales en ée. En tout cas -aie ne saurait être moins ouvert que -ai; par suite, dans La Fresnaye (car les noms propres ont gardé l’y), c’est la dernière syllabe qui est la plus ouverte, et l’e long de frêne (fresne) se ferme ici à moitié: prononcez énè plutôt que èné.

[212] On peut même dire que _parf_ai_te_ rime mieux avec _estaf_e_tte_ qu’avec _f_aî_te_, et même _proph_è_te_. Il en est de même de vous faites, que les poètes seuls prennent la liberté d’allonger:

Mais songez à ce que vous faites! Hélas! cet ange au front si beau, Quand vous m’appelez à vos fêtes, Peut-être a froid dans son tombeau. V. HUGO, Contempl., IV, 9.

[213] Qui devrait aussi s’écrire sèche (sépia); ces mots sont à distinguer de _fr_aî_che_ et _l_aî_che_, qui ont perdu l’s, et auraient pu aussi bien s’écrire _fr_ê_che_ et _l_ê_che_: toutes ces orthographes sont absolument arbitraires.

[214] Ce mot est méridional, et les gens du Nord n’ont pas le droit de l’altérer, comme fait le Dictionnaire général, en faisant ai long.

[215]

Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse, Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit. O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit, Afin que je m’en aille et que je disparaisse. V. HUGO, Contempl., IV, 14.

[216] =Ai= est encore long dans _Al_ai_s_, qui se prononce comme les mots en -ès, et s’écrit du reste, maintenant, _Al_è_s_.

[217] De même _L_ey_de_ et _Mayne-R_ei_d_, que nous francisons. Au contraire _Thomas R_ei_d_ se prononce Rîd. Voir page 47 ce que nous avons dit de roide.

[218] Tandis que _La H_ay_e_, _Saint-Germain-en-L_ay_e_, _La Fresn_ay_e_, _Houss_ay_e_, etc., n’ont que le son è, comme les mots en -aie. Ne pas confondre ces noms avec ceux où l’a reste séparé de l’y, comme _Bl_a-ye: voir plus loin, aux semi-voyelles.

[219] Pour aigne prononcé agne, voir plus loin.

[220] Mais non pas =-ail= prononcé à l’anglaise, dans _r_ai_l_ (rèl), _cock-t_ai_l_ et _m_ai_l-coach_. _B_ay_le_ et _B_ey_le_ sont douteux, mais plutôt brefs. Il va sans dire que les poètes ne se gênent pas pour allonger les finales en elle afin de rimer avec aile:

Comme un géant en sentinelle, Couvrant la ville de mon aile, Dans une attitude éternelle De génie et de majesté! V. HUGO, Feuilles d’aut., VIII.

[221]

L’air est plein d’un bruit de chaînes, Et dans les forêts prochaines, Frissonnent tous les grands chênes, Sous leur vol de feu pliés. V. HUGO, Orient., les Djinns.

Chaîne est pour chaeine; mais faîne et traîne auraient pu se passer de l’accent. Ai(s)ne a gardé son s, comme Duche(s)ne ou Duque(s)ne.

[222] Et aussi _Sed_ai_ne_, tandis que les autres, _Verl_ai_ne_ ou _Madel_ei_ne_, _M_ai_ne_ ou _Germ_ai_ne_, _Lorr_ai_ne_ ou _Tour_ai_ne_, _S_ei_ne_ ou _Baz_ai_ne_, _T_ai_ne_, _Aquit_ai_ne_, _La Font_ai_ne_, tendent à allonger leur finale.

[223] Et aussi les noms propres, _Le C_ai_re_, _Beauc_ai_re_, _Baudel_ai_re_, _Bélis_ai_re_, etc., avec _Buenos-A_y_res_, que nous francisons; _Nic_ai_se_, _La Ch_ai_se_, _Fal_ai_se_, _V_ai_se_, etc.

[224] Voir ci-dessus, page 64, et note 1, et plus loin, page 131.

[225] L’orthographe de treize et seize est tout à fait arbitraire.

[226] Ce sont _m_aî_tre_, _n_aî_tre_, _p_aî_tre_, _par_aî_tre_ et _tr_aî_tre_ qui ont perdu leur s; _r_eî_tre_ aussi, mais ce mot, qui venait de l’allemand reiter, n’avait d’s que par analogie avec les autres.

[227] Il est même fermé, comme on l’a vu plus haut, pour ceux qui prononcent gai fermé.

[228] Il n’est pas rare à Paris d’entendre l’e fermé jusque dans _m_ai_son_ ou _r_ai_son_; mais cette prononciation me paraît purement faubourienne.

Les groupes ay et ey, conservés à l’intérieur des noms propres devant une consonne, se prononcent aussi è, plus ou moins bref ou long, suivant les cas, dans les noms français: _Av_ey_ron_, Ay_mon_, _C_ay_lus_, _Dal_ay_rac_, _F_ey_deau_, _Fr_ey_cinet_, _Gl_ey_re_, _R_ay_nal_, etc., et même _T_ay_gète_, comme _R_ei_set_ ou _M_ei_ssonnier_. Mais _Tall_ey_rand_ se prononce Tal’ran. Dans le Midi, au contraire, ey se prononce eye dans Ey_met_, _S_ey_ne_, _P_ey_r_(eh)orade, etc.

[229] Voir plus haut, page 45. L’abbé Rousselot accueille encore _d_oi_rière_.

[230] Voir plus haut, page 48.

[231] C’est pour les noms propres surtout qu’il y a eu longtemps hésitation. Ainsi le nom de _Mont_ai_gne_ était à l’origine le même mot que _mont_a_gne_ et se prononçait de même; mais tandis que _mont_a-igne, nom commun, perdait son i, _Mont_a-igne, nom propre, gardait le sien, parce que les noms de personnes conservent mieux que les autres mots leur orthographe ancienne: nous en verrons de nombreux exemples; néanmoins sa prononciation s’est longtemps maintenue, grâce sans doute au voisinage du nom commun: par exemple, Delille non seulement prononce, mais écrit partout _Mont_a_gne_, notamment à la rime; mais la prononciation du nom a tout de même fini par s’altérer au cours du XIXᵉ siècle: aujourd’hui tout le monde ou à peu près prononce _Mont_ai_gne_, comme il est écrit; la prononciation par a est considérée comme surannée et serait à peine comprise. _Champ_a_gne_, au contraire, nom à demi commun, a perdu son i, comme _Bret_a_gne_, sauf parfois dans _Philippe de Champ_ai_gne_, qu’on est tenté d’altérer; mais pourquoi ne pas écrire toujours _Philippe de Champ_a_gne_? cela supprimerait toute difficulté. _Sard_ai_gne_, moins commun en France que _Bret_a_gne_ ou _Champ_a_gne_, a gardé son i: aussi prononce-t-on ai. De même aujourd’hui dans _Cav_ai_gnac_. Toutefois, dans Saint-Ai_gnan_, les diverses prononciations locales sont généralement a_gnan_.

[232] On prononce également par e mi-ouvert l’anglais _R_ey_nolds_, _S_ey_mour_, _T_ay_lor_ ou _C_ey_lan_, _F_ai_rfax_ ou _Ral_ei(gh), ou encore _L_ei_cester_, qui est souvent germanisé à tort en aï. On prononce encore de même _Aureng-Z_ey_b_, _B_ey_routh_, Buenos-Ay_res_, _B_ay_reuth_, _L_ay_bach_ et aussi _Valpar_ai_so_, et même _M_ei_nam_. En revanche, on prononce l’i (ou y) à part, mais en diphtongue naturellement, dans _Héph_ai_stos_ ou _Pos_éi_dôn_, prononcés à la grecque, dans _M_ai_monide_, _K_ai_sarieh_ ou _K_ai_serslautern_ et _B_ay_len_, dans _Alm_ei_da_, _P_ei_xota_, _Z_ei_la_, etc., et même _L_ei_tha_, parce qu’allemand. Dans _H_a-y_dée_ ou _H_a-y_dn_, on sépare les voyelles. Au contraire _S_aï_gon_ devrait s’écrire _S_ai_gon_, puisque tous les Européens du pays ont adopté, à tort ou à raison, la prononciation ségon.

[233] Quelques noms propres francisent =ei= en =e= ouvert: _Henri H_ei_ne_, Ei_ffel_, _Schn_ei_der_, _L_ei_bniz_, _L_ei_pzig_, _R_ei_schoffen_, et aussi Ey_lau_, van Ey_ck_, _Dr_ey_fus_; la plupart gardent le son allemand: Ei_senach_, Ei_sleben_, _Fahrenh_ei_t_, _Fr_ei_a_, _Fr_ei_schütz_, _G_ei_bel_, _G_ei_ssler_, _H_ei_delberg_, _Kl_ei_st_, _M_ei_ningen_, _M_ei_ster_ et _M_ei_stersinger_ (les personnes qui ne savent pas l’allemand feront mieux de dire Maîtres chanteurs), _R_ei_cha_, _R_ei_chstadt_, _R_ei_sebilder_, _Schl_ei_ermacher_, _Schw_ei_nfurth_ et les mots en -ein et -eim, et aussi, avec un y, _Fr_ey_tag_, _H_ey_se_, _Van der H_ey_den_, _Van der W_ey_den_, et tous les noms moins connus.

[234] Avec la manie de diérèse qui est la plaie de notre versification, V. Hugo a fait geyser et kayser de trois syllabes l’un et l’autre, dans l’un de ses poèmes les plus fameux, Eviradnus (VI et XVI):

Des ge-ysers du pôle aux cités transalpines... Que Joss fût ka-yser et que Zèno fût roi...

Il en fait d’ailleurs autant pour Heidelberg et pour bairam (Ane, V, et Quatre Vents de l’Esprit, III, 2)... sans parler de Shylock, écrit et prononcé Sha-ï-lock. Il faut bien se garder de décomposer ces diphtongues.

[235] Ce groupe, d’abord diphtongue, n’a achevé qu’au XVIᵉ siècle de devenir voyelle simple.

Eu s’écrit assez sottement œu, sous prétexte d’étymologie dans _v_œu, œu_vre_, etc.; il se réduit à œ dans œil et ses dérivés; il s’intervertit même en ue dans les mots en -cueil et -gueil.

[236] Il y a aussi des noms propres: _Boïeld_ieu, _Richel_ieu, _Chaul_ieu, _Montesqu_ieu, _Saint-L_eu, etc. Pour les mots en eue, voir plus haut, page 56.

[237] Et les noms propres _Andri_eu_x_, _Des Gri_eu_x_, _Dr_eu_x_, _Évr_eu_x_, auxquels on peut joindre _Saint-Bri_eu(c) et _Ys_eu(lt).

[238] C’est ainsi qu’on disait correctement, naguère encore, un œu(f) frais, un œu(f) dur, un œu(f) rouge, avec eu fermé, comme on dit encore aujourd’hui Neu(f)château, Neu(f)-Brisach, etc.

[239] Pour plus de détails sur l’f final, voir à la lettre F.

[240] Voir sur ce point le chapitre de l’R. Cette prononciation n’avait d’ailleurs rien de si extraordinaire: aujourd’hui c’est dans les mots en -er et -ier qu’on n’entend plus l’r: aime(r), premie(r). Nous allons revenir sur les mots en eur.

[241] Y compris _M_eu_se_, _Cr_eu_se_, _Gr_eu_ze_, _Chevr_eu_se_, etc.

[242] =Eun=, sans e muet final, est nasal dans à j(e)un et Jean de M(e)un(g).

[243] Ajoutez les noms propres Eu_des_, _Pentat_eu_que_, _Maub_eu_ge_, _R_eu_ss_, _Bayr_eu_th_ (cf. _G_œ_the_ ou _B_œ_hm_), et surtout les noms grecs en -eus, _Z_eu_s_, _Orph_eu_s_, _Prométh_eu_s_, et même _basil_eu_s_. Quand ces noms en -eus commencèrent à être introduits dans la littérature, initiative qui revient à Leconte de Lisle, Victor Hugo voulut suivre le mouvement, comme d’habitude; mais comme il savait fort peu de grec, il crut voir dans ces mots la finale latine us, et il fit de Zeus deux syllabes:

Zéus Jupiter vint, la main d’éclairs chargée, Et lui cria: Sois pierre, ô monstre! Et le géant Vit Zéus, devint roche et s’arrêta béant. La Fin de Satan, strophe troisième.

On trouve la même prosodie dans Religion et Religions et dans l’Ane. Pourtant V. Hugo a fait Zeus monosyllabe dans Dieu.

[244] Et les noms propres en -beuf: _Bab_eu_f_, _Bréb_eu_f_, _Ruteb_eu_f_, _Elb_eu_f_, _Marb_eu_f_.

[245] Avec _Chevr_eu_l_, _Saint-Ach_eu_l_. Malgré Michaëlis et Passy, on ne saurait fermer _gu_eu_le_; tout au plus _gu_eu_lard_, quoique ce soit bien trivial.

[246] Sans parler de _h_eu_rte_, _M_eu_rthe_ et _m_eu_rtre_, et même _L_eu_ctres_ et _Poly_eu_cte_, suivant le principe général: voir page 38; mais la prononciation savante ferme parfois eu dans ces deux mots.

[247] Au XVIᵉ siècle, on écrivait non seulement ueil pour œil, mais _d_ue_il_, _f_ue_ille_, etc. A _Vern_eu_il_, _Montr_eu_il_, _Aut_eu_il_, etc., on ajoutera _Arc_ue_il_, _Arg_ue_il_, _Bourg_ue_il_, _Long_ue_il_, _Montorg_ue_il_, etc., et _B_ue_il_, tandis que Rueil appartient à une autre catégorie. _Sant_eu_l_ a aussi la finale mouillée, et _Chois_eu_l_ l’a eue.

[248] _V_eu_x-je_ serait peut-être long en même temps qu’ouvert, mais la vérité est qu’on ne l’emploie pas. Nous avons dit que _Maub_eu_ge_ avait eu fermé.

[249] Ainsi que Eu_re_ et _Sol_eu_re_, _F_eu_rs_ et _Merc_œu_r_, etc.

[250] Faucheux n’est aussi qu’un doublet de faucheur. Inversement le peuple dit volontiers au lieur de, pour au lieu de.

[251] Avec _Sainte-B_eu_ve_, _Villen_eu_ve_, _Terre-N_eu_ve_, etc.

[252] _V_eu_ve_ fermé, admis par Michaëlis et Passy, est absolument incorrect, malgré l’analogie de _n_eu_f heures_.

[253] Voir au chapitre du G.

[254] C’est le même e, inutile aujourd’hui, qu’on trouve dans _ass_e_oir_ (à côté de choir pour _ch_e_oir_), ou dans _J_e_an_ et _J_e_anne_.

[255] Michaëlis et Passy enregistrent aussi, et admettent par conséquent eu fermé dans _br_eu_vage_ et dans _pl_eu_rer_: c’est une prononciation qu’on ne doit pas entendre souvent.

[256] Ainsi l’eu de _j_eû_ne_, déjà moins long dans _j_eû_ner_ et encore moins dans _déj_eu_ner_, qui n’a plus d’accent, y devient si bref dans certaines provinces, qu’on l’y traite comme un e muet: déj’né; mais ceci est vraiment excessif, quoique enregistré encore par Michaëlis et Passy.

[257] Il faut excepter Eu_rope_ et eu_ropéen_, et naturellement Eu_re-et-Loir_; mais eu est fermé malgré l’r, dans les noms anciens, à prononciation savante, dans Eu_ripide_, Eu_rotas_, Eu_ryanthe_, Eu_ryclée_, Eu_rydice_, Eu_rysthée_, aussi bien que dans Eu_bée_, Eu_charis_, Eu_clide_, Eu_doxie_, Eu_dore_, Eu_ler_, Eu_mée_, Eu_ménides_, Eu_molpe_, Eu_patoria_, Eu_patride_, Eu_phrate_, Eu_polis_, Eu_sèbe_, Eu_stache_, Eu_terpe_, Eu_trope_, Eu_tychès_, etc. Il tend à s’ouvrir dans les plus connus de ces mots, comme Eu_phrate_ ou Eu_stache_, et il est moins fermé dans Eu_gène_ que dans Eu_génie_, parce que, dans Eu_gène_, il tend à s’abréger par le voisinage de la tonique longue, comme dans _p_eu_t-être_. D’autre part, les faubourgs disent volontiers U_gène_, U_génie_, U_lalie_, et cette prononciation, qui fut correcte, comme U_stache_, U_rope_, _h_u_reux_, et beaucoup d’autres, le serait encore, comme celle de vu pour veü, ou simplement comme celle de j’ai (e)u, sans l’influence de l’écriture qui a prévalu: ainsi Eure rime avec nature et avec structure, dans la Henriade, VIII, 55-56, et IX, 125-126. Cf. _bl_eu et _bl_u_et_, _h_eu_re_ et _l_u_rette_, _l_eu_rre_ et _dél_u_ré_, _m_eu_te_ et _m_u_tin_. _Mim_eu_re_ même, paraît-il, se prononce encore par u.

[258] De même dans _B_eu_chot_, _B_eu_lé_, _B_eu_dant_ et _B_eu_gnot_, _C_eu_ta_, _D_eu_calion_, _F_eu_chère_, _La F_eu_illade_, _F_eu_illet_ et _F_eu_quières_, _M_eu_rice_ (malgré l’r), _N_eu_bourg_, _N_eu_illy_, _Mant_eu_ffel_ et _T_eu_tatès_. Mais eu est ouvert dans Beurnonville, moins ouvert dans _Fl_eu_rus_ ou _Fl_eu_ry_.

[259] On devrait le faire un peu plus long dans _Vanl_o(o) et _Waterl_o(o), puisqu’il en représente deux, mais nos finales ne comportent pas ces distinctions. L’o final italien s’est souvent francisé en e, comme dans _Guid_o, devenu Guide, ou est tombé purement et simplement comme dans _Perugin_o, devenu Pérugin; il s’est maintenu dans _André del Sart_o, mais le plus souvent on ne le prononce pas.

[260] Ceux-là se prononcent exactement comme _cl_ô_t_, _dép_ô_t_ (avec _entrep_ô_t_, _imp_ô_t_ et _supp_ô_t_), _r_ô_t_, _t_ô_t_ et _prév_ô_t_, qui ont perdu l’s, et _Prév_o(s)t, qui l’a gardé.

[261] Et même _G_o_ths_, ainsi que beaucoup d’autres noms propres: _Did_o_t_, _Renaud_o_t_, _Carn_o_t_, _Guiz_o_t_, etc. Les poètes ne font pas ces distinctions, et les mots en -ot ou -ots riment tous aujourd’hui couramment avec les mots en -eau:

Le faubourg Saint-Antoine accourant en sa_bots_, Et ce grand peuple, ainsi qu’un spectre des tom_beaux_, Sortant tout effaré de son antique opprobre. V. HUGO, Contempl., V. 3.

[262] Il en est exactement de même dans telles expressions toutes faites, comme aller au _tr_o_t_, ou dans tel nom propre, comme _Ren_au_d_o_t_.

[263] Avec _palin_o_d_ et quelques noms propres en =-od=, comme _Pern_o_d_ et _Goun_o_d_.

[264] Le français avait autrefois la finale muette _o_e (_Piritho_e, redevenu Pirithoüs, _co_e devenu queue, ou _ro_e devenu roue), et sans doute elle était longue. L’o est la seule voyelle fermée qui ait perdu sa finale féminine (cf. -ie, -ue, -oue, -ée, -eue); mais nous la retrouvons dans quelques noms anglais: voir plus haut, page 53. L’o final suédois, avec tréma, se prononce eu, et s’écrit d’ordinaire œ, comme dans les mots allemands: voir page 76.

[265] C’était sans doute pour empêcher qu’on ne s’y trompât, que Fabre d’Églantine, d’origine méridionale, a cru devoir mettre un accent circonflexe aux jolis mots qu’il inventa pour le calendrier: _pluvi_ô_se_, _vent_ô_se_ et _niv_ô_se_; un homme du Nord n’en aurait pas eu l’idée.

[266] Nous ne parlons pas non plus ici des finales dont il est question page 38: _d_o_cte_ et _d_o_gme_, _g_o_lfe_ et _rév_o_lte_, _abs_o_rbe_, _éc_o_rche_ et _inf_o_rme_, _m_o_rne_, _m_o_rse_ et _m_o_rte_, _parad_o_xe_, etc., ont toujours l’o bref ou moyen.

[267] De même _Mar_o_c_, _En_o_ch_, _Bank_o_k_, _Shyl_o_ck_, _L_o_cke_ ou _Archil_o_que_; _Eli_o_t_, _Sc_o_tt_, _Nab_o_th_, _Hérod_o_te_, _don Quich_o_tte_, _La M_o_the_; _És_o_pe_; _Roman_o_f_, _Malak_o_ff_, _Christ_o_phe_; _Anti_o_che_; _Thanat_o_s_, _Cappad_o_ce_, _Éc_o_sse_.

_C_ô_te_, _h_ô_te_ et ô_te_ ont perdu un s, ainsi que _Pentec_ô_te_, qu’on a longtemps ouvert, mais qu’il vaut mieux fermer.

[268] En revanche, chez le boucher, on dit volontiers des o_s_ avec o ouvert, comme au singulier, et de même _dés_o_sser_, la distinction étant trop délicate. Sans aller jusque-là, il est assez naturel de dire _un paquet d’_o_s_ (o fermé) plutôt que _un paquet d’_o(s).

[269] Le Dictionnaire général l’ouvre (à volonté dans _albin_o_s_), mais cela, c’est peut-être la théorie plutôt que la pratique. Michaëlis et Passy l’ouvrent aussi, mais en le faisant long: cette fois je ne comprends plus. L’o est fermé également dans les noms de cigares, _trabuc_o_s_, _crapul_o_s_, etc., et dans les accusatifs latins, _intra mur_o_s_, _benedicat v_o_s_, et par conséquent _salvan_o_s_; également dans _Calvad_o_s_, _Burg_o_s_, _don Carl_o_s_, _Cornélius Nép_o_s_ et _Hyes_o_s_.

[270] Il en est de même pour les noms propres. Beaucoup d’entre eux ont remplacé simplement la forme latinisée en =-us=, seule usitée autrefois, comme _Laï_o_s_, _Dana_o_s_ ou _Phœb_o_s_. Pour ceux-là, l’o doit être et est toujours ouvert et bref. Pour les autres, c’est encore l’étymologie qui devrait déterminer la prononciation, puisque ces mots appartiennent uniquement à la science ou à l’érudition. On devrait donc fermer l’o seulement chez ceux qui en grec ont un oméga, _E_o_s_, _C_o_s_, _Arg_o_s_, _Min_o_s_, _Er_o_s_, _Ath_o_s_ (réservant _Ath_o_s_ avec o ouvert pour l’ami de _Porth_o_s_ et de d’Artagnan). Or ceux-là sont le petit nombre; et on devrait ouvrir l’o chez les autres, _Lesb_o_s_, _Ténéd_o_s_, _Paph_o_s_, _Dél_o_s_, _Sam_o_s_, _Pathm_o_s_, _Lemn_o_s_, _Clar_o_s_, _Par_o_s_, _Nax_o_s_, etc. Malheureusement ceux qui ferment l’o de _path_o_s_ ne manquent pas de fermer celui de _Lesb_o_s_, _Pathm_o_s_ ou _Par_o_s_.

[271] Cependant _alc_o-o_lisme_ garde les o séparés, comme _B_o-o_z_ ou _z_o-o_logie_, qui ne sont pas des mots populaires.

[272] Suivant son principe, le Dictionnaire général fait o ouvert, mais long, dans les finales =-oge=, =-ove= et =-ogne=. L’accent circonflexe s’est mis dans _ge_ô_le_ et _enj_ô_le_, dans _m_ô_le_, _p_ô_le_, _r_ô_le_ et _contr_ô_le_, _dr_ô_le_, _fr_ô_le_, _tr_ô_le_ et _t_ô_le_, ainsi que dans _r_ô_de_ et _alc_ô_ve_: ce fut arbitraire et pas toujours justifié. En tout cas cela est, et si Corneille a pu, en son temps, faire rimer _r_ô_le_ et _p_ô_le_, qui n’avaient point d’accent, avec _par_o_le_, ces rimes sont détestables dans V. Hugo.

_K_o_hl_ a aussi l’o fermé, à cause de l’h. _D_o_ge_ a été longtemps long et fermé, ainsi que _gl_o_be_ et _l_o_be_, qui étaient d’abord des mots savants: tous ont suivi depuis l’analogie des autres. L’o est également ouvert et suffisamment bref dans _Jac_o_b_ ou _Déiph_o_be_, _Nemr_o_d_ ou _Hér_o_de_, _Mag_o_g_ ou _La H_o_gue_, _Tir_o_l_ ou _Arc_o_le_, _Norod_o_m_, _R_o_me_ et _S_o_mme_, _Edis_o_n_, _B_o_nn_, _Antig_o_ne_ et _Lisb_o_nne_ et même _Lim_o_ges_. Il est un peu plus long dans _Laure de N_o_ves_ ou _Dord_o_gne_. _V_o(s)ges, qui a gardé son s, a l’o long et fermé.

[273] On y joignait généralement _R_o_me_, qui pour ce motif s’est longtemps écrit avec deux m.

[274] De même _Deutéron_o_me_, _Chrysost_o_me_ et _Sod_o_me_, à côté de _R_o_me_, qui gardait seul l’o ouvert.

[275] S’ajoutant à _dipl_ô_me_ et _sympt_ô_me_, qui auraient pu s’en passer aussi bien qu’_idi_o_me_ et _axi_o_me_. L’accent est encore dans _ch_ô_me_ (par confusion sans doute, car on écrivait _ch_o_mme_ bref à l’origine), dans le mot populaire _m_ô_me_, dans _fant_ô_me_, qui a perdu son s, et dans _C_ô_me_, _Pac_ô_me_, _Puy-de-D_ô_me_, _Vend_ô_me_, _Jér_ô_me_, _Dr_ô_me_, _Brant_ô_me_.

[276] Sauf peut-être sur _majord_o_me_. Le Dictionnaire général fait aussi l’o ouvert dans _prodr_o_me_ et _hippodr_o_me_, _t_o_me_ et _at_o_me_, et _Deutéron_o_me_; mais c’est manifestement l’étymologie qui le guide, car ces mots sont encore loin d’être indiscutés.

[277] Le Dictionnaire général fait l’o fermé dans _am_o_me_ et ouvert dans _cardam_o_me_ et _cinnam_o_me_. L’opinion a pu changer au cours de l’impression.

[278] Il y a encore quelques termes de médecine qui ferment l’o, comme _sarc_o_me_, _fibr_o_me_, etc. Mais il faut bien que _chr_o_me_ suive _polychr_o_me_, et il entraînera avec lui _br_o_me_ et _br_o_mure_, à qui le Dictionnaire général donne déjà un o ouvert. L’o n’est plus fermé à peu près régulièrement que dans _Chrysost_o_me_, sans raison d’ailleurs.

[279] De même que dans _Babyl_o_ne_, _Dod_o_ne_ et _Pom_o_ne_, _Bell_o_ne_ et _Suét_o_ne_.

[280] Pas davantage dans _Antig_o_ne_, _Tisiph_o_ne_ ou _Gorg_o_ne_, qui longtemps eurent l’o long, comme _Barcel_o_ne_.

[281] Tous ces mots ont l’o ouvert dans le Dictionnaire général, ainsi qu’_oz_o_ne_, pour lequel Michaëlis et Passy admettent quatre prononciations différentes.

[282] Outre _pr_ô_ne_ et _tr_ô_ne_, l’accent s’est mis sur _c_ô_ne_ et _pyl_ô_ne_, qui avaient l’o long; quant à _aum_ô_ne_ qui a perdu son s, son o s’était néanmoins ouvert, mais il est plutôt fermé aujourd’hui. L’o est bref aujourd’hui dans tous les noms propres en -one, même anglais, comme _Gladst_o_ne_ ou _Folkest_o_ne_. Corneille ou Racine avaient le droit et le devoir de faire rimer _Antig_o_ne_ ou _Babyl_o_ne_ avec _tr_ô_ne_; mais dans V. Hugo cela ne rime plus; et sans doute il se croyait autorisé par l’exemple des classiques, en quoi il se trompait radicalement. D’ailleurs il ne distingue pas, et fait constamment rimer _tr_ô_ne_ avec _cour_o_nne_:

Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,...

rime détestable, qu’on chercherait en vain chez les classiques, et qu’aucune prononciation ne saurait pallier.

Le seul nom propre en -one où l’o soit peut être long sans accent, c’est _Hipp_o_ne_, qui est savant. Il est naturellement long dans _B_ô_ne_, _Anc_ô_ne_, _Rh_ô_ne_ et _Sa_ô_ne_, avec _C_o(s)ne et _Sain-Jean-de-L_o(s)ne, et aussi _khit_ô_n_ et _Poseid_ô_n_. En revanche, beaucoup de personnes abrègent et ouvrent l’o même dans _Mendelss_o_hn_, ce qui est encore une erreur, à cause de l’h.

[283] Dans les noms anciens ou étrangers l’o est ouvert: _Bo_o_z_, _Badaj_o_z_. En France, la finale -oz, comme la finale -az, est assez fréquente dans les noms propres de l’antique pays des Allobroges, Dauphiné, Savoie, Valais. Mais la prononciation locale met plutôt l’accent sur la précédente, ou même la pénultième, selon la règle latine, et la dernière devient à peu près muette. Ainsi Berlioz se prononce berl mouillé (berlye en une syllabe). Le français ne saurait évidemment accepter cette accentuation, et dans le pays même on prononce aussi _Berli_o, sans articuler le z, et par suite avec o fermé. Cette prononciation aurait dû suffire; mais l’orthographe a réagi sur elle, comme d’habitude, et le z est passé définitivement dans l’usage; seulement le z amène beaucoup de gens à ouvrir l’o, comme dans _Bo_o_z_, malgré le son bien connu des finales en -ose.

[284] De même _Méd_o_r_, _Cah_o_rs_, _Ni_o_rt_, _Chamb_o_rd_, etc.

[285] _N_o_tre_ et _v_o_tre_ ne sont que la forme atone de _n_ô_tre_ et _v_ô_tre_, qui ont perdu leur s, ainsi qu’_ap_ô_tre_ et _paten_ô_tre_. L’o est également ouvert dans _Thémist_o_cle_ ou _L_o_cres_, _Constantin_o_ple_ ou _Christ_o_fle_, mais fermé dans _Le N_ô_tre_.

[286] De même _Gren_o_ble_ et _Han_o_vre_, dont l’o s’est également ouvert (comme partout devant v), quoi qu’en disent Michaëlis et Passy. Et c’est tant pis pour les poètes, car pauvre n’a plus de rime, sauf à Marseille.

[287] On notera ici aussi que des mots comme _c_o_nique_ ou _c_o_nifère_, _dr_o_latique_, _p_o_laire_, _dipl_o_mate_ et ses dérivés, ou _sympt_o_matique_, n’ont pas conservé l’accent circonflexe du simple, qui n’est qu’un signe arbitraire de quantité; aussi n’ont-ils pas l’o fermé: voir ci-dessus, page 33, et page 73, note 1.

[288] L’=o= fermé qu’indiqué le Dictionnaire général est-il là pour l’accent circonflexe, ou est-il dû à une faute d’impression? En revanche Michaëlis-Passy et Ch. Nyrop veulent qu’_h_ô_tel_ ait l’o ouvert, ainsi que tous ses dérivés: je pense que cette prononciation, qui a été fort répandue, tend à disparaître, sans doute à cause de l’orthographe. De même pour _prév_ô_tal_.

[289] Mais non dans o_sseux_, o_ssuaire_, o_ssifier_, où les deux s se prononcent le plus souvent, et o_ss_(e)let, où l’e est suivi de sl, pour l’oreille.

[290] Mais, malgré Michaëlis et Passy, il est plus souvent ouvert dans _f_o_ssette_, toujours dans _f_o_s-sile_, surtout si l’on prononce les deux s, généralement dans _f_o_ssoyer_ et _f_o_ssoyeur_.

[291] Beaucoup moins régulièrement, ou même rarement, malgré _r_o_sier_, dans _r_o_sace_, _r_o_sat_, _r_o_séole_, _r_o_saire_, _r_o_seau_, _r_o_sette_, et même _r_o_sière_, si bien que _r_o_sier_ lui-même tend à s’ouvrir, ainsi qu’o_sier_. O est encore long et fermé dans _B_o_son_ ou _Spin_o_sa_; mais il n’est guère fermé dans _J_o_seph_ ou _J_o_séphine_, sauf à Paris.

[292] Et dans _Ph_o_cion_, et plus sûrement encore dans _Pr_o_cyon_, comme dans _M_o_mus_. Il est douteux dans _Sal_o_mon_. Il est fermé dans O_hnet_ ou _Fr_o_hsdorf_, par l’effet de l’h, mais il est ouvert dans _R_o_thschild_, par l’effet des deux consonnes tch; il est aussi à peu près ouvert aujourd’hui dans _C_o_bourg_, tout à fait dans _R_o_land_, _R_o_llin_ ou _R_o_llon_.

[293] Michaëlis et Passy croient qu’on peut fermer l’o dans _p_o_ney_, et aussi dans _t_o_ast_, et même dans _diagn_o_stic_! Il en résulte que pour eux _p_o_ney_ a, comme o_z_o_ne_, quatre prononciations: pôné, pônè, poné, ponè: je ne connais pour ma part que la quatrième qui soit usitée.

[294] Et même dans _gratis pr_o Deo, et encore, à cause de l’r sans doute, dans _ad hon_o_res_, _ad val_o_rem_, _c_o_ram populo_, ou _ad maj_o_rem Dei gl_o_riam_. On fera bien cependant de fermer quelques o latins, qui sont longs: _d_o_nec eris felix_, _ex ungue le_o_nem_, _finis cor_o_nat opus_, _in utr_o_que jure_, o_di profanum vulgus_, _o tempora o m_o_res_, o_re rotundo_, _proprio m_o_tu_, _qu_o_usque tandem_, _væ s_o_li_; en revanche il faudra faire bref et ouvert l’o de _tu qu_o_que_, qu’on ferme souvent, très mal à propos.

[295] Cf. maman, page 39. Le Dictionnaire général ouvre le premier o de ces mots (les deux premiers dans _r_o_c_o_c_o).

[296] Voir plus loin, à la fin du chapitre des semi-voyelles, page 199 et la note.

[297] Et dans quelques noms propres anciens, comme _B_o-o_z_, et aussi bien _Démoph_o-on ou _Laoc_o-on, qui autrefois se contractaient.

[298] L’o tend vers eu ouvert et très bref dans les noms propres en -son et -ton, non francisés, comme Addis(o)n, Emers(o)n, Palmerst(o)n, et aussi bien Beac(o)nsfield; on peut cependant le prononcer un peu plus en français qu’en anglais.

[299] De même dans _Atw_oo_d_, _B_oo_th_, _Br_oo_klyn_, _C_oo_k_, _C_oo_per_, _Robin H_oo_d_, _Lammerm_oo_r_, _Liverp_oo_l_, _Longw_oo_d_, _M_oo_re_, _Rang_oo_n_, _W_oo_lwich_, etc.

[300] Et dans _Berg-op-Z_oo_m_, _Cl_oo_ts_, _L_oo_s_, _R_oo_sevelt_, _R_oo_sebeke_, aussi bien que dans _Vanl_oo et _Waterl_oo: où a-t-on vu qu’il fallait dire la prise de Berg-op-Zoum? Il en est de même dans le basque _Puy_oo. Le breton _Br_oo_ns_ se prononce Bron nasal, par contraction de bro-on. Pour ow, voir au W.

[301] Au est encore diphtongue au XVIᵉ siècle, et eau parfois triphtongue. Depuis le XVIIᵉ siècle, ce n’est plus qu’une voyelle simple.

[302] De même dans _Beauv_eau ou _Boil_eau, _Regn_au_d_, _E_s_c_au_t_, _Géric_au_lt_ ou _La Rochefouc_au_ld_, _Despré_au_x_, _Chenonc_eau_x_ ou _Roncev_au_x_.

La finale eaue a aussi existé jadis (cf., p. 100) dans le substantif eaue, qui a précédé eau; elle a disparu depuis le XVIᵉ siècle.

[303] =Au= est de même fermé dans les noms propres: Au_be_, _Cl_au_de_, _G_au_le_ ou _B_eau_ne_. Mais on ouvre toujours _P_au_l_, qui devrait s’écrire Pol. On ouvre même _Nép_au_l_. Il est vrai que _P_au_le_ est plus souvent fermé; mais il y a là quelque affectation. On ouvre aussi fatalement _F_au_st_, à cause des deux consonnes, mais ce n’est pas nécessaire. On ouvre également Au_ch_ dans le Midi: prononciation locale qui s’impose difficilement au Nord.

[304] Cf. l’espagnol _t_o_ro_ ou _t_o_rero_. On sait que la diphtongue latine au devient régulièrement o en français, transformation qu’on trouvait déjà dans le bas latin. Or cet o a pu rester fermé devant s ou v: _al_o_se_, _ch_o_se_, _l_o_s_, o_ser_, _cl_ô_ture_ (pour closture), et aussi _p_o_vre_ et _p_o_se_, devenus _p_au_vre_ et _p_au_se_ par réaction étymologique; mais devant r il s’est ouvert, témoin o_r_, o_riflamme_, o_ripeau_ et _d_o_rer_ (qui tous se rattachent au latin au_rum_), ou encore o_reille_ et ses dérivés (au_ricula_) ou o_rage_ (au_ra_), ou _cl_o_re_ (_cl_au_dere_).

[305] On l’ouvre aussi en majorité dans _M_au_res_, qui s’écrit aussi Mores, et dans _F_au_re_, _Duf_au_re_, _L_au_re_, _Roquel_au_re_, _Saint-M_au_r_. Les érudits le ferment encore volontiers dans la plupart de ces mots, ainsi que dans _Bucent_au_re_, et dans _Epid_au_re_, _Montm_au_r_, _Is_au_re_, _Lav_au_r_, _Mét_au_re_, qui sont moins populaires; mais ces mots eux-mêmes sont touchés. Ne faut-il pas d’ailleurs aider le poète à rimer?

Fatal oracle d’Épidaure, Tu m’as dit: Les feuilles des bois A tes yeux jauniront encore, Mais c’est pour la dernière fois.

Ne pouvant fermer _enc_o_re_, il faut bien ouvrir _Épid_au_re_.

[306] Mais non dans ceux de valoir, malgré Michaëlis et Passy.

[307] Le Dictionnaire général ferme partout au initial, même dans aurore et augmenter! C’est évidemment l’étymologie et non l’expérience qui en a décidé.

[308] De même pour les noms propres: on ferme correctement Au_rillac_, malgré l’r, aussi bien que Au_ber_, Au_dran_, Au_gias_, Au_guste_, Au_lis_, Au_male_, Au_stralie_, Au_teuil_, Au_vergne_, Au_xerre_ ou Saint-Au_laire_; et _Cal_au_rie_, _L_au_raguais_, _L_au_rent_, _L_au_rium_, _M_au_repas_, _M_au_rice_, _M_au_ritanie_, _M_au_ry_, etc., aussi bien que _B_au_delaire_, _B_au_din_, _B_au_dry_, _B_eau_vais_, _C_au_case_, _C_au_chy_, _C_au_debec_, _C_au_laincourt_, _L_au_sanne_, _P_au_lin_, _P_au_line_, _Pourc_eau_gnac_, etc., ou même _Ch_au_cer_. Notons en passant qu’au XVIIᵉ siècle les gens instruits prononçaient aftomate et même aftographe, sous prétexte d’étymologie grecque!

[309] De même dans Au_erbach_, Au_erstædt_, Au_gsbourg_, Au_sterlitz_, _Eyl_au, _G_au_ss_, _Gl_au_ber_, _Haguen_au, _H_au_ssmann_, _Nass_au, _N_au_ndorff_, _Rantz_au, _R_au_ch_, _Schopenh_au_er_, _Str_au_ss_, _Zwick_au. Autrement il se prononce ao, comme dans: _Don_au (Danube), ou aou, comme dans: _Jungfr_au, _H_au_ptmann_, _Hohenst_au_fen_, _K_au_fmann_, _K_au_lbach_, _K_au_nitz_, _Len_au, _Münch_au_sen_, et les noms moins connus. L’anglais fait entendre un o ouvert dans _Conn_au(gh)t.

[310] On avouera, d’ailleurs, que la différence qu’il peut y avoir entre les deux i de _m_i_d_i n’intéresse que la science, et n’a guère d’utilité pratique, si ce n’est pour les étrangers, et encore! Quant à i, u, ou, semi-voyelles, on en parlera dans un chapitre spécial.

[311] Le peuple dit volontiers et pis pour et puis.

[312] Corneille, Le Cid, acte III, scène 4.

[313] Castries se prononce Castre.

[314] Michaëlis et Passy trouvent qu’i est long dans les mots en is.

[315] Ce qui n’a pas empêché H. de Régnier de faire ri-i-ons de trois syllabes:

Nous ri-i-ons en regardant la parodie. Jeux rustiques, la Grotte.

Il est vrai que dans le même volume il fait aussi naufrage-ri-ons de cinq syllabes (ibid., Péroraison).

Ici encore on ferait bien d’appuyer sur quelques i latins: _ad v_i_tam æternam_, _mirabile v_i_su_, _in f_i_ne_, _in v_i_no veritas_.

[316] De même on sépare l’=i= dans des mots français ou francisés, comme Acha-ï_e_, Isa-ï_e_, A-ï, Sina-ï, Adona-ï, et aussi Godo-y. _Shang-Ha_ï n’est pas dans le même cas, et doit se prononcer uniquement en deux syllabes, l’i mouillant l’a, ou plutôt faisant fonction de semi-voyelle. De même _Angelo Ma_ï, _Moula_ï-Hafid, _Ouada_ï, _Bosna-Sera_ï, et aussi _Hokousa_ï, et d’autre part _Hano_ï ou _Tolsto_ï, avec Cro , qui se prononce Crou-y. Le cas est exactement le même que celui de Pompéi et Véies, où l’accent aigu permet de ne pas employer le tréma: voir page 81, note de la page 80.

[317] On rattache souvent ce mot au fleurette français, dont les Anglais auraient jadis tiré leur flirt. Cette étymologie est plus que douteuse, et fleureter, qu’on lit quelquefois au lieu de flirter, est inutile autant que discutable.

[318] De même dans _Br_i(gh)t et _Br_i(gh)ton, _Ch_i_lde-Harold_, _F_i_fe_, _Un_i_ted States_, _W_i(gh)t ou (W)_r_i(gh)t, et aussi _Sh_y_lock_ et _W_y_oming_. _G_i_rl_ se prononce gheurle.

[319] Pour baby, voir page 43, note 4. On prononce nécessairement i dans _Cantorbér_y, qui est la forme française de _Canterbur_y (beuré); généralement aussi dans _Salisbur_y, et très souvent dans _B_y_ron_, prononciation très ancienne, et toujours parfaitement admissible pour ceux qui ne savent pas l’anglais. On hésite entre i et aï pour _Carl_y_le_; on prononce aï de préférence dans _H_y_de Park_, _Dr_y_den_, _Cl_y_de_, et surtout _Sh_y_lock_; dans _B_y_ron_, si l’on veut. Quant à _Van D_y_ck_, qui n’est pas anglais, c’est à tort qu’on le prononce souvent van’ daïc: ce serait plutôt van’ dèïc; mais le plus simple est de le franciser en i, comme on fait pour _Zu_i_derzée_.

[320] Et dans _f_û_t_ substantif et _f_û_t_ verbe, dans _d_û, _m_û, _cr_û, et _aff_û_t_, comme dans (a)oû_t_, _c_oû_t_, _g_oû_t_, _dég_oû_t_, _rag_oû_t_, _m_oû_t_ et _sa_oû_l_. Pour -ue et -oue, voir ce qui est dit page 56.

[321] Moins dans sur préposition, qui est proclitique, à moins qu’on ne dise, par exemple, _j’aime mieux sous que s_u_r_.

[322] Il ne faut pas confondre les finales latines en -us, qui sont moyennes, avec les finales grecques en -eus: voir page 92, note 2.

[323] La Noue, auteur, bien avant Richelet, d’un excellent «Dictionnaire des Rimes» (1596), distinguait déjà _f_ou_ille_ long et _farf_ou_ille_ bref, et cette distinction n’a pas entièrement disparu.

[324] L’accent n’est pas plus sensible dans les prétérits en -ûmes et -ûtes que dans les autres. Il ne l’est guère dans _b_û_che_ et _emb_û_che_. Il ne peut pas l’être non plus dans _m_û_r_, _m_û_re_ et _s_û_r_, puisque -ur est déjà long sans accent, ni dans _piq_û_re_, orthographe conventionnelle destinée à éviter le double u de piqu-ure.

[325] Il serait bon de faire longs quelques u latins: ab u_no disce omnes_, _audaces fort_u_na juvat_, _d_u_ra lex sed lex_, _in utroque j_u_re_, _nec pl_u_ribus impar_.

[326] Il faut éviter avec le plus grand soin d’élider l’=u= de tu devant un verbe: cette prononciation révèle une éducation insuffisante. Il en est de même de _auj_o_rd’hui_ pour _auj_ou_rd’hui_, et s’coupe pour _s_ou_coupe_, qui s’entendent fréquemment dans le peuple. Dans la conversation très rapide et familière, on supprime souvent ou dans vous devant une voyelle: si v(ou)s avez, ainsi que dans t(ou)t à fait ou t(ou)t à l’heure, après une voyelle; ce n’est point à encourager.

[327] La finale -um était autrefois francisée en on nasal; par exemple, _te De_u_m_ se prononçait tédéon. Cela dura jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, et l’on écrivait aussi bien on que um: on trouve matrimonion dans le Dépit amoureux, et Voltaire fait encore rimer palladium avec Ilion. Nous avons conservé quelques traces de cette prononciation. Si factotum, longtemps écrit factoton, a repris définitivement le son om, si factum ne se prononce plus facton, comme le voulait encore Mᵐᵉ Dupuis, en revanche, dictum, rogatum et totum sont devenus définitivement dicton, rogaton et toton. Aliboron est aussi pour Aliborum, dont l’origine est inconnue. Que dis-je? péplon, pour peplum, est encore dans le Dictionnaire général, mais en vérité on ne l’emploie plus.

[328] Ou en latin devant un autre m: _cons_u_m-matum est_, _s_u_m-mum jus_, _s_u_m-ma injuria_; mais _n_u_m-mulite_, et _n_u_m-mulaire_ ont pris le son u.

[329] On prononce naturellement -um par o dans les noms propres latins: Latium, Herculanum, Pæstum, etc.; mais on prononce par u _Vert_u_mne_, _D_u_m-norix_ et _M_u_m-mius_. En Suisse romande, on dit même alboum, foroum, etc., comme en Suisse allemande ou italienne, suivant la véritable prononciation du latin.

[330] On vient d’en voir des exemples. L’u scandinave ou hollandais se prononce toutefois comme le nôtre: U_léa_, U_méa_, U_trecht_.

[331] _Ad libit_u_m_, qui s’emploie aussi en musique, ainsi que les mots précédants, n’est pas italien, mais latin, et se prononce par o, suivant la manière française de prononcer le latin.

[332] Nous francisons surtout une infinité de noms propres qu’il serait impossible d’énumérer, italiens ou espagnols aussi bien qu’allemands ou anglais. Même dans un nom comme Gervinus, il arrive qu’on prononce ghe à l’allemande et nus à la française. On hésite pour quelques-uns, comme U_r_, _Estramad_u_re_, _Cher_u_bini_, _Gl_u_ck_, _K_u_rdistan_, _Vera-Cr_u_z_, _Y_u_kon_. On prononce toujours ou de préférence ou dans _Abat_u_cci_, _Card_u_cci_, _Ci_u_dad-Réal_, _P_u_lci_ et _Y_u_ste_; dans _John B_u_ll_ et _British M_u_se_u_m_; dans _Boch_u_m_, _Carlsr_u_he_, _F_u_chs_, _Gm_u_nd_, _H_u_mperdinck_, _J_u_ngfrau_, _Kotzeb_u_e_, _Kr_u_pp_, _Metz_u, _M_u_nkaczy_, _Niebel_u_ng_, _Nieb_u_hr_, _Rigik_u_lm_, _R_u_binstein_, _R_u_hmkorff_, _Sch_u_bert_ (quoique on ne prononce pas le t), _Sch_u_lhoff_, _Sch_u_mann_, _Siegm_u_nd_, _S_u_ppé_, _Th_u_n_, _T_u_gendb_u_nd_, U_hland_, U_nterwalden_, _W_u_ndt_ et _Z_u_g_, et tous les noms en _-b_u_rg_; dans _B_u_kovine_, _L_u_le-Bourgas_ et _Usk_u_b_, dans _Y_u_s_u_f_ et _Hamm_u_rabi_, dans _Pég_u (écrit aussi Pégou), _Bég_u_m_, _Th_u_gs_, _Chem_u_lpo_, _Shog_u_ns_ et _F_u_si-Yama_, et à fortiori les noms moins connus. En France même, _Bany_u_ls_ se prononce par ou dans la région, ainsi que le _golfe J_u_an_. L’u ne se prononce pas dans l’italien _b_u_ona_, pas plus dans B(u)onaparte que dans B(u)onarotti, malgré les efforts des émigrés, ni dans _e p_u_r si m_(u)ove ou galant(u)omo.

On remarquera que le cas de _Sch_u_ber_(t) est un admirable exemple de demi-francisation. Mais le cas de Gluck est bien particulier. Ce mot fut sans doute francisé au XVIIIᵉ siècle. Au XIXᵉ siècle, on s’imagina que gluc, prononciation courante, était aussi la prononciation allemande, et on se mit à écrire Glück, avec le tréma qui, en allemand, sert à distinguer u de ou. Mais jamais les Allemands n’ont écrit ni prononcé Glück. S’ensuit-il qu’il faille nécessairement prononcer glouc, comme font les spécialistes? En aucune façon, car on n’a pas affaire ici à une tradition établie, comme pour _Sch_u_bert_ et _Sch_u_mann_. On a donc le choix; mais de quelque façon qu’on prononce, il faut écrire Gluck uniquement. Mais dans la prononciation de Kluck, il n’y a pas le choix. Beaucoup disent et écrivent: le général allemand von Klück, avec le tréma. C’est une faute. Et l’on doit prononcer Klouck.

[333] De même _B_u_rne Jones_, _B_u_rns_, les mots en -burn et -burne, _B_u_rton_, _Ch_u_rchill_, _R_u_skin_, _R_u_ssel_, et les mots en -bury, encore que _Salisb_u_ry_ puisse très bien être francisé par les personnes qui ne savent pas l’anglais. U initial se prononce iou dans _David H_u_me_, et dans U_nited States_ (ce qui fait iounaïted).

[334] Avec quelques noms propres: _Dec_am_ps_, _Féc_am_p_, _Longch_am_p_, _Desch_am_ps_, _Col_om_b_. De même _P_aim_beuf_ ou _G_am_betta_. Cet m n’est en réalité qu’un n modifié, soit en latin, soit en français, pour s’accommoder à b, p, ou m, par exemple dans les composés de en: em_barquer_, em_porter_, em_mener_. L’m de _triu_m_vir_ ou _déce_m_vir_ n’étant pas dans ce cas, il n’y a point de nasale dans ces mots, qui gardent le son latin.

[335] On trouve aussi l’m exceptionnellement dans quelques noms propres: _Ch_am_fort_ et _Ch_am_lay_, _D_om_front_, _D_am_rémont_ et _D_am_ville_, et _S_am_son_, qui ont tous le son nasal, ainsi que _D_om_martin_, où les éléments composants, dom et Martin, restent distincts, comme dans Mais_on_neuve.

[336] Avec Adam. Autrefois les finales en =-am= et =-em=, sauf l’interjection hem, étaient toutes nasalisées (même dans la prononciation du latin), aussi bien que les finales en -um: Abraham, Balaam, Roboam, rimaient avec océan, Jérusalem avec élan, comme Te Deum avec odéon.

Ce n’est qu’à partir du XVIIᵉ siècle qu’on commence à séparer l’m dans les finales en -am et -em; mais Voltaire fait encore rimer Balaam avec Canaan dans la Pucelle. De cette prononciation nasale, il est resté, comme on voit, peu de traces. On ne prononce plus guère quidam comme au temps de La Fontaine (kidan):

Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part, Quand un quidam parut...

Ce mot avait même alors un féminin, qui était _quida_n_e_ et non _quida_m_e_; aujourd’hui on prononcerait plutôt kidame ou kuidame, à la manière dont nous prononçons le latin; mais le mot n’est plus guère employé. De même dam, que La Fontaine fait rimer avec clabaudant dans la fable du Renard anglais, n’appartient plus guère qu’au vocabulaire théologique: la peine du dam. Adam est, en définitive, le seul mot usuel en am qui ait gardé la finale nasale: il était trop populaire pour que sa prononciation pût être altérée, je veux dire défrancisée, comme l’a été celle d’_Abrah_am, par exemple: il en est ainsi de tous les mots qui s’apprennent par l’oreille et non par l’œil. Macadam vient, il est vrai, de l’anglais Mac-Adam; mais Adam n’est pas nasal en anglais, et macadam, en qualité d’étranger, s’est francisé, sans nasaliser sa finale. On connaît l’anecdote de quanquam, autrefois prononcé kankan, comme quisquis était prononcé kiskis: la réforme de cette prononciation est due au fameux Ramus. Mais comme cette réforme avait été faite en dehors de la Sorbonne, les docteurs de Sorbonne menacèrent de la censure ecclésiastique ceux qui adopteraient la nouvelle prononciation. Aussi, un jeune prêtre, ayant négligé de prononcer kankan dans une thèse publique, vit la Sorbonne déclarer vacant un bénéfice considérable qu’il possédait. La question fut portée au Parlement, et il fallut l’intervention des professeurs du Collège Royal, Ramus en tête, pour prouver le ridicule de ce procès. On sait par ailleurs que c’est le grand usage du mot quanquam dans les discussions de l’école qui a donné naissance au mot cancan.

Les suffixes hem et hen, qui terminent beaucoup de noms de lieu dans le nord de la France, nasalisent en an ou in: Elinehem, Tournehem font: Elinan, Tournan.

[337] Ces mots s’écrivaient par un n au moyen âge, et c’est la réaction étymologique qui leur a rendu un m; mais le féminin de daim est toujours daine, et même dine (formé du son din). Ne pas confondre _étai_m avec _étai_n. Il faut ajouter ici Joachim, dont nous reparlerons.

[338] Ajouter Riom, Billom, Condom.

[339] Pour les finales latines en -um, voir page 123.

[340] Plus souvent encore des noms propres: _Pria_m, _Isla_m, _Wagra_m, _Se_m, _Château-Yque_m, etc.

[341] Voir pages 48, 64 et 74; de même dans dam-ne et autom-ne.

[342] C’est la prononciation du temps qui justifie le calembour involontaire de Martine, dans les Femmes savantes:

--Veux-tu toute ta vie offenser la _gr_am-maire? --Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère?

[343] Savamment est en effet pour savant-ment, et fréquemment pour fréquent-ment.

[344] C’est le même phénomène que nous avons vu tout à l’heure dans rouennerie: voir page 75, note 1. Nous reparlerons encore de la décomposition de la nasale à propos des liaisons.

[345] Ennui a longtemps oscillé entre an-nui et a-nui: de même en-noblir se confondait avec a-noblir. Les mots savants _e_m-m_énagogue_ ou _e_n-n_éagone_ n’appartiennent pas à cette catégorie et n’ont pas le son nasal.

[346] Ils peuvent subir aussi l’analogie de mots comme enhardir, où l’h, étant aspiré, fait fonction de consonne, ce qui n’est pas le cas d’enharmonique, malgré Michaëlis et Passy. Je laisse de côté des mots plus rares encore, comme enarbrer ou enarrher, qui gardent aussi le son nasal.

[347] Ils sont probablement exposés à subir le sort de _do_ré_navant_, qui est pour d’ore en avant; toutefois en initial doit résister mieux.

[348] Quoique Mᵐᵉ Dupuis recommandât déjà énorgueillir!

[349] Ces mots eurent jadis deux syllabes, puis une diphtongue; mais la diphtongue elle-même s’est résolue depuis longtemps, et dès le XVIᵉ siècle on écrivait sans difficulté fan, et parfois pan, qui manifestement auraient dû s’imposer. Que l’o se soit conservé dans les noms propres, comme La(o)n, Cra(o)n, Ra(o)n-l’Étape, Tha(o)n, etc., qui se prononcent aussi par an, cela même n’était déjà pas indispensable; mais dans des noms communs, cela est parfaitement absurde: on écrit bien flan, qui est aussi pour flaon. Écrit-on paeur, veu, ou cheoir? Il est vrai qu’on écrit asseoir, et c’est inepte. On écrit aussi Jean et Jeanne, mais ce sont encore des noms propres; et d’ailleurs eux aussi pourraient bien se passer de leur e, aussi bien que à jeun.

C’est encore par an que se prononcent deux mots français que nous retrouverons, C(a)en et Saint-S(a)ëns, avec Jord(a)ens; mais on sépare Lyca-on, Pha-on, Phara-on, etc., mots anciens et savants. Saint-L(a)on se prononce par on.

[350] De même La(on)nais, Cra(on)nais ou Ca(en)nais, et aussi Cra(on)ne, le tout avec un a simple.

[351] La finale est presque toujours nasale aussi dans les noms propres en -an, étrangers aussi bien que français: _Aldébar_an, _Burid_an, _Ceyl_an, _Cor_an, _Érid_an, _Ériv_an, _Haïn_an, _Lém_an, _Magell_an, _Michig_an, _Ir_an, _Kaz_an, _Lockm_an, _M_an, _Nich_an, _Osm_an, _Othm_an, _S_an-(pour Saint), _Turkest_an, _Tuyen-Qu_an, _Wot_an (sauf dans Wagner), _Yucat_an, _Yunn_an, _Zurbar_an, et la particule flamande Van, du moins devant une consonne: _V_an Dick. Nous ne nasalisons pourtant ni _Ahrima_n, ni _Flaxma_n, _Wisema_n ou _Wouverma_n, ni bien entendu les noms en -mann.

[352] On nasalise la finale =-and= ou =-ant= dans _Coven_an_t_, _Rembr_an_dt_, et tous les noms géographiques en -land, qu’on y prononce le d ou non: voir au chapitre du D. De plus, et sans parler des noms anciens, comme _S_am_son_, _P_am_phylie_ ou _Z_an_te_, ni des noms à forme française, comme _Moz_am_bique_, _P_am_pelune_ ou _Z_an_zibar_, on nasalise aussi an intérieur dans An_dersen_, An_gelico_, _B_am_berg_ (malgré le g qui sonne), _C_am_bridge_, _C_am_panella_, _C_am_po-Formio_, _C_am_po-S_an_to_, _C_am_pra_, _Ch_an_dos_ (malgré l’s qui se prononce), _Cr_an_mer_, _Exelm_an_s_, _Gér_an_do_, _K_an_dahar_, _K_an_sas_, Kant, _M_an_cini_, _M_an_tegna_, _M_an_zoni_, _Oub_an_ghi_, _R_an_cke_, _S_an_dwich_, _S_an-Francisco, _S_an_grado_, _S_an_ta-_ (pour Sainte-), _S_an_tander_, _S_an_tiago_, _S_an_zio_, _Serv_an_doni_, _South_am_pton_ (malgré la finale sonore), _St_am_boul_, _St_am_boulof_, _St_an_dard_, _Tag_an_rog_, _T_an_ganyika_, _Trav_an_core_, _V_am_béry_, _V_an_couver_, _Z_am_pa_, _Z_am_pieri_, etc. On ne nasalise pas _Eva_n_s_, Kilima-n’djaro, _Ma_n_teuffel_, _Sta_n_ley_, fort peu _Uhla_n_d_ ou _Wiela_n_d_, et les noms moins connus, ni am suivi d’une consonne autre que b ou p. Toutefois, dans _Sal_am_mbô_, on nasalise am, comme dans _S_am_son_, tout en prononçant le second m.

[353] _Bi_en_faisant_, _bi_en_séant_, _bi_en_tôt_, _bi_en_venu_, etc. (bi-ennal n’en est pas), _chi_en_dent_ et _vauri_en. Notons en passant que dans la conversation très familière, eh bien se réduit souvent à eh ben, et même à ben tout court, toujours avec le son in.

[354] De même tous les noms propres anciens, Aché-en_s_, Phocé-en_s_, etc., _Claudi_en, _Juli_en, _Justini_en, _Valéri_en, _Luci_en, _Vespasi_en, etc., avec _Édu_en_s_; et aussi les noms modernes, _Gi_en, _Talli_en, le _Titi_en, avec Engh(i)en, quoique ce mot perde son i (anghin).

[355] Dont le son se reconnaît et se conserve dans _chi_en_lit_, malgré la diphtongue: ce mot est en effet sans rapport avec _chi_en_dent_, composé de _chi_en. A la préposition en il faut ajouter trois ou quatre noms de villes: _Ca_en (et _Deca_en), _Ecou_en, _Rou_en, et _Saint-Ou_en, que les Parisiens prononcent volontiers saintou_in_, on ne sait pourquoi.

[356] En 1878, l’Académie prétendait encore que la prononciation examène n’avait pas tout à fait disparu: elle ne peut être que méridionale.

[357] On trouve aussi éden rimant avec jardin, rime particulièrement fréquente dans Delille; mais dans les Juifves, Robert Garnier faisait rimer éden avec Adam. Émile Goudeau, dans sa fameuse Revanche des Bêtes, a fait rimer abdomen avec carmin: je n’en connais pas d’autre exemple. Quant à spécimen prononcé par in, qui est admis par Michaëlis et Passy, je ne crois pas qu’on le rencontre bien souvent. Le son nasal in s’est maintenu dans quelques noms propres, _Ag_en, _Rub_en, _Sirv_en, et aussi _Bo_ën (boin) et _Cah_en, et surtout dans les noms bretons: _Chatelaudr_en, _Dupuytr_en, _Elv_en, _Guich_en, _Kerguél_en, _Lesnev_en, _Pleyb_en, _Pont-Av_en, _Rospord_en, _Suffr_en, etc. Il est vrai qu’on prononce fréquemment sufrène ou kerguélène, mais c’est une erreur, et les marins, qu’on doit apparemment suivre sur ce point, ignorent complètement cette prononciation.

[358] On notera par suite la différence de prononciation entre _comédi_en (yin) et _ingrédi_en_t_ (yan), _draconi_en (yin) et _inconvéni_en_t_ (yan), _histori_en (yin) et _Ori_en_t_ (yan), etc. C’est aussi an qu’on entend dans _Hers_en_t_, _Sarg_en_t_ ou _Bénév_en_t_.

[359] Il va sans dire qu’il n’est pas question non plus des finales des troisièmes personnes du pluriel, qui, après s’être longtemps prononcées ont ou ant, ont fini par devenir aussi muettes que l’e simple: aim(ent) ou aim(e), aimai(ent), aimèr(ent). Enfin quelques mots étrangers ne se nasalisent pas, et articulent le t, comme _psch_e_nt_, _privat-doc_e_nt_, _great-ev_e_nt_, _K_e_nt_, _Taschk_e_nt_; zend se nasalise en in, et on articule la consonne, comme dans le latin _bis repetita plac_en_t_.

[360] Je parle de -ens après consonne, bien entendu: nous savons déjà que tiens et viens et leurs dérivés, et les pluriels en -éens et en -iens, avec Amiens ou Damiens, ont toujours le son in.

[361] C’est aussi le son latin (ince) qu’on entend dans presque tous les noms propres, qui sont pour la plupart méridionaux ou étrangers: _Camo_ën_s_, _Dick_en_s_, _Flour_en_s_, _Huygh_en_s_, _Mart_en_s_, _Perr_en_s_, _Poug_en_s_, _Puylaur_en_s_, _Rabast_en_s_, _Rub_en_s_, _Saint-Gaud_en_s_, _Thor_en_s_, _Val_en_s_, etc. (avec _Morc_en_x_ ou _Navarr_en_x_). Ajoutons que des noms comme _Dick_en_s_ et _Huygh_en_s_ peuvent aussi ne pas se nasaliser, de même que _Stev_en_s_. Toutefois quelques noms propres français ont réussi à garder le son an tout en faisant sonner l’s: _Arg_en_s_, _Dulaur_en_s_, _J.-P. Laur_en_s_, _L_en_s_, _S_en_s_, et aussi Jord(a)ën_s_ (dance), avec Saint-S(a)ën_s_. _Cobl_en_tz_ se prononçait naguère encore Coblance; aujourd’hui on ne nasalise plus guère ce mot. On voit qu’après en l’s se prononce toujours ou à peu près dans les noms propres. Il y en a pourtant quelques-uns où on a tort de le prononcer; et dans ceux-là, à part Samoëns, qui se prononce Samoin, c’est le son an qui se maintient, comme dans les mots proprement français, _g_en(s) ou _dép_en(s). Ce sont d’une part _Fur_en(s), _Confol_en(s) et _Doull_en(s), d’où Confolennais et Doullennais prononcés par a, avec Saint-S(a)en(s), localité de la Seine-Inférieure; d’autre part une héroïne et une localité vaudoises, _Clar_en(s) et _M_ᵐᵉ _de War_en(s). Malheureusement notre habitude de prononcer les noms propres par ince, comme les mots latins, fait altérer constamment la prononciation de ces noms, qui est pourtant conforme aux plus pures traditions françaises. Peu de gens en France la respectent ou même la connaissent; et si elle se maintient en Suisse, on prétend qu’à Confolens même la prononciation confolince commence à se répandre: ce serait donc la prononciation méridionale qui monterait vers le nord; mais est-ce bien sûr?

[362] Et aussi dans _Timour-L_en_g_ (d’où Tamerlan) et _Aur_en_g-Zeyb_, noms anciens; mais le moderne _Flam_en_g_ se prononce par ingue, comme on prononce inque dans _Méz_en_c_, _Teisser_en_c de Bort_ ou _Dehod_en_c_, noms méridionaux.

[363] Ceci entraîne naturellement la prononciation de tous les noms propres qui ont ces finales, même les noms étrangers: _Clar_en_ce_, _May_en_ce_ et _Val_en_ce_ (d’Espagne), aussi bien que _Prud_en_ce_, _Fulg_en_ce_, _Tér_en_ce_, _Jouv_en_ce_, _Val_en_ce_ (de France), _V_en_ce_ et _Prov_en_ce_ (_Lawr_en_ce_ fait exception et se prononce Lôrèns’); de même _W_en_des_ et _Ost_en_de_, comme _M_en_de_, _T_en_de_ ou _Port-V_en_dres_; _Tar_en_te_, _Sorr_en_te_ et _Tr_en_te_, comme _Sal_en_te_; _Nouvelle-Z_em_ble_, comme _Gart_em_pe_ et même _Gardonn_en_que_.

[364] Même dans les noms propres anciens: on prononce Em_pédocle_, En_celade_, En_dor_, En_dymion_, comme Em_brun_ ou En_tragues_; toutefois on prononce Em_porium_ par in, parce que sa forme est purement latine.

[365] Ce qui a entraîné _c_en_tumvir_, que quelques-uns prononcent par in. Dans _quattroc_en_to_, on ne doit pas nasaliser en, le mot restant italien; mais _quattroc_en_tiste_, qui est francisé, se nasalise par in.

[366] De même dans les noms propres: _Arg_en_son_, _Arg_en_tan_, _Arg_en_teuil_, _Arm_en_tières_, _Beaug_en_cy_, _Bér_en_ger_, _Bes_en_val_ (il paraît qu’on devrait prononcer bézval), _Car_en_tan_, _Carp_en_tras_, _Cav_en_tou_, _Char_en_ton_, _Clem_en_ceau_, _Cot_en_tin_, _Daub_en_ton_, _From_en_tin_, _G_en_lis_, _G_en_sonné_, _H_en_daye_ (autrefois écrit An_daye_), _L_en_glet-Dufresnoy_, _M_en_ton_, _Montmor_en_cy_, _Montp_en_sier_, _Porr_en_truy_, _Saint-Qu_en_tin_, _S_en_lis_, _Tar_en_taise_, _T_en_cin_, _Lally-Toll_en_dal_, _Val_en_çay_, _Val_en_ciennes_, _Val_en_tinois_, _V_en_dée_, _V_en_dôme_, _V_en_toux_, _Ys_en_grin_, etc., etc.

[367] Avec les expressions latines _castigat rid_en_do mores_, _festina le_n_te_, _habemus confit_en_tem reum_, _intellig_en_ti pauca_, _nunc est bib_en_dum_, _o t_em_pora_, _panem et circ_en_ses_.

[368] Et aussi _P_en_tateuque_ ou _P_en_thésilée_; mais _P_en_tecôte_, qui est ancien et populaire, a gardé le son an; _P_en_thée_ aussi, généralement. Pour _P_en_télique_, il y a doute.

[369] On l’a fait pourtant dès l’origine, et l’abbé Barthélemy écrivait même _v_in_démiaire_, au témoignage de Domergue.

[370] _M_en_tor_ n’est répandu que depuis le Télémaque de Fénelon, et l’on prononça d’abord _M_é_n-tor_, qui naturellement s’est nasalisé en in.

[371] Il y a aussi quelques noms propres français qui ont le son in, sans qu’on sache pourquoi, comme _B_en_serade_ (attesté dès 1711), _Buz_en_val_ (à côté de _Bes_en_val_ par an), _Mag_en_die_, _P_en_thièvre_ (que quelques-uns prononcent par an, mais qui est attesté depuis 1761). Ces noms sont rares, sauf dans le Midi. On prononce encore par in Em_porium_, quoique em soit initial, et surtout _B_en_jamin_ et _M_em_phis_, _L_en_tulus_, _S_em_pronius_ et _S_em_pronia_, et _Ter_en_tia_. _Hort_en_sius_ semblerait devoir aussi se prononcer par in: il a probablement subi l’analogie de _Hort_en_se_ et _hort_en_sia_, qui en dérive; _Av_en_tin_ a dû subir celle du français _av_en_t_, d’autant plus que intin était désagréable; enfin _T_em_pé_, sur lequel on hésite, suit aisément celle de _t_em_ps_. Nous avons vu que la finale -en se prononçait in dans les noms propres bretons; à fortiori -en- intérieur: _P_en_march_ se prononce peut-être pèn(e)mark en breton, mais en français de Bretagne on nasalise, et on prononce _p_in-mar, comme dans _Lesnev_en ou _Suffr_en.

[372] _Cresc_en_do_ se francise certainement en cressindo, et on en a même fait un substantif. Pourtant les musiciens le prononcent volontiers à l’italienne, créchèndo; et on doit le prononcer ainsi dans la grande tirade de la calomnie du Barbier de Séville, où ce mot vient après _r_in_forz_an_do_, qui ne tolérerait pas les nasales. Crechin-do seul est à éviter.

[373] Il en est de même pour les noms propres que pour les autres. Très peu de noms étrangers nasalisent en par an: En_gadine_, où en est initial, _Carp_en_tarie_, quelquefois _Gr_en_ville_ (mais à tort), _G_en_gis-Khan_ et _G_en_séric_, qui sont fort anciens, _Hott_en_tots_ et _Maz_en_déran_, qui s’écrit aussi _Maz_an_déran_, _Lux_em_bourg_, _R_em_brandt_. Presque tous les noms qui nasalisent en le font naturellement en in: _Ab_en_cérages_, _Alt_en_bourg_, _A K_em_pis_, _App_en_zel_, _B_en_der_, _B_en_da_, _B_en_fey_, _B_en_gale_, _B_en_guela_, _B_en_tivoglio_, _B_en_tley_, _B_en_venuto Cellini_, _Br_en_ta_, _Br_en_tano_, _Cav_en_dish_, _C_en_ci_, _Clem_en_ti_, _Cos_en_za_, _Dar_em_berg_, _Emm_en_thal_, _Fa_ën_za_, _Fl_en_sbourg_, _Fol_en_go_, _Form_en_tera_, _Furst_em_berg_, _Gass_en_di_, _Girg_en_ti_, _Gro_ën_land_, _Gutt_em_berg_, _Lor_en_zaccio_, _Low_en_dal_, _Mack_en_zie_, _Mag_en_ta_, _Mar_en_go_, _Meckl_em_bourg_, _M_en_cius_, _M_en_delssohn_, _M_en_doza_, _M_en_tana_, _Nur_em_berg_, _Od_en_sée_, _Off_en_bach_, _Old_en_bourg_, _P_en_djab_, _P_en_sylvanie_, _Sacram_en_to_, _Sem_en_dria_, _Smol_en_sk_, _Stru_en_sée_, _Tagliam_en_to_, _Tol_en_tino_, _Val_en_tia_ et _Val_en_cia_, _W_en_ceslas_, _Wiss_em_bourg_, _Wurt_em_berg_, et aussi _M_en_dès_ et _St_en_dhal_. Plusieurs de ces noms peuvent aussi se prononcer sans se nasaliser comme Daremberg, Wissembourg. Doivent être prononcés sans nasale la plupart de ceux qui ne sont pas cités ici: d’abord ceux qui ont em suivi d’une consonne autre que b ou p, comme Emden, et même _B_e_mbo_, _L_e_mberg_ et _P_e_mbroke_, malgré le b qui suit; et d’autre part E_ncke_, E_ngelman_, _Hoh_e_nlohe_, _K_e_ntucky_, _M_e_ntchikoff_, _Ri_e_nzi_, _Rod_e_nbach_, _Steph_e_nson_, _Swed_e_nborg_, _Si_e_nkiewicz_, _Si_e_m-Reap_, _Ti_e_n-tsin_, _Tuy_e_n-Quan_, et tous les autres, moins connus, dans lesquels l’e est ordinairement presque muet, quand il n’est pas tonique ou initial, comme dans Wall(e)nstein, Liecht(e)nstein ou Tug(e)ndbund.

[374] Le groupe final in (avec ain et ein) étant toujours nasal dans les mots proprement français, il ne faut pas le décomposer dans _Ysengr_in, _Lohengr_in (sauf en musique), _Ca_ïn, _Ebro_ïn, _Méch_ain, _T_ain, _Et_ain, _S_ein ou _C_ain (ne pas confondre avec Caïn), pas plus que dans _H_in_cmar_, _M_aim_bourg_, _P_aim_bœuf_ ou _P_aim_pol_, ou dans _C_ym_balum mundi_. L’y ne change rien non plus à la nasale finale de _Jocel_yn et _Jam_yn, qu’on décompose quelquefois très mal à propos, surtout pour _Jam_yn, qui était certainement nasal au XVIᵉ siècle.

[375] Pour les noms propres, les finales de _Berl_in, _Dubl_in, _Eliac_in, _Fic_in, _Frankl_in, _Guerch_in, _Kreml_in, _Pék_in, _Pérug_in, _Tess_in, _Tonk_in, _Wiscons_in, _Witik_in(d), sont françaises depuis longtemps; on peut y ajouter Arg(u)in, _K_œ_chl_in, _Vielé-Griff_in, _Yers_in, _Zeppel_in, etc. A l’intérieur, outre _Ed_im_bourg_, _F_in_gal_, _F_in_lande_, _Irm_in_sul_, _M_in_turnes_, _S_im_plon_, _Thur_in_ge_ ou _Verc_in_gétorix_, qui sont anciens, outre _Rob_in_son_, _Gœtt_in_gue_, _Tub_in_gue_ et _Zw_in_gle_, on nasalise aussi _Ch_im_borazo_, _C_in_tra_, _Damoreau-C_in_ti_, _M_in_cio_ et _V_in_ci_, _Birm_in_gham_, _C_in_cinnati_, _L_in_coln_, _L_in_gard_, _L_yn_ch_ et _S_in_ger_. On nasalise également _Champl_ain et _Chamberl_ain (mais non _G_ai_nsborough_), ainsi que _M_ein, _H_ein_sius_, _Huss_ein-Dey, _S_ein_galt_ et _St_ein_kerque_. On hésite pour certains mots, comme _Stett_in et _Behr_in_g_. On ne nasalise pas la finale de _B_oe_ckl_i_n_, _Brookl_i_n_, _Darw_i_n_, _Elg_i_n_, _Em_i_n-pacha_, _Er_i_n_, _Erw_i_n_, _Rob_i_n-Hood_, _Kazb_i_n_, _Sakhal_i_n_ (écrit aussi Sakhaline), _Schwer_i_n_ (quoique _Meckl_em_bourg_ soit francisé), _Szeged_i_n_, _Tien-ts_i_n_, _Widd_i_n_, ni même _Lohengr_i_n_, du moins en musique, car ce nom, qui sans doute nous appartient par l’origine, étant frère de notre national _Ysengr_in, nous est revenu par Wagner, qui l’a fait allemand. Si on nasalise certains noms flamands en -inck, comme _Edel_i_nck_, _M_ae_terl_i_nck_, il ne paraît guère possible de nasaliser les noms en -ing ou -ings, _Essl_i_ng_, _Kipl_i_ng_, _Meml_i_ng_ ou _Hast_i_ngs_, ni _Semipalat_i_nsk_; pas davantage le groupe intérieur ou initial de _K_i_mberley_, _H_i_mly_, _T_i_mgad_ ou _W_i_mpffen_, de _Berlich_i_ngen_, _Bol_i_ngbroke_, _Bon_i_ngton_, _Buck_i_ngham_, _Elch_i_ngen_, _F_i_nmark_, _Gl_i_nka_, _Gr_i_ndelwald_, I_n-salah_, I_nterlaken_, I_nverness_, _Liv_i_ngstone_, _Mac-K_i_nley_, _Mack_i_ntosh_, _Mein_i_ngen_, _Minnes_i_nger_, _P_i_nturicchio_, _Str_i_ndberg_, _Sw_i_nburne_, _rio T_i_nto_, _T_y_ndall_, _V_i_nhlong_, _Wadd_i_ngton_, _Wash_i_ngton_, _Well_i_ngton_, _Westm_i_nster_, _W_i_ndsor_, _Z_i_nder_, etc., etc. Le groupe ein qui termine beaucoup de noms propres allemands, et qui se prononce aïn, en une syllabe, ne saurait se franciser en in, sauf dans Mein; mais il se francise parfois à moitié en èn: toujours la demi-francisation. Ainsi prenons Rubinstein (roubin’staïn): on nasalise in sans difficulté pour le franciser, parce qu’il est à l’intérieur du mot; mais quand il s’agit de la finale, tout le monde sait que les finales nasales sont propres au français: on tient donc à respecter l’n, comme on le fait dans _Ibse_n ou _Beethove_n, ou dans _policema_n, et c’est ei tout seul qui se francise comme dans Leibniz; on a ainsi Rubinstèn. Il n’y a pas grand’chose à dire à cela: on n’est pas obligé de savoir l’allemand, et tout vaut mieux que d’affecter de savoir ce qu’on ne sait pas. On fera bien cependant de prononcer à l’allemande Holbein et aussi Gérolstein.

[376] Contemplations, XIII: le morceau date de 1855, et non de 1835. Cf. l’Ane, VI, et Toute la Lyre, IV, XXV.

[377] En revanche, c’est o-in qu’il faut prononcer dans les composés de co-, comme co-ïncidence, ou co-intéressé, où la diphtongue oin n’a rien à faire.

[378] Châtiments, IV, XIII, pour rimer avec Drouyn, dont la finale est nasale, comme celle de Gédoyn.

[379] Le cas n’est pas du tout le même que celui de meur-trier ou en-crier, qui ont dû nécessairement se décomposer.

[380] Sauf tout au plus dans _Drou_yn el _Duguay-Trou_in. Si Ébro-ïn a trois syllabes, c’est à cause du tréma.

[381] Nous avons déjà rapproché m’sieur de m’man: voir page 39.

[382] Voir page 133. A-on s’est maintenu dans Phara-on et Lyca-on, comme o-on dans Démopho-on ou Laoco-on.

[383] On ne nasalise pas non plus l’allemand _kr_o_nprinz_. =On= final est naturellement nasal dans les noms propres anciens, français depuis longtemps, _Aar_on, _Plat_on, _Sol_on, etc., etc., mais non dans quelques noms savants en -eion, ni dans _Poseid_ô_n_, ni dans _Organ_o_n_ ou _Satyric_o_n_. On final anglais, qui s’est nasalisé et francisé dans _singlet_on et _Robins_on, le héros de Daniel de Foë, se nasalise encore sans difficulté dans _Bac_on, _Byr_on, _Casaub_on, _Domini_on, _Et_on, _Fult_on, _Gibb_on, _Gord_on, _Mélancht_on, _Newt_on, et au besoin _Nels_on et _Milt_on; mais la plupart des noms propres en -son et -ton se prononcent sans nasale, avec un o faible: _Addis_o_n_, _Ben Johns_o_n_, _Edis_o_n_, _Emers_o_n_, _Huds_o_n_, _Mac-Phers_o_n_, _Roberts_o_n_, _Stephens_o_n_, _Tennys_o_n_, _Thoms_o_n_, et aussi _Bergs_o_n_; de même _Chattert_o_n_, _Fult_o_n_, _Hamilt_o_n_, _Palmerst_o_n_, _Prest_o_n_, _Southampt_o_n_, _Washingt_o_n_, _Wellingt_o_n_, etc. On nasalise _Apchér_on, _Bagrati_on, _Balat_on, _Fouta-Djall_on, _Khers_on, mais non Lang-_S_o_n_. Quant à on non final, il se nasalise généralement comme en français: _B_om_bay_, _C_on_cini_, _Cr_on_stadt_, _D_om_browski_, _G_on_gora_, _Kl_on_dyke_, _L_om_broso_, _Missol_on_ghi_, _M_on_ck_, _M_on_mouth_, On_tario_, _Sebastien del Pi_om_bo_, _P_om_bal_, _Sp_on_tini_, _T_om_bouctou_, _T_on_ga_, _T_on_gouses_, _Tor_on_to_, _Wisc_on_sin_, etc.; plus rarement dans _Sch_o_mberg_ ou _S_o_nderbund_, ou dans _Heaut_o_ntimoroumenos_; jamais dans om suivi d’une consonne autre que b ou p (malgré le français _D_om_front_ et _D_om_martin_).

[384] Avec _acup_un_cture_, _av_un_culaire_, _becab_un_ga_, _inf_un_dibuliforme_, _n_un_cupatif_, _op_un_tia_, _t_un_gstène_ ou un_guis_; mais il se prononce un dans hic et nunc. Um_ble_ (poisson) est devenu om_bre_. Quant aux noms propres, on prononce on dans _Ann_un_zio_, _Ar_un_s_ (que Voltaire écrit Arons), _Col_um_bus_, _D_un_ciade_, _D_un_dee_, _D_un_s Scot_, _D_un_stan_, _F_un_chal_, _H_um_boldt_, _North_um_berland_ et _C_um_berland_, et même _B_un_sen_; on hésite entre on et un pour _D_un_can_ ou _Maj_un_ga_, _L_un_d_ et _S_un_d_, et par suite _Strals_un_d_ et _Bomars_un_d_; mais on prononce un quand le groupe est final, dans _Ir_un, _Lesc_un, _Oss_un, et même _Fal_un, comme dans _Loud_un, _Mel_un ou _Châteaud_un (et _D_un_kerque_); on prononce encore un dans _Bels_un_ce_ ou _H_um_bert_, dans _C_un_ctator_, dans _Br_un_swick_, _G_un_ther_ et _M_un_ster_. Quand un ou um n’est pas nasal, u se prononce ou (voir page 125, note 1).

[385] Ce chapitre a paru à peu près textuellement dans la Revue de philologie française, 1912, 2ᵉ trimestre; on y a fait ici quelques additions.

[386] C’est une bizarrerie de la langue: pourquoi est-il tonique dans _dis-l_e, et muet dans _dis-j_e? Tonique à l’origine dans l’un et l’autre, il tendit à devenir muet dans les deux, comme partout ailleurs; mais le résista. Au XVIIᵉ siècle, la prononciation n’est pas encore fixée, et Molière a le droit d’écrire par exemple:

Mais, mon petit Monsieur, prenez-l(e) un peu moins haut,

où l’e est muet. Mais cette prosodie, encore fréquente dans Voltaire, était ridicule au XIXᵉ siècle chez V. Hugo, et chez beaucoup d’autres, qui se crurent autorisés par son exemple. V. Hugo est même allé jusqu’à l’extrême en élidant cet e devant un point dans Cromwell:

Chassons-l(e). Arrière, tous!

[387] L’e est cependant muet, ou du moins il sonne comme l’e muet, devant deux consonnes, dans le préfixe re- (_r_e_ssembler_, _r_e_ssortir_), dans _d_e_ssus_ et _d_e_ssous_ et quelques noms propres commençant par de- ou le-, la seconde consonne étant l ou r: _D_e_braux_, _D_e_bry_, _D_e_crès_, _D_e_prez_, etc., _L_e_blanc_, _L_e_brun_, _L_e_clerc_, _L_e_dru-Rollin_, _L_e_franc_, _L_e_grand_, _L_e_prince_, _L_e_tronne_, _L_e_vroux_, etc.; de même dans _l_e_vraut_, _l_e_vrette_ et _l_e_vron_. Nous reviendrons sur le préfixe re-.

[388] Il arrive même souvent que l’élision de l’e muet se fait par-dessus s ou nt pour éviter la liaison: tu aim(es) à rire, ils aim(ent) à rire; mais que la liaison se fasse on non, c’est tout un pour l’e muet, qui ne se prononce pas plus dans un cas que dans l’autre. Cette question n’est donc intéressante qu’au point de vue de la liaison; elle sera étudiée au dernier chapitre.

[389] De même _l_e Yalou, _l_e Yang-tsé-kiang, _l_e Yémen, _l_e Yucatan, _l_e Yunnan, etc., quoiqu’on dise souvent, à tort, l’Yémen. L’=i= initial lui-même, placé devant une voyelle, ne peut être que consonne dans les mots allemands, même si on l’écrit i ainsi dans I_éna_, aussi bien que dans J_ohannisberg_; et les matelots qui parlaient naguère de la catastrophe du I_éna_, parlaient, en réalité, plus correctement que leurs officiers ou les journalistes, qui disaient l’Iéna, en trois syllabes sans doute, comme V. Hugo. Néanmoins tout le monde dit le pont d’Iéna, mais cela tient à ce que, après un d, ié reste plus facilement diphtongue qu’après un l.

[390] MOLIÈRE, les Femmes savantes, acte I, scène 1. On dirait de même, le cas échéant, ce ouais, et aussi bien ce ah, ce oh: en général, il n’y a pas d’élision devant un mot qu’on cite, sauf tout au plus celle de la préposition de.

[391] Après d’autres mots que le, de, ce, que, l’élision se fait couramment, surtout en vers. Pourtant Molière n’a pas hésité à conserver l’hiatus apparent, même entre deux interlocuteurs:

Quoi! de ma fille?--Oui; Clitandre en est charmé. Moi, ma mère?--Oui, vous. Faites la sotte un peu. Femmes savantes, II, 3, et III, 6.

Il a fait la même chose devant ouais (ibid., V, 2).

[392] On respecte davantage la semi-voyelle des noms propres qui commencent par oua-, comme le Ouadaï, plus usité que l’Ouadaï.

[393] Nous reviendrons sur huit, au chapitre de l’H.

[394] Quoiqu’il entrevît les raisons de ce fait, Vaugelas exigeait l’onzième; mais si Corneille aussi disait l’onzième (Cinna, acte II, scène 1), peut-être était-ce simplement de peur de faire un hiatus, comme V. Hugo disait l’y-ole. Leconte de Lisle aussi, pour le même motif, n’osant pas d’ailleurs aller jusqu’à dire l’onzième siècle, dit, du moins, dans les Deux Glaives, IV:

Le siècl(e) onzième est mort...

Ponsard, dans Ulysse, II, 4, a judicieusement accepté l’hiatus:

Et le onzième jour, la tempête calmée Lui permit de partir, suivi de son armée.

[395] Mᵐᵉ DE NOAILLES, Éblouissements, La douceur du matin.

[396] CORNEILLE, Au roi, Sur sa campagne de 1676.

[397] Dans les cafés ou restaurants, on dit: servez à l’as, voyez à l’as, pour dire à la table 1. C’est très probablement parce que servez au un serait désagréable, l’un étant d’ailleurs évité instinctivement. Certains, comme les journalistes, disent la une, pour la première page.

[398] Légende des siècles, XXI, II.

[399] Voir M. GRAMMONT, Mémoires de la Société de linguistique, tome VIII, pages 53-57.

[400] Ou éch’vèlé, qu’enregistrent Michaëlis et Passy: mais où diable prononce-t-on ainsi?

[401] C’est ainsi que certains mots étrangers ne se sont francisés complètement que par la chute d’une consonne: _saue_r_kraut_ est devenu choucroute en perdant un r, _roa_t_sbeef_ et _beef_s_teack_ ont perdu un t ou un s. D’autres ont intercalé un e muet après la seconde consonne, comme _part_e_naire_, de l’anglais partner, ou _lansqu_e_net_, de l’allemand landsknecht. Voir sur ce point Léonce ROUDET, Remarques sur la phonétique des mots français d’emprunt, dans la Revue de philologie française de 1908.

[402] Domergue l’entendait encore, mais on ne l’entend plus aujourd’hui que dans le Midi, et aussi dans le chant, où on entend même beaucoup trop de chanteurs le prononcer comme eu fermé. Cette prononciation de l’e final est particulièrement grotesque au café-concert, où on appuie d’une façon invraisemblable:

Mariet’teu, Ma mignonet’teu, Tu m’as quitté, ça, c’est pas chouet’teu.

Il paraît que cela fait partie intégrante du genre!

[403] Il y a encore des gens à l’esprit prévenu qui ne veulent pas en convenir: des raisons littéraires ou purement subjectives leur font contester même des phénomènes constatés par des instruments enregistreurs. C’est à peu près comme s’ils disaient qu’il ne fait pas froid quand le thermomètre est à dix degrés au-dessous de zéro. Mais leurs dénégations obstinées n’empêchent pas les faits d’être les faits.

[404] Voir surtout pages 56 et 117.

[405] Pour l’e final des mots latins ou italiens, voir page 52. On se rappelle que l’e final anglais atone ne s’entend pas non plus.

[406] Le peuple conserve volontiers l’e final de cette au détriment du premier: c(et)te femme; mais cette prononciation, autorisée autrefois, est aujourd’hui expressément évitée par les gens qui veulent parler correctement.

[407] En ce cas, on ne peut prononcer en réalité qu’une seule consonne; mais on prolonge l’occlusion totale ou partielle de la bouche, qui paraît ainsi précédée d’une consonne et suivie d’une autre. Quelques personnes se croient obligées de prononcer l’e muet dans une rencontre comme celle de onze sous, afin de maintenir la distinction de la douce et de la forte; mais ons’ sous est plus fréquent et parfaitement naturel. J’ajoute que dans ce cas, comme dans tous les cas pareils, il est indispensable de prononcer la consonne double, sans quoi on confondrait, par exemple, une noix avec une oie.

[408] Sans quoi rien se décomposerait. Nous reviendrons plus loin sur ce phénomène. Mais on notera ici qu’on dit fort bien une petit’ lieue, sans que lieue soit décomposé, l’influence de l’l étant moins forte que celle de l’r.

[409] Pour que la liquide soit troisième dans un tel groupe, il faut qu’elle soit précédée d’une explosive ou d’une fricative, précédée elle-même d’une spirante, comme ici j: le tout peut alors être suivi de ou ou u consonnes.

[410] Et cela ne date pas d’aujourd’hui: au XVIᵉ siècle, plusieurs écrivains, notamment Du Bellay, écrivaient de préférence à l’imparfait tomboint: oient a prévalu, sans doute pour éviter la confusion avec la nasale de point, et plus tard celle de saint. Cette finale muette -ent nous a conservé toute une série de formes verbales dont l’orthographe est identique (sauf parfois l’accent) à celle de mots en -ent tonique: expédient, affluent et influent, coïncident, résident et président, négligent, émergent, détergent et abstergent, divergent et convergent, équivalent, excellent, violent, somnolent, pressent, content et couvent, et d’autre part convient (avec précèdent et excèdent, different et adhèrent, et dévient).

Il va sans dire que la liaison de l’s ou du t devant une voyelle produit le même résultat que quand l’e muet final est suivi d’un mot commençant par une consonne: _trist_e_s événements_, _pauvr_e_s hommes_, _ils ressembl_e_nt à leur père_, à moins qu’on ne dise familièrement pauv(re)s hommes ou i(ls) ressemb(len)t à leur père.

[411] Gré(e)ment a pourtant l’e plus fermé et plus long qu’agrément. Bien d’autres e sont tombés au moyen âge, sans laisser aucune trace: bé(e)gueule, di(e)manche, écu(e)ler, li(e)cou, li(e)mier, mi(e)nuit, rou(e)lette, etc.

[412] Rou(e)rie et flou(e)rie ont cependant ou plus long que sourie ou souris, et fé(e)rie a l’e plus fermé que série.

[413] En vers, l’e, qui ne compte pas dans pai(e)rai, compte dans _pay_e_rai_, comme dans _sommeill_e_rai_, précisément parce qu’il s’appuie sur une consonne. Molière comptait encore l’e muet de _gay_e_té_. Sur ce point, voir plus loin, page 193.

[414] C’est dans le Lévrier de Magnus. Ailleurs, dans les Paraboles de don Guy, il écrit flamboyement en quatre syllabes, ce qui est encore pis. C’est tout au plus si on peut admettre balayeront, qui est dans la Paix des dieux.

[415] Ou voye, ou même soye ou aye, pour soit ou ait.

[416] Et dans quelques noms propres: J(e)an, J(e)anne, J(e)annot, J(e)annin, etc., Dej(e)an, Maup(e)ou, Jean de M(e)ung, etc., et même Sainte-Men(eh)ou(ld), qu’on tend à remplacer par Sainte-Menehoul(d). É-u (eu) s’est maintenu très longtemps dans certaines provinces, témoin l’anecdote contée encore par Domergue: Un homme disait un jour à M. de Boufflers: «Vous avez é-u ma sœur dans votre société.--Pourquoi pas? répondit gaiement M. de Boufflers. Jupiter à é-u I-o dans la sienne.»

[417] De même M(e)aux, Carp(e)aux, etc. Mais la diphtongue ne s’est pas faite dans E-auze, quoiqu’il n’y ait point d’accent.

[418] Voir plus loin page 240. On essaya quelque temps du même procédé pour donner au c le son sifflant devant a, o, u: commenc(e)a; puis on adopta la cédille, sauf pour le seul et unique mot douc(e)âtre: pourquoi pas douçâtre aussi bien que commençâmes? Il est regrettable que les typographes n’aient pas adopté aussi un signe analogue pour le g: cela épargnerait quelques confusions.

[419] L’e est ici précédé de trois consonnes en apparence; mais an est une voyelle simple, et ch une consonne simple; plus loin, dans longuement et craquement, l’u n’est qu’un signe orthographique.

[420] On s’explique mal que le peuple prononce quelquefois _trouv_é_rai_. _Dang_é_reux_ n’est pas meilleur, ni _cuill_è_rée_; et _aqu_é_duc_, qui fut longtemps correct, ne se dit plus. Mais ass(e)ner a cédé la place à _ass_é_ner_, malgré les dictionnaires. Il faut également se garder de déformer, comme il arrive trop souvent, l’e muet de Saint-Val(e)ry, Saint-Sév(e)rin ou Sév(e)rine, Ag(e)nais, et surtout Mal(e)sherbes ou Fén(e)lon, que Delille, et aussi Domergue, écrivaient Fénélon, je ne sais pourquoi. _Péz_e_nas_ même ne se prononce _Péz_é_nas_ que dans le Midi; mais le second e n’a point d’accent. En revanche _app_é_tit_ en a un: il ne faut donc pas prononcer ap’tit.

[421] Ici encore, quand il y a suffisante affinité entre les consonnes, il est arrivé souvent que l’e muet est tombé dans l’orthographe, sans qu’on sache toujours pourquoi il est resté à côté, dans les mêmes conditions. Car il est tombé non seulement dans les mots comme esp(e)rit, chaud(e)ron ou rég(ue)lisse, où la muette et la liquide s’attiraient, mais aussi bien dans des mots comme soup(e)çon, der(re)nier, lar(re)cin, pendant que dur(e)té et sûr(e)té, longtemps écrits comme fierté, reprenaient leur e, par un caprice des grammairiens. Au surplus, l’orthographe de ces deux mots et de beaucoup d’autres a été longtemps flottante: on trouve encore carfour dans Corneille et dans Molière, épouster dans Molière et dans La Fontaine, laidron dans Voltaire, que dis-je? dans Béranger, avec bourlet.

[422] Et même, par l’effet de la liaison, ils se batt(en)t avec fureur. Ici encore, bien entendu, on prononce les deux consonnes, pour ne pas confondre là-dedans avec la dent, et ne pas créer de barbarisme comme honnêté. D’autre part, il faut éviter aussi avec grand soin de donner deux r à mairie ou à seigneurie, comme si c’était mair(e)rie ou seigneur(e)rie. Dans _Roch_e_chouart_, on se croit souvent obligé de prononcer l’e, comme dans onze sous, mais ce n’est pas absolument indispensable.

[423] Et _Rich_e_lieu_. Deux mots qui auraient dû être aussi en -elier, sont à tort en -ellier: _prun_ell_ier_ et _dent_ell_ière_. Dans ceux-là on ne se borne pas à prononcer l’e: on le ferme le plus souvent; mais on prononce aussi très bien _dent_e_lière_, et peut-être cela pourra-t-il amener l’Académie à changer l’orthographe défectueuse de ce mot. Le seul substantif qui fut jadis en -erier, cellerier (de cellier), a fait mieux encore; il a pris l’accent: cellérier.--Notons en passant que les dictionnaires mettent aussi un accent à _sorb_é_tière_; mais le mot était mal formé, et l’usage a refait _sorb_e_tière_, comme de gilet, gil(e)tière, de même qu’on dit souvent, non sans raison, gen(e)vrier, au lieu de g(e)névrier. De même les médecins prononcent cur’ter, cur’tage, et écrivent curetter, curettage: c’est la prononciation qui est bonne et l’orthographe qui ne vaut rien, car les deux t de curette n’ont pas plus de raisons de se conserver dans cur(e)ter que les deux l de chandelle dans _chand_e_lier_.

[424] Autrefois, tous ces mots avaient deux syllabes, ayant les mêmes finales monosyllabiques que poir-ier, atel-ier, aimer-ions, aimer-iez. Les nécessités de la prononciation ont amené la diérèse dès le XVIᵉ siècle ou avant; mais les poètes ne se sont conformés à l’usage qu’à partir de Corneille. Dans les deux premières pièces de Molière, on trouve encore voudr-ions, voudr-iez, et même ouvr-ier en deux syllabes, sans parler de sanglier, dont le cas est spécial. Sur cette question, voir mon article, les Innovations prosodiques chez Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire de la France, 1913.

[425] Ce phénomène est si marqué que, dans ouvri-er, le peuple refait parfois la diphtongue primitive par l’addition d’un e muet: ouve-rier; de même voude-riez.

[426] Pour que la diérèse s’impose, il faut que la seconde consonne seule soit une liquide; le groupe rl s’accommode donc de la diphtongue.

[427] C’est uniquement à cause de la discordance de tn ou dn, car on prononce facilement diz’nier, et derrenier est devenu sans peine dernier. On prononce également l’e muet, par nécessité, dans nous _p_e_sions_, ou nous _f_ai_sions_. Dans relier ou renier, on ne devrait pas avoir à craindre de séparer i-er, puisqu’en effet ce sont étymologiquement des syllabes distinctes; mais comme l’usage n’en fait qu’une, aussi bien que dans les substantifs, on dit plus fréquemment _à r_e_lier_ ou _à r_e_nier_ que à r’lier ou à r’nier.

[428] Toutefois une rencontre telle que _il rest’ d_e_bout_ est un peu dure, et il arrive qu’on dit _il rest_e d’bout, par exception à la règle générale; mais on prononce aussi bien les deux e: _il rest_e _d_e_bout_; de même _le maîtr_e _v_e_nait_ ou v’nait de partir. Je dois ajouter que le peuple paraît dire volontiers _ell_e v’nait ou _ell_e r’vient; mais en réalité les deux e tombent ici par parti pris; seulement les nécessités de la prononciation font renaître un e factice devant la consonne initiale: ell’ e_r’vient_, comme dans l’infinitif e_r’venir_. Nous allons retrouver ce phénomène avec les monosyllabes.--Ajoutons que l’e de _s_e_rein_ se maintient généralement, par opposition à celui de _s_e_rin_.

[429] Ici encore le peuple évite l’inconvénient en supprimant la liquide avec l’e muet (voir page 182); mais ici la liquide est après l’e: c(el)ui-là. Cette prononciation, qui est triviale, est à rapprocher de celle de d’jà pour déjà.

[430] Inversement _pr_e_mier_ avait autrefois un accent, et cette prononciation n’a pas complètement disparu, quoique l’Académie ait ôté l’accent depuis 1740.

[431] Quoique l’Académie ne l’ait pas encore enregistré pour ces mots. Au contraire, on commence à dire _t_e_nacité_, par analogie avec _t_e_nace_; mais _t_é_nacité_, qui vient du latin, est encore seul considéré comme correct. On écrit et on prononce _ch_é_neau_, au sens de gouttière; mais _ch_e_neau_, qui se rattache à canal, se dit encore dans certaines provinces; et en tout cas _ch_ê_neau_ vaudrait mieux que _ch_é_neau_, car _ch_é_neau_ remplace en réalité _ch_es_neau_, qui se rattache peut-être à chêne (chesne).

[432] Le Dictionnaire général dit déjà: _R_e_table_, et mieux _r_é_table_. Cet et mieux est discutable.

[433] Celui-là a des raisons particulières que nous allons voir dans un instant.

[434] De même que _r_é_fugier_ ne change rien à _r_e_fuge_, ni _irr_é_ligion_ à _r_e_ligion_, l’é fermé étant réservé au mot savant. Je rappelle en outre la différence de sens que l’accent établit entre _r_é_partir_, _r_é_créer_ ou _r_é_former_, et les verbes à préfixe populaire, _r_e_partir_, _r_e_créer_, _r_e_former_, etc.

[435] Malgré Michaëlis et Passy. On altère aussi assez souvent l’e muet de _R_e_né_, _R_e_thel_, _S_e_dan_, _S_e_daine_, _S_e_grais_, _S_e_gré_, _S_e_nef_, _V_e_lay_, _V_e_vey_, et surtout _R_e_gnard_. On est fort partagé entre _R_e_mi_ et _R_é_mi_: ce qui est sûr, c’est que _saint R_e_mi_ et _Domr_e_my_ ont l’e muet, quoiqu’on prononce plus souvent et qu’on écrive même _Domr_é_my_. Mᵐᵉ Dupuis fermait aussi l’e de _Mont-C_e_nis_, sans doute comme italien.

[436] On prononce aussi un e muet, avec une seule consonne, ou plutôt l’e muet tombe aussi dans un certain nombre de noms propres qui ont conservé une consonne double, car autrefois la consonne double n’empêchait pas l’e de rester muet. Ainsi Cha(s)t(el)lain et Cha(s)t(el)lux, Ev(el)lin, Mor(el)let--témoin le calembour de Voltaire, mords-les--, et La M(en)nais, dont on a fait l’adjectif menaisien, qui n’a qu’un n. C’est aussi un e muet, mais un e muet prononcé, qu’on a dans _Claude G_e(l)lée, dit le Lorrain, ou le parfumeur Ge(l)lé, ou dans _Montp_e(l)lier, qu’on a souvent écrit jadis avec un seul l: cf. _chap_e_lier_, page 166.

[437] Cf. vil(e)brequin, dont le premier e ne s’explique d’ailleurs pas du tout.

[438] Pourquoi ces quatre mots n’ont-ils pas pris deux t, aussi bien que les autres? C’eût été plus simple. Tous les substantifs en -erie, dérivés des mots en -elier, ont fini par prendre deux l: _chap_e_ll’rie_, _tonn_e_ll’rie_, _bat_e_ll’rie_, etc.

[439] On voit que l’r est encore troisième. Cette prononciation est accueillie par le Dictionnaire général; mais je ne crois pas, malgré son autorité, qu’on puisse aussi prononcer _pan_è_t’rie_, _pell_è_t’rie_, on _grén_è_t’rie_; il donne même exclusivement _louv_è_t’rie_: ce sont des prononciations purement théoriques, et qu’on n’entend nulle part.

[440] Nous en reparlerons dans un instant.

[441] Pourquoi _pap_è_t’rie_ et pas _louv_è_t’rie_? C’est un fait, voilà tout. D’ailleurs on entend aussi, surtout dans le peuple, non pas peut-être caqu’t’rie, mais en tout cas briqu’t’rie et bonn’t’rie, parfois même pap’t’rie.

[442] On dit aussi _G_e_n’vois_, bien plus souvent que _G’n_e_vois_, mais ici, le plus généralement, on ne ferme pas l’e; jamais dans _G_e_n’viève_. On sait que dans la conjugaison, comme dans les substantifs en -ment, il y a mieux: on met un accent grave sur le premier e, quand on ne double pas la consonne: _j’ach_è_t’rai_, formé sur _j’ach_è_te_ (et non j’ach’t’rai, qu’on entend trop souvent), et par suite _éch’v_è_l’ra_, formé sur _éch’v_è_le_, comme _ach_è_vement_ sur _ach_è_ve_. C’est ce qu’on aurait dû faire pour _pap_e_t’rie_, et les autres.--Nous rappelons ici que le français n’admet pas deux e muets de suite à la fin d’un mot: tant qu’on écrira _fur_e_ter_, _décoll_e_ter_ ou _épouss_e_ter_, avec un e muet, les personnes instruites se croiront obligées de dire _je fur_è_te_, _j’épouss_e_tte_ ou _je décoll_è_te_, et non je fur’te, j’épous’te, ou je décol’te. Il est vrai que les futurs ou conditionnels _épouss’t_e_rai_(s) ou _décoll’t_e_rai_(s) sont généralement admis, ainsi que d’autres pareils, comme _étiqu’t_e_rai_: cela tient à ce que leurs e muets sont intérieurs, et que le second peut se prononcer, ce qui n’a pas lieu dans _décoll_è_te_. Cela n’empêche pas d’ailleurs qu’on ne prononce le plus souvent décolte d’après l’analogie de récolte, décoll(e)ter étant pareil à récolter. Le mieux serait que l’Académie acceptât épouster, décolter et furter, et aussi filter, car qui peut dire qu’_on fil_è_te une vis_, quand tous les gens du métier disent qu’on la fil’te?

[443] Receler est devenu recéler, mais receleur est demeuré; receper est devenu aussi recéper.

[444] Le peuple s’obstine parfois dans ce cas à laisser tomber l’e du monosyllabe, mais alors il le remplace involontairement, et de toute nécessité, par un autre, et aboutit à car ej’ dis ou à bec ed gaz, et même, en tête de phrase, ej’ dis pas: il ne faut pas perdre de vue que c’est uniquement le parti pris, d’ailleurs inconscient, de ne pas prononcer l’e muet qui aboutit à ce résultat, de même que dans une er’mise, où ce n’est pas du tout l’e de une qui se prononce, comme on pourrait croire: voir plus haut, page 168, note 1.

[445] On peut choisir, dans la conversation, entre pas de dieu et pas d’dieu, pas de lien et pas d’lien: voir ci-dessus page 160 et note 1. On peut même dire pas d’scrupules, à cause de l’s médian (voir ci-dessus, page 157).

[446] Cela est si vrai qu’on dira entend’ le discours, et _pac’ qu_e tu es venu, plutôt que de dire entendre l’discours et parce qu’ tu es venu; mais d’ailleurs il est possible de prononcer parc’ que, aussi bien que lorsque, et c’est ce qu’on fait d’ordinaire. Nous allons retrouver le groupe ce que.

[447] Pourvu que le même son ne soit pas répété: je jette, ce signe. On notera qu’avec je et ce initiaux, on va familièrement par l’élision jusqu’à trois et quatre consonnes initiales, dans j’ crève de faim, j’ crois bien, c’ train là; mais il est impossible de dire c’ rien, c’ ruisseau, ni c’ roi, le groupe sr n’admettant pas après lui d’autre consonne, ni même de semi-voyelle: la liquide doit être ici finale et non médiane (voir plus haut, page 160 et note 1).

[448] Mais naturellement on est bien obligé de dire _les pas d’ c_e_lui qui vient_, sans quoi il y aurait quatre consonnes, qui ne s’accommodent pas. On prononcera aussi nécessairement les deux e dans _pour l’amour d_e _c_e_lui_, l’e de de étant maintenu par rd, et la sifflante qui suit étant initiale du groupe et non médiane.

[449] On dit naturellement: il croit qu’ tu viens, parce qu’il n’y a qu’un seul e muet.

[450] A fortiori, ça n’ me fait rien (chute du premier e), et non ça ne m’ fait rien.

[451] On évitera cependant d’aller, surtout en tête de phrase, jusqu’à j’ ne d’mande rien; on préférera _j_e _n’ d_e_mande rien_: de- initial est sans doute moins faible que re-.

[452] Ou je n’ te l’remets pas, moins bien, parce que, si le est subordonné à te, la muette initiale de remets est subordonnée à le.

[453] On n’a pas oublié le président de la République que le peuple appelait généralement _Félix_e Faure, à moins que ce ne fût Felisque.

[454] Nous reviendrons sur ce point au chapitre de l’S. C’est pour le même motif que le p est tombé dans (p)tisane ou (P)falsbourg, et aussi, au XVIᵉ et au XVIIᵉ siècle, dans psaume.

[455] ROTROU, Laure persécutée, acte I, scène 10.

[456] De même, à fortiori, Plutôt que _d’ l_e_ver tes voiles_, et non plutôt qu’ de lever (V. HUGO, Contemplations, IV, III).

[457]Les Burgraves, acte I, scène 3.

[458] Par exemple, avec cet hémistiche de V. Hugo ou d’Edmond Rostand: Qu’est-ce que c’est que ça, où le second que ne peut pas rester tout à fait muet, même entre deux toniques.

[459] De même Bo-ie_ldieu_. Mais il ne faut pas confondre ces cas, qui d’ailleurs ne sont pas fréquents, avec celui des voyelles suivies d’un e muet final, qui ne s’entend plus, mais qui a toujours été distinct: hai-e, haï-e, joi-e, obéi-e.

[460] Pourtant Edmond Rostand consent à la diphtongue dans ruine, et cela régulièrement, chose extraordinaire. Il est à souhaiter qu’on l’imite.

[461] Ceux-là se distinguent aussi par la prononciation du t, et la liste est assez longue: dations, relations, délations, translations, rations, complétions, éditions, reéditions, notions, exécutions, persécutions, mentions, exemptions, attentions, intentions, contentions, inventions, réfractions, rétractions, contractions, affections, désaffections, infections, désinfections, injections, objections, inspections, dictions, acceptions, exceptions, options, adoptions, désertions, portions.

[462] Auxquels il faut joindre _gr_i-ef, _br_i-èveté et _quatr_i-ème. On est stupéfait de voir Michaëlis et Passy indiquer deux prononciations différentes, avec ou sans diphtongue, pour meurtrier, encrier, tablier, et tous les substantifs de ce groupe, sauf ouvrier!

[463] Nous avons conseillé d’éviter cette prononciation. De même, et plus encore, dans les mots où les poètes maintiennent, par tradition, une diérèse que l’usage ne connaît plus, il faut éviter le yod: passion ne doit se prononcer en vers ni pass-yon, comme en prose, ni passi-yon, qui serait ridicule, mais simplement _pass_i-on, qui est entre les deux. D’ailleurs, certains mots savants du type meurtrier, comme _pr_i-orité, _à pr_i-ori, ne développent pas non plus de yod entre l’i et la voyelle.

[464] Voir plus haut, page 119.

[465] D’autres disent moi-lien!

[466] Dans certains endroits, on dit encore pè-san; mais quand on trouve paysan en deux syllabes chez nos vieux poètes (il y en a encore un exemple dans l’École des Femmes), c’est qu’ils prononçaient pay’san, avec diphtongue initiale: ils écrivaient même parfois païsan. Fays-Billot se prononce comme pays. Je ne sais pourquoi Baïse se prononce comme payse; cette prononciation est d’ailleurs peu répandue en France.

[467] Il y en avait bien davantage autrefois; mais leur =y= grec a été changé en ï, précisément pour ce motif: ainsi _p_a-ïen, _b_a-ïonnette, a-ïeul, _gl_a-ïeul, qu’on eût pu sans cela prononcer par è; ou bien ils ont été ramenés à la règle, comme _al_o-yau, _h_o-yau, _m_o-yen, prononcés autrefois par o, aujourd’hui par oi.

[468] Au contraire, aigayer devrait se prononcer par a, venant d’aiguail, et même s’écrire aiguailler: mais il semble qu’on le prononce plutôt par è.

[469] Sans parler des mots étrangers, comme a-yuntamiento. Il en est de même dans la plupart des noms propres, même français: _Bisc_a-ye, _Bl_a-ye, _F_a-ye, _Hend_a-ye et _Ub_a-ye, comme _K_a-yes ou _Luc_a-yes; A-yen, _B_a-yard, _B_a-yeux, _B_a-yonne, _C_a-yenne, _C_a-yeux, _Le F_a-yet, _La F_a-yette, _L_a-ya, _M_a-yence, _M_a-yenne, _M_a-yeux, _P_a-yerne, _R_a-yet, _Le V_a-yer, aussi bien que _F_a-youm, _Gu_a-yaquil, _Himal_a-ya, _M_a-yer, _M_a-yotte ou _Ram_a-yana. Il est vrai aussi que _Cl_ay_e_, _La H_ay_e_, _Saint-Germain-en-L_ay_e_, _Laboul_ay_e_, _La Fresn_ay_e_, _Houss_ay_e_, _Puis_ay_e_, se prononcent par è: cela tient à ce que ces mots ont gardé la prononciation des primitifs, _cl_ai-e, _h_ai-e, _l_ai-e, _boul_ai-e, _frên_ai-e, _houss_ai-e, _puis_ai-e, qui sont ou furent des noms communs. On prononce de même _La Curne de Sainte-Pal_ay_e_, _les rochers de N_ay_e_ et _Lavel_ey_e_. Au contraire, on prononce _Ys_a-ye en trois syllabes (isaï), comme s’il y avait un tréma: cf. Ay, qui s’écrit mieux Aï, et aussi l’Hay. J’ajoute qu’on prononce aussi _Merlin Cocc_a-ie comme _Bisc_a-ye.

[470] Contrairement à ce qui se passe pour l’=a=, =o= devient généralement =oi= dans les noms propres français, comme dans les autres mots: _B_oy_er_, _Gib_oy_er_, _D_oy_en_, _J_oy_euse_, _N_oy_on_, _R_oy_an_, _R_oy_at_, _R_oy_er-Collard_, _Tr_oy_on_, _Vaud_oy_er_, aussi bien que _R_oy_e_, _Brid_oy_e_, _Tr_oy_es_ (prononcé comme Troie) et même _L_oy_alty_, probablement sous l’influence de loyal. L’o reste séparé seulement dans les noms étrangers: _G_o-ya, _Van G_o-yen, _L_o-yola, O-yama, _Sam_o-yèdes, et aussi _G_o-yon et quelques autres. Soyecourt se prononce, sôcour.

[471] Le mauvais calembour, _comment vas-t_u, yau de poêle? en est un témoignage irrécusable.

[472] L’u reste distinct régulièrement dans _Berr_u-yer ou _T_u-yen-Quan, comme dans _Gr_u-yère et _La Br_u-yère. Au contraire, et quoique le prénom Guy se prononce ghi, ui l’emporte dans les noms commençant par Guy-; on doit donc prononcer ui correctement dans _G_uy_ane_, _G_uy_enne_, _G_uy_au_, _G_uy_ot_, _G_uy_on_, avec _Chatel-G_uy_on_, _La Vaug_uy_on_, _Long_uy_on_. A vrai dire, beaucoup de personnes prononcent _G_u-yot, voire même _Gh_i-yot, sans parler de l’algérien Guyotville, réduit à ghyo-vil, en deux syllabes; mais tout cela est très incorrect. Dans les premières éditions du Poème de Fontenoy, Voltaire avait fait aussi Vauguyon de deux syllabes, comme si c’était écrit Vaughyon; mais il s’est corrigé dans les suivantes. Il a réduit aussi Guyon à une syllabe et Guyenne à deux, mais en écrivant Guion et Guienne, ce qui ne pourrait plus se faire.

[473] On a déjà parlé de ce phénomène, page 163.

[474] Les poètes ne s’en privent pas, et il n’y a pas lieu de les en blâmer. Ch. Nyrop, rencontrant paye en deux syllabes dans Cyrano de Bergerac, admire «la belle intrépidité de Rostand» qui fait «revivre cette prosodie médiévale». Mais cette prosodie n’a jamais disparu, et Ch. Nyrop confond paye avec les finales en -ée, -aie, -ue, -oue, qui sont fort différentes. Il va sans dire qu’en pareil cas, il faut nettement distinguer les deux syllabes au moyen du yod. Quand Mᵐᵉ Sorel prononce dans Molière:

Mais elle bat ses gens et ne les pai(e) point (Misanthr., acte II, scène 3).

elle se conforme sans doute à l’usage le plus répandu aujourd’hui, mais elle devrait bien s’apercevoir qu’elle fait un vers faux! Et il est bien possible que pai-ye point la choque, mais c’est pai-ye point qu’il faut dire.

[475] Voir encore p. 163, note 2.

[476] Voir plus haut, page 152 et la note.

[477] Sans parler de ya tout court, qui n’en a qu’une: ya des gens qui..., mais ceci est un peu familier!

[478] Si bien que les poètes eux-mêmes, quand ils acceptent ce double hiatus, sont obligés, pour peu qu’ils aient de logique ou d’oreille, de compter les trois mots pour deux syllabes, d’autant plus que l’expression est toujours de style familier. On peut citer Richepin, Don Quichotte, acte VII, scène 20:

Au premier choc... Ça y est! patratas! la culbute!

et la Route d’émeraude, vers final:

Fais des chefs-d’œuvre... Moi, ça y est, j’ai fait le mien.

Jean Aicard a compté le groupe pour trois syllabes, mais il n’y a pas lieu de l’en féliciter.

[479] C’est Corneille qui a rénové en poésie l’usage de compter hier pour une syllabe, usage déjà suranné de son temps, et son autorité a malheureusement justifié les poètes qui l’ont suivi. Pourtant le XVIIIᵉ siècle avait repris les saines traditions, et Voltaire fait toujours hier de deux syllabes (et même avant-hier de quatre). Malheureusement, V. Hugo a cru pouvoir le faire presque indifféremment de deux ou de trois, et la plupart des poètes du XIXᵉ siècle l’ont suivi; mais c’est une erreur certaine: voir sur ce point notre article sur les Innovations prosodiques dans Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire de 1913.

[480] Au XVIIᵉ siècle, on trouvait ce groupe initial dans Hiérome, Hiérusalem et Hiéricho, mais hi s’y prononçait déjà j, comme on l’écrit aujourd’hui: hi ou hy se prononçait alors j, même dans Hyacinthe (devenu jacinthe comme nom de fleur), même dans hiérarchie et hiéroglyphe, et c’est ce qui explique la prosodie de certains vers classiques, où il faut lire jérarchie et jéroglyphe: voir page 250, note 3.

[481] Si les ll mouillés sont suivis d’un i, les deux yods primitifs se confondent aujourd’hui: bailliage se prononce comme pillage, voyage ou mariage, joaillier comme fouailler, médaillier comme médaillé. Il peut cependant y avoir deux yods dans une même finale, mais séparés par une voyelle: ainsi dans vieille (vyeye) ou piaille (pyaye) ou qu’il y aille.

[482] Nous avons vu aussi que l’i final faisait fonction de consonne dans certains noms propres étrangers: Pompéi, Hanoï, Shanghaï: voir page 119, note 2.

[483] L’u a la même fonction devant y dans _C_u_yp_, Ha-ü_y_, _Le P_u_y_, _Lh_u_ys_, _L_u_ynes_, _Porrentr_u_y_, _R_u_yter_.

[484] Je ne parle pas de fabriq(u)-ions ou navig(u)-ions, où l’u n’est qu’un signe orthographique.

[485] Les groupes brui ou trui sont, en effet, beaucoup plus faciles à prononcer sans décomposition que bryer ou tryer. C’est pourquoi la diphtongue a pu se conserver là où elle existait; mais elle n’a jamais existé dans dru-ide et flu-ide, et ne s’y est point formée.

[486] Voir plus loin, aux chapitres du G et du Q.

[487] Éviter seulement de prononcer voui pour oui, ou de la vouate pour de la ouate.

[488] Souhait lui-même, malgré l’h, ne fait qu’une syllabe dans l’usage courant, et nous savons que quelques-uns prononcent encore _s_oi_ter_, mais ceci est suranné: voir page 87.

[489] Et encore tramway pas toujours: voir au chapitre du W.

[490] La diérèse de oi est d’ailleurs impossible dans l’écriture; quant à celle de groin, elle aboutit à gro-in, où la prononciation du mot est évidemment altérée. Nous avons déjà vu cela.

[491] Je ne pense cependant pas qu’on aille jusqu’à _cl_ou_aque_, parce que le groupe cl maintient l’o séparé de l’a.

[492] Avant Boileau, quelques poètes hésitaient, quoique la majorité fût pour po-ète: ainsi Corneille ne connaît que la synérèse, et La Fontaine l’a faite trois fois sur quatre dans ses Fables. Le XVIIᵉ siècle faisait encore la synérèse jusque dans _M_o_ïse_ (écrit Moyse), _B_o_hême_, _N_o_ailles_ ou _N_o_ël_, et l’on trouverait encore des endroits où l’on prononce Mouise ou Nouel, ou même Noil (nwal), qui est encore donné par Mᵐᵉ Dupuis, concurremment avec poite, poisie et Boime, prononcés par ouè.

Mais ces prononciations sont depuis longtemps purement locales. Cependant Roanne se prononce roine. Coëffeteau ou Boësset se prononcent aussi par oi. _P_o_ey_, _Esp_o_ey_ se prononcent par oueye dans le Midi.

[493] Voir page 62. Pour les groupes anglais oa et oo, voir pages 45 et 112.

[494] Le phénomène avait déjà été observé par Dangeau, en 1694.

[495] A l’intérieur des mots, l’assimilation proprement dite est généralement réalisée par l’écriture. De là les consonnes doubles, généralement héritées du latin: _a_cc_omplir_, _a_ff_ecter_, _co_ll_aborer_, _i_mm_erger_, etc., etc.

[496] Il arrive quelquefois, mais rarement, que l’accommodation, au lieu d’être progressive, est régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la précédente, par exemple dans subsister (ubz au lieu de ups); mais ceci tient souvent à d’autres causes, comme on verra.

[497] Ici encore, exceptionnellement et par accommodation régressive, à cheval peut devenir _ach_f_al_, jamais _a_j_val_.

[498] Exceptionnellement aussi, une douce devient forte même devant un m, dans tout de même (tout t’ même).

[499] L’abbé Rousselot, qui a constaté le fait, l’explique en disant (Précis, page 86) que c’est la voyelle qui transforme en douce la consonne forte; mais on ne voit pas du tout pourquoi ou changerait s en z. Il en est de cet exemple comme des autres: dans un débit rapide, les organes se préparent d’avance à l’émission des sons qui vont suivre, ici l’s doux de liaison, et c’est ce qui adoucit le premier. Comme dit M. Paul Passy, tout son subit, dans une certaine mesure, l’influence des sons voisins: c’est ainsi que la prononciation rapide aboutit encore facilement à ton-m_neuve_ pour _tomb_e neuve ou lan-n_main_ pour _lend_e_main_.

[500] Voir page 182. C’est exactement le principe opposé qu’on applique sans s’en douter, quand on se fonde uniquement sur l’étymologie: cela doit être, donc cela est. Le principe des phonéticiens est certainement le bon, mais il ne faut pas l’appliquer sans distinction ni restriction.

[501] Voir plus haut, page 10.

[502] Sauf en liaison, bien entendu: mais ceci sera l’objet d’un chapitre spécial.

[503] Ces exceptions s’appliquent généralement aux lettres dites étymologiques (souvent fausses d’ailleurs, comme d de poids, ou le g de legs), que les érudits du XVIᵉ siècle ont introduites dans l’écriture, en guise d’ornements! Le malheur est que, dès le XVIIᵉ siècle, on s’est mis à prononcer, mal à propos, quelques-unes de ces lettres. Mais c’est surtout au XIXᵉ siècle que le développement de l’enseignement primaire, et l’ignorance de beaucoup d’instituteurs, à qui manquait la tradition orale, ont profondément altéré la langue, en faisant revivre ces consonnes, tombées depuis des siècles.

[504] Cette prononciation de la consonne double est exactement la même que celle qui se produit entre deux mots, la première étant finale, la seconde initiale, notamment quand un e muet tombe; et nous avons vu qu’en ce cas la consonne n’est double qu’en apparence. Voir au chapitre de l’e muet, page 159, note 4.

[505] Il n’en a pas toujours été ainsi: si aujourd’hui nous ne distinguons plus entre les finales tère, taire et terre, autrefois on prononçait parfaitement les deux r de terre, et peut-être trouverait-on un reste de cette prononciation dans le Midi, qui a conservé l’habitude et la faculté de vibrer!

[506] C’est en effet par le latin que la prononciation des lettres doubles a commencé, au XVIᵉ siècle, pour s’introduire de là dans la langue savante, mais plus tard; pendant longtemps on n’a guère doublé que les r, mais on les doublait beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui, et même devant l’e muet, comme on vient de le voir.

[507] J’ai un jour entendu articuler _do_n-n_er_, et cela est ridicule, assurément; toutefois ce n’est pas une raison pour aller contre l’usage, et le Dictionnaire phonétique de Michaëlis et Passy, aussi bien que le Manuel phonétique de Ch. Nyrop, qui n’admettent presque point de consonnes prononcées doubles, sont certainement en contradiction avec l’usage général pour des centaines de mots.

[508] Pourtant Michaëlis et Passy donnent le choix presque partout.

[509] De même dans Christophe Colom(b), qui est complètement francisé, et dans Dou(bs) ou Dussou(bs).

[510] De même dans le latin ab, et dans les noms propres _Moa_b, _Acha_b, _Ma_b, _Cale_b, _Hore_b, _Aureng-Zey_b, _Sennachéri_b, _Jo_b, _Jaco_b. Même dans ces mots, le b ne se prononçait pas toujours autrefois, ou il se prononçait p, surtout devant une voyelle. Nous verrons en effet, au cours des chapitres suivants, que les muettes sonores finales se sont d’abord assourdies régulièrement, avant de cesser de se prononcer: c’était l’étape naturelle; et nous retrouverons la trace de ce phénomène dans les liaisons.

[511] Quoique cette prononciation ait été correcte jusqu’au milieu du XVIIᵉ siècle, dans tous les mots commençant par abs-, obs-, subs-, où les grammairiens avaient rétabli récemment le b; car, au moyen âge, on écrivait ostiner, oscur, astenir, etc. Le b a toujours été muet dans de(b_voir_, où il était absurde, et aussi dans de(b)te, dou(b)ter, pre(bs)tre et d’autres. Il l’est encore dans certains noms propres, devant un v: Fa(b)vier, Lefe(b)vre; mais il tend naturellement à y revivre.

[512] Davantage dans quelques noms propres, _A_b-b_as_ et _A_b-b_assides_, _A_b-b_atucci_, _A_b-b_on_.

[513] De même _Aurilla_c, _Caudebe_c, _Porni_c ou _Pernambou_c.

[514] Les composés bec-d’âne et bec-jaune ont conservé la prononciation sans c, qui était de règle devant une consonne, mais ils s’écrivent plutôt bédâne et béjaune. Le c a revécu dans _be_c-de-corbin, _be_c-de-cane, _be_c-de-lièvre; il s’est toujours prononcé dans _be_c fin, _be_c_figue_ (qui est pour bèquefigue) et _be_c-cornu. Dans pi(c)vert, le c a disparu aussi de l’écriture.

[515] Naturellement, quand Boileau fait rimer _estoma_c avec _Sidra_c, le c doit sonner.

[516] Mais non dans _cri_c, onomatopée, ni même dans _cri_c _cra_c, ou _de bri_c _et de bro_c, où tous les c se prononcent. L’Académie prétend que _taba_c est familier, comme si le peuple ne disait pas taba(c). Le c est également muet dans Saint-Brieu(c).

[517] Et plus encore celui de _lombri_c, malgré Michaëlis et Passy, aussi bien que celui de _porc-épi_c.

[518] Il n’en était pas ainsi autrefois. De là la confusion qui a changé la _rue Saint-André-dès-Ar_c_s_ en _rue Saint-André-des-Ar_t_s_. Toutefois d’autres prétendent que arts a remplacé dans ce nom ars, brûlé, c’est-à-dire atteint du mal des ardents.

[519] De même _Gobse_c(k), _Brunswi_c(k), _Van Dy_c(k), _Glu_c(k), etc., et aussi _Leco_c(q), _Lesto_c(q), _Vi_c(q) d’Azyr.

[520] Il faut excepter quelques noms propres comme _Ran_c.

[521] Le Dictionnaire général trouve encore cette prononciation «familière». Familière ou non, il n’y en a pas d’autre qui soit usitée, quoi qu’il en dise, et malgré Michaëlis et Passy; et je ne sache pas qu’on dise non plus zinquer, ni zinqueur. On devrait tout simplement écrire zing, comme on écrit zingueur.

[522] Pourtant le c sonne très rarement dans porc (voir page 363).

[523] Ce dernier mot vient pourtant du germanique mark; mais il est francisé sous la forme marc, tandis que dans mark, monnaie allemande, le k sonne naturellement. Dans Marc, nom propre, le c avait cessé de se prononcer, et l’on dit de préférence: le lion de Saint-Mar(c), à Venise, ou Saint-Mar(c), nom propre; mais on dit _l’Évangile de Mar_c ou de _saint Mar_c, et surtout on fait sonner le c de _Mar_c prénom. De même a fortiori dans _Mar_c-Aurèle ou _Mar_c-Antoine, et même _Saint-Mar_c-Girardin.

[524] Ni dans Lecler(c) ou Lecler(cq) ou Maucler(c) pas plus que dans l’expression de cler(c) à maître, qui n’est plus usitée que dans l’administration militaire. Il sonne dans _Our_c(q).

[525] Contra(ct) a au contraire perdu son c dans l’écriture, ce qui l’a mis à l’abri.

[526] Au XVIᵉ siècle, infect et abject s’écrivaient souvent infet et abjet, et rimaient avec effet et projet, dont l’étymologie est la même. C’est la prononciation dite emphatique qui a dû rétablir ct d’abord dans infect, puis dans abject, à cause du sens. Mais Corneille fait toujours rimer régulièrement abject, ou plutôt abjet, avec projet ou sujet:

Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets Ont voulu s’ennoblir par de si hauts projets. (Cinna, acte IV, scène 3.)

Il n’y avait là aucune «licence poétique», malgré le reproche que lui faisait déjà Aimé Martin.

[527] Voir livre X, fables 8 et 12, et livre XII, fable 2.

[528] Je ne sais comment il peut se faire que le Dictionnaire général admette uniquement--et simultanément--aspe(ct) sans c ni t, _circonspe_c(t) et _respe_c(t) avec c seul, et _suspe_ct avec c et t! Toutes ces variétés de prononciation ne se seraient pas produites si l’on avait pris le sage parti d’écrire tous ces mots comme effet, qui est, lui aussi, pour effect. Le c est également muet dans les frères Parfai(ct).

[529] Il serait si simple de lui ôter son c, comme on a fait à défunt, pour défunct.

[530] Et aussi devant les diphtongues latines œ et æ: C_æsar_, comme C_ésar_.

[531] Autrefois on écrivait aussi cueur, où le premier u n’était qu’un signe orthographique, qu’on ne prononçait pas.

[532] On trouve d’ailleurs ck devant une voyelle quelconque: _blo_ck_aus_ ou _ge_ck_o_ comme _jo_ck_ey_, _Sto_ck_holm_ comme _Ne_ck_er_.

[533] Où donc Michaëlis et Passy ont-il entendu prononcer ces mots sans c? C’était la prononciation du XVIIᵉ siècle, ainsi que pon(c)tuel; di(c)ton et antar(c)tique ont duré plus longtemps. Aujourd’hui que la plupart des c étymologiques inutiles ont disparu, comme dans bienfai(c)teur, je(c)ter, etc., il n’y a plus d’exceptions. On prononce le c même dans _Fran_c_fort_, sous prétexte que le k allemand de Frankfurt se prononce: à la vérité, puisque le mot est francisé, rien n’empêcherait de prononcer Fran(c)fort, mais ce n’est pas l’habitude.

[534] On sait qu’_é_g_logue_ et _ci_g_ogne_ étaient autrefois _é_c_logue_ et _ci_c_ogne_; _é_g_ale_, _mi_g_raine_, _é_g_lise_, et depuis bien plus longtemps, n’ont-ils pas remplacé aussi un c par un g? De même on a prononcé _se_g_ret_ et _se_g_rétaire_ jusqu’au XIXᵉ siècle: Domergue ne prononce pas autrement; ce n’est qu’au siècle dernier que le c s’est rétabli dans ces mots. Pendant longtemps on a non seulement prononcé, mais écrit _né_g_romant_ et _né_g_romancie_. C’est naturellement aussi un g qu’on entend dans _Jean Se_c_ond_ ou _Se_c_ondat de Montesquieu_. C’est le contraire de gangrène, qui s’est prononcée cangrène jusqu’au siècle dernier.

[535] Parce qu’il l’avait aussi dans C_laude_ et C_laudine_.

[536] Le Dictionnaire général joint à ces mots _a_c-c_lamer_, mais cela s’impose encore moins. Michaëlis et Passy n’admettent le c double que dans gecko, alors que précisément ck se prononce partout comme un seul c. On peut encore prononcer deux c dans les noms latins: _Ba_c-c_hus_, _Bo_c-c_horis_, _Bo_c-c_hus_, _Fla_c-c_us_, _Gra_c-c_hus_, et quelques noms étrangers: _Be_c-c_aria_, _Bo_c-c_ador_, _Bo_c-c_herini_, _Civita-Ve_c-c_hia_, _Pi_c-c_olomini_, _Sa_c-c_hini_, _Se_c-c_hi_, _Vero_c-c_hio_, mais plus dans Bo(c)c_ace_, complètement francisé avec un seul c.

[537] Au XVIᵉ siècle, on prononçait les deux c comme un seul, même dans ce cas: a(c)c_ident_; et cette prononciation s’entend encore dans les pays qui ont l’_a_c_ent_. Aja(c)c_io_ se prononce toujours avec un seul c.

[538] Voir plus loin, an chapitre de l’S.

[539] Le cas de cqu est le même que celui de ck.

[540] De même C_ellini_ et _For_c_ellini_, C_en_c_i_ et C_érisoles_, _Bonifa_c_io_, _Aja_cc_io_, avec un seul c, C_ialdini_, C_imabué_, C_ivita-Vecchia_, C_on_c_ini_, _Gar_c_ia_, _Man_c_ini_, _Min_c_io_, _Terra_c_ine_, et même _Vin_c_i_, et peut-être C_imarosa_ et _Botti_c_elli_. On prononce le c de même dans C_e_c_il_, C_ellamare_, C_ervantès_ et C_euta_, C_in_c_innati_, C_intra_, C_iudad-Real_.

[541] De même _Abatu_cc_i_, _Ba_cc_hiochi_, _Cardu_cc_i_, _Carpa_cc_io_, _Le_cc_e_, _Lorenza_cc_io_, _Pi_cc_iola_, _Pi_cc_inni_, _Pul_c_i_, _Ri_cc_i_, _Ve_c_ellio_. Vermicelle et violoncelle ont connu longtemps une étape intermédiaire, en se prononçant vermichelle et violonchelle, admis par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, et dont on trouve encore des traces, mais fort rares.

[542] Le =cz= polonais se prononce =tch=, mais nous ne le prononçons guère ainsi qu’à la fin des noms, comme dans _Mickiewi_cz ou _Sienkiewi_cz: partout ailleurs on le prononce généralement gz, et c’est un tort. Notons en passant que le premier c de _Mi_c_kiewicz_ doit se prononcer à part, comme ts. Le cz hongrois, qui s’écrit aujourd’hui c, doit se prononcer ts, et non gz, dans Cz_erny_, _Munka_cz_y_, _Ra-ko_cz_y_.

[543] Pour ce mot, voir p. 49. De même _Lame_c(h), _Metterni_c(h), _Muni_c(h), _Zuri_c(h), _Ko_c(h), _Molo_c(h), _Eno_c(h), _Saint-Ro_c(h), _Sacher-Maso_c(h), _Baru_c(h), etc., et aussi _Utre_c(ht) ou Maëstric(ht).

[544] Et dans quelques noms propres du Midi, comme _Au_ch, _Fo_ch, _Bu_ch, _Te_ch, _Pue_ch, _Delpe_ch, avec _Monjui_ch, sans compter _Sidi-Ferru_ch, _Marrake_ch et _Ni_ch.

[545] Il est muet aussi dans Penmar(ch) francisé.

[546] Ceci vient tout simplement d’une confusion inconsciente entre acheter et jeter. En effet, jeter se prononce nécessairement comme acheter, quand l’e muet tombe; dès lors, on a la proportion fatale: j’ajète est à acheter comme je jette à chter.

[547] De même dans tous les noms propres anciens: Macc(h)abée, C(h)am, C(h)anaan, Zac(h)arie, Néc(h)ao, C(h)aldée, Epic(h)aris, C(h)arybde, C(h)aron, Anac(h)arsis, Calc(h)as, etc., etc., avec quelques noms modernes étrangers: Buc(h)anan, Buc(h)arest, C(h)andos.

[548] Et autrefois métempsyc(h)ose, qui n’a plus d’h; pourquoi psyc(h)ologie en a-t-il un?

[549] On prononce co dans Jéric(h)o, Jéc(h)onias et Nabuc(h)odonosor, Terpsic(h)ore, Stésic(h)ore, C(h)oéphores, Orc(h)omêne et Colc(h)os, Sanc(h)oniaton, C(h)osroès, C(h)oa et Tyc(h)o-Brahé, et même La Péric(h)ole, Picroc(h)ole; mais non dans _Mi_ch_ol_, _San_ch_o_ ou _don Qui_ch_otte_ (francisé de l’espagnol Quijote à j guttural).

[550] Et dans les noms propres anciens en -chus, comme Antioc(h)us, Malc(h)us, etc., mais non dans Ch_uquisaca_.

[551] De même _Mi_ch_ée_, _Za_ch_ée_, _Si_ch_ée_, aussi bien que _Mardo_ch_ée_, et aussi bien _Psy_ch_é_. Cependant on a longtemps dit trokée.

[552] Je n’ai pas, dans ces mots et les suivants, devant e et devant i, mis l’h entre parenthèses, à cause du son sifflant que prend le c devant ces voyelles; j’espère néanmoins que le lecteur ne s’y trompera pas.

[553] De même dans _Mi_ch_el_ et _Ra_ch_el_, deux prénoms trop populaires pour s’altérer, et aussi, le plus souvent, dans _Pul_ch_érie_ et _Si_ch_em_. Mais on prononce ké dans la plupart des noms propres anciens: _A_ché_loüs_, _A_ché_ménides_, _A_ché_ron_, _Car_ché_mis_ Ché_ronée_, Ché_ronèse_, Ché_rusques_, _La_ché_sis_, _Pul_ch_er_ (rarement _Pul_ché_rie_) et _Senna_ché_rib_. Autrefois le ch d’_A_ché_ron_ était francisé ainsi que beaucoup d’autres. C’est à la fin du XVIIᵉ siècle que les divergences se produisirent. La Comédie, avec Racine, tenait pour _A_ché_ron_ (La Fontaine aussi); l’Opéra, avec Lulli et Quinault, tenait pour _A_ké_ron_, qui prévaut aujourd’hui. On prononce aussi ké dans les noms italiens, Ch_érubini_, _Mi_ch_el-Ange_. A la vérité, Mikel-Ange paraît bizarre, car on francise le second mot (pour Angelo) et pas le premier, alors que nous avons pourtant _Mi_ch_el_ en français; mais, en réalité, le nom italien s’est francisé en bloc avec la prononciation originelle et en conservant son accent sur la même syllabe an: c’est ainsi que sont traités les noms des plus grands hommes, appris par l’oreille et non par l’œil, comme Shakespeare et Gœthe. On prononce encore ké dans Ch_emnitz_ et _Sa_ch_er-Masoch_, mais ché dans _Blü_ch_er_ ou _Schœl_ch_er_.

[554] Excepté _lysima_ch_ie_ (kie). _Mala_ch_ie_ est flottant, tandis que _Vala_ch_ie_ est toujours resté chuintant, malgré Valaques.

[555] Pourtant on dit souvent monakisme, toujours masokisme.

[556] Surtout à côté d’_ar_ch_itectonique_ ou _ar_ch_itriclin_, qui ne sont pas moins savants qu’_ar_ch_iépiscopal_, et qui pourtant chuintent comme les autres. Arkiépiscopal a d’ailleurs l’air prétentieux, à côté d’_ar_ch_evêque_.

[557] On chuinte même dans quelques noms propres anciens, comme _Col_ch_ide_, _A_ch_ille_, _Es_ch_ine_, _Es_ch_yle_, Ch_ypre_, _Ar_ch_iloque_ et _Joa_ch_im_. Il est vrai que ce mot est bien maltraité: beaucoup de personnes prononcent Joakin, d’autres Joakime, ou plutôt Yoakime, surtout en parlant de Du Bellay; mais précisément Du Bellay prononçait sans aucun doute son prénom en chuintant; et c’est la vraie prononciation, notamment celle de l’Église.

[558] Ajouter les noms propres anciens: _Ezé_ch_ias_ et _Ezé_ch_iel_, _Mel_ch_ior_ et _Mel_ch_isédec_, Ch_io_ et _Sper_ch_ius_, _Bac_ch_ylide_ et _Ar_ch_ytas_, _Tra_ch_iniennes_, _E_ch_idna_, _A_ch_illas_, et même _A_ch_illéide_ (malgré _A_ch_ille_); le plus souvent aussi aujourd’hui Ch_iites_, Ch_ilon_, Ch_iron_ et _An_ch_ise_; et surtout les noms italiens: _Brunelles_ch_i_, _Cernus_ch_i_, _Baccio_ch_i_, _Fies_ch_i_, _Monaldes_ch_i_, _Ma_ch_iavel_ (d’où _ma_ch_iavélique_ et _ma_ch_iavélisme_), _Sac_ch_ini_, Ch_ianti_, Ch_ioggia_, _Is_ch_ia_, _Civita-Vec_ch_ia_, _Porto-Vec_ch_io_, _Sec_ch_i_, _Veroc_ch_io_, etc., avec ch_i va sano_, ch_i lo sa?_ ou _an_ch’io. _Ma_ch_iavel_ (avec ses dérivés) est de ceux qui furent longtemps francisés, ainsi que Ch_iron_, Ch_ilon_, _An_ch_ise_, et bien d’autres, même _Ezé_ch_ias_ ou _Ezé_ch_iel_: de tous ces noms, je ne vois guère qu’_An_ch_ise_ qu’on fasse encore chuinter quelquefois.

[559] D’où _A_c(h)met, _Ro_c(h)dale et _Mélan_c(h)ton, comme C(h)loé, _Méne_c(h)mes, C(h)ristophe, _Ara_c(h)né, _Ere_c(h)tée, _Erési_c(h)ton; tous ces h devraient disparaître. _Dra_c(h)me se prononçait naguère encore dragme; mais cette prononciation est surannée. On chuinte dans _Fe_ch_ner_ ou _Ri_ch_ter_, comme dans _Met_ch_nikoff_.

[560] De même dans _Lyn_ch, d’où le verbe lyncher, et aussi dans Ch_aucer_, Ch_esterfield_, Ch_icago_, _Man_ch_ester_, _Mi_ch_igan_, tandis qu’on prononce de préférence tch dans _Sandwi_ch ou _Greenwi_ch, dans Ch_anning_, Ch_arleston_, Ch_atterton_, Ch_ilde-Harold_, et en général dans les noms moins connus, ainsi que dans _Pa_ch_eco_ ou _E_ch_egaray_. Dans les noms arabes ou asiatiques, ch a le son français, comme on l’a vu déjà dans _chaou_ch ou _Marrake_ch: ainsi _Aï_ch_a_, _Kri_ch_na_ et _Vi_ch_nou_, avec Ch_andernagor_ et _Pondi_ch_éry_; Ch_an-si_, Ch_an-toung_, Thian-Ch_an_, Sou-ch_ong_, _Pet_ch_ili_, _Mand_ch_ourie_ et Ch_emulpo_; Ch_att-el-Arab_, Ch_iraz_, _Ap_ch_éron_, _Re_ch_t_, _Me_ch_ed_ et _Ka_ch_gar_; _Skoupt_ch_ina_, _Pri_ch_tina_, Ch_oumla_ et Ch_odzko_. Ajoutons les noms américains: Ch_ili_, Ch_ihuahua_, Ch_iquitos_, Ch_imborazo_, le Grand Ch_aco_, avec Ch_actas_; et aussi _A_ch_antis_, _A_ch_em_, _Fun_ch_al_, etc. Pourtant on prononce ordinairement ki dans Ch_iloë_, et cela est assez bizarre.

[561] Ajouter presque tous les noms propres commençant par Sch-: (S)chaffouse, (S)chehérazade, (S)chelling, (S)chiller, (S)chlegel, (S)chlestadt, (S)chliemann, (S)chmid, (S)chneider, (S)chœlcher, (S)choll, (S)chomberg, (S)chopenhauer, (S)chubert, (S)chumann, (S)chwartz, etc., etc., et aussi Fe(s)ch, E(s)chenbach, Her(s)chell, Frei(s)chütz, Frœ(s)chwiller, Haroun-al-Ra(s)chid, Kamt(s)chatka ou Kamt(s)chadales, et même Ta(s)cher. Mais il ne faut pas confondre le groupe sch avec l’s suivi du ch guttural dans les noms flamands ou italiens, comme _Honds_ch_oote_ ou _S_ch_iedam_, _Monaldes_ch_i_, _Cernus_ch_i_ ou _Pes_ch_iera_.

[562] On dit bien quelquefois skéma, mais c’est fort rare. _Saint-Ans_ch_aire_ se prononce pourtant par sk. _S_ch_olastique_ a gardé son h en qualité de nom propre; mais scolaire, scolie, scoliaste, et scolastique adjectif, ont perdu le leur. D’autre part, l’s s’est mis inutilement dans (s)chah; schako s’écrit mieux shako (voir le groupe sh à la lettre s); schall est depuis longtemps remplacé par châle; scheik est devenu cheik.

[563] De même Chateaubrian(d), Edmon(d), Bugeau(d), Saint-Clou(d), Ronsar(d), Chambor(d), etc.

[564] Cette prononciation de quan(d) est d’ailleurs très ancienne, et quand le d final se prononçait au XVIᵉ siècle, c’est toujours t qu’il se prononçait, la sonore s’assourdissant d’abord avant de s’amuir.

[565] Avec _Shetlan_d et _Christiansan_d, _Samarkan_d et _Yarkan_d, _Clevelan_d et _Wielan_d, auxquels il faut joindre _George San_d, et les noms géographiques en -land. Mais plusieurs noms en -land peuvent ou doivent se prononcer à la française aussi bien que Gan(d), à savoir Falklan(d), Marylan(d), Cumberlan(d), Northumberlan(d), Jutlan(d), Groënlan(d) en trois syllabes, et Friedlan(d) également en trois syllabes, au moins à Paris (voir plus haut page 78); de plus, Kokan(d), sans compter Rembran(dt), et aussi Witikin(d). On prononce encore le d dans _Mahmou_d et _Lau_d, mais non dans Bedfor(d), Bradfor(d), Oxfor(d) ou Straffor(d), pas plus que dans lor(d).

[566] Et naturellement dans la plupart des noms propres: _Joa_d, _Bagda_d, _Timga_d, _Moura_d, _Alfre_d, _Port-Saï_d, _le Ci_d, _Davi_d, _Nemro_d et _Robin-Hoo_d; _Sin_d, et même _Sun_d et ses composés (soun, en danois); _Romual_d, _Bonal_d, _Brunehil_d, _Rothschil_d, et les mots en -field; _Harol_d, _Hérol_d et aussi _Foul_d. Mais le d est muet dans Gouno(d), Courajo(d), Grimo(d) de la Reynière, Perno(d), les noms en -auld et -ould, comme La Rochefoucau(ld) ou Arnou(ld), et même Léopol(d). On notera que l’l qui ne se prononce pas dans A_rnou_(ld) se prononce dans A_rnou_l. Le d de Madrid peut se prononcer d ou t, ou pas du tout; toutefois Madri(d) paraît tomber en désuétude, comme l’a fait Davi(d), qui fut aussi usité.

[567] C’était presque toujours à la suite de a initial, devant j ou v, où on l’avait rétabli sous prétexte d’étymologie, vraie ou fausse: a(d)journer, a(d)jouter, a(d)veu, a(d)vouer, a(d)vocat, a(d)venture, a(d)vis, etc., et même a(d)miral! Ces d n’ont disparu qu’en 1740, dans la troisième édition du Dictionnaire de l’Académie, sauf ceux que la prononciation avait adoptés mal à propos.

[568] Il est resté à peu près muet dans La(d)vocat et dans Gérar(d)mer, sans parler des mots composés, comme Gran(d)mesnil ou Gran(d)pré. Il sonne dans _Man_d_chourie_ ou _Richar_d_son_, _Cambo_d_ge_, _Cambri_d_ge_ ou _Hu_d_son_, mais non dans Milne-Edwar(d)s, ni dans wel(d)t et Barnevel(d)t, ni dans les noms en -dt, comme Cronsta(d)t, Golschmi(d)t ou Humbol(d)t; pour Auerstædt et Hochstedt, on hésite entre le d et le t. On prononce aussi le d dans _Ma_d_gyar_, mais nous écrivons généralement ce mot sans d.

[569] Et dans _A_d-d_a_ ou _E_d-d_a_, _Dje_d-d_a_, et, si l’on veut, _Bou_d-d_ha_, ainsi que dans _A_d-d_ison_ et _Mage_d-d_o_.

[570] Ce sont précisément les mots en -if, presque tous savants, et où l’f se prononçait, qui ont fait revivre l’f dans les autres mots où il était tombé: d’abord dans les mots en -if non savants, comme jui(f) et sui(f), puis dans les autres, à moins qu’ils n’eussent déjà perdu leur f dans l’écriture, comme apprenti, bailli et clé. Toutefois le rétablissement de cet f final n’est pas encore complètement achevé, comme on va voir. Je ne parle pas des noms propres, où l’f final sonne toujours.

[571] L’f a revécu même dans _bie_f, autrefois bié, et même biez. L’Académie prononce encore _éteu_f sans f, en 1878! Le mot ne s’emploie plus guère, mais quand on l’emploie, c’est certainement avec un f, puisque c’est par l’œil qu’on le connaît.

[572] Mᵐᵉ Dupuis trouvait déjà dans bœu(fs) et œu(fs) prononcés sans f «une sorte de trivialité qui convient plutôt au langage du peuple». Pourtant ces mots tiennent encore bon, quoi qu’en dise Ch. Nyrop.

[573] Voir ci-dessus, page 91.

[574] C’est la règle générale des noms de nombre. On énumère ordinairement les cas où se prononce la consonne finale des noms de nombre, et naturellement l’énumération n’est jamais complète. C’est le contraire qu’il fallait faire, c’est-à-dire énoncer les cas où elle ne se prononce pas, et la formule est si simple, qu’il est très surprenant que personne ne l’ait encore donnée.

[575] On prononçait vi(f) v_ou mort_, du bœu(f) v_à la mode_, et surtout on a dit longtemps vi(f) v_argent_ et neu(f) v_et demi_.

[576] Voir au chapitre des liaisons.

[577] Autrefois on écrivait, très mal à propos d’ailleurs, mais sans prononcer l’f, car ç’eût été impossible, brie(f)ve, brie(f)vement, veu(f)ve ou ve(f)ve, et tre(f)ve, tous mots où l’f étymologique était en réalité représenté deux fois.

[578] Michaëlis et Passy n’admettent l’f double que dans le latin _a_f-f_idavit_!

[579] De même Cherbour(g), Strasbour(g), et tous les noms francisés en -bourg, Hambour(g), Edimbour(g), Pétersbour(g), etc., et aussi Bour(g)neuf ou Bour(g)théroulde. Toutefois _Bour_g, chef-lieu de l’Ain, a gardé l’ancienne prononciation _bour_c, même isolément, et non pas seulement dans _Bour_g-en-Bresse; car si l’on prononçait bour isolément, on dirait tout aussi bien Bour(g)-en-Bresse. D’autre part, le g se prononce tel quel dans _bour_g_mestre_, qui désigne une magistrature étrangère (cf. _Fran_c_fort_); mais on fera bien d’éviter _bour_gue_mestre_, qui est pourtant écrit ainsi par M. Verhæren, dans les Villes à pignons, pages 112 et 114. A l’inverse des noms francisés en -bourg, le g se prononce toutes les fois que la finale garde la forme germanique burg (toujours avec le son ou): _Terbur_g, ainsi que dans le mot _bur_g lui-même. En revanche, nous avons francisé aussi, par l’amuissement du g, quelques finales germaniques en -berg: Gutenber(g), Nurember(g), Furstember(g), Wurtember(g), et si, l’on veut, Spitzber(g), mais non _Ber_g, _Heidelber_g et les autres.

[580] De même Bussan(g), Capestan(g), Castain(g), Estain(g), Serain(g), Loin(g), Bourgoin(g), Jean de Meun(g) et Neun(g), et aussi Lon(g)jumeau, Lon(g)champ, Lon(g)périer ou Lon(g)wy.

[581] Le Dictionnaire général ne prononce pas le g, mais Michaëlis et Passy l’acceptent. Ce g, qui avait disparu, même de l’écriture, est dû à la réaction orthographique.

[582] Le Dictionnaire général n’admet pas plus le g de legs que celui de joug.

[583] On ne devrait pas non plus prononcer le g dans les noms chinois en =-ang=, =-eng= et =-ong=, où les Anglais ont mis un g, en transcrivant les noms, uniquement pour conserver à la finale le son nasal. C’est une méthode que le XVIᵉ siècle avait pratiquée en France même, et dont il nous reste plus d’une trace. Comment donc une telle orthographe a-t-elle pu nous tromper, nous qui écrivons encore _ran_g, _san_g, _lon_g, etc., sans parler des graphies anciennes, _soin_g, _loin_g, _témoin_g, etc.? Le mal vient de ce que nous avons l’habitude de prononcer toutes les consonnes dans les mots étrangers, par principe; on s’est donc mis en France, même les professeurs, à prononcer les g de tous ces mots en -ong, -eng, -ang, surtout -ang, oubliant qu’autrefois Tonkin s’écrivait _Ton_g-_Kin_g, sans se prononcer autrement, et que Kouang-Toung a donné Canton. Correctement, on devrait prononcer uniquement Kouan(g)-Toun(g); et de même Kouan(g)-Si, Yan(g)-tsé-Kian(g), Si-Kian(g), Kian(g)-si, Kian(g)-sou, Li- Hun(g)-Tchan(g), Louan(g)-Praban(g) et Samaran(g), aussi bien que Timour-Len(g) et Auren(g)-Zeyb, qu’on respecte davantage, et aussi bien Sou-Chon(g), Hon(g)-Kon(g), Mékon(g), Haïphon(g), etc. Les marins ne prononcent pas autrement, ni les marchands de thé Souchon(g). On ne devrait même pas prononcer le g dans Hoan(g)-Ho ou Shan(g)-Haï; toutefois, comme ici le second mot commence par une aspiration, comme, d’autre part, on écrit même aujourd’hui Shanghaï ou Changhaï, en un seul mot, il est naturel que le g s’y prononce, ne fût-ce que pour remplacer l’aspiration. Le g est aussi bien établi dans _Lan_g-son. On pourrait au moins s’en tenir là.

[584] Le g se prononce de même dans la plupart des noms propres: _Aga_g, _Zadi_g, _Ri_g-Véda, _Liebi_g, _Schleswi_g, _Grie_g, _Herzo_g (avec o fermé), _Mago_g (avec o ouvert), _Flamen_g, _Cannin_g, _Fieldin_g, _Lessin_g, _Lon_g-Island, _Youn_g et _Yun_g, _Astor_g, _Swedenbor_g et _Vibor_g, etc., avec les noms géographiques en-burg, et la plupart des noms en -berg, _Ber_g, _Lember_g et _Schomber_g, _Heidelber_g, _Johannisber_g, _Lænsber_g, _Scanderber_g, etc., et même _Altenbour_g, quoique on l’écrive par ourg. Toutefois _Leipzi_g et _Dantzi_g qui se sont longtemps écrits Dantzick et Leipsick, se francisent encore le plus souvent par c au lieu de g.

[585] Et devant les diphtongues latines æ et œ. De plus, aux noms propres français, _An_g_ers_, _Béran_g_er_, G_illes_, etc. (y compris G_erle_ ou _Mur_g_er_), s’ajoutent les noms propres anciens ou bibliques: G_éla_, G_élase_, G_elboé_, G_élon_, G_énésareth_, G_éta_, G_ethsémani_, _Phlé_g_éton_, _Sé_g_este_, _Té_g_ée_, _Ser_g_ius_, G_y_g_ès_, G_yptis_, et quelques noms modernes francisés, comme _Clésin_g_er_, _Kru_g_er_, _Ni_g_er_, _Scali_g_er_, G_érando_, _Ma_g_ellan_, _Sca_g_er-Rack_ ou _Ur_g_el_, G_ibraltar_ ou G_iralda_. Mais le g garde le son guttural en tête des mots germaniques, G_emmi_, G_erolstein_, G_ervinus_, G_essler_, G_essner_ ou G_ewaert_, et aussi G_ebhart_, quoique le t ne s’y prononce pas, et encore G_œttingue_, Peer G_ynt_, ou G_ibbon_; de même dans d’autres mots non francisés, _En_g_elmann_, _He_g_el_, _Schle_g_el_ ou _Vo_g_el_, _Meinin_g_en_, _Niebelun_g_en_, _Ber_g_en_ ou _Rœnt_g_en_, _Dœllin_g_er_ ou _Minnesin_g_er_, _Erz_g_ebir_g_e_, _Sze_g_edin_ ou _Djag_g_ernat_, et _Ri_g_i_, écrit aussi _Ri_g_hi_, avec _ver_g_iss mein nicht_.

[586] On a vu déjà que gangrène s’est longtemps prononcé c_angrène_, ce qui est le contraire de _se_c_ond_ prononcé _se_g_ond_; les médecins ont fini par imposer gan, mais l’Académie ne s’est inclinée qu’en 1878. D’autre part, frangipane s’est longtemps prononcé _fran_ch_ipane_.

[587] De même _Fi_g(e)ac, G(e)orges, _Albi_g(e)ois, _Clos-Vou_g(e)ot, et même _Kara_g(e)orgewitch.

[588] On aurait pu écrire jôle, puisqu’on écrit enjôler.

[589] L’e étant nécessaire pour donner au g le son chuintant devant un u, il en résulte que gu ne saurait en aucune façon se prononcer ju, comme on l’entend parfois dans _enver_g_ure_, mot qui vient de vergue et non de verge.

[590] Même dans les noms propres étrangers, dans Gu_eldre_, Gu_elfes_, Gu_elma_, Gu_erchin_, Gu_ernesey_, Gu_errero_, Gu_evara_, comme dans Gu_ébriant_, Gu_éménée_, Gu_énégaud_, ou Gu_érande_, et même dans _Fi_gu_eras_ ou _San Mi_gu_el_, comme dans _Vauvenar_gu_es_ ou _Ai_gu_esmortes_, _Ker_gu_élen_ ou _Lin_gu_et_. Il n’y a d’exception que pour les mots latins _ex ung_u_e leonem_, _lapsus ling_u_æ_, et dans _Vog_ü_é_, qui a un tréma sur l’u, faute de pouvoir en prendre sur l’é, qui a déjà un accent. En outre l’u se prononce ou dans _Finig_u_erra_.

[591] Il en est du nom propre _Ai_g_uillon_ comme du nom commun: il maintient son u, mais il a de la peine. De même _Fi_g_uig_, que les Allemands eux-mêmes écrivent à tort _Fi_g_ig_ (fighig).

[592] Y compris Gu_ines_, Gu_inegatte_ ou Gu_iscard_ et Gu_y de Maupassant_, Gu_y Patin_ ou Gu_yton de Morveau_, et même les ducs de Gu_ise_, quoique la localité d’origine ait la diphtongue ui: le nom commun gu_ise_ a aidé à l’altération de ce mot. L’usage de M. Guizot n’a pas non plus sauvé l’u de son nom. Certains noms étrangers eux-mêmes ont cédé: Gu_ichardin_, d’ailleurs francisé, Gu_ido Reni_ ou le Gu_ide_, Gu_ildhall_; mais l’u résiste dans Guipuzcoa. Pour Guyau, Guyot, etc., voir page 192, note 2.

[593] Ceci est tout à fait correct, l’étymologie étant aigue (eau) et non aigu (cf. évier). Aussi le mot a-t-il naturellement trois syllabes, et non quatre:

Est-ce qu’elle a laissé, d’un esprit négligent, Dérober quelque aiguière ou quelque plat d’argent?

On prononce de même _Fal_gu_ière_, _Laromi_gu_ière_ ou _Lesdi_gu_ières_, _Sé_gu_ier_ ou _Tré_gu_ier_, et aussi Gu_ieysse_, _La_gu_iole_ ou _Man_gu_io_.

[594] On prononce également ghi dans _Dra_gu_ignan_, et ghin nasal dans banc d’_Ar_gu_in_ (et non Argouine), comme dans _Ga_gu_in_ ou Gu_ingamp_.

[595] Gua se prononce goua dans les noms italiens ou espagnols: _Aconca_g_ua_, _Mana_g_ua_ et _Nicara_g_ua_, _A_g_uado_, G_uadalaxara_, G_uadalquivir_, G_uadarrama_, G_uadiana_, G_uaranis_, G_uardafui_, G_uarini_, G_uarnerius_, G_uastalla_, G_uatemala_, G_uatimozin_, G_uayaquil_, La G_uayra_, etc., et même G_uadeloupe_, qui est pourtant francisé. Toutefois le son ghè a prévalu en France, au lieu de gouè, pour _Para_gu_ay_ et _Uru_gu_ay_, sauf dans les départements qui fournissent des immigrants à ces pays. Je ne parle pas de _Laura_gu_ais_, qui devrait s’écrire Lauragais: c’est un nom français dont la prononciation ne saurait être douteuse. Gu_adet_ et Gu_ay_ se prononcent avec ou sans u, mais pas avec le son ou. _Li_gu_ori_ se prononce par go.

[596] Dans les noms propres, surtout étrangers, il se trouve devant d’autres consonnes, et s’y prononce: _Lon_g_fellow_, _Men_g_s_, _Lon_g_wood_, et même _Au_g_sbourg_. On sait que dans Lon(g)wy il ne se prononce pas.

[597] De même _Py_g_malion_, _A_g_de_ ou _Ba_g_dad_.

[598] Nous retrouverons l’n mouillé à la suite de l’N.

[599] _I_gn_ame_ a toujours été mouillé, venant de l’espagnol: _i_g-name, indiqué par quelques dictionnaires, sans doute parce que ce mot n’est pas populaire, est une erreur. Le g s’isole encore dans G_nathon_ et G_nide_, Ag-ni et aussi _Ana_g-ni (quoique à tort), _I_g-natief, _Ma_g-nus et _Ma_g-nence, mais non dans _A_gn_ès_, prénom populaire. Dans _Pro_g-né, il peut d’autant moins se mouiller que la meilleure forme est Procné.

[600] Pour signet et quelques autres mots, voir au chapitre de l’N.

[601] De même _A_g-g_ée_, _E_g-g_er_, _Fu_g-g_er_, _E_g-g_is_. Les noms propres offrent parfois deux g devant d’autres voyelles, et ils s’y prononcent tous les deux: _Ho_g-g_ar_, _Tou_g-g_ourt_, et aussi _Dja_g-g_ernat_.

[602] On prononce de préférence dj dans G_iacomelli_, G_iacomo_, G_iordiano_, G_ior_g_ione_, G_iotto_, G_iovanni_, et aussi _Chio_gg_ia_, _Re_gg_io_, ou _Ru_gg_ieri_, où les deux g ne font qu’un. Borgia a toujours été francisé complètement en gi comme Scaliger en jèr.

[603] De même _Bor_gh_èse_, _Ali_gh_ieri_, _Arri_gh_i_, Gh_iberti_, Gh_irlandajo_, _Missolon_gh_i_, _Ri_gh_i_; de même _Birmin_gh_am_, _En_gh_ien_, Gh_ika_, _Ouban_gh_i_, etc.

[604] Prononcez drèdnot. De même dans Wi(gh)t ou Wri(gh)t, Castlerea(gh) ou Ralei(gh) ou Connau(gh)t.

[605] On trouve pourtant imbroglio en trois syllabes dans Musset. Nous francisons également, à tort ou à raison, les noms propres les plus connus, _Casti_gli-one, _Ca_gli-ostro, _Ca_gli-ari, moins peut-être _Bentivo_gli_o_ ou _Ta_gli_amento_. Quant à Broglie, de l’italien Broglio, il se prononce broille et, quelquefois brog-lie. Vintimiglia s’est francisé en Vintimille mouillé, afin de garder son accent.

[606] Voir page 43, note 1.

[607] Et surtout des noms propres: _Ke_h_l_, _Bœ_h_m_, _O_h_net_, _Fro_h_sdorf_, _Spo_h_r_: voir aussi page 39, note 1. Après i et u, qui ne peuvent guère se fermer, l’effet de h ne se sent plus que fort peu: _Schlemi_h_l_, Eckmühl.

[608] Pour sch, voir au CH, page 227; pour sh, voir à l’S, page 323.

[609] Voir ci-contre. _Ranela_gh se francise nécessairement à Paris. Malbrou(gh) se prononce quelquefois malbrouk, à tort.

[610] On peut ajouter que, même à l’intérieur des mots, l’h, évidemment inutile dans _r_h_éteur_ ou _At_h_ènes_, comme dans _mal_h_eur_ ou _in_h_abile_, peut encore jouer son rôle, soit en empêchant aussi la liaison comme dans _en_h_ardir_, soit en maintenant séparées des voyelles qui se fondraient sans cela, comme dans _a_h_uri_, _co_h_ue_, _de_h_ors_, _re_h_ausser_, _Ro_h_an_, _Ville_h_ardouin_. Il a même été ajouté pour ce motif dans un certain nombre de mots: _ca_h_oter_ et _Ca_h_ors_, _éba_h_ir_, _enva_h_ir_, et surtout _tra_h_ison_, qui devient souvent au XVIᵉ siècle traï-son, en deux syllabes. Ce n’est pas une raison cependant pour prononcer _ba_y_ut_ ou _ca_y_outchouc_, comme on fait quelquefois: c’est assez que la sauce mahonnaise soit devenue définitivement _ma_y_onnaise_.

Ce n’est pas tout; si, après une voyelle, l’hiatus est tout ce qui reste de l’aspiration, il n’en est pas tout à fait de même de la consonne articulée. Par h_asard_ se prononce bien comme par amour, sans doute à cause du grand usage qu’on fait de l’expression: ne dit-on pas, dans le peuple, _à l’_h_asard_ de la fourchette? Mais par h_auteur_ ne se confond pas avec par auteur, et avoir h_onte_ s’articule un peu autrement que fanfaron: il semble qu’après la consonne il y ait comme une espèce d’arrêt ou d’hésitation, une espèce d’hiatus, au sens de lacune. Cela est si vrai, qu’on entend parfois avoir honte, ce qui, évidemment, est excessif.

[611] On vient de voir que ceux même qui avaient un h en latin l’avaient perdu au moyen âge; ils l’ont repris depuis par réaction étymologique.

[612] C’est pourtant ce que fait malencontreusement Musset dans la Coupe et les Lèvres:

Capable de h_uiler_ une porte secrète.

[613] Hiéroglyphe n’est pas aspiré dans La Fontaine, Fables, IX, 8:

Ce sont ici hiéroglyphes tout purs;

on prononçait alors jéroglyphes, tout comme Racine prononçait Jérôme en écrivant Hiérosme, dans les Plaideurs, II, 4.

[614] Le mot hyène n’est pas dans le même cas que yacht, yak, yatagan, yole, yucca, youyou: nous avons vu plus haut, page 152 et suivantes, que ces mots, où l’y est semi-voyelle, sont toujours traités comme s’ils avaient un h aspiré, de même que oui dans certains cas, et quelques autres, particulièrement uhlan.

[615] Notamment dans ces mots sur lesquels on se trompe quelquefois: h_alle_, h_ameau_, h_anche_, h_anneton_, h_anter_, h_arasser_, h_ardi_, h_areng_, h_aricot_, h_arnais_, h_asard_, h_ibou_, h_ideux_, h_oche_, h_ochet_, h_omard_, h_onnir_, h_onte_, h_onteux_, h_oue_, h_oux_, h_oublon_. On se rappelle encore la «scie» du Moulin-Rouge: En voulez-vous de(s) zhomards? Ces erreurs ne sont pas nouvelles. Ainsi Scarron fait plusieurs fois l’h muet dans h_allebarde_, h_ardi_, h_asarder_, h_aïr_ ou h_aine_, sans compter une dizaine d’autres, et Voltaire dans h_arassé_. V. Hugo, dans les Gueux, a encore fait l’h muet dans h_aridelle_. Tous ces mots ont l’h aspiré. Pourtant, quand nous avons adopté récemment en géographie le mot h_interland_, nous lui avons fait l’h muet.

[616] Quelques h aspirés nous viennent aussi d’ailleurs. Ainsi l’italien nous a donné h_alte_; l’espagnol, h_âbler_ et h_amac_ (mais l’h est muet dans (h)idalgo, malgré Rostand, Cyrano, IV, 5, et dans (h)ombre); l’arabe, h_aschisch_, h_aras_, h_arem_, h_enné_, h_ouri_, h_ousse_; le hongrois, h_ongre_, h_ousard_ et h_ussard_ (mais h_eiduque_ a l’h muet); le tartare, h_orde_; le valaque, h_ospodar_. L’hébreu h_osanna_ a l’h muet au moins au singulier, et la liaison s’impose dans un h_osanna_; mais j’avoue que le pluriel serait gênant.

[617] Dans _ex_h_ausser_ (egzôcé), l’h est forcément devenu muet. On disait aussi _la maison d’_H_autefort_, et on dit encore, à Paris, _rue d’_H_auteville_, _rue d’_H_autpoul_.

[618] Mais il n’a pas été toujours aspiré: Scarron le fait toujours muet.

[619] De même dans h_oc_ et même h_ile_: pouvait-on dire l’hile?

[620] Notamment celles de h_aste_, h_âtier_, h_ernie_, h_erse_ et h_ercheur_. Pour certains mots, l’usage a varié. Ainsi Corneille aspire h_ésiter_ dans les premières éditions du Menteur, et il n’est pas le seul; Molière aspire h_ier_, et d’autres poètes aussi, jusqu’à Banville (il s’agit naturellement de hier, monosyllabe: voir sur ce point notre article sur les Innovations prosodiques chez Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire, 1913).

[621] Car il vient d’octo. Cet h a été mis devant uit, ainsi que devant uile (oléum), uis (ostium) et uître (ostrea), afin de distinguer ces mots de vit, vile, vis, vitre, à l’époque où l’u et le v n’avaient qu’un seul caractère dans l’impression, comme i et j; l’h marquait donc le caractère vocalique de l’u, et n’aspirait nullement ces mots.

[622] On prononce naturellement quatre-vingt-h_uit_ comme quatre-vingt-deux, et aussi cent-h_uit_, sans liaison. Mais Scarron dit fort bien, dans Don Japhet d’Arménie:

Mon cousin aux deux mille huitantième degré;

et Mendès fait un vers faux, en même temps qu’une faute d’orthographe, quand il dit à la fin d’Hespérus:

C’était le seize avril mille huit cent soixante.

[623] Le Dictionnaire général oublie l’h aspiré de h_éraut_, comme celui de h_ersé_ et h_ersage_; en revanche, il aspire mal à propos celui d’(h)anséatique, d’(h)umus et d’(h)urluberlu.

Il en est des noms propres comme des autres. Ceux qui sont d’origine latine ou grecque ont l’h muet: (H)arpagon, (H)ébé, (H)ébreux, (H)écate, (H)ippolyte, (H)orace, etc. Ceux qui sont d’origine germanique, et ce sont les plus nombreux, sont aspirés la plupart du temps: H_absbourg_, H_ainaut_, H_ampshire_, H_anovre_, H_erder_, H_ollande_, etc., etc., et aussi H_ottentots_, H_uns_, H_urons_, H_urepoix_. Il y a cependant une certaine tendance à supprimer leur aspiration. Ainsi l’h est muet dans (H)alifax, (H)amilton, (H)amlet, (H)astings, (H)ausmann, (H)ébrides, (H)écla, (H)ermann, (H)udson; a fortiori dans (H)arcourt, (H)arfleur et (H)onfleur, (H)autpoul, (H)éloïse, (H)enri, (H)érault, (H)ortense (et par suite hortensia), (H)yères, etc., et aussi dans (H)aïti. Il l’a été autrefois dans les expressions: toile d’(H)ollande ou fromage d’(H)ollande, point d’(H)ongrie et eau de la reine d’(H)ongrie; et Corneille écrit même, en prose, guerre d’(H)ollande, campagne d’(H)ollande. Mais cela n’a jamais passé pour nécessaire, et cela serait incorrect aujourd’hui. On ne saurait dire non plus, avec V. Hugo, dans la Marquise Zabeth:

C’est un de ces bouquets qu’on a pour trente sous Chez la fleuriste, au coin du pavillon d’Hanovre.

Je pense que les noms géographiques, comme Hanovre et Hollande, subissent moins facilement ce traitement que les noms de personne, même Jeanne (H)achette ou (H)amlet, déjà cité. C’est pourquoi on critiquera encore ce vers de V. Hugo, dans le Prélude des Quatre Vents de l’Esprit:

Il est l’âcre Archiloque et le Hamlet amer.

Henri a été longtemps aspiré, et Voltaire l’aspire régulièrement dans la H_enriade_. H_enriade_ est toujours aspiré, mais Henri ne l’est plus guère, et l’on dit avec élision: vive (H)enri IV! avec liaison: un (H)enri, deux (H)enri, c’est (H)enri. Pourtant le règne de H_enri IV_ n’est pas encore inusité. L’h d’(H)enriette est encore plus muet que celui d’(H)enri et depuis plus longtemps. On a autrefois repris Molière, au témoignage de Richelet, pour avoir dit:

Clitandre auprès de vous me fait son interprète, Et son cœur est épris des grâces d’Henriette. Les Femmes savantes, acte II, scène 3.

Aujourd’hui rien n’est plus naturel. Pour Hugo, l’usage n’est pas fixé.

[624] Dans les anciens textes, il ne se distingue pas typographiquement de l’i, mais il se prononce j tout de même.

[625] Aux noms propres français s’ajoutent naturellement les noms bibliques et anciens: J_acob_, J_aphet_, J_éhu_, J_ephté_, J_ourdain_, etc., y compris J_oachim_; J_apet_ (quelques-uns disent yapè), J_ason_ et J_ocaste_; J_anus_, J_ugurtha_, J_uvénal_, etc., et aussi J_ansénius_ ou J_ornandès_.

[626] De même dans l’italien _Bo_j_ardo_, _Porto-Ferra_j_o_, _Ghirlanda_j_o_, etc.; en tête des mots, dans l’allemand J_ahn_, J_ohannesburg_, J_ohannisberg_, J_ungfrau_, etc. (mais J_uliers_ est français); dans J_anina_, J_assy_ et _Sara_j_evo_, qu’on peut écrire aussi par un i; dans _Pr_j_evalski_, _Nordensk_j_œld_, _B_j_œrnstierne-B_j_œrnson_, J_onkœping_, _Solve_j_g_, etc. Dans _A_j_accio_, J_oconde_ et _Ma_j_orque_, le j est francisé, quoiqu’on prononce aussi Mayorque, à l’espagnole, dans le Midi (esp. Mallorca). On prononce aussi j dans J_agellons_, J_ava_, J_ordaëns_, J_utland_.

[627] Ou J_ames_, J_efferson_, J_ohn Bull_, J_ones_, J_ohnson_, etc. Mais J_enner_ et J_ersey_ sont francisés aussi bien que J_amaïque_. Le d s’écrit devant la chuintante dans les noms arabes: Dj_erba_, Dj_érid_, Dj_ibouti_, Dj_inns_, Dj_idjelli_, Dj_ur_dj_ura_ (écrit quelquefois J_ur_j_ura_), Al-Dj_ézireh_, etc., et aussi quelquefois dans Dj_aggernat_. Le j espagnol a un son guttural que nous n’avons pas l’habitude de conserver, notamment dans J_uan_, qui est francisé, et dans J_uarez_. On sait que ce j est la même lettre que l’x de X_érès_ ou X_iménès_, que nous prononçons k.

[628] De même _Yor_k, _Cor_k: et même après une nasale: _Mon_k.

[629] _De_kk_an_ s’écrit aussi _De_cc_an_, et les deux k s’y prononcent.

[630] Beaucoup de noms bretons commencent par Ker, qui signifie maison.

En anglais, au commencement des mots, kn se prononce n: (k)night, (k)nox, (k)nock-out.

[631] Pendant longtemps pluriel s’est écrit et prononcé plurier, par une fausse analogie avec singulier; mais cette orthographe a disparu depuis Vaugelas, et la prononciation en é, qui a continué quelque temps, s’est accommodée par la suite à l’écriture.

[632] Au XVIᵉ siècle, les mots col, fol, sol, n’étaient déjà plus que des graphies conventionnelles pour cou, fou, sou, et se prononçaient par ou, même devant les voyelles. On conte qu’un jour un instituteur reprit un écolier qui prononçait col, en l’invitant à prononcer comme s’il y avait un u, et l’écolier, docile, mit un u à la place de l’o. La prononciation par ol a été reprise depuis dans certains cas, pour des raisons d’euphonie, et même il est arrivé que col et cou ont fait deux substantifs différents. Pour -eul, il y a eu des exceptions, mais elles ont disparu: par exemple, on a dit long-temps linceu(l), filleu(l), tilleu(l), sans parler des l qu’on ajoutait à cheveu(l) ou moyeu(l). D’autre part, la finale -eul a été souvent mouillée comme dans Choiseul, et l’est encore dans Santeul; dans les noms communs elle est devenue -euil en pareil cas: ainsi chevreuil et écureuil, venus de chevreul (qui est resté comme nom propre) et d’écureul. D’autre part, linceul tend aujourd’hui encore à devenir linceuil. Dans Voltaire (Henriade, IV, 449-450), Bayeul rime avec Longueil, et Delille fait rimer chèvrefeuil avec tilleul (Paradis perdu, IV).

[633] Tapecu s’écrit même sans l. Mais l’l se prononce dans culbute, qui ne fait qu’un mot, autrefois culebute. Dans les noms propres, l’l final se prononce toujours, y compris les mots en -oul, _Arnou_l, _Fortou_l, _Hautpou_l, _Mâchecou_l, _Mossou_l.

[634] De même _Du Barra_il, _Du Fa_il, _Ga_il, _Montmira_il (le Montmirail de la Marne se prononce rèle, et celui de la Sarthe ral), _Corbe_il, _Verce_il, _Foucher de Care_il, _Verneu_il, _Auteu_il, _Bourgue_il; voir aussi page 92, note 4.

[635] Mais à quoi bon, puisqu’on ne dit pas _dé_rèl_er_?

[636] Et quelques noms propres, comme _Ni_l, _Anqueti_l, _Myrti_l, _Daumesni_l, _Brési_l, etc.

[637] L’l final se mouillait tout seul, même après d’autres voyelles que l’i: on vient de le voir pour la finale -eul. Rueil aussi est issu de Ruel.

[638] Ce changement a dû être aidé par le fait que le son mouillé semblait à tort nécessiter deux l.

[639] Il y en a même un qui a perdu complètement son l: c’est émeri. Le même phénomène s’est produit dans pou(il), genou(il), verrou(il), malgré pouilleux, agenouiller, verrouiller, à côté de _fenou_il, qui a repris et gardé le sien.

[640] Domergue distingue encore entre genti(l) garçon sans l et _les genti_l(s) avec l mouillé.

[641] _Méni_l avait aussi amui son l, qui revit ordinairement dans _Méni_l_montant_, comme dans _Daumesni_l ou _Dumesni_l.

[642] Le pédantisme qui a essayé de ressusciter _mou_l_t_ n’a pas manqué d’y prononcer aussi toutes les consonnes, et cela par pure ignorance.

[643] L’l ne se prononce pas non plus dans beaucoup de noms propres, notamment dans les noms en -auld et -ault, -ould et -oult, comme La Rochefoucau(ld), Châtellerau(lt), Arnou(ld), Guérou(lt), avec Yseu(lt); de plus, Chau(l)ne, Au(l)nay, Au(l)noy, Pau(l)mier, Pau(l)my, Fau(l)quemont, Gau(l)tier, de Sau(l)cy, et autres pareils, où cet l a été rétabli abusivement par les étymologistes du XVIᵉ siècle, qui ne le reconnaissaient pas dans l’u. On prononce également Be(l)fort, au moins dans l’Est. Mais on prononce l’l dans _Fou_l_ques_ et dans _Montgo_l_fier_. Pour Sainte-Menehould, les avis sont très partagés: mene-ou et mene-oul ont des partisans, même locaux, à côté de menou, qui est la vraie tradition: seul le d paraît n’être encore jamais admis.

[644] On sait que, dans un mot comme faulx, l’l du latin est représenté trois fois: une première fois dans l’x, qui n’est un x que par une confusion d’écriture due au moyen âge, où x remplaçait us; une seconde fois par l’u, qui n’est qu’un l vocalisé; une troisième fois par l’l. Ainsi chevals est devenu _cheva_x pour _cheva_us, puis _cheva_ux, puis même pendant quelque temps _cheva_ulx. Dans aulne et faulx, et aussi dans Chaulne et autres, cet l a la même valeur que dans chevaulx.

[645] Ni rou-l_ier_ avec rouiller, fourmi-l_ier_ avec fourmiller, fusi-l_ier_ avec fusiller, pi-l_ier_ avec piller, ou même _ra_ll_ier_ avec railler. Mais on dit indifféremment arcade sourci-l_ière_ ou sourci-y_ère_: cette exception est justifiée par le voisinage de sourcilleux ou sourciller, qui ont les ll mouillés, sans compter que celui de sourci(l) le fut aussi jadis. D’autre part, il y avait autrefois un verbe rouiller, sans rapport avec rouille: on disait rouiller les yeux; ce verbe s’est confondu avec rou-l_er_.

[646] Que Michaëlis et Passy mettent consciencieusement sur le même pied que celui, de même qu’ils acceptent mi-l_ieu_ et mi-y_eu_, fami-l_ier_ et fami-y_er_, etc.

[647] Enregistré aussi par Michaëlis et Passy.

[648] On a vu plus haut des cas analogues, à propos de l’e muet: voir pages 182 et 183.

[649] On évitera aussi le changement de l en n, comme dans _ca_n_eçon_ et n_entilles_, qui sont fort anciens tous les deux; ou encore l’agglutination de l’article avec le mot, phénomène qui nous a donné landier, lendemain, lendit, lierre, lingot, loriot, luette, mais non lévier: ce serait assurément tout aussi naturel, mais le mot évier a été jusqu’à présent plus heureux que les autres, et on fera bien de laisser le lévier à la cuisinière.

[650] De même dans les noms propres: _Noa_ill_es_, _Versa_ill_es_, _Corne_ill_e_, _Marse_ill_e_, etc., _Ba_ill_et_, _Ba_ill_y_, _Neu_ill_y_, etc., avec _Pau_ill_ac_.

[651] Autrefois il y en avait bien davantage, par exemple genti(l)le avec genti(l)lesse, angui(l)le et pasti(l)le, qu’on ne connaît plus du tout, avec camomi(l)le et Cami(l)le, qu’on n’entend plus que très rarement.

[652] Avec les noms en =-ylle=, également savants, siby(l)le, idy(l)le, chlorophy(l)le et psy(l)le.

[653] Il y avait aussi imbéci(l)l_e_ qu’on a réduit à imbécile: pourquoi pas aussi bien tranquile?

[654] La prononciation non mouillée de ville s’est naturellement transmise à tous les noms propres dont il fait partie, et à d’autres aussi par analogie: Chavi(l)l_e_, Navi(l)l_e_, Grévi(l)l_e_, Latouche-Trévi(l)l_e_, Bellevi(l)l_e_, Tocquevi(l)l_e_, Boutevi(l)l_e_, Calvi(l)l_e_, Chervi(l)l_e_, etc., comme Vi(l)l_efranche_, Vi(l)l_edieu_, Vi(l)le_hardouin_, Vi(l)l_eneuve_, etc. Il s’est même produit ici un phénomène inverse de celui qui se produit d’ordinaire: un mot à finale mouillée qui a cessé de se mouiller. C’est assurément la prononciation de _vi_ll_e_, qui a fait altérer celle de _Sévi_ll_e_, quoiqu’il n’y ait aucun rapport entre eux. L’espagnol mouille Sevilla, et Corneille, dans le Cid, ne s’y trompe pas: il fait rimer _Sévi_ll_e_ avec _Casti_ll_e_ et non avec vi(l)l_e_ (voir acte II, scène 6). Or aujourd’hui les chanteurs parlent du Barbier de Sévi(l)l_e_, et la Comédie-Française en fait autant. C’est, en somme, une grave erreur, et tant que l’espagnol sera là pour maintenir le son véritable, j’estime qu’on doit essayer de faire prévaloir la prononciation correcte, qui est mouillée. Je pense qu’il faut mouiller de même _Survi_ll_e_. Le son mouillé s’est d’ailleurs maintenu dans deux mots de la langue en -ville: _chevi_ll_e_ et _recroquevi_ll_e_.

Aux noms propres en -ville, il faut joindre I(l)l_e-et-Vilaine_, Achi(l)l_e_, Cyri(l)l_e_, Deli(l)l_e_, Gi(l)l_e_, pris souvent comme nom commun, Li(l)l_e_, qui est mis pour l’île, et Li(l)l_ebonne_, Mabi(l)l_e_, Régi(l)l_e_, Exi(l)l_es_, avec Trasy(l)l_e_ et Bathy(l)l_e_. Faucilles est confondu à tort avec le nom commun _fauci_ll_e_, et devrait s’écrire Fauciles, mais il est difficile de réagir, étant donnée l’orthographe.

[655] Ajouter la plupart des noms propres: _Auri_ll_ac_, _Bi_ll_aut_, _Bi_ll_ot_, _Bi_ll_y_ ou _Debi_ll_y_, _Bobi_ll_ot_, _Chanti_ll_y_, _Condi_ll_ac_, _Genti_ll_y_, _Gui_ll_aume_, _Gui_ll_aumet_, _Gui_ll_eragues_, _Gui_ll_ot_, _Gui_ll_otière_, _Gui_ll_otin_ (et _gui_ll_otine_), _Mari_ll_ac_, _Mi_ll_ot_, _Mi_ll_y_, _Si_ll_é_, _Si_ll_ery_, _Ti_ll_y_, _Vari_ll_as_, _Vi_ll_eurbanne_, et tous les noms en -illon, sauf Di(l)l_on_, qui n’est pas français, mais y compris _Vi_ll_on_. Il est vrai que Vi(l)l_on_ est, en fait, beaucoup plus répandu aujourd’hui, toujours à cause de _vi_ll_e_, comme pour _Sévi_ll_e_; mais _Vi_ll_on_ est sans rapport avec _vi_ll_e_, et d’autre part ce poète fait toujours rimer son nom, non pas avec des mots en -lon, mais avec des mots en -illon (i-yon). Il y a donc là une erreur qu’on doit corriger, puisqu’il s’agit d’un nom propre dont le son est toujours vivant dans les vers du poète, et que, d’ailleurs, ce nom suit tout simplement la règle générale. C’était aussi l’avis de Gaston Pâris.

[656] J’en puis dire autant pour _Santi_ll_ane_ et _Meli_ll_a_, qu’on ne mouille guère, sous prétexte que ce sont des noms étrangers, et qu’on devrait mouiller. Pourtant on mouille ordinairement _Zori_ll_a_ et _Muri_ll_o_.

[657] Voir plus haut, page 190, ce qui a été dit de fuyions, fuyiez.

[658] Pourtant cu-ill_er_ et cu-ill_erée_ prononcés par u ne sont pas très rares; quelques-uns même prononcent keu-yèr, mais ceci est détestable.

[659] De même qu’on prononce Ju-ill_y_ et non Jui-ll_y_. Sans l’i, on prononcerait ju-let et ju-ly. Ainsi les ll de _Su_ll_y_ sont mouillés dans la prononciation locale (Bourgogne), et Domergue les mouille encore; mais faute d’i, Su-ly a prévalu en histoire, comme dans le prénom. D’autre part Boilly se prononce boi-yi.

L’exemple de Sully montre que l’i n’était pas plus nécessaire autrefois pour mouiller l’l double que pour mouiller l’l final; et _Bernou_ll_i_ se prononce en mouillant, comme _o_ll_a podrida_, qui a donné oille (o-ye) en français. Oille est d’ailleurs le seul mot de cette finale, car La Trémoille se prononce et peut s’écrire La Trémouille, et Maroi(l)l_es_ n’est pas mouillé. En espagnol, l’l double est aussi mouillé sans i, et beaucoup de personnes, même en France, mouillent correctement _Va_ll_adolid_, comme s’il y avait un yod: cf. _Ma_ll_orca_, qui est Majorque, prononcé mayorque dans le Midi.

[660] C’est probablement le voisinage de mille et ville, qui a permis à Mi(l)l_ais_, Mi(l)l_et_, Mi(l)l_erand_, Mi(l)l_evoye_, Mi(l)l_in_, à Vi(l)l_ars_, Vi(l)l_aret-Joyeuse_, Vi(l)l_èle_, Vi(l)l_emain_, Vi(l)l_ette_, Vi(l)l_oison_, Vi(l)l_emessant_, Vi(l)l_ers_, Vi(l)l_ers-Cotterets_, Vi(l)l_ersexel_, etc., de se maintenir sans se mouiller. De même Li(l)l_ers_. On ne mouille pas non plus les noms en -viller à r sonore: Bischvi(l)l_er_, Bouxvi(l)l_er_, Frœschvi(l)l_er_, Guebvi(l)l_er_; et on a tort trop souvent de mouiller les noms en -villier (vilié et non vi-yé): Vi(l)l_iers_, Aubervi(l)l_iers_, Beauvi(l)l_iers_, Brinvi(l)l_iers_, Cuvi(l)l_ier_, etc., auxquels se joignent I(l)l_iers_ et Baraguay d’Hi(l)l_iers_, avec Largi(l)l_ière_ ou La Vri(l)l_ière_. Dans _Mi_l-l_esimo_, _Vi_l-l_afranca_, _Vi_l-l_aréal_ ou _Vi_l-l_aviciosa_, on prononce les deux l.

[661] De même dans _I_l-l_yrie_ ou _I_l-l_inois_, comme dans _Amary_l-l_is_ ou _Sy_l-l_a_, l’l double ne se mouillant pas après un y. On ne mouille pas non plus Pi(l)l_nitz_ ou Gri(l)l_parzer_.

[662] C’est cette analogie même qui a contribué à réduire à un les deux l, qu’on prononce en italien; c’est à tort que le Dictionnaire général maintient les deux l en français, sans doute au nom de l’étymologie.

[663] Michaëlis et Passy eux-mêmes sont obligés de faire de graves concessions. Nous irons plus loin: au lieu d’examiner les cas où la lettre se prononce double, nous énumérerons ceux où elle se prononce simple, qui sont les moins nombreux.

[664] On dit aussi avec un seul l: A(l)l_ainval_, A(l)l_ard_, A(l)l_ier_, Ca(l)l_ot_, Ga(l)l_et_, Ga(l)l_ifet_, Ga(l)l_i-Marié_, et, en général, les noms propres français et allemands, et aussi Wa(l)l_ons_; on dit même le plus souvent Sa(l)l_uste_, quoique cette réduction soit rare dans les noms propres anciens, et aussi Walha(l)l_a_.

[665] Et aussi dans Be(l)l_ey_, Du Be(l)l_ay_, que beaucoup de gens écorchent, sans compter les dictionnaires, dans Be(l)l_eau_, Be(l)l_one_, Be(l)l_une_, De(l)l_ys_, Ke(l)l_ermann_, Pe(l)l_isson_, Le Te(l)l_ier_, et, par suite, papier te(l)l_ière_. L’l reste double dans les noms italiens: _Be_l-l_ini_, _Paësie_l-l_o_, _Zingare_l-l_i_. Je rappelle que l’e reste muet, et par conséquent l’l simple dans Chaste(l)l_ain_, Eve(l)l_in_, Ge(l)l_ée_, More(l)l_et_ et Montpe(l)l_ier_.

[666] Avec Bertho(l)l_et_, Co(l)l_é_, Co(l)l_ot d’Herbois_, Ho(l)l_ande_, Mio(l)l_is_, Ro(l)l_in_, Ro(l)l_on_, et ordinairement Champo(l)l_ion_, parfois même Po(l)l_ux_, quoique ancien.

[667] Et aussi Lu(l)l_y_ ou Su(l)l_y_.

[668] Le pronom de la troisième personne est, en effet, i tout court, pour le peuple: i(l) vient, sauf devant un l; donc, à i ll’a, correspond tu ll’as.

[669] Tandis que Ll_orente_ se prononce liorante.

Il convient de distinguer ll anglais, qui se prononce l, de ll catalan (y compris les Basses-Pyrénées), qui fait li.

[670] Ni L(h)éritier ou L(h)omond ou L(h)uillier; mais on mouille les noms méridionaux. Et il faut noter que, là encore, après a, e, u, un i s’intercale entre la voyelle et l’l: à côté de _Paladi_lh_e_, _Mi_lh_au_, _Mari_lh_at_, _Jumi_lh_ac_, on a _Ca_ilh_ava_, _Ga_ilh_ard_, _Parda_ilh_ac_, _Parda_ilh_an_, _Me_ilh_ac_, _Me_ilh_an_, _Tre_ilh_an_, _Bou_ilh_et_, _Genou_ilh_ac_. Toutefois, là non plus, l’i n’était pas nécessaire, et il est souvent ajouté: _Parda_ilh_ac_, par exemple, s’écrivait _Parda_lh_ac_; seulement jamais les Parisiens ne mouilleront lh sans i, et on ne prononce pas _No_lh_ac_ autrement que _no_l_ac_. Je pense que _Greffu_lh_e_ est dans le même cas. Pour le groupe -gli-mouillé, voir plus haut, page 246.

[671] Voir pages 129-130, et pour Joachim, page 225, note 2.

[672] De même _Ha_m, _Abraha_m ou _Pria_m, _Ozana_m ou _Anna_m, _Jérusale_m ou _Château-Yque_m, _Ephraï_m ou _Arni_m, _Herculanu_m ou _Epso_m. A fortiori _Malco_lm.

[673] Voir encore page 129, note 2. Le b ou le p ne font pas forcément nasaliser certains mots étrangers, comme _Be_m_bo_, _Le_m_berg_, _Pe_m_broke_, _Scho_m_berg_ et _Schau_m_bourg_, _Ki_m_berley_, et autres moins connus. Voir les noms nasalisés, pages 135, note 1, 144, note 2, 146, note 3, 148, note 4, et 149, note 1.

[674] Ce sont presque tous des mots latins, ou des noms propres étrangers: _Fla_m_steed_, _Ka_m_tschatka_ et _Ka_m_tschadales_, _Ra_m_say_, _Ra_m_sès_, _Ra_m_sgate_; _E_m_den_, _E_m_s_, _Kre_m_lin_, _Me_m_ling_, _Ne_m_rod_, _Pote_m_kin_, _Se_m_lin_, _Tle_m_cen_; _Hi_m_ly_, _Ti_m_gad_; _Cro_m_well_, _O_m_sk_ et _To_m_sk_, etc.

[675] Hymne rimait avec -ine ou -inne, et Ronsard écrit volontiers hynne ou hinne. Il en était de même de di(g)ne ou si(g)ne: voir plus loin, au chapitre de l’N.

[676] Sur ce mot, voir page 75.

[677] De même dans _Agame_m-n_on_, _Clyte_m-n_estre_, _Co_m-n_ène_, _Vertu_m-n_e_.

[678] Ch. Nyrop cite l’anecdote suivante: «On demandait à une dame comment elle se portait.--Oh! répondit-elle, je souffre beaucoup d’un rhumatisse.--En ce cas-là, Madame, lui répondit-on, faites beaucoup d’exercisme.»

[679] Voir plus haut, page 132.

[680] Naturellement on dit _E_m-m_a_ ou _E_m-m_aüs_, mais plutôt E(m)m_anuel_, comme E(m)m_elines_ et Je(m)m_apes_.

[681] Le Dictionnaire général indique l’m double dans tous et même dans _gra_m-m_aire_, ce qui est un peu surprenant. On ne prononce généralement qu’un m dans Gra(m)m_ont_ ou La(m)m_ermoor_, mais deux dans _A_m-m_ien_, _A_m-m_on_, _A_m-m_onites_, _Ci_m-m_ériens_, _Sy_m-m_aque_.

[682] D’ailleurs, pour conserver la nasale, on devrait écrire plutôt in-mangeable, comme on écrit inlassable (exemple unique et déplorable, encore inconnu des dictionnaires), à côté de _i_l-l_isible_ et _i_l-l_ogique_, qui pourtant ont été formés directement, eux aussi, sur des mots français. Puisque l’occasion s’en présente, je voudrais joindre ma protestation à celle d’Émile Faguet contre l’intrusion extraordinaire de ce barbarisme inutile, à la place d’infatigable, qui était excellent. Mais c’est un fait qu’on ne peut plus, aujourd’hui, ouvrir un livre ou un journal sans y trouver inlassable ou inlassablement, et qu’infatigable a complètement disparu. Qui nous dira pourquoi?

[683] Le Dictionnaire général, qui admettait les deux m dans _gra_m-m_aire_, les refuse dans ces deux mots. Ajoutons que, dans les cafés, on entend souvent _conso_m-m_ation_, ce qui est fort prétentieux.

[684] Et aussi dans Co(m)m_ines_, Co(m)m_entry_, Co(m)m_ercy_, Co(m)m_inges_.

[685] Voir au chapitre des nasales, page 138, note 1.

[686] _Ade_n, _Anderse_n, _Backhuyse_n, _Bade_n, _Barme_n, _Bayle_n, _Beethove_n, _Berge_n, _Brocke_n, _Carme_n, _Chephre_n, _Cobde_n, _van Dieme_n, _Dryde_n, _Gretche_n, _Hohenstauffe_n, _Ibse_n, _Mommse_n, _Niebelunge_n, _Nieme_n, _Pose_n, _Reischoffe_n, _Thorwaldse_n, _Tlemce_n, _Yéme_n, etc., avec _Anne de Boley_n. On peut y joindre au besoin Haydn, qu’on prononce quelquefois _Hayde_n: il paraît qu’Haydn a signé une fois Hayden; mais cette prononciation est aujourd’hui surannée. Les moins connus de ces noms propres en -en doivent se prononcer de préférence à l’allemande, c’est-à-dire en faisant à peine entendre l’e: Meining(e)n et même, Niebelung(e)n. Dans Wi(e)sbade(n), l’n ne se prononce pas.

[687] _Ahrima_n, _Flaxma_n, et surtout les noms en -mann, bien entendu.

[688] Voir au chapitre des nasales, page 146, note 1.

[689] Voir au chapitre des nasales, page 148. A l’époque où la consonne finale se prononçait dans tous les noms de nombre, y compris deux et trois, elle se prononçait aussi dans un, sous la forme eune, d’abord; aujourd’hui encore, on marque la mesure par une, deux, ce qui est certainement un reliquat de l’ancienne prononciation de un.

[690] L’=n= n’est final après consonne que dans quelques noms propres. Or il est muet dans la prononciation locale de Tar(n) et Béar(n). Mais cette prononciation ne s’est pas imposée au reste de la France, et les personnes instruites, originaires de la région où coule le Tarn, prononcent couramment Tarne, et surtout Tar-net-Garonne. De même _Elor_n, et, a fortiori, les noms étrangers, _Hor_n, _Paderbor_n, _Sever_n ou _Lincol_n. Cependant les maisons nobles de Béar(n) et d’Isar(n) continuent à omettre l’n.

[691] Voir encore au chapitre des nasales, pages 138 et 139.

[692] Et encore pas toujours: voir page 132. Mais il est distinct dans beaucoup de noms étrangers, comme _Sta_n_ley_, _Be_n_tivoglio_, _Appe_n_zell_: voir au chapitre des nasales, pages 135, 145, 146, 149.

[693] De même _Logro_ñ_o_ ou _Angra-Peque_ñ_a_. En portugais, le même son est représenté par nh, et señor s’écrit _se_nh_or_; il faut donc mouiller _Mi_nh_o_ ou _Tristan da Cu_nh_a_.

[694] On ne saura jamais pourquoi tel verbe est en -onner et tel autre en -oner.

[695] Et aussi dans les noms anciens: _Ha_n-n_on_, _Pa_n-n_onie_, _Pe_r_pe_n-n_a_, _Porse_n-n_a_, _Se_n-n_aar_, _Se_n-n_achérib_, _Ape_n-n_ins_, _E_n-n_ius_, _Bre_n-n_us_, _Ci_n-n_a_, _Cinci_n-n_atus_, _Eri_n-n_ye_, etc. Toutefois A(n)nibal est tellement connu qu’on y prononce généralement l’n simple. L’n est encore double assez souvent dans _A_n-n_a_, _A_n-na_am_, _A_n-n_apolis_, _Sa_n-n_azar_, _Li_n-n_é_, _Co_n-n_ecticut_, _Yu_n-n_an_, etc. L’n est simple dans A(n)nonay, A(n)nunzio, Je(n)ner, Je(n)ny, Te(n)nyson, Fi(n)nois, Co(n)naught.

[696] Voir pages 244-245. On mouille donc par exemple dans _Bor_gn_is-Desbordes_, _I_gn_ace_, _Lusi_gn_an_, _Mari_gn_an_, _Ma_gn_ésie_, _Ma_gn_y_, _Mari_gn_y_, etc., et dans les noms italiens comme _A_gn_adel_, _Foli_gn_o_, _Le_gn_ano_, _Mante_gn_a_, _Masca_gn_i_, _Orca_gn_a_, _Si_gn_orelli_, etc., et _Pu_gn_o_.

[697] Voir pages 48 et 87. La graphie de gn mouillé a été aussi ngn: c’est ainsi qu’on écrivait ivro-ngne; on sait que gagner s’écrivait aussi bien ga-ngner que gai-gner, voir même gai-ngner. Le groupe ngn s’est conservé dans Boullo-ngne, sans nasaliser l’o; mais on prononce aujourd’hui Bron-gnart.

[698] Quoique les poètes fassent très bien rimer ce mot avec les mots en nie.

[699] Ceci reste d’un temps où l’on prononçait si(g)ne et di(g)ne, mali(g)ne et béni(g)ne, et même cy(g)ne, qui rimaient avec -ine, ainsi que hy(m)ne. On sait que dans les armes parlantes de Racine, il y avait un rat et un cygne, et l’on se rappelle sans doute qu’il eût préféré un sanglier! Jusqu’au XVIIIᵉ siècle, on prononça si(g)ner et assi(g)ner. On prononça de même Re(g)nard jusqu’au XIXᵉ siècle, et Re(g)naud, comme co(g)noistre. Mais tandis que le g de _co_g_noistre_ disparaissait de l’écriture, les noms propres gardaient le leur; aussi leur est-il arrivé le même accident qu’à Montaigne: l’orthographe a altéré leur prononciation. Aujourd’hui Re(g)nard ne se comprendrait plus; encore n’est-ce pas un motif pour changer l’e muet en e fermé, et dire _R_é_gnard_ pour _R_e_gnard_, comme il arrive trop souvent: nous avons déjà vu cela, page 170.

[700] Malgré le Dictionnaire général.

[701] De même Fécam(p), Decam(ps), Guingam(p), Loncham(p), Descham(ps), Cham(p)cenetz, Cham(p)fleuri, et aussi Cham(p)meslé et autres pareils, et encore Dupanlou(p) et Tro(p)long. Mais le p se prononce dans _Cham_p_lain_.

[702] Et _Ga_p. Mais il n’y a pas si longtemps qu’on disait encore un ce(p) de vigne, à cause de la consonne qui suit.

[703] Avec _Ale_p ou _Trom_p, a fortiori _Ra_pp ou _Kru_pp, sans compter _Le Ca_p, bien entendu.

[704] Il a été muet même dans Égy(p)te ou sce(p)tre, et on a prononcé quelque temps conce(pt), ra(pt) et abru(pt): cf. succin(ct), exa(ct), respe(ct), etc. Il était muet aussi dans nie(p)ce et no(p)ce, dans e(s)cri(p)ture et aussi dans a(p)vril et ne(p)veu, où il n’avait que faire, ce qui ne l’a pas empêché de se maintenir dans Lene(p)veu. Le p initial a aussi été longtemps muet dans (p)saume et (p)sautier (cf. tisane et Phalsbourg, où il est tombé): on disait surtout, et même on écrivait les Sept Seaumes, si bien que quelques-uns, au témoignage de Henri Estienne, en vinrent à dire un sesseaume, ce qui en somme n’est pas plus extraordinaire que de dire un cent-garde. Aujourd’hui le p initial tombe parfois, mais très familièrement, dans un (p)’tit gars et autres expressions pareilles.

[705] Y compris Saint Jean-Ba(p)tiste et Anaba(p)tiste.

[706] Je ne sais où Michaëlis et Passy ont entendu ces mots sans p. Ajouter, naturellement, _Se_p_timanie_ et _Se_p_time-Sévère_.

[707] Malgré Michaëlis et Passy.

[708] Ces mots sont peut-être les seuls qu’indique le Dictionnaire général. Notons pourtant qu’on prononce fort bien hi(p)podrome, hi(p)p_opotame_ et Hi(p)p_olyte_ avec un seul p.

[709] Le p se double ordinairement dans _A_p-p_ien_, _A_p-p_ius_, _Phili_p-p_iques_, dans _Maze_p-p_a_, dans les mots italiens comme _Be_p-p_o_, jamais dans Co(p)pée, ni par suite dans Co(p)pélia, ni dans Co(p)pet.

[710] Pourquoi pas filosofie aussi bien que fantaisie?

[711] Notamment dans co(q) d’Inde, aujourd’hui remplacé par dinde ou plutôt par dindon; mais on a presque toujours dit _co_q de bruyère. Au pluriel, on disait des cô.

[712] Voir ce qui est dit de neuf, page 233: cinque francs, très répandu, est particulièrement désobligeant pour une oreille délicate. On distingue aujourd’hui _cin_q mars, qui est la date, et Cin(q)-Mar(s), nom propre, qui a conservé la prononciation traditionnelle. Dans _Lecoc_q, _Lestoc_q, _Vic_q-d’Azyr, _Ourc_q, et autres, le q ne change rien au c, et dans Lecler(cq), ils ne se prononcent ni l’un ni l’autre.

[713] Dans piqûre, sous prétexte de pas mettre deux u de suite, on a fondu ensemble celui du groupe qu et celui du suffixe -ure.

[714] Voir plus haut, p. 241. On évitera plus encore de prononcer t ou ti pour q, surtout dans qui suivi d’une voyelle, comme dans cintième!

[715] Outre les mots latins, _quin_qu_ennium_, _tu quo_qu_e_, _in utro_qu_e jure_, _cui_qu_e suum_, etc.

[716] On prononce ké dans tous les noms propres français et la plupart des étrangers, comme Qué_bec_ ou _Albu_que_rque_. Il y a pourtant un nom français où l’on prononce très souvent l’u: c’est _Q_u_ercy_; or il est fort rare qu’on le prononce dans Q(u)ercinois, même quand on le fait dans _Q_u_ercy_: n’est-ce pas kerci qu’on devrait dire, et que vient faire ici cette prononciation savante ou étrangère? On prononce encore l’u dans _Q_u_eretaro_, _S_u_sq_u_ehannah_, _Torq_u_emada_, mais plus guère dans _Angra-Peq_u_eña_ ou _Anteq_u_era_. L’u se prononce ou dans _Q_u_eensland_ et tous les composés de queen, et aussi dans _q_u_etsche_, qui est plus allemand que français.

[717] Que Michaëlis et Passy consentent à réduire à trois syllabes: ob-sé-kyeu!

[718] On prononce sans u tous les noms français: Aq(u)itaine, Créq(u)i, Esq(u)irol, Forcalq(u)ier, Montesq(u)ieu, Q(u)iberon; tous les noms en quin, y compris Tarq(u)in, Thomas d’Aq(u)in ou le Dominiq(u)in; tous les noms commençant par Quin- (sauf _La Q_u_intinie_), etc., et aussi Esq(u)imaux, et même Chuq(u)isaca, ou Q(u)ito. On fait entendre l’u dans les noms latins: _Esq_u_ilin_, _Q_u_intus_, _Q_u_irinal_, _Q_u_irinus_ et _Q_u_irites_, _Tanaq_u_il_ et _Tarq_u_inies_, malgré Tarq(u)in, et aussi _Q_u_inte-Curce_ et _Q_u_intilien_, qui ont été longtemps francisés; mais on prononce généralement Aq(u)ilée sans u. On prononce encore l’u dans les noms étrangers, _Aq_u_ila_, _Aréq_u_ipa_, _Esseq_u_ibo_, _Esq_u_iros_, _Iq_u_ique_.

[719] Parce que, même en latin, nous le prononçons ainsi, de même que quum s’articule come. Il est vrai que quelques-uns le prononcent depuis quelque temps cuo ou couo, je ne sais pourquoi: tant que notre manière détestable de prononcer le latin se maintiendra, c’est co qui existe seul, notamment dans Q(u)o vadis.

[720] Malgré Michaëlis et Passy.

[721] Du temps où florissait la loterie, q(u)aterne était trop populaire pour se prononcer avec ou. D’autre part, dans les mots qui commencent par quinqua, l’u ne peut guère se prononcer dans la seconde syllabe autrement que dans la première: il y faudrait un effort qu’on ne fait pas, et c’est deux fois u qu’on entend le plus souvent.

[722] L’u se prononce également ou dans les mots latins _Q_u_ades_, _Q_u_adrifrons_, _Séq_u_anes_ ou _Séq_u_anaise_, _Torq_u_atus_, et aussi dans _Brown-Séq_u_ard_, _Griq_u_aland_, _don Pasq_u_ale_ ou _Q_u_arterly-Review_.

[723] Pendant très longtemps l’r a été muet dans les mots en =-ir=, =-oir= et =-eur= à féminin -euse (probablement par confusion entre -eur et -eux). Etienne Tabourot, sieur des Accords, raconte, dans ses Bigarrures et Touches, qu’il a vu une enseigne, d’opticien sans doute, représentant des chats qui sciaient du bois, ce qui signifiait clairement: Aux chats scieux. Ce sont probablement les infinitifs en -ire et -oire qui ont provoqué la reviviscence de l’r dans ceux en -ir et -oir: seul sortir, pris substantivement, a résisté quelque temps. Quant aux mots en -eur, ce sont les grammairiens qui ont rétabli l’r, en distinguant le langage familier du langage soutenu, où ils exigeaient l’r partout; mais l’ancienne prononciation n’avait pas encore disparu du bon usage après la Révolution: «Un porteu, un porteu d’eau, le procureu du roi, c’est, dit Domergue, la prononciation de l’afféterie ou de l’ignorance.» Elle ne subsiste plus aujourd’hui que dans monsieu(r) et messieu(rs); mais péteux et oublieux ne sont qu’un reliquat de l’ancienne prononciation, ainsi que faucheux, doublet de faucheur. Pour piqueur, voir plus haut, p. 94. Dans les mots en -ar, -air, -or, -ur et -our, l’r s’est toujours prononcé. Cependant on a dit o(r) ça; on a aussi supprimé l’r dans pour: Tabourot, dans ses Bigarrures, assimile poulets trépassés à pou(r) les trépassés; et le peuple fait encore volontiers cette suppression, ainsi que dans bonjou’ M’sieu. Quant à su(r), qu’on entend encore dans le peuple devant un l (su l’ banc, su l’ journal), il est possible qu’il vienne de sus plutôt que de sur.

[724] Il s’y est longtemps prononcé, et avec é fermé: _aimé_r. Et même l’r était tombé dans les autres infinitifs, comme dans les mots en -oir et -eur, avant de tomber dans les infinitifs en -er. Et justement il a revécu partout, tandis qu’il achevait de tomber dans les infinitifs en -er, sauf à la rime, où on ouvrait l’e.

[725] Où l’s n’est que la marque du pluriel. On y ajoute poulaille(r) et oreille(r), qui ont perdu leur i dans l’orthographe, tandis que quincaillie(r), joaillie(r) et les autres le gardaient: la prononciation est d’ailleurs la même. Au contraire cuiller, qui avait aussi le suffixe -ier à l’origine (d’où la prononciation ancienne cui-yé), est passé, sans doute à cause du genre féminin, à la catégorie des mots où l’r se prononce. On ne prononce pas non plus l’r dans les noms propres français en -ier ou -iers, qui ont apparemment le même suffixe: Fléchie(r), Pradie(r), Forcalquie(r), Poitie(rs), etc., etc., et aussi Ténie(rs); les monosyllabes _Fie_r et _Thie_r_s_ n’appartiennent pas à cette catégorie, non plus que l’adjectif _fie_r, dont nous allons parler.

[726] Le XVIIᵉ siècle faisait ordinairement sonner l’r dans l’adjectif _lége_r, et l’Académie le maintint jusqu’en 1762. De même dans les adjectifs _entie_r, _altie_r, etc., sauf premie(r) et dernie(r), mais y compris _plurie_r lui-même, au moins pendant quelque temps. Cela était particulièrement naturel pour entier et altier, qui n’avaient pas le suffixe -ier, l’un venant d’integrum, l’autre de l’italien altiero. L’Académie maintient encore en 1762 l’r d’_altie_r qu’elle ne laisse disparaître qu’en 1835. Ainsi tous les adjectifs en -ier ont fini par suivre l’analogie des substantifs, à l’exception de _fie_r et _che_r. Mais quand on rencontrera chez les classiques ou chez Voltaire la rime de _che_r avec _lége_r, ou celle de _fie_r avec _altie_r, on devra se rappeler que ces rimes étaient parfaitement correctes dans la prononciation normale, tandis que les rimes dites normandes, comme celle de _che_r avec arrache(r), n’étaient correctes qu’au moyen d’une prononciation spéciale adoptée ou conservée pour les vers: arrachèr, avec r sonore, prononciation toujours discutée, mais encore admise au début du XVIIIᵉ siècle. Je n’ai pas besoin de dire que dans V. Hugo ces rimes ne sont plus des rimes:

..... Que j’ai pu blasphé_mer_, Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette Une pierre à la mer. Contempl., IV, 15, A Villequier.

Ç’a été le tort de tous les poètes du XIXᵉ siècle de s’imaginer que tout ce qui était bon chez les classiques devait être bon chez eux, comme si la prononciation était la même.

Les noms propres français en -cher et -ger font naturellement comme les noms communs: Bouche(r), Fouche(r), Rouche(r), Ange(rs), Bérange(r), Roge(r), etc., avec Suge(r), sur lequel on se trompe trop souvent. Alge(r) s’y est ajouté, après quelque hésitation, ce qui a probablement entraîné Tange(r), sur lequel on a hésité plus longtemps. On prononce l’r dans _Murge_r, qui n’était pas du tout un nom allemand; mais l’auteur lui-même y a consenti, pour donner à son nom une allure plus romantique. On prononce aussi l’r dans les monosyllabes _Che_r et _Ge_r_s_, et dans _Saint-Euche_r.

[727] On vient de voir dans la note précédente que _entie_r et _altie_r s’étaient détachés du groupe.

[728] Dans ces mots et les précédents, l’e s’est ouvert dès le XVIᵉ siècle, et l’r s’y est toujours prononcé. On prononce aussi l’r dans les noms propres français qui ne sont pas en =-ier=, =-cher= ou =-ger=: _Rouhe_r, _Aube_r, _Antife_r, _Lille_r_s_, _Frœschwille_r et tous les noms en -viller, _Bouffle_r_s_, _Locmariaque_r, _Saint-Ome_r, _Quimpe_r, _Prospe_r, _Neve_r_s_, etc., ainsi que _Fie_r, _Thie_r_s_, _Reye_r, _Che_r, _Saint-Euche_r et _Ge_rs, comme les adjectifs _fie_r et _che_r, et apparemment pour la même raison. Quant à Gier on prononce _Gie_r pour la rivière et Rive-de-Gie(r) pour la ville! Contrairement à la règle, on ne prononce pas l’r dans Gérar(d)me(r) ni dans Rambervi(l)le(rs), ni, croyons-nous, dans Saint-Seve(r) comme dans Tasche(r).

[729] La différence entre les mots étrangers francisés et ceux qui ne le sont pas porte seulement sur la manière de prononcer l’e: voir pages 66 et 67. On prononce l’r naturellement dans tous les noms propres anciens, bibliques ou étrangers, même s’ils sont en -cher et -ger, comme _Pulche_r et _Blüche_r ou _Clésinge_r, _Egge_r, _Fugge_r, _Kruge_r, _Scalige_r, etc., sauf Alge(r) et Tange(r).

[730] Nous avons vu aussi que les finales en -ier où l’r ne se prononce pas, pouvaient, elles aussi, être suivies à l’occasion d’une s, qui est alors la marque d’un pluriel, et par suite ne change rien à la prononciation: c’est le cas par exemple de volontie(rs) ou de Poitie(rs); de même Ange(rs). Dans les autres cas, l’r suivi d’s se prononce, comme on l’a vu, notamment dans les monosyllabes _tie_r(s), _Thie_r(s), _Ge_r(s).

[731] Voir ci-dessus, page 159. Ajoutons qu’il faut éviter aussi de remplacer _co_rr_idor_ par _co_l_idor_.

[732] On disait aussi a(r)bre et ma(r)bre, que Vaugelas n’approuvait pas.

[733] On sait que l’r tombe aussi dans Ma(r)lb(o)rou(gh).

[734] Ils s’y sont toujours prononcés, et on sait qu’autrefois ils se prononçaient même à l’infinitif: _que_r-r_e_, _cou_r-r_e_.

[735] Cf. a(r)ranger, a(r)rêt, a(r)rière ou de(r)rière, a(r)river, a(r)rondir, a(r)roser, etc., et ba(r)rer, ca(r)ré, ja(r)ret, ga(r)rotter, cha(r)rue, cha(r)ron, la(r)ron, ma(r)ron, pa(r)rain, pa(r)ricide, sa(r)rasin, sa(r)rau, etc., et même dia(r)rhée, mot savant, mais très ancien.

[736] Il en résulte que j’_e_r-r_ais_, nous _e_r-r_ons_, diffèrent bien peu de j’_err_e_rai_, nous _err_e_rons_, où l’e est nécessairement muet; on fera bien de ne pas employer ce verbe au futur ni au conditionnel, de même que le verbe _abho_r-r_er_.

[737] Pourtant le Dictionnaire général donne seulement te(r)reur et te(r)rible, et d’autre part il admet uniquement _e_r-r_eur_. Des mots comme pe(r)ron, pe(r)roquet, pe(r)ruche, pe(r)ruque, se(r)rer, se(r)rure, ve(r)rat, ve(r)rier, ve(r)roterie, ve(r)rou, sont restés intacts. De même la plupart des noms commençant par Fer- ou Per- comme Clermont-Fe(r)rand ou Pe(r)rault.

[738] Je ne parle pas de courrai, exception signalée plus haut: voir page 297.

[739] L’r se prononce volontiers double dans les noms anciens: _Pa_r-r_hasius_, _Va_r-r_on_, _Ve_r-r_ès_ et _Ve_r-r_ines_, _Py_r-r_ha_, _Py_r-r_hon_, _Py_r-r_hus_ et _Ty_r-r_héniens_, et _Bu_r-r_hus_, dans _Gue_r-r_ero_ ou _He_r-r_ero_, peut-être dans _So_r-r_ente_ et _Su_r-r_ey_, mais pas plus dans Ga(r)r_ick_, Bo(r)r_homées_ ou Co(r)r_ège_, que dans Guillaume de Lo(r)r_is_ ou Co(r)r_èze_.

[740] Domergue note que de son temps quelques actrices, «fidèles aux mauvaises traditions», prononçaient encore l’s de Grecs et de Romains. On ne prononce l’s du pluriel qu’en liaison; nous en parlerons ailleurs. Ajoutons que l’s du pluriel, quand on cessa de le prononcer, eut longtemps pour effet d’allonger la voyelle finale; cet allongement, qui a disparu de la prononciation courante depuis le XVIIIᵉ siècle, se conserve encore dans certaines provinces.

[741] Alcarazas est un pluriel espagnol devenu singulier; le phénomène n’est pas unique: nous allons le retrouver avec _albino_s et _mérino_s, sans compter les noms de cigares.

[742] Dans les noms propres anciens ou étrangers, l’s final se prononce toujours: _Barabba_s, _Jona_s et _Jonatha_s, _Phidia_s et _Cinéa_s, _Stanisla_s et _Wencesla_s, _Gil Bla_s, _Ruy Bla_s, _Microméga_s et _Chacta_s, _Caraca_s, _Dama_s, _Madra_s et _Texa_s, etc., etc. Il faut excepter les Duka(s) et naturellement les pluriels: Papoua(s), Wyndhia(s), Maya(s), Arya(s), Inca(s), Véda(s), Saga(s), Galla(s), Foulah(s), Pourana(s), Damara(s), Soutra(s), Hova(s). On prononce l’s dans _Visaya_s. L’s se prononce aussi le plus souvent dans les noms français; mais il y a des exceptions, notamment les prénoms qui, par leur popularité, sont assimilés aux noms communs: Luca(s), Cola(s), Nicola(s), Thoma(s), ainsi que Juda(s). On y joint naturellement Le Ba(s) ou Pays-Ba(s) et Félix Gra(s), et aussi Vaugela(s), Duma(s), Maupa(s) et Maurepa(s), Dura(s), quelquefois Cala(s), Cuja(s); en outre, les noms de l’Ardèche, Priva(s), Aubena(s), etc., avec une ville du comtat, Carpentra(s): c’est à tort qu’on prononce parfois l’s dans Carpentra(s). En revanche on prononce régulièrement l’s dans _Mathia_s, qui l’a repris, n’étant prénom qu’à demi, dans _Alcofriba_s, _d’Assa_s, _Barra_s, _Blaca_s, _Cala_s, _Cuja_s, _Du Barta_s, _Escarbagna_s, _Rabaga_s, etc., etc., dans _La_s Cases et dans _Daoula_s, _Arra_s ou _Coutra_s, aussi bien que dans _Pézena_s, _Valréa_s ou _Ma_s d’Azil, ou autres _Ma_s, et en général les noms du Midi, y compris le Comtat, mais excepté Carpentra(s): on ne sait pas pourquoi, car _Valréa_s est au nord de cette ville. Pour _Caraba_s, les avis sont partagés: il est certain que l’auteur des Contes prononçait sans s, et c’est assurément la bonne prononciation; mais j’avoue que la sonorité méridionale de l’s convient assez bien au personnage, et il n’est pas impossible qu’elle finisse par prévaloir.

[743] Voir plus haut, pages 60 et 61, note 1.

[744] On prononce aussi et on peut écrire cacatoi(s): le plus simple est de prononcer comme on écrit.

[745] Et dans tous les noms propres: _Agnè_s, _Périclè_s, _Sieyè_s (que l’on prononce Siès), _Uzè_s, etc. Decrè(s) fait exception.

[746] Mais non pourtant dans _Saint-Pierre-è_s_-liens_, où l’e semble s’être fermé. Je rappelle que l’anglais prononce l’s même après un e muet qui, d’ailleurs, ne s’entend pas, comme dans _Hobbe_s, _Cecil Rhode_s, _Jame_s, _Time_s, _Jone_s, _Serlock Holme_s. Voir aussi page 60, note 2.

[747] De même, par exemple, La Ferronay(s). L’s se prononce pourtant dans _Alai_s, cas unique. C’était là une orthographe que rien ne justifiait, et beaucoup de gens du pays voulaient fort justement écrire Alès, comme on faisait souvent jadis, car l’orthographe adoptée faisait que les non-indigènes prononçaient le plus souvent Alè, aussi écrit-on maintenant Alès. On prononce aussi l’s dans les mots étrangers, _rei_s et _milrei_s, et dans _Bruey_s (bruis).

[748] Mais non dans pali(s), comme le veulent Michaëlis et Passy.

[749] Cela ne convient guère qu’à fleur de li(s), qui prend ainsi un air plus oratoire et en quelque sorte plus héraldique. V. Hugo fait souvent rimer maïs avec pays, et cela était encore admissible de son temps; mais on sait que V. Hugo faisait constamment rimer des finales à consonnes sonores avec des finales à consonnes muettes. Quant à fi(l)s, on sait que Littré tenait toujours pour fi(ls), et Thurot affirme que l’usage était encore partagé de son temps. Partage fort inégal, sans doute.

[750] Avec beaucoup de mots savants: _ungui_s, _pubi_s, _rachi_s et _rachiti_s, _orchi_s, _anagalli_s, _hamaméli_s, _amarylli_s, _syphili_s, _lychni_s, _propoli_s, _anthémi_s, _péni_s, _lapi_s (lazuli), _berbéri_s, _hespéri_s, _ophry_s, _épistaxi_s, _galeopsi_s, _coréopsi_s, _arsi_s, _thési_s, _satyriasi_s, _pityasi_s, _éléphantiasi_s, _phymosi_s, _paréati_s, _isati_s, _oarysti_s, etc.

[751] Après =i= comme après =a=, l’s final se prononce toujours dans les noms propres anciens ou étrangers: _Adoni_s, _Anubi_s, _Api_s, _Briséi_s, _Cypri_s, _Daphni_s, _Isi_s, _Laï_s, _Memphi_s, _Pâri_s, _Sémirami_s, _Théti_s ou _Tirci_s; _Davi_s, _Delly_s, _Lascari_s, _Taur_is, _Tuni_s, _Walpurgi_s, _Willi_s, etc., et même _Médici_s, quoique l’italien soit Médici; toutefois Deny(s) a subi l’analogie du prénom français, Deni(s). L’s se prononce aussi le plus souvent dans les noms français autres que les prénoms: _Amadi_s, _Arami_s, _Azaï_s, _Berni_s, _Cabani_s, _Clovi_s, _Dami_s, _Duci_s, _Féti_s, _Genli_s, _Grisélidi_s, _Léri_s, _Nangi_s, _Puvi_s, _Raminagrobi_s, _Sourdi_s, _Vestri_s, avec _Auni_s, _Lorri_s, _Senli_s, _le roi d’Y_s, etc., et peut-être aussi _Cambrési_s et _Beauvaisi_s, avec le prénom _Franci_s. L’s est muet dans les autres prénoms: Loui(s), Deni(s) ou Deny(s) et Alexi(s); dans Dupui(s), Empi(s), Maupertui(s) et Duplessi(s); dans Arci(s)-sur-Aube, Chabli(s), Montargi(s), Mont-Ceni(s), Néri(s)-les-Bains, Pari(s) ville, Plessi(s)-les-Tours. Dans Abénaki(s), Achanli(s), Alleghany(s), Andely(s), Guarani(s), Kimri(s), Maori(s), Osmanli(s), Parsi(s), Somali(s), l’s ne se prononce pas non plus, étant seulement la marque du pluriel.

[752] De même _Orpheu_s, _Zeu_s, etc., qu’il ne faut pas décomposer en Orphé-us ou Zé-us, comme l’a fait parfois V. Hugo: voir plus haut, page 92, note 2.

[753] Voir plus haut, page 102. L’s ne se prononce donc pas dans campo(s).

[754] Cf. _alcaraza_s. L’s de _trabuco_s n’est aussi que la marque du pluriel; mais ce mot paraît devoir faire en français comme _albino_s. On prononce aussi l’s dans le pluriel _fuero_s, qui n’est connu que comme pluriel.

[755] Et une foule de noms propres également grecs, auxquels se joignent, par analogie ou autrement, _Calvado_s, _Chando_s, _Burgo_s, _Dubo_s, _Carlo_s, _Molino_s, _Esquiro_s, _Hycso_s, _Catho_s, _Atho_s et _Portho_s. Pour la prononciation de l’o dans tous ces mots, voir pages 102 et 103. Ajouter _blockau_s. L’s est muet dans Duclo(s), Duco(s), Salomon de Cau(s) et Wattrelo(s); dans Aïno(s), Botocudo(s), Chiquito(s), Gaucho(s), l’s n’est que la marque du pluriel, et nous considérons ces mots comme assez connus pour les prononcer à la française.

[756] Ajouter _Péipou_s, _Bonafou_s, _Frayssinou_s. Papou(s) est un pluriel comme Andalou(s).

[757] Comme _détritu_s ne s’emploie guère qu’au pluriel, beaucoup de personnes prennent probablement son s pour le signe du pluriel et prononcent détritu(s); cela est tout à fait injustifié. D’autre part, quand _Carolu_s était populaire, l’s y était muet.

[758] Abu(s) et cabu(s), refu(s), diffu(s), infu(s) et confu(s), ju(s) et verju(s), talu(s), reclu(s), inclu(s) et perclu(s), plu(s) et surplu(s), camu(s), pu(s), intru(s) et abstru(s), dessu(s), jésu(s), obtu(s) et contu(s), et les prétérits eu(s), fu(s), couru(s), aperçu(s), etc.

[759] Naturellement on ne parle pas des liaisons, dont il sera question ailleurs.

[760] Pourtant on dit quelquefois _tantôt plu_s, tantôt moins.

[761] On prononce naturellement l’s dans les noms propres latins, ou simplement latinisés, ou formés sur le modèle des noms latins, comme _Janséniu_s, _Stradivariu_s et _Confuciu_s, _Nostradamu_s et _Ramu_s, _Moru_s et _Diafoiru_s, etc.; et aussi dans beaucoup de noms propres méridionaux ou étrangers: _Artu_s, _Cabarru_s, _Caylu_s, _Cheveru_s, _Malthu_s et _Picpu_s, _Fleuru_s et _Fréju_s, etc., avec _Eviradnu_s. Ceux où l’s ne se prononce pas sont moins connus: Châlu(s) et Châtelu(s), Camu(s), Tournu(s), Vertu(s). Mais il faut y joindre un autre nom où l’s ne se prononce pas, précisément parce qu’il est très populaire, et traité comme les prénoms: c’est Jésu(s). Encore les protestants affectent-ils de rétablir l’s, par respect, pour que le nom ressemble moins à un mot de l’usage commun, et peut-être aussi pour se distinguer des catholiques; et cette prononciation de _Jésu_s a été adoptée par un grand nombre de savants, ou simplement de libres penseurs, avec l’arrière-pensée d’assimiler le personnage à tous les autres personnages de l’histoire, ce qui n’est plus tout à fait du respect. On parlera de Jésus-Christ au chapitre du T.

[762] Que j’ai entendu à la Comédie-Française, dans la bouche d’André Brunot, si je ne me trompe. Michaëlis et Passy ne paraissent pas savoir que cette prononciation est tournée en ridicule.

[763] L’s de _bon sen_s est particulièrement utile pour distinguer cette expression de se faire du bon sang.

[764] C’est tout simplement une altération de c’en devant derrière et c’en dessus dessous.

[765] Dans les noms propres en -ans ou -ens, prononcés par an, l’s est normalement muet: Conflan(s), Louhan(s), Le Man(s), Orléan(s), Jouffroy d’Abban(s), Constan(s), etc., avec Decam(ps), Descham(ps), Confolen(s), Doullen(s), Furen(s), et Saint-Saën(s), de la Seine-Inférieure, enfin Claren(s), _M_ᵐᵉ de Waren(s); on prononce néanmoins l’s dans _Huysman_s, _Exelman_s, _Paixhan_s, noms étrangers ou méridionaux, et, d’autre part, dans _Argen_s, _Len_s et _Sen_s, _Jean-Paul Lauren_s, _Dulauren_s, _Saint-Saën_s, le musicien, et _Jordaen_s: voir page 133, note 3. Quand -ens se prononce par in, mais seulement après une consonne, ce qui élimine Amien(s) et Damien(s), l’s se prononce toujours: voir page 139, note 2. Les noms en -ins font comme les noms en ans: Salin(s), Moulin(s), des Ursin(s), Provin(s), Vervin(s), Norvin(s), etc.; mais on prononce l’s dans _Tonnein_s et _Lérin_s, et même dans _Reim_s, qui n’est pourtant pas du Midi, mais qui est un monosyllabe. L’s est encore muet dans Amonton(s), Nyon(s), Pon(s), et Saint-Pon(s), Saint-Giron(s), Soisson(s); il s’entend dans _Mon_s et le prénom _Pon_s, et aussi dans _Arun_s, qu’on prononce par on, et _Larun_s, qu’on prononce par un. Pour Lons-le-Saunier, les habitants du pays, qui emploient _Lon_s seul, y font toujours sonner l’s; sur le nom complet, les avis sont partagés, mais l’s ne devrait pas sonner. Je ne parle pas des pluriels, Grampian(s), Mohican(s), Turcoman(s), Pahouin(s) et Patarin(s), Mormon(s), Huron(s), Hun(s), etc.

[766] De même Nui(ts), Dou(bs), Pierrefon(ds), Le Hor(ps).

[767] On prononce de même les deux consonnes dans _Lesse_ps, dans _O_ps, _Chéo_ps, _Pélo_ps, _Cécr_ops et _Au_ps, et aussi dans _Va_ls, _Pi_ls, _Dou_ls, _Banyu_ls, mais non dans Marvéjol(s) ou Barjol(s), ni dans Tagal(s), Oural(s), Peul(s) et Tamoul(s), qui sont des pluriels. On prononce encore l’s avec d’autres consonnes dans les noms étrangers: _Adam_s, _Em_s, _Worm_s, _Huyghen_s, _Dicken_s, _Han_s _Sach_s, _Massachusett_s, _Aramit_s, _Cloot_s, _Thierry Bout_s, _Wynant_s, _Robert_s, etc.; Wiking(s) et Taïping(s) sont des pluriels.

[768] Sauf, comme on l’a vu plus haut, dans ga(rs); sauf aussi dans volontie(rs) et les noms propres en -iers, qui sont apparemment des pluriels, ainsi qu’Ange(rs): voir pages 293 et 299.

[769] Même comme nom propre, sauf dans Cin(q)-Mar(s) ou Saint-Mar(s). Diver(s) aussi a prononcé son s pendant quelque temps, mais il y a longtemps qu’il suit la règle.

[770] Les noms propres français se prononcent aussi sans s: Thouar(s), Dupetit-Thouar(s) et Cin(q)-Mar(s), Thier(s), Ger(s), Fler(s), Bouffler(s), Mamer(s) et Anver(s), Vaucouleur(s), Cahor(s), Vercor(s) et Givor(s), Bouhour(s) et Tour(s), etc. Il est vrai que la prononciation locale de _Ger_s et _Anver_s conserve l’s, et on a bien le droit de la suivre, surtout quand on est du pays; mais le français répugne tellement à cette prononciation de la finale -ers qu’elle n’a aucune chance de se répandre et de s’imposer, surtout pour Anver(s): comment Anver(s), nom français, puisque l’autre est Antwerpen, se prononcerait-il autrement en France que tous les mots en -vers, qui sont assez nombreux? Ces mots à part, l’s ne se prononce que dans le monosyllabe _Ar_s, et dans les noms étrangers, comme _Kar_s, _Flatter_s ou Milne-Edwar(d)s.

[771] Sauf dans la forme verbale e(st) et dans quelques noms propres: pour ce groupe final =-st=, voir plus loin, au chapitre du T.

[772] En effet, l’=s= était devenu muet partout devant une consonne au cours du moyen âge. L’introduction des mots savants dans la langue rétablit l’habitude de prononcer l’s, et fit même revivre des s muets de la langue populaire. Il devint bientôt très difficile de savoir quels s se prononçaient, quels s ne se prononçaient pas devant une consonne; car on en comptait des milliers où l’s servait seulement, soit à allonger la voyelle précédente (comme l’s du pluriel), par exemple dans ba(s)tir, fe(s)te, di(s)ne, soit simplement à marquer l’étymologie, par exemple en tête des mots commençant par es-, des-, mes-, res-, comme e(s)cu, e(s)chelle, de(s)brouiller, me(s)chant, me(s)pris, re(s)pondre, où l’e était devenu bref. Cela dura jusqu’au jour où l’Académie prit enfin le parti, dans la troisième édition de son Dictionnaire (1740), de remplacer partout ces s muets par des accents aigus ou circonflexes. Mais les mots qui avaient été altérés sont restés altérés: ainsi _sati_s_faction_, _re_s_treindre_, _pre_s_bytère_, _catapla_s_me_, etc., etc., et aussi _fe_s_toyer_, après de longues hésitations (fêtoyer est encore dans le Dictionnaire de l’Académie): voir sur ce point le livre de Thurot, tome II, pages 320-326.

[773] De même Le(s)diguières, De(s)bordes, De(s)cartes, De(s)champs, De(s)combes, De(s)fontaines, De(s)forges, De(s)genettes, De(s)jardins, De(s)mahis, De(s)marets, De(s)moulins, De(s)noyers, De(s)périers, De(s)pois, De(s)portes, De(s)prez, De(s)préaux, De(s)roches, De(s)rousseaux, De(s)touches, Se(s)maisons, etc., et même De(s)chanel, De(s)pautère et Dele(s)cluze, quoiqu’ils n’aient pas d’s final. De même aussi les noms qui commencent par Bois-: Boi(s)lile, Boi(s)gelin, Boi(s)robert, Boi(s)guillebert, Boi(s)mont, et encore Gro(s)bois, Pa(s)deloup et Pa(s)-de-Calais. Mais on prononce l’s dans _Le_s_car_, _Le_s_caut_, _Le_s_cot_, _Le_s_cun_ et _Le_s_cure_, dans _Le_s_parre_, _Le_s_pès_ et _Le_s_pinasse_, comme dans les noms anciens, _Le_s_bie_, _Le_s_bos_ et _Le_s_trygons_, le breton _Le_s_neven_ ou l’anglais _Le_s_lie_; de même dans _De_s_démone_ ou _De_s_tutt de Tracy_. Dans Mal(e)sherbes, on n’a pas non plus affaire à l’article, mais à un adjectif pluriel, qui s’accorde avec le substantif; c’est pourquoi l’e est muet, et l’s se lie.

[774] Registre a aussi fait exception pendant quelque temps, et pouvait s’écrire regître; l’s y est rétabli définitivement. Il se prononce dans _mai_s_trance_, malgré maître. On ne prononce pas l’s de beef(s)teack, mais ce mot s’écrit beaucoup mieux bifteck.

Le cas de cheve(s)ne, unique dans les mots de la langue, est au contraire très fréquent dans les noms propres, sur qui l’Académie n’avait point autorité, et qui ont conservé malheureusement cet s inutile. Devant l et n surtout, les exemples en sont très nombreux, et jamais ou presque jamais l’s ne se prononce dans les noms français: ainsi Cha(s)les, Pra(s)lins, Ne(s)le, Pre(s)le, Champme(s)lé, l’I(s)le-Adam, Rouget de Li(s)le, et tous les noms où figurent I(s)le ou Li(s)le, A(s)nières, Duque(s)ne, Sure(s)nes, Que(s)ne, Fre(s)nel, Daume(s)nil et tous les noms en -mesnil, Ai(s)ne, Hui(s)ne, Co(s)ne, Do(s)ne, Ro(s)ny, etc., etc. Les mots qui font exception sont très rares: je ne vois guère qu’_I_s_nard_. Devant les autres consonnes, surtout devant le t, l’s se prononce ordinairement aujourd’hui pour des raisons diverses, ou simplement par altération analogique; ainsi l’s ne se prononçait pas dans _Pa_s_quier_ ou _E_s_tienne_, de _Mai_s_tre_ et _Lemai_s_tre_, _Te_s_tu_ et _Te_s_telin_, et d’autres, et s’y prononce aujourd’hui généralement, tout comme dans _A_s_trée_, _Cou_s_tou_, _Cre_s_pin_, _Demou_s_tier_, _E_s_peuilles_, _E_s_quirol_, _E_s_taing_, _E_s_terel_, _E_s_trées_, _Le_s_pinasse_, _Me_s_mer_, _Mi_s_tral_, _Moni_s_trol_, _Monte_s_pan_, _Monte_s_quieu_, _Pa_s_cal_, _Re_s_taut_, _Re_s_tif_ (pas toujours), _Robe_s_pierre_, _Sylve_s_tre_, etc., outre les noms cités dans la note précédente. Il y a pourtant un assez grand nombre d’exceptions qui se sont conservées tant mal que bien, devant des consonnes diverses, surtout m: Cha(s)te(l)lain, et les noms commençant par Cha(s)t-, Chre(s)tien de Troyes, d’E(s)préménil, duc d’E(s)cars, écrit aussi Des Cars, Du Gue(s)clin, Duhe(s)me, Fi(s)mes, He(s)din, l’E(s)toile, l’Ho(s)pital, Male(s)troit, Mene(s)trier, Me(s)mes, Me(s)vres, Pe(s)mes, Rai(s)mes, Saint-Me(s)min, Sole(s)mes, Vo(s)ges, etc. Dans les noms anciens, l’s se prononce, naturellement: _A_s_cagne_, _A_s_drubal_, _A_s_modée_, _A_s_pasie_, _Ave_s_ta_, _Démo_s_thène_, _E_s_culape_, _E_s_dras_, _E_s_pagne_ (quoique épagneul n’ait pas d’s), _I_s_mène_, _I_s_raël_, _I_s_trie_, _Ne_s_tor_, _Thémi_s_tocle_, etc., et même _E_s_chine_, et _E_s_chyle_, malgré la difficulté, et même devant un n ou un l, comme dans _Mi_s_nie_; Péla(s)ges seul fait exception, par la difficulté qu’il y aurait à prononcer l’s devant la syllabe muette ge, comme dans Vo(s)ges, mais l’s reparaît dans _péla_s_gique_, où la difficulté n’est qu’amoindrie. L’s se prononce également dans les noms étrangers, comme _A_s_modée_, _Di_s_raéli_, _Dre_s_de_, _E_s_partero_, _Era_s_me_, _E_s_cobar_, _E_s_curial_, _I_s_maël_, _I_s_pahan_, _Li_s_bonne_, _Man_s_feld_, _Me_s_mer_, _Pa_s_quin_, _Pre_s_bourg_, _Sle_s_wig_, _Sobie_s_ki_, _Ta_s_manie_, _To_s_cane_, _Van O_s_tade_, _Vela_s_quez_, etc., et même devant un l, comme dans _I_s_lam_, _I_s_lande_, _I_s_ly_ ou _Vence_s_las_.

[775] Mais il ne faut pas se dissimuler que l’e ajouté ainsi dans es_candale_, es_crupule_ ou es_quelette_, es_pécial_ ou es_tatue_, est absolument le même que celui d’es_cabeau_, es_cadre_, es_cadron_, es_calade_, es_carcelle_, es_carmouche_, es_copette_, es_corte_ ou es_quif_, d’es_pace_, es_padon_, es_palier_, es_pèce_, es_pérer_, es_pion_ ou es_prit_, d’es_tampe_, es_tomac_ ou es_tropier_, etc., sans compter celui des mots qui ont perdu leurs s: é_chelle_, é_crire_ ou é_cu_, é_pars_, é_pée_, é_pais_ ou é_poux_, é_table_, é_tablir_, é_ternuer_, é_touppe_, é_trennes_ ou é_troit_, etc., pour e(s)chelle, e(s)crire, etc. Tous ces e sont des intrus qui ont réussi à s’imposer; les autres auraient pu réussir tout aussi bien: ce sont des cousins pauvres.

[776] Michaëlis et Passy ne l’admettent pas une seule fois: ils prononcent ascétique comme acétique. On entend aussi deux s dans _Bre_sc_ia_, un seul ou un c dans Ko(s)ciusko.

[777] De même S(c)évola, S(c)eaux, S(c)ipion, S(c)ylla, identique à Sylla, S(c)yros, S(c)ythie.

[778] Fa(s)ce, ve(s)ce, acquie(s)ce, immi(s)ce, rentrent naturellement dans le cas des consonnes doubles devant un e muet; on ne peut en prononcer qu’une.

[779] Voir plus haut, page 202. Il en est de même dans les noms propres: _Li_s_bonne_, _A_s_drubal_ ou _Bri_s_gau_. On prononce même souvent _Be_dz_abé_ pour _Be_ts_abée_, ce qui est plus extraordinaire.

[780] L’Académie avait accepté un temps que asthme se prononçât azme; mais elle y a renoncé. Le son du z apparaît aussi dans _I_s_raël_, rarement dans _I_s_lam_.

[781] Malgré l’opinion du Dictionnaire général. Peut-être est-ce en partie par analogie avec _Guerne_s_ey_ et _Angle_s_ey_. Il est doux aussi dans _Ar_s_ace_ et _Ar_s_acides_, dans _Kier_s_y_, écrit aujourd’hui _Quier_z_y_, dans _Far_s_istan_, mais non dans _Ar_s_ène_, _Per_s_épolis_ ou _Ar_s_inoé_, pas plus que dans _Mar_s_eille_ ou _Ver_s_ailles_.

[782] Ainsi que dans _Al_s_ace_ et _al_s_acien_; également dans _Bel_s_unce_ et _El_s_evier_, qui s’écrit couramment _El_z_évir_, sans parler de Mal(e)s_herbes_, où il y a un simple fait de liaison (voir page 312, note 1).

[783] Le Dictionnaire général et Michaëlis et Passy sont d’un avis contraire.

[784] Même observation.

[785] Comme dans _su_bs_tance_, _su_bs_titut_, etc.: le Dictionnaire général n’indique pas ces accommodations.

[786] Il ne faut donc pas prononcer gymnâce.

[787] C’est un phénomène analogue que l’on constate dans _Bueno_s-Ayres, où l’s dur est changé en s doux par le voisinage de la voyelle suivante, comme si c’était un mot unique; de même parfois dans _les quatre fil_s Aymon ou _nec plu_s ultra, tellement la tendance est forte, voire même dans _sub judice li_s est, d’où le calembour _sub judice Li_s_ette_.

[788] Que l’Académie écrivait par deux s jusqu’en 1878, pour empêcher le son doux.

[789] On a doublé l’s, par une prudence excessive, dans _di_ss_yllabe_ et _tri_ss_yllabe_.

[790] Il faudrait y ajouter, pour être complet, les composés familiers du préfixe re-, que les dictionnaires n’enregistrent pas, comme re-s_aler_, re-s_abler_, re-s_auver_, re-s_avonner_, re-s_igner_, re-s_ortir_, etc., où l’on n’a pas coutume de doubler l’s, comme on le fait dans les mots de la langue littéraire.

[791] _Ichtyo_s_aure_ et _plé_s_io_s_aure_ devraient être dans le même cas; mais, comme les éléments n’y sont pas aussi nettement reconnus que dans les mots que nous avons cités, l’s s’y est adouci généralement.

[792] Le Dictionnaire général ne connaît pas le mot _su_s_urrer_. Hélas! il y en a tant d’autres qu’il ne connaît pas. Mᵐᵉ Dupuis donnait aussi l’s dur pour _gi_s_ant_, _gi_s_ait_, etc.: c’est une prononciation que je n’ai jamais entendue.

[793] On écrit quelquefois _impre_ss_ario_, qui est mauvais, car il conduirait à prononcer deux s. Ajoutons que _para_s_ol_, _tourne_s_ol_ et _gira_s_ol_, que nous venons de voir, sont aussi d’origine italienne. On cite encore volontiers l’italien _ri_s_orgimento_, l’espagnol _pe_s_eta_ (piécette) et _po_s_ada_ (auberge), où ne doit non plus sonner qu’un s dur.

[794] L’s est naturellement doux dans les noms propres français; mais il est resté dur à la suite de l’article le, la: _La_s_alle_, _Le_s_ueur_, _Le_s_age_, _Le_s_urques_; il est généralement doux après de: _De_s_aix_, _De_s_ault_, _De_s_èze_ (ou de Sèze); il est doux dans _Dé_s_augiers_ et _De_s_houlières_, par liaison. Il est dur dans _Du_s_aulx_, dans des composés comme _Beau_s_éant_ ou _Beau_s_éjour_, et dans _Puy_s_égur_. Il est dur dans _Melchi_s_édec_, nom hébreu, mais non dans _Jéru_s_alem_ ou _Mathu_s_alem_, qui sont plus complètement francisés, étant plus populaires; et encore la vieille plaisanterie de Mathieu salé rappelle que pendant longtemps on a prononcé _Mathu_s_alem_, avec s dur, comme _Melchi_s_édec_. On hésite pour quelques noms propres anciens comme _Po_s_eidon_. Parmi les noms étrangers, il en est aussi que nous francisons en adoucissant l’s, comme _Ca_s_erte_, _Céri_s_oles_ ou _Wi_s_eman_, et aussi, mais à tort, _Ma_s_aniello_, _Va_s_ari_, _Vé_s_ale_, _Pe_s_aro_, voire _Algé_s_iras_, qu’on écrit parfois _Algé_c_iras_, et qu’on fera mieux de prononcer par s dur, comme _Eli_s_ir d’amore_, _Fu_s_i-Yama_ ou _Fergu_s_on_.

[795] L’s est dur aussi dans _Tran_s_ylvanie_, et il devrait y avoir deux s.

[796] Et dans _Nan_s_outy_, mais jamais dans _Fron_s_ac_, rarement et à tort dans _Arkan_s_as_.

[797] Dans les composés commençant par des-, les étymologistes reconnaissent ordinairement le préfixe dis-: l’s y était donc naturellement double, et l’on n’a pas eu besoin de le doubler pour la prononciation; toutefois l’s paraît avoir été doublé (avec suppression de l’accent aigu) dans de(s)sécher, de(s)servir, de(s)sication, de(s)siner et de(s)sin, qui paraissent formés du préfixe dé- et non dis-.

[798] Voir l’énumération, page 171.

[799] On a vu que l’s avait été doublé aussi, bien inutilement après un i, dans di(s)s_yllabe_ et tri(s)s_yllabe_. Peut-être faut-il y joindre a(s)s_ez_ et quelques mots commençant par as-, si leur préfixe est réellement a-, et non ad-, comme paraît l’indiquer l’orthographe primitive, _a_s_ez_, _a_s_esoner_, _a_s_ervir_, etc.

[800] Quoique Michaëlis et Passy n’en admettent point. Il est vrai qu’ils admettent _bi_s-sectrice, qui est plutôt rare.

[801] Et telles sont bien les indications du Dictionnaire général.

[802] Quoique le Dictionnaire général indique _di_s-s_oudre_, sans doute à cause de _di_s-s_olution_.

[803] Malgré le Dictionnaire général.

[804] Même observation.

[805] Je ne parle pas de di(s)s_yllabe_, cité plus haut, et dont le préfixe est =di-= et non dis-. D’autre part, le Dictionnaire général indique di(s)s_ection_ et _di_s-s_équer_: cette différence ne paraît guère justifiée, et di(s)s_équer_ est très admissible, aussi bien d’ailleurs que _di_s-s_ection_.

[806] On notera ici que les deux s ont ouvert l’a de classique, même quand on n’en prononce qu’un, car il est fermé dans classe.

[807] Ajouter les noms propres anciens: _Ma_s-s_ique_, _Ca_s-s_ius_, et _Cra_s-s_us_; _Be_s-s_us_, _Ne_s-s_us_, _E_s-s_éniens_ et _Me_s-s_aline_; _I_s-s_us_ et _Ili_s-s_us_ et _Mi_s-s_i dominici_; _Ato_s-s_a_; et quelques noms plus récents, _Orlando de La_s-s_us_, _Lha_s-s_a_ et _Ta_s-_soni; Be_s-s_arabie_, _Be_s-s_arion_, _E_s-s_equibo_ et _Tenne_s-s_ee_; _Li_s-s_a_, _Cano_s-s_a_, _O_s-s_ian_, et fort peu d’autres, et surtout point ou presque point de mots français.

[808] De même Sh_akespeare_, Sh_effield_, Sh_elley_, Sh_eridan_, Sh_etland_, _Cavendi_sh, _Mar_sh_all_, _U_sh_er_, etc., et aussi Sh_éhérazade_, Sh_anghaï_, _Hiro_sh_ima_, Sh_intoïsme_, Sh_oguns_, les transcriptions des noms orientaux étant dues aux Anglais.

[809] Voir plus haut, page 227.

[810] Mais nous francisons _Buda-Pe_s_th_ par s.

[811] De même Mara(t), Courbe(t), Carno(t), Escau(t), Maupassan(t), Mozar(t), Rober(t), etc., etc.

[812] Ajouter quelques noms propres étrangers, _Toua_t, _Laghoua_t, _Raba_t, _Soba_t, _Midha_t-Pacha, _Josapha_t, _Arara_t, _Ghâ_t, _Cattéga_t, _Djaggerna_t, _Héra_t, et les noms en -stadt, _Cronsta_dt, _Reichsta_dt, où le d cède généralement la place au t. Il faut y joindre la petite plage bretonne de _Morga_t, mais cette prononciation n’est pas proprement française. Ajoutons aussi _à dieu va_t.

[813] L’abbé Rousselot dit qu’on hésite entre _ne_t et ne(t): où a-t-il vu cela? Dans les rimes de V. Hugo peut-être, mais cela ne suffit pas.

[814] C’est la règle générale des adjectifs numéraux: voir plus haut, page 233, ce qui a été dit pour neuf.

[815] Dans Pierre Lièvre, Notes sur l’art poétique, ce vers de Heredia:

Ma flûte avec sept tiges de ciguë,

est donné comme ayant pour l’oreille une demi-syllabe de trop! Hélas! J’espère que Heredia prononçait le français plus correctement que son critique. Mais encore setti ne donnerait jamais qu’un t prolongé et non une demi-syllabe de plus: setti ferait le même effet que secti ou celli, sans plus.

[816] Où le peuple assimile ordinairement le t en prononçant ec-cetera, qu’on évitera avec soin.

[817] On entend aussi le t dans quelques noms propres bretons ou français, comme _Plancoë_t ou _Plouare_t, _Moë_t, _Hue_t, _Maloue_t, _Ale_t (écrit plutôt Aleth), mais non Ane(t), ni Tê(t). Un jour, à la Constituante, un député, faisant un discours, termina une phrase en disant: C’est ma loi, qu’il prononça à l’ancienne mode ma louè. Un loustic rectifia aussitôt: Malouète. On entend surtout le t dans des noms étrangers: _Josabe_t, _Japhe_t, _Newmarke_t, _Aben-Hame_t, _Méhéme_t_-Ali_, _Médine_t_-el-Fayoum_, _Tiare_t, etc. Hamle(t) est francisé, comme Mahome(t), Bajaze(t) et Jape(t). Nous avons dit que pour Auerstædt et Hochstedt on hésitait entre le d et le t.

[818] Voir plus haut, page 233, ce qui a été dit de neuf.

[819] Et dans _Tani_t, _Nitocri_t, _Tilsi_t, _Abauzi_t.

[820] En revanche le même sud-ouest prononce le t dans _Lo_t. Cela peut-il passer dans le français du Nord? Je ne sais trop, car _Lo_t mène à _Ger_s, puis à _Anver_s: voir page 310. En tout cas, on fait toujours la liaison dans _Lo_t_-et-Garonne_. Autrefois on prononçait le t de sot et mot devant un repos comme devant une voyelle; mais je m’étonne que l’usage ait encore pu être «partagé» pour so(t) au temps de Thurot. A _do_t, il faut encore ajouter quelques mots étrangers, _black-ro_t, _forget me no_t, avec _George Elio_t, _Duns Sco_t et _Tho_t, mais non Chevio(t).

[821] Sauf tout au plus dans _Fomalhau_t, et naturellement Connau(gh)t. Il ne sonne pas plus dans Hau(t)poul que dans le composé hau(t)bois ou hau(t)_boïs_t_e_.

[822] Et des marins dans _vent debou_t. Il sonne naturellement dans les mois anglais en -oot (out) et aussi dans _Siou_t.

[823] Voltaire, entre autres, a même écrit brute au masculin.

[824] Le féminin butte y est sans doute pour quelque chose, notamment l’expression être en butte, qui amène des confusions. Quoi qu’il en soit, les mots respectés ne sont plus très nombreux: bahu(t) et chahu(t), débu(t) et rebu(t), tribu(t) et attribu(t), fû(t), affû(t) et raffu(t), salu(t) et chalu(t), canu(t), statu(t), institu(t) et substitu(t). Le t sonne aussi dans les noms propres étrangers: _Calicu_t, _Connecticu_t, _Farragu_t, _Lillipu_t, et, le plus souvent, _Canu_t.

[825] On notera en passant que et s’énonce devant un depuis vingt jusqu’à soixante, y compris les nombres et adverbes ordinaux, et aussi dans soixante et onze, mais pas au delà. On dit aussi les Mille et une nuits, et, en parlant des femmes de don Juan, mille et trois. L’emploi de et était autrefois plus étendu.

[826] Avec _Kan_t, _Gran_t ou _Wun_dt; mais Rembran(dt) est complètement francisé.

[827] On francise volontiers les noms propres en -art: Marie Stuar(t) et les Stuar(t), Gebhar(t), Fischar(t), Stuttgar(t), Makar(t), Marquar(dt), Burckhar(dt), Mozar(t). Mais on prononce le t dans _Stuar_t Mill ou _Dugald Stewar_t, ainsi que dans l’allemand _Erfur_t, _Kieper_t, _Rucker_t ou _Har_dt, dans _Gevaer_t et _Touggour_t.

[828] Voir page 215. On a coutume de prononcer sans t Utrech(t), Dordrech(t) et Maëstrich(t). Pour yacht, voir page 44.

[829] Nous savons que =lt= ne se prononce pas plus dans les mots en =-ault= et =-oult= que ld dans les mots en =-auld= et =-ould=, les uns et les autres étant français; de même Yseu(lt) est bien meilleur qu’_Yseu_lt. Mais on prononce intégralement _Anha_lt, _Seinga_lt, _Be_lt, _Arcade_lt, _Tafile_lt, _Barneve_lt (écrit aussi _Barneve_ldt), _Rooseve_lt et _Sou_lt, et aussi _De_lft; le t l’emporte sur le d dans Humbol(d)t.

[830] Avec la ville d’Apt.

[831] Et le fut longtemps dans o(st). Il l’est encore dans Saint-Wa(st), Saint-Gene(st), Cre(st), Charo(st), Prévo(st), Provo(st), Thibou(st), Saint-Ju(st), souvent altéré, et même Saint-Pri(est). Il se prononce dans _Chri_st, qui, employé seul, est un mot savant, mais il est resté muet dans Jésu(s)-Chri(st), qui est populaire, et qui a gardé pour ce motif sa prononciation traditionnelle, sauf parfois chez les protestants: voir plus haut, page 307, ce qui est dit de Jésus. Quant à _Antechri_st, il a été longtemps populaire, et par conséquent st ne s’y prononçait pas, et même l’e y était muet; Littré tient absolument à cette prononciation; mais il est devenu un mot savant où tout se prononce, avec e fermé. Le groupe st se prononce aussi dans _Prou_st et dans _Marra_st (peut-être pour éviter une confusion avec Marat), dans _Erne_st et dans _Bre_st, et dans les noms d’origine étrangère: _Renaud d’A_st, _Belfa_st, _Budape_st, _Buchare_st, _Li_szt, _Fau_st, _Ern_st, etc. On prononce l’s seul dans roas(t)-beef qui, d’ailleurs, s’écrit correctement rosbif, comme il se prononce.

[832] Et dans les noms propres: _Golia_th, _Macbe_th, _Bayreu_th, _Judi_th, _Nabo_th, _Beyrou_th, _Belzébu_th, etc. Go(th) fait exception, avec ses composés, Wisigo(ths) et Ostrogo(ths). Il faut excepter aussi le terme bizu(th), par lequel les élèves nouveaux sont désignés dans les classes qui préparent à des concours, par opposition aux carrés et aux cubes.

[833] Voir ci-dessus, page 156. On prononce à peu près exactement _pos_t_communion_ et _pos_t_scolaire_, malgré la difficulté. Mais le t est encore muet dans Wes(t)phalie, Kam(t)schatka et Kam(t)schadales, et quelquefois Mol(t)ke. On prononce même Po(t)sdam, ce qui est plus bizarre: et c’est sans doute pour justifier cette prononciation irrégulière qu’on écrit souvent Postdam; mais c’est uniquement Potsdam qui est correct, et mieux vaudrait prononcer le t, puisque c’est l’s qui est médian.

Les Parisiens prononcent le t médian dans rue _Tai_t_bout_. Nous savons qu’il est muet dans Me(t)z et Re(t)z. Il est également muet dans les composés de Font-, Mont-, Pont-, devant une consonne, comme Mon(t)béliard, Mon(t)fort, Mon(t)morency, Mon(t)pensier ou Pon(t)chartrain, même si la consonne qui suit est un l ou un r; Mon(t)lhéry, Mon(t)losier, Mon(t)luc, Mon(t)luçon, Mon(t)luet, Mon(t)réal, Mon(t)redon, Mon(t)réjeau, Mon(t)revel, Mon(t)rose, Mon(t)rouge, etc. Mais il arrive aussi que le t n’appartienne pas à la syllabe initiale, ou même qu’il s’en soit détaché: ainsi il se groupe avec l’r dans _Fon_tr_ailles_, _Mon_tr_ésor_, _Mon_tr_euil_, _Mon_tr_eux_, _Mon_tr_etout_, _Mon_tr_evault_ et même _Mon_tr_ichard_, et _Pon_tr_ieux_, comme dans l’italien _Pon_tr_emoli_. On ne prononce pas le t dans Alfor(t)ville, mais on le prononce dans l’anglais _Por_t_land_.

[834] Devant un i seulement, et non devant un y grec.

[835] Les noms propres venus à nous du latin ou par le latin font naturellement comme les autres mots: _Croa_t_ie_, _Helvé_t_i_e, _Domi_t_ien_, _Eé_t_ion_, _Bru_t_ium_, _Hir_t_ius_, _Mil_t_iade_, _Mar_t_ial_, etc.; et les noms modernes ont fréquemment subi l’analogie des autres, comme _Gra_t_iolet_ ou _La Boé_t_ie_.

[836] «Dès le temps de Palsgrave, on écrivait par un t les mots en -tion appartenant à la langue savante, que l’on prononçait cion comme en latin, par une habitude que Péletier et Bèze attestent. Cette orthographe et cette prononciation s’étendirent à un certain nombre d’autres mots, tous de la langue savante, qui ont -ti- devant une voyelle, et comprirent les mots tirés de noms en -tia, -tialis, -tiosus, -tiens, -tientia, -tianus, -tio (tionem), et de verbes en -tiare.» (THUROT, Prononciation française, II, 244.)

[837] On verra que la règle s’applique seulement au t placé entre deux lettres, et non en tête des mots; t_iare_, t_iers_, t_iède_, t_ien_, il t_ient_, avec leurs familles, conservent tous le son normal du t: comme tous les mots latins qui commencent par ti. Au surplus, il y a, en outre, pour chaque cas, des raisons particulières d’étymologie, et nous allons retrouver tous ces mots.

[838] Avec _Bas_t_ia_, _Bas_t_iat_, _Sébas_t_ien_, _Héphes_t_ion_, etc.

[839] De là deux séries de mots en =-tions=, d’orthographe identique, mais de prononciation différente, s pour les substantifs et t pour les verbes: voir la liste, p. 187, note 2.

[840] Qui était autrefois _appren_t_ive_, d’_appren_t_if_. Tous ces mots sont naturellement de formation populaire. Au contraire, à côté des simples inepte et inerte, les substantifs _inep_t_ie_ ou _iner_t_ie_, mots savants, suivent la règle, parce qu’ils conservent la prononciation du latin. On verra encore dans un instant trois ou quatre mots en -tie qui gardent le son dental, avec quelques noms propres.

[841] Ces mots appartiennent à la même famille que les mots en =-té=, et ont seuls gardé l’i que beaucoup d’autres ont perdu; le moyen âge, d’ailleurs, disait tout aussi bien amité ou pité que amitié ou pitié; en tout cas le t latin était devant un a et non devant un i. Ces mots sont donc sans rapport avec le substantif _ini_t_i-é_, et son verbe, qui ont le son sifflant, comme en latin, de même que le verbe _balbu_t_i-er_, qui a suivi l’analogie de l’autre, malgré son étymologie. Ces deux verbes sont, en effet, les seuls verbes en -tier qui aient le son sifflant. _Amnis_t_ier_ ne peut pas l’avoir à cause de l’s; _châ_t_ier_ ne l’a pas, parce qu’il était primitivement _chas_t_ier_; les autres qui auraient pu avoir un t ont pris un c: _justi_c_ier_, _vi_c_ier_, _négo_c_ier_, _différen_c_ier_, _quintessen_c_ier_, _licen_c_ier_, _circonstan_c_ier_, à cause du c de justice, vice, négoce, etc.

[842] C’est la même diphtongue que dans les mots en -tié, et là aussi le t latin était devant un a. A ces mots, il faut joindre naturellement, avec _volon_t_iers_, les noms propres en -tier ou -tière, qui ont le même suffixe: _Gau_t_ier_, _Poi_t_iers_, _Char_t_ier_, _Brune_t_ière_, etc.

[843] C’est toujours une diphtongue étymologique, mais cette fois le t latin était devant un e, l’e du suffixe latin -esimus (_cen_t_esimus_), suffixe qui, en français, est passé des dizaines aux unités. D’ailleurs il était bon que les nombres sept, huit, etc., demeurassent intacts; mais la raison n’aurait peut-être pas suffi, puisqu’une raison pareille n’a pas suffi à conserver le t dans _inep_t_ie_ et _iner_t_ie_.

[844] Ici c’est le radical latin ten-; d’ailleurs le t ne pouvait guère changer de son au cours de la conjugaison.

[845] Du latin t_epidus_, t_ertius_, t_uus_, _an_t_iphona_ (on plutôt _an_t_ephona_, latin populaire), tous mots où le t ne pouvait s’altérer. Ajoutons _E_t_ienne_, de Stephanus, outre que _E_t_ienne_ est pour _Es_t_ienne_, ce qui lui fait deux raisons pour conserver son t intact. Au contraire, la diphtongue de chrétien n’est pas étymologique puisqu’il vient de _chris_ti-anus; aussi son t n’est-il resté dental que parce que _chré_t_ien_ est pour _chre_st_ien_; mais le t est sifflant, comme dans le latin, dans tous les autres mots en -tien: _béo_t_ien_, _véni_t_ien_, _égyp_t_ien_, _Domi_t_ien_, et même _capé_t_ien_ ou _lillipu_t_ien_, formés du même suffixe.

[846] Du latin _ur_t_ica_, où le t ne peut pas s’altérer.

[847] Ce mot vient de l’arabe. Au contraire, _argu_t_ie_ garde le t sifflant qu’on donne au latin. Quelques noms propres, qui n’ont pas non plus le t sifflant: _Sarma_t_ie_, _Hypa_t_ie_, _Cly_t_ie_, _Ti_t_ye_, ont gardé sans doute la prononciation du grec (en opposition avec _Croa_t_ie_, _Gala_t_ie_ ou _Dalma_t_ie_, _Véné_t_ie_ ou _Helvé_t_ie_, _Béo_t_ie_, etc.). _La Boé_t_ie_ lui-même a pris le t sifflant, par analogie, quoique la localité de ce nom ne l’ait pas. Mais le t est dental dans _Clare_t_ie_, comme dans _par_t_ie_, _or_t_ie_ et _sor_t_ie_: en fait, _iner_t_ie_ est le seul mot en -tie où le t soit sifflant après un r. Il est vrai qu’il est sifflant après un r dans _mar_t_ial_, _par_t_ial_ et beaucoup d’autres; mais _Clare_t_ie_ a, de plus, un e muet devant le t, cas unique. Pourtant la tendance est telle à prononcer le t en sifflant dans les mots en -tie, que ce nom est constamment altéré par ceux qui ne sont pas renseignés; mais quand on consultait sur ce point Jules Claretie, il répondait:

«Mon nom, bien cher monsieur, rime avec sympathie.»

[848] Il devrait garder le son normal, car il ne vient pas du latin; mais il subit partiellement l’analogie des autres, comme l’ont subie plus complètement _prima_t_ie_, _presby_t_ie_ ou _onirocri_t_ie_, qui ont le t sifflant. _Supréma_t_ie_ nous est venu de l’anglais, où il a un c. Le t est sifflant aussi dans _goé_t_ie_ et _sco_t_ie_, qui sont transcrits du latin, et sur lesquels on pourrait se tromper.

[849] De même dans _Arima_th_ie_, _Carin_th_ie_ ou _Scy_th_ie_, aussi bien que dans Th_iers_ ou Th_ierry_, _Ma_th_ias_, _Mat_h_ieu_ ou _Pon_th_ieu_, quelle qu’en soit l’origine; sans parler de Th_yades_, qui a de plus un y grec, outre que le t est initial.

[850] Je rappelle qu’à côté d’_é_t_iole_ (et probablement aussi _E_t_ioles_), _pé_t_iole_ a, au contraire, le t sifflant du latin. Je n’ai pas cité ici _é_t_iage_, qui est pour _es_t_iage_: voir plus haut. Le t reste intact aussi dans _Cri_t_ias_, qui est grec, dans quelques noms français qui se sont dérobés à l’analogie, comme _Pé_t_ion_, je ne sais pourquoi, enfin dans les noms étrangers, non seulement Tiaret, Tiepolo ou Tien-tsin, qui ont le t initial, mais même _Igna_t_ief_ ou _Bagra_t_ion_, qu’on altère très souvent, ainsi que _Pé_t_ion_, en vertu de la tendance générale; naturellement aussi dans _Mon_t_yon_, qui a un y grec, comme _Amphic_t_yons_ ou _Amphic_t_yonie_, qui d’ailleurs sont grecs eux-mêmes, ce qui leur fait deux raisons pour garder le t intact.

[851] D’ailleurs ce sont les exceptions qu’il faut énumérer, et non les mots qui suivent la règle générale. J’ajoute que la classification méthodique m’a permis de donner en outre, dans la mesure du possible, l’explication de tous les cas particuliers, ce qui n’est pas un résultat négligeable.

[852] Ce sont les seuls qu’indique le Dictionnaire général.

[853] De même assez généralement dans Gambe(t)t_a_, beaucoup moins dans _Algaro_t-t_i_, _Donize_t-t_i_ ou _Vio_t-t_i_, _Be_t-t_ina_ ou _Rigole_t-t_o_, ainsi que dans les noms anciens, _A_t-t_ila_ ou _Pi_t-t_acus_.

[854] Pour tz, voir plus loin, à z.

[855] De là certaines confusions dans les noms propres: _Fa_v_re_ est devenu _Fa_u_re_, _Fè_v_re_ est devenu _Fe_u_re_, et _Lefe_bv_re_ a donné _Leféb_u_re_.

[856] Toutes formes complaisamment accueillies par Michaëlis et Passy. Pourquoi pas aussi bien _é_v_u_ pour eu, et _la_v_ou_ pour là où, où le phénomène est inverse?

[857] Par exemple, V_irchow_, V_ogel_, V_ogt_, V_oss_, ou encore v_ergiss mein nicht_, zoll v_erein_, la particule nobiliaire: von; Sainte-V_ehme_ est suffisamment francisé, et le v y sonne v.

[858] Comme dans _Kharko_w ou _Rimski-Korsako_w. Mais le plus simple est d’écrire ces mots avec un f: _Stamboulo_f, _Romano_f, _Dragomiro_f, _Souvaro_f, _Koutouso_f, _Sarato_f, et aussi _Iarosla_f, _Skobele_f, _Tourguene_f. On hésite pour le v de Kiev, mais il n’y a pas de raison pour le distinguer des autres.

[859] Ainsi _Bruns_w_ick_, _Ner_w_inde_, _Rys_w_ick_, _Sado_w_a_, _Sch_w_arz_w_ald_, _Sch_w_itz_, _S_w_edenborg_, _van S_w_ieten_ ou _Thor_w_aldsen_, et surtout en tête des mots: W_agner_, W_agram_, W_alpurgis_, W_aldeck_, W_aldemar_, W_alhalla_, W_alkyries_, W_allenstein_, W_assy_, W_eber_, W_eimar_, W_eser_, W_estphalie_, W_ilhelm_, W_illis_, W_impffen_, W_issembourg_, W_olff_, W_orms_, W_urtem_berg, W_urtz_, etc., tandis qu’à la fin des mots le w allemand ne sonne pas: Bülo(w), Floto(w), etc. Le w flamand a gardé le son ou, qui lui appartient, dans Lon(g)w_y_ et W_issant_; mais W_allon_ est francisé, aussi bien que W_aterloo_ et W_atteau_, W_imereux_ et W_itt_, W_ou_w_erman_, et beaucoup d’autres.

[860] De même _Both_w_ell_, _Crom_w_ell_, _Dar_w_in_, _Dela_w_are_ et _Ed_w_ards_, _Edge_w_orth_ et W_ords_w_orth_, Far-W_est_ et W_estminster_, _Green_w_ich_ et W_ool_w_ich_, _Long_w_ood_, _Sand_w_ich_, _S_w_ift_, _S_w_inburne_, W_akefied_, W_alter Scot_, W_ar_w_ick_, W_ashington_, W_att_, W_ellington_, W_iclef_, W_ight_, W_indsor_, W_olseley_, W_orcester_. Devant un r, le w ne se prononce pas: (W)right.

[861] On francise aussi en v le w de W_allace_ (fontaine), souvent aussi de W_addington_, W_ar_w_ick_, W_alter Scott_ et W_a_w_erley_, _Ber_w_ick_, W_isconsin_ et W_iseman_, _Fo_w_ler_ et quelques autres.

[862] Et aussi dans _L_aw_rence_ ou _Bradsh_aw. Mais Law se prononce lâce par tradition depuis le XVIIIᵉ siècle, le nom s’étant répandu d’après l’enseigne de la banque, où Law était au génitif: La(w)’s bank, de même qu’aujourd’hui on dit couramment chez Maxim’s. D’ailleurs, le fameux banquier avait accepté et presque adopté cette prononciation: voir sur ce point l’article de A. Beljame, dans les Études romanes dédiées à G. Paris. Brauwer se prononce brou-èr.

[863] Nous acceptons aussi nioucasl pour _N_ew_castle_, et de même pour _N_ew-haven, _N_ew-Jersey, _N_ew_man_, _N_ew-Market, _N_ew_port_; et encore dèlèniouse pour _Daily N_ew_s_; mais _N_ew_ton_ et _N_ew-York sont francisés depuis trop longtemps en neuton (eu fermé) et neu-york (eu ouvert), pour qu’on puisse imposer niout(e)n et niou-York. On prononce u dans _Dugald St_ew_art_, et ev dans _N_ew_ski_ ou _Wal_ew_ski_.

[864] On prononce également o fermé dans Glasco(w), Hudson _L_o(we), _Longfell_o(w), _Marl_o(we), _Clarisse Harl_o(we), _Luckn_o(w), _Beecher St_o(we) et _C_o(w)per; et ou pour aou dans _Br_own, _Br_ow_ning_, _Br_ow_n-Séquard_, _Cape T_ow_n_; _Gérard D_ow se prononce et s’écrit mieux Dou. Nous prononçons également ou, par une fausse analogie avec l’anglais, dans quelques noms slaves en -owski: _Dombr_ow_ski_, _Poniat_ow_ski_, etc., ov dans d’autres moins connus; mais la vraie prononciation serait en oski, avec o ouvert.

[865] Voir page 262, note 1: l’x remplaça d’abord us, puis, quand l’u fut rétabli à côté, il remplaça abusivement l’s tout seul.

[866] De même Carmau(x), Carpeau(x), Cau(x), Bordeau(x), Meau(x) ou Saul(x)-Tavannes, Andrieu(x), des Grieu(x) ou Vieu(x)-Temps, Dreu(x), Évreu(x) ou Brizeu(x), Fallou(x), Barbarou(x), Bardou(x), Berchou(x), Châteaurou(x), Boutrou(x), Ventou(x), Trévou(x), Pelvou(x), etc. (sauf a Marseille).

[867] On évitera donc deusse, aussi bien que eusse et ceusse avec autant de soin que gensse ou moinsse!

[868] Ni dans Saint-Yriei(x) ou Champei(x), Carhai(x), Desai(x), Roubai(x) ou Morlai(x), Foi(x) ou Mirepoi(x). Il se prononce pourtant dans _Ai_x (autrefois on disait ès, déjà vieilli au temps de Mᵐᵉ Dupuis), et dans _Duplei_x.

[869] Ni dans Chamoni(x), qui s’écrit aussi Chamouny, ni dans Saint-Geni(x), ni dans Chastellu(x). Il se prononce aujourd’hui dans _Ge_x, mais il ne se prononce pas dans Be(x), Château d’Œ(x) et autres localités voisines appartenant à la Suisse romande: Ferney même, qui est tout à côté de Gex, s’écrivit par un x, _Ferne_x, jusqu’au jour où Voltaire, seigneur du pays, en changea l’orthographe pour l’accommoder à la prononciation. Seul _Ge_x a repris son x.

[870] Voir, page 233, ce qui a été dit pour neuf. C’est avec six et dix que l’erreur de prononciation se commet le plus fréquemment dans les dates: le si(x) mai, le di(x) mars; elle n’en est pas plus justifiée.

[871] Et cela fait trois manières de prononcer six et dix.

[872] Comme pour vingt, cette prononciation de dix devant sept, huit, neuf, remonte à plusieurs siècles.

[873] Pour _Béatri_x, c’est inutile, puisqu’il y a Béatrice. _Cadi_x lui-même se prononce aujourd’hui par cs. Mais on prononce toujours par s _Morcen_x et _Navarren_x.

[874] Voici les autres: _smila_x, _contuma_x, _opopona_x, _anthra_x, _bora_x, _thora_x, _stora_x et _income-ta_x; _e_x-, _code_x, _cule_x, _ape_x, _care_x, _mure_x, _late_x, _narthe_x et _verte_x; _bomby_x, _préfi_x, _héli_x, _phéni_x, _ony_x, _pny_x, _lari_x et _tamari_x; _lyn_x, _phormin_x et _syrin_x, _pharyn_x et _laryn_x; _bo_x, _phlo_x et _cowpo_x; _fiat lu_x. Il faut y joindre les noms propres anciens ou étrangers, et même les noms français qui ne sont pas en -aux, -eux, -oux, -aix et -oix: _Da_x, _Sfa_x, _Fairfa_x, _Aja_x ou _Gandera_x, _Esse_x, _Ete_x ou _Gerve_x, _Brui_x, _Féli_x, _Ery_x, _Vercingétori_x et _Sty_x, _Fo_x, _Pollu_x et _Carlu_x, etc., et aussi _Mar_x. Pourtant, on prononcera plutôt: Coysevo(x), Oyonna(x). L’x se prononce même dans _Ai_x et _Duplei_x, mais non dans Chamoni(x): voir page 344, notes 4 et 5.

[875] Le peuple intervertit volontiers les éléments de l’x dans ces mots, prononçant sesque pour sexe, comme Félisque pour Félix: ce défaut remonte à plusieurs siècles.

[876] L’x amui a revécu dans le vieux mot _jou_x_te_. L’x se prononce de même dans _A_x_oum_, _I_x_ion_, _I_x_elles_, _Ma_x_ime_ ou _Vau_x_hall_, comme dans _E_x_pilly_ ou _O_x_ford_. Dans E(x)mes, Di(x)mont, La Di(x)merie, l’x est encore muet, comme autrefois dans di(x)me, aujourd’hui dîme; mais il se prononce dans _Di_x_mude_.

[877] Je ne parle pas de au(x)quels, qui fait naturellement comme le(s)quels.

[878] C’est le même s qu’on entend dans _Xer_x_ès_ (ou _Artaxer_x_ès_), écrit quelquefois _Xer_c_ès_, ainsi que dans _Au_x_erre_, _Au_x_ois_, _Au_x_onne_, Sau(l)x_ures_, _Bu_x_y_ et _Bru_x_elles_. A Paris on prononce cs dans _Saint-Germain-l’Au_x_errois_; mais il ne s’ensuit pas qu’il faille dire Au-s_erre_ en _Au_c-serrois: en dehors de l’expression propre à Paris, on fera bien de prononcer Au-s_errois_ comme Au-s_erre_. En revanche on articule aujourd’hui cs dans _Saint-Mai_x_ent_: telle est du moins la prononciation de toute l’armée; et aussi dans _Lu_x_euil_, _Lu_x_embourg_, _Ai_x-les-Bains, _Ai_x-la-Chapelle, malgré l’opinion de Kr. Nyrop. Il est certain que les autres noms suivront, à une échéance plus ou moins lointaine: on commence à prononcer beaucoup _bru_c-s_el_, et cela même à Bruxelles.

[879] _Di_z_ain_ a pris un z: pourquoi n’écrit-on pas aussi _si_z_ain_, ou _di_z_ième_?

[880] A l’époque où on prononçait acident, on prononçait aussi ecellent, et les personnes qui ont l’_a_c_ent_ n’ont pas perdu cette prononciation.

[881] C’est le même phénomène que dans _a_c_ident_ ou _e_c_ellent_.

[882] Malgré les préférences de Michaëlis et Passy.

[883] Cette prononciation était déjà usitée au XVIIᵉ siècle. A-t-on voulu instinctivement distinguer dans la prononciation les mots tels qu’exécuter des mots comme excellent, qui s’écrivaient autrement? Ou cela vient-il de ce qu’à l’époque où l’x se réduisait toujours à un s devant une voyelle, on prononçait naturellement ezemple, ezercer? Cependant on prononçait ma-sime et non mazime, et Ale-sandre: alors? Et pourquoi X_avier_ se prononçait-il Z_avier_ et non S_avier_, tandis que X_aintonge_ est devenu S_aintonge_? Qui expliquera ces bizarreries?

[884] L’x s’adoucit aussi dans _E_x_upère_, mais il reste intact dans _E_x_elmans_.

[885] Cf. g_laude_ pour c_laude_. Le même changement se produit presque toujours dans la plupart des noms propres, surtout les anciens: X_anthe_, X_antippe_, X_énocrate_, X_énophane_, X_énophon_, X_erxès_ et _Arta_x_erxès_, et aussi X_avier_, et même X_aintrailles_. Mais la prononciation correcte de mot est S_aintrailles_, comme S_aintonge_, issu de X_aintonge_; le c est tombé dans S_ain-tonge_ et X_aintrailles_, malgré l’orthographe: c’est toujours la répugnance qu’a le français pour deux consonnes initiales autres que bl, br, etc.

Dans X_iménès_ et X_érès_, on prononce par tradition un k: en réalité, cet x espagnol est une gutturale aspirée, qu’on a transcrite autrefois par un simple ch chuintant, comme dans Ch_imène_, et qu’on écrit aujourd’hui j; mais aucune tradition pareille ne s’est établie pour les autres mots, comme X_enil_ ou J_enil_, X_ucar_ ou J_ucar_, qu’on prononce pourtant plus généralement avec un x, comme _Guadala_x_ara_.

[886] Et en effet il se prononçait primitivement ts, comme en d’autres langues. D’autre part, il a servi longtemps dans l’orthographe, à défaut d’accent, à distinguer l’é fermé final de l’e muet: _tu aim_es, ils sont aimés, ce qui n’est pas plus extraordinaire que vous aimez.

[887] Ni dans les noms propres du Nord: Despre(z) ou Cherbulie(z), Saint-Genie(z) ou Dumourie(z), Mouche(z) ou Natche(z), Douarnene(z), Depre(z), Despre(z) ou Dupre(z), Géruse(z) ou Sée(z), aujourd’hui écrit Sées, et naturellement Gris-Ne(z) ou Blanc-Ne(z). On ne prononce pas non plus le z dans Fore(z), qui a l’e ouvert, ni dans la vieille préposition _le_z de Plessis-le(z)-Tours et autres lieux.

[888] On y prononce aussi Agassi(z).

[889] Le z final, quand il se prononçait, avait en dernier lieu le son d’un s dur, et non d’un s doux. Il a aujourd’hui le son de l’s doux dans les noms propres en -az, -iz, -oz, -uz, où on le prononce toujours: _Dia_z, _Hedja_z, _La Pa_z et _Chira_z, _Hafi_z et _Abdul-Azi_z, _Berlio_z, _Boo_z, _Badajo_z, _Dallo_z, _Bulo_z et _Dro_z, _Saint-Jean-de-Lu_z, _Santa-Cru_z et _Vera-Cru_z, et aussi _Elbour_z ou _Elbrou_z, etc. Quant aux noms propres en -ez, nous venons de voir que ceux du Nord se prononçaient encore par é fermé sans z, mais ils commencent à s’altérer, notamment _Natche_z; ceux du Midi, _Ambe_z, _Barthe_z, _Lombe_z, _Orthe_z, _Rode_z ou _Saint-Trope_z, se prononçaient en ès par s dur, et se prononcent encore ainsi dans le Midi, mais dans le Nord on leur donne un s doux, ainsi qu’à _Due_z, _Sue_z, _Buche_z; on le donne même souvent aux noms espagnols, où l’s dur est préférable: _Aranjue_z, _Sanche_z, _Fernande_z, _Rodrigue_z, _Lope_z, _Vélasque_z, _Diégo-Suare_z, _Alvare_z, _Pere_z ou _Corte_z, sans compter _Fe_z. _Méquine_z s’écrit aussi Meknès, ce qui montre bien la vraie prononciation.

[890] Dans tz, c’est l’accommodation régressive du z au t, plus commode que celle du t au z. On prononce de même _Ba_tz, _Gala_tz et _Gra_tz, _Fi_tz, _Stréli_tz, _Sedli_tz, _Austerli_tz, _Chemni_tz, _Biarri_tz, _Gori_tz, _Fri_tz et _Schwi_tz, _Freischü_tz et _Olmu_tz, _Har_tz, _Schwar_tz et _Her_tz, et aussi _Die_z, _Seidli_z, _Leibni_z, _Brien_z. Toutefois on prononce souvent Leibniz et même Austerlitz et Sedlitz par un s simple. Dans Lis(z)t, le z ne peut pas s’entendre.

[891] C’est encore le cas, même après une voyelle simple, dans Me(t)z, dont l’adjectif est messin, et Re(t)z, et aussi Féle(t)z ou Dujardin-Beaume(t)z. On n’entend ni t ni z dans Be(tz), qui a l’e ouvert, et Champcene(tz), qui a l’e fermé.

[892] De même _Véné_z_uéla_, _Chimbora_z_o_ ou _Sfor_z_a_, comme _Mo_z_art_ et Pou(z)z_oles_, Fe(z)z_an_ ou Abru(z)zes, et surtout en tête des mots: Z_ara_, Z_ermatt_, Z_immermann_, Z_urich_, Z_uyderzée_, Z_ug_, et Z_urbaran_.

[893] Z_ollverein_, Z_wickau_, Z_wingle_, Z_wolle_, _Er_z_gebirge_, _Schwar_z_wald_, _Creu_z_er_ et aussi _Guipu_z_coa_; mais on prononce d’ordinaire un s doux entre l et b: _Sal_z_bourg_, _Sal_z_bach_.

[894] De même _Are_zz_o_, _Bra_zz_a_, _Custo_zz_a_, _Foga_zz_aro_, _la Ga_zz_a ladra_, _Go_zz_oli_, _Pestalo_zz_i_, _Po_zz_o di Borgo_, _Man_z_oni_, _Ma_zz_ini_, _Rata_zz_i_, _Ri_zz_io_, _Stro_zz_i_, _Spe_zz_ia_, et aussi Z_eus_ ou _Oue_zz_an_. Il en est de même de tz dans _Bo_tz_aris_ et autres. Pour cz, voir page 220. Le sz hongrois se prononce s, par exemple dans Sz_egedin_; le sz polonais, ch, par exemple dans _Kali_sz.

[895] On trouve bien encore un d ou un t dans certains z: _me_zz_o_ ou _gra_z_ioso_; du moins ceci est étranger.

[896] C’est un reliquat de cette prononciation que nous avons constaté dans les noms de nombre, de cinq à dix: on voit que cela remonte loin. Il y a aussi quelque chose de cela dans plus et tous. Il y a même pour quelques-uns de ces mots trois prononciations différentes: isolément, devant consonnes dans certains cas, et devant voyelles: dis, di et diz; plus, plu et pluz, tout comme au XVIᵉ siècle.

[897] Ce qui permet aux gens facétieux quelques calembours. Ch. Nyrop en cite quelques-uns, dus aux liaisons de en agent, il est ouvert, trop heureux, le premier homme du monde, etc. Et il ajoute très sérieusement: «A moins qu’on ne veuille plaisanter, on évite ces liaisons..., par exemple on s’abstiendra de faire entendre le p de trop dans une phrase comme celle-ci: Vous ne ferez jamais un bon marin: _vous êtes tro_p homme de terre (et non trop pomme de terre!).» Voilà un rapprochement auquel on ne s’attendait pas.

[898] Je ne compte pas les ignorants qui s’étudient à «bien parler», et qui entassent les cuirs sur les velours et les pataquès. Le mot pataquès, dont on a vu l’origine plus haut, page 60, désigne naturellement les confusions de liaison: ce n’est poin(t) z_à moi_ et ce n’est pa(s) t_à moi_. On appellera plutôt cuir, l’addition d’un t: va t_en ville_, et velours celle d’un s: j’ai z_été_, parce que le velours est plus doux que le cuir. D’ailleurs le cuir lui-même avait la prétention d’adoucir la prononciation, peut-être comme le cuir adoucit le rasoir. Notons qu’autrefois on z_a_ ou j’ai z_été_ ont été admis par les personnes les plus distinguées, sans parler des quatre z_éléments_, ou il leur z_a dit_; et tout cela n’était pas plus extraordinaire que a-il ou aime-il prononcés ati ou aimeti au XVIᵉ siècle, avant que le t ne fût introduit dans l’écriture, où il avait figuré déjà à une époque beaucoup plus ancienne. Aujourd’hui encore, entre quat’zyeux est admis par beaucoup de gens: nous reviendrons sur cette expression.

[899] Voir plus haut, pages 151 sqq., ce qui a été dit de l’élision.

[900] Comme on dit: _d_e une heure à deux, sans élision. Il est vrai qu’on fait la liaison dans _troi_s z_un_; mais c’est comme dans _troi_s z_hommes_: un est pris ici comme substantif ordinaire. Théoriquement, on ferait aussi la liaison dans _cen_t t_un_, c’est-à-dire cent fois le numéro 1, par opposition au nombre 101, qui représente cent et un.

[901] On dit pourtant: ils son(t) t_un_; mais ce n’est qu’une plaisanterie.

[902] Sauf à la Comédie-Française, où l’on peut entendre le jeune premier, dans le Jeu de l’amour et du hasard, articuler nettement dite(s) z_oui ou non_. On prétend avoir entendu, à la même Comédie-Française, mai(s) z_oui_: je n’ose le croire! En revanche on peut faire la liaison dans ce(s) z_ouates_, ou trè(s) z_ouaté_; et si on ne la fait guère avec ouistiti, on la fait toujours avec ouailles et les mots de la famille d’ouïr, quoi qu’en ait dit Mᵐᵉ Dupuis, qui prétendait faire prononcer sans liaison

Ces rois à vous ouïr, m’ont paré d’un vain titre:

ceci ferait simplement un vers faux, car l’absence de liaison ferait de ou-ïr un monosyllabe.

[903] Quoique dans ce cas on fasse assez facilement l’élision de la proposition de.

[904] L’abbé d’Olivet préférait déjà l’hiatus dans la prose: «On ne doit pas craindre ces hiatus, dit-il; la prose les souffre, pourvu qu’ils ne soient ni trop rudes, ni trop fréquents; ils contribuent même à donner au discours un certain air naturel.»

[905] Et cela depuis fort longtemps, malgré Domergue et beaucoup de grammairiens, qui voulaient à toute force maintenir l’e fermé. Il en résulte une différence entre le premier rhum (e fermé) et le premier homme (e moyen).

[906] Il n’est donc qu’à demi exact de dire que quand un mot est terminé par un e muet, il se lie par la consonne qui précède avec le mot suivant, s’il commence par une voyelle. Il y a bien là quelque chose de la liaison, en ce que la consonne sert aussi d’initiale au mot suivant; mais s’il y avait liaison proprement dite, la consonne pourrait s’altérer; or elle ne s’altère jamais: qu’il ren-d(e) aux hommes, la lan-g(ue) allemande, comme le _li_s_est blanc_. Il n’y a de liaison proprement dite, au sens où on l’entend dans ce chapitre, que pour les consonnes qui normalement ne se prononcent pas.

[907] LA FONTAINE, les Animaux malades de la peste.

[908] MOLIÈRE, le Misanthrope, acte I, scène 2.

[909] Avec cette nuance qu’ici le c garde le son guttural qui appartient au c final, au lieu de s’altérer en s devant e. On disait de même autrefois de bro(c) k_en bouche_.

[910] MOLIÈRE, les Femmes savantes, II, 7. En vers, on pourra lier aussi le c de banc, blanc ou flanc, de tabac ou d’estomac, et même d’instinct; mais si l’on peut éviter l’hiatus par une pause légère au lieu d’une liaison, cela vaudra mieux.

[911] LA FONTAINE, Fables, XI, 8.

[912] Ceci tient à ce qu’autrefois, quand les consonnes finales se prononçaient, les gutturales sonnaient toujours c, qui est d’une émission plus facile; et c’est pour cela que les mots à c ou g final ont pu si longtemps rimer ensemble, par tradition, sans pouvoir rimer avec les mots à d ou t final, qui, eux aussi, ne rimaient qu’ensemble, pour une raison pareille. Mais il y a beau temps que toutes ces finales auraient dû être assimilées pour la rime. Je dois avouer d’ailleurs que dans les liaisons qui ne se font qu’en vers, comme celle de long espoir, il y a déjà tendance à conserver au g le son doux.

[913] On disait autrefois de cler(c) c_à maître_; et nous savons qu’on dit encore por(c)-k_épic_. Mais si le g sonne c dans Bourg-en-Bresse, ce n’est pas par liaison. Voir page 236, note 1.

[914] Le d se lie toujours avec le même son que le t, car autrefois, quand le d final se prononçait dans les mots proprement français, il se prononçait plus aisément comme un t, notamment après une nasale: voir ci-devant, note 3.

[915] Cette liaison des formes très usitées est si nécessaire que le peuple la fait parfois même où il n’y en a point à faire, notamment avec va. Le peuple ignore en effet que cette finale tonique de troisième personne se passe de t, sous prétexte qu’aller est de la première conjugaison; il dit donc _va-t-et vient_, _coupe les chats et va-t-en ville_, et _Malbrough s’en va-t-en guerre_. Au surplus quelques-uns de ces cuirs sont devenus corrects: va-t-en, a-t-il, aime-t-il, ne sont pas autre chose qu’une liaison faite, par analogie, là où il n’y a pas de t. De même _ne voilà-t-il pas_, par analogie avec les troisièmes personnes.--J’ajoute que est se distingue précisément de et par la liaison, car l’un se lie toujours et l’autre jamais, et cela depuis le XVIᵉ siècle au moins, puisque dès cette époque l’hiatus de et fut le seul hiatus avec consonne que les poètes commencèrent à s’interdire; les autres n’étaient pas encore des hiatus.

[916] On notera qu’il y a des adjectifs qu’on ne met guère devant le substantif qu’au féminin ou devant une consonne: chaude saison, blonde enfant, grossier personnage, précisément pour éviter une liaison désagréable ou impossible, comme serait celle de blon(d) tenfant ou grossie(r) ranimal.

[917] Si l’on dit ving(t) t_et un_, c’est peut-être par analogie avec _tren_te et un: voir page 329; ou peut-être parce que c’est une sorte de mot composé.

[918] Dans j’ai chau(d) aux pieds, aux pieds n’est pas complément de chaud, mais de j’ai chaud.

[919] On dit assez souvent, à tort, avan(t)-hier sans liaison, et en trois syllabes; c’était même, malgré Ménage, la prononciation la plus usitée au XVIIᵉ et au XVIIIᵉ siècle; mais je crois qu’en ce cas on aspirait l’h, et je crois aussi qu’on avait tort. En tout cas, avant-hier a aujourd’hui quatre syllabes, et la liaison s’y impose.

[920] MOLIÈRE, les Femmes savantes, acte IV, scène 3.

[921] Dans la marine, on dit en ouvrant l’o: le cano(t) t_est paré_; mais c’est une façon de parler en quelque sorte technique ou dialectale.

[922] Mais po(t) à tabac, pour éviter la cacophonie, et même po(t) à beurre.

[923] Tô(t) t_ou tard_, étant un peu cacophonique, se remplace avantageusement par tô(t) ou tard.

[924] La liaison n’est indispensable ici que dans les noms composés, comme Pon(t)-t_à-Mousson_, Pon(t)-t_Audemer_, Pon(t)-t_Euxin_, aussi bien que celle de Saint devant une voyelle, ou celle de Lo(t)-t_et-Garonne_. On la fait aussi ordinairement, par tradition, dans le titre du Dépi(t) t_amoureux_.

[925] Il n’est pas possible d’accepter:

Blanc comme Eglé qui dor(t) t_auprès_ d’un ami sien.

et cela par-dessus la césure, avec un lien médiocre entre les mots! Pourquoi pas à tor(t) t_et à travers_?

[926] On dit aussi généralement Por(t)-t_au-Prince_; mais Por(t)-Arthur, Por(t)-Élisabeth, etc., doivent se passer de liaison.

[927] Je rappelle qu’on disait autrefois vi(f) v_argent_, bœu(f) v_à la mode_.

[928] C’est ainsi que le verbe suiver, de suif, est devenu suiffer: «Suiver: quelques-uns disent suiffer», dit l’Académie en 1845; et en 1878: «Suiffer: quelques-uns disent suiver.» En 19..., elle dira suiffer tout court, à moins qu’elle ne dise suifer, ce qui serait plus simple.

[929] Voir plus haut, page 345, si(x) z_avril_ et entre si(x) z_et sept_.

[930] Et cela ne date pas d’aujourd’hui, s’il est vrai qu’un conseiller au Parlement ait chassé une femme qui, étant allée à la fenêtre, à sa prière, pour s’enquérir du temps qu’il faisait, lui avait répondu: «Le tem(ps) z_est beau_.» Mais dans la fameuse chanson où Nadaud fait parler un gendarme, il conviendra de lui faire dire, parce qu’il est tout fier de montrer qu’il sait l’orthographe:

Le tem(ps) zest beau pour la saison.

[931] Le peuple, qui n’aime guère les liaisons avec s, dira plutôt t’e(s)-t-une bête, par analogie avec la troisième personne, et, mieux encore, t’e(s) une bête.

[932] Le peuple dit volontiers _donne-moi-_z_en_: c’est la liaison de donnes, qui passe par-dessus le mot suivant, phénomène très fréquent, quand on ne s’observe pas.

[933] Et lez ou les, dans les noms de lieux.

[934] MOLIÈRE, Misanthrope, acte III, scène 7. On ne peut cependant pas lier mais oui; voir page 358, note 3. La liaison de mais n’est d’ailleurs pas indispensable dans la conversation: et la preuve, c’est qu’on en vient parfois à dire, en parlant très vite, m(ais) enfin.

[935] Pour six et dix, voir plus haut, page 345.

[936] Quand ce mot était de création nouvelle, sans soudure entre les éléments, on le prononçait sans liaison.

[937] Toutefois on peut écrire matches, ce qui permet de lier.

[938] On dirait de même, sans liaison, un chauffe-pied(s) élégant, car l’s marque le pluriel de pied, mais non du composé, et d’autre part le d ne se lie pas; tandis qu’au pluriel, on pourra dire des chauffe-pied(s) z_élégants_, comme si l’s n’était pas le même.

[939] Je dis nécessairement, malgré Michaëlis et Passy.

[940] On voit qu’il faut se garder d’exagérer le rôle de la conjonction et, comme on le fait quelquefois.

[941] Par opposition à Champs-Elysées ou États-Unis.

[942] Le mot composé fait si bien un tout, qu’il y a tendance parfois à remplacer l’s intérieur par un s final incorrect: des che(fs)-d’œuvre z_admirables_, les chemins de fer z_algériens_. Ceci est à éviter; mais que n’écrit-on tout bonnement chédeuvre, avec un s au pluriel, puisque le sens de chef disparaît complètement dans le mot composé?

[943] On fait même souvent la liaison du t et non celle de l’s dans deux accen(ts) t_aigus_, qu’on traite comme des gue(ts) t_apens_; mais je me demande vraiment si ceci peut passer, car ici les deux mots restent tout de même parfaitement distincts, et connus comme tels.

[944] Je ne parle pas des formes en âmes et âtes, et autres pareilles, qui ne s’emploient évidemment qu’avec liaison puisqu’elles appartiennent exclusivement à la langue écrite ou au style oratoire.

[945] Et, par suite, malgré Michaëlis et Passy, enfonceur de porte(s) z_ouvertes_.

[946] CORNEILLE, Polyeucte, acte I, scène 3. S’il y avait Persans, la liaison se ferait même en prose.

[947] Id., ibid., acte IV, scène 6.

[948] RACINE, Britannicus, acte IV, scène 2.

[949] VOLTAIRE, les Scythes, acte II, scène 1.

[950] V. HUGO, Légende des siècles, II, la Conscience. Le même dans ses Odes, I, 8, avait écrit d’abord: Les bronzes ont tonné; il a corrigé ensuite judicieusement, et mis: Les canons ont tonné.

[951] Dans Cromwell, les noms de Charles et Londres reviennent à toutes les pages, et une trentaine de fois devant une voyelle: l’s y est toujours supprimé. Delphes, Thèbes et Arles perdent leur s chacun huit ou dix fois au moins dans la Légende des siècles: Arles seul l’y conserve une fois, pour des raisons qu’on peut déterminer. Banville disait donc une sottise, quand il reprochait à V. Hugo, dans son Traité de Poésie, d’avoir écrit Versaille sans s, sous prétexte qu’ «il n’y a pas de licences poétiques». Il est vrai que M. Donnay a écrit dans le Ménage de Molière:

Versailles est vraiment un séjour enchanté;

mais d’abord ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux; et puis, il y a dans cette pièce tant de vers d’un rythme contestable, et qu’on doit apparemment dire comme de la prose, de l’aveu même de l’auteur, qu’on ne doit pas se gêner beaucoup pour supprimer l’s de celui-là, et en faire aussi de la prose.

[952] Il est certain qu’en 1789, avant la suture des deux mots, on ne faisait pas plus la liaison que dans États-Unis: voir plus haut; Mᵐᵉ Dupuis l’interdit encore.

[953] Étant donné qu’on évite déjà la liaison de l’s après l’r, il serait encore plus ridicule de dire des ver(s) z_à soie_, que de dire des moulin(s) z_à vent_ ou des salle(s) z_à manger_.

[954] Les leçons de Legouvé n’ont d’ailleurs pas corrigé Messieurs les Sociétaires de la Comédie-Française: «L’univer(s) z_ébloui_,» disait Mounet-Sully; et Paul Mounet parlait d’«oublier le corp(s) z_en rajeunissant l’âme_», quoiqu’il n’y ait même pas de lien grammatical entre les mots. Il aurait donc dit sans doute, a fortiori, prendre le mor(s) z_aux dents_! Quelle étrange erreur! Et les étrangers vont à la Comédie-Française pour apprendre à prononcer! J’y consens, sauf en matière de liaisons.

[955] Cela n’empêche pas Edmond Rostand d’écrire dans la Princesse lointaine:

Vous la montrera-t-on seulement cette oiselle? --Le prince l’a promis de nous mener vers elle.

La richesse des rimes de Rostand ne permet pas de douter de la prononciation de celle-ci; et cela serait parfait si c’était une de ces scènes comiques, où la fantaisie justifie toutes les licences; mais les propos sont suffisamment sérieux, et c’est la prononciation qui ne l’est pas; ou si l’on prononce correctement, la rime sera très ordinaire. Mais peut-être que Rostand n’a fait cette rime que pour les acteurs, connaissant leurs habitudes incorrigibles.

[956] C’est bien pour cela que ces hiatus apparents sont si fréquents chez Corneille: pour lui ce n’étaient pas des hiatus. Voyez, par exemple, dans Polyeucte, acte II, scène 2, la seconde tirade de Pauline: on y trouve trois rencontres qui, pour nous, sont des hiatus, et pour lui n’en étaient pas:

Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments. Votre mérite est grand, si ma raison est forte. Plaignez-vous en encor, mais louez sa rigueur.

Nous ne faisons plus ces liaisons. Dans le premier vers, nous nous tirerons d’affaire par une pause; dans les autres, nous subirons l’hiatus, et il faut avouer que le dernier est bien désagréable. La tirade suivante de la même Pauline offre encore deux rencontres pareilles en douze vers, et la première est également désagréable pour nous, parce que nous ne pouvons plus faire la liaison:

Hélas! cette vertu, quoique enfin invincible... Enfin épargnes-moi ces tristes souvenirs.

Ces liaisons des nasales se retrouvent dans le Midi, parfois même par-dessus une consonne: je tien(s) n_a dire_... C’est probablement un reliquat d’une prononciation qui fut correcte à l’époque où l’on écrivait je tien.

[957] RACINE, Britannicus, acte IV, scène 4.

[958] Ce phénomène de dénasalisation ressemble tout à fait au cas des adjectifs qui dévocalisent leur u devant une voyelle, bel homme, nouvel an, fol orgueil, mol édredon, vieil homme: ici aussi c’est le son du féminin qu’on entend.

[959] C’est ce qui condamne encore la dénasalisation au moyen de l’accent aigu de enamourer, enivrer et enorgueillir, où se rencontre le même phénomène de liaison (voir page 133); car ces mots devraient donner normalement, s’ils se dénasalisaient, a-namourer, a-nivrer, a-norgueillir, comme on prononce dans le Midi, très logiquement (cf. a-nuyer pour ennuyer).

[960] Ces traditions ont d’ailleurs des racines profondes dans le passé, car il y eut un temps où le féminin lui-même gardait le son nasal: vain, vain-ne, comme fem-me et ardent-ment: voir pages 64 et 131.

[961] Tout comme dans bo-n_homme_, bo-n_heur_, bo-n_henri_ (sans compter boniment ou bonifier).

[962] C’est là probablement qu’il faut chercher une explication très naturelle de l’usage que nous faisons de mon, ton, son, au féminin, devant une voyelle. Car dire qu’on voulait éviter l’hiatus de ma âme, sa épée, c’est ne rien dire, et le moyen âge l’évitait tout aussi bien en disant m’âme ou s’épée, procédé dont il nous est resté ma mie, altération de m’amie. Mais la question est de savoir pourquoi on a préféré ce nouveau procédé; et la raison probable, c’est que mon, ton, son, en liaison, même devant des masculins, prennent une forme féminine, qui pouvait aussi bien servir pour les féminins: puisqu’on disait mo-nami comme bo-nami, on pouvait aussi bien dire mo-nâme, comme bonn(e) âme.

[963] La décomposition se fait pourtant dans les mots composés de vin: vinaigre, vinage, vinasse, vinaire, vinification, mais le latin y est pour quelque chose.

[964] La correspondance demanderait eune, qu’on entend dans les campagnes, et qui, au XVIᵉ siècle, était régulier.

[965] Mais si l’on ne dit pas u-nami, ce n’est pas une raison pour dire eu-nami.

[966] Peut-être dira-t-on encore: à eux trois, ils ont vingt et u-n_enfants_: je ne crois pas qu’on puisse décomposer un ailleurs.

[967] Cf. par exemple cin(q) francs et _cin_q mai.

[968] De même dans les noms propres comme Bienaimé. Dans le Midi, on pousse la dénasalisation jusqu’au bout: par exemple, on fait rimer de deux syllabes, les savants en us avec anus! On y dit de même a-n_effet_, a-n_outre_, et o-n_est venu_, que préconisait Domergue. On y dit même no-n_avenu_ ou no-n_activité_; mais en français du Nord, la dénasalisation a les limites que nous avons dites; par exemple, non ne se lie jamais, malgré _no_n_obstant_, non plus que la préposition selon.

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